À ou En ? (Novembre 1893)

mardi 13 juin 2017, par velovi

Par Ballif, Revue du Touring-Club de France, Novembre 1893, Source gallica.bnf.fr / BnF

Désireux de connaître l’opinion des maîtres en la langue sur cette délicate question du « à » ou du « en », nous écrivions l’autre jour au vice-recteur de l’Académie de Paris, M. Gréard, le hardi reformateur de l’orthographe et de la grammaire et, en même temps, à notre illustre maître et membre d’honneur, M. Émile Zola.

« Deux cent mille français ou françaises, disions-nous, montent à ou en bicyclette, à ou eu tricycle, et ne savent comment le dire.

La bicyclette serait assez bien le cheval, le tricycle, la voiture.

Que faut-il dire : à ou en ?

Veuillez nous tirer de peine. »

Voici les réponses : 30 septembre.

« MONSIEUR,

Votre distinction entre la bicyclette et le tricycle me paraît juste : l’une est une monture, l’autre un véhicule. La préposition à semble donc mieux convenir à la bicyclette, la préposition en au tricycle.

Cependant ce n’est là qu’un avis de logicien, et l’usage est déjà bien établi.

Vous feriez bien de prendre d’autres consultations, notamment celle de M. Francisque Sarcey.

Recevez, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

« GRÉARD. »

5 octobre.

« CHER MONSIEUR,

Je suis absolument de l’avis de M. Gréard, je crois que l’on doit dire à bicyclette et en tricycle.

« Mais il a raison aussi, lorsqu’il ajoute que l’usage tranche tout. La question serait donc de savoir si l’usage est déjà si fortement établi que la logique ne puisse l’emporter.

« Cordialement à vous,

« EMILE ZOLA. »

I7 octobre.

« MONSIEUR,

Laissons s’établir l’usage.

Je crois que, par analogie, il vaudrait mieux dire :

monter à bicyclette, comme on dit monter à cheval ou à âne. Mais il me semble qu’il y a une tendance à dire : monter en bicyclette. Cela vient sans doute de ce qu’on est entre deux roues et que la bicyclette rappelle vaguement la voiture.

Je n’ai pas d’opinion. Ce que décidera la foule sera bien décidé.

Je vous serre la main, »

« FRANCISQUE SARCEY. »

Hélas ! la question reste pendante et nous le craignons fort, la logique va encore céder devant le fait.

Nous proposons une solution ; puisqu’il est admis qu’on écrit mieux qu’on ne parle, on écrira à, on dira en et on en fera le plus possible.

A. BALLIF.