ÉPILOGUONS (1897)

jeudi 2 août 2018, par velovi

Par Paul de Vivie, Le Cycliste, Août 1897, republié en Septembre 1947

Je n’ai pas, ce mois-ci, d’expériences à conter, bien que j’ai essayé, le 15 août, d’en placer une autre, et une bonne, à l’actif des machines à multiples développements, en allant de Lyon au Col du Lautaret. Malheureusement, ce jour-là, la guigne m’a poursuivi et, comme disait un Alsacien de mes amis, tous mes brochets ont été détruits. Parti de Lyon à 4 h. 30 j’aurais dû être à Grenoble à 10 h. et je n’étais arrivé qu’à midi, un peu tard pour aller, telle était mon intention, déjeuner à Bourg-d’Oisans ; puis il faisait chaud, mais chaud à vous donner des vapeurs et à vous coucher insolé sur la route ensoleillée ; enfin pour finir de me mettre en déroute, un orage s’amassait visiblement sur les hauts sommets et des nuages gonflés d’eau galopaient les uns sur les autres. Ce n’était pas le cas d’aller à 2.000 m. d’altitude jouir du coup d’œil.

Et cette coquine de route m’avait-elle assez fatigué ! Je ne la connaissais pas et je me la figurais, doux rêve, plate ou à peine ondulée d’un bout à l’autre, et par conséquent très facile ; Ah ! ouiche, Jean, va-t-en voir s’ils viennent ! Jusqu’à Bourgoin, où, en passant à 6 h. 30, je donne un matinal bonjour à un vieil ami, ça va tout seul, mais après Nilovat, holà ! D’abord ce n’est pas effrayant, montée constante mais faible, que mes 4. m. 40 enlèvent très aisément ; ensuite, c’est-à-dire de La Combe à Eclose et même un peu au delà, ça devient pimenté, et j’aurais bien fait de me mettre à 3 m. 35, mais persuadé que ça ne durera pas, je m’obstine et je passe avec 4 m. 40 péniblement ; résultat : muscles distendus peu après à la grimpette du Lautaret. Avant d’arriver à La Frette, nouveaux petits raidillons courts et secs qui me font pester contre les ingénieurs responsables d’une route aussi malhonnête.

La traversée de la plaine de Bièvre me repose un peu, mais, en arrivant à Rives, je mets précipitamment pied à terre ; quelle pente, grand dieux, il y a de quoi vous faire casser dix fois le cou ; la remontée de l’autre côté est faisable avec une petite multiplication, puis je remets pied à terre devant une autre descente raide, avant d’arriver à Moirans. Voilà un coin où les sans-freins feront bien de ne pas trop fréquenter ; il leur en cuirait certainement un jour ou l’autre.

De telles routes sont stupides, s’écrierait P. d’Allabile, qui a partout son franc-parler, et ceux qui les ont construites sont des ânes ! Amen.

De Moirans à Grenoble, à l’exception du crochet sur Voreppe, c’est plat sous tous les rapports, et si l’on n’avait à contempler les à-pics des massifs du Vercors à droite et de la Chartreuse à gauche, on s’embêterait ferme.

Ce jour-là, dans cette gorge, le soleil était d’un accablant ! Je n’eus pas même, après déjeuner, le courage d’aller à Pont-de-Claix, ne fut-ce que pour voir le commencement de la route, du Lautaret que je ferai, je l’espère, en septembre, en partant cette fois de Grenoble, car de Lyon au Lautaret en un jour, ça me paraît tout de même un peu trop chargé en kilomètres et en montée.

Velocio.