Voilà un personnage [1] qui fait lien entre l’ère du véloce, du grand bi et de la bicyclette.
Truffault (1845-1920) participe au Paris Rouen de 1869.
« Divus truffaldus » est décrit comme un génial constructeur-inventeur, mais plus mauvais commercial par le Docteur vélo.
Il allège les bicycles en 1875 à 15 puis 10,5 kg grâce à l’utilisation de jantes creuses et de fourreaux de fourches creux.
Voici la description de l’opération dans les mémoires de Charles Terront :
« Truffault était à Blois après la guerre quand on vendit tout un lot de sabres de cavalerie. Il s’entendit avec un marchand de ferrailles pour obtenir à bas prix ce lot dont personne ne voulait. Le marchand prit les lames et fit fondre les poignées. Truffault, lui, imagina avec les fourreaux, de construire ses fourches de vélocipèdes et, en trois morceaux brasés ensemble, ses corps. Le tout avait une solidité et une rigidité qui en faisaient les meilleures bicyclettes de l’époque.
Peu après, installé à Tours, il avait inventé les jantes creuses qui, par leur légèreté, avaient révolutionné la construction vélocipédique. Mais Truffault voulait tout faire lui-même, ne confiant à aucun ouvrier la moindre pièce et, si ses véloces étaient excellents, ils étaient rares ! On attendait fort bien six mois une machine !
D’ailleurs si Truffault m’a toujours semblé un faible commerçant, c’était un mécanicien fort ingénieux. C’est précisément sur un petit bicycle multiplié de son invention (bien avant le Sphinx, qui est de 1881) que Truffault vint aux journées d’Angers en 1876. »
Il réalise des trajetsde Tours à Angers avec ses machines, puis en 1878 un Tours-Paris. Laumaillé utilise une d’elles, tout comme Clément en compétition. Alors dans le besoin en 1877, le futur grand industriel revend d’ailleurs sa machine à Charles Terront.
« Clément était ouvrier serrurier à Crépy-en-Valois. Il était entré chez un de ses parents, poseur de sonnettes, rue Lafayette, à Paris, et de là parti faire son tour de France sur un vélocipède. Lorsque je le rencontrai, il était employé chez Tissier, constructeur à Lyon, et venait courir à Toulouse où il se plaça cinquième.
Je me souviens qu’au moment de repartir pour Lyon, Clément vint me trouver et m’expliquer qu’il n’avait plus d’argent pour rentrer à destination. Il me demanda de lui acheter séance tenante son bicycle qui était un Truffault. J’acceptai, et nous convinmes que je paierais immédiatement 300 francs et que, si je trouvais la machine bonne, j’ajouterais 50 francs. J’achetai donc le bicycle et un mois après je reçus une lettre de Clément me disant que je l’obligerais beaucoup, le besoin s’en faisant sentir, de lui faire tenir le reliquat du compte ; ce que je fis aussitôt. »
Clément s’était formé plusieurs mois à l’atelier de Truffault à Tours.
Truffault est aussi au milieu des années 1880 l’agent de Starley et Sutton. A ce titre, il vend en 1885 les premiers Rovers à Paris et en fait la publicité.
Dans un article de juin 1885 dans La revue vélocipédique de F. Gébert, Truffault, clairvoyant, affirme que le Rover-safety est le seul safety capable de détrôner un jour le grand bicycle.
Il construit des tricycles et bicycles de sécurité à engrenage sous le nom de Sphynx, et des tricycles à chaine et des bicyclettes (l’élan, l’excursionniste).
Il s’intéresse aux suspensions de bicyclette puis de voiture. Son système de suspension automobile est repris par Peugeot.
