Évitez-vous les uns les autres (1910)

lundi 3 avril 2017, par velovi

Par A. Ballif, Touring Club de france, 1910, Source gallica.bnf.fr / BnF

Évitez-vous les uns les autres.

C’est le conseil qu’il faut donner, sans se lasser, aux automobilistes et aux cyclistes qui parcourent les mêmes chemins.

Évitez-vous, non pas comme des ennemis, mais comme des passants qui ont un même souci de leur sécurité mutuelle. Sur la route, laissez entre vous le plus que vous pourrez de terrain neutre : l’automobile et la bicyclette ont un égal intérêt à n’entretenir de rapports qu’à distance respectueuse. Il ne faut pas une bien formidable automobile pour « démolir » un cycliste. Mais il suffit aussi d’un cycliste imprudent pour que la plus puissante limousine aille verser dans le fossé prochain, se télescoper contre un mur ou se « retourner » contre un tronc d’arbre trop solide.

On s’étonne qu’il faille encore prêcher ainsi jusqu’à en rabâcher — et que tant d’hommes, qui sont peut-être raisonnables, pacifiques et d’excellente composition dans la vie courante, perdent toutes ces vertus sociales aussitôt qu’ils mettent les mains au volant d’une auto ou au guidon d’une bicyclette.

Frôler en vitesse un cycliste qui, rien que par frayeur, peut faire une embardée mortelle, ce n’est jamais malin et ce peut être criminel.

Mais, tout aussi fautif, tout aussi dangereux est le cycliste qui zigzague sur la route, dédaigne les appels de trompe et nargue, moucheron du lion, l’automobile dont le conducteur s’impatiente, s’énerve et s’exaspère alors à bon droit.

Il n’est pourtant pas difficile de demeurer, tout simplement, chacun sur son terrain, et de s’y comporter selon des règles bien simples, qui n’ont rien de gênant pour personne et dont l’observation garantit à chacun la liberté et la sécurité des mouvements.

Automobilistes et cyclistes, mes amis, gravez dans votre mémoire, en y apportant un esprit de camaraderie qui vous en rendra l’application facile, ce commandement : Évitez-vous les uns les autres et passez votre chemin.

A. BALLIF.

P. S. — Cette courte épître réclame, de la part des propriétaires de voitures automobiles spécialement, un commentaire à l’usage de leurs mécaniciens. Qu’ils veuillent bien — particuliers ou loueurs — recommander aux chauffeurs à leur service la plus grande prudence à l’égard des cyclistes.

Tout le monde s’en trouvera bien.

A. B.