Siestes

Sieste du cyclotouriste ou sieste du randonneur  !

Au pays du soleil 1989

« J’avais pris un peu d’avance sur mon compagnon, et navré d’être, après une longue montée, privé du plaisir d’une belle et facile descente, je mis pied à terre, calai sur une pierre la pédale de ma bicyclette et allai m’étendre sur le gazon. Ah   ! Excellente idée, et comme je retrouvai vite le calme et la patience philosophiques, qui sont qualités de touriste et qui m’avaient abandonné un instant : un ciel d’une limpidité parfaite formait au-dessus de mon front une voûte azurée où les yeux ne se fatiguaient point   ; le soleil m’envoyait des rayons obliques encore chauds, mais la brise très fraîche qui soufflait sur ces hauteurs les tempérait et me les rendait agréables et utiles, car j’aurais eu froid sans cela. Le thym et toutes les plantes aromatiques qui croissent sur les sommets de ces rocailleuses collines, où l’on tue d’excellents lapins, embaumaient l’air autour de moi. La silhouette légère de ma monture se dessinait sur l’horizon et j’allais certainement lui décocher quelques stances rimées (car je sentais le démon poétique s’agiter en mon cerveau) dans lesquelles je l’aurais comparée au char d’Apollon ou à Pégase, peut-être aussi à Bucéphale   ; qui peut dire où s’arrêtera, une fois lancé, un poète doublé d’un cycliste et à quelles comparaisons invraisemblables il aura recours pour communiquer au lecteur l’enthousiasme dont il est dévoré. »

Randonnée Pascale 1905

« Il m’arriva ce jour-là, après déjeuner, d’être atteint pendant une heure ou deux de la maladie du sommeil d’une façon si impérieuse que je fus sur le point d’être forcé de m’arrêter et de dormir un instant sur le bord de la route. J’avais mangé deux paquets de radis roses, sans me méfier des propriétés soporifiques de ce hors-d’œuvre dont la pelure contient, paraît-il, une substance opiacée  ; la vertu dormitive de cette substance aurait bien pu m’être fatale et c’est pour cela que j’attire l’attention sur cet incident minuscule. Rien n’est dangereux en effet de s’endormir ou simplement de s’assoupir quand on est à bicyclette, surtout à une descente et sur une route déserte où la crainte de collision ne vous tient pas sur vos gardes, une chute dans ces conditions est forcément dangereuse, car on ne se garantit pas avec les mains et l’on tombe brutalement sur la tête.

Je ne me suis laissé choir ainsi qu’une fois en revenant du Ventoux, après deux nuits blanches, sans conséquence grave, parce que le hasard me fit tomber dans l’herbe  ; mais voici que le même accident vient d’arriver coup sur coup à deux de mes amis que le hasard a conduits sur des tas de pierres où des passants les ont recueillis dormant toujours, à demi-assommés par le choc et couverts de sang, car la tête avait porté et l’épiderme était sérieusement entamé. La caractéristique de ces chutes-là, c’est que les bras et les mains qui écopent toujours d’habitude sont indemnes, preuve évidente qu’on était déjà inconscient quand la chute a en lieu.

Donc, quand vous vous sentirez sollicité par une impérieuse envie de dormir, n’y résister pas  ; mettez pied à terre et dormez  ; il suffit d’un quart d’heure de repos pour vous remettre d’aplomb  ; seulement, si le besoin de sommeil est le résultat de la fatigue plutôt que celui d’une digestion laborieuse ou de l’ingestion d’une substance soporifique, vous risquerez de rester endormi plus d’un quart d’heure si vous n’avez personne auprès de vous pour vous réveiller  ; mais nous toucherions alors à la fatigue anormale à laquelle on ne doit jamais arriver »

Mon 14 juillet 1923

« A 14 heures, je rentrais dans la fournaise, sans enthousiasme, et le voisinage de Roche-courbe, dont le profil caractéristique s’aperçoit si nettement de nos montagnes, ne m’emballe pas. Je cherchais un coin de pré bien ombragé où j’aurais volontiers pris une heure de repos. Faute de grives, on se contente de merles et, faute d’un pré, je finis par m’étendre sur le talus de la route où je ne demeurai pas longtemps pour cause d’inconfortabilité. »

Extraits : Le Cycliste, Source Archives départementales de la Loire, cote Per 1328 et IJ871

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