Nous avons, le mois dernier, annoncé sa prochaine apparition. Mais elle n’est encore qu’à l’état d’ébauche et peut être modifiée en quelques-unes de ses lignes. Nous allons donc l’étudier ensemble en partant de ce principe que cette deuxième monture doit justifier sa prétention de devenir le complément de l’écurie du cyclotouriste, déjà muni d’un outil de voyage convenable, lévo, rétro, 6 vitesses par Whippet, par moyeu et Tilhet ou bi-chaîne, etc., confortable, mais plutôt lent d’allure, lourd, forcément un peu compliqué et de prix relativement élevé, l’outil dont on dit c’est un carrosse de gala.
Il faut donc que la deuxième monture diffère du tout au tout, c’est-à-dire qu’elle soit légère, pas compliquée et bon marché, sans toutefois qu’elle renonce à la polymultiplication et à la roue libre, encore moins à la solidité il faut aussi qu’elle permette les allures rapides, les démarrages brefs qu’on puisse, grâce à elle, atteindre ce rendement maximum après lequel tous les cyclotouristes soupirent en lisant les récits des randonnées de l’Ecole stéphanoise.
Nous avons dit que cette bicyclette serait légère, qu’elle aurait roue libre, deux ou trois vitesses en marche, un frein sur jante et que son prix serait très abordable.
Comment obtenir la légèreté ? En allégeant le cadre, les roues, les pneus et tous les accessoires réduits au strict nécessaire.
Comment obtenir ensuite le bon marché ? En nous contentant de pièces de bonne qualité certes, mais non grevées de frais de réclame et d’intermédiaire, de la plus-value inhérente à la marque de fabrique, des primes d’assurance des ventes à crédit, etc., faux-frais qui souvent entrent pour moitié dans le prix de vente d’une bicyclette, surtout quand elle est vendue à tant par mois ; bref, en agissant comme si les abonnés du Cycliste étaient constitués en une association coopérative de production et de consommation..... L’U. C. C. L’union coopérative des cyclistes notre rêve d’il y a vingt ans.
Comment obtenir enfin la simplicité du changement de vitesse ? En adoptant le plus simple de tous les systèmes, le Whippet de l’avenir à deux ou trois roues dentées au pédalier, avec tendeur et doigt d’acier, en attendant la chaîne flottante, dont nous ne ferons un objet de commerce qu’après avoir élégamment solutionné quelques petits problèmes qui se sont posés successivement devant nous [1].
Nous nous sommes imposé de ne pas dépasser le poids de 10 kilos et le prix de 150 francs pour la machine en ordre de marche, mais sans la sacoche garnie, qu’on pourra emprunter à la machine de voyage, sans les garde-boue, qui n’ont pas de raison d’être sur une bicyclette de cet ordre-là.
Et voici ce que nous donnerons pour ce poids et pour ce prix :
Un cadre unique de 53 centimètres, avec plongeurs de selle et de guidon assez longs pour s’adapter à toutes les tailles des roues de 650, des jantes en bois laminé, à bords plats, offrant une bonne prise aux freins à tenaille et des pneus boyaux cousus, toile apparente, de 28 millimètres, facilement réparables, une roue libre Villiers de 16 dents et un frein très puissant sur la jante de la roue avant, enfin une chaine au pas de 12,7 x 3 mm., une selle genre Champion et des pédales entretoisées, le tout de très bonne qualité... C’est tout et c’est assez pour randonner à 25/28 à l’heure, ou du moins pour donner son maximum en fait de longueur d’étape et de vitesse de marche.
Comme développements : 3,75, 5 mètres et 6,50, ou seulement 4 mètres et 6 mètres, avec manivelles de 16 centimètres. L’expérience nous enseigne qu’avec des machines à grand rendement il vaut mieux rapprocher les développements, c’est-à-dire qu’il est inutile d’en avoir de très petits ou de très grands.
Déjà de telles machines sont en circulation et, pour l’établissement de cette deuxième monture, nous nous basons sur des résultats acquis.
Inulile de dire que le cadre, légèrement plongeant, aura l’arrière court et rigide des machines de course.
Les réactions seront donc un peu dures, mais il ne s’agit pas, c’est bien entendu, d’un carrosse de gala, pas même d’une bonne à tout faire. Il s’agit encore moins d’une machine de steeple-chase ; il faudra la monter en cycliste consommé et non pas en sac de farine, lui éviter les trop mauvais chemins et se faire léger au passage des cassis [2].
Nous n’en mettrons en chantier qu’une série de douze, et nous prions les abonnés du Cycliste que cette prime intéresse, de nous en informer le plus tôt possible.
Le Cycliste.
