La Photographie en Véloce 1893

dimanche 29 janvier 2017, par velovi

Par P. Gauthier, Touring Club de France, Source gallica.bnf.fr / BnF

Vous souvient-il, ami lecteur, de ce qu’était il n’y a pas longtemps encore, la vélocipédie ?

Beaucoup d’entre nous se rappellent certainement le bicycle de 1869, aux roues de bois disgracieuses et lourdes, aux ressorts d’une souplesse douteuse, à l’aspect informe et peu rassurant ; c’était alors l’enfance de la vélocipédie. C’était aussi à la même époque l’enfance de la photographie d’amateur, et rien ne faisait alors présager que les deux sports deviendraient un jour prochain les rois de la mode.

Il fallait, vers 1869, un réel courage et une patience à toute épreuve pour aborder la photographie de même que pour monter en véloce il fallait être quelque peu casse-cou. L’amateur photographe, nous en parlons par expérience personnelle, devait préparer ses plaques lui-même, ce qui nécessitait un travail très long, très minutieux, et d’autant plus ennuyeux qu’il ne pouvait se faire qu’au moment de prendre une vue. De plus, il fallait que le développement se fasse presque qu’aussitôt, et si l’amateur avait plusieurs photographies à prendre, comme il ne pouvait sensibiliser qu’une plaque à la fois, vous jugez de quels soins minutieux il était obligé de s’entourer, pour n’arriver la plupart du temps qu’à un médiocre résultat.

Et pourtant on faisait alors de la photographie comme on faisait du véloce, mais combien différents l’un et l’autre de la photographie et de la vélocipédie actuelles !

Les procédés de la photographie ont atteint un degré de perfectionnement presque incroyable et on peut dire aujourd’hui, que, par son prix comme par sa facilité d’exécution, la photographie est à la portée de toutes les bourses et de toutes les intelligences ; elle est le complément idéal du tourisme velocipédique, disons mieux, la sœur même de la vélocipédie.

Le Tourisme a un double but : voir beaucoup en peu de temps et voir en artiste. Le véloce permet de réaliser le premier point en nous transportant sans fatigue et à peu de frais à des distances que, seule, la vapeur peut atteindre ou dépasser.

Mais le chemin de fer que d’ailleurs le vélocipédiste ne méprise pas et qu’il se plaît à appeler son grand frère, parce qu’il sait qu’il peut en avoir parfois besoin, le chemin de fer, disons nous, ne convient pas au touriste : il ne permet ni de découvrir les sites remarquables ni surtout de s’arrêter pour les contempler à loisir et en savourer les beautés.

La reine bicyclette est au contraire, le moyen de locomotion le mieux approprié au tourisme.

Plus le touriste est sensible aux beautés du paysage qu’il traverse sur sa route et plus aussi il regrette de n’en pouvoir conserver qu’une impression fugitive et bientôt effacée ; combien il lui serait agréable de pouvoir en passant, fixer sur son album les mille détails d’un site enchanteur ; mais l’art du dessein n’est pas à la portée de tout le monde et le crayon, d’ailleurs, quelque bien manié qu’il soit, ne donne qu’une impression incomplète de la nature. Toute autre est la photographie ; peu ou point d’étude préalable, avec un bon instrument et un peu de soin, le premier venu peut y devenir expert. L’outillage est minime à porter, peu gênant ; la légère et svelte bicyclette s’en accommode tout aussi bien que le tricycle plus lourd et plus encombrant.

Quelle jouissance en voyage de pouvoir s’emparer, d’une façon durable et exacte, les impressions de toute nature que fait naître l’imprévu d’une excursion ! C’est un coin de paysage que l’on a vu sous un jour favorable, c’est un groupe d’amis, rencontrés inopinément sur la route, ou des compagnons de voyage ; c’est une scène champêtre, une idylle parfois, que la plaque sensible fixe à jamais et dont elle perpétue le souvenir.

Recommander au touriste vélocipédique la pratique de la photographie, lui dire surtout que les difficultés à vaincre ne sont rien en raison des jouissances qui l’attendent, lui éviter enfin par de sages et utiles conseils bien des tatonnements qui pourraient le décourager, tel est le but que nous poursuivrons ici dans ces articles mensuels.

Trop négligée jusqu’alors dans la revue du T. C. F., à côté de sa grande sœur la vélocipédie, la photographie y fera désormais l’objet d’une chronique spéciale que nous nous efforcerons de rendre surtout pratique.

Dès aujourd’hui nous nous mettons à la disposition de tous nos camarades du Touring pour leur fournir tous les renseignements qu’ils voudront bien nous demander et auxquels il sera répondu dans la petite correspondance.

A titre de revanche, nous demandons à tous de nous communiquer ce qu’ils auront observé d’intéressant ou de nouveau au point de vue des procédés ou appareils photographiques.

Il faut en photographie, comme en toute chose que la grande devise du T. C. F. soit celle du groupement des forces.

Un pour tous, tous pour un.

P. GAUTIER Membre du Conseil.