Un nom qui ne sonne plus qu’en mineure aux oreilles contemporaines ! Et pour combien encore n’est-ce pas un nom inconnu ?.. Laumaillé possède cependant un grand nom dans l’histoire si fantastique du sport vélocipédique. A l’âge de 20 ans, en 1868, et le 1er février pour préciser, alors que nos modernes pédales ne s’entraînaient encore que sur le sein de leur nourrice, il entrait dans le monde cycliste sur une machine à la mode, un bicycle d’acacia cerclé de fer. En juin, tout radieux il partait sur ses roues de bois pour un voyage en Bretagne ! de retour, il prenait part à quelques courses menues des environs de Château-Gontier.
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En 1869, Laumaillé sentit gonfler d’orgueil ses mollets : il provoqua le coureur du temps le plus renommé, Moret, mais fut battu ; Truffault suivait de près les deux champions, troisième. Nos trois héros d’ailleurs se retrouvaient cette année même, le 9 novembre, dans la fameuse course (la première course sur route !) de Paris à Rouen. Mais, voyez la malchance ! Laumaillé et Moret, trop mal montés, lâchèrent pédale à quelques lieues de Paris, tandis que Truffault, venu de Tours, ignorant la géographie des environs de Paris, échouait égaré dans quelque auberge de Pont-de-l’Arche !
L’année 1870, coup de massue à la France et à la vélocipédie, ne vit guère qu’une seule course de fond, celle de Dijon à Besançon, où, par route montagneuse et défoncée, Laumaillé arriva premier en 5 h. 19, battant de 22 minutes le renommé Gaïffe qui plus tard devait disputer les championnats aux Thuillet et aux Terront...
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Mais Laumaillé devait illustrer son nom dans une révolution pacifique : lui, le premier, plaça le cycle sur le terrain pour lequel il était vraiment construit, le terrain des voyages ! En 1875, il commence ses grandes excursions. En 1875, en compagnie de Pagis, il fait le voyage, à jamais célèbre, de Paris ci Vienne [Autriche).
En 1878, avec le baron Em. Graffenried, il entreprend la tournée France-Suisse-Italie, et leur prouesse est si fort carillonnée dans la presse de l’époque que l’Illustration publie le portrait des innovateurs. Tant, qu’excité par le succès, Laumaillé n’hésite pas, en une seule saison, l’année suivante 1879, à abattre ses 24 000 kilomètres !..
En 1880, il reparaît sur la piste, sur la piste où des champions de première taille ont poussé : Terront, de Civry, Duncan... Depuis 1887, Laumaillé voyage en compagnie de Mme Laumaillé : les kilomètres ne mesurent plus pour lui que 500 mètres.
Aujourd’hui, il habite Nice. Il préside l’International Cyclo Club, est affilié à toutes les sociétés de la région, a un mot aimable, une poignée de mains chaude pour tout cycliste...
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Eau-Forte.
Le Cycle, n°22, 1892

