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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Mes bonnes fortunes</title>
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		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'en suis depuis un mois, &#224; ne plus les compter tant le hasard, Dieu favorable, s'est plu &#224; m'en combler. Oyez plut&#244;t : Le 14&#160;juillet, averti du passage en Auvergne d'un groupe de cyclotouriste de l'Audax club parisien, je cours me joindre &#224; eux, ce qui me fournit l'occasion d'une jolie randonn&#233;e de 250 km &#224; travers des r&#233;gions connus, certes, mais pas au point d'&#234;tre devenue sans attrait. Je pars la veille &#224; 15h et vais d'une traite &#224; La Chaise-dieux. De Saint-&#201;tienne &#224; la Chaise-Dieu&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'en suis depuis un mois, &#224; ne plus les compter tant le hasard, Dieu favorable, s'est plu &#224; m'en combler. Oyez plut&#244;t : &lt;br class='autobr' /&gt; Le 14&#160;juillet, averti du passage en Auvergne d'un groupe de cyclotouriste de l'Audax club parisien, je cours me joindre &#224; eux, ce qui me fournit l'occasion d'une jolie randonn&#233;e de 250 km &#224; travers des r&#233;gions connus, certes, mais pas au point d'&#234;tre devenue sans attrait.&lt;br class='autobr' /&gt; Je pars la veille &#224; 15h et vais d'une traite &#224; La Chaise-dieux. De Saint-&#201;tienne &#224; la Chaise-Dieu j'avais l'habitude de passer toujours par Saint-Marcellin et Saint-Bonnet, la route des autos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais depuis que ces v&#233;hicules encombrants nous obligent &#224; fuir les grandes voies et &#224; rechercher les chemins d&#233;tourn&#233;s, je passe par Roche-la-Moli&#232;re, Le Pertuiset, Saint-Maurice, Apinac et St-Pal-en-Chalen&#231;on&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est moins large et le sol moins bon peut-&#234;tre en quelques endroits, mais la vue est plus &#233;tendue, le paysage plus int&#233;ressant et, somme toute la distance un peu moindre. C'est donc tout profit et en nous &#233;loignant des routes nationales et d&#233;partementales, les autos nous rendre service. &#192; quelque chose malheur est bon, c'est le cas de le dire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 20 heures, je descends &#224; l'H&#244;tel Du Lion d'Or : J'ai &#233;t&#233; quelque peu retard&#233; par la boue, &#231;a et l&#224;, dans les bois surtout, rendait la marche difficile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain je dois partir avant le jour dans un brouillard intense et glacial dont les premiers rayons du soleil ne me d&#233;gagent qu'&#224; Saint-Alyre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rendez-vous est &#224; 9 heures sur les bords du lac Chambon, et je n'ai pas de temps &#224; perdre. La boue dans les bois de Saint-Allyre, me retarde encore, mais sit&#244;t le col franchi entre les vall&#233;es de la Dore et de l'Allier, le sol devient bon et roulant. Il a plu &#224; peine de ce c&#244;t&#233; pendant que de l'autre c&#244;t&#233; la pluie a s&#233;vi plusieurs jours. Je puis donc n&#233;gocier &#224; grande allure la descente de Saint-Germain-l'Herm &#224; Issoire qui, prise en compte sens contraire, me valut, en ao&#251;t 1904, en plein midi, une de su&#233;e dans on se souvient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Issoire, Champeix, les deux Saint-Nectaire d&#233;filent rapidement, la route offre &#224; maintes reprises des sites agr&#233;ables sans rien de transcendant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand on aper&#231;oit tout &#224; coup le ch&#226;teau de Murol fi&#232;rement camp&#233; sur un monticule isol&#233;, le village m&#234;me de Murol et les hautes montagnes bois&#233; et verdoyante au pied desquelles dort le lac Chambon, on est empoign&#233; et, si press&#233; que l'on soit, on est &#224; pied &#224; terre et l'on s'arr&#234;te un moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu apr&#232;s, je rencontre sur les bords du lac 5 cyclotouriste parisien, tous aimables et gais compagnons, avec qui je vais passer une journ&#233;e charmante : quatre sont polymultipli&#233;s, un moyeu Pedersen, deux moyeux Sturmey dont un &#224; frein &#224; contrep&#233;dalage, une bi-cha&#238;ne gauloise &#224; 4 vitesses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un seul s'est risqu&#233; &#224; venir en Auvergne avec un unique d&#233;veloppement de 5 m&#232;tres. Il est jeune et vigoureux et, les &#233;tapes n'ayant jamais &#233;t&#233; longue, il a eu rarement besoin de mettre pied-&#224;-terre. La petite troupe, dont je suis, malheureusement de beaucoup, le doyen, redescends &#224; Murol o&#249; l'on d&#233;jeune longuement, histoire de faire plus ample connaissance. Nous remontons ensuite sur de hauts plateaux et par une succession de mont&#233;es et de descentes nous arrivons &#224; Aydat sur les bord d'un lac tr&#232;s pittoresque, attrist&#233; quelques jours plus tard par un accident qui co&#251;ta la vie &#224; plusieurs personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'H&#244;tel du Lac re&#231;oit tr&#232;s convenablement les voyageurs affam&#233;s et para&#238;t &#234;tre le rendez-vous des chauffeurs et des cyclistes Clermontois en balade dominicale. Nous y f&#251;mes bien trait&#233; et nous engageons les cyclotouristes de passage dans ces r&#233;gions &#224; s'arranger de fa&#231;on &#224; venir d&#233;jeuner l&#224; &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il aurait d'ailleurs de la peine &#224; trouver, &#224; 20 km &#224; la ronde, de quoi se restaurer, la plupart des villages environnants ne sont pas encore outill&#233;s pour le service des &#233;trangers.&lt;br class='autobr' /&gt; Notre objectif apr&#232;s le d&#233;jeuner &#233;tait le col de la Mor&#233;no, o&#249; je devais prendre cong&#233; de mes compagnons qui allait terminer par le Puy-de-D&#244;me, Pontgibaud et autres lieux une excursion de 8 jours dont le point de d&#233;part avait &#233;t&#233; Bort et le centre la r&#233;gion des lacs d'Auvergne.&lt;br class='autobr' /&gt; Un malencontreux hasard fit que nous arriv&#226;mes que trois Au dit col o&#249; nous attend&#238;mes vainement pendant une heure nos trois autres compagnon lanc&#233;s dans une fausse direction par un Averne fac&#233;tieux. Je rentrai le soir m&#234;me, par le grand fr&#232;re, bien entendu enchant&#233; de cette journ&#233;e pass&#233;e en agr&#233;able compagnie de cyclotouriste de bon aloi qui, comme nous, aiment la nature et la route et qui, s'ils ont parfois l'humeur randonneuse des adeptes de l'&#233;cole st&#233;phanoise, n'en sont pas moins des admirateurs de beaux sites devant lesquels ils savent s'arr&#234;ter &#224; propos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Huit jours apr&#232;s nouvelle missive de deux cyclotouriste parisien m'invitant &#224; me trouver &#224; Langogne le dimanche 25&#160;juillet. Parfait, je profiterai de cette occasion pour faire la nouvelle route de Pont-de-Lignon qui est, ma foi, charmante, et qui remplace par une pente r&#233;guli&#232;re &#224; 5 ou 6 pourcents les 2 km &#224; moyenne de 13% avec &#231;a et l&#224; du 15 et 16&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui rendent l&#233;gendaire la route de Saint-&#201;tienne au Puy et qui pourront encore nous servir pour nos exp&#233;riences, car ces deux s'amorcent sur la nouvelle et subsisteront. &lt;br class='autobr' /&gt; Je viens ainsi, en trois petites heures de Saint-&#201;tienne &#224; Yssingeaux dans un h&#244;tel moderne que je recommande pour y dormir, mais non pour y manger : quand j'y pense&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vive le d&#238;ner tir&#233; du sac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que ne m'en suis-je content&#233; ce soir-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;br class='autobr' /&gt; Enfin le lendemain, de tr&#232;s bonne heure, je file, grimpe au Pertuis, redescends au puy o&#249; je ne puis d&#233;jeuner faute de lait, rattrape avant Thaulac l'autobus qui assure le service du Puy &#224; Langogne et qui ne sera jamais accus&#233; d'exc&#232;s de vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le d&#233;passe en effet et je ne le reverrai qu'&#224; 20 km pendant que je d&#233;jeunerai &#224; Costaros. Cependant, un vent du midi carabin&#233; qui ne devait pas tarder &#224; souffler en temp&#234;te, allait beaucoup r&#233;duire mon allure sur le plateau, allait la r&#233;duire davantage encore apr&#232;s Costaros de sorte que je n'arrivais &#224; Langogne qu'&#224; 10h19.&lt;br class='autobr' /&gt; Le rendez-vous &#233;tait pour midi &#224; l'H&#244;tel de la Poste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'achetai des fruits et je m'en fus les manger sur la route &#224; l'abri du vent qui, de minute en minute, devenait plus violent. J'eus ainsi l'occasion de voir passer deux cyclotouristes monomultipli&#233; qui, naturellement, faisait les honneurs du pied &#224; une c&#244;te insignifiante. In petto je leur souhaitai beaucoup de plaisir s'ils devaient aller jusqu'&#224; Villefort avec ce vent dans le nez. L'un d'eux portait son bagage sur le dos dans un sac tyrolien, proc&#233;d&#233; que j'emploie quand je voyage &#224; motorette, mais qui, &#224; bicyclette m'a toujours paru d&#233;savantageux. Quand je travaille, j'aime &#234;tre encombr&#233; et m&#234;me v&#234;tu le moins possible. Mais fruits liquid&#233;s, je redescendis &#224; Langogne o&#249; j'eus le plaisir de rencontrer de suite &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;De C. et F. qui venaient de tourister &#224; travers l'Auvergne, le Cantal et la Loz&#232;re et qui, modifiant l&#233;g&#232;rement leur itin&#233;raire de retour, consentir &#224; m'accompagner jusqu'au Puy qu'il ne connaissait de reste pas.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais eu d&#233;j&#224; l'occasion d'entrevoir M.&#160;De C. au premier concours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; o&#249; il pilota une bicyclette &#224; 3 vitesses et fut un des cinq, si j'ai bonne m&#233;moire, qui firent le col du Tourmalet sans quitter la selle.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est dire que depuis longtemps &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;de C et F. sont ralli&#233;s &#224; la cause de la Polymultiplication et que leurs machines &#233;taient de vraies bicyclettes de voyage &#224; 4 ou 5 vitesses dont toujours trois interchangeable en marche par moyen Bi Gear et deux cha&#238;nes, excellente solution que Le Cycliste recommanda beaucoup il y a quelques 10 ans et qui est encore go&#251;t&#233;e par de nombreux cyclotouriste soit avec moyeux Faddy, Hub, W,F,W. ou p&#233;dalier Variand. Il tend pourtant &#224; faire &#8230; aux bi-cha&#238;nes combin&#233;es avec les moyeux &#224; 2 et &#224; 3 vitesses, qui donnent une &#233;chelle plus compl&#232;te sans plus de complications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quitt&#226;mes l'excellent h&#244;tel de la Poste &#224; 14 heures et le vent nous hissa sans efforts appr&#233;ciables de notre part &#224; Pradelles et jusque sur le plateau, mont&#233;e de 6 ou 8 kilom&#232;tres qu' on estime g&#233;n&#233;ralement dure. Du point culminant, la route jusqu'au Puy n'est qu'une succession de longues descentes et de faibles contre pentes. Ce fut vertigineux. Le sol &#233;tait bon, la route d&#233;serte : on pouvait sans danger laisser aller &#224; la vitesse limite qui qui fut souvent de 60 &#224; l'heure. A cent m&#232;tres les uns des autres nous ne roulions plus, nous volions et les mont&#233;es ne nous ralentissaient gu&#232;re. Nous serions vraiment arriv&#233; trop vite au Puy et je proposais de faire un d&#233;tour par le lac du Bouchet, cela nous permettrait de juger de l'agr&#233;ment qu'il y aurait &#224; voyager ce jour-l&#224; du Nord au Sud : que le raidillon de Cayres en lac nous parut terrible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En fin de compte, il fallut mettre pied &#224; Cayres et j'adressais par t&#233;l&#233;phone sans fil un encouragement aux deux monos qui devaient, &#224; la m&#234;me heure, s'escrimer contre ce m&#234;me vent entre Luc et Villefort&#8230; &#224; moins qu'ils n'eussent sagement pris le train. Le lac, agit&#233; comme une petite mer du c&#244;t&#233; du chalet, calme de l'autre c&#244;t&#233;, &#233;tait curieux &#224; voir : il y avait l&#224; beaucoup de monde et le syndicat du Velay doit &#234;tre lou&#233; pour avoir attir&#233; l'attention sur ce joli coin de nature et organis&#233; des moyens de transport pour s'y rendre &#224; peu de frais et rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une tasse de th&#233;, une ou deux plaques, puis l'on revint sur la route o&#249; nous retrouv&#226;mes notre moteur adjuvant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous allions d'ailleurs descendre &#224; jet continu. Le soleil qui s'&#233;tait montr&#233; tr&#232;s avare de ses rayons toute la journ&#233;e voulait bien en inonder le ciel au moment psychologique alors que, arrivant sur le bord de la d&#233;pression au fond de laquelle se blottit le Puy, le voyageur qui vient de Costaros per&#231;oit tout &#224; coup cette merveilleuse ville qu'un touriste am&#233;ricain appela un jour avec raison : &#171;&#160;The most pittoresque town in the world&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#160;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Mes compagnons ne s'attendait pas &#224; un si beau spectacle et furent charm&#233;s au point que j'ai d&#251; les laisser un instant &#224; leur enchantement pour suivre un groupe de cyclistes qui m'int&#233;ressait vivement. Un pater-familias remorquait une voiturette dans laquelle se pr&#233;lassait la m&#232;re d'une grande fille et d'un gar&#231;onnet, qui, &#224; bicyclette, &#233;voluait l&#233;g&#232;rement autour de leurs parents. Cette application d'une id&#233;e dont j'ai maintes fois d&#233;montr&#233; le c&#244;t&#233; pratique me fit, je l'avoue, grand plaisir. Le cabcyclisme familial m&#233;rite d'&#234;tre encourag&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 5h, sur la place du Breuil, je pris cong&#233; de mes compagnons et je m'engageai sur la route des bords de la Loire. L'ouragan s'&#233;tait calm&#233;, seul persistait une l&#233;g&#232;re brise favorable qui me rendit tr&#232;s agr&#233;able et trop court le trajet du Puits &#224; Chamali&#232;res o&#249; je prie le train de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3&#160;ao&#251;t nous vit partir. Thorsonnax et moi, pour le Stelvio.. mon jeune ami nous contera bient&#244;t comment il se fit que le lendemain soir nous nous trouv&#226;mes &#224; Cerdon, le surlendemain au Mon&#233;tier-le-Brian&#231;on, comment nous pass&#226;mes 9 cols fran&#231;ais et rentr&#226;mes avec un millier de kilom&#232;tres et pour le moins dix milles m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation en cinq jours, de quoi faire honte aux Tour de France&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;br class='autobr' /&gt; Le 14&#160;ao&#251;t, par une tropicale chaleur je quittais de rechef la ville noire par le col des Grands bois et j'allais par Le Pouzin rejoindre mes compagnons &#224; la gare de Livron. Un conseil en passant : si jamais vous avez l'intention de prendre &#224; Livron le train de 16h37 pour Veynes, gardez-vous en bien : continuez simplement &#224; bicyclette sans vous h&#226;ter jusqu'&#224; la nuit et attendez-le l&#224; o&#249; vous vous trouverez, &#224; Die, &#224; Luc voir &#224; Bauri&#232;res, vous aurez gagner cinq centimes par kilom&#232;tre et vous vous serez &#233;pargn&#233;s des heures d'&#233;nervement dans le train le plus galochard que j'aie jamais vu. Il arriva n&#233;anmoins &#224; Veynes &#224; son heure, tant son horaire lui laisse de marge, et nous descend&#238;mes &#224; l'h&#244;tel Terminus qui se recommande par la fa&#231;on parfaite quand il est tenu. &lt;br class='autobr' /&gt; A peine avons-nous traverser la Durance qu'un motocycliste nous d&#233;passe &#224; grande allure : au vol il me reconna&#238;t et il s'arr&#234;te, c'est mon ami Monsieur Beno&#238;t, directeur de la &lt;i&gt;Provence sportive&lt;/i&gt; et grand propagandiste des machines et des enseignements de l'&#233;cole st&#233;phanoise &#224; Marseille. Aujourd'hui, pourtant, &#224; cause de la chaleur sans doute, il a pr&#233;f&#233;r&#233; partir sur sa magnat-Debon 2 3/4 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;HP&lt;/span&gt; qui, comme toutes ses cong&#233;n&#232;res, enl&#232;ve r&#233;ellement toutes les c&#244;tes sans un coup de p&#233;dale. Cela ne ferait pas mon bonheur mais il para&#238;t que je suis le seul &#224; vouloir p&#233;daler sur une motorette et que tous les cyclistes qui viennent au moteur veulent non pas le moteur adjuvant, mais le moteur &#224; tout faire. Aussi les motocyclette magnat-Debon, qui satisfont parfaitement ce desiderium sont-elles de plus en plus appr&#233;ci&#233;s &#224; Marseille et ailleurs. Ce n'est pas qu'on fasse des &#233;tapes beaucoup plus longues qu'&#224; bicyclette, mais on les fait dans un fauteuil un peu tr&#233;pidant malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Monsieur Benoit est all&#233; la veille de Marseille &#224; Sisteron, aujourd'hui il va par le Lautaret &#224; Grenoble, demain il fera le Vercors et apr&#232;s demain il rentrera &#224; Marseille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous, nous ne pensons, en en ce moment qu'&#224; aller d&#233;jeuner car la fin nous tenaille et l'h&#244;tel Dubert, &#224; Guillestre, et notre seul objectif : Nous y arriverons apr&#232;s 3 km de rampe moyenne en plein soleil qui ne diminue pas notre app&#233;tit au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'animation &#224; Guillestre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les cars partent pour le Queyras, charg&#233;s de voyageurs, nous ne les rattraperons pas, nous nous attardons &#224; d&#233;jeuner jusqu'&#224; dix heures, puis nous cueillerons des bott&#233;es de lavande, puis nous barboterons dans le Guil, puis nous fl&#226;nerons, bref, nous mettrons 2 heures pour aller de Guillestre &#224; Ch&#226;teau-Queyras, avec vent favorable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais qu'il fait donc chaud dans cette gorge du Queyras quand le soleil y darde d'aplomb en plein midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#244;tel Puy-Cot m&#233;rite toujours la client&#232;le des cyclotouristes qui y sont accueillis avec autant de pr&#233;venances que les chauffeurs, tandis qu'au Lautaret nous sommes consid&#233;r&#233;s comme quantit&#233; n&#233;gligeable, aussi aurions-nous grand tort de nous y arr&#234;ter, ne f&#251;t-ce que pour y prendre une tasse de th&#233; servie avec n&#233;gligence, d&#233;dain et lenteur. Certains h&#244;teliers fran&#231;ais attachent trop d'importance &#224; l'apparence, &#224; l'ext&#233;rieur, &#224; l'habit du voyageur qui frappe &#224; leur porte et ils mesurent la politesse de l'accueil, &#224; l'aspect plus ou moins cossu des arrivants. Ils ont tort et les h&#244;teliers suisses pourraient sur ce point leur donner des le&#231;ons. Quand l'h&#244;telier fran&#231;ais a, par surcro&#238;t, le bonheur d'&#234;tre le p&#232;re de plusieurs filles m&#251;res pour le mariage, il ferait mieux de c&#233;der de suite son &#233;tablissement &#224; quelque c&#233;libataire endurci, car ses filles le ruineront. Ces p&#233;cores n'ont, en effet, d'&#233;gards et de sourires que pour les princes russes, les parvenus et les rastas qui d&#233;barquent avec fracas, pendant que ronfle encore leur 60 H P&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour les modestes p&#233;destrians qui passent sac au dos, pour les cyclistes qui s'&#233;pongent en mettant pied &#224; terre au sommet de la c&#244;te, ces p&#233;ronnelles n'ont que de m&#233;prisants regards, ce n'est pas dans cette cat&#233;gorie d'individus qu'elles esp&#232;rent d&#233;couvrir le mari de leurs r&#234;ves. Leur prince charmant doit arriver v&#234;tu d'une peau de b&#234;te, d'un masque de scaphandrier et descendre d'une limousine de chevaux pour le moins et d'un bon faiseur encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! charmantes dindes vraiment... Qu'elles me permettent de leur donner du haut de mes 60 ans le conseil tout &#224; fait d&#233;sint&#233;ress&#233; de s'occuper &#233;galement et indistinctement de tous leurs h&#244;tes et de ne pas &#233;loigner la client&#232;le du grand nombre, qui en attendant les maris, leur procurera de grosses dots&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, par le temps qui court, les uns ne vont pas sans les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 14 heures, quand nous quittons l'h&#244;tel Puy-Cot il fait plus chaud que jamais, il s'agit cependant de ne pas trop lambiner si nous voulons &#234;tre avant la nuit &#224; Brian&#231;on dont 36 kilom&#232;tres &#224; peine nous s&#233;parent, mais il y a le col d'Isoard et ce n'est pas une taupini&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! D&#232;s qu'on tourne &#224; droite, dans la direction d'Arvieux, le pourcentage de la rampe devient inqui&#233;tant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut s'&#233;lever de 1.000 m&#232;tres en 15 kilom&#232;tres, et comme il y a &#231;&#224; et l&#224;, quelques paliers et m&#234;me quelques contre-pentes, on peut tabler sur une moyenne de 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et bien des passages vont &#224; 10 et 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. On a beau avoir six d&#233;veloppements en marche comme mes deux compagnons ou quatre comme moi, faire 15 kilom&#232;tres en plein soleil, et quel soleil (tous ceux qui ont &#233;t&#233; sur les routes le 15&#160;ao&#251;t 1909, entre 14 et 17 heures en savent quelque chose), &#231;a vous nettoie les articulations, les bronches, les poumons, tout le corps enfin de tout l'acide urique et autres d&#233;chets malfaisants qui ont pu s'y entasser pendant un mois. De fait, un de nous y oublia une bronchite et un autre un lumbago. A Brunissard on se recueille longuement devant quelques bouteilles de limonade avant de se hasarder dans les lacets qui, vus de bas en haut, semblent beaucoup plus terribles qu'ils ne le sont en r&#233;alit&#233;, et ce qu'il y a de plus dur pendant tout ce trajet ce sont surtout les lignes droites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme quelques habitants de Brunissard, n'ayant rien de mieux &#224; faire en ce jour de f&#234;te, s'appr&#234;taient &#224; nous voir grimper, je pris mon envol&#233;e et mon plus faible d&#233;veloppement 2m,60 et j'enlevai en 31 minutes, 4 700 m&#232;tres qui me conduisirent &#224; un point culminant d'o&#249; je pouvais voir arriver mes compagnons. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la belle et bonne su&#233;e, et combien je me d&#233;lectai &#224; m'&#233;tendre ensuite au soleil qui me s&#233;cha en peu d'instants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, un des n&#244;tres risquait de d&#233;gringoler sur le dos toute la pente qu'il venait de conqu&#233;rir &#224; grands coups de p&#233;dale. Un bouquet de lavande qu'il portait sur son bagage s'&#233;tant d&#233;tach&#233; avait roul&#233; sur le talus &#224; un endroit particuli&#232;rement dangereux o&#249; la route se trouve prot&#233;g&#233;e par un garde-fou&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans r&#233;fl&#233;chir, notre ami se lance &#224; la poursuite de sa lavande mais &#224; peine a-t-il mis le pied sur le talus que le terrain tr&#232;s peu solide glisse sous lui : il se sent entra&#238;n&#233;, s'assied d'abord, mais glisse toujours, il a heureusement la pr&#233;sence d'esprit de se jeter alors &#224; plat ventre, les bras &#233;tendus et de ne plus faire le moindre mouvement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son compagnon accourt &#224; ses cris, et, &#224; grand'peine, on s'accrochant d'une main &#224; la barri&#232;re, r&#233;ussit de l'autre main, &#224; le tirer de ce mauvais pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous revoyons la Casse d&#233;serte toujours aussi farouche et mena&#231;ante avec ses fl&#232;ches dentel&#233;es &#233;mergeant des pierrailles croulantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 18 heures enfin, c'est-&#224;-dire 4 heures apr&#232;s avoir quitt&#233; Ch&#226;teau-Queyras, nous faisons halte devant le refuge, non sans avoir longtemps admir&#233; du sommet m&#234;me du col le panorama inoubliable qui, soit sur le versant sud, soit sur le versant nord, d&#233;roule sur un magnifique fond d'azur, des pics, des dentelures, des d&#244;mes &#224; perte de vue. Nous arrivons &#224; l'heure la plus favorable pour appr&#233;cier &#224; sa r&#233;elle valeur, ce merveilleux belv&#233;d&#232;re o&#249; j'&#233;tais pass&#233; dix jours auparavant avec Thorsonnax, dans la matin&#233;e, &#224; une heure de plein soleil o&#249; les lointains &#233;taient noy&#233;s dans la brume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous rencontrons au refuge m&#234;me avec deux cyclotouristes qui vont dans le Queyras. Ils poussent leurs bicyclettes lourdement charg&#233;es : si, depuis Brian&#231;on ils sont forc&#233;s, faute d'un d&#233;veloppement convenable, de pousser leurs machines, je les plains dans de telles conditions. Ces 19 kilom&#232;tres n'ont rien de r&#233;jouissant, car la vue depuis Cervi&#232;res y est bien born&#233;e et bien monotone&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont l&#224; kilom&#232;tres de transport qu'il convient de n&#233;gocier &#224; bonne allure &#224; la mont&#233;e. A la descente, que nous voudrions bien achever avant la nuit, on ne peut les faire bien vite et nous ne mettons pied &#224; terre devant l'h&#244;tel Terminus qu'&#224; 19 heures et demie bien sonn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a &#231;&#224; et l&#224; des passages dangereux m&#234;me en plein jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'obscurit&#233; croissante, ils sont inqui&#233;tants.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cid&#233;ment, les h&#244;tels Terminus du P.-L.-M.&#160;sont tous tr&#232;s bien tenus et recommandables : je les ai, je crois, tous essay&#233;s, mais celui de Brian&#231;on est le meilleur de tous, parce que, de toute la nuit, on n'y entend pas le moindre coup de sifflet, le moindre roulement de locomotive, aussi peut-on se reposer aussi bien que dans un h&#244;tel d'altitude o&#249; seul vous berce le bruit du vent dans les sapins ou le grondement lointain du torrent sur les rochers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre &#233;tape du lendemain, Brian&#231;on-Grenoble, devant &#234;tre courte et facile, nous partons un peu tard et allons d'abord visiter la ville qu'un de nous ne conna&#238;t pas, cela me donne l'occasion de constater que l'avenue de la gare qu'on m'avait dit incyclable m&#234;me avec nos petits d&#233;veloppements, ne r&#233;siste pas &#224; 2m,60, et la gargouille elle-m&#234;me, si le sol le permettait, serait enlev&#233;e ais&#233;ment. Nous nous retrouvons au d&#233;bouch&#233; de la route du Mon&#233;tier o&#249; nous comptions prendre le petit d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les exigences de messer Gaster nous obligent &#224; nous arr&#234;ter dans un petit village et nous en profitons pour r&#233;parer un pneumatique qui, depuis la veille, se d&#233;gonfle lentement mais s&#251;rement. Pendant ce temps, montent deux autobus et descendent quelques cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e ne s'accentue qu'apr&#232;s le Mon&#233;tier pendant les 10 ou 11 derniers kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil est chaud et nous oblige &#224; de fr&#233;quentes ablutions, mais l'eau ne manque pas, ce n'est plus comme au passage du col d'Izoard o&#249; nous avions d&#251;, pour pouvoir nous d&#233;salt&#233;rer en cours de route, emporter de Brunissard une bouteille d'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;passons bient&#244;t deux cyclotouristes monomultipli&#233;s qui avaient quitt&#233; l'h&#244;tel quelque temps avant nous et qui essaient de nous suivre, mais en vain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'un d'eux porte son bagage sur le dos, non plus dans un sac tyrolien mais en un paquet fix&#233; rigidement entre les deux &#233;paules.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'entr&#233;e du premier tunnel, que nous &#233;vitons en suivant le passage m&#233;nag&#233; &#224; l'ext&#233;rieur, nous oublions, sur une borne, en train de s'&#233;ponger, nos deux monos, que leurs efforts pour nous tenir pied pendant un kilom&#232;tre, ont d&#233;finitivement vid&#233;s Cette le&#231;on, les aura, je l'esp&#232;re, convertis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu plus loin, je constate, en faisant un kilom&#232;tre sur la route du Galibier, que cette route s'est bien am&#233;lior&#233;e en tant que sol et virages, depuis le jour o&#249; j'y passais pour la premi&#232;re fois, il y ajuste dix ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, quoique la pente soit rest&#233;e de 14&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, elle ne me parait plus aussi dure, tant il est vrai que l'&#233;tat du sol influe beaucoup sur nos appr&#233;ciations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon notre habitude, nous passons au Lautaret sans nous y arr&#234;ter, mais nous mettons pied &#224; terre un peu plus loin pour admirer le glacier, source de la Romanche, qui m'a sembl&#233; cette ann&#233;e plus &#233;tendu que d'habitude et descendant beaucoup plus bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombreux sont aujourd'hui les autos rang&#233;s en bataille sur les c&#244;t&#233;s de la route et devant le chalet, et nous en rencontrons jusqu'&#224; la Grave une bonne douzaine dont trois sous le premier tunnel, rencontre peu agr&#233;able &#224; cet endroit. Ces tunnels sont plus que jamais mon cauchemar et j'ai pris le parti de les faire toujours &#224; pied&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; cela j'y cr&#232;ve cette fois un pneu et j'arrive &#224; l'h&#244;tel des Alpes, &#224; la Grave, en roulant sur la jante depuis 1 .500 m&#232;tres. Je r&#233;pare, nous d&#233;jeunons et nous repartons &#224; 13 h. 40 avec, pour objectif imm&#233;diat le train de retour &#224; 18 h.30 &#224; Grenoble dont 76 kilom&#232;tres nous s&#233;parent. Il ne s'agit plus de tourisme, il s'agit de transport&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela ne nous emp&#234;che pas de jeter de temps en temps des regards admiratifs &#224; droite et &#224; gauche ni m&#234;me de nous arr&#234;ter pour mieux voir et les derniers glaciers et les cascades et la gorge de l'infernet, enfin tout ce qui a valu &#224; cette belle et classique route de tourisme sa r&#233;putation m&#233;rit&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce retour &#224; vive allure, malgr&#233; un vent contraire, parfois fort g&#234;nant, fut &#233;gay&#233; par la rencontre &#224; Bourg-d Oisans d'un groupe de jeunes cyclistes st&#233;phanois tous polymultipli&#233;s, bien entendu, et qui sont comme qui dirait les pellastes ou les v&#233;lites de l'Ecole st&#233;phanoise. L&#233;g&#232;rement arm&#233;es, leurs machines sont presque des bicyclettes de course et les uns ont m&#234;me des pneus boyaux coll&#233;s, de sorte que les crevaisons et les &#233;clatements ne sont pas rares&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'un d'eux, le chef du groupe qui, circonstances att&#233;nuantes pour les pneus, d&#233;passe le poids de cent kilos, eut deux &#233;clatements entre Bourg-d'Oisans et Grenoble. Nous les trouv&#226;mes d'abord tous (ils &#233;taient bien une dizaine) sur le bord de la route en train de r&#233;parer un pneu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu apr&#232;s, &#224; grande allure, ils nous d&#233;pass&#232;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous les retrouvons arr&#234;t&#233;s de nouveau, et de nouveau ils nous d&#233;passent pendant que nous marchions r&#233;guli&#232;rement &#224; 22/23 &#224; l'heure, et ce man&#232;ge dura jusqu'&#224; Grenoble o&#249; nous arriv&#226;mes ensemble, sauf deux ou trois qu'on avait abandonn&#233;s &#224; leur sort. Ces jeunes gens qui ont en eux certainement le germe de futurs cyclotouristes venaient de faire un joli tour par Chamb&#233;ry, Saint-Michel-de-Maurienne, le Galibier et le Lautaret.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quatre heures, nous v&#238;nmes &#224; bout de nos 76 kilom&#232;tres de transport, et mes deux compagnons trouv&#232;rent l&#224; une occasion d'utiliser leur grand d&#233;veloppement de 7 m. 60 alors que mes 6 m. 30 me for&#231;aient de tricoter souvent plus vite que je ne l'aurais voulu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'avais jug&#233; n&#233;cessaire pour aller en Suisse de faire abaisser d'environ 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% tous les d&#233;veloppements de mon n&#176;&#160;6, qui &#233;taient ainsi devenus 2m.60, 3m.45, 4m.70 et 6m.30.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telles ont &#233;t&#233; depuis un mois mes bonnes fortunes touristiques, sans compter une recrudescence de cartes postales qui m'apprend que le cyclotourisme est cette ann&#233;e plus vivace que jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement toute m&#233;daille a son revers, et mon voyage en Bretagne que le mauvais temps m'a emp&#234;ch&#233; de faire en juin et que j avais renvoy&#233; &#224; fin ao&#251;t devra maintenant attendre jusqu'&#224; la saison prochaine, tout comme le Stelvio.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Excursion de P&#226;ques (596 kilom&#232;tres) (1901)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article283</link>
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		<dc:date>2023-04-10T11:53:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Capitaine Perrache</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Inutile de conclure, n'est-ce pas, en faveur de la bicyclette, comme mode de locomotion &#233;conomique et en faveur du r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien comme source d'&#233;nergie et d'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Capitaine Perrache&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste 1901, Source archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps magnifique a favoris&#233; notre premi&#232;re grande excursion de la saison, la premi&#232;re du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qui se trouve ainsi heureusement inaugur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;part a eu lieu de la Digonni&#232;re, la veille de la f&#234;te, &#224; 4 heures du soir, ainsi qu'il avait &#233;t&#233; convenu et nous sommes arriv&#233;s d'assez bonne heure &#224; Valence (92 kilom), malgr&#233; un accident de machine assez grave qui a oblig&#233;, le lendemain, un des n&#244;tres &#224; renoncer au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre heures et quart, le jour de la f&#234;te, nous partons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps est d'abord mena&#231;ant et un vent contraire assez fort s'&#233;l&#232;ve qui nous g&#234;nera toute la journ&#233;e, ne nous permettant pas d'utiliser nos grands d&#233;veloppements. Nous traversons Livron, Loriol, Saulce, gros villages que nos pr&#233;c&#233;dentes randonn&#233;es dans le Midi nous ont rendus familiers, et en approchant de Mont&#233;limar, nous avons le plaisir de voir le soleil se d&#233;gager d&#233;finitivement des nuages. &#199;a va chauffer. On &#233;vite le pav&#233; de Mont&#233;limar en descendant &#224; droite, devant la porte de la ville, vers les boulevards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizon, au Sud, est barr&#233; par une ceinture de collines qui refus&#232;rent longtemps de laisser passer le Rh&#244;ne, mais que celui-ci a fini par culbuter entre Ch&#226;teauneuf-du-Rh&#244;ne et Viviers en se frayant le passage connu sous le nom de Robinet de Donz&#232;re. Faute de ne pouvoir faire de m&#234;me et culbuter l'obstacle, force nous est de le franchir et nous prenons le plus faible d&#233;veloppement (3 m. 30)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Valence, nous p&#233;dalons avec 4 m, 40 et au sommet nous reprenons 6 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec un bon mistral dans le dos, nous aurions fait les mont&#233;es avec 6 m&#232;tres et, en plaine, le grand d&#233;veloppement de 7 m. 50 nous aurait permis de marcher &#224; 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure sans aucune fatigue. Avec le vent dans le nez, il faut d&#233;chanter et se contenter de faire du vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;jeun&#233; &#224; Livron de 5 h. 15 &#224; 5 h. 45, et comme nous ne faisons ensuite que de courtes haltes, soit pour croquer des pommes, soit pour boire une gorg&#233;e d'eau fra&#238;che, soit pour admirer un point de vue int&#233;ressant, nous passons un peu avant dix heures sous l'arc de triomphe d'Orange (96 kilom&#232;tres de Valence), d'o&#249; nous ne repartirons qu'&#224; dix heures et demie. Le vieux th&#233;&#226;tre romain parait fort d&#233;labr&#233; et la s&#233;curit&#233; des spectateurs bien compromise entre ces murailles branlantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous achetons des g&#226;teaux qu'on fait ici sp&#233;cialement pour P&#226;ques, des brassadors, si j'ai bonne m&#233;moire, et qu'on exp&#233;die jusqu'&#224; Marseille, nous dit le marchand pour rehausser &#224; nos yeux la valeur de sa marchandise. Ils sont tr&#232;s bons ces g&#226;teaux dor&#233;s, mais combien, le soleil aidant, ils nous alt&#232;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voici bien &#224; propos Courth&#233;zon et ses nombreuses fontaines o&#249; coule &#224; profusion une eau fra&#238;che et d&#233;licieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un v&#233;g&#233;tarien est donc heureux de trouver en telle abondance sa boisson favorite au moment pr&#233;cis o&#249; il en a besoin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Sorgues, nous abordons 12 kilom&#232;tres de route d&#233;fonc&#233;e &#224; vous en donner le mal de mer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sauf quelques mauvais kilom&#232;tres avant Orange, et la travers&#233;e des grands bois dans la boue et la neige, nous n'avions eu jusque-l&#224; qu'&#224; nous f&#233;liciter de l'&#233;tat des routes, mais de Sorgues &#224; Avignon, c'est &#224; douter de l'existence des ing&#233;nieurs des ponts-et-chauss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le mauvais pas est franchi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous longeons les murs pittoresques de la cit&#233; des papes (on va, dit-on, les jeter bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait une sottise) et, enfilant la route de Tarascon, nous traversons, &#224; midi pr&#233;cis, la Durance sur l'interminable pont de Rognonas. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, il fait chaud, et les noms des villages, Barbentane, Graveson, Maillane, patrie de Mistral dont la maison borde la route, nous annoncent bien que nous sommes dans le Midi, pourtant les cigales ne chantent pas encore et, chose bizarre, la v&#233;g&#233;tation n'est pas plus avanc&#233;e qu'&#224; Andance et Saint-Vallier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les arbres sont en fleurs, mais pas de verdure encore, ni aux branches ni aux buissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous entendons h&#233;ler : M.&#160;A..., de Beaucaire, abonn&#233; du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;, averti de notre passage, avait eu l'excellente id&#233;e de se joindre &#224; nous et de nous piloter aux Baux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant au pied des Alpines, alors qu'il s'agit de conqu&#233;rir les 250 m&#232;tres d'altitude qui nous s&#233;parent du sommet, nous nous sentons d&#233;faillir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pain, les pommes, les oranges, les brassadors, tous les menus aliments dont nous nous sommes sustent&#233;s depuis Valence pendant 150 kilom&#232;tres, tout s'est &#233;vanoui, br&#251;l&#233; par les muscles, suc&#233; par le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la fringale, la hideuse fringale est &#224; la porte de notre estomac. Que faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La carte nous indique que nous sommes loin de tout village. M.&#160;A. nous tire heureusement d'embarras en nous conduisant &#224; un caf&#233; champ&#234;tre cach&#233; dans les oliviers &#224; un kilom&#232;tre de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un bol de lait, des &#339;ufs, des pommes, du pain, de l'eau et de la limonade, nous voil&#224; recharg&#233;s pour 100 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a compar&#233; avec raison le moteur humain &#224; un accumulateur &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; deux heures, nous commen&#231;ons l'ascension des Alpines, un des buts de notre excursion. Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#231;a ne ressemble pas &#224; nos montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est pel&#233;, c'est aride, c'est rocailleux, c'est sec, mais cela vaut tout de m&#234;me, d'&#234;tre vu. La mont&#233;e est assez longue et assez raide pour nous avoir fait prendre nos petits d&#233;veloppements, ce qui ne nous emp&#234;che pas de battre en pleine rampe une automobile qui, &#233;pat&#233;e, manque s'asseoir sur sa b&#233;quille pour nous regarder passer. On redescend au milieu d'un amas d'&#233;normes blocs de rochers jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le les uns sur les autres, formant des amoncellements bizarres et dont on retire d'excellentes pierres de taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux bons kilom&#232;tres de forte descente, puis, par une remont&#233;e dure, nous arrivons aux Baux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de curieux comme ces ruines d'une petite ville tr&#232;s florissante jadis, puisqu'au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle elle comptait 3.600 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville &#233;tait domin&#233;e par un ch&#226;teau-fort, v&#233;ritable nid d'aigle dont les murs &#233;ventr&#233;s, d&#233;chiquet&#233;s, dentellent l'extr&#234;me cr&#234;te sud-est des rochers &#224; pic qui, de ce c&#244;t&#233;, rendaient cette position inexpugnable. Une esplanade plus unie sans doute autrefois qu'elle ne l'est aujourd'hui, servait d'ar&#232;ne pour les courses de taureaux. On en a dall&#233; une partie afin de recueillir les eaux de pluie qu'on retient ensuite dans une vaste citerne plac&#233;e juste au-dessous du cimeti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;quivalent de nos barrages pour les 300 habitants qui vivent aujourd'hui tant bien que mal au milieu des d&#233;bris d'une opulence disparue&#160;: quand la citerne est vid&#233;, il faut aller chercher l'eau &#224; dos de mulet, nu pied de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux de savoir comment les 3.600 habitants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'alimentaient d'eau potable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'imagine que pour ne pas &#234;tre, en cas de si&#232;ge, &#224; la merci de l'ennemi, on avait creus&#233; des puits tr&#232;s profonds qui ont &#233;t&#233; combl&#233;s ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces ruines qui se confondent avec les rochers dont elles &#233;mergent, il y a ample mati&#232;re &#224; r&#234;veries sur l'instabilit&#233; des choses humaines. Aussi le temps fuit-il sans que nous nous en apercevions, et il est plus de trois heures et quart quand nous redescendons par un raccourci tr&#232;s scabreux sur la route qui nous emm&#232;ne, pieds au repos, jusqu'&#224; Maussane. On a plant&#233; sur le versant m&#233;ridional des pins d'Alep qui donnent au paysage un air de fra&#238;cheur dont le versant nord est enti&#232;rement priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 ou 35 kilom&#232;tres nous s&#233;parent encore de l'&#233;tang de Berre, mais le vent est moins fort et la route, sauf une mont&#233;e de 900 &#224; 1.000 m&#232;tres apr&#232;s Mouri&#232;s, est plate et tr&#232;s roulante, aussi nous suffit-il d'une heure et demie pour atteindre le deuxi&#232;me but de notre voyage, le Pont Flavien, ponceau plut&#244;t que pont romain jet&#233; sur un torrent et sur lequel on passe aujourd'hui comme on y passait au si&#232;cle d'Auguste. Il n'a rien de rare si ce n'est d'avoir servi pendant 2.000 ans sans interruption &#224; la circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous continuons pendant quelques kilom&#232;tres dans la direction de Berre jusqu'&#224; ce que nous trouvions un bout de plage assez abrit&#233; des regards indiscrets pour prendre un bain complet, agr&#233;able et hygi&#233;nique d&#233;lassement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis nous fl&#226;nons jusqu'&#224; six heures sur les bords de l'eau, avides d'aller plus loin et retardant le plus longtemps possible le moment de tourner bride.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il faut rentrer et nous avons 60 kilom&#232;tres &#224; &#233;grener pour gagner notre g&#238;te. En repassant &#224; Saint-Chamas, dont les caf&#233;s regorgent de consommateurs, Dieu que l'on boit d'absinthe dans le Midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous nous lestons de pain tremp&#233; dans du caf&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ensuite, couverts d'une noble poussi&#232;re mais point fatigu&#233;s, gr&#226;ce au strict r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, malgr&#233;, les 200 kilom&#232;tres que nous avons dans les jambes depuis le matin, nous filons par Arles sur Tarascon, o&#249; nous mettons pied &#224; terre &#224; 9 heures et demie. Total de la journ&#233;e : 260 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain avant l'aube, M.&#160;A... que nous avions laiss&#233; aux Baux, vient nous prendre &#224; l'h&#244;tel et quatre heures sonnent quand nous passons entre le pont de Beaucaire et le ch&#226;teau du roi Ren&#233;. Nous allons via Boulbon voir je pont d'Aramon qui n'a rien de romain ni d'antique, puisqu'il a &#233;t&#233; inaugur&#233; l'an pass&#233;, mais qui n'en est pas moins remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre pyl&#244;nes, deux sur chaque rive, et entre eux, suspendu &#224; des c&#226;bles, qui de loin paraissent des fils , un tablier de 270 m&#232;tres que le mistral le plus violent ne fait pas d&#233;vier d'une ligne. Voil&#224; qui n'est pas ordinaire et le fameux pont de Beaucaire n'est plus que de la Saint-Jean, &#224; c&#244;t&#233; de cette &#339;uvre de belle hardiesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Rognonas, nous fermons la boucle que nous venons de faire dans le Midi en reprenant la route suivie la veille, il ne nous reste qu'&#224; p&#233;daler en &#233;changeant nos impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Sorgues et Orange, un brouillard froid, humide. intense nous enveloppe, mais le vent qui, avant le lever du soleil, mena&#231;ait de souffler du nord, tourne au midi, dissipe le brouillard et nous pousse franchement. Le retour ne sera donc qu'une bagatelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, apr&#232;s Piolenc, o&#249; de 7 h. 1/2 &#224; 8 h. 45 nous faisons une longue halle, prenons-nous enfin nos grands d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Pierrelatte, &#224; dix heures, M.&#160;A... nous quitte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il va visiter l'abbaye d'Aiguebelle &#224; 18 kilom&#232;tres de l&#224;, puis il rentrera &#224; Beaucaire par Pont-Saint-Esprit et Remoulins, ayant couvert dans sa journ&#233;e quelque 200 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant &#224; Orange, nous avons appris que trois cyclo-touristes st&#233;phanois qui, primitivement, devaient se joindre &#224; nous, sont venus y coucher la veille et qu'ils en sont repartis ce matin &#224; cinq heures pour rentrer &#224; Saint-&#201;tienne. Peut-&#234;tre les rattraperons-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sans un pneumatique dont les lubies nous font perdre plus d'une heure, la chose e&#251;t &#233;t&#233; possible, car ils ne se pressaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Livron, heureuse rencontre, un de mes collaborateurs du &lt;i&gt;Cycliste &lt;/i&gt;&#160;: l'Homme de la Montagne, nous happe au passage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il descend la vall&#233;e du Rh&#244;ne jusqu'&#224; Carpentras d'o&#249; il compte explorer les alentours du Ventoux et les Basses-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons, allons, le cyclo-tourisme se r&#233;veille en France. Nous d&#233;jeunons et nous causons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les roues serves, folles ou libres, les polymultiplications, les freins sur jante et autres, tous les perfectionnements pour lesquels se passionnent aujourd'hui les cyclistes font les frais de la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; deux heures, je me souviens fort &#224; propos que j'ai donn&#233; rendez-vous &#224; 5 heures &#224; Andance &#224; M.&#160;F., d'Annonay, que mon pneumatique a besoin d'un coup de pompe tous les 3 ou 4 kilom&#232;tres et que, pour peu qu'il survienne quelque incident, j'arriverai en retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vite en selle et filons rondement. &#192; l'entr&#233;e de Tain, la foule nous emp&#234;che de passer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on danse sur la route et il faut aller &#224; pied pendant quelques centaines de m&#232;tres. Le soleil nous r&#244;tit, nous passons sur la rive droite, o&#249; l'ombre des montagnes commence &#224; ramener un peu de fra&#238;cheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, nous arrivons &#224; 5 heures et quart &#224; Andance. M.&#160;F. et sa jeune s&#339;ur, la plus intr&#233;pide cycliste que je connaisse, nous attendaient et nous gagnons, &#224; la petite vitesse, Annonay, non sans avoir pris une douche en passant aupr&#232;s d'un ruisseau, car l'hygi&#232;ne ne perd jamais ses droits aupr&#232;s d'un cyclo-touriste v&#233;g&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurions d&#251;, pour rester fid&#232;les &#224; notre programme, regagner nos p&#233;nates le soir m&#234;me, mais comment r&#233;sister &#224; l'offre aimable qui nous fut faite de nous asseoir &#224; la table d'une charmante famille et de dormir sous le toit le plus hospitalier qui se puisse imaginer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous c&#233;d&#226;mes &#224; la tentation, sous la condition expresse que notre h&#244;te et notre ami commun le docteur B., nous accompagneraient le lendemain matin &#224; Saint-&#201;tienne. Ainsi fut fait et, d&#232;s le mardi matin, sans &#234;tre en aucune fa&#231;on incommod&#233; par les 596 kilom&#232;tres parcourus depuis le samedi soir, chacun reprit son travail accoutum&#233; : nous avions d&#233;pens&#233; 12 francs par t&#234;te, environ 2 centimes par kilom&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de conclure, n'est-ce pas, en faveur de la bicyclette, comme mode de locomotion &#233;conomique et en faveur du r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien comme source d'&#233;nergie et d'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/paques1901.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH745/paques1901-13d48.jpg?1788127264' width='500' height='745' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-236 '&gt;&lt;strong&gt;Excursions dominicales de V&#233;locio (Excursion de P&#226;ques)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-236 '&gt;Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per1328_7
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De Die &#224; Grenoble, par le Queyras et le Lautaret (1902)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Col du Lautaret</dc:subject>
		<dc:subject>Marthe Hesse</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Apr&#232;s avoir visit&#233; les sites les plus vant&#233;s des Pyr&#233;n&#233;es, j'ai voulu revoir les Alpes et comparer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Col du Lautaret&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;Marthe Hesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par V&#233;locio, &#034; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt; &#034;, Septembre 1902, reparu en Novembre 52&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir visit&#233; les sites les plus vant&#233;s des Pyr&#233;n&#233;es, j'ai voulu revoir les Alpes et comparer. Je pr&#233;f&#232;re d&#233;cid&#233;ment les Alpes, et s'il me fallait choisir parmi les itin&#233;raires d&#233;j&#224; nombreux et vari&#233;s qui m'ont conduit &#224; travers la Savoie et le Dauphin&#233;, c'est au Queyras et au col d'Izouard que je donnerais la palme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a l&#224; de quoi remuer les &#226;mes les moins accessibles aux s&#233;ductions de la nature sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va de Saint-&#201;tienne &#224; Die par la route ou le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.L.&lt;/span&gt;M, aussi rapidement d'une fa&#231;on que de l'autre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre m&#234;me plus rapidement par la route, tant sont lympathiques les trains de Livron &#224; Die&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; coup s&#251;r plus &#233;conomiquement. En effet, par la voie la plus rapide en partant de Saint-&#201;tienne par le train de 3 h 44 et en passant par Lyon, on est &#224; Die &#224; 10 h 16 (co&#251;t minimum : 13 fr. 10), tandis que, par la route, les 160 Kilom&#232;tres qui s&#233;parent les deux villes peuvent sans difficult&#233; &#234;tre faits en moins de 8 heures sans bourse d&#233;lier. Notez une fois de plus la sup&#233;riorit&#233; que donne la bicyclette &#224; ceux qui savent s'en servir. Je quitte Die le 14&#160;septembre &#224; 4 heures et demie du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait encore nuit. Mes deux compagnons, M.&#160;B,.. et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; H , la triomphatrice du Tourmalet, iront a Gap par le premier train et ne feront &#224; bicyclette que la partie la plus int&#233;ressante de l'excursion. Mais je ne connais pas encore le tron&#231;on de route Die-Gap et 91 kilom&#232;tres de plus ou de moins ne sont pas une affaire. Nous avons tous nos montures du Tourmalet : la mienne, qui date de 1900 et qui avait autrefois huit d&#233;veloppements, n'en a plus que cinq (7 m. 15 et 5 m. 70 sur roue serve, 4 m&#232;tres, 3 m&#232;tres et 2 m. 30 sur roue libre) interchangeables en marche deux par deux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai fait supprimer trois pignons donnant les d&#233;veloppements de 4 m. 50. 5 m&#232;tres et 8 m. 40. (qui faisaient double emploi ou qui me servaient tr&#232;s rarement). Bagages compris, ma bicyclette p&#232;se exactement 30 kilos.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'emporte, vu le temps incertain et la pluie imminente, un rechange complet, une p&#232;lerine molletonn&#233;e, etc.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le tout imperm&#233;abilis&#233; par le proc&#233;d&#233; d&#233;crit dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du 30&#160;juin par M.&#160;le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Eybert &#224; qui nous devons tous beaucoup de reconnaissance pour son utile communication. Dans mon vaste sac de guidon, objet d'incessantes moqueries de la part de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; H. qui pourtant est bien aise, quand elle est menac&#233;e d'une fringale carabin&#233;e, d'y trouver du pain, du chocolat et des fruits, j'emporte un tas d'objets h&#233;t&#233;roclites dont j'ai rarement besoin, je l'avoue, mais qui pourtant... on ne sait pas ce qui peut arriver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin je p&#232;se 100 kilos en ordre de marche, et quand je grimperai de Brunnissard au col d'Izouard (9 kilom&#232;tres &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%). en 1 h. 5 avec 3 m&#232;tres de d&#233;veloppement, la r&#233;sistance de la p&#233;dale sera de 95 kilos et mon travail &#224; la seconde d'un peu plus de 91 kilos. Dix kg. de moins m'auraient soulag&#233; nettement de dix pour cent, c'est-&#224;-dire qu'en fournissant le m&#234;me travail j'aurais pu grimper en 58 minutes. D&#233;cid&#233;ment, il faudra que je m'all&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je roule sur un sol m&#233;diocre : la route vient d'&#234;tre charg&#233;e et la lueur clignotante de ma lanterne me permet tout juste de me faufiler le long d'un empierrement de plusieurs centaines de m&#232;tres. Je traverse la Dr&#244;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e &#233;troite s'&#233;vase &#231;a et l&#224;. En moins d'une heure je suis &#224; Luc-en-Diois et je p&#233;n&#232;tre peu apr&#232;s dans un site extraordinairement sauvage. D'&#233;normes rochers, aupr&#232;s desquels ceux que l'on rencontre en allant &#224; Gavernie sont de simples pav&#233;s, barrent le passage de la route &#224; la rivi&#232;re et au chemin de fer qui se glisse sous un tunnel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la rivi&#232;re se d&#233;m&#232;ne comme elle peut et la route s'&#233;loigne de ce chaotique amoncellement par une tr&#232;s gracieuse courbe en rampe douce. Une montagne a d&#251; s'&#233;bouler l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelque Rochecourbe s'est effondr&#233;e dans la vall&#233;e, pr&#233;parant ainsi pour le touriste de nouveaux et impr&#233;vus points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite c'est du plat pendant plusieurs kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profite pour faire un peu de vitesse, sans toutefois prendre mon plus grand d&#233;veloppement. Avec 5 m. 70 et 70 tours on fait du 24 &#224; l'heure ce qui n'est pas d&#233;j&#224; trop mal. Tout &#224; coup la route tourne a gauche, &#224; angle droit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je quitte la Dr&#244;me et je vais remonter un petit ruisseau, la mont&#233;e est insignifiante jusqu'&#224; Bauri&#232;res, le premier village que l'on rencontre apr&#232;s Luc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bauri&#232;res commence la mont&#233;e qui conduit au col de Cabre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'a rien que de tr&#232;s ordinaire et peut se faire avec 4 m&#232;tres fort ais&#233;ment. De grands lacets m'am&#232;nent au-dessus de Bauri&#232;res que je vois petit &#224; petit s'enfoncer comme dans un trou, &#224; cela pr&#232;s le passage n'a rien de transcendant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pentes des montagnes voisines sont d&#233;nud&#233;es, ravin&#233;es, &#233;boul&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles semblent de boue. La qualit&#233; du sol s'en ressent et la route est souvent rendue dure par des ensablements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P. L.&lt;/span&gt; M.&#160;s'enfonce dans un tunnel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; chaque instant je m'attends &#224; voir passer le train qui emm&#232;ne mes compagnons, mais un dernier grand lacet me porte au sommet sans que j'aie entendu le moindre coup de sifflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comptais d&#233;jeuner au Refuge qui m'a paru construit sur le mod&#232;le de celui du Rousset et susceptible de donner l'hospitalit&#233; &#224; quelques touristes attard&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a point de lait et encore moins de fruits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je commence la descente dont la pente m'a sembl&#233; plus rapide que de l'autre c&#244;t&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la montagne est en d&#233;composition, des coul&#233;es de boue doivent en descendre &#224; chaque pluie : nature morne, triste, d&#233;sol&#233;e. Rien n'engage &#224; mettre le frein, on passe vite. Quand la descente s'alentit, un vent furieux me prend en poupe et en flanc et me fait filer &#224; de vertigineuses allures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; certains d&#233;tours de la route, par exemple, c'est le contraire, et alors il faut appuyer sur les p&#233;dales ou passer de la grande &#224; la petite vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'atteindre Aspres-sur-Buech, la route franchit une s&#233;rie de mamelons, o&#249; descentes et mont&#233;es se succ&#232;dent sans interruption. Sur le bord, du foss&#233; une automobile abandonn&#233;e sous une b&#226;che verte, ressemble assez &#224; un navire &#233;chou&#233; &#224; la c&#244;te. Apr&#232;s avoir sans doute lutt&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment contre la panne sournoise, de guerre lasse, les chauffeurs ont quitt&#233; le bord et sont all&#233;s cherch&#233; du secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mets pied &#224; terre &#224; Aspres au moment o&#249; l'on s'achemine vers la gare pour prendre le train qui me suis depuis Die&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai 60 kilom&#232;tres au compteur et trop de vide dans l'estomac pour aller plus loin avant de d&#233;jeuner. Je me livre pendant trois quarts d'heure &#224; cette int&#233;ressante besogne, et je ne puis me remettre en selle qu'apr&#232;s avoir satisfait la curiosit&#233; de nombreux curieux assembl&#233;s autour de ma bicyclette. On en est &#224; Aspres et en beaucoup d'autres lieux, &#224; la bicyclette araign&#233;e aussi d&#233;nu&#233;e de confortable que possible, mais l&#233;g&#232;re... Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la l&#233;g&#232;ret&#233; voyez-vous, il n'y a que &#231;a de vrai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Comme ma bicyclette ne quitte pas volontiers le sol qu'on essaye de la soulever d'une main on me prend en piti&#233; ou pour un ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je descends vers le Buech, torrent qui sort du D&#233;voluy, o&#249; il faudra bien que je p&#233;n&#232;tre l'an prochain, et je remonte sur une colline bois&#233;e au flanc de laquelle serpente gentiment la route qui ne tarde pas &#224; redescendre. Me voici pour de longs kilom&#232;tres dans la plaine monotone dont Veynes est le plus bel ornement. Par dessus quelques collines d'o&#249; la verdure n'est pas absolument exclue j'aper&#231;ois de temps en temps, &#224; gauche, les sommets mornes et mena&#231;ants qui d&#233;fendent le D&#233;voluy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre m&#234;me ai-je aper&#231;u la pointe du pic de Bure, pendant de la t&#234;te de l'Obiou, &#224; l'autre bout de ce sauvage pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la hauteur de la Freissinousse je change brusquement de direction et Je me trouve avoir lutter en m&#234;me temps contre le vent et contre la mont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien anodine, celle-ci, mais ajout&#233;e &#224; la r&#233;sistance du vent, elle me force &#224; prendre 4 m&#232;tres et &#224; r&#233;duire sensiblement mon allure. Apr&#232;s la mont&#233;e, la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est dans l'ordre : le vent tant&#244;t me pousse, tant&#244;t me retient et finalement j'arrive &#224; Gap (96 kilom&#232;tres) en descente et avec vent contraire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 9 h. 45. Mes compagnons ne peuvent &#234;tre bien loin et je les rattraperais en poussant un peu si je n'avais &#224; m'arr&#234;ter un instant &#224; Gap pour y faire provision de fruits et de pain. Je me perds dans un d&#233;dale de petites rues &#233;troites o&#249; il ne ferait pas bon, para&#238;t-il, s'aventurer le soir, car le tout &#224; l'&#233;gout passe d'abord par la fen&#234;tre, tant pis pour les passants attard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 10 h, et demie seulement je m'&#233;loigne de Gap, et le vent-est &#224; ce moment si violent et si contraire que je suis forc&#233; de me contenter d'une allure tr&#232;s modeste avec d&#233;veloppement de 4 m&#232;tres. Tout &#224; coup, sans que la route semble changer beaucoup d'orientation, le vent devient favorable et j'arrive assez vite &#224; Chorges. &#192; mon pr&#233;c&#233;dent voyage, j'avais d&#233;j&#224; not&#233; cette bizarrerie du vent due sans doute &#224; des remous et &#224; des ricochets entre les montagnes, carambolages de la nature dont nous sommes les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chorges, o&#249; j'avais vu couler il y a trois ans des eaux si abondantes a, cette ann&#233;e, toutes ses fontaines taries. A quoi pensent donc ses &#233;diles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; la sortie du village je n'ai garde, cette fois, de manquer la jolie route qui suit le torrent des Houlettes jusqu'&#224; la Durance, o&#249; je m'arr&#234;te &#224; midi moins le quart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bain de jambes et ablution du torse, puis, mollement &#233;tendu &#224; l'ombre, sur le bord du ruisseau, je d&#233;balle mes provisions et d&#233;jeune avec un indicible contentement, d'un melon, de quelques p&#234;ches et de trois petits pains achet&#233;s &#224; Gap, co&#251;t : cinquante centimes. Je n'ai fait dans la matin&#233;e que 118 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques kilom&#232;tres en descendant de Chorges et en remontant, ensuite la Durance, on longe une montagne de boue solidifi&#233;e, ravin&#233;e profond&#233;ment par la pluie et d'un aspect tr&#232;s bizarre. Pas d'autres remarques int&#233;ressantes jusqu'&#224; Embrun o&#249; j'entre &#224; 1 h. 1/2&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est en f&#234;te et encombr&#233;e de visiteurs, je me fraye assez p&#233;niblement un passage jusqu'&#224; l'h&#244;tel de France o&#249; m'attendent mes compagnons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route jusqu'&#224; Mont-Dauphin continue &#224; &#234;tre tr&#232;s belle, mont&#233;es et descentes alternent et l'on peut aller bon train. Sur son roc inexpugnable, la vieille citadelle a vraiment grand air. Nous passons le Guil et abandonnant la route nationale, nous tournons &#224; gauche, du c&#244;t&#233; de Guillestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons ici dans la partie excursion de notre voyage, nous n'avons fait jusque-l&#224; que du transport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La merveilleuse gorge du Queyras, car on ne peut raisonnablement pas appeler vall&#233;e l'&#233;troite bande de terre qui borde le torrent, va s'ouvrir devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part de Guillestre, une rampe fort roide, en plein soleil, sur un sol plus que m&#233;diocre, nous oblige &#224; en mettre plus que de raison. Il y aurait l&#224; du 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% que je n'en serais pas surpris. Ce n'est pas long, heureusement, et quand on met pied &#224; terre sur le sommet on a pour r&#233;compense une belle vue sur le massif du Pelvoux. Cependant on s'est &#233;lev&#233; de 200 m&#232;tres au-dessus du Guil qui gronde, invisible, dans un lit trop &#233;troit, et le paysage a soudain rev&#234;tu un caract&#232;re sauvage et presque agressif. La montagne se d&#233;fend contre les envahisseurs, ses parois se referment et ne laissent &#224; la route qu'une place bien restreinte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous allons tr&#232;s lentement, en proie &#224; une &#233;motion ind&#233;finissable comme si nous entrions dans un sanctuaire, il y aurait d'ailleurs quelque danger &#224; aller vite, et je garde le souvenir d'un certain virage &#224; droite que j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; faire &#224; pied, d'autant plus qu'on ne perd rien, au contraire, &#224; s'arr&#234;ter l&#224; un instant, c'est le plus beau passage pour ceux qui pr&#233;f&#232;rent les sites farouches de la nature sauvage aux bords fleuris qu'arrose la Seine. Le Queyras a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;crit ici, de main de ma&#238;tre, &#224; plusieurs reprises, je ne m'&#233;tendrai donc pas davantage sur ses incontestables beaut&#233;s qui n'ont pas &#233;t&#233; surfaites&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'apparition du vieux fort de Ch&#226;teau-Queyras est merveilleuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Aiguilles, ce village de millionnaires, est curieux par le contraste des humbles masures et des villas opulentes. De frileuses jeunes femmes, des jeunes gens, tir&#233;s &#224; quatre &#233;pingles, d'&#233;paisses dames richement v&#234;tues circulent sur la route qui forme la principale art&#232;re du village au milieu des troupeaux, des paysans revenant des champs, contraste frappant de la vie &#233;l&#233;gante et oisive mais maladive avec l'existence mis&#233;rable et laborieuse mais robuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions pousser jusqu'&#224; Abri&#232;s pour voir le mont Viso&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quatre kilom&#232;tres seulement de route facile nous en s&#233;paraient, mais il allait &#234;tre nuit et nous n'aurions pas vu grand chose. Nous avions d&#233;pos&#233; nos bagages &#224; l'h&#244;tel Puy-Got &#224; Ch&#226;teau-Queyras, o&#249; le d&#238;ner v&#233;g&#233;tarien, command&#233; en passant, devait nous attendre. Nous n'all&#226;mes donc pas plus haut qu'Aiguilles dans la gorge du Queyras o&#249;, sauf la mont&#233;e initiale de la Viste et une autre petite rampe dite de l'Ange Gardien, les pentes sont insignifiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du lendemain &#233;tant peu charg&#233;, j'aurais pu, mais l'Id&#233;e ne m'en vint pas, en partant &#224; 4 h. 1/2, aller d&#233;jeuner &#224; 12 kilom&#232;tres de l&#224;, &#224; Saint-V&#233;ran, la commune la plus &#233;lev&#233;e de France (altitude : 2.045 m&#232;tres). On ne passe pas aussi pr&#232;s d'un village qui d&#233;tient un tel record sans aller le saluer, et peut-&#234;tre que, chemin faisant, j'aurais du m&#234;me coup aper&#231;u la pointe du G&#233;ant des Alpes brian&#231;onnaises. Que voulez-vous, on ne pense pas &#224; tout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 7 heures nous nous &#233;branlons. La route d'Arvieux s'embranche sur celle du Queyras d'une fa&#231;on tr&#232;s modeste sans que la moindre plaque indicatrice nous dise o&#249; elle conduit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et cependant c'est celle du pays o&#249; l'on cuit le pain une fois l'an&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous nous y engageons sous l'impression du r&#233;cit vivant et document&#233; qu'a fait, il y a un an dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, M.&#160;d'Espinassous, de sa visite &#224; la Chalp d'Arvieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On monte assez durement avec des alternatives de palier. Le temps est radieux : il y a de l'animation sur la route et dans les champs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se h&#226;te d'engranger les maigres r&#233;coltes de ces terrains d&#233;sh&#233;rit&#233;s, riches seulement en bois et en p&#226;turages. Devant nous, bient&#244;t les cr&#234;tes d&#233;nud&#233;es des montagnes ferment l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous traversons Arvieux, laissons &#224; droite la Chalp et nous &#233;tions &#224; deux cents m&#232;tres de Brunissard, quand un pneumatique juge &#224; propos de crever. Je suis forc&#233; de remplacer une chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l&#224; une assez longue halte pendant laquelle notre aimable compagne, apr&#232;s avoir croqu&#233; les p&#234;ches qu'elle d&#233;couvre dans le sac&lt;br class='autobr' /&gt;
dont elle raille l'ampleur, alors qu'elle lance jusqu'aux cieux quelques notes harmonieuses, ne regarde plus &#224; ses pieds et se laisse choir du haut du talus, sans meurtrissures graves heureusement. Ce fut l'unique pelle de tout le voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Brunissard est un amas de lamentables bicoques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les femmes, qui travaillent l&#224;-bas autant et peut-&#234;tre plus que les hommes, n'y sont pas belles et leurs visages rid&#233;s, fl&#233;tris, bronz&#233;s, d&#232;s l'enfance paraissent vieillots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un moment nous apercevions les lacets du col d'Izouard au flanc d'un &#233;peron absolument d&#233;nud&#233; o&#249; le soleil d&#233;j&#224; chaud (il est 8 heures et demie quand nous commen&#231;ons l'escalade) allait nous sucer de belle fa&#231;on. Ces lacets ne laissent pas d'&#234;tre dangereux par la forte pente du talus sans parapet, sans le moindre arbuste pour vous retenir si par m&#233;saventure vous manquiez un tournant &#224; la descente. Des garde-fous ont cependant &#233;t&#233; plac&#233;s &#231;a et l&#224; aux endroits apparemment les plus dangereux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, &#224; ce compte-l&#224; je ne vois pas pourquoi l'on n'en mettrait pas du haut en bas. Avec 3 m&#232;tres de d&#233;veloppement je monte sans essoufflement et sans fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pente ne doit pas d&#233;passer 8 &#224; 9&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, sauf en quelques passages tr&#232;s courts o&#249; il faut appuyer. Le sol est bon, de temps en temps on traverse des parties ensabl&#233;es par les pluies. Mes deux compagnons montent plus lentement et font des haltes fr&#233;quentes pour photographier diff&#233;rents points de vue. Les toits d'ardoises de Brunissard scintillant au soleil, s'enfoncent de plus en plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; tel virage je les revois, &#224; tel autre ils disparaissent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les regards portent de plus en plus loin. Mais, serions-nous d&#233;j&#224; arriv&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il semble qu'on aper&#231;oit l'&#233;chancrure du col &#224; travers les arbres qui, vers le sommet de l'&#233;peron que nous venons d'escalader, r&#233;cr&#233;ent la vue et att&#233;nuent l'ardeur du soleil. Ce n'est, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'une illusion, un faux col. Brusquement la route tourne &#224; droite et grimpe au flanc d'une autre montagne, puis elle revient &#224; gauche, et ce zigzag me permet d'apercevoir mes compagnons que j'avais perdus de vue depuis un moment. Bien qu'&#224; une assez haute altitude (environ 2.200 m&#232;tres) cette montagne est tr&#232;s bois&#233;e et elle doit ce privil&#232;ge sans doute &#224; son exposition car en g&#233;n&#233;ral les arbres deviennent tr&#232;s rares et disparaissent m&#234;me &#224; l'altitude de 2 000 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous l'avions remarqu&#233; en passant le grand et le petit Saint-Bernard, la Furca, le mont Cenis, le Lautaret, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain la mont&#233;e se change en descente le soleil fait place &#224; l'ombre dans un gouffre, un immense trou &#224; peu pr&#232;s rond, aux parois d&#233;chiquet&#233;es, o&#249; le silence n'est troubl&#233; que par le roulement des pierres qui se d&#233;tachent des roches. En bien des endroits ce passage est s&#251;rement dangereux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un coupe-gorge de la nature. Pendant la tourmente, la neige doit s'y engouffrer avec une rapidit&#233; fatale au voyageur fatigu&#233;, et au printemps, les avalanches, derri&#232;re les rochers embusqu&#233;es, doivent y guetter les passant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, rien ne me menace, mais je me sens tellement isol&#233; qu'il me tarde de sortir de ce puits, et apr&#232;s les cinq ou six cents m&#232;tres de descente, je me h&#226;te vers le soleil que j'aper&#231;ois sur les derniers lacets moins raides que les premiers et qui m'am&#232;nent au col &#224; 9 h. 35, c'est-&#224;-dire en 65 minutes de Brunissard. Je ne sais quelle est au juste la distance, 8, 9 ou 10 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a pas de poteau indicateur. La descente commence imm&#233;diatement, mais avant d'avoir fait un kilom&#232;tre, on met naturellement pied &#224; terre devant la maison du cantonnier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fontaine d'eau glac&#233;e, la premi&#232;re que l'on rencontre depuis Brunissard, jaillit &#224; la porte, et la ma&#238;tresse du logis est tr&#232;s avenante. Tout nous invite &#224; nous reposer un instant et &#224; nous restaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous apporte le livre du bord o&#249; les visiteurs consignent leurs impressions, et nous avons le plaisir de constater que trois groupes de cyclistes st&#233;phanois ont, avant nous, cette ann&#233;e, pass&#233; le col d'Izouard, tous munis de bicyclettes polymultipli&#233;es. Deux chambr&#233;s tr&#232;s convenables sont &#224; la disposition des touristes que la nuit surprendrait l&#224;-haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La descente sur Cervi&#232;res ne nous a pas sembl&#233; dangereuse, les tournants y sont secs assur&#233;ment et tr&#232;s fr&#233;quents, mais on les voit venir, ils ne surprennent pas et l'on ne sur plombe pas un ab&#238;me comme de l'autre c&#244;t&#233; de Brunissard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, et de l'avis de tous nos amis qui ont, soit dans un sens, soit dans l'autre, pass&#233; le col de l'Izouard, il n'y a pas lieu de s'en effrayer d'avance, et la note du guide du Dauphin&#233; qui engage &#224; faire &#224; pied la travers&#233;e de Brunissard &#224; Cervi&#232;res nous semble d'une prudence exag&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cervi&#232;res, un bon gendarme a l'obligeance de nous signaler un tournant dangereux &#224; 1.500 m&#232;tres de l&#224; et nous filons rondement vers Brian&#231;on, en regrettant de n'avoir pas de yeux autour de la t&#234;te pour ne rien perdre des beaux sites qui nous entourent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Cervi&#232;res et Brian&#231;on mes compagnons s'attardent tant et si bien &#224; photographier &#224; droite et &#224; gauche tout ce qui se pr&#233;sente que nous n'arrivons au grand H&#244;tel qu'&#224; midi, apr&#232;s avoir grimp&#233; &#224; bicyclette le raidillon qui conduit directement de la gare &#224; la ville et qui a bien du 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Brian&#231;on, l'excursion proprement dite est termin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous rentrons dans les voies connues que l'on revoit pourtant toujours avec plaisir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous quittons l'h&#244;tel &#224; 14 h. en m&#234;me temps qu'une automobile que nous plaquerons tr&#232;s vite &#224; la mont&#233;e et, malgr&#233; un vent du Nord tr&#232;s violent qui nous sera contraire toute la soir&#233;e, nous sommes au Lautaret (28 kil.) &#224; 16 h 10 et &#224; Grenoble (115 kil.) &#224; 21 h.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une belle &#233;tape d'apr&#232;s-midi, surtout pour M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Marthe H.., qui a soutenu sans aucune fatigue l'allure un peu vive que nous avions d&#251; prendre pour ne pas manquer le train de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>POUR LA PETITE HISTOIRE DE LA ROUTE DU PARPAILLON</title>
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		<dc:date>2022-05-10T08:58:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Grillot</dc:subject>
		<dc:subject>Col du Parpaillon</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>
		<dc:subject>Groupe Montagnard Parisien (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G.M.&lt;/span&gt;P.)</dc:subject>
		<dc:subject>Cyclo-muletier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les ann&#233;es 1929 et 1930 virent un v&#233;ritable afflux de cyclo-montagnards vers les Alpes en g&#233;n&#233;ral, et le Parpaillon en particulier. Un fanion sp&#233;cial &#233;tait m&#234;me offert &#224; qui pouvait prouver son passage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le registre que nous avions d&#233;pos&#233; &#224; Cr&#233;voux se couvrit d'appr&#233;ciations et de signatures. On peut dire que le fanion du Parpaillon fut le pr&#233;curseur des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. R.&lt;/span&gt; A., &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;R. C. P.&lt;/span&gt; et autres brevets de montagne. Il f&#238;t beaucoup, &#224; l'&#233;poque, pour la cause des grands Cols Alpins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'oubli est de nouveau revenu. D'autres ann&#233;es pass&#232;rent encore. La route du Parpaillon a 47 ans. Dans quel &#233;tat se trouve-t-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, peut-&#234;tre, nous la verrons large et bonne, mais elle aura perdu sa solitude, et sur les ruines des b&#226;timents des chasseurs d'autrefois, s'&#233;rigeront, rouges ou vertes, les pompes de la Standard ou de la Texaco.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Georges Grillot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Col du Parpaillon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Groupe Montagnard Parisien (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G.M.&lt;/span&gt;P.)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cyclo-muletier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;par Georges &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GRILLOT&lt;/span&gt;, Le Cycliste, 1948, p.6&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a une cinquantaine d'ann&#233;es, l'Administration militaire, sans doute impressionn&#233;e par le renouvellement de la Triplice &#8212; cette alliance qui pla&#231;ait l'Italie (d&#233;j&#224;) dans l'orbite austro-allemande &#8212; se mit en demeure de fortifier s&#233;rieusement notre fronti&#232;re des Alpes. On construisit de nombreux forts, des redoutes, des bastions. Tout ceci, heureusement, ne servit &#224; rien, puisque l'Italie, en 1915, abandonna la Triplice. Vingt-huit ans plus tard, en 1943, et avec la m&#234;me d&#233;sinvolture, elle planta l&#224; Hitler, le Mikado et leur fameux pacte d'Acier, pulv&#233;ris&#233; lui-m&#234;me par la bombe atomique deux ans plus tard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, en g&#233;n&#233;ral, il ne reste jamais rien des &#339;uvres de guerre&#160;: canons, tanks, avions, cuirass&#233;s, etc,.., les fortifications de notre fronti&#232;re alpestre nous auront valu la construction de fort belles routes qui, elles, sont demeur&#233;es. En effet, la route des grands cols, nous la devons pour une large part &#224; nos bataillons de chasseurs alpins. Pour une fois, on a employ&#233; avec intelligence Croquebol et la Guillaumette. Quant aux g&#233;n&#233;raux Berge et Z&#233;d&#233;, leurs noms sont aujourd'hui bien oubli&#233;s. Ils n'en ont pas moins, sur la route des Alpes, conquis une gloire de b&#226;tisseurs qui en vaut bien d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Actuellement, un certain nombre de routes strat&#233;giques, c'est-&#224;-dire entretenues &#8212; en principe &#8212; par l'autorit&#233; militaire, sont remises &#224; l'Administration des Ponts et Chauss&#233;es. Parmi elles&#160;: la route du Parpaillon dont nous parlerons aujourd'hui. Les minces cr&#233;dits, toujours rogn&#233;s d'ailleurs, dont disposent les Ponts et Chauss&#233;es leur permettront-ils de remettre rapidement en &#233;tat les routes nouvellement prises en charge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous n'en avons aucune id&#233;e, mais nous ferons n&#233;anmoins confiance &#224; ce corps d'ing&#233;nieurs qui a su doter la France d'un r&#233;seau incomparable que le monde nous envie.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re travers&#233;e du col du Parpaillon fut effectu&#233;e les 17 et 18&#160;ao&#251;t 1900, par deux cyclotouristes lyonnais, M.&#160;Burdet et un de ses camarades demeur&#233; anonyme. Partis de La Condamine apr&#232;s le d&#233;jeuner et sous une pluie battante, nos deux intr&#233;pides grimpeurs s'engagent sur le chemin du col en poussant leur machine, munie d'un unique d&#233;veloppement de 5 m. 10, trop grand pour la pente. Remarquez en passant l'audace de ces Messieurs. Ils partent dans l'inconnu, &#224; une heure tardive et par tr&#232;s mauvais temps. Ils ne savent pas s'ils pourront franchir le tunnel, en admettant qu'ils y arrivent, mais quoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#233;crit M.&#160;Burdet &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;nous ne pouvons pas refaire en sens inverse la route du Lauzet et comme nous devons &#234;tre &#224; Lyon le 19, il faut passer le col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tout simplement.. Les choses s'arrangent n&#233;anmoins, au bout de quatre heures de marche, nos deux cyclotouristes parviennent &#224; un camp d'Alpins, o&#249; les renseignements sont mauvais&#160;: le tunnel est &#224; huit kilom&#232;tres, obstru&#233; par un &#233;boulement. Il faudra passer par l'ar&#234;te du col en pleine nuit et, sans doute, atteindre Cr&#233;voux vers trois heures du matin, s'il n'arrive pas de catastrophe. Les choses s'arrangent, avons-nous dit, sous forme d'un lieutenant qui offre l'hospitalit&#233; du camp aux deux audacieux. Il y eut m&#234;me un d&#238;ner de premier ordre, et M.&#160;Burdet, sans nous dire lesquelles, s'&#233;tonne des ressources alimentaires en possession d'un d&#233;tachement alpin perdu dans un coin pareil. Il fut bien plus &#233;tonn&#233; le lendemain matin en apercevant en cet endroit d&#233;sol&#233; un th&#233;&#226;tre en plein air, dont le fronton porte cette inscription&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Folies Parpaillonnaises&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Enfin, apr&#232;s un d&#233;jeuner comportant escargots, coq de bruy&#232;re, faisan, alouettes, etc., les deux machines sont arrim&#233;es sur un mulet, en route pour le col. Il est franchi sans douleur par l'&#233;boulis au-dessus du tunnel, toujours avec les mulets. De l&#224;, M.&#160;Burdet et son compagnon descendent &#224; v&#233;lo sur Cr&#233;voux, par une route boueuse, mais bonne, tandis qu'ils doivent effectuer &#224; pied l'effroyable tron&#231;on de Cr&#233;voux &#224; la Durance. Ils arrivent &#224; Embrun, &#224; dix heures du soir, enchant&#233;s de cette travers&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des ann&#233;es qui suivirent cette m&#233;morable ascension, il n'est plus question du Parpaillon. On parle d'ailleurs tr&#232;s peu des autres cols fran&#231;ais, la vogue du moment &#233;tant &#224; la Suisse. Le Cycliste, sous la plume de ses collaborateurs habituels, se livre &#224; une v&#233;ritable d&#233;bauche de Furka, Grimsel, Stelvio, Gothard, etc. V&#233;locio. lui-m&#234;me, organise, pour le 14&#160;juillet 1903, une excursion collective de l'&#201;cole St&#233;phanoise &#224; travers la Suisse. Elle doit durer huit jours et comporter des &#233;tapes formidables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu avant le d&#233;part, V&#233;locio d&#233;clare ne pouvoir s'absenter plus de trois jours et laisse l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; partir sans lui. Il ne renonce pas pour cela au p&#233;riple helv&#233;tique, qu'il effectuera seul au 15&#160;ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La travers&#233;e du Parpaillon remplace, au 14&#160;juillet, le voyaqe en Suisse. V&#233;locio va essayer, sur la route en question, une nouvelle machine de 16 kilos, munie de six vitesses en marche, lui donnant une gamme de 8 m. 40 &#224; 2 m. 75, par bi-cha&#238;ne et moyeu Three Speed.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici donc V&#233;locio parti, dans la nuit comme d'habitude. Il a toujours eu de tr&#232;s mauvais yeux, mais jusqu'&#224; sa mort il s'est obstin&#233; &#224; rouler de nuit, la plupart du temps &#233;clair&#233; par de ch&#233;tifs lumignons. Si V&#233;locio s'est int&#233;ress&#233; vivement &#224; la bicyclette elle-m&#234;me et au changement de vitesse, il a toujours consid&#233;r&#233; les accessoires comme quantit&#233;s n&#233;gligeables. Toujours muni de lanternes de quatre sous, pr&#233;f&#233;rant les ficelles aux porte-bagaqes, la carence de ses installations lui a valu, au cours de sa carri&#232;re, des b&#251;ches hom&#233;riques. Il ne s'en cache d'ailleurs pas. Au cours du r&#233;cit de voyage en Suisse, j'ai pu relever une moyenne de trois &#224; quatre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gamelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (sic) par &#233;tape. V&#233;locio tombait avec la maestria d'un cow-boy de l'Arizona. Jamais il ne se faisait de mal s&#233;rieux, toutefois, il dut regagner plus d'une fois Saint-&#201;tienne par le train, sa machine bris&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soir du 12&#160;juillet 1903, M.&#160;de Vivie, venu de St-&#201;tienne, couche &#224; l'Argent&#238;&#232;re - La Bess&#233;e. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ma premi&#232;re &#233;tape, dit-il, n'est que de 240 kilom&#232;tres, pourtant je succombe au sommeil, aussi le lendemain ne partons-nous pas de tr&#232;s bonne heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de tr&#232;s bonne heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A cinq heures du matin V&#233;locio et son compagnon venu le rejoindre avec le train sont d&#233;j&#224; par monts et par vaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ils louvoient sur les routes difficiles et mal signal&#233;es des bords de la Durance. Le f&#226;cheux &#233;tat de la chauss&#233;e les oblige &#224; marcher souvent &#224; pied, aussi n'arrivent-ils &#224; Cr&#233;voux qu'&#224; midi. L'auberqe est ferm&#233;e, la patronne &#233;tant malade et le cur&#233; qui aurait pu leur donner quelques victuailles, est parti enterrer un paroissien. Enfin, nos deux cyclotouristes trouvent quelques vivres et repartent &#224; 14 heures vers le col, par un temps tr&#232;s mena&#231;ant. V&#233;locio, qui ne voit pas clair, risque de se trouver en pleine nuit et sous la pluie dans la difficile descente de La Condamine. Il n'a cure de ces consid&#233;rations terre-&#224;-terre. L'orage. bien entendu, se d&#233;clenche peu apr&#232;s Cr&#233;voux, la route devient un v&#233;ritable torrent. Enlevons nos bas et retroussons nos pantalons, &#231;a ira beaucoup mieux doit penser V&#233;locio. C'est dans cet &#233;quipage que parviennent au tunnel le ma&#238;tre et le disciple. Pour trouver la route libre, il leur faut traverser un banc de neige haut de trois m&#232;tres et large de dix, La descente commence enfin, coup&#233;e d'orni&#232;res, de caniveaux, le tout soigneusement dissimul&#233; sous une &#233;paisse couche de boue jaun&#226;tre, tandis que la pluie tombe &#224; torrents. Les voil&#224; au camp du Parpaillon, o&#249; trois ans plus t&#244;t M.&#160;Burdet fut si bien re&#231;u. Les Alpins les appellent, certains courent apr&#232;s eux, mais V&#233;locio passe sans s'arr&#234;ter, il n'a pas le temps, il n'aura jamais le temps de s'arr&#234;ter.., La nuit tombe, la pluie cesse enfin, les derniers kilom&#232;tres de la descente sont faits &#224; pied. Voici La Condamine, l'h&#244;tel du Commerce. V&#233;locio ne cache pas son contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ann&#233;es pass&#232;rent. La route du Parpaillon ne fut jamais tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e. Inaccessible aux autocars, m&#234;me aux voitures, les avalanches, les &#233;boulements ruin&#232;rent rapidement le travail des Alpins. L'herbe poussa, timidement d'abord, puis sans vergogne. Petit &#224; petit retourn&#232;rent &#224; ia terre les b&#226;timents et refuges qui avaient &#233;t&#233; construits au d&#233;but du si&#232;cle. Lorsqu'en 1928, nous franch&#238;mes, Philippe Marre et moi, le col du Parpaillon, la route &#233;tait devenue mauvais sentier, seul demeurait intact le tunnel du sommet. Frapp&#233;s l'un comme l'autre de la grandeur de ces lieux, nous engage&#226;mes vivement les cyclotouristes &#224; passer le Parpaillon, agr&#233;able variante du col de Vars. Les ann&#233;es 1929 et 1930 virent un v&#233;ritable afflux de cyclo-montagnards vers les Alpes en g&#233;n&#233;ral, et le Parpaillon en particulier. Un fanion sp&#233;cial &#233;tait m&#234;me offert &#224; qui pouvait prouver son passage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le registre que nous avions d&#233;pos&#233; &#224; Cr&#233;voux se couvrit d'appr&#233;ciations et de signatures. On peut dire que le fanion du Parpaillon fut le pr&#233;curseur des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. R.&lt;/span&gt; A., &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;R. C. P.&lt;/span&gt; et autres brevets de montagne. Il f&#238;t beaucoup, &#224; l'&#233;poque, pour la cause des grands Cols Alpins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'oubli est de nouveau revenu. D'autres ann&#233;es pass&#232;rent encore. La route du Parpaillon a 47 ans. Dans quel &#233;tat se trouve-t-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, peut-&#234;tre, nous la verrons large et bonne, mais elle aura perdu sa solitude, et sur les ruines des b&#226;timents des chasseurs d'autrefois, s'&#233;rigeront, rouges ou vertes, les pompes de la Standard ou de la Texaco.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>SAINT-&#201;TIENNE, GRENOBLE, GAP, BRIAN&#199;ON, CHAMB&#201;RY</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article261</link>
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		<dc:date>2022-05-03T14:01:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai toujours plein mon tiroir de projets de voyages et je choisis celui qui devait me permettre de remettre en lumi&#232;re les qualit&#233;s des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements. Sur mon porte-bagage arri&#232;re je fixai le paquet sous toile caoutchout&#233;e qui me sert de valise, j'accrochai &#224; mon guidon le sac-musette &#224; trois compartiments o&#249; je place mes cartes, mon revolver, quelques objets de toilette, du pain et des fruits, j'accrochai au cadre sous la selle le frein &#224; large patin de bois gr&#226;ce auquel je puis faire les descentes les plus raides sans me fatiguer &#224; contrep&#233;daler, et j'allai dormir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias Velocio, Le Cycliste, 1899, p. 121-132, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne sachant jusqu'au dernier moment si je serais libre pendant les trois jours de f&#234;te, 14, 15 et 16&#160;juillet, je laissai partir mes compagnons habituels qui en Suisse, qui en Italie, ceux-ci &#224; Gen&#232;ve, ceux-l&#224; pour le Cantal, sans me d&#233;cider &#224; les accompagner ou les inviter &#224; venir avec moi, et je me trouvai seul le jeudi soir &#224; pr&#233;parer h&#226;tivement ma bicyclette de grand tourisme au bruit des fanfares sonnant la retraite et parcourant la ville dans tous les sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours plein mon tiroir de projets de voyages et je choisis celui qui devait me permettre de remettre en lumi&#232;re les qualit&#233;s des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements. Sur mon porte-bagage arri&#232;re je fixai le paquet sous toile caoutchout&#233;e qui me sert de valise, j'accrochai &#224; mon guidon le sac-musette &#224; trois compartiments o&#249; je place mes cartes, mon revolver, quelques objets de toilette, du pain et des fruits, j'accrochai au cadre sous la selle le frein &#224; large patin de bois gr&#226;ce auquel je puis faire les descentes les plus raides sans me fatiguer &#224; contrep&#233;daler, et j'allai dormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bicyclette et pneu avaient &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;s de fond en comble et j'avais fait remplacer une cuvette de la roue motrice que je trouvais un peu piqu&#233;e, remplacement in extremis qui faillit me faire manquer mon voyage, car cette cuvette, mal assujettie sans doute, se brisa le lendemain d&#232;s les premiers kilom&#232;tres. On ne doit jamais faire de r&#233;parations importantes au moment du d&#233;part et le cyclotouriste bien avis&#233; ne s'embarque que sur une machine qu'il a pr&#233;alablement soumise &#224; des &#233;preuves s&#233;rieuses. Je fus en cette circonstance bien mal inspir&#233;, mais ce sera une le&#231;on pour l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; trois heures du matin, le 14&#160;juillet, en pleine obscurit&#233; (les jours, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! se font d&#233;j&#224; plus courts), je me mis en route pour Grenoble, mon premier objectif. J'avais &#224; ma disposition quatre d&#233;veloppements : 2m,50, 3m,30, 4m40 , 6m,04 et la selle oscillante Cadet. Jusqu'&#224; la Digonni&#232;re 4m,40 puis 3m,30 pour m'&#233;lever sur le plateau de la R&#233;publique, 7 kilom&#232;tres &#224; pente moyenne de 61/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. D&#232;s le second kilom&#232;tre, &#224; la hauteur du Bois-Noir, j'entends des craquements &#233;pouvantables dans mon moyeu arri&#232;re : ma cuvette neuve se brisait sur tout son pourtour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les billes en broyaient les &#233;clats et les r&#233;duisaient en poussi&#232;re. Ma premi&#232;re pens&#233;e fut de rentrer au logis et de renoncer &#224; mon voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, sentant que le mal ne s'aggravait pas et que les craquements devenaient plus rares et plus faibles, je pensai que les d&#233;bris de la cuvette s'immobilisaient dans la graisse consistante, dont mes roulements sont toujours garnis et qu'un mieux relatif se produirait. En tout cas, me dis-je, j'en serai quitte pour passer la matin&#233;e en montagne ou, si je puis descendre jusqu'&#224; Andance, pour revenir par le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait pu, en d&#233;finitive, m'arriver pis que cela et la philosophie nous apprend &#224; prendre toujours du bon c&#244;t&#233; les choses qui nous surprennent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je continuai mon monologue tout en p&#233;dalant vigoureusement : peut-&#234;tre est-ce l&#224; un avertissement de la Divinit&#233; dont j'invoque r&#233;guli&#232;rement la protection toutes les fois que je me mets en route et si le mal s'aggrave au point de m'emp&#234;cher de rouler cela signifiera qu'il devait m'arriver quelque chose de f&#226;cheux en court de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je parvenais ainsi peu &#224; peu, malgr&#233; le plaisir que j'avais eu &#224; entreprendre un si joli voyage, &#224; me convaincre que tout serait pour le mieux si j'&#233;tais forc&#233; d'y renoncer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant j'eus encore une sensation d&#233;sagr&#233;able en entrant d&#232;s Planfoy dans un brouillard humide dont je ne sortis qu'&#224; Bourg-Argentai pour constater que le ciel &#233;tait couvert de nuages blancs, noirs et gris de tr&#232;s pluvieux augure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Serait-ce un deuxi&#232;me avertissement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au troisi&#232;me tu n'auras qu'&#224; tourner bride et vivement, murmurai-je in petto.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris naturellement le d&#233;veloppement de 4m,40 en abordant le plateau de la R&#233;publique et, pour enlever les deux derniers kilom&#232;tres de mont&#233;e &#224; 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans les bois, je le conservai, ce qui me permit d'&#233;craser d&#233;finitivement, par un effort plus consid&#233;rable, ce qui restait de la cuvette malencontreuse et de la r&#233;duire au silence. De fait, je n'entendis plus rien et je n'eus pas d'autre ennui s&#233;rieux de ce c&#244;t&#233; pendant mes trois jours de voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le commencement de la descente (borne 185,5, altitude 1.150 m&#232;tres) j'avais pris mon plus grand d&#233;veloppement 6m,04, et je d&#233;valais &#224; toute vitesse pour rattraper le temps perdu, car je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; souvent pendant la mont&#233;e pour ausculter mon moyeu malade et pour d&#233;lib&#233;rer sur ce qu'il convenait de faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent du nord s'&#233;levait, il faisait presque froid et plus j'avan&#231;ais vers le Rh&#244;ne, plus les nuages semblaient pr&#232;s de crever&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques gouttes de pluie m'atteignirent m&#234;me entre Daveizieux et Saint-Cyr, je n'en roulai que plus vite malgr&#233; le tr&#232;s mauvais &#233;tat de la route depuis Boulieu. On entretient bien mal les routes dans l'Ard&#232;che et si le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; a quelque influence sur les administrations charg&#233;es de ce service, je le prie d'en user dans l'int&#233;r&#234;t du cyclo et du moto-tourisme..&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; six heures pr&#233;cises j'&#233;tais &#224; Andancette sur la rive gauche du Rh&#244;ne, demandant le chemin du Creux de la Tine au lieu de consulter purement et simplement la carte de l'&#233;tat-major, que cette fois je n'avais pas oubli&#233;e. Ce moment de paresse me valut de faire un bon kilom&#232;tre de plus, car on m'envoya vers la route nationale d'o&#249; je revins par un angle droit sur le point o&#249; j'aurais d&#251; arriver par l'hypot&#233;nuse. J'&#233;tais dans la Dr&#244;me et la route que j'allais suivre jusqu'&#224; Beaufort ne vaut gu&#232;re mieux que celle dont je viens de me plaindre. Afin d'enlever sans discussion les mont&#233;es qui agr&#233;mentent ce parcours (celle de Moras est m&#234;me assez accentu&#233;e) je repris le d&#233;veloppement de 4m,40. Le vent, du reste, m'&#233;tait contraire et c'est l&#224; une raison suffisante pour justifier un abaissement de la multiplication lorsqu'on ne veut pas se fatiguer inutilement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Andancette je suis en pays inconnu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vais donc plut&#244;t lentement, la carte &#224; la main, m'effor&#231;ant de reconna&#238;tre, aussi loin que mes faibles yeux de myope me le permettent, les alentours.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route remonte la pente douce d'un ruisseau et c&#244;toie des massifs de verdure &#224; peu de distance &#224; droite, de ce c&#244;t&#233; le paysage est plaisant, &#224; gauche il l'est peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on moissonne ferme, les agriculteurs n'ont pas l'air de se douter que c'est jour de f&#234;te nationale et de r&#233;jouissances publiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils se rattraperont le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe Anneyron, Saint-Sorlin, villages insignifiants, Moras plus pittoresquement perch&#233; sur une sorte de pic verdoyant dont la route fait l'ascension sans se donner la peine de le contourner, ce qui rend la rampe assez dure pour que je ne puisse l'enlever convenablement avec 4m,40 que gr&#226;ce &#224; ma selle oscillante. Des collines tr&#232;s bois&#233;es, des pr&#233;s tr&#232;s verts et des eaux abondantes entourent le mamelon qui porte le village, et font de ce coin de terre un lieu fort agr&#233;able. Un de mes amis qui passa par l&#224;, il y a quelques ann&#233;es, me dit qu'il y avait visit&#233; une belle usine, bien am&#233;nag&#233;e, avec force motrice, &#233;clairage &#233;lectrique et tout le confort moderne, mais r&#233;duite pour il ne savait quelle cause au silence et attendant un acqu&#233;reur. Ne serait-ce pas parce que les habitants aiment mieux la vie et le travail en plein air, que l'atmosph&#232;re vici&#233;e d'une usine et qu'il est difficile de trouver des ouvriers dans un pays si favoris&#233; de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quand on songe &#224; fonder une usine il faut, &#224; mon avis, choisir ou les faubourgs d'une grande ville ou une r&#233;gion d&#233;sh&#233;rit&#233;e de la nature o&#249; les conditions de l'existence sont &#226;pres et les gens habitu&#233;s &#224; la dure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telles petites villes, Montbrison par exemple, notre ancien chef-lieu, se sont toujours montr&#233;es rebelles aux efforts que des personnes bien intentionn&#233;es ont faits pour y amener de l'industrie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des quelques usines qui s'y sont fond&#233;es les unes ont sombr&#233;, les autres ont &#233;t&#233; forc&#233;es d'aller recruter leur personnel dans les montagnes voisines. Tel sans doute le cas de l'usine de Moras o&#249; j'aimerais assez venir vill&#233;giaturer, o&#249; je d&#233;jeunerais volontiers ce jour-l&#224; car il est 7 heures 40 et mon estomac qui a absorb&#233;, avant le d&#233;part, une grande assiett&#233;e de riz, voudrait r&#233;cidiver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais un cycliste st&#233;phanois qui se dirige comme moi sur Grenoble par petites &#233;tapes, m'a assur&#233; qu'il se trouverait de 8 &#224; 9 heures sur la route entre Beaurepaire et Saint-Etienne de Saint-Geoirs et j'aimerais assez d&#233;jeuner en sa compagnie. C'est pourquoi j'active autant que je puis la cadence des jambes, d'autant plus que la route devient passablement monotone. Pour calmer mon estomac je grignote deux biscuits Heckel &#224; la kola, dont il est sage d'emporter une petite provision pendant une longue excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces biscuits ont la propri&#233;t&#233; de faire prendre patience &#224; messer Gaster et permettent ainsi d'allonger d'une heure ou deux l'&#233;tape sans tomber en d&#233;faillance. Plus que jamais la carte &#224; la main, &#224; cause des nombreux croisements de route, je laisse &#224; ma droite dans un creux de verdure Lens-Lestang, puis sur des sommets bois&#233;s Beaufort et d'autres villages. J'arrive enfin &#224; la jonction de ma route &#224; celle de Vienne &#224; Grenoble que je vais suivre d&#233;sormais et sur laquelle je dois rattraper mon concitoyen qui selon toute probabilit&#233; a quelque avance sur moi : voici justement des cyclistes qui ont d&#251; le croiser, je les interroge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n ont vu personne qui r&#233;ponde au signalement donn&#233; : un peu plus loin j'interroge un chemineau, m&#234;me r&#233;ponse. Je conclus que mon homme est encore derri&#232;re moi et qu'il vaut mieux que je l'attende en d&#233;jeunant, raisonnement que mon estomac trouve parfait et &#224; la suite duquel je m'arr&#234;te &#224; Marcilloles, de 8 heures 20 &#224; 9 heures, apr&#232;s avoir franchi d'un trait 85 kilom&#232;tres. &#192; 9 heures toujours pas de cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route devenant plus plate et meilleure je me mets &#224; la grande multiplication (6m,04) et j'augmente mon train, j'atteins bient&#244;t Saint-Etienne de Saint-Geoirs, patrie de l'illustre Mandrin, gros bourg tr&#232;s pavois&#233;, le premier o&#249; le 14&#160;juillet se rappelle &#224; mon souvenir, puis Sillans, Beaucroissant et j'arrive sur un pont o&#249; aboutit la route de Lyon &#224; Grenoble qui m'avait paru si p&#233;nible, il y a deux ans, alors que j'avais form&#233; le ridicule projet d'aller en un jour de Lyon au col du Lautaret. Rives n'est pas loin, j'y plonge, c'est le cas de le dire, tant est rapide et soudaine la descente qui conduit au ruisseau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en voil&#224; un casse-cou&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pour remonter je prends 3m,30, mais le grimpillon est court et je ne tarde pas &#224; reprendre 6 m&#232;tres pour descendre (encore une descente dangereuse) sur Moirans et au-del&#224;. Quand on n'est pas press&#233;, on peut &#233;viter ce passage scabreux en allant faire le grand tour par Fure, quatre ou cinq kilom&#232;tres de plus mais on n'a pas besoin de num&#233;roter ses os. De Moirans &#224; Grenoble belle route facile et agr&#233;able en plein soleil par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le temps, brumeux tout le matin, a fini par s'&#233;lever, le vent du nord qui m'est devenu et va me rester favorable longtemps, a pris d&#233;cid&#233;ment le dessus et le beau temps est assur&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma machin&#233; roule sans bruit malgr&#233; la cuvette cass&#233;e et je me laisse aller au doux espoir de finir sans encombre mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup je m'entends h&#233;ler et bient&#244;t un cycliste m'accoste : Avez-vous une clef anglaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? --- A votre service. Je mets pied &#224; terre et fouille dans ma sacoche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un deuxi&#232;me cycliste arrive, compagnon du premier, le genou sanglant et le poignet band&#233;, cons&#233;quences peu graves heureusement d'une pelle ramass&#233;e entre Rives et Moirans. Ce sont deux jeunes Lyonnais mont&#233;s sur des bicyclettes l&#233;g&#232;res, sans frein et sans le moindre outil, ni pompe, ni n&#233;cessaire, ni clef anglaise. Ils m'avaient vu passer armes et bagages &#224; Moirans et se doutant bien que je devais &#234;tre muni de tout ce qui leur manquait, ils m'avaient poursuivi. Il s'agissait de remettre en place une p&#233;dale qui avait quitt&#233; son axe et je doute qu'ils aient pu y arriver d'une fa&#231;on satisfaisante parce que le filet du bout de l'axe &#233;tait en bien mauvais &#233;tat. Dans ce cas on en est quitte pour p&#233;daler sur l'axe, ce n'est pas tr&#232;s agr&#233;able, mais j'ai pu faire parfois ainsi 20 ou 30 kilom&#232;tres sans trop de peine, il m'est arriv&#233; m&#234;me de rentrer avec une seule p&#233;dale, accidents minuscules qui laissent un vieux routier indiff&#233;rent. &#192; Voreppe, par un sot amour-propre je m'obstine &#224; faire la mont&#233;e tr&#232;s raide avec le grand d&#233;veloppement. Deux cyclistes me suivaient, un autre cycliste montait &#224; pied, ce n &#233;tait pas le moment de flancher et puis vraiment, je ne la croyais pas si dure cette ascension &#224; Voreppe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente je file grand train les pieds au repos, mais au pied de la mont&#233;e suivante je me h&#226;te de l&#226;cher les 6 m&#232;tres et de prendre 4m,40. Que je ne conserverai pas longtemps, car apr&#232;s Fontanil il n'y a plus jusqu'&#224; Vizille de mont&#233;e perceptible et le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres n'est pas d&#233;plac&#233;. Depuis Voreppe on circule entre les massifs du Vercors et de la Grande Chartreuse et l'on commence &#224; faire connaissance avec les sommets escarp&#233;s &#233;trangement d&#233;coup&#233;s en ar&#234;tes, dents, crochets ou aiguilles qui n'ont rien de commun avec les croupes arrondies des collines que chez nous nous appelons montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais on ne voit pas encore de glacier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi moins 10 minutes j'entre &#224; Grenoble&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'y arr&#234;te pas, filant tout droit sur Pont-de-Claix afin de me rapprocher le plus possible avant d&#233;jeuner de La Mure, but de ma premi&#232;re journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aper&#231;ois &#224; Pont-de-Claix, sous de beaux ombrages &#224; droite, un restaurant propret &#8212; Caf&#233; du Globe si j'ai bonne m&#233;moire &#8212; je m'y arr&#234;te de midi et demi &#224; 2 heures et y d&#233;jeune bien &#224; ma fantaisie : haricots saut&#233;s, tomates crues, pommes frites, oseille et fruits, eau pure et caf&#233;, voil&#224; tout mon menu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et dire qu'il y a encore tant de bons esprits imbus du pr&#233;jug&#233; que sans viande et sans vin on ne peut fournir un travail consid&#233;rable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais voulu les avoir, deux heures plus tard, &#224; mes c&#244;t&#233;s, entre Vizille et Laffrey&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en fait de travail consid&#233;rable en voil&#224; un, je crois, ou je ne m'y connais pas, et ce n'est pas avec un estomac gav&#233; d'alcool et de viande qu'on pourrait en venir &#224; bout, imm&#233;diatement apr&#232;s avoir parcouru 158 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pont-de-Claix est pour les Grenoblois un but de promenade tr&#232;s gentil, de belles all&#233;es y conduisent les pi&#233;tons, une belle route qui l'ann&#233;e pass&#233;e &#233;tait d&#233;testable, mais qu'on r&#233;pare activement, y am&#232;ne cycles, voitures et automobiles, enfin un tramway et le chemin de fer y apportent les paresseux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les moyens de communication ne manquent pas, comme on le voit. Il y a beaucoup d'ombre et beaucoup d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le Drac et la Romanche se chargent d'y entretenir une &#233;ternelle fra&#238;cheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; deux heures, je remonte &#224; bicyclette et me dirige en fl&#226;nant et en faisant des haltes fr&#233;quentes sur Vizille o&#249; je ne tiens pas &#224; arriver trop t&#244;t. Je laisse ainsi &#224; la digestion le temps de se faire dans de bonnes conditions,.car il ne convient de n'aborder la dure c&#244;te de Vizille &#224; Laffrey qu'avec l'estomac enti&#232;rement libre, sous peine de congestion. Chemin faisant, je trouve encore une fois l'occasion de tirer d'embarras un cycliste qui vient de perdre le boulon de sa cha&#238;ne et qui me demande si je n'aurai pas par hasard, dans mes bagages de quoi la r&#233;parer sommairement. Je cherche, mais ne trouve rien qu'un bout de ficelle qui r&#233;sistera tout de m&#234;me pendant quelques kilometres jusqu'&#224; Vizille. Si je n'avais &#233;t&#233; fermement r&#233;solu &#224; farnienter j'aurais offert &#224; ce confr&#232;re en d&#233;tresse de le remorquer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n e&#251;t pas &#233;t&#233; la premi&#232;re fois et ce n'est pas une t&#226;che bien ardue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Vizille dont tous les habitants sont en f&#234;te, il n'est pas de fen&#234;tre qui n'ait son drapeau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de toutes les localit&#233;s y compris Grenoble, que j ai travers&#233;es ce jour-l&#224;, je n'en ai point va de plus pavois&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; est-ce &#224; cause de Casimir P&#233;rier dont le ch&#226;teau historique est le plus bel ornement de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens qui n'ont rien &#224; faire et qui paressent sur le pas des portes s'amusent &#224; &#233;piloguer sur le compte des gens qui passent. Le bagage que je trahie sur ma roue motrice, m'attire quelques observations, oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas m&#233;chantes, qui me prouvent qu'on n'est pas habitu&#233; &#224; voir des cyclotouristes en tenue de campagne et qu'on me prend pour un &#233;tranger. Cependant, je porte la coiffure alpine, le b&#233;ret bleu et non le casque en li&#232;ge et mon costume n'a rien d'exotique, mais c'est mon bagage qui, para&#238;t-il, n'est pas ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 3 heures et demie, je traverse le Drac et m'arr&#234;te &#224; une auberge qui se trouve exactement au pied de la fameuse rampe Vizille-Laffrey.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y bois une bouteille de limonade en pr&#233;vision de la su&#233;e qui m'attend et je place ma cha&#238;ne sur mon plus faible d&#233;veloppement 2m,5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;. Pendant que je fais mes pr&#233;paratifs de d&#233;part, le patron de r&#233;tablissement s'approche et me demande si j'ai s&#233;rieusement l'intention de faire la mont&#233;e sur ma bicyclette. &lt;br /&gt;&#8212; Dame, lui dis-je, je l'ai amen&#233;e ici dans ce but. &lt;br /&gt;&#8212; C'est que je n'ai vu encore que deux cyclistes qui aient pu arriver jusqu'au bout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous ceux qui l'essaient vont &#224; peine jusqu'au premier tournant (&#224; 100 m&#232;tres de l&#224;). &lt;br /&gt;&#8212; Bah, je vais toujours essayer &#224; mon tour, et puisqu'on voit d'ici le sommet de la c&#244;te regardez si je n'y suis pas dans trois quarts d'heure ou une heure au maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'y allai courageusement tout le temps, parfois rageusement, car il y a des passages v&#233;ritablement durs &#224; avaler, les cinq cents m&#232;tres par exemple qui suivent imm&#233;diatement le hameau que l'on atteint &#224; deux kilom&#232;tres environ du pont. D'un omnibus qui descendait plein de voyageurs, des bravos et des encouragements partirent &#224; mon adresse et tout le long du chemin je recueillis des &#233;loges quelquefois l&#233;g&#232;rement ironiques de gens qui doutaient fort que j'allasse jusqu'au bout. J'y arrivai pourtant en 50 minutes sans avoir mis pied &#224; terre une seule fois, mais non sans avoir &#233;t&#233; oblig&#233; &#224; plusieurs reprises de ralentir pour &#233;viter l'essoufflement et pour jouir aussi du magnifique panorama qui se d&#233;veloppe &#224; mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve. La selle oscillante me fut en cette circonstance d'un grand secours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis persuad&#233; que sans elle, je n'aurais pu accomplir cette performance. Les cyclistes poussant leur machine et les voitures mettent, m'a-t-on dit, 1 heure 45 pour gravir ces 6.400 m&#232;tres de rampe continue &#224; 9 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en moyenne et qui &#224; certains endroits va certainement &#224; 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. C'est une des plus rudes mont&#233;es que j'aie jamais faites, elle est comparable &#224; celle de la Tronche au col de Portes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne serait pas prudent de l'entreprendre avant de s'&#234;tre un peu &#233;chauff&#233; et d'avoir pr&#233;par&#233; le c&#339;ur &#224; ce travail exceptionnel. Chemin faisant, je me demandai s'il &#233;tait r&#233;ellement plus avantageux de faire de telles c&#244;tes en machine qu'&#224; pied et la question peut &#234;tre mise en discussion. Pour des raidillons de quelques centaines de m&#232;tres je r&#233;pondrais sans h&#233;siter : il vaut mieux aller &#224; pied et pousser sa machine, mais pour des c&#244;tes de cette longueur, mon avis est qu'il vaut mieux les faire en machine quitte &#224; suer un peu plus que d'habitude. Dix minutes de repos au sommet vous remettent en meilleur &#233;tat que celui qui arrive apr&#232;s avoir pouss&#233; pendant deux heures, travail qui n'est pas n&#233;gligeable et qui fait suer aussi et vous conservez n&#233;anmoins sur celui-ci une heure d'avance. Quelle que soit la lenteur avec laquelle on p&#233;dale, on peut tabler, sauf cas exceptionnels, sur une vitesse double de celle de la marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'entends par cas exceptionnels la mont&#233;e Vieille-Laffrey par exemple avec violent vent contraire ou avec soleil tropical&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais favoris&#233; par le vent et par l'ombre de la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; cela, j'avoue que c'&#233;tait dur. Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, je fus bien r&#233;compens&#233; de cet instant de fatigue parle d&#233;licieux trajet de Laffrey &#224; La Mure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne connais rien de plus charmant, pas de paysage plus po&#233;tique, pas de route aussi agr&#233;able pour un cycliste. On c&#244;toie trois lacs successifs dont le premier, le lac de Laffrey, est incontestablement le mieux fait pour plaire. Je m'arr&#234;tai un instant sur ses bords pour me calfeutrer de journaux, l'air &#224; ces hauteurs devenant tr&#232;s frais, et pour admirer l'encadrement verdoyant &#224; droite, gris&#226;tre &#224; gauche que la nature a mis autour de ces eaux limpides et d'un bleu intense. La route s'avance vers La Mure par une succession de mont&#233;es faibles et de descentes suffisantes pour vous entra&#238;ner &#224; un train de prince, mais sans danger. Il y avait bien &#231;&#224; et l&#224; des b&#234;tes &#224; cornes et des moutons paissant sur les bords, mais les bergers avaient soin de les &#233;carter de la chauss&#233;e et je passais rapide comme une automobile, les pieds au repos mais toujours le frein sous la main et le pied pr&#234;t &#224; s'appuyer sur le bandage de la roue directrice, une fa&#231;on de freiner qui en vaut une autre et qui exige simplement un peu de pratique pour &#233;viter le coincement de la pointe du soulier sous la t&#234;te de fourche.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 heures, j'entrai &#224; l'H&#244;tel de la Gare, la premi&#232;re maison que l'on trouve en arrivant &#224; droite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; M.&#160;de Baroncelli recommande cet h&#244;tel et apr&#232;s lui j'en viens faire l'&#233;loge : le patron, M.&#160;Marron est un excellent homme plein de pr&#233;venances pour ses clients et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Marron s'entend merveilleusement &#224; pr&#233;parer le potage aux l&#233;gumes, avec beaucoup de l&#233;gumes. Je passai &#224; La Mure une excellente soir&#233;e et une bonne nuit malgr&#233; le tapage nocturne qui est le fatal corollaire de toute f&#234;te, nationale ou non. D&#232;s mon arriv&#233;e apr&#232;s avoir fait un brin de toilette, j'avais visit&#233; la ville et recueilli quelques renseignements sur la route que j'aurais &#224; suivre le lendemain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est proprette, gaie et tout y respire l'aisance qu'apporte un flux incessant de visiteurs et de touristes. L'H&#244;tel de Ville &#233;tale sa superbe fa&#231;ade en face de la route qu'elle semble barrer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des breaks d'excursion &#224; trois et quatre banquettes d&#233;barquent leurs voyageurs, les caf&#233;s sont garnis de consommateurs et le vent du Nord, froid pour tous ceux qui n'ont pas franchi 180 kilom&#232;tres dans la journ&#233;e mais qui ne me para&#238;t que rafra&#238;chissant, fait ondoyer les drapeaux tricolores. Les renseignements que je sollicite tant sur les distances que sur les difficult&#233;s de ma route du lendemain me sont fournis de la meilleure gr&#226;ce du monde par M.&#160;Marron et par un tr&#232;s obligeant voyageur de commerce descendu au m&#234;me h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un funeste hasard veut que je n'en profite pas et que d&#232;s le premier kilom&#232;tre le lendemain matin je commette une lourde gaffe qui m'a valu au moins 12 kilom&#232;tres de rabiot &#224; travers des chemins impossibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quatre heures du matin le 15&#160;juillet je quitte l'h&#244;tel de la Gare sans tambour ni trompette, mais avec une copieuse jatte de riz dans l'estomac, lest qui me permet de travailler plusieurs heures &#224; l'abri de la fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je tourne &#224; gauche en face de l'h&#244;tel Pelloux, puis &#224; un croisement de routes sans consulter ni ma carte ni le poteau qui se dresse devant moi, je tourne &#224; droite. Quos vult perdere Jupiter dementa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'&#233;tais tout &#224; la joie de la descente qui m'entra&#238;ne, des kilom&#232;tres durant, jusqu'&#224; un pont supendu, hardiment jet&#233; sur un torrent mugissant &#224; deux cents m&#232;tres plus bas entre deux parois lisses de rochers. La descente avait eu lieu &#224; travers bois et pr&#233;s et je me trouvais soudain en pr&#233;sence de la nature sauvage et abrupte. Quel &#233;tait ce torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? le Drac sans doute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je traverse le pont &#224; pied et d&#233;ploie ma carte. Je ne reconnais pas mon erreur car un malicieux caprice de dame nature a voulu que les deux ponts, celui o&#249; je me trouve, sans m'en douter, et celui o&#249; je devrais me trouver soient l'un et l'autre plac&#233;s, par rapport aux torrents qu'ils surplombent, dans la m&#234;me orientation. Tiens, ce n'est pas le Drac, c'est la Bonne et je compare ironiquement les minces filets bleus qui d&#233;signent indistinctement sur la carte les torrents royaux des Alpes et les ruissel&#233; que j'ai travers&#233;s la veille dans la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce n'&#233;tait pas la Bonne, c'&#233;tait bien le Drac que je franchissais de si haut sur ce pont fragile et le hasard m'avait conduit &#224; l'un des sites les plus extraordinaires que l'on puisse voir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme &#224; l'&#233;poque des grandes eaux ce torrent doit monter avec rapidit&#233; dans un lit aussi &#233;troit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La route en remontant sur la rive gauche longe pendant quelque temps le Drac, &#224; peine prot&#233;g&#233;e contre l'attirance du gouffre par un faible parapet de pierre, fenestr&#233; &#231;&#224; et l&#224; pour le passage des eaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai repli&#233; ma carte et je continue avec le d&#233;veloppement de 3m,30 jusqu'au prochain village qui doit &#234;tre, un peu &#224; droite de la route, Saint-Laurent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or me voici tout &#224; coup dans un village &#224; cheval sur plusieurs routes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; personne ne se montre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfile une belle avenue bord&#233;e de beaux peupliers et je descends jusqu'&#224; un petit ruisselet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; &#231;a remontait assez durement, je r&#233;examine la carte et des doutes enfin s'&#233;l&#232;vent en mon esprit. Dare dare, je rebrousse chemin jusqu'au village et j'interroge : &lt;br /&gt;&#8212; Suis-je bien ici &#224; Saint-Laurent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br /&gt;&#8212; Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais non, vous &#234;tes &#224; Saint-Jean- d'H&#233;rans.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un rapide coup d'&#339;il sur la carte je reconnais ma position et mon erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne puis pourtant pas me r&#233;soudre &#224; remonter &#224; La Mure et je demande des renseignements sur l'&#233;tat des chemins d'abord et de la route ensuite qui conduisent de Saint-Jean-d'H&#233;rans &#224; Corps. On me donne ma direction, ce qui ne m'emp&#234;che pas de me tromper deux ou trois fois et de revenir sur mes pas pour demander de plus amples informations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; ce man&#232;ge, je perds une heure avant d'atteindre par Saint-S&#233;bastien la route de Afens &#224; Corps. Cette route est bonne comme sol et convenable comme trac&#233;, mais elle est oblig&#233;e de franchir plusieurs ravins successifs assez profonds, et dame, il faut bien qu'elle descende pour remonter ensuite. Le paysage est nouveau : &#224; droite se dresse un rocher anguleux qui cache encore en ses replis des paquets de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil qui jusqu'alors s'&#233;tait tenu coi derri&#232;re les nuages s'en d&#233;gage et projette quelques rayons sur ces rochers neigeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'effet est tr&#232;s heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche s'&#233;tend parall&#232;lement &#224; la route la d&#233;pression profonde dans laquelle coule le Drac.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la Croix de la Pigne o&#249; un chien hargneux, que je fus oblig&#233; d'&#233;loigner d'un coup de revolver, fit tout ce qu'il put pour me saisir le mollet, je plongeai par une s&#233;rie de lacets tr&#232;s serr&#233;s jusqu'au pont du Sante t et traversai pour la deuxi&#232;me fois le Drac &#224; son entr&#233;e dans la gorge rocheuse, plus resserr&#233;, plus grondeur, plus furieux que je ne l'avais vu deux heures auparavant. Je recommande cette route et ces deux ponts aux amateurs du pittoresque farouche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'en voit pas souvent de semblables et je ne regrette pas le d&#233;tour involontaire qui me for&#231;a &#224; y passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout du pont commence une mont&#233;e dure de 3 kilom&#232;tres jusqu'&#224; Corps, je la fais avec 3m,30 et j'avais d&#233;j&#224; laiss&#233; 2 kilom&#232;tres derri&#232;re moi lorsqu'une malencontreuse &#233;pine perfore mon pneu de devant qui se d&#233;gonfle presque incontinent, je finis &#224; pied la mont&#233;e et entre &#224; Corps en tenant mon cheval par la bride. Pendant qu'on me pr&#233;pare au Caf&#233; des Alpes &#224; d&#233;jeuner, je r&#233;pare en quelques minutes mon Michelin bless&#233;. Cependant le temps passe et huit heures sonnent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais d&#251; &#234;tre &#224; Corps &#224; 6 heures et j'aurais en le temps de monter jusqu'&#224; La Salette qui n'est qu'&#224; 6 kilom&#232;tres de l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Corps &#224; huit heures et demie apr&#232;s avoir appris que Gap est distant de 38 kilom&#232;tres et que la route n'est pas fameuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je compte bien cependant &#234;tre &#224; Gap &#224; onze heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est mauvaise, en effet, &#224; la descente comme &#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les eaux qui descendent des montagnes l'ont &#224; certains endroits tellement ravin&#233;e ou ensabl&#233;e qu'il faut, bon gr&#233; mal gr&#233;, mettre pied &#224; terre, surtout &#224; la hauteur de Saint-Firmin et au passage de la Severaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tout &#224; coup, comme par enchantement un ou deux kilom&#232;tres avant Chauffayer, la route se transforme et des pires passe parmi les meilleures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour la troisi&#232;me fois depuis le matin je traverse le Drac qui se pr&#233;sente ici sous un aspect relativement d&#233;bonnaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la largeur de son lit on voit bien jusqu'&#224; quelle imp&#233;tuosit&#233; il peut aller, mais ce jour-l&#224; rien ne le met en col&#232;re et il serpente sans grande h&#226;te &#224; travers sables et galets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route toujours tr&#232;s bonne remonte le Drac qu'elle touche presque constamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vaguement ondul&#233;e elle me fournit de temps en temps l'occasion d'une descente pieds au repos, exercice que j'affectionne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par exemple elle manque d'ombrage et le soleil devient d'un chaud mais d'un chaud qui m'oblige a recourir aux grands moyens et &#224; me coiffer sous mon b&#233;ret d'un mouchoir mouill&#233; que je retremperai dans l'eau tous les dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau ne manque pas heureusement, &#224; chaque instant, je traverse de petits ou de gros ruisseaux, dont une partie est d&#233;riv&#233;e dans le foss&#233; qui borde la route, de sorte que je me sens presque rafra&#238;chi par le constant gazouillis de l'eau qui court &#224; mes c&#244;t&#233;s. Bient&#244;t j'aper&#231;ois &#224; ma gauche de l'autre c&#244;t&#233; du torrent, perch&#233; &#224; mi-coteau, un gros bourg Saint-Bonnet et, non loin de l&#224;, je m'&#233;loigne du Drac que je ne reverrai plus, et devant une mont&#233;e passablement raide (7 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) de 1 &#224; 3 kilom&#232;tres, je mets pied &#224; terre &#224; Bruttinet pour passer de 4m,40 &#224; 2m,50&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les voitures prennent l&#224; des renforts, mon tout petit d&#233;veloppement m'en tiendra lieu et je marcherai encore &#224; 8 ou 9 kilom&#232;tres (cadence de 50 &#224; 60 tours de p&#233;dale &#224; la minute).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis du reste condamn&#233; &#224; n'user pour le restant de mon voyage que de mes deux multiplications de droite 4m,40 et 2m,5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; celles de gauche, c&#244;t&#233; de la cuvette bris&#233;e, 6m,04 et 3m,30 dont j'ai voulu &#224; diverses reprises me servir, d&#233;terminent dans la partie malade du moyeu un frottement suspect dont je ne m'explique que trop la cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or comme je crains en d&#233;montant la roue de ne pouvoir remettre les choses en &#233;tat et d'&#234;tre oblig&#233; de revenir par le train, je fais comme les malades qui pr&#233;f&#232;rent vivre avec leur maladie et se soumettre &#224; ses caprices plut&#244;t que d'aller voir le m&#233;decin et conna&#238;tre par lui l'&#233;tendue du mal dont ils souffrent de crainte de ne pouvoir ensuite le supporter. Je ne contrarierai donc pas cette coquine de cuvette en lui imposant un travail qui la fait ronfler et j'irai tant que &#231;a ira, m'en remettant &#224; la Providence du soin de ne pas me laisser dans un trop grand embarras&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me h&#226;te de reconna&#238;tre qu'elle s'en est bien acquitt&#233;e et de la remercier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir bien su&#233; sous mon mouchoir mouill&#233;, je me trouve au haut de la rampe &#224; Laye&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e persiste mais tr&#232;s mod&#233;r&#233;e et je reprends 4m,40 jusqu'au col Bayard (alt. 1246). J'avais d&#233;j&#224; les pieds au repos et j'allais me livrer &#224; l'ivresse d'une descente de plusieurs kilom&#232;tres quand un large poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; attire mes regards. Diable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! est-ce que ce serait une descente dangereuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'appuie le bout du pied sur mon pneu d'avant et je stoppe en quelques m&#232;tres. Un passant s'&#233;tait arr&#234;t&#233; d&#233;j&#224; pour voir jusqu'o&#249; irait mon imprudence. Il parut satisfait de me voir mettre pied &#224; terre et avant m&#234;me que je l'interroge il me crie : La descente est mauvaise, prenez garde aux tournants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfait, ce me sera donc une premi&#232;re occasion pour me servir de mon frein facultatif &#224; sabot sur la roue motrice qui depuis le d&#233;part pend sous ma selle, je l'installe en un clin d'&#339;il et je bille vigoureusement, &#224; tel point que malgr&#233; la raideur de la pente je ne bouge pas de place&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;tords la corde et prends une allure de 10 ou 12 kilom&#232;tres &#224; l'heure que j'augmente graduellement &#224; mesure que je me familiarise avec cette descente qui a en effet de tr&#232;s mauvais tournants mais dont la d&#233;clivit&#233; ne me semble pas d&#233;passer 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. L'estimation du pourcentage d'une pente est plus difficile &#224; la descente qu'&#224; la mont&#233;e. Inutile de dire que je n'ai pas cess&#233; d'avoir les pieds sur les repose-pieds et que je ne me suis pas fatigu&#233; une minute &#224; contrep&#233;daler, travail n&#233;gatif, absurde &#224; mon avis.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'entre &#224; Gap &#224; 11 heures moins le quart, bien en retard sur mes pr&#233;visions de la veille et comme, chemin faisant, j'ai modifi&#233; mon itin&#233;raire de retour qui, du Lautaret me ramenait &#224; Grenoble par une route d&#233;j&#224; parcourue l'ann&#233;e pass&#233;e, et qui du Lautaret me conduira par le Galibiers &#224; Chamb&#233;ry, je me d&#233;cide &#224; prendre le train quelque part entre Gap et Brian&#231;on afin d'aller coucher au Mon&#233;tier-de-Brian&#231;on. Je passe devant la gare o&#249; je reviendrai tout &#224; l'heure m'informer de l'heure des trains et vais faire le tour de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques places, des statues, de nombreux soldats, puis d'&#233;troites ruelles o&#249; je m'enfonce au petit bonheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive devant un &#233;chafaudage qui me cache la cath&#233;drale et je tombe en plein march&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profite pour remplir mon sac de p&#234;ches, de raisins et de g&#226;teaux, &#233;l&#233;ment du repas que je prendrai dans un moment sur les bords bien ombrag&#233;s d'un limpide ruisselet et je me rends &#224; la gare o&#249; j'apprends d'un employ&#233; que le premier train pour Brian&#231;on ne partira pas avant 2 heures ou 2 heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; venant d'un employ&#233; c'est un peu vague mais cela me suffit. Tout est pour le mieux, j'aurai donc le temps d'aller l'attendre &#224; quelque station interm&#233;diaire et comme ma route passe justement &#224; deux pas de l&#224;, je remets ma veste sur le guidon, je rattache mon frein sous la selle et je pars sous toute petite voilure toujours avec le vent dans le dos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 11 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non loin de Gap je m'arr&#234;te pour me doucher, manger mes fruits et mes g&#226;teaux, faire la sieste et je ne me mets r&#233;solument en selle qu'&#224; midi et demi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un beau brin de route, ma foi, qui m'a fourni bien des occasions de descentes &#224; folle allure et que je reparcourrais volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis quelque temps je n'ai rien dit du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est constamment fort beau bien que relativement peu vari&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pics neigeux sont spectacle fr&#233;quent entre Corps et Gap et les hauts sommets m'entourent tant&#244;t secs, arides, gris, ternes, farouches, tant&#244;t bois&#233;s, verdoyants, fertiles, riants, cela d&#233;pend du c&#244;t&#233; o&#249; l'on regarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La B&#226;tie-Neuve, le premier village que je traverse, a conserv&#233; son vieux ch&#226;teau-fort qui s'allonge d&#233;cr&#233;pit sur le bord m&#234;me de la route et, qui doit &#234;tre bien surpris de voir passer des cyclistes o&#249; pass&#232;rent autrefois les destriers des grands seigneurs ou les haquen&#233;es des &#233;v&#234;ques se rendant &#224; Brian&#231;on. &#192; Chor&#233;es je me rafra&#238;chis rapidement &#224; une fontaine &#224; double bec qui coule &#224; l'entr&#233;e du village car je commence &#224; esp&#233;rer que je puis arriver &#224; Embrun avant le train et plus j'irai loin plus je serai enchant&#233; tant la route est belle et le pays agr&#233;able. Mais voici qu'en sortant de Chorges un mauvais g&#233;nie ou pour mieux dire ma carte d'&#201;tat-major m'induit en erreur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu de prendre &#224; droite et de suivre le ruisseau des Moullettes je me fie au trac&#233; de la carte et file droit devant moi. Quel changement soudain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la route est empierr&#233;e d'une &#233;trange fa&#231;on et l'herbe y pousse entre les cailloux, on dirait une route abandonn&#233;e dans le genre de celle de Saint-Etienne au Puy. Elle descend pourtant et sa direction correspond &#224; celle de la carte, je tourne &#224; gauche, la pente s'accentue et le sol devient impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je ne m'arr&#234;te pas pour si peu et les pieds sur les p&#233;dales pour amortir les chocs je passe o&#249; personne ne passe plus et je fais lever devant moi des geais et autres oiseaux sauvages qui se tiennent g&#233;n&#233;ralement loin des lieux fr&#233;quent&#233;s. La pente n'est pas tr&#232;s rapide, quel dommage que je ne puisse la d&#233;valer &#224; toute vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De temps &#224; autre j'aper&#231;ois la Durance vers laquelle je plonge et que je vais remonter jusqu'&#224; Brian&#231;on. Enfin me voici au bout de mes peines, je traverse le chemin de fer et d&#233;bouche sur la grande route. J'apprends alors d'une bonne femme qui sort de sa maisonnette que je suis venu par l'ancienne route et que j'aurais d&#251; &#224; Chorges prendre la nouvelle route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; presque tous les cyclistes qui descendent font comme moi... Vous avez souffri, pauvre monsieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! conclut-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous crois, que j'ai souffri&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! moins pourtant que si au lieu de descendre il avait fallu monter. Tout est bien qui finit bien, mais l'&#233;diteur des cartes au 1/200000 de l'&#201;tat- major ne ferait pas mal de rectifier le trac&#233; de la route de Chorges &#224; la Durance, il y a plus de dix ans que cette rectification devrait &#234;tre faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le Drac peut se dire torrent royal, la Durance a le droit de se qualifier torrent imp&#233;rial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est de belle venue et quand je la traverse au pied de Sapines elle est impressionnante par le tumulte de ses eaux &#233;cumantes : or, il para&#238;t qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; si calme et qu'il faut la voir au moment des crues soudaines du printemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Savines en grimpant pour redescendre ensuite et regrimper : je ne fais que pela depuis Gap mais pour finir on descend plus que l'on ne monte, le pont de la Durance &#224; Embrun &#233;tant sensiblement plus bas que Gap. Tout &#224; coup et en pleine descente halte et pied &#224; terre : la route a &#233;t&#233; emport&#233;e par quelque trombe et l'on passe dans une sorte de lit de torrent &#224; sec, pendant quelques centaines de m&#232;tres, puis la route redevient tr&#232;s belle et la descente en ligne droite reprend jusqu'au village des Crottes que j'aper&#231;ois au loin. Personne sur la roule ensoleill&#233;e. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cette fois rien ne m'emp&#234;che de me laisser emporter avec l&#224; vitesse d'un train express&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pieds au repos et t&#234;te baiss&#233;e je roule, je glisse, je plonge...vraiment je ne croyais pas si bien dire, ma bicyclette plonge en effet jusqu'au moyeu dans les eaux tr&#232;s imp&#233;tueuses d'un torrent dont on a tout tranquillement creus&#233; le lit &#224; travers la route. J'aurais peut-&#234;tre bien eu le temps de m'arr&#234;ter et de passer sur le trottoir inond&#233; lui aussi, mais &#224; quoi bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? puisque les voitures y passent j'y passerai bien aussi et je n'ai pas m&#234;me serr&#233; le frein, je maintiens fortement mon guidon pour que le courant ne me fasse pas d&#233;vier et je passe sans me mouiller les pieds. Les roues, par contre, entra&#238;nent deux gerbes d'eau qui m'inondent l'une le dos, l'autre les jambes, douche compl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d&#251;ment crott&#233; j'arrive aux Crottes d'o&#249; je descends plus lentement jusqu'&#224; la Durance, laissant au soleil le soin de me s&#233;cher, soin dont il s'acquitte du reste promptement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En levant les yeux j'aper&#231;ois alors Embrun perch&#233; comme une citadelle sur un rocher tr&#232;s &#233;lev&#233; et &#224; pic du c&#244;t&#233; de la Durance. Voil&#224; une ville qui n'a pas d&#251; exiger de grands travaux d'art pour &#234;tre fortifi&#233;e et cette position exceptionnelle a d&#251; &#234;tre tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e au bon vieux temps quand on se battait &#224; coups de matraque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je grimpe &#224; Embrun-Gare avec 4m,40 du 5% environ pendant 2 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une automobile descend &#224; fond de train en cornant, teuf-teufant et m'empoussi&#233;rant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faut-il dire que c'est la premi&#232;re fois que je rencontre un de ces v&#233;hicules et que je n'en verrai aucun dans les parties accident&#233;es de mon itin&#233;raire. Je ne crois pas que le moto-tourisme soit m&#251;r de sit&#244;t et il y a encore bien &#224; faire pour rendre ces instruments pratiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut surtout sortir de la voie o&#249; l'on s'engage de plus en plus et cesser de travailler en vue des courses de vitesse, sinon on court le risque de faire de l'automobile ce qu'on a fait de la bicyclette : un jouet inutilisable pour tout service pratique et utilitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous venons de voir passer &#224; Saint-&#201;tienne les d&#233;bris de la grande course du Tour de France organis&#233;e par le Matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur 66 partants, il n'en est pass&#233; que 20 &#224; Saint-Etienne et ce n'&#233;tait que la troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lorsque les quatre derni&#232;res &#233;tapes auront d&#233;cim&#233; &#224; leur tour ces vingt braves je me demande combien rentreront &#224; Paris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cinq peut-&#234;tre &#224; moins que par un truquage habile on ne comble le d&#233;ficit. Ce pi&#232;tre r&#233;sultat confirme ce que je viens de dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends &#224; 2 heures 1/2 devant le caf&#233; de la Gare o&#249;, en attendant le d&#233;part du train &#224; 3 heures 20 je trempe quelques tranches de pain dans une tasse de caf&#233;, combustible pour la fin de l'&#233;tape. Le train m'emporte &#224; une vitesse tr&#232;s mod&#233;r&#233;e et en voyant par la porti&#232;re la route toujours belle suivre la pente de la voie tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, je me prends &#224; regretter de l'avoir quitt&#233;e et je me promets de la suivre quelque jour. Il y a &#231;&#224; et l&#224;, de tr&#232;s beaux points de vue : Mont-Dauphin, montagne cr&#233;nel&#233;e, Saint-Cr&#233;pin, village perch&#233; sur un monticule et dont les maisons sont serr&#233;es les unes contre les autres comme des moutons qui se seraient r&#233;fugi&#233;s sur un tertre pour &#233;chapper &#224; inondation, les gorges au fond desquelles gronde la Durance &#224; la hauteur de l'Argenti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout est &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 5 heures r/4, le train entre en gare, et d&#233;barquent quelques cyclotouristes admirablement &#233;quip&#233;s, aupr&#232;s desquels je fais triste figure, des alpinistes arm&#233;s de pied en cap et des soldats. Brian&#231;on est une ville essentiellement militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la langue nous ait &#233;t&#233; donn&#233;e pour nous en servir, je n&#233;glige vraiment un peu trop de faire usage de cet appendice, cela m'a d&#233;j&#224; valu quelques kilom&#232;tres de suppl&#233;ment et cela me vaut encore l'agr&#233;ment de monter au sommet de la ville et d'en redescendre pour y regrimper illico. &#192; la premi&#232;re ascension, je ne vais pas assez loin pour apercevoir l'amor&#231;age de la route du Lautaret, je ne trouve personne pour me renseigner et craignant une erreur, je redescends jusqu'&#224; un chemin que m'indique ma carte et qui va &#224; Forville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'allais m'y engager lorsqu'un cycliste du pays a l'obligeance de m'arr&#234;ter et de m'avertir que ce chemin est tr&#232;s mauvais et que j'aurais meilleur compte &#224; aller rejoindre la route d'en haut. &lt;br /&gt;&#8212; Mais j'en viens et ne l'ai pas vue. &lt;br /&gt;&#8212; C'est sans doute que vous n'&#234;tes pas all&#233; assez loin. Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; &#224; la route qui descend &#224; Brian&#231;on et qui, d'apr&#232;s ma jugeotte devait co&#239;ncider avec celle du Lautaret, laquelle au contraire, aboutit &#224; deux cents m&#232;tres au-dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mont&#233;e n'est heureusement pas bien terrible, non plus que celle qui m&#232;ne au Mon&#233;tier-de-Brian&#231;on et je conserve le d&#233;veloppement de 4m,40 que je n'ai pas eu &#224; changer depuis Laye et que je garderai jusqu'au Lautaret.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route jusqu'au Mon&#233;tier est tr&#232;s bonne, et le paysage n'est plus seulement beau, il devient imposant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on approche des glaciers et des solitudes &#233;ternelles que trouble seul le bruit des avalanches et qu'irrite pendant quelques mois d'&#233;t&#233; le grattement des piolets taillant des marches dans la neige, prise de possession intermittente de l'homme qui pense ainsi se montrer le ma&#238;tre de la nature alors qu'il n'en est que le jouet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse plusieurs villages ou hameaux ayant tous un cachet ind&#233;niable de parent&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont partout les m&#234;mes maisons grises aux toits fortement pont&#233;s, c'est le m&#234;me clocher massif carr&#233; presque jusqu'au haut et surmont&#233; d'une pointe &#233;cras&#233;e, tr&#232;s diff&#233;rent des clochers sveltes, &#224; fl&#232;ches &#233;lanc&#233;es, de la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette architecture est-elle vraiment n&#233;cessit&#233;e par les neiges ou bien est-ce simplement par routine qu'on construit aujourd'hui comme on construisait il y a cinq cents ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'on voit pourtant au Mon&#233;tier des maisons en tout semblables aux n&#244;tres et qui ont l'air de r&#233;sister tr&#232;s bien aux intemp&#233;ries.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon admiration pour la nature inviol&#233;e aupr&#232;s de laquelle je passe, ne m'emp&#234;che pas de songer aux prescriptions de l'hygi&#232;ne, et un joli ruisseau qui cascade &#224; ma droite, me fournit l'occasion d'une jolie douche, apr&#232;s laquelle je me bouchonne vigoureusement et me calfeutre de journaux, le vent fra&#238;chit &#224; mesure que le soleil s'abaisse et il s'agit d'&#234;tre prudent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien en effet, dans les pratiques de l'hygi&#232;ne par l'hydroth&#233;rapie, n'est aussi pr&#232;s du mal que le bien : une fausse man&#339;uvre et vous voil&#224; sur le flanc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mon&#233;tier o&#249; j'entre &#224; 6 heures 40, 1 heure 1/4 apr&#232;s avoir quitt&#233; Brian&#231;on, est plein de soldats&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les uns jouent aux boules, les autres font leur lessive, ceux-ci se prom&#232;nent en fumant, ceux-l&#224; vaquent aux besoins du service. Leur pr&#233;sence met quelque animation dans ce bourg, qui, sans eux, serait morne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un habitant m'indique l'h&#244;tel Allier &#224; gauche, presque &#224; l'extr&#233;mit&#233; du village. J'y suis tr&#232;s bien accueilli, et apr&#232;s avoir chang&#233; de linge, je vais, en attendant l'heure du repas, faire un tour dans le village : c'est l'heure o&#249; le b&#233;tail revient des p&#226;turages, les puissants mufles des ruminants barbotent une derni&#232;re fois dans les ruisseaux o&#249; l'eau coule &#224; pleins bords, et ces braves b&#234;tes dont je vais go&#251;ter l'excellent lait paraissent entrer &#224; regret dans l'&#233;table, je comprends &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mis &#224; table &#224; huit heures, bien repos&#233; et dispos&#233; &#224; faire grand honneur au menu v&#233;g&#233;tarien que j'avais demand&#233; : potage aux l&#233;gumes, beurre, tomates, &#233;pinards, riz et fruits, lait chaud &#224; discr&#233;tion. L&#224;-dessus j'allai faire une promenade de digestion, au cours de laquelle je vis soudain un beau croissant de lumi&#232;re descendre entre deux pointes de rochers dans le massif du Pelvoux et la lune &#233;clairait d'une fa&#231;on &#233;trange la neige qui &#233;tincelait mollement, sans fulgurance, sous cette blafarde clart&#233;. Cette vision dura peu et l'ombre se fit plus profonde quand Ph&#233;b&#233; eut disparu parmi les ar&#234;tes innombrables et inaccessibles qui percent les glaciers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne fis qu'un somme et 4 heures sonnaient quand je m'&#233;veillai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma chambre &#233;tait vaste, a&#233;r&#233;e, le lit d'une propret&#233; irr&#233;prochable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je laissai toute la nuit, suivant mon habitude, la fen&#234;tre ouverte afin de respirer un air constamment pur et je me trouvai, musculairement parlant, au moment d'entreprendre ma troisi&#232;me &#233;tape dans les meilleures conditions possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
En guise de premier d&#233;jeuner, j'absorbai la p&#226;t&#233;e de riz r&#233;glementaire, arros&#233;e d'une tasse de th&#233; froid, et je partis sous un ciel d'une puret&#233; divine, dans une atmosph&#232;re d'une limpidit&#233; parfaite, sur une route excellente encadr&#233;e par les tableaux les plus grandioses que nous ait encore offerts le Cr&#233;ateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici qu'une fl&#232;che d'or, passant &#224; des milliers de m&#232;tres au-dessus de ma t&#234;te, vint frapper avec tant de violence la cime des rochers neigeux que la lune caressait quelques heures auparavant, qu'il en jaillit des gerbes d'&#233;tincelles ensanglant&#233;es. Le roi du monde, le magnifique dispensateur de lumi&#232;re, de chaleur et de vie, le soleil lan&#231;ait ses premiers rayons, dardait ses premi&#232;res flammes et la nature s'&#233;veillait. La gorge o&#249; je rampais m'en parut plus sombre et mes yeux cherchaient en haut la lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des cyclistes &#224; qui la solitude p&#232;se et qui pr&#233;f&#232;rent rester chez eux plut&#244;t que de s'en aller seuls par les grands chemins &#224; la recherche de sensations nouvelles, de spectacles invus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les plains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Admirer &#224; deux est assur&#233;ment pr&#233;f&#233;rable, surtout quand l'un s'appelle Jeunesse et que l'autre se nomme Amour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais admirer seul vaut encore mieux que ne pas admirer du tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La magnificence du spectacle fut courte, les flamboyants reflets, les lueurs fulgurantes s'&#233;teignirent peu &#224; peu et la neige reprit sa face morne et froide bien qu'&#233;clatante sous les feux qui la d&#233;vorent et qui la transforment en eau et en vapeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dalais nonchalamment mais sans faiblesse d'autant plus que la rampe n'est pas forte, qu'il faisait frais et que j'&#233;tais tr&#232;s dispos, mais je ne me pressais pas par exemple et mettais pour un rien pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans chaque ruisseau j'allais plonger les mains ou les l&#232;vres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fleur me plaisait, je la cueillais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une croix plant&#233;e sur le bord du talus attira mon attention. Ici, m'apprit l'inscription qu'elle portait, mourut le 23&#160;mai 1865, &#224; l'&#226;ge de 33 ans (le nom m'&#233;chappe). Et de penser comment et pourquoi cet homme &#233;tait mort l&#224; occupa un instant ma pens&#233;e. Est-il une place ici-bas, aussi &#233;troite soit-elle qui n'ait encore vu mourir un homme et la terre que nous remuons, le sol sur lequel nous marchons, l'air que nous respirons, est-ce que tout cela n'est pas fait en grande partie de poussi&#232;re humaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un tunnel puis un autre sur lequel passe un lit de torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils sont courts et &#233;clair&#233;s par des ouvertures lat&#233;rales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive au Lautaret sans avoir vu le chemin du Galibier et je suis oblig&#233; de redescendre d'un bon kilom&#232;tre et demi, voil&#224; ce que c'est que d'&#234;tre distrait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est un peu la faute du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui devrait placer &#224; l'embranchement de ce chemin presque muletier un poteau indicateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas, on le sait, faire les mont&#233;es &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais cette fois je m'incline devant 14% d'inclinaison et un sol mouvant sur lequel jamais rouleau n'a pass&#233;. Ce serait du reste un sacril&#232;ge que de se h&#226;ter &#224; franchir les cinq ou six kilom&#232;tres qui me s&#233;parent du col du Galibier alors que derri&#232;re moi, devant moi, autour de moi je ne d&#233;couvre que de merveilleux panoramas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh que vois-je&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? des traces toutes r&#233;centes de bicyclettes : tout &#224; l'heure je me suis entendu licier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis devanc&#233; par des confr&#232;res qui ont pass&#233; la nuit au Lautaret. Bravo, vive le cyclotourisme. Que n'y a-t-il aussi par l&#224; quelques motocyclistes et quelques chauffeurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, les p&#244;vres, quelle triste figure ils feraient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe tr&#232;s peu rassur&#233; &#224; c&#244;t&#233; de b&#234;tes &#224; cornes qui me font de gros yeux et qui paissent autour de mis&#233;rables huttes qu'on d&#233;core du nom de chalets : la pente, un moment apr&#232;s, s'adoucit un peu et j'essaie de finir la mont&#233;e avec mon d&#233;veloppement de 2m,50, ce n'est, en somme, pas plus dur que la c&#244;te Vizille-Laffrey et ce n'est pas long, car je me trouve &#224; l'improviste apr&#232;s un dernier tournant sur un plateau en face du tunnel, &#224; 2600 m&#232;tres d'altitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le col au-dessus du tunnel o&#249; passait autrefois la route est de 58 m&#232;tres plus &#233;lev&#233;. Je suis entour&#233; de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le tunnel grimpent cinq cyclistes qui ont fait hisser leurs machines par les bergers des chalets de la Mandette. Il est 7 heures 1/12, je suis parti &#224; 4 heures 1/12, je n'ai pas br&#251;l&#233; l'&#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais tout ce que j'ai vu est si beau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les champs de neige succ&#233;dant aux champs de fleurs, font un effet tr&#232;s pittoresque. On a de l&#224;-haut une vue tr&#232;s &#233;tendue sur les glaciers du Pelvoux, mais il faut, pour en jouir, de meilleurs yeux que je n'en poss&#232;de et je dois me contenter des alentours imm&#233;diats et du spectacle panoramique du massif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'engage &#224; pied sous le tunnel de 400 m&#232;tres o&#249; je patauge &#224; plaisir pendant dix minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'essaie de monter, mais la boue est si gluante que je ne puis faire trois tours de roue et j'en suis r&#233;duit &#224; barboter dans une profonde obscurit&#233;, exercice qui me d&#233;pla&#238;t souverainement et qui me cause toujours une impression d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233;, je trouve les cinq bicyclettes dont les plaques m'indiquent que les excursionnistes qui me pr&#233;c&#232;dent depuis le Lautaret sont des Lyonnais. L'un d'eux est, para&#238;t-il, au dire des petits bergers, un habitu&#233; du col du Galibier o&#249; ils l'ont d&#233;j&#224; vu plusieurs fois. Voil&#224; un vrai touriste : je ne vois pourtant &#224; sa machine qu'une multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon tour, je vais les pr&#233;c&#233;der, car ils ne semblent pas dispos&#233;s &#224; se mettre en route de si t&#244;t et je veux aller d&#233;jeuner au plus vite &#224; Valloire. Je bille mon frein et je d&#233;gringole les pieds au repos, en une petite heure, les 18 kilom&#232;tres de descente continue qui de 2.600 m&#232;tres au Galibier me ram&#232;nent &#224; 1 430 m&#232;tres &#224; Valloire. Au d&#233;part, je passe entre deux murailles de neige fondante qui transforme le chemin en ruisseau. La pente est de ce c&#244;t&#233;, bien moins forte que du c&#244;t&#233; du Lautaret et malgr&#233; quelques coudes assez brusques, elle ne pr&#233;sente aucun danger. Le paysage n'est aussi plus du tout le m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les prairies sont moins fleuries et les flancs des montagnes sont uniform&#233;ment d'un gris ardois&#233;. &#192; peu de distance du sommet on rencontre les chalets du Galibier qui font pendant aux chalets de la Mandette mais paraissent moins sordides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pr&#233;s sont tout autour sem&#233;s de blocs de rochers entre lesquels paissent quelques b&#234;tes &#224; cornes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route suit de nombreux lacets qui m'obligent &#224; une attention soutenue, traverse plusieurs fois le torrent et arrive enfin dans le vallon o&#249; la pente qui s'adoucit me permet de diminuer la pression de mon frein et de filer grand train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ni passants ni voitures, je suis absolument seul entre ces montagnes qui se font de plus en plus hautes &#224; mesure que je m'enfonce dans leurs replis. Voici quelques maisons, je rentre dans la nature cultiv&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis un excursionniste isol&#233; qui m'a tout l'air de vouloir grimper au Galibier, ce qu'il aura chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il a d&#233;j&#224; mis bas la veste et marche d'un pas relev&#233;. Pourquoi n'a-t-il pas de bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
En approchant de Valloire, il semble qu'on entre, dans une oasis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des groupes nombreux se rendant &#224; la messe occupent toute la chauss&#233;e et m'obligent &#224; corner incessamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en me voyant arriver &#224; vive allure, les pieds au repos, les bonnes femmes me croient sans doute emball&#233; et s'&#233;cartent comme devant un pestif&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je les rassure, en m'arr&#234;tant presque net et en les d&#233;passant au petit pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le bagage que je tra&#238;ne, comme un escargot sa maison, les amuse et sous leurs coiffes &#224; grandes ailes je les entends rire derri&#232;re moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Valloire, trente minutes d'arr&#234;t, buffet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je descends &#224; 9 heures moins le quart &#224; l'h&#244;tel Giraud o&#249; je d&#233;jeune copieusement au caf&#233; au lait, avec accompagnement de tartines de beurre excellent et d'une fra&#238;cheur incontestable.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#233;rais vaguement voir passer pendant cette halte les cinq cyclistes que j'avais laiss&#233;s sur le Galibier, mais personne ne parut et je repartis &#224; 9 heures 1/4 pour Saint-Michel, quatre ou cinq kilom&#232;tres de mont&#233;e tr&#232;s moyenne jusqu'au tunnel du T&#233;l&#233;graphe, puis longue descente en lacets qui va me ramener de 1.550 m&#232;tres &#224; 700 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Valloire au tunnel la route c&#244;toie un pr&#233;cipice profond de plusieurs centaines de m&#232;tres au fond duquel gronde le torrent qu'on aper&#231;oit tr&#232;s bien et o&#249; l'on d&#233;gringolerait en moins de deux minutes si un moment d'inattention vous jetait par dessus les faibles barri&#232;res qui s&#233;parent la route de l'ab&#238;me. La vue est magnifique, les montagnes sont bois&#233;es de bas en haut et des villages se cachent &#231;&#224; et l&#224; dans la verdure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le tunnel on se trouve mieux prot&#233;g&#233; contre une chute par les arbres qui bordent la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette descente faite &#224; tr&#232;s petite vitesse, pieds au repos, a &#233;t&#233; le moment le plus agr&#233;able de ma troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je rencontrai quelques cyclistes et cyclettistes qui poussaient leurs machines &#224; la mont&#233;e et qui paraissaient avoir bien chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 10 heures 1/2 j'entrai &#224; Saint-Michel que je ne fis du reste que traverser et qui ne m'a pas laiss&#233; de souvenirs particuliers. Je m'arr&#234;tai un peu plus loin pour t&#226;cher de remettre ma bicyclette en &#233;tat de supporter la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la cuvette r&#233;calcitrante ne voulut rien entendre et apr&#232;s plusieurs vaines tentatives qui me firent perdre vingt minutes, je me mis en route d&#233;finitivement avec le d&#233;veloppement de 4m,40 qui me fit trouver longs les 86 kilom&#232;tres de descente douce de Saint-Michel &#224; Chamb&#233;ry.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vent du nord plut&#244;t violent qui ne me laissa pas un instant de r&#233;pit me fit tout d'abord penser que ce d&#233;veloppement moyen r&#233;pondrait parfaitement aux circonstances&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il n'en fut rien et, sauf quelques passages o&#249; le d&#233;veloppement de 6m,04 aurait &#233;t&#233; certainement lourd &#224; mes jarrets (l'arriv&#233;e &#224; Saint-Jean-de-Maurienne par exemple), j'aurais march&#233; plus vite et me serais moins fatigu&#233; avec ce grand d&#233;veloppement qu'avec celui auquel j'&#233;tais condamn&#233;, sans compter que vent, soleil, poussi&#232;re, tout conspirait contre moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dirai donc rien de ce long trajet qui m'a laiss&#233; sous une mauvaise impression et que je me propose du reste de refaire en sens inverse, quand j'irai au Mont-Cenis. Je m'arr&#234;tai de midi et quart &#224; 1 heure dans un petit caf&#233; sur le bord de la route, en face de la gare de La Chambre o&#249; j'eus grand peine &#224; obtenir de quoi me sustenter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Ch&#226;teauneuf, nouvel arr&#234;t dans un cabaret isol&#233; au bout du pont, et j'arrivai enfin &#224; Chamb&#233;ry &#224; 5 heures 1/.4. Je fis une halte &#224; l'entr&#233;e de la ville, pour mettre un peu d'ordre dans ma toilette et m'acheminai lentement vers la gare, non sans me lester &#224; tout hasard, en passant au milieu d'une f&#234;te foraine, de deux de ces pains de safran que j'avais trouv&#233;s si bons l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente et qui suffirent &#224; mon repas du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fis en arrivant &#224; la gare deux rencontres agr&#233;ables, celle d'un cycliste st&#233;phanois qui m'apprit qu'il venait d'embarquer dans le train de 5 heures 43 un groupe de nos amis de Saint-&#201;tienne revenant de Turin et que j'avais sans le savoir suivis &#224; quelques heures de distance depuis Saint-Michel, et celle d'un des plus anciens abonn&#233;s et collaborateurs du Cycliste, M.&#160;R. B., qui revenait d'une excursion de 4 jours dans les Alpes dont le r&#233;cit para&#238;tra, je l'esp&#232;re, ici m&#234;me, et qui avait manqu&#233; de quelques minutes ce m&#234;me train de 5 heures 43 que j'aurais pu et d&#251; prendre moi-m&#234;me, si je n'en avais totalement ignor&#233; l'existence et o&#249; j'aurais probablement retrouv&#233; mes cinq cyclistes du Galibier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en fus quitte pour attendre a heures le passage d'un express qui arriva &#224; Lyon avec 3 heures de retard, si bien que j'en vins &#224; regretter de n'&#234;tre pas rentr&#233; pedalibus chez moi d'autant plus qu'en descendant &#224; une heure du matin, &#224; demi endormi &#224; la gare des Brotteaux, j'oubliai dans le compartiment mon bagage de touriste qui, malgr&#233; une imm&#233;diate r&#233;clamation au chef de gare, ne m'a pas encore &#233;t&#233; rendu, perte qui augmente sensiblement le prix de revient des 45&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres de mon excursion, ainsi que me le fit malicieusement remarquer un chauffeur de mes amis &#224; qui je vantais l'&#233;conomie des voyages &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>5 jours en Montagne (1909)</title>
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		<dc:date>2022-05-01T08:58:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Col du Lautaret</dc:subject>
		<dc:subject>col d'Izoard</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>
		<dc:subject>n&#176;5</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Conter par le menu une excursion, deux ans apr&#232;s l'avoir faite et quand on n'en a rapport&#233; que des notes succinctes, serait bien hasardeux. Les impressions re&#231;ues en cours de route, du nuage qui passe, des rencontres fortuites se sont &#233;vanouies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les grandes lignes du voyage sont demeur&#233;es et se d&#233;tachent de mes souvenirs aussi nettes que le lendemain de notre retour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Col du Lautaret&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;col d'Izoard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot156" rel="tag"&gt;n&#176;5&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le cycliste 1911, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_11 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conter par le menu une excursion, deux ans apr&#232;s l'avoir faite et quand on n'en a rapport&#233; que des notes succinctes, serait bien hasardeux. Les impressions re&#231;ues en cours de route, du nuage qui passe, des rencontres fortuites se sont &#233;vanouies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les grandes lignes du voyage sont demeur&#233;es et se d&#233;tachent de mes souvenirs aussi nettes que le lendemain de notre retour, car nous f&#238;mes &#224; deux ce voyage int&#233;ressant et, si les lecteurs du Cycliste n'en ont pas lu encore la relation compl&#232;te, la faute en est &#224; mon compagnon Thorsonnax qui m'avait promis de la faire en l'assaisonnant de l'humour qui, toujours, releva ses r&#233;cits. Mais les devoirs de l'internat sont imp&#233;rieux et ce serait presque un crime que d'arracher Thorsonnax au chevet de ses malades pour lui rappeler ses promesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lecteurs du Cycliste y perdront le c&#244;t&#233; agr&#233;able, mais je m'efforcerai de retenir le c&#244;t&#233; pratique de ce voyage que le hasard nous contraignit de faire en tournant le dos &#224; notre but.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; minuit, le 2&#160;ao&#251;t 1909, nous d&#233;barquions &#224; Gen&#232;ve avec, pour objectif, les lacs italiens, quelques cols suisses et le Stelvio&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un programme charg&#233;, mais cinq jours pleins pour l' ex&#233;cuter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thorsonnax avait sa b&#238;-cha&#238;ne des grandes randonn&#233;es, Lyon-Nice, Lyon-col-des Aravis et retour, etc., deux vitesses en marche seulement mais trois ou quatre autres vitesses par d&#233;placement des cha&#238;nes. J'avais mon n&#176;6 (quatre vitesses en marche par Villiers et deux cha&#238;nes) dont, pour la circonstance, j'avais abaiss&#233; de 1O&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% toutes les vitesses en rempla&#231;ant les roues libres de dix-huit dents par des vingt dents. J'avais ainsi : 2m,6O, 3m,45, 4m,7O et 6m,30.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre objectif imm&#233;diat &#233;tait le Simplon Express qui passe &#224; Saint-Maurice entre sept' heures et sept heures et demie et nous aurait amen&#233; &#224; Brigue autour de neuf heures. Ce train, il est vrai, ne prend des voyageurs que s'il y a de la place&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'&#233;tait une chance &#224; courir et, s'il l'avait fallu, nous en aurions &#233;t&#233; quittes pour faire &#224; bicyclette un peu de cette vall&#233;e du Valais, tr&#232;s assommante, jusqu'&#224; ce qu'un autre train nous rattrap&#226;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Brigue, on ascensionnait le Simplon et l'on allait dormir &#224; Pallanza en vue des po&#233;tiques &#238;les Borrom&#233;es. Rien de plus simple et de moins hasardeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pourquoi ce soir-la nous descend&#238;mes entre chien et loup, dans un petit h&#244;tel de Cerdon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partons donc de la gare de Gen&#232;ve apr&#232;s un petit d&#233;jeuner, &#224; une heure, et la lune nous &#233;claire, nos lanternes aussi car, en Suisse, on attrape assez facilement des contraventions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la lune est fr&#233;quemment voil&#233;e par des nuages noirs qui ne pr&#233;sagent rien de bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol n'est pas tr&#232;s bon, il est ici boueux, l&#224;, on empierre et, plus loin, nous recevons quelques gouttes, premier avertissement. Le tonnerre gronde bient&#244;t et les &#233;clairs fusent au loin devant nous, deuxi&#232;me avertissement. La lune a maintenant compl&#232;tement disparu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y voit comme dans un four&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un passage &#224; niveau se pr&#233;sente et, tout &#224; la fois, troisi&#232;me et dernier avertissement, je tressaute sur je ne sais quoi, mon pneu est &#224; plat en un clin d'&#339;il, ma lanterne s'&#233;teint, mon grelot va se balader sur la voie et, apr&#232;s un &#233;clair &#233;blouissant et un coup de tonnerre assourdissant, une pluie torrentielle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela en moins d'une minute.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison du garde-barri&#232;re &#233;tait l&#224;, par bonheur, ferm&#233;e naturellement car les trains ne circulent pas pendant la nuit, mais nous p&#251;mes, en nous serrant et en endossant les manteaux, nous mettre &#224; l'abri sous un &#233;troit auvent. Nous rest&#226;mes l&#224;, une- heure jusqu'&#224; ce que, une cloche ayant annonc&#233; l'approche d'un train, le garde vint ouvrir et nous invita &#224; entrer. Le jour &#233;tait venu, blafard, sous un ciel inqui&#233;tant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'orage, tr&#232;s violent avait fini en pluie fine, intermittente, qui mena&#231;ait de durer. On r&#233;para d'abord le pneu gri&#232;vement bless&#233; par un &#233;clat de fer et, sans enthousiasme, on repartit. Je me souviens d'un arr&#234;t assez long &#224; Evian, devant le port, sous un refuge o&#249; Thorsonnax aurait volontiers fait un somme si, la pluie ayant fait tr&#234;ve un moment, je n'avais sonn&#233; le boute-selle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Simplon-Express il n'&#233;tait plus question dans les propos plus ou moins d&#233;cousus et larmoyants que nous &#233;changions. &#192; Meillerie, le besoin d'un second petit d&#233;jeuner se fit sentir et nous l'obtenons, de qualit&#233; m&#233;diocre et peu copieux, dans un h&#244;tel de troisi&#232;me ordre. Il pleuvait toujours par intervalles et les nuages blancs se balan&#231;aient aux flancs des montagnes, mauvais pr&#233;sage. On d&#233;jeuna longuement et je crois m&#234;me qu'on fit un l&#233;ger somme sur la table, apr&#232;s quoi l'h&#244;teli&#232;re nous fit payer le prix fort du d&#233;jeuner suisse, excellent et copieux, soit 1 fr. 25&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous avons infiniment mieux que cela dans nos montagnes pour cinquante centimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut la chiquenaude qui fixa nos ind&#233;cisions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous ne sommes pas encore en Suisse et on nous ran&#231;onne d&#233;j&#224; et par ce temps du chien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Rentrons chez nous dare dare, on ira au Stelvio une fois de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nos guidons se tourn&#232;rent vers Evian, Thonon, Douvaine. Nous d&#251;mes nous abriter deux ou trois fois pour laisser passer des averses, mais le ciel s'embleutait devant nous et nous rentrions &#224; midi &#224; Gen&#232;ve avec du soleil plein les rues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se rapprocher de Lyon le plus possible dans la soir&#233;e afin de r&#233;int&#233;grer Saint-&#201;tienne le lendemain d'aussi bonne heure que possible, tel est notre nouveau programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d'abord, dans une brasserie connue, sur le quai, d&#233;jeunons solidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le gar&#231;on qui nous sert a examin&#233; nos machines et il me demande tout &#224; coup pourquoi je n'ai pas ma bicyclette &#224; roues de 50 centim&#232;tres, mon n&#176;&#160;5. Stup&#233;faction&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il m'a vu circuler &#224; Saint-Etienne sur cette machine liliputienne qui, entre parenth&#232;se, est une de mes meilleures et &#224; laquelle je reviendrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Gen&#232;ve, nous nous engageons &#224; gauche sur un chemin qui n'est pas des meilleurs et, sous pr&#233;texte de raccourcir, nous nous &#233;garons &#224; diverses reprises, Il est juste de dire que, n'ayant emport&#233; que les cartes suisses, nous &#233;tions condamn&#233;s &#224; voyager sans cartes, la chose qui m'est la plus d&#233;plaisante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec les seuls poteaux indicateurs et les renseignements que l'on arrache aux indig&#232;nes, les raccourcis deviennent en g&#233;n&#233;ral terriblement longs. On nous le fit bien voir, car, apr&#232;s avoir travers&#233; deux fois le Rh&#244;ne en des sites &#224; la v&#233;rit&#233; fort pittoresques (et somme toute, nous aurions tort de nous plaindre), par une grimpette tr&#232;s dure, il fallut nous d&#233;gager du trou o&#249; nous &#233;tions tomb&#233;s et au lieu d'arriver &#224; Collonges comme je l'esp&#233;rais, nous about&#238;mes sur la route nationale au-dessus d'un petit village qui s'appelle Farges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avions plus qu'&#224; filer rondement jusqu'&#224; Bellegarde o&#249; nous vint le d&#233;sir de voir et la perte du Rh&#244;ne et celle de la Valserine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis,un imp&#233;rieux besoin de dormir s'empara de Thorsonnax que j'abandonnai derri&#232;re une haie. &#192; l'ombre, pendant que j'allais &#224; Chatillon de Michaille, rendre visite a l'excellent ami qu'est le docteur Julliard, je tombe ensuite dans les bras d'un ing&#233;nieur st&#233;phanois en vill&#233;giature par l&#224; et nous nous rafra&#238;chissions quand Thorsonnax, frais et dispos, arrive&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a dormi presque une heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous br&#251;lons Nantua, le temps est de plus en plus beau, le soir approche et un h&#244;tel isol&#233; dans une gorge avant la Balme, nous tente un instant. Souvent, dans ces h&#244;tels de carrefour on est tr&#232;s bien re&#231;u, la cuisine est bonne et le tarif mod&#233;r&#233;. Nous nous consultons et nous d&#233;cidons de descendre &#224; Cerdon, oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! sans nous presser, car la vue qu'on a au cours de la descente sur la combe &#233;troite et d&#233;j&#224; pleine d'ombre o&#249; se blottit ce petit village, alors qu'au-dessus de nos t&#234;tes, le ciel s'empourprant au coucher du soleil, nous pr&#233;dit du beau temps pour le lendemain, celle vue nous retient &#224; plusieurs reprises.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain, 4&#160;ao&#251;t, d'assez bonne heure nous quittons Cerdon. Un temps id&#233;al, qui semblait orient&#233; pour longtemps vers le beau fixe, avec cela un l&#233;ger vent du nord dont nous nous trouvions tr&#232;s bien puisque nous allions vers le midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin des routes parfaites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'&#233;tions pas &#224; 10 kilom&#232;tres que l'id&#233;e de rentrer piteusement ne nous souriait plus. Rebrousser chemin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous n'y pouvions songer et d'abord, quel temps faisait-il en Suisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos h&#233;sitations furent de courte dur&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'avons pu faire les grands cols suisses, nous ferons les grands cols fran&#231;ais. Et, &#224; Amb&#233;rieu, au lieu de tourner &#224; droite vers Meximieux, nous filons droit vers Lagneu puis Serri&#232;res-de-Briord. &#192; d&#233;faut de carte, nous nous guidons sur la m&#233;moire et, quand je compare maintenant la route que nous suiv&#238;mes avec celle que nous aurions pu suivre, je constate que nous all&#226;mes assez directement &#224; notre but : Grenoble o&#249; nous entrions &#224; midi par Saint-Genix d'Aoste, Pont-de-Beauvoisin, Les &#201;chelles, le col de la Placette et Voreppe. &#192; deux ou trois reprises nous avions bien fait des crochets &#224; droite ou &#224; gauche, mais on nous avait remis dans notre chemin. Ma m&#233;moire me disait que nous devions passer &#224; Saint-Genix et nous nous obstinions &#224; demander la route de Saint-Genix. Je vois maintenant sur la carte que la route par les Abrets et Voiron e&#251;t &#233;t&#233; plus directe et plus facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens d'un bon caf&#233; au lait avec d'excellent beurre, dans un village dont j'ai oubli&#233; le nom, d'une jolie cascade aper&#231;ue en passant et que nous all&#226;mes voir de pr&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de quelques l&#233;g&#232;res mont&#233;es, d'agr&#233;ables descentes, de beaucoup de fra&#238;cheur et de verdure jusqu'&#224; Pont-de-Beauvoisin o&#249; nous rentrions sur des routes archi-connues. La chaleur commen&#231;a &#224; nous peser au col de la Placette qui, pourtant, du c&#244;t&#233; de Saint-Laurent, n'est pas m&#233;chant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, &#224; midi nous d&#233;jeunions solidement &#224; Grenoble et, &#224; treize heures, nous &#233;tions d&#233;j&#224; sur la route du Lautaret avec 2.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation en perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce trajet que j'ai d&#233;j&#224; fait si souvent ne m'a pas laiss&#233; de souvenirs pr&#233;cis et je risquerais, si j'en citais quelques un, de les emprunter &#224; des excursions ant&#233;rieures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais seulement que l'approche de la nuit nous emp&#234;cha de nous attarder et que nous m&#238;mes pied &#224; terre au Mon&#233;tier de Brian&#231;on, devant l'h&#244;tel Allier, &#224; vingt heures, on y voyait tout juste et j'avais du faire &#224; petite allure les derniers kilom&#232;tres que mon jeune compagnon avait n&#233;goci&#233; comme en plein midi. Je lui avais, &#224; la descente, jou&#233; le bon tour de le laisser s'engager sous un tunnel alors que je prenais la route, ou plut&#244;t le chemin qui passe hors du tunnel et qui n'est pas toujours pratiquable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il l'&#233;tait heureusement ce jour-l&#224; et grande fut la surprise de Thorsonnax qui me savait derri&#232;re quand il me vit devant.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais descendu dix ans auparavant &#224; ce m&#234;me h&#244;tel Allier dont l'accueil &#233;tait alors familial, la cuisine simple et substantielle et les prix mod&#233;r&#233;s. Ce temps n'est plus, cet h&#244;tel s'est transform&#233; comme les autres, il a &#233;lev&#233; ses prix, sa cuisine est quelconque et l'on ne s'y sent plus en famille. Nous y f&#238;mes cependant bien trait&#233;s et les lits &#233;taient bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle temp&#233;rature glaciale quand nous part&#238;mes le 5&#160;ao&#251;t, au lever du soleil. Il fallut s'arr&#234;ter au cours de la descente sur Brian&#231;on pour se plastronner de papier et nous arriv&#226;mes gel&#233;s, avec une ongl&#233;e carabin&#233;e, faute de gants fourr&#233;s. Le thermom&#232;tre a d&#251; descendre &#224; moins de z&#233;ro ce matin-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par bonheur, nous allions pouvoir nous r&#233;chauffer en grimpant au col d'Izoard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous commen&#231;ons par nous tromper en prenant trop &#224; droite la route des forts sans doute, o&#249; nous d&#233;passons une troupe de chasseurs alpins, la pente y est rude, par endroits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un pont jet&#233; sur le torrent nous remet dans le bon chemin et nous continuons &#224; grimper avec &#231;&#224; et l&#224; meilleures contrepentes jusqu'&#224; Cervi&#232;res. Il est l'heure du petit d&#233;jeuner : halte aupr&#232;s de la fontaine : une auberge &#233;picerie est tous pr&#232;s, nous y obtenons ce qu'il nous faut mais la veille vraiment sur les bords du Rh&#244;ne, tout &#233;tait de meilleure qualit&#233;, plus propre et plus soign&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que Thorsonnax r&#233;pare un de ses pneus, je prends les devants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pardieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel grimpillon en sortant de Cervi&#232;res et combien je me f&#233;licite d'avoir abaiss&#233; mes d&#233;veloppements, je n'avais encore fait cette qu'en sens inverse et, &#224; la descente, le 12:14% ne para&#238;t jamais si dur qu'&#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Joignez &#224; cela un sol sablonneux et mouvant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin je m'en tire et je vais au-dessus d'un petit hameau attendre mon compagnon. J'ai v&#233;cu l&#224;, &#224; l'ombre de quelques pins maigrelets, dix minutes, peut-&#234;tre un quart d'heure de recueillement qui m'ont laiss&#233; une impression durable. Le soleil d&#233;j&#224; haut chauffait &#224; la r&#244;tir la future moisson que d'autres bruits que le vague bourdonnement des mouches dans cette &#233;troite vall&#233;e o&#249; le torrent classique fait absolument d&#233;faut. Autant sur le versant sud que sur le versant nord du col d'Izoard ne coule point d'eau, cela ne va pas sans quelques inconv&#233;nients pour te voyageur alt&#233;r&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne dans les champs, personne sur la route, j'&#233;tais envelopp&#233; de calme, de silence et de lumi&#232;re et la vie contemplative me semblait bonne. Mon attente fut assez longue pour que j'aie pu bien comprendre le charme que la solitude en haute montagne exerce sur l'&#226;me humaine et m'en impr&#233;gner. Aussi n'ai-je pas &#233;t&#233; trop surpris de lire ces jours-ci dans les journaux ce fait divers : un jeune alpiniste se fait accompagner par des guides de Saint-Christophe au glacier de l'Etan&#231;on, les cong&#233;die en leur disant qu'il va camper l&#224;, seul, sous la tente, et de revenir le chercher dans huit jours. Quand ils revinrent, ils le trouv&#232;rent mort au pied d'un rocher inaccessible. La montagne, la solitude l'avaient tu&#233;. Le charme avait agi trop puissamment sur cette jeune &#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, d&#232;s que je vis poindre la silhouette de Thorsonnax, le charme se dissipa et j'enfourchai ma monture pour ne pas me laisser rattraper trop vite, mais j'avais affaire &#224; forte partie et, peu &#224; peu, je fus rattrap&#233; puis distanc&#233; par mon compagnon qui se d&#233;pensait sans compter, ce qui lui joua le dernier jour un bien mauvais tour. Avec 3m,25 il enlevait gaillardement le 8 &#224; 11&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% auquel j'&#233;tais bien aise de pouvoir opposer mon petit 2m,60 : je grimpais &#224; 10 &#224; l'heure environ, comme toujours sur de telles rampes quand je suis sous pression et en y allant de la belle su&#233;e hygi&#233;nique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au refuge du col d'Izoard, on ne peut jamais arriver, soit d'un c&#244;t&#233;, soit de l'autre, sans avoir soif, car, en montant, on ne trouve pas la moindre occasion de se rafra&#238;chir, aussi, l'eau frapp&#233;e de la fontaine est-elle tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e et le moscato d'Asti dont le cantonnier a toujours une petite provision dans sa cave ne l'est pas moins. Nous go&#251;t&#226;mes &#224; l'un et &#224; l'autre puis le livre des touristes, en bien mauvais &#233;tat, nous fut apport&#233; et nous nous y inscriv&#238;mes. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; ferait &#339;uvre utile en dotant ces refuges de livres solidement reli&#233;s, en s'int&#233;ressant &#224; leur conservation et en recommandant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! de ne les pr&#233;senter qu'aux v&#233;ritables touristes. Les soldats en man&#339;uvres et les terrassiers en d&#233;placement sont incontestablement susceptibles d'y d&#233;poser des choses int&#233;ressantes, mais ils abusent quelquefois de la permission, et, comme diraient les cousins de Bidendum : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Che n'est pas que cha choit b&#234;te, mais cha tient trop de plache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les touristes forment une grande famille dont les membres se donnent mutuellement de leurs nouvelles en laissant ainsi des traces de leur passage, tant&#244;t au col d'Izoard, tant&#244;t au col de Peyrol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est que je ne conna&#238;trai jamais autrement que par leur signature retrouv&#233;e en plusieurs endroits, d'autres que j'ai eu le plaisir de rencontrer et qu'il me semble revoir quand je revois leur nom ici et l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous d&#233;val&#226;mes sur la casse d&#233;serte toujours aussi farouche et, pour croiser une auto qui montait, je mis prudemment pied &#224; terre , avec les autos, dans ces &#233;troites routes de montagne il ne s'agit pas de faire le zouave. On passa Brunissard &#224; grande allure, la poule y est fort roide dans la ligne droite qui termine la s&#233;rie de lacets taill&#233;s au flanc de la montagne. Huit jours plus tard je retraversais Brunissard, mais cette fois beaucoup plus lentement, car je grimpais au lieu de descendre et, dans ces parages, entre l'allure de la descente et celle de la m&#233;t&#233;o il y a une fi&#232;re diff&#233;rence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un simple coup d'&#339;il jet&#233; en passant au si curieux site de Ch&#226;teau-Queyras et nous continuons &#224; descendre jusqu'&#224; la maison du roi, pas tr&#232;s vite pourtant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'heure ne nous presse pas et la gorge du Guil, en maints endroits tr&#232;s pittoresque, vaut bien la peine qu'on s'y attarde. Nous crois&#226;mes de nombreux groupes de touristes &#224; pied semblant appartenir &#224; une Soci&#233;t&#233; qu'un bon repas devait attendre &#224; Ch&#226;teau-Queyras. Le n&#244;tre nous attendait &#224; Guillestre o&#249; nous arriv&#226;mes par la belle descente de la Viste que la nouvelle route, en construction en 1909, &#233;vite en se glissant au fond de la gorge et en franchissant sous des tunnels les passages o&#249; le rocher surplombe le torrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours beaucoup de mouches &#224; Guillestre, je n'en ai vu nulle part en aussi grand nombre et l'on nous sert dans une salle &#224;' manger tellement obscure &#224; cause de cela qu'il faut un moment avant de pouvoir distinguer sa fourchette et son couteau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne peut jamais voir si dans les sauces, ne nagent pas quelques-unes de ces messag&#232;res du chol&#233;ra et de toutes les maladies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le chef doit avoir beaucoup de peine &#224; les &#233;loigner de ses casseroles. C'est pourquoi je conseille de s'arranger pour d&#233;jeuner ailleurs qu'&#224; Guillestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens que le d&#233;jeuner fut copieux et que nous y f&#238;mes honneur, aussi, quand il fallut reprendre le collier et grimper an col de Vars dont le pourcentage n'est pas tendre, il y eut quelque flottement dans les rangs et le premier assaut fut donn&#233; mollement. Sous pr&#233;texte de jouir du tableau vraiment remarquable qui se d&#233;roulait derri&#232;re nous &#224; mesure que nous nous &#233;levions, nous ne tard&#226;mes pas &#224; mettre pied &#224; terre et &#224; faire une assez longue halte. Il y a une sorte de balcon d'o&#249; l'on domine d'assez haut la vall&#233;e de la Durance et le plateau fortifi&#233; de Mont-Dauphin, cependant qu'en face de soi &#233;tincellent les glaciers du Pelvoux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue est plus belle et plus &#233;tendue que celle que l'on a de la Visio on venant du Queyras.&lt;br class='autobr' /&gt;
On grimpe ensuite sur une ar&#234;te entre deux ruisseaux et l'on se heurte &#224; des raidillons invraisemblables dont nos tout petits d&#233;veloppements de 2m,60 seuls peuvent venir &#224; bout. Ce sont, para&#238;t-il, des restes de l'ancienne route, ou plut&#244;t de l'ancien sentier o&#249; le 18%. A. dominait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques contrepentes nous am&#232;nent &#224; Vars puis &#224; Sainte-Marie et la mont&#233;e reprend moins dure et moins p&#233;nible car on p&#233;n&#232;tre bient&#244;t dans la for&#234;t o&#249; Thorsonnax s'attarde pendant que je me h&#226;te vers le refuge. J'en &#233;tais peu &#233;loign&#233; quand se produisit un incident qui aurait pu se terminer en accident grave. Devant moi cheminait, lentement une jeune paysanne &#224; califourchon sur un mulet somnolent. Le l&#233;ger bruissement de mes pneus sur le sol au moment o&#249; j'arrive &#224; sa hauteur, tire brusquement l'animal de son somme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait un &#233;cart, d&#233;sar&#231;onne sa cavali&#232;re et se dispose &#224; bondir &#224; travers champs en entra&#238;nant la jeune fille &#233;tendue sur le sol, enlac&#233;e dans la longe. Je vois le danger, mets pied &#224; terre h&#226;tivement et, pour la retenir, me pr&#233;cipite sur cette enfant des montagnes, dodue &#224; rendre des points &#224; V&#233;nus callipyge. Je saisis la longe en m&#234;me temps et le mulet s'arr&#234;te fr&#233;missant. Tout est bien qui finit bien, mais je crois que mon intervention fut heureuse et je ne suis pas de l'avis de Varalle qui, en pareille circonstance, s'amuse de la d&#233;convenue des gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thorsonnax me rejoint au refuge o&#249; nous ne faisons halte qu'un instant. Nous sommes bient&#244;t au col d'o&#249; nous plongeons sur Saint-Paul par une route dont le sol pourrait tout de m&#234;me &#234;tre meilleur, mais la vue sur le cirque de montagnes qui nous entoure est assez belle pour que de temps en temps nous mettions pied &#224; terre au b&#233;n&#233;fice de nos freins, de nos jantes et de nos chambres &#224; air.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-Paul &#224; La Condamine, simple promenade &#224; petite allure et le soleil est encore loin de son lit quand nous descendons devant l'h&#244;tel du Commerce (si j'ai bonne m&#233;moire car j'oublie r&#233;guli&#232;rement le nom des h&#244;tels o&#249; je descends). Il nous arrive rarement de nous arr&#234;ter avant la nuit, mais ce jour-l&#224; il &#233;tait mat&#233;riellement impossible d'aller plus loin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Embrun nous n'aurions pu trouver d'h&#244;tel et, Embrun, c'&#233;tait bien un peu loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous e&#251;mes le plaisir de d&#238;ner &#224; c&#244;t&#233; d'un jeune couple qui venait, le jour m&#234;me, &#224; pied, de Crevoux par le Parpaillon et qui semblait assez fatigu&#233;. Aussi, son enthousiasme &#233;tait-il tr&#232;s mod&#233;r&#233; et le mari nous d&#233;clara qu'on ne les reverrait jamais dans ces parages d&#233;sol&#233;s. En mati&#232;re d'excursion, l'enthousiasme est en raison inverse de la fatigue. Ne soyez donc jamais fatigu&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le premier des commandements de l'&#201;cole st&#233;phanoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre heures, le lendemain, 6&#160;ao&#251;t, nous quittons l'h&#244;tel sans tambour ni trompette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est notre quatri&#232;me journ&#233;e de voyage et nous nous sentons plus frais et plus dispos que jamais. Le temps, d'ailleurs, est radieux et je vais retraverser dans les conditions les plus favorables ce col du Parpaillon qu'en juillet 1903 je traversai dans la neige, sous une pluie battante et au milieu d'un orage qui n'&#233;tait sans danger car la foudre, &#224; ces altitudes, ne badine pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s dur le d&#233;but de la grimpette, mauvais sol, tournants secs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis joliment content d'avoir abaiss&#233; mes d&#233;veloppements et d'avoir 2m ,60 pour vaincre sans peine tous ces obstacles, Thorsonnax est parti quelques minutes apr&#232;s moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me rattrape bient&#244;t et prend les devants, &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous n'&#234;tes encore que l&#224;, me dit-il en passant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; Allez, mon ami, allez et attendez-moi au plan du Parpaillon et, surtout, ne vous d&#233;pensez pas trop. On ne perd jamais son temps &#224; engager les jeunes gens &#224; penser au lendemain et aux jours suivants et &#224; m&#233;nager leurs efforts au cours du voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai constat&#233; chez beaucoup de ceux qui m'ont accompagn&#233;, une tendance &#224; se d&#233;penser sans compter tant qu'ils se sentent des forces et ils se vident avant la fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au plan du Parpaillon se dressaient autrefois une douzaine de tentes et les roulements de tambours, les sonneries des clairons emplissaient de bruit cette solitude que troubleront seuls d&#233;sormais le cri des aigles et le b&#234;lement des moutons. En 1903, nous avions entendu du col m&#234;me, alors que l'orage ,et la pluie faisaient rage au-dessous de nous, spectacle peu ordinaire pour d'autres que pour les aviateurs, nous avions entendu tambours et clairons et, en passant quelques instants apr&#232;s, &#224; proximit&#233; du campement, nous avions vu des soldats courir &#224; nous. L'autorit&#233; militaire a supprim&#233;, depuis les deux camps du Parpaillon, celui du c&#244;t&#233; de Crevoux aussi bien que celui du c&#244;t&#233; de la Condam&#238;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emplacement des tentes est encore visible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un seul &#234;tre humain y d&#233;ambulait non sans une certaine majest&#233; de pasteur hom&#233;rique. Ce berger proven&#231;al entour&#233; de ses chiens, surveillait un millier de moutons qui traverssaient le torrent, tr&#232;s b&#233;nin &#224; ce moment, et grimpaient sur l'autre flanc de la montagne. Les moutons du Midi viennent estiver l&#224;, comme dans le D&#233;voluy et dans maints autres endroits des Alpes : on m'a cit&#233; des communes qui se font d'assez beaux revenus en louant leurs montagnes arides &#224; ces transhumants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions partis sans d&#233;jeuner et le besoin de manger se faisant sentir, nous d&#233;jeun&#226;mes sur le bord du Parpaillon, de pain et de chocolat, puis nous attaqu&#226;mes les lacets qui m&#232;nent droit au tunnel et que les avalanches mettent chaque hiver en bien mauvais &#233;tat. Une demi-douzaine de terrassiers travaillaient &#224; la r&#233;paration de la route dont la pente n'est pas excessive et nous pouvions p&#233;daler ais&#233;ment partout, le sol &#233;tait d&#233;blay&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, o&#249; la pelle et le r&#226;teau n'avaient pas encore pass&#233;, il n'y avait rien &#224; faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fallait pousser ou porter les machines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel glorious moming&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dirait ici un narrateur anglais. Jamais je ne verrai le Parpaillon sous un plus beau ciel, sous un ciel plus bleu, plus profond, dans une atmosph&#232;re plus limpide, les lointains se d&#233;tachant avec une nettet&#233; plus parfaite jusqu'au point o&#249; la brume noyait l'horizon sous les vagues grises, mauves ou bleues qui nous cachent partout l'infini.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tunnel qu'on m'a dit &#234;tre aujourd'hui obstru&#233; par des blocs de glace faute d'&#234;tre entretenu, &#233;tait tr&#232;s cyclable. Thorsonnax grimpa, par l'ancienne mont&#233;e, jusqu'au col pendant que je visitais des cabanes en bois qui datent de l'&#233;poque o&#249; l'on construisit le tunnel et o&#249; l'on pourrait encore s'abriter le cas &#233;ch&#233;ant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a m&#234;me assez de vieilles planches pour faire un bon feu et je signale ces ressources aux amateurs de camping.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Crevoux exige beaucoup de prudence et des freins s&#233;rieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est d'abord encombr&#233;e de pierres et ressemble, d'assez pr&#232;s &#224; celle du Puy-Mary du c&#244;t&#233; de Salers, puis elle serpente &#224; travers la prairie et la riche flore du Parpaillon, o&#249; elle dispara&#238;t. Trop de fleurs, vraiment, trop de fleurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; cinquante m&#232;tres, que dis-je, &#224; vingt m&#232;tres, on serait fort embarrass&#233; de dire o&#249; passe la route, on roule dans la prairie, ce serait tout &#224; fait charmant s'il n'y avait &#231;&#224; et l&#224; des virages bien inqui&#233;tants. Apr&#232;s le rocher la prairie, apr&#232;s la prairie la for&#234;t, cela devient d&#233;licieux, la pente s'adoucit, un frais ruisseau coule &#224; nos c&#244;t&#233;s, nous voici &#224; Crevoux. Le d&#233;cor change compl&#232;tement et les hautes montagnes abruptes d'o&#249; tombent des ruisseaux d'argent et que tapisse une herbe drue qui de loin semble une mousse &#233;paisse, &#233;chappent &#224; nos regards qui ne vont plus se reposer que sur des sites insignifiants jusqu'au moment ou la vall&#233;e de la Durance appara&#238;tra au loin et bien au-dessous de nous. La route nouvelle qui depuis dix ans est en discussion ou en construction n'est pas encore ouverte &#224; la circulation, aussi sommes-nous, dans le lit du torrent, qu'est l'ancienne route, maintes fois oblig&#233;s de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Durance enfin travers&#233;e, au lieu de grimper &#224; Embrun, nous tournons &#224; gauche sur un petit chemin tr&#232;s v&#233;lo&#231;able qui suit la rivi&#232;re que nous retraverserons bient&#244;t &#224; peu de distance de Crottes, o&#249; nous aurions bien voulu d&#233;jeuner. Pas le moindre restaurant, mais &#224; quelques kilom&#232;tres plus loin, &#224; Savines, nous trouvons &#224; midi sonnant ce qu'il nous faut. Notre matin&#233;e a &#233;t&#233;, en somme, consacr&#233;e toute enti&#232;re au passage du Parpaillon et cette demi-&#233;tape nous donne au compteur tout juste 52 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apr&#232;s-midi nous nous rattraperons par une belle demi-&#233;tape transport qui, par Gap et Veynes, nous conduira &#224; la gare de Clelles (95 kil.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partons un peu tard, mais le vent nous fut, je crois, favorable et nous e&#251;mes de jolis acc&#232;s de c&#233;l&#233;rit&#233; aigu&#235; : la mont&#233;e par laquelle on arrive &#224; Charges fut enlev&#233;e &#224; vive allure et nous pr&#238;mes l&#224; quelque rafra&#238;chissement. &#192; Gap, j'achetai un melon et des raisins que nous all&#226;mes manger au col de la Freyssinouse. Nous &#233;tions l&#224; sur des routes archi-connues, tr&#232;s roulantes, d&#233;sertes et nous p&#233;dalions avec entrain. Une des rares routes de p&#233;n&#233;tration dans le D&#233;voluy se d&#233;tache &#224; droite, mais nous n'avons pas la moindre envie d'aller dans ce pays de d&#233;solation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en descendant un peu plus tard le col de la Croix-Haute, nous e&#251;mes, gr&#226;ce au soleil couchant, une vue f&#233;erique sur l'immense entassement de montagnes que l'on d&#233;couvre de ce col et longtemps, alors que les moindres sommets sont d&#233;j&#224; dans l'ombre, les deux Obiou baignent leur t&#234;te dans la lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'obscurit&#233; croissante retarde un peu notre marche, la mienne surtout, car mon compagnon a des yeux de lynx et pourrait aller beaucoup plus vite, mais d&#232;s que je n'y vois plus tr&#232;s clair je deviens d'une prudence excessive et mon allure s'en ressent. Bref, c'est &#224; la nuit tomb&#233;e que nous gravissons les quelques marches qui conduisent &#224; l'h&#244;tel o&#249; nous sommes tr&#232;s bien accueillis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous savourions un excellent potage, de ces potages &#233;pais, onctueux, v&#233;ritable velours pour l'estomac, que j'adore trouver le soir au bout de l'&#233;tape, Thorsonnax m'annon&#231;a qu'il me laisserait partir seul le lendemain, car il ne lui restait que tout juste le temps de rentrer&lt;br class='autobr' /&gt;
par la voie la plus directe, c'est-&#224;-dire via Grenoble et Givors. Je m'effor&#231;ai de le faire revenir sur cette d&#233;cision&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; arriver le samedi soir ou le dimanche matin n'&#233;tait-ce pas la m&#234;me chose. D'ailleurs il nous restait &#224; faire une belle &#233;tape, une tourn&#233;e de cols, col de Men&#233;e, col du Rousset, col des Grands Bois. Nous terminerions ainsi dignement notre belle excursion. Au dessert, Thorsonnax me d&#233;clara qu'il me suivrait jusqu'au bout, cette tourn&#233;e de cols, &#231;a lui souriait.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'aube, le samedi 7&#160;ao&#251;t, nous disions bonjour au Mont-Aiguille. J'allais passer le col de Men&#233;e pour la premi&#232;re fois et je m'attardais volontiers quand un changement de direction me mettait en pr&#233;sence d'un nouveau d&#233;cor. Dans la for&#234;t, le sol tr&#232;s rocailleux me retarda encore, puis le chien du cantonnier me donna la chasse au point de m'obliger &#224; mettre pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profitai pour le gratifier de quelques grains de sel, bien que j'aie d'habitude beaucoup d'&#233;gards pour les chiens des cantonniers &#224; cause de l'estime dans laquelle je tiens leurs ma&#238;tres. Peu de fonctionnaires rendent aux cyclotouristes d'aussi pr&#233;cieux services.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je trouvai mon compagnon en train de r&#233;parer son pneu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je t'attendis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais 'en pr&#233;sence d'un des plus beaux sites qu'il soit possible de voir, o&#249;, sauf les glaces &#233;ternelles que seule une vue per&#231;ante pouvait distinguer &#224; l'extr&#234;me horizon, tout &#233;tait ce matin-l&#224; r&#233;uni pour le plaisir des yeux, le soleil, ce grand magicien, &#233;tant de la f&#234;te. J'ai franchi de nouveau en 1911 ce m&#234;me col de Men&#233;e dans la brume et je n'y ai pas retrouv&#233; mes impressions de 1909.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233; du tunnel, le paysage est quelconque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas de for&#234;ts, des flancs de hautes montagnes d&#233;nud&#233;s, le long desquels la route court sinueuse et revenant souvent sur elle-m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas dangereuse si l'on veut, mais il ne faut pas la quitter des yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Excellent petit d&#233;jeuner &#224; Men&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le besoin en &#233;tait urgent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les 32 kilom&#232;tres que nous venions de faire dans la fra&#238;cheur du matin avaient &#233;t&#233; un fameux ap&#233;ritif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous repartons joyeux, mais la r&#233;paration qu'a faite au col Thorsonnax ne tient pas et j'ai moi-m&#234;me crev&#233; sur un morceau de verre, d'o&#249; halte forc&#233;e &#224; quelques kilom&#232;tres du village. Ma r&#233;paration est vite faite, mais je pince ma chambre en remontant et pan... elle &#233;clate sur une longueur de cinq centim&#232;tres. D&#233;veine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Thorsonnax n'a pas encore fini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me d&#233;p&#234;che et je suis pr&#234;t &#224; repartir en m&#234;me temps que lui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est &#233;bahi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L.e soleil est chaud et nous n'envisageons pas sans quelque appr&#233;hension la grimpette de mille m&#232;tres de Die au col du Rousset en plein midi, il est m&#234;me un instant question d'effacer ce col du programme et de filer tout droit sur Livron. Je laisse mon compagnon libre de faire ce qu'il voudra et j'ai la satisfaction de le voir&lt;br class='autobr' /&gt;
apr&#232;s Die, ob&#233;issant &#224; sa vaillance naturelle, tourner sans h&#233;siter son guidon vers Chamaloc. Je ne sais pas exactement en combien de temps nous avons grimp&#233; de Chamaloc au col n'ayant pas pris de notes pendant ce voyage mais ce fut assez vite fait, Thorsonnax toujours devant, selon son habitude, et les 14 kilom&#232;tres ne nous retiennent certainement pas plus d'une heure et quart. Sous les rayons ardents qui nous r&#244;tissaient, c'&#233;tait m&#233;ritoire, et la bouteille de clairette &#233;tait bien gagn&#233;e. Cependant, pouss&#233;s par le d&#233;sir de ne d&#233;jeuner qu'aux Baraques, nous allions continuer sans arr&#234;t &#224; la maison cantonni&#232;re et nous &#233;tions d&#233;j&#224; engag&#233;s sous le tunnel, quand un heureux hasard nous fit rebrousser chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la vo&#251;te d&#233;j&#224; sombre nous croisons un cyclotouriste qui nous demande si nous ne venons pas de Saint-&#201;tienne et si, par aventure, nous n'appartenons pas au Cycliste. Les pr&#233;sentations sont vite faites et l'instant apr&#232;s, M.&#160;F... un de nos abonn&#233;s parisiens, nous offrait, sur la terrasse du refuge d'o&#249; la vue est si belle, cette clairette de Die qu'on ne boit maintenant bonne que l&#224;-haut. .M.&#160;F... venait dans le Vercors pour la premi&#232;re fois, attir&#233; de ce c&#244;t&#233; par les merveilleuses descriptions qu'il en avait lues dans Le Cycliste. Et certes il se d&#233;clarait enchant&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; polymultipli&#233;, il avait pu faire ais&#233;ment toute la route &#224; bicyclette, tandis que son fils et un de ses amis, monomultipli&#233;s, allaient &#224; pied le plus souvent, en poussant leurs l&#233;g&#232;res montures. De fait, nous les rencontr&#226;mes tr&#232;s loin du col, &#224; pied et fatigu&#233;s, ils nous demand&#232;rent si la mont&#233;e n'&#233;tait pas bient&#244;t termin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces rencontres entre cyclotouristes sont tr&#232;s agr&#233;ables, on s'y sent &#224; l'aise, sans fa&#231;on ni c&#233;r&#233;monie, on est en famille et j'ai eu maintes fois l'occasion de constater que Le Cycliste avait &#233;t&#233; le point de d&#233;part de vives et solides amiti&#233;s entre cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
De midi &#224; 14 heures nous f&#238;mes halte aux Baraques, d'abord pour calmer un app&#233;tit f&#233;roce, ensuite, pour laisser passer la grosse chaleur, enfin pour r&#233;parer &#224; fond le pneumatique de Thorsonnax qui s'obstinait &#224; se d&#233;gonfler lentement et avait besoin de temps &#224; autre d'un coup de pompe.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pont-en-Royans &#224; Saint-Nazaire la route &#233;tait ce jour-l&#224; particuli&#232;rement abominable &#224; cause de la poussi&#232;re, des trous, des bosses, des pierres, des orni&#232;res et d'une certaine voiture de d&#233;m&#233;nagement qui m'emp&#234;cha longtemps de passer. Trop secou&#233;s, mes sacs-gamelles se d&#233;tach&#232;rent et j'arrivai &#224; Saint-Nazaire furieux de tous ces contretemps. Mon compagnon m'y attendait depuis un moment. Les mauvaises routes, les passages encombr&#233;s, la nuit, la travers&#233;e des villages, les descentes dangereuses, toutes choses qui mod&#232;rent mon allure et me mettent en &#233;tat d'inf&#233;riorit&#233;. Et pourtant ce n'est plus le moment de fl&#226;ner, l'heure va nous presser et, une fois hors du Vercors, nous n'avons plus qu'une &#233;tape-transport de cent et quelques kilom&#232;tres &#224; n&#233;gocier rapidement. Nous nous mettons &#224; travailler s&#233;rieusement avec 5m,80, son d&#233;veloppement moi avec mon grand jeu 6m, 30 et 4m70, ce dernier en prise directe me permet de gravir sans peine et &#224; vive allure de l&#233;g&#232;res mont&#233;es alors qu'avec 6m30, je file grand train &#224; la descente&lt;br class='autobr' /&gt;
en palier. La moyenne s'&#233;l&#232;ve ainsi &#224; 25 ou 26 &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t je m'aper&#231;ois que mon compagnon s'est laiss&#233; distancer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je l'attends et l'invite &#224; s'abriter derri&#232;re moi, mais il est d&#233;cid&#233;ment fatigu&#233;, et c'est moi qui maintenant pourrais lui demander pourquoi il n'est encore que l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est si peu dans son habitude qu'&#233;tudiant in petto ce cas bizarre et inattendu, j'en arrive &#224; conclure que si Thorsonnax ne peut plus en me suivant fournir une allure qu'il soutenait et au del&#224; en menant le train, les jours pr&#233;c&#233;dents c'est qu'il s'&#233;tait trop d&#233;pens&#233; pendant les quatre premi&#232;res &#233;tapes en se servant trop souvent de d&#233;veloppements inad&#233;quats ou en poussant trop &#233;nergiquement sans s'apercevoir qu'il vidait son accumulateur plus vite qu'il ne pouvait le recharger par le sommeil et l'alimentation. Dans ces conditions, la d&#233;faillance survient au moment o&#249; l'on s'y attend le moins et si l'on persiste, c'est la fatigue anormale qui surgit. Il ne pouvait plus &#234;tre question de franchir le soir m&#234;me le col des Grands Bois, et apr&#232;s avoir mang&#233; quelques fruits &#224; Tain, nous continu&#226;mes tout doucement jusqu'&#224; Andance, l'unique h&#244;tel ayant clos ses portes &#224; la suite du d&#233;c&#232;s de la propri&#233;taire, nous faill&#238;mes ne trouver de lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un caf&#233; o&#249; nous venions de prendre un l&#233;ger repas, on put heureusement nous donner deux chambres et le lendemain toute trace de fatigue ayant disparu, nous r&#233;int&#233;gr&#226;mes l'un et l'autre, d&#232;s le matin, nos domiciles respectueux&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;e pascale (1912)</title>
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		<dc:date>2022-04-27T08:04:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; nous r&#233;pondons en criant aussi et en levant les bras. Telle est la nouvelle fa&#231;on de se saluer, au passage, que la vitesse croissante des v&#233;hicules a introduite entre chauffeur, et m&#234;me entre cyclistes. On pousse des cris sauvages et on agite les bras fr&#233;n&#233;tiquement. Entre aviateurs, il faudra encore trouver autre chose.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1912, r&#233;trospective Le Cycliste sep oct 62&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu enfin, &#224; deux, nous offrir une &#233;tape de 40 heures, de 46 heures m&#234;me, et la terminer dans le train, c'est-&#224;-dire, sans souffrir outre mesure du manque de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon compagnon n'envisageait ces longues &#233;tapes qu'avec quelque crainte et, doutant de son endurance, ne se croyait pas capable de p&#233;daler aussi longtemps sans discontinuer. Or, il s'en est tir&#233; beaucoup mieux que moi-m&#234;me et s'il eut &#233;t&#233; seul et qu'il n'ait eu en vue que la longueur de l'&#233;tape et non pas son agr&#233;ment, nul doute qu'il n'eut couvert, pendant les 46 heures, pr&#232;s de 800 kilom&#232;tres. Tandis que nous n'en avons fait, ensemble, que 585, un peu moins que je n'en fis, seul, l'an dernier. Mais il faut bien se mettre dans l'esprit, qu'&#224; deux, on sera toujours retard&#233;, &#224; trois davantage, et &#224; quatre encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a dit : P&#233;daler est un travail si &#233;reintant qu'on ne peut s'y livrer plus de dix heures cons&#233;cutives, sous peine d'&#234;tre an&#233;anti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pondons : P&#233;daler est, au contraire, un travail si peu fatiguant, qu'on peut s'y livrer, de temps &#224; autre, sans crainte de surfatigue, jusqu'au moment o&#249; s'impose le besoin de dormir, c'est-&#224;-dire pendant, au moins, 40 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous le prouvons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et nous assurons, avec plus de force que jamais, qu'&#224; la condition d'y avoir du plaisir et de savoir s'alimenter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la condition, aussi, de ne jamais, par un sot amour-propre, vouloir aller plus vite qu'on ne le peut, nous assurons &#224; tous les cyclistes que les randonn&#233;es de 40 heures ne sont qu'amusement et d&#233;lassement hygi&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il convient qu'on ne se joigne &#224; des compagnons d&#233;j&#224; entra&#238;n&#233;s, qu'apr&#232;s s'&#234;tre rendu compte, par des tentatives solitaires, de ses propres forces, c'est-&#224;-dire, de l'allure &#224; laquelle on peut pr&#233;tendre (allure qui, &#224; machines &#233;gales, varie avec chaque individu) et de l'effort qu'on est capable de soutenir pendant 40 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait, restez toujours en dedans de vos moyens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ne vous croyez pas oblig&#233; de r&#233;pondre aux provocations tacites des p&#233;dards qui vous d&#233;passent, ou de suivre, quand m&#234;me, des compagnons qui ont, dans les muscles, plus de force et dans les poumons, plus de vitesse. Surtout, n'oubliez pas de manger avant d'avoir faim, et de boire, avant d'avoir soif, sans vous inqui&#233;ter de ce que penseront vos amis, des exigences de votre estomac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faites comme si vous &#233;tiez seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vous arriviez un peu plus tard, cela n'a pas d'importance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le principal est que vous arriviez en bon &#233;tat, sans fatigue anormale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, il vaut mieux, tout bien consid&#233;r&#233;, partir avec des compagnons moins vigoureux, moins entra&#238;n&#233;s, et se contenter de les suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si ces compagnons se confient &#224; vous pour que vous les habituiez aux longues randonn&#233;es, n'allez pas les en d&#233;go&#251;ter en les vannant d&#232;s les premiers cent kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; donnez-leur au contraire, l'exemple de la mod&#233;ration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apprenez-leur &#224; se servir intelligemment de la polymultiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rappelez-leur qu'on gagne, toujours plus qu'on ne perd, &#224; abaisser son d&#233;veloppement, car beaucoup ont une tendance marqu&#233;e &#224; garder, trop longtemps, la grande multiplication qu'une circonstance favorable leur aura fait prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons un point &#224; ce bien long pr&#233;ambule qui n'aura, peut-&#234;tre, pas &#233;t&#233; inutile, et contons notre randonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; midi et demi, la veille de P&#226;ques, nous quittons St-&#201;tienne. Avec mon compagnon Ch..., nous grimpons, &#224; petite allure et sous un soleil ardent &#8212; avec un l&#233;ger vent du nord dans le dos &#8212; au Col du Grand-Bois, o&#249; &#224; 13 h. 30, nous attendait Cl..., jeune &#233;tudiant parisien en vacances, qui nous &#233;tonnera par l'aisance avec laquelle il enl&#232;vera les c&#244;tes les plus raides avec une machine ne pesant pas moins de 26 kg alors que celle de Ch... ne d&#233;passait pas 18 kg et la mienne 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les temps sont chang&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne remorque plus comme en 1902 et 1903 des 28 et 30 kg. Cependant j'emporte toujours un tas d'objets qui ne me servent gu&#232;re, et j'en avais, cette fois, pour 5 kg : enveloppe et chambre de rechange, lanterne garnie et provision de carbure, jambi&#232;re et p&#232;lerine caoutchouc, chandail, bas, chemises, mouchoirs, serviette, revolver, quatre cartes entoil&#233;es et, enfin, un kilo de provisions de bouche : pain complet, bananes, kalougas et autres cartouches alimentaires. Ma sacoche contenait l'outillage ordinaire augment&#233; de quelques clefs sp&#233;ciales et un suppl&#233;ment de n&#233;cessaire de r&#233;paration. Bref, j'en avait pour 5 kg, alors que Ch... n'emportait que 2 kg.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; 16 h. 15, nous entrons &#224; Valence (92 km en 3 h. 45) apr&#232;s une halte d'un quart d'heure aupr&#232;s d'une fontaine pour croquer quelques bananes, car nous ne nous arr&#234;terons plus, maintenant, avant Die. Le vent nous g&#234;ne souvent, de fr&#233;quentes ondulations nous obligent &#224; changer fr&#233;quemment de vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entrant dans Saillans, entre chien et loup, qui trouvons-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un jeune couple st&#233;phanois, compagnon de nos promenades habituelles dominicales, qui, sur un tri-tandem 4 vitesses par d&#233;railleur, est parti &#224; 7&#8239;h.&#8239;1/2 de St-&#201;tienne, et vient passer la nuit l&#224;, apr&#232;s 135 km de route. Nous regrettons que notre itin&#233;raire nous ait fix&#233; notre g&#238;te &#224; Die, 23 km au-del&#224;. Nous nous souhaitons r&#233;ciproquement bon voyage et filons, apr&#232;s avoir allum&#233; nos lanternes : et nous voici &#224; Die, &#224; l'H&#244;tel de la Gare, en m&#234;me temps qu'un train parti de Livron au moment o&#249; nous quittions Valence. Pour arriver &#224; Die par ce train l&#224;, il faut quitter St-&#201;tienne &#224; 10 heures et payer 9 fr. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Concluez.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avions esp&#233;r&#233; pouvoir dormir mieux et plus longtemps, mais &#224; 23 heures, un dernier voyageur arriva, menant grand tapage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se rendormit lentement, et &#224; 2 heures et demie, une montre-r&#233;veil claironna la diane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois heures sonnaient &#224; diff&#233;rentes horloges, quand nous quittions Die, ce dimanche matin, &#224; quatre. Notre groupe s'&#233;tant augment&#233; d'un de nos collaborateurs Jules G..., d&#233;sirant faire un bout de route &#224; nos c&#244;t&#233;s, et G... autre abonn&#233; du Cycliste qui nous accompagnera jusqu'&#224; Puget-Th&#233;niers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Clasp de Luc, au clair de lune, ne manque pas d'&#233;tranget&#233;, et, en s'&#233;levant vers le Col de Cabre, on a, par moments, une vue assez &#233;tendue sur le frais vallon o&#249; se cache Bauri&#232;res. Ce col est un des moins int&#233;ressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 6 heures pr&#233;cises, nous mettons pied &#224; terre au sommet devant une borne de fort calibre, qui semble dater de loin, car l'inscription y est encore en langue latine. Peut-&#234;tre est-ce du pseudoantique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cependant il para&#238;t vraisemblable qu'il y e&#251;t l&#224;, de tout temps, un passage facile de la vall&#233;e de la Durance dans celle du Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours pas d'incident. Nous nous laissons descendre &#224; toute allure, en d&#233;pit de quelques mauvais tournants et de deux cassis. Apr&#232;s La Beaume, le vent, nettement favorable, nous invite &#224; de folles vitesses et nous serions certainement arriv&#233;s &#224; Sisteron &#224; 8 h., si le besoin de d&#233;jeuner ne s'&#233;tait fait sentir imp&#233;rieusement. Mais, &#224; Serres, &#224; 7 h., c'est inutilement que nous essayons d'obtenir le traditionnel caf&#233; au lait. Notre jeune compagnon Cl... y fait emplette d'une casquette, le vent lui ayant emport&#233; la sienne dans la Dr&#244;me, &#224; Pontaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans plus tarder, on d&#233;vale sur Laragne (17 km en 30 minutes) : vent favorable, descente douce, pas la moindre cause d'arr&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; route libre et sol passable : du 35 km/h dans ces conditions, avec 7 &#224; 8 m&#232;tres de d&#233;veloppement, cela ne p&#232;se gu&#232;re, et l'on n'a pas grand m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vaste pancarte nous apprend &#224; l'entr&#233;e de Laragne, qu'il y a l&#224; un h&#244;tel dipl&#244;m&#233; du T-C-F. Euh, Euh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cela veut dire qu'on paiera plus cher qu'ailleurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; laissons ce dipl&#244;m&#233; &#224; messieurs les chauffeurs, et descendons dans ce tr&#232;s modeste h&#244;tel auquel on acc&#232;de par quelques marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une assez longue halte s'impose, car c'est l'heure de la messe, et le caf&#233; au lait ne sera pr&#234;t que lorsque les fid&#232;les auront entendu l' &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&lt;i&gt;Ite missa est&lt;/i&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il fut, du reste, excellent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; excellent aussi le beurre venant de Brian&#231;on, et non moins excellente la gel&#233;e de coings, dont on vida un pot compl&#232;tement. Et nous pay&#226;mes le prix (1 fr. 35) du fort d&#233;jeuner suisse qui, dans nos montagnes, n'est encore tarif&#233; que 50 ou 60 centimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passe, entre Laragne et Sisteron, de la vall&#233;e du Buech dans celle de la Durance, par une mont&#233;e insignifiante, suivie d'une longue descente, qui nous am&#232;ne, &#224; 9 h. en pr&#233;sence des fortifications de la vieille cit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; fortifications formidables sans doute autrefois, mais bien peu redoutables aujourd'hui. Le site n'en est pas moins imposant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques kilom&#232;tres, une p&#233;dale de Ch... craque, en d&#233;pit d'un graissage intensif&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il devient urgent de la d&#233;monter, et l'on constate qu'il est impossible de r&#233;gler convenablement le roulement, dont les billes tendent &#224; s'&#233;chapper pour aller se loger entre l'axe et le corps de la p&#233;dale. Continuons cependant, le mal ne s'aggravera peut-&#234;tre pas. Et nous filons de plus belle pour rattraper ce petit retard.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons la Durance et, en quelques minutes, nous voici &#224; Malijai, o&#249; tr&#232;s mal &#224; propos, nous franchissons, &#224; son tour, la Bl&#233;one. Si nous ne nous &#233;tions ravis&#233;s &#224; temps, nous allions aux M&#233;es, o&#249; nous aurions vu les rochers bizarres qui ressemblent, dit-on, &#224; une th&#233;orie de moines. Nous n'aurions pas regrett&#233; ce petit crochet, mais, ayant demand&#233; &#224; un passant si nous &#233;tions bien sur la route de Digne, il eut &#233;t&#233; peu poli de ne pas suivre les indications qu'il nous donna avec bonne gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Digne est une jolie petite ville, qui m'a plu beaucoup. Pendant que Ch... se mettait en qu&#234;te d'une p&#233;dale, je fis avec G... le tour des boulevards, qui ont de l'allure. La Bl&#233;one, par son large lit torrentueux, met de l'air et de l'espace dans ce creux de vall&#233;e, et les coteaux d'alentour sont parsem&#233;s de maisons blanches...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;levons maintenant assez rapidement, car la rampe est douce, sur la rive gauche. Puis, la descente nous am&#232;ne &#224; la Clue de Chabri&#232;res, &#233;troit d&#233;fil&#233;, qu'un torrent s'est creus&#233; dans le roc, et qui apporte quelque variante au paysage de collines pel&#233;es, de terrains incultes ou peu cultiv&#233;s, que, depuis le Col de Cabre, nous avons sous les yeux, et qui ne laisse pas que de devenir, &#224; la fin, monotone.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En sortant du d&#233;fil&#233; de Chabri&#232;res, j'ai aper&#231;u, aupr&#232;s d'une fontaine, loin de toute habitation, une table en pierre entour&#233;e de bancs et de quelques arbres : qu'on aurait &#233;t&#233; bien, l&#224;, pour un d&#233;jeuner tir&#233; des sacs, et combien il convient de remercier et d'encourager les fondateurs de ces lieux de repos offerts aux voyageurs. Seulement, les sacs sont &#224; peu pr&#232;s vides, et nous avons besoin d'un repas substantiel, que nous obtenons &#224; Barr&#234;me. Apr&#232;s quoi, sous un soleil de plus en plus chaud, il nous faut grimper assez rudement, et assez longtemps, pour passer de la vall&#233;e de l'Asse dans celle du Verdon, &#224; Saint-Andr&#233;-de-M&#233;ouilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, nous sommes d&#233;pass&#233;s par le Docteur E..., de Saint-&#201;tienne, qui va &#233;galement &#224; Nice, mais en automobile.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rapprochons des sommets couverts de neige que, le matin, nous avons vu &#224; diverses reprises, &#233;merger, au loin, par dessus les montagnes arides de moindre altitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vall&#233;e du Verdon m'est n&#233;faste : j'y cr&#232;ve deux fois, coup sur coup, mon pneu avant, dont, la seconde fois, je remplace la chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'&#233;tais muni, heureusement, de chambres interrompues. Deux crevaisons en dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'en aurai une troisi&#232;me &#224; Fr&#233;jus, et ce sera tout. Ch... en aura autant, et de plus, un d&#233;gonflement lent l'obligera &#224; regonfler, le deuxi&#232;me jour, toutes les heures. Nous n'avons pas, en somme, pay&#233; trop cher le plaisir de rouler sur des pneus de luxe, tr&#232;s souples, tr&#232;s minces, et dont le rendement n'est &#233;gal&#233; que par les pneus-boyaux des coureurs, qui ont d'autres inconv&#233;nients. Rien n'est parfait ici-bas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Col de Verg&#244;ns, quand on l'attaque du c&#244;t&#233; de Saint-Andr&#233;, n'a rien de redoutable, mais quand, en plein midi, on l'attaque du c&#244;t&#233; de Nice, ainsi que je le fis l'an pass&#233;, c'est une autre chose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette ann&#233;e, la neige est moins pr&#232;s du col qu'&#224; P&#226;ques 1911&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'hiver a, sans doute, &#233;t&#233; aussi b&#233;nin dans les Alpes, qu'il l'a &#233;t&#233; chez nous et les sources seront t&#244;t taries cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Rouaine, la route descend &#224; travers des gorges tr&#232;s pittoresques, passe sur un pont qui a, autant que bien d'autres, le droit de s'appeler : Pont du Diable, s'insinue entre deux murailles rocheuses qui s'&#233;l&#232;vent de plus en plus, &#224; mesure qu'on se rapproche du lit du torrent, qu'on atteint, enfin, aux Scaffarels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La descente continue, mais la nature cesse d'&#234;tre farouche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e s'&#233;largit, la ligne du &#034;Sud-France&#034; se loge ais&#233;ment entre le torrent et la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil qui p&#233;n&#232;tre difficilement au fond des gorges de Rouaine, et que nous avions cess&#233; de voir, nous caresse encore de ses derniers rayons quand nous atteignons le Pont de Gueydan.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notre programme nous fait, ici, quitter la route Digne-Nice, et nous devons remonter le Var pendant une vingtaine de kilom&#232;tres pour voir les Gorges de Dalluis. Ce n'est plus du transport, c'est de l'excursion. Et vraiment, ce crochet de quarante kilom&#232;tres est &#224; recommander&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est d'abord insignifiante, elle est m&#234;me d&#233;sagr&#233;able par les rails d'un tramway en construction, et par les travaux d'&#233;largissement, car cette route qui, jusqu'ici, finissait en cul-de-sac, va devenir partie de la fameuse Route des Alpes, que nous devons au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Touring-Club de France&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Dalluis m&#234;me, les joueurs de boules ajoutent &#224; l'encombrement, et font la partie au beau milieu de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et ce n'est pas seulement &#224; Dalluis que nous constat&#226;mes ce sans-g&#234;ne des boulistes, qui nous lan&#231;aient le cochonnet dans les roues et nous auraient peut-&#234;tre fait embrasser Fanny, si nous avions protest&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Dalluis, commence une rampe de quelques kilom&#232;tres, et l'on entre, bient&#244;t, dans les gorges proprement dites, que l'on domine toujours, d'assez haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond d'un couloir &#233;troit, encaiss&#233; entre les parois verticales de rochers aux colorations impr&#233;vues, le torrent roule ses flots opalescents. Je ne sais rien de comparable &#224; ces gorges dont on ne commence &#224; parler que depuis quelques ann&#233;es, alors que tant d'autres, qui sont &#224; cent coud&#233;es au-dessous d*elles, sont c&#233;l&#232;bres dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous y trouvions &#224; l'heure la plus favorable, celle o&#249; le soleil se couche, et les tons vifs et chauds des roches brunes, rouges, vertes, saillaient vigoureusement en haut, tandis que l'ombre montait peu &#224; peu, d'en bas. Et c'&#233;tait le combat du jour et de la nuit. En face de nous s'ouvrait, dans la montagne, une faille profonde, &#233;troite et myst&#233;rieuse, d'o&#249; venait se m&#234;ler au Var, un autre torrent : une entr&#233;e de l'enfer de Dante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pass&#226;mes sous plusieurs tunnels, courts heureusement, car ils sont peu &#233;clair&#233;s, et le sol y est mauvais comme d'ailleurs partout, &#224; cause des r&#233;fections dont cette route est l'objet, et je conseille d'attendre que la route des Alpes soit termin&#233;e, avant d'aller excursionner par l&#224;, &#224; moins que l'on ne soit pas press&#233;, ce qui n'est, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! jamais notre cas. Nous disposons de peu de temps et nous voulons quand m&#234;me voir, en deux ou trois jours, ce &#224; quoi la plupart des cyclotouristes consacrent une semaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e est finie, et la descente nous entra&#238;ne jusqu'&#224; Guillaumes, mais, avant d'y arriver, nous rebroussons chemin : la nuit vient vite, une fois le soleil couch&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma myopie, et la prudence qui en d&#233;coule, vont m&#234;me m'obliger &#224; retarder d'un long quart d'heure, la marche du groupe. Apr&#232;s Dalluis, je me trouve, en effet, bloqu&#233; par une voiture qui trotte &#224; dix &#224; l'heure, et ne nous laisse, pour la d&#233;passer, que l'espace compris entre les rails du tramway. Mes trois compagnons passent sans h&#233;siter, mais je n'ose les suivre : un d&#233;rapage entre les rails aurait pour r&#233;sultat de me jeter, ou bien sous les roues de la voiture, ou bien par-dessus le parapet, dans le Var. Cruelle alternative : j'aime mieux rester derri&#232;re la guimbarde, et ce n'est que peu avant le Pont de Gueydan, que, profitant d'un passage o&#249; les chevaux vont au pas, je me hasarde &#224; d&#233;passer enfin cet attelage malencontreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit est maintenant venue, le vent est froid et contraire, on br&#251;le quelques cartouches alimentaires, on allume les lanternes, et en route pour Entrevaux, que j'aurais voulu montrer, en plein jour, &#224; mes compagnons. La nuit, ce site si pittoresque, avec ses fortifications taill&#233;es dans le rocher, perd toute son &#233;tranget&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si encore nous avions eu un beau clair de lune&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Entrevaux, la route n'est plus tortueuse, et nous pouvons aller un peu plus vite, si bien qu'&#224; 20 heures, nous nous arr&#234;tons &#224; Puget-Theniers, en retard seulement d'une heure sur notre horaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#238;ner et s&#233;paration. G... s'arr&#234;te ici : quant au jeune &#233;tudiant Cl., qui, pour ses d&#233;buts de randonneur, s'est merveilleusement comport&#233;, et qui aurait bien voulu continuer avec nous jusqu'&#224; Fr&#233;jus, il est forc&#233; de s'arr&#234;ter ici, &#224; la suite de la rupture de ses freins dans une chute, d'ailleurs, anodine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne pourra les faire r&#233;parer que le lendemain. Cl... est vraiment navr&#233; de ce contretemps, il ne ressent aucune fatigue et aurait tant voulu t&#226;ter d'une &#233;tape nocturne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cependant, &#224; vingt ans, on a besoin de sommeil et le hasard a bien fait les choses en for&#231;ant ce jeune homme &#224; s'arr&#234;ter apr&#232;s les 420 kilom&#232;tres qu'il vient de couvrir &#224; nos c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch... et moi, nous partons, lanternes allum&#233;es et manteaux imperm&#233;ables d&#233;ploy&#233;s, &#224; 21 h. 45. L'allure, &#224; la descente, &#224; cause de mes faibles yeux, sera forc&#233;ment lente, et nous aurions froid sans gants et manteaux. Je mentirais en disant que cette descente de soixante kilom&#232;tres, dans la nuit d'un noir d'encre, fut agr&#233;able. Mon compagnon, dou&#233; d'excellent yeux, filait, filait, disparaissait, puis m'attendait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suivais derri&#232;re le c&#244;ne de lumi&#232;re de ma lanterne, dont le reflet dans mes lunettes, &#233;tait plut&#244;t g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Tou&#235;t, on dansait encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Villars, ou, l'ann&#233;e derni&#232;re, j'avais d&#233;jeun&#233; sous une tonnelle &#8212; Dieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'il y faisait chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!	&#8212; tout dormait. Peu apr&#232;s, la route passe sur la rive gauche du Var, et le Pont de la Mescla n'est plus tr&#232;s loin, je m'en souvenais, et j'en avertis Ch... qui &#233;tait en difficult&#233; avec un de ses pneus et oblig&#233; de lui donner, de temps en temps, quelques coups de pompe. Deux ou trois autos nous d&#233;pass&#232;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol &#233;tait, par moments, bien caillouteux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au Pont de la Mescla, nous m&#238;mes pied &#224; terre. J'aurais voulu montrer &#224; mon compagnon, combien &#233;trange et farouche est ce confluent de deux torrents, mais on y voyait... comme dans un four&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La lune &#233;tait pourtant lev&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement, entre elle et nous, une &#233;paisse couche de nuages s'&#233;tait interpos&#233;e et nous commencions &#224; &#234;tre inquiets du temps pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons toujours, sous la montagne qui surplombe, dans les tunnels, le long des eaux qui se brisent sur les rochers, mugissent et tourbillonnent et miroitent lugubrement, &#233;clair&#233;es &#231;&#224; et l&#224;, par des lampes d'usines &#233;lectriques. Non, vraiment, ce n'est pas gai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ne me parlez plus d'&#233;tapes nocturnes, dans de telles conditions, sans une belle lune au firmament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e s'&#233;largit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au flanc de la montagne, s'accrochent des b&#226;timents f&#233;eriquement &#233;clair&#233;s... Ou pouvons-nous bien &#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et voici que le sol devient tr&#233;pidant &#224; l'exc&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e s'&#233;largit encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; en juger par les lumi&#232;res lointaines, nous devons &#234;tre pr&#232;s de Nice, et ces derniers kilom&#232;tres paraissent interminables. &#192; gauche, une vive lueur... ce sont, sans doute, les feux de la ville refl&#233;t&#233;s dans les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, &#224; un dernier tournant, les becs &#233;lectriques surgissent de l'ombre, nous passons sous le P-L-M.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes devant l'octroi : il est 1 h. du matin. Il nous a fallu trois heures et quart pour faire ces 60 km qu'en plein jour, nous aurions n&#233;goci&#233;s en moins de deux heures et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nettoyons et regarnissons nos lanternes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'employ&#233; de l'Octroi, &#224; qui nous demandons son avis sur le temps probable, nous dit que, la veille, le ciel est rest&#233; couvert tout le matin, et, qu'&#224; midi, le soleil s'est montr&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'il en sera de m&#234;me, sans doute, aujourd'hui. Et il en fut ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que faire &#224; Nice &#224; une heure du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La promenade des Anglais est, assur&#233;ment, peu anim&#233;e et, en longeant la plage d&#233;serte, nous risquerions de tomber sur quelques nervis. Prenons, sans h&#233;siter, le chemin du retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; Cannes, dans la nuit noire, il n'est rien de folichon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous f&#238;mes une halte un peu avant l'Octroi d'Antibes, dans une maison abandonn&#233;e, pour casser la cro&#251;te et, l'un et l'autre, nous ajout&#226;mes au r&#233;confort du repas, le r&#233;confort du repos, en nous abandonnant au sommeil pendant quelques instants. Du moment o&#249; nous ne pouvions r&#233;aliser notre espoir de faire la corniche par un beau clair de lune, que le soleil, m&#234;me, allait nous y manquer, pourquoi nous presser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'explique le fait que, partis &#224; 1 h. de Nice, nous n'&#233;tions &#224; Fr&#233;jus, &#224; 63 km plus loin, qu'&#224; 8 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous avions, il est vrai, fl&#226;n&#233; sur les quais de Cannes et d&#233;jeun&#233; longuement, &#224; l'Auberge des Adrets. La brume flottait sur les sommets de l'Esterel, et la caravane d'alpinistes, que Tartarin en personne conduisait, et qui partait de l'auberge pendant que vous vidions un pot de confiture d&#233;licieuse, pouvait se croire en pleines Alpes, devant des pics inaccessibles. Tous et toutes avaient d'ailleurs piolets, souliers &#224; crampons peut-&#234;tre, plumes au chapeau, et ce fort accent auquel on reconna&#238;t les enfants de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le Midi sans le soleil, voyez-vous, ce n'est plus &#231;a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et jusqu'au Luc, par surcro&#238;t, la route, sillonn&#233;e d'autos, n'a rien d'int&#233;ressant, si bien que nous p&#233;dalions sans enthousiasme. Mais en quittant Le Luc, &#224; midi, apr&#232;s un solide d&#233;jeuner, tout changea.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus de brume, du soleil, du vent favorable, et la jolie route de Cabasse, que les autos ignorent. Soit &#224; l'aller, soit au retour, je conseille aux cyclistes d'emprunter r&#233;guli&#232;rement cette route, plus longue de 1.500 m&#232;tres, mais moins accident&#233;e que celle de Flassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Brignoles, o&#249; nous avons marqu&#233; un arr&#234;t, tant pour boire un peu de caf&#233; que pour essayer de r&#233;parer un ressort de selle que venait de casser mon compagnon, nous f&#251;mes immobilis&#233;s par une assez longue r&#233;paration de pneumatique et, &#224; Tourves, il nous fallut rester un bon quart d'heure, &#224; voir passer une cavalcade, tr&#232;s r&#233;ussie ma foi, pour un si mince village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; une demi-douzaine d'autos, arr&#234;t&#233;es comme nous, et nous p&#251;mes nous faufiler jusqu'&#224; la premi&#232;re, dont le chauffeur, press&#233; et impatient de repartir, fumait de col&#232;re. Dix fois, il essaya de d&#233;marrer dix fois, il dut rester tranquille. On ne le remarquait pas, et l'on ne voyait pas le moindre service d'ordre, mais les farandoles virevoltaient sur la route, autour des chars, des druides, des Gaulois, des mousquetaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y avait l&#224;, au moins, cinquante chevaux, et derri&#232;re le dernier char, en rangs press&#233;s, tous les curieux venus de dix lieues &#224; la ronde. On ne pouvait pourtant entrer l&#224;-dedans comme dans des moutons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et le chauffeur rageait toujours. Ce fut, pour nous, un des c&#244;t&#233;s les plus amusants du spectacle auquel le hasard nous for&#231;ait d'assister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout finit, ici bas, et la foule s'&#233;coula&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on partit, et, jusqu'&#224; Saint-Maximin, nous e&#251;mes &#224; avaler la poussi&#232;re des autos successivement lib&#233;r&#233;es. Et l&#224;, tout &#224; coup, le vent devint contraire, nous enlevant tout espoir d'&#234;tre assez t&#244;t en Avignon, pour y prendre le train qui nous aurait amen&#233;s &#224; Saint-&#201;tienne dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivions au sommet de la mont&#233;e par o&#249; l'on s'&#233;loigne de Saint-Maximin quand, d'une automobile qui nous croise, partent de grands cris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons &#233;t&#233; reconnus par des St&#233;phanois et nous r&#233;pondons en criant aussi et en levant les bras. Telle est la nouvelle fa&#231;on de se saluer, au passage, que la vitesse croissante des v&#233;hicules a introduite entre chauffeur, et m&#234;me entre cyclistes. On pousse des cris sauvages et on agite les bras fr&#233;n&#233;tiquement. Entre aviateurs, il faudra encore trouver autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nos bons a&#239;eux seraient ronds de flan, eux qui n'avaient point l'habitude de se presser, et qui ne s'abordaient que pos&#233;ment, avec d'exquises formules de politesse s'ils revenaient parmi nous et comme nous serions, nous aussi, d&#233;sorient&#233;s si dans quelque cent ans, nous rentrions dans la circulation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halte &#224; la Grande-Pug&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne manque jamais de me d&#233;salt&#233;rer &#224; cette fontaine, qui date de 1587, s'il vous pla&#238;t, et qui est la seule entre Aix et Saint-Maximin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, me direz-vous peut-&#234;tre, bien des haltes pour des randonneurs. Eh, mon Dieu, puisque rien ne nous presse, que notre train de retour ne passe maintenant qu'&#224; 2 h. du matin en Avignon, pourquoi nous refuserions-nous quelques agr&#233;ments&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons Aix, sans arr&#234;t, &#224; 17 h. 30, et nous atteignons Lambesc &#224; la nuit tombante. Les traces du tremblement de terre ne sont plus gu&#232;re visibles, tant &#224; Lambesc qu'&#224; Saint-Cannat, o&#249; elles m'avaient si vivement impressionn&#233;, quand je passai &#224; P&#226;ques 1910, &#224; mi-nuit, par un beau clair de lune, devant les toits b&#233;ants et les trous des murs &#233;ventr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 21 h. seulement, nous nous &#233;loignons de Lambesc, lanternes allum&#233;es, dans la nuit de plus en plus noire, la deuxi&#232;me nuit que nous allons passer sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'avoue, que, pour moi, la ration fut, cette fois, trop forte. Apr&#232;s l'&#233;tape de quarante heures, j'aime mieux me mettre au lit que me remettre en selle. Ch..., mon compagnon, dans la force de l'&#226;ge, &#224; 35 ans, qui doutait en partant de sa r&#233;sistance au sommeil, passa cette seconde nuit aussi facilement que la premi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en aurait peut-&#234;tre pass&#233; trois, comme Gustave-Adolphe qui, dit-on, pouvait r&#233;sister au sommeil pendant cinq jours et cinq nuits cons&#233;cutifs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#224; faire encore 55 km il nous fallut quatre heures, arr&#234;ts compris : &#224; S&#233;nas, pour acheter du carbure, &#224; Saint-And&#233;ol dans un caf&#233;, encore ouvert, pour regarnir les lanternes, et, plusieurs fois pour m'asperger le visage d'eau froide, afin de ne pas m'endormir sur ma machine, ce qui, chacun le sait, ne va pas sans de graves inconv&#233;nients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connais-toi toi-m&#234;me, dit la sagesse des nations. Cette fin de randonn&#233;e m'a permis de conna&#238;tre ma mesure, et je m'en tiendrai, &#224; l'avenir, aux &#233;tapes de quarante heures, sans plus, laissant aux jeunes adeptes de l'&#201;cole St&#233;phanoise le soin de d&#233;montrer que le moteur humain, aid&#233; de la bicyclette, peut, sans fatigue anormale, rouler, par monts et par vaux, pendant trois jours et deux nuits, et m&#234;me davantage, ce dont je ne serais pas autrement surpris, car (je finis comme j'ai commenc&#233;) p&#233;daler est le travail le moins fatiguant que je connaisse, et on peut, par cons&#233;quent s'y livrer pendant plus de temps qu'&#224; n'importe quel autre travail sans se fatiguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de fait que nous ne f&#251;mes incommod&#233;s ni l'un ni l'autre, et que, d&#232;s le mardi matin, bien que les quelques heures de sommeil dormies dans le train n'eussent pas &#233;t&#233; bien reposantes, nous repr&#238;mes nos occupations habituelles, puis nos ascensions matinales au Grand-Bois et, d&#232;s le dimanche suivant, nos promenades dominicales, en attendant la prochaine &#233;tape de quarante heures, au cours de laquelle nous voudrions encercler le Dauphin&#233; dans le circuit Die, Gap, Brian&#231;on, Grenoble, Givors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelque 600 km de routes connues, mais toujours revues avec plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! combien sont rares, randonneurs et m&#234;me cyclotouristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que nous en v&#238;mes peu au cours de ces 750 km de notre randonn&#233;e pascale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; combien, au contraire, sont plus nombreux, d'ann&#233;e en ann&#233;e, les touristes en automobiles, entass&#233;s dans les landaus, des pha&#235;tons, des limousines o&#249;, le plus souvent, ils somnolent. Je commence, vraiment, &#224; craindre que ceci ne tue cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment veut-on que ces enfants, qu'on prom&#232;ne en auto, puissent, plus tard, avoir envie de se promener &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci leur semblera un moyen de locomotion surann&#233;, sans utilit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quoi, diront-ils, vous voulez que nous nous fatiguions davantage, en allant beaucoup moins vite qu'en auto ou qu'&#224; moto&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; d'autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous pr&#233;f&#233;rons nous transporter, sans peine, &#224; cinquante &#224; l'heure, et tourister ensuite &#224; pied si le c&#339;ur nous en dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les cyclotouristes se sont jusqu'&#224; pr&#233;sent recrut&#233;s, surtout dans les classes ais&#233;es, qui peuvent, sans trop grever leur budget, s'offrir des voyages en automobile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et c'est pourquoi nous en rencontrons de moins en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister, de plus en plus, aupr&#232;s des moins favoris&#233;s de la fortune, et d&#233;velopper le go&#251;t du cyclotourisme chez les travailleurs qui trouveront dans les voyages et m&#234;me dans les randonn&#233;es &#224; bicyclette, un heureux d&#233;rivatif &#224; leur besogne quotidienne, parfois si fastidieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le parpaillon (1903)</title>
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		<dc:date>2022-04-23T13:45:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Aluminium</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Col du Parpaillon</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;j'&#233;laborai &#224; la h&#226;te pour les 12, 13 et 14&#160;juillet 1903, le programme suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;part de la gare de Givors, le 12 &#224; l'heure pour Grenoble, Le Lautaret, Brian&#231;on et Guillestre, 255 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le 13, le col de Vars, La Condamine, col de Parpaillon et Embrun, peu de kilom&#232;tres ce jour-l&#224;, mais de l'&#233;l&#233;vation en masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14, retour d'Embrun &#224; Givors par Gap, La Croix-Haute et Grenoble (265 kilom&#232;tres).&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Aluminium&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot81" rel="tag"&gt;Col du Parpaillon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par V&#233;locio, &#034; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt; &#034; Ann&#233;e 1903, reparu en 1953, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la deuxi&#232;me fois que ce titre pr&#233;c&#232;de ici un r&#233;cit d'excursion &#224; bicyclette. En 1900, M.&#160;Burdet franchit ce col dont l'altitude d&#233;passe celle du fameux Stelvio, et nous conta, en 1901, les p&#233;rip&#233;ties de la travers&#233;e. Depuis lors, je fus hant&#233; par le d&#233;sir de le franchir &#224; mon tour et, forc&#233; de renvoyer au mois d'ao&#251;t mon excursion en Suisse, Tyrol et Italie, j'&#233;laborai &#224; la h&#226;te pour les 12, 13 et 14&#160;juillet 1903, le programme suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;part de la gare de Givors, le 12 &#224; l'heure pour Grenoble, Le Lautaret, Brian&#231;on et Guillestre, 255 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le 13, le col de Vars, La Condamine, col de Parpaillon et Embrun, peu de kilom&#232;tres ce jour-l&#224;, mais de l'&#233;l&#233;vation en masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14, retour d'Embrun &#224; Givors par Gap, La Croix-Haute et Grenoble (265 kilom&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulais essayer, sur ce parcours plut&#244;t dur, une combinaison nouvelle qui donne six d&#233;veloppements interchangeables sans descendre de machine, sans m&#234;me l&#226;cher son guidon : 8 m. 40, 6 m. 70, 4 m. 30, 3 m. 40 et 2 m. 75&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne saurait imaginer une plus parfaite &#233;chelle de multiplications. &#192; cela pr&#232;s, ma machine n'avait rien de notable et pesait moins que mes montures ordinaires : 16 kilos sans bagages, 22 en ordre de marche. Elle a deux freins sur jante actionn&#233;s par la main (le dispositif ne permettant pas d'utiliser pratiquement le frein &#224; contrepression que je tiens en haute estime) et la tige de selle oscillante Cadet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon guidon &#224; deux &#233;tages ne s'ajustant pas au tube de direction, je m'&#233;tais content&#233; pour cette foi, d'un simple guidon droit. Le changement de vitesse consiste en un moyeu Three Speed et deux cha&#238;nes juxtapos&#233;es donnant chacune trois d&#233;veloppements. C'est donc une combinaison de deux syst&#232;mes juxta et superpos&#233;s. L'ensemble a bien fonctionn&#233;, mais l'obligation dans laquelle je me suis trouv&#233; de faire &#224; pied &#224; cause du mauvais &#233;tat de la route une grande partie de la mont&#233;e dure du col du Parpaillon ne permet pas de dire si les engrenages sont capables de r&#233;sister &#224; de fortes et longues pressions. Quoi qu'il en soit, des rampes comme celles du Bourg-d'Oisans au Lautaret paraissent sans influence sur ce nouveau moyeu qui a de grands liens de parent&#233; avec le Hub et avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;W.F.W.&lt;/span&gt; si r&#233;pandus, je puis donc le recommander au m&#234;me titre que ces derniers sans arri&#232;re-pens&#233;e aux neuf dixi&#232;mes des cyclotourismes, m&#234;me pour la haute montagne. Il en est du moyeu Three Speed comme de tous les moyeux et p&#233;daliers &#224; pignons superpos&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des pressions athl&#233;tiques et prolong&#233;es finiraient par en avoir raison, par &#233;br&#233;cher les dents et fausser les bo&#238;tes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais peu de cyclistes sont, en r&#233;alit&#233;, capables de telles pressions, il serait absurde de refuser un perfectionnement parce qu'il pourrait se trouver en d&#233;faut devant des muscles exceptionnels. La seule chose qu'on ait &#224; faire lorsqu'on poss&#232;de une machine de ce genre, c'est de ne jamais la pr&#234;ter. Je trouve qu'en g&#233;n&#233;ral on pr&#234;te trop facilement ses machines &#224; des personnes dont on ne conna&#238;t ni la force, ni l'adresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une maman, mignonne et faible cyclettiste qui a choisi pour son usage personnel une bicyclette l&#233;g&#232;re avec moyeu Hub, par exemple, la pr&#234;te, sans h&#233;siter, &#224; son grand diable de fils qui hausse selle et guidon au maximum, appuie comme un athl&#232;te sur les fr&#234;les p&#233;dales et franchit les caniveaux sans les moindres m&#233;nagements.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mesure que les rouages de nos outils se compliqueront, telles machines convenant parfaitement &#224; telle cat&#233;gorie de cyclistes ne conviendront pas &#224; telle autre. La bicyclette omnibus tendra de plus en plus &#224; dispara&#238;tre tandis qu'au contraire la bicyclette personnelle, sp&#233;ciale, faite sur mesure, et d'apr&#232;s les indications de son propri&#233;taire s'imposera.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne se doute pas qu'un des plus grands obstacles au d&#233;veloppement de la bicyclette utilitaire a &#233;t&#233; et sera longtemps encore peut-&#234;tre la f&#226;cheuse habitude que l'on a de se croire devenu cycliste, voire cycliste consomm&#233; sans avoir appris autre chose qu'&#224; se tenir en &#233;quilibre sur deux roues. De la position du corps sur la selle, des mains sur le guidon, des pieds sur les p&#233;dales, de la fa&#231;on de tenir le buste plus ou moins inclin&#233;, d'appuyer sur la p&#233;dale &#224; plat et &#224; la mont&#233;e, on n'en a jamais eu cure. Aussi n'est-il point rare de rencontrer des cyclistes qui, avec d'excellentes machines, n'obtiennent que de pi&#232;tres r&#233;sultats, et d'autres qui d&#233;clarent, &#224; qui veut les entendre, que s'ils s'&#233;taient obstin&#233;s &#224; se servir de la bicyclette, ils seraient infailliblement devenus infirmes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et les malheureux sont ob&#232;ses, goutteux, rhumatisants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La bicyclette les e&#251;t gu&#233;ris, voil&#224; la v&#233;rit&#233;, mais il fallait apprendre &#224; s'en servir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne suffit pas d'avoir une plume, encore faut-il apprendre &#224; &#233;crire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, l'art de monter &#224; bicyclette, la cyclitation, est ignor&#233; des huit dixi&#232;mes des cyclistes. Seuls les coureurs int&#233;ress&#233;s &#224; tirer d'eux-m&#234;mes tout le parti possible se donnent la peine d'&#233;tudier ce qui leur convient le mieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils &#233;coutent leurs camarades plus avanc&#233;s dans la carri&#232;re, observent les proc&#233;d&#233;s des vainqueurs et obtiennent un bon r&#233;sultat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux cyclotouristes, surtout ceux qui viennent au cyclisme en plein &#226;ge m&#251;r, ils en sont r&#233;duits &#224; attendre du hasard des rencontres les premiers conseils pratiques. Leur premi&#232;re machine pour le choix de laquelle ils s'en remettent &#224; des cyclistes banlieusards, est trop multipli&#233;e, incommode, surtout inconfortable. Ils en ont vite assez et ne se donnent pas la peine de chercher autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais ces remarques trouveraient mieux leur place ailleurs. Elles sont ici un hors-d'oeuvre dont nous n'avons que faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, s'&#233;crient les lecteurs que j'ai all&#233;ch&#233;s en leur parlant du Parpaillon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Givors seul &#224; 1 h. du matin, apr&#232;s une nuit sans sommeil, et, par un beau clair de lune, je file bon train sur Grenoble o&#249; j'aurais voulu arriver &#224; 5 h. 30 (103 kilom&#232;tres en 4 heures et demie). Il n'y avait l&#224; rien d'extraordinaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement, en d&#233;pit de la lune, la nuit, mes mauvais yeux m'emp&#234;chent d'aller aussi vite qu'il le faudrait, la route apr&#232;s St-Jean-de-Bournay est ravag&#233;e pendant quelques kilom&#232;tres, le vent souffle contre moi &#224; partir de Moirans. Bref, je me trouve &#224; Grenoble qu'&#224; 6 heures et je m'arr&#234;te sous les all&#233;es aupr&#232;s d'une fontaine pour faire mes ablutions matinales et croquer 4 &#224; 500 grammes de p&#226;t&#233; aux fruits dont mon sac est bourr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je repars &#224; 6 heures et demie, il va faire tr&#232;s chaud et le vent reste contraire. Je ne me vois plus du tout au Lautaret &#224; midi, ainsi que j'en avais nourri le fol espoir, car l'aller-retour de Givors au Lautaret, 380 kilom&#232;tres dans la journ&#233;e, est un des records que j'ambitionnais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autres plus audacieux parlent m&#234;me de Saint-&#201;tienne-Lautaret-Saint-&#201;tienne, 460 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qui vivra verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Vizille, j'ach&#232;te des poires qui me seront aussi agr&#233;ables qu'utiles pendant la mont&#233;e. Je ne vais pas vite, la chaleur est d&#233;j&#224; p&#233;nible, il me tarde d'arriver &#224; une petite source que je connais de vieille date, cach&#233;e dans une fissure de rocher et fra&#238;che... je ne vous dis que &#231;a. Vous la d&#233;couvrirez &#224; droite, vers la borne 34 ou 35, peu avant de traverser le dernier hameau que l'on rencontre avant d'arriver dans la plaine de Bourg-d'Oisans. Vingt minutes sont vite pass&#233;es &#224; rafra&#238;chir mes poires dans l'eau et &#224; les manger. Nouvelle halte pr&#232;s de la borne 45, mon estomac r&#233;clame quelques centaines de grammes de p&#226;t&#233; que je lui donne avec empressement. C'est un compagnon qu'il ne faut jamais contrarier, sinon gare la fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici &#224; Bourg-d'Oisans &#224; 10 heures, 50 kilom&#232;tres en 3 h. et demie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; les 6 vitesses, il y a du d&#233;chet, et le Lautaret &#224; midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la bonne blague&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied de la mont&#233;e des Comm&#232;res, il fait tellement chaud que je descends sans h&#233;siter &#224; mon plus faible d&#233;veloppement, 2 m. 75&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'&#233;chappe de temps en temps aux baisers cuisants du soleil qu'en rasant les rochers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le tunnel je go&#251;te un instant de fra&#238;cheur et je fais la grimace &#224; la lumi&#232;re &#233;blouissante qui m'attend &#224; la sortie. En d&#233;pit de la lenteur avec laquelle je me hisse, la temp&#233;rature s'&#233;l&#232;ve d'une fa&#231;on inqui&#233;tante, un ruisseau d&#233;gringole &#224; droite et passe sous la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; personne en vue, vite une premi&#232;re aspersion. Vlan&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! une automobile d&#233;boule &#224; une allure vertigineuse. Ma foi, tant pis, s'il fallait se g&#234;ner pour des gens qui vont si vite qu'ils vous surprennent alors que vous vous croyez en pleine Th&#233;ba&#239;de, il faudrait renoncer &#224; l'hydroth&#233;rapie en cours de route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, elle nous est aussi n&#233;cessaire qu'&#224; leur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;40 chevaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l'est un radiateur. Il importe de refroidir les moteurs quels qu'ils soient lorsqu'ils s'&#233;chauffent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent m'est cependant devenu favorable et souffle avec une violence croissante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas que son aide soit bien efficace, mais sa fra&#238;cheur m'est agr&#233;able. Je n'oublie pas la douche sous l'&#233;ponge au cours de la descente sur le Freney&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces &#233;normes gouttes d'eau tombant de 15 m&#232;tres sur l'&#233;piderme surchauff&#233; donnent un d&#233;licieux frisson. Quelques cents m&#232;tres avant le Dauphin, je m'installe pour une longue halte sur les bords d'un ruisseau d'eau vive et glac&#233;e qui descend &#224; travers maints arbrisseaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord, un bain complet dans une vasque am&#233;nag&#233;e de main d'homme o&#249; les m&#233;nag&#232;res viennent laver, puis une courte sieste &#224; l'ombre et, midi venant de sonner, je prends mon troisi&#232;me repas, menu invariable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; poires de Vizille et chausson aux cerises de Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autos ronflent, montent, descendent, et la poussi&#232;re qu'ils soul&#232;vent me force &#224; m'enfoncer plus avant dans le taillis. La route du Lautaret sera bient&#244;t impraticable pour les cyclistes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur celle du Parpaillon, par contre, les chauffeurs sont inconnus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Restaur&#233; et rafra&#238;chi, je vais alors d'un trait &#224; la Grave o&#249; je suis arr&#234;t&#233; &#224; 13 heures et demie par des amis qui m'avaient pr&#233;c&#233;d&#233; et que je croyais au Lautaret. Nouvelle halte, j'ai le plaisir de rencontrer M.&#160;D. de Gap r&#233;cemment converti &#224; la polymultiplication et qui a su en appr&#233;cier imm&#233;diatement les avantages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pays qu'il habite s'y pr&#234;te d'ailleurs admirablement. Il se plaint de la raret&#233; des v&#233;ritables cyclotouristes : il ne parvient pas &#224; trouver des compagnons pour les excursions un peu lointaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une plainte g&#233;n&#233;rale. La bicyclette n'est pas encore appr&#233;ci&#233;e &#224; sa r&#233;elle valeur, on la consid&#232;re ou bien comme un outil de course ou comme un moyen de se promener autrement qu'&#224; pied mais sans plus d'envergure, on lui reproche d'obliger le cycliste &#224; p&#233;daler, c'est-&#224;-dire &#224; travailler, d&#232;s qu'il s'agit d'aller loin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, notre g&#233;n&#233;ration n'aime pas &#231;a, travailler physiquement pour le seul bien de la sant&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne se r&#233;sout &#224; travailler que pour gagner de l'argent, gr&#226;ce auquel on pourra ensuite s'intoxiquer sous toutes les formes, s'alcooliser, se nicotiner, se ptoma&#239;ner, en un mot, se rendre malade&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais se fatiguer dans le but de se bien porter, de se mettre &#224; l'abri des maladies... Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! non pas de &#231;a, Lisette, vous nous prenez pour d'autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la tuberculose devient une hydre &#224; mille t&#234;tes, le cancer cro&#238;t selon une progression g&#233;om&#233;trique, la folie, la neurasth&#233;nie qui confine de si pr&#232;s &#224; l'ali&#233;nation mentale, font des victimes de plus en plus nombreuses, des maladies nouvelles dues &#224; l'usage des m&#233;dicaments nouveaux int&#233;ressent tour &#224; tour tous les organes vitaux, tant et si bien que l'on aurait beaucoup de peine &#224; trouver un seul citoyen d'une nation dite civilis&#233;e qui soit r&#233;ellement bien portant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pourtant pas d&#233;sesp&#233;rer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'alpinisme, le tourisme se d&#233;veloppent, et d'ann&#233;es en ann&#233;es nous voyons les sites pittoresques visit&#233;s de plus en plus par de braves gens, qui, il y a seulement dix ans n'&#233;taient jamais sortis de leurs boutiques. C'est de la graine de cyclotouristes que les syndicats d'initiative que l'on ne saurait trop encourager, s&#232;ment ainsi &#224; travers monts et vaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Continuons &#224; donner l'exemple et d&#233;montrons par le fait que de tous les modes de locomotion, c'est la bicyclette qui est de beaucoup moins co&#251;teux, celui qui permettra au plus grand nombre de se procurer des plaisirs encore aujourd'hui accessibles seulement au petit nombre en d&#233;pit de l'abaissement des prix de transport.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je quitte la Grave, je ne suis plus seul, j'emm&#232;ne un jeune compagnon, Parisien devenu St&#233;phanois, que je consid&#232;re comme une preuve concluante de ce que j'ai maintes fois r&#233;p&#233;t&#233; : que nos &#233;tapes sont &#224; la port&#233;e de tous les cyclistes mont&#233;s comme nous le sommes. Incapable, il y a dix-huit mois, de nous suivre pendant une demi-journ&#233;e, il tient t&#234;te maintenant aux plus intr&#233;pides et 250 kilom&#232;tres avec &#233;l&#233;vation de 2.000 m&#232;tres ne l'effraient pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 16 heures nous sommes au Lautaret &#224; attendre une tasse de tilleul dont la pr&#233;paration exige un temps si long que je prends incontinent la r&#233;solution d'emporter d&#233;sormais de quoi pr&#233;parer moi-m&#234;me les boissons chaudes qui &#224; certaines heures sont plus agr&#233;ables que l'eau pure des torrents. Nous voulons envoyer l&#224;-haut des cartes postales, mais l'h&#244;tel qui nous les vend est d&#233;pourvu de timbres-poste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que cet h&#244;tel est au-dessous de ses confr&#232;res suisses des hautes altitudes qui, en plus des timbres-poste, apposent sur les cartes qu'on leur ach&#232;te un timbre sp&#233;cial pour les authentiquer. Pour les prix, par exemple, il est au-dessus d'eux, et la tasse de tilleul est tarif&#233;e 75 centimes au Lautaret&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est vrai qu'elle nous est servie par un gar&#231;on en habit, cravat&#233; de blanc et baragouinant un fran&#231;ais exotique. O simplicit&#233; de l'ancien hospice o&#249; es-tu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les chauffeurs forment la principale client&#232;le de l'h&#244;tel et sont accueillis avec la d&#233;f&#233;rence due &#224; leur apparence cossue. Les cyclistes auront meilleur compte &#224; s'arr&#234;ter au Mon&#233;tier de Brian&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai rien dit du paysage, et pour cause il a &#233;t&#233; si souvent d&#233;crit dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; est toujours aussi grandiose, et la route Grenoble-Lautaret-Brian&#231;on est une des premi&#232;res &#224; faire pour les d&#233;butants en cyclotourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de particulier pendant la descente sur Brian&#231;on si ce n'est que mon compagnon s'enlise dans une coul&#233;e de boue argileuse qui a envahi la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'en sort qu'abominablement crott&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous essayons vainement &#224; Brian&#231;on de faire remplacer les patins de frein sur jante arri&#232;re us&#233;s pendant la descente, mais quand nous disons notre intention de passer le col de Vars, on nous avertit que la route est en ce moment impraticable &#224; cause des travaux de r&#233;fections auxquels on proc&#232;de sur diff&#233;rents points. Nos projets sont donc modifi&#233;s et nous franchirons seulement le col du Parpaillon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Brian&#231;on, je commence &#224; sentir les effets d'une nuit sans sommeil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai 220 kilom&#232;tres dans les jambes et je tra&#238;ne un peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent qui nous avait pouss&#233;s &#224; la descente du Lautaret devient contraire et violent. Mes changements de vitesse qui se comportent tr&#232;s bien jusqu'ici, me sont tr&#232;s utiles enfin, apr&#232;s une longue descente &#224; tournants dangereux, au cours de laquelle nous d&#233;passons deux autos en panne, nous mettons pied &#224; terre &#224; la Bess&#233;e, gros village qui n'est s&#233;par&#233; de l'Argenti&#232;re que par la Durance. Il est 19 heures, nous d&#233;cidons de coucher l&#224;. Nous sommes tr&#232;s bien &#224; l'h&#244;tel de la gare. Le ciel s'est rembruni et nous sentons quelques gouttes de pluie, f&#226;cheux pr&#233;sage pour le lendemain. Ce morceau de route, Brian&#231;on-la-Bess&#233;e, que je ne connaissais pas, est fort int&#233;ressant. Les alentours imm&#233;diats, surtout au moment o&#249; l'on s'&#233;l&#232;ve au-dessus de la vall&#233;e, ont une belle allure, et au loin devant soi l'on a sans cesse sous les yeux un sommet neigeux de vastes dimensions dont nous n'avons pu savoir le nom. Tout d'abord, j'ai pens&#233; au Viso, puis au Pelvoux, mais l'examen de la carte m'indique que j'&#233;tais dans l'erreur. Ce sont les montagnes d'Argenti&#232;re, nous a r&#233;pondu vaguement un indig&#232;ne que j'interrogeai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re &#233;tape n'est que de 240 kilom&#232;tres, pourtant je succombe &#224; un sommeil de plomb. Aussi le lendemain ne partons-nous pas de tr&#232;s bonne heure, il a plu pendant la nuit et nous risquons d'&#234;tre arros&#233;s, nuages bas, air humide, vent mauvais. Cinq-heures ont sonn&#233; quand nous allons reprendre &#224; la Bess&#233;e la route Brian&#231;on-Gap. Nous croisons des alpins qui partent avec armes et bagages pour la haute montagne. &#192; Mont-Dauphin, pluie, nous filons, quand m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce ne sont que des ond&#233;es, on voit du bleu &#231;a et la&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous retraversons la Durance et nous grimpons &#224; mi-coteau pour arriver enfin &#224; 7 h., en belle descente, &#224; Embrun, o&#249; le d&#233;jeuner d'une part, la r&#233;paration des patins us&#233;s d'autre part, nous retiennent jusqu'&#224; 9 h. Du haut de la terrasse, la vue sur la vall&#233;e est remarquable. Il y a la 75 m. d'&#224;-pic, et les moissonneurs qui s'agitent tout au fond paraissent bien petits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la plaine est fertile et bien cultiv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Descente rapide et dangereuse par ses tournants brusques jusqu'&#224; la Durance, quand les autos fr&#233;quenteront par l&#224;, il y aura des poteaux &#224; placer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur la rive droite, la mont&#233;e commence presque imm&#233;diatement. Elle est dure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, pr&#233;voyant une aggravation, je m'emploie le d&#233;veloppement de 3 m. 40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon, dont la machine poss&#232;de 4 d&#233;veloppements : 7 m. 50, 5 m. 50, 4 m. 40 et 3 m. 25 interchangeables en marche, deux &#224; deux, a pris la combinaison 5 m. 50 - 3 m. 25 mais se sert exclusivement de 3 m, 25&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on s'&#233;l&#232;ve rapidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s un crochet vers le nord qui nous am&#232;ne pr&#232;s de Saint-Andr&#233;, nous revenons au Sud, au-dessus du torrent que nous allons remonter jusqu'&#224; la source, ou peu s'en faut. Nous avons alors une tr&#232;s belle vue sur Embrun et sur la trou&#233;e de la Durance qui s'enfuit vers Savines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la route, bien qu'&#233;troite, est bonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pente est irr&#233;guli&#232;re, des passages tr&#232;s durs m'engagent &#224; prendre 2 m. 75 tandis que d'autres passages presque plats (il y a m&#234;me un peu de descente) me ram&#232;nent &#224; 6 m. 70.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions ainsi d&#233;j&#224; parcouru depuis Embrun une dizaine de kilom&#232;tres quand coup sur coup nous passons deux fois le ruisseau, et entre les deux ponts, la pente devient formidable, cent m&#232;tres &#224; 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% au moins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Apr&#232;s le deuxi&#232;me pont, &#231;a monte toujours autant et le col devient impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut bon gr&#233; mal gr&#233;, mettre pied &#224; terre et pousser les machines, ce qui n'est d&#233;j&#224; pas si facile &#224; cause des cailloux, voire des rochers qui nous barrent le passage.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'atmosph&#232;re est lourde, orageuse, le soleil br&#251;le, les mouches piquent. Notre vitesse de marche tombe d'un coup au-dessous de 3 &#224; l'heure et nous faisons des haltes aupr&#232;s de chaque ruisselet. Nous ne sommes plus sur une route, cela ressemble plut&#244;t &#224; un lit de torrent &#224; sec et cela dure plusieurs kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue pendant ce passage difficile est tr&#232;s born&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on rampe au fond d'une gorge &#233;troite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au loin pourtant apparaissent de temps &#224; autre des cr&#234;tes neigeuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allons toujours : Nous &#233;tions partis le matin avec l'intention de d&#233;jeuner quelque part dans la vall&#233;e de l'Ubaye, mais, comme la veille pour le Lautaret, il y a du d&#233;chet dans nos pr&#233;visions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que d'impr&#233;vus dans le cyclotourisme en montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ne serait-ce pas ce qui en fait le charme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons cependant approcher de lieux habit&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de petits champs cultiv&#233;s, des pr&#233;s, des &#234;tres humains apparaissent et le sol devient cyclable. Vite en selle, et c'est &#224; bicyclette que nous traversons un premier hameau. Praveyrat, o&#249; l'on nous engage &#224; aller d&#233;jeuner au chef-lieu, c'est-&#224;-dire &#224; Crevoux dont le clocher se d&#233;tache sur le ciel &#224; peu de distance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route toujours cyclable descend jusqu'au niveau du torrent qu'elle longe, puis franchit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'&#233;l&#232;ve alors par une pente raisonnable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au flanc de l'&#233;peron sur lequel est perch&#233; le chef-lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est bel et bien midi ou peu s'en faut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons donc mis 3 heures pour faire 15 &#224; 16 kilom&#232;tres. Pas brillant pour l'E. S.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Une bonne femme que nous interrogeons nous dit qu'il y a une auberge pr&#232;s de l'&#201;glise, mais elle ajoute que la patronne est bien malade et qu'elle ne pourrait nous pr&#233;parer nos repas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges parle d&#233;j&#224; d'aller chez le cur&#233; qui, vu notre situation critique, ne nous laisserait peut-&#234;tre pas sans secours. Impossible, il enterre aujourd'hui un de ses paroissiens. Il n'en meurt pas dix par an dans ce patelin et il faut que juste aujourd'hui... Eh bien, il ne nous reste plus qu'&#224; aller &#224; l'h&#244;tel Continental, s'exclame mon jeune Parisien que sa bonne humeur n'abandonne pas. Non, allons simplement vers cette &#233;picerie dont l'annonce se d&#233;tache sur une porte &#224; peu de distance. Excellente id&#233;e : on nous confectionne une omelette, on nous apporte des sardines, du beurre, du jambon, du lait &#224; discr&#233;tion, du vin, de la limonade, du fromage et finalement du chocolat que nous emporterons, d'ailleurs, avec un pain, en pr&#233;vision des futures fringales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos bicyclettes align&#233;es devant la porte sont un objet de curiosit&#233; pour la population, et nous nous permettions de d&#233;plorer le peu de relief du beau sexe dans ces parages que nous comparions, sous ce rapport, &#224; Brunissard et &#224; la Chalp d'Arvieux quand nous apercevons parmi les curieux deux silhouettes &#233;l&#233;gantes, une fillette et une jeune fille en toilette de vill&#233;giaturistes. Nous interrogeons l'&#233;pici&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Y aurait-il, par hasard, des familles de la ville en pension pendant l'&#233;t&#233; &#224; Crevoux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il n'y a pas d'&#233;trangers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces demoiselles sont les soeurs de M.&#160;le Cur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais il est tout jeune, alors, monsieur le cur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh oui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est ici depuis peu de temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Georges, quelle excellente id&#233;e vous e&#251;tes tout &#224; l'heure et comme ce paroissien a eu tort de se faire enterrer aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mari qui travaillait aux champs rentre pour d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le soup&#231;onne d'&#234;tre au moins conseiller municipal, peut-&#234;tre m&#234;me adjoint&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous apprend qu'un projet de route est soumis depuis deux ans &#224; l'approbation des parties int&#233;ress&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que telle est la raison du mauvais &#233;tat de chemin que nous avons fait &#224; pied le matin, qu'en attendant la d&#233;cision des autorit&#233;s comp&#233;tentes on ne juge pas &#224; propos d'entretenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la nouvelle route sera faite, vous pourrez venir &#224; bicyclette jusqu'&#224; Crevoux, mais se mettra-t-on jamais d'accord&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les uns veulent la faire passer ici, d'autres l&#224;, et l'on est pas pr&#232;s de s'entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours et partout la m&#234;me histoire des int&#233;r&#234;ts particuliers se mettant en travers de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 14 heures, quand nous nous remettons en route, le temps est devenu inqui&#233;tant et le vieux facteur qui s'en va clopin-clopant jusqu'&#224; la Chalp nous pr&#233;dit la pluie &#224; bref d&#233;lai. De Crevoux au col, la route faite et entretenue par le G&#233;nie est convenable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien que la pente soit forte et voisine de 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, on peut p&#233;daler.&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous a annonc&#233; un bois de m&#233;l&#232;zes, puis un campement abandonn&#233;, une cabane-refuge &#224; mi-chemin, d'autres cabanes pr&#232;s du col o&#249; une demi-douzaine d'hommes enl&#232;vent la neige en vue d'un prochain passage de troupes. Nous savons donc o&#249; nous r&#233;fugier si l'orage nous menace trop.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mesure que nous montons, le site devient plus beau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la solitude qui nous entoure, les cascades lointaines dont nous entendons le grondement et dont nous voyons courir sur les rochers les blanches sinuosit&#233;s, l'aspect farouche du ravin que nous dominons de tr&#232;s haut, les brouillards qui s'&#233;l&#232;vent avec une rapidit&#233; remarquable, courent un instant sur les flancs de la montagne et disparaissent, le tonnerre qui gronde sur le Parpaillon dont les sommets visibles tout &#224; l'heure sont maintenant cach&#233;s sous de lourdes et noires nu&#233;es, tout se r&#233;unit pour frapper l'imagination, et nous nous sentons livr&#233;s aux forces aveugles de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par rafales, la pluie nous atteint, mais le gros de l'orage passera loin de nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du c&#244;t&#233; d'Embrun, le soleil brille toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous p&#233;dalons vigoureusement et nous y allons d'une su&#233;e peu ordinaire. &#192; la cabane-refuge, &#224; 6 kilom&#232;tres environ de Crevoux, autant pour voir la tournure que prendront les &#233;v&#233;nements que pour laisser passer une averse plus forte que les autres en nous reposant, nous nous arr&#234;tons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet abri est dispos&#233; pour les animaux plut&#244;t que pour les hommes, r&#226;telier, cr&#232;che et liti&#232;re en occupent le fond, quelques planches, une table, un po&#234;le compl&#232;tent l'ameublement. Si la temp&#234;te rendait dangereuse la travers&#233;e de la montagne, on pourrait &#224; la rigueur passer l&#224; une nuit, mais le tonnerre ne gronde plus et la pluie cesse. Nous repartons &#224; pied afin d'arriver en haut &#224; peu pr&#232;s secs. L'eau ruisselle de toutes parts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des prairies constell&#233;es de fleurs aux couleurs &#233;clatantes s'&#233;tendent &#224; perte de vue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la flore du Parpaillon semble sup&#233;rieure &#224; celle du Lautaret. La pente n'est pas tr&#232;s forte, et si le temps &#233;tait beau, nous grimperions en machine, mais le brouillard humide et froid nous force &#224; &#234;tre prudents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sommets neigeux qui nous semblaient si loin et si haut ce matin, les voici pr&#232;s de nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est encore mou de la neige qui vient de fondre, et un torrent qui dans un mois sera sans doute &#224; sec, couvre actuellement la route, sur trois ou quatre m&#232;tres de largeur. Nous quittons nos bas pour le traverser et continuons l'ascension jambes nues, car nous rencontrerons sans doute d'autres obstacles ejusdem farinae.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus de nous s'&#233;l&#232;ve une colonne de fum&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle provient du campement des man&#339;uvres occup&#233;s &#224; la r&#233;fection de la route. &#201;tonnement profond de ces hommes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous annoncent que le passage du tunnel est assez difficile &#224; cause de la glace qui s'y est form&#233;e et de la neige qui y est encore accumul&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela fond partiellement et un ruisseau coule sous le tunnel dans lequel on risque de choir si l'on n'y prend gare&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un des ouvriers vient d'en faire l'exp&#233;rience et le feu dont nous avions aper&#231;u la fum&#233;e avait &#233;t&#233; allum&#233; pour s&#233;cher ses v&#234;tements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allons toujours : tant&#244;t la route &#233;boul&#233;e ne laisse qu'un &#233;troit passage, tant&#244;t il faut tra&#238;ner les machines sur la neige o&#249; l'on enfonce jusqu'&#224; mi-jambes. Aux abords du tunnel s'est amoncel&#233;e la neige &#224; travers laquelle on a ouvert un &#233;troit couloir que des &#233;boulements ont d&#233;j&#224; obstru&#233;. Une baraque en planches, d&#233;cor&#233;e du nom d'h&#244;tel de je ne sais plus quoi, attend des h&#244;tes probl&#233;matiques. Nous sommes entre le grand et le petit Parpaillon, le col est au-dessus de nous, presque &#224; l'altitude du petit Parpaillon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y acc&#232;de par un sentier en zigzag que la neige sur ce versant rend encore impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur l'autre versant, il e&#251;t &#233;t&#233; accessible, et s'il avait fait beau, nous avions le temps et l'intention de grimper au sommet d'o&#249; l'on a une tr&#232;s belle vue sur la cha&#238;ne des Alpes et sur la vall&#233;e de la Durance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce &#224; ma lanterne, nous p&#251;mes sans trop de difficult&#233;s &#233;viter les flaques d'eau et passer de l'autre c&#244;t&#233; du tunnel, o&#249; nous e&#251;mes &#224; franchir une derni&#232;re barricade de neige haute de 3 m&#232;tres et large de 10 pour atteindre la terre ferme, devant une maison de belle apparence absolument d&#233;serte d'ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le site est impressionnant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous trouvons soudain au-dessus d'une profonde gorge, en face d'une muraille rocheuse, entre la couche de nuages qui couronne le Parpaillon et la mer de brouillards qui ondule &#224; quelques centaines de m&#232;tres au-dessous de nous et nous masque le fond de l'ab&#238;me o&#249; nous allons nous enfoncer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 17 heures, le temps de manger un peu de pain et de chocolat, de remettre de l'ordre dans notre toilette et une demi-heure s'&#233;coule avant que nous soyons en selle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'y restons pas longtemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est en maints endroits d&#233;fonc&#233;e ou barr&#233;e par des rochers entra&#238;n&#233;s par les glissements, les tournants sont &#224; angle aigu et le sol est sem&#233; de cailloux plats mouvants sur lesquels on peut difficilement se diriger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous r&#233;signons &#224; descendre &#224; pied et nous p&#233;n&#233;trons ainsi dans le brouillard qui devient bient&#244;t pluie fine, et un peu plus bas, pluie battante. Il faut d&#233;rouler les manteaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un roulement de tambour per&#231;u d&#232;s le commencement de la descente nous avait rappel&#233; que dans ses parages d&#233;sol&#233;s un bataillon d'infanterie alpine vient bivouaquer pendant les 2 ou 3 mois d'&#233;t&#233;. Voici, en effet, la cabane du Parpaillon qui sert de cantine, et un peu plus loin une douzaine de tentes orn&#233;es de petits drapeaux tricolores en l'honneur sans doute du 14&#160;juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici qu'en 1900 Burdet et son compagnon furent si chaleureusement accueillis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce souvenir nous aurait engag&#233; &#224; faire halte un instant aupr&#232;s de nos braves alpins pour leur donner de nouvelles du monde ext&#233;rieur en dehors duquel ils vivent compl&#232;tement, mais la pluie cr&#233;pite sur les tentes, la route devient de moment en moment plus boueuse et l'obscurit&#233; nous gagne. Quelques troupiers nous ont aper&#231;us et s'&#233;lancent de notre c&#244;t&#233;, nous sommes en selle et la pente nous entra&#238;ne. Nous ne les attendons pas. Le pont pass&#233;, la route semble s'&#233;lever sur la rive droite tant le torrent descend rapidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle descend pourtant elle-m&#234;me, mais tr&#232;s faiblement et il faut p&#233;daler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boue atroce, orni&#232;res pleines d'eau jaun&#226;tre, caniveaux fr&#233;quents, plong&#233;es soudaines, tournants parfois brusques, n&#233;cessit&#233; de se servir constamment des freins, d&#233;rapages imminents et la pluie toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est pourtant pittoresque, elle traverse sur des ponts de bois, deux ou trois torrents qui vont grossir le Parpaillon qu'on aper&#231;oit par intervalles au pied de la muraille presque verticale qui constitue l'autre rive et qui laisse &#224; tout moment tomber des pierres que nous entendons rebondir. Souvent nous roulons sous bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par le beau temps, ce serait charmant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges va plus lentement &#224; cause de ses freins dont les patins neufs se sont d&#233;j&#224; us&#233;s sur les jantes en aluminium qui, soit dit en passant, semblent d&#233;vorer les patins de bois, de fibre ou de cuir beaucoup plus rapidement que ne le font les jantes en acier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aper&#231;ois assez pr&#232;s devant moi une autre muraille de rocher qui fait un angle droit avec celle du Parpaillon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224; sans doute la vall&#233;e de l'Ubaye&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; juste &#224; ce moment la pente s'accentue et &#224; leur tour mes deux freins sur jante deviennent non pas impuissants, mais insuffisants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je puis encore ralentir, cependant, si la route, chose bien possible, &#233;tait soudain barr&#233;e, par quelque obstacle, je ne pourrais m'arr&#234;ter. Dans ces conditions, la prudence commence de mettre pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est ce que je fais.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pluie cesse enfin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon me rattrape et nous apercevons tr&#232;s bas au-dessous de nous les maisons de la Condamine o&#249; nous ferons halte. Plus l'on approche de l'Ubaye, plus la pente devient excessive&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle doit d&#233;passer le 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans les derniers lacets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s bien re&#231;us &#224; l'h&#244;tel du Commerce (recommand&#233;), nous avons le plaisir de voir la retraite aux flambeaux organis&#233;e par la musique du 157&#176; qui joue des airs tr&#232;s entra&#238;nants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nuit d&#233;licieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; berc&#233; par le bruit du Parpaillon, caress&#233; par l'air frais qui entre librement par la fen&#234;tre largement ouverte, je dors comme un loir jusqu'&#224; 5 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La journ&#233;e n'avait pas &#233;t&#233; charg&#233;e en kilom&#232;tres (70 kilom&#232;tres de l'Argenti&#232;re &#224; La Condamine), mais tant &#224; la mont&#233;e qu'&#224; la descente du col du Parpaillon, nous avions fait au bas mot 22 kilom&#232;tres &#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux Parpaillon &#233;taient encore abondamment pourvus de neige pour 3 ou 4 semaines, et ce sont l&#224; des parages dans lesquels un cycliste ne doit pas s'aventurer avant le 15&#160;ao&#251;t s'il veut &#233;chapper aux p&#233;rip&#233;ties dont nous e&#251;mes &#224; souffrir, lesquelles, du reste, ne sont pas sans charme et font qu'on se souvient beaucoup mieux d'une excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
La journ&#233;e du 14 fut plut&#244;t de transport que de l'excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
La visite du village dans lequel un vieux cimeti&#232;re abandonn&#233;, mitoyen aux maisons d'habitation, semble un danger pour la salubrit&#233; publique, le nettoyage des machines, le d&#233;jeuner nous retiennent jusqu'&#224; 6 heures. Une batterie perch&#233;e dans les rochers tire les coups de canon r&#233;glementaires en l'honneur de la f&#234;te nationale. Il a plu pendant la nuit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est tr&#232;s molle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec de grandes flaques d'eau l&#224; o&#249; l'entretien laisse &#224; d&#233;sirer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aux abords de Barcelonnette par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'autres passages sont excellents&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; somme toute, nous roulons sans peine &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, tout en admirant le paysage qui pla&#238;t surtout par sa verdeur et son am&#233;nit&#233;, contraste singulier avec la d&#233;solation des alentours du Parpaillon. Nous croisons quelques-unes de ces vieilles diligences du temps jadis qui sont encore ici souveraines ma&#238;tresses des transports. Barcelonnette est en effet &#224; 41 kilom&#232;tres de la gare la plus proche, Pruni&#232;res. Si mon moyeu polymult&#238;pli&#233; me jouait le mauvais tour de se d&#233;traquer (et j'en ai eu grand peur un moment &#224; la suite de quelques craquements sinistres), je me verrai en bien f&#226;cheuse position.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gorge se resserre et devient pittoresque, avant de s'ouvrir largement sur la vall&#233;e de la Durance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s une contre pente insignifiante, la descente s'accentue. &#192; Ubaye nous sommes forc&#233;s de ralentir par la rencontre des voitures lourdement charg&#233;es qui repr&#233;sentent les trains de petites vitesses et desservent Barcelonnette et les environs. Je m'&#233;tonne sans m'en plaindre qu'il n'y ait pas encore par l&#224; au moins un tramway &#233;lectrique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la force motrice n'y manque pas et le trafic suffirait &#224; couvrir les frais d'exploitation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Durance travers&#233;e, nous la remontons pendant 3 kilom&#232;tres jusqu'&#224; la bifurcation vers Chorges le long du ruisseau des Moullettes. Il est &#224; ce moment 8 h. 1/2 ou 9 heures. Si nous n'&#233;tions arriv&#233;s l&#224; que deux heures plus tard, nous aurions rencontr&#233; les cyclotouristes marseillais qui, sous la direction de notre ami Beno&#238;t, ont fait ce jour-l&#224; Brian&#231;on, Barcelonnette, col d'Allos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne les savions pas si pr&#232;s de nous et nous grimpons &#224; Chorges. Une pluie fine nous accueille &#224; mi-c&#244;te et nous immobilise &#224; l'h&#244;tel des Alpes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous en profitons pour d&#233;jeuner une seconde fois. 10 h. 1/4 on voit assez de bleu dans le ciel pour tailler une culotte de gendarme, pr&#233;sage certain de beau temps. En un clin d'oeil nous sommes &#224; Gap et &#224; 11 h. moins 10, au pied du col minuscule de Frayssinouse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tr&#232;s belle vue sur Gap et ses environs au cours de la mont&#233;e. &#192; fond de train ensuite avec nos grands d&#233;veloppements 7 m. 50 et 8 m. 40 jusqu'&#224; Veynes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous couvrons l&#224; 19 kilom&#232;tres de descente, douce il est vrai, en 40 minutes (du 28 1/2 &#224; l'heure), et &#224; midi pr&#233;cis nous d&#233;barquons &#224; l'h&#244;tel de la gare. Nous avons parcouru en 6 heures, arr&#234;t compris, 100 kilom&#232;tres, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; nous en reste autant &#224; faire pour l'apr&#232;s-midi de Veynes &#224; Grenoble par la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous les exp&#233;di&#226;mes &#233;galement en 6 heures, de 14 &#224; 20 heures, y compris un arr&#234;t &#224; Clelles (gare) en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec le mont Aiguille. Le vent du Nord assez violent nous g&#234;na surtout en remontant le Buech jusqu'&#224; Lus. Mais la belle descente du col du Fau &#224; Vif nous fit oublier toutes nos mis&#232;res et couronna dignement nos trois journ&#233;es de tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dentelures des montagnes du Villard-de-Lans se dessinaient sur le ciel &#233;clatant des feux du soleil couchant avec une nettet&#233; saisissante. J'aurais voulu distinguer le col Vert o&#249; j'avais grimp&#233; six semaines auparavant, mais toutes les cr&#234;tes d&#233;chiquet&#233;es se ressemblaient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul, le col de l'Arc, gr&#226;ce &#224; sa forme caract&#233;ristique - telle que le col de la Faucille au-dessus de Gex - se d&#233;tachait nettement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aspres-Grenoble par la Croix-Haute, c'est encore une de ces routes id&#233;ales pour les d&#233;butants en cyclotourisme, faites pour donner le go&#251;t des voyages &#224; ceux qui en sont enti&#232;rement priv&#233;s, surtout lorsqu'on a la chance de l'avoir toute a soi, comme il nous advint ce 14&#160;juillet o&#249; de toute la journ&#233;e nous ne rencontr&#226;mes pas un seul chauffeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant, &#224; ton tour, Stelvio&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>EXODE V&#201;LO-CAMPING en 1940</title>
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		<dc:subject>Dordogne</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on Vibert</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>
		<dc:subject>Loire</dc:subject>
		<dc:subject>1939-1945</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Comme tout fait pr&#233;voir que l'art de camper sera pratiqu&#233; d'une fa&#231;on intense par les g&#233;n&#233;rations qui suivent, il est probable que, si de nouveau les populations sont un jour dans l'obligation d'op&#233;rer des migrations, elles le feront dans de meilleures conditions qu'il y a quatre ans. Ainsi soit-il.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;D&#233;bats, soci&#233;t&#233;, sport&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;Dordogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot104" rel="tag"&gt;L&#233;on Vibert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;1939-1945&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par L&#233;on Vibert, republi&#233; dans Le Cycliste, Octobre 1948, p.179-183, avec ce filet d'Andr&#233; Rabault&#160;:&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quatre ans, le 22&#160;octobre 1944, L&#233;on Vibert &#233;tait tu&#233; &#224; Paris, rue de Rivoli, par un camion am&#233;ricain au conducteur maladroit. Avec lui disparaissait, en m&#234;me temps qu'un de nos meilleurs amis, un des plus &#233;minents collaborateurs du Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
En cet anniversaire, et en hommage de sa m&#233;moire, nous publions cet article, un des derniers, sinon le dernier, qu'il &#233;crivit et que Jacques-A. Bousquet, ins&#233;ra dans son ouvrage Le Camping. Cette publication est faite avec l'autorisation de l'Auteur et des Editeurs, les Fr&#232;res Vigot, que nous remercions bien sinc&#232;rement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;A. B.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXODE&lt;/span&gt; V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LO&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAMPING&lt;/span&gt; en 1940&lt;br class='autobr' /&gt;
par L&#233;on &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VIBERT&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PARIS&lt;/span&gt; A S&#200;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TE&lt;/span&gt;, par la Beauce, la Touraine, le Limousin, le Quercy, les Gorges du Tarn, les C&#233;vennes et le Languedoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1940, sur toutes les routes de France, refluant vers le Midi, les citadins et les paysans, les enfants, les vieillards, les femmes, erraient lamentablement car les uns et les autres &#233;taient mal pr&#233;par&#233;s &#224; la vie nomade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des livres, bien des m&#233;moires, depuis cette &#233;poque, nous ont d&#233;crit les aventures des pauvres gens qui souffrirent de la duret&#233; des chemins, de la chaleur de l'&#233;t&#233;, de la fra&#238;cheur des nuits, des pluies, des orages, de la faim. Bien rares furent ceux qui surent organiser un abri, installer un foyer et choisir le bon itin&#233;raire. Le Fran&#231;ais est s&#233;dentaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le pr&#233;sent r&#233;cit de voyage, vous ne trouverez aucune facile litt&#233;rature sur la tristesse de l'exode 1940&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fut pour l'auteur de ces lignes et ses deux compagnes un plaisir quotidien que troublait seulement la crainte que la France ne f&#251;t perdue &#224; Jamais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si, parfois, ils souffrirent, ce ne fut ni de la duret&#233; des &#233;tapes, ni de la chaleur, ni du froid, ni de la faim, car ils &#233;taient des campeurs exp&#233;riment&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte vous para&#238;tra, peut-&#234;tre, un peu sec&#160;: il e&#251;t &#233;t&#233; facile cependant &#224; l'auteur de d&#233;marquer &#224; votre intention le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Guide Bleu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Guide Michelin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tartiner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et po&#233;tiser, en cours de route, &#224; propos de la beaut&#233; des sites, du pittoresque des villages, de l'antiquit&#233; des ch&#226;teaux forts, du charme des frais vallons et de la vue panoramique qu'on a du haut des cols. L'auteur a pr&#233;f&#233;r&#233; renvoyer ses lecteurs aux deux ouvrages qu'il vient de citer, car ils contiennent les renseignements les plus s&#251;rs et les plus pr&#233;cieux sur les r&#233;gions parcourues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous trouverez simplement ici des d&#233;tails techniques &#224; propos de cet exode-camping, c'est-&#224;-dire des explications sur ce qu'&#233;tait notre mat&#233;riel de camp et sur les zigzags de notre itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;juin, averti par un ami bien renseign&#233;, accompagn&#233; par ma fille Maxime et son amie Marcelle, j'ai quitt&#233; un Paris fi&#233;vreux et apeur&#233;, par la porte d'Italie. Instinctivement, par suite d'une habitude qui, presque chaque semaine, nous faisait passer les week-end &#224; Fontainebleau, nous avons pris la route n&#176;&#160;6 en direction du Midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions tous trois &#224; bicyclette. Nous emportions un mat&#233;riel de camp l&#233;ger et peu encombrant&#160;: nous n'avions pas de vivres de r&#233;serve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; cette &#233;poque, tous les magasins de comestibles en &#233;taient abondamment pourvus&#160;: nos v&#234;tements &#233;taient ceux des sportifs&#160;: simples, solides, commodes, permettant de supporter le froid, la chaleur et la pluie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur chaque v&#233;lo, car nous savions nous absenter pour plusieurs semaines, nous avions chacun, une charge d'&#224; peu pr&#232;s 15 kilos. Si ce poids ne g&#234;ne gu&#232;re sur route plate, o&#249; l'on peut faire ais&#233;ment du 15 &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, il handicape cependant durant les mont&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Mais nous comptions faire les rampes &#224; pied, n'ayant pas l'intention de battre des records de vitesse et nous contentant de voir parfaitement les pays que nous voulions traverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOTRE&lt;/span&gt; &#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUIPEMENT&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les machines. &#8212; Je poss&#232;de une bicyclette Bourotte, construite en 1934. Elle est tr&#232;s solide mais un peu lourde. Guidon &#224; trois-positions. Deux freins sur jantes et un frein-ralentisseur sur moyeu (pour les longues descentes)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; large porte-bagages&#160;: trois vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma fille Maxime a un v&#233;lo de luxe construit en I938 par Ducheron, c'est-&#224;-dire qu'il est tr&#232;s l&#233;ger mais tr&#232;s r&#233;sistant. Tubes en acier mince, mais tous accessoires, guidons et p&#233;dales, en duralumin. Deux freins sur jantes &#224; traction directe. Trois vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre amie Marcelle est pourvue d'une machine de la Maison Pitard. Elle date de 1937 et figura &#224; l'Exposition. Elle est construite rationnellement. L&#233;g&#232;re et rigide. Cadre avec doubles haubans en triangle. Un frein sur jantes, un frein sur moyeu. Cinq vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
En passant, vous me permettrez de rappeler que le cyclo-camping, comme le cyclotourisme du reste, exige, pour ne pas &#233;nerver et lasser, une machine rationnelle et confortable. Tel v&#233;lo, bon pour aller &#224; son bureau ou &#224; son usine, est insuffisant pour de longs voyages&#160;: telle bicyclette, coquette, ultra-l&#233;g&#232;re et brillante, fait tr&#232;s bien au garage du Maxim's Bar mais qui ne remplit pas les conditions que demande le camping par les mauvais chemins.&lt;br class='autobr' /&gt;
La selle de voyage doit &#234;tre bien suspendue. Les portes-bagages doivent &#234;tre larges et bien fix&#233;s au cadre pour supporter la charge. Le guidon et le garde-boue avant, doivent permettre le placement d'une grosse sacoche&#160;: l'&#233;clairage doit &#234;tre &#224; l'abri des stupides pannes par rupture de fil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les freins doivent &#234;tre bien ajust&#233;s et tr&#232;s robustes. Les pneus doivent &#234;tre ballon ou de mi-ballon et non en boyaux, etc., etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours du voyage dont l'itin&#233;raire suit, nous n'avons pas eu d'autres pannes que celles caus&#233;es par les clous que les militaires trahis par la 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; colonne avaient sem&#233;s sur les routes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos tentes. &#8212; J'emportais une tente individuelle Jamet&#160;: elle figure au catalogue de cette maison sous le nom de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tente de cyclo-camping&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tissu l&#233;ger himalaya. Hauteur&#160;: 1 m. 40, 1 m&#226;t, 1 hauban&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; double toit tr&#232;s enveloppant&#160;: m&#226;ts aluminium&#160;: 30 piquets en duralumin&#160;: tapis de sol huil&#233; et l&#233;ger&#160;: poids total&#160;: 4 kg. 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma fille et son amie logeaient dans une m&#234;me tente &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au campeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; canadienne du mod&#232;le courant avec bon double toit. Hauteur&#160;: 1 m. 30, poids&#160;: 4 kg. 300.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mat&#233;riel de couchage. &#8212; Tr&#232;s r&#233;duit. Simplement un duvet individuel et un sac-drap de lit. Le tout gliss&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un &#233;tui en flanelle coton. Pas de matelas. Pas d'oreiller. A quoi bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mat&#233;riel de cuisine. &#8212; R&#233;duit au strict n&#233;cessaire. Au v&#233;lo-camping on peut ais&#233;ment &#233;tablir son camp &#224; proximit&#233; d'un village ou d'un bourg o&#249; il y a des ressources. D'autre part, en cours de route, il est pr&#233;f&#233;rable de d&#233;jeuner solidement au restaurant, quitte &#224; ne manger le soir que quelques mets simples et rapidement pr&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une popote individuelle en aluminium avec quart et couvert. Une petite marmite d'un litre pour le caf&#233;. Des bo&#238;tes et des sachets pour le caf&#233; moulu, le sucre, le sel, le poivre, le th&#233;. etc. Un grand seau &#224; eau en en toile souple. Pas de r&#233;chaud naturellement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le feu de bois est pr&#233;f&#233;rable au r&#233;chaud qui, &#224; notre avis, est un ustensile &#224; r&#233;server pour les rallyes dans les camps collectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Objets divers. &#8212; Cartes Michelin, boussole, couteaux, stylo, crayon, pipe (pour moi), cigarettes pour mes camarades, etc. Appareil photographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seule gourde en peau de bouc pour un litre de vin. quelques produits pharmaceutiques, des objets pour la toilette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une cuvette en toile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plusieurs m&#232;tres de cordes en coton&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un petit filet de p&#234;che servant pour l'achat des provisions et pour secouer la salade.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#234;tements. &#8212; Nous avons p&#233;dal&#233; tous les trois, v&#234;tus d'une culotte (ne pas confondre avec le short qui est plus court) et d'un maillot de sport l&#233;ger.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons emport&#233; plusieurs tricots qui se boutonnent, c'est-&#224;-dire qu'on peut mettre ou enlever ais&#233;ment&#160;:	chaussettes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bas&#160;: une seule chemise et des espadrilles &#224; semelles pour le camp. En route, des brodequins l&#233;gers nous permirent de marcher dans les mauvais chemins que, bien souvent, nous d&#251;mes prendre pour &#233;viter les routes encombr&#233;es par les voitures et les pi&#233;tons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes compagnes avaient emport&#233; une jupe l&#233;g&#232;re, moi, un pantalon pour visiter les villes et d&#238;ner &#224; l'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
B&#233;ret pour seule coiffure. P&#232;lerine longue et imperm&#233;able avec capuchon en toile huil&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sacoches. &#8212; Une grande sacoche avant o&#249; nous mettions les objets utiles en cours de route, le mat&#233;riel de cuisine et les vivres pour les grand'haltes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun de nous avait deux sacoches arri&#232;re, pas tr&#232;s larges mais tr&#232;s longues et qui descendaient tr&#232;s bas (la stabilit&#233; du v&#233;lo l'exige).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sandows (ou extenseurs) sont pr&#233;f&#233;rables aux cordes ou aux courroies pour arrimer les bagages, tout le monde sait cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ITIN&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RAIRE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'Ile-de-France &#224; la Touraine De Paris &#224; Nemours (72 km.), par la route de Fontainebleau. &#8212; Camp dans les friches de Poligny (eau potable et vivres &#224; Nemours).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Nemours a Montargis, par Chautreux, Eareville et Le Bianon (ch&#226;teau o&#249; est n&#233; Mirabeau) (150 km.). &#8212; Camp &#224; Chalette au bord du Loing (vivres &#224; Montargis).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Montargis &#224; Sully-sur-Loire, par Briare et Gier. (60 km.). &#8212; Camp sur la rive droite de la Loire sur une plage de sable fin (vivres &#224; Sully).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Sully &#224; Montrichard, par Orl&#233;ans (visite de la ville) et Blois (visite du ch&#226;teau) (120 km.). &#8212; Camp au pied de la ville, dans une prairie le long du Cher (eau sur place, vivres &#224; Mont richard ).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Montrichard &#224; La Haye-Descartes (65 km.) par Loches (visite de la ville et du ch&#226;teau). &#8212; Camp sur la rive gauche de la Creuse, en aval de Buxeuil (eau sur place, vivres &#224; La Haye).&lt;br class='autobr' /&gt;
Un s&#233;jour de quatre jours &#224; La Haye-Descartes nous a permis de visiter Ch&#226;tellerault, le Grand-Pressigny (mus&#233;e de la pr&#233;histoire) et les curieuses faluni&#232;res de Paulmy (coquillages marins de l'&#233;poque secondaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette premi&#232;re partie n'a &#233;t&#233; pour nous une r&#233;v&#233;lation qu'&#224; partir de Sully, car plusieurs fois d&#233;j&#224; nous avions fait les &#233;tapes de Paris &#224; Nemours et de Nemours &#224; Sully.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas pris la grande route de la vall&#233;e du Loing, de Nemours &#224; Monfargis, car nous &#233;tions d&#233;sireux de voir en passant le ch&#226;teau du Bignon o&#249; naquit Mirabeau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne peut le visiter, mais on peut l'admirer dans son parc pr&#232;s de la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camp en face de Sully dans les sables est tout &#224; fait &#224; recommander. L'eau de la Loire est tr&#232;s claire&#160;: il y a partout du bois sec.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notez qu'&#224; notre passage, Sully n'avait pas re&#231;u la visite des avions allemands, et que les commer&#231;ants y sont nombreux.&lt;br class='autobr' /&gt;
A La Haye-Descartes il y a de tr&#232;s bons restaurants o&#249; l'on sert du poisson de la Creuse. Visites sur la rive gauche des maisons de troglodytes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
De la Touraine &#224; la Corr&#232;ze&lt;br class='autobr' /&gt;
Du 10&#160;juin au 18&#160;juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De La Haye-Descartes &#224; Angle-sur-l'Anglin, par La Guerche et La Roche-Posay (station thermale) (30 km.). &#8212; Camp au pied du ch&#226;teau d'Angle, au bord de l'Anglin (vivres &#224; Angle, eau pr&#232;s du Pont).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Angle &#224; Bellac, par M&#233;rigny, Saint-Savin, Montmorillon, Le Dor&#226;t (80 km.). &#8212; Camp le long d'un gros ruisseau, dans les bois, &#224; l'est du village (vivres &#224; Le Dor&#226;t).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Bellac &#224; Le Vigen, par Berneuil, Limoges, route n&#176;&#160;20 (60 km.). &#8212; Une terrible averse ne nous permet pas de camper. Nous couchons dans une grange o&#249; des paysans veulent bien nous permettre de nous abriter pour la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Le Vigen &#224; Pompadour, par La Valade et Saint-Yriex (60 km.), &#8212; Camp sur une &#233;minence &#224; c&#244;t&#233; d'une ferme d&#233;j&#224; pleine d'autres r&#233;fugi&#233;s arriv&#233;s en voiture ou &#224; v&#233;lo (vivres pris &#224; la ferme).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pompadour &#224; Brive, par Juillac et Objat (30 km.). &#8212; Repos de trois jours. &#8212; Camp sur un replat dominant le domaine de Vars &#224; l'est de la ville (eau sur place, vivres &#224; Brive).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angle-sur-l'Anglin est vraiment un endroit &#224; recommander aux campeurs. La municipalit&#233; a r&#233;serv&#233; aux sportifs, une prairie ombrag&#233;e au bord de la rivi&#232;re, au pied du formidable rocher que domine l'ancien ch&#226;teau. A c&#244;t&#233; du camp il y a une Auberge de Jeunesse. Les commer&#231;ants sont aimables.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Bellac le terrain o&#249; nous avons mont&#233; la tente est une propri&#233;t&#233; particuli&#232;re o&#249; on acc&#232;de par un sentier qui c&#244;toie un ruisseau. Le terrain est parfait&#160;: de l'eau, du gazon fin, des ombrages, le silence, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La partie de notre itin&#233;raire de Bellac &#224; Brive fut, vous devez le penser, tr&#232;s mouvement&#233;e par suite des &#233;v&#233;nements politiques et militaires que nous apprenions en cours de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Brive est une ville gaie, coquette, propre o&#249; l'on trouvait en 1940 des comestibles vari&#233;s... particuli&#232;rement des cerises en quantit&#233;. Notre camp &#233;tait &#224; vingt minutes de Brive &#224; v&#233;lo, pr&#232;s d'un ancien ch&#226;teau dominant le vallon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
En Quercy&lt;br class='autobr' /&gt;
Du 18&#160;juin au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Brives &#224; Gluges, par Turenne et les Quatre-Routes (40 km.). &#8212; Camp le long de la Dordogne, en aval du pont suspendu (vivres &#224; Montvalent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; eau de source, sur la rive droite).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Gluges &#224; Padirac, par Floriac, Montvalent, Alvignac-les-Eaux et Miers (24	km.). &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Camp fixe &#233;tabli au bord d'un petit ruisseau au hameau d'Andrieux, dans une propri&#233;t&#233; particuli&#232;re (eau de puits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vivres &#224; Miers).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant trois semaines, nous avons parcouru la r&#233;gion et visit&#233; le gouffre de Padirac, les grottes de Lacave, les ab&#238;mes de l'Ouysse, le saut de la Pucelle, le gouffre de Roque-Corn, le puits d'Alvignac et autres merveilles naturelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes all&#233;s &#224; Martel, &#224; Saint-C&#233;r&#233;, &#224; Cahors, &#224; Rocamadour, &#224; Gramat, &#224; Souceyrac, &#224; Beaulieu, &#224; Souillac, &#224; D&#244;me, aux Eyzies. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre s&#233;jour dans le Quercy fut un mois de bonheur complet&#160;: l'armistice &#233;tait sign&#233;&#160;: les soldats &#233;taient d&#233;mobilis&#233;s, le temps &#233;tait beau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pays merveilleux, les vivres de toutes sortes abondaient, les paysans, &#233;taient hospitaliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bords de la Dordogne offrent des terrains de camp fixe magnifiques. Gramat, Miers, Rocamadour, Saint-C&#233;r&#233;, sont de charmants petits bourgs o&#249; l'on fait des repas plantureux, car dans cette r&#233;gion les fonds de vall&#233;es sont de v&#233;ritables jardins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Causses des environs sont d&#233;sertiques, d'une po&#233;sie &#233;trange et bien curieux &#224; parcourir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La visite des grottes et des gouffres s'impose naturellement aux touristes. Consultez les guides &#224; ce sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les campeurs qui s'installent soit &#224; Padirac m&#234;me, soit dans le cirque de Montvalent, soit &#224; Saint-C&#233;r&#233;, mettront plusieurs semaines pour bien conna&#238;tre cette r&#233;gion, &#224; pied ou &#224; v&#233;lo. Ils conserveront, comme nous, du Quercy et de ses habitants un souvenir &#233;mu et reconnaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Sorties du Tarn&lt;br class='autobr' /&gt; Du 2&#160;ao&#251;t au 8&#160;ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Padirac &#224; Decazeville, par Gramat, Lacapelle-Marival, Figeac (70 km.). &#8212; Camp au sud de la route, le long d'un noir ruisseau qui sert de cloaque aux usines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le passage est le plus empest&#233;, le plus triste et le plus laid qu'on puisse r&#234;ver&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Mais nous &#233;tions si fatigu&#233;s que nous avons d&#251; nous y arr&#234;ter &#224; notre grand regret.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Decazeville &#224; Saint-C&#244;me par Mauvial, Villecontal, Estaing, Espalion (60 km.) &#8212; Camp le long du Lot de l'autre c&#244;t&#233; du pont sur la rive gauche. Bons terrains. Source d'eau claire, Approvisionnement facile &#224; Espalion. Bons restaurants &#224; Saint-C&#244;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-C&#244;me &#224; Mas, par Cruejouls, Saint-Genier et Saint-Saturnin (60 km.). &#8212; &#201;tape dure &#224; cause des mont&#233;es, coucher &#224; l'h&#244;tel &#224; cause du mauvais temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Massegros &#224; Les Vignes (15 km.). &#8212; Camp sur sable, au bord du Tarn, en face du ch&#226;teau de Blanquefort. Nous avions emport&#233; des victuailles car le long du Tarn les boutiques de commer&#231;ants sont rares.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des Vignes &#224; Ispagnac, par la route qui longe le Tarn (150 km.). &#8212; Repos de deux jours dans un camp frais et discret &#224; 200 m&#232;tres d'Ispagnac, pr&#232;s du pont de Qu&#233;zac sur la droite (source) au bord du Tarn.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Ispagnac au col de Jalcreste, par la bonne route, n&#176;&#160;107 bis (40 km.). &#8212; Camp dans les bois de Ch&#234;ne, le long du Gardon qui prend naissance au col m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne commettez pas l'erreur que nous avons faite de camper &#224; Decazeville, une horrible cit&#233; industrielle dans une vall&#233;e ravag&#233;e par les incendies et dans l'air empest&#233; par les fum&#233;es des usines. &#201;vitez donc Decazeville, remontez la rivi&#232;re par Entraygues et les gorges du Lot jusqu'&#224; Espalion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ult&#233;rieurement j'ai eu l'occasion de suivre cet itin&#233;raire il est de toute beaut&#233; et m'a rappel&#233; les vall&#233;es des Alpes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tapes que nous avons faites pour atteindre le Tarn furent assez p&#233;nibles, car l'orographie est compliqu&#233;e&#160;: il faut sans cesse monter et descendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route qui suit le cours du Tarn est un billard. Nous aurions fl&#226;n&#233; avec plaisir le long de cette belle rivi&#232;re si nous n'avions eu rendez-vous avec des amis au pont du Gard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les emplacements de camp le long du Tarn sont nombreux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, le ravitaillement n'est pas toujours facile&#160;: il est vrai qu'on rencontre quelques restaurants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas visit&#233;, &#224; notre grand regret, les crottes de Dargilan, ni Montpellier-le-Vieux, ni l'Aven Armand et nous le regrettons am&#232;rement. Un mois de camping serait n&#233;cessaire. Pour bien conna&#238;tre toutes les vall&#233;es qui abondent en curiosit&#233;s naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt; Le versant de la M&#233;diterran&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; Du 8&#160;ao&#251;t au 15&#160;ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De Jalcreste &#224; Euzet, par la Grande Combe et Ales (route &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G.C.&lt;/span&gt; 32) (55 km.). &#8212; Mauvais camp entre la voie terr&#233;e et la Caudouill&#232;re, dans les terrains vagues &#224; l'est de r&#233;tablissement de bains (vivres sur place, mais peu vari&#233;s).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Euzet au Pont-du-Gard, par Uzes et Argilliers (30 km.). &#8212; Camp au Port du Gard, en amont du pont, sur les sables, rive qauche du Gard. Restaurant. Repos de doux jours. Visite d'Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Pont-du-Gard &#224; Aigues-Mortes, par N&#238;mes (visite de la ville) et par Lunel (vignobles) (75 km.). &#8212; Camp au Mas de Saint-Jean, dans les marais de la Souteyranne. Mauvais camp, Mistral et moustiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Aigues-Mortes &#224; S&#232;te, par Lunel, Montpellier (visite de la ville) et par Mireval et Frontignan (70 km.). &#8212; Camp au lieu dit sur la Corniche, au-dessus de Dangles, sur une butte dominant la mer et les &#233;tangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
Des gorges du Tarn au Pont-du-Gard, la route est longue, dure..., mais jamais monotone&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on traverse rapidement des r&#233;gions industrielles et on fl&#226;ne dans les vall&#233;es ombrag&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Uz&#232;s est une ville aristocratique du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&#160;: un peu triste mais tr&#232;s bien conserv&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camp de s&#233;jour au Pont-du-Gard est &#224; recommander, Les emplacements y sont parfaits et nombreux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a des restaurants pr&#232;s du pont. A v&#233;lo, on va &#224; Avignon en une heure et on y trouve toutes victuailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aigues-Mortes est &#224; voir. Mais quelle chaleur sur ces routes bord&#233;es de vignobles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et quel vent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et quels moustiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
A S&#232;te, au lieu de camper sur les hauteurs de Saint-Clair qui dominent l'&#233;tang de Thau, allez plut&#244;t vous installer pr&#232;s du rivage de la M&#233;diterran&#233;e sur la route de B&#233;ziers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; emportez avec vous de l'eau potable et faites vos provisions en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TOUT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MONDE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAMPEUR&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre Exode 1940 se termine ainsi &#224; S&#232;te o&#249; nous rest&#226;mes un semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons de famille, ma fille s'installa dans cette ville pendant quelques mois. Pour des raisons d'ordre administratif, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Marcelle dut rentrer &#224; Paris par le chemin de fer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je restais seul et comme je suis atteint de la bougeotte, je r&#233;solus de continuer mes randonn&#233;es. Ult&#233;rieurement, j'ai visit&#233; la Provence, le Var, les Alpes-Maritimes. J'ai remont&#233; ensuite la vall&#233;e de la Durance&#160;: j'ai revu les Alpes dauphinoises et ma Savoie natale que je connais bien pour finalement rentrer &#224; Paris, toujours en campant et &#224; v&#233;lo, par Lyon et Dijon, apr&#232;s dix-huit mois d'absence. Mes jambes et mes pneus avaient absorb&#233;, au minimum, quinze mille kilom&#232;tres et cela sans fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu, dans ce r&#233;cit r&#233;sum&#233; de l'Exode 1940, vous prouver que les voyages &#224; v&#233;lo sur les routes ne sont pas un calvaire, comme les journalistes l'ont souvent dit en racontant les &#233;v&#233;nements qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi l'armistice, mais seulement pour les campeurs qui ont le mat&#233;riel suffisant et l'exp&#233;rience de la vie nomade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tout fait pr&#233;voir que l'art de camper sera pratiqu&#233; d'une fa&#231;on intense par les g&#233;n&#233;rations qui suivent, il est probable que, si de nouveau les populations sont un jour dans l'obligation d'op&#233;rer des migrations, elles le feront dans de meilleures conditions qu'il y a quatre ans. Ainsi soit-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>No&#235;l au soleil (1905)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article272</link>
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		<dc:date>2021-12-24T10:06:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>
		<dc:subject>n&#176;5</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'&#233;prouve toujours une &#233;trange sensation &#224; descendre la nuit dans les bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon &#234;tre se d&#233;double : une partie s'envole et plane je ne sais dans quelle r&#233;gion de l'au del&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre partie malheureusement, reste en &#233;quilibre tr&#232;s instable sur la bicyclette, somnole et risque de choir dans le foss&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;R&#233;trodirecte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot156" rel="tag"&gt;n&#176;5&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, D&#233;cembre 1905, source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per1328_8 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposant &#8212; mais j'ai &#233;t&#233; cette fois cruellement d&#233;tromp&#233; &#8212; que l'hiver, dans le Midi, &#233;tait toujours plus cl&#233;ment que dans nos montagnes, le 23&#160;d&#233;cembre dernier, je tournais vers Marseille les guidons de ma bicyclette n&#176;&#160;5, impatiente de terminer ses &#233;preuves par un grand voyage. Je n'allais pas seulement vers le soleil, j'allais vers des compagnons de route que leur &#233;loignement ne me permet pas de rencontrer aussi souvent que je le voudrais, vers des sites que je ne me lasse pas de revoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 heures, je me mis en route par un l&#233;ger clair de lune qui rev&#234;tait d'un charme particulier les bois blancs de givre et les rochers noirs. Un froid de loup, mais heureusement pas de bise. Je grimpai avec 2m,40, afin de ne pas &#234;tre en moiteur en abordant la longue descente, et j'atteignis &#224; 7 heures le col des grands bois. Je n'en repartis qu'&#224; 8 heures. Mon pneu A R, trop mou et tr&#232;s charg&#233;, car d&#232;s le commencement de la descente j'avais laiss&#233; aller ma selle tout &#224; fait en arri&#232;re, se heurta &#224; je ne sais quoi de dur qui pin&#231;a et m&#226;cha la chambre &#224; air. Je dus aller &#224; pied jusqu'&#224; l'h&#244;tel Courbon o&#249; je d&#233;jeunai d'abord, je r&#233;parai ensuite avec beaucoup de pr&#233;caution, je gonflai tr&#232;s dur cette fois, j'inspectai soigneusement les freins et j'arrimai encore plus solidement mon bagage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'arri&#232;re, le linge de rechange roul&#233; dans la p&#232;lerine et les jambi&#232;res, plus une sacoche contenant des cartes, du carbure, les burettes d'huile et de p&#233;trole, un peu d'alcool pour m&#234;ler &#224; l'eau de ma lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne et l'emp&#234;cher de se congeler, accident fr&#233;quent en hiver et qui, un certain soir, m'avait fort ennuy&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'avant, mes deux besaces, qualifi&#233;es si justement de mamelles nourrici&#232;res par Alpinus, contenaient des provisions de bouche suffisantes pour deux jours, cartouches alimentaires faites de riz au lait tr&#232;s sucr&#233; et bourr&#233; de raisins confits, des chaussons aux pommes, des oranges, des croquignolles, d&#233;licieux biscuits aux amandes que fabrique &#224; ses moments perdus et quand &#231;a lui pla&#238;t, un confiseur original dont je ne vous donne pas l'adresse, car il y a dix chances contre une que vous n'en obtiendriez m&#234;me pas de r&#233;ponse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, du chocolat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous voyez que pour &#234;tre v&#233;g&#233;tarien on n'en a pas moins beaucoup de bonnes choses &#224; sa disposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
M'&#233;tant ainsi efforc&#233; de me pr&#233;munir contre toutes les causes d'arr&#234;ts involontaires en cours de route, je partis d&#233;finitivement &#224; 8 heures de l'h&#244;tel Courbon et mes petites roues de 50 centim&#232;tres m'entra&#238;n&#232;rent si vivement qu'&#224; 9h15 j'&#233;tais &#224; Andance (37 kilom&#232;tres en une heure et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!). Par exemple, j'eus bien froid, en d&#233;pit du soleil qui brillait sur la montagne et qui, sur les bords du Rh&#244;ne, s'&#233;clipsa derri&#232;re un brouillard d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je filais bon train sur cette route que je connais par c&#339;ur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 11 heures, je traversais Valence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 13 heures, Mont&#233;limar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 15 h. 1/2, je laissais Orange derri&#232;re moi, et une heure plus tard, j'arrivais &#224; Carpentras en d&#233;pit d'une route devenue soudain mauvaise, o&#249; je retrouvai la boue d&#233;gelante et les orni&#232;res congel&#233;es de chez nous. C'est sans doute le voisinage du Ventoux qui entretient dans ces parages une temp&#233;rature aussi basse que dans nos C&#233;vennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas le moindre incident de route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques chiens trop agressifs que je dus &#233;loigner parfois d'un coup de revolver. Un peu partout, ma machine liliputienne excite l'&#233;tonnement et les cris des enfants. Les V&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Qu'&#232;s aco&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et autres exclamations proven&#231;ales me saluaient dans chaque village.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Loriol, le soleil avait reparu, et quand je fus au pied du Ventoux, je pus apercevoir jusqu'&#224; son sommet stri&#233; de neige ce formidable escarpement que les Alpes ont jet&#233;, telle une sentinelle avanc&#233;e, au milieu de la plaine. Ce n'&#233;tait pas le jour d'y grimper en 2 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
A Carpentras, j'avais encore devant moi une bonne demi-heure de jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'&#233;tait plus qu'il ne m'en fallait pour pousser jusqu'&#224; Pernes, o&#249; je faillis ne pas arriver cependant si t&#244;t que je le pensais, tant la route, sillonn&#233;e d'orni&#232;res profondes, fut, pendant les premiers kilom&#232;tres, impraticable. Sur un sol pareil, j'admets que plus les roues sont hautes, plus facilement elles se d&#233;gagent, mais les roues de 70 centim&#232;tres des mono-multipli&#233;s que je rencontrai ne semblaient pas les prot&#233;ger plus que les miennes de 50 centim&#232;tres et nous allions tous &#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, la route mieux entretenue nous permit de rouler et je m'arr&#234;tai &#224; Pernes &#224; 17 heures pr&#233;cises. J'avais parcouru 218 kilom&#232;tres en 10 heures, d&#233;duction faite de ma halte forc&#233;e d'une heure aux grands bois. Mon n&#176;&#160;5 se tirait &#224; son avantage de cette premi&#232;re &#233;preuve de transport. Si r&#233;ellement le coefficient de r&#233;sistance au roulement avait &#233;t&#233;, comme le pr&#233;tendent les th&#233;oriciens, de 30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% plus &#233;lev&#233; que pour une autre machine, &#224; roues de 70 centim&#232;tres, il est douteux que j'eusse pu, sans la moindre fatigue appr&#233;ciable, effectuer un tel parcours &#224; l'allure moyenne de presque 22 kilom&#232;tres. Il est vrai que je ne m'&#233;tais pour ainsi dire pas arr&#234;t&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais v&#233;cu uniquement sur mes provisions et j'&#233;tais seul, deux conditions essentielles pour aller vite et d'un train r&#233;gulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de vent, ni pour ni contre, pendant les quatre jours que dura mon excursion : c'est la premi&#232;re fois que cela m'arrive, et ma foi, tout compte fait, bien que le mistral soit un puissant alli&#233; pour qui descend de Lyon &#224; Marseille, j'aime encore mieux m'en passer, car il est terriblement d&#233;sagr&#233;able quand on l'a contre soi et m&#234;me de c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pernes n'a rien qui le d&#233;signe &#224; l'attention des cyclotouristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pourtant une ville m&#233;di&#233;vale aux ruelles &#233;troites et tortueuses qui fut fortifi&#233;e et qui a conserv&#233; des vestiges d'antiquit&#233; que les fabricants de cartes postales ont bien su mettre en relief. Je m'y arr&#234;tai parce qu'il &#233;tait nuit et aussi parce que j'y suis n&#233;, voil&#224; bient&#244;t 53 ans, mais je n'y ai point d'attaches&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et n'ai point gard&#233; souvenance&lt;br class='autobr' /&gt;
Du joli lieu de ma naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mon pays d'&#233;lection n'est pas l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est plus bas, sur les bords de la mer, entre les Martigues et l'Estaque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le samedi 23&#160;d&#233;cembre, je ne me mis en selle qu'&#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;tape devait &#234;tre courte et toute la plaine &#233;tait noy&#233;e dans un brouillard glac&#233;. Je me heurtai de suite aux orni&#232;res congel&#233;es d'une route mal entretenue semblable &#224; un champ fra&#238;chement labour&#233;, et je fus maintes fois oblig&#233; de descendre et de pousser ma machine. Il gelait ferme, heureusement, sans quoi une boue &#233;paisse m'aurait contraint &#224; porter mon pauvre n&#176;&#160;5&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien n'est terrible comme la boue de d&#233;gel qui obstrue les t&#234;tes de fourche, couvre les cha&#238;nes, les pieds, les jambes, et finalement arr&#234;te les plus intr&#233;pides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est en pareil cas qu'on appr&#233;cierait une machine sans cha&#238;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu, le sol s'am&#233;liora et je pris une bonne allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps, j'entendais des coups de fusil dans le brouillard et j'agitais vivement mon grelot, craignant d'&#234;tre pris pour quelque gibier d'importance par ces nemrods fanatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'Isle, apr&#232;s avoir travers&#233; la Sorgues dont le volume des eaux m'&#233;tonne toujours quand je songe que seule la fontaine de Vaucluse les lui fournit, je prends &#224; gauche la route d'Apt&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon projet est de traverser le Lub&#233;ron.&lt;br class='autobr' /&gt;
Transi de froid, j'absorbe du caf&#233; chaud dans une infime auberge du Coustellet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous venons &#224; parler des automobiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on les a l&#224;-bas en horreur, et je suis convaincu qu'aux prochaines &#233;lections les candidats qui inscriront dans leur programme la suppression ou la r&#233;glementation draconienne de la circulation des automobiles remporteront sur leurs concurrents. Il faudra bien que t&#244;t ou tard on en vienne &#224; des mesures rigoureuses contre les assoiff&#233;s de vitesse, et malheureusement les bons, comme toujours, paieront pour les mauvais. Les motocyclettes sont log&#233;es &#224; la m&#234;me enseigne, et la bonne femme qui avait tout d'abord pris mon n&#176;&#160;5 encombr&#233; de bagages pour une moto, devint plus gracieuse quand je lui dis que ce n'&#233;tait qu'une bicyclette.
&lt;br /&gt;&#8212; La bicyclette, &#224; la bonne heure, &#231;a rend service &#224; beaucoup de gens, &#231;a ne fait pas de bruit, pas de poussi&#232;re, et au moins &#231;a n'&#233;crase personne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; dix kilom&#232;tres d'Apt environ, je tourne &#224; droite, traverse le ruisseau et la voie ferr&#233;e et me dirige vers Bonnieux que l'on aper&#231;oit d&#233;j&#224; haut perch&#233; sur la cr&#234;te de la montagne et baign&#233; de soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e n'est pas tr&#232;s dure, la route a &#233;t&#233; rectifi&#233;e et n'exige pas un d&#233;veloppement plus faible que 3m.80, je n'ai m&#234;me pas recours aux poign&#233;es basses et je monte lentement entre deux haies de buissons remplis de ces petites baies rouges qu'on appelle des pommes d'oiseaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les aime assez pour qu'&#224; plusieurs reprises j'en mange &#224; poign&#233;es, et me voici &#224; une premi&#232;re &#233;glise toute neuve b&#226;tie au pied du bourg&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre &#233;glise, la vieille, est tout au sommet : j'y arrive par un grand lacet, puis je continue &#224; grimper pendant un ou deux kilom&#232;tres avant d'atteindre le sommet de la montagne d'o&#249; la vue sur Bonnieux et au del&#224; est tr&#232;s agr&#233;able. En montant &#224; Bonnieux, on a aussi une jolie vue &#224; droite sur un petit village domin&#233; par les ruines d'un castel moyen-&#226;geux.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233;, je m'engage sur une route &#224; lacets courant &#224; travers la garrigue aux fortes senteurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; recharg&#233;e en maints endroits, ici d&#233;gelant, l&#224; gel&#233;e encore, elle m'oblige &#224; beaucoup de prudence. Apr&#232;s un croisement de route, la gorge, devenant plus &#233;troite et plus profonde, a l'air de vouloir prendre des allures alpestres quand l'horizon s'ouvre soudain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en un riant vallon appara&#238;t Lourmarin. De l&#224; &#224; Cadenet puis &#224; Pertuis, bonne route, mais vue born&#233;e par la brume qui s'&#233;l&#232;ve de la Durance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi moins le quart, je m'arr&#234;te &#224; l'h&#244;tel Dauphin o&#249; arrive bient&#244;t M.&#160;D..., de Gap, sur sa r&#233;tro-directe. Comme il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir dans les h&#244;tels o&#249; l'on est bien forc&#233; de descendre, surtout lorsqu'on voyage en compagnie, des menus r&#233;ellement v&#233;g&#233;tariens, j'en ai pris mon parti et je me contente de l'ordinaire, toujours trop charg&#233; en viandes de toutes sortes, dont j'&#233;limine seulement les plats qui me semblent les plus cuisin&#233;s. Une bonne su&#233;e post-prandiale contribue &#224; l'&#233;limination des autres, et, &#224; la condition de ne pas r&#233;cidiver trop souvent, on n'introduit pas, ce faisant, tellement de poison dans l'organisme que celui-ci ne puisse s'en d&#233;barrasser ais&#233;ment et promptement gr&#226;ce &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233; du r&#233;gime at home o&#249; je n'admets pas d'infraction. Quand je voyage seul, c'est tout diff&#233;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toute la journ&#233;e je vis sur mes provisions, et le soir &#224; l'h&#244;tel, je me contente d'un potage et de fruits sans pr&#233;judice de quelques cartouches alimentaires que je tire de mes besaces si je me sens un gros app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on ne peut imposer de telles fa&#231;ons de vivre &#224; des compagnons de route pour qui le v&#233;g&#233;tarisme est lettre morte. Faire bande &#224; part est g&#234;nant pour tout le monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; afficher une intransigeance irr&#233;ductible et manger du pain sec &#224; c&#244;t&#233; d'un menu qui pla&#238;t &#224; tous les autres, c'est bien ostentatoire et pharisa&#239;que&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; moins, bien entendu, qu'on ne soit afflig&#233; d'une sant&#233; tout &#224; fait pr&#233;caire qui ne permette pas la moindre infraction &#224; un r&#233;gime rigoureusement d&#233;termin&#233;. Mais il est probable que lorsqu'un v&#233;g&#233;tarien en est r&#233;duit l&#224;, il ne va plus courir les grandes routes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; d'autres points de vue, &#224; celui de la propagande en faveur de l'alimentation v&#233;g&#233;tarienne, par exemple, il n'est pas mauvais que celui qui vient d'affirmer que gr&#226;ce &#224; cette alimentation il se porte mieux, qu'il est plus invuln&#233;rable qu'autrefois, le prouve en s'exposant volontairement, soit &#224; table, soit dans un h&#244;pital, soit sous un climat meurtrier,quand les circonstances l'y contraignent ou seulement l'y invitent, &#224; une intoxication momentan&#233;e et accidentelle dont il n'a rien &#224; redouter. Il convaincra ainsi plus vite ceux qui l'observent de la valeur hygi&#233;nique de son r&#233;gime habituel, plus vite, dis-je, qu'en se calfeutrant dans de la ouate et en prenant la fuite devant une c&#244;telette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette digression &#233;tait peut-&#234;tre utile afin de rassurer ceux qui pourraient s'&#233;tonner d'entendre un homme pr&#234;cher le v&#233;g&#233;tarisme, la vie simple, le retour &#224; la nature et de le voir &#224; l'occasion hurler avec les loups, c'est-&#224;-dire manger une aile de poulet en compagnie de cr&#233;ophages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous n'avons gu&#232;re converti au v&#233;g&#233;tarisme que des malades qu'une ordonnance du m&#233;decin ou leur propre bon sens obligeait &#224; une s&#233;v&#233;rit&#233; de r&#233;gime excessive.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait de v&#233;g&#233;tariens, me disait un jour une dame &#224; laquelle je conseillais le retour &#224; la nature, vous ne me montrez que des gens maigres, ch&#233;tifs et val&#233;tudinaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me convertirai quand vous me ferez voir parmi vous des visages respirant la sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous reste donc &#224; conqu&#233;rir les estomacs bien portants et nous ne devons pas les effrayer par trop de rigorisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; treize heures et quart, nous quittons Pertuis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps est radieux et la route tr&#232;s belle jusqu'&#224; Aix&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; de la Durance, une rampe assez longue au sol amolli par le d&#233;gel ralentit un peu notre allure, puis une descente nous entra&#238;ne et nous sommes &#224; Aix &#224; quatorze heures et quart. Le guide Michelin indique 22 kilom&#232;tres entre Aix et Pertuis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne me semble pourtant pas que nous ayons march&#233; si vite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est vrai que selon les points plus ou moins excentriques o&#249; guides et poteaux font aboutir le kilom&#233;trage de ville &#224; ville et ceux o&#249; les cyclistes prennent leur temps, il peut y avoir des diff&#233;rences de plusieurs kilom&#232;tres. Un exemple :&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on vient de Roanne &#224; St Etienne, on se trouve, &#224; l'intersection de la route de Lyon apr&#232;s l&#8216;H&#244;pital-sur-Rhins, en pr&#233;sence d'un poteau sur lequel on lit : Saint-Etienne &#224; 72 kilom. 600. Or, le kilom&#233;trage commence &#224; ce poteau m&#234;me et l'on entre &#224; Saint-Etienne &#224; la borne 66&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la borne 92 kilom. 600 est &#224; la sortie de la ville dont la grande art&#232;re a justement 6 kilom.. 600 de longueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi indique-t-on sur ce poteau la sortie de la ville au lieu de l'entr&#233;e ou du centre qui est &#224; la borne 69&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Myst&#232;re. De cette confusion peuvent na&#238;tre parfois des erreurs d'appr&#233;ciation sur la vitesse de marche et l'on discute longtemps sans s'entendre alors qu'on est parfaitement d'accord et que ce sont les chiffres officiels qui ont tort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aix est une belle ville marqu&#233;e au coin d'une aristocratie de bon aloi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ni les arbres ni les maisons n'y sont d'aujourd'hui, et il doit y a voir, derri&#232;re ces murs s&#233;culaires, de tr&#232;s vieilles gens., laudatares tempori acti, qui vivent et pensent comme il y a cent ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous demandons la route de Marseille et nous filions grand train &#224; la descente quand la pens&#233;e nous vient simultan&#233;ment de faire un crochet sur Roquefavour, le c&#233;l&#232;bre aqueduc que l'on oppose au non moins c&#233;l&#232;bre pont du Gard, comme le pr&#233;sent au pass&#233;. Nous avions mis pied &#224; terre et consultions cartes et guides quand un cycliste s'arr&#234;te et nous donne un pr&#233;cieux renseignement. La route que nous allions suivre est, para&#238;t-il, incyclable &#224; cause de la boue de d&#233;gel qui la couvre pendant 4 ou 5 kilom&#232;tres, cette boue odieuse dont nous avons tous souffert, qui, soulev&#233;e par les pneus, retombe sur les pieds, sur les cha&#238;nes et oblige parfois &#224; porter, la machine. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que j'ai souvent regrett&#233; pendant ce voyage de ne pouvoir instantan&#233;ment transformer ma &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;3 cha&#238;nes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en touricyclette. La r&#233;tro-directe de M.&#160;D. souffre moins que mon n&#176;&#160;5 de cette affreuse boue, mais il faudrait une sans-cha&#238;ne pour s'en tirer indemne. C'est pourquoi nous nous empressons de suivre le conseil qu'on nous donne et nous gagnons les Mille par un chemin d&#233;tourn&#233; qui suit la voie ferr&#233;e et qui n'est pas toujours tellement bon que nous ne soyons &#231;&#224; et l&#224; contraints de mettre pied &#224; terre. Je n'aurais jamais cru les routes du midi si sensibles aux effets du gel et du d&#233;gel. Nous voici cependant &#224; Roquefavour &#224; l'heure la plus favorable pour voir en beaut&#233; le svelte aqueduc. Le soleil l'&#233;claire obliquement de chaudes lueurs orang&#233;es qui dessinent des arches de lumi&#232;re sous les arches de pierre blanche. Cette coloration all&#232;ge encore l'a&#233;rienne construction qui semble se terminer dans l'azur par une dentelle blanche et rouge &#224; mesure que le soleil, s'inclinant de plus en plus, finit par n'effleurer que la derni&#232;re arcade. Nous rest&#226;mes longtemps &#224; contempler cette &#339;uvre de l'homme qui s'allie tr&#232;s bien &#224; l'&#339;uvre de la nature dans la gorge &#233;troite et sauvage o&#249; l'a plac&#233;e le besoin qu'avaient les Marseillais de l'eau de la Durance. Incontestablement plus &#233;l&#233;gant que le massif pont du Gard, il est probable que l'aqueduc de Roquefavour ne r&#233;sistera pas aussi victorieusement aux injures du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;D., qui ne voyage jamais sans son appareil photographique, aurait voulu emporter un souvenir de l'aqueduc tel que nous l'avions sous les yeux, mais la photographie, me dit-il, est impuissante &#224; rendre de tels effets de lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'heure marchait, et Carry-le-Rouet, o&#249; nous devions passer la nuit, &#233;tait encore &#224; quelque 40 kilom&#232;tres. Nous nous h&#226;t&#226;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Velaux, Rognac. Marignane, o&#249; l'on garnit d'eau les lanternes, d&#233;fil&#232;rent rapidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous e&#251;mes un superbe coucher de soleil sur l'&#233;tang de Berre.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que nous fumes engag&#233;s dans les sinuosit&#233;s du massif de l'Estaque, la nuit se fit plus noire et nos lanternes allum&#233;es fouill&#232;rent les bois de pins maritimes, de leurs vives lueurs. Nous marchions de front sur la route d&#233;serte et l'on y voyait comme en plein jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand la descente commen&#231;a, M D. passa devant et nous all&#226;mes &#224; quelque distance l'un de l'autre, sans que le moindre bruit r&#233;v&#233;l&#226;t notre pr&#233;sence, telles deux ombres pr&#233;c&#233;d&#233;es de feux follets.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;prouve toujours une &#233;trange sensation &#224; descendre la nuit dans les bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon &#234;tre se d&#233;double : une partie s'envole et plane je ne sais dans quelle r&#233;gion de l'au del&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre partie malheureusement, reste en &#233;quilibre tr&#232;s instable sur la bicyclette, somnole et risque de choir dans le foss&#233;. Ce soir-l&#224;, il ne m'arriva pourtant rien de f&#226;cheux. Les &#233;clairs du phare du Planier trouaient l'obscurit&#233; et venaient fouetter, selon les hasards des &#233;claircies la cime ou le pied des pins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous descendons &#224; l'h&#244;tel de Carry &#224; 18 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le ma&#238;tre de c&#233;ans &#233;tait &#224; Marseille et ne devait rentrer qu'&#224; 19 heures et demie par la voiture. J'avais encore des provisions auxquelles nous f&#238;mes honneur en attendant le d&#238;ner qui fut report&#233; &#224; 20 heures, car en l'absence du chef, les fourneaux de l'h&#244;tel o&#249; l'on n'attendait pas de voyageurs, ne pouvaient &#234;tre allum&#233;s et il n'y a pas deux h&#244;tels &#224; Garry.&lt;br class='autobr' /&gt;
La soir&#233;e &#233;tait agr&#233;able quoique un peu fra&#238;che et nous caus&#226;mes, en nous promenant, de la raret&#233; des cyclotouristes, des m&#233;rites respectifs des nombreuses polymultipli&#233;es actuellement sur le march&#233; et de maints autres sujets. M.&#160;D., sans &#234;tre fanatique de la r&#233;tro-directe, trouve trop d'avantages &#224; ce changement de vitesse pour qu'il songe &#224; l'abandonner, il a deux jeux de deux vitesses en marche, il aimerait pourtant avoir en marche une troisi&#232;me vitesse interm&#233;diaire en direct. C'est d'ailleurs un desideratum facile &#224; r&#233;aliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain 24&#160;d&#233;cembre, d&#233;part &#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait grand jour et le temps s'annonce splendide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine avons-nous fait un kilom&#232;tre qu'un d&#233;bris de bo&#238;te &#224; sardines perfore de part en part le pneu de M.D.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la r&#233;paration est faite promptement et nous continuons. Cette route est charmante, et, avantage appr&#233;ciable, d&#233;daign&#233;e des autos, des motos et autres engins &#224; faire de la vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le cycliste s'y meut &#224; son aise et sans fatigue. Sausset, les Ventrons, les Martigues, o&#249; nous avons donn&#233; rendez-vous &#224; nos amis de Marseille qui sont arriv&#233;s avant nous. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;B. sur Terrot 3 vitesses mod&#232;le H, P. et L. en tandem polymultipli&#233; nous cueillent au passage et nous apprennent que le docteur R. et M.T., tous les deux en motosacoches, sont en panne &#224; quelques kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#233;jeunons en les attendant.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#251;ment masqu&#233; et de cuir v&#234;tu comme il sied &#224; tout chauffeur , le sympathique docteur est bient&#244;t l&#224;, suivi de pr&#232;s par son compagnon. C'&#233;tait, nous disent-ils, une panne de pneus, et &#231;a ne se met pas au passif des motos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, notre photographe est all&#233; impressionner quelques plaques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous mettons &#224; sa recherche et nous partons en groupe compact &#224; 9 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bient&#244;t les motosacoches nous d&#233;passent, mais une panne de courroie nous ram&#232;ne sur elles et c'est la petite reine qui tient la t&#234;te &#224; Saint-Mitre et jusqu'&#224; Istres o&#249; les moto&#239;stes la reprennent pour aller se ravitailler d'essence &#224; Entressen o&#249; nous les red&#233;passons, pas pour bien longtemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous rattrapent et nous marchons enfin de front. Ces motosacoches sont tr&#232;s maniables, font peu de bruit et leur allure peut &#234;tre ramen&#233;e sans inconv&#233;nient &#224; celle d'un cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous traversons &#224; vingt &#224; l'heure la plaine de la Crau, descendons vivement &#224; Mouri&#232;s et, &#224; mi-chemin de Maussanne, notre groupe s'augmente de M.&#160;A., aimable r&#233;tro&#239;ste beaucairois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voila donc huit au meeting annuel d'hiver avec un bel assortiment de machines : 2 motocyclettes, 2 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;3 vitesses directes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 2 r&#233;trodirectes et un tandem &#224; 2 + 2 vitesses directes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le repas &#224; Maussanne fut tr&#232;s gai. La jeune fille de l'h&#244;tel de la vall&#233;e des Baux nous offrit, au dessert, la fougasse de No&#235;l&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis l'on se mit &#224; 14 heures en devoir de grimper aux Baux et de franchir les Alpines, un jeu d'enfant pour nous polymultipli&#233;s qui ne p&#251;mes pourtant pas tenir t&#234;te aux motocyclettes que nous v&#238;mes filer &#224; un train merveilleux. Il ne faut d&#233;cid&#233;ment pas trop calomnier ces petites machinettes. Si l'on n'avait pas constamment &#224; craindre la rupture d'une soupape, de la courroie, de la bougie, un court-circuit intempestif, un desserrage d'&#233;crou, un engorgement du carburateur, r&#233;chauffement ou le grippage du moteur, un tas de petits riens tr&#232;s importants, j'aurais presque envie d'en t&#226;ter. J'en t&#226;te bien, du reste, mais sans emballement. J'ai, en effet, fini par r&#233;aliser les id&#233;es expos&#233;es ici m&#234;me en d&#233;cembre 1900.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai adapt&#233; un petit moteur &#224; ma bicyclette n&#176;&#160;2 &#224; 4 vitesses par axe interm&#233;diaire, et je fais avec cet outil provisoire, agenc&#233; un peu &#224; la diable, du 30 &#224; 35 &#224; l'heure en plaine sans p&#233;daler, du 20 &#224; l'heure &#224; la mont&#233;e de Planfoy en p&#233;dalant. Tout va comme je l'avais pr&#233;vu, c'est-&#224;-dire que :&lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176; Je puis laisser le moteur travailler seul sur une des 4 vitesses interchangeables par d&#233;placement de la cha&#238;ne dont il dispose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176; Je puis p&#233;daler seul avec une des 4 autres vitesses interchangeables en marche dont je dispose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; Nous pouvons, le moteur et moi, travailler ensemble et combiner nos vitesses respectives de fa&#231;on &#224; augmenter le rendement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;&lt;br class='autobr' /&gt;
4&#176; Je puis, sans peine, lancer mon moteur en pleine c&#244;te, le laisser travailler un moment, l'aider, puis l'arr&#234;ter, p&#233;daler seul, enfin le relancer, et ainsi de suite, toujours sans mettre pied &#224; terre, toutes choses que les motocyclistes que je connais ne font pas facilement, surtout &#224; la mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dispositif que j'ai adopt&#233; r&#233;pond donc bien &#224; l'id&#233;e que je m'&#233;tais faite, et je n'en suis pas n&#233;anmoins enchant&#233; &#224; cause de la trop grande facilit&#233; avec laquelle ce petit moteur s'&#233;chauffe. Son fabricant l'a perfectionn&#233; cette ann&#233;e, en le dotant d'une circulation d'eau et d'un allumage par magn&#233;to.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'essaierai ce nouveau mod&#232;le, et si je parviens &#224; teufteufer au moins 4 heures sans arr&#234;t, je me d&#233;clarerai satisfait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais s'il faut s'arr&#234;ter toutes les heures, que gagnerai-je &#224; avoir une bicyclette &#224; moteur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On me conseillera peut-&#234;tre de choisir un autre moteur, ainsi ferai-je certainement avant de jeter le manche apr&#232;s la cogn&#233;e, mais je suis tenu, par la transmission par cha&#238;ne que j'ai adopt&#233;e, &#224; n'employer que des moteurs faibles et &#224; grande vitesse. En attendant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et de l'avis g&#233;n&#233;ral, le plus grand avantage de mon dispositif actuel, c'est qu'il permet de ne pas s'inqui&#233;ter outre mesure des pannes de moteur et de pouvoir p&#233;daler pendant, au besoin, cent kilom&#232;tres, sans presque s'apercevoir qu'on tra&#238;ne un moteur et ses accessoires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on emm&#232;ne 16 kilos de poids inutile et c'est tout, mais comme on a pour cela 4 d&#233;veloppements (ma machine d&#233;finitive en aura m&#234;me cinq, toujours en marche) bien &#233;chelonn&#233;s, on n'en est gu&#232;re g&#234;n&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reviendrai sur ce sujet dans quelque temps, quand j'aurai plac&#233; un bon millier de kilom&#232;tres &#224; l'actif de ma teufteufette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Baux sont toujours pour moi le sujet de longues m&#233;ditations sur l'instabilit&#233; des choses humaines... et sur l'&#233;pouvantable violence du mistral (quand le mistral souffle, ce qui n'est point le cas aujourd'hui)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous jouissons d'un temps merveilleux et nous en profitons pour ascensionner les quartiers les plus &#233;lev&#233;s de la ville... d'autrefois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y a une vue tr&#232;s &#233;tendue sur la Crau et par del&#224;, jusqu'&#224; la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par un bon mistral, il serait de la plus grande imprudence de se hasarder dans les ruines du ch&#226;teau. Pourquoi, en ce si&#232;cle o&#249; l'on s'efforce de tirer parti de tout, n'a-t-on pas encore utilis&#233; la force du vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Autrefois, les moindres &#233;minences &#233;taient surmont&#233;es de moulins &#224; vent. Ruin&#233;s par les grandes minoteries &#224; vapeur, ces moulins ne pourraient-ils pas rena&#238;tre sous forme de producteurs d'&#233;nergie &#233;lectrique emmagasin&#233;e dans des accumulateurs, o&#249; on la retrouverait quand on en aurait besoin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Combien de chevaux-vapeur dans une journ&#233;e de mistral&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sommet des Alpines, au moment o&#249; nous allons jouer de la roue libre, une des motosacoches a un rat et se fait attendre vingt minutes au bas de la c&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'autre motosacoche, celle du docteur R., n'a pas de rat, elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Saint-Gabriel &#224; Arles, elle nous m&#232;ne un train de 35 &#224; l'heure que M.&#160;D. et moi n'arrivons &#224; suivre q&#252;'en y allant d'une su&#233;e que je n'ose qualifier d'hygi&#233;nique tant elle fut excessive. Songez donc qu'il me fallut pendant dix kilom&#232;tres tourner &#224; cent tours avec les six m&#232;tres de mon plus grand d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes manivelles courtes (155 m/ni) m'&#233;taient pour cela tr&#232;s favorables, et j'admirais mon compagnon tournant &#224; 90 tours avec 6m,60 et des manivelles de 180. Entra&#238;n&#233;s dans le sillage de la moto, l'effort &#224; faire sur les p&#233;dales n'&#233;tait pas grand&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'eus m&#234;me pas recours &#224; mes poign&#233;es basses, et si l'on avait chaud, c'&#233;tait &#224; cause de la trop rapide cadence.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'allure se calma un peu en arrivant &#224; Arles, mais nous f&#238;mes notre entr&#233;e sur Les Lices &#224; 30 &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait 16 h. 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre groupe &#233;tait r&#233;duit &#224; une quadrette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trois Marseillais nous avaient quitt&#233;s &#224; Maussanne et M.&#160;A. &#224; Saint-Gabriel. Nous pass&#226;mes la soir&#233;e tr&#232;s agr&#233;ablement, et apr&#232;s avoir beaucoup parl&#233; motocyclette, j'entretins mes amis d'un nouvel outil de locomotion que je compte lancer en 1906 sous le titre : Cent ans apr&#232;s. Ils en rirent beaucoup, mais les quolibets ne me d&#233;sarment pas et la podocyclette viendra, un jour ou l'autre, combler une lacune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, au moment du d&#233;part, M.&#160;T. eut encore quelques difficult&#233;s avec sa motosacoche qui ne voulut pas d&#233;marrer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; celle du docteur partit sans rechigner. Allez donc comprendre quelque chose &#224; ces caprices&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devions nous quitter aux portes de la ville, les deux motosacoches filant droit &#224; Marseille, tandis que M.&#160;D. et moi nous allions &#224; Beaucaire. Nous n'attend&#238;mes donc pas la fin de la querelle entre moteur et motoriste et nous nous souhait&#226;mes r&#233;ciproquement bon voyage. J'ai su depuis qu'&#224; huit heures, &#224; l'heure m&#234;me o&#249; nous entrions &#224; Beaucaire chez M.&#160;A., le moteur avait c&#233;d&#233; et que les 90 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Arles de Marseille avaient &#233;t&#233; d&#233;vor&#233;s en 4 heures. Tout est bien qui finit bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;B , de Tarascon, r&#233;tro&#239;ste aussi mais de l'&#233;cole qui pr&#233;f&#233;r&#233; p&#233;daler en r&#233;tro sur le grand d&#233;veloppement, avait eu l'amabilit&#233; de venir &#224; notre rencontre, et nous &#233;tions encore quatre quand nous quitt&#226;mes Beaucaire &#224; 9 heures, apr&#232;s avoir us&#233; et abus&#233; de l'hospitalit&#233; et des confitures de M.&#160;A.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avouez que dans ces conditions la pratique du cyclotourisme ne manque pas d'agr&#233;ments,quand on trouve &#224; chaque pas de nouveaux compagnons qui remplacent ceux qu'on est forc&#233; de quitter. Cette fois, je suis seul en direct contre trois r&#233;tro&#239;stes, aussi je me garde bien d'agiter la question de sup&#233;riorit&#233; d'un mode de p&#233;dalage sur l'autre, question d'ailleurs insoluble puisqu'elle d&#233;pend du point de vue auquel chacun se place. C'est un peu comme la question de la selle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s que Paul soutient que la selle &#224; coussin genre Christy est meilleure que la selle 4 fils, Pierre se l&#232;ve et d&#233;clare que pour lui rien ne vaut la selle 4 fils la plus vulgaire. Et alors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc en cyclotechnie des points o&#249; la v&#233;rit&#233; n'est pas une et indivisible, et discuter sur ces points-l&#224;, ce serait battre l'eau avec un b&#226;ton.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma derni&#232;re excursion de l'ann&#233;e touche &#224; sa fin. Je veux passer en famille la soir&#233;e de No&#235;l et je dois me h&#226;ter vers les brumes du Nord. Successivement mes compagnons m'abandonnent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand je passe au pied du pont du Gard, majestueux, imposant, mais moins d&#233;coratif que Roquefavour, je n'ai plus &#224; mes c&#244;t&#233;s que M.&#160;A., qui me quitte &#224; son tour &#224; Pouzilbac.&lt;br class='autobr' /&gt; En entrant &#224; Bagnols, j'ai la malchance de passer sur une pointe de hallebarde oubli&#233;e l&#224; par quelque preux revenant des croisades et qui fait &#224; mon pneu arri&#232;re, chambre et enveloppe, une estafilade de 3 centim&#232;tres. Il faut r&#233;parer avec soin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai heureusement de la toile gomm&#233;e, de la dissolution, du caoutchouc, des ciseaux que j'oublierai en partant, car il est &#233;crit que je dois toujours perdre quelque chose au cours d'une excursion : une brosse, une pompe, mon trousseau de clefs, ma montre, quelquefois la moiti&#233; de mon bagage, comme &#224; la Sainte-Baume...&lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#233;pare et je repars dare dare. A la Croisi&#232;re-de-Boll&#232;ne, je consulte ma montre : il est 13 heures, j'ai le temps d'aller prendre le train de retour &#224; Mont&#233;limar &#224; 15 heures et demie. Le temps est plus superbe que jamais. C'est bien la premi&#232;re fois que je passe 4 jours dans le midi sans avoir &#224; souffrir du mistral. Je n'ai fait que 600 kilom&#232;tres, mais j'ai franchi le cap des vingt mille et j'ai pu additionner cette ann&#233;e, &#224; la derni&#232;re page de mon carnet de route, 20.328 kilom&#232;tres du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier &#224; la Saint-Sylvestre. C'est mon record.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon n&#176;&#160;5, qui compte dans ce total pour 1.514 kilom&#232;tres couverts en d&#233;cembre, c'est-&#224;-dire pendant un des plus mauvais mois de l'ann&#233;e, s'est parfaitement comport&#233; au cours de sa premi&#232;re randonn&#233;e, et de telle fa&#231;on que, pour moi, les grandes roues et les grands pignons n'ont plus de raison d'&#234;tre au point de vue du meilleur roulement et du rendement optime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec des roues de 50 centim&#232;tres et un tout petit pignon de 12 dents au pas de 12,7, lequel combin&#233; avec 46 dents au p&#233;dalier me donne mon grand d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres, j'ai pu marcher aux allures habituelles sans plus de difficult&#233;s qu'avec les immenses pignons de 60 et 72 dents que les th&#233;oriciens nous conseill&#232;rent jadis. Je ne note plus aussi exactement qu'au d&#233;but de mes randonn&#233;es l'horaire de mes &#233;tapes-transport, cependant j'ai not&#233; mon temps entre Donz&#232;re et Orange, 38 kilom&#232;tres que j'ai couverts en 1 h. 35, du 24 &#224; l'heure sans le moindre vent. Je n'ai mieux fait avec grands pignons et grands d&#233;veloppements qu'avec vent favorable. Il m'a sembl&#233; pourtant que je tournais &#224; mon maximum et que si j'avais eu le mistral derri&#232;re moi je n'aurais pu en profiter pour activer l'allure en augmentant la cadence, &#224; moins d'en arriver &#224; une d&#233;pense anormale de calories.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc puisque nous pouvons, en r&#233;duisant les diam&#232;tres des roues et des pignons, obtenir plus de l&#233;g&#232;ret&#233;, plus de solidit&#233; et moins d'encombrement sans renoncer &#224; aucun des avantages de nos polycyclettes de tourisme, nous aurions, ce me semble, tort de ne pas le faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La polymoto, que je me pr&#233;pare &#224; &#233;tablir quand mes essais seront termin&#233;s, aura donc des roues de 50 centim&#232;tres et elle fera encore avec &#231;a du 45, peut &#234;tre du 50 &#224; l'heure quand j'aiderai le moteur avec un grand d&#233;veloppement .&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais pas fini d'&#233;crire ces quelques lignes en faveur des roues de 75 centim&#232;tres que je recevais, par l'obligeance d'un vieil abonn&#233; du Cycliste, un r&#233;cent article des Sports en faveur des roues de 70 centim&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quand je vous le disais qu'en fait de cyclotechnie nous &#233;tions encore loin de nous entendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/moton1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH792/moton1-3f5d2.jpg?1788126846' width='500' height='792' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-219 '&gt;&lt;strong&gt;N&#176;5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-219 '&gt;La bicyclette n&#176;5, 1907
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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