Un Laboratoire improvisé (1898)

dimanche 29 octobre 2017, par velovi

Par F. TANDEAU, revue mensuelle du Touring-Club de France, Février 1898, Source gallica.bnf.fr / BnF

Depuis que le tourisme, dans toutes ses formes, a pris une si grande extension, la photographie, sa compagne naturelle, s’est développée et répandue dans les mêmes proportions.

Tout le monde actuellement s’occupe de photographie et si nous pouvions faire un recensement des photographes amateurs nous serions, j’en suis persuadé, fort étonné du nombre considérable de touristes qui tiennent à fixer sur la plaque sensible, les sites charmants qu’ils ont visités.

En chemin de fer, en automobile, même à pied, tous les genres d’appareils sont transportables ; en bicyclette il n’en est pas de même.

Le besoin d’un appareil léger se fait plus particulièrement sentir, d’où cette vogue exagérée des appareils instantanés qui ne donnent qu’une image réduite des clichés en général, sans grand modelé ni relief, mais qui ont le grand avantage d’être d’un petit volume et par suite peu encombrants.

Nous parlerons une autre fois du choix d’un appareil et des procédés pratiques pour les transports en machine.

Aujourd’hui, je me bornerai à l’indication d’un moyen commode et pratique pour charger les châssis en dehors du laboratoire.

Une des grandes difficultés pour le touriste amateur est sans contredit, de pouvoir trouver un cabinet noir permettant de changer les plaques de son appareil.

Je sais bien que grâce aux efforts incessants du Touring-Club, bon nombre d’hôteliers tiennent actuellement a notre disposition des chambres noires disposées ad hoc, mais la très grande majorité des hôtels en sont encore démunis.

Comment donc opérer quand, le soir venu, nous nous trouvons dans une auberge dépourvue de chambre noire ?

Voici le moyen qu’indiquait, il y a quelques années M. Hackett, dans le British Journal, procédé dont je me suis servi plusieurs fois et qui m’a rendu de réels services.

On tend un fil de fer d’un bout à l’autre de la chambre, à environ 15 centimètres du plafond ; sur ce fil de fer on étend à cheval une couverture de voyage, que l’on attache avec de grosses épingles de façon qu’elle touche presque le plancher. De chaque côté de la couverture, on installe une table, sur l’une de ces tables on place une bougie ou une lampe (à nu, sans verre rouge ni quoi que ce soit) et les produits chimiques nécessaires, qui est ainsi très aisé de manipuler puisqu’on opère en pleine lumière.

On développe les plaques et on charge les châssis sur l’autre table, abritée de la lumière par la couverture ; il n’est pas absolument nécessaire que celle-ci aille d’un bout de la chambre à l’autre : une couverture ordinaire suffit, à la condition qu’elle soit absolument opaque et placée aussi près que possible d’un des murs de la chambre. Seule, une lumière réfléchie, grisâtre, parvient jusqu’à vous et si l’on opère tant soit peu rapidement pour changer les plaques, si l’on a soin de couvrir la cuvette pendant le développement, on ne voilera jamais un cliché. Cette manière d’opérer peut rendre de grands services aux touristes, elle est également pratique en hiver, car on peut travailler dans une pièce chauffée, le feu servant dans ce cas de source lumineuse.

F. TANDEAU, Président de la Société des Photographes amateurs du Touring-Club de France.

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