Un précurseur : De Vivie (Décembre 1923)

lundi 19 juin 2017, par velovi

Par J. Lavenu, La pédale, 18 décembre 1923, Source gallica.bnf.fr / BnF

Mon cher ami de Vivie, j’espère que vous ne me garderez pas rancune de vous présenter aux lecteurs de la Pédale, je suis bien mal à mon aise pour écrire sur vous, car je vous sais très modeste et vous n’aimez pas la publicité, mais en parlant de vous, c’est la cause du cyclotourisme que l’on présente, j’aurais donc grâce à vos yeux et devant ceux des lecteurs sur mon imperfection.

* * *

À mon dernier voyage à Saint-Étienne que je raconterai en temps et lieux, j’eus le grand plaisir de revoir notre bon vieux (car c’est ainsi entre intimes de la pédale que nous le nommons), il est très connu chez les touristes, peu chez les cyclistes.

M. de Vivie avait 18 ans quand il acheta une bicyclette chez M. Gauthier, de Saint-Étienne, l’un des premiers fabricants de bicyclettes françaises. Peu de temps après, il partait pour Lyon, et rapidement il devint un as. Il fit du bi, plus tard, il monta un magasin et un atelier, et là se situa le siège de l’École Stéphanoise. Je passe sous silence toutes les épreuves auxquelles il prit part, afin de faire connaître la petite reine.

Le premier numéro du journal le Cycliste qu’il fonda, vit le jour en janvier 1887 et depuis, sans interruption, il aida à diffuser le cyclisme et tous les différents à côtés que comporte la question. Cette revue traite toujours de questions cyclotouristes et cyclotechniques, et c’est la seule qui existe de nos jours, plus sa jeune sœur La Pédale.

Notre ami est toujours alerte, malgré ses 70 ans passés. L’œil est bon et encore les jambes. Il a en lui un optimisme de bon aloi et une philosophie fort curieuse. C’est un apôtre, donc, d’une endurance extraordinaire, il émet cette thèse : pas de vin, pas de tabac, pas de viande. Jeunes coureurs, apprenez de lui, cette volonté et cette sobriété.

Son atelier renferme la plus belle collection d’objets hétéroclites que l’on puisse imaginer : bicyclette bichaîne donnant par deux pignons au pédalier, l’un fixe l’autre par embrayage des jeux de vitesses fort bien échelonnés, depuis 2 vitesses, ou en doublant un moyeu ou une flottante 6 vitesse, des Whippets de tous systèmes, un tri-tandem, lui permettant de faire du déménagement de Saint-Étienne au Grand Bois, et de ramener chauffage pour l’hiver ; il lança la chaîne flottante, puis des guidons de toutes dimensions et pour tous les usages ; des selles spéciales et d’autres très suspendues ; une combinaison de bicyclette avec un avant amovible permettant de coupler et de faire soit un tandem, une triplette, une quadruplette, etc..une bicyclette à moteur fort curieuse, l’on n’a rien inventé depuis... des accouplages de pignons multiples etc. Bref, j’en oublie beaucoup ; c’est un laboratoire d’essai en perpétuel mouvement ; côte littéraire, je suis fort embarrassé car il est le directeur du Cycliste et dans chaque numéro de sa revue, vous raconte les beautés de la nature et du cyclisme et ceci sans arrêt depuis 37 ans, quel plus beau titre à notre exemple pour de la persévérance. Les dirigeants de tous les groupements cyclotouristes ont puisé en lui la documentation pour les questions qui nous intéressent. Il a beaucoup semé, aujourd’hui nous voyons le résultat.

Ce brave homme est un isolé, un modeste, et surtout un sage, il aurait certes, comme beaucoup, dû déjà avoir une récompense dont il pourrait à juste titre, être fier. Ceci n’est pas, et bien, vous tous amis du Cycliste et de La Pédale, voulez-vous lui faire grand plaisir, si jamais au cours d’un voyage, vous passez près de Saint-Étienne, ne manquez pas de lui rendre visite, de converser quelques minutes avec lui, vous en reviendrez enchanté et il sera satisfait, de plus, si vous pouvez lire son bon Cycliste vous en aurez un réel profit.

J. LAVENU.


Voir en ligne : Gallica