Ce chapitre est spécialement dédié au Club Alpin, association qui fut la première à s’occuper des Alpes et à les faire connaitre.
J’espère rappeler d’agréables souvenirs à mes vieux collègues de la Société en leur présentant le graphique de sentiers qu’ils ont si souvent parcourus à la recherche de pics alors inviolés. Aux nouveaux, aux jeunes, j’espère être utile en leur fournissant des renseignements précis, dont leurs ainés ont eu souvent à déplorer l’absence.
Dans les chapitres précédents, surtout dans le massif de la Chartreuse, j’ai donné quelques sentiers muletiers.
Etablis à la même échelle que les routes, ces profils paraissent représenter des pentes presque verticales et donnent l’impression d’obstacles infranchissables. Ceux représentés dans ce chapitre ont un aspect beaucoup plus débonnaire.
Ne pas se fier aux apparences, car les précédents, si pointus, seraient aussi émoussés s’ils avaient été dessinés à la même échelle.
Pour les routes, les profils ont été établis au pour les longueurs et au pour les hauteurs ; c’est-à-dire que, sur le papier, un centimètre représente 2 kilomètres en longueur et seulement 160 mètres en hauteur, soit 12 fois et demie moins de distance.
Dans les nouveaux profils muletiers, les hauteurs ne sont plus qu’au 1/40000 ; le centimètre représente toujours 2 kilomètres en longueur, mais seulement 5 fois moins en hauteur, soit 400 mètres.
Dans ce chapitre, on trouvera, pour la partie carrossable, la valeur des pentes inscrite d’après les principes ordinaires, mais, le plus souvent, sur des lignes tracées au-dessus du profil.
Au-dessus de la grande ligne inférieure, des chiffres 1, 2, 3, etc., sont marqués à des distances variables ; au-dessous, les mêmes chiffres 1, 2, 3, etc., sont indiqués en sens inverse.
Si on élève au-dessus du chiffre une perpendiculaire, le point de rencontre avec le profil indiquera l’endroit qu’aura atteint le touriste au bout d’une heure de marche à pied.
Les distances que ce même touriste atteindra, après 2, 3, 4 heures de marche, sont indiquées pareillement par les perpendiculaires élevées au-dessus des chiffres 2, 3 et 4.
Le marcheur traversant le col en sens opposé sera renseigné de même, en se servant uniquement des chiffres placés au-des-sous de la ligne.
Cet horaire est minutieusement établi par quart d’heure, d’après l’allure moyenne en plaine de 5 k. 2 à l’heure.
La vitesse a été réduite dans les pentes en tenant mathématiquement compte de l’altitude, et corrigée par un léger coefficient variable avec la viabilité du sentier.
Cet horaire est supérieur à ceux qui l’ont précédés, parce qu’il peut également servir à des touristes de marche très différente.
En effet, au bout de la première heure, le touriste, suivant son allure, se trouvera en avance ou en retard sur l’horaire indiqué. S’il a une marche constante, il pourra immédiatement calculer le temps qui lui sera nécessaire pour arriver à l’étape, en retranchant ou additionnant, à chaque heure de marche indiquée, le nombre de minutes qu’il a gagnées ou perdues pendant la première heure.
Pour la traversée d’un autre col, le même touriste sera fixé 117 d’avance sur la durée du parcours, l’horaire de marche ayant été établi pour tous les sentiers d’après les mêmes règles.
Les heures indiquées sur le protil pour le passage d’un col concorderont d’une façon presque absolue avec les temps employés par le touriste sage, qui, marchant lentement, très lentement même, conservera la même allure et ne s’arrêtera dans les fortes rampes que les quelques minutes nécessaires au rétablissement du rythme normal de sa respiration.
Remarques
Pour le cycliste qui, dans l’intention bien naturelle de fuir un moment la civilisation et la poussière des autos, se décide à remonter jusqu’au bout nos vallées alpines, pour le cycliste dis-je, se pose la grave question : l’extrémité de la vallée, une fois atteinte, devra-t-il refaire en sens contraire le chemin de la veille ou bien sa machine à la main peut-il envisager la possibilité d’arriver par un sentier de col à la vallée adjacente ? Peut-il, enfin, se transporter avec sa bécane, sans fatigue exagérée, sur ce terrain qui paraît exclusivement réservé à l’alpiniste ?
Oui, tous les sentiers où peuvent passer les mulets sont facilement accessibles au cycliste qui traîne sa machine et je crois fermement que les personnes qui feront ces traversées de col n’éprouveront aucune désillusion, si elles lisent attentivement les quelques lignes qui suivent et mettent à profit les conseils qui y sont renfermés.
J’en parle avec connaissance de cause car, dans tous ces sentiers, j’ai poussé à la main ma bicyclette munie d’un compteur kilométrique ; c’est par ce moyen que j’ai pu noter la longueur de chaque pente et déterminer tous les éléments nécessaires à l’établissement des profils.
L’horaire établi pour les marcheurs peut aussi servir pour l’homme qui pousse sa machine. Il suffit pour cela de l’augmenter d’un cinquième, c’est-à-dire que si l’horaire marque 4 heures pour l’ascension d’un col par un piéton, il en faudra 5 pour le cycliste.
12 minutes par heure, à la montée, représentent done la surchage imposée au touriste par sa machine ; à la descente, le poids a moins d’importance et ne réduit que de très peu la vitesse.
Dans ces conditions, le cycliste n’éprouvera pas une fatigue-horaire plus grande que le marcheur, il devra seulement, semble-t-il, arriver après lui à l’étape.
Or, presque toujours, le contraire a lieu et c’est le cycliste qui arrive le premier. La surchage qui lui est imposée par le poids de sa machine, ne se fait sentir que dans les parties exclusivement muletières.
Dans la plupart des cas, la voie de communication qui relie deux vallées entre elles commence par être carrossable ou au moins accessible aux chariots, puis devient muletière sur les deux versants aux approches du col et redevient praticable dans la descente sur le fond de la vallée.
En pédalant sur les rampes cyclables de la première partie du parcours, le cycliste gagnera avec peine quelques minutes d’avance sur le marcheur, mais les perdra bien vite en sentier muletier lorsqu’il lui faudra pousser sa machine. Seul le chemin praticable en descente lui donnera une grande supériorité, et, suivant sa longueur, lui permettra de rattraper le piéton et souvent de le devancer.
Le cycliste qui affronte pour la première fois les sentiers des Alpes, imitera le touriste sage qui marche lentement, très lentement ; il devra, puisqu’il traine sa machine, diminuer encore sa vitesse et conserver scrupuleusement cette allure très ralentie ; il veillera soigneusement à sa respiration et évitera
l’essoufflement complet qui démoralise et nécessite les longs arrêts.
Ne jamais partir sans emporter des provisions ; manger très souvent, mais peu à la fois ; éviter de faire un gros repas si la montée n’est pas terminée ; dans les courses longues, partir de très bonne heure, de façon à éviter la grande chaleur, si pénible dans les fortes montées et à pouvoir prendre un long repos au milieu de la journée.
Le cycliste devra autant que possible avoir une très petite multiplication, pour pouvoir gravir sans trop de fatigue les rampes ; la roue libre, qui évitera dans les sentiers étroits les choes douloureux à la machine et aux jambes de celui qui la pousse ; le frein ralentisseur, presque indispensable, parce qu’il supprime, dans les descentes, le poids de la machine et permet à son conducteur, qui n’est plus entraîné par elle, de descendre avec facilité les pentes les plus inclinées. Lorsque l’excursion doit durer plusieurs jours, éviter autant que possible de faire dans la même journée des différences de niveau de plus de 1.500 mètres et préparer son itinéraire de manière à couper les rampes trop longues en couchant à une altitude déjà élevée.
Enfin, le cycliste devra se connaitre assez lui-même pour se rendre compte si la course est au-dessus de ses moyens. La fatigue que produit la montagne n’est pas supérieure mais égale à celle qui est produite par la marche en plaine. Il serait donc imprudent pour un touriste d’entreprendre en montagne une excursion qui doit durer 10 heures, s’il n’est capable de faire en plaine, à pied ou en bicyclette, un trajet comportant un temps de même durée.






















