Le Cycliste, 1950
UNE première ? Certainement pas. Une modeste redite, tout au plus, dont le simple récit invitera peut être quelques jeunes cyclos à faire le passage de ce col, qui en vaut la peine.
On n’a pas toujours un Galibier ou un Parpaillon à se mettre sous la dent (de pignon), et, d’ailleurs, l’aspect général de la région du Col des Champs est nettement différent.
Et si ce dernier est à une altitude inférieure aux précités, il n’en est pas moins intéressant et agréable.
Situé à la limite des dépαrtements des Basses Alpes et des Alpes Maritimes, le Col des Champs cote 2.191 mètres et se trouvetrouve entre Colmars (N. 208) et Saint-Martin-d’Entraunes (N. 202). (Michelin 81.)
Je recommande à ceux que cette excursion intéresse, de partir par Colmars, et de très bonne heure. Et cela pour trois raisons :
1º Vous n’aurez pas trop chaud (Les Basses-Alpes ont une température moyenne beaucoup plus élevée que les Hautes-Alpes) ;
2 Vous aurez le soleil devant vous ou sur la droite, ce qui donne à la nature un relief accentué, point de vue intéressant spécialement les photographes ;
3º La route est cyclable jusqu’au col, alors que sur l’autre versant, elle ne l’est que jusqu’à environ 6 kilomètres du col, et je pense qu’il vaut mieux descendre que monter à pied.
La route a été remise en état sur une assez grande portion, côté Colmars. En certains endroits, elle a la largeur d’une route normale de montagne.
Si le temps vous favorise, voici ce qui vous arrivera si vous voulez risquer l’agréable aventure :
Vous avez couché à Allos à Colmars (ou à Beauvezer, si vousous voulez VOUS mettre jambes avant la montée) Faites comme j’ai fait : attaquez la montée doucement.
Aussitôt vous dominez Colmars dont vous voyez nettement les vieux forts, qui paraissent vouloir protéger la ville d’on ne sait quelle invasion. Continuez et sortez des bois de sapins, qui font que la route est très rou-lante par endroits. A votre gauche, vous avez le massif de l’Encombret, et à votre droite, une chaîne de sommets assez élevés, dominés par le Sommet de la Fréma. Comme moi, vous n’aurez pratiquement pas à marcher à pied, et encore moins à porter votre machine. La température monte ; vous aussi. Arrivez au col par une route pas toujours très belle (voyez cliché) ; là-haut, faites encore comme moi : admirez, musardez, restaurez-vous photographiez, profitez du silence absolu et de la solitude. Puis, cette cure de repos terminée, entamez la descente, à pied, jusqu’au minuscule bourg de Chaste’ornete. Et enfin, lorsque vous atteindrez le niveau de la fournaise de la Vallée du Var, vous ferez encore comme moi : vous regretterezez de n’être pas resté là-haut...

