Excursion du Cycliste (3 juin 1928)

vendredi 9 octobre 2020, par velovi

Par Paul de Vivie, alias Vélocio, Le Cycliste, Juin 1928, Source Archives départementales de la Loire, cote IJ871/4

JUIN

Il ne s’agissait cette fois ni d’excursion, ni de randonnée, il s’agissait simplement d’une étape de transport rapide et peu coûteux.
J’avais huit jours avant, au cours de ma randonnée pentecostale, oublié à Valence mon passe-montagne et je m’étais promis d’aller le chercher le dimanche suivant. L’objet était de peu d’importance et il eût été ridicule de mobiliser pour cela un avion ou même une simple moto, encore moins de s’infliger 250 km. de compression dans les boîtes à sardines du P.-L.-M. J’avais d’ailleurs sous la main ma Ballon n° 2, toute poussiéreuse encore des 380 km. de l’itinéraire des 27 et 28 mai, et c’est elle que je choisis.
Cette bicyclette, qui m’a servi à Pâques, à Pentecôte, dans plusieurs excursions dominicales et qui me sert presque tous les jours, peu ou prou, pour mes courses en ville, a maintenant près de 3.000 kilomètres à son actif  ; ses pneus façon-main demi-couverts de luxe, ne semblent pas fatigués le moins du monde et je n’ai encore à son passif qu’une seule crevaison. Voilà de bons états de service.
Je pars donc ce premier dimanche de juin, à 3 heures, et débarque sur les bords du Rhône à 5 h. 50, malgré pas mal de temps perdu à pester contre le mauvais état de la route et à m’épousseter après une superbe culbute, en pleine vitesse, à 3 km. d’Andance, heureusement dans la poussière épaisse qui amortit le choc. C’est ma première pelle sérieuse de l’année et je m’en tire à mon honneur avec quelques écorchures et une contusion intéressant tout le côté droit, de l’épaule à la cheville. Dieu soit loué, je sais encore tomber. Mes réflexes n’ont pas oublié (je le leur ai assez souvent rappelé), qu’ils doivent en pareil cas mettre le corps en boule ou le développer de tout son long, afin que le rude contact avec le sol se répartisse sur la plus grande surface possible : un choc généralisé n’est plus que meurtrissure, tandis que localisé sur un seul point, il peut devenir fracture.
Je traversai le Rhône à Saint-Vallier et je mis pied à terre à Valence, devant la gare, à 7 h. 40. Je m’orientai et retrouvai facilement le café où j’avais oublié mon couvre-chef. J’y déjeunai et, à 8 heures, je pris le chemin du retour, décidé à rester sur la rive gauche jusqu’à Andance, car sur la rive droite la chaussée est dans un état déplorable, pire que celui de la route du col des Grands-Bois, entre les bornes 82 et 85, ce qui n’est pas peu dire.
À midi et quart, j’arrivai à Bourg-Argental et y déjeunai excellemment, à un prix modéré, à l’hôtel de France.
Je m’étais promis, ayant du temps devant moi pour rentrer avant la nuit, de flâner en cours de route, et je pris dans cette intention la route qui monte par Saint-Sauveur, où les jolis sous-bois et les sources d’eau vive ne manquent pas. Mais je ne me laissai pas tenter par les frais ombrages et le soleil ayant, en peu d’instants, ouvert mes pores à la bonne sueur prostprandiale, je me sentis à ce point rafraîchi par l’évaporation cutanée que je n’eus pas à combattre un excès de chaleur.
Cette étape-transport de 190 km se termina donc de très bonne heure et, bien que je n’aie rien dit de l’agrément qu’elle comporte pour qui sait regarder autour de soi, tout en grêlant des kilomètres, j’en ai gardé un bon souvenir. J’en ai même retiré quelques aperçus nouveaux sur les conséquences thérapeutiques d’une randonnée, car je n’estime pas la bicyclette seulement pour ses qualités de transport pratique, je l’estime peut-être plus encore pour sa valeur hygiénique et son action curative et préventive dans bien des maladies que les drogues aggravent plus souvent qu’elles ne les guérissent.

LOCIO.

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