L’aube d’eau vaine (2006)

lundi 4 décembre 2017, par velovi

Pour le troisième jour de suite, je descends le long de rivières apaisées, apaisantes. Le relief s’adoucit, traîne ses dernières guêtres, il fait enfin vraiment chaud.
Je n’ai pas l’heure, et ne comprends plus rien au soleil  les jours s’allongent en avançant vers le solstice d’été, mais s’allongent aussi à mesure que je monte au nord. A ma surprise je me retrouve dans la plaine plus tôt que je ne le pensais. Il n’y a plus d’endroit discret où dormir, il me faut arrêter d’avancer, je dois regagner les forêts, soit à l’ouest, soit à l’est. L’ouest semblerait plus accueillant, les dernières collines sont au soleil. Mais cela m’obligerait ensuite à un long détour pour éviter Hanovre puis Hambourg. A l’est, une grosse masse orageuse se prépare depuis le milieu de l’après-midi. Une femme devant un supermarché m’en avait parlé longuement, mais je n’avais rien compris parlant peu allemand. M’y voilà, car c’est bien la direction que je prends. Bientôt je passerai de la lumière à la pénombre.

J’aperçois les pluies qui se déplacent, les nuages qui se déchirent, et voici le vent qui me ballote à mon tour. A la sortie d’un village, je prends vite un chemin de gravier qui se dirige vers les bois, je sprinte presque. Par miracle je ne crève pas. A l’orée de la forêt trône une table dans une clairière. A peine atteinte, averse. Mais je suis déjà à l’abri, et de l’eau et des regards, sous de grands arbres.

Le lendemain au petit matin sur ma table, j’ai en tête cette phrase 
« L’ aube d’eau vaine s’écoule doucement »
Il s’agit en fait d’un Haïku écrit à plusieurs en atelier d’écriture 

La lune est pleine
l’aube d’eau vaine
s’écoule doucement

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