La photographie en véloce ( janvier 1894)

dimanche 15 octobre 2017, par velovi


Par P. Gautier, Touring-Club de France, Janvier 1894, Source gallica.bnf.fr / BnF

L’amateur a toujours le tort de chercher, dès ses débuts, à faire des choses trop difficiles, muni quelquefois d’un appareil médiocre ne s’imagine-t-il pas de faire le portrait de toutes les personnes qu’il connaît et il est étonné de tous ses insuccès.

Le portrait et les groupes sont très difficiles à réussir et ce n’est qu’au bout de plusieurs mois de pratique suivie que l’amateur pourra obtenir quelques bons résultats. Il n’en est pas de même du paysage que nous recommandons à tous les amateurs cyclistes et voici quelques conseils qui pourront être utiles.

PAYSAGES. — C’est vers le paysage que l’amateur sérieux sera certainement entraîné, d’autant plus, que de ce côté, tout sera pour lui satisfaction, depuis l’excursion souvent faite en joyeuse compagnie, jusqu’au résultat final qui lui rappellera les endroits pittoresques qu’il aura parcourus.

Pour ce genre de photographie la marche à suivre n’est pas très compliquée, cela dépend du goût de l’opérateur qui sera toujours le seul juge en la matière, le principal est de bien choisir son éclairage, car la lumière n’agit pas de la même manière à toute heure du jour.

La lumière la plus vive, et par conséquent la plus active, est de 10 h. à 2 h. dans les jours courts et de 8 h. à 4 h. dans les jours longs.

Ce sont les heures les plus favorables pour faire de beaux instantanés.

Le meilleur éclairage est celui qui frappe un peu de côté, à droite ou à gauche, il est préférable à celui qui donne directement derrière l’appareil, se bien garder surtout que le jour ou du moins le soleil ne donne dans l’objectif. Certaines vues, comme des rochers, des masses d’arbres, un cours d’eau, gagneront toujours à être éclairés par le soleil, l’image aura plus de relief, autant que possible éviter le vent, surtout si on fait de la pose.

Pour toutes les vues faites à la campagne, l’été est la plus mauvaise saison, à cause des grandes oppositions de lumière, le printemps et l’automne sont les deux saisons les plus riches en effets, malheureusement on ne peut pas toujours profiter des belles journées qui sont plus rares qu’en été. Il faut éviter d’emporter beaucoup de plaques, se montrer difficile dans le choix du site, et bien se rappeler que l’endroit qui flatte le plus la vue, n’est quelquefois rendu que très imparfaitement par la photographie, de ce côté du reste la pratique vous renseignera bien vite. La mise au point se fera sur le sujet qui doit appeler l’attention, mais ce n’est pas une raison pour sacrifier le premier plan à moins qu’il ne soit trop près de l’opérateur, vous pouvez alors vous servir de vos diaphragmes ce qui fera augmenter le temps de pose, il en est de même pour les lointains pour lesquels il faut employer aussi des petits diaphragmes pour les avoir nets.

Au sujet du temps de pose, il est très difficile d’indiquer des données justes, cela dépend du temps qu’il fait, de l’objectif que vous avez, des plaques que vous employez et aussi du révélateur.

La plaque Lumière, qui est très rapide demande très peu de pose, le défaut du débutant est toujours de trop poser, il faut prendre comme principe avec la plaque Lumière de faire presque de l’instantané même avec des diaphragmes moyens, en tous les cas ne pas poser plus d’une seconde, je parle par un beau ciel, et pendant les heures indiquées au commencement du chapitre, c’est donc à ce moment que l’amateur doit le moins poser, c’est même là qu’il fera ses plus beaux instantanés. Tout ce qu’on peut dire dans ce sens est approximatif, et c’est surtout l’expérience qui fixera sur ce point. Au développement de vos paysages — pose ou instantané — il faut pousser à fond et vigoureusement en évitant cependant l’empâtement des blancs, l’intensité du cliché devra être plus grande que pour le portrait, il faut obtenir surtout du relief, des oppositions et prendre toutes les précautions possibles pour éviter de voiler ses plaques au développement, ce qui enlève alors tout relief au sujet et donne au cliché une teinte grise opaque.

Dans les prochains articles, nous parlerons du portrait, des vues de monuments et des reproductions.

P. GAUTIER, Membre du Conseil.

1894/01 (A5,N1 )