Une belle région pour les cyclistes et les campeurs ( Aôut 1927)

jeudi 10 août 2017, par velovi

Dans Touring-Club de France, Aôut 1927, Source gallica.bnf.fr / BnF

Il est assez entré dans les habitudes des touristes de se plaindre de l’état des routes de France. Il est certain qu’elles sont loin d’être revenues à l’état où nous les connûmes aux beaux temps des premières bicyclettes et, cependant, il y a depuis l’an dernier déjà, grâce aux efforts des Ponts et Chaussées, à l’influence du Ministre des Travaux Publics et à l’activité du nouveau directeur de la voirie, de réels progrès. Il est d’ailleurs des régions entières où les routes sont restées de véritables billards, ce sont les régions de montagne.

Nous venons d’avoir l’occasion d’en parcourir un certain nombre à deux reprises, lors du voyage d’étude hôtelière et de l’inauguration de l’Aven Armand, et nous avons été étonnés, et heureusement étonnés, de leur excellent état.

Il y a là tout un ensemble de routes, aussi bien sur les plateaux des Causses que dans les pittoresques vallées qui les séparent, qui permettent aux cyclistes de délicieux programmes d’excursions. C’est peut-être un peu loin de Paris, mais tous les cyclistes ne sont pas parisiens. Et puis, il y a les vacances. Je citerai, par exemple, pour ceux que les côtes n’effraient pas, ou qui montent une poly, la route de Saint-Flour à Chaudesaigues, par les gorges profondes et sauvages de la Truyère, du Bes et du Remontalou, avec cette forteresse imprévue qu’est le château d’Alleuze.

Mais deux souvenirs surtout me sont restés, ceux des deux « chemins de rive » qui suivent l’un le Lot, d’Entraigues à Coursavy sur 22 km., l’autre la Dordogne entre le Pont de Vernéjoux et Argentat sur près de 70 km., d’un pittoresque intense, chemins tortueux, larges assez pour la promenade à bicyclette, étroits suffisamment pour que peu ou point d’autos se risquent à les emprunter et en tous cas n’y circulent qu’à une vitesse modérée.

Tout le long de ces deux rivières dont le charme ne cède que de peu à celui du Tarn ou de la Jonte, de verdoyants coins de prairies, de délicieuses plages, constituent les plus magnifiques terrains de camping que l’on puisse rêver. Et tout cela au milieu d’une nature riche en fleurs et en fruits de toutes sortes, où la vie est encore facile et l’habitant accueillant. Allez visiter le chemin de rive de la Dordogne, les silencieuses thébaïdes où subsistent encore deux ou trois vieux couvents, Saint-Projet-leDésert, Valette, Glény, avant que cette vallée solitaire disparaisse sous les flots qu’y accumulera le barrage de Chambon et que dormiront sous l’onde les vieux clochers et les châtaigniers séculaires, victimes du progrès.


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