Tourisme d’été (1901)

vendredi 6 septembre 2019, par velovi

Par D’Espinassous, Le Cycliste, Septembre 1901, Sources Archives Départementales de la Loire, Per1328_7

Il existe deux manières d’excursionner à bicyclette. La première, où l’esprit gouverne la matière — mens agitât molem — consiste à forcer quand on éprouve un sentiment de lassitude, à négliger les variations de puissance du moteur humain, et à lui demander un travail anormal. L’allure sera donc très soutenue.
J’ajouterai qu’avec cette méthode (système de Vivie) quelques touristes peuvent faire 250 à 300 kilomètres par jour. Seulement, non licet omnibus œmulari Vélocio.
La seconde est, au contraire, absolument subordonnée au moteur. Vous êtes fatigué, vous allez lentement  ; harassé, vous vous arrêtez — neque semper arcum tendit Apollo. — Vos muscles ont-ils toute leur force, vous marchez à 30 à l’heure. Cette allure sera donc extrêmement irrégulière.
De ces deux manières quelle est la bonne  ?
Je crois que pour le touriste c’est la seconde. Je l’ai déjà dit, ne pas forcer, rester en dessous de ses moyens est le secret des longues étapes accomplies sans fatigue. De plus, cette façon fort agréable de cycler respecte l’indépendance du cycliste qui n’est plus l’esclave de son horaire  : il verra le pays qu’il traverse, et arrivera le soir dans un état physique et moral bien supérieur.
Le touriste, en été, devra éviter tout surmenage l’empêchant de jouir pleinement des beautés de l’excursion. Il partira de grand matin entre 2 et 3 heures et à 10, ayant couvert 90 à 100 kilomètres, s’arrêtera. Il prendra un bain froid très court, déjeunera sobrement et se reposera ou visitera le pays jusqu’à 4 heures — en montagne et à une haute altitude, on peut repartir à 1 heure — ensuite, il se remettra en route jusqu’à 7 heures et aura ainsi fait 120 à 130 kilomètres, presque en se jouant. C’est, selon moi, le maximum pour le touriste qui veut voir. J’insiste sur ce point.
Je regrette de n’être pas de l’avis de Vélocio sur les itinéraires de pénétration. Ces trajets qu’on a faits plus de cent fois sont fatigants à la longue, les moindres détails de la route étant archi connus. Le touriste doit être amoureux de l’imprévu, du nouveau, et le temps mis à les parcourir peut être plus utilement employé.
Mais tot capita, tot sensus. Je respecte certes toutes les opinions et je reconnais qu’entre celle de Vélocio et de Siméon le Stylite il y a place pour toutes les vitesses, pour toutes les manières de penser. Je dis simplement la mienne. Elle est sincère, peut-être est-ce son seul mérite. En tout cas, elle concorde avec ma règle de conduite. La voici sous forme de théorème  :
Tout travail qu’on fait pour son agrément doit avoir la somme des plaisirs supérieure à la somme des peines.

Je viens de tracer un itinéraire qui, laissant de côté les courses classiques des massifs de la Chartreuse et du Vercors, permet en trois jours de voir les plus belles et les plus pittoresques parties du Dauphiné. Ce trajet offre une incroyable variété de sites.

En Dauphiné
D’Espinassous, Le Cycliste, Septembre 1901, Sources Archives Départementales de la Loire, Per1328_7
En Dauphiné (2)
D’Espinassous, Le Cycliste, Septembre 1901, Sources Archives Départementales de la Loire, Per1328_7

Soit un total de 420 kilomètres à faire en 3 jours. La dernière étape, de 155 kilomètres, est la moins pénible  : elle offre 60 kilomètres de descentes. Une bicyclette ayant au moins deux multiplications est indispensable.
Un beau temps ne l’est pas moins.

Tempora si fuerint nubila.... ne exi.

d’Espinassous

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