La nouvelle corniche (Juillet 1900)

mercredi 6 septembre 2017, par velovi

Par A. Ballif, Touring-club de France, Juillet 1900, Source gallica.bnf.fr/Bnf

On sait que dans le Var les travaux sont poussés avec activité, nous avons également de bonnes nouvelles des Alpes-Maritimes.

Deux lots, sur les trois dont se composent l’opération, viennent d’être adjugés et les travaux vont commencer incessamment, les études du troisième sont terminées depuis le 15 mai et le Conseil général en sera saisi dans sa prochaine session.

D’autre part, nous avons reçu de MM. Bruman, directeur au Ministère de l’Intérieur, et Bertrand, chef du bureau du Service vicinal, l’accueil le plus sympathique, les assurances les plus favorables ; nous leur renouvelons ici l’expression de notre gratitude.

Nous publions ci-dessous une nouvelle liste de souscriptions recueillies à Saint-Raphaël par MM. Lacaussade et de Morsier. portant à 8,287 fr. 5o le total des sommes obtenues par eux ; si l’on ajoute les souscriptions récoltées à Cannes, par M Mr. James, Capron et de Jarrie, soit 1,675 fr., on obtient un total de 9,962 fr. 50 déjà fort respectable.

Nous remercions vivement nos délégués et nous nous permettons de les prier instamment de vouloir bien faire un nouvel effort à la saison prochaine.

Une opération aussi importante, aussi difficultueuse ne va pas sans quelque imprévu, et si l’on veut en terminer promptement il faut des ressources excédant les devis.

La colonie proprement dite de Cannes n’a pas encore fait son effort, nous l’attendons !

À ce sujet, nous sommes heureux de placer sous les yeux de nos camarades deux témoignages en faveur de la beauté incomparable de la nouvelle route.

L’un de M. Le Tourneau, membre du Club, qui s’exprime ainsi : « L’Estérel et la Nouvelle Corniche. — Les descriptions enthousiastes publiées par la Revue ne sont vraiment pas exagérées, et c’est peut-être la plus belle partie de ce si beau voyage. Par contre, le sentier actuel n’est guère praticable à bicyclette et, à mon avis, il vaut infiniment mieux envoyer sa machine par le chemin de fer d’Agay à Théoule et faire tout le trajet à pied. Il est si beau qu’il sera difficile de le trouver long. »

L’autre, de M. de Vivie, le grand touriste cycliste, « cyclo-touriste » selon son néologisme favori, extrait d’un récit de voyage, vivant et documenté comme lui seul sait les faire et publié dans le dernier numéro du Cycliste.

« On rencontre des touristes qui vous disent : L’Esterel ! mais je le-connais comme ma poche, je l’ai traversé de part en part, il y a des bois, des rochers, des ravins, c’est magnifique ! « Et ils ne le connaissent pas, ils sont allés de Fréjus à Cannes ou de Cannes à Fréjus par la route nationale, ils ont bu et mangé à l’auberge des Adrets, ils ont aperçu quelques arêtes de rocher, la pointe du mont Vinaigre et ils croient avoir vu l’Estérel ! Ils en ont fait le tour, voilà tout ; mais ils ne savent rien du charme tout à fait inédit qui se dégage de cet extraordinaire chaos, de ce bizarre amoncellement de montagnes éventrées, déchirées, torturées, séparées par des gorges profondes, étroites, d’où émergent des rochers fantastiques par-dessus lesquels on aperçoit la mer, le littoral, la ville de Cannes blanche au bord des flots azurés.

« Se promener du col de Notre-Dame au col des Lenstiques par un beau clair de lune, cela doit impressionner l’âme étrangement. Alors que nous descendions, avec prudence, les 2 kilomètres à 10 % qui du col des Lentisques nous amenèrent dans le lit du Mal Infernet, nous fûmes aperçus par un correspondant du Cycliste, M. Touchebœuf, que la beauté des sites de l’Estérel retenait depuis huit jours à l’Hôtel Sube et qui, pédestrement, son kodak à la main, circulait du matin au soir dans ce massif peut-être unique au monde.

« Resserrez, comprimez la Suisse, de façon à la loger tout entière entre Cannes et Fréjus et vous obtiendrez l’Estérel, me disait, quand je le revis à Lyon, M. Touchebœuf, et c’est tout à fait cela, une Suisse en miniature.

« On dit que l’Esterel fut à une certaine époque un repaire de bandits ; ils n’auraient certainement pas pu trouver de plus sûre retraite et la maréchaussée dut avoir rudement de la peine à les en déloger.

« Après Agay, malgré la carte qui m’indiquait clairement le chemin à suivre, je m’engage sur la route en construction qui sera la nouvelle Corniche et que le Touring Club de France subventionne si largement qu’il aura bien le droit de s’en attribuer la paternité, mais qui pour le moment est naturellement impraticable ; néanmoins pédalant quand même à travers ornières, moellons, sable et cailloux, j’entraîne mon compagnon et nous finissons par mettre le pied sur une route convenable qui nous conduira à St-Raphaël. »

Nous pourrions multiplier ces citations.

Le mieux sera qu’on aille y voir dans un an ou deux.

A. BALLIF.