L’Industrie du Cycle à Saint-Etienne (1892)

Branle-bas général parmi les amateurs de sports variés à Saint-Etienne. On parle, pour la troisième ou quatrième fois, de la fondation d’un vaste cercle sportif où l’on cultivera tous les genres de sports, sauf celui nautique pour lequel nous manque le principal.
Plusieurs notabilités industrielles et financières sont dans l’affaire, et il se pourrait bien que, dans six mois, nous ayons une place, des jeux de plein air avec piste pour courses de vélocipèdes, un attrait qui manque à notre bonne ville, où cependant la fabrication des susdits fait d’étonnants progrès, à en juger par les lignes suivantes empruntées à une des dernières chroniques du cycle de Velocio dans La Loire Républicaine.
« Il y a longtemps, il me semble, que je vous ai entretenus des perfectionnements apportés à la construction des cycles — vélocipède est devenu commun — j’attendais apparemment qu’on eût découvert le pneumatique invulnérable, mais on n’en approche pas, et l’on paraît plutôt s’en éloigner. Cela tourne à la scie, et la question des pneumatiques finit par devenir plus compliquée que celle d’Orient, de vieille mémoire.
« Aussi bien les sages et les prudents sont-ils résolus, d’ores et déjà, à lâcher d’un cran tout ce qui, de près ou de loin, ressemblera à un pneu et à se contenter des gros caoutchoucs creux qui n’ont jamais laissé leur homme en plan, et qui, somme toute, pour le simple amateur et le paisible touriste, sont bien ce qu’il faut.
« Mais si l’industrie vélocipédique ne se perfectionne pas, elle se développe à pas de géant, surtout à Saint-Etienne qui, vous le verrez, sera un jour le centre de cette industrie nouvelle. A côté de la grande usine, installée de façon à produire des machines par milliers, s’organisent peu à peu les petits ateliers, et nous fabriquerons peut-être un jour le vélocipède, comme nous fabriquons déjà le ruban, le fusil et la quincaillerie.
« Les petits ateliers travailleront tantôt pour leur propre compte et tantôt à façon, pour les maisons de gros. Les inventeurs, les ouvriers chercheurs et ingénieux, qui foisonnent dans notre ville, trouveront dans cette organisation, indépendante autant qu’économique, le moyen de perfectionner sérieusement nos machines, et les amateurs qui, de plus en plus, veulent avoir des bicyclettes faites spécialement pour eux, et sur leurs indications, seront, pour ces ouvriers, des clients fidèles et enchantés.
« La grande industrie produira à meilleur marché les modèles du grand nombre, mais la petite industrie est toute indiquée pour les modèles spéciaux, originaux, pour les machines de luxe. C’est dans cette voie qu’il faut marcher, et nous n’aurons pas, je crois, à nous en repentir.

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