Le sentier cyclable doit être officiellement reconnu (Octobre 1920)

mardi 25 avril 2017, par velovi

Par Baudry de Saunier, Touring-Club de France, Octobre 1920, Source gallica.bnf.fr / BnF


Dans le désarroi actuel de nos moyens de transport, en contre-partie de l’essence à 3 francs le litre, la bicyclette, une des merveilles les plus surprenantes qu’ai engendrées le XIXe siècle, s’en va à toute vitesse vers son apogée. Jamais le cycle n’a eu plus de partisans, jamais les courses qu’il suscite n’ont mieux contribué à sa diffusion. Le cyclisme est enfin devenu une grande puissance.

Allons-nous en France savoir le reconnaître et lui accorder toute la place qu’il mérite ? La place qu’il faut lui donner désormais est un droit de circulation sur les routes, formel, légal. Il lui faut des voies, reconnues siennes par une loi et sans conteste désormais. Le nouveau Code de la route, qui actuellement chemine de ministère en ministère, devra rendre aux cyclistes la justice qui leur est due : c’est maintenant, aujourd’hui, que les amis de la bicyclettes doivent s’occuper le plus sérieusement de son avenir, et mettre en jeu toutes leurs influences pour que le sentier cyclable devienne une réalité officielle.

Il est évident que la bicyclette se contente fort bien du sol de nos routes lorsque la circulation des voitures y est faible. Mais les expériences des vingt dernières années a démontré que la bicyclette et l’automobile, lorsqu’elle sont en quantité, font un déplorable ménage : le cycliste a en haine l’automobiliste, et cette haine, souvent hélas ! n’est que trop justifié ; et l’automobiliste, même le plus prudent et le plus patient, s’irrite de l’étourderie de certaine pédales inconscientes. Si tous les hommes avaient en partage la sagesse et la bonne éducation, la pudeur seulement du respect d’autrui, les querelles et les accidents ne se produiraient pas ; mais, pour tenir un guidon ou un volant nous n’améliorons pas notre notre nature, il ne faut pas chercher dans les nuages un remède qui se trouve tout simplement sur les routes.

Notre association l’a, dès l’origine, si bien compris qu’elle a inventé le sentier cyclable : sur le bas côté de la route à grand passage, le T.C.F. à suggéré l’idée de tracer des pistes spéciales que suivent les bicyclettes, et de ses deniers, tant qu’il a pu, il a contribué à l’établissement de ces petits rubans de chemin.

La carte et la liste qu nous avons fait établir pour l’édification de nos camarades leur montrera que cet effet a été fort important puisqu’il a obtenu plus de 1.000 kilomètres de sentiers, mais que ce résultat semble cependant dérisoire à côté de celui qu’il nous faut atteindre de toute nécessité.

L’œuvre des sentiers cyclables, telle qu’on doit légitimement vouloir la réaliser, est extrêmement grosse.

De l’Office National des Routes, qui va incessamment naître au ministère des travaux publics et qui, on le sait, renfermera à côté des représentants des ponts et Chaussées, des représentants des usagers de la route, il faut en effet obtenir que le sentier cyclable soit constamment inscrit au programme de toute réfection ou de toute création de route.

Certes, il ne s’agit pas d’exiger que nos 40.000 kilomètres de routes nationales et nos 600.000 kilomètres de chemins départementaux et vicinaux s’ornent tous d’un sentier cyclable. Mais il importe qu’aucune décision d’exécution, en quelques cas que ce soit, ne soit prise sans qu’on ait envisagé les besoins des cyclistes qui peuvent s’y rapporter et, si ces besoins nécessitent une solution spéciale, sans qu’on la leur ait donnée.

De plus, du Code de la Route actuellement en préparation, il est indispensable que le sentier cyclable obtienne une reconnaissance officielle et un statut. Actuellement, si le préfet du département n’y a mis bon ordre par un arrêté consacrant le sentier au passage exclusif des cyclistes, un énergumène peut ouvrir son pliant au travers du sentier et s’y asseoir pour lire un roman sans qu’aucun agent ait régulièrement le droit de le faire déguerpir.

Il importe donc que le Code de la route donne aux cycliste, et à eux seuls, l’usage de leurs sentiers.

Il va s’en dire que le T.C.F. s’emploiera de son mieux pour faire aboutir ces vœux. Mais nous comptons sur tous les amis de la bicyclette pour que leur influence personnelle auprès de leur sénateur, de leur députés, de leur conseillers généraux s’exerce immédiatement en faveur de la libération du cycle. Le sentier cyclable doit être officiellement créé, officiellement entretenu, officiellement protégé.

Baudry de saunier