Ce petit rien si important dont j’ai parlé incidemment en répondant, le mois dernier, à M. D..., à Paris, semble avoir intéressé beaucoup de lecteurs qui me demandent un peu plus de détails à son sujet. En voici : Il s’agit d’une roulette à billes que, pour obvier aux incessants dérapages de la chaîne de mon Whippet, raidie par la boue et par la pluie, j’ai eu l’idée de placer à l’entrée même de la chaine sur le pignon. Pour ce faire, j’ai suspendu à l’axe du moyeu une languette d’acier à rainure et j’ai fixé dans cette rainure, comme on fixait autrefois la pédale dans une manivelle à coulisse, un axe sur lequel tourné follement, sur deux rangs de billes, une minuscule roulette en acier de 18 millimètres de diamètre. La chaine passe sur cette roulette et ne la quitte que pour être happée par les dents du pignon elle ne peut ainsi s’écarter, ni à droite, ni à gauche, et si par hasard elle a des maillons enkylosés, raidis, repliés sur eux-mêmes, il faut, bon gré mal gré, laminés comme ils le sont entre la roulette et le pignon, qu’ils s’allongent et s’assouplissent. Depuis lors, plus de ces manques de chaînes, si désagréables, et que tous les whippetistes connaissent bien.
Devant ce résultat, j’allai plus loin, et je supprimai tout galet ou poulie de tension, laissant le brin inférieur de la chaîne flotter à son gré, au besoin jusqu’à terre. Et la chaine continue à ne plus déraper. Je roule encore, dans ces conditions, sur mon Whippet A, à 4 vitesses échelonnées entre 7.20 et 2,80. Mais sur les pavés ou sur les routes très trépidantes j’ai éprouvé un autre désagrément. Ma manivelle a parfois ramassé ce brin de chaîne vagabondant de gauche à droite, d’où arrêt des pédales. Il faudra donc que je fixe au tube de chaîne une tige mince qui empêche celle-ci de s’approcher de trop près de la manivelle, qui canalise, en quelque sorte, ce brin cascadeur. Mais d’ores et déja le doigt d’acier primitif c’est-à-dire sans billes et placé alors non plus sous le pignon mais derrière, dans le prolongement du tube de chaîne, afin que celle-ci ne repose jamais sur lui, ce doigt d’acier me sert à mettre à la raison, sur mes polychaînes, une chaine trop détendue et je prévois pour lui un brillant avenir, alors même que, dans le Whip-pet A, il ne permettrait pas de supprimer radicalement le ressort de tension.
Même alors, ce ressort de tension dont le rôle serait, non plus de tendre la chaine, mais seulement de la tenir enroulée autour des pignons chargés de guider le brin inférieur, ce ressort pourrait, devrait être très faible. Avant de le supprimer entièrement, je l’avais réduit à un simple fil de caoutchouc de cinquante centimètres.
Si pourtant l’on se contente, comme les randonneurs, de trois vitesses pas très distantes, par exemple, de 3,50, 5 mètres et 6,50, le brin inférieur de la chaîne d’un Whippet A n’est pas tellement lâche qu’il risque d’être happé par la manivelle et tout ressort est superflu, si j’en juge par mon expérience, qui s’étend déjà sur quelques centaines de kilomètres. Je n’ai souffert de l’inconvénient signalé plus haut, que lorsque je roule sur développement de 2,80, alors que le grand sur lequel la chaîne est normalement tendue est de 7 20.
Sans doute aussi cet accrochage de la chaine par la manivelle ne se produirait-il pas si mes 4 roues dentées étaient disposées comme elles le sont d’habitude, c’est-à-dire la plus grande à l’extérieur prés de la manivelle, et la plus petite à l’intérieur ; tandis que dans mon W. A. c’est la plus petite roue dentée, donc celle sur laquelle la chaîne est la plus détendue, qui se trouve à l’extérieur près de la manivelle, dispositif que j’ai choisi parce que je suis plus adroit de la main droite pour déplacer ma chaine.
Un autre avantage du doigt d’acier est de permettre l’adaptation du Whippet sur un moyen à roue libre et frein à contrenédale. Mais quand on contrepédale, même quand on fait roue libre, le brin supérieur de la chaîne risque de s’insinuer entre le tube de chaîne el les rayons ou le pneu ; c’est un danger auquel j’ai remédié en disposant le long dudit tube deux V dans les bras desquels la chaîne vient se détendre et se loger, en altendant qu’en repédalant à nouveau on la retende, sans à-coup, bien entendu !
En opérant ainsi, j’ai pu me servir du frein d’un moveu à contrepédale sur les 2º 3º et 4° vitesses ; sur la première, je n’y ai pas toujours réussi à cause de la trop grande longueur de chaîne qu’il fallait avaler à rétro avant d’attaquer le frein.
Mais c’est déjà bien joli d’avoir ce frein si commode et qui, jusqu’ici, a été pour les whippettistes, le fruit défendu, sur 3 vitesses ; ne pourait-on que sur la 4 vitesse, où la chaine est normalement tendue et travaille rigoureusement comme celle d’une mono, que ce serait une raison suffisante pour munir d’un moyeu frein à contrepédale le Whippet A (lisez de l’Avenir) ; et une dernière raison importante qui milite en faveur de cette solution est celle-ci : Il est toujours avantageux dans un Whippet, quel qu’il soit, d’avoir le moins de différence possible entre les diamètres des pignons ; or, sur un moyeu à roue libre, nous pouvons aisément fixer un pignon de 12 dents au pas de 12,7 et avoir ainsi avec 40 et 15 dents au pédalier les développements extrêmes 7.30 et 2,75 avec seulement 25 rouleaux d’écart : tandis qu’avec la roue libre de 18 dents qu’on trouve le plus communément, il faut pousser jusqu’à 60 et 23 dents, c’est-à-dire jusqu’à 37 dents d’écart pour les mêmes développements. Vive donc le petit doigt d’acier !
VELOCIO.

