Le remorquage a joué un grand rôle à l’E. S. pendant la période qui précéda l’adaptation des changements de vitesses aux bicyclettes de dame et qui se place entre 1898 et 1902. On se remorquait même quelquefois entre hommes afin de ne pas trop retarder l’allure générale ; car il aurait suffi d’un monomultiplié faisant à pied une côte de 10 kilomètres pour nous retarder tous d’une bonne heure. Nous nous servions, comme vous, d’une corde de près de deux mètres qui se terminait par un ressort amortisseur et qui était munie tous les 25 centimètres d’un anneau ; un fil de caoutchouc de 25 à 30 centimètres qui, tendu, atteignait la longueur de la corde reliait tous les anneaux entre eux de telle sorte que lorsqu’on lâchait la remorque la corde se recroquevillait sur elle-même au lieu de traîner à terre et restait suspendue derrière la selle du remorqueur à la disposition de la personne remorquée qui pouvait facilement en saisir, en marche, l’extrémité libre. Cette extrémité n’était pas accrochée au guidon mais passée autour du tube de direction et simplement tenue sous la main, de sorte, qu’il suffisait d’ouvrir la main, en cas d’urgence, pour laisser aller la remorque ; et cependant la traction se faisait bien par le plan médián de la machine, chose importante.
Nous nous mettions parfois à deux pour remorquer une troisième personne. Dans ce cas, la corde plus longue partait de la selle du premier remorqueur passait derrière le tube de direction du remorqué et allait s’attacher à la selle du deuxième remorqueur. Par ce mode d’attache, chaque remorqueur était forcé de fournir le même travail. C’est pourquoi à l’époque où l’on discutait sur la valeur respective des pédalages rétro et direct, je proposai d’atteler, comme je viens de l’expliquer, à la bicyclette de l’arbitre un rétroïste et un directiste et de lancer le tout à l’assaut du Ventoux après 100 kilomètres de vallée.
Ce remorquage à deux supprime le ressort amortisseur mais ne permet pas au remorqué de se libérer instantanément. V.
1920
