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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>De Die &#224; Grenoble, par le Queyras et le Lautaret (1902)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Col du Lautaret</dc:subject>
		<dc:subject>Marthe Hesse</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Apr&#232;s avoir visit&#233; les sites les plus vant&#233;s des Pyr&#233;n&#233;es, j'ai voulu revoir les Alpes et comparer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Col du Lautaret&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;Marthe Hesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par V&#233;locio, &#034; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt; &#034;, Septembre 1902, reparu en Novembre 52&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir visit&#233; les sites les plus vant&#233;s des Pyr&#233;n&#233;es, j'ai voulu revoir les Alpes et comparer. Je pr&#233;f&#232;re d&#233;cid&#233;ment les Alpes, et s'il me fallait choisir parmi les itin&#233;raires d&#233;j&#224; nombreux et vari&#233;s qui m'ont conduit &#224; travers la Savoie et le Dauphin&#233;, c'est au Queyras et au col d'Izouard que je donnerais la palme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a l&#224; de quoi remuer les &#226;mes les moins accessibles aux s&#233;ductions de la nature sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va de Saint-&#201;tienne &#224; Die par la route ou le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.L.&lt;/span&gt;M, aussi rapidement d'une fa&#231;on que de l'autre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre m&#234;me plus rapidement par la route, tant sont lympathiques les trains de Livron &#224; Die&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; coup s&#251;r plus &#233;conomiquement. En effet, par la voie la plus rapide en partant de Saint-&#201;tienne par le train de 3 h 44 et en passant par Lyon, on est &#224; Die &#224; 10 h 16 (co&#251;t minimum : 13 fr. 10), tandis que, par la route, les 160 Kilom&#232;tres qui s&#233;parent les deux villes peuvent sans difficult&#233; &#234;tre faits en moins de 8 heures sans bourse d&#233;lier. Notez une fois de plus la sup&#233;riorit&#233; que donne la bicyclette &#224; ceux qui savent s'en servir. Je quitte Die le 14&#160;septembre &#224; 4 heures et demie du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait encore nuit. Mes deux compagnons, M.&#160;B,.. et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; H , la triomphatrice du Tourmalet, iront a Gap par le premier train et ne feront &#224; bicyclette que la partie la plus int&#233;ressante de l'excursion. Mais je ne connais pas encore le tron&#231;on de route Die-Gap et 91 kilom&#232;tres de plus ou de moins ne sont pas une affaire. Nous avons tous nos montures du Tourmalet : la mienne, qui date de 1900 et qui avait autrefois huit d&#233;veloppements, n'en a plus que cinq (7 m. 15 et 5 m. 70 sur roue serve, 4 m&#232;tres, 3 m&#232;tres et 2 m. 30 sur roue libre) interchangeables en marche deux par deux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai fait supprimer trois pignons donnant les d&#233;veloppements de 4 m. 50. 5 m&#232;tres et 8 m. 40. (qui faisaient double emploi ou qui me servaient tr&#232;s rarement). Bagages compris, ma bicyclette p&#232;se exactement 30 kilos.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'emporte, vu le temps incertain et la pluie imminente, un rechange complet, une p&#232;lerine molletonn&#233;e, etc.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le tout imperm&#233;abilis&#233; par le proc&#233;d&#233; d&#233;crit dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du 30&#160;juin par M.&#160;le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Eybert &#224; qui nous devons tous beaucoup de reconnaissance pour son utile communication. Dans mon vaste sac de guidon, objet d'incessantes moqueries de la part de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; H. qui pourtant est bien aise, quand elle est menac&#233;e d'une fringale carabin&#233;e, d'y trouver du pain, du chocolat et des fruits, j'emporte un tas d'objets h&#233;t&#233;roclites dont j'ai rarement besoin, je l'avoue, mais qui pourtant... on ne sait pas ce qui peut arriver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin je p&#232;se 100 kilos en ordre de marche, et quand je grimperai de Brunnissard au col d'Izouard (9 kilom&#232;tres &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%). en 1 h. 5 avec 3 m&#232;tres de d&#233;veloppement, la r&#233;sistance de la p&#233;dale sera de 95 kilos et mon travail &#224; la seconde d'un peu plus de 91 kilos. Dix kg. de moins m'auraient soulag&#233; nettement de dix pour cent, c'est-&#224;-dire qu'en fournissant le m&#234;me travail j'aurais pu grimper en 58 minutes. D&#233;cid&#233;ment, il faudra que je m'all&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je roule sur un sol m&#233;diocre : la route vient d'&#234;tre charg&#233;e et la lueur clignotante de ma lanterne me permet tout juste de me faufiler le long d'un empierrement de plusieurs centaines de m&#232;tres. Je traverse la Dr&#244;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e &#233;troite s'&#233;vase &#231;a et l&#224;. En moins d'une heure je suis &#224; Luc-en-Diois et je p&#233;n&#232;tre peu apr&#232;s dans un site extraordinairement sauvage. D'&#233;normes rochers, aupr&#232;s desquels ceux que l'on rencontre en allant &#224; Gavernie sont de simples pav&#233;s, barrent le passage de la route &#224; la rivi&#232;re et au chemin de fer qui se glisse sous un tunnel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la rivi&#232;re se d&#233;m&#232;ne comme elle peut et la route s'&#233;loigne de ce chaotique amoncellement par une tr&#232;s gracieuse courbe en rampe douce. Une montagne a d&#251; s'&#233;bouler l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelque Rochecourbe s'est effondr&#233;e dans la vall&#233;e, pr&#233;parant ainsi pour le touriste de nouveaux et impr&#233;vus points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite c'est du plat pendant plusieurs kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profite pour faire un peu de vitesse, sans toutefois prendre mon plus grand d&#233;veloppement. Avec 5 m. 70 et 70 tours on fait du 24 &#224; l'heure ce qui n'est pas d&#233;j&#224; trop mal. Tout &#224; coup la route tourne a gauche, &#224; angle droit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je quitte la Dr&#244;me et je vais remonter un petit ruisseau, la mont&#233;e est insignifiante jusqu'&#224; Bauri&#232;res, le premier village que l'on rencontre apr&#232;s Luc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bauri&#232;res commence la mont&#233;e qui conduit au col de Cabre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'a rien que de tr&#232;s ordinaire et peut se faire avec 4 m&#232;tres fort ais&#233;ment. De grands lacets m'am&#232;nent au-dessus de Bauri&#232;res que je vois petit &#224; petit s'enfoncer comme dans un trou, &#224; cela pr&#232;s le passage n'a rien de transcendant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pentes des montagnes voisines sont d&#233;nud&#233;es, ravin&#233;es, &#233;boul&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles semblent de boue. La qualit&#233; du sol s'en ressent et la route est souvent rendue dure par des ensablements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P. L.&lt;/span&gt; M.&#160;s'enfonce dans un tunnel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; chaque instant je m'attends &#224; voir passer le train qui emm&#232;ne mes compagnons, mais un dernier grand lacet me porte au sommet sans que j'aie entendu le moindre coup de sifflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comptais d&#233;jeuner au Refuge qui m'a paru construit sur le mod&#232;le de celui du Rousset et susceptible de donner l'hospitalit&#233; &#224; quelques touristes attard&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a point de lait et encore moins de fruits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je commence la descente dont la pente m'a sembl&#233; plus rapide que de l'autre c&#244;t&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la montagne est en d&#233;composition, des coul&#233;es de boue doivent en descendre &#224; chaque pluie : nature morne, triste, d&#233;sol&#233;e. Rien n'engage &#224; mettre le frein, on passe vite. Quand la descente s'alentit, un vent furieux me prend en poupe et en flanc et me fait filer &#224; de vertigineuses allures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; certains d&#233;tours de la route, par exemple, c'est le contraire, et alors il faut appuyer sur les p&#233;dales ou passer de la grande &#224; la petite vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'atteindre Aspres-sur-Buech, la route franchit une s&#233;rie de mamelons, o&#249; descentes et mont&#233;es se succ&#232;dent sans interruption. Sur le bord, du foss&#233; une automobile abandonn&#233;e sous une b&#226;che verte, ressemble assez &#224; un navire &#233;chou&#233; &#224; la c&#244;te. Apr&#232;s avoir sans doute lutt&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment contre la panne sournoise, de guerre lasse, les chauffeurs ont quitt&#233; le bord et sont all&#233;s cherch&#233; du secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mets pied &#224; terre &#224; Aspres au moment o&#249; l'on s'achemine vers la gare pour prendre le train qui me suis depuis Die&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai 60 kilom&#232;tres au compteur et trop de vide dans l'estomac pour aller plus loin avant de d&#233;jeuner. Je me livre pendant trois quarts d'heure &#224; cette int&#233;ressante besogne, et je ne puis me remettre en selle qu'apr&#232;s avoir satisfait la curiosit&#233; de nombreux curieux assembl&#233;s autour de ma bicyclette. On en est &#224; Aspres et en beaucoup d'autres lieux, &#224; la bicyclette araign&#233;e aussi d&#233;nu&#233;e de confortable que possible, mais l&#233;g&#232;re... Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la l&#233;g&#232;ret&#233; voyez-vous, il n'y a que &#231;a de vrai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Comme ma bicyclette ne quitte pas volontiers le sol qu'on essaye de la soulever d'une main on me prend en piti&#233; ou pour un ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je descends vers le Buech, torrent qui sort du D&#233;voluy, o&#249; il faudra bien que je p&#233;n&#232;tre l'an prochain, et je remonte sur une colline bois&#233;e au flanc de laquelle serpente gentiment la route qui ne tarde pas &#224; redescendre. Me voici pour de longs kilom&#232;tres dans la plaine monotone dont Veynes est le plus bel ornement. Par dessus quelques collines d'o&#249; la verdure n'est pas absolument exclue j'aper&#231;ois de temps en temps, &#224; gauche, les sommets mornes et mena&#231;ants qui d&#233;fendent le D&#233;voluy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre m&#234;me ai-je aper&#231;u la pointe du pic de Bure, pendant de la t&#234;te de l'Obiou, &#224; l'autre bout de ce sauvage pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la hauteur de la Freissinousse je change brusquement de direction et Je me trouve avoir lutter en m&#234;me temps contre le vent et contre la mont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien anodine, celle-ci, mais ajout&#233;e &#224; la r&#233;sistance du vent, elle me force &#224; prendre 4 m&#232;tres et &#224; r&#233;duire sensiblement mon allure. Apr&#232;s la mont&#233;e, la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est dans l'ordre : le vent tant&#244;t me pousse, tant&#244;t me retient et finalement j'arrive &#224; Gap (96 kilom&#232;tres) en descente et avec vent contraire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 9 h. 45. Mes compagnons ne peuvent &#234;tre bien loin et je les rattraperais en poussant un peu si je n'avais &#224; m'arr&#234;ter un instant &#224; Gap pour y faire provision de fruits et de pain. Je me perds dans un d&#233;dale de petites rues &#233;troites o&#249; il ne ferait pas bon, para&#238;t-il, s'aventurer le soir, car le tout &#224; l'&#233;gout passe d'abord par la fen&#234;tre, tant pis pour les passants attard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 10 h, et demie seulement je m'&#233;loigne de Gap, et le vent-est &#224; ce moment si violent et si contraire que je suis forc&#233; de me contenter d'une allure tr&#232;s modeste avec d&#233;veloppement de 4 m&#232;tres. Tout &#224; coup, sans que la route semble changer beaucoup d'orientation, le vent devient favorable et j'arrive assez vite &#224; Chorges. &#192; mon pr&#233;c&#233;dent voyage, j'avais d&#233;j&#224; not&#233; cette bizarrerie du vent due sans doute &#224; des remous et &#224; des ricochets entre les montagnes, carambolages de la nature dont nous sommes les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chorges, o&#249; j'avais vu couler il y a trois ans des eaux si abondantes a, cette ann&#233;e, toutes ses fontaines taries. A quoi pensent donc ses &#233;diles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; la sortie du village je n'ai garde, cette fois, de manquer la jolie route qui suit le torrent des Houlettes jusqu'&#224; la Durance, o&#249; je m'arr&#234;te &#224; midi moins le quart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bain de jambes et ablution du torse, puis, mollement &#233;tendu &#224; l'ombre, sur le bord du ruisseau, je d&#233;balle mes provisions et d&#233;jeune avec un indicible contentement, d'un melon, de quelques p&#234;ches et de trois petits pains achet&#233;s &#224; Gap, co&#251;t : cinquante centimes. Je n'ai fait dans la matin&#233;e que 118 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques kilom&#232;tres en descendant de Chorges et en remontant, ensuite la Durance, on longe une montagne de boue solidifi&#233;e, ravin&#233;e profond&#233;ment par la pluie et d'un aspect tr&#232;s bizarre. Pas d'autres remarques int&#233;ressantes jusqu'&#224; Embrun o&#249; j'entre &#224; 1 h. 1/2&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est en f&#234;te et encombr&#233;e de visiteurs, je me fraye assez p&#233;niblement un passage jusqu'&#224; l'h&#244;tel de France o&#249; m'attendent mes compagnons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route jusqu'&#224; Mont-Dauphin continue &#224; &#234;tre tr&#232;s belle, mont&#233;es et descentes alternent et l'on peut aller bon train. Sur son roc inexpugnable, la vieille citadelle a vraiment grand air. Nous passons le Guil et abandonnant la route nationale, nous tournons &#224; gauche, du c&#244;t&#233; de Guillestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons ici dans la partie excursion de notre voyage, nous n'avons fait jusque-l&#224; que du transport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La merveilleuse gorge du Queyras, car on ne peut raisonnablement pas appeler vall&#233;e l'&#233;troite bande de terre qui borde le torrent, va s'ouvrir devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part de Guillestre, une rampe fort roide, en plein soleil, sur un sol plus que m&#233;diocre, nous oblige &#224; en mettre plus que de raison. Il y aurait l&#224; du 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% que je n'en serais pas surpris. Ce n'est pas long, heureusement, et quand on met pied &#224; terre sur le sommet on a pour r&#233;compense une belle vue sur le massif du Pelvoux. Cependant on s'est &#233;lev&#233; de 200 m&#232;tres au-dessus du Guil qui gronde, invisible, dans un lit trop &#233;troit, et le paysage a soudain rev&#234;tu un caract&#232;re sauvage et presque agressif. La montagne se d&#233;fend contre les envahisseurs, ses parois se referment et ne laissent &#224; la route qu'une place bien restreinte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous allons tr&#232;s lentement, en proie &#224; une &#233;motion ind&#233;finissable comme si nous entrions dans un sanctuaire, il y aurait d'ailleurs quelque danger &#224; aller vite, et je garde le souvenir d'un certain virage &#224; droite que j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; faire &#224; pied, d'autant plus qu'on ne perd rien, au contraire, &#224; s'arr&#234;ter l&#224; un instant, c'est le plus beau passage pour ceux qui pr&#233;f&#232;rent les sites farouches de la nature sauvage aux bords fleuris qu'arrose la Seine. Le Queyras a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;crit ici, de main de ma&#238;tre, &#224; plusieurs reprises, je ne m'&#233;tendrai donc pas davantage sur ses incontestables beaut&#233;s qui n'ont pas &#233;t&#233; surfaites&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'apparition du vieux fort de Ch&#226;teau-Queyras est merveilleuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Aiguilles, ce village de millionnaires, est curieux par le contraste des humbles masures et des villas opulentes. De frileuses jeunes femmes, des jeunes gens, tir&#233;s &#224; quatre &#233;pingles, d'&#233;paisses dames richement v&#234;tues circulent sur la route qui forme la principale art&#232;re du village au milieu des troupeaux, des paysans revenant des champs, contraste frappant de la vie &#233;l&#233;gante et oisive mais maladive avec l'existence mis&#233;rable et laborieuse mais robuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions pousser jusqu'&#224; Abri&#232;s pour voir le mont Viso&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quatre kilom&#232;tres seulement de route facile nous en s&#233;paraient, mais il allait &#234;tre nuit et nous n'aurions pas vu grand chose. Nous avions d&#233;pos&#233; nos bagages &#224; l'h&#244;tel Puy-Got &#224; Ch&#226;teau-Queyras, o&#249; le d&#238;ner v&#233;g&#233;tarien, command&#233; en passant, devait nous attendre. Nous n'all&#226;mes donc pas plus haut qu'Aiguilles dans la gorge du Queyras o&#249;, sauf la mont&#233;e initiale de la Viste et une autre petite rampe dite de l'Ange Gardien, les pentes sont insignifiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du lendemain &#233;tant peu charg&#233;, j'aurais pu, mais l'Id&#233;e ne m'en vint pas, en partant &#224; 4 h. 1/2, aller d&#233;jeuner &#224; 12 kilom&#232;tres de l&#224;, &#224; Saint-V&#233;ran, la commune la plus &#233;lev&#233;e de France (altitude : 2.045 m&#232;tres). On ne passe pas aussi pr&#232;s d'un village qui d&#233;tient un tel record sans aller le saluer, et peut-&#234;tre que, chemin faisant, j'aurais du m&#234;me coup aper&#231;u la pointe du G&#233;ant des Alpes brian&#231;onnaises. Que voulez-vous, on ne pense pas &#224; tout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 7 heures nous nous &#233;branlons. La route d'Arvieux s'embranche sur celle du Queyras d'une fa&#231;on tr&#232;s modeste sans que la moindre plaque indicatrice nous dise o&#249; elle conduit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et cependant c'est celle du pays o&#249; l'on cuit le pain une fois l'an&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous nous y engageons sous l'impression du r&#233;cit vivant et document&#233; qu'a fait, il y a un an dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, M.&#160;d'Espinassous, de sa visite &#224; la Chalp d'Arvieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On monte assez durement avec des alternatives de palier. Le temps est radieux : il y a de l'animation sur la route et dans les champs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se h&#226;te d'engranger les maigres r&#233;coltes de ces terrains d&#233;sh&#233;rit&#233;s, riches seulement en bois et en p&#226;turages. Devant nous, bient&#244;t les cr&#234;tes d&#233;nud&#233;es des montagnes ferment l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous traversons Arvieux, laissons &#224; droite la Chalp et nous &#233;tions &#224; deux cents m&#232;tres de Brunissard, quand un pneumatique juge &#224; propos de crever. Je suis forc&#233; de remplacer une chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l&#224; une assez longue halte pendant laquelle notre aimable compagne, apr&#232;s avoir croqu&#233; les p&#234;ches qu'elle d&#233;couvre dans le sac&lt;br class='autobr' /&gt;
dont elle raille l'ampleur, alors qu'elle lance jusqu'aux cieux quelques notes harmonieuses, ne regarde plus &#224; ses pieds et se laisse choir du haut du talus, sans meurtrissures graves heureusement. Ce fut l'unique pelle de tout le voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Brunissard est un amas de lamentables bicoques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les femmes, qui travaillent l&#224;-bas autant et peut-&#234;tre plus que les hommes, n'y sont pas belles et leurs visages rid&#233;s, fl&#233;tris, bronz&#233;s, d&#232;s l'enfance paraissent vieillots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un moment nous apercevions les lacets du col d'Izouard au flanc d'un &#233;peron absolument d&#233;nud&#233; o&#249; le soleil d&#233;j&#224; chaud (il est 8 heures et demie quand nous commen&#231;ons l'escalade) allait nous sucer de belle fa&#231;on. Ces lacets ne laissent pas d'&#234;tre dangereux par la forte pente du talus sans parapet, sans le moindre arbuste pour vous retenir si par m&#233;saventure vous manquiez un tournant &#224; la descente. Des garde-fous ont cependant &#233;t&#233; plac&#233;s &#231;a et l&#224; aux endroits apparemment les plus dangereux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, &#224; ce compte-l&#224; je ne vois pas pourquoi l'on n'en mettrait pas du haut en bas. Avec 3 m&#232;tres de d&#233;veloppement je monte sans essoufflement et sans fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pente ne doit pas d&#233;passer 8 &#224; 9&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, sauf en quelques passages tr&#232;s courts o&#249; il faut appuyer. Le sol est bon, de temps en temps on traverse des parties ensabl&#233;es par les pluies. Mes deux compagnons montent plus lentement et font des haltes fr&#233;quentes pour photographier diff&#233;rents points de vue. Les toits d'ardoises de Brunissard scintillant au soleil, s'enfoncent de plus en plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; tel virage je les revois, &#224; tel autre ils disparaissent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les regards portent de plus en plus loin. Mais, serions-nous d&#233;j&#224; arriv&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il semble qu'on aper&#231;oit l'&#233;chancrure du col &#224; travers les arbres qui, vers le sommet de l'&#233;peron que nous venons d'escalader, r&#233;cr&#233;ent la vue et att&#233;nuent l'ardeur du soleil. Ce n'est, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'une illusion, un faux col. Brusquement la route tourne &#224; droite et grimpe au flanc d'une autre montagne, puis elle revient &#224; gauche, et ce zigzag me permet d'apercevoir mes compagnons que j'avais perdus de vue depuis un moment. Bien qu'&#224; une assez haute altitude (environ 2.200 m&#232;tres) cette montagne est tr&#232;s bois&#233;e et elle doit ce privil&#232;ge sans doute &#224; son exposition car en g&#233;n&#233;ral les arbres deviennent tr&#232;s rares et disparaissent m&#234;me &#224; l'altitude de 2 000 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous l'avions remarqu&#233; en passant le grand et le petit Saint-Bernard, la Furca, le mont Cenis, le Lautaret, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain la mont&#233;e se change en descente le soleil fait place &#224; l'ombre dans un gouffre, un immense trou &#224; peu pr&#232;s rond, aux parois d&#233;chiquet&#233;es, o&#249; le silence n'est troubl&#233; que par le roulement des pierres qui se d&#233;tachent des roches. En bien des endroits ce passage est s&#251;rement dangereux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un coupe-gorge de la nature. Pendant la tourmente, la neige doit s'y engouffrer avec une rapidit&#233; fatale au voyageur fatigu&#233;, et au printemps, les avalanches, derri&#232;re les rochers embusqu&#233;es, doivent y guetter les passant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, rien ne me menace, mais je me sens tellement isol&#233; qu'il me tarde de sortir de ce puits, et apr&#232;s les cinq ou six cents m&#232;tres de descente, je me h&#226;te vers le soleil que j'aper&#231;ois sur les derniers lacets moins raides que les premiers et qui m'am&#232;nent au col &#224; 9 h. 35, c'est-&#224;-dire en 65 minutes de Brunissard. Je ne sais quelle est au juste la distance, 8, 9 ou 10 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a pas de poteau indicateur. La descente commence imm&#233;diatement, mais avant d'avoir fait un kilom&#232;tre, on met naturellement pied &#224; terre devant la maison du cantonnier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fontaine d'eau glac&#233;e, la premi&#232;re que l'on rencontre depuis Brunissard, jaillit &#224; la porte, et la ma&#238;tresse du logis est tr&#232;s avenante. Tout nous invite &#224; nous reposer un instant et &#224; nous restaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous apporte le livre du bord o&#249; les visiteurs consignent leurs impressions, et nous avons le plaisir de constater que trois groupes de cyclistes st&#233;phanois ont, avant nous, cette ann&#233;e, pass&#233; le col d'Izouard, tous munis de bicyclettes polymultipli&#233;es. Deux chambr&#233;s tr&#232;s convenables sont &#224; la disposition des touristes que la nuit surprendrait l&#224;-haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La descente sur Cervi&#232;res ne nous a pas sembl&#233; dangereuse, les tournants y sont secs assur&#233;ment et tr&#232;s fr&#233;quents, mais on les voit venir, ils ne surprennent pas et l'on ne sur plombe pas un ab&#238;me comme de l'autre c&#244;t&#233; de Brunissard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, et de l'avis de tous nos amis qui ont, soit dans un sens, soit dans l'autre, pass&#233; le col de l'Izouard, il n'y a pas lieu de s'en effrayer d'avance, et la note du guide du Dauphin&#233; qui engage &#224; faire &#224; pied la travers&#233;e de Brunissard &#224; Cervi&#232;res nous semble d'une prudence exag&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cervi&#232;res, un bon gendarme a l'obligeance de nous signaler un tournant dangereux &#224; 1.500 m&#232;tres de l&#224; et nous filons rondement vers Brian&#231;on, en regrettant de n'avoir pas de yeux autour de la t&#234;te pour ne rien perdre des beaux sites qui nous entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Cervi&#232;res et Brian&#231;on mes compagnons s'attardent tant et si bien &#224; photographier &#224; droite et &#224; gauche tout ce qui se pr&#233;sente que nous n'arrivons au grand H&#244;tel qu'&#224; midi, apr&#232;s avoir grimp&#233; &#224; bicyclette le raidillon qui conduit directement de la gare &#224; la ville et qui a bien du 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Brian&#231;on, l'excursion proprement dite est termin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous rentrons dans les voies connues que l'on revoit pourtant toujours avec plaisir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous quittons l'h&#244;tel &#224; 14 h. en m&#234;me temps qu'une automobile que nous plaquerons tr&#232;s vite &#224; la mont&#233;e et, malgr&#233; un vent du Nord tr&#232;s violent qui nous sera contraire toute la soir&#233;e, nous sommes au Lautaret (28 kil.) &#224; 16 h 10 et &#224; Grenoble (115 kil.) &#224; 21 h.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une belle &#233;tape d'apr&#232;s-midi, surtout pour M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Marthe H.., qui a soutenu sans aucune fatigue l'allure un peu vive que nous avions d&#251; prendre pour ne pas manquer le train de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>5 jours en Montagne (1909)</title>
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		<dc:date>2022-05-01T08:58:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Col du Lautaret</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>
		<dc:subject>n&#176;5</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Conter par le menu une excursion, deux ans apr&#232;s l'avoir faite et quand on n'en a rapport&#233; que des notes succinctes, serait bien hasardeux. Les impressions re&#231;ues en cours de route, du nuage qui passe, des rencontres fortuites se sont &#233;vanouies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les grandes lignes du voyage sont demeur&#233;es et se d&#233;tachent de mes souvenirs aussi nettes que le lendemain de notre retour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Col du Lautaret&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot156" rel="tag"&gt;n&#176;5&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le cycliste 1911, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_11 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conter par le menu une excursion, deux ans apr&#232;s l'avoir faite et quand on n'en a rapport&#233; que des notes succinctes, serait bien hasardeux. Les impressions re&#231;ues en cours de route, du nuage qui passe, des rencontres fortuites se sont &#233;vanouies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les grandes lignes du voyage sont demeur&#233;es et se d&#233;tachent de mes souvenirs aussi nettes que le lendemain de notre retour, car nous f&#238;mes &#224; deux ce voyage int&#233;ressant et, si les lecteurs du Cycliste n'en ont pas lu encore la relation compl&#232;te, la faute en est &#224; mon compagnon Thorsonnax qui m'avait promis de la faire en l'assaisonnant de l'humour qui, toujours, releva ses r&#233;cits. Mais les devoirs de l'internat sont imp&#233;rieux et ce serait presque un crime que d'arracher Thorsonnax au chevet de ses malades pour lui rappeler ses promesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lecteurs du Cycliste y perdront le c&#244;t&#233; agr&#233;able, mais je m'efforcerai de retenir le c&#244;t&#233; pratique de ce voyage que le hasard nous contraignit de faire en tournant le dos &#224; notre but.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; minuit, le 2&#160;ao&#251;t 1909, nous d&#233;barquions &#224; Gen&#232;ve avec, pour objectif, les lacs italiens, quelques cols suisses et le Stelvio&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un programme charg&#233;, mais cinq jours pleins pour l' ex&#233;cuter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thorsonnax avait sa b&#238;-cha&#238;ne des grandes randonn&#233;es, Lyon-Nice, Lyon-col-des Aravis et retour, etc., deux vitesses en marche seulement mais trois ou quatre autres vitesses par d&#233;placement des cha&#238;nes. J'avais mon n&#176;6 (quatre vitesses en marche par Villiers et deux cha&#238;nes) dont, pour la circonstance, j'avais abaiss&#233; de 1O&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% toutes les vitesses en rempla&#231;ant les roues libres de dix-huit dents par des vingt dents. J'avais ainsi : 2m,6O, 3m,45, 4m,7O et 6m,30.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre objectif imm&#233;diat &#233;tait le Simplon Express qui passe &#224; Saint-Maurice entre sept' heures et sept heures et demie et nous aurait amen&#233; &#224; Brigue autour de neuf heures. Ce train, il est vrai, ne prend des voyageurs que s'il y a de la place&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'&#233;tait une chance &#224; courir et, s'il l'avait fallu, nous en aurions &#233;t&#233; quittes pour faire &#224; bicyclette un peu de cette vall&#233;e du Valais, tr&#232;s assommante, jusqu'&#224; ce qu'un autre train nous rattrap&#226;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Brigue, on ascensionnait le Simplon et l'on allait dormir &#224; Pallanza en vue des po&#233;tiques &#238;les Borrom&#233;es. Rien de plus simple et de moins hasardeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pourquoi ce soir-la nous descend&#238;mes entre chien et loup, dans un petit h&#244;tel de Cerdon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partons donc de la gare de Gen&#232;ve apr&#232;s un petit d&#233;jeuner, &#224; une heure, et la lune nous &#233;claire, nos lanternes aussi car, en Suisse, on attrape assez facilement des contraventions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la lune est fr&#233;quemment voil&#233;e par des nuages noirs qui ne pr&#233;sagent rien de bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol n'est pas tr&#232;s bon, il est ici boueux, l&#224;, on empierre et, plus loin, nous recevons quelques gouttes, premier avertissement. Le tonnerre gronde bient&#244;t et les &#233;clairs fusent au loin devant nous, deuxi&#232;me avertissement. La lune a maintenant compl&#232;tement disparu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y voit comme dans un four&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un passage &#224; niveau se pr&#233;sente et, tout &#224; la fois, troisi&#232;me et dernier avertissement, je tressaute sur je ne sais quoi, mon pneu est &#224; plat en un clin d'&#339;il, ma lanterne s'&#233;teint, mon grelot va se balader sur la voie et, apr&#232;s un &#233;clair &#233;blouissant et un coup de tonnerre assourdissant, une pluie torrentielle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela en moins d'une minute.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison du garde-barri&#232;re &#233;tait l&#224;, par bonheur, ferm&#233;e naturellement car les trains ne circulent pas pendant la nuit, mais nous p&#251;mes, en nous serrant et en endossant les manteaux, nous mettre &#224; l'abri sous un &#233;troit auvent. Nous rest&#226;mes l&#224;, une- heure jusqu'&#224; ce que, une cloche ayant annonc&#233; l'approche d'un train, le garde vint ouvrir et nous invita &#224; entrer. Le jour &#233;tait venu, blafard, sous un ciel inqui&#233;tant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'orage, tr&#232;s violent avait fini en pluie fine, intermittente, qui mena&#231;ait de durer. On r&#233;para d'abord le pneu gri&#232;vement bless&#233; par un &#233;clat de fer et, sans enthousiasme, on repartit. Je me souviens d'un arr&#234;t assez long &#224; Evian, devant le port, sous un refuge o&#249; Thorsonnax aurait volontiers fait un somme si, la pluie ayant fait tr&#234;ve un moment, je n'avais sonn&#233; le boute-selle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Simplon-Express il n'&#233;tait plus question dans les propos plus ou moins d&#233;cousus et larmoyants que nous &#233;changions. &#192; Meillerie, le besoin d'un second petit d&#233;jeuner se fit sentir et nous l'obtenons, de qualit&#233; m&#233;diocre et peu copieux, dans un h&#244;tel de troisi&#232;me ordre. Il pleuvait toujours par intervalles et les nuages blancs se balan&#231;aient aux flancs des montagnes, mauvais pr&#233;sage. On d&#233;jeuna longuement et je crois m&#234;me qu'on fit un l&#233;ger somme sur la table, apr&#232;s quoi l'h&#244;teli&#232;re nous fit payer le prix fort du d&#233;jeuner suisse, excellent et copieux, soit 1 fr. 25&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous avons infiniment mieux que cela dans nos montagnes pour cinquante centimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut la chiquenaude qui fixa nos ind&#233;cisions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous ne sommes pas encore en Suisse et on nous ran&#231;onne d&#233;j&#224; et par ce temps du chien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Rentrons chez nous dare dare, on ira au Stelvio une fois de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nos guidons se tourn&#232;rent vers Evian, Thonon, Douvaine. Nous d&#251;mes nous abriter deux ou trois fois pour laisser passer des averses, mais le ciel s'embleutait devant nous et nous rentrions &#224; midi &#224; Gen&#232;ve avec du soleil plein les rues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se rapprocher de Lyon le plus possible dans la soir&#233;e afin de r&#233;int&#233;grer Saint-&#201;tienne le lendemain d'aussi bonne heure que possible, tel est notre nouveau programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d'abord, dans une brasserie connue, sur le quai, d&#233;jeunons solidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le gar&#231;on qui nous sert a examin&#233; nos machines et il me demande tout &#224; coup pourquoi je n'ai pas ma bicyclette &#224; roues de 50 centim&#232;tres, mon n&#176;&#160;5. Stup&#233;faction&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il m'a vu circuler &#224; Saint-Etienne sur cette machine liliputienne qui, entre parenth&#232;se, est une de mes meilleures et &#224; laquelle je reviendrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Gen&#232;ve, nous nous engageons &#224; gauche sur un chemin qui n'est pas des meilleurs et, sous pr&#233;texte de raccourcir, nous nous &#233;garons &#224; diverses reprises, Il est juste de dire que, n'ayant emport&#233; que les cartes suisses, nous &#233;tions condamn&#233;s &#224; voyager sans cartes, la chose qui m'est la plus d&#233;plaisante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec les seuls poteaux indicateurs et les renseignements que l'on arrache aux indig&#232;nes, les raccourcis deviennent en g&#233;n&#233;ral terriblement longs. On nous le fit bien voir, car, apr&#232;s avoir travers&#233; deux fois le Rh&#244;ne en des sites &#224; la v&#233;rit&#233; fort pittoresques (et somme toute, nous aurions tort de nous plaindre), par une grimpette tr&#232;s dure, il fallut nous d&#233;gager du trou o&#249; nous &#233;tions tomb&#233;s et au lieu d'arriver &#224; Collonges comme je l'esp&#233;rais, nous about&#238;mes sur la route nationale au-dessus d'un petit village qui s'appelle Farges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avions plus qu'&#224; filer rondement jusqu'&#224; Bellegarde o&#249; nous vint le d&#233;sir de voir et la perte du Rh&#244;ne et celle de la Valserine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis,un imp&#233;rieux besoin de dormir s'empara de Thorsonnax que j'abandonnai derri&#232;re une haie. &#192; l'ombre, pendant que j'allais &#224; Chatillon de Michaille, rendre visite a l'excellent ami qu'est le docteur Julliard, je tombe ensuite dans les bras d'un ing&#233;nieur st&#233;phanois en vill&#233;giature par l&#224; et nous nous rafra&#238;chissions quand Thorsonnax, frais et dispos, arrive&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a dormi presque une heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous br&#251;lons Nantua, le temps est de plus en plus beau, le soir approche et un h&#244;tel isol&#233; dans une gorge avant la Balme, nous tente un instant. Souvent, dans ces h&#244;tels de carrefour on est tr&#232;s bien re&#231;u, la cuisine est bonne et le tarif mod&#233;r&#233;. Nous nous consultons et nous d&#233;cidons de descendre &#224; Cerdon, oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! sans nous presser, car la vue qu'on a au cours de la descente sur la combe &#233;troite et d&#233;j&#224; pleine d'ombre o&#249; se blottit ce petit village, alors qu'au-dessus de nos t&#234;tes, le ciel s'empourprant au coucher du soleil, nous pr&#233;dit du beau temps pour le lendemain, celle vue nous retient &#224; plusieurs reprises.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain, 4&#160;ao&#251;t, d'assez bonne heure nous quittons Cerdon. Un temps id&#233;al, qui semblait orient&#233; pour longtemps vers le beau fixe, avec cela un l&#233;ger vent du nord dont nous nous trouvions tr&#232;s bien puisque nous allions vers le midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin des routes parfaites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'&#233;tions pas &#224; 10 kilom&#232;tres que l'id&#233;e de rentrer piteusement ne nous souriait plus. Rebrousser chemin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous n'y pouvions songer et d'abord, quel temps faisait-il en Suisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos h&#233;sitations furent de courte dur&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'avons pu faire les grands cols suisses, nous ferons les grands cols fran&#231;ais. Et, &#224; Amb&#233;rieu, au lieu de tourner &#224; droite vers Meximieux, nous filons droit vers Lagneu puis Serri&#232;res-de-Briord. &#192; d&#233;faut de carte, nous nous guidons sur la m&#233;moire et, quand je compare maintenant la route que nous suiv&#238;mes avec celle que nous aurions pu suivre, je constate que nous all&#226;mes assez directement &#224; notre but : Grenoble o&#249; nous entrions &#224; midi par Saint-Genix d'Aoste, Pont-de-Beauvoisin, Les &#201;chelles, le col de la Placette et Voreppe. &#192; deux ou trois reprises nous avions bien fait des crochets &#224; droite ou &#224; gauche, mais on nous avait remis dans notre chemin. Ma m&#233;moire me disait que nous devions passer &#224; Saint-Genix et nous nous obstinions &#224; demander la route de Saint-Genix. Je vois maintenant sur la carte que la route par les Abrets et Voiron e&#251;t &#233;t&#233; plus directe et plus facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens d'un bon caf&#233; au lait avec d'excellent beurre, dans un village dont j'ai oubli&#233; le nom, d'une jolie cascade aper&#231;ue en passant et que nous all&#226;mes voir de pr&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de quelques l&#233;g&#232;res mont&#233;es, d'agr&#233;ables descentes, de beaucoup de fra&#238;cheur et de verdure jusqu'&#224; Pont-de-Beauvoisin o&#249; nous rentrions sur des routes archi-connues. La chaleur commen&#231;a &#224; nous peser au col de la Placette qui, pourtant, du c&#244;t&#233; de Saint-Laurent, n'est pas m&#233;chant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, &#224; midi nous d&#233;jeunions solidement &#224; Grenoble et, &#224; treize heures, nous &#233;tions d&#233;j&#224; sur la route du Lautaret avec 2.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation en perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce trajet que j'ai d&#233;j&#224; fait si souvent ne m'a pas laiss&#233; de souvenirs pr&#233;cis et je risquerais, si j'en citais quelques un, de les emprunter &#224; des excursions ant&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais seulement que l'approche de la nuit nous emp&#234;cha de nous attarder et que nous m&#238;mes pied &#224; terre au Mon&#233;tier de Brian&#231;on, devant l'h&#244;tel Allier, &#224; vingt heures, on y voyait tout juste et j'avais du faire &#224; petite allure les derniers kilom&#232;tres que mon jeune compagnon avait n&#233;goci&#233; comme en plein midi. Je lui avais, &#224; la descente, jou&#233; le bon tour de le laisser s'engager sous un tunnel alors que je prenais la route, ou plut&#244;t le chemin qui passe hors du tunnel et qui n'est pas toujours pratiquable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il l'&#233;tait heureusement ce jour-l&#224; et grande fut la surprise de Thorsonnax qui me savait derri&#232;re quand il me vit devant.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais descendu dix ans auparavant &#224; ce m&#234;me h&#244;tel Allier dont l'accueil &#233;tait alors familial, la cuisine simple et substantielle et les prix mod&#233;r&#233;s. Ce temps n'est plus, cet h&#244;tel s'est transform&#233; comme les autres, il a &#233;lev&#233; ses prix, sa cuisine est quelconque et l'on ne s'y sent plus en famille. Nous y f&#238;mes cependant bien trait&#233;s et les lits &#233;taient bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle temp&#233;rature glaciale quand nous part&#238;mes le 5&#160;ao&#251;t, au lever du soleil. Il fallut s'arr&#234;ter au cours de la descente sur Brian&#231;on pour se plastronner de papier et nous arriv&#226;mes gel&#233;s, avec une ongl&#233;e carabin&#233;e, faute de gants fourr&#233;s. Le thermom&#232;tre a d&#251; descendre &#224; moins de z&#233;ro ce matin-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par bonheur, nous allions pouvoir nous r&#233;chauffer en grimpant au col d'Izoard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous commen&#231;ons par nous tromper en prenant trop &#224; droite la route des forts sans doute, o&#249; nous d&#233;passons une troupe de chasseurs alpins, la pente y est rude, par endroits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un pont jet&#233; sur le torrent nous remet dans le bon chemin et nous continuons &#224; grimper avec &#231;&#224; et l&#224; meilleures contrepentes jusqu'&#224; Cervi&#232;res. Il est l'heure du petit d&#233;jeuner : halte aupr&#232;s de la fontaine : une auberge &#233;picerie est tous pr&#232;s, nous y obtenons ce qu'il nous faut mais la veille vraiment sur les bords du Rh&#244;ne, tout &#233;tait de meilleure qualit&#233;, plus propre et plus soign&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que Thorsonnax r&#233;pare un de ses pneus, je prends les devants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pardieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel grimpillon en sortant de Cervi&#232;res et combien je me f&#233;licite d'avoir abaiss&#233; mes d&#233;veloppements, je n'avais encore fait cette qu'en sens inverse et, &#224; la descente, le 12:14% ne para&#238;t jamais si dur qu'&#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Joignez &#224; cela un sol sablonneux et mouvant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin je m'en tire et je vais au-dessus d'un petit hameau attendre mon compagnon. J'ai v&#233;cu l&#224;, &#224; l'ombre de quelques pins maigrelets, dix minutes, peut-&#234;tre un quart d'heure de recueillement qui m'ont laiss&#233; une impression durable. Le soleil d&#233;j&#224; haut chauffait &#224; la r&#244;tir la future moisson que d'autres bruits que le vague bourdonnement des mouches dans cette &#233;troite vall&#233;e o&#249; le torrent classique fait absolument d&#233;faut. Autant sur le versant sud que sur le versant nord du col d'Izoard ne coule point d'eau, cela ne va pas sans quelques inconv&#233;nients pour te voyageur alt&#233;r&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne dans les champs, personne sur la route, j'&#233;tais envelopp&#233; de calme, de silence et de lumi&#232;re et la vie contemplative me semblait bonne. Mon attente fut assez longue pour que j'aie pu bien comprendre le charme que la solitude en haute montagne exerce sur l'&#226;me humaine et m'en impr&#233;gner. Aussi n'ai-je pas &#233;t&#233; trop surpris de lire ces jours-ci dans les journaux ce fait divers : un jeune alpiniste se fait accompagner par des guides de Saint-Christophe au glacier de l'Etan&#231;on, les cong&#233;die en leur disant qu'il va camper l&#224;, seul, sous la tente, et de revenir le chercher dans huit jours. Quand ils revinrent, ils le trouv&#232;rent mort au pied d'un rocher inaccessible. La montagne, la solitude l'avaient tu&#233;. Le charme avait agi trop puissamment sur cette jeune &#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, d&#232;s que je vis poindre la silhouette de Thorsonnax, le charme se dissipa et j'enfourchai ma monture pour ne pas me laisser rattraper trop vite, mais j'avais affaire &#224; forte partie et, peu &#224; peu, je fus rattrap&#233; puis distanc&#233; par mon compagnon qui se d&#233;pensait sans compter, ce qui lui joua le dernier jour un bien mauvais tour. Avec 3m,25 il enlevait gaillardement le 8 &#224; 11&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% auquel j'&#233;tais bien aise de pouvoir opposer mon petit 2m,60 : je grimpais &#224; 10 &#224; l'heure environ, comme toujours sur de telles rampes quand je suis sous pression et en y allant de la belle su&#233;e hygi&#233;nique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au refuge du col d'Izoard, on ne peut jamais arriver, soit d'un c&#244;t&#233;, soit de l'autre, sans avoir soif, car, en montant, on ne trouve pas la moindre occasion de se rafra&#238;chir, aussi, l'eau frapp&#233;e de la fontaine est-elle tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e et le moscato d'Asti dont le cantonnier a toujours une petite provision dans sa cave ne l'est pas moins. Nous go&#251;t&#226;mes &#224; l'un et &#224; l'autre puis le livre des touristes, en bien mauvais &#233;tat, nous fut apport&#233; et nous nous y inscriv&#238;mes. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; ferait &#339;uvre utile en dotant ces refuges de livres solidement reli&#233;s, en s'int&#233;ressant &#224; leur conservation et en recommandant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! de ne les pr&#233;senter qu'aux v&#233;ritables touristes. Les soldats en man&#339;uvres et les terrassiers en d&#233;placement sont incontestablement susceptibles d'y d&#233;poser des choses int&#233;ressantes, mais ils abusent quelquefois de la permission, et, comme diraient les cousins de Bidendum : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Che n'est pas que cha choit b&#234;te, mais cha tient trop de plache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les touristes forment une grande famille dont les membres se donnent mutuellement de leurs nouvelles en laissant ainsi des traces de leur passage, tant&#244;t au col d'Izoard, tant&#244;t au col de Peyrol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est que je ne conna&#238;trai jamais autrement que par leur signature retrouv&#233;e en plusieurs endroits, d'autres que j'ai eu le plaisir de rencontrer et qu'il me semble revoir quand je revois leur nom ici et l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous d&#233;val&#226;mes sur la casse d&#233;serte toujours aussi farouche et, pour croiser une auto qui montait, je mis prudemment pied &#224; terre , avec les autos, dans ces &#233;troites routes de montagne il ne s'agit pas de faire le zouave. On passa Brunissard &#224; grande allure, la poule y est fort roide dans la ligne droite qui termine la s&#233;rie de lacets taill&#233;s au flanc de la montagne. Huit jours plus tard je retraversais Brunissard, mais cette fois beaucoup plus lentement, car je grimpais au lieu de descendre et, dans ces parages, entre l'allure de la descente et celle de la m&#233;t&#233;o il y a une fi&#232;re diff&#233;rence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un simple coup d'&#339;il jet&#233; en passant au si curieux site de Ch&#226;teau-Queyras et nous continuons &#224; descendre jusqu'&#224; la maison du roi, pas tr&#232;s vite pourtant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'heure ne nous presse pas et la gorge du Guil, en maints endroits tr&#232;s pittoresque, vaut bien la peine qu'on s'y attarde. Nous crois&#226;mes de nombreux groupes de touristes &#224; pied semblant appartenir &#224; une Soci&#233;t&#233; qu'un bon repas devait attendre &#224; Ch&#226;teau-Queyras. Le n&#244;tre nous attendait &#224; Guillestre o&#249; nous arriv&#226;mes par la belle descente de la Viste que la nouvelle route, en construction en 1909, &#233;vite en se glissant au fond de la gorge et en franchissant sous des tunnels les passages o&#249; le rocher surplombe le torrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours beaucoup de mouches &#224; Guillestre, je n'en ai vu nulle part en aussi grand nombre et l'on nous sert dans une salle &#224;' manger tellement obscure &#224; cause de cela qu'il faut un moment avant de pouvoir distinguer sa fourchette et son couteau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne peut jamais voir si dans les sauces, ne nagent pas quelques-unes de ces messag&#232;res du chol&#233;ra et de toutes les maladies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le chef doit avoir beaucoup de peine &#224; les &#233;loigner de ses casseroles. C'est pourquoi je conseille de s'arranger pour d&#233;jeuner ailleurs qu'&#224; Guillestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens que le d&#233;jeuner fut copieux et que nous y f&#238;mes honneur, aussi, quand il fallut reprendre le collier et grimper an col de Vars dont le pourcentage n'est pas tendre, il y eut quelque flottement dans les rangs et le premier assaut fut donn&#233; mollement. Sous pr&#233;texte de jouir du tableau vraiment remarquable qui se d&#233;roulait derri&#232;re nous &#224; mesure que nous nous &#233;levions, nous ne tard&#226;mes pas &#224; mettre pied &#224; terre et &#224; faire une assez longue halte. Il y a une sorte de balcon d'o&#249; l'on domine d'assez haut la vall&#233;e de la Durance et le plateau fortifi&#233; de Mont-Dauphin, cependant qu'en face de soi &#233;tincellent les glaciers du Pelvoux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue est plus belle et plus &#233;tendue que celle que l'on a de la Visio on venant du Queyras.&lt;br class='autobr' /&gt;
On grimpe ensuite sur une ar&#234;te entre deux ruisseaux et l'on se heurte &#224; des raidillons invraisemblables dont nos tout petits d&#233;veloppements de 2m,60 seuls peuvent venir &#224; bout. Ce sont, para&#238;t-il, des restes de l'ancienne route, ou plut&#244;t de l'ancien sentier o&#249; le 18%. A. dominait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques contrepentes nous am&#232;nent &#224; Vars puis &#224; Sainte-Marie et la mont&#233;e reprend moins dure et moins p&#233;nible car on p&#233;n&#232;tre bient&#244;t dans la for&#234;t o&#249; Thorsonnax s'attarde pendant que je me h&#226;te vers le refuge. J'en &#233;tais peu &#233;loign&#233; quand se produisit un incident qui aurait pu se terminer en accident grave. Devant moi cheminait, lentement une jeune paysanne &#224; califourchon sur un mulet somnolent. Le l&#233;ger bruissement de mes pneus sur le sol au moment o&#249; j'arrive &#224; sa hauteur, tire brusquement l'animal de son somme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait un &#233;cart, d&#233;sar&#231;onne sa cavali&#232;re et se dispose &#224; bondir &#224; travers champs en entra&#238;nant la jeune fille &#233;tendue sur le sol, enlac&#233;e dans la longe. Je vois le danger, mets pied &#224; terre h&#226;tivement et, pour la retenir, me pr&#233;cipite sur cette enfant des montagnes, dodue &#224; rendre des points &#224; V&#233;nus callipyge. Je saisis la longe en m&#234;me temps et le mulet s'arr&#234;te fr&#233;missant. Tout est bien qui finit bien, mais je crois que mon intervention fut heureuse et je ne suis pas de l'avis de Varalle qui, en pareille circonstance, s'amuse de la d&#233;convenue des gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thorsonnax me rejoint au refuge o&#249; nous ne faisons halte qu'un instant. Nous sommes bient&#244;t au col d'o&#249; nous plongeons sur Saint-Paul par une route dont le sol pourrait tout de m&#234;me &#234;tre meilleur, mais la vue sur le cirque de montagnes qui nous entoure est assez belle pour que de temps en temps nous mettions pied &#224; terre au b&#233;n&#233;fice de nos freins, de nos jantes et de nos chambres &#224; air.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-Paul &#224; La Condamine, simple promenade &#224; petite allure et le soleil est encore loin de son lit quand nous descendons devant l'h&#244;tel du Commerce (si j'ai bonne m&#233;moire car j'oublie r&#233;guli&#232;rement le nom des h&#244;tels o&#249; je descends). Il nous arrive rarement de nous arr&#234;ter avant la nuit, mais ce jour-l&#224; il &#233;tait mat&#233;riellement impossible d'aller plus loin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Embrun nous n'aurions pu trouver d'h&#244;tel et, Embrun, c'&#233;tait bien un peu loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous e&#251;mes le plaisir de d&#238;ner &#224; c&#244;t&#233; d'un jeune couple qui venait, le jour m&#234;me, &#224; pied, de Crevoux par le Parpaillon et qui semblait assez fatigu&#233;. Aussi, son enthousiasme &#233;tait-il tr&#232;s mod&#233;r&#233; et le mari nous d&#233;clara qu'on ne les reverrait jamais dans ces parages d&#233;sol&#233;s. En mati&#232;re d'excursion, l'enthousiasme est en raison inverse de la fatigue. Ne soyez donc jamais fatigu&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le premier des commandements de l'&#201;cole st&#233;phanoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre heures, le lendemain, 6&#160;ao&#251;t, nous quittons l'h&#244;tel sans tambour ni trompette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est notre quatri&#232;me journ&#233;e de voyage et nous nous sentons plus frais et plus dispos que jamais. Le temps, d'ailleurs, est radieux et je vais retraverser dans les conditions les plus favorables ce col du Parpaillon qu'en juillet 1903 je traversai dans la neige, sous une pluie battante et au milieu d'un orage qui n'&#233;tait sans danger car la foudre, &#224; ces altitudes, ne badine pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s dur le d&#233;but de la grimpette, mauvais sol, tournants secs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis joliment content d'avoir abaiss&#233; mes d&#233;veloppements et d'avoir 2m ,60 pour vaincre sans peine tous ces obstacles, Thorsonnax est parti quelques minutes apr&#232;s moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me rattrape bient&#244;t et prend les devants, &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous n'&#234;tes encore que l&#224;, me dit-il en passant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; Allez, mon ami, allez et attendez-moi au plan du Parpaillon et, surtout, ne vous d&#233;pensez pas trop. On ne perd jamais son temps &#224; engager les jeunes gens &#224; penser au lendemain et aux jours suivants et &#224; m&#233;nager leurs efforts au cours du voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai constat&#233; chez beaucoup de ceux qui m'ont accompagn&#233;, une tendance &#224; se d&#233;penser sans compter tant qu'ils se sentent des forces et ils se vident avant la fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au plan du Parpaillon se dressaient autrefois une douzaine de tentes et les roulements de tambours, les sonneries des clairons emplissaient de bruit cette solitude que troubleront seuls d&#233;sormais le cri des aigles et le b&#234;lement des moutons. En 1903, nous avions entendu du col m&#234;me, alors que l'orage ,et la pluie faisaient rage au-dessous de nous, spectacle peu ordinaire pour d'autres que pour les aviateurs, nous avions entendu tambours et clairons et, en passant quelques instants apr&#232;s, &#224; proximit&#233; du campement, nous avions vu des soldats courir &#224; nous. L'autorit&#233; militaire a supprim&#233;, depuis les deux camps du Parpaillon, celui du c&#244;t&#233; de Crevoux aussi bien que celui du c&#244;t&#233; de la Condam&#238;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emplacement des tentes est encore visible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un seul &#234;tre humain y d&#233;ambulait non sans une certaine majest&#233; de pasteur hom&#233;rique. Ce berger proven&#231;al entour&#233; de ses chiens, surveillait un millier de moutons qui traverssaient le torrent, tr&#232;s b&#233;nin &#224; ce moment, et grimpaient sur l'autre flanc de la montagne. Les moutons du Midi viennent estiver l&#224;, comme dans le D&#233;voluy et dans maints autres endroits des Alpes : on m'a cit&#233; des communes qui se font d'assez beaux revenus en louant leurs montagnes arides &#224; ces transhumants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions partis sans d&#233;jeuner et le besoin de manger se faisant sentir, nous d&#233;jeun&#226;mes sur le bord du Parpaillon, de pain et de chocolat, puis nous attaqu&#226;mes les lacets qui m&#232;nent droit au tunnel et que les avalanches mettent chaque hiver en bien mauvais &#233;tat. Une demi-douzaine de terrassiers travaillaient &#224; la r&#233;paration de la route dont la pente n'est pas excessive et nous pouvions p&#233;daler ais&#233;ment partout, le sol &#233;tait d&#233;blay&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, o&#249; la pelle et le r&#226;teau n'avaient pas encore pass&#233;, il n'y avait rien &#224; faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fallait pousser ou porter les machines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel glorious moming&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dirait ici un narrateur anglais. Jamais je ne verrai le Parpaillon sous un plus beau ciel, sous un ciel plus bleu, plus profond, dans une atmosph&#232;re plus limpide, les lointains se d&#233;tachant avec une nettet&#233; plus parfaite jusqu'au point o&#249; la brume noyait l'horizon sous les vagues grises, mauves ou bleues qui nous cachent partout l'infini.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tunnel qu'on m'a dit &#234;tre aujourd'hui obstru&#233; par des blocs de glace faute d'&#234;tre entretenu, &#233;tait tr&#232;s cyclable. Thorsonnax grimpa, par l'ancienne mont&#233;e, jusqu'au col pendant que je visitais des cabanes en bois qui datent de l'&#233;poque o&#249; l'on construisit le tunnel et o&#249; l'on pourrait encore s'abriter le cas &#233;ch&#233;ant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a m&#234;me assez de vieilles planches pour faire un bon feu et je signale ces ressources aux amateurs de camping.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Crevoux exige beaucoup de prudence et des freins s&#233;rieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est d'abord encombr&#233;e de pierres et ressemble, d'assez pr&#232;s &#224; celle du Puy-Mary du c&#244;t&#233; de Salers, puis elle serpente &#224; travers la prairie et la riche flore du Parpaillon, o&#249; elle dispara&#238;t. Trop de fleurs, vraiment, trop de fleurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; cinquante m&#232;tres, que dis-je, &#224; vingt m&#232;tres, on serait fort embarrass&#233; de dire o&#249; passe la route, on roule dans la prairie, ce serait tout &#224; fait charmant s'il n'y avait &#231;&#224; et l&#224; des virages bien inqui&#233;tants. Apr&#232;s le rocher la prairie, apr&#232;s la prairie la for&#234;t, cela devient d&#233;licieux, la pente s'adoucit, un frais ruisseau coule &#224; nos c&#244;t&#233;s, nous voici &#224; Crevoux. Le d&#233;cor change compl&#232;tement et les hautes montagnes abruptes d'o&#249; tombent des ruisseaux d'argent et que tapisse une herbe drue qui de loin semble une mousse &#233;paisse, &#233;chappent &#224; nos regards qui ne vont plus se reposer que sur des sites insignifiants jusqu'au moment ou la vall&#233;e de la Durance appara&#238;tra au loin et bien au-dessous de nous. La route nouvelle qui depuis dix ans est en discussion ou en construction n'est pas encore ouverte &#224; la circulation, aussi sommes-nous, dans le lit du torrent, qu'est l'ancienne route, maintes fois oblig&#233;s de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Durance enfin travers&#233;e, au lieu de grimper &#224; Embrun, nous tournons &#224; gauche sur un petit chemin tr&#232;s v&#233;lo&#231;able qui suit la rivi&#232;re que nous retraverserons bient&#244;t &#224; peu de distance de Crottes, o&#249; nous aurions bien voulu d&#233;jeuner. Pas le moindre restaurant, mais &#224; quelques kilom&#232;tres plus loin, &#224; Savines, nous trouvons &#224; midi sonnant ce qu'il nous faut. Notre matin&#233;e a &#233;t&#233;, en somme, consacr&#233;e toute enti&#232;re au passage du Parpaillon et cette demi-&#233;tape nous donne au compteur tout juste 52 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apr&#232;s-midi nous nous rattraperons par une belle demi-&#233;tape transport qui, par Gap et Veynes, nous conduira &#224; la gare de Clelles (95 kil.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partons un peu tard, mais le vent nous fut, je crois, favorable et nous e&#251;mes de jolis acc&#232;s de c&#233;l&#233;rit&#233; aigu&#235; : la mont&#233;e par laquelle on arrive &#224; Charges fut enlev&#233;e &#224; vive allure et nous pr&#238;mes l&#224; quelque rafra&#238;chissement. &#192; Gap, j'achetai un melon et des raisins que nous all&#226;mes manger au col de la Freyssinouse. Nous &#233;tions l&#224; sur des routes archi-connues, tr&#232;s roulantes, d&#233;sertes et nous p&#233;dalions avec entrain. Une des rares routes de p&#233;n&#233;tration dans le D&#233;voluy se d&#233;tache &#224; droite, mais nous n'avons pas la moindre envie d'aller dans ce pays de d&#233;solation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en descendant un peu plus tard le col de la Croix-Haute, nous e&#251;mes, gr&#226;ce au soleil couchant, une vue f&#233;erique sur l'immense entassement de montagnes que l'on d&#233;couvre de ce col et longtemps, alors que les moindres sommets sont d&#233;j&#224; dans l'ombre, les deux Obiou baignent leur t&#234;te dans la lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'obscurit&#233; croissante retarde un peu notre marche, la mienne surtout, car mon compagnon a des yeux de lynx et pourrait aller beaucoup plus vite, mais d&#232;s que je n'y vois plus tr&#232;s clair je deviens d'une prudence excessive et mon allure s'en ressent. Bref, c'est &#224; la nuit tomb&#233;e que nous gravissons les quelques marches qui conduisent &#224; l'h&#244;tel o&#249; nous sommes tr&#232;s bien accueillis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous savourions un excellent potage, de ces potages &#233;pais, onctueux, v&#233;ritable velours pour l'estomac, que j'adore trouver le soir au bout de l'&#233;tape, Thorsonnax m'annon&#231;a qu'il me laisserait partir seul le lendemain, car il ne lui restait que tout juste le temps de rentrer&lt;br class='autobr' /&gt;
par la voie la plus directe, c'est-&#224;-dire via Grenoble et Givors. Je m'effor&#231;ai de le faire revenir sur cette d&#233;cision&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; arriver le samedi soir ou le dimanche matin n'&#233;tait-ce pas la m&#234;me chose. D'ailleurs il nous restait &#224; faire une belle &#233;tape, une tourn&#233;e de cols, col de Men&#233;e, col du Rousset, col des Grands Bois. Nous terminerions ainsi dignement notre belle excursion. Au dessert, Thorsonnax me d&#233;clara qu'il me suivrait jusqu'au bout, cette tourn&#233;e de cols, &#231;a lui souriait.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'aube, le samedi 7&#160;ao&#251;t, nous disions bonjour au Mont-Aiguille. J'allais passer le col de Men&#233;e pour la premi&#232;re fois et je m'attardais volontiers quand un changement de direction me mettait en pr&#233;sence d'un nouveau d&#233;cor. Dans la for&#234;t, le sol tr&#232;s rocailleux me retarda encore, puis le chien du cantonnier me donna la chasse au point de m'obliger &#224; mettre pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profitai pour le gratifier de quelques grains de sel, bien que j'aie d'habitude beaucoup d'&#233;gards pour les chiens des cantonniers &#224; cause de l'estime dans laquelle je tiens leurs ma&#238;tres. Peu de fonctionnaires rendent aux cyclotouristes d'aussi pr&#233;cieux services.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je trouvai mon compagnon en train de r&#233;parer son pneu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je t'attendis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais 'en pr&#233;sence d'un des plus beaux sites qu'il soit possible de voir, o&#249;, sauf les glaces &#233;ternelles que seule une vue per&#231;ante pouvait distinguer &#224; l'extr&#234;me horizon, tout &#233;tait ce matin-l&#224; r&#233;uni pour le plaisir des yeux, le soleil, ce grand magicien, &#233;tant de la f&#234;te. J'ai franchi de nouveau en 1911 ce m&#234;me col de Men&#233;e dans la brume et je n'y ai pas retrouv&#233; mes impressions de 1909.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233; du tunnel, le paysage est quelconque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas de for&#234;ts, des flancs de hautes montagnes d&#233;nud&#233;s, le long desquels la route court sinueuse et revenant souvent sur elle-m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas dangereuse si l'on veut, mais il ne faut pas la quitter des yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Excellent petit d&#233;jeuner &#224; Men&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le besoin en &#233;tait urgent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les 32 kilom&#232;tres que nous venions de faire dans la fra&#238;cheur du matin avaient &#233;t&#233; un fameux ap&#233;ritif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous repartons joyeux, mais la r&#233;paration qu'a faite au col Thorsonnax ne tient pas et j'ai moi-m&#234;me crev&#233; sur un morceau de verre, d'o&#249; halte forc&#233;e &#224; quelques kilom&#232;tres du village. Ma r&#233;paration est vite faite, mais je pince ma chambre en remontant et pan... elle &#233;clate sur une longueur de cinq centim&#232;tres. D&#233;veine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Thorsonnax n'a pas encore fini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me d&#233;p&#234;che et je suis pr&#234;t &#224; repartir en m&#234;me temps que lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est &#233;bahi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L.e soleil est chaud et nous n'envisageons pas sans quelque appr&#233;hension la grimpette de mille m&#232;tres de Die au col du Rousset en plein midi, il est m&#234;me un instant question d'effacer ce col du programme et de filer tout droit sur Livron. Je laisse mon compagnon libre de faire ce qu'il voudra et j'ai la satisfaction de le voir&lt;br class='autobr' /&gt;
apr&#232;s Die, ob&#233;issant &#224; sa vaillance naturelle, tourner sans h&#233;siter son guidon vers Chamaloc. Je ne sais pas exactement en combien de temps nous avons grimp&#233; de Chamaloc au col n'ayant pas pris de notes pendant ce voyage mais ce fut assez vite fait, Thorsonnax toujours devant, selon son habitude, et les 14 kilom&#232;tres ne nous retiennent certainement pas plus d'une heure et quart. Sous les rayons ardents qui nous r&#244;tissaient, c'&#233;tait m&#233;ritoire, et la bouteille de clairette &#233;tait bien gagn&#233;e. Cependant, pouss&#233;s par le d&#233;sir de ne d&#233;jeuner qu'aux Baraques, nous allions continuer sans arr&#234;t &#224; la maison cantonni&#232;re et nous &#233;tions d&#233;j&#224; engag&#233;s sous le tunnel, quand un heureux hasard nous fit rebrousser chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la vo&#251;te d&#233;j&#224; sombre nous croisons un cyclotouriste qui nous demande si nous ne venons pas de Saint-&#201;tienne et si, par aventure, nous n'appartenons pas au Cycliste. Les pr&#233;sentations sont vite faites et l'instant apr&#232;s, M.&#160;F... un de nos abonn&#233;s parisiens, nous offrait, sur la terrasse du refuge d'o&#249; la vue est si belle, cette clairette de Die qu'on ne boit maintenant bonne que l&#224;-haut. .M.&#160;F... venait dans le Vercors pour la premi&#232;re fois, attir&#233; de ce c&#244;t&#233; par les merveilleuses descriptions qu'il en avait lues dans Le Cycliste. Et certes il se d&#233;clarait enchant&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; polymultipli&#233;, il avait pu faire ais&#233;ment toute la route &#224; bicyclette, tandis que son fils et un de ses amis, monomultipli&#233;s, allaient &#224; pied le plus souvent, en poussant leurs l&#233;g&#232;res montures. De fait, nous les rencontr&#226;mes tr&#232;s loin du col, &#224; pied et fatigu&#233;s, ils nous demand&#232;rent si la mont&#233;e n'&#233;tait pas bient&#244;t termin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces rencontres entre cyclotouristes sont tr&#232;s agr&#233;ables, on s'y sent &#224; l'aise, sans fa&#231;on ni c&#233;r&#233;monie, on est en famille et j'ai eu maintes fois l'occasion de constater que Le Cycliste avait &#233;t&#233; le point de d&#233;part de vives et solides amiti&#233;s entre cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
De midi &#224; 14 heures nous f&#238;mes halte aux Baraques, d'abord pour calmer un app&#233;tit f&#233;roce, ensuite, pour laisser passer la grosse chaleur, enfin pour r&#233;parer &#224; fond le pneumatique de Thorsonnax qui s'obstinait &#224; se d&#233;gonfler lentement et avait besoin de temps &#224; autre d'un coup de pompe.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pont-en-Royans &#224; Saint-Nazaire la route &#233;tait ce jour-l&#224; particuli&#232;rement abominable &#224; cause de la poussi&#232;re, des trous, des bosses, des pierres, des orni&#232;res et d'une certaine voiture de d&#233;m&#233;nagement qui m'emp&#234;cha longtemps de passer. Trop secou&#233;s, mes sacs-gamelles se d&#233;tach&#232;rent et j'arrivai &#224; Saint-Nazaire furieux de tous ces contretemps. Mon compagnon m'y attendait depuis un moment. Les mauvaises routes, les passages encombr&#233;s, la nuit, la travers&#233;e des villages, les descentes dangereuses, toutes choses qui mod&#232;rent mon allure et me mettent en &#233;tat d'inf&#233;riorit&#233;. Et pourtant ce n'est plus le moment de fl&#226;ner, l'heure va nous presser et, une fois hors du Vercors, nous n'avons plus qu'une &#233;tape-transport de cent et quelques kilom&#232;tres &#224; n&#233;gocier rapidement. Nous nous mettons &#224; travailler s&#233;rieusement avec 5m,80, son d&#233;veloppement moi avec mon grand jeu 6m, 30 et 4m70, ce dernier en prise directe me permet de gravir sans peine et &#224; vive allure de l&#233;g&#232;res mont&#233;es alors qu'avec 6m30, je file grand train &#224; la descente&lt;br class='autobr' /&gt;
en palier. La moyenne s'&#233;l&#232;ve ainsi &#224; 25 ou 26 &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t je m'aper&#231;ois que mon compagnon s'est laiss&#233; distancer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je l'attends et l'invite &#224; s'abriter derri&#232;re moi, mais il est d&#233;cid&#233;ment fatigu&#233;, et c'est moi qui maintenant pourrais lui demander pourquoi il n'est encore que l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est si peu dans son habitude qu'&#233;tudiant in petto ce cas bizarre et inattendu, j'en arrive &#224; conclure que si Thorsonnax ne peut plus en me suivant fournir une allure qu'il soutenait et au del&#224; en menant le train, les jours pr&#233;c&#233;dents c'est qu'il s'&#233;tait trop d&#233;pens&#233; pendant les quatre premi&#232;res &#233;tapes en se servant trop souvent de d&#233;veloppements inad&#233;quats ou en poussant trop &#233;nergiquement sans s'apercevoir qu'il vidait son accumulateur plus vite qu'il ne pouvait le recharger par le sommeil et l'alimentation. Dans ces conditions, la d&#233;faillance survient au moment o&#249; l'on s'y attend le moins et si l'on persiste, c'est la fatigue anormale qui surgit. Il ne pouvait plus &#234;tre question de franchir le soir m&#234;me le col des Grands Bois, et apr&#232;s avoir mang&#233; quelques fruits &#224; Tain, nous continu&#226;mes tout doucement jusqu'&#224; Andance, l'unique h&#244;tel ayant clos ses portes &#224; la suite du d&#233;c&#232;s de la propri&#233;taire, nous faill&#238;mes ne trouver de lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un caf&#233; o&#249; nous venions de prendre un l&#233;ger repas, on put heureusement nous donner deux chambres et le lendemain toute trace de fatigue ayant disparu, nous r&#233;int&#233;gr&#226;mes l'un et l'autre, d&#232;s le matin, nos domiciles respectueux&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Grave (1901)</title>
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		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; la Grave, en ce temps, on ne cuisait le pain qu'une fois l'an. Le combustible &#233;tant tr&#232;s rare, on utilisait pour chaque fourn&#233;e toute la surface du four. Le sol &#233;tait recouvert d'une couche uniforme de p&#226;te. Une &#233;troite bande vide, allant de la porte au bas de la vo&#251;te, la s&#233;parait en deux parties &#233;gales.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par d'Espinassous, paru dans Le Cycliste, Mars 1901, et dans la Revue mensuelle du Touring-Club de France, D&#233;cembre 1904 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parti d'Uriage de grand matin, j'arrivai vers 10 heures &#224; La Grave. La saison &#233;tait d&#233;j&#224; fort avanc&#233;e, aussi, malgr&#233; le beau temps, je trouvai peu de monde. Devant l'h&#244;tel, des dames et des jeunes filles, assises sur des si&#232;ges d'osier, brodaient ou lisaient.&lt;br class='autobr' /&gt; Un seul touriste, appuy&#233; sur le parapet de la route, immobile, regardait fixement la Meige. Rien ne le troublait dans cette contemplation, rien ne le distrayait. Il &#233;tait comme perdu dans l'enivrement de ce spectacle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, pensai-je, un touriste de race, un v&#233;ritable amant de la montagne. Quelqu'un qui admire ainsi la Meige doit avoir le c&#339;ur haut plac&#233;, et les pens&#233;es aussi nobles que le c&#339;ur. Je ne croyais pas dire si juste.&lt;br class='autobr' /&gt; La cloche du d&#233;jeuner sonna, et le touriste, dont je n'avais pu voir le visage, se retourna.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je reconnus M.&#160;X., un des premiers fonctionnaires du d&#233;partement de l'A., et quand j'aurai ajout&#233; que son amabilit&#233; et sa courtoisie raffin&#233;e &#233;voquent une &#233;poque maintenant disparue, son incognito sera devenu plus que transparent.&lt;br class='autobr' /&gt; Heureux de nous retrouver, nous nous serr&#226;mes les mains.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je rends gr&#226;ce, lui dis-je, &#224; la bonne fortune qui vous a mis sur mon chemin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Avouez, me r&#233;pondit-il, que nous rencontrer ici est presque un miracle.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais non, un demi-miracle tout au plus, car en ma qualit&#233; de touriste imp&#233;nitent, ma pr&#233;sence &#224; la Grave est toute naturelle, tandis que vous &#234;tes bien la derni&#232;re personne que je me serais attendu &#224; y voir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je con&#231;ois que ma venue vous &#233;tonne : je vais vous l'expliquer en deux mots. J'ai commenc&#233;, il y a quarante ans, ma carri&#232;re dans ce village. J'ai voulu revoir cette merveilleuse Meige, que j'ai admir&#233;e avec mes yeux de vingt ans, et que j'admire encore aujourd'hui. J'ai eu la passion de la Meige. Elle exer&#231;a sur moi un charme irr&#233;sistible, elle seule m'a permis de supporter ce s&#233;jour. C'est un vrai p&#232;lerinage que j'accomplis et qui, en quelques heures, me rappellera toute une p&#233;riode de ma jeunesse.&lt;br class='autobr' /&gt; Tel est le motif qui m'a amen&#233; &#224; La Grave.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous d&#233;jeun&#226;mes ensemble. Le caf&#233; pris, pendant que nous fumions sous le kiosque, je contai &#224; M.&#160;X. mon excursion &#224; Fond-Turbat.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cette vall&#233;e, lui dis-je, s'est presque civilis&#233;e, je n'ai trouv&#233; aucune trace des anciennes coutumes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles disparaissent de nos Alpes avec une rapidit&#233; surprenante.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regrette de le constater, mais au point de vue des m&#339;urs, civilisation n'est pas synonyme de progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et croyez-vous que je ne sois pas surpris de trouver la lumi&#232;re &#233;lectrique &#224; la Grave, ici m&#234;me o&#249; il y a quarante ans &#224; peine, on ne cuisait le pain qu'une fois l'an, ici o&#249; j'ai vu la f&#234;te de la Cuite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai aussi assist&#233; &#224; plusieurs mariages, dont le bizarre c&#233;r&#233;monial s&#251;rement n'existe plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Serait-ce abuser de vous que de vous demander de me raconter ces diff&#233;rentes f&#234;tes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous ne sauriez croire &#224; quel point ces d&#233;tails m'int&#233;ressent.&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;X. sourit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais, tr&#232;s volontiers, je vous dirai ce que j'ai vu. Je commencerai, si vous le voulez bien, par la f&#234;te de la cuite.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la Grave, en ce temps, on ne cuisait le pain qu'une fois l'an. Le combustible &#233;tant tr&#232;s rare, on utilisait pour chaque fourn&#233;e toute la surface du four. Le sol &#233;tait recouvert d'une couche uniforme de p&#226;te. Une &#233;troite bande vide, allant de la porte au bas de la vo&#251;te, la s&#233;parait en deux parties &#233;gales.&lt;br class='autobr' /&gt; Envelopp&#233;e d'un drap mouill&#233;, une femme alors p&#233;n&#233;trait en rampant dans le four, et, dans cette chaleur torride, se h&#226;tant le plus possible, divisait avec une petite pelle &#224; bords tranchants cette p&#226;te en pains. Ensuite, on se les partageait proportionnellement au poids apport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai vu cette femme sortir br&#251;lante et passer d'une temp&#233;rature de + 55 &#224; -10 ou -15. Parfois elle se roulait dans la neige.&lt;br class='autobr' /&gt; En retour de ce travail, en d&#233;finitive fort dangereux, cette femme jouissait de certains avantages. Gardienne des troupeaux de la commune, elle recevait 150 francs par an, ce qui &#233;tait &#224; cette &#233;poque une somme consid&#233;rable. Le matin, &#224; la sonnerie de la cloche, les &#233;tables s'ouvraient, et d'elles-m&#234;mes les vaches venaient sur la place du village. L&#224; les attendait leur conductrice, qui les menait aux p&#226;turages communaux.&lt;br class='autobr' /&gt; Je vous ai dit que le bois &#233;tait rare. Quand j'arrivai &#224; la Grave, je fus surpris de voir l'ext&#233;rieur de la plupart des maisons sali avec de la bouse de vache qu'on avait jet&#233;e sur leurs murs. C'&#233;tait le combustible qui s&#233;chait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et c'est ce pain qui se conservait un an&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; On pouvait le garder bien plus, et un morceau de ce pain m'a servi pendant huit ans de presse-papier sur mon bureau. Souvent j'en ai apport&#233; des &#233;chantillons &#224; mes chefs, qui presque toujours, le prenant pour un minerai, m'en demandaient le nom.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce pain &#233;tait pr&#233;par&#233; d'une mani&#232;re particuli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; D'abord, il &#233;tait p&#233;tri &#224; l'eau chaude avec tr&#232;s peu de levain.&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite il &#233;tait s&#233;ch&#233; au soleil. Une fois sec, on le portait sur une table, au milieu de laquelle un immense couteau &#233;tait fix&#233; par l'extr&#233;mit&#233; de la lame, de fa&#231;on &#224; faire levier.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pain coup&#233; en tranches minces, ces tranches, &#224; leur tour, &#233;taient expos&#233;es au soleil. Ceci fait, ce pain avait une dur&#233;e ind&#233;finie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais quelles dents ne fallait-il pas pour y mordre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Comment faisait-on&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'&#233;tait fort simple. Ces tranches, pr&#233;sent&#233;es &#224; la vapeur de l'eau bouillante, se ramollissaient tr&#232;s vite. J'oubliais de vous dire que le soir de la cuite, il y avait repas de f&#234;te dans chaque maison. Pensez donc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! manger du pain frais, quel r&#233;gal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais que d'indigestions aussi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Car, il faut bien l'avouer, si complet qu'il f&#251;t, il &#233;tait un peu lourd.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je le crois sans peine, r&#233;pondis-je, et le contraire serait plus qu'&#233;tonnant. Que je vous sais gr&#233; de me conter tout cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! R&#233;ellement, ces vieilles coutumes sont tr&#232;s int&#233;ressantes. M'en voudrez-vous beaucoup si, malgr&#233; moi, je vous laisse entrevoir avec quelle impatience j'attends votre r&#233;cit d'une noce &#224; la Grave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vais combler vos v&#339;ux, mais avant, permettez-moi de faire une cigarette.&lt;br class='autobr' /&gt; Et, l'ayant allum&#233;e, M.&#160;X. reprit :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Comme partout, de la mairie on se rendait &#224; l'&#233;glise. Le mariage b&#233;ni, le mari&#233; et sa m&#232;re s'enfuyaient pr&#233;cipitamment, pendant que la jeune femme, suivie de tout le cort&#232;ge, se dirigeait vers sa nouvelle demeure. Elle y trouvait sur le pas de la porte sa belle-m&#232;re et son mari.&lt;br class='autobr' /&gt; La belle-m&#232;re avait dans une main une miche, dans l'autre un balai. Elle commen&#231;ait par rompre le pain en quatre morceaux et les jetait &#224; la foule. Cela signifiait : il faut que vous soyez bonne et charitable, et que vous sachiez donner aux pauvres le pain que vous p&#233;trirez.&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite, elle prenait le balai et le tendait &#224; sa bru&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et cela avait encore un sens. Ce don indiquait qu'elle devait &#234;tre laborieuse, soigneuse, alerte, et tenir la maison en parfait &#233;tat. Ces m&#339;urs ne sont-elles pas curieuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s curieuses, assur&#233;ment, et ces d&#233;tails dont vous venez de me faire part, je les ai vainement cherch&#233;s &#224; Grenoble. J'ai feuillet&#233;, chez Gravier, nombre de volumes, je n'ai rien trouv&#233;. Mais quelle vie de c&#233;nobite vous avez d&#251; mener ici&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tout ce qu'il y a de plus c&#233;nobite, et &#224; un degr&#233; inimaginable. &#192; cette &#233;poque, les touristes &#233;taient rares.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils allaient surtout en Suisse et ignoraient la route du Lautaret. Pour un fonctionnaire, le s&#233;jour de la Grave constituait un v&#233;ritable exil. L'hiver y &#233;tait des plus rigoureux, et, &#224; part le cur&#233; et les deux ou trois employ&#233;s du gouvernement, personne &#224; voir. C'&#233;tait une vraie vie de clo&#238;tr&#233;. Et pourtant, cette vie que je croyais ne pouvoir supporter, je m'y fis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien plus, je l'aimai.&lt;br class='autobr' /&gt; Je n'&#233;tais que depuis deux mois &#224; la Grave quand le pr&#233;fet des Hautes-Alpes vint, pour la premi&#232;re fois, assister au conseil de r&#233;vision. Ce fut un &#233;v&#233;nement dans le pays.&lt;br class='autobr' /&gt; Jamais on n'avait vu de pr&#233;fet, aussi toute la population l'attendait-elle &#224; l'entr&#233;e du village. Comme fonctionnaire, j'&#233;tais au premier rang. J'avais, l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, dans&#233; plusieurs fois &#224; la pr&#233;fecture, le pr&#233;fet me connaissait donc.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que diable faites-vous ici&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit-il en m'apercevant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mon travail, monsieur le pr&#233;fet, et si j'y suis, c'est que l'Administration m'y a envoy&#233;, r&#233;pondis-je fort correctement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Bien, bien, mais il faut en sortir, n'est-ce pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Nous arrangerons cela, conclut-il d'un air protecteur.&lt;br class='autobr' /&gt; Eh bien, je le remerciai, et, timidement, le priai de me laisser encore quelque temps &#224; la Grave.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je devine, me r&#233;pondit-il malicieusement. Allons, on vous y laissera.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;fet se trompait. J'&#233;tais s&#233;duit, il est vrai, mais c'&#233;tait par la Meige. D&#233;j&#224; pris par la beaut&#233;, par le charme de la montagne, je lui appartenais. C'&#233;tait une fascination, presque un envo&#251;tement. Que de fois l'ai-je contempl&#233;e comme aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je l'ai admir&#233;e blanche, rose, violette, dor&#233;e, c'est un v&#233;ritable Prot&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous comprends. Le Viso m'a fait la m&#234;me impression. Quelle admirable montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous connaissez le Queyras&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quels magnifiques sites&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voil&#224; encore un pays que je voudrais revoir. &#202;tes-vous mont&#233; &#224; Saint-V&#233;ran&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, mais je compte y aller au printemps prochain.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est l&#224; peut-&#234;tre que vous trouverez ce que vous cherchez, et en interrogeant quelques vieillards, en leur offrant une bouteille de vin au cabaret, vous d&#233;lierez s&#251;rement leur langue. Quelles singuli&#232;res m&#339;urs avait le Queyras&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je regrette de ne pas avoir mon carnet pour noter ce que vous allez me raconter. Heureusement ma m&#233;moire est assez bonne.&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;X sourit :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je m'ex&#233;cute, me r&#233;pondit-il on ne peut plus aimablement.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a soixante ans, vivait &#224; Saint-V&#233;ran un maire qui s'appelait, je crois, Martin. Je ne suis pas tr&#232;s s&#251;r du nom&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du reste, le nom importe peu. Ce maire exer&#231;ait dans sa commune un pouvoir absolu et &#233;tait ob&#233;i et respect&#233; par ses administr&#233;s comme un roi. Tr&#232;s jaloux de son autorit&#233; et de l'autonomie de sa commune, il ne permettait m&#234;me pas aux gendarmes d'y p&#233;n&#233;trer. Averti de leur approche, il se rendait sur les limites du territoire communal et signait l&#224; les papiers qu'on lui pr&#233;sentait. Un huissier se montrait-il, par son ordre, personne ne lui parlait, ne lui donnait le moindre renseignement. Une propri&#233;t&#233; venait-elle &#224; &#234;tre expropri&#233;e, d&#233;fense &#233;tait faite aux habitants de surench&#233;rir, et elle restait, pour une faible somme aux enfants de l'expropri&#233;. Si une femme devenait veuve, si un homme tombait malade, chaque habitant, selon sa fortune, &#233;tait tenu de faire une ou plusieurs journ&#233;es dans leurs champs. Enfin, &#8212; cela arrive aussi dans les Alpes &#8212; une jeune fille &#233;tait-elle mise &#224; mal, le maire mandait son s&#233;ducteur : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je te donne, lui disait-il, un mois pour r&#233;parer ta faute, et si dans ce laps de temps tu ne l'as pas fait, je prendrai contre toi telle mesure qui me conviendra. Le mois pass&#233;, si le jeune homme n'avait pas r&#233;par&#233;, il &#233;tait exil&#233;, je dis bien exil&#233;, pour un, deux, trois ans, et il n'y avait pas d'exemple que cette peine n'e&#251;t &#233;t&#233; subie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre maire, dis-je, me pla&#238;t extr&#234;mement. Il r&#233;alise l'id&#233;al du bon tyran r&#234;v&#233; par Renan, et pour ma part je m'en contenterais. Le nombre n'est pas l'intelligence et il n'est rien d'aussi exasp&#233;rant que d'&#234;tre...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous en prie, ne parlons pas politique. De nos jours, du reste, les Martin seraient plus que rares. Revenons, si vous le voulez bien, &#224; notre Queyras. De ces m&#339;urs, aujourd'hui disparues, vous pourrez peut-&#234;tre en voir le reflet dans les conversations, dans les souvenirs des vieux habitants de ces hameaux perdus. En tous cas, vous recueillerez de curieuses l&#233;gendes.&lt;br class='autobr' /&gt; Brusquement, M.&#160;X. s'interrompit et, me saisissant le bras : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Voyez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! voyez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil s'&#233;tait couch&#233;. Une lumi&#232;re violette d'une transparence merveilleuse enveloppait les montagnes, et, au-dessus des immenses champs de neige, sur le ciel incendi&#233;, comme un bloc d'or en fusion, resplendissait la Meige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P. S.&lt;/span&gt;&#8212; Un soir de cet hiver, je dessinais, au coin du feu, le profil de la route Ch&#226;teau-Queyras. Arvieux, Brian&#231;on par le col d'Izoard &#8212; ce graphique manque dans les routes des Alpes du Dauphin&#233; de Ferrand &#8212; de nombreux guides, des cartes d&#233;pli&#233;es, encombraient mon bureau. Je consultais le Dauphin&#233;, de Joanne, quand, dans la description du trajet Brian&#231;on-Abri&#232;s, la phrase suivante me frappa : La vall&#233;e d'Arvieux, longue de 9 kilom&#232;tres, est parcourue par le torrent de la Rivi&#232;re, affluent du Guil. C'est une &#233;troite vall&#233;e, riche de ses alpages &#233;tendus, o&#249; la vie pastorale est rest&#233;e intacte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les anciennes coutumes du moyen &#226;ge y sont encore en vigueur et beaucoup de probl&#232;mes sociaux y sont r&#233;solus par la vie syndicale et l'influence des maires, qui ont gard&#233; une partie de l'autorit&#233; des anciens syndics.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#232;re, en juin, passer le col d'Izoard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Col d'Izoard</title>
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		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>H. Dolin</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Profil H. Dolin&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Profils Dolin&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;H. Dolin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/IMG/logo/izouard.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_148 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/izouard.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH317/izouard-a6d5b.jpg?1788124291' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Profil H. Dollin, Les Alpes fran&#231;aises&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La chalpe d'Arvieux (1901)</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Queyras</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Enfin, j'ai trouv&#233; le pays o&#249; l'on cuit le pain une fois l'an. Ma pers&#233;v&#233;rance a &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Recherche chim&#233;rique, aurait-on dit en cas d'insucc&#232;s, et les railleries.&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi l'on juge.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;Queyras&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L150xH138/lachalp-e1163.jpg?1788203519' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='138' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par d'Espinassous, Le Cycliste, Ao&#251;t 1901, repris dans La revue mensuelle du Touring-Club de France, Octobre 1901&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration photo La Chalp (1909). Fonds N. Alixant Source &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AD05&lt;/span&gt; 31 S 2087&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/lachalp.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH461/lachalp-9878c.jpg?1788124291' width='500' height='461' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Enfin, j'ai trouv&#233; le pays o&#249; l'on cuit le pain une fois l'an. Ma pers&#233;v&#233;rance a &#233;t&#233; r&#233;compens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Recherche chim&#233;rique, aurait-on dit en cas d'insucc&#232;s, et les railleries.&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi l'on juge.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; En juin, j'avais &#233;crit &#224; M.&#160;le pasteur d'Arvieux.&lt;br class='autobr' /&gt; Je croyais cette vall&#233;e enti&#232;rement protestante : nul donc ne pouvait mieux me renseigner. Je ne tenais pas &#224; recommencer les &#233;coles du D&#233;voluy, de Fond-Turbat, et je d&#233;sirais ne partir qu'&#224; bon escient.&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;le pasteur d'Arvieux me r&#233;pondit tr&#232;s aimablement et voulut bien m'encourager &#224; faire cette course. Il terminait sa lettre en m'offrant l'hospitalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le 15&#160;juillet, apr&#232;s avoir, l'avant-veille, annonc&#233; mon arriv&#233;e &#224; M.&#160;M., je quittai Rochegude &#224; minuit et demi. &#192; Livron, je pris le train des Alpes de 8 h. 4.&lt;br class='autobr' /&gt; Les routes conduisant &#224; Brian&#231;on me sont tellement famili&#232;res que j'ai renonc&#233; &#224; les parcourir &#224; bicyclette. Veynes &#224; midi 10, montai dans l'express. J'arrivai dans l'express de Marseille, et &#224; 3 h. 7 je descendais &#224; Mont-Dauphin. La journ&#233;e &#233;tait radieuse, mais exceptionnellement chaude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, &#224; 3 h. 30, je fis une longue halte &#224; Guillestre.&lt;br class='autobr' /&gt; Une jeune fille que je rencontrai sur la place du village, le tablier retrouss&#233; plein de cerises, m'en c&#233;da quelques-unes. C'&#233;taient des cerises de Montmorency, &#224; la saveur aigrelette, et jamais je n'en vis de pareille grosseur. Mises dans l'eau glac&#233;e de la fontaine, dix minutes apr&#232;s elles &#233;taient &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;frapp&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Une tasse de caf&#233; br&#251;lant, et je me remis en route.&lt;br class='autobr' /&gt; La mont&#233;e de la Viste commence imm&#233;diatement &#224; la sortie du village. D'abord mod&#233;r&#233;e, elle ne tarde pas &#224; s'accentuer. Du 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, du 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, telles sont ses pentes. Mais je la gravis vaillamment, au grand &#233;tonnement d'un lieutenant de chasseurs alpins descendant prudemment sur un mulet, et je ne mis pied &#224; terre qu'au sommet.&lt;br class='autobr' /&gt; Je connais peu de vues dans les Alpes d'une plus merveilleuse splendeur et l'impression que j'avais ressentie il y a deux ans, je la ressentais identique.&lt;br class='autobr' /&gt; De tr&#232;s haut, je dominais Guillestre, les remparts de Mont-Dauphin, les vall&#233;es du Guil, du Chagne, de la Durance qui scintillait au soleil. J'apercevais Champcella, Pallon, enfouis dans la verdure. Dans le fond, le massif colossal du Pelvoux, la base couverte de for&#234;ts auxquelles succ&#233;daient les neiges et les glaciers &#233;tincelants, m'apparaissait tout entier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les noires dentelures de la Barre des &#201;crins s'enlevaient sur le blanc des neiges et le bleu profond du ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Debout, immobile, je regardais l'admirable tableau et l'heure seule m'arracha &#224; cette divine contemplation. Bient&#244;t j'aper&#231;us le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.&lt;/span&gt; Au tournant dangereux, je sautai de machine, et bien je fis.&lt;br class='autobr' /&gt; J'aurais rencontr&#233; le grand break d'Abri&#232;s &#224; Mont-Dauphin. Je m'assis sur le parapet de la route. Sous moi, &#224; une profondeur vertigineuse, enserr&#233; dans l'&#233;troite gorge aux roches couleur de feu, le Guil brisait, en &#233;cume d'une blancheur resplendissante, ses eaux d'un bleu si pur. De l'ab&#238;me montaient de sourdes rumeurs. Sur ma t&#234;te, de gigantesques rochers &#224; pic, couronn&#233;s de pins aux troncs rouge&#226;tres, m'&#233;crasaient de leur masse. Site sauvage, farouche, d'une incomparable grandeur.&lt;br class='autobr' /&gt; Encore ici, je m'oubliais devant cette vue saisissante. Le soleil baissait, il me fallait repartir et je descendis lentement la pente &#224; 9&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la Maison du Roi. La route, parvenue au niveau du Guil, entre dans la Combe du Queyras. Elle longe fid&#232;lement le torrent qui, par la rapidit&#233; de sa course, par le volume et la couleur azur&#233;e de ses eaux, est un des plus beaux des Alpes. Je n'avais d'yeux que pour lui.&lt;br class='autobr' /&gt; Je traversai le Veyer et, franchissant un pont, j'arrivai &#224; la Chapelue, hameau situ&#233; &#224; l'entr&#233;e du haut et obscur d&#233;fil&#233; o&#249; la route allait se glisser.&lt;br class='autobr' /&gt; D'apr&#232;s la tradition, un combat se serait livr&#233; pr&#232;s de l&#224; entre protestants et catholiques, &#224; l'&#233;poque des pers&#233;cutions. Les catholiques vainqueurs ayant fait des protestants un grand carnage, les auraient pr&#233;cipit&#233;s dans le Guil. Leurs chapeaux, entra&#238;n&#233;s par le courant, se seraient arr&#234;t&#233;s &#224; la Chapelue, d'o&#249; le nom de cette localit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; La Chapelue d&#233;pass&#233;e, le chemin s'engage entre d'immenses roches &#224; parois tr&#232;s rapproch&#233;es. Il n'y a place que pour le Guil et la route. Ce passage est un des plus impressionnants du trajet : la teinte noir&#226;tre des rochers, aux longues coul&#233;es pourpres, donne &#224; cette sombre gorge un caract&#232;re sinistre.&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite, la vall&#233;e s'ouvre et je fus vite au bas de la mont&#233;e de l'Ange gardien.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente n'est que de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, mais, &#233;tait-ce la chaleur, j'eus une d&#233;faillance. Impossible, m&#234;me avec mon d&#233;veloppement de 2m90, de gravir cette rampe.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'oratoire de l'Ange gardien, je me remis en selle. C'est ici qu'a lieu le f&#233;erique changement &#224; vue et aucun d&#233;cor de th&#233;&#226;tre ne produit une impression plus inopin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 3 kilom&#232;tres, au milieu de l'&#233;troite vall&#233;e, sur un &#233;norme rocher &#224; pic, s'&#233;l&#232;ve la forteresse de Ch&#226;teau-Queyras. De ses remparts cr&#233;nel&#233;s, s'&#233;lancent de nombreuses tours et tourelles coiff&#233;es d'ardoises, s'&#233;tageant, se d&#233;passant &#224; l'envie. C'est le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;mont Saint-Michel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du Dauphin&#233;. Cette vue, dont la soudainet&#233; double l'effet, est, avec celle d'Aiguilles, une des plus surprenantes des Alpes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 800 m&#232;tres de la petite chapelle, le chemin d'Arvieux se d&#233;tache de la route de Ch&#226;teau-Queyras.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est &#233;troit, mais bien entretenu. Les pentes sont tr&#232;s raides et le 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% n'y est pas rare. D&#233;courag&#233;, le moral atteint par mon &#233;chec &#224; la rampe pr&#233;c&#233;dente, et ma d&#233;faillance s'accentuant, je fus forc&#233; de monter la longue c&#244;te &#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regardai ma montre : il &#233;tait 7 h. 40. Le soleil avait disparu derri&#232;re les montagnes et une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#233;dait &#224; la chaleur &#233;touffante de la combe du Queyras.&lt;br class='autobr' /&gt; 7 h. 40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et M.&#160;M.&#160;qui m'attendait &#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais je ne pouvais marcher plus vite.La route traversait des champs cultiv&#233;s, des prairies o&#249; de nombreux montagnards fauchaient. Des femmes, des jeunes filles se servaient &#233;galement de la faux avec la m&#234;me habilet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Suis-je pr&#232;s d'Arvieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? demandais-je &#224; un faucheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous n'&#234;tes qu'&#224; une demi-heure de la ville.&lt;br class='autobr' /&gt; Je crus avoir mal entendu. Un peu plus loin, j'adressai la m&#234;me question &#224; une femme.&lt;br class='autobr' /&gt; S'appuyant sur sa faux, elle me r&#233;pondit : &#8212; La ville n'est qu'&#224; 2 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;cid&#233;ment, c'&#233;tait bien Arvieux que l'on appelait ainsi. La ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et ce village ne compte que 94 habitants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est vrai que c'est le chef-lieu de la vall&#233;e, la r&#233;sidence du maire, et, ainsi que me l'apprit M.&#160;M., Arvieux n'est d&#233;sign&#233; que sous ce nom.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin, bord&#233; de saules, serpentait &#224; mi-coteau &#224; travers les pr&#233;s. &#192; ma droite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tr&#232;s haut, &#233;tait perch&#233; un village que je pris pour Arvieux. Une estafette que je croisai me d&#233;trompa : c'&#233;tait le hameau des Maisons.&lt;br class='autobr' /&gt; Une courte descente et j'aper&#231;us enfin Arvieux. La mont&#233;e recommen&#231;a avant le village o&#249; je mis pied &#224; terre compl&#232;tement harass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; La route &#233;tait encombr&#233;e de chasseurs alpins. Des soldats entouraient les fontaines, remplissant leurs bidons de fer-blanc, d'autres charriaient des pains, tous s'agitaient dans la pr&#233;paration, dans la h&#226;te de leur repas. Les fourriers passaient rapidement, des listes de r&#233;quisition &#224; la main. Des officiers, coiff&#233;s du b&#233;ret bleu, consultaient leurs cartes, ou, avec leurs jumelles, fouillaient la montagne. L'unique rue du village pr&#233;sentait une animation extraordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt; Je demandai &#224; un habitant, assis sur le seuil de sa porte, la demeure de M.&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AI&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le presbyt&#232;re, me r&#233;pondit-il, est &#224; la Chalp, &#224; 1500 m&#232;tres plus loin.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me remis en marche poussant toujours ma machine sur la dure pente et j'arrivai, au bout de 20 minutes, &#224; la Chalp (1,676 m&#232;tres), hameau situ&#233; &#224; cent m&#232;tres plus haut qu'Arvieux. Je m'enquis de l'habitation du pasteur, et un enfant, sur l'ordre de son p&#232;re, m'y conduisit.&lt;br class='autobr' /&gt; Au milieu du village, sur la place, je remarquai un bizarre clocher de bois. Quatre &#233;normes m&#233;l&#232;zes &#233;quarris plant&#233;s en carr&#233;, &#224; la distance d'un m&#232;tre environ, s'&#233;levaient &#224; une hauteur de 15 m&#232;tres, reli&#233;s par des croisillons. Au sommet de cette pyramide &#233;lanc&#233;e &#233;tait suspendue une cloche.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voil&#224;, pensai-je, la cloche d'alarme en cas d'incendie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec ces maisons aux toitures de bois ils ne doivent &#234;tre que trop fr&#233;quents.&lt;br class='autobr' /&gt; L'enfant qui me guidait s'&#233;tait arr&#234;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voici, me dit-il, la maison de notre pasteur.&lt;br class='autobr' /&gt; Et il me montra un mur dans lequel s'ouvrait une porte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Je frappai, mais vainement. Je soulevai alors le loquet et j'entrai dans une petite cour qui pr&#233;c&#233;dait un jardin potager. &#192; gauche, se trouvait le presbyt&#232;re. Une plate-bande fleurie en bordait la fa&#231;ade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le presbyt&#232;re est une maison longue &#224; un seul &#233;tage, sur rez-de-chauss&#233;e. Un balcon &#224; balustrade de bois court au niveau du premier. Le toit tr&#232;s &#233;lev&#233;, &#224; auvent, est &#224; pente rapide.&lt;br class='autobr' /&gt; Au bruit du portail que j'avais referm&#233;, la porte de la maison s'ouvrit et un homme encore jeune en sortit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Monsieur M., je pr&#233;sum&#233;, dis-je.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, monsieur, me r&#233;pondit le pasteur, et, au son de sa voix, je compris que ma pr&#233;sence lui causait une l&#233;g&#232;re surprise. N'avait-il pas re&#231;u ma lettre - Je me nommai.&lt;br class='autobr' /&gt; Sa figure s'&#233;claira soudain.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Soyez-le bienvenu, entrez. Vous devez &#234;tre tr&#232;s fatigu&#233;. Venez-vous d'Abri&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Plus de doute, ma supposition &#233;tait vraie, ma lettre ne lui &#233;tait pas parvenue.&lt;br class='autobr' /&gt; J'entrai dans la salle &#224; manger o&#249; je fus pr&#233;sent&#233; &#224; la famille du pasteur. Je m'excusai d'arriver aussi tard. J'expliquai que l'avant-veille j'avais &#233;crit &#224; M.&#160;M. : ma lettre avait d&#251; prendre une fausse direction. J'&#233;tais navr&#233; de tomber l&#224; en a&#233;rolithe &#224; pareille heure. L'accueil qui me fut fait eut vite raison de mon embarras. Cependant, r&#233;flexion aidant, j'en vins &#224; me f&#233;liciter, vu mon retard, de la non arriv&#233;e de ma lettre. Ainsi, je n'avais pas &#233;t&#233; attendu.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la salle, le po&#234;le &#233;tait allum&#233;, et &#224; cette altitude je trouvai sa chaleur fort agr&#233;able. Devant le d&#238;ner, ma lassitude eut vite disparu. Ensuite, assis dans un grand fauteuil, j'expliquai, sous la douce lumi&#232;re de la lampe, le but de ma visite, les esp&#233;rances que je poursuivais.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous avez bien fait de pers&#233;v&#233;rer, me dit le pasteur, vous &#234;tes dans le pays o&#249; l'on cuit le pain une fois l'an. Les coutumes du moyen &#226;ge y sont encore en vigueur et les conditions de la vie toutes particuli&#232;res. Ici r&#232;gne le socialisme, mais un socialisme chr&#233;tien qui n'a que d'excellents c&#244;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Qu'entendez-vous par socialisme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? les champs sont-ils en commun&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? la propri&#233;t&#233; individuelle n'existe-elle pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, chaque habitant a son patrimoine personnel. Ce sont les grands biens communaux qui s'exploitent en commun. Avez-vous remarqu&#233;, en traversant le village, un haut clocher de bois surmont&#233; d'une cloche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, et j'ai &#233;t&#233; fort intrigu&#233;. J'ai pens&#233; que c'&#233;tait une cloche d'alarme pour les incendies, malheureusement si fr&#233;quents dans votre vall&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cette cloche sert bien &#224; cet usage, mais ce n'est pas sa fonction principale. C'est surtout la cloche de la corv&#233;e. Ici, le fauchage des foins, l'exploitation de la for&#234;t, la r&#233;paration des chemins se font en commun. Quand le moment d'un de ces travaux est venu, on sonne la cloche. &#192; son appel, tous les habitants du village s'assemblent autour du clocher et on vote si oui ou non ce travail se fera le lendemain ou un autre jour. Pour les moindres choses, la cloche sonne et rien ne se fait que permis et consacr&#233; par le vote populaire. Je vais vous raconter un fait qui m'est personnel et qui vous montrera mieux que tout ce que je pourrais vous dire l'intervention et le pouvoir de la cloche.&lt;br class='autobr' /&gt; Quand nous arriv&#226;mes &#224; la Chalp, naturellement du lait nous &#233;tait indispensable. Le premier matin, nous en f&#238;mes demander &#224; une de nos voisines. Elle refusa. &#201;tonn&#233;s, nous envoy&#226;mes dans d'autres maisons. Partout on r&#233;pondit qu'on ne pouvait nous en donner, le lait &#233;tant vendu &#224; la fruiti&#232;re. Impossible d'en distraire une goutte sans autorisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous &#233;tions assez embarrass&#233;s quand un habitant sonna la cloche de la corv&#233;e. Aussit&#244;t le village en entier accourut et l'on vota si oui ou non on fournirait du lait au pasteur. &#192; l'unanimit&#233;,. il fut d&#233;cid&#233; que j'aurais droit &#224; tant de litres de lait par jour, et on d&#233;signa la famille qui devait me les livrer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est incroyable, fis-je, au comble de l'&#233;tonnement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Dans ces travaux en commun, continua M.&#160;M., il arrive parfois qu'un cheval ou un mulet soit victime d'un accident. Quand ce cas se produit, ce mulet est rembours&#233; au propri&#233;taire au prorata de la fortune de chacun. Mieux encore : une vache vient-elle &#224; mourir de maladie, tout habitant de la commune est forc&#233; d'en acheter un nombre de kilos, proportionnellement au chiffre de bestiaux qu'il poss&#232;de. Le prix du kilo est fix&#233; de mani&#232;re que la vache soit pay&#233;e en entier. C'est, &#224; proprement parler, l'assurance mutuelle obligatoire qui fonctionne ici. Je vous parlais, il y a un instant, de la r&#233;colte des foins : elle donne lieu &#224; un touchant usage. Les deux premiers jours de la fenaison sont r&#233;serv&#233;s aux veuves. Elles seules ont le droit, ces deux jours, de faire faucher, et les jeunes gens se rendent avec plaisir &#224; leur invitation, sans autre r&#233;tribution que la nourriture. Ensuite on fauche &#224; l'abandon, c'est-&#224;-dire chacun pour soi.&lt;br class='autobr' /&gt; Fort int&#233;ress&#233; par ces d&#233;tails, je demandai &#224; M.&#160;M., de me donner quelques renseignements sur la mani&#232;re dont se nourrissaient ses paroissiens.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s volontiers, et vous verrez que la vie dans cette vall&#233;e ne ressemble &#224; nulle autre. Dans toutes les maisons, le matin, on a la soupe aux herbes des champs pendant l'&#233;t&#233;, uniquement aux choux pendant l'hiver. C'est le seul l&#233;gume qui r&#233;siste &#224; notre climat. &#192; midi, pommes de terre et laitage durci&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soir, soupe comme le matin. En &#233;t&#233;, repas suppl&#233;mentaire &#224; 4 heures, se composant de tourteau. Le dimanche et le jeudi, viande de porc au repas de midi. Le pain est du pain de seigle p&#233;tri avec le son, il est tr&#232;s nourrissant. En novembre, chacun cuit son pain pour l'ann&#233;e. La moyenne par mois est de 60 pains de 2 kilos par famille, ce qui repr&#233;sente environ 800 pains pour l'ann&#233;e. Depuis peu, au printemps, on cuit ce qu'ils appellent du pain &#224; main. C'est celui qu'on emporte aux champs. Mais pour la soupe, c'est toujours du pain d'un an dont on se sert&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a, para&#238;t-il, plus de saveur. Quand nous visiterons une maison, nous entrerons dans la chambre &#224; pain, et vous y constaterez sa merveilleuse conservation.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais avec un pareil r&#233;gime, dis-je, les maladies sont sans doute inconnues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'ailleurs, l'absence d'un m&#233;decin doit forcer &#224; se bien porter.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; D&#233;trompez-vous. Nous avons un docteur &#224; Ch&#226;teau-Queyras et comme, vu la, distance, ses visites seraient fort on&#233;reuses, la commune enti&#232;re est assur&#233;e. Chaque habitant verse une somme de 6 francs et, moyennant ce prix, lui et sa famille ont droit gratuitement aux soins du m&#233;decin et aux rem&#232;des, quelle que soit la dur&#233;e de la maladie.&lt;br class='autobr' /&gt; Je tombais de surprise en surprise et j'allais adresser &#224; M.&#160;M.&#160;de nouvelles questions, quand notre entretien fut agr&#233;ablement interrompu par un th&#233; que servit M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;M., aid&#233;e de sa s&#339;ur, charmante jeune fille st&#233;phanoise. Ce th&#233; &#233;tait d&#233;licieux et la th&#233;i&#232;re aux flancs rebondis semblait in&#233;puisable.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en pr&#238;mes de si nombreuses tasses que je jugeai pouvoir continuer sans inconv&#233;nient mon &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;interrogatoire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourriez-vous me dire, monsieur, si les c&#233;r&#233;monies religieuses offrent quelques d&#233;tails particuliers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Hier, en traversant Arvieux, j'y ai remarqu&#233; une &#233;glise. Le pays compte-t-il des catholiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ils sont, me r&#233;pondit le pasteur, en majorit&#233;. Il y a huit cent cinquante habitants dans la commune, dont deux cent vingt-cinq seulement sont protestants, group&#233;s dans les deux derniers villages de la Chalp et de Brunissard. Protestants et catholiques se rendent ensemble &#224; Arvieux pour les services religieux du dimanche matin, ce qui contribue &#224; entretenir entre eux de tr&#232;s bonnes relations. Nous sommes loin des haines du midi.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais s'il n'y a pas de protestants &#224; Arvieux, pourquoi le temple y a-t-il &#233;t&#233; construit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il est m&#234;me, je crois tout r&#233;cent.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ici, on a le culte du pass&#233; et les vieux usages ont force de loi. Le temple serait &#233;videmment bien mieux plac&#233; entre la Chalp et Brunissard. Les protestants furent consult&#233;s, la cloche de la corv&#233;e sonna, mais ceux-ci ne voulurent pas abandonner l'h&#233;ritage de leurs p&#232;res : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est l&#224;, dirent-ils, que nos anc&#234;tres ont pri&#233;, c'est l&#224; que reposent leurs cendres, c'est l&#224; aussi que nous voulons prier et reposer. Il faut que notre temple t&#233;moigne de notre foi et de notre attachement aux croyances de nos a&#239;eux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et le nouveau temple fut reconstruit sur les ruines de l'ancien.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai lu que les habitants de cette vall&#233;e se divisaient en gens de la Belle et gens du Renom. Est-ce vrai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et pourriez-vous m'expliquer ces appellations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Les gens de la Belle formaient l'aristocratie. Le Renom &#233;tait la classe inf&#233;rieure, toujours soup&#231;onn&#233;e de sorcellerie. Tout membre de la Belle devait s'allier &#224; une personne de son clan. S'il en &#233;pousait une du Renom, il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme en faisant partie. Ces d&#233;marcations ont depuis dix ans disparu, mais &#224; la surface seulement, et il y a toujours une nuance dans la mani&#232;re dont un membre de la Belle parlera &#224; un du Renom.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; propos de noce, y a-t-il encore ici de curieuses coutumes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, et que vous ne trouverez nulle autre part.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la semaine qui suit les premi&#232;res publications, la fianc&#233;e va offrir un quarteron d'&#233;pingles (vingt-cinq) et un quart de m&#232;tre de ruban &#224; la fille a&#238;n&#233;e de chaque maison de son village. De son c&#244;t&#233;, le fianc&#233; donne en cadeau aux jeunes gens de 2 &#224; 5 francs. Ceux-ci escorteront les fianc&#233;s au temple ou &#224; l'&#233;glise non seulement le dimanche des publications, mais aussi le jour des noces o&#249; ils seront gar&#231;ons servants. C'est le jeudi et un jeudi de printemps que les noces ont lieu &#224; Arvieux. La grange a pris un air de f&#234;te pour recevoir les nombreux invit&#233;s, &#8212; 200 en moyenne, &#8212; les nouveaux mari&#233;s viennent se placer &#224; l'entr&#233;e de la cour et &#224; c&#244;t&#233; d'eux une bonne tante un plat d'&#233;tain &#224; la main. En entrant, les convives doivent embrasser l'&#233;poux et l'&#233;pouse et mettre dans le plat une pi&#232;ce d'argent qui varie de 1 &#224; 2 francs pour les &#233;trangers et de 5 &#224; 20 francs pour les membres de la famille, oncles, tantes, parrains et marraines. Ce cadeau est destin&#233; &#224; la mari&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quel est le r&#244;le de la jeune femme dans sa nouvelle maison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8212; Peu enviable. Elle n'y jouit d'aucune autorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Sa fonction est de continuer la lign&#233;e, elle n'en a point d'autres. Elle ne peut m&#234;me s'occuper de l'&#233;ducation de ses enfants qui est tout enti&#232;re dans les mains de ses belles-s&#339;urs. Si son mari s'absente, ce sont encore ses belles-s&#339;urs qui ont toutes les clefs, qui disposent de l'argent. Quand je fais une collecte, ce n'est pas la femme qui me donne, c'est sa belle-m&#232;re et &#224; son d&#233;faut, une s&#339;ur du mari.&lt;br class='autobr' /&gt; Et la race des belles-s&#339;urs n'est pas pr&#232;s de s'&#233;teindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Par suite du droit d'a&#238;nesse et de la coutume qu'ont prise les cadets de s'expatrier, beaucoup de jeunes filles ne se marient pas faute de partis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles ne sortent jamais du Queyras et n'entrent pas en condition. La domesticit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme une sorte de vasselage, comme une d&#233;ch&#233;ance. En g&#233;n&#233;ral, c'est &#224; Marseille que les cadets s'&#233;tablissent et, par leur travail, leur honn&#234;tet&#233;, y acqui&#232;rent rapidement l'aisance. En aucun cas, ils ne r&#233;clament leur part du patrimoine paternel, bien plus, dans les mauvaises ann&#233;es, ils secourent le fr&#232;re a&#238;n&#233; et nombreux sont ceux qui, reviennent, pendant la fenaison, aider leurs parents.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait pr&#232;s de minuit et, craignant d'abuser de M.&#160;M., je demandai, pr&#233;textant la fatigue du voyage, &#224; me retirer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tenez, me dit mon h&#244;te en se levant, voici un cahier que l'institutrice de la Chalp m'a apport&#233; aujourd'hui. C'est un travail sur les m&#339;urs, les usages du pays, que toutes nos institutrices doivent envoyer &#224; l'inspecteur primaire. Je ne l'ai pas encore lu. Prenez-le, peut-&#234;tre y trouverez-vous quelque d&#233;tail que j'aurais oubli&#233; de vous donner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je pris le cahier et suivis M.&#160;M.&#160;qui me conduisit &#224; ma chambre. Apr&#232;s une cordiale poign&#233;e de mains et m'avoir souhait&#233; une heureuse nuit, il me laissa.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ouvris la fen&#234;tre : elle donnait sur la vall&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la pure lumi&#232;re du matin, ce devait &#234;tre enchanteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &#192; quatre heures, j'&#233;tais debout. Les sommets teint&#233;s de lueurs roses se doraient tour &#224; tour. La vall&#233;e &#233;tait encore dans l'ombre, mais la merveilleuse transparence de l'air me rendait tous les d&#233;tails distincts. Accoud&#233; sur le rebord de la fen&#234;tre, devant moi se d&#233;ployait un grandiose et aust&#232;re paysage.&lt;br class='autobr' /&gt; En face, une verte prairie descendait en pente rapide. Au bas, j'apercevais quelques toits d'Arvieux, le clocher de son &#233;glise. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite vall&#233;e, des for&#234;ts de m&#233;l&#232;zes escaladaient les pentes abruptes. Dans le fond, une haute montagne, dont la base &#233;tait &#233;galement couverte de m&#233;l&#232;zes, se dressait presque &#224; pic couronn&#233;e de rochers d&#233;chiquet&#233;s, h&#233;riss&#233;s, d'o&#249; s'&#233;lan&#231;ait, comme une fl&#232;che aigu&#235;, l'Aiguille de Ratier (2,668 m&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'embrasure de la vall&#233;e, tr&#232;s loin, des montagnes, aux sommets blancs de neige, &#233;tincelaient au soleil, se d&#233;tachant sur un ciel d'un bleu intense.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait d&#233;j&#224; le ciel de l'Italie.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne me lassais pas de contempler cet admirable spectacle. C'&#233;tait un de ceux dont la vue &#233;pure la pens&#233;e, rend l'&#226;me plus noble. Dans cette nature alpestre, on oublie toutes les petitesses, toutes les mesquineries de la vie ordinaire, et r&#233;ellement on se sent, on est meilleur.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'assis &#224; une table pr&#232;s de la fen&#234;tre et je notai bri&#232;vement la conversation de la veille. Ensuite, je feuilletai le cahier de l'institutrice. J'y relevai les d&#233;tails suivants.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Costume : hommes. Fait de drap tr&#232;s grossier, mais de dur&#233;e presque illimit&#233;e, fil&#233; et tiss&#233; dans le pays et de la couleur naturelle de la laine.&lt;br class='autobr' /&gt; Costume : femmes. Robe en gros drap. Jupon orn&#233; d'une simoursso. C'est une lisi&#232;re de couleur &#233;clatante qui le borde en dedans, le d&#233;passant environ d'un centim&#232;tre. Sur la poitrine, un petit ch&#226;le ou mouchoir jet&#233; en pointe sur les &#233;paules et croisant devant. Ce ch&#226;le, souvent en soie, est de vive couleur pour les jeunes filles. La coiffure consiste en un bonnet-cornette blanc ou a noir, ne laissant apercevoir que tr&#232;s peu de cheveux et recouvrant les oreilles et une partie du visage. Les femmes catholiques portent sur la poitrine une petite croix latine et au cou un c&#339;ur en or. Les femmes protestantes ont aussi le c&#339;ur en or, mais portent la croix grecque. C'est leur signe distinctif. La toile de leur linge est une toile de chanvre tr&#232;s grossi&#232;re tiss&#233;e et fil&#233;e dans le pays. Quant aux draps de lit, ils sont, &#233;t&#233; comme hiver, en laine. L'&#233;t&#233;, chaque matin, on les suspend aux fen&#234;tres.&lt;br class='autobr' /&gt; Au chapitre mariage, je lus : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les mariages, &#224; Arvieux, sont la source de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;grandes d&#233;penses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ils sont g&#233;n&#233;ralement de 200 &#224; 250 couverts et co&#251;tent de 1,200 &#224; 1,800 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On raconte qu'encore r&#233;cemment, les invit&#233;s arrivaient au banquet avec des poches de basane &#224; leurs v&#234;tements. &#192; peine assis, la table se d&#233;garnissait comme par enchantement, c'&#233;tait un vrai pillage, l'escamotage &#233;tait devenu un art. Le ma&#238;tre de la maison s'en consolait : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chacun son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, disait-il. C'est de cette coutume que vient le surnom de Basans donn&#233; aux habitants de la vall&#233;e. Plus loin, je trouvai la recette du tourteau : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On d&#233;laie de la farine de seigle dans de l'eau ou dans du lait. On y joint quelques &#339;ufs battus. Le tout forme une p&#226;te que l'on fait cuire dans la po&#234;le avec du beurre ou de la graisse. Ce plat a raison des plus terribles app&#233;tits.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Dans le jardin, sous la tente, le couvert du d&#233;jeuner &#233;tait dress&#233;. &#192; 7 heures, je descendis.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Avez-vous bien dormi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me demanda M.&#160;M.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai pass&#233;, r&#233;pondis-je, une nuit d&#233;licieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Avoir une sensation de froid quand on sort de la fournaise du Midi est une des plus grandes jouissances que je connaisse.&lt;br class='autobr' /&gt; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;M.&#160;me pr&#233;senta ses trois enfants, trois gar&#231;ons &#233;veill&#233;s, robustes, aux fra&#238;ches couleurs. D'ailleurs, comment &#233;viter de se bien porter avec un air aussi vivifiant.&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;jeuner termin&#233;, M.&#160;M.&#160;me proposa de monter &#224; Brunissard, o&#249; nous visiterions en d&#233;tail une maison.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand vous en aurez vu une, me dit-il, vous les aurez toutes vues, elles sont faites sur un plan invariable.&lt;br class='autobr' /&gt; La route monte durement. Chemin faisant, nous rencontrions de nombreuses femmes sarclant, fauchant, mettant le foin en tas. &#192; chacune M.&#160;M.&#160;disait un mot bienveillant, s'informant de leurs travaux.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pasteur ici est vraiment le berger de son troupeau. Nul r&#244;le plus beau, plus noble. Mais que d'abn&#233;gation, que de renoncements sont n&#233;cessaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le poste d'Arvieux est un des postes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;h&#233;ro&#239;ques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du sacerdoce.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme vous paraissez aim&#233; par vos paroissiens, dis-je au pasteur, vous &#234;tes r&#233;ellement leur conducteur, celui en qui ils ont foi. Quelle influence ne devez-vous pas avoir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, me r&#233;pondit-il, ici le pasteur est aim&#233; et respect&#233;. C'est le conseiller fid&#232;le auquel tous ont recours dans l'embarras et pour qui tous sont pr&#234;ts &#224; se d&#233;vouer. Et pourtant, supposez qu'un membre de ma famille soit malade, qu'il me faille envoyer chercher le m&#233;decin &#224; Ch&#226;teau-Queyras, ou des rem&#232;des &#224; Guillestre, que chacun connaisse ma peine, mes angoisses, personne ne s'offrira pour m'aider, pour me porter secours. Et savez-vous pourquoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'avoue que je ne comprends pas. Je ne vois pas bien.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Si nul ne s'offre, ne croyez pas que ce soit par indiff&#233;rence, par manque d'affection, c'est uniquement pour ne pas exciter la jalousie de son voisin.&lt;br class='autobr' /&gt; Ici, rendre service au pasteur est un honneur. Mais dans une nuit de tourmente, alors que la neige recouvre tous les chemins, &#224; n'importe quelle heure, je puis m'adresser &#224; la premi&#232;re personne venue du village et lui dire : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Va &#224; Guillestre, passe le col de N&#233;al, franchis Izoard, rends-toi &#224; Brian&#231;on, j'ai besoin de toi.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et imm&#233;diatement il se l&#232;vera, prendra son b&#226;ton et partira. Il aura &#233;t&#233; command&#233; et n'aura ainsi rien &#224; se reprocher &#224; l'&#233;gard de son voisin. Jamais, en commandant, je n'ai &#233;prouv&#233; de refus. Ne trouvez-vous pas cette psychologie curieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s curieuse et c'est le cas de dire que vos paroissiens gagnent &#224; &#234;tre connus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous approchions de Brunissard. Devant nous, sur les flancs de la montagne rouge&#226;tre, se d&#233;veloppaient les nombreux lacets du col d'Izoard (2,388 m&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voyez-vous, me dit M.&#160;M., sur le plus haut lacet, ces fourgons qui descendent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous sommes actuellement en pleines man&#339;uvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regardai. &#192; peine si je distinguais des points noirs se mouvant lentement.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, &#224; un d&#233;tour de la route, nous crois&#226;mes un r&#233;giment de ligne. Les soldats portaient les jambi&#232;res de drap bleu, la canne de ch&#234;ne, le pare-nuque blanc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les officiers, le k&#233;pi recouvert de toile blanche. Ils avaient pass&#233; par le col des Ayes (2,5oo m&#232;tres), bien plus court que celui d'Izoard, mais accessible seulement aux pi&#233;tons.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous arriv&#226;mes enfin &#224; Brunissard. C'est le village le plus important de la vall&#233;e et le mieux b&#226;ti.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;truit en 1882 par un incendie, il a &#233;t&#233; enti&#232;rement reconstruit, et de nouveau, la cloche de la corv&#233;e brille au sommet de sa svelte pyramide.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous arr&#234;t&#226;mes devant la maison de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;B.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une grande maison &#224; un &#233;tage, surmont&#233;e d'un immense toit &#224; auvent, &#224; pente tr&#232;s rapide, se composant, &#224; cause de la rigueur de l'hiver, d'une double couche de petites planches de m&#233;l&#232;zes. Ces toitures durent une centaine d'ann&#233;es. Malheureusement, les Compagnies d'assurances refusent d'assurer les maisons ainsi couvertes. Au rez-de-chauss&#233;e, dont toutes les fen&#234;tres sont grill&#233;es dans les deux sens, se trouvent la cuisine o&#249; l'on fait le m&#233;nage l'&#233;t&#233;, les remises, le b&#251;cher et l'&#233;curie. Au premier &#233;tage, un grand hall largement ajour&#233;, o&#249; finissent de s&#233;cher les r&#233;coltes qui m&#251;rissent mal sous ce climat, sert aussi d'atelier de menuiserie. Des deux c&#244;t&#233;s de cette galerie s'ouvrent les chambres qu'on habite l'&#233;t&#233;. Une de ces chambres contient de hautes caisses de m&#233;l&#232;ze remplies de farine. Une autre est la chambre &#224; pain.&lt;br class='autobr' /&gt; L'hiver toute la famille couche et vit uniquement dans l'&#233;curie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourquoi les fen&#234;tres du rez-de-chauss&#233;e sont-elles grill&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? demandai-je, dans cette vall&#233;e le vol doit &#234;tre inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je n'ai pu m'expliquer cet usage. Voyez, cette maison que l'on construit : les grilles sont d&#233;j&#224; pos&#233;es. On faisait ainsi anciennement, il n'y a pas d'autre raison.&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;M.&#160;ouvrit la porte. Nous entr&#226;mes dans la cuisine o&#249; nous trouv&#226;mes M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;B. &#233;pluchant des l&#233;gumes. L'autorisation de visiter la maison nous fut tout de suite accord&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pasteur demanda &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; B. des nouvelles de ses deux filles.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Elles fauchent dans la montagne r&#233;pondit-elle.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La fortune de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;B., me confia M.&#160;M., quand nous f&#251;mes seuls, s'&#233;l&#232;ve &#224; 250,000 francs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Ce d&#233;tail de m&#339;urs &#233;tait &#224; noter.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous allons commencer notre visite, me dit le pasteur, par l'&#233;curie. C'est la pi&#232;ce que l'on habite l'hiver. Ici, le thermom&#232;tre descend parfois &#224; -29, aussi les chambres du premier &#233;tage, sans chemin&#233;e, &#224; cause de la proximit&#233; des greniers, seraient inhabitables.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;curie et une grande pi&#232;ce vo&#251;t&#233;e tr&#232;s bas, d'une longueur d'environ 10 m&#232;tres sur 5 &#224; 6 de largeur. Au fond, sont dispos&#233;es les r&#226;teliers des vaches, le parc des brebis. &#192; l'autre extr&#233;mit&#233; rang&#233;s &#224; la suite, les lits de la famille. Ces lits de bois n'ont ni matelas, ni paillasse, mais simplement une &#233;paisse couche de paille non foul&#233;e, recouverte de deux draps de laine. Un po&#234;le, des tables, des chaises, des ustensiles de cuisine, constituent tout l'ameublement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est dans cette unique pi&#232;ce, continua le pasteur, que la famille passe les longs mois d'hiver.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hommes prennent soin des bestiaux et d&#233;piquent le seigle au fl&#233;au. Les femmes tricotent des bas de laine. Ici, il n'y a aucune industrie et il est facile de se repr&#233;senter l'ennui de cette longue claustration par le froid. Mais si l'hiver est la saison du repos, en revanche, le printemps et l'&#233;t&#233; sont celles d'un travail forcen&#233;. La v&#233;g&#233;tation est d'une puissance, d'une rapidit&#233; extraordinaire. L'avoine sem&#233;e en juin se moissonne en septembre. Les hommes montent aux chalets, dans les alpages, pour faucher, garder les vaches. Dans la vall&#233;e, les femmes labourent, piochent, moissonnent, fauchent, rentrent les r&#233;coltes.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous se l&#232;vent &#224; trois heures et se couchent &#224; dix.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une vie fi&#233;vreuse qu'on ne rencontre nulle part.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourriez-vous me dire la temp&#233;rature qu'on obtient l'hiver dans l'&#233;curie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Souvent de 25 &#224; 28 degr&#233;s et c'est peu hygi&#233;nique.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous verriez parfois les murs ruisseler d'eau, l'air chaud venant s'y condenser. C'est dans cette salle qu'a lieu une des plus curieuses c&#233;r&#233;monies du pays : la veill&#233;e des morts.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La veill&#233;e des morts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand une personne meurt, ses parents n'ont pas besoin de commander une bi&#232;re, elle est apport&#233;e au moment voulu : tout habitant de la commune &#233;tant oblig&#233; d'en faire une &#224; son tour. Le mort y est couch&#233; et transport&#233; au milieu de l'&#233;curie. La bi&#232;re est plac&#233;e sans couvercle sur deux chaises renvers&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Ceci fait, les parents se mettent au lit. Les jeunes filles du village entrent alors, se rangent autour du mort, et, &#224; la clart&#233; d'une lampe fumeuse, passent la nuit &#224; lire &#224; haute voix un sermon ou un recueil de pri&#232;res. Le matin, le mort est sorti sur la place publique, et l&#224; seulement, au vu de tous les assistants, la bi&#232;re est clou&#233;e : coutume excellente pour pr&#233;venir les ensevelissements pr&#233;matur&#233;s. Chaque famille du village, soit catholique, soit protestante, envoie deux de ses membres suivre le convoi. Pendant deux dimanches, toutes les femmes et jeunes filles du village porteront le demi-deuil, consistant en un tablier de couleur sombre, et un petit ch&#226;le noir &#224; fleurs blanches. Si les d&#233;c&#232;s sont nombreux, il arrive qu'elles gardent le deuil plusieurs mois de suite, et cela encore sans distinction de culte. Malgr&#233; les lumi&#232;res de la religion et les progr&#232;s de l'instruction, il existe ici encore un vieux reste de superstition. D&#232;s que dans un village quelqu'un meurt, imm&#233;diatement on jette toute l'eau qu'il peut y avoir dans les maisons. On vide les cruches, les seaux, les carafes, et cela, de peur que l'&#226;me du mort ne vienne s'y laver.&lt;br class='autobr' /&gt; J'allais d'&#233;tonnement en &#233;tonnement. J'avais tant&#244;t la sensation d'&#234;tre en pays inconnu, un de ces pays que Montaigne appelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;estrange&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tant&#244;t d'&#234;tre revenu cinq cents ans en arri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;M.&#160;souriait de ma surprise, presque heureux de voir l'impression que ses paroles me causaient.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Montons maintenant au premier &#233;tage, me dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; Je traversai le hall, les greniers, les chambres &#224; farine, celles d'&#233;t&#233;, o&#249; sur une table est toujours pos&#233;e la grande Bible de la famille. Malheureusement la chambre &#224; pain &#233;tait ferm&#233;e &#224; clef&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#8212; Il ne vaut pas la peine que nous descendions la chercher, dit M.&#160;M.&#160;&#192; la Chalp, nous entrerons dans une autre maison et vous y verrez la chambre &#224; pain. D'ailleurs elles sont toutes pareilles.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous pr&#238;mes cong&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;B.. et nous all&#226;mes voir la chapelle. Je remarquai la vieille chaire en bois sculpt&#233;, noirci par le temps. C'est celle de l'ancien temple d'Arvieux.&lt;br class='autobr' /&gt; J'interrogeai alors le pasteur sur les sentiments religieux des habitants de la vall&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Profond&#233;ment pieux, me r&#233;pondit-il, et jamais, &#224; moins de maladie, il ne me manque un auditeur.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cur&#233; &#233;galement a toujours son auditoire au complet. Ici, protestants et catholiques vivent en bonne intelligence : chr&#233;tiens, ils ne connaissent pas l'esprit de parti. Les catholiques bienveillants et tol&#233;rants se joignent &#224; nous aux c&#233;r&#233;monies religieuses des mariages et des ensevelissements, et &#233;coutent avec recueillement le service divin. Les protestants agissent de m&#234;me &#224; leur &#233;gard.&lt;br class='autobr' /&gt; Aurais-je aussi trouv&#233;, pensai-je, le pays o&#249; les hommes ne se ha&#239;ssent pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ces montagnards ont-ils enfin compris que tous les hommes sont fr&#232;res&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Que la m&#234;me herbe pousse sur leurs tombes, que la m&#234;me neige les recouvre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et que sous des pratiques diff&#233;rentes, c'est le m&#234;me Dieu qu'ils adorent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; La chapelle visit&#233;e, nous redescend&#238;mes &#224; la Chalp.&lt;br class='autobr' /&gt; La route &#233;tait encore encombr&#233;e de fourgons soulevant une &#233;paisse poussi&#232;re. Des soldats campaient sur les bords, leurs fusils en faisceaux. Nous pr&#238;mes un raccourci et bient&#244;t nous arriv&#226;mes au village.&lt;br class='autobr' /&gt; La porte de la maison de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;F. &#233;tait ouverte.&lt;br class='autobr' /&gt; Tr&#232;s aimablement, elle voulut elle-m&#234;me nous guider. Je vis l'&#233;curie, la grande galerie, les greniers et enfin la chambre &#224; pain.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une chambre de 4 m&#232;tres de c&#244;t&#233;, tr&#232;s a&#233;r&#233;e dont les murs sont couverts de rayons de biblioth&#232;que. &#192; la place de livres, des pains entiers de forme ronde, plac&#233;s de champ et s&#233;par&#233;s par de petits liteaux. Il devait y en avoir environ cinq cents.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voici, me dit M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;F., la bo&#238;te &#224; couper le pain.&lt;br class='autobr' /&gt; Et elle me montra une petite caisse &#224; bords bas, de 0 m 80 de longueur sur 0 m 35 de largeur. Le fond n'&#233;tait pas plat, mais en biseau. Un couteau y &#233;tait fix&#233; par l'extr&#233;mit&#233; de la lame.&lt;br class='autobr' /&gt; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;F. prit un pain, le pla&#231;a sur le bord inclin&#233;, et faisant levier avec le couteau, malgr&#233; sa duret&#233; en d&#233;tachait facilement de minces tranches, qui au fur et &#224; mesure tombaient dans le fond de la caisse.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous remerci&#226;mes M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;F. de sa complaisance et nous rev&#238;nmes au presbyt&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait 11 heures. Sous la tente, devant la maison, le couvert &#233;tait mis. Le d&#233;jeuner fut v&#233;g&#233;tarien et d&#233;licieux. Excit&#233; par l'air extraordinairement vif de la Chalp, je fis honneur au menu. Du caf&#233;, que tout bas, je baptisai &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;du 30 &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tellement son ar&#244;me &#233;tait exquis, termina le repas.&lt;br class='autobr' /&gt; Le moment de quitter ce toit ami &#233;tait venu. Je dis &#224; mes h&#244;tes ma gratitude, ma reconnaissance pour l'accueil qui m'avait &#233;t&#233; fait, et, m'inclinant, je serrai les mains qu'on me tendait. Je garderai toujours le souvenir de cette maison o&#249;, selon l'expression c&#233;v&#233;nole, je fus re&#231;u &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;le c&#339;ur sur la main.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;M.&#160;m'accompagna jusqu'&#224; la sortie de la Chalp. Un dernier adieu et je partis.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Je descendis &#224; folle allure la route d'Arvieux. L&#233;ger ralentissement dans la travers&#233;e du village : en suite, &#233;tait-ce le caf&#233;, &#233;tait-ce le succ&#232;s de mon excursion, je volai sur les rapides pentes. La notion du temps m'&#233;chappait, j'&#233;tais gris&#233; de vitesse et de bonheur. Un regard &#224; la forteresse de Ch&#226;teau-Queyras et je courais sur la sinueuse descente de l'Ange gardien. Le d&#233;fil&#233; de la Chapelue, le Veyer, l'admirable combe du Queyras et tout &#224; coup je me trouvai sur le pont de pierre. J'&#233;tais arriv&#233; &#224; la maison du roi.&lt;br class='autobr' /&gt; Ma montre marquait midi 45. En moiteur par la rapidit&#233; de ma course, je me permis une courte halte. Et je m'assis sur un banc de bois adoss&#233; au mur m&#234;me de l'auberge. La maison du roi est une maison cr&#233;pie &#224; la chaux, de teinte l&#233;g&#232;rement jaun&#226;tre. Elle porte sur la fa&#231;ade, &#233;crite en grandes lettres, cette inscription :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MAISON&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ROI&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENTRE&lt;/span&gt; (sic) &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUEYRAS&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On loge &#224; pied et &#224; cheval&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je fumais donc une cigarette sur le banc, et mon esprit prenait plaisir &#224; &#233;voquer Louis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;, sa suite nombreuse de seigneurs aux feutres empanach&#233;s, aux lourdes bottes &#224; entonnoir, quand, de la maison o&#249; s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; le roi, sortit une femme &#226;g&#233;e v&#234;tue de noir.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me levai et, la saluant :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Madame B&#233;rard, je suppose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, Monsieur, pour vous servir. Donnez-vous la peine d'entrer, vous serez mieux dedans :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s volontiers, Madame. Pourrez-vous me montrer la Sauvegarde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je serais tr&#232;s heureux de la voir.&lt;br class='autobr' /&gt; Madame B&#233;rard sourit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais rien de plus facile, veuillez, je vous prie, me suivre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; -&lt;br class='autobr' /&gt; Et, me pr&#233;c&#233;dant, elle me fit traverser un corridor et deux pi&#232;ces servant de caf&#233;. Dans la derni&#232;re &#233;tait suspendue au mur la Sauvegarde.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est un tableau &#224; l'huile repr&#233;sentant l'&#233;cu de France, aux trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur, surmont&#233; de la couronne royale. Au-dessus, une banderole blanche porte en lettres noires : Sauvegarde du roi.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce tableau, me dit M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;B&#233;rard, a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; un de mes anc&#234;tres par le roi Louis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Et ceci fut dit simplement, avec une noblesse de geste que j'admirai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'avais parl&#233; &#224; M.&#160;M.&#160;de la maison du roi, et de la Sauvegarde.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, lui avais-je dit, la g&#233;n&#233;rosit&#233; royale s'est-elle born&#233;e &#224; l'envoi de ce tableau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Non, me r&#233;pondit le pasteur, le roi avait bien fait les choses. La famille B&#233;rard &#233;tait exon&#233;r&#233;e de tout imp&#244;t et le fils a&#238;n&#233; &#224; perp&#233;tuit&#233; exempt du service militaire.&lt;br class='autobr' /&gt; Je remerciai M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;B&#233;rard et me remis en route.&lt;br class='autobr' /&gt; Je montai &#224; pied la dure et courte c&#244;te. Son peu de longueur ne justifiait pas un changement de multiplication. La rampe gravie, je descendis rapidement sur Guillestre. Le temps d'envoyer quelques t&#233;l&#233;grammes et je repartis pour Mont-Dauphin o&#249; j'arrivai 1 h. 45.&lt;br class='autobr' /&gt; J'arr&#234;te ici le r&#233;cit de cette excursion.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Et maintenant, je dirai aux touristes :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Allez dans le Queyras, c'est la vall&#233;e la plus pittoresque de nos Alpes. Passez sous les remparts de Ch&#226;teau-Queyras, montez &#224; Saint-V&#233;ran, &#224; Arvieux.Traversez Aiguilles, le village aux villas &#233;tonnantes, poursuivez jusqu'&#224; Abri&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et quand, &#224; travers ses merveilleuses for&#234;ts de m&#233;l&#232;zes, appara&#238;tront les blanches cimes du Viso, vous aurez contempl&#233; un des plus beaux, des plus sublimes spectacles dont vous puissiez jamais garder le souvenir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Espinassous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le Cycliste) -&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Saint Veran</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article199</link>
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		<dc:date>2017-12-13T11:47:45Z</dc:date>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
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		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Depuis Guillestre, je me sers de mon plus faible jeu de d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 4,75 en direct, 2,70 en r&#233;tro.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot72" rel="tag"&gt;Queyras&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par F. Dufour, Le Cycliste, ann&#233;e 1905, republi&#233; en juin 55, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les abonn&#233;s du Cycliste, il en est peu qui ont parcouru une ou plusieurs fois l'admirable Queyras. Ils ont c&#244;toy&#233; le Guil aux eaux blanches d'&#233;cume, entre ces murailles de rochers aux ressauts desquelles les pins accrochent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment leurs racines tordues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont pass&#233; au pied du fort Queyras, vrai d&#233;cor d'op&#233;ra. Plus loin, les coquettes villas d'Aiguilles les ont &#233;tonn&#233;s et peut-&#234;tre choqu&#233;s au milieu de cette nature sauvage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, par Abri&#232;s ou Ristolas, ils ont pouss&#233; jusqu'au Rocher Croul&#233; pour voir le Viso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui s'int&#233;ressent aux vieilles traditions locales sont all&#233;s se documenter &#224; Arvieux, ce village de m&#339;urs patriarcales, v&#233;ritable anachronisme en notre si&#232;cle. Beaucoup enfin ont pass&#233;, pour revenir, le col de l'Izoard et &#233;prouv&#233; la m&#234;me impression d'horreur et de solitude dans la sauvage &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Casse d&#233;serte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais je ne sache pas qu'on ait encore relat&#233; dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une excursion &#224; Saint-V&#233;ran : ce coin du Queyras reste n&#233;glig&#233;. Pourtant la vall&#233;e de l'Aigue-Blanche est plus pittoresque, &#224; mon avis, que la vall&#233;e sup&#233;rieure du Guil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et puis l'on doit bien l'honneur d'une visite au village le plus &#233;lev&#233; de France et d'Europe. &#192; vrai dire, on a contest&#233; ce record &#224; Saint-V&#233;ran : mais les agglom&#233;rations &#224; peine plus &#233;lev&#233;es qu'on a mentionn&#233;es en Suisse et en Savoie ne sont que d'insignifiants hameaux, tandis que Saint-V&#233;ran est un vrai village de 600 habitants, avec deux paroisses, l'une catholique, l'autre protestante. Les maisons sont &#233;tag&#233;es entre les altitudes de 1.990 et 2.030 m&#232;tres. S'il n'est pas vrai que ce soit, comme on dit dans le pays, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;la plus haute montagne o&#249; l'on mange du pain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, en revanche un instituteur fac&#233;tieux a pu, sans &#234;tre contredit mettre sur ses cartes de visite &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;x... le ma&#238;tre d'&#233;cole de France qui est le plus pr&#232;s de la lune&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au commencement de juillet dernier, je quittai Gap un matin, au petit jour, avec, l'intention d'aller d&#233;jeuner &#224; Saint-V&#233;ran : environ 95 kilom&#232;tres assez accident&#233;s. Un de mes amis se rendait le m&#234;me jour &#224; Abries : mais, moins entra&#238;n&#233;, il devait emprunter le grand fr&#232;re jusqu'&#224; Mont-Dauphin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait convenu que le premier arriv&#233; attendrait l'autre &#224; Guillestre. Ma bicyclette &#233;tait assez charg&#233;e : le sac de guidon contenait une bonne provision de fruits, car il ne fallait pas trop compter en trouver en route &#224; cette &#233;poque de l'ann&#233;e, m&#234;me &#224; Embrun. D'autre part, la saison &#233;tait fertile en orages, et j'avais d&#251; me pr&#233;cautionner s&#233;rieusement contre un de ces coups d'arrosoir que la montagne r&#233;serve parfois &#224; ses visiteurs. Enfin, ma jumelle photographique 9x1-2 charg&#233;e de douze plaques, reposait mollement sur un porte-bagages &#224; ressorts, avec un pied et divers accessoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement j'ai fait une &#233;tape-transport plus agr&#233;able. Vous vous en souvenez peut-&#234;tre : &#224; cette &#233;poque, les chaleurs &#233;taient intol&#233;rables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des cyclistes r&#233;put&#233;s intr&#233;pides renon&#231;aient aux grandes excursions pour ne pas avoir &#224; p&#233;daler entre 10 heures du matin &#224; 5 heures de l'apr&#232;s-midi. Or, ce matin l&#224;, il soufflait dans la montagne une petite brise d&#233;licieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je l'ai eue en face dans toute la vall&#233;e de la Durance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le soleil &#233;tait ardent d&#232;s 6 heures du matin et je ne regrettai pas le petit suppl&#233;ment de kilogramm&#232;tres que me co&#251;tait le rafra&#238;chissement de mon moteur. Apr&#232;s Ch&#226;teauroux, je fis halte un instant pour jouir des charmes inaccoutum&#233;s que je trouvais au paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'abondante humidit&#233; laiss&#233;e par les pluies d'orage des jours pr&#233;c&#233;dents s'&#233;levait en vapeurs l&#233;g&#232;res qui estompaient et att&#233;nuaient le relief ordinairement un peu dur des lignes montagneuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur les pentes, la ros&#233;e scintillait au soleil du matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; &#224; Guillestre &#224; 7 heures et demie, je saccageai ma provision de fruits en attendant M.&#160;B... mon compagnon. Quand il apparut enfin, il avait l'air de sortir du torrent du Chagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les 2 kil. 5 de mont&#233;e qu'il venait de faire ne sont pourtant pas bien terribles. Mais quel soleil. Avez-vous remarqu&#233; que, quand on part de tr&#232;s grand matin, il semble qu'on fasse provision de fra&#238;cheur, et qu'on souffre beaucoup moins de la chaleur du jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous repartons ensemble&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais bient&#244;t, &#224; un certain noyer o&#249; la route fait un coude, endroit que je connais bien pour y avoir toujours chang&#233; ma cha&#238;ne de place, M.&#160;B... me laisse continuer seul. Au sommet de la rampe de la Viste, en attendant mon mono-multipli&#233;, j'escalade un rocher pour mieux voir les glaciers du Pelvoux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si famili&#232;re que me soit la courbe du Queyras, je ne la revois jamais sans plaisir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce jour-l&#224;, je jouis en outre de l'&#233;merveillement de mon compagnon, qui vient ici, pour la premi&#232;re fois. D'ailleurs gr&#226;ce aux orages, le Guil est &#233;cumant &#224; souhait et fait un bruit de tonnerre. Le Cristillan, lui aussi, est superbe, et nous remontons un instant sa gorge par le chemin de Ceillac. Revenus sur les bords du Guil, nous p&#233;dalons nonchalamment, en regardant se d&#233;tacher &#224; contre-jour, sur le fond noir des sapins, l'&#233;cume &#233;blouissante du torrent. Rien ne nous presse. Depuis Guillestre, je me sers de mon plus faible jeu de d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 4,75 en direct, 2,70 en r&#233;tro. M.&#160;B... a 5 m&#232;tres. En arrivant &#224; la rampe de l'Ange gardien, mon ami, enthousiasm&#233; par le trajet qu'il vient de faire, se sent tout &#224; coup une vigueur extraordinaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu de mettre pied &#224; terre, comme je m'y attends, il enl&#232;ve la mont&#233;e de telle fa&#231;on que je suis oblig&#233; de p&#233;daler en direct pour le suivre. En approchant de Ch&#226;teau-Queyras, je me souviens avec terreur que je puis y trouver une d&#233;p&#234;che me rappelant en h&#226;te &#224; Gap. J'entre en tremblant au bureau t&#233;l&#233;graphique... Rien, heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous voici &#224; Villevieille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous apercevons deux petits panaches de fum&#233;e qui descendent la route de Saint-V&#233;ran. C'est un cycliste et une cyclettiste qui, pour m&#233;nager leurs freins, remorquent chacun une grosse branche de sapin et soul&#232;vent la poussi&#232;re sur leur passage. Ils mettent pied &#224; terre devant la fontaine au moment o&#249; nous y arrivons. Tout en aidant la cyclettiste &#224; d&#233;barrasser sa machine de son fagot, je remarque entre les pignons une disproportion peu ordinaire pour une bicyclette de dame. Celle-ci est d'ailleurs munie d'un moyeu genre Bi-Gear. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le plus faible de vos deux d&#233;veloppements, dis-je, me para&#238;t encore bien exag&#233;r&#233; pour une rampe comme celle de Saint-V&#233;ran&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elle m'avoue qu'elle et son mari ont d&#251; faire &#224; peu pr&#232;s toute la mont&#233;e &#224; pied, et qu'ils sont m&#233;diocrement satisfaits de leurs changements de vitesse. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais pourquoi, repris-je, n'avoir pas pris de moindres d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous avons 7,25 et 5,80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour aller sur terrain plat, il faut bien au moins 7 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; J'insinue timidement, mais sans succ&#232;s, qu'elle irait plus facilement, et peut-&#234;tre m&#234;me plus vite, en pays moyennement accident&#233;, avec 5 m&#232;tres qu'avec 7. Elle admet seulement que ses deux d&#233;veloppements sont trop voisins. Je lui explique le rem&#232;de aussi simple qu'ing&#233;nieux imagin&#233; par qui vous savez : la deuxi&#232;me cha&#238;ne &#224; gauche. Mais je crois bien que j'aurais pr&#234;ch&#233; au d&#233;sert. Malgr&#233; les efforts de Velocio et ceux d'un tr&#232;s petit nombre de constructeurs intelligents, les cyclistes mont&#233;s d'une mani&#232;re pratique pour la montagne seront longtemps l'infime minorit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; telle est la puissance de saine routine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que M.&#160;B... prend la route d'Abri&#232;s, j'entame &#224; travers le village la forte rampe qui doit m'amener de 1.370 &#224; 2.000 m&#232;tres. Cette mont&#233;e est singuli&#232;rement facilit&#233;e par des replats qui permettent de reprendre haleine, et il est ais&#233; pour un cycliste moyen, disposant d'un d&#233;veloppement de 3 m&#232;tres au plus, d'arriver &#224; Saint-V&#233;ran, comme je l'ai fait, sans mettre une seule fois pied &#224; terre. Sur les 11 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Villevieille de St-V&#233;ran, il y en a bien 3 qui reposent des autres. Je m'&#233;l&#232;ve rapidement, par un grand lacet, au-dessus du village pour atteindre bient&#244;t, au milieu de fra&#238;ches prairies parsem&#233;es de m&#233;l&#232;zes, le plateau des Prats (pr&#233;s). La pente un instant insignifiante me permet d'admirer &#224; mon aise l'&#233;paisse for&#234;t de m&#233;l&#232;zes qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus de la rive gauche de l'Aigue-Blanche, et au milieu de laquelle appara&#238;t bient&#244;t &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;la colonne coiff&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La rampe est revenue &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 2 kilom&#232;tres plus loin, nouvelle d&#233;tente. Je traverse la Rua et le Serre, hameaux constamment ravag&#233;s par l'incendie, qui constituent avec Gaudissart (&#244; Balzac) la commune de Molines. Avant le Serre, d&#233;testable raidillon pierreux heureusement assez court, on trouve ensuite une descente, du plat, et une mont&#233;e tr&#232;s douce jusqu'&#224; la Chalp Sainte-Agathe. La rampe reprend ensuite sans r&#233;pit jusqu'&#224; Saint-V&#233;ran. En arrivant au hameau du Roux, qui n'est qu'&#224; un kilom&#232;tre du village, je m'&#233;tonne de ne pas apercevoir ce dernier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la route tourne brusquement, et St-V&#233;ran, que mes yeux cherchaient au fond de la vall&#233;e, appara&#238;t &#224; gauche au-dessus de moi. J'exp&#233;die un dernier lacet sous un soleil effroyable, et &#224; 11 heures et demie je mets pied &#224; terre devant l'auberge de la m&#232;re Fine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La salle basse o&#249; je p&#233;n&#232;tre dans l'&#233;tat que vous devinez, me para&#238;t glaciale et je me h&#226;te de ressortir au soleil. L'aubergiste me propose alors de me mener &#224; ce qu'elle appelle la cuisine. Figurez-vous une grande pi&#232;ce vo&#251;t&#233;e, &#233;clair&#233;e par une seule petite fen&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est divis&#233;e par d'&#233;normes piliers en deux parties&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'une se trouve le po&#234;le, la table et une sorte d'armoires &#224; colonnettes, ferm&#233;e par des rideaux, o&#249; je reconnais bient&#244;t un lit assez semblable &#224; ceux des fermes bretonnes. L'autre c&#244;t&#233; de la chambre, tout &#224; lait sombre est am&#233;nag&#233; en &#233;curie : j'y devine des vaches et un mulet. &#192; une extr&#233;mit&#233; se trouve une sorte de cage &#224; claire-voie d'o&#249; partent des grognements significatifs. Le personnage qui l'habite passe entre les planches une oreille que le mulet l&#232;che b&#233;n&#233;volement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand il s'interrompt, l'autre proteste en son patois. Des poules picorent &#231;a et l&#224;. Sur ma demande on me sert &#224; d&#233;jeuner &#224; la table commune, avec les ma&#238;tres du logis et des colporteurs de passage.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bonne vieille M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Fine, m&#232;re de l'aubergiste, remplit encore, malgr&#233; son &#226;ge, les fonctions d'institutrice&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; tout d'abord, de la fa&#231;on dont elle s'exprimait. Elle me donne d'int&#233;ressants d&#233;tails sur la vie que l'on m&#232;ne dans ce village si haut perch&#233;. Au printemps, parait-il, on n'attend pas que la neige ait disparu du sol pour travailler aux champs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du reste, une fois recouverte en partie par la terre remu&#233;e, elle fond tr&#232;s rapidement. Les hivers sont bien longs a passer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant, dit-elle, m&#234;me en cette saison, il vaudrait mieux que les jeunes gens restassent au pays. Au lieu de cela, ils descendent dans les villes et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fr&#233;quentent du bas peuple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Qu'appelle-t-elle le bas peuple, l'excellente femme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Peut-&#234;tre sont-ce les gens qui habitent &#224; moins de 1.500 m&#232;tres d'altitude. Je l'interroge sur les vieilles coutumes du pays : elles sont beaucoup moins bien conserv&#233;es qu'&#224; Arvieux. La plus int&#233;ressante consiste dans un p&#232;lerinage annuel qui a lieu le 16&#160;juillet &#224; la chapelle de Clausis, &#224; 7 Kilom&#232;tres environ au-del&#224; de Saint-V&#233;ran. Cette f&#234;te attire des visiteurs de toutes les vall&#233;es environnantes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; beaucoup d'Italiens passent la fronti&#232;re pour venir y assister. Les femmes ne manquent pas de rev&#234;tir, ce jour l&#224;, leurs v&#234;tements de f&#234;te traditionnels, qui diff&#232;rent suivant les villages, et c'est un spectacle tout &#224; fait curieux que cet assemblage de costumes diversement bariol&#233;s, d'un archa&#239;sme d&#233;licieux. Le cadre est, para&#238;t-il, des plus enchanteurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le plateau de Clausis est entour&#233; d'un cirque merveilleux de montagnes. Voici, d'ailleurs, la description que je trouve dans la Monographie du Queyras, de Tivollier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La majestueuse s&#233;v&#233;rit&#233; des hauts pics vient se confondre, s'harmoniser avec la verdure des gazons doux, &#233;pais, &#233;maill&#233;s de fleurs aux couleurs vives et vari&#233;es, baign&#233;s par l'eau claire et livide de l'Onde, principale source de l'Aigue-Blanche et de tous les ruisseaux qui surgissent de tous c&#244;t&#233;s. Des chants sonores r&#233;veillent tout &#224; coup les &#233;chos des environs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une foule joyeuse se r&#233;pand autour de la chapelle et anime la montagne, inond&#233;e par la lumi&#232;re d'un soleil &#233;clatant au milieu d'un ciel bleu sans nuage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ai-je pu r&#233;sister, quelques jours plus tard au d&#233;sir d'assister &#224; une telle f&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'avoue &#224; ma honte : je me suis laiss&#233; entra&#238;ner d'un autre c&#244;t&#233; par des amis trop &#233;loquents. Mais en 1905, &#224; moins d'emp&#234;chement s&#233;rieux, je me promets bien de ne pas manquer de me joindre aux p&#232;lerins du 16&#160;juillet. Le chemin qui conduit de Saint-V&#233;ran &#224; Clausis est m&#233;diocre, mais praticable cependant pour des machines solides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en serait quitte pour descendre de loin en loin aux endroits trop pierreux. D'ailleurs, il est question de remettre en exploitation cette ann&#233;e une mine de cuivre qui se trouve au fond de la vall&#233;e, et, dans ce cas, on am&#233;liorerait beaucoup la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s d&#233;jeuner, je me proprendre &#224; loisir quelques clich&#233;s. De retour &#224; l'auberge, je photographie la bonne M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Fine, dans un vieux fauteuil, avec son tricot dans ses pauvres mains gonfl&#233;es et crevass&#233;es par beaucoup de terribles hivers. J'aurais bien voulu prendre un ensemble de ce curieux int&#233;rieur o&#249; voisinent b&#234;tes et gens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans magn&#233;sium, il n'y fallait pas songer. Mais, il faut repartir, car M.&#160;B... m'a donn&#233; rendez-vous &#224; Villevieille &#224; 3 h. Je prends cong&#233; de mes excellents h&#244;tes, et en machine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le sol caillouteux ne me permet pas de laisser ma bicyclette s'emballer, et je dois serrer vigoureusement mes freins. Entre Molines et le plateau des Pras je descends au fond de la gorge profonde o&#249; mugit l'Aigue-Blanche pour photographier un coin admirable que j'avais remarqu&#233; en montant. Mon compagnon arrive juste en m&#234;me temps que moi &#224; la bifurcation. Le vent s'est &#233;lev&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il remonte la vall&#233;e et augmente rapidement d'intensit&#233;. &#192; la mont&#233;e de Ch&#226;teau-Queyras, je dois pousser &#224; fond. Il nous faut ensuite p&#233;daler &#224; peu pr&#232;s constamment et &#233;nergiquement, malgr&#233; la descente. Aux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tourniquets&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la Maison du Roi, je suis heureusement abrit&#233; pour faire la mont&#233;e. M.&#160;B... victime d'un grave accident de pneu, me dit de ne pas l'attendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il reprendra le train &#224; Mont-Dauphin. Dans la vall&#233;e de la Durance r&#232;gne une v&#233;ritable temp&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aper&#231;ois de loin les arbres couch&#233;s vers le nord. Que ne vais-je dans la direction de Brian&#231;on&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais il faut entrer dans cet enfer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'y jette t&#234;te baiss&#233;e. Au plan de Phazy, apr&#232;s une lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e, force m'est de prendre mon deuxi&#232;me jeu de d&#233;veloppements. Je suis p&#233;niblement la Durance avec 4,75, je dois monter debout sur chaque niveau pour avancer. Mon couvre nuque est arrach&#233;. Les c&#244;tes de 4 et 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui suivent St-Cl&#233;ment me paraissent plus dures que celle de Saint-V&#233;ran. Je me sens l'estomac dans les talons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un pot de confiture qu'on me sert dans une auberge de Ch&#226;teauroux y passe tout entier. J'ai la surprise de me trouver ensuite &#224; l'abri du vent, et j'en profite pour filer tant que je peux sur Embrun. Mais aussit&#244;t la Durance travers&#233;e, je retrouve la rafale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les moindres rampes sont d'abominables calvaires, il est &#233;vident que je n'arriverai pas &#224; temps pour trouver mes commensaux habituels encore &#224; table. J'envisage sans enthousiasme la perspective de remonter la route des Houlettes &#224; raison de 10 kilom&#232;tres &#224; l'heure, et de faire du sur place avant la B&#226;tie, et d'avoir &#224; d&#233;penser pour atteindre Gap plus de force qu'il ne m'en faut pour m'&#233;lever de mille m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au poteau qui indique le chemin de la gare de Pruni&#232;res, je tourne &#224; droite sans h&#233;siter, et je vais attendre dans une auberge toute familiale, l'utile train du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Dufour&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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