Le Cycliste et l’Œuvre de Velocio (1936)

vendredi 24 avril 2020, par velovi

Par Gaston CLÉMENT, 1936, pour les 50 ans du Cycliste

Paul de Vivie, le Ier février 1887, fondait « Le Cycliste Forézien », qui, l’année suivante, devenait « Le Cycliste », titre conservé depuis. C’est le doyen de la presse spécialisée du Cycle.
Quel monument à la gloire du cyclisme, et particulièrement du cyclotourisme, que la belle collection du « Cycliste ». À l’occasion de son cinquantenaire, nous venons de la passer en revue : ce fut un magnifique voyage à travers les années, remettant en vigueur maints souvenirs sur l’histoire, relativement récente du Cyclisme, en évoquant, avec toute leur beauté, les aspects variés de notre belle France, jamais mieux appréciée qu’en voyages cyclotouristiques.
Durant quarante-quatre années, sous la plume de son fondateur, le « Cycliste » n’a cessé de mettre en valeur les bienfaits du Cyclotourisme, les joies immenses que la «  Petite Reine  » nous permet de goûter en communion avec la nature et surtout de préciser combien ils sont accessibles à tous et à toutes, humbles ou puissants.
Le « Cycliste », c’est l’historique du Cyclotourisme en France  ; c’est aussi l’apostolat de Velocio.


La Revue vit le jour à l’heure où les cycles devenaient pratiques, et surtout stables, qualités qui donnèrent, alors, un essor considérable au cyclisme utilitaire et touristique. L’histoire du « Cycliste » est aussi celle de la bicyclette.
Il fut créé, en 1887, au moment de l’engouement provoqué par l’apparition de la bicyclette. Les perfectionnements successifs et rapides de celle-ci amplifièrent aussi l’ambiance. Paul de Vivie avait 34 ans. toute sa vigueur physique et un enthousiasme très vif pour cette locomotion nouvelle, plus rapide que la traction animale, permettant un très grand rayon d’action économique, et indépendante si on la comparait à la traction ferroviaire.
De tout cœur, avec toute sa fougue, secondé par un esprit lucide et cultivé, de Vivie, dans le « Cycliste », s’adonna à la diffusion du Cyclisme. Il voulait convaincre les populations citadines que la bicyclette leur permettrait de s’évader de leurs centres surpeuplés à l’atmosphère empoussiérée. en l’utilisant soit pour aller demeurer au bon air, dans la campagne avoisinante, soit, au moins, pour de salutaires promenades, chaque jour de liberté.
Par la suite, devant le succès du « Cycliste », Velocio se servit de sa Revue pour mettre en valeur le rayonnement industriel de la région stéphanoise, avec le désir de voir Saint-Étienne, à l’instar de Coventry pour l’Angleterre, devenir le centre de l’activité de la fabrication du cycle et de ses accessoires. Plus tard encore, et fort de ses connaissances touristiques acquises pas à pas sur les routes du Forez, Paul de Vivie imposa Saint-Étienne comme un centre de tourisme favorisé. Avec le « Cycliste », Velocio réalisa tous ces débuts, en même temps qu’il contribuait aux progrès continuels du vélo et à la diffusion du Cyclotourisme en France.


Le « Cycliste » n’a pas été qu’un recueil des réflexions et seulement l’œuvre de son Directeur-Rédacteur en Chef. Bien au contraire, il a toujours accueilli les récits de voyages et d’excursions narrés. Paul de Vivie ouvrit accès aux cris les plus divers dans une «  Tribune Libre » bienveillante. Il aimait à provoquer la discussion, la contradiction sur les questions de technique du cycle, comme sur celles de l’alimentation végétarienne ou omnivore, le camping... trouvant des conclusions utiles sur les différentes méthodes de cyclothérapie, de voyages, de randonnées, sur les expositions, les concours techniques, les inventions... Les grandes manifestations du sport cycliste avaient toute son attention et lorsque ses commentaires se trouvaient en opposition avec les théories des organisateurs, ils étaient dictés par le bon sens. Souvent, les années lui donnaient raison.
Le « Cycliste » n’était pas l’œuvre d’un isolé, bien au contraire, car Paul de Vivie a continuellement conservé un étroit contact avec toutes les
Associations de Tourisme, françaises et étrangères. Il provoqua lui-même, par ses meetings annuels, maintes réunions de Cyclotourisme, croissantes d’importance, d’année en année.


En examinant, hélas superficiellement, cette admirable collection du « Cycliste », on peut la scinder en tranches successives, correspondant à des époques bien définies :
On pourrait intituler la première de 1887 à 1900 «  le Triomphe
de la Petite Reine  », celle-ci, la Bicyclette, étant la sélection de tous les vélocipèdes antérieurs et qui fut adoptée par toutes les classes de la Société.
La seconde de 1901 à 1908 s’appellerait «  L’Age Ingrat  »  ; l’enthousiasme semblant décroître avec l’apparition de l’automobile qui attire et fascine les foules, en permettant plus de luxe, de vitesse, de confort. Mais le nombre de bicyclettes utilitaires augmente toujours et celui des Cyclotouristes reste toujours le même. Puis arrivent les heures de la sombre tourmente des années 1914 à 1918 où il ne s’agit plus de tourisme mais, pour beaucoup, de vie au grand air, différente, mais combien tragique...
La troisième période — 1919 à 1930 se définirait «  L’Essor du Cyclotourisme  ». C’est le titre même d’un des derniers articles de Velocio, écrit peu avant sa disparition tragique. L’après-guerre voit la résurrection définitive du Cyclotourisme et sa diffusion universelle telle que Paul de Vivie l’avait rêvée.
Enfin, une quatrième période, du « Cycliste » pourrait être celle depuis 1931 qui voit se continuer l’œuvre du Maître, reprise avec ses fervents, ses adeptes, qui maintiennent ses idées et ses directives. Elle voit se confirmer bon nombre de ses théories. C’est «  Le Cyclotourisme Moderne  », tel Velocio l’avait tant souhaité.


Après guerre, le « Cycliste » et Velocio furent, cette fois encore, et avec le Touring-Club de France, la liaison utile entre toutes les activités, toutes les initiatives toutes les bonnes volontés disséminées en France.
Jusqu’à cette époque, les groupements s’occupant de cyclotourisme étaient très rares. C’est un sport qui se pratiquait plutôt en isolés, ce qui n’aidait pas à sa diffusion. Les Sociétés anciennes, comme les nouvelles qui se créaient, avaient entre elles un lien, naturellement tout indiqué  : le Touring-Club de France. On essaya de les unir étroitement à notre grande association nationale, ne fut-ce qu’en les inscrivant simultanément comme tout autre membre, mais les statuts du T.C.F. ne le permettaient pas, et rien ne fut tenté pour les adapter. C’est ainsi que se forma, automatiquement, la Fédération Française des Sociétés de Cyclotourisme, avec l’aide du T.C.F., et ce fut son Président, Henri Defert, qui en rédigea, lui-même, les statuts.
Le 8 décembre 1923, en l’Hôtel du T.C.F.— qui resta son siège social - la nouvelle Fédération fut créée par le T.C.F., l’Audax-Club Parisien, les Francs Routiers, le Tourist-Club Parisien, les Tandémistes Parisiens  ; et leurs représentants me firent le grand honneur de me nommer Président.
Tous ces événements, et ceux qui suivirent, ont été reflétés dans le « Cycliste », par Velocio, avec la foi et l’ardeur qu’il avait toujours développée, et cela depuis 1887, pour l’expansion du Cyclotourisme libre, autonome, dégagé des contingences du sport ou des entreprises officielles ou spectaculaires.


Puisse ce rapide exposé réussir à fixer quelques précisions sur l’œuvre considérable du « Cycliste » et de son créateur, cet homme de bien que fut Paul de Vivie, et sur leurs rôles quant à la diffusion du Cyclotourisme.

Gaston Clément

Le Cycliste Forézien (n°1 Février 1887)

Voir aussi :