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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>En allant au Puy Mary (1922)</title>
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		<dc:subject>Allagnon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mes occupations ne m'ayant pas permis de suivre de bout en bout les cinq &#233;preuves sur route de la Semaine d'Auvergne, je tenais cependant &#224; me rendre compte, de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;visu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de la fa&#231;on dont les machines et leurs pilotes se comporteraient dans les passages les plus durs de l'itin&#233;raire. &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Allier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot145" rel="tag"&gt;Allagnon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;En allant au Puy Mary&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, V&#233;locio, Le Cycliste, septembre-octobre 1922,	p. 82-91, Archives d&#233;partementales de la Loire cote	PER1328_13&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes occupations ne m'ayant pas permis de suivre de bout en bout les cinq &#233;preuves sur route de la Semaine d'Auvergne, je tenais cependant &#224; me rendre compte, de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;visu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de la fa&#231;on dont les machines et leurs pilotes se comporteraient dans les passages les plus durs de l'itin&#233;raire. La journ&#233;e du 6&#160;juillet, pendant laquelle les concurrents devaient aller d'Aurillac au pas de Peyrol (ait. 1.582 m.), par Salers, me parut la plus dure et je m'arrangeai pour assister au passage de ce col que le puy Mary domine &#224; peine de 150 m&#232;tres. J'y &#233;tais d&#233;j&#224; all&#233; en 1911 avec mon compagnon fid&#232;le, Ch..., &#224; l'occasion d'une excursion dans le massif central, de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;A. C.&lt;/span&gt; P., que nous rencontr&#226;mes &#224; Saint-Cernin. C'&#233;tait le bon temps, on &#233;tait jeune alors et le lourd manteau d'angoisse de la terrible guerre, qui nous &#233;crase aujourd'hui, ne pesait pas sur nos &#233;paules.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partais seul cette fois et je r&#233;solus de suivre le m&#234;me itin&#233;raire qu'il y a onze ans, afin de constater l'influence de ce laps de temps sur mon rendement. Cet itin&#233;raire est d'ailleurs le plus court et permet &#224; de bons randonneurs d'aller de Saint-Etienne &#224; Murat en une demi-&#233;tape, tandis que par Le Puy et les monts de la Margeride il faut compter une bonne journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5&#160;juillet, je me mis donc en route &#224; 5 h., apr&#232;s avoir tr&#232;s soigneusement mis au point ma l&#233;g&#232;re randonneuse, sur laquelle j'essayai &#224; cette occasion un nouveau mode d'attache de roue libre au moyeu. Tous les cyclistes savent combien il est difficile de d&#233;visser une roue libre bloqu&#233;e par des milliers de coups de p&#233;dale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est rare que, ce faisant, on ne d&#233;t&#233;riore pas irr&#233;m&#233;diablement la noix de ladite roue libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des constructeurs, ont, &#224; toute &#233;poque, tent&#233; de fixer roues libres et m&#234;me pignons serves par d'autres moyens que le simple vissage. Il y a quelques ann&#233;es, l'Hirondelle reprit une id&#233;e mise en pratique d&#232;s 1889, en Angleterre, par Abingdon, et, rempla&#231;ant la partie filet&#233;e du moyeu par un huit pans, embo&#238;ta sa roue libre l&#224;-dessus &#224; frottement doux et l'y maint&#238;nt par un contre-&#233;crou. Mais ce dispositif n&#233;cessite un moyeu sp&#233;cial et une roue libre de grand diam&#232;tre, l'usage ayant d&#233;montr&#233; que les ar&#234;tes octogonales devaient &#234;tre assez accentu&#233;es sous peine d'&#234;tre rapidement effac&#233;es, au point de ne plus retenir suffisamment la roue libre et de la m&#233;tamorphoser en roue folle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce dispositif n'&#233;tait, en outre pas applicable sur tous les moyeux et l'on h&#233;siterait a bon droit, pour jouir de l'avantage d'une roue libre ais&#233;ment d&#233;tachable, &#224; faire d&#233;monter et remonter une roue et &#224; troquer un moyeu dont on conna&#238;t le roulement contre un moyeu dont le roulement est ou peut &#234;tre douteux. J'avais donc d&#233;j&#224; r&#233;ussi &#224; fixer sur n'importe quel moyeu une roue libre de 18 dents au moyen de deux ou trois goujons de 3 millim&#232;tres, log&#233;s entre la noix et une rondelle filet&#233;e sur le moyeu m&#234;me, moiti&#233; dans l'une, moiti&#233; dans l'autre, comme qui dirait entre cuir et chair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un contre-&#233;crou emp&#234;chant la noix et les galets de s'esquiver. Cette solution est bonne et pratique et j'ai fait avec cela de longues et dures mont&#233;es sans inconv&#233;nient, apr&#232;s quoi je d&#233;tachais ma roue libre aussi ais&#233;ment qu'on cueille une fleur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne lui manque que d'&#234;tre adopt&#233;e par quelque constructeur d'importance mais les gros brasseurs du cyclone s'int&#233;ressent pas &#224; d'aussi minimes d&#233;tails de construction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois, sur ma randonneuse, j'essayais un autre moyeu auquel j'avais &#233;t&#233; conduit quelques jours auparavant par la n&#233;cessit&#233;. En voulant d&#233;visser &#224; coups de marteau la roue libre de ma petite vitesse, on avait fait sauter en m&#234;me temps un manchon filet&#233; qui n'&#233;tait lui-m&#234;me fix&#233; sur le corps du moyeu que par un peu de soudure apr&#232;s emmanchage de force. Ce proc&#233;d&#233;, que l'on emploie avec les moyeux emboutis, para&#238;t pr&#233;caire, mais est n&#233;anmoins suffisant tant qu'on ne brutalise pas son pignon. Je me trouvais donc en pr&#233;sence d'un tube lisse sur lequel il s'agissait de faire tenir une roue libre et trop mince pour supporter un filetage. J'ajustai &#224; frottement doux la noix de ma roue libre &#224; travers laquelle je per&#231;ai deux trous de 3 millim&#232;tres tangents au tube et deux autres trous dans la joue du moyeu et je reliai par deux clous deux vulgaires clous de menuisier, noix et joue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le contre-&#233;crou du moyeu emp&#234;cha clous et roue libre de s'en aller et c'est moi qui pus m'en aller gr&#226;ce &#224; ce moyen de fortune qui ne vaut pas le pr&#233;c&#233;dent mais qui m'a permis d'aller au puy Mary, d'en revenir et de grimper depuis tous les jours aux grands bois. Un des clous s'est un peu tordu et l&#232;ve son moignon au ciel comme pour protester contre le barbare traitement qu'on lui fait subir &#224; chaque coup de p&#233;dale, mais l'autre n'a pas d&#233;vi&#233; d'une ligne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en conclus qu'il n'y en a qu'un qui travaille s&#233;rieusement, ainsi que cela se passe d'ailleurs dans tous les embrayages et dans toutes les roues libres o&#249; jamais ne travaillent ensemble, contrairement &#224; ce que bien des cyclistes pensent, dents, billes cliquets ou galets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quel que soit leur nombre, il n'y en a jamais qu'un qui supporte l'effort, les autres se tenant toujours pr&#234;ts &#224; le seconder s'il fl&#233;chit tant soit peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc bien des moyens de fixer une roue libre sur un moyeu, de telle fa&#231;on qu'on puisse ais&#233;ment l'en d&#233;tacher et ce point particulier de construction pourrait &#234;tre mis en vedette dans un futur concours&#160;: d&#233;couvrir un moyen de fixation &#224; un moyeu quelconque d'une roue libre de 16 dents au pas 12,7, tel qu'on puisse l'enlever et la remettre en place, avec les moyens du bord, en moins de trois minutes, apr&#232;s huit jours de tourisme en montagne. Je ne crois pas que le simple vissage actuel, si gai soit-il, apr&#232;s le bloquage &#233;nergique d'un long p&#233;dalage &#224; forte pression puisse remplir la condition impos&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces r&#233;flexions que je fais en cours de route ne m'emp&#234;chent pas de p&#233;daler et je me trouve &#224; 6 heures au del&#224; du Pertuiset, en pleine rampe de Saint-Maurice-en-Gourgois, admirant une fois de plus ce site incomparable. A 150 m&#232;tres au-dessous de moi, la Loire se glisse, sinueuse, entre des montagnes qui ne seront bient&#244;t plus que des collines, car elle n'est plus ici bien loin de la plaine du Forez, mais qui, s'&#233;tageant en amont, finissent par s'&#233;lever &#224; une altitude imposante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de riants villages, de blanches maisons se d&#233;tachent en clair sur le vert sombre des prairies et des pin&#232;des et la vue s'&#233;tend d'autant plus loin que l'on monte davantage, jusqu'&#224; ce qu'une brusque d&#233;viation de la route vous emm&#232;ne sur le plateau de Saint-Maurice. La rampe est assez dure par moments et je ne trouve pas mon 3 m. 40 trop petit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que sera-ce donc quand il me faudra avec cela (car je n'ai pas de plus faible d&#233;veloppement) gravir les flancs du puy Mary&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plateau d&#233;sert, je file assez vite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps est &#224; l'orage et quand le soleil se montre par intervalles il est d&#233;j&#224; piquant&#160;: le sol est sem&#233; de cailloux roulants et de t&#234;tes de chat que j'&#233;vite autant que possible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes pneus souples de 35mm n'y r&#233;sisteraient pas longtemps&#160;: par contre, ni trous, ni orni&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les autos qui vont &#224; la Chaise-Dieu pr&#233;f&#232;rent suivre la grande route par Saint-Bonnet-le-Ch&#226;teau et Usson, que je ne rejoins qu'apr&#232;s Saint-Pal-de-Chalancon et qui est, d'ailleurs, tr&#232;s bien entretenue et tr&#232;s roulante en ce moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;gringolais, &#224; la vitesse limite, sur Pon-tempeyrat quand l'orage &#233;clate sur le massif de Pierre-sur-Haute dont je ne suis pas tr&#232;s &#233;loign&#233; &#224; vol d'oiseau. Le ciel s'obscurcit, le tonnerre gronde et quelques gouttes de pluie m'atteignent, mais j'en serai cette fois quitte pour la peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne passe jamais &#224; Pontempeyrat sans me rem&#233;morer mon premier essai de cyclotourisme. C'&#233;tait en septembre 1881&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous &#233;tions partis deux la veille au soir de Saint-&#201;tienne et nous &#233;tions venus coucher &#224; Saint-Bonnet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions ensuite fait la descente sur Pontempeyrat, que j'avais jug&#233;e effroyable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle l'&#233;tait assur&#233;ment avec les outils rudimentaires dont nous nous servions en ce temps-l&#224;&#160;: bicycles en fer forg&#233; dont la roue motrice et directrice de 125 centim&#232;tres de diam&#232;tre roulait sur des coussinets lisses avec tant de jeu que le bandage en caoutchouc plein carr&#233;, coll&#233; et clou&#233; sur la jante plate en fer, venait frotter parfois contre la fourche. J'avais appris au printemps &#224; me tenir en &#233;quilibre sur un v&#233;lo Michaux et je m'&#233;tais offert pour 200 francs ce mis&#233;rable clou d'occasion.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-Bonnet nous avions pu, en faisant bien entendu &#224; pied toutes les mont&#233;es, &#234;tre &#224; Craponne &#224; 9 heures pour le petit d&#233;jeuner, puis &#224; la Chaise-Dieu &#224; midi et nous ne nous &#233;tions arr&#234;t&#233;s le soir qu'&#224; Olliergues, &#224; cent kilom&#232;tres environ de notre point de d&#233;part, ce dont nous ne f&#251;mes pas peu fiers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le lendemain, nous nous content&#226;mes d'aller &#224; Pont-de-Dore prendre le train du retour, nous aurions pu &#224; cette &#233;poque &#234;tre bien mieux outill&#233;s, car les Anglais avaient d&#233;j&#224; amen&#233; le grand bi &#224; un degr&#233; de perfection qu'il ne d&#233;passa pas pendant les quelques ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent l'av&#232;nement de la bicyclette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous &#233;tions alors bien loin du Saint-Etienne centre de l'industrie cycliste que nous voyons aujourd'hui et personne ne nous tenait au courant des progr&#232;s r&#233;alis&#233;s &#224; Coventry. Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait encore dans les limbes. Tous les d&#233;tails de cette premi&#232;re excursion me sont rest&#233;s dans la m&#233;moire et je me souviens aujourd'hui d'un assez long arr&#234;t que nous f&#238;mes sur les bords de l'Ance, avant de pousser nos instruments de torture, &#224; bout de bras, jusqu'&#224; Craponne, sous un soleil d&#233;j&#224; chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui &#8212; ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que les temps sont chang&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; le temps est frais, j'ai ce qu'on peut avoir de mieux en fait de machine et je grimpe sans effort &#224; 12 &#224; l'heure, si bien qu'&#224; 8 h. 45 je m'assieds &#224; l'entr&#233;e de Craponne devant un copieux caf&#233; au lait avec beurre et pain exquis, co&#251;t 2 fr. 25&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et ce n'&#233;tait pas trop cher, tant je fis honneur &#224; ce substantiel menu qui allait me conduire &#224; 80 kilom&#232;tres de l&#224; jusque sur les bords de l'Allagnon.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 9 heures et quart, de nouveau sur la route, je me h&#226;te vers la Chaise-Dieu, mais le vent qui m'est contraire depuis le matin devient assez violent pour m'obliger &#224; baisser d'un cran mes d&#233;veloppements et &#224; me contenter de 5 m. 25 et de 4 m&#232;tres l&#224; o&#249; j'aurais pu prendre respectivement 7 m&#232;tres et 5 m. 25. On s'obstine quelquefois &#224; conserver sur tel tron&#231;on de route connu le d&#233;veloppement habituel, sans se rendre compte d'un surcro&#238;t de r&#233;sistance d&#251; au vent ou &#224; un sol moins roulant et l'on arrive ainsi inconsciemment &#224; se fatiguer plus que de raison&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de telles erreurs ne sont permises qu'&#224; des d&#233;butants et j'ai bien souvent recommand&#233; de toujours s'efforcer de savoir contre lequel de nos ennemis nous avons &#224; lutter afin de nous armer en cons&#233;quence et de ne pas nous laisser d&#233;moraliser par une lutte contre une r&#233;sistance sournoise que nous d&#233;couvrons trop tard alors que nous sommes presque &#224; bout. Cette r&#233;sistance vient quelquefois de la bicyclette elle-m&#234;me. Il n'y a pas tr&#232;s longtemps, je p&#233;dalais gaillardement sur mon 7 m&#232;tres, &#224; une descente douce, vent favorable, quand je fus oblig&#233; de donner un bon coup de frein qui me fit &#233;viter un chien, et je me remis &#224; rep&#233;daler gaillardement sans me douter que ce coup de frein avait d&#233;clanch&#233; une de ces r&#233;sistances sournoises contre lesquelles je vous mets en garde&#160;: ma poign&#233;e de frein trop serr&#233;e avait jou&#233; le r&#244;le d'une poign&#233;e autoloc et les patins &#233;taient rest&#233;s en contact avec la jante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'en doutais pas, sinon, ou j'aurais remis mon frein en bon &#233;tat ou, si je ne l'avais pu faute d'outils, j'aurais abaiss&#233; mon d&#233;veloppement et je ne me serais pas fatigu&#233; plus que n&#233;cessaire. D'autres fois la r&#233;sistance suppl&#233;mentaire vient de l'estomac&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne s'en aper&#231;oit que lorsque les jambes cotonnent, trop tard pour que l'abaissement du d&#233;veloppement puisse vous porter secours. En th&#232;se g&#233;n&#233;rale, quand approche l'heure prandiale, on gagne toujours &#224; prendre une plus petite multiplication, car on est &#224; ce moment-l&#224; d&#233;j&#224; loin du repas pr&#233;c&#233;dent et par cons&#233;quent plus ou moins vid&#233;. Les tr&#232;s grands d&#233;veloppements, j'entends de 7 &#224; 8 m&#232;tres, sont en somme plus agr&#233;ables qu'utiles et il ne faut pas en abuser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques kilom&#232;tres avant la Chaise-Dieu, la route change d'orientation et de contraire le vent devient favorable, &#224; moi mon 7 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sans effort, je tourne &#224; 80/90 tours, le sol est uni, la descente se joint au vent et le 35 &#224; l'heure ne me p&#232;se gu&#232;re. Le temps se met au beau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la force du vent nous pr&#233;servera de la pluie pour la journ&#233;e. Je travers la Chaise-Dieu &#224; 10 h. 1/2 et avant de me lancer &#224; la descente je m'assure que mes freins fonctionnent bien, car avec ce vent dans le dos ils vont &#234;tre &#224; l'ouvrage jusqu'&#224; Brioude.&lt;br class='autobr' /&gt;
On domine de l&#224;-haut une tr&#232;s grande &#233;tendue de prairies et de bois qui, de collines en collines descendent jusqu'&#224; une ligne impr&#233;cise pour mes faibles yeux mais qui doit &#234;tre limit&#233;e par la vall&#233;e de l'Allier, au del&#224; de laquelle l'horizon se rel&#232;ve avec les monts de la Margeride et du Cantal. Je ne puis du reste pas contempler longtemps le paysage, le sol caillouteux et les orni&#232;res appelant mon attention &#224; chaque instant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; parfois un lacet me ram&#232;ne contre le vent et je suis forc&#233; de p&#233;daler, puis le vent me reprend et me pousse &#224; 30 &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici &#224; une bifurcation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y trouve un cycliste qui me dissuade de passer par Champagnac et me recommande la route de Sistri&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je connais les deux et je n'ai pas de pr&#233;f&#233;rence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me laisse donc ais&#233;ment convaincre. Par Sistri&#232;res, on &#233;vite une contre-pente assez dure et l'on traverse des coins tr&#232;s pittoresques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la distance est &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me mais, si le vent avait souffl&#233; du nord ce jour-l&#224;, j'aurais pest&#233; contre mon conseilleur pendant les quelque dix kilom&#232;tres que l'on est oblig&#233; de faire dans la vall&#233;e pour gagner le pont de Brioude et qui me parurent longs m&#234;me avec bon vent parce que je m'&#233;tais mis dans l'esprit que, de la Chaise-Dieu &#224; Brioude. il n'y avait que 32 kilom&#232;tres alors qu'il y en a r&#233;ellement 42. Il ne faut jamais commettre d'erreurs de ce genre quand on est press&#233; et surtout quand l'estomac commence &#224; r&#233;clamer. Aussi &#233;tais-je un peu vex&#233;, en entrant &#224; Brioude &#224; midi, de constater que je n'avais march&#233; qu'&#224; 20 &#224; l'heure depuis la Chaise-Dieu, alors que j'estimais avoir tenu, m&#234;me en palier, une allure bien sup&#233;rieure. En fait, ma moyenne avait &#233;t&#233; de 27 &#224; l'heure, ce qui &#233;tait normal.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais d&#251; d&#233;jeuner &#224; Brioude, mais je m'&#233;tais promis de ne me mettre &#224; table que sur les bords de l'Allagnon et les derniers vingt kilom&#232;tres par Saint-Bauzire me furent p&#233;nibles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autant plus que la chaleur &#233;tait devenue tropicale, au point de m'obliger &#224; me couvrir le cr&#226;ne d'un mouchoir mouill&#233;. En quittant la ville, la route s'&#233;l&#232;ve d'abord assez longtemps, puis se succ&#232;dent quelques montagnes russes et enfin une bonne descente de 5 ou 6 kilom&#232;tres aboutit &#224; Grenier-Montgron, dans la vall&#233;e de l'Allagnon. Mont&#233;es et descentes ne sont pas dures et le sol est excellent, pas de mauvais virages, pas de circulation&#160;: quand tout va bien, on peut n&#233;gocier en une heure, dans un sens comme dans l'autre, ces 20 kilom&#232;tres, mais tout n'allait pas tr&#232;s bien pour moi &#224; ce moment-l&#224; et il me fallut une heure et demie pour arriver &#224; une modeste auberge o&#249; je pusse me restaurer. Il n'&#233;tait que temps, la fringale &#233;tait &#224; ma porte et la chaleur devenait d&#233;primante. N&#233;anmoins, j'avais pu appr&#233;cier &#224; sa valeur le paysage frais et verdoyant o&#249; les geais et les pies et autres oiseaux de ce genre semblent &#234;tre chez eux, qui caract&#233;rise ce passage entre les vall&#233;es de l'Allier et de l'Allagnon. En 1911, nous avions pass&#233; l&#224; en pleine nuit et nous n'avions pu constater qu'une chose, que toute cette r&#233;gion paraissait inhabit&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous &#233;tions partis &#224; midi, et demi de Saint-&#201;tienne et nous arriv&#226;mes &#224; Massiac &#224; 21 h. 1/2. Parti aujourd'hui &#224; 5 h., j'arrive &#224; Grenier, &#224; 4 kilom&#232;tres de Massiac, &#224; 13 h. 1/2&#160;: je n'ai donc pas encore &#224; me plaindre du poids des ans et la formule, ni vin, ni viande, ni tabac a du bon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas qu'elle augmente la force des muscles et la puissance de l'effort, mais il m'appara&#238;t, aussi clair que 2 et 2 font 4, que l'endurance de l'organisme, la continuit&#233; de l'effort pendant des heures et des heures, des ann&#233;es et des ann&#233;es, sans diminution sensible du travail produit, en sont la cons&#233;quence imm&#233;diate. Le muscle n'est pas infect&#233;, ou il l'est beaucoup moins, d&#232;s qu'on s'abstient de le charger de sucs morbides que le vin, la viande et le tabac distillent dans le sang d'o&#249; ils passent dans tout le corps. Nous absorbons, sans le vouloir et sans le savoir, assez de poisons solides, liquides et gazeux. pour au moins rejeter de notre alimentation avant d'y &#234;tre condamn&#233; par la docte mais trop indulgente Facult&#233;, ces soi-disant aliments qui nous soutiennent &#224; peu pr&#232;s comme la corde soutient le pendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
De quel travail musculaire un peu vif et soutenu, sont capables la plupart des hommes d'aujourd'hui, d&#232;s qu'ils ont franchi le cap de la soixantaine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et comment expliquer les causes de leur d&#233;ch&#233;ance autrement que par leur fa&#231;on de vivre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Plus nous allons, plus nous vivons contrairement aux indications de la nature, dans une agitation continuelle, une surexcitation nerveuse pathologique qu'aggrave chaque pas en avant de la civilisation cr&#233;atrice de besoins factices dont la satisfaction ne s'obtient qu'au d&#233;triment de la sant&#233;. Or, qu'avons-nous de plus pr&#233;cieux que la sant&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Rien. Nous le savons, nous le r&#233;p&#233;tons tous les jours aux enfants, et sit&#244;t que nous avons &#226;ge d'homme nous nous h&#226;tons de faire tout ce qu'il faut pour la perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai eu bien le temps d'&#233;piloguer sur cet in&#233;puisable sujet au cours des 150 kilom&#232;tres qui m'ont amen&#233; devant l'omelette, le morceau de fromage et quelques fruits dont la d&#233;glutition lente apr&#232;s ensalivation prolong&#233;e, suivant mon habitude, me retient jusqu'&#224; 15 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je m'&#233;loigne de Grenier, le soleil frappe sur mon cr&#226;ne avec une ardeur &#224; laquelle je fais momentan&#233;ment &#233;chec en p&#233;dalant sous une ombreuse alli&#233;e de tilleuls dont les fleurs jonchent le sol et embaument l'air&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela ne dure malheureusement pas et j'arrive &#224; Massiac, assomm&#233; par la temp&#233;rature s&#233;n&#233;galienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'y fais servir &#224; l'ombre une tasse de caf&#233; que j'arrose de beaucoup d'eau. Pendant ce temps, ma randonneuse attire les curieux et j'entends vaguement les exclamations et les explications bizarres des connaisseurs devant les deux cha&#238;nes dont l'une pend presque jusqu'&#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'ai pas le courage de sortir de mon assoupissement pour satisfaire leur curiosit&#233;, mais &#224; 16 heures je me d&#233;cide &#224; partir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je franchis un pont et je m'engage &#224; gauche sur une route large, roulante et qui monte assez pour que, ne voulant pas me fatiguer, je prenne mon 3 m 40&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je sais d'ailleurs que cela ne durera pas car je me souviens que la route qui remonte l'Allagnon est &#224; peu pr&#232;s plate. La r&#233;sistance de la p&#233;dale est faible et je grimpe toujours, somnolent, presque toujours &#224; l'ombre de la montagne et jouissant constamment d'une tr&#232;s jolie vue sur un vallon o&#249; je crois voir couler l'Allagnon et courir la voie ferr&#233;e. Or, apr&#232;s cinq kilom&#232;tres de ce travail, au moment d'aborder la descente, je m'aper&#231;ois &#224; une borne qu'au lieu d'aller &#224; Murat je vais &#224; Saint-Flour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Et moi qui comptais aller coucher &#224; Dienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Me voil&#224; loin de compte. Tout au plus pourrai-je atteindre Murat. Il ne faut pas s'en faire, encore moins r&#233;criminer. Je plante l&#224; ma bicyclette, m'&#233;tends sous un arbre et je fais une sieste de 30 minutes qui me ragaillardit d'une fa&#231;on extraordinaire. Apr&#232;s un dernier regard sur le paysage qui est vraiment tr&#232;s beau, car je suis l&#224; en face des hauts sommets de la Margeride sur lesquels passe la route de Saint-Flour au Puy que nous suiv&#238;mes au retour en 1911, je me laisse descendre &#224; Massiac o&#249; je rentre dans mon itin&#233;raire. Un peu avant Molompize, dans un bief o&#249; l'eau claire coule sur de jolis galets, je prends un bain de jambes et m'ablutionne abondamment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bornes m'apprennent que Murat n'est plus bien loin, 19, 18, 17 kilom&#232;tres, mais le vent continue &#224; &#234;tre contraire, je ne tiens pas essentiellement &#224; coucher &#224; Murat dont les h&#244;tels m'ont laiss&#233; de mauvais souvenirs, de sorte qu'&#224; 19 heures &#224; la borne 10 je bifurque sur Neussargues o&#249; les h&#244;tels ne doivent pas manquer, je suppose, puisqu'il y a l&#224; un n&#339;ud de voies ferr&#233;es important. Je trouve tout d'abord un village des plus primitifs, des huttes plut&#244;t que des maisons et rien qui ressemble &#224; un palace moderne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai m&#234;me quelque peine &#224; d&#233;couvrir un indig&#232;ne qui me dirige sur Neussargues-gare &#224; un kilom&#232;tre de l&#224;. J'y descends &#224; l'h&#244;tel Rodier si je ne me trompe (le premier &#224; gauche) o&#249; le menu fut assez abondant pour qu'un v&#233;g&#233;tarien y trouv&#226;t de quoi satisfaire son app&#233;tit et ses principes. Jugez-en&#160;: potage aux l&#233;gumes, omelette, truite, haricots verts, caneton, salade, fromage et fruits. Je d&#238;nai &#224; c&#244;t&#233; de joyeux voyageurs de commerce qui m'&#233;vit&#232;rent la honte de ne pas vider mon demi-litre de pinard, ce qui m'aurait certainement d&#233;consid&#233;r&#233; aux yeux du ma&#238;tre de c&#233;ans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une excellente tasse de tilleul tr&#232;s parfum&#233;, une chambre tr&#232;s a&#233;r&#233;e, tr&#232;s propre et un bon lit. Que me fallait-il de plus apr&#232;s une journ&#233;e bien remplie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le tout me co&#251;ta 12 francs, c'est pour rien par le temps qui court.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais maintenant &#224; pied d'&#339;uvre, &#224; 35 km. &#224; peine du puy Mary o&#249; je voulais voir passer les routiers dont le travail se terminait l&#224;, le reste de l'&#233;tape n'&#233;tant qu'une descente continue coup&#233;e de l'insignifiante mont&#233;e du Lioran. Je pris &#224; Murat le petit d&#233;jeuner a l'h&#244;tel des Messageries o&#249; l'avant-veille avait &#233;t&#233; tenu le contr&#244;le et o&#249; j'esp&#233;rais obtenir quelques d&#233;tails&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce passage des coureurs &#8212; le concours n'&#233;tait pour le public qu'une course &#8212; n'avait pas attir&#233; beaucoup l'attention et je n'appris rien d'int&#233;ressant. Je me mis donc &#224; grimper tranquillement sur mon 3 m. 40 qui, &#231;&#224; et l&#224;, dans Murat m&#234;me, o&#249; l'on me dirigeait toujours par les raccourcis les plus directs, me parut souvent trop grand. Je m'appliquais alors &#224; p&#233;daler bien rond en pensant aux deux clous qui tenaient ma roue libre et que je voulais m&#233;nager. On apercevait d&#233;j&#224; au loin des bandes de neige plaqu&#233;es au flanc des puys Mary et autres. Le ciel restait couvert, le vent devenait aigre, le temps se g&#226;tait visiblement et la temp&#233;rature ne ressemblait en rien &#224; celle de la veille. La montagne ne tarde pas &#224; prendre des allures d'alpe en miniature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de grands &#233;boulements dont les parois se sont rev&#234;tues d'herbe rase, des rochers d&#233;nud&#233;s, pas de for&#234;ts, des fissures profondes par lesquelles s'&#233;coulent des filets d'eau nourris maigrement par quelques tas de neige oubli&#233;s dans des creux que les rayons du soleil ont peine &#224; atteindre. C'est en tout petit Je spectacle que pr&#233;sentent les Alpes et les Pyr&#233;n&#233;es, et qu'on ne voit ni dans les Vosges, ni dans nos C&#233;vennes o&#249; tous les sommets sont couverts, de for&#234;ts ou de gras p&#226;turages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois kilom&#232;tres de descente rapide me font bient&#244;t retomber de 1.210 m&#232;tres &#224; 1.050 et je franchis &#224; Dienne le ruisseau qui descend en droite ligne du puy Mary. D'abord presque en palier, la route ne tarde pas &#224; accentuer son pourcentage et le vent sa violence, de sorte qu'il faut en mettre pour avancer &#224; 8/10 &#224; l'heure. J'arrivais ainsi, pas bien vite, au refuge, quand j'ai le grand plaisir de rencontrer l'ami Chevalier, venu de Bordeaux avec un de ses disciples pour prendre contact avec le concours auquel il avait failli participer avec sa 6 vitesses par moyeu 3 vitesses et flottante Chelloise dont il se sert ainsi que son compagnon avec une maestria remarquable. Je m'attendais &#224; trouver beaucoup de monde, et, en 1902. plus de cent cyclistes auraient &#233;t&#233; l&#224;, tant, &#224; cette &#233;poque, ce premier concours de bicyclettes de voyage avait &#233;t&#233; attendu et suivi avec int&#233;r&#234;t. Or, nous &#233;tions bien en tout une demi-douzaine. A quoi tient cette indiff&#233;rence des cyclotouristes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ne serait-ce pas &#224; ce qu'on soup&#231;onne, chez les dirigeants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., le d&#233;sir de faire triompher co&#251;te que co&#251;te, des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, de r&#233;compenser, quoi qu'il advienne, tels et tels syst&#232;mes qui semblent pr&#233;f&#233;rables &#224; quelques-uns, mais qui sont indiff&#233;rents au grand public. Celui-ci aimerait que le champ f&#251;t ouvert &#224; n'importe quels syst&#232;mes, &#224; n'importe quelles machines pouvant servir au cyclotourisme. Du moment o&#249; vous excluez les mono et les bimultipli&#233;es, c'est donc que vous craignez d'&#234;tre forc&#233;s d'en reconna&#238;tre la sup&#233;riorit&#233; sur les routes du cyclotourisme qu'il vous est loisible pourtant de choisir assez longues et assez accident&#233;es pour que s'&#233;liminent d'elles-m&#234;mes les bicyclettes impropres &#224; ce service. J'ai entendu tenir ce raisonnement et je n'ai rien trouv&#233; &#224; r&#233;pondre, si ce n'est que les concours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; n'&#233;taient actuellement dirig&#233;s que vers le perfectionnement de certains d&#233;tails, de certains accessoires de nos machines, mais que, au grand concours d&#233;finitif qui aura lieu un jour, tous les outils propres &#224; nous v&#233;hiculer par nos propres moyens seront admis &#224; concourir entre eux. Les concours actuels ne sont donc que des &#233;tapes pr&#233;liminaires. Il est manifeste que celui d'Auvergne a simplement voulu mettre en vedette les d&#233;railleurs, afin de faire comprendre au public que le fait, pour une cha&#238;ne, de grimper sur des pignons au grand dam de ses flasques et de ses rivets, puis de tirer obliquement sur au moins la moiti&#233; des 4, 6 ou 8 d&#233;veloppements que comportent la plupart des d&#233;railleurs, que tous ces d&#233;fauts, dis-je, d'un dispositif que les juges des premiers concours de 1902 et de 1905 n'auraient pas voulu m&#234;me examiner, qu'ils auraient m&#233;pris&#233; comme antim&#233;canique au premier chef, n'emp&#234;chaient pourtant pas les bicyclettes qui en &#233;taient munies de se comporter merveilleusement sur toutes les routes si dures soient-elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette intention secr&#232;te, peut-&#234;tre m&#234;me inconsciente, du dernier jury d'examen &#233;tait cependant si formelle que le malheureux pignon extensible de Pernot sur lequel la cha&#238;ne ne d&#233;raille pas, ne fatigue par cons&#233;quent ni ses rivets, ni ses flasques anormalement et ne peut &#234;tre qualifi&#233;e d'antim&#233;canique, a &#233;t&#233; conspu&#233;e de la belle fa&#231;on quoiqu'il se f&#251;t tr&#232;s bien comport&#233; au cours de l'&#233;preuve sur route et que les moyeux anglais &#224; 3 vitesses, qui s'&#233;taient &#233;galement tr&#232;s bien comport&#233;s, ont joui &#224; peu pr&#232;s du m&#234;me traitement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais pour eux du moins, la faute en est manifestement &#224; Lloyd Georges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'efforce &#224; d&#233;couvrir les motifs pour lesquels les cyclistes susceptibles de devenir des cyclotouristes &#8212; car il y en a encore beaucoup quoi qu'on en dise ne s'int&#233;ressent pas aux concours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; autant qu'au Tour de France et pourquoi l'id&#233;e que la bicyclette des Tour-de-France est la meilleure, m&#234;me pour cyclotourister, se propage de plus en plus dans tous les milieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment, les Tour-de-France se sont depuis quelques ann&#233;es rapproch&#233;s de nous, en polyxant de plus en plus leurs outils, qui ont couramment aujourd'hui 2, 3 et m&#234;me 4 vitesses par syst&#232;me primitif (d&#233;placement de la cha&#238;ne &#224; la main)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est m&#234;me d'ores et d&#233;j&#224; certain que des Belges, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;omnium gal-orum fortissimi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme les consid&#233;rait d&#233;j&#224; C&#233;sar, il y a 2.000 ans, courront l'an prochain avec deux jeux de vitesses en marche, gr&#226;ce &#224; un ing&#233;nieux d&#233;raillement invent&#233; par un St&#233;phanois, mais cela ne suffit pas &#224; expliquer l'engouement de certains cyclotouristes et surtout des n&#233;ocyclistes, pour la bicyclette de course l&#233;g&#232;re, &#224; boyaux minuscules, priv&#233;e de tout confortable et m&#234;me monox&#233;e. Je crois qu'il faut chercher la cause de cette &#233;volution clans la campagne que m&#232;ne depuis longtemps le Docteur Ruffier dans l' &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Auto&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et dans beaucoup de journaux sportifs, en faveur de la l&#233;g&#232;re monox&#233;e et contre la confortable poly dont il raille volontiers la majestueuse lenteur. A force de frapper sur un clou on finit par le faire entrer, surtout quand on sait que la premi&#232;re impression est favorable. Si l'on essaie concurremment sur un terrain convenable une mono l&#233;g&#232;re &#224; boyaux de 28 et une poly &#224; gros pneus, on n'h&#233;site pas un instant, c'est &#224; la mono qu'on donne la pr&#233;f&#233;rence. Que mille cyclistes contre un optent donc pour la premi&#232;re, qu'il y a-t-il d'&#233;tonnant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est le fait de la bouch&#233;e de pain qui, d'abord peu savoureuse, devient, quand on l'avale bien mastiqu&#233;e, excellente, compar&#233;e &#224; la p&#226;tisserie qui, d&#233;lectable en entrant dans la bouche, laiss&#233; un arri&#232;re-go&#251;t d&#233;sagr&#233;able et m&#234;me suspect&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant les enfants et beaucoup de grandes personnes pr&#233;f&#232;rent celle-ci. En g&#233;n&#233;ral dans la vie, on se laisse trop prendre aux apparences&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se jette sur la devanture sans songer &#224; ce qu'il y a derri&#232;re, comme les poissons se pr&#233;cipitent sur l'app&#226;t sans soup&#231;onner l'hame&#231;on. Il s'agit donc de regarder ce qu'il y a r&#233;ellement derri&#232;re la bicyclette Tour-de-France que l'on nous offre pour nos longs voyages par monts et par vaux. Ce qu'il y a, c'est l'&#233;reintement complet, la surfatigue nerveuse et musculaire et l'obligation de s'arr&#234;ter en plein voyage pour faire d'urgence une cure de repos..., &#224; moins que l'on ne soit un athl&#232;te, une fa&#231;on de Belge du Tour de France. Certes, nous serions, nous aussi, enchant&#233;s d'avoir une bicyclette qu'on puisse porter &#224; bras tendu, rapide au d&#233;marrage, solide pour r&#233;sister aux descentes &#224; la vitesse limite et ne nous imposant pas les r&#233;sistances passives d'un changement de vitesse en marche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien souvent depuis trente ans nous sommes all&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
son c&#244;t&#233;, mais nous avons toujours &#233;t&#233; ramen&#233;s je ne dis pas vers la machine inutilement lourde, mais vers la machine confortable &#224; pneus gros mais souples, l&#233;gers et rendant bien, &#224; selle bien suspendue, &#224; guidon permettant de modifier la position des mains, j'ajoute aussi &#224; des p&#233;dales caoutchout&#233;es, enfin et surtout &#224; une bonne gamme de vitesses en marche. Les exp&#233;riences f&#226;cheuses que nous avons faites avec la mono l&#233;g&#232;re, nous voudrions simplement les &#233;viter aux autres, voil&#224; pourquoi nous insistons sur la n&#233;cessit&#233; d'instituer des concours de bicyclettes de voyage moins &#233;troits, plus int&#233;ressants pour le public, ouverts &#224; toutes les machines mues par la force humaine, depuis cette mono l&#233;g&#232;re qu'on nous jette &#224; tout propos dans les jambes jusqu'&#224; la plus compliqu&#233;e et la plus lourde des polyx&#233;es. Pourquoi ne ferait on pas le tour de France de l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Auto&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; par &#233;tapes quotidiennes d'environ 200 kilom&#232;tres, tant&#244;t plus, tant&#244;t moins, selon les difficult&#233;s du terrain, de fa&#231;on &#224; liquider en vingt-cinq jours ces 5.000 kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le malheur est que personne n'est int&#233;ress&#233; &#224; d&#233;penser un sou pour la mise eu faveur aupr&#232;s du public de la bicyclette rationnelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les constructeurs ne demandent qu'&#224; standardiser un type facile &#224; &#233;tablir, facile &#224; vendre &#224; tout le monde, &#224; la campagne comme &#224; la ville. Par les courses sur route ils font &#224; un type unique une vaste r&#233;clame et la foule suit moutonni&#232;re. Les constructeurs de bicyclettes polyx&#233;es et sp&#233;cialis&#233;es sont submerg&#233;s par le flot montant des demandes de machines Tour-de-France et sont sollicit&#233;s par leur propre int&#233;r&#234;t &#224; ne pas perdre trop de temps &#224; satisfaire les loufoqueries, comme disent nos adversaires, des cyclotouristes, encore moins celles des randonneurs st&#233;phanois, qui croient que la bicyclette est faite pour aller loin, vite et longtemps sans fatigue ni pour elle, ni pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tels &#233;taient les propos que nous &#233;changions en attendant, au sommet du col, les premi&#232;res arriv&#233;es. Chevalier avait tenu &#224; me faire grimper l&#224;-haut avec mon 3 m. 40 et je suis sur qu' &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;in petto &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;il s'attendait &#224; voir sauter sous l'effort les deux clous de ma roue libre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'eut pas cette satisfaction, bien que, oblig&#233; par une pointe d'essoufflement (je venais de d&#233;jeuner) a marquer une halte &#224; mi-c&#244;te, je dus ensuite d&#233;marrer dans du 10 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, aggrav&#233; par un sol mou. Il soufflait l&#224;-haut un vent qui vous jetait des pierres &#224; la figure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#251;mes nous d&#233;filer &#224; droite derri&#232;re un mamelon herbeux o&#249; v&#238;nt bient&#244;t nous rejoindre un cycliste parisien que nous avions vu grimper gaillardement derri&#232;re nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre attente ne fut pas longue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait pr&#232;s de 10 h. 1/2 et le d&#233;part ayant &#233;t&#233; donn&#233; &#224; 7 h. &#224; Aurillac, les 70 kilom&#232;tres et 1.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation qu'avaient eu &#224; franchir les concurrents n'exigeaient pas plus de 3 h. 1/2. Notez que P&#233;lissier dans la course du mont Agel (14 km. et 1.100 m. d'&#233;l&#233;vation) qu'il b&#226;cle en 54 minutes fournit un travail &#224; la seconde autrement consid&#233;rable que n'en a produit Grange en venant d'Aurillac au puy Mary en 200 minutes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il le fournit, il est vrai, pendant moins longtemps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais on peut affirmer que s'il avait pris part au concours sur sa machine de course et si son d&#233;veloppement lui avait permis de faire en machine les derniers deux kilom&#232;tres de rampe &#224; 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, il nous aurait fourni une belle d&#233;monstration de la puissance du moteur humain dont le Docteur Ruffier aurait pu faire &#233;tat pour sa propagande en faveur de la l&#233;g&#232;re mono &#224; boyaux de 28&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seulement, tout le monde n'a pas les muscles et le c&#339;ur de P&#233;lissier et c'est ce qu'on oublie. Tout le monde n'a pas non plus les muscles du jeune professionnel st&#233;phanois qui nous apparut tout &#224; coup au virage, fon&#231;ant sur le col avec une vitesse croissante qui prouvait qu'il y avait encore des r&#233;serves dans le moteur. Sa bicyclette, une Royal-Cycle, de Saint-&#201;tienne et son changement de vitesse Chemineau, ne furent certainement pas m&#233;nag&#233;s pas plus &#224; la mont&#233;e qu'&#224; la descente et j'ai &#233;t&#233; &#233;merveill&#233; d'apprendre que cette machine avait accompli les cinq &#233;tapes du concours sans encourir la moindre p&#233;nalisation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourquoi diable alors, se demande le public simpliste, n'a-t-elle pas obtenu le grand prix&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Patience, le rapport nous le dira et nous esp&#233;rons qu'il en fournira de bonnes raisons. Je voudrais que les &#233;preuves d'un concours fussent assez dures et suffisamment prolong&#233;es pour qu'&#224; la fin, l'&#233;tat seul des machines perm&#238;t de les classer, alors le public comprendrait. Voyez ce qui se passe dans le Tour de France&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a pas de machine qui n'arrive plus ou moins d&#233;molie&#160;: fourche, cadre, selle, cha&#238;ne, p&#233;dale, tout a &#233;t&#233; cass&#233; et tant bien que mal r&#233;par&#233; deux fois plut&#244;t qu'une&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est facile alors de reconna&#238;tre la moins mauvaise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Grange eut disparu &#224; 60 &#224; l'heure dans la descente &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, on put supposer pendant 20 minutes qu'il n'y avait pas eu, ce jour-l&#224;, d'autres partants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme le froid devenait p&#233;n&#233;trant et que le brouillard s'&#233;levait, nous redescend&#238;mes au refuge o&#249; arriv&#232;rent presque en m&#234;me temps que nous Lacolle et Lebrun sur Automoto &#224; pignon extensible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces deux coureurs semblaient bien un peu vex&#233;s de se trouver si loin du premier, mais ils avou&#232;rent qu'ayant moins que Grange l'habitude des polyx&#233;es, ils ne savaient peut-&#234;tre pas changer toujours, &#224; propos, de d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est une chose importante, m&#234;me pour un cyclotouriste, que de savoir prendre &#224; propos le d&#233;veloppement qui convient &#224; la r&#233;sistance qu'on a &#224; vaincre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne faut pas se tenir ce raisonnement&#160;: qu'on doit abaisser son d&#233;veloppement seulement quand on ne peut plus pousser sur le grand, comme je le vis faire un jour &#224; la mont&#233;e des grands bois par un futur ing&#233;nieur qui, ayant 6 m., 4 m. et 3 m. &#224; sa disposition, p&#233;dalait sur 6 m&#232;tres pendant les deux premiers kilom&#232;tres &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il prenait alors 4 m.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#8212; j'&#233;prouve ainsi, me disait-il, un v&#233;ritable soulagement et je comprends les avantages de la polyxion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; Il gardait ses 4 m&#232;tres pendant les 4 kilom&#232;tres &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et n'&#233;prouvait le besoin de passer sur 3 m&#232;tres qu'en abordant le dernier kilom&#232;tre &#224; 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Malheureusement, ses muscles ayant &#224; ce moment perdu toute &#233;lasticit&#233;, comme des ressorts que l'on a trop tendus, le brave gar&#231;on &#233;tait incapable d'utiliser sur le palier son grand d&#233;veloppement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il continuait tout doucement sur 3 m&#232;tres parce que, disait-il, ce moindre effort le reposait de la mont&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les th&#233;oriciens ont r&#233;ponse &#224; tout. Nous qui, d&#232;s le pied de la c&#244;te, nous servions de nos petits d&#233;veloppements et qui avions m&#234;me grimp&#233; plus vite, nous prenions alors notre grande vitesse et nous le laissions faire sa cure de repos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on veut aller longtemps et aller vite sans se fatiguer, il faut faire varier le d&#233;veloppement &#224; mesure que varie la r&#233;sistance et ne pas attendre d'&#234;tre r&#233;duit &#224; quia&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est au raisonnement et non &#224; la fatigue qu'on doit ob&#233;ir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les trois professionnels, j'eus le plaisir de voir descendre du col &#224; bonne allure Bouillet, Roche et Gravier, trois de nos bons routiers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le dernier m'avoue qu'il avait d&#251; faire &#224; pied les 2 km. &#224; 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% parce que le plus petit d&#233;veloppement (3 m. 75) de son Chemineau &#233;tait encore trop fort (la marche &#224; pied avait &#233;t&#233; autoris&#233;e sous peine de dix points de p&#233;nalisation)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait estim&#233; pr&#233;f&#233;rable de pousser &#224; pied sa machine &#224; vive allure plut&#244;t que de se reposer tous les 2 ou 300 m&#232;tres, ainsi que firent quelques concurrents qui allaient ainsi bien moins vite qu'&#224; pied. Bouillet et Roche, tenants de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;R. P. F.&lt;/span&gt; et de l'As, avaient eu soin d'aller pr&#233;alablement reconna&#238;tre le terrain et s'&#233;taient empress&#233;s en rentrant de faire placer aux machines de l'&#233;quipe &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;R. P. F.&lt;/span&gt; des d&#233;veloppements appropri&#233;s &#224; cette rampe exceptionnellement dure. Il n'y eut en somme que sept concurrents qui la firent &#224; pied faute d'un d&#233;veloppement convenable et. j'estime qu'il n'aurait pas fallu permettre d'aller &#224; pied, pas plus que de s'arr&#234;ter pour reprendre haleine ailleurs qu'&#224; des points d&#233;sign&#233;s d'avance, ceci pour faciliter le contr&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bimbenet arriva ensuite et j'admirai l'ing&#233;niosit&#233; du p&#233;dalier baladeur qu'Erpelding avait sorti pour le concours. Boizot avait imagin&#233; avant la guerre de faire coulisser sur l'axe du p&#233;dalier un groupe de roues dent&#233;es analogue au groupe de pignons que Terrot, Audouard et Hervier font coulisser sur l'axe du moyeu, mais Erpelding d&#233;place, par le moyen d'une rampe h&#233;lico&#239;dale le p&#233;dalier lui-m&#234;me qui est mobile transversalement dans la bo&#238;te du cadre. Il y a l&#224; une question d'ajustage de pr&#233;cision qui ne peut &#234;tre r&#233;solue que par un tr&#232;s bon constructeur, car le p&#233;dalier est une des parties de la bicyclette &#224; laquelle il faut conserver le plus de fixit&#233; possible. En tout cas, le fait d'avoir r&#233;sist&#233; &#224; des pressions comme celles que Bimbenet, routier remarquablement vigoureux et entra&#238;n&#233;, peut mettre sur une p&#233;dale, suffit &#224; premi&#232;re vue pour qu'on fasse confiance &#224; ce nouveau d&#233;railleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Bimbenet nous v&#238;mes encore arriver assez pr&#232;s les uns des autres et dans l'ordre&#160;: Rugraff. Moulin, Lavergne et Raimond, les quatre autres tenants de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;R. P. F.&lt;/span&gt; et de l'As. Pr&#233;c&#233;dant Lavergne de peu, Kayser, bon coureur lyonnais, avait pr&#233;sent&#233; sa r&#233;trodirecte Hirondelle au contr&#244;le et &#233;tait reparti dare dare pendant que j'&#233;changeais les paroles de bienvenue avec M.&#160;G. Cl&#233;ment, administrateur du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui, depuis les quelques mois qu'il est entr&#233; au Conseil de la puissante institution de tourisme, lui a fait faire plus d'efforts en faveur du cyclotourisme qu'elle n'en avait fait pendant dix-ans. M.&#160;Cl&#233;ment compte parmi les plus anciens amis du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et il est de ceux qui &#233;coutent plus volontiers les critiques que les compliments. Je le f&#233;licitais du grand succ&#232;s qu'obtenait le concours dont la pr&#233;paration et l'organisation &#233;taient son &#339;uvre personnelle et lui fis part des espoirs que faisait na&#238;tre chez tous les cyclotouristes son intelligente initiative. Tout cela un peu pr&#233;cipitamment, car M.&#160;Cl&#233;ment suivait l'&#233;preuve en auto et &#233;tait attendu &#224; Murat. J'assistais encore &#224; l'arriv&#233;e de deux bons routiers st&#233;phanois&#160;: Janicaud et Mathevon, tenants du Chemineau, et nous part&#238;mes &#224; notre tour, Chevalier, son ami et moi qui &#233;tait vraiment ravi, en ma qualit&#233; de fondateur de l'&#201;cole St&#233;phanoise, d'avoir vu, de mes yeux vu, dix de nos bons routiers de l'E. S., parmi les quatorze premiers, professionnels inclus. Les bonnes p&#233;dales ne manquaient pourtant pas parmi les trente autres comp&#233;titeurs, mais moins habitu&#233;s que les n&#244;tres &#224; gravir les longues rampes, elles se trouvaient ce jour-l&#224; handicap&#233;es. Lejeune Parisien qui reprocha, en 1902. &#224; l'E. S., d'avoir failli &#224; sa r&#233;putation, n'aurait pu cette fois lui adresser le m&#234;me reproche, qui &#233;tait d'ailleurs imm&#233;rit&#233;, puisqu'une jeune fille, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; M.&#160;Hesse, que j'accompagnais, avait pu, gr&#226;ce &#224; sa 3 vitesses, gravir enti&#232;rement en machine la c&#244;te du Tourmalet, alors que les professionnels &#233;taient forc&#233;s d'en faire &#224; pied de nombreux kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais promis d'attendre au col les deux tandems mixtes et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Juliette Garnier, qui pilotait une Desvages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais &#233;t&#233; heureux de f&#233;liciter ces trois dames de l'&#233;nergie dont elles faisaient preuve en participant &#224; l'&#233;preuve de bout en bout sans avoir recours &#224; des rempla&#231;antes comme le r&#232;glement les y autorisait et comme le firent quelques cyclistes. On m'annon&#231;a &#8212; faussement, je l'ai su plus tard &#8212;que je devais attendre deux heures au moins et mon temps &#233;tait malheureusement limit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'elles me permettent de leur pr&#233;senter ici mes excuses et mes regrets.&lt;br class='autobr' /&gt;
On descendit &#224; Dienne en trombe dans un tourbillon de vent qui, en quelques instants, couvrit les sommets de noires nu&#233;es, d'o&#249; la pluie se mit incontinent &#224; tomber&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous arr&#234;t&#226;mes &#224; Dienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il eut &#233;t&#233; imprudent de continuer car on ne savait trop ce qui allait arriver tant &#224; un moment la rafale fut violente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le brouillard d&#233;ferlait sur la montagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pourrait bien neiger, nous dit le patron de l'h&#244;tel o&#249; nous avions command&#233; un d&#233;jeuner quelconque. Au col il pleuvait ferme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les coureurs passaient couverts de leurs imperm&#233;ables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;quipe Audouard s'engouffra dans la salle &#224; manger au moment o&#249; nous allions partir et je pus encore serrer la main de mes amis de Paris. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;Prat, Lavenu, Maliverne et de plusieurs St&#233;phanois. Le mauvais temps mettait partout un peu de h&#226;te et de confusion et chacun &#233;tait press&#233; ou de partir, ou d'entrer, ou de se pr&#233;munir contre la douche c&#233;leste qui s'annon&#231;ait copieuse. Pour mon compte, je rev&#234;tis ma pelerine sans devant derri&#232;re, comme d'habitude, et mon veston bien a l'abri dans le capuchon, je suivis mes deux compagnons. Le vent nous poussait, nous f&#238;mes tranquillement les trois kilom&#232;tres de mont&#233;e que j'avais descendus le matin et qui ne me parurent pas bien durs apr&#232;s l'ascension du puy Mary&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout s'estime en effet par comparaison. Au sommet, pr&#232;s d'une baraque de cantonnier. on quitte les manteaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne pleuvait plus que par intermittence. La descente nous entra&#238;nait &#224; belle allure quand nous entend&#238;mes les appels imp&#233;ratifs d'un appareil avertisseur sonore, comme disent ces messieurs de la mar&#233;chauss&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous range&#226;mes pour laisser passer un des concurrents qui p&#233;dalait a une cadence vertigineuse. Zimmermann l'aurait envi&#233;, lui qui tournait &#224; 160 tours aussi ais&#233;ment qui vous et moi tournons &#224; 60. C'&#233;tait le n&#176;&#160;16 qui pilotait un moyeu 3 vitesses et qui ayant voulu sans doute disposer de 2 m. 50 pour la rampe du puy Mary &#233;tait condamn&#233; &#224; p&#233;daler dans les circonstances les plus favorables sur 4 m. 40. C'est le d&#233;faut de ces moyeux anglais de ne pas donner une gamme de vitesses convenant a tous les terrains, d&#233;faut auquel les deux Bordelais que j'accompagnais avaient rem&#233;di&#233; en doublant la gamme du moyeu par la flottante. On peut la doubler, la tripler, voir la quadrupler, par bien des moyens que j'ai souvent indiqu&#233;s, jusqu'&#224; obtenir par une seule cha&#238;ne 168 d&#233;veloppements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
A 16 heures, nous nous s&#233;par&#226;mes &#224; Murat dont nous avions eu une tr&#232;s belle vue au cours de la descente&#160;: les gamins nous avaient pris naturellement pour des coureurs et nous avaient acclam&#233;s. Les raidillons par lesquels on passe de la partie haute de la ville &#224; la partie liasse, sont plus impressionnants &#224; la descente qu'&#224; la mont&#233;e et la disposition des lieux est telle qu'on ne pourra jamais les att&#233;nuer&#160;: j'y avais vu, le matin, des cyclistes du pays les descendre &#224; pied et c'est le parti le plus sage quand on trouve en pleine ville des rues d'une telle d&#233;clivit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'un frein vous casse dans les doigts et. Mais, me dites-vous, un frein ne doit jamais casser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes amis allaient &#224; Aurillac vent dans le nez et j'allais &#224; Brioude vent dans le dos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela fait une belle diff&#233;rence. Je connaissais la route, j'&#233;tais talonn&#233; par la crainte de la pluie imminente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je pris mon 7 m&#232;tres et j'en mis un coup&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 18 h. j'&#233;tais &#224; Brioude&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; les quelques kilom&#232;tres de rampe apr&#232;s Grenier-Montgon, j'avais pu tenir la moyenne de 24 &#224; l'heure&#160;: le vent est un bien agr&#233;able adjuvant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est, par malheur, souvent abattu par la pluie et je m'en aper&#231;us en entrant a Brioude sous une averse carabin&#233;e qui, mena&#231;ant de s'&#233;terniser, m'interdisait tout espoir d'aller coucher &#224; La Chaise-Dieu pour, selon mon programme, rentrer le lendemain dans la matin&#233;e &#224; Saint-&#201;tienne. Le P.-L.-M.&#160;&#233;tait l&#224;, heureusement, pour me rapatrier promptement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'horaire consult&#233; m'apprit que je pouvais, par Saint-Georges-d'Aurac et le Puy, &#234;tre chez moi &#224; 7 heures du matin, c'&#233;tait parfait mais il fallut d&#233;chanter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il ne faut, pas compter sur le grand fr&#232;re quand on est press&#233;. Sans que nous sachions pourquoi, nous commen&#231;ons par rester deux heures dans un train fig&#233; en gare de Brioude, sans que la moindre casquette blanche ou galonn&#233;e vienne s'informer de la destination des voyageurs que l'on tenait ainsi parqu&#233;s. On part enfin et l'on arrive &#224; Saint-Georges. Nous nous pr&#233;cipitons vers le train du Puy qui devait assurer la correspondance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un employ&#233; nous apprend qu'il est parti depuis longtemps mais qu'il y en a un autre le lendemain matin. Nous &#233;tions bien quarante en d&#233;tresse dans cette gare perdue au milieu d'une lande o&#249; l'on ne trouve pas d'autres habitations que celles des employ&#233;s du chemin de fer et un h&#244;tel sans chambres disponibles. Vous entendez d'ici le tapage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on r&#233;clame le chef de gare, il &#233;tait absent comme par hasard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un employ&#233; a l'air de trouver nos cris de mauvais go&#251;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on parle aussit&#244;t de le passer &#224; tabac et mettre le feu &#224; la gare, tant et si bien qu'une autre casquette s'efforce de nous apaiser en nous annon&#231;ant qu'il va t&#233;l&#233;phoner pour demander qu'on nous envoie au Puy en autobus. Cela calme un instant les plus exalt&#233;s. Drin-drrin, all&#244;, all&#244;, le t&#233;l&#233;phone fonctionne, on se voit d&#233;j&#224; en route. Cela nous amuse bien 30 minutes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tant&#244;t l'autobus va partir, tant&#244;t on n'attend que le chauffeur, puis arrive une contre-ordre, bref l'auto n'arrive pas et il est pr&#232;s de minuit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos rangs s'&#233;claircissent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le personnel a allum&#233; du feu dans les salles d'attente et les dames qui criaient le plus fort sont install&#233;es dans les fauteuils et commencent &#224; somnoler. Dans le bureau du chef, la discussion continuait et tournait sur elle-m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le spectacle &#233;tait tout de m&#234;me amusant par la vari&#233;t&#233; des personnages et des id&#233;es. Je finis par demander le livre des r&#233;clamations qui me fut apport&#233; avec empressement et j'y formulai une demande de dommages pour le pr&#233;judice caus&#233;, puis j'allai m'&#233;tendre sur une banquette o&#249; je dormis assez bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les autres firent comme moi et la com&#233;die fut termin&#233;e. Ne croyez-vous pas que, si le chef de gare de Brioude avait &#233;t&#233; &#224; la hauteur de sa fonction, il se serait d'abord inform&#233; du nombre de voyageurs allant au Puy et, avant de permettre le d&#233;part du train de correspondance de Saint-Georges, il nous aurait fait transporter en auto &#224; la gare de Saint-Georges, peu distante en somme de Brioude et o&#249; je serais bien all&#233; a bicyclette, malgr&#233; la pluie, si j'avais pu pr&#233;voir une telle n&#233;gligence dont toute la responsabilit&#233; incombe &#224; ce chef de gare qui m&#233;riterait pour sa p&#233;nitence d'&#234;tre permut&#233; avec celui de Saint-Georges.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voyag&#233; autrefois en Allemagne et le chef de train savait le nombre exact des voyageurs qui devaient prendre telle et telle correspondance et il s'employait &#224; ne pas la leur faire manquer. Puisque nous ne pouvons pas prendre aux Boches de quoi payer nos r&#233;parations, si nous leur prenions, faute de mieux, leurs bonnes m&#233;thodes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; comment je revins du puy Mary beaucoup moins vite et surtout moins agr&#233;ablement par le P.-L.-M.&#160;que je n'en serais revenu a bicyclette si je n'avais eu peur de me mouiller. Je m&#233;ritais d'&#234;tre puni.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le tour du M&#233;zenc (1919)</title>
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		<dc:date>2024-02-26T11:19:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Loire</dc:subject>
		<dc:subject>Flottante de 1912</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le temps n'est plus o&#249; les cycles qui venaient de loin prendre part &#224; nos excursions &#233;taient si mal outill&#233;s que la premi&#232;re venue de mes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;poly&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suffisait &#224; leur d&#233;montrer, en les vannant compl&#232;tement avant la fin de la journ&#233;e, que de faibles muscles arm&#233;s de bons outils &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; des muscles puissants mais mal arm&#233;s.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot161" rel="tag"&gt;Flottante de 1912&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Velocio, Le Cycliste 1919, reparu dans Le cycliste F&#233;vrier 1971, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une randonn&#233;e diff&#232;re d'une excursion en ceci qu'elle est men&#233;e rondement, sans le souci d'entrer dans les d&#233;tails des sites parcourus et qu'elle a simplement pour but de pr&#233;parer les programmes de futures excursions. La randonn&#233;e ressemble assez &#224; l'&#233;tape-transport qui va droit au but, au terme du voyage, comme si on y allait par le chemin de fer, l'automobile ou tout autre moyen de transport rapide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'en diff&#232;re qu'en ce point qu'elle doit fournir au randonneur une succession de sites vari&#233;s qu'il se gravera dans la m&#233;moire. Si l'&#233;tape-transport est souvent monotone, parce que g&#233;n&#233;ralement effectu&#233;e sur des itin&#233;raires peu int&#233;ressants et maintes fois parcourus, la randonn&#233;e, elle, tient constamment l'esprit en &#233;veil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle traverse toujours des r&#233;gions qui m&#233;ritent une inspection plus minutieuse et qu'on ne visite pas souvent parce qu'elles ne se trouvent pas align&#233;es le long des grandes voies de communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que centre de cyclotourisme, notre ville de Saint-&#201;tienne nous offre de tr&#232;s beaux itin&#233;raires pour randonn&#233;es simplement dominicales, mais en offrira de plus beaux encore quand la semaine anglaise sera bien entr&#233;e dans les m&#339;urs.&lt;br class='autobr' /&gt;
En voici quelques-unes, devenues classiques &#224; notre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#201;cole st&#233;phanoise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; : le tour du M&#233;zenc, le tour de Pierre-sur-Haute, le col du Rousset, celui des Echarmeaux, les monts de la Madeleine, Vichy, Clermont-Ferrand, les lacs d'Auvergne, le Velay, le Vivarais, les monts du Lyonnais... Nous n'avons que l'embarras du choix. Des randonneurs tels que Bussod et Thorsonnax &#8212; qui n'ont pas laiss&#233; de successeurs, dommage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; recul&#232;rent jusqu'au col du Lautaret, jusqu'&#224; Gen&#232;ve, jusqu'au col des Aravis, les bornes de nos randonn&#233;es simplement dominicales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons choisi pour renouer, apr&#232;s les cinq terribles ann&#233;es de la guerre, le lien entre nos anciennes et futures randonn&#233;es, le Tour du M&#233;zenc entre l'Ard&#232;che et la Haute-Loire, relativement facile lorsqu'on n'y ajoute pas l'aller et le retour de M&#233;zillac &#224; Vals-les-Bains qui, sur ses quarante-cinq kilom&#232;tres, fait perdre et regagner environ huit cents m&#232;tres de d&#233;nivellation, lesquels, s'ajoutant aux trois mille m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation du circuit, corsent singuli&#232;rement l'&#233;tape... Par ailleurs, la plupart de nos randonneurs venant &#224; peine d'&#234;tre d&#233;mobilis&#233;s, n'ont pas encore recouvr&#233; leur forme d'avant-guerre et nous ne pouvons pas songer aux grandes randonn&#233;es avant l'ann&#233;e prochaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je l'expliquai dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le M&#233;morial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, afin qu'on ne nous accus&#226;t pas de fuir les r&#233;jouissances patriotiques : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pour f&#234;ter la victoire et la paix chacun, le 14&#160;juillet, se r&#233;jouira &#224; sa mani&#232;re : les amis de la bouteille boiront quelques flacons de plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux qui ne vivent que pour manger s'octroieront une bonne indigestion et les bouffis de vanit&#233; s'efforceront d'&#233;blouir le populaire par l'&#233;clat de leurs dorures toutes fra&#238;ches. C'est pourquoi nous irons, comme autrefois, respirer l'air pur des hautes altitudes...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi nous nous trouv&#226;mes ce jour-l&#224;, &#224; 3 heures pr&#233;cises du matin, &#224; la Digonni&#232;re : un jeune Parisien, qui pourrait &#234;tre rang&#233; parmi les meilleurs randonneurs, montait une machine de course &#224; boyaux, munie simplement de l&#233;gers garde-boue, de deux freins et de six vitesses par moyeu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B.S.&lt;/span&gt;A., plus une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cha&#238;ne flottante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Une tr&#232;s bonne p&#233;dale aussi, originaire de la Charente, r&#233;sidant &#224; Saint-&#201;tienne depuis quelques ann&#233;es (l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#201;cole st&#233;phanoise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'infuse de sang nouveau) avait une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;routi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l&#233;g&#232;re, avec simplement 3,30 m, 4,30 m et 5,75 m de d&#233;veloppement de son&lt;br class='autobr' /&gt;
moyeu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B.S.A.&lt;/span&gt;&#233;galement. Pour mon compte, sur ma vieille &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Flottante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de 1912, je disposais de 3,35 m, 4,75 m et 6,10 m, trois vitesses bien &#233;chelonn&#233;es, mais syst&#232;me de changement de vitesse trop lent &#224; c&#244;t&#233; de l'instantan&#233;it&#233; de la man&#339;uvre du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B.S.A.&lt;/span&gt; et trop incertain &#224; cause de l'&#233;tat du sol qui, souvent, m'obligea &#224; mettre pied &#224; terre pour replacer ma cha&#238;ne qu'un cahot soudain faisait sauter hors des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;doigts d'acier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui la guident. Cela et le pneu de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;facteur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que j'avais &#224; ma roue avant firent que, toute la journ&#233;e, je fus une cause de moindre allure pour tout le groupe. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le temps n'est plus o&#249; les cycles oui venaient de loin prendre part &#224; nos excursions &#233;taient si mal outill&#233;s que la premi&#232;re venue de mes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;poly&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suffisait &#224; leur d&#233;montrer, en les vannant compl&#232;tement avant la fin de la journ&#233;e, que de faibles muscles arm&#233;s de bons outils &#233;taient sup&#233;rieurs &#224; des muscles puissants mais mal arm&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir &#224; notre randonn&#233;e, partis &#224; 3 heures pr&#233;cises, nous arrivons &#224; 5 heures, par Saint-Genest et Marlhes, &#224; Duni&#232;res, avec une ongl&#233;e carabin&#233;e, tant nous avions eu froid dans la descente. Il y a, sur cette route entre Marlhes et Duni&#232;res, un tron&#231;on d'environ deux kilom&#232;tres qui jamais, depuis trente ans que je le connais, n'a &#233;t&#233; si peu que ce soit entretenu. Ce bout de route n'appartient-il donc &#224; aucun d&#233;partement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#224; aucune commune&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il ressemble actuellement &#224; un lit de torrent, d'&#233;normes cailloux, des bancs de sable l'obstruent et nous obligent &#224; mettre pied &#224; terre. J'y fausse m&#234;me ma roue directrice, que nous devons r&#233;parer &#224; Duni&#232;res. Le reste de la route, avant et apr&#232;s, est tr&#232;s convenable, et l'on est d'autant plus d&#233;sagr&#233;ablement surpris quand on arrive &#224; grande allure dans ces orni&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Duni&#232;res &#224; Montfaucon, tr&#232;s joli paysage matinal, avec brume dans les bas-fonds, pr&#233;sage de beau temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; route tr&#232;s bonne aussi. De Montfaucon &#224; Tence, route meilleure encore, &#233;troite, plus jolie, avec des &#233;chapp&#233;es lointaines. Notre jeune Parisien en est enchant&#233;, et les pr&#233;s fleuris qu'arrose la Seine lui semblent bien plats &#224; c&#244;t&#233; de nos montagnes (1). L'air vif lui a ouvert l'app&#233;tit et il parle d&#233;j&#224; de d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ni &#224; Monfaucon, ni &#224; Tence, les caf&#233;s ne sont ouverts. Au Mazet-Saint-Voy, c'est tout juste, et nous essuyons d'abord un refus. Heureusement qu'une bonne dame compatit &#224; notre d&#233;tresse et nous indique un autre h&#244;tel o&#249;, mieux accueillis, nous obtenons caf&#233; au lait, miel, beurre. Ainsi restaur&#233;s, nous sommes vite &#224; Fay-le-Froid. Le vent s'est lev&#233; et nous est favorable, le sol n'est pas trop mauvais et nous sommes ainsi aux Estables &#224; 9 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces premiers quatre-vingt-dix kilom&#232;tres ont &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;s en six heures, arr&#234;ts compris. Je ne les avais jamais faits aussi vite. Le trajet des Estables au Gerbier-de-Jonc est le clou de cette randonn&#233;e. Apr&#232;s les Baraques, o&#249; notre route croise celle de Saint-Agr&#232;ve au Puy, le paysage a pris un caract&#232;re plus aust&#232;re : on entre, cela se sent, dans une r&#233;gion moins fertile, les bois disparaissent, les champs sont parsem&#233;s de blocs de rocher qui semblent autant d'&#233;clats d'un gigantesque obus sorti d'un immense &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;crapouillot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; volcanique. Et, certes, c'est bien ainsi qu'ils furent projet&#233;s, il y a des milliers et des milliers d'ann&#233;es, du sein de la terre. Jusqu'aux Estables, nous ne verrons plus que des prairies &#233;maill&#233;es de fleurs qui ondoient sous les caresses un peu brutales d'un vent du nord d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps que nous, arrivait aux Estables un groupe familial de quatre cyclotouristes venant du Puy, les seuls que nous rencontr&#226;mes au cours de cette randonn&#233;e. &#192; peine a-t-on fait quelques kilom&#232;tres sur la route du Gerbier, que l'impression triste, qu'on a depuis les Baraques, dispara&#238;t. &#192; notre droite, un frais vallon bois&#233; se creuse, d'o&#249; s'&#233;chappe un gros ruisseau qui fuit dans une gorge de plus en plus profonde. L&#224; fut fond&#233;e, je ne sais &#224; quelle &#233;poque, une chartreuse qui en vit de cruelles au temps des guerres de religion. Les huguenots s'en empar&#232;rent par surprise, en ao&#251;t 1569, et assassin&#232;rent quelques religieux, mais bient&#244;t, surpris &#224; leur tour par les catholiques, ils furent massacr&#233;s jusqu'au dernier et jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le dans un grand trou encore appel&#233; aujourd'hui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;lou traou dos higonaous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Nous avons vu tout cela d'un peu haut, d'un peu loin, d'un peu vite, mais ce site m&#233;rite de devenir le but d'une excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous entrons sous bois, des bois d&#233;licieux, d'un vert tendre tr&#232;s agr&#233;able aux yeux. Le sol est roulant, l'ombre &#233;paisse, le vent semble apais&#233; et nous cheminons en file indienne, sans effort, bien que la mont&#233;e soit assez sensible sur nos petits d&#233;veloppements. Soudain, devant nous, la route se d&#233;robe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue, born&#233;e tout &#224; l'heure par des bois et des prairies, se perd dans le vide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous semble que nous allons, en avan&#231;ant, plonger dans l'infini. On &#233;prouve vraiment une sensation bizarre, qui n'est pas loin du vertige, en arrivant &#224; l'improviste sur le bord de l'immense d&#233;pression qu'a creus&#233;e, au pied du rocher des Pradoux, quelque puissante secousse volcanique. La route tourne brusquement &#224; droite et fait le tour de cette d&#233;pression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une ferme est l&#224; qui doit, en hiver, se trouver bien isol&#233;e. Le site est trop remarquable pour que notre Parisien n&#233;glige de le photographier, et nous servirons, le coll&#232;gue st&#233;phanois et moi, de premier plan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Gerbier-de-Jonc, dont nous avons d&#233;j&#224; aper&#231;u la pointe, se rapproche &#224; vue d'&#339;il, et nous mettons bient&#244;t pied &#224; terre devant la source de la Loire, qui attend toujours le monument qu'on doit y &#233;riger depuis bien longtemps. Le chalet du syndicat d'initiative est ferm&#233; et plus d&#233;labr&#233; que jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; durant la guerre, il a servi &#224; loger des prisonniers allemands qui, entre autres travaux, ont proc&#233;d&#233; &#224; la r&#233;fection des routes environnantes, tr&#232;s bonnes aujourd'hui, si on les compare &#224; ce qu'elles &#233;taient autrefois, celle surtout du Gerbier &#224; M&#233;zilhac. Le vent est froid comme glace et, pendant que mes compagnons font l'ascension du Gerbier, je me prom&#232;ne, peu v&#234;tu, autour du chalet, et j'y attrape un bon rhume. &#192; la ferme de la Loire, o&#249; nous aurions volontiers bu et mang&#233; quelque chose de chaud, on nous refuse nettement quoi que ce soit. Ces gens-l&#224; sont, peu hospitaliers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la dure existence qu'ils m&#232;nent, l&#224;-haut, est leur excuse, mais notez bien que leur isolement ne les emp&#234;che pas de conna&#238;tre exactement les prix du beurre, des &#339;ufs et du reste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Pourtant, comme le petit d&#233;jeuner du Mazet est d&#233;j&#224; loin, nous nous installons sur un banc install&#233; par le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Touring-Club de France&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; l'abri du vent, et nous attaquons les provisions tir&#233;es des sacs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une bonne heure pass&#233;e ainsi, nous filons sur M&#233;zilhac et nous e&#251;mes, pendant ces dix-huit &#224; vingt kilom&#232;tres, deux pneus &#224; r&#233;parer, seuls accidents de route de la journ&#233;e. Nous ne voulions, &#224; M&#233;zilhac, que prendre une omelette et du caf&#233;, mais on nous servit un repas complet, devant lequel nous ne recul&#226;mes pas. Rien ne fut d&#233;daign&#233; : hors-d'&#339;uvre, omelette, pommes de terre, truite, dessert. Notre Parisien d&#233;vorait tout, surtout le beurre, avec son bel app&#233;tit de vingt ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre St&#233;phanois ne boudait pas &#224; la besogne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suivais de mon mieux, &#224; table comme sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'attarda &#224; parler cyclotechnie et cyclotourisme et je fus seul &#224; soutenir la cause de la monoserve (le pignon fixe) &#224; laquelle, pendant la guerre, je me suis r&#233;habitu&#233;, et qui me parait avoir, en tant que machine d'entra&#238;nement, de r&#233;els avantages. Elle apprend en effet &#224; tourner vite et &#224; appuyer fort&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle combat ainsi la paresse naturelle &#224; l'homme que la poly favorise au contraire, en nous invitant &#224; pousser les manettes du changement de vitesse d&#232;s que la p&#233;dale devient un peu dure ou un peu fuyante. Avec la monoserve, n'e&#251;t-on que le faible d&#233;veloppement de 4,50 m &#8212; celui que j'ai sur mon &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ouragan&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de 1891 &#8212; quand la rampe s'accentue et passe de 5 &#224; 7, 8 voire 9&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, il n'y a pas &#224; dire, il faut augmenter l'effort, il faut en mettre sur la p&#233;dale pour avancer, et la force des muscles cyclomoteurs est ainsi entretenue. Quand, d'autre part, on a devant soi une pente douce ou derri&#232;re soi un bon vent favorable, ou quand la machine tend &#224; s'emballer aux fortes descentes, il ne s'agit pas de l&#226;cher les p&#233;dales, mais de tourner &#224; 80, 100, 120, 140 tours/minute, et l'on entretient ainsi la souplesse du moteur humain. Et depuis que je m'entra&#238;ne sur cette monoserve jusqu'&#224; faire des excursions de deux cents kilom&#232;tres dans la journ&#233;e, j'ai constat&#233; une notable augmentation de ma vitesse de jambes. J'ai constat&#233; aussi que, sur les mauvaises routes, je puis plus ais&#233;ment, en roue serve, entretenir une allure un peu vive, car l'&#233;lan de la machine, me relevant forc&#233;ment les jambes, m'emp&#234;che de sentir autant les chocs en m'obligeant &#224; p&#233;daler, alors qu'en roue libre, je serais tent&#233; de rester immobile sur les p&#233;dales pour franchir un mauvais passage.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai eu maintes fois l'occasion de comparer roue libre et roue serve au cours de mes fr&#233;quents voyages de Saint-&#201;tienne &#224; Lyon et retour et, sur cette route d&#233;testable entre toutes, sillonn&#233;e comme elle l'est sans cesse par les autos et les camions, je ne vais pas moins vite, d'un bout &#224; l'autre, en monoserve qu'en poly libre et, sur certains tron&#231;ons (les plus mauvais) je vais plus vite en monoserve, tandis que, sur certains autres (les meilleurs) je vais plus vite en poly libre. Mais un point sur lequel il ne saurait y avoir la moindre discussion, c'est que la bicyclette destin&#233;e au cyclotourisme ne saurait &#234;tre comprise autrement qu'&#224; roue libre et &#224; plusieurs vitesses (au moins trois : 3, 4,50 et 6 m de d&#233;veloppement). L'id&#233;al, pour mon compte, serait que la moyenne, de pr&#233;f&#233;rence, soit en roue serve. Nous e&#251;mes cela autrefois, &#224; l'&#233;poque de transition qui pr&#233;c&#233;da le triomphe complet et d&#233;finitif de la roue libre. Un moyeu anglais &#224; deux vitesses &#8212; le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Fagan&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, si j'ai bonne m&#233;moire &#8212; nous &#233;tait offert avec roue libre au grand d&#233;veloppement en prise directe, roue serve au petit et roue folle entre les deux. &#192; la place de cette derni&#232;re &#8212; qui n'&#233;tait que dangereuse &#8212; nous adaptions &#224; ce moyeu, par une seconde cha&#238;ne, un troisi&#232;me pignon plus petit que les deux autres et sur roue libre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le petit d&#233;veloppement du moyeu devenait donc la moyenne vitesse, et nous avions exactement ce que je r&#233;clame aujourd'hui. Mais nous ne connaissions pas alors notre bonheur &#8212; comme souvent &#8212; et la roue serve semblait de plus en plus une h&#233;r&#233;sie, un vestige des temps barbares. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Roue libre partout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait devenue la formule, comme l'avait &#233;t&#233;, quinze ans auparavant, la formule &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;billes partout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pas plus l'une que l'autre, ces formules ne sont des v&#233;rit&#233;s absolues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant quand, en 1915, je m'avisai de retirer de mon mus&#233;e des antiques mon &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ouragan&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de 1891, j'&#233;tais bien loin de croire que la roue serve avait toutes les qualit&#233;s que je lui ai d&#233;couvertes depuis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je lui demandais simplement de me permettre, en hiver, de m'&#233;chauffer un peu en redescendant des Grands-Bois &#224; Saint-&#201;tienne o&#249;, en&lt;br class='autobr' /&gt;
roue libre, j'arrivais toujours transi de froid. Peu &#224; peu, par une pratique soutenue et des essais comparatifs, j'ai d&#233;couvert dans cette r&#233;pudi&#233;e, des qualit&#233;s que je ne veux ni d&#233;daigner ni surestimer, mais qui font que mon &#233;curie renfermera, toujours, une bicyclette &#224; roue serve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi ai-je fait pour le tandem, cet autre m&#233;connu, et ferai-je pour le tricycle, cet incompris. C'est en proc&#233;dant &#224; des comparaisons incessantes sur le terrain, &#224; des exp&#233;riences qui semblent parfois incoh&#233;rentes et conduites &#224; tort et &#224; travers, que l'on parvient &#224; une conception plus juste des c&#244;t&#233;s forts et des c&#244;t&#233;s faibles de chaque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette longue discussion nous d&#233;montre combien les heures passent vite quand on se met &#224; discuter entre cycles autour d'une tasse de bon caf&#233; apr&#232;s un excellent repas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pourquoi nous ne quitt&#226;mes M&#233;zilhac qu'&#224; 14 heures, en m&#234;me temps qu'un automobiliste qui semblait attendre &#224; la porte que nous nous mettions en route pour d&#233;marrer lui-m&#234;me, et qui nous pr&#233;c&#233;da de peu jusqu'au Cheylard. Une heure pour descendre au Cheylard (22 km), deux heures pour remonter &#224; Saint-Agr&#232;ve (25 km) et nous nous retrouvons &#224; table dans un petit caf&#233; de cette bourgade que peu d'ann&#233;es ont suffi pour mettre &#224; la mode et pour transformer en v&#233;ritable station estivale mondaine. Au cours de la longue mont&#233;e coup&#233;e de quelques paliers, mes compagnons se sont r&#233;ciproquement t&#226;t&#233;s, et ils en ont mis &#224; qui mieux mieux, le St&#233;phanois se montrant sup&#233;rieur quand la rampe s'accentuait, alors que le Parisien gagnait du terrain sur le plat, r&#233;sultat facile &#224; concevoir, puisque l'un &#233;tait plus habitu&#233; &#224; la montagne et l'autre mieux pr&#233;par&#233; et mieux arm&#233; aussi pour la vitesse en palier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu d'&#233;mulation entre randonneurs &#224; la fin de l'&#233;tape n'est pas pour me d&#233;plaire, bien que mon &#226;ge, toujours de beaucoup sup&#233;rieur &#224; celui de mes compagnons de route, ne m'ait jamais permis de prendre part &#224; ces joutes courtoises. C'est pourquoi, en sortant de Saint-Agr&#232;ve, je les invitai &#224; prendre les devants et &#224; me laisser finir seul et &#224; l'allure convenable pour rentrer avant la nuit, la fin du parcours jusqu'aux Grands-Bois.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime beaucoup, quand rien ne me presse, terminer en promenade de pur agr&#233;ment une randonn&#233;e au cours de laquelle je ne me suis pas m&#233;nag&#233; afin de ne pas trop voir baisser l'allure g&#233;n&#233;rale. Les heures vesp&#233;rales sont fra&#238;ches et reposantes pour l'&#233;piderme surchauff&#233; par l'exercice et le soleil. C'est &#224; ces moments-l&#224;, alors qu'une sorte de volupt&#233; subtile se glisse dans mes veines, que je plains sinc&#232;rement les pauvres gens qui, ne s'&#233;tant pas fatigu&#233;s, n'appr&#233;cient pas la douceur du repos, qui, n'ayant pas eu chaud dans le milieu du jour, qui, n'ayant pas connu la faim, la soif, le sommeil qu'engendr&#233; le travail ou l'effort sportif p&#233;nible et soutenu, ne conna&#238;tront jamais l'exquise sensation de bien-&#234;tre que la satisfaction de ces besoins nous procure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes compagnons partirent donc et furent bient&#244;t hors de vue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais pour diff&#233;rents motifs, ils durent s'arr&#234;ter &#224; plusieurs reprises et, somme toute, nous ne f&#251;mes jamais &#224; plus d'un kilom&#232;tre les uns des autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arriv&#226;mes ensemble &#224; l'H&#244;tel du Grand-Bois, exactement &#224; l'heure fix&#233;e. D'avoir eu, le matin, tant de beaux spectacles constamment sous les yeux, nuisit certainement &#224; ceux qui, de M&#233;zilhac &#224; Saint-Agr&#232;ve et de Saint-Agr&#232;ve au Grand-Bois, se d&#233;roul&#232;rent devant nous. Cependant, il faut rendre justice &#224; cette magnifique haute vall&#233;e de l'Eyrieux, qui n'a pas vol&#233; sa r&#233;putation, et que couronne si dignement le belv&#233;d&#232;re de Saint-Agr&#232;ve, d'o&#249; nous avons contempl&#233;, dans toute son &#233;tendue, le massif du M&#233;zenc, que notre itin&#233;raire contournait en une vaste ellipse de deux cent quarante kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plateau qui, par Devesset, s'&#233;tend jusqu'&#224; Saint-Bonnet-le-Froid, domine, tant &#224; droite qu'&#224; gauche, de vastes &#233;tendues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un de mes anciens compagnons de grandes balades que les vicissitudes de l'existence ont, apr&#232;s la guerre, amen&#233; &#224; pr&#233;f&#233;rer l'Afrique &#224; l'Europe, Oran &#224; Saint-&#201;tienne, ne manquait jamais, quand nous passions ensemble sur ce plateau, de me montrer, &#224; l'horizon, ou le mont Blanc ou Roche-courbe, ou je ne sais quels autres sommets, que je ne pouvais naturellement pas apercevoir &#224; cause de ma myopie. Mais il les voyait et cela me suffisait et cela me suffit encore aujourd'hui pour dire qu'il vaut mieux revenir de Saint-Agr&#232;ve par notre chemin que par Le Chambon-de-Tence, dont la route est pourtant jolie et offre, &#231;a et l&#224;, des sous-bois, des &#233;chapp&#233;es dans la vall&#233;e du Lignon, qui ne sont pas sans charme. En r&#233;alit&#233;, tous les environs de Saint-&#201;tienne sont int&#233;ressants et retiennent l'attention des cyclotouristes qui les d&#233;couvrent. L'Ard&#232;che, la Haute-Loire, l'Is&#232;re et le Puy-de-D&#244;me mettent &#224; la port&#233;e de nos randonn&#233;es dominicales les plus beaux circuits de montagne qu'on puisse souhaiter, abstraction faite des Alpes et des Pyr&#233;n&#233;es, et les autres limitrophes : Rh&#244;ne, Sa&#244;ne-et-Loire, Allier, nous offrent, dans les m&#233;andres de leurs collines, des vall&#233;es, d&#233;licieuses o&#249; le sol, en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s bon, invite aux grandes allures. Nous sommes donc tr&#232;s bien partag&#233;s et nous aurions tort de n&#233;gliger le cyclotourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt; (1919)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Excursions du &#8220;Cycliste&#8221; (mai-juin 1928)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article521</link>
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		<dc:date>2023-03-03T13:17:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Loire</dc:subject>
		<dc:subject>Ballon n&#176;2</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;p.48-53 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, ma cure printani&#232;re, commenc&#233;e &#224; P&#226;ques sous la pluie, s'est termin&#233;e &#224; Pentec&#244;te, sous le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et quel soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mon cr&#226;ne, expos&#233; pendant deux jours &#224; ses rayons caniculaires, sans la moindre protection naturelle ou artificielle, en est devenu terre cuite, et fait peau neuve actuellement. Tout est bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me semble que ma sant&#233; s'est raffermie, ma vitalit&#233; augment&#233;e et que ma r&#233;sistance &#224; la fatigue d'un travail quotidien assez intense, puisqu'il commence&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;p.48-53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ma cure printani&#232;re, commenc&#233;e &#224; P&#226;ques sous la pluie, s'est termin&#233;e &#224; Pentec&#244;te, sous le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et quel soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mon cr&#226;ne, expos&#233; pendant deux jours &#224; ses rayons caniculaires, sans la moindre protection naturelle ou artificielle, en est devenu terre cuite, et fait peau neuve actuellement. Tout est bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me semble que ma sant&#233; s'est raffermie, ma vitalit&#233; augment&#233;e et que ma r&#233;sistance &#224; la fatigue d'un travail quotidien assez intense, puisqu'il commence r&#233;guli&#232;rement entre 3 et 4 heures, pour ne finir qu'entre 20 et 21 heures, s'est accrue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma confiance dans la valeur de la bicyclette, en tant que moyen de th&#233;rapeutique pr&#233;ventive et curative, se trouve donc justifi&#233;e, et j'engage de plus en plus les randonneurs en particulier, mais en g&#233;n&#233;ral tous les hommes qui ne font pas fi de leur sant&#233;, &#224; se rallier &#224; la formule&#160;: ni vin, ni viande, ni tabac, et exercice &#224; haute dose en plein air aussi souvent que l'on peut, avec son corollaire, la sudation abondante, expulsive des d&#233;chets dont les &#233;monctoires naturels ne suffisent pas &#224; d&#233;barrasser le corps. Car vous mangez trop, je mange trop, tous, nous mangeons trop, et beaucoup par surcro&#238;t mangent mal, trop vite, sans ensaliver assez les aliments qu'ils choisissent en d&#233;pit du bon sens, non parce qu'ils sont sains, mais parce qu'on les leur fait payer fort cher. Il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter un coup d'&#339;il sur les menus &#224; 100 francs par t&#234;te. Que de c... harcuteries on fait avaler &#224; ces pauvres riches que la vanit&#233; et la crainte du qu'en-dira-t-on obligent &#224; fr&#233;quenter les palaces et les hostelleries &#224; la mode. Mais nous-m&#234;mes qui croyons &#234;tre sobres, nous mangeons encore trop et nous avons besoin d'&#233;liminer par la sueur un tas de poisons qui, sans elle, stagneraient dans l'organisme et nous conduiraient s&#251;rement apr&#232;s la cinquantaine, et m&#234;me avant, &#224; de multiples infirmit&#233;s. Cette remarque n'est pas d'aujourd'hui, puisque nous lisons dans H&#233;rodote que les Egyptiens de son temps se demandaient en s'abordant non &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Comment vous portez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comment suez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Ce peuple tenait alors la t&#234;te de la civilisation antique, et ses Facult&#233; de m&#233;decine ne gu&#233;rissaient pas en empoisonnant le sang par des s&#233;rums et des vaccins dont nul ne peut pr&#233;voir les r&#233;percussions sur la sant&#233; et sur l'avenir de la race, mais en le d&#233;congestionnant, en le purifiant par la su&#233;e quotidienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;decins des Pharaons auraient donc &#233;t&#233; contents de me voir suer sang et eau, le dimanche, en remontant de Viviers &#224; Aubenas et, le lundi, entre Fay-sur-Lignon et Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conform&#233;ment &#224; mon programme, j'avais quitt&#233; Saint-&#201;tienne le dimanche &#224; 2 heures et j'avais gravi le col des Grands-Bois sous un ciel merveilleusement &#233;toil&#233; et sous une impression assez bizarre, r&#233;sultat de quelques lectures que j'ai faites r&#233;cemment et des r&#233;flexions concomitantes sur l'&#233;ternel probl&#232;me de la destin&#233;e humaine dont toutes les g&#233;n&#233;rations qui se sont succ&#233;d&#233; sur la terre ont vainement, &#224; tour de r&#244;le, demand&#233; la solution &#224; tous les &#233;chos&#160;: &#224; la science, qui n'a jamais r&#233;pondu que par des hypoth&#232;ses, au lieu des certitudes qu'elle nous doit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la religion, qui a toujours r&#233;pondu, mais par de simples esp&#233;rances que la foi seule transforme en certitudes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224; des questions qui n'ont rien &#224; faire ici, si ce n'est indirectement, car elles m'absorb&#232;rent au point que je ne m'aper&#231;us r&#233;ellement pas de l'effort que je faisais pour m'&#233;lever d'un train soutenu de l'altitude 600 a l'altitude 1.165. J'avais mis, au pied de la c&#244;te, ma cha&#238;ne sur la petite vitesse (3 m. 30) de ma flottante Ballon n&#176;&#160;2 et je la retrouvai au sommet sur la moyenne (5 m.), sans que j'aie pu me rappeler &#224; quel moment je l'avais d&#233;plac&#233;e. Voil&#224; donc un bon moyen de faire les mont&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je savais d&#233;j&#224; que, la nuit, les rampes nous semblent moins raides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#234;tre seul, sous l'empire d'une pens&#233;e dominante, peut-&#234;tre aussi encore mal &#233;veill&#233;, voil&#224; qui facilite &#233;galement notre t&#226;che. Les coureurs, qui p&#233;dalent avec l'id&#233;e fixe d'arriver au but, doivent sentir beaucoup moins la fatigue que ceux qui se laissent distraire par d'autres pens&#233;es. Etre deux et converser agr&#233;ablement, nous rendit aussi quelquefois la route moins longue et moins p&#233;nible. Bref, le moral r&#233;agit sur le physique beaucoup plus qu'on ne le croit, mais il faut pour cela que la route ne soit ni encombr&#233;e, ni dangereuse, sinon l'instinct de la conservation prime tout, et je m'en aper&#231;us pen dant les 12 km. de la descente, du col &#224; Bourg-Argental, en pleine nuit, o&#249; je fus constamment sur le qui-vive. Mes freins furent &#224; l'ouvrage jusqu'au moment o&#249; l'aube naissante me permit de filer bon train. A 5 h. 15, je franchis, &#224; Andance, le passage &#224; niveau, en retard d un bon quart d'heure sur mes pr&#233;visions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous descendons la vall&#233;e du Rh&#244;ne, le vent est toujours un facteur important, &#224; tel point que s'il est violent et contraire, le mieux est d'en rester l&#224;, ou de s'aider d'un rapide jusqu'en Avignon. S'il est violent et favorable, alors, c'est la course folle, et l'on regrette de n'avoir pas un d&#233;veloppement de 10 m&#232;tres, mais ce n'est pas agr&#233;able, et les nuages de poussi&#232;re, les bourrades que l'on encaisse, le brouhaha continu qui vous ahurit, tout cela n'a rien de r&#233;jouissant. Parlez-moi, au contraire, d'une brise fra&#238;che, l&#233;g&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m&#234;me si elle souffle contre nous, elle est la bienvenue, et si elle vol- tige autour de nous, capricieuse et folle, sans qu'on puisse en reconna&#238;tre la direction, nous ne pouvons rien d&#233;sirer de mieux, et tel est le compagnon pr&#233;cieux que je trouve aujourd'hui sur les bords du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la journ&#233;e s'annonce tr&#232;s belle, et la suivante lui ressemblera si bien que le bilan de la circulation pendant les f&#234;tes de la Pentec&#244;te s'est traduit, cette ann&#233;e, par une cinquantaine de tu&#233;s et dix fois au-tant de bless&#233;s. La route est devenue un champ de bataille, c'est le progr&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; s'en plaindre et regretter 1830 serait la n&#233;gation de la civilisation elle-m&#234;me. Inclinons-nous et p&#233;dalons gaiement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mort nous fr&#244;le &#224; chaque auto qui passe, ce n'est pas une raison pour s'en faire, on ne meurt qu'une fois, et mourir sur la route c'est, pour un randonneur, mourir au champ d'honneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; un instant pour croquer une banane et un morceau de pain, car j '&#233;tais-parti &#224; jeun, quand arrive &#224; fond de train, B..., de Firminy, que je devais trouver en cours de route et qui, s'&#233;tant oubli&#233; &#224; l'h&#244;tel des Grands-Bois o&#249; il s'&#233;tait rendu la veille, n'avait pas entendu mes appels, si bien que je m'&#233;tais cru condamn&#233; &#224; randonner seul. Excellent cycliste, B... fut aussi pour moi le meilleur des compagnons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait, comme moi, mont&#233; sur des Ballons, et, de concert, en &#233;changeant nos impressions cyclotechniques autant que cyclotouristiques, nous filons &#224; bonne allure, franchissons le Rh&#244;ne &#224; Tournon, et nous voici &#224; 7 heures 1/4, devant la gare de Valence o&#249; nous avons l'habitude de prendre notre caf&#233; au lait dans un des nombreux caf&#233;s qui sont toujours pr&#234;ts &#224; accueillir les voyageurs, de sorte qu'on y est rapidement servi et qu'on peut, en vingt minutes, exp&#233;dier un d&#233;jeuner qui partout ailleurs, &#224; cette heure matinale, vous immobiliserait trois quarts d'heure. C'est pourquoi la gare de Valence est devenue un de nos points de ralliement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un repas plus, substantiel nous attend maintenant &#224; la Trappe d'Aiguebelle. En moins de deux heures, nous atteignons Mont&#233;limar et, &#224; 10 h. pr&#233;cises, nous entrons dans la cour de l'abbaye. Les 18 km. qui s&#233;parent la Trappe de Mont&#233;limar m'ont paru plus int&#233;ressants que lors de ma premi&#232;re visite en novembre dernier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le printemps et le soleil en sont sans doute la cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'exub&#233;rance de la v&#233;g&#233;tation, l'or &#233;clatant, rutilant, flamboyant des gen&#234;ts, qui sont parfois de v&#233;ritables arbustes, le parfum p&#233;n&#233;rant qui sort des bois, qui s'&#233;l&#232;ve de la garrigue, que le soleil tout-puissant fait jaillir m&#234;me des cailloux, toute la Provence, ma belle Provence, est venue l&#224;, au-devant de moi et comme si elle savait que je ne descendrais pas cette fois plus bas vers elle, elle est mont&#233;e vers moi. Mon compagnon s'est arr&#234;t&#233; un instant &#224; Mont&#233;limar, et je suis seul &#224; &#233;couter la voix de mon pays natal, qui me souhaite la bienvenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette cour, qui &#233;tait si anim&#233;e quand je vins pour la premi&#232;re fois, dans tous ces b&#226;timents disparates o&#249; s'exercent les industries les plus vari&#233;es et o&#249; bourdonnait le travail, tout para&#238;t mort aujourd'hui, et nous ne rencontrons pas &#226;me qui vive. C'est que nous arrivons &#224; l'heure o&#249; toutes les pens&#233;es sont tourn&#233;es vers la pri&#232;re. La vie de tout le monast&#232;re est concentr&#233;e dans la chapelle o&#249; nous nous rendons &#224; notre tour. La c&#233;r&#233;monie rev&#234;t un caract&#232;re plus solennel que celle &#224; laquelle nous avions assist&#233; le 11&#160;novembre, mais elle reste aust&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'a pas le brillant, la magie, l'envol des encensoirs aux parfums capiteux, l'&#233;clat des riches parures sacerdotales, l'enivrement d'une musique profane et ces jeux de lumi&#232;re qui ne laissent rien dans l'ombre, toute cette pompe enfin qui caract&#233;rise les f&#234;tes de l'&#201;glise dans les moindres paroisses. Ici, tout reste dans l'ombre, au contraire, rien n'agit sur les yeux, mais tout agit sur l'&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dura longtemps et, en fin de compte, on ne se mit &#224; table qu'&#224; midi et demi, et nous f&#251;mes agr&#233;ablement surpris en nous trouvant en compagnie de quatre autres cyclistes st&#233;phanois, venus la veille, et de quatre touristes de Saint-Chamond. Le menu fut, comme toujours, simple et abondant et le prix tr&#232;s honn&#234;te. D'ailleurs, pour donner une id&#233;e de la fa&#231;on dont on est trait&#233; &#224; la Trappe d'Aiguebelle, il suffit de rappeler que trois cyclistes de Saint-&#201;tienne, y ayant pass&#233; deux nuits et pris cinq repas, n'y furent tax&#233;s qu'&#224; 20 francs par t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de partir, nous f&#238;mes, B... et moi, emplette de chocolat et de cartes postales, et il n'&#233;tait pas loin de 14 heures quand nous pr&#238;mes cong&#233;. Nous nous &#233;tions document&#233;s pendant le repas sur le meilleur chemin &#224; suivre pour atteindre Viviers, d'o&#249; nous devions gagner Vals par une large vall&#233;e d&#233;pourvue d'ombrages et s&#232;che autant que les Etats-Unis. L'inventeur du d&#233;railleur P. d'A., qui reste, &#224; mon avis, quoi qu'on ait fait depuis, un des meilleurs syst&#232;mes de polyxion, nous contait des merveilles de cette vall&#233;e o&#249; florissait Alba, une ville gallo-romaine de 60.000 &#226;mes, qui fut saccag&#233;e par les barbares, &#224; tel point qu'il n'en reste pas de vestiges. Pourtant, il y avait trouv&#233;, &#231;a et l&#224;, des d&#233;bris int&#233;ressants, m&#234;me des pi&#232;ces de monnaie et quelques bijoux, dont certains qu'il nous montrait, r&#233;v&#233;laient une d&#233;pravation des m&#339;urs, ou peut-&#234;tre une simple na&#239;vet&#233; &#224; laquelle notre civilisation n'est pas encore parvenue. Ma curiosit&#233; avait donc &#233;t&#233; assez &#233;veill&#233;e pour que, souvent, en regardant la carte, j'eusse regrett&#233; de ne pas conna&#238;tre encore cette partie de l'Ard&#232;che que je me figurais aussi fertile et attrayante que la vall&#233;e de l'Eyrieux. Je fus d&#233;&#231;u&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; autant le bout de route de la Trappe &#224; Malataverne et &#224; Viviers par lequel d&#233;butait l'&#233;tape postprandiale nous avait paru charmant, autant la route de Viviers &#224; Villeneuve-de-Berg nous sembla fastidieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; inond&#233;e de soleil, sans arbres, sans ruisseaux, toute en nids de poule, elle se tra&#238;ne le long des nappes vertes des bl&#233;s naissants et des prairies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224;, quelques m&#251;riers et quelques amandiers. Dans la plaine o&#249; fut Alba, nous ne voyons qu'une villa originale entour&#233;e de colonnettes colori&#233;es, qui doivent signifier quelque chose que nous ne parvenons pas &#224; comprendre. Il manque encore &#224; Alba le Fradin de g&#233;nie qui saura mettre en valeur le sol antique et en exhumer assez de curiosit&#233;s pour faire l&#224; un nouveau Glozel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux approches de Villeneuve-de-Berg, le paysage change pourtant d'aspect&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous venons de franchir un sommet qui s&#233;pare les eaux du Rh&#244;ne de celles de l'Ard&#232;che, et nous apercevons plus pr&#232;s de nous les montagnes au pied desquelles nous allons g&#238;ter ce soir. La route longe maintenant en corniche un frais vallon o&#249; prend sa source l'Ibie, un ruisselet baptis&#233; par quelque po&#232;te d'un joli nom de femme, qui rime avec la D&#233;lie de Tibulle et la Lesbie, ch&#232;re &#224; Catulle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle plonge ensuite vers une sorte de torrent et traverse plus loin des champs de pierres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, par une s&#233;rie de lacets d'autant plus dangereux qu'on vient de les inonder de goudron, notre route descend rapidement vers l'Ard&#232;che qu'elle franchit au pied d'Aubenas. De monotone qu'elle &#233;tait depuis Viviers, la voil&#224; devenue int&#233;ressante, vari&#233;e, accident&#233;e au possible. Dans Aubenas m&#234;me on nous envoie, pour nous &#233;viter un long d&#233;tour, sur un raidillon contre lequel je suis mal arm&#233; avec mon petit d&#233;veloppement de 3 m. 30, et j'en suis r&#233;duit &#224; mettre pied &#224; terre &#224; mi-c&#244;te, tandis que mon compagnon, mieux, outill&#233;, gr&#226;ce aux six vitesses de sa flottante &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. S.&lt;/span&gt; A., trouve au bas de son &#233;chelle de d&#233;veloppements, un petit 2 m. 50 qui lui permet d'en boucher un coin &#224; un auto&#239;ste soutenait qu'on ne pouvait, &#224; bicyclette, gra vir de telles rampes. Un auto&#239;ste devrait bien savoir pourtant qu'en abaissant suffisamment sa vitesse, on passe partout, et que des rampes assez roides pour r&#233;sister &#224; 2 m. 50, seront vaincues avec 1 m. 50, d&#233;veloppement qui pa ra&#238;t ridicule, mais qui permet de grimper encore ais&#233;ment, &#224; 6 &#224; l'heure, en se fatiguant beaucoup moins qu'&#224; pousser &#224; pied sa machine, sur des rampes de 12, 15 et 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble que cette mont&#233;e dans Aubenas, imm&#233;diatement suivie d'une longue et dangereuse descente, pourrait &#234;tre &#233;vit&#233;e par une route qui c&#244;toierait l'Ard&#232;che depuis Saint-Didier o&#249; nous venons de la traverser, jusqu'&#224; la B&#233;gude o&#249; nous la retraversons avant d'arriver &#224; Vals. Nous terminons &#224; 19 heures cette premi&#232;re &#233;tape de 230 km.. L'&#233;tape du lendemain sera moins longue, mais plus dure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;tions rencontr&#233;s dix St&#233;phanois &#224; la Trappe d'Aiguebelle, nous nous trouvons quatorze &#224; Vals. Une &#233;pid&#233;mie de bougeotte s&#233;vit &#224; Saint-Etienne, toutes les fois que deux jours de f&#234;te se suivent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous f&#251;mes bien trait&#233;s &#224; Vals, &#224; un prix mod&#233;r&#233;&#160;: 18 francs pour le lit et le d&#238;ner dont le menu fut si abondant que nous ne touch&#226;mes pas au r&#244;ti. Nous f&#238;mes, apr&#232;s le repas, une assez longue promenade dans cette, jusqu'ici, modeste ville d'eaux, qui r&#234;ve de prendre rang &#224; c&#244;t&#233; de Vichy et d'Aix-les-Bains. On y ach&#232;ve un Casino avec ses n&#233;cessaires d&#233;pendances&#160;: h&#244;tel et parc, autour duquel ronfle d&#233;j&#224; une partie de la Volane canalis&#233;e, charg&#233;e d'entretenir la fra&#238;cheur dans ce futur lieu de d&#233;lices. Pour l'instant, Vals-les-Bains est une station endormie et peu &#233;clair&#233;e, et les attractions de Vals-village ne nous semblent pas telles que nous ayons quelque envie de pousser jusque-l&#224; notre reconnaissance nocturne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un beau ciel bleu, prometteur d'une journ&#233;e superbe, nous sourit d&#232;s que nous mettons, le lundi matin, le nez &#224; la fen&#234;tre. A 5 h. 1/4 nous partons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 8 heures nous serons &#224; M&#233;zillac, &#224; 1.000 m&#232;tres plus haut. Nous allons nous d&#233;dommager par la vari&#233;t&#233; des sites de l'insipide monotonie de la vall&#233;e de l'Escoutay o&#249; j'ai attrap&#233; le plus beau coup de soleil qui ait jamais r&#244;ti mon sinciput.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cette heure matinale, dans la gorge &#233;troite o&#249; nous nous engageons, le soleil qui doit &#234;tre pourtant d&#233;j&#224; lev&#233;, ne p&#233;n&#233;trera pas de longtemps et il faudra que nous nous &#233;levions de 500 m&#232;tres pour que ses rayons, d&#233;passant enfin la haute muraille qui nous prot&#232;ge, nous atteignent. A chaque tournant, et il y en a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le paysage change, et voici que nous appara&#238;t le pittoresque village d'Entraigues, &#233;tag&#233; sur un piton qui s&#233;pare deux torrents. Une br&#232;che entre les rochers laisse &#224; ce moment passer un peu de soleil qui dore, bien au-dessus de nous, le clocher carr&#233; comme une tour, haut perch&#233; au sommet du mamelon. L'apparition est f&#233;&#233;rique et nous arr&#234;te un instant. D'ailleurs, nous ne nous pressons gu&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la rampe n'est pas dure et la route, bien trac&#233;e, &#233;vite, par d'amples lacets, les raidillons intempestifs qui, dans certaines routes de montagne, celle de Guillestre au col de Vars par exemple, obligent &#224; changer pr&#233;cipitamment de vitesse, chose peu commode avec la flottante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au pied d'Entraigues, j'ai gard&#233; mon d&#233;veloppement moyen, 5 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pris ensuite le petit, 3 m,30, que je ne quitterai qu'&#224; Lachamp-Rapha&#235;l. Autour du clocher de Laviolle, pointu celui-l&#224; comme une aiguille, nous serpentons pendant plusieurs kilom&#232;tres, &#224; bien qu'apr&#232;s l'avoir aper&#231;u bien au-dessus de nous, nous finirons par l'apercevoir comme au fond d'un trou. Et nous grimpons toujours, notre position s'am&#233;liore, d'humbles nous devenons orgueilleux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#233;cras&#233;s tout &#224; l'heure par des cimes hautaines, nous commen&#231;ons &#224; en dominer quelques-unes et nous voisinons avec les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
A M&#233;zillac, o&#249; nous mettons enfin pied &#224; terre, il vente fort et il fait froid&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques autos qui nous avaient d&#233;pass&#233;s, sont l&#224;, group&#233;es autour de l'h&#244;tel Lafont&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous descendons &#224; l'autre h&#244;tel o&#249; nous f&#251;mes toujours bien trait&#233;s et nous y obtenons un caf&#233; au lait excellent, accompagn&#233; d'un beurre exquis, d'un pain substantiel et d'un app&#233;tit qui est un peu l&#224;, je vous prie de le croire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela pour 2 francs ce n'est vraiment pas cher. Le vent souffle &#224; la fois du sud, de l'est et de l'ouest&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous sera, en somme, plut&#244;t favorable, mais la brume cache les lointains et la vue en sera g&#234;n&#233;e quand nous dominerons tout a l'heure la profonde vall&#233;e de l'Eyrieux, &#224; droite, puis la fuite des prairies vers la cascade du Raypic et la vall&#233;e de l'Ard&#232;che, &#224; gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des monts lointains, dont l'altitude ne le c&#232;de gu&#232;re &#224; celle de nos g&#233;ants c&#233;vennols, ne nous appara&#238;tront que vaguement entre La-champ-Rapha&#235;l et le Gerbier. Tant pis, nous n'en p&#233;dalerons pas moins agr&#233;ablement. Rien ne nous presse, nous respirons &#224; pleins poumons dans le soleil et dans l'air pur, et tout en nous se r&#233;jouit. Je ne voudrais pas m&#233;dire des auto&#239;stes qui passent &#224; nos c&#244;t&#233;s, mais ils n'ont pas l'air de s'amuser, alors que nous ne cessons d'ext&#233;rioriser notre joie de vivre par des exclamations, des chants, des gestes exub&#233;rants, toute la mimique de l'homme primitif en face des splendeurs sublimes de la nature. Car la nature ici ne ressemble en rien aux &#339;uvres mesquines des hommes, elle n'a rien de mignard comme les jardins de Versailles, rien qui fasse songer aux pr&#233;s fleuris et aux bosquets dessin&#233;s par Len&#244;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses architectes sont la temp&#234;te et l'ouragan, la foudre qui d&#233;capite, le torrent qui emporte et qui ensevelit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous venions de traverser Lachamp-Rapha&#235;l quand nous croisons un tandem et trois bicyclettes qui semblent mont&#233;s par le m&#234;me homme, tant se ressemblent par la m&#234;me tenue impeccable&#160;: flanelle blanche, b&#233;ret basque, sac alpin sur le dos, les cinq cyclistes qui passent en file indienne &#224; nos c&#244;t&#233;s. Ils descendaient, nous montions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre tenue dut leur sembler tr&#232;s n&#233;glig&#233;e, car mon principe d'hygi&#232;ne que l'on doit toujours mettre le plus d'&#233;piderme possible en contact avec les ondes cosmiques, me conduit parfois un peu loin et je n'h&#233;site pas &#224; p&#233;daler jambes, t&#234;te et torse nus quand les circonstances m'y invitent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est point le cas aujourd'hui. Mais la correction chez les autres me fait plaisir, et les cyclistes que nous venons de voir me seront un argument, si jamais j'ai &#224; d&#233;montrer qu'on peut, &#224; bicyclette, rester aussi distingu&#233; qu'un joueur de tennis, un danseur mondain, voire un diplomate. &#201;taient-ils polyx&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ignore Ni B..., ni moi ne songe&#226;mes &#224; regarder leurs machines&#160;: d'o&#249; venaient-ils, comment avaient-ils grimp&#233; jusque-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'aurais &#233;t&#233; bien aise de les interviewer, d'autant plus que nous ne rentr&#226;mes ce jour-l&#224; pas d'autres cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'embranchement d'une route qui descend au Puy, le sol devient tr&#232;s mauvais, et pour venir &#224; bout du lit de cailloux volcaniques sur lequel nous roulons, nos ballons ne sont pas de trop&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les autos deviennent plus nombreuses et l'&#233;troitesse du chemin les oblige &#224; man&#339;uvrer quand elles se rencontrent. Beaucoup de monde au pied du Gerbier, o&#249; le chalet du Syndicat, plus d&#233;labr&#233; que jamais, a pourtant quelques visiteurs, mais le modeste filet d'eau qui coulait sur le bord m&#234;me du chemin dans un bassin grand comme une cuvette et qui repr&#233;sentait la source de la Loire, a disparu. Qui l'a d&#233;tourn&#233;, qui a d&#233;moli ce petit bassin symbolique o&#249; nous nous d&#233;salt&#233;r&#226;mes si souvent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A mes deux derniers passages apr&#232;s la guerre, il &#233;tait encore l&#224;. Pourquoi l'administration des Eaux et For&#234;ts l'a-t-elle laiss&#233; d&#233;truire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce pour permettre au propri&#233;taire de la ferme voisine de pr&#233;tendre que la source de la Loire lui appartient, qu'elle est dans son &#233;curie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Mais, au fait, pourquoi n'y aurait-il pas l&#224; un moyen d'exploiter, &#224; la Glozel, la b&#234;tise humaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'un docteur roublard fasse de la r&#233;clame &#224; la vertu curative de la source de la Loire, soit qu'on s'y d&#233;salt&#232;re, soit qu'on s'y baigne la t&#234;te ou le derri&#232;re, et les snobs afflueront. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Entrez, Mesdames et Messieurs, 4 francs par personne, pas plus cher qu'&#224; Glozel, et vous allez voir de l'eau beaucoup plus ancienne que des galets alphab&#233;tiques, plus ancienne m&#234;me que l'homme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et pourquoi emp&#234;cherait-on les paysans astucieux de tirer de leur champ autre chose que des pommes de terre. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si les pierres grav&#233;es et les d&#233;bris de vaisselle trouvent des acheteurs, pourquoi nous emp&#234;cher d'en fabriquer et d'en vendre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, disent-ils avec raison, et pourquoi poursuit-on Fradin et ses comp&#232;res&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je ne trouve pas qu'ils aient tort de faire tomber dans leur escarcelle une faible partie des millions qui sont tous les jours soutir&#233;s &#224; la vieille et toujours florissante b&#234;tise humaine. Je trouve seulement mauvais qu'on ait escamot&#233; la petite source qui, de tout temps, offrit sa goutte d'eau pure au voyageur alt&#233;r&#233;. Mais les pouvoirs publics ont tellement, en France, l'habitude de sacrifier l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#224; l'int&#233;r&#234;t particulier que je n'en suis pas autrement &#233;tonn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Gerbier, dont aucune verdure ne cache encore la nudit&#233;, la route s'am&#233;liore et nous pouvons, &#231;&#224; et l&#224;, nous laisser aller un peu vite, mais quelques haltes s'imposent pour admirer sans danger les merveilleuses &#233;chapp&#233;es qu'on y a, ici vers le gouffre du Pradoux, l&#224; vers la Chartreuse de Bonnefoy. Si vous me demandiez ce qui me frappe le plus pendant le trajet des Estables au Gerbier que j'ai fait bien souvent, tant&#244;t dans un sens, tant&#244;t dans l'autre, je vous r&#233;pondrais&#160;: c'est le rocher du Pradoux et la formidable d&#233;pression qu'il domine et qui se termine en un gouffre inaccessible ou qui me para&#238;t tel. La premi&#232;re fois que j'arrivai l&#224;, venant des Estables, j'eus l'impression que j'allais bondir dans un ab&#238;me, tant la route a l'air de se d&#233;rober devant l'immense excavation, par un brusque coude &#224; droite qu'on ne voit qu'au dernier moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne faisons que traverser les Estables o&#249; quelques vieilles femmes jacassent en man&#339;uvrant adroitement leurs b&#226;tonnets de dentelli&#232;res. Mais le vent nous prend ici nettement en poupe et nous filons, apr&#232;s les Estables, &#224; une vitesse certainement excessive, vu l'&#233;tat du sol o&#249; parfois nos Ballons se heurtent &#224; de v&#233;ritables lits de silex plats et tranchants qu'ils projettent &#224; droite et &#224; gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous devons souvent avoir recours &#224; nos freins et, tout &#224; coup, j'aper&#231;ois B..., mon compagnon, qui me pr&#233;c&#233;dait de quelques centaines de m&#232;tres, arr&#234;t&#233; sur le bord de la route. Je passe en trombe en m'informant de ce qui est arriv&#233;. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Rien de grave&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit-il, et je continue. Je calcule que je puis &#234;tre &#224; midi &#224; Fay&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y commanderai le repas et nous en repartirons &#224; 14 heures, avec la quasi-certitude de rentrer, selon le programme, bien avant la nuit &#224; Saint-Etienne. Souvent, avec le vent favorable d'aujourd'hui, je n'ai mis que quatre heures pour ce trajet de 75 km... &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Perrette, sur sa t&#234;te, ayant un pot de lait, bien pos&#233; sur un coussinet, pr&#233;tendait arriver sans encombre &#224; la ville...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; qu'un kilom&#232;tre plus loin, je sens mon pneu avant prendre mal au c&#339;ur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je descends, j'examine, un clou est plant&#233; au beau milieu de la bande de roulement. La premi&#232;re crevaison, apr&#232;s 1.600 km., des pneus demi-couverts de ma Ballon n&#176;&#160;2. R&#233;paration facile, termin&#233;e en quelques minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; B... va arriver et nous repartirons ensemble. Mais B... n'arrive pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les minutes passent, je ne vois rien surgir au sommet du petit dos d'&#226;ne qui nous s&#233;pare. Le d&#238;ner que je voyais si proche tout &#224; l'heure, s'&#233;loigne et mon estomac r&#233; clame&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai dans mon sac de quoi le satisfaire et je me mets &#224; table&#160;: oranges, riz, chocolat, le menu est vari&#233;, tout y passe, mais B... ne passe pas, lui, et je me d&#233;cide &#224; aller voir ce qu'il fait. Ce qu'il fait, parbleu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il bataille avec son pneu arri&#232;re qui, r&#226;p&#233; par un coup de frein trop brusque, s'est us&#233; jusqu'&#224; la toile et a &#233;clat&#233;. Il a d&#233;j&#224; coll&#233; un empl&#226;tre en dedans, une rustine en dehors, il a r&#233;par&#233; sa chambre, remis le tout en place, regonfl&#233; et &#231;a ne tient pas. Faudra-t-il donc remplacer chambre et enveloppe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'&#224; cela ne tienne, j'ai emport&#233; ce qu'il faut, un chambre Ballon dans mon sac et une enveloppe Ballon en une petite couronne ficel&#233;e &#224; plat sur mon garde-boue arri&#232;re o&#249; elle ne me g&#234;ne pas, tient peu de place et sert m&#234;me de porte-bagage. Seulement B... ne veut pas d&#233;tacher sa roue arri&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faudrait r&#233;gler ensuite le moyeu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. S.&lt;/span&gt; A., la flottante, tout le tremblement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pr&#233;f&#232;re red&#233;monter son pneu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous transportons la machine vers le ruisseau voisin et nous passons la chambre dans l'eau. On d&#233;couvre et l'on obture un tout petit trou que l'auscultation n'avait pu r&#233;v&#233;ler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on regonfle et pendant que mon compagnon remet ses outils en place, je file devant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; B... me rattrapera vite et c'est lui qui ira commander le d&#233;jeuner. Mais B... ne me rattrape pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; deux croisements de route, je l'attends vainement. Je n'ai plus le temps de revenir sur mes pas et je suis forc&#233; d'abandonner &#224; son malheureux sort, mon compagnon, qui fut pour moi constamment un pr&#233;cieux auxiliaire, poussant la complaisance jusqu'&#224; rebrousser chemin pendant plusieurs kilom&#232;tres, &#224; Laville-Dieu, pour retrouver mon sac &#224; provisions que j'avais &#233;tourdiment laiss&#233; choir sur la route. Son sort, heureusement, ne fut pas trop cruel, puisqu'il put, apr&#232;s consolidation des r&#233;parations h&#226;tivement faites, rentrer chez lui, &#224; Fir-miny, par la voie la plus directe, avant la nuit. Quant &#224; moi, je rentrai &#224; 19 h. 1/2 sans le moindre incident d&#233;sagr&#233;able, par Fay que j'avais travers&#233; sans m'y arr&#234;ter, &#224; 14 h., Mazet-Saint-Voy o&#249; je m'&#233;tais lest&#233; d'un caf&#233; au lait capable de tenir lieu du repas escamot&#233;, Tence o&#249; le soleil me parut terriblement chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Montfaucon o&#249; je me douchai abondamment, Duni&#232;res o&#249; j'eus la bonne fortune de causer un instant avec M.&#160;C..., de Firminy, qui prit part quelquefois et qui r&#233;cidivera, je l'esp&#232;re, &#224; mes excursions dominicales, Marlhes et enfin Saint-Genest-Malifaux et Le Bic&#234;tre o&#249; je me m&#234;lai au flot, des autos de tourisme revenant du Midi par le col des Grands-Bois. Et je termine ce long r&#233;cit de notre excursion de la Pentec&#244;te par ce d&#233;tail qui ne manque pas d'importance&#160;: au cours des 385 km. qu'elle comporta, nos d&#233;penses ne s'&#233;lev&#232;rent qu'&#224; 34 francs par t&#234;te, plus quatre oranges et cinq bananes que j'avais emport&#233;es. Et nunc cru dimini, vous tous qui croyez qu'on ne peut plus voyager qu'&#224; grands frais.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JUIN&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agissait cette fois ni d'excursion, ni de randonn&#233;e, il s'agissait simplement d'une &#233;tape de transport rapide et peu co&#251;teux. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais huit jours avant, au cours de ma randonn&#233;e pentecostale, oubli&#233; &#224; Valence mon passe-montagne et je m'&#233;tais promis d'aller le chercher le dimanche suivant. L'objet &#233;tait de peu d'importance et il e&#251;t &#233;t&#233; ridicule, de mobiliser pour cela un avion ou m&#234;me une simple moto, encore moins de s'infliger 250 km. de compression dans les bo&#238;tes &#224; sardines du P.-L.-M.&#160;J'avais d'ailleurs sous la main ma Ballon n&#176;&#160;2, toute poussi&#233;reuse encore des 380 km. de l'itin&#233;raire des 27 et 28&#160;mai, et c'est elle que je choisis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette bicyclette, qui m'a servi &#224; P&#226;ques, &#224; Pentec&#244;te, dans plusieurs excursions dominicales et qui me sert presque tous les jours, peu ou prou, pour mes courses en ville, a maintenant pr&#232;s de 3.000 kilom&#232;tres &#224; son actif&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses pneus fa&#231;on-main demi-couverts de luxe, ne semblent pas fatigu&#233;s le moins du monde et je n'ai encore &#224; son passif qu'une seule crevaison. Voil&#224; de bons &#233;tats de service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pars donc ce premier dimanche de juin, &#224; 3 heures, et d&#233;barque sur les bords du Rh&#244;ne &#224; 5 h. 50, malgr&#233; pas mal de temps perdu &#224; pester contre le mauvais &#233;tat de la route et &#224; m'&#233;pousseter apr&#232;s une superbe culbute, en pleine vitesse, &#224; 3 km. d'Andance, heureusement dans la poussi&#232;re &#233;paisse qui amortit le choc. C'est ma premi&#232;re pelle s&#233;rieuse de l'ann&#233;e et je m'en tire &#224; mon honneur avec quelques &#233;corchures et une contusion int&#233;ressant tout le c&#244;t&#233; droit, de l'&#233;paule &#224; la cheville. Dieu soit lou&#233;, je sais encore tomber. Mes r&#233;flexes n'ont pas oubli&#233; (je le leur ai assez souvent rappel&#233;), qu'ils doivent en pareil cas mettre le corps en boule ou le d&#233;velopper de tout son long, afin que le rude contact avec le sol se r&#233;partisse sur la plus grande surface possible&#160;: un choc g&#233;n&#233;ralis&#233; n'est plus que meurtrissure, tandis que localis&#233; sur un seul point, il peut devenir fracture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traversai le Rh&#244;ne &#224; Saint-Vallier et je mis pied &#224; terre &#224; Valence, devant la gare, &#224; 7 h. 40. Je m'orientai et retrouvai facilement le caf&#233; o&#249; j'avais oubli&#233; mon couvre-chef. J'y d&#233;jeunai et, &#224; 8 heures, je pris le chemin du retour, d&#233;cid&#233; &#224; rester sur la rive gauche jusqu'&#224; Andance, car sur la rive droite la chauss&#233;e est dans un &#233;tat d&#233;plorable, pire que celui de la route du col des Grands-Bois, entre les bornes 82 et 85, ce qui n'est pas peu dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et quart, j'arrivai &#224; Bourg-Argental et y d&#233;jeunai excellemment, &#224; un prix mod&#233;r&#233;, &#224; l'h&#244;tel de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais promis, ayant du temps devant moi pour rentrer avant la nuit, de fl&#226;ner en cours de route, et je pris dans cette intention la route qui monte par Saint-Sauveur, o&#249; les jolis sous-bois et les sources d'eau vive ne manquent pas. Mais je ne me laissai pas tenter par les frais ombrages et le soleil ayant, en peu d'instants, ouvert mes pores &#224; la bonne sueur prostprandiale, je me sentis &#224; ce point rafra&#238;chi par l'&#233;vaporation cutan&#233;e que je n'eus pas &#224; combattre un exc&#232;s de chaleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;tape-transport de 190 kmg. se termina donc de tr&#232;s bonne heure et, bien que je n'aie rien dit de l'agr&#233;ment qu'elle comporte pour qui sait regarder autour de soi, tout en gr&#234;lant des kilom&#232;tres, j'en ai gard&#233; un bon souvenir. J'en ai m&#234;me retir&#233; quelques aper&#231;us nouveaux sur les cons&#233;quences th&#233;rapeutiques d'une randonn&#233;e, car je n'estime pas la bicyclette seulement pour ses qualit&#233;s de transport pratique, je l'estime peut-&#234;tre plus encore pour sa valeur hygi&#233;nique et son action curative et pr&#233;ventive dans bien des maladies que les drogues aggravent plus souvent qu'elles ne les gu&#233;rissent.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans le Cantal (1911)</title>
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		<dc:date>2022-03-28T12:50:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
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		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Cantal</dc:subject>
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		<dc:subject>Allagnon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous allons rarement de ce c&#244;t&#233;, attir&#233;s comme nous le sommes par le voisinage des Alpes et nous avons tort&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le Massif central n'a rien de banal et les sites les plus divers s'y succ&#232;dent peut-&#234;tre plus rapidement que dans les Alpes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot145" rel="tag"&gt;Allagnon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1911, p.127-130, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote 1328_11&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons rarement de ce c&#244;t&#233;, attir&#233;s comme nous le sommes par le voisinage des Alpes et nous avons tort&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le Massif central n'a rien de banal et les sites les plus divers s'y succ&#232;dent peut-&#234;tre plus rapidement que dans les Alpes. On n'y voit pas de glaciers, mais la neige, &#224; cette &#233;poque, n'y manque pas et elle y persiste, nous a-t-on dit, jusqu'&#224; fin juin. La principale des causes qui tiennent les cyclotouristes de notre r&#233;gion &#233;loign&#233;s des montagnes cantaliennes est incontestablement la difficult&#233; d'y acc&#233;der par voie ferr&#233;e. Alors que de Paris on peut, en partant le soir, grimper le lendemain de bonne heure au puy Mary, il faudrait partir &#224; midi de Saint-&#201;tienne et aller coucher &#224; pied d'&#339;uvre pour pouvoir en faire autant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions, mieux vaut tout faire par la route, mais il nous faut alors plus de temps que pour aller p&#233;daler dans le Vercors et, dame&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le temps c'est ce qui nous manque le plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, en deux jours et demi un cyclotouriste quelque peu doubl&#233; d'un randonneur peut s'offrir le joli tour qu'&#224; deux nous venons de faire et dont voici l'horaire et les grandes lignes.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;part la veille de la Pentec&#244;te &#224; midi et demi de Saint-&#201;tienne, place Jacquard. Le temps est gris, la pluie imminente et le vent, assez fort, souffle du midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous l'auront donc contre nous jusqu'au soir. Par Roche-la-Moli&#232;re nous descendons au Pertuiset, et avant Saint-Maurice la pluie nous force &#224; rev&#234;tir jambi&#232;res et imperm&#233;ables. Sur le plateau ondul&#233; qui court jusqu'&#224; Saint-Pal-en-Chalencon il a plu abondamment et le sol est tr&#232;s boueux, mais le temps para&#238;t s'am&#233;liorer et nous p&#233;dalons gaiement, malgr&#233; le vent qui jusqu'&#224; la Chaise-Dieu nous retardera d'une heure sur nos pr&#233;visions. Nous nous y arr&#234;tons d'ailleurs pour nous restaurer et p&#233;troler une roue libre qui devient folle par moments, et nous n'en partons qu'&#224; 18 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel se d&#233;gage de plus en plus, du bleu appara&#238;t &#231;&#224; et l&#224; et le soleil perce enfin les nuages. La descente nous entra&#238;ne rapidement, mais dans les bois la boue est atroce, puis la route devient id&#233;alement roulante et nous traversons des paysages d&#233;licieux, d'une fra&#238;cheur toute printani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une forte contrepente nous emm&#232;ne hors d'une gorge o&#249; nous &#233;tions tomb&#233;s et nous traversons Champagnac &#224; 17 heures, mais un moment apr&#232;s une premi&#232;re crevaison nous arr&#234;te et nous vaut deux d&#233;montages successifs. Nous n'entrons &#224; Brioude qu'&#224; vingt heures, pour y allumer nos lanternes et continuer dans la direction de Massiac, o&#249; nous nous arr&#234;tons &#224; 21 heures et demie &#224; l'h&#244;tel de la Poste, simple, mais bon et bon march&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 4 heures, le lendemain, nous sommes sur la route qui remonte l'Allagnon jusqu'&#224; Murat, que nous atteignons &#224; 6 heures, affam&#233;s et tremp&#233;s par une pluie fine, contre laquelle nous n'avions pas jug&#233; utile de nous d&#233;fendre. On se r&#233;chauffe en d&#233;jeunant solidement dans un caf&#233;-restaurant que nous d&#233;couvrons pr&#232;s de la gare, apr&#232;s avoir fait le tour de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne se l&#232;ve pas de grand matin &#224; Murat. Par mesure de pr&#233;caution, nous p&#233;trolons encore la roue libre et nous partons &#224; 6 h. 45 pour le puy Mary, dont la route d&#233;bute dans Murat m&#234;me par un raidillon carabin&#233;, compliqu&#233; d'un virage qui doit joliment g&#234;ner les autos. Nos petits d&#233;veloppements nous permettent toujours de franchir ces passages avec le sourire et en causant avec d&#233;sinvolture, ce qui &#233;pate pas mal de gens, tant &#224; Murat qu'&#224; Paris, et partout o&#249; l'on ne sait pas encore appr&#233;cier les m&#233;rites de la polymultiplication. Ce raidillon est d'ailleurs tr&#232;s court et nous nous &#233;levons par une pente raisonnable jusqu'&#224; un col d'o&#249; une descente rapide nous emm&#232;ne dans une autre vall&#233;e en nous faisant perdre pr&#232;s de 200 m&#232;tres d'altitude. Dans cette vall&#233;e il a plu sans doute copieusement, &#224; en juger par la boue que nous y trouvons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais tout cela n'est rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Murat le vent nous est favorable et le temps inqui&#233;tant le matin semble s'&#233;lever de plus en plus. Nous aussi, du reste, puisque nous voici &#224; 9 heures devant l'h&#244;tel du Puy-Mary, &#224; 1.400 m&#232;tres. Le patron qui nous voit arriver, cr&#226;ne et torse nus, s'effare et nous menace de la pleur&#233;sie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous avons adopt&#233; depuis quelques ann&#233;es &#224; l'&#201;cole st&#233;phanoise, pour les ascensions en haute montagne, cette tenue simple, hygi&#233;nique et, j'ose dire, plus d&#233;cente, plus correcte, plus conforme &#224; la dignit&#233; humaine que la tenue d&#233;braill&#233;e qui d&#233;pare tant de cyclotouristes qu'on voit passer manches retrouss&#233;es, chemise entr'ouverte et baveuse de sueur. D'ailleurs, l'hygi&#232;ne avant tout, et le bain d'air en haute montagne, l'&#233;piderme fouett&#233; par le vent, cingl&#233; par la pluie, les pores ouverts par la sueur aux balsamiques effluves des hautes altitudes, le sang &#224; fleur de peau s'offrant &#224; l'action microbicide du soleil, rien qui vous nettoie et qui vous r&#233;g&#233;n&#232;re un organisme comme cela, et je regrette que l'invention de la pudeur nous emp&#234;che pour le moment de nous d&#233;v&#234;tir davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L&#233;oty est tr&#232;s affair&#233;e au moment o&#249; nous entrons &#8212; en tenue de ville, bien entendu &#8212; dans la cuisine o&#249; tout est sens dessus dessous. Pensez donc, elle a r&#233;ouvert depuis deux jours seulement son h&#244;tel et &#224; midi elle aura vingt convives, dont le couvert est dress&#233; dans la salle voisine, d&#233;j&#224; atti&#233;die par un po&#234;le ronflant. Mais ce qui ne veut pas ronfler, c'est le fourneau, en d&#233;pit de brindilles arros&#233;es d'alcool dont on le bourre. En attendant le tilleul que nous avons demand&#233;, nous feuilletons le livre des touristes, nous nous y inscrivons m&#234;me, ce qui permettra &#224; M.&#160;le docteur G.... du Breil-sur-Merize, abonn&#233; et collaborateur du Cycliste, qui passa ce jour-l&#224; m&#234;me au puy Mary, de constater notre passage. Les cyclotouristes parisiens que l'on attend seront bien trait&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le menu, qui commence par des escargots et finit par une cr&#232;me Chantilly, est copieux et sera cuit &#224; point, car le fourneau se d&#233;cide &#224; ronfler et nous pouvons enfin boire notre tilleul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le temps a fui, il est pr&#232;s de 10 heures et nous devons &#224; midi et demi rencontrer &#224; Saint-Cemin un autre groupe de cyclotouristes parisiens, qui passeront &#224; leur tour, le jour suivant, &#224; l'h&#244;tel du Puy-Mary, qui vraiment n'aura pas &#224; se plaindre, pendant ces deux jours, de la raret&#233; des clients.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vite en selle et enlevons &#224; 10 &#224; l'heure les deux derniers kilom&#232;tres &#224; 9 ou 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui nous s&#233;parent du pas du Peyrol. &#192; 10 heures nous sommes au col, et comme il est probable que les vagabonds ne fr&#233;quentent gu&#232;re par l&#224;, nous confions nos montures &#224; la borne indicatrice et nous grimpons par une pente assez roide, mais tr&#232;s facile, au sommet, &#224; 1.787 m&#232;tres d'altitude. Les nuages qui nous avaient cach&#233; les points extr&#234;mes toute la matin&#233;e se sont &#233;lev&#233;s et nous pouvons apercevoir le Sancy. Nous aurions pu apercevoir, sur la route du Clairs au col de S&#232;vres, la th&#233;orie des vingt cyclotouristes attendus &#224; l'h&#244;tel, si nous les avions cherch&#233;s de ce c&#244;t&#233;, mais nous pensions les rencontrer sur la route de Salers.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route bonne jusqu'au col du c&#244;t&#233; de Murat, est ex&#233;crable du c&#244;t&#233; de Salers pendant deux ou trois kilom&#232;tres&#160;: la pente est aussi beaucoup plus forte et je crois que nous aurions d&#251; en faire &#224; pied une partie si nous &#233;tions mont&#233;s de ce c&#244;t&#233;. Tout s'am&#233;liore d&#232;s que nous entrons sous les bois de h&#234;tres d'un vert tendre et l&#233;ger qui tapissent le flanc de la montagne&#160;: bient&#244;t, laissant &#224; droite une route qui gagne le fond de la vall&#233;e, nous nous &#233;levons un peu et nous courons en corniche au-dessus de cette vall&#233;e, que nous finissons par dominer de tr&#232;s haut et qui e&#251;t fort belle, tr&#232;s bois&#233;e et tr&#232;s peupl&#233;e. Tout &#224; coup, notre route s'infl&#233;chit &#224; gauche, passe dans une autre vall&#233;e pas bois&#233;e du tout, encore moins habit&#233;e, mais d&#233;j&#224; profonde et le tableau est merveilleux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est tr&#232;s roulant et la pente tr&#232;s douce autorise, sans le moindre danger, la vitesse limite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne nous en privons pas, d'autant plus que l'heure nous presse, que je veux m'arr&#234;ter &#224; Salers pour t&#226;cher de remplacer mon raccord de pompe que j'ai perdu, ce qui me rend et me rendra pendant tout le voyage tributaire de mon compagnon, car, &#224; Salers, pas de raccord qui s'adapte &#224; ma pompe Bluemel. Nous profitons n&#233;anmoins de l'arr&#234;t pour tremper quelques croissants dans du caf&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; midi sonne et 30 kilom&#232;tres encore nous s&#233;parent de Saint-Cernin. Vous me croirez si vous voulez, mais nous les avons b&#226;cl&#233;s en une heure et quart, malgr&#233; trois contrepentes assez longues, mais peu dures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous arrivons en retard, mais nous ne sommes pas les derniers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'on ne se mit &#224; table qu'&#224; 14 heures. Le menu de l'h&#244;tel Cambefort vaut mieux encore que celui du Puy-Mary, pourtant il n'y a pas, de cr&#232;me Chantilly ni d'escargots, ni de truites... Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pourquoi n'ai-je pas &#233;t&#233; pr&#233;venu &#224; temps, regrette M.&#160;Cambefort, dont l'h&#244;tel est tr&#232;s bien tenu et dont les prix sont cependant rest&#233;s mod&#233;r&#233;s. Le repas fut &#233;gay&#233; par les apostrophes les plus v&#233;h&#233;mentes et les plus comiques que se lanc&#232;rent sans interruption les deux groupes, les partisans du moindre effort qui n'avaient fait le matin qu'une quarantaine de kilom&#232;tres faciles, juste ce qu'il fallait pour se mettre en app&#233;tit, et les randonneurs qui s'&#233;taient trac&#233; un itin&#233;raire de 60 kilom&#232;tres h&#233;riss&#233; de difficult&#233;s telles que quelques-uns ne purent les surmonter et n'arriv&#232;rent pas &#224; Saint-Cernin. On nous cita le cas d'un jeune monomultipli&#233; qui d&#232;s la premi&#232;re c&#244;te un peu rude l&#226;cha pied au bout de quelques kilom&#232;tres et pr&#233;f&#233;ra filer vers Salers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seize heures allaient sonner quand nous nous s&#233;par&#226;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos amis de Paris se proposaient de fouiller jusque dans leurs replis les vall&#233;es qui descendent du puy Mary, qu'ils se r&#233;servaient d'ascensionner le lendemain, et nous devions monter au Lioran. Route superbe jusqu'&#224; Aurillac, que nous traversons &#224; 17 heures et d'o&#249;, par une rampe insensible et une route toujours tr&#232;s belle, on s'&#233;l&#232;ve pendant 38 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un seul raidillon, d'environ 500 m&#232;tres, nous oblige &#224; prendre le petit d&#233;veloppe ment de 3 m&#232;tres, mais trois crevaisons successives en cinq kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; guigne et chance ne sont pas de vains mots&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; ralentissent assez notre marche pour que nous n'arrivions qu'&#224; la nuit &#224; l'entr&#233;e du tunnel, o&#249; nous p&#233;n&#233;trons juste au moment o&#249; un train venant d'Aurillac p&#233;n&#232;tre sous le sien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faute de nous &#234;tre pr&#233;alablement renseign&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous descendons &#224; l'h&#244;tel de la Compagnie d'Orl&#233;ans, au lieu d'aller &#224; c&#244;t&#233;, &#224; l'h&#244;tel du Lioran, qui convient mieux aux bourses modestes et o&#249; l'on est, para&#238;t-il, aussi bien sinon mieux trait&#233;. La Compagnie d'Orl&#233;ans estampe le voyageur, qui est d'ailleurs imm&#233;diatement renseign&#233; par une pancarte accroch&#233;e dans chaque chambre, sur le sort qui l'attend&#160;: 5 francs le logement et 4 fr. 50 le d&#238;ner, c'est pour rien et l'on peut se croire aux h&#244;tels suisses des grandes altitudes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Massiac nous avions heureusement fait des &#233;conomies et la d&#233;pense pr&#233;vue (20 francs) pour notre excursion pentecostale n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour n'avoir pas de concurrent, la Compagnie aurait voulu acheter son voisin, elle ne l'a pas pu, alors qu'a-t-elle fait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Elle l'a parqu&#233; chez lui derri&#232;re une barri&#232;re et l'a priv&#233; de la vue sur la montagne par deux constructions interpos&#233;es. Tant et si bien, que l'h&#244;tel du Lioran, &#224; c&#244;t&#233; de son puissant voisin, a l'air quelque peu mis&#233;rable, mais il ne faut pas le juger d'apr&#232;s les apparences, et nous avons vu s'y arr&#234;ter le soir m&#234;me une luxueuse automobile, dont le propri&#233;taire savait sans doute &#224; quoi s'en tenir. Souhaitons donc, cyclistes, que ce petit concurrent tienne bon et descendons &#224; l'h&#244;tel du Lioran. Que diable, nous ne posons pas pour les Carnegie et les Rockfeller&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Apr&#232;s tout, si vous &#234;tes un raffin&#233; de la civilisation, un amateur du luxe et du confort, que vous pr&#233;f&#233;riez comme baignoire une cuvette &#233;maill&#233;e au lit d'un torrent et les W.-C. du Touring &#224; la mousse des bois ombreux, si votre bourse est bien garnie, allez &#224; l'h&#244;tel de la Compagnie, rien ne s'y oppose, vous y serez tr&#232;s bien. Je m'y trouvai m&#234;me si bien dans ma chambrette claire, o&#249; l'air entrait &#224; flots par la porte grande ouverte sur un balcon orn&#233; du pavillon du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., je m'y trouvai si bien que je m'attardai une heure enti&#232;re dans l&#224; contemplation de la for&#234;t inond&#233;e de lumi&#232;re par le soleil levant et je n'&#233;veillai mon compagnon qu'&#224; 5 heures. Nous partions un instant apr&#232;s, et comme nous avions gard&#233; un excellent souvenir du d&#233;jeuner de la veille et qu'il &#233;tait inutile d'arriver &#224; Murat avant 6 heures, nous interromp&#238;mes le cours de la descente en roue libre pour ob&#233;ir &#224; l'invitation d'un poteau, et nous all&#226;mes visiter les gorges de l'Allagnon,, qui grondait &#224; 100 m&#232;tres au-dessous de la route. Mes sandales de capucin ne conviennent pas pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce genre de travail, pas plus qu'&#224; l'ascension des puys Mary et autres, aussi les ai-je ramen&#233;es en piteux &#233;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 7 heures, solidement lest&#233;s, nous tournons le dos &#224; Murat et &#224; la boucle splendide que nous venions de boucler en 24 heures, et qui ne le c&#232;de en rien &#224; tout ce qu'on peut voir dans le m&#234;me temps, n'importe o&#249;, et nous n'avons plus que Saint-&#201;tienne comme objectif. Nous n'en avons pas moins vu du coin de l'&#339;il des sites ravissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre Murat et Saint-Flour belle vue d'en-semble sur le Massif central, du Plomb au puy Mary dont les sommets se reconnaissent ais&#233;ment aux lambeaux de neige qu'ils retiennent encore. De Saint-Flour &#224; V&#233;drines-Saint-Loup paysage gentil sans rien de saillant, la route s'&#233;l&#232;ve en corniche au-dessus de la plaine ensoleill&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au cours de cette mont&#233;e de 6 kilom&#232;tres, un incident nous distrait un moment. Un cycliste de Saint-Flour nous accompagnait et nous discutions des avantages de la poly que notre homme ne saisissait pas bien. Il &#233;tait &#224; bicyclette tous les jours et allait m&#234;me aux alentours du puy Mary, dans les burons, vendre des machines &#224; coudre. &#8212; Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! disait-il, pour moi il n'y a qu'une machine qui vaille, une Peugeot &#224; un seul d&#233;veloppement, 6 m&#232;tres, et je passe partout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en ai pourtant essay&#233; des machines depuis dix ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! votre fourbi de cha&#238;nes, de moyeux, &#231;a fait du poids et c'est compliqu&#233;, &#231;a ne m'irait pas. Le fait est que nos machines, la mienne avec ses bagages, son moyeu &#224; 2 vitesses, ses deux cha&#238;nes, celle de mon compagnon avec ses trois cha&#238;nes, paraissaient un peu encombr&#233;es et encombrantes &#224; c&#244;t&#233; de la mono Peugeot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous venions de d&#233;passer une carriole l&#233;g&#232;re et nous continuions &#224; causer sans h&#226;ter le pas, quand le conducteur s'avisa de fouetter son cheval pour nous d&#233;passer &#224; son tour. &#8212; Bon, fis-je, voil&#224; un imb&#233;cile qui va &#233;reinter sa b&#234;te, activons un peu pour le d&#233;courager. &#8212; C'est &#231;a, dit le mono local, d'un ton l&#233;g&#232;rement narquois, activez un peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous poussons, il nous suit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le cheval fouaill&#233; pousse aussi et &#231;a dura deux ou trois cents m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le cheval reprend le pas et notre homme met pied &#224; terre et pousse sa mono. La route revenant deux ou trois fois sur elle-m&#234;me, nous le v&#238;mes longtemps et toujours &#224; pied. Nous en f&#251;mes donc r&#233;duits &#224; lui souhaiter de loin bon voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je souhaite qu'il ait compris qu'il y a autre chose que du poids et des complications dans une polymultipli&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
De V&#233;drines, o&#249; du reste l'on ne passe pas, &#224; Lavoute-Chilhac, on suit d'abord les sinuosit&#233;s d'un ravin dont les deux pentes sont bois&#233;es du haut en bas en un tel fouillis de verdure qu'on n'y voit pas un brin de terre, de prairie ou de roche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et, dans ce nid, sur un promontoire que contourne le ruisseau, appara&#238;t soudain un mignon castel moderne flanqu&#233; de tourelles, id&#233;ale demeure de r&#234;ve, confortable th&#233;ba&#239;de o&#249; l'on ne risque pas d'&#234;tre troubl&#233; par les importuns.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis la route regrimpe &#224; flanc de coteau, en plein soleil, pour passer dans une autre vall&#233;e plus d&#233;couverte mais plus fertile et finit &#224; Lavoute, o&#249; nous traversons l'Allier sur un pont &#224; une arche qui rappelle celui de Vieille-Brioude. Nous allons rejoindre &#224; Saint-Georges-d'Aurac la route de Brioude au Puy, admirablement trac&#233;e, bord&#233;e d'arbres qui nous abritent du soleil d&#233;j&#224; bien chaud. Il est onze heures et demie bien sonn&#233;es quand nous quittons Saint-Georges, apr&#232;s nous &#234;tre d&#233;salt&#233;r&#233;s. Nous grimpons &#224; l'allure r&#233;guli&#232;re de 15/16 &#224; l'heure, avec le d&#233;veloppement de 5 m&#232;tres et nous avons t&#244;t fait d'arriver &#224; Lachaud, o&#249; je me souviens d'avoir autrefois d&#233;jeun&#233; dans une ferme-restaurant.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord des ablutions abondantes, puis un d&#233;jeuner simple mais substantiel, apr&#232;s quoi, pendant qu'on nous pr&#233;pare du caf&#233; tout frais, nous consolidons la r&#233;paration faite la veille un peu trop vite au pneu de mon compagnon. Tout cela nous conduit &#224; 13 h. 45. D&#233;cid&#233;ment nous fl&#226;nons trop et nous paierons cela le soir m&#234;me. La route continue &#224; monter doucement et &#224; &#234;tre tr&#232;s roulante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons constamment sous les yeux un. paysage reposant de prairies entrecoup&#233;es de bois de sapins et parfois de h&#234;tres au clair feuillage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela ressemble, beaucoup &#224; ce que nous avons vu entre Salers et Aurillac sauf les ruisseaux qui sont ici insignifiants.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'atmosph&#232;re est d'une limpidit&#233; extraordinaire quand nous arrivons au Puy. Je n'ai jamais vu aussi nettement le rocher de Polignac et les mille et une bastides qui jettent leur gai coloris, murs blancs et toits rouges, parmi les prairies et les coteaux verdoyants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je crois m&#234;me d&#233;couvrir une nouvelle fois la ville f&#233;erique, merveilleuse entre toutes, &#224; laquelle d'un commun accord on a donn&#233; la palme de l'originalit&#233; pittoresque.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 16 heures nous en sortons par la route des bords de la Loire qui, apr&#232;s tout ce que nous venons de voir, &#233;veillent encore et retiennent notre attention. On a beau dire que nous p&#233;dalons sans voir quoi que ce soit, mais nous ne faisons pas autre chose que regarder et nous ralentissons et nous nous arr&#234;tons m&#234;me quelquefois pour mieux voir. Nous d&#233;cidons de revenir par Rozi&#232;res, Baux, Bas et Aurec. &#192; Bas, dernier arr&#234;t &#224; 19 heures. Je perds l&#224; tout espoir de rentrer avant la nuit, la route est, par surcro&#238;t, en r&#233;paration et on ne peut y passer qu'&#224; pied pendant des centaines de m&#232;tres. &#192; Aurec, il faut allumer les lanternes et ce m'est un supplice que d'aller, ainsi jusqu'au Pertuiset sur une route encombr&#233;e de pi&#233;tons et de voitures qui se d&#233;rangent quand &#231;a leur pla&#238;t. Au Pertuiset nous bouclons le huit que nous venons de tracer autour de Murat et &#224; 22 heures enfin nous r&#233;int&#233;grons nos domiciles respectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;capitulant, nous trouvons pour le samedi, demi-&#233;tape de transport de Saint-&#201;tienne &#224; Massiac, 150 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour le dimanche &#233;tape d'excursion de Massiac au Lioran, par le puy Mary, 180 kilom&#232;tres, et pour le lundi &#233;tape-transport du Lioran &#224; Saint-&#201;tienne, 200 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;pense totale par t&#234;te&#160;: 19 fr . 40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fait incroyable mais v&#233;ridique&#160;: nous n'avons pas, de Saint-Etienne &#224; Aurillac, rencontr&#233; sur route une seule voiture automobile. Ce n'est pas pour m'en plaindre que je dis cela, c'est pour montrer que les cyclistes n'ont pas &#224; redouter, tant qu'on veut bien le dire, ces d&#233;sagr&#233;ables et dangereux v&#233;hicules.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>EXODE V&#201;LO-CAMPING en 1940</title>
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		<dc:subject>Dordogne</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on Vibert</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>
		<dc:subject>Loire</dc:subject>
		<dc:subject>1939-1945</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Comme tout fait pr&#233;voir que l'art de camper sera pratiqu&#233; d'une fa&#231;on intense par les g&#233;n&#233;rations qui suivent, il est probable que, si de nouveau les populations sont un jour dans l'obligation d'op&#233;rer des migrations, elles le feront dans de meilleures conditions qu'il y a quatre ans. Ainsi soit-il.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;D&#233;bats, soci&#233;t&#233;, sport&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;Dordogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot104" rel="tag"&gt;L&#233;on Vibert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;1939-1945&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par L&#233;on Vibert, republi&#233; dans Le Cycliste, Octobre 1948, p.179-183, avec ce filet d'Andr&#233; Rabault&#160;:&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quatre ans, le 22&#160;octobre 1944, L&#233;on Vibert &#233;tait tu&#233; &#224; Paris, rue de Rivoli, par un camion am&#233;ricain au conducteur maladroit. Avec lui disparaissait, en m&#234;me temps qu'un de nos meilleurs amis, un des plus &#233;minents collaborateurs du Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
En cet anniversaire, et en hommage de sa m&#233;moire, nous publions cet article, un des derniers, sinon le dernier, qu'il &#233;crivit et que Jacques-A. Bousquet, ins&#233;ra dans son ouvrage Le Camping. Cette publication est faite avec l'autorisation de l'Auteur et des Editeurs, les Fr&#232;res Vigot, que nous remercions bien sinc&#232;rement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;A. B.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXODE&lt;/span&gt; V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LO&lt;/span&gt;-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAMPING&lt;/span&gt; en 1940&lt;br class='autobr' /&gt;
par L&#233;on &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VIBERT&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PARIS&lt;/span&gt; A S&#200;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TE&lt;/span&gt;, par la Beauce, la Touraine, le Limousin, le Quercy, les Gorges du Tarn, les C&#233;vennes et le Languedoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1940, sur toutes les routes de France, refluant vers le Midi, les citadins et les paysans, les enfants, les vieillards, les femmes, erraient lamentablement car les uns et les autres &#233;taient mal pr&#233;par&#233;s &#224; la vie nomade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des livres, bien des m&#233;moires, depuis cette &#233;poque, nous ont d&#233;crit les aventures des pauvres gens qui souffrirent de la duret&#233; des chemins, de la chaleur de l'&#233;t&#233;, de la fra&#238;cheur des nuits, des pluies, des orages, de la faim. Bien rares furent ceux qui surent organiser un abri, installer un foyer et choisir le bon itin&#233;raire. Le Fran&#231;ais est s&#233;dentaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le pr&#233;sent r&#233;cit de voyage, vous ne trouverez aucune facile litt&#233;rature sur la tristesse de l'exode 1940&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fut pour l'auteur de ces lignes et ses deux compagnes un plaisir quotidien que troublait seulement la crainte que la France ne f&#251;t perdue &#224; Jamais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si, parfois, ils souffrirent, ce ne fut ni de la duret&#233; des &#233;tapes, ni de la chaleur, ni du froid, ni de la faim, car ils &#233;taient des campeurs exp&#233;riment&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte vous para&#238;tra, peut-&#234;tre, un peu sec&#160;: il e&#251;t &#233;t&#233; facile cependant &#224; l'auteur de d&#233;marquer &#224; votre intention le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Guide Bleu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Guide Michelin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tartiner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et po&#233;tiser, en cours de route, &#224; propos de la beaut&#233; des sites, du pittoresque des villages, de l'antiquit&#233; des ch&#226;teaux forts, du charme des frais vallons et de la vue panoramique qu'on a du haut des cols. L'auteur a pr&#233;f&#233;r&#233; renvoyer ses lecteurs aux deux ouvrages qu'il vient de citer, car ils contiennent les renseignements les plus s&#251;rs et les plus pr&#233;cieux sur les r&#233;gions parcourues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous trouverez simplement ici des d&#233;tails techniques &#224; propos de cet exode-camping, c'est-&#224;-dire des explications sur ce qu'&#233;tait notre mat&#233;riel de camp et sur les zigzags de notre itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;juin, averti par un ami bien renseign&#233;, accompagn&#233; par ma fille Maxime et son amie Marcelle, j'ai quitt&#233; un Paris fi&#233;vreux et apeur&#233;, par la porte d'Italie. Instinctivement, par suite d'une habitude qui, presque chaque semaine, nous faisait passer les week-end &#224; Fontainebleau, nous avons pris la route n&#176;&#160;6 en direction du Midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions tous trois &#224; bicyclette. Nous emportions un mat&#233;riel de camp l&#233;ger et peu encombrant&#160;: nous n'avions pas de vivres de r&#233;serve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; cette &#233;poque, tous les magasins de comestibles en &#233;taient abondamment pourvus&#160;: nos v&#234;tements &#233;taient ceux des sportifs&#160;: simples, solides, commodes, permettant de supporter le froid, la chaleur et la pluie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur chaque v&#233;lo, car nous savions nous absenter pour plusieurs semaines, nous avions chacun, une charge d'&#224; peu pr&#232;s 15 kilos. Si ce poids ne g&#234;ne gu&#232;re sur route plate, o&#249; l'on peut faire ais&#233;ment du 15 &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, il handicape cependant durant les mont&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Mais nous comptions faire les rampes &#224; pied, n'ayant pas l'intention de battre des records de vitesse et nous contentant de voir parfaitement les pays que nous voulions traverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOTRE&lt;/span&gt; &#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;QUIPEMENT&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les machines. &#8212; Je poss&#232;de une bicyclette Bourotte, construite en 1934. Elle est tr&#232;s solide mais un peu lourde. Guidon &#224; trois-positions. Deux freins sur jantes et un frein-ralentisseur sur moyeu (pour les longues descentes)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; large porte-bagages&#160;: trois vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma fille Maxime a un v&#233;lo de luxe construit en I938 par Ducheron, c'est-&#224;-dire qu'il est tr&#232;s l&#233;ger mais tr&#232;s r&#233;sistant. Tubes en acier mince, mais tous accessoires, guidons et p&#233;dales, en duralumin. Deux freins sur jantes &#224; traction directe. Trois vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre amie Marcelle est pourvue d'une machine de la Maison Pitard. Elle date de 1937 et figura &#224; l'Exposition. Elle est construite rationnellement. L&#233;g&#232;re et rigide. Cadre avec doubles haubans en triangle. Un frein sur jantes, un frein sur moyeu. Cinq vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
En passant, vous me permettrez de rappeler que le cyclo-camping, comme le cyclotourisme du reste, exige, pour ne pas &#233;nerver et lasser, une machine rationnelle et confortable. Tel v&#233;lo, bon pour aller &#224; son bureau ou &#224; son usine, est insuffisant pour de longs voyages&#160;: telle bicyclette, coquette, ultra-l&#233;g&#232;re et brillante, fait tr&#232;s bien au garage du Maxim's Bar mais qui ne remplit pas les conditions que demande le camping par les mauvais chemins.&lt;br class='autobr' /&gt;
La selle de voyage doit &#234;tre bien suspendue. Les portes-bagages doivent &#234;tre larges et bien fix&#233;s au cadre pour supporter la charge. Le guidon et le garde-boue avant, doivent permettre le placement d'une grosse sacoche&#160;: l'&#233;clairage doit &#234;tre &#224; l'abri des stupides pannes par rupture de fil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les freins doivent &#234;tre bien ajust&#233;s et tr&#232;s robustes. Les pneus doivent &#234;tre ballon ou de mi-ballon et non en boyaux, etc., etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours du voyage dont l'itin&#233;raire suit, nous n'avons pas eu d'autres pannes que celles caus&#233;es par les clous que les militaires trahis par la 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; colonne avaient sem&#233;s sur les routes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos tentes. &#8212; J'emportais une tente individuelle Jamet&#160;: elle figure au catalogue de cette maison sous le nom de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tente de cyclo-camping&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tissu l&#233;ger himalaya. Hauteur&#160;: 1 m. 40, 1 m&#226;t, 1 hauban&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; double toit tr&#232;s enveloppant&#160;: m&#226;ts aluminium&#160;: 30 piquets en duralumin&#160;: tapis de sol huil&#233; et l&#233;ger&#160;: poids total&#160;: 4 kg. 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma fille et son amie logeaient dans une m&#234;me tente &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au campeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; canadienne du mod&#232;le courant avec bon double toit. Hauteur&#160;: 1 m. 30, poids&#160;: 4 kg. 300.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mat&#233;riel de couchage. &#8212; Tr&#232;s r&#233;duit. Simplement un duvet individuel et un sac-drap de lit. Le tout gliss&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un &#233;tui en flanelle coton. Pas de matelas. Pas d'oreiller. A quoi bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mat&#233;riel de cuisine. &#8212; R&#233;duit au strict n&#233;cessaire. Au v&#233;lo-camping on peut ais&#233;ment &#233;tablir son camp &#224; proximit&#233; d'un village ou d'un bourg o&#249; il y a des ressources. D'autre part, en cours de route, il est pr&#233;f&#233;rable de d&#233;jeuner solidement au restaurant, quitte &#224; ne manger le soir que quelques mets simples et rapidement pr&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une popote individuelle en aluminium avec quart et couvert. Une petite marmite d'un litre pour le caf&#233;. Des bo&#238;tes et des sachets pour le caf&#233; moulu, le sucre, le sel, le poivre, le th&#233;. etc. Un grand seau &#224; eau en en toile souple. Pas de r&#233;chaud naturellement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le feu de bois est pr&#233;f&#233;rable au r&#233;chaud qui, &#224; notre avis, est un ustensile &#224; r&#233;server pour les rallyes dans les camps collectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Objets divers. &#8212; Cartes Michelin, boussole, couteaux, stylo, crayon, pipe (pour moi), cigarettes pour mes camarades, etc. Appareil photographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seule gourde en peau de bouc pour un litre de vin. quelques produits pharmaceutiques, des objets pour la toilette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une cuvette en toile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plusieurs m&#232;tres de cordes en coton&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un petit filet de p&#234;che servant pour l'achat des provisions et pour secouer la salade.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#234;tements. &#8212; Nous avons p&#233;dal&#233; tous les trois, v&#234;tus d'une culotte (ne pas confondre avec le short qui est plus court) et d'un maillot de sport l&#233;ger.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons emport&#233; plusieurs tricots qui se boutonnent, c'est-&#224;-dire qu'on peut mettre ou enlever ais&#233;ment&#160;:	chaussettes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bas&#160;: une seule chemise et des espadrilles &#224; semelles pour le camp. En route, des brodequins l&#233;gers nous permirent de marcher dans les mauvais chemins que, bien souvent, nous d&#251;mes prendre pour &#233;viter les routes encombr&#233;es par les voitures et les pi&#233;tons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes compagnes avaient emport&#233; une jupe l&#233;g&#232;re, moi, un pantalon pour visiter les villes et d&#238;ner &#224; l'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
B&#233;ret pour seule coiffure. P&#232;lerine longue et imperm&#233;able avec capuchon en toile huil&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sacoches. &#8212; Une grande sacoche avant o&#249; nous mettions les objets utiles en cours de route, le mat&#233;riel de cuisine et les vivres pour les grand'haltes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun de nous avait deux sacoches arri&#232;re, pas tr&#232;s larges mais tr&#232;s longues et qui descendaient tr&#232;s bas (la stabilit&#233; du v&#233;lo l'exige).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sandows (ou extenseurs) sont pr&#233;f&#233;rables aux cordes ou aux courroies pour arrimer les bagages, tout le monde sait cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ITIN&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RAIRE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'Ile-de-France &#224; la Touraine De Paris &#224; Nemours (72 km.), par la route de Fontainebleau. &#8212; Camp dans les friches de Poligny (eau potable et vivres &#224; Nemours).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Nemours a Montargis, par Chautreux, Eareville et Le Bianon (ch&#226;teau o&#249; est n&#233; Mirabeau) (150 km.). &#8212; Camp &#224; Chalette au bord du Loing (vivres &#224; Montargis).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Montargis &#224; Sully-sur-Loire, par Briare et Gier. (60 km.). &#8212; Camp sur la rive droite de la Loire sur une plage de sable fin (vivres &#224; Sully).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Sully &#224; Montrichard, par Orl&#233;ans (visite de la ville) et Blois (visite du ch&#226;teau) (120 km.). &#8212; Camp au pied de la ville, dans une prairie le long du Cher (eau sur place, vivres &#224; Mont richard ).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Montrichard &#224; La Haye-Descartes (65 km.) par Loches (visite de la ville et du ch&#226;teau). &#8212; Camp sur la rive gauche de la Creuse, en aval de Buxeuil (eau sur place, vivres &#224; La Haye).&lt;br class='autobr' /&gt;
Un s&#233;jour de quatre jours &#224; La Haye-Descartes nous a permis de visiter Ch&#226;tellerault, le Grand-Pressigny (mus&#233;e de la pr&#233;histoire) et les curieuses faluni&#232;res de Paulmy (coquillages marins de l'&#233;poque secondaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette premi&#232;re partie n'a &#233;t&#233; pour nous une r&#233;v&#233;lation qu'&#224; partir de Sully, car plusieurs fois d&#233;j&#224; nous avions fait les &#233;tapes de Paris &#224; Nemours et de Nemours &#224; Sully.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas pris la grande route de la vall&#233;e du Loing, de Nemours &#224; Monfargis, car nous &#233;tions d&#233;sireux de voir en passant le ch&#226;teau du Bignon o&#249; naquit Mirabeau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne peut le visiter, mais on peut l'admirer dans son parc pr&#232;s de la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camp en face de Sully dans les sables est tout &#224; fait &#224; recommander. L'eau de la Loire est tr&#232;s claire&#160;: il y a partout du bois sec.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notez qu'&#224; notre passage, Sully n'avait pas re&#231;u la visite des avions allemands, et que les commer&#231;ants y sont nombreux.&lt;br class='autobr' /&gt;
A La Haye-Descartes il y a de tr&#232;s bons restaurants o&#249; l'on sert du poisson de la Creuse. Visites sur la rive gauche des maisons de troglodytes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
De la Touraine &#224; la Corr&#232;ze&lt;br class='autobr' /&gt;
Du 10&#160;juin au 18&#160;juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De La Haye-Descartes &#224; Angle-sur-l'Anglin, par La Guerche et La Roche-Posay (station thermale) (30 km.). &#8212; Camp au pied du ch&#226;teau d'Angle, au bord de l'Anglin (vivres &#224; Angle, eau pr&#232;s du Pont).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Angle &#224; Bellac, par M&#233;rigny, Saint-Savin, Montmorillon, Le Dor&#226;t (80 km.). &#8212; Camp le long d'un gros ruisseau, dans les bois, &#224; l'est du village (vivres &#224; Le Dor&#226;t).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Bellac &#224; Le Vigen, par Berneuil, Limoges, route n&#176;&#160;20 (60 km.). &#8212; Une terrible averse ne nous permet pas de camper. Nous couchons dans une grange o&#249; des paysans veulent bien nous permettre de nous abriter pour la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Le Vigen &#224; Pompadour, par La Valade et Saint-Yriex (60 km.), &#8212; Camp sur une &#233;minence &#224; c&#244;t&#233; d'une ferme d&#233;j&#224; pleine d'autres r&#233;fugi&#233;s arriv&#233;s en voiture ou &#224; v&#233;lo (vivres pris &#224; la ferme).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pompadour &#224; Brive, par Juillac et Objat (30 km.). &#8212; Repos de trois jours. &#8212; Camp sur un replat dominant le domaine de Vars &#224; l'est de la ville (eau sur place, vivres &#224; Brive).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angle-sur-l'Anglin est vraiment un endroit &#224; recommander aux campeurs. La municipalit&#233; a r&#233;serv&#233; aux sportifs, une prairie ombrag&#233;e au bord de la rivi&#232;re, au pied du formidable rocher que domine l'ancien ch&#226;teau. A c&#244;t&#233; du camp il y a une Auberge de Jeunesse. Les commer&#231;ants sont aimables.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Bellac le terrain o&#249; nous avons mont&#233; la tente est une propri&#233;t&#233; particuli&#232;re o&#249; on acc&#232;de par un sentier qui c&#244;toie un ruisseau. Le terrain est parfait&#160;: de l'eau, du gazon fin, des ombrages, le silence, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La partie de notre itin&#233;raire de Bellac &#224; Brive fut, vous devez le penser, tr&#232;s mouvement&#233;e par suite des &#233;v&#233;nements politiques et militaires que nous apprenions en cours de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Brive est une ville gaie, coquette, propre o&#249; l'on trouvait en 1940 des comestibles vari&#233;s... particuli&#232;rement des cerises en quantit&#233;. Notre camp &#233;tait &#224; vingt minutes de Brive &#224; v&#233;lo, pr&#232;s d'un ancien ch&#226;teau dominant le vallon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
En Quercy&lt;br class='autobr' /&gt;
Du 18&#160;juin au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Brives &#224; Gluges, par Turenne et les Quatre-Routes (40 km.). &#8212; Camp le long de la Dordogne, en aval du pont suspendu (vivres &#224; Montvalent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; eau de source, sur la rive droite).&lt;br class='autobr' /&gt;
De Gluges &#224; Padirac, par Floriac, Montvalent, Alvignac-les-Eaux et Miers (24	km.). &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Camp fixe &#233;tabli au bord d'un petit ruisseau au hameau d'Andrieux, dans une propri&#233;t&#233; particuli&#232;re (eau de puits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vivres &#224; Miers).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant trois semaines, nous avons parcouru la r&#233;gion et visit&#233; le gouffre de Padirac, les grottes de Lacave, les ab&#238;mes de l'Ouysse, le saut de la Pucelle, le gouffre de Roque-Corn, le puits d'Alvignac et autres merveilles naturelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes all&#233;s &#224; Martel, &#224; Saint-C&#233;r&#233;, &#224; Cahors, &#224; Rocamadour, &#224; Gramat, &#224; Souceyrac, &#224; Beaulieu, &#224; Souillac, &#224; D&#244;me, aux Eyzies. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre s&#233;jour dans le Quercy fut un mois de bonheur complet&#160;: l'armistice &#233;tait sign&#233;&#160;: les soldats &#233;taient d&#233;mobilis&#233;s, le temps &#233;tait beau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pays merveilleux, les vivres de toutes sortes abondaient, les paysans, &#233;taient hospitaliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bords de la Dordogne offrent des terrains de camp fixe magnifiques. Gramat, Miers, Rocamadour, Saint-C&#233;r&#233;, sont de charmants petits bourgs o&#249; l'on fait des repas plantureux, car dans cette r&#233;gion les fonds de vall&#233;es sont de v&#233;ritables jardins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Causses des environs sont d&#233;sertiques, d'une po&#233;sie &#233;trange et bien curieux &#224; parcourir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La visite des grottes et des gouffres s'impose naturellement aux touristes. Consultez les guides &#224; ce sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les campeurs qui s'installent soit &#224; Padirac m&#234;me, soit dans le cirque de Montvalent, soit &#224; Saint-C&#233;r&#233;, mettront plusieurs semaines pour bien conna&#238;tre cette r&#233;gion, &#224; pied ou &#224; v&#233;lo. Ils conserveront, comme nous, du Quercy et de ses habitants un souvenir &#233;mu et reconnaissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Sorties du Tarn&lt;br class='autobr' /&gt; Du 2&#160;ao&#251;t au 8&#160;ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Padirac &#224; Decazeville, par Gramat, Lacapelle-Marival, Figeac (70 km.). &#8212; Camp au sud de la route, le long d'un noir ruisseau qui sert de cloaque aux usines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le passage est le plus empest&#233;, le plus triste et le plus laid qu'on puisse r&#234;ver&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Mais nous &#233;tions si fatigu&#233;s que nous avons d&#251; nous y arr&#234;ter &#224; notre grand regret.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Decazeville &#224; Saint-C&#244;me par Mauvial, Villecontal, Estaing, Espalion (60 km.) &#8212; Camp le long du Lot de l'autre c&#244;t&#233; du pont sur la rive gauche. Bons terrains. Source d'eau claire, Approvisionnement facile &#224; Espalion. Bons restaurants &#224; Saint-C&#244;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-C&#244;me &#224; Mas, par Cruejouls, Saint-Genier et Saint-Saturnin (60 km.). &#8212; &#201;tape dure &#224; cause des mont&#233;es, coucher &#224; l'h&#244;tel &#224; cause du mauvais temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Massegros &#224; Les Vignes (15 km.). &#8212; Camp sur sable, au bord du Tarn, en face du ch&#226;teau de Blanquefort. Nous avions emport&#233; des victuailles car le long du Tarn les boutiques de commer&#231;ants sont rares.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des Vignes &#224; Ispagnac, par la route qui longe le Tarn (150 km.). &#8212; Repos de deux jours dans un camp frais et discret &#224; 200 m&#232;tres d'Ispagnac, pr&#232;s du pont de Qu&#233;zac sur la droite (source) au bord du Tarn.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Ispagnac au col de Jalcreste, par la bonne route, n&#176;&#160;107 bis (40 km.). &#8212; Camp dans les bois de Ch&#234;ne, le long du Gardon qui prend naissance au col m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne commettez pas l'erreur que nous avons faite de camper &#224; Decazeville, une horrible cit&#233; industrielle dans une vall&#233;e ravag&#233;e par les incendies et dans l'air empest&#233; par les fum&#233;es des usines. &#201;vitez donc Decazeville, remontez la rivi&#232;re par Entraygues et les gorges du Lot jusqu'&#224; Espalion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ult&#233;rieurement j'ai eu l'occasion de suivre cet itin&#233;raire il est de toute beaut&#233; et m'a rappel&#233; les vall&#233;es des Alpes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tapes que nous avons faites pour atteindre le Tarn furent assez p&#233;nibles, car l'orographie est compliqu&#233;e&#160;: il faut sans cesse monter et descendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route qui suit le cours du Tarn est un billard. Nous aurions fl&#226;n&#233; avec plaisir le long de cette belle rivi&#232;re si nous n'avions eu rendez-vous avec des amis au pont du Gard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les emplacements de camp le long du Tarn sont nombreux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, le ravitaillement n'est pas toujours facile&#160;: il est vrai qu'on rencontre quelques restaurants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas visit&#233;, &#224; notre grand regret, les crottes de Dargilan, ni Montpellier-le-Vieux, ni l'Aven Armand et nous le regrettons am&#232;rement. Un mois de camping serait n&#233;cessaire. Pour bien conna&#238;tre toutes les vall&#233;es qui abondent en curiosit&#233;s naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me Partie&lt;br class='autobr' /&gt; Le versant de la M&#233;diterran&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; Du 8&#160;ao&#251;t au 15&#160;ao&#251;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De Jalcreste &#224; Euzet, par la Grande Combe et Ales (route &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G.C.&lt;/span&gt; 32) (55 km.). &#8212; Mauvais camp entre la voie terr&#233;e et la Caudouill&#232;re, dans les terrains vagues &#224; l'est de r&#233;tablissement de bains (vivres sur place, mais peu vari&#233;s).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Euzet au Pont-du-Gard, par Uzes et Argilliers (30 km.). &#8212; Camp au Port du Gard, en amont du pont, sur les sables, rive qauche du Gard. Restaurant. Repos de doux jours. Visite d'Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Pont-du-Gard &#224; Aigues-Mortes, par N&#238;mes (visite de la ville) et par Lunel (vignobles) (75 km.). &#8212; Camp au Mas de Saint-Jean, dans les marais de la Souteyranne. Mauvais camp, Mistral et moustiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Aigues-Mortes &#224; S&#232;te, par Lunel, Montpellier (visite de la ville) et par Mireval et Frontignan (70 km.). &#8212; Camp au lieu dit sur la Corniche, au-dessus de Dangles, sur une butte dominant la mer et les &#233;tangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
Des gorges du Tarn au Pont-du-Gard, la route est longue, dure..., mais jamais monotone&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on traverse rapidement des r&#233;gions industrielles et on fl&#226;ne dans les vall&#233;es ombrag&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Uz&#232;s est une ville aristocratique du 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&#160;: un peu triste mais tr&#232;s bien conserv&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camp de s&#233;jour au Pont-du-Gard est &#224; recommander, Les emplacements y sont parfaits et nombreux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a des restaurants pr&#232;s du pont. A v&#233;lo, on va &#224; Avignon en une heure et on y trouve toutes victuailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aigues-Mortes est &#224; voir. Mais quelle chaleur sur ces routes bord&#233;es de vignobles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et quel vent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et quels moustiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
A S&#232;te, au lieu de camper sur les hauteurs de Saint-Clair qui dominent l'&#233;tang de Thau, allez plut&#244;t vous installer pr&#232;s du rivage de la M&#233;diterran&#233;e sur la route de B&#233;ziers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; emportez avec vous de l'eau potable et faites vos provisions en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TOUT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MONDE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAMPEUR&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre Exode 1940 se termine ainsi &#224; S&#232;te o&#249; nous rest&#226;mes un semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons de famille, ma fille s'installa dans cette ville pendant quelques mois. Pour des raisons d'ordre administratif, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; Marcelle dut rentrer &#224; Paris par le chemin de fer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je restais seul et comme je suis atteint de la bougeotte, je r&#233;solus de continuer mes randonn&#233;es. Ult&#233;rieurement, j'ai visit&#233; la Provence, le Var, les Alpes-Maritimes. J'ai remont&#233; ensuite la vall&#233;e de la Durance&#160;: j'ai revu les Alpes dauphinoises et ma Savoie natale que je connais bien pour finalement rentrer &#224; Paris, toujours en campant et &#224; v&#233;lo, par Lyon et Dijon, apr&#232;s dix-huit mois d'absence. Mes jambes et mes pneus avaient absorb&#233;, au minimum, quinze mille kilom&#232;tres et cela sans fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu, dans ce r&#233;cit r&#233;sum&#233; de l'Exode 1940, vous prouver que les voyages &#224; v&#233;lo sur les routes ne sont pas un calvaire, comme les journalistes l'ont souvent dit en racontant les &#233;v&#233;nements qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi l'armistice, mais seulement pour les campeurs qui ont le mat&#233;riel suffisant et l'exp&#233;rience de la vie nomade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tout fait pr&#233;voir que l'art de camper sera pratiqu&#233; d'une fa&#231;on intense par les g&#233;n&#233;rations qui suivent, il est probable que, si de nouveau les populations sont un jour dans l'obligation d'op&#233;rer des migrations, elles le feront dans de meilleures conditions qu'il y a quatre ans. Ainsi soit-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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