Le Cycliste, Vélocio, 1906
Elliptique. - Le pignon elliptique ou ovale qui revient sur l’eau cette année sur les cycles Delta n’a rien de nouveau. En 1895, Le Cycliste publia une étude complète à ce sujet, et dès 1889 il eut à signaler des essais faits dans cette voie.
Il est très vrai que le pignon elliptique régularise en quelque sorte la pression du pied sur la pédale ; il équivaut à un changement de vitesse continuel qui, pour chaque tour de pédale, passe du plus haut au plus bas développement et par tous les intermédiaires.
L’ellipse, on le sait, a deux diamètres : A le plus grand, B le plus petit. En calant la manivelle sur le diamètre B, il se trouve que lorsque la manivelle est horizontale et que le pied exerce la pression la plus forte on agit sur le plus grand développement, et quand la pédale passe le point mort, on ne pousse que sur le plus petit développement, juste à l’instant où le pied a le moins de force.
La pratique confirme la théorie et des essais répétés et comparatifs m’ont prouvé que les montées se faisaient mieux, plus facilement, plus régulièrement avec un pignon franchement elliptique, toutes autres choses égales bien entendu ; mais cet avantage à la montée a un grave drawback en plaine quand la machine possède assez de force vive pour qu’il soit entièrement superflu de régulariser son coup de pédale. Alors qu’avec le pignon ordinaire le pied est pour ainsi dire conduit, entraîné sans à-coups, avec le pignon elliptique au contraire, vous éprouvez à chaque tour de pédale, la sensation désagréable de la manivelle déclavetée. Et cela seul suffit pour que le pignon elliptique ne fasse pas fortune. Cependant, je l’adopterai sans doute sur les tout petits développements de ma poly-cyclette à trois couples de pignons juxtaposés (mon n° 6) dont la poulie de tension me servira justement à compenser les inégalités de longueur de la chaîne sautant du grand sur le petit diamètre de l’ellipse. J’en serai quitte pour ne me servir de ces tout petits développements qu’à la montée ou dans les circonstances qui enlèvent tout élan à la machine.
Sur la bicyclette Delta, le pignon est ovale plutôt qu’elliptique et le défaut que je viens de signaler est atténué, mais l’avantage est aussi atténué dans la même proportion. C’est ce qu’on appelle tourner dans un cercle vicieux. En effet, pour que l’on obtienne d’un pignon elliptique le meilleur résultat, il faut que les deux diamètres de l’ellipse soient entre eux comme les pressions du pied dans les deux positions extrêmes : ligne horizontale et ligne verticale. Or, nous savons par les travaux de Scott et de Bonny que dans la position horizontale le pied développe une pression deux fois et demie plus grande que dans la position verticale. Il faudrait donc que le grand diamètre de l’ellipse fût deux fois et demie plus grand que le petit. Je ne suis pas allé aussi loin dans la voie de la logique et je conseille de s’en tenir à une fois et demie, mais toujours uniquement pour le pignon de la toute petite multiplication.
