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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>La Croix-Haute (1902)</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
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		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, revue mensuelle du Touring-Club de France, Juillet 1902&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me parait d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette a m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'avait laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une all&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 5oo m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse, le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement ou sa fantaisie le pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel. et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. A Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. - Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e. qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je - Rude, oui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre main, cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nullement, j'ai 6 m. 50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en est trop&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s un silence : Non&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. la vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand vous voudrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re A quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Yercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif&#160;: tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re poign&#233;e de mains, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPINASSOUS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profil Dolin :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/colcroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/colcroixhaute-4ae35.png?1788126846' width='500' height='138' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Diois et en D&#233;voluy (mai 1904)</title>
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		<dc:date>2022-09-23T16:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;vocyclette</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>
		<dc:subject>Dr&#244;me</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'un d'eux, suivi de son chien, &#224; l'&#339;il vif et intelligent, attentif au moindre signe, me fraye un passage dans cette cohue qui se referme aussit&#244;t derri&#232;re moi. Nous sommes &#224; l'&#233;poque o&#249; les troupeaux du midi remontent vers les hauts plateaux o&#249; ils vont passer tout l'&#233;t&#233; &#224; la belle &#233;toile.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;L&#233;vocyclette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;R&#233;trodirecte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, mai 1904, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, mai 1904&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par y p&#233;n&#233;trer, dans ce pays d&#233;sh&#233;rit&#233; dont j'ai si souvent long&#233; les remparts presque inaccessibles d'o&#249; &#233;mergent, sentinelles farouches, le pic de Bure, la t&#234;te de l'Obiou et quelques autres sommets non moins r&#233;barbatifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pens&#233; un instant &#224; faire du D&#233;voluy le but d'une de nos excursions dominicales, mais c'e&#251;t &#233;t&#233; par trop p&#233;nible, m&#234;me pour les plus entra&#238;n&#233;s de l'&#201;cole St&#233;phanoise, m&#234;me pour un r&#233;tro&#239;ste de l'&#201;cole Perrache, ce qui n'est pas peu dire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux valait donc profiter des deux jours et demi de cong&#233; que nous apporte r&#233;guli&#232;rement la Pentec&#244;te et faire le tour plus complet en y ajoutant la partie la plus int&#233;ressante du Diois, le col de Grimone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce projet, la partie transport &#233;tait forc&#233;ment tr&#232;s importante, mais plus nous allons, plus cette partie est destin&#233;e &#224; tenir une grande place dans nos randonn&#233;es, car nous commen&#231;ons &#224; conna&#238;tre tout ce qu'il y a d'int&#233;ressant au point de-vue cyclotourisme dans un rayon de 100 kilom&#232;tres autour de Saint-&#201;tienne. Il nous faut donc &#234;tre en mesure, pour excursionner pendant 50 kilom&#232;tres, de nous transporter pendant 200 kilom&#232;tres. Ce n'est pas toujours tr&#232;s amusant, j'en conviens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce ne l'est gu&#232;re non plus de prendre un train patache qui, apr&#232;s maints transbordements, vous d&#233;barque &#233;nerv&#233; aupr&#232;s de votre bicyclette endommag&#233;e par tant de manipulations successives. Que de fois j'ai vu de superbes projets finir en queue de poisson &#224; la suite d'une avarie de bicyclette survenue pendant le transport.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, nous pr&#233;tendons voyager &#224; tr&#232;s peu de frais et mettre ainsi &#224; la port&#233;e de tous les excursions lointaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas en prenant le train &#224; tout propos que nous y arriverons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, tels cas peuvent se pr&#233;senter o&#249; il est mat&#233;riellement impossible de se servir du chemin de fer pour se rendre en temps utile sur le terrain d'excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux de nos amis, par exemple, qui ne devaient &#234;tre libres qu'&#224; 19 heures la veille de la Pentec&#244;te, n'auraient pu arriver &#224; Crest, lieu de rendez-vous, qu'&#224; 8 heures le lendemain par le P.-L.-M., tandis qu'&#224; bicyclette ils y arriv&#232;rent &#224; 1 heure, ce qui leur permit de prendre quelque repos avant le d&#233;part qui eut lieu &#224; 4 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour toutes ces raisons, je continuerai donc, tant que j'en aurai la force et tant que les circonstances me le permettront, &#224; faire par la route la partie transport de mes excursions. Bien que je traverse ainsi des r&#233;gions d&#233;j&#224; vues maintes fois, il m'arrive souvent de les trouver encore int&#233;ressantes, gr&#226;ce &#224; des co&#239;ncidences impr&#233;vues, un orage, un effet de lumi&#232;re, une coloration particuli&#232;re et rare du ciel, que sais-je&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La nature est si changeante qu'on ne la revoit pour ainsi dire jamais sous le m&#234;me aspect.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il ne faudrait pas que les &#233;tapes de transport devinssent pr&#233;judiciables aux &#233;tapes d'excursion, ce qui arriverait fatalement si nous n'&#233;tions pas mont&#233;s de fa&#231;on &#224; lutter victorieusement et sans effort excessif contre tous les obstacles de temps et de terrain, et si notre moteur n'&#233;tait pas aliment&#233; convenablement pour donner son rendement maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclistes qui bl&#226;ment notre mani&#232;re de faire parce qu'ils ne peuvent pas l'imiter, n'ont su pour la plupart choisir ni la monture, ni l'alimentation qui les rendraient capables d'en faire autant que nous. C'est donc sur eux que retombent leurs bl&#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait pour moi, qui pr&#233;c&#233;dais de quelques heures le groupe principal, d'aller coucher &#224; Die. Je pus partir &#224; 13 heures et, selon toutes probabilit&#233;s, je devais par le col des Grands Bois, Andance, Valence, Crest et Saillans, arriver &#224; Die (162 kilom&#232;tres) &#224; 21 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des accidents de pneumatique, un premier orage et la crainte d'en essuyer un second dans la vall&#233;e de la Dr&#244;me, o&#249; depuis Valence je voyais se d&#233;cha&#238;ner une v&#233;ritable temp&#234;te, me retard&#232;rent et m'engag&#232;rent &#224; prendre le train &#224; Lyon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma demi-&#233;tape se r&#233;duisit donc &#224; 112 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le train emportait un certain nombre de cyclistes que la section lyonnaise du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; avait r&#233;unis en vue d'une imposante manifestation dans le Vercors. Tous se concentraient &#224; Die par la voie la plus rapide et des voitures avaient &#233;t&#233; retenues pour hisser au col du Rousset les monomultipli&#233;s que les 1.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation de Die au col effrayaient beaucoup. J'ai su, depuis, que les poly multipli&#233;s &#233;taient nombreux aussi, qui grimp&#232;rent au Refuge, &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'arriv&#226;mes &#224; destination qu'&#224; 23 heures, avec plus d'une heure de retard, et j'eus le d&#233;pit de constater que l'orage dont j'avais eu peur n'avait s&#233;vi que sur les environs de Crest, que j'aurais eu ensuite une route et un temps superbes si j'avais bravement continu&#233; &#224; p&#233;daler jusqu'&#224; Die. Une le&#231;on pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 et 23&#160;mai. &#8212; Ch&#226;tillon-en-Diois, col de Grimone, col de la Croix-Haute, Lalley, Mens, col Saint-S&#233;bastien, Croix-de -la-Pigne, Saint-Didier. Saint-Etienne-en-D&#233;voluy, col du Noyer, ChaufTayer, Corps, Pont-Haut, La Mure, 170 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laffrey, Grenoble, Moirans, Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Andance, Annonay, Saint-Etienne, 185 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 4 heures et 20 heures, je fis le premier jour une rude &#233;tape.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, ce fut charmant. La gorge &#233;troite et tr&#232;s encaiss&#233;e qui pr&#233;c&#232;de la mont&#233;e proprement dite du col de Grimone me parut, dans l'ombre et la fra&#238;cheur du matin, tr&#232;s agr&#233;able. Je p&#233;dalais mollement en jetant &#224; droite et &#224; gauche des regards curieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans les parois abruptes qui enserrent la route et le ruisseau se creusent soudain des fissures profondes au fond desquelles se tortille un ruisselet, car nous ne sommes pas ici dans un puissant massif capable d'alimenter des torrents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par quelques lacets bien sentis, la route s'&#233;l&#232;ve soudain d'&#224; peu pr&#232;s 200 m&#232;tres et m'am&#232;ne presque au sommet des rochers dont je longeai tout &#224; l'heure la base. Joli point de vue sur la gorge d'o&#249; l'on sort et qui, vue de l&#224;-haut, semble &#224; son tour une simple fissure.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelques maisons dans un creux, &#224; droite&#160;: c'est Glandage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une l&#233;g&#232;re pente m'entra&#238;nait quand je suis oblig&#233; de mettre pied &#224; terre devant, ou plut&#244;t derri&#232;re un troupeau de cinq cents moutons qui d&#233;ambule paisiblement sous la conduite de quelques chiens et de deux bergers. L'un d'eux, suivi de son chien, &#224; l'&#339;il vif et intelligent, attentif au moindre signe, me fraye un passage dans cette cohue qui se referme aussit&#244;t derri&#232;re moi. Nous sommes &#224; l'&#233;poque o&#249; les troupeaux du midi remontent vers les hauts plateaux o&#249; ils vont passer tout l'&#233;t&#233; &#224; la belle &#233;toile. Ces moutons viennent d'Arles et vont dans la commune de Lalley. Le D&#233;voluy en h&#233;berge plusieurs milliers et se fait ainsi quelques revenus d'autant plus pr&#233;cieux que le pays est plus pauvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente se dessine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route barre la montagne en face et l'on entrevoit l'emplacement du col&#160;: quelques flaques de neige sont encore visibles sur les sommets voisins, mais la route est libre et en bon &#233;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le col de Grimone (1 325 m&#232;tres), bien que plus &#233;lev&#233; de 200 m&#232;tres que le col de Cabre, m'a paru &#234;tre d'un acc&#232;s plus facile. Il est vrai que la temp&#233;rature fra&#238;che et le vent me favorisaient. J'avais d'ailleurs, entre les trois jeux de deux d&#233;veloppements en marche dont je disposais, &#224; savoir&#160;: 7 et 3, 7 et 4m,40, 5 et 3, choisi le plus petit, 5 m&#232;tres et 3 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux d&#233;veloppements conviennent admirablement pour une journ&#233;e d'excursion comme celle que j'avais &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la descente vers Lus-la-Croix-Haute se d&#233;roule devant moi le panorama des pics du D&#233;voluy tachet&#233;s de neige. On s'y croirait en pleines Alpes et il y aurait encore, dit-on, dans un recoin de la t&#234;te de l'Obiou que le soleil n'a pu r&#233;ussir &#224; nettoyer &#224; fond une miniature de glacier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au col de la Croix-Haute, j'eus le plaisir de rencontrer M.&#160;D.., de Gap, qui voulut bien m'accompagner jusqu'&#224; Mens. J'&#233;tais seul depuis le d&#233;part, je devais &#234;tre seul jusqu'au retour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette rencontre me fut d'autant plus agr&#233;able. M.&#160;comme beaucoup de cyclistes, en cette ann&#233;e de gr&#226;ce 1904, a l'intention de sacrifier au r&#233;trop&#233;dalage. C'est un effet des d&#233;clamations &#233;pileptiques de certains auteurs qui, sans trop savoir ce qu'ils disent, et surtout sans avoir fait les moindres exp&#233;riences comparatives, affirment que la R&#233;tro est, pour tout le monde indistinctement, la solution unique, parfaite, hors de laquelle il n'y a point de salut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que le r&#233;trop&#233;dalage convienne &#224; certains individus que la nature a dou&#233;s de muscles ad hoc, je l'admets, j'en ai eu des preuves sous les yeux. Mais j'ai eu aussi, et bien plus souvent, la preuve du contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'on matche les meilleurs champions de la directe avec les meilleurs champions de la r&#233;tro, qu'on leur impose la m&#234;me multiplication ou qu'on laisse chacun libre de choisir son d&#233;veloppement, qu'on leur donne du plat ou des c&#244;tes, et quelles c&#244;tes que ce soit, je suis persuad&#233; que sur le terrain la directe l'emportera toujours en vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en lenteur je n'en sais rien, mais y a-t-il progr&#232;s &#224; aller de plus en plus lentement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, dans les exp&#233;riences de laboratoire qu'affectionnent les th&#233;oriciens, la r&#233;tro l'emporterait en ce qu'elle permettrait de vaincre une r&#233;sistance qu'en directe on ne pourrait surmonter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Placez, par exemple, la roue A B de votre bicyclette sur un support de fa&#231;on que vous puissiez p&#233;daler &#224; vide, puis au moyen d'un frein sur jante, augmentez successivement la r&#233;sistance. Un moment viendra o&#249;, nous assure-t-on, vous ne pourrez plus p&#233;daler en directe tandis qu'en r&#233;tro vous pourrez encore entretenir le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela tient, toujours au dire des r&#233;tro&#239;stes, &#224; ce que, en directe, vous n'avez pas cette d&#233;tente finale de la jambe qui, en r&#233;tro, chasse en avant la p&#233;dale arriv&#233;e au bas de sa course et lui fait franchir l'angle de moindre puissance. En directe, c'est par le jeu de la cheville, par la pouss&#233;e en avant sur le cale-pied, et surtout par la vitesse acquise que vous franchissez ce m&#234;me angle. Or, d'une part la vitesse acquise ne vous fait jamais d&#233;faut sur le terrain et, d'autre part, quand la r&#233;sistance augmente, vous avez, en directe, le moyen d'augmenter aussi par la traction des bras sur le guidon la pression du pied sur la p&#233;dale. En r&#233;tro, cette traction est nulle, et quand vous avez mis tout votre poids sur la p&#233;dale, si la machine n'avance pas, il ne vous reste qu'&#224; mettre pied &#224; terre. Il faudrait savoir maintenant de combien la d&#233;tente finale de la jambe dans le coup de p&#233;dale r&#233;tro pour le r&#233;tro&#239;ste et la traction des bras sur le guidon pour le directiste augmentent la puissance effective du cycliste contre les r&#233;sistances habituelles de la route. Si la r&#233;tro ne devait avoir quelque avantage d&#233;cisif &#8212; ce qu'il faudrait encore d&#233;montrer&#8212; que dans les rampes &#224; 30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% j'estime qu'il n'y aurait pas lieu d'y attacher trop d'importance. Nous sommes des hommes de pratique et non de th&#233;orie, et avant que ce que je viens d'&#233;crire soit sous les yeux des lecteurs du Cycliste, nous aurons fait, j'esp&#232;re, des exp&#233;riences d&#233;cisives sur le terrain contre les champions de la r&#233;tro.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a eu raison de dire que l'on a du col de la Croix-Haute un panorama de montagnes sans &#233;gal. Je ne puis, toutes les fois que je passe par l&#224;, en rassasier mes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous laissons aller sans trop de h&#226;te, bien que le d&#233;sir de d&#233;jeuner au plus vite nous talonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est bonne, mais quelques virages un peu secs avant Lalley nous rappellent que nous sommes dans un pays excessivement accident&#233;. &#192; Lalley nous obtenons un excellent d&#233;jeuner, &#339;ufs, beurre et caf&#233; au lait pour un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;. Il est neuf heures quand nous nous remettons en selle et la chaleur est d&#233;j&#224; p&#233;nible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a de forage dans l'air.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; l'&#201;bron, torrent qui sort du D&#233;voluy, descente rapide puis remont&#233;e dure suivie de nouvelles descentes et de nouvelles mont&#233;es jusqu'&#224; Mens o&#249; mon compagnon est oblig&#233; de me quitter. Il descend &#224; Vif par le col des Accarias et le pont de Brion, itin&#233;raire tr&#232;s int&#233;ressant, tandis que je vais, en plein soleil, attaquer le roi Saint-S&#233;bastien qui me vaut une bonne su&#233;e, quoiqu'il ne soit ni dur, ni long, mais je me trouve sans doute &#224; la p&#233;riode de d&#233;pression musculaire qui se fait sentir chaque jour &#224; un moment donn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une descente douce, du plat, puis une plong&#233;e rapide dans deux ravins successifs dont les pentes nues et st&#233;riles il y a cinq ans, quand j'y passai pour la premi&#232;re fois, commencent &#224; verdoyer par les soins de l'administration foresti&#232;re, et j'arrive sur le plateau de Pellafol, vestibule du D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne tarde pas &#224; dominer de tr&#232;s haut le torrent qui se d&#233;roule au pied de formidables falaises de rochers gris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route &#233;troite et sinueuse, munie de parapets aux endroits les plus dangereux, court &#224; flanc du coteau et oblige &#224; une attention soutenue. Le ciel se couvre de nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le D&#233;voluy, r&#233;gion sauvage et triste, ne veut pas se montrer sous un soleil riant et je me h&#226;te de crainte que l'orage ne me surprenne dans cette gorge o&#249; les abris sont rares. Une masse d'eau &#233;gale au moins en volume &#224; celle de la Souloise, o&#249; elle se jette, jaillit du pied de la montagne&#160;: j'aurais aim&#233; aller voir de pr&#232;s cette source, mais il doit &#234;tre dangereux de circuler au fond du ravin &#224; cause des pierres qui tombent fr&#233;quemment des parois &#224; pic qui le dominent. Je me contente de me rafra&#238;chir &#224; une fontaine bien dispos&#233;e sur le bord de la route, puis celle-ci de plus en plus rocailleuse m'entra&#238;ne vers le torrent que je traverse une premi&#232;re fois presque au ras de l'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; ma droite, taill&#233;e dans la paroi rocheuse de la montagne, une coupure horizontale que je prenais d'abord pour une route. C'est le canal d'irrigation de la plaine de Pellafol qui emprunte ses eaux &#224; la Souloise. Creuser ce canal dans cette paroi verticale n'a pas &#233;t&#233; un petit travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
La faim recommence &#224; me talonner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me tarde d'&#234;tre &#224; Saint-Didier qui m'apparait soudain dans un coin de verdure contrastant avec l'aridit&#233; des pierres d'o&#249; je sors. L'&#233;glise est en contrebas de la route, et sur la place transform&#233;e en boulodrome, on joue aux boules. Je n'aurais pas cru que ce jeu lyonnais, ou plut&#244;t remis en honneur par la presse lyonnaise, f&#251;t pratiqu&#233; aussi assid&#251;ment dans ces pays perdus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand il n'y a pas de place, on joue sur la route et je faillis &#224; Corps recevoir une boule dans mes roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un danger de plus pour les cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je puis me faire servir &#224; Saint-Didier un bon repas v&#233;g&#233;tarien arros&#233; de lait excellent et je repars &#224; 13 heures sous un soleil ardent celte lois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute crainte de pluie pour la soir&#233;e est dissip&#233;e, mais l'atmosph&#232;re reste orageuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sera pour le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Saint-Didier, deux routes se pr&#233;sentent, l'une &#224; droite me permettrait de m'&#233;chapper plus facilement, par Agni&#232;res et La Cluse, de ce cirque que dominent des pics mena&#231;ants, des escarpements farouches, entre lesquels on se sent angoiss&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre &#224; gauche me conduira aux &#201;troits et &#224; Saint-&#201;tienne-en-D&#233;voluy, chef-lieu de ce canton mis&#233;rable. Je tourne &#224; gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une vieille tour en ruines se d&#233;tache sur le ciel bleu. De Saint-Didier, on m'a montr&#233; l'&#233;chancrure par laquelle passe le col du Noyer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'altitude n'en parait pas excessive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#201;troits du D&#233;voluy o&#249; j'arrive bient&#244;t ne me donnent pas l'impression que j'en attendais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le soleil de midi ce passage resserr&#233; n'a rien de tr&#232;s farouche. Le torrent gronde au fond d'une fissure excessivement &#233;troite, aux parois verd&#226;tres, entre lesquelles il doit monter comme le lait sur le feu, &#224; l'&#233;poque des grandes fontes de neige. Aujourd'hui, il y a relativement peu d'eau. Mes compagnons qui pass&#232;rent l&#224; dans la soir&#233;e ressentirent plus que moi l'impression de tristesse et de d&#233;couragement qu'on retrouve dans les r&#233;cits de quelques voyageurs, tant il est vrai que l'&#233;clairage, l'heure, les circonstances exag&#232;rent ou rapetissent les proportions et le caract&#232;re de bien des sites c&#233;l&#232;bres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques maisons group&#233;es autour d'une modeste &#233;glise, je suis &#224; Saint-&#201;tienne en D&#233;voluy. De quelque c&#244;t&#233; que l'on regarde, on ne voit que des montagnes anguleuses, grises, ray&#233;es largement par la neige aupr&#232;s de laquelle je vais passer avant d'atteindre le col.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je mets pied &#224; terre au pied de la rampe finale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;pici&#232;re qui me vend quelques cartes postales m'informe que plusieurs cyclistes, parmi lesquels se trouvait une dame, ont assist&#233; le matin &#224; la messe et doivent &#234;tre encore &#224; l'h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'entr&#233;e m&#234;me du D&#233;voluy, j'avais crois&#233; un autre cycliste qui en sortait, et en montant au col o&#249; pass&#232;rent la nuit mes six compagnons retard&#233;s par divers accidents, j'allais suivre les traces d'un confr&#232;re pass&#233;, me dit le cantonnier, trois heures avant moi. Jamais, au dire de ce brave homme, le D&#233;voluy et surtout le col du Noyer ne vit passer le m&#234;me jour tant de cyclotouristes. Enfin, comme dit l'autre, dans La Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., la montagne n'est plus l'apanage des champions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais le f&#251;t-elle jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les Fischer, Garin, Terront et autres bouffeurs de records encombr&#232;rent-ils jamais les cols du Noyer, du Galibier et du Parpaillon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que de gens &#233;crivent pour ne rien dire et font faire &#224; chaque ligne faillite au simple bon sens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile, n'est-ce pas, de vous confier que je pris pour cette escalade &#224; travers sable et cailloux, mon plus faible d&#233;veloppement, 3 m&#232;tres, et si j'en avais eu un plus petit je me le serais offert sans fausse honte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que p&#233;dalant sans pr&#233;cipitation (les tours &#224; la minute n'ont jamais convenu &#224; mes pauvres vieilles jambes), je ne tardai pas &#224; rattraper un brave paysan qui courait apr&#232;s un mulet et qui me pria de le faire arr&#234;ter au col par le cantonnier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, me dit-il, vous arriverez avant moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, pensai-je, un homme qui se fait une juste id&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; de la polymultiplication et qui n'a jamais connu la d&#233;finition du cycliste monomultipli&#233;&#160;: un monsieur qui se prom&#232;ne en poussant &#224; c&#244;t&#233; de lui un v&#233;locip&#232;de. Cette d&#233;finition remonte &#224; 1869&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est malheureusement toujours exacte pour les trois quarts des cyclistes, ainsi que je m'en suis rendu compte ce matin m&#234;me &#224; l'occasion d'une course d'automobiles &#224; la mont&#233;e de Planfoy. Cet &#233;v&#233;nement avait attir&#233; vers la montagne les cohortes de banlieusards qui ne fr&#233;quentent que la plaine et qui, apr&#232;s une vaine tentative d'enlever de haute lutte les 6 kilom&#232;tres &#224; 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, avaient pris le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un avenir sans doute prochain, gr&#226;ce aux efforts combin&#233;s des r&#233;tro&#239;stes et des l&#233;vocyclettistes, on pourra s'offrir pour la mont&#233;e des c&#244;tes un train moins rapide encore. Les r&#233;tro&#239;stes parlaient de 4 kilom&#232;tres et demi &#224; l'heure et se croyaient bien malins, mais les levi&#233;ristes ont d&#233;j&#224; abaiss&#233; le record &#224; 3 kilom&#232;tres 600. C'est de La Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; de ce mois que nous tirons ces derniers hauts faits des hommes qui ont jur&#233; de pousser jusqu'aux extr&#234;mes limites, usque ad absurdum, les perfectionnements de la bicyclette. Au lieu de prendre le train onze qui fait encore du 5 &#224; l'heure, on prendra le train r&#233;tro qui sera bient&#244;t, je l'esp&#232;re, &#224; 4, ou le train levo qui est actuellement &#224; 3 1/2 kilom&#232;tres, toujours &#224; l'heure, entendons-nous bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'&#201;cole St&#233;phanoise qui s'&#233;tait imagin&#233;e que les perfectionnements devaient tendre &#224; augmenter la vitesse de marche sans augmenter la fatigue, m&#234;me et surtout &#224; la mont&#233;e des routes v&#233;lo&#231;ables les plus dures, qui s'applaudissait de faire le 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 10 et le 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 8 &#224; l'heure et d'avoir gravi le Ventoux en deux heures et demie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de &#231;a, Lisette, le progr&#232;s consiste &#224; faire &#224; bicyclette le Ventoux (22 kilom&#232;tres) en 6 heures, moins vite que les pi&#233;tons qui le font en cinq heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le col du Noyer est de la cat&#233;gorie des cols d&#233;cevants, de ces cols que l'on croit tenir alors qu'on en est encore loin, tels le Stelvio en venant de Santa Maria ou de Bormio, le Gothard du c&#244;t&#233; d'Hospenthal. Ce sont des cols &#224; deux &#233;tages s&#233;par&#233;s par un palier ou une pente moindre qui, pendant qu'on gravit la premi&#232;re partie, &#233;loigne et dissimule la seconde. Mon pneu, qui depuis le matin se comportait honn&#234;tement, partage ma d&#233;convenue au point d'en perdre le souffle. Je le sens qui talonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vite un coup de pompe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je r&#233;parerai au sommet, mais il faut me livrer deux ou trois fois en un quart d'heure &#224; ce peu agr&#233;able exercice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que j'ai chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas d'autre ombre que celle des poteaux du t&#233;l&#233;graphe, pas d'autre eau que celle d'un ruisselet qui court &#224; travers un champ de cailloux en contrebas de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un soleil tropical, une su&#233;e &#224; ne me laisser que les os et la peau. Je rencontre pourtant une cr&#233;ature humaine qui sue encore plus que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re le mulet que j'&#233;tais charg&#233; d'arr&#234;ter, trotte une femme dont le visage ruisselle, dont les cheveux coll&#233;s aux tempes &#233;carlates ont perdu toute pr&#233;tention &#224; l'&#233;l&#233;gance. Je la f&#233;licite d'avoir rattrap&#233; le fuyard. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est que &#231;a vaut de l'argent, une b&#234;te comme &#231;a, me r&#233;pond-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voulait plut&#244;t dire que ce mulet lui &#233;tait utile et valait du travail. C'est &#224; mon avis une fa&#231;on de parler erron&#233;e et f&#226;cheuse que de toujours estimer en argent la valeur utile, c'est-&#224;-dire la valeur de production ou de consommation des objets que l'on poss&#232;de. Cela donne &#224; l'id&#233;e de l'argent consid&#233;r&#233; comme monnaie, dans l'esprit des gens peu cultiv&#233;s, une importance qu'il n'a pas, au pr&#233;judice de l'id&#233;e de travail qui est la seule importante.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, pas fameuse d&#232;s le d&#233;but, finit par n'&#234;tre &#224; quelques endroits qu'un lit de cailloux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'avance que par sauts et la roue motrice patine fr&#233;quemment. Je c&#244;toie une belle flaque de neige qui alimente un petit bassin o&#249; viennent boire quelques troupeaux &#233;pars &#224; travers les pierres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bergers m'annoncent que je serai bient&#244;t au bout de mes peines. Cela se voit et cela se sent, car l'air devient vif et m&#234;me froid.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison du cantonnier, massive, aux murs &#233;pais, est l&#224; juste au sommet. Mon pneu est plat, je renverse ma machine et proc&#232;de &#224; une inspection m&#233;ticuleuse. Accident bizarre, je trouve, sortant de la chambre &#224; air, tout pr&#232;s de la valve, une mince ar&#234;te de fer rouill&#233;, longue de cinq centim&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'enveloppe est intacte, l'ar&#234;te est d'ailleurs entr&#233;e dans la chambre du c&#244;t&#233; de la jante et elle a fait trois petits trous sur le c&#244;t&#233; diam&#233;tralement oppos&#233; pendant que je talonnais. Ce morceau de fer avait d&#251; p&#233;n&#233;trer sous l'enveloppe sans l&#233;ser d'abord la chambre, il avait d&#251; se loger quelque temps tr&#232;s innocemment dans le fond de la jante d'o&#249;, sous une influence inconnue, il avait peu &#224; peu, en se redressant, perc&#233; la chambre et l'emp&#226;ture de la valve qui est en caoutchouc moul&#233;. Je r&#233;pare avec tous les soins possibles, mais &#224; cet endroit-l&#224; les r&#233;parations sont peu durables et j'aurai jusqu'au soir &#224; regonfler souvent ce pneumatique. Peut-&#234;tre aurais-je pr&#233;venu cet accident en passant la main sous mon enveloppe lors du pr&#233;c&#233;dent d&#233;montage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une op&#233;ration qu'on devrait toujours faire et au cours de laquelle on trouve parfois une pointe d'&#233;pine, un gravier ou tout autre objet meurtrier &#224; la longue pour la chambre &#224; air. Faute d'avoir pris cette pr&#233;caution, je dus d&#233;monter encore une fois le lendemain matin pour remplacer la pastille coll&#233;e sur l'emp&#226;ture et regonfler ensuite toutes les deux heures jusqu'&#224; mon retour. Que mon exemple puisse servir de le&#231;on &#224; ceux qui se pressent toujours trop en r&#233;parant un pneumatique. Pendant que je travaille, aid&#233; par la femme du cantonnier, une accorte petite brunette, le cantonnier r&#233;pond &#224; mes questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est claquemur&#233; par la neige pendant quatre mois sans pouvoir sortir et ce n'est pas tr&#232;s gai l'existence dans cette solitude o&#249; il ne fait vraiment beau comme aujourd'hui que 15 jours par an. Je me f&#233;licite d'avoir choisi un de ces quinze jours-l&#224;. &lt;br /&gt;&#8212; Avez-vous vu passer des automobiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, l'an dernier deux petites voitures qui venaient de Gap, et je m'&#233;tonne qu'elles aient pu arriver sans encombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en suis &#233;tonn&#233; aussi quand j'ai fait, un instant apr&#232;s, la descente sur le Noyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cantonnier donne &#224; boire, &#224; manger, et peut m&#234;me mettre quelques lits &#224; la disposition des voyageurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes six compagnons qui n'arriv&#232;rent le soir m&#234;me l&#224;-haut qu'&#224; 20 heures pass&#233;es, en furent enchant&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car ils n'auraient pu, dans l'obscurit&#233;, entreprendre la descente.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; leur arriv&#233;e, le cantonnier qui &#233;tait d&#233;j&#224; couch&#233; &#8212; dame, les distractions vesp&#233;rales manquent au col du Noyer &#8212; ne se d&#233;termina &#224; ouvrir qu'apr&#232;s avoir minutieusement inspect&#233; les arrivants. Avec des &#339;ufs, des pommes de terre et du fromage, on improvisa un repas v&#233;g&#233;tarien o&#249; il entra pourtant, m'a-t-on dit, un peu de jambon et l'on eut trois lits pour six.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 15 heures, je commen&#231;ai la descente que je comparerai volontiers &#224; celle du col du Parpaillon vers la vall&#233;e de l'Ubaye par son trac&#233; au flanc d'une montagne d'o&#249; les coul&#233;es de pierres sont chose fr&#233;quente. &#199;&#224; et l&#224;, on trouve la route barr&#233;e par un &#233;boulis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut passer &#224; la rigueur, mais il est plus prudent de mettre pied &#224; terre. D&#232;s qu'on a franchi les premiers lacets encore bien garnis de neige en cette saison, on aper&#231;oit, l&#224;-bas tout au fond, le village du Noyer o&#249; vraiment il me tardait d'arriver.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vue, pendant la descente, s'&#233;tend jusqu'aux sommets du Pelvoux, mais les alentours imm&#233;diats sont bien moins impressionnants qu'au Parpaillon o&#249; il semble qu'on va plonger dans un ab&#238;me insondable quand le brouillard, comme le jour o&#249; nous y pass&#226;mes, masque le fond de l'&#233;troite gorge. Au Noyer, tout le monde est dehors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me fais indiquer la route de Lacoue, marqu&#233;e en pointill&#233; sur ma carte au 1/200 000, mais que le cantonnier m'avait assur&#233; &#234;tre aussi bonne sinon meilleure que celle de Poligny. &#192; la v&#233;rit&#233;, elle n'est pas fameuse et elle a des passages tout &#224; fait d&#233;testables. Enfin, l'on peut rouler et j'arrive cahin caha &#224; la belle route de Gap &#224; la Mure o&#249; je me console de mes tribulations en me laissant filer &#224; la vitesse limite jusqu'au pont sur le Drac.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; &#224; Corps, c'est une succession de raidillons, de descentes rapides, de mont&#233;es longues, de passages ensabl&#233;s &#224; c&#244;t&#233; d'autres passages admirablement roulants, &#224; lasser les monomultipli&#233;s les plus tenaces. Un changement en marche est aussi rendu obligatoire, car les in&#233;galit&#233;s du terrain se succ&#232;dent rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'avais eu deux heures de plus, j'aurais fait une incursion rapide dans le Valgaudemar, mais je dus me contenter de jeter un regard d'envie vers cette gorge d'o&#249; sort un torrent presque aussi important que le Drac et par laquelle on p&#233;n&#232;tre jusqu'au c&#339;ur du massif du Pelvoux. Apr&#232;s Corps, la route descend plus qu'elle ne monte, bien que les contrepentes ne manquent pas, et l'on arrive au Pont-Haut apr&#232;s une descente fatigante pour les freins qu'il faut tenir serr&#233;s &#224; cause du mauvais &#233;tat du sol et des sinuosit&#233;s incessantes de la route qui obligent &#224; beaucoup de prudence. Cela n'a pourtant rien de comparable avec la descente du Noyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pont-Haut est situ&#233; au fond d'un curieux entassement de montagnes &#233;ventr&#233;es, qui m'avait frapp&#233; quand je passai l&#224; pour la premi&#232;re fois en 1902 en allant au col d'Ornon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout doucement, je grimpe &#224; la Mure (4500 m&#232;tres et 300 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation) et je descends &#224; 20 heures plus repos&#233; assur&#233;ment que je ne l'&#233;tais en arrivant au col du Noyer, &#224; l'ancien h&#244;tel de la gare d&#233;nomm&#233; maintenant h&#244;tel de la paix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouvel h&#244;tel de la gare, toujours dirig&#233; par M.&#160;Marron, se trouve &#224; c&#244;t&#233; de la gare. Deux de mes amis venant du Vercors y descendaient &#224; la m&#234;me heure et nous pass&#226;mes ainsi la nuit sans nous en douter &#224; cent m&#232;tres les uns des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 1/2, r&#233;veil en musique&#160;: vent, pluie, tonnerre, &#233;clairs, toutes les cordes de la lyre vibraient &#224; la fois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me h&#226;tai de fermer les volets et, malgr&#233; le bruit, je ne tardai pas &#224; refermer les yeux. La pluie paraissant devoir durer, je renon&#231;ai &#224; allonger mon itin&#233;raire de retour qui passait par Vinay, Roybon et Saint-Vallier et je me d&#233;cidai de rentrer par le plus court. Grenoble, Saint-Etienne de Saint-Geoirs et Andance. J'avais donc du temps de reste et je pouvais dormir tranquillement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 7 heures, il pleuvait encore, &#224; 8 heures il pleuvait toujours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais &#224; 9 heures le soleil fit une risette et je partis. Un kilom&#232;tre plus loin je dus d&#233;rouler le manteau et la pluie se remit &#224; tomber plus drue que jamais. La route &#233;tait d&#233;fonc&#233;e, ravin&#233;e, pleine d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la descente Laffrey-Vizille me parut longue, interminable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je la fis sous la pluie &#224; une allure de tortue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes deux freins sur jante tinrent bon heureusement, mais j'&#233;tais dans les transes. Assis tr&#232;s en arri&#232;re, presque sur mon porte-bagage, j'avais fort &#224; faire pour &#233;viter les trop profondes orni&#232;res, et pour ne pas d&#233;raper dans le sable que la plaie avait amoncel&#233; et qui parfois barrait compl&#232;tement la route. De temps en temps, je m'arr&#234;tai pour laisser mes jantes se refroidir et mes nerfs se calmer et j'en profitai pour admirer, malgr&#233; la brume et la pluie, au-dessous de moi, l'&#233;troit vallon de la Romanche et V&#239;zille se rapprochant de plus en plus. La pluie me laissa quelque r&#233;pit jusqu'&#224; Grenoble que je traversai de 11 heures et demie &#224; midi, mais elle recommen&#231;a ensuite de plus belle. Bref, de 9 heures &#224; 15 heures, je p&#233;dalai sous les cataractes c&#233;lestes et ne m'en portai pas plus mal pour cela. &#192; 19 heures, j'&#233;tais &#224; Annonay ou j'oubliais les p&#233;rip&#233;ties de mon excursion aupr&#232;s de l'aimable famille de mon ami F&#233;asson, un r&#233;tro&#239;ste de la premi&#232;re heure, plus convaincu que jamais de la sup&#233;riorit&#233; de la r&#233;trodirecte, mais admettant cependant que le r&#233;trop&#233;dalage peut ne pas &#234;tre &#233;galement avantageux pour tous les cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La peste soit des gens qui, ayant enfourch&#233; un dada, veulent que tout le monde monte en croupe et traitent plus ou moins ouvertement d'&#226;nes b&#226;t&#233;s les r&#233;calcitrants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est contre eux que se retournent leurs railleries enfantines. Que penseriez-vous de moi si, parce que je suis satisfait de la tige de selle oscillante, je pr&#233;tendais que tous les cyclistes doivent l'adopter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Dans le Vercors (1901)</title>
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		<dc:date>2021-04-14T13:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Mad Symour</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je reste &#233;bahie de la profondeur de ce trou noir, 800 m&#232;tres, dit-on. Deux quinquets fumeux ont la pr&#233;tention de l'&#233;clairer, mais n'emp&#234;chent pas qu'il y fait noir comme dans un trou de mine. On se dirige &#224; t&#226;tons, avec force appels et cris de ralliement. Un des Messieurs que nous avons rencontr&#233;s est enlev&#233; comme une plume par des bras inconnus et &#233;chappe ainsi &#224; l'accolade intempestive d'un cheval venant en sens inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on retrouve la lumi&#232;re et les yeux restent &#233;blouis. C'est devant nous, &#224; l'infini, un enchev&#234;trement grandiose de sommets, de vall&#233;es, de rivi&#232;res, de fleuves peut-&#234;tre, mais qui, sur cet immense tableau, semblent trac&#233;s avec un pinceau de la finesse d'un cheveu. D'un promontoire de rochers, voisin du tunnel, on d&#233;couvre 17 d&#233;partements nous affirme l'aimable conducteur de ma bicyclette. Pendant que nous admirons ce merveilleux panorama, des flots de clairette circulent et apr&#232;s un dernier toast, l'heure nous pressant, nous nous s&#233;parons des courtois t&#233;c&#233;fistes que le hasard nous a donn&#233;s un instant comme compagnons de route.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Mad Symour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Mad Symour, Le Cycliste,1901, p.100-103, Sources Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mademoiselle Adrienne F...&lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'avais eu connaissance de la petite note &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;all&#233;chante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur le Vercors contenue dans &lt;i&gt;Le Cycliste&lt;/i&gt; de juillet 1900, peut-&#234;tre aurais-je recul&#233; devant l'exploration de ce pays de d&#233;luge perp&#233;tuel. Jugez plut&#244;t&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La pluie y tombe fr&#233;quemment et un mien ami, touriste passionn&#233;, a franchi 7 fois le col du Rousset et les 7 fois il eut la pluie.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Burdet.) Il faut avouer qu'il y a de quoi d&#233;courager les touristes m&#234;me passionn&#233;s et, qu'apr&#232;s cela, il est sage de laisser le Vercors &#224; ses cataractes et de s'orienter vers des cieux plus cl&#233;ments. Avertie, le sort en &#233;tait jet&#233;, j'ignorais le Vercors, ses sites pittoresques, sauvages, quelques-uns romantiques et je me privais du souvenir enthousiaste de certains horizons, souvenir que je ne trouve pas avoir pay&#233; trop cher des quelques douches que le ciel du Vercors nous a administr&#233;es avec sa lib&#233;ralit&#233; coutumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour revenir &#224; mon point de d&#233;part, le dimanche de Pentec&#244;te en l'an de gr&#226;ce 1901, &#224; 4 heures du matin, je rejoignais, place Grenette &#224; Grenoble, un ami, M.&#160;M***, touriste montagnard &#233;prouv&#233; qui voulait bien, en cette circonstance, me servir de guide et de compagnon de voyage. Apr&#232;s une messe entendue &#8212; oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! avec combien de distractions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; mais dont je n'ai pas m&#234;me escamot&#233; le dernier &#233;vangile, soit dit pour l'&#233;dification des lectrices du Cycliste, je sautais en selle &#224; 5 heures, en route pour Sassenage et Engins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de d&#233;passer les cars, et stimul&#233;e par le passage en vitesse de cyclistes dot&#233;s de machines &#224; petite multiplication, je suis arriv&#233;e, avec mes 4m,90 de d&#233;veloppement, &#224; faire pr&#232;s de 3 kilom&#232;tres de ce chemin montant, sablonneux etc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; y compris le soleil &#8212; un terrible soleil qui surchauffait une atmosph&#232;re d&#233;j&#224; lourde et ne promettait rien de bon pour la journ&#233;e. Un peu avant Engins nous sommes crois&#233;s par un cycliste qui en enl&#232;ve all&#232;grement la c&#244;te, nous reconnaissons un St&#233;phanois, l'aimable docteur G***, qui se dirige du c&#244;t&#233; du Vercors, nous aurons le plaisir de le rencontrer plusieurs fois et m&#234;me de faire en semble une petite partie de notre itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Engins, il nous abandonne &#224; l'auberge o&#249; nous nous arr&#234;tons pour ingurgiter 2 &#339;ufs et une lamp&#233;e de vin blanc. J'&#233;mets humblement le d&#233;sir de ne boire que de l'eau, mais mon compagnon s'y oppose avec &#233;nergie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il professe le plus profond m&#233;pris pour les amateurs de ce breuvage et je vois bien que son c&#339;ur saignerait d'&#234;tre contraint de m'englober dans cette r&#233;probation g&#233;n&#233;rale, je me contente donc de mettre de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'eau dans mon vin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, conseil charitable que j'ai maintes fois re&#231;u et jusqu'ici peu mis en pratique &#8212; moralement parlant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons Engins pour gagner Lans, la route est resserr&#233;e entre les rochers, d&#233;tremp&#233;e par les pluies des jours pr&#233;c&#233;dents, encombr&#233;e de cailloux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trop attentive &#224; la man&#339;uvre de mon guidon, je ne puis regarder le paysage que furtivement. La gorge est d'abord &#233;troite, prise entre des rochers peu &#233;lev&#233;s, mais abrupts, crevass&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'&#233;vase ensuite, des bandes vertes bordent le Furon, et on atteint le plateau de Lans, situ&#233; au centre d'ondulations monotones, l'impression en est triste, mais elle doit &#234;tre tout autre au moment de la floraison des prairies et ce pays du Lans doit ressembler alors &#224; une vaste et ravissante corbeille de fleurs champ&#234;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous prenons la route qui laisse sur la gauche le Villard-de-Lans et nous nous engageons dans ces merveilleuses gorges que la Bourne remplit du fracas de ses eaux claires,se brisant sur le roc d'o&#249; elles rejaillissent en poussi&#232;re que le soleil irise. La route est bien mauvaise, on patauge dans une boue liquide dont nous nous imbibons copieusement, tandis que les rochers suspendus sur nos t&#234;tes nous d&#233;versent en gouttelettes larges comme des assiettes l'&#233;coulement des eaux de la montagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous faisons ainsi plus de 5 kilom&#232;tres &#224; pied, mais bien d&#233;dommag&#233;s par la f&#233;erie du spectacle. Moi, surtout, qui n'ai jamais rien vu de pareil, je ne me lasse pas de promener mes regards des eaux aux teintes de turquoises, et, de l&#224;, aux roches g&#233;antes qui semblent vouloir &#233;treindre, &#233;touffer sous leur masse cette onde toujours fuyante qui s'&#233;chappe, en se jouant &#224; travers les blocs entass&#233;s dans son lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pont de la Goule-Noire, nous trouvons docteur G... en train de t&#226;ter le pouls &#224; sa carte. Ces Messieurs d&#233;ballent leurs programmes, comparent, discutent, citent les auteurs r&#233;v&#233;r&#233;s (d'Espinassous, Burdet). Tout cela avec la chaleur que met tout cycliste convaincu dans la discussion de cette chose d&#233;licate, appel&#233;e un itin&#233;raire, et, qu'&#224; la pens&#233;e de la libert&#233; prochaine, les plus graves et les plus grisonnants &#233;laborent avec une joie d'&#233;colier en rupture de pupitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat se termine par le d&#233;part en trio pour Saint-Julien-en-Vercors. On quitte la Bourne pour s'&#233;lever, &#224; gauche, par un chemin &#224; flanc de montagne, d'o&#249; on aper&#231;oit la route de Pont-en-Royans, et la Balme de Rencurel, au fond d'un ravin. La route est bonne, bois&#233;e sur plusieurs points, mais assez montante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme ces Messieurs ont pris leur petite multiplication, j'arrive avant eux &#224; Saint-Julien. Le village est &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'un plateau riant, cultiv&#233; dans toutes les parties que les sapins ne couvrent pas de leurs frondaisons sombres, une muraille rocheuse le ferme d'un c&#244;t&#233;, de l'autre, pas d'horizon, mais une courte &#233;chapp&#233;e sur des pentes vertes bordant la route qui va nous conduire au pont des Echevis. C'est la descente r&#234;v&#233;e pour les possesseurs de roue libre, tel est le cas de mes deux compagnons, aussi me devancent-ils terriblement, mais mon irr&#233;ductible amour-propre de cyclo-woman vient heureusement &#224; mon secours et me sugg&#232;re l'id&#233;e de l&#226;cher mes p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive ainsi de front avec ces Messieurs au pont o&#249; nous nous s&#233;parons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon guide et moi nous dirigeons vers les Grands-Goulets, le docteur G. prend la route directe de Saint-Agnan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu d&#233;sireux de r&#233;&#233;diter &#224; b&#233;cane la descente de la Bourne, nous laissons nos bicyclettes aux Baraques, et visitons &#224; pied les Goulets dont le sol est si fortement d&#233;tremp&#233; qu'on y enfonce comme dans une mare.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un spectacle bien curieux que ce torrent qui se fraye un passage dans cette gorge sauvage dont l'art est venu augmenter encore le pittoresque. De trop habiles plumes ont d&#233;crit l'inoubliable beaut&#233; de ce site pour que j'ose parler de cette route taill&#233;e dans le roc, coup&#233;e de tunnels et qui serpente au-dessus d'un gouffre o&#249; se pr&#233;cipitent, rugissantes, les eaux limpides frang&#233;es d'&#233;cume, emprisonn&#233;es dans ces gigantesques remparts de rochers qui semblent d&#233;fier le soleil d'illuminer ces profondeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous revenons aux Baraques o&#249; nous attend un d&#233;jeuner servi sur une terrasse au bord de la Vernaison et s&#233;par&#233;e de l'h&#244;tel par la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel s'assombrit, mais la gaiet&#233; et l'app&#233;tit sont toutes voiles dehors. L'h&#244;tel regorge de cyclistes automobilistes, etc., le service est d'une lenteur d&#233;sesp&#233;rante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arr&#234;tons des hors-d'&#339;uvre au passage, et nous allons attaquer le saucisson quand tout &#224; coup le tonnerre &#233;clate et les nuages, sur nos t&#234;tes, cr&#232;vent en un torrent qui balaie comme par enchantement tous les d&#238;neurs attabl&#233;s autour de nous. Cette d&#233;fection en masse nous rend possesseur d'un banc surmont&#233; d'une tente qui, &#224; la rigueur, peut couvrir la moiti&#233; de notre petite table&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous engouffrons sous cet abri et tachons de pr&#233;server notre couvert en mettant sur le banc, entre nous, tout ce qui peut ne pas souffrir de ce contact. Il pleut &#224; plaisir. Des t&#234;tes effar&#233;es apparaissent aux fen&#234;tres de l'h&#244;tel. Ces gens-l&#224; sont fous, pensent tous ces sages empil&#233;s dans des salles o&#249; le parfum des ap&#233;ritifs lutte d'&#233;nergie avec celui de la friture. Apr&#232;s un quart d'heure de signaux de d&#233;tresse, la bonne nous apporte le premier plat, elle a beau courir, au risque de tout chavirer, la sauce n'en arrive pas moins fortement &#233;tendue, cela ne fait rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous nous amusons &#233;perdument. La pluie redouble jusqu'au dessert, mais personne ne parle de capituler et cependant mon ami boit de l'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! impuissant qu'il est &#224; pr&#233;server son verre de cette profanation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il a l'h&#233;ro&#239;sme simple et se r&#233;signe sans murmure. Enfin, une accalmie survient et nous pouvons circuler sur la terrasse, mais l'humidit&#233; m'a ankylos&#233;e et c'est avec d&#233;lices que je savoure un caf&#233; br&#251;lant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des ond&#233;es intermittentes retardent notre d&#233;part. Enfin, &#224; 2 h. 1/2, nous prenons la route de la Chapelle-en-Vercors d'o&#249; nous gagnons Saint-Agnan, Rousset et le col. Nous allons lentement, ces 18 kilom&#232;tres sont p&#233;nibles et toute notre attention se porte &#224; &#233;viter les orni&#232;res et les flaques d'eau. Une grisante odeur de verdure mouill&#233;e flotte dans l'air, mais la campagne est triste sous le ciel gris. 2 kilom&#232;tres avant Rousset la pluie se remet &#224; tomber si serr&#233;e que nous sommes contraints de nous r&#233;fugier dans une ferme o&#249; on nous accueille avec empressement. Cet arr&#234;t forc&#233; se prolonge plus d'une heure. Profitant d'une vague &#233;claircie, nous remercions ces braves paysans et reprenons nos machines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 500 m&#232;tres plus loin, nouvelle douche. D&#233;cid&#233;ment, il pleut beaucoup dans la vall&#233;e du Rousset, je joins mon t&#233;moignage &#224; celui de M.&#160;Burdet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pleut m&#234;me trop pour mon go&#251;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il faut marcher quand m&#234;me si nous voulons atteindre le col avant la nuit. La machine de mon compagnon est tellement embourb&#233;e qu'il est oblig&#233;, au Rousset, de la soumettre &#224; d'&#233;nergiques ablutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous engageons dans les lacets conduisant au col, la pluie a cess&#233;, l'azur du ciel daigne m&#234;me se montrer par endroits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; gr&#226;ce &#224; la pente, la route est bonne, et c'est avec raison qu'on l'a compar&#233;e &#224; une all&#233;e de parc, elle en a la r&#233;gularit&#233; et la tenue irr&#233;prochable &#224; travers les hautes futaies qu'elle contourne en s'&#233;levant. La vall&#233;e de Rousset est derri&#232;re nous dans la brume&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous montons &#224; pied en causant, riant des m&#233;saventures de la journ&#233;e et nous promettant d'en noyer le souvenir dans un verre de bonne clairette de Die, l&#224;-haut, au col o&#249; elle a la r&#233;putation d'&#234;tre exquise et pas ch&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 1 kilom&#232;tre de l'entr&#233;e du tunnel, nous entendons un roulement de voiture et nous reconnaissons dans une charrette toute une bande joyeuse de cyclistes t&#233;c&#233;fistes comme nous et qui nous avaient &#233;merveill&#233;s le matin &#224; la mont&#233;e de Sassenage. Ces Messieurs nous saluent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien ne brusque les pr&#233;sentations comme le commun amour de la bicyclette. La voiture s'arr&#234;te, tout le monde descend et je suis aimablement invit&#233;e &#224; y prendre place pour arriver jusqu'au col et en faire la travers&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma bicyclette est aux mains de l'un de ces Messieurs, j'accepte sans fa&#231;on le manteau d'un autre, et fouette cocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je reste &#233;bahie de la profondeur de ce trou noir, 800 m&#232;tres, dit-on. Deux quinquets fumeux ont la pr&#233;tention de l'&#233;clairer, mais n'emp&#234;chent pas qu'il y fait noir comme dans un trou de mine. On se dirige &#224; t&#226;tons, avec force appels et cris de ralliement. Un des Messieurs que nous avons rencontr&#233;s est enlev&#233; comme une plume par des bras inconnus et &#233;chappe ainsi &#224; l'accolade intempestive d'un cheval venant en sens inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on retrouve la lumi&#232;re et les yeux restent &#233;blouis. C'est devant nous, &#224; l'infini, un enchev&#234;trement grandiose de sommets, de vall&#233;es, de rivi&#232;res, de fleuves peut-&#234;tre, mais qui, sur cet immense tableau, semblent trac&#233;s avec un pinceau de la finesse d'un cheveu. D'un promontoire de rochers, voisin du tunnel, on d&#233;couvre 17 d&#233;partements nous affirme l'aimable conducteur de ma bicyclette. Pendant que nous admirons ce merveilleux panorama, des flots de clairette circulent et apr&#232;s un dernier toast, l'heure nous pressant, nous nous s&#233;parons des courtois t&#233;c&#233;fistes que le hasard nous a donn&#233;s un instant comme compagnons de route. Nous nous engageons dans les dangereux lacets qui conduisent du col &#224; Chamaloc, non sans avoir refus&#233; avec d&#233;dain le traditionnel fagot. Pour moi, c'est une sottise, car ma bicyclette n'a qu'un frein insignifiant sur la roue d'avant et la pente est trop forte et les tournants trop dangereux pour que mon imprudence ne risque de me co&#251;ter cher. En effet, j'y vais d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; magistrale o&#249; j'ai bien cru me fracasser la m&#226;choire, heureusement que rien n'est dur comme la t&#234;te et j'en suis quitte pour la peur et dix minutes d'&#233;tourdissement. Nous traversons Chamaloc, il est presque nuit, mais jusqu'&#224; Die la route est en pente douce et excellente, nous arrivons &#224; 8 h. 1/2 &#224; l'h&#244;tel des Alpes o&#249; nous retrouvons le docteur C. ., qui, depuis Saint-Agnan, nous a pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une 1/2 heure environ dans toutes nos &#233;tapes. Apr&#232;s un bon d&#238;ner termin&#233; par une tourn&#233;e de clairette, nous nous armons de bougeoirs et prenons possession de nos bedrooms. La mienne est de dimensions peu communes, 100 m&#232;tres carr&#233;s pour le moins, aussi je ne me prive pas du plaisir d'en prendre possession par un tour de valse anim&#233;. De l'autre c&#244;t&#233; de la cloison j'entends une voix grondeuse&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah &#231;&#224;, perdez-vous la t&#234;te. &#8212; pas encore, j'essaye seulement la souplesse des jarrets, mais c'est fini. Good night&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me journ&#233;e. &#8212; &#192; 5 heures du matin, au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;boum&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;nergique dans ma porte me r&#233;veille, je sais ce que cela signifie&#160;: j'ai 10 minutes pour faire ma toilette, une coquette aurait &#224; peine le temps de passer ses pantoufles, mais c'est suffisant pour les simples ablutions et l'&#233;quipement sommaire d'une cycle touriste. &#192; 5 h 1/4 nous roulons, M.&#160;M... et moi, sur la route de Ch&#226;tillon-en-Diois. Le ciel est limpide, l'air rafra&#238;chi par une brise l&#233;g&#232;re, tout annonce une belle journ&#233;e. Jusqu'&#224; la vall&#233;e des Gas la r&#233;gion est assez insignifiante, mais de ce point, et durant 10 kilom&#232;tres, c'est un enchantement. Entre deux murailles de rochers, le torrent coule sans effort sur une pente l&#233;g&#232;re, la route le borde en suivant ses d&#233;tours pittoresques, et sous le soleil matinal un charme intense, &#233;trangement sauvage, &#233;mane de cette nature o&#249; semble flotter comme un peu du myst&#232;re des contr&#233;es vierges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une mont&#233;e se pr&#233;sente au sortir de la gorge et brusquement on passe dans une r&#233;gion qui va se d&#233;nudant &#224; mesure qu'on s'&#233;l&#232;ve. Nous croyons constamment arriver au col de Grimone, mais il semble reculer sans cesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon entrain finit par se ressentir de cette d&#233;ception, je me plains am&#232;rement de l'aridit&#233; du paysage, de la longueur de la mont&#233;e que mon unique d&#233;veloppement m'oblige &#224; faire &#224; pied, et mon compagnon, auteur de l'itin&#233;raire, baisse la t&#234;te accabl&#233; par la chaleur et par mes reproches. Au Glandage nous nous arr&#234;tons pour prendre les traditionnels &#339;ufs &#224; la coque du premier d&#233;jeuner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 3/4 d'heure d'arr&#234;t et on repart de nouveau &#224; l'assaut du col. Sous le soleil, la route s'allonge sans ombrelles 2 derniers kilom&#232;tres se tra&#238;nent sur une cime aride dont l'&#226;pret&#233; met le comble &#224; ma mauvaise humeur. Enfin, nous franchissons Grimone et sautons en selle pour la descente. Voici Lussette, le col de la Croix-Haute et nous atteignons enfin une contr&#233;e plus riante. Nous descendons sur Saint-Maurice-en-Tri&#232;ves, les pentes sont bois&#233;es et, &#224; l'horizon, se profilent les sommets neigeux du Pelvoux dont une immense plaine ondul&#233;e nous s&#233;pare.	&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu avant Clelles, nous apercevons l'a&#233;rienne silhouette du Mont Aiguille, semblable &#224; un gigantesque ob&#233;lisque. &#192; 1 heure nous mettions pied &#224; terre devant l'h&#244;tel qui lui fait face et nous avions enfin la satisfaction de nous attabler devant un d&#233;jeuner bien gagn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 1 /2, nous reprenons nos machines jusqu'au ravin de Saint-Michel, la route inclin&#233;e traverse des prairies couvertes de narcisses, je ne manque pas d'en fleurir mon guidon d'une &#233;norme touffe, et je me grise tout le long du chemin du sauvage parfum, bien alpestre, qui s'en d&#233;gage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;levons ensuite jusqu'au col du Fau, et apr&#232;s un dernier regard &#224; la Meije, &#224; la Barre des Ecrins, nous traversons en coup de vent le Monestier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons devant nous 18 kilom&#232;tres de descente, et apr&#232;s les rudes ascensions de ces deux journ&#233;es, je trouve cette finale tout &#224; fait de mon go&#251;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous laissons &#224; gauche les derniers contreforts du Vercors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans un lointain qui se rapproche, les sommets de la Chartreuse, de l'Oisans sont envelopp&#233;s d'une bu&#233;e qui les gaze comme une voilette un beau visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Vif, les Ponts-de-Claix, et enfin les splendides all&#233;es du cours Saint-Andr&#233; qui nous conduisent &#224; Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures du soir, ravie de mon exp&#233;dition repr&#233;sent&#233;e par 218 kilom&#232;tres en 2 journ&#233;es &#8212; mon plus bel exploit jusqu'&#224; pr&#233;sent &#8212; je me s&#233;pare de mon aimable compagnon de voyage avec force remerciements et &#233;nergiques shake-hands.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant, Mademoiselle, que j'ai pu m'arracher au charme des Alpes joint &#224; celui d'une exquise hospitalit&#233;, je me h&#226;te de vous dire que j'acquiesce avec enthousiasme &#224; l'attrayant projet de rencontre dont vous &#234;tes la promotrice. Gr&#226;ce aux soins que veut bien en prendre l'aimable g&#233;rant du Cycliste, je crois que l'ex&#233;cution en est prochaine. J'en suis ravie et vous prie de ne pas vous &#233;tonner que, mises sur le terrain du cyclisme, mes sympathies fassent, &#224; votre rencontre, du 30 &#224; l'heure pour le moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mad. Symour,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La Croix-Haute (1900)</title>
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		<dc:date>2020-01-10T12:42:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Par &lt;a href=&#034;https://velotextes.fr/spip.php?mot51&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'Espinassous&lt;/a&gt;, paru dans Le Cycliste Novembre 1900, et la Revue mensuelle du Touring-Club de France, juillet 1902 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;br class='autobr' /&gt; Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;br class='autobr' /&gt; Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me para&#238;t d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;br class='autobr' /&gt; J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette &#224; m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'a laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;br class='autobr' /&gt; Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;br class='autobr' /&gt; Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;br class='autobr' /&gt; Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une all&#233;gorie.&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt; Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;br class='autobr' /&gt; Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;br class='autobr' /&gt; La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;br class='autobr' /&gt; La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt; La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 500 m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;br class='autobr' /&gt; Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;br class='autobr' /&gt; Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;br class='autobr' /&gt; Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;br class='autobr' /&gt; Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;br class='autobr' /&gt; La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;br class='autobr' /&gt; Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse. &lt;br class='autobr' /&gt; Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse. Le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement o&#249; sa fantaisie le pousse.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;br class='autobr' /&gt; 11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel, et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. &#192; Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;br class='autobr' /&gt; La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;br class='autobr' /&gt; Un &#233;clair&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e, qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Rude, oui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre main, cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le Mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;br class='autobr' /&gt; L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nullement, j'ai 6m,50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;br class='autobr' /&gt; Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;br class='autobr' /&gt; C'en est trop&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;br class='autobr' /&gt; Et apr&#232;s un silence : Non&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. La vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand vous voudrez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re. &#192; quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m,90.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif : tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;br class='autobr' /&gt; Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;br class='autobr' /&gt; Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;br class='autobr' /&gt; Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;br class='autobr' /&gt; Une derni&#232;re poign&#233;e de main, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldelacroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH318/coldelacroixhaute-7d857.png?1788127322' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-222 '&gt;&lt;strong&gt;Col de la Croix-Haute (Dolin et Revel)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-222 '&gt;Les Alpes Fran&#231;aises, H. Dolin
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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