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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Randonn&#233;es d'automne (1929)</title>
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		<dc:date>2024-10-31T15:16:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>Ballon n&#176;2</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Velocio, Le Cycliste, Nov.dec. 1929, p.99-103, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/4 &lt;br class='autobr' /&gt;
A la Toussaint, un pont de trois jours, le temps d'aller serrer la main &#224; nos amis du Midi, jusqu'&#224; Marseille... Pluie et vent nous en emp&#234;ch&#232;rent. C'e&#251;t &#233;t&#233; pourtant une belle occasion d'essayer sur 600 km. nos trottinettes, dont trois exemplaires trottent d&#233;j&#224;, et avec quel succ&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! dans notre ville. Seul le bouillant L... brava les &#233;l&#233;ments, et on le vit une fois de plus dans la&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Velocio, Le Cycliste, Nov.dec. 1929, p.99-103, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/4&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Toussaint, un pont de trois jours, le temps d'aller serrer la main &#224; nos amis du Midi, jusqu'&#224; Marseille... Pluie et vent nous en emp&#234;ch&#232;rent. C'e&#251;t &#233;t&#233; pourtant une belle occasion d'essayer sur 600 km. nos trottinettes, dont trois exemplaires trottent d&#233;j&#224;, et avec quel succ&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! dans notre ville. Seul le bouillant L... brava les &#233;l&#233;ments, et on le vit une fois de plus dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne, sur ma &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vieille gloire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, f&#234;te de la Saint-Martin, f&#234;tes de l'armistice, deux jours de libert&#233; et du beau temps en perspective. Seulement, les jours sont courts, nous devrons nous contenter du proche Midi. Le but de notre randonn&#233;e automnale sera donc la Trappe d'Aiguebelle, mais nos trottinettes n'en seront pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce qu'elles veulent, c'est le grand voyage du Midi, qui couronna toujours les &#233;preuves de toutes mes nouvelles montures, et auquel elles ont droit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; maintenant qu'elles ont le certificat d'&#233;tudes, il leur faut le bac, et tout ce qui ressemble &#224; une simple promenade ne les int&#233;resse pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune publicit&#233; ne fut faite autour de notre projet, et pourtant nous nous trouv&#226;mes (hasard ou t&#233;l&#233;pathie) quatorze cyclotouristes, le 10&#160;novembre, &#224; l'h&#244;tellerie de la Trappe, un vrai petit meeting. Quatre venaient de Montpellier, trois de Maillane ou d'Arles, et nous &#233;tions sept St&#233;phanois venus chacun de son c&#244;t&#233;, les uns par la montagne, les autres par Givors. Pour moi qui ne puis pas rouler la nuit, j'&#233;tais all&#233; par le premier train jusqu'&#224; Givors, et j'en revins &#233;galement par le train, le lendemain soir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une excellente combinaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quittai donc Givors &#224; 6 heures et quart, avec, devant moi, un ruban de 152 km. de routes faciles. Je devais trouver &#224; la descente du train deux compagnons venus par la route, mais je n'en trouvai point, je les crus derri&#232;re, ils &#233;taient devant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela n'avait d'ailleurs aucune importance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le rendez-vous g&#233;n&#233;ral &#233;tait, de 14 &#224; 16 heures, &#224; Aiguebelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait plu la veille, il avait plu la nuit, la route &#233;tait mouill&#233;e et le ciel brumeux, le vent nul et parfois contraire. J'ai ma Ballon n&#176;&#160;2, &#224; cadre ouvert, pneus fa&#231;on mains, trois vitesses&#160;: 6 m. 50, 5 m. et 3 rn. 30, par flottante. Comme d'habitude, j'emporte une enveloppe et une chambre de rechange, et je conseille &#224; tous les ballonnistes d'en faire autant, car il est vain d'esp&#233;rer pouvoir se ravitailler en pneus en cours de route, pas plus en B qu'en C. Une enveloppe roul&#233;e convenablement sur elle-m&#234;me en une couronne de 30 cm. et fix&#233;e sur le garde-boue, sous la selle, occupe peu de place, ne me g&#234;ne pas et me sert m&#234;me de porte-bagage. Jusqu'ici, je n'avais jamais eu besoin de m'en servir, mais cette fois je fus bien aise de la trouver, apr&#232;s une f&#226;cheuse collision avec un tesson de bouteille qui, aux environs de Mont&#233;limar, trancha net mon pneu avant&#160;: chambre et enveloppe furent entaill&#233;es de 8 cm. et ne pouvaient &#234;tre r&#233;par&#233;es sur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route de la rive droite, que j'avais vue si d&#233;testable il y a quelques ann&#233;es, est devenue parfaite, et filer l&#224;-dessus &#224; 25 &#224; l'heure avec 6 m. 50, ce n'est m&#234;me pas aller vite. Nous n'avons plus rien &#224; envier &#224; ces belles routes macadamis&#233;es d'avant les automobiles, qui permirent les grandes randonn&#233;es de L'&#201;cole st&#233;phanoise, quand Thorsonnax reliait Lyon &#224; Nice en vingt-quatre heures&#160;: que Bussod faisait, en dix-sept heures, Lvon-Lautaret-Lyon, et Dupuy, Saint-Etienne-Gen&#232;ve-Saint-Etienne dans une petite journ&#233;e. La seule diff&#233;rence, c'est qu'aujourd'hui les routes sont noires au lieu d'&#234;tre blanches, et que nos machines ne rapportent plus du Midi la preuve manifeste de leur voyage qu'&#233;tait pour elles la poussi&#232;re tenace, caract&#233;ristique des routes rhodaniennes, qui se collait partout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je venais de d&#233;passer Sainte-Colombe, quand je croise un tandem&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont deux abonn&#233;s du Cycliste qui ont p&#233;dal&#233; toute la nuit pour aller d'Al&#232;s &#224; Saint-&#201;tienne &#224; l'occasion de la Semaine du Cycle. Nous causons un instant, ils sont enchant&#233;s du tandem, qui leur permet de faire sans fatigue de longues randonn&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils rentreront demain de St-Etienne &#224; Al&#232;s, &#233;galement par la route, voyageant ainsi &#224; tr&#232;s peu de frais et tr&#232;s agr&#233;ablement. La vogue du tandem cro&#238;t en France de plus en plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en Angleterre, elle est ph&#233;nom&#233;nale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'applique &#224; p&#233;daler r&#233;guli&#232;rement, heureux de pouvoir quitter la route des yeux et m'absorber dans les souvenirs qui se l&#232;vent &#224; chaque tournant. &#199;&#224; et l&#224; cependant, quelques r&#233;parations me rappellent &#224; l'ordre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Condrieu, &#224; Serri&#232;res, j'aborde en vitesse un sol boueux et d&#233;rapant o&#249; il faut ouvrir l'&#339;il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le raidillon de Saint-Pierre-de-B&#339;uf me surprend&lt;br class='autobr' /&gt;
et me para&#238;t dur avec mon grand d&#233;veloppement. Je suis &#224; Andance &#224; 8 h. 4, &#224; la bifurcation de la route n&#176;&#160;82, qui vient de Saint-&#201;tienne par le col des Grands-Bois, et enfin &#224; Valence, devant la gare, &#224; 10 h. 40. J'ai d&#233;j&#224; p&#233;dal&#233; dans quatre d&#233;partements&#160;: de 23 &#224; 24 km. dans le Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de 11 &#224; 12 km. dans la Loire, 37 dans l'Ard&#232;che et 20 dans, la Dr&#244;me. Ma moyenne s'est maintenue &#224; 20 &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans vent favorable, c'est du bon transport&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec vent favorable, on pourrait faire cette demi-&#233;tape &#224; 25 &#224; l'heure. Avouez que la bicyclette est un merveilleux outil de transport, rapid&#233;conommohygi&#233;nique. Je me suis, pendant quatre heures et demie, oxyg&#233;n&#233; &#224; fond les poumons, cela ne m'a pas co&#251;t&#233; un centime&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'exercice mod&#233;r&#233; que j'ai fait, la sudation l&#233;g&#232;re qui l'a accompagn&#233; ont d&#233;barrass&#233; l'organisme de pas mal de toxines et ma vitalit&#233; en a &#233;t&#233; intensifi&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela non plus ne m'a pas co&#251;t&#233; un centime, aussi ai-je fait le pari d'aller, l'an prochain, de Saint-&#201;tienne &#224; Marseille sans d&#233;penser plus de vingt sous, et d'y arriver mieux portant qu'au d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je trouve &#224; Valence un premier groupe de deux cyclotouristes st&#233;phanois, partis de Saint-&#201;tienne &#224; 3 heures et qui ont fait comme moi, mais par la route, le tour par Givors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont d&#233;j&#224; 130 km. dans les jambes, ils viennent de d&#233;jeuner et je repars avec eux &#224; 11 heures, apr&#232;s m'&#234;tre lest&#233; d'un solide caf&#233; au lait et de cinq croissants de belle taille, de quoi aller sans r&#233;cidiver jusqu'&#224; la Trappe, qui n'est plus qu'&#224; 62 km.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les 44 km. qui s&#233;parent Valence de Mont&#233;limar sont faciles et amusants par les l&#233;gers vallonnements qu'on y trouve, surtout apr&#232;s Loriol et qui se terminent par des descentes faibles en ligne droite, que l'on n&#233;gocie avec mistral dans le dos &#224; des allures vertigineuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils m'ont toujours plu beaucoup, d'autant plus que le paysage, toujours apr&#232;s Loriol, retient agr&#233;ablement les yeux. Aujourd'hui, le mistral est boucl&#233; par Eole dans les cavernes profondes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul, un tr&#232;s faible vent du midi nous retarde un peu et nous rafra&#238;chit. Le soleil a perc&#233; le plafond brumeux qui jusqu'&#224; Valence avait attrist&#233; la nature, et le beau temps &#233;tait assur&#233;, tout au moins pour la soir&#233;e. Nous ne p&#233;dalions donc qu'avec plus d'entrain derri&#232;re un jeune cycliste qui se d&#233;menait comme un diable pour conserver entre lui et nous une bonne distance. Mais nous &#233;tions trois et nous pouvions nous mener le train, tandis qu'il &#233;tait seul &#224; lutter contre le vent , il fut donc rattrap&#233; avant Livron, o&#249; il s'arr&#234;ta. Ce petit incident nous avait mis en train, et nous arriv&#226;mes &#224; Mont&#233;limar &#224; 13 h. 10. Mes compagnons auraient pu aller beaucoup plus vite, mais ils avaient tenu &#224; r&#233;gler leur allure sur la mienne. J'ai, toute ma vie, eu la malchance de retarder mes compagnons qui, autrefois, avaient toujours de vingt &#224; vingt-cinq ans de moins que moi et qui aujourd'hui en ont de quarante-cinq &#224; cinquante, ce qui n'am&#233;liore pas la situation. C'est pourquoi j'ose de moins en moins demander des compagnons de route, car je sais trop que rien n'est fatigant comme d'&#234;tre oblig&#233;, au cours d'une &#233;tape-transport, de freiner constamment son allure pour suivre ou attendre un escargot. Avec les routes actuelles, un jeune cyclotou riste convenablement entra&#238;n&#233; et outill&#233;, peut pr&#233;tendre &#224; une moyenne commerciale de 25 &#224; l'heure entre Lyon ou Saint-&#201;tienne et la mer. Et ce serait d&#233;montrer irr&#233;futablement la grande valeur de la bicyclette en tant qu'outil de voyage que de pouvoir, au pied lev&#233;, aller de Lyon &#224; Marseille en deux heures, ou &#224; Nice en vingt heures. C'est ce que j'esp&#233;rais de la jeune g&#233;n&#233;ration actuelle quand j'&#233;crivais, il y a un quart de si&#232;cle, apr&#232;s avoir pos&#233; quelques jalons que je suis forc&#233; de donner encore comme exemple, que nos successeurs feraient beaucoup mieux que nous. Mais l'automobile est venue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, les gros salaires, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; profits plus gros encore, les gains faciles de sp&#233;culation, la force m&#233;canique mise &#224; la port&#233;e de tous, les progr&#232;s de la science eux-m&#234;mes ont contribu&#233; &#224; rejeter au dernier plan la force humaine qu'on rougira bient&#244;t d'exercer et, d'employer &#224; des fins utiles. On dira d'un homme qu'il a r&#233;ussi lorsque, par des moyens artificiels, il pourra se faire transporter comme un colis &#224; de longues distances. Il sera rest&#233; pour tout le monde un pauvre diable s'il peut s'y transporter par ses propres moyens naturels. Ce que devient dans tout cela la sant&#233; du corps et de l'esprit, on s'en rend compte ais&#233;ment en constatant que pour une population stationnaire, le nombre des m&#233;decins, des h&#244;pitaux, des asiles d'ali&#233;n&#233;s, va progressant de jour en jour et a pour le moins quintupl&#233; depuis cinquante ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons eu pourtant, cette ann&#233;e, en Angleterre. un exemple frappant de l'am&#233;lioration de la race cycliste, de l'augmentation de valeur r&#233;alis&#233;e en vingt ans par le moteur humain. Un cycliste anglais, Rossiter, a pu se transporter de l'extr&#234;me sud &#224; l'extr&#234;me nord de l'Angleterre, en 61 heures. Il a couvert ainsi 1.385 kilom&#232;tres &#224; la moyenne commerciale de 22 km. &#224; l'heure, seul contre les &#233;l&#233;ments qui ne l'ont pas m&#233;nag&#233;, la pluie l'ayant accompagn&#233; pendant trente-six heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'avait pour l'aider ni l'abri d'un peloton, ni l'&#233;mulation que donne la course en comp&#233;tition, ni les applaudissements des spectateurs. Il faisait purement et simplement du transport &#224; bicyclette dans un but int&#233;ress&#233;, je vous l'accorde, avec l'espoir d'en tirer quelque profit, mais sans autre stimulant que sa volont&#233;. Il randonnait comme on randonnait &#224; l'E.S., de 1900 &#224; 1910. Et en randonnant ainsi, Rossiter a battu de six heures et demie, c'est-&#224;-dire de 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, du meilleur temps pr&#233;c&#233;dent pour la m&#234;me distance. Voil&#224; le progr&#232;s que j'attendais r&#233;alis&#233; en Angleterre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand le sera-t-il en France&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La course en comp&#233;tition, avec les combinaisons, on peut dire les canailleries qu'elle permet, fausse compl&#232;tement les r&#233;sultats, sinon l'&#233;preuve d&#233;cennale Paris-Brest-Paris, qui se d&#233;roulera pour la cinqui&#232;me fois en 1931, pourrait nous apporter un fait &#224; mettre en parall&#232;le avec celui de Rossiter. Quant au Tour de France, tant qu'on n'en fera qu'une r&#233;clame grand orchestre, c'est une plaisanterie. Faire 5.000 km. &#224; la moyenne commerciale de 7 &#224; 8 &#224; l'heure et &#224; grands frais, ne me semble pas une preuve bien convaincante de la sup&#233;riorit&#233; rapid&#233;conommodygi&#233;nique de la bicyclette comme outil de transport. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et si nous revenions &#224; Mont&#233;limar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! o&#249; nous venons d'arriver &#224; 13 h. 10, mis, par le repas pris &#224; Valence, en &#233;tat de continuer sans arr&#234;t jusqu'&#224; la Trappe o&#249; nous aurions &#233;t&#233; &#224; 14 h. si nous n'avions &#233;t&#233; h&#233;l&#233;s au passage par le deuxi&#232;me groupe st&#233;phanois, celui-l&#224; m&#234;me que je devais trouver &#224; Givors &#224; l'arriv&#233;e du train. Il aurait pu d&#233;jeuner comme nous &#224; Valence. mais il avait pr&#233;f&#233;r&#233; pousser jusqu'&#224; Mont&#233;limar, o&#249; nous le trouvons &#224; table. Nous nous arr&#234;t&#226;mes donc aussi et j'eus la surprise agr&#233;able de rencontrer au m&#234;me instant M.&#160;B..., de Mont&#233;limar, fid&#232;le abonn&#233; du Cycliste, qui nous r&#233;v&#233;la que le vrai nougat de Mont&#233;limar &#233;tait comme la clairette de Die, de plus en plus introuvable. Il en est sans doute de m&#234;me des berlingots de Carpentras&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On ne vous vend plus que des &#233;tiquettes, sous lesquelles il n'y a rien de ce qu'elles annoncent. C'est comme le pneu standard&#160;: il mesurait &#224; l'origine 38mm, il en mesure aujourd'hui 32, et il devrait &#234;tre marqu&#233; Brise-os plut&#244;t que Standard-route. Il se peut que nous aimions &#224; &#234;tre tromp&#233;s, comme le prouverait l'anecdote du professeur de m&#233;decine qui, voyant un de ses &#233;l&#232;ves vendre sur la place publique des flacons d'eau pure en guise de rem&#232;de, ne put s'emp&#234;cher de l'apostropher&#160;:
&lt;br /&gt;&#8212; Non te pudet vulgum sic decipere&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Confiteor, sed parce, Domine, Vulgus decipi vult.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tune decipiatur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! conclut le ma&#238;tre en tournant les talons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous bavardons ainsi devant une tasse de caf&#233;, en attendant que nos amis aient fini de d&#233;jeuner, survient le tandem mixte R..., de Maillane, escort&#233; d'un jeune Arl&#233;sien, sympathique trio qui venait de d&#233;jeuner &#224; Aiguebelle, o&#249; nous le ramenons illico&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne vient pas de si loin pour ne se voir qu'au vol, et nous voulons passer ensemble le plus d'heures possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voil&#224; d&#233;j&#224; huit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les deux derniers St&#233;phanois n'arriveront qu'&#224; la nuit avec la quadrette montpelli&#233;raine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix-huit kilom&#232;tres seulement s&#233;parent Mont&#233;limar de la Trappe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps &#233;tait merveilleux pour la saison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce fut une promenade charmante. Autour, du tandem, &#233;voluaient la bicyclette, et la jeune Th&#233;r&#232;se R..., qui est bien la plus enthousiaste cycliste que je connaisse, &#233;tait l'animatrice de notre groupe. Les projets d'excursions les plus audacieux &#233;taient mis sur le tapis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les Alpes et les Pyr&#233;n&#233;es n'ont qu'&#224; bien se tenir&#160;: le Ventoux et le Parpaillon ne sont que taupini&#232;res, et il est heureux pour l'Himalaya d'&#234;tre si loin de nous. La Colite est de plus en plus &#224; la mode parmi nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec raison d'ailleurs, car la fr&#233;quentation des hautes altitudes &#233;l&#232;ve l'&#226;me par l'admiration qui s'en d&#233;gage, en m&#234;me temps que le corps par l'effort salutaire auquel elle l'oblige.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois kilom&#232;tres de mont&#233;e &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% apr&#232;s Allan, furent enlev&#233;s au pas de charge par les jeunes gens, plus paisiblement par le tandem et par moi-m&#234;me et, avant de plonger dans le vallon o&#249; s'est blottie l'abbaye avec ses d&#233;pendances, nous nous arr&#234;t&#226;mes pour jouir d'un panorama impressionnant, qui n'est born&#233; que par les montagnes de l'Ard&#232;che, derri&#232;re lesquelles le soleil allait dispara&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous f&#251;mes re&#231;us &#224; bras ouverts par le bon Fr&#232;re F&#233;lix, qui fut certainement le plus navr&#233; quand il dut nous appliquer la r&#232;gle s&#233;v&#232;re du couvent, qui ne re&#231;oit &#224; la villa des dames que les parentes des religieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si bien qu'a-pr&#232;s le d&#238;ner, qui fut comme toujours app&#233;tissant et copieux, le tandem mixte dut, escort&#233; par quelques-uns des n&#244;tres, aller jusqu'&#224; Grignan, &#224; onze kilom&#232;tres, pour trouver un logement. On d&#238;ne heureusement de bonne heure &#224; la Trappe, si bien qu'&#224; 21 heures, l'escorte &#233;tait d&#233;j&#224; de retour. Pendant son absence, nous nous &#233;tions promen&#233;s autour du couvent o&#249; le silence r&#233;gnait &#224; tel point qu'il en &#233;tait presque inqui&#233;tant, et quand nous pass&#226;mes devant la villa des dames, qui est tr&#232;s isol&#233;e et assez &#233;loign&#233;e pour qu'on y puisse appeler au secours sans &#234;tre entendu, je me demandais si notre jeune compagne aurait &#233;t&#233; bien contente de se trouver ainsi abandonn&#233;e et si la r&#232;gle que nous avions trouv&#233;e g&#234;nante n'avait pas &#233;t&#233; au contraire, cette fois, tr&#232;s opportune. Non loin de l&#224;, trois cierges br&#251;laient dans une grotte ferm&#233;e par une grille, devant un autel rustique, et de temps en temps une cloche annon&#231;ait quelque phase des pri&#232;res qui s'&#233;l&#232;vent &#224; toute heure de ce coin de terre sanctifi&#233; par des si&#232;cles d'humilit&#233;, de travail et d'abn&#233;gation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous rentr&#226;mes, le temps paraissait avoir chang&#233;, le ciel se d&#233;couvrait, les nuages inqui&#233;tants qui, au cr&#233;puscule, nous avaient menac&#233;s de pluie et m&#234;me d'orage, avaient disparu, mais la temp&#233;rature devenait plus froide d'heure en heure et le vent du nord se levait, qui n'allait pas tarder &#224; devenir un v&#233;ritable mistral.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 7 heures, le lendemain, nous op&#233;rions notre jonction avec les tand&#233;mistes, lev&#233;s avant nous et qui nous donn&#232;rent un avant-go&#251;t de la force du vent. Il leur avait fallu p&#233;daler m&#234;me &#224; la descente, pour venir de Grignan &#224; Aiguebelle. Alors, qu'est-ce que nous allions prendre pour remonter &#224; Saint-&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce pendant, nous donnant l'exemple, M... s'&#233;lance le premier, d&#233;cid&#233; &#224; lutter jusqu'au bout et, de fait, il arriva chez lui &#224; 18 heures, sans s'&#234;tre aid&#233; du grand fr&#232;re, ayant eu la bonne id&#233;e de remonter par la rive droite, mieux abrit&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux autres St&#233;phanois, dont j'&#233;tais, nous pr&#238;mes tranquillement le train jusqu'&#224; St-Vallier o&#249; nous nous s&#233;par&#226;mes, mes compagnons pr&#233;f&#233;rant rentrer par la montagne, tandis que j'allais &#224; Givors utiliser mon billet de retour. La distance est exactement la m&#234;me, mais on &#233;vite par ce d&#233;tour la fatigue de la mont&#233;e, et nous r&#233;int&#233;gr&#226;mes, tous, nos domiciles respectifs entr&#233; 18 heures et 18 h. 1/2, avec nos sacs pleins de bo&#238;tes de chocolat et de flacons d'eau de m&#233;lisse de la Trappe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos amis de Maillane furent ramen&#233;s chez eux tambour battant par le mistral &#224; des allures folles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les cyclotouristes de Montpellier, disposant de plus de temps, ne devaient rentrer que plus tard par le chemin des &#233;coliers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette petite excursion automnale termine, pour moi tout au moins, la saison 1929 qui a &#233;t&#233;, bien remplie, sans pouvoir le comparer &#224; celles d'avant guerre, celle de 1912, par exemple. Mais le poids des ans se fait sentir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si je ne parviens pas &#224; le combattre l'an prochain, par la l&#233;g&#232;ret&#233; de mes trottinettes, je finirai par en &#234;tre &#233;cras&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!	&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>RANDONN&#201;E PASCALE 1928</title>
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		<dc:date>2024-03-25T18:28:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>Ballon n&#176;1 Aumon</dc:subject>
		<dc:subject>Ballon n&#176;2</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'aurait d&#251; &#234;tre aussi un meeting&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement pour moi, le mauvais temps en a fait une randonn&#233;e comme celles d'avant guerre, o&#249; nous ne partions que pour secouer la torpeur hivernale, pour faire kilom&#232;tres sur kilom&#232;tres, pour boire de l'air, de l'espace du soleil, du vent et de la pluie, tout ce qui se pr&#233;sentait, et pour rentrer enfin avec un meilleur coefficient de sant&#233;. Or, depuis la guerre, nous avons pris la douce habitude de rencontrer, au bout de la premi&#232;re &#233;tape, des amis, des samideanoi, et la randonn&#233;e finit en meeting. Mais pour que tout aille bien, il ne faut pas fixer trop loin le lieu au meeting et, cette ann&#233;e, nous avons &#233;t&#233; trop t&#233;m&#233;raire en nous supposant capable d'aller d'un seul coup d'aile de Saint-&#201;tienne &#224; la Sainte-Baume, malgr&#233; vents et mar&#233;es, &#224; quelque 340 km., et assez pr&#233;somptueux pour y donner rendez-vous &#224; nos amis du Midi qui sont venus vainement attendre les St&#233;phanois, dont un seul, le Chemineau Hormuth, en s'aidant sagement du grand fr&#232;re, entre Saint-Vallier et Avignon, et en p&#233;dalant ensuite toute la nuit, a r&#233;ussi, bien que parti douze heures apr&#232;s nous, &#224; arriver bon premier &#224; l'h&#244;tellerie de la Sainte-Baume, le jour de P&#226;ques, &#224; 8 heures.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;1 Aumon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Randonn&#233;e pascale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;,	V&#233;locio, Le Cycliste, mars-avril 1928, p. 31-33, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'aurait d&#251; &#234;tre aussi un meeting&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement pour moi, le mauvais temps en a fait une randonn&#233;e comme celles d'avant guerre, o&#249; nous ne partions que pour secouer la torpeur hivernale, pour faire kilom&#232;tres sur kilom&#232;tres, pour boire de l'air, de l'espace du soleil, du vent et de la pluie, tout ce qui se pr&#233;sentait, et pour rentrer enfin avec un meilleur coefficient de sant&#233;. Or, depuis la guerre, nous avons pris la douce habitude de rencontrer, au bout de la premi&#232;re &#233;tape, des amis, des samideanoi, et la randonn&#233;e finit en meeting. Mais pour que tout aille bien, il ne faut pas fixer trop loin le lieu au meeting et, cette ann&#233;e, nous avons &#233;t&#233; trop t&#233;m&#233;raire en nous supposant capable d'aller d'un seul coup d'aile de Saint-&#201;tienne &#224; la Sainte-Baume, malgr&#233; vents et mar&#233;es, &#224; quelque 340 km., et assez pr&#233;somptueux pour y donner rendez-vous &#224; nos amis du Midi qui sont venus vainement attendre les St&#233;phanois, dont un seul, le Chemineau Hormuth, en s'aidant sagement du grand fr&#232;re, entre Saint-Vallier et Avignon, et en p&#233;dalant ensuite toute la nuit, a r&#233;ussi, bien que parti douze heures apr&#232;s nous, &#224; arriver bon premier &#224; l'h&#244;tellerie de la Sainte-Baume, le jour de P&#226;ques, &#224; 8 heures. Nous p&#251;mes ainsi sauver la face, mais il me reste le regret de n'avoir pu, &#224; cause de mes principes qui m'interdisent d'aller autrement qu'&#224; bicyclette &#224; un meeting cycliste, causer quelques heures avec mes amis de Montpellier, de Marseille, de Toulon, de Nice, d'Avignon, de N&#238;mes, de Maillane, de Paris&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, attir&#233;s par la r&#233;putation de la Sainte-Baume, il en &#233;tait venu de tous c&#244;t&#233;s, et ce meeting compta une quarantaine de cyclistes, tous polyx&#233;s, cela va sans dire, et presque tous par d&#233;railleur Chemineau, ce qui fit qu'on y parla beaucoup de Saint-&#201;tienne et des efforts que nous faisons vers le perfectionnement incessant de la bicyclette de tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;tions pourtant trouv&#233;s douze au d&#233;part, &#224; 2 heures, au col des Grands-Bois, mais la pluie et le vent contraires, qui ne nous firent pas gr&#226;ce un instant, d&#233;courag&#232;rent les uns apr&#232;s les autres tous mes compagnons, et je finis par &#233;chouer seul, &#224; 18 h. et quart, &#224; Lambesc, arr&#234;t&#233; par la nuit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'eus beaucoup de peine &#224; trouver un lit et je ne l'obtins qu'&#224; la condition de ne partir le lendemain qu'&#224; 6 heures, attendu qu'au Lion-d'Or les voyageurs sont boud&#233;s comme dans une prison, que tout est ferm&#233;, verrouill&#233;, cadenass&#233;, gard&#233; par des chiens f&#233;roces, jusqu'&#224; 6 heures bien sonn&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette condition draconienne m'enlevait ma derni&#232;re chance d'arriver &#224; la Sainte-Baume. S'il avait fait beau temps, en parlant comme la veille &#224; 2 heures, le hasard m'aurait fait trouver sur la route Hormth, qui passa justement &#224; 2 heures &#224; Lambesc, et je serais arriv&#233; avec lui &#224; l'H&#244;tellerie. Mais Jupiter Pluvius en avait d&#233;cid&#233; autrement et il me r&#233;servait un dernier tour de sa fa&#231;on pour vaincre mon ent&#234;tement &#224; vouloir quand m&#234;me arriver &#224; la Sainte-Baume et pour m'obliger &#224; tourner bride.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parti, en effet, &#224; 6 heures et quart, en m&#234;me temps qu'un automobiliste qui venait de Roanne et qui m'apprit, par son compteur, que j'avais fait la veille. 280 km., ce qui le surprit fort, vu qu'il n'en avait fait que 80 de plus que moi et qu'il avait trouv&#233; l'&#233;tape bien longue, je me trouvais une heure plus tard aux portes d'Aix. J'entends par l&#224; le sommet de la descente rapide et dangereuse (une auto s'y &#233;tait &#233;crabouill&#233;e la veille) qui, de ce c&#244;t&#233;, am&#232;ne les voyageurs au c&#339;ur de la vieille ville romaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais eu jusque-l&#224;, encore plus que la veille, le vent et la pluie contre moi et j'avais pu franchir Saint-Gannat, ce que je tiens pour un haut fait, vu l'&#233;tat de la chauss&#233;e pendant la travers&#233;e de ce village. Un &#233;clair brilla soudain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais d&#233;j&#224; entendu un lointain grondement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la menace se pr&#233;cisait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'h&#233;sitai pas une seconde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je sais ce qu'est un orage dans le Midi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fis demi-tour, et le vent, devenu enfin favorable, me fit refaire &#224; 70 &#224; l'heure les quelques kilom&#232;tres que je venais de faire p&#233;niblement &#224; 15 &#224; l'heure, qui me s&#233;paraient d'un caf&#233; que j'avais rep&#233;r&#233; en passant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux, trois &#233;clairs fus&#232;rent encore, suivis de coups de tonnerre de plus en plus rapproch&#233;s, et j'entrai sous l'auvent protecteur au moment o&#249; la pluie torrentielle se d&#233;clenchait, entrem&#234;l&#233;e de gr&#234;lons et accompagn&#233;e d'un tintamarre inqui&#233;tant. Je d&#233;jeunai, je vis passer un train, car il y avait l&#224; une petite gare et, &#224; 8 heures, ayant dit adieu d&#233;finitivement au meeting pascal de 1928, je me laissai pousser par le vent dont l'orage avait encore augment&#233; la violence. Puisque je suis condamn&#233; &#224; randonner, me dis-je, randonnons et rentrons par la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce me sera l'occasion de soumettre &#224; plus rude &#233;preuve ma bicyclette Ballon n&#176;&#160;2 dont c'&#233;tait le premier long voyage. Ma Ballon n&#176;&#160;1 est mon Aumon qui, depuis f&#233;vrier 1927, a mis a son actif, d'abord en mono, puis en flottante, ensuite en d&#233;railleur, plus de 9.000 km. Je me suis fait construire pour cette ann&#233;e une Gauloise &#224; p&#233;dalier tr&#232;s bas, arri&#232;re court, cadre ouvert qui en permet l'acc&#232;s aux dames, aux eccl&#233;siastiques et surtout aux cyclistes &#226;g&#233;s qui aiment pouvoir s'arr&#234;ter sans quitter la selle et se d&#233;gager rapidement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu du col de cygne simple ou double qui caract&#233;rise les bicyclettes de dame, j'ai repris le dispositif des Gauloises de dame d'il y a vingt-cinq et trente ans dont je retrouve quelques squelettes dans mon grenier et auquel les Anglais sont venus l'an dernier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tubes cintr&#233;s sont remplac&#233;s par deux tubes droits parall&#232;les qui rendent un cadre ouvert &#224; peu pr&#232;s aussi rigide que le cadre actuel des bicyclettes d'hommes. Ma Ballon n&#176;&#160;2 est trix&#233;e&#160;: 6 m. 60, 5 m. et 3 m. 30, par flottante, elle a des ballons fa&#231;on main, demi-couverts, de luxe, sur jantes acier de 650 C. Elle p&#232;se, avec ses larges garde-boue, ses deux freins Roc, une vulgaire selle 4 fils qui est pour moi la meilleure selle du monde, ses p&#233;dales &#224; scie, larges, pour recevoir les semelles d&#233;bordantes de mes sandales, son guidon Trial et sa pompe, juste 15 kg.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'avais mise au point par quelques sorties pr&#233;alables et, la veille du d&#233;part, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Masson m'ayant fait, comme il y a deux ans, la bonne surprise de venir de Paris &#224; l'improviste, prendre part &#224; notre excursion pascale avec deux de ses camarades du club des Audax, nous all&#226;mes l'apr&#232;s-midi &#224; Rochetaill&#233;e, et ma Ballon n&#176;&#160;2 termina l&#224; ses cent premiers kilom&#232;tres. Les montures de mes trois compagnons, qu'un incident malencontreux retarda tellement le lendemain que je ne pus les avoir un seul instant &#224; mes c&#244;t&#233;s, diff&#233;raient essentiellement de la mienne. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Masson elle-m&#234;me, que j'avais vue munie pour donner l'assaut, et avec quel brio, au Ventoux, d'un d&#233;railleur &#224; six vitesses, ne montait cette ann&#233;e qu'un poly primitive &#224; retournement de roue, la machine &#224; la mode sans doute &#224; Paris, que j'aurais aim&#233; pouvoir juger &#224; l'&#339;uvre le lendemain. J'ai donc doublement regrett&#233; qu'une fatigue stomacale d'un des leurs ait emp&#234;ch&#233; ce trio de bonnes p&#233;dales de me rejoindre &#224; 7 heures &#224; Valence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq autres cyclistes st&#233;phanois dont quatre en tandem, et parmi ces quatre, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Barri&#232;re, une de nos meilleures p&#233;dales, me d&#233;pass&#232;rent avant Tournon, je les vis s'arr&#234;ter &#224; Tain pour d&#233;jeuner et ne les revis plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce groupe devait subir, au retour, de dures &#233;preuves&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une collision de son tandem avec un chien de forte taille, laissa M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Barri&#232;re sans connaissance sur la route et l'on craignit un instant une fracture du cr&#226;ne. Il n'en fut rien heureusement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Barri&#232;re est aujourd'hui hors de danger. Le second tandem fut embouti par une auto, presque aux portes de Saint-&#201;tienne et les deux &#233;quipiers assez gravement atteints. Un autre de mes compagnons eut de longs et fr&#233;quents d&#233;m&#234;l&#233;s avec ses chambres &#224; air, et les deux derniers me quitt&#232;rent &#224; Orange, vers 13 heures, las de lutter contre une pluie et un vent qui devenaient d'autant plus acharn&#233;s qu'on descendait davantage vers le pays du soleil, qu'ils ne reconnaissaient pas sous un tel d&#233;guisement. Seul, je pers&#233;v&#233;rai, car ce pays est le mien, et je l'aime m&#234;me quand il y pleut, j'avais d'ailleurs donn&#233; rendez-vous &#224; 14 heures, au pont de Bonpas, &#224; mes amis de Maillane qui m'y attendirent deux heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'y arrivai qu'&#224; 15 heures et quart&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils m'accompagn&#232;rent jusqu'au Plan-d'Orgon o&#249; nous nous s&#233;par&#226;mes &#224; 16 h. 45, et j'allai &#233;chouer &#224; la nuit tombante &#224; Lambesc, &#224; l'h&#244;tel du Lion-d'Or o&#249;, si les lits sont bons, la cuisine laisse beaucoup &#224; d&#233;sirer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma Ballon n&#176;&#160;2 m'avait amen&#233; jusque-l&#224; sans me causer le moindre d&#233;sagr&#233;ment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pluie, la boue n'emp&#234;chaient pas la cha&#238;ne flottante de fonctionner et mes d&#233;licats Ballons de luxe se comportaient aussi bien qu'auraient pu le faire des ultravulcanis&#233;s. Il en fut d'ailleurs de m&#234;me jusqu'&#224; mon retour et aujourd'hui encore, apr&#232;s le premier millier de kilom&#232;tres, je n'ai pas remarqu&#233; chez eux la moindre d&#233;faillance et (cela c'est une chance) pas eu de crevaison, pas m&#234;me un coup de pompe &#224; leur donner. Je traverse sans doute une p&#233;riode de veine et, d&#232;s demain peut-&#234;tre, vais-je crever coup sur coup. Avec les pneus, il faut s'attendre &#224; ces retours de fortune et je souris quand j'entends un cycliste se f&#233;liciter de la qualit&#233; de ses pneus parce qu'il n'a pas encore crev&#233;. Des pneus indiff&#233;rents aux clous et aux &#233;pines ne seraient pas plus souples que des Ducasble et cr&#232;veraient le cycliste &#224; tous les tours de roue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait autrement pire que d'user tout un sachet de rustines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Des pneus souples, minces et l&#233;gers comme je ne cesse de les conseiller doivent &#234;tre, au contraire, tr&#232;s sensibles aux perforations et, s'ils ne cr&#232;vent pas, c'est simplement parce qu'ils n'ont pas rencontr&#233; de corps perforants sur leur route. On peut pourtant, part des arrache-clous judicieusement plac&#233;s, les prot&#233;ger contre les attaques brutales des clous, et j'avais pris la pr&#233;caution de placer avant mon d&#233;part sur ma Ballon n&#176;&#160;2, les cha&#238;nes crois&#233;es de mon ami Durieu &#224; qui je suis redevable aussi (si ce n'est &#224; lui, c'est &#224; son fr&#232;re) de la vieille touricyclette qui me sert depuis 1905. pendant la p&#233;riode hivernale o&#249; la neige et la boue rendent nos routes presque inaccessibles aux machines &#224; cha&#238;ne. Je finis aussi par croire, tant j'ai peu crev&#233; pendant les 9.000 km. de ma Ballon n&#176;&#160;1 qui n'eut jamais, elle, d'arrache-clous, que les pneus Ballons comme les Conforts des autos, &#233;chappent, gr&#226;ce &#224; leur souplesse, aux morsures des silex, des pointes de verre et m&#234;me des clous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seuls sont &#224; redouter les pin&#231;ons, les &#233;pines... et les &#233;pingles de la malveillance.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai donc tout lieu d'&#234;tre satisfait de ma Ballon n&#176;&#160;2, comme je l'ai &#233;t&#233; de ma n&#176;&#160;1. Aussi je songe d&#233;j&#224; &#224; m'en construire une troisi&#232;me avec des roues de 550mm, des ballons de 60mm, un cadre de forme toute nouvelle pour ceux qui n'ont pas connu le cadre Holbein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et cette Ballon n&#176;&#160;3 p&#232;sera, s'il ne d&#233;pend que de moi, dix kilos, comme ma Sumbeam de 1892, sans pourtant avoir recours &#224; ces nouveaux alliages, Conlov ou Duralumin, qui sont cassants comme du verre et qui, s'ils all&#232;gent de 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% une bicyclette, la rendent de 50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% plus fragile &#224; ce qu'on m'assure, car je n'en ai pas fait encore l'exp&#233;rience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon retour &#224; Saint-&#201;tienne, que l'aide constante du vent rendit facile, n'a pas d'histoire. A midi, le dimanche de P&#226;ques, je d&#233;jeunai &#224; Maillane chez mes amis Roumanille et passai la nuit &#224; Pierrelatte &#224; l'h&#244;tel Terminus, apr&#232;s 170 km.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'en restait autant &#224; faire pour le lundi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je pris &#224; Mont&#233;limar mon caf&#233; au lait, je d&#233;jeunai &#224; 11 heures &#224; Sarras &#224; l'h&#244;tel du Commerce et je franchis le col des Grands-Bois &#224; 17 heures, apr&#232;s avoir musard&#233; dans la d&#233;licieuse vall&#233;e de la Cance qui, grossie par les pluies des jours pr&#233;c&#233;dents, grondait au fond de sa gorge &#233;troite, comme un torrent alpestre. La petite route qui la suit et la domine parfois d'assez haut est tr&#232;s bonne en ce moment. Elle ne laisse pas cependant d'&#234;tre dangereuse par son &#233;troitesse, quelques orni&#232;res impr&#233;vues et ses nombreux tournants derri&#232;re lesquels on risque toujours de se trouver nez &#224; nez avec une auto. La prudence y est donc de rigueur. Bien qu'elle allonge un peu le chemin du retour, tout comme apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;tour par Saint-Sauveur, on s'y attarde avec plaisir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, apr&#232;s avoir subi le charme de la riante garrigue proven&#231;ale, on ne go&#251;te que mieux la s&#233;duction plus aust&#232;re de nos montagnes.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Excursions mars avril 1929</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article633</link>
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		<dc:date>2024-03-25T18:25:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Ballon n&#176;2</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Outre les raisons qui me poussent chaque ann&#233;e, &#224; P&#226;ques, vers le Midi o&#249; je vais respirer l'air natal, o&#249; m'attendent des amiti&#233;s vieilles de vingt ans et qui ont succ&#233;d&#233; &#224; d'autres amiti&#233;s encore plus vieilles, dont, sous les oliviers, je retrouve les ombres avec lesquelles en p&#233;dalant, seul le plus souvent, j'aime &#224; converser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; outre ces raisons essentielles, j'en avais une particuli&#232;re cette ann&#233;e et de quelque importance. La grippe m'avait, en f&#233;vrier, consign&#233; pendant quinze jours dans ma chambre, la neige, obstruant les routes m'avait auparavant (et ceci explique cela oblig&#233; de cesser mes quotidiennes sorties &#224; bicyclette pendant quinze autres jours, si bien que les f&#234;tes de P&#226;ques me surprenaient, le 31&#160;mars, un peu d&#233;sempar&#233;, sans l'entra&#238;nement pr&#233;alable des excursions dominicales du d&#233;but de l'an. Il s'agissait donc pour moi de savoir si je pourrais sans fatigue anormale descendre dans le Midi &#224; une allure convenable dont la tradition n'e&#251;t pas &#224; rougir et qui justifi&#226;t une fois de plus la pr&#233;tention souvent formul&#233;e que la bicyclette est le meilleur moyen de se transporter &#224; la fois rapidement, &#233;conomiquement, commod&#233;ment et hygi&#233;niquement.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;V&#233;locio, Le Cycliste, mars avril 1929, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Outre les raisons qui me poussent chaque ann&#233;e, &#224; P&#226;ques, vers le Midi o&#249; je vais respirer l'air natal, o&#249; m'attendent des amiti&#233;s vieilles de vingt ans et qui ont succ&#233;d&#233; &#224; d'autres amiti&#233;s encore plus vieilles, dont, sous les oliviers, je retrouve les ombres avec lesquelles en p&#233;dalant, seul le plus souvent, j'aime &#224; converser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; outre ces raisons essentielles, j'en avais une particuli&#232;re cette ann&#233;e et de quelque importance. La grippe m'avait, en f&#233;vrier, consign&#233; pendant quinze jours dans ma chambre, la neige, obstruant les routes m'avait auparavant (et ceci explique cela oblig&#233; de cesser mes quotidiennes sorties &#224; bicyclette pendant quinze autres jours, si bien que les f&#234;tes de P&#226;ques me surprenaient, le 31&#160;mars, un peu d&#233;sempar&#233;, sans l'entra&#238;nement pr&#233;alable des excursions dominicales du d&#233;but de l'an. Il s'agissait donc pour moi de savoir si je pourrais sans fatigue anormale descendre dans le Midi &#224; une allure convenable dont la tradition n'e&#251;t pas &#224; rougir et qui justifi&#226;t une fois de plus la pr&#233;tention souvent formul&#233;e que la bicyclette est le meilleur moyen de se transporter &#224; la fois rapidement, &#233;conomiquement, commod&#233;ment et hygi&#233;niquement. L'auto et l'avion l'emportent sur le premier point, mais combien ils restent loin derri&#232;re sur les trois autres points. La marche &#224; pied l'emporte certainement sur le point de la commodit&#233;, car le pi&#233;ton passe partout et n'a besoin que d'un b&#226;ton&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le rapport de l'hygi&#232;ne,' elle vient, de l'avis g&#233;n&#233;ral, &#224; &#233;galit&#233;, mais je crois la bicyclette sup&#233;rieure pour la facilit&#233; avec laquelle elle procure, quand besoin est, la su&#233;e bienfaisante, et dose le degr&#233; de l'effort&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la marche &#224; pied est plus lente et augmente par cons&#233;quent les frais de voyage. Une randonn&#233;e de Saint-&#201;tienne &#224; la mer nous co&#251;te &#224; peine deux centimes par kilom&#232;tre, elle co&#251;tera trois fois plus &#224; un pi&#233;ton, sans compter la perte du temps qui, jointe &#224; l'usure des souliers, compense et au del&#224; l'usure des pneus et l'amortissement, du prix de la bicyclette. Donc, la bicyclette, a la condition qu'elle ne tra&#238;ne pas trop sur les mules et qu'elle puisse ais&#233;ment couvrir ses 200 km. dans la journ&#233;e, l'emporte sur tous es autres moyens de locomotion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourrais-je le d&#233;montrer encore une fois en entrant dans ma 77&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e sans entra&#238;nement et quelque peu diminu&#233; par l'assaut du microbe grippal dont j'ignore le nom, mais que mon organisme v&#233;g&#233;tarien avait vigoureusement combattu et an&#233;anti&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Telle &#233;tait la question que j'avais &#224; r&#233;soudre.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quatre heures, le 31&#160;mars, j'&#233;tais dans ce but au pied de la c&#244;te du Grand-Bois, arm&#233; de ma Ballon n&#176;&#160;2 qui entre dans sa deuxi&#232;me ann&#233;e et qui n'est toujours que trix&#233;e par flottante, alors qu'il est de mode aujourd'hui d'infliger &#224; une bicyclette de grand tourisme un nombre incalculable de vitesses. Il n'en faut, para&#238;t-il, pas moins de neuf, &#224; en juger par quelques machines que j'ai rencontr&#233;es et qui &#233;taient mont&#233;es par des cyclistes dans la force de l'&#226;ge, solides gars, assez semblables &#224; mes jeunes compagnons d'autrefois auxquels suffisaient deux ou trois vitesses pour aller dans leur journ&#233;e de Lyon &#224; Nice ou &#224; Turin. Je comprends neuf et douze vitesses sur une bicyclette de podagre ou d'emphys&#233;mateux, oblig&#233; de doser son effort &#224; un gramme pr&#232;s, mais sur la bicyclette d'un homme jeune et vigoureux dont le moteur poss&#232;de encore toute sa souplesse naturelle, peut selon les circonstances appuyer fort ou tourner vite, trois vitesses oscillant entre 3, 5 et 7 m&#232;tres, au maximum quatre vitesses permettant d'&#233;loigner un peu les deux extr&#234;mes, me semblent suffisantes. En exag&#233;rant, nous finirons par atrophier nos moyens naturels et par donner raison &#224; ceux qui traitent de malades et d'invalides les polyxionnistes. Enfin, pour l'instant. mes trois d&#233;veloppements me suffisent, mais je ne dis pas qu'&#224; 80, 90, 100 ans, je n'en ajoute quelques-uns &#224; cette Polyballon de 10 kg. que je ne puis encore vous pr&#233;senter, mais dont je pr&#233;pare toujours la r&#233;alisation. Je me mis en tenue l&#233;g&#232;re, c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s nu, car je n'allais pas tarder &#224; sentir circuler autour de moi, comme en une canalisation de chauffage central, un courant de sang &#233;chauff&#233; par le travail ascensionnel. On n'affuble pas un cheval, non plus qu'un moteur &#224; p&#233;trole, d'une redingote quand on en exige un effort. Pourquoi traiterait-on autrement le moteur humain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Parce qu'il n'est pas convenable de se laisser voir tel que nous fit la nature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Parce que quelque du&#232;gne&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque vieille matrone&lt;br class='autobr' /&gt;
Dont le menton bourgeonne&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dont le nez trognonne&lt;br class='autobr' /&gt;
s'exclamera d'indignation en voyant surgir devant ses besicles le beau torse nu de mon regrett&#233; compagnon, G... Est-il rien de beau comme de voir sous un &#233;piderme sain, fouett&#233; par le vent et la pluie, br&#251;l&#233; par le soleil ou rosi par un sang imp&#233;tueux, jouer des muscles puissants au rythme cadenc&#233; de la p&#233;dale&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens.... Non, non, assez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! fermez la boite des souvenirs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; partez donc enfin pour Maillane...&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'excuse et j'obtemp&#232;re. A cette heure matinale la circulation, m&#234;me sur la route nationale 82 qui joint, par le plus court, Paris &#224; la C&#244;te d'Azur, n'est pas encore active&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne d&#233;passe que quelques groupes de pi&#233;tons et ne suis d&#233;pass&#233; que par trois autos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu de lune &#233;claire suffisamment pour rendre inutile ma lampe de poche qui constitue tout mon &#233;clairage. Sur le plateau de la R&#233;publique, le vent du nord qui me sera tout le jour un puissant adjuvant, commence &#224; se faire sentir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est froid, j'active l'allure et je m'arr&#234;te bient&#244;t devant l'H&#244;tel des Grands-Bois, encore herm&#233;tiquement clos. Je m'empresse de me couvrir de tous les v&#234;tements dont je dispose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le tout, je d&#233;ploie mon imperm&#233;able en toile huil&#233;e que le froid raidit et qui m'enveloppe comme d'une crinoline, je rabats ma casquette sur les oreilles, puis, couvert autant qu'on peut l'&#234;tre et que je l'&#233;tais peu &#224; la mont&#233;e, je me laisse aller en me mettant, selon mon habitude, sous la protection de l'infini ce grand myst&#232;re qui, du berceau &#224; la tombe, plane sur l'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour point, la descente est moins d&#233;sagr&#233;able que je ne m'y attendais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route ayant &#233;t&#233; r&#233;par&#233;e &#231;&#224; et l&#224; est moins mauvaise, dans l'ensemble, que l'&#233;t&#233; dernier. Quand elle sera, en aval de Saint-&#201;tienne, aussi bonne qu'elle l'est en amont, nous pourrons b&#226;cler en deux heures et demie les 54 km. qui nous s&#233;parent des bords du Rh&#244;ne, que je n'atteins aujourd'hui &#224; Andance qu'&#224; 7 heures, trois heures apr&#232;s mon d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de partir, je me suis lest&#233; d'une bol&#233;e de flocons d'avoine au lait, aliment tr&#232;s recommandable. Je grignote, tout en p&#233;dalant, un morceau de pain entre Andance et Sarras o&#249; je passe sur la rive gauche. Roses et blanches, les fleurs des p&#234;chers et des cerisiers me r&#233;cr&#233;ent d&#233;j&#224; les yeux. La nature s'&#233;veille de la torpeur hivernale qui, de l'autre c&#244;t&#233; de la montagne, l'&#233;treint encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil est d&#233;j&#224; haut, les oiseaux chantent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici, d&#233;cid&#233;ment, c'est le printemps. Je p&#233;dale joyeusement, esp&#233;rant &#234;tre bient&#244;t rattrap&#233; par deux compagnons qui devaient se joindre &#224; moi avant Valence et y d&#233;jeuner devant la gare, &#224; 9 h. Mais j'arrive seul &#224; Valence &#224; 8 h. 50 et j'en repars seul &#224; 9 h. 1/4. Le vent avait &#233;t&#233; jusqu'ici h&#233;sitant, et par moments j'avais cru le sentir contraire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il devient, apr&#232;s Valence, nettement favorable et l'on va pouvoir s'amuser, malgr&#233; les autos qui surgissent de minute en minute plus nombreuses. A la descente de quelques kilom&#232;tres qui aboutit &#224; Saulce, apr&#232;s Loriol, je vais de pair avec deux de ces v&#233;hicules, modestes &#233;videmment., mais&lt;br class='autobr' /&gt;
nous faisons tout de m&#234;me du 50 &#224; l'heure. Quelques autos filent &#224; 100 &#224; l'heure, poursuivies par trois ou quatre autres quelles viennent de doubler et qui s'efforcent vainement de leur rendre la pareille, jusqu'au moment o&#249; une plus puissante encore doublera d'un coup tout le groupe, qui finira par s'effilocher. L'on aimerait suivre, d'un avion, ces luttes et leurs p&#233;rip&#233;ties que l'on devine plut&#244;t qu'on ne les voit, car d&#233;pass&#233;s et d&#233;passants disparaissent vite, et j'avoue qu'au lieu d'&#234;tre effray&#233; par cet incessant va-et-vient de bolides, j'en suis plut&#244;t amus&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en descend beaucoup plus qu'il n'en monte, heureusement, car si les doublages devaient avoir lieu simultan&#233;ment dans les deux sens, la route ne serait plus assez large et le menu fretin de la circulation, cyclistes et moto&#239;stes seraient en danger. Peu de motos pourtant, et moins encore de cyclistes, si ce n'est aux abords des agglom&#233;rations o&#249; chacun ob&#233;it scrupuleusement au Code de la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme d'habitude, Saint-&#201;tienne fournit un contingent appr&#233;ciable de voitures et je suis &#224; plusieurs reprises reconnu et salu&#233; &#224; la vol&#233;e par de joyeuses apostrophes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, si tous les usagers de la route se conformaient aux r&#232;glements et que l'on s'effor&#231;&#226;t de rendre ceux-ci de jour en jour plus parfaits, c'est-&#224;-dire plus faciles &#224; comprendre et &#224; suivre, le spectacle que nous offrent aujourd'hui les routes &#224; grande circulation comme celle o&#249; je joue aujourd'hui un tout petit bout de r&#244;le, serait merveilleux pour qui aime les manifestations de l'activit&#233; humaine sous toutes ses formes. Mais il reste inqui&#233;tant pour qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; plusieurs fois sur le point d'&#234;tre &#233;crabouill&#233; comme j'avais failli l'&#234;tre pour la deuxi&#232;me fois clans des circonstances analogues, en descendant, huit jours avant, la c&#244;te de Planfoy. Un brouillard &#233;pais couvrait la montagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans les gorges o&#249; les tournants dangereux se succ&#232;dent sans interruption, une voiture hippomobile montait au pas au milieu de la route, je m'engageais &#224; droite entre elle et la paroi rocheuse, quand une auto sans m&#234;me avoir corn&#233; pour faire ranger plus &#224; sa droite la voiture qui la pr&#233;c&#232;de, la double quand m&#234;me, ne r&#233;fl&#233;chissant pas qu'un autre v&#233;hicule est peut-&#234;tre entr&#233; d&#233;j&#224; dans l'&#233;troit couloir o&#249; elle se pr&#233;cipite &#224; toute allure. J'ai tout juste le temps de me jeter contre le rocher et... j'ai vu la mort de pr&#232;s &#224; ce moment. Il est pourtant formellement interdit de doubler dans un virage, et le fait qu'on n'y voyait pas &#224; 20 m&#232;tres &#224; cause du brouillard n'est pas une circonstance att&#233;nuante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin, il faut en prendre son parti&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il neuf toujours y avoir un ivrogne ou un maladroit, ou encore un malade au volant de l'auto qui va vous croiser ou vous d&#233;passer et tous les usagers de la route doivent s'attendre &#224; figurer un jour ou l'autre sur le bilan quotidien des accidents de la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Mont&#233;limar &#224; 11 heures pr&#233;cises, ce qui met &#224; mon actif 41 km. en 1 h. 45, moyenne de 25 &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec le mistral qui me pousse, j'aurais pu aller plus vite si j'avais eu un d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres, et c'est ici une triompheront les partisans des neuf, voire douze vitesses en marche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est vrai, mais le d&#233;veloppement n'est pas tout, et en compliquant par trop une machine et en l'alourdissant, on risque de diminuer son allure moyenne constante pour obtenir quelque avantage pendant de courts instants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la somme alg&#233;brique risque d'&#234;tre n&#233;gative.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux heures apr&#232;s, j'&#233;tais &#224; six kilom&#232;tres d'Orange et je m'arr&#234;tais, pr&#232;s de Piolenc, dans un pr&#233;, sous quelques oliviers, pour d&#233;jeuner de pain, d'oranges et de bananes. Je suis loin de mon record&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a neuf heures que j'ai quitt&#233; Saint-&#201;tienne, alors qu'&#224; P&#226;ques 1903, parti de chez moi &#224; 13 heures, j'&#233;tais arriv&#233; &#224; Orange &#224; 20 h. 45'. Le mistral fut, il est vrai, ce jour-l&#224;, plus violent qu'il ne l'est aujourd'hui et j'avais justement sur ma bicha&#238;ne un d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres, et puis l'on &#233;tait un jeune cyclotouriste d'&#224; peine 50 ans, enthousiaste et &#233;merveill&#233; de tout ce qu'il voyait, gr&#226;ce &#224; la bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne nous attardons pas &#224; des regrets superflus. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Regarde toujours devant toi, jamais derri&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, nous dit la sagesse des nations. Je regarde donc devant moi et ce que j'y vois n'est pas fait pour diminuer mon ardeur a p&#233;daler, lorsque, l'estomac satisfait, je remonte sur ma poly qui, depuis le col des Grands-Bois, aurait pu &#234;tre une mono, car, sauf deux kilom&#232;tres &#224; la mont&#233;e de Donz&#232;re et quelques centaines de m&#232;tres apr&#232;s Loriol, j'ai tout fait avec mon 6 m. 60, et je crois que, le vent aidant, j'aurais pu ne pas avoir recours &#224; mon deuxi&#232;me d&#233;veloppement de 5 m&#232;tres, puisque mon &#233;tape &#233;tait courte et ne devait pas avoir de lendemain. Sinon, si l'on commence une &#233;tape de quarante heures et davantage, comme celle que ce m&#234;me jour allaient terminer &#224; Aix, &#224; 18 heures, nos amis Marre et Grillot, c'est une autre affaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est de rigueur de faire des &#233;conomies de calories d&#232;s le d&#233;but de la randonn&#233;e et de ne pas les prodiguer le premier jour, en escaladant les c&#244;tes ou en n&#233;gociant la plaine avec des d&#233;veloppements inad&#233;quats au travail &#224; fournir. Six vitesses se comprennent alors, et le tandem de ces vaillants randonneurs en avait neuf, qui leur ont permis de ne jamais se d&#233;penser mal &#224; propos, comme je l'aurais fait en gravissant la c&#244;te de Donz&#232;re avec 6 m. 60, ou celle de Planfoy avec plus de 3 m. 30.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partis de Paris le 29&#160;mars &#224; midi, Marre et Grillot traversaient le lendemain, &#224; 19 heures, Saint-&#201;tienne o&#249; je ne pus, &#224; mon grand regret, leur serrer la main, oblig&#233; que j'avais &#233;t&#233; de me pr&#233;parer &#224; mon d&#233;part du lendemain et de me mettre au lit de bonne heure. Ils avaient &#224; ce moment 460 km. dans les jambes et n'en &#233;taient pas moins frais et dispos pour grimper au col des Grands-Bois en compagnie d'un cyclotouriste st&#233;phanois, M.&#160;B..., qui les pilotait depuis la Fouillouse et qui ne devait les quitter qu'&#224; 22 h. 1/2, apr&#232;s un r&#233;confortant souper &#224; l'h&#244;tel des Grands-Bois. Nous e&#251;mes plus tard de leurs nouvelles par Panel, randonneur de l'E. S., qui mit autrefois &#224; son actif de tr&#232;s belles &#233;tapes et qui, depuis, a fond&#233; et dirige avec succ&#232;s les &#201;tablissements Chemineau. Notre ex-randonneur, filant ce jour-l&#224; en auto &#224; 60 &#224; l'heure vers la C&#244;te d'Azur, rattrapa le tandem le dimanche matin &#224; Pierrelatte, &#224; 7 heures, et f&#233;licita les vaillants tand&#233;mistes qui p&#233;dalaient avec plus d'entrain que jamais, en d&#233;pit des 620 km. qu'ils avaient d&#233;j&#224; couverts en 43 heures et auxquels ils en ajout&#232;rent encore 130 avant de terminer, &#224; &#192;ix, cette belle randonn&#233;e de 750 km. en 54 heures qui d&#233;passe, et de loin, comme endurance ce que l'on peut raisonnablement attendre du moteur humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un voyage de cette envergure, neuf vitesses sont assur&#233;ment utilisables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il va de soi que la puissance du moteur diminue au fur et &#224; mesure qu'augmente la dur&#233;e du travail et que l'on ne pourra, le deuxi&#232;me et le troisi&#232;me jour, pousser, toutes autres choses restant &#233;gales, d'aussi grands d&#233;veloppements que le premier jour. Il m'est arriv&#233; de grimper aux Grands-Bois six fois dans la m&#234;me journ&#233;e en mani&#232;re d'exp&#233;rience (13 km. et 600 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation). J'obtenais mon meilleur r&#233;sultat comme temps et comme fatigue, avec 3 m. 50 les deux premiers tours. 3 m&#232;tres les deux autres et 2 m. 50 les deux derniers. Je pouvais encore, &#224; cette &#233;poque, grimper avec 5 m&#232;tres assez ais&#233;ment, mais alors j'avais beaucoup de peine &#224; terminer la sixi&#232;me ascension dans un m&#234;me jour. Et si je commen&#231;ais par 2 m. 50 pour finir avec 3 m. 50. &#231;a n'allait pas du tout &#224; la fin. Grillot, et Marre, qui connaissent le moteur humain sur le bout du doigt, en leur qualit&#233; de futurs m&#233;decins, ont du man&#339;uvrer leurs neuf vitesses de fa&#231;on &#224; descendre de leur tandem, apr&#232;s 54 heures de travail, sans fatigue anormale, et j'esp&#232;re qu'ils nous donneront quelques indications sur la fa&#231;on dont il faut jouer d'un tandem polyx&#233; pour en obtenir un si beau r&#233;sultat que, me dit-on, des tand&#233;mistes st&#233;phanois esp&#232;rent d&#233;j&#224; d&#233;passer. La mode sera, dor&#233;navant, aux d&#233;monstrations de ce genre&#160;: jusqu'o&#249; peut aller la r&#233;sistance d'un cycliste p&#233;dalant sans discontinuer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En Angleterre, on va reprendre la traditionnelle &#233;preuve de Land's End to John O' groats, qui vit autrefois triompher la polyxion sous la forme du Three Speed Hub anglais et il se pourrait bien que le d&#233;railleur fran&#231;ais, qui se r&#233;pand de plus en plus chez nos voisins et alli&#233;s, triomph&#226;t &#224; son tour et &#224; bref d&#233;lai du moyeu &#224; trois vitesses. Je l'ai &#233;crit il y a longtemps et je le r&#233;p&#232;te&#160;: je voudrais voir s'instituer en France une &#233;preuve semblable dont l'itin&#233;raire (travers&#233;e de la France, de Menton &#224; Brest) d&#233;buterait par la route des Alpes. Quel est le randonneur qui &#233;tablira le premier record de ce parcours de quelque 1.500 km., o&#249; une mono ne brillerait sans doute pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous devons avoir &#224; c&#339;ur de d&#233;montrer que la bicyclette &#224; grand rendement, que nous distinguons ici de la bicyclette utilitaire ou de promenade. n'est pas uniquement destin&#233;e &#224; tourner autour d'une piste ou &#224; faire sur route des courses de vitesse plus ou moins truqu&#233;es, mais quelle est aussi un moyen, pour tout &#234;tre bien portant, de se transporter rapidement, &#224;, peu de frais, disons mieux, &#224; point de frais, d'un bout &#224; l'autre de la France. Vous allez vill&#233;giaturer en famille sur la C&#244;te d'Azur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; confiez les trop faibles, trop jeunes ou trop &#226;g&#233;s, au train ou &#224; l'auto, mais que tous les membres de la famille qui sont rest&#233;s actifs et entra&#238;n&#233;s partent &#224; bicyclette ou en tandem, en choisissant m&#234;me un itin&#233;raire moins direct, mais combien plus agr&#233;able. C'est ce que fait croyons-nous, tous les ans, le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Ruffier, et ce qu'il nous a souvent invit&#233;s &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour une d&#233;gression, en voil&#224; une de belle taille, mais j'estime que ce sont l&#224; choses &#224; rappeler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous oublions trop, &#224; tous les degr&#233;s de l'&#233;chelle sociale, que l'homme a &#233;t&#233; dot&#233; par la nature du meilleur moteur qu'on puisse inventer et qui, par la bicyclette, arrive &#224; rendre en travail tout ce qu'on lui fournit de carburant, &#224; en croire les auteurs qui se sont occup&#233;s de ces questions, &#224; en croire m&#234;me le simple bon sens et la r&#233;alit&#233; des faits. Demandez par exemple &#224; un moteur m&#233;canique de transporter cent kilos &#224; 500 km., &#224; produire ainsi 625 tonnes-m&#232;tres, quelque chose comme 1.500 calories et calculez combien de calories contiennent les aliments, charbon ou p&#233;trole d'une part, pain et fruits d'autre part, que les deux moteurs que nous comparons ont consomm&#233;s. Le moteur humain, aid&#233; de la bicyclette en a utilis&#233; la totalit&#233;, les autres en ont laiss&#233; perdre les trois quarts. Pour une nation qui n'est pas riche, comme la France actuelle il y a l&#224; mati&#232;re &#224; r&#233;fl&#233;chir.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais donc &#224; Piolenc, d'o&#249; je voyais de tr&#232;s loin, car j'en &#233;tais encore &#224; 30 km., mes amis R.... de Maillane qui venaient m'attendre &#224; Sorgues. Apr&#232;s Orange, le vent souffle exactement dans l'axe de la route et m'emm&#232;ne &#224; mon allure maxima pendant que le soleil me r&#244;tit le cr&#226;ne et je me revois, l'an dernier &#224; pareille &#233;poque, luttant p&#233;niblement sur cette m&#234;me route, &#224; la fois contre le vent et contre la pluie. Je revois un coin facile &#224; rep&#233;rer, o&#249; deux ou trois ch&#233;tifs arbustes m'avaient offert une pi&#232;tre abri pendant que je mangeais une banane et un morceau de pain, assez tristement, car je venais de laisser &#224; Orange mes deux derniers compagnons. Rien de tel aujourd'hui. aussi je m'en donne &#224; p&#233;dales-que veux-tu et j'allais &#234;tre avant 15 heures aupr&#232;s de mes amis quand, &#224; la hauteur de B&#233;darrides. je sens mon pneu arri&#232;re talonner. J'avais emport&#233;, comme toujours, une enveloppe et une chambre de rechange. J'aurais d&#251; d&#233;monter la roue et remplacer la chambre, mais j'h&#233;site toujours &#224; d&#233;monter mes roues et me voil&#224;, mal abrit&#233; du mistral par un talus sablonneux &#224; peine haut de 3 m&#232;tres, m'escrimant &#224; rechercher un trou imperceptible, sans eau, en passant la chambre gonfl&#233;e devant ma bouche grande ouverte afin de sentir sur les muqueuses plus sensibles que l'&#233;piderme, le filet d'air r&#233;v&#233;lateur. De guerre lasse et constatant que la chambre ne semble pas se d&#233;gonfler rapidement, je la remets en place, regonfle &#224; bloc et repars. J'ai perdu l&#224; 30 minutes, mais j'en ai entendu une bien bonne. De la maison pr&#232;s de laquelle je m'&#233;tais arr&#234;t&#233;, sortent quelques enfants suivis de leur m&#232;re, qui leur dit le plus s&#233;rieusement du monde et avec le bon accent du cr&#251;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Allez jouer sur la collineu.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Tiens, me dis-je, il y a une colline par l&#224;, je ne l'avais pas vue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je regarde de tous les c&#244;t&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la collineu, c'&#233;tait le talus de 3 m&#232;tres qui m'avait abrit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce Midi, pays de r&#234;ve et d'exag&#233;ration, on y voit tout en beau, tout en grand, tout conforme &#224; son imagination, et l'on y vit heureux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je filais en vitesse pour rattraper le temps perdu, quand je suis arr&#234;t&#233; un peu avant Sorgues par les appels de mes amis, et je d&#233;couvre au milieu d'eux un de mes deux compagnons que je croyais parti de Saint-&#201;tienne apr&#232;s moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Or, il en &#233;tait parti la veille &#224; 16 heures, avait p&#233;dal&#233; toute la nuit et me pr&#233;c&#233;dait de douze heures. Quant au deuxi&#232;me, je ne le rencontrai que le lendemain &#224; la gare d'Orange&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'avait manqu&#233; de cinq minutes &#224; Valence o&#249; nous comptions d&#233;jeuner ensemble, puis, d&#233;sesp&#233;rant de m'atteindre, il s'&#233;tait arr&#234;t&#233; &#224; Orange qu'il ne connaissait pas encore et qui m&#233;rite bien une longue visite.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;trange fa&#231;on, penserez-vous, de voyager de compagnie. Elle n'est pas mauvaise, chacun conserve sa libert&#233;, r&#232;gle son allure comme il lui convient, son alimentation de m&#234;me, et parfois les d&#233;tails de l'itin&#233;raire convenu, l'on finit toujours par se rencontrer quelque part et l'on a, alors, beaucoup plus de choses &#224; se raconter que si l'on avait p&#233;dal&#233; constamment &#224; la queue leu leu. On aimerait peu &#224; Saint-&#201;tienne, au cours d'une excursion, &#234;tre men&#233; &#224; la Mussolini. Je donnai m&#234;me, avant guerre, un plan d'excursion o&#249; des itin&#233;raires plus ou moins longs, selon les heures de d&#233;part et les possibilit&#233;s de chaque participant, sillonnaient toute les r&#233;gions, se croisaient &#224; des points et &#224; des heures d&#233;termin&#233;es et finissaient par se confondre le deuxi&#232;me ou le troisi&#232;me jour, afin qu'on put rentrer ensemble et se communiquer ses impressions, ses rencontres, ses incidents ide route. Aux carrefours o&#249; l'on avait des chances de se retrouver, on jetait une poign&#233;e de confetti qui, par leurs couleurs diff&#233;rentes, indiquaient ceux qui avaient d&#233;j&#224; pass&#233;, et leur direction. A la fa&#231;on dont les confetti &#233;taient group&#233;s ou &#233;parpill&#233;s, en tenant compte naturellement de la force et de la direction du vent, les Sherlock Holmes de l' &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; pr&#233;tendaient deviner depuis combien de temps l'on &#233;tait pass&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'id&#233;e m&#233;riterait d'&#234;tre reprise. On peut ainsi, &#224; trois ou quatre compagnons, inspecter &#224; fond, en une seule excursion m&#234;me simplement dominicale, tout ce qu'un d&#233;partement comprend de sites pittoresques et de routes int&#233;ressantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma randonn&#233;e pascale est termin&#233;e, j'appartiens maintenant &#224; mon ami R..., venu m'attendre en tandem avec sa jeune ni&#232;ce, cycliste &#233;m&#233;rite qui ne recule pas devant des &#233;tapes de plus de 200 km. et qui m'a promis de nous accompagner, le 19&#160;mai prochain, au Ventoux. Je veux escalader une derni&#232;re fois ce g&#233;ant de la Provence avant qu'il ne re&#231;oive mes cendres, qu'il me pla&#238;t de voir d&#233;j&#224; dispers&#233;es par le mistral sur mon pays natal, s&#233;pulture plus belle, plus po&#233;tique et assur&#233;ment plus propre et moins encombrante que celle des Pharaons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par des chemins d&#233;tourn&#233;s, afin d'&#233;viter des tron&#231;ons de route en r&#233;paration, nous gagnons Maillane o&#249; l'on se pr&#233;pare &#224; f&#234;ter le centenaire de Mistral, et voici le foyer familial o&#249; j'ai si souvent &#233;t&#233; re&#231;u avec la plus charmante cordialit&#233;. Je le trouve en deuil aujourd'hui, encore sous le coup de la terrible nouvelle qui lui parvint, il v a presque un an, de la mort soudaine autant qu'inattendue, au cours d'une promenade aux Baux, du jeune chef de famille. Son &#233;pouse le pleure toujours et son vieux p&#232;re en a &#233;t&#233; &#233;branl&#233; comme un ch&#234;ne frapp&#233; par la foudre. Mais d&#233;j&#224; sur le vieux tronc poussent de jeunes rameaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une nouvelle famille s'est cr&#233;&#233;e, ainsi le veut la nature, et le joyeux babil des enfants remplit la maison de bruit et d'animation.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quatre heures, le lundi de P&#226;ques, nous &#233;tions de nouveau sur la route, R... et sa ni&#232;ce en tandem, et moi &#224; bicyclette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous n'allions pas p&#233;daler de conserve. Le tandem se rendait au meeting de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;F. F. S.&lt;/span&gt; C., qui groupait ce jour-l&#224; &#224; Toulon des centaines de cyclotouristes, parmi lesquels j'aurais &#233;t&#233; heureux de me trouver, si, pour bien des motifs, je n'avais pas &#233;t&#233; oblig&#233; de rentrer le soir m&#234;me &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais donc d&#251; d&#233;cliner l'aimable invitation de M.&#160;Bernard, l'animateur de cette f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit, &#224; bien des reprises, tout le bien que je pense de ces r&#233;unions entre cyclistes et les heureux r&#233;sultats qu'on est en droit d'en attendre pour le d&#233;veloppement en France du cyclotourisme. Je n'y reviendrai donc pas ici, si ce n'est pour en f&#233;liciter les organisateurs et les engager &#224; multiplier sur tout le territoire les occasions trop rares que nous avons de nous rencontrer entre hommes ayant les m&#234;mes go&#251;ts, les m&#234;mes joies et cette m&#234;me passion pour la vie au grand air, qui les fait traiter de fous dans leur entourage et parfois m&#234;me dans leur famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous eussiez ri &#224; me voir, un moment apr&#232;s notre s&#233;paration, errer dans les rues de Graveson brillamment &#233;clair&#233;es, en qu&#234;te d'un habitant matinal ou d'une lumi&#232;re m'indiquant qu'il y avait au moins quelqu'un d'&#233;veill&#233; et capable de m'indiquer mon chemin. Tout Graveson dormait d'un sommeil de plomb&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la nature vint &#224; mon secours&#160;: le mistral se levait, qui devait arr&#234;ter &#224; Orange mes vell&#233;it&#233;s de rentrer enti&#232;rement par la route. Ma direction &#233;tait face au nord, donc face au mistral&#160;: apr&#232;s deux ou trois erreurs je trouvai une petite route, bord&#233;e d'une rigole d'irrigation, qui m'amena presque &#224; Barbentane. Le jour naissant me permit enfin de reconna&#238;tre les alentours, et je venais de traverser la Durance sur l'interminable pont de Rognonas, quand je croisai deux cyclotouristes de chez nous, pesamment charg&#233;s, avec bagages &#224; l'avant et &#224; l'arri&#232;re de leur bicyclette Chemineau, et sacs d'alpinistes sur le dos. Ils allaient &#224; Frigolet, &#224; Maillane, aux Baux et autres lieux int&#233;ressants et ils avaient emport&#233; tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire au campement. Comme cette question est en ce moment &#224; l'ordre du jour du Cycliste, je les prierai de nous y faire conna&#238;tre le r&#233;sultat de leur essai. J'avais aussi rencontr&#233; la veille, &#224; Livron, un groupe de cinq cyclotouristes, qui portaient sur le dos leurs impedimenta. Cette fa&#231;on de porter son bagage a certainement des avantages qui sautent aux yeux, mais je m'en accommoderais mal, habitu&#233; que je suis &#224; p&#233;daler toujours aussi peu v&#234;tu que possible, afin de faciliter l'&#233;vaporation de la sueur et d'ouvrir tous mes pores &#224; la p&#233;n&#233;tration des effluves cosmiques, dont l'influence sur la sant&#233; n'est pas n&#233;gligeable. L'atsmosph&#232;re est pour nous, comme l'eau pour les poissons, un bain salutaire et bienfaisant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ne nous en isolons que le moins possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mistral soufflait de plus en plus fort&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je luttais contre lui avec mon d&#233;veloppement moyen de 5 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'&#233;tait plus question de faire du 30 &#224; l'heure. Aussi, &#224; Orange, &#224; 7 h., j'en eus assez, j'y d&#233;jeunai et j'attendis le train de 8 h. 38, qui nous amena, B... et moi, &#224; 11 heures &#224; Saint-Vallier. Nous d&#233;jeun&#226;mes &#224; midi de l'autre c&#244;t&#233; du Rh&#244;ne, &#224; l'h&#244;tel du Commerce, &#224; Sarras, qui est devenu un de ces points de rep&#232;re o&#249; nous avons des chances de nous rencontrer sans nous &#234;tre donn&#233; rendez-vous, ainsi qu'il advint ce jour-l&#224;. Nous avions termin&#233; notre repas et nous disposions &#224; partir, quand met pied &#224; terre devant l'h&#244;tel un cyclotouriste que je pris tout d'abord pour un amateur de camping. Il n'en &#233;tait rien, mais c'&#233;tait tout comme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car M.&#160;J..., Parisien, abonn&#233; du Cycliste, qui nous rencontrait l&#224; bien par hasard, cultive l'art de la photographie. &#233;galement encombrant, lorsque, au lieu de se contenter d'un Kodak, on emporte-comme lui, un grand appareil avec tr&#233;pied et des douzaines de plaques qu'il serait difficile de dissimuler dans la poche d'un gilet comme le font la plupart des amateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi la Polyballon de M J... p&#232;se en ordre de marche 45 kg., ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de faire depuis son d&#233;part une moyenne de 95 km. par jour. A en juger par les apparences, M.&#160;J... doit peser deux fois plus que sa monture, de sorte que ses ballons Petit Belge prennent quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce n'est pas &#224; des &#233;preuves de ce genre que je destine ma future randonneuse de 10 kg. Mais ne trouvez-vous pas que la bicyclette est bonne fille, qu'elle se plie &#224; tous les besoins, &#224; tous les caprices, &#224; la seule condition qu'on sache la sp&#233;cialiser suivant le travail qu'on lui imposera. Il est certain que M.&#160;J... a demand&#233; un outil correspondant &#224; l'emploi auquel il le destinait et qu'il ne le laisse pas, aux descentes, filer &#224; la vitesse limite, surtout sur les mauvaises routes qu'il a suivies en venant de Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous causons longuement, pendant que M.&#160;J... se restaure &#224; son tour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on a tant de choses &#224;. se dire entre cyclistes exp&#233;riment&#233;s, document&#233;s par une longue pratique et qui d&#233;fendent chacun son point de vue. Nous ne sommes pas d'accord sur tous les points, et pas plus que M.&#160;J... ne voudrait se servir de mes machines l&#233;g&#232;res &#224; p&#233;dalier bas, sans cale-pieds, &#224; seulement trois vitesses par flottante, je ne voudrais monter la sienne, et nous avons l'un et l'autre de bonnes raisons &#224; donner pour justifier nos pr&#233;f&#233;rences.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 14 heures pourtant, nous prenons cong&#233; , il ne nous reste que quatre heures et demie pour rentrer avant la nuit. Mon compagnon n&#233;gocierait, certes, ces derniers 60 km. en une heure de moins, mais il veut absolument demeurer avec moi, ce dont je lui sais beaucoup de gr&#233;. Et nous rentrons ainsi de compagnie, sans incident, escort&#233;s par une nu&#233;e d'autos qui, comme nous, reviennent du Midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes quinze jours de grippe m'ont fait, en d&#233;finitive, plus de bien que de mal, car je ne me suis jamais senti aussi dispos apr&#232;s une randonn&#233;e pascale, en d&#233;pit des pronostics plut&#244;t d&#233;courageants que j'avais entendus avant mon d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une p&#232;lerine &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PONCHO&lt;/span&gt; en fort tissu caoutchout&#233; nuance kaki, avec capuchon, dans un &#233;l&#233;gant sac de guidon, longueur 95 c&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!m. (franco par la poste).. 65 fr.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pentec&#244;te au Ventoux 1929</title>
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		<dc:date>2023-05-15T21:48:16Z</dc:date>
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		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
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		<dc:subject>Ballon n&#176;2</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Ventoux est un gros morceau, difficile &#224; avaler. Je le savais, je l'ai &#233;crit maintes fois, et je l'ai trouv&#233;, ce dimanche de Pentec&#244;te, encore plus coriace que je ne m'y attendais.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;Ventoux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Provence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Pentec&#244;te au Ventoux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, V&#233;locio, Le Cycliste, mai-juin 1929, p. 42-45, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Ventoux est un gros morceau, difficile &#224; avaler. Je le savais, je l'ai &#233;crit maintes fois, et je l'ai trouv&#233;, ce dimanche de Pentec&#244;te, encore plus coriace que je ne m'y attendais. Je ne l'avais pas escalad&#233; depuis 1913, ann&#233;e o&#249;, co&#233;quipier de mon ami Ch..., mort des suites de la guerre et dont je me sens plus priv&#233; que jamais, je mis quelques belles randonn&#233;es &#224; l'actif d'un tandem dont en quelques instants on pouvait faire une bicyclette ou une triplette, voire une quadruplette, et que j'avais con&#231;u pour les besoins des jeunes m&#233;nages, qui vont, comme l'on sait, ou qui du moins allaient autrefois, croissant d'ann&#233;e en ann&#233;e et exigent des machines &#224; rallonge, comme la table du chansonnier. Il nous avait fallu trois heures et quart, avec 2 m. 50 de d&#233;veloppement, pour aller de Bedoin &#224; l'Observatoire, alors qu'&#224; bicyclette deux heures et demie avec 2 m. 80, en ce temps-l&#224;, me suffisaient. Il m'en a fallu, juste le double cette ann&#233;e, avec 2 m. 65&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce d&#233;veloppement me parut trop grand d&#232;s que j'abordai le 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et le mauvais sol pierreux qui commence &#224; la sixi&#232;me borne. Je dus faire avec quatre compagnons, parmi lesquels une toute jeune fille, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; R..., de Maillane, dont l'&#233;nergie et la volont&#233; m'&#233;merveill&#232;rent, et qui consentirent &#224; ne pas aller plus vite que moi, haltes sur haltes et franchir &#224; pied les plus mauvais passages. De fr&#233;quents d&#233;rapages, sans &#234;tre dangereux pour le cycliste, l'&#233;taient pour la bicyclette, et ma manivelle gauche fut bient&#244;t tordue, qui m'obligea &#224; p&#233;daler de guingois, &#224; quoi l'on s'habitue tr&#232;s vite, heureusement, car nous &#233;tions encore &#224; 14 km. du sommet, et si j'avais d&#251; les faire &#224; pied&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On s'arr&#234;ta longtemps &#224; La Grave, aupr&#232;s de l'unique fontaine, &#224; la borne 17, autant pour se restaurer que pour se rafra&#238;chir, et nous fin&#238;mes par arriver &#224; 14 heures, &#233;tant partis de Bedoin &#224; 9 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, H..., de Montpellier, grimpait d'une traite en 2 h. 35, jusqu'&#224; l'observatoire. L..., de Saint-&#201;tienne, le suivait &#224; 5 minutes, mais s'arr&#234;tait &#224; l'h&#244;tel, ainsi qu'un Maillanais qui se classa troisi&#232;me et un v&#233;t&#233;ran montlu&#231;onnais, parti un peu avant nous et qui ne fut rejoint qu'en haut. Les honneurs de la journ&#233;e se partag&#232;rent donc entre quatre d&#233;partements et, chose assez curieuse, les quatre premi&#232;res machines &#233;taient m&#234;mes du m&#234;me d&#233;railleur st&#233;phanois. Par contre, l'arri&#232;re-garde comprenait une flottante pure, une flottante conjugu&#233;e avec moyen &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. S. A.&lt;/span&gt; et deux pignons ovales au p&#233;dalier, une R&#233;tro-directe avec pignon ovale encore, et enfin deux autres d&#233;railleurs, st&#233;phanois toujours. Entre les deux groupes, s'&#233;chelonnaient au cours de la mont&#233;e une dizaine de cyclistes arm&#233;s de d&#233;railleurs ou de roues &#224; retournement. Il y a longtemps que le Ventoux ne s'&#233;tait vu assailli par tant de cyclotouristes venus de tant de c&#244;t&#233;s diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais mis en route d&#232;s la veille, accompagn&#233; de L..., jeune St&#233;phanois de 21 ans, qui me para&#238;t avoir h&#233;rit&#233; la vaillance et la vigueur de mes compagnons d'antan. Partis &#224; midi tapant de Saint-&#201;tienne, nous &#233;tions &#224; Andance &#224; 15 h. 10, apr&#232;s une crevaison qui nous avait retenus un quart d'heure, puis sans plus d'arr&#234;t qu'un autre quart d'heure pour nous restaurer &#224; Mont&#233;limar de quelques bananes et oranges, nous &#233;tions arriv&#233;s &#224; 21 h. pr&#233;cises devant l'Arc de triomphe, ci&#160;: 134 km. &#224; la moyenne commerciale horaire de 23 km. C'&#233;tait un bon d&#233;but, qui fut peut-&#234;tre favorable &#224; mon jeune compagnon, mais auquel j'attribuai en partie ma mauvaise ascension du lendemain. Il faudra que je refasse le Ventoux en partant frais et dispos apr&#232;s une bonne nuit pass&#233;e &#224; Bedoin, &#224; une heure plus matinale et avec un d&#233;veloppement plus faible. L ... malgr&#233; ses 20 ans, s'&#233;tait content&#233; de 2 m. 40, et j'aurais mieux mont&#233;, je crois, avec 2 m. 25 qu'avec 2 m. 65.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-haut, l'h&#244;tel du Ventoux n'&#233;tait ouvert que de la veille et nous f&#251;mes accueillis tr&#232;s cordialement par M.&#160;et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Vandran, dont le fils est, &#224; Paris, un chroniqueur sportif tr&#232;s &#233;cout&#233;, qui s'int&#233;resse particuli&#232;rement aux choses du cyclisme. M.&#160;Vandran m'accuse d'avoir &#233;t&#233; le premier, il y a trente ans, &#224; violer &#224; bicyclette la majest&#233; du g&#233;ant proven&#231;al, et il a voulu placer dans la salle &#224; manger de son h&#244;tel une photo de V&#233;locio pour rappeler peut-&#234;tre &#224; ses nombreux visiteurs qu'on peut gravir le Ventoux autrement qu'en automobile et aussi bien &#224; 16 ans, comme M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; R.., qu'&#224; 76 ans, comme votre serviteur. Ce dont parut &#233;berlu&#233; un gros homme dont la voiture nous avait d&#233;pass&#233;s en pleine rampe et qui m'ayant vu monter et arriver avec le sourire, me f&#233;licita bruyamment, puis me demanda non sans quelque ironie si j'excellais ainsi dans d'autres sports. Encore assez, fis-je n&#233;gligemment, quitte &#224; m'y reprendre &#224; plusieurs fois, comme en montant aujourd'hui au Ventoux. Bien r&#233;pondu, opina une femme &#233;l&#233;gante qui nous &#233;coulait et qui cingla mon interlocuteur d'un sourire narquois plein de sous-entendus. Je m'inclinai, heureux de cette approbation, mais je devais avoir ce jour-l&#224; d'autres bonheurs. A peine arriv&#233; sur la plateforme de l'observatoire abandonn&#233; depuis la guerre, on ne sait trop pourquoi, car il n'y a pas de lieu plus favorable aux observations m&#233;t&#233;orologiques, je fus saisi &#224; bras-le-corps par mon vieil ami C..., de Montlu&#231;on, qui s'&#233;criait joyeusement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Enfin, nous vous tenons au sommet du Ventoux d'o&#249; vous voulez que vos cendres soient jet&#233;es au vent du nord, qui justement souffle aujourd'hui. Nous allons vous br&#251;ler... &#8212; Je protestai vigoureusement... &#8212; En effigie seulement pour cette fois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; Et je fus amen&#233; devant un mannequin d&#251;ment &#233;tiquet&#233; V&#233;locio, auquel on mit le feu incontinent. Le vent n'en fit qu'une flamb&#233;e et mes cendres s'envol&#232;rent vers Pernes, mon pays natal, heureux pr&#233;sage.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tous les c&#244;t&#233;s la brume limitait l'horizon &#224; quelques kilom&#232;tres, et la table d'orientation, d&#233;j&#224; frapp&#233;e et fendue par la foudre, nous indiquait les directions sans que nos yeux puissent voir ce qui &#233;tait au bout&#160;: les sommets des Alpes et des C&#233;vennes, la mer et les villes qui la bordent, la vall&#233;e du Rh&#244;ne jusqu'&#224; Lyon dont on aper&#231;oit, para&#238;t-il, les fum&#233;es. On e&#251;t &#233;t&#233; l&#224;, deux jours auparavant, aux premi&#232;res loges pour voir &#233;voluer par en dessus, le Graf-Zeppelin d&#233;sempar&#233;, devenu le jouet du mistral, heureux de se r&#233;fugier dans un port fran&#231;ais qu'il avait orgueilleusement survol&#233; la veille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le temps passait rapidement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sauf nous, les cinq lanternes rouges, tout le monde avait d&#233;jeun&#233; et la l&#233;g&#232;re collation de La Grave n'&#233;tait pour nos estomacs qu'un vague souvenir. L'h&#244;tel Vendran &#233;tait l&#224; heureusement et nous f&#251;mes bient&#244;t en pr&#233;sence d'un menu substantiel auquel ne manqua qu'une certaine omelette aux truffes &#8212; les truffes du Ventoux sont recherch&#233;es par les gourmets du monde entier &#8212; dont nos amis L... et C .,. arriv&#233;s avant midi, s'&#233;taient pourl&#233;ch&#233; les babines. M&#234;me au Ventoux, joue l'antique et dure loi du Tarde renientibus ossa. Bah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les os &#233;taient encore bien bons et nous quitt&#226;mes la table vers les 17 heures, solidement lest&#233;s heureusement pour nous comme on le verra par la fin de l'&#233;tape.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous fallait maintenant redescendre B&#233;doin et je ne voyais rien de dr&#244;le &#224; cette op&#233;ration qui me valut, d'ailleurs, deux mauvaises chutes et quelques &#233;corchures insignif&#238;antes c'est entendu, gr&#226;ce &#224; la protection de mon saint patron V&#233;locio, mais que l'arriv&#233;e soudaine d'une auto ou d'une moto - et en passa des unes et des autres, plus de cinquante dans la journ&#233;e, e&#251;t rendues tr&#232;s graves. Je ne fus pas seul &#224; d&#233;raper dans les orni&#232;res, les pierres et le sable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; personne ne fut, par bonheur, s&#233;rieusement touch&#233; et l'on se retrouva au complet, entre 18 et 19 heures, &#224; Bedoin o&#249; l'on rechargea les machines des bagages dont on les avait all&#233;g&#233;es pour faire l'ascension. Je fis redresser ma manivelle par le m&#234;me m&#233;canicien qui, &#224; P&#226;ques 1926, m'avait r&#233;par&#233; ma bicha&#238;ne et qui me parut tout aussi r&#233;fractaire &#224; la Polyxion qu'il l'&#233;tait il y a trois ans. Vous verrez qu'en d&#233;pit du Ventoux, Bedoin sera le dernier boulevard du monoxisme. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Ventoux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? T&#233;, non ben, nous y montons en auto&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est bon pour vous autres d'y monter &#224; v&#233;lo, parce que vous &#234;tes des piqu&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Telle est la mentalit&#233; des cyclistes de Bedoin. Laissons-les donc &#224; leurs truffes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil d&#233;clinait rapidement et quelques-uns nous avaient d&#233;j&#224; quitt&#233;s, quand le gros de la troupe qui comptait une bonne douzaine de cyclotouristes, de Maillane, d'Arles, de Montpellier, d'Avignon et autres lieux, s'&#233;branla. Nous filions bon train, et la jeune Th&#233;r&#232;se R..., que ni la mont&#233;e, ni la descente du Ventoux qu'elle venait d'aborder pour la premi&#232;re fois n'avaient fatigu&#233;e, p&#233;dalait avec plus d'ardeur que jamais, tout comme les meilleures p&#233;dales du groupe que M.&#160;H..., de Montpellier, emmenait parfois &#224; 30 &#224; l'heure, quand mon pneu arri&#232;re s'affaisse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on remplace la chambre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut recommencer apr&#232;s un kilom&#232;tre&#160;: on remplace la chambre de nouveau et je puis arriver &#224; Carpentras, mais &#224; plat derechef. Un troisi&#232;me d&#233;montage s'impose aupr&#232;s d'une fontaine monumentale o&#249; l'on v&#233;rifie les deux chambres. On les r&#233;pare soigneusement, et cette fois cela tiendra, cela tient m&#234;me encore. Seulement le soleil s'est couch&#233; et la nuit va nous envelopper. Or, la nuit, avec mes faibles yeux de myope, quand je dois voyager de compagnie et suivre des ombres que je risque de perdre de vue, c'est un handicap qui m'enl&#232;ve la moiti&#233; de mes moyens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la lune m&#234;me qui, au z&#233;nith, va nous &#233;clairer magnifiquement, aggravera ma situation, car elle rendra les routes &#233;troites o&#249; nous allons nous engager, tant&#244;t claires, tant&#244;t obscures, tant&#244;t ray&#233;es de bandes noires et de bandes blanches, selon la disposition des arbres qui les bordent. D'o&#249; une tension d'esprit fatigante. Nous avons perdu encore une demi-heure avant d'obtenir &#224; Carpentras, des flambeaux ou des lampes &#233;lectriques pour tout le monde, &#224; cause des gendarmes qui s&#233;vissent parait-il dans la r&#233;gion. Bref, il est 21 heures et nous avons &#224; &#233;grener encore 40 km. par Bernes, Velleron, Le Thor, Caumont, Noves et Chateaurenard, pour atteindre l'hospitali&#232;re demeure de nos amis R..., &#224; Maillane. Je sens que je vais retarder tout le monde, et le simple bon sens me commande de passer tranquillement la nuit &#224; Carpentras ou &#224; Pernes, mais le simple bon sens qui n'est que la froide raison, n'a pas voix au chapitre aujourd'hui. Et me voil&#224; embarqu&#233; pour une nyctocyclade qui n'a pas &#233;t&#233; sans charme, ni sans impr&#233;vu&#160;: un clou qui perfora le pneu de mon voisin d&#232;s la sortie de Pernes, s&#233;para du gros de la troupe, l'arri&#232;re-garde o&#249; j'&#233;tais et qui ne comptait que quatre St&#233;phanois, dont un jeune homme r&#233;sidant &#224; Saint-R&#233;my depuis un an et qui se fit fort de nous amener &#224; Maillane &#224; travers le d&#233;dale des routes enchev&#234;tr&#233;es qui sillonnent les fertiles plaines du Vaucluse et des Bouches-du-Rh&#244;ne. Nous nous confi&#226;mes &#224; ce pilote improvis&#233; et nous voil&#224; roulant &#224; la queue leu-leu &#224; travers la campagne silencieuse et d&#233;j&#224; solitaire. Il &#233;tait facile de s'&#233;garer et nous n'y manqu&#226;mes pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'&#233;tions pas les seuls. Pr&#232;s du Thor, nous trouvons une auto arr&#234;t&#233;e qui nous demande o&#249; elle est et o&#249; il lui serait possible de trouver un h&#244;tel. Nous &#233;tions bien incapables de lui r&#233;pondre, mais de l'ombre s'&#233;l&#232;ve tout &#224; coup une voix qui donne le renseignement demand&#233;. Eh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les routes ne sont pas si solitaires que nous le pensions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Avant Caumont, nous bafouillons en plein, et notre guide va se renseigner &#224; son tour dans un mas o&#249; brille encore une lumi&#232;re. Nous en sommes quittes pour quelques kilom&#232;tres de rabiot. Enfin, aux portes m&#234;me de Maillane, nous palabrions devant les inscriptions &#224; demi effac&#233;es d'une plaque indicatrice, quand deux noctambules que nous pr&#238;mes l'abord pour des gendarmes, surviennent et nous renseignent. Quelques minutes plus tard, nous entrions chez nos amis R... qui, arriv&#233;s depuis une heure, se demandaient ce que nous &#233;tions de venus. Il &#233;tait minuit et, somme toute, cette promenade nocturne o&#249; l'on p&#233;dalait sans savoir o&#249; l'on &#233;tait, ni si l'on arriverait quelque part et o&#249;, n'avait pas &#233;t&#233; sans agr&#233;ment, &#224; tel point que mes trois compagnons qui avaient encore six kilom&#232;tres &#224; faire pour atteindre Saint-R&#233;my, ne r&#233;pugnaient pas &#224; l'id&#233;e de p&#233;daler ainsi jusqu'au jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, elle termina pittoresquement une journ&#233;e o&#249;, comme je l'ai dit, j'avais eu tous les bonheurs. Songez donc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; br&#251;l&#233;, j'avais &#233;t&#233; pendu &#8212; toujours en effigie &#8212; dans la salle &#224; manger de l'h&#244;tel du Ventoux, puis j'avais ramass&#233; deux b&#251;ches de belle taille qui m'avaient prouv&#233; que je sais encore tomber en souplesse, apr&#232;s quoi trois crevaisons successives n'avaient pas r&#233;ussi &#224; alt&#233;rer ma bonne humeur et, enfin,&lt;i&gt; last not least&lt;/i&gt;, comme on dit outre-Manche, j'avais p&#233;dal&#233; toute la journ&#233;e au milieu des meilleurs amis que je me connaisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cinq heures, le lendemain, nous &#233;tions sur la route. Nous allions d'abord nous regrouper &#224; Saint-R&#233;my, pour venir prendre ensemble, en Avignon, le train de 8 heures qui nous laissa &#224; 11 heures &#224; Saint-Vallier d'o&#249; l'on revint &#224; Saint-&#201;tienne par le chemin des &#233;coliers, apr&#232;s avoir d&#233;jeun&#233; &#224; Sarras avec un autre groupe de quatre cyclotouristes st&#233;phanois qui revenaient de faire la Grande-Chartreuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ma Ballon n&#176;&#160;2 rentra avec 440 km. de plus a son actif, sans fatigue anormale pour elle pas plus que pour son propri&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la chose importante, car lorsqu'on me montre un coureur, ou si vous voulez un cyclotouriste, qui arrive ext&#233;nu&#233; au point de ne pouvoir quelquefois descendre de machine sans s'effondrer entre les mains des assistants, je dis que cela ne compte pas et que ce pauvre diable a fait plus de mal que de bien &#224; la cause que nous d&#233;fendons. Nous soutenons, en effet, dans le Cycliste, depuis quarante ans, que la bicyclette est sup&#233;rieure &#224; tout autre moyen de transport au quadruple point de vue&#160;: rapid&#233;conommodhygi&#233;nique que nous avons condens&#233; dans ce n&#233;ologisme qui r&#233;sume ses quatre qualit&#233;s dominantes et objectives&#160;: rapidit&#233;, &#233;conomie, commodit&#233; et hygi&#232;ne, ses autres qualit&#233;s&#160;: utilit&#233; et agr&#233;ment n'&#233;tant que subjectives et par cons&#233;quent secondaires, puisqu'elles d&#233;pendent des premi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si par la faute de ceux qui, dans un but de lucre ou de vanit&#233; stupide, se surm&#232;nent et en arrivent &#224; la fatigue anormale, excessive, pathologique, nous &#233;tions forc&#233;s d'admettre que la bicyclette nous &#233;reinte, nous rend malades et nous tue, notre d&#233;monstration serait bien compromise.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi le Leitmotiv de toutes nos excursions, de nos randonn&#233;es, des &#233;tapes de 40 heures m&#234;me, fut toujours et surtout&#160;: pas de fatigue anormale &#224; la fin ni &#224; aucun moment. Qu'on s'arr&#234;te d&#232;s qu'elle appara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, nous ne voyageons pas pour la galerie, nous ne faisons pas de sport spectaculaire. Nous allons o&#249; il nous pla&#238;t d'aller, sans qu&#234;te des applaudissements, nous voulons simplement prouver que gr&#226;ce &#224; la bicyclette tout homme &#224; peu pr&#232;s bien portant peut faire de longs voyages rapid&#233;conommodhygi&#233;niquement (quel bel alexandrin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) que par tout autre moyen de transport.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auto est plus rapide, mais combien co&#251;teuse, antihygi&#233;nique et peu commode&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le b&#226;ton du pi&#233;ton est plus commode, mais combien lent, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'attends donc qu'on me prouve le contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Excursions du &#8220;Cycliste&#8221; (mai-juin 1928)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Loire</dc:subject>
		<dc:subject>Ballon n&#176;2</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;p.48-53 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, ma cure printani&#232;re, commenc&#233;e &#224; P&#226;ques sous la pluie, s'est termin&#233;e &#224; Pentec&#244;te, sous le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et quel soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mon cr&#226;ne, expos&#233; pendant deux jours &#224; ses rayons caniculaires, sans la moindre protection naturelle ou artificielle, en est devenu terre cuite, et fait peau neuve actuellement. Tout est bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me semble que ma sant&#233; s'est raffermie, ma vitalit&#233; augment&#233;e et que ma r&#233;sistance &#224; la fatigue d'un travail quotidien assez intense, puisqu'il commence&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Loire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Ballon n&#176;2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;p.48-53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ma cure printani&#232;re, commenc&#233;e &#224; P&#226;ques sous la pluie, s'est termin&#233;e &#224; Pentec&#244;te, sous le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et quel soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mon cr&#226;ne, expos&#233; pendant deux jours &#224; ses rayons caniculaires, sans la moindre protection naturelle ou artificielle, en est devenu terre cuite, et fait peau neuve actuellement. Tout est bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me semble que ma sant&#233; s'est raffermie, ma vitalit&#233; augment&#233;e et que ma r&#233;sistance &#224; la fatigue d'un travail quotidien assez intense, puisqu'il commence r&#233;guli&#232;rement entre 3 et 4 heures, pour ne finir qu'entre 20 et 21 heures, s'est accrue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma confiance dans la valeur de la bicyclette, en tant que moyen de th&#233;rapeutique pr&#233;ventive et curative, se trouve donc justifi&#233;e, et j'engage de plus en plus les randonneurs en particulier, mais en g&#233;n&#233;ral tous les hommes qui ne font pas fi de leur sant&#233;, &#224; se rallier &#224; la formule&#160;: ni vin, ni viande, ni tabac, et exercice &#224; haute dose en plein air aussi souvent que l'on peut, avec son corollaire, la sudation abondante, expulsive des d&#233;chets dont les &#233;monctoires naturels ne suffisent pas &#224; d&#233;barrasser le corps. Car vous mangez trop, je mange trop, tous, nous mangeons trop, et beaucoup par surcro&#238;t mangent mal, trop vite, sans ensaliver assez les aliments qu'ils choisissent en d&#233;pit du bon sens, non parce qu'ils sont sains, mais parce qu'on les leur fait payer fort cher. Il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter un coup d'&#339;il sur les menus &#224; 100 francs par t&#234;te. Que de c... harcuteries on fait avaler &#224; ces pauvres riches que la vanit&#233; et la crainte du qu'en-dira-t-on obligent &#224; fr&#233;quenter les palaces et les hostelleries &#224; la mode. Mais nous-m&#234;mes qui croyons &#234;tre sobres, nous mangeons encore trop et nous avons besoin d'&#233;liminer par la sueur un tas de poisons qui, sans elle, stagneraient dans l'organisme et nous conduiraient s&#251;rement apr&#232;s la cinquantaine, et m&#234;me avant, &#224; de multiples infirmit&#233;s. Cette remarque n'est pas d'aujourd'hui, puisque nous lisons dans H&#233;rodote que les Egyptiens de son temps se demandaient en s'abordant non &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Comment vous portez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comment suez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Ce peuple tenait alors la t&#234;te de la civilisation antique, et ses Facult&#233; de m&#233;decine ne gu&#233;rissaient pas en empoisonnant le sang par des s&#233;rums et des vaccins dont nul ne peut pr&#233;voir les r&#233;percussions sur la sant&#233; et sur l'avenir de la race, mais en le d&#233;congestionnant, en le purifiant par la su&#233;e quotidienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;decins des Pharaons auraient donc &#233;t&#233; contents de me voir suer sang et eau, le dimanche, en remontant de Viviers &#224; Aubenas et, le lundi, entre Fay-sur-Lignon et Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conform&#233;ment &#224; mon programme, j'avais quitt&#233; Saint-&#201;tienne le dimanche &#224; 2 heures et j'avais gravi le col des Grands-Bois sous un ciel merveilleusement &#233;toil&#233; et sous une impression assez bizarre, r&#233;sultat de quelques lectures que j'ai faites r&#233;cemment et des r&#233;flexions concomitantes sur l'&#233;ternel probl&#232;me de la destin&#233;e humaine dont toutes les g&#233;n&#233;rations qui se sont succ&#233;d&#233; sur la terre ont vainement, &#224; tour de r&#244;le, demand&#233; la solution &#224; tous les &#233;chos&#160;: &#224; la science, qui n'a jamais r&#233;pondu que par des hypoth&#232;ses, au lieu des certitudes qu'elle nous doit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la religion, qui a toujours r&#233;pondu, mais par de simples esp&#233;rances que la foi seule transforme en certitudes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224; des questions qui n'ont rien &#224; faire ici, si ce n'est indirectement, car elles m'absorb&#232;rent au point que je ne m'aper&#231;us r&#233;ellement pas de l'effort que je faisais pour m'&#233;lever d'un train soutenu de l'altitude 600 a l'altitude 1.165. J'avais mis, au pied de la c&#244;te, ma cha&#238;ne sur la petite vitesse (3 m. 30) de ma flottante Ballon n&#176;&#160;2 et je la retrouvai au sommet sur la moyenne (5 m.), sans que j'aie pu me rappeler &#224; quel moment je l'avais d&#233;plac&#233;e. Voil&#224; donc un bon moyen de faire les mont&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je savais d&#233;j&#224; que, la nuit, les rampes nous semblent moins raides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#234;tre seul, sous l'empire d'une pens&#233;e dominante, peut-&#234;tre aussi encore mal &#233;veill&#233;, voil&#224; qui facilite &#233;galement notre t&#226;che. Les coureurs, qui p&#233;dalent avec l'id&#233;e fixe d'arriver au but, doivent sentir beaucoup moins la fatigue que ceux qui se laissent distraire par d'autres pens&#233;es. Etre deux et converser agr&#233;ablement, nous rendit aussi quelquefois la route moins longue et moins p&#233;nible. Bref, le moral r&#233;agit sur le physique beaucoup plus qu'on ne le croit, mais il faut pour cela que la route ne soit ni encombr&#233;e, ni dangereuse, sinon l'instinct de la conservation prime tout, et je m'en aper&#231;us pen dant les 12 km. de la descente, du col &#224; Bourg-Argental, en pleine nuit, o&#249; je fus constamment sur le qui-vive. Mes freins furent &#224; l'ouvrage jusqu'au moment o&#249; l'aube naissante me permit de filer bon train. A 5 h. 15, je franchis, &#224; Andance, le passage &#224; niveau, en retard d un bon quart d'heure sur mes pr&#233;visions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous descendons la vall&#233;e du Rh&#244;ne, le vent est toujours un facteur important, &#224; tel point que s'il est violent et contraire, le mieux est d'en rester l&#224;, ou de s'aider d'un rapide jusqu'en Avignon. S'il est violent et favorable, alors, c'est la course folle, et l'on regrette de n'avoir pas un d&#233;veloppement de 10 m&#232;tres, mais ce n'est pas agr&#233;able, et les nuages de poussi&#232;re, les bourrades que l'on encaisse, le brouhaha continu qui vous ahurit, tout cela n'a rien de r&#233;jouissant. Parlez-moi, au contraire, d'une brise fra&#238;che, l&#233;g&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m&#234;me si elle souffle contre nous, elle est la bienvenue, et si elle vol- tige autour de nous, capricieuse et folle, sans qu'on puisse en reconna&#238;tre la direction, nous ne pouvons rien d&#233;sirer de mieux, et tel est le compagnon pr&#233;cieux que je trouve aujourd'hui sur les bords du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la journ&#233;e s'annonce tr&#232;s belle, et la suivante lui ressemblera si bien que le bilan de la circulation pendant les f&#234;tes de la Pentec&#244;te s'est traduit, cette ann&#233;e, par une cinquantaine de tu&#233;s et dix fois au-tant de bless&#233;s. La route est devenue un champ de bataille, c'est le progr&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; s'en plaindre et regretter 1830 serait la n&#233;gation de la civilisation elle-m&#234;me. Inclinons-nous et p&#233;dalons gaiement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mort nous fr&#244;le &#224; chaque auto qui passe, ce n'est pas une raison pour s'en faire, on ne meurt qu'une fois, et mourir sur la route c'est, pour un randonneur, mourir au champ d'honneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; un instant pour croquer une banane et un morceau de pain, car j '&#233;tais-parti &#224; jeun, quand arrive &#224; fond de train, B..., de Firminy, que je devais trouver en cours de route et qui, s'&#233;tant oubli&#233; &#224; l'h&#244;tel des Grands-Bois o&#249; il s'&#233;tait rendu la veille, n'avait pas entendu mes appels, si bien que je m'&#233;tais cru condamn&#233; &#224; randonner seul. Excellent cycliste, B... fut aussi pour moi le meilleur des compagnons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait, comme moi, mont&#233; sur des Ballons, et, de concert, en &#233;changeant nos impressions cyclotechniques autant que cyclotouristiques, nous filons &#224; bonne allure, franchissons le Rh&#244;ne &#224; Tournon, et nous voici &#224; 7 heures 1/4, devant la gare de Valence o&#249; nous avons l'habitude de prendre notre caf&#233; au lait dans un des nombreux caf&#233;s qui sont toujours pr&#234;ts &#224; accueillir les voyageurs, de sorte qu'on y est rapidement servi et qu'on peut, en vingt minutes, exp&#233;dier un d&#233;jeuner qui partout ailleurs, &#224; cette heure matinale, vous immobiliserait trois quarts d'heure. C'est pourquoi la gare de Valence est devenue un de nos points de ralliement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un repas plus, substantiel nous attend maintenant &#224; la Trappe d'Aiguebelle. En moins de deux heures, nous atteignons Mont&#233;limar et, &#224; 10 h. pr&#233;cises, nous entrons dans la cour de l'abbaye. Les 18 km. qui s&#233;parent la Trappe de Mont&#233;limar m'ont paru plus int&#233;ressants que lors de ma premi&#232;re visite en novembre dernier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le printemps et le soleil en sont sans doute la cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'exub&#233;rance de la v&#233;g&#233;tation, l'or &#233;clatant, rutilant, flamboyant des gen&#234;ts, qui sont parfois de v&#233;ritables arbustes, le parfum p&#233;n&#233;rant qui sort des bois, qui s'&#233;l&#232;ve de la garrigue, que le soleil tout-puissant fait jaillir m&#234;me des cailloux, toute la Provence, ma belle Provence, est venue l&#224;, au-devant de moi et comme si elle savait que je ne descendrais pas cette fois plus bas vers elle, elle est mont&#233;e vers moi. Mon compagnon s'est arr&#234;t&#233; un instant &#224; Mont&#233;limar, et je suis seul &#224; &#233;couter la voix de mon pays natal, qui me souhaite la bienvenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette cour, qui &#233;tait si anim&#233;e quand je vins pour la premi&#232;re fois, dans tous ces b&#226;timents disparates o&#249; s'exercent les industries les plus vari&#233;es et o&#249; bourdonnait le travail, tout para&#238;t mort aujourd'hui, et nous ne rencontrons pas &#226;me qui vive. C'est que nous arrivons &#224; l'heure o&#249; toutes les pens&#233;es sont tourn&#233;es vers la pri&#232;re. La vie de tout le monast&#232;re est concentr&#233;e dans la chapelle o&#249; nous nous rendons &#224; notre tour. La c&#233;r&#233;monie rev&#234;t un caract&#232;re plus solennel que celle &#224; laquelle nous avions assist&#233; le 11&#160;novembre, mais elle reste aust&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'a pas le brillant, la magie, l'envol des encensoirs aux parfums capiteux, l'&#233;clat des riches parures sacerdotales, l'enivrement d'une musique profane et ces jeux de lumi&#232;re qui ne laissent rien dans l'ombre, toute cette pompe enfin qui caract&#233;rise les f&#234;tes de l'&#201;glise dans les moindres paroisses. Ici, tout reste dans l'ombre, au contraire, rien n'agit sur les yeux, mais tout agit sur l'&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dura longtemps et, en fin de compte, on ne se mit &#224; table qu'&#224; midi et demi, et nous f&#251;mes agr&#233;ablement surpris en nous trouvant en compagnie de quatre autres cyclistes st&#233;phanois, venus la veille, et de quatre touristes de Saint-Chamond. Le menu fut, comme toujours, simple et abondant et le prix tr&#232;s honn&#234;te. D'ailleurs, pour donner une id&#233;e de la fa&#231;on dont on est trait&#233; &#224; la Trappe d'Aiguebelle, il suffit de rappeler que trois cyclistes de Saint-&#201;tienne, y ayant pass&#233; deux nuits et pris cinq repas, n'y furent tax&#233;s qu'&#224; 20 francs par t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de partir, nous f&#238;mes, B... et moi, emplette de chocolat et de cartes postales, et il n'&#233;tait pas loin de 14 heures quand nous pr&#238;mes cong&#233;. Nous nous &#233;tions document&#233;s pendant le repas sur le meilleur chemin &#224; suivre pour atteindre Viviers, d'o&#249; nous devions gagner Vals par une large vall&#233;e d&#233;pourvue d'ombrages et s&#232;che autant que les Etats-Unis. L'inventeur du d&#233;railleur P. d'A., qui reste, &#224; mon avis, quoi qu'on ait fait depuis, un des meilleurs syst&#232;mes de polyxion, nous contait des merveilles de cette vall&#233;e o&#249; florissait Alba, une ville gallo-romaine de 60.000 &#226;mes, qui fut saccag&#233;e par les barbares, &#224; tel point qu'il n'en reste pas de vestiges. Pourtant, il y avait trouv&#233;, &#231;a et l&#224;, des d&#233;bris int&#233;ressants, m&#234;me des pi&#232;ces de monnaie et quelques bijoux, dont certains qu'il nous montrait, r&#233;v&#233;laient une d&#233;pravation des m&#339;urs, ou peut-&#234;tre une simple na&#239;vet&#233; &#224; laquelle notre civilisation n'est pas encore parvenue. Ma curiosit&#233; avait donc &#233;t&#233; assez &#233;veill&#233;e pour que, souvent, en regardant la carte, j'eusse regrett&#233; de ne pas conna&#238;tre encore cette partie de l'Ard&#232;che que je me figurais aussi fertile et attrayante que la vall&#233;e de l'Eyrieux. Je fus d&#233;&#231;u&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; autant le bout de route de la Trappe &#224; Malataverne et &#224; Viviers par lequel d&#233;butait l'&#233;tape postprandiale nous avait paru charmant, autant la route de Viviers &#224; Villeneuve-de-Berg nous sembla fastidieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; inond&#233;e de soleil, sans arbres, sans ruisseaux, toute en nids de poule, elle se tra&#238;ne le long des nappes vertes des bl&#233;s naissants et des prairies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224;, quelques m&#251;riers et quelques amandiers. Dans la plaine o&#249; fut Alba, nous ne voyons qu'une villa originale entour&#233;e de colonnettes colori&#233;es, qui doivent signifier quelque chose que nous ne parvenons pas &#224; comprendre. Il manque encore &#224; Alba le Fradin de g&#233;nie qui saura mettre en valeur le sol antique et en exhumer assez de curiosit&#233;s pour faire l&#224; un nouveau Glozel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux approches de Villeneuve-de-Berg, le paysage change pourtant d'aspect&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous venons de franchir un sommet qui s&#233;pare les eaux du Rh&#244;ne de celles de l'Ard&#232;che, et nous apercevons plus pr&#232;s de nous les montagnes au pied desquelles nous allons g&#238;ter ce soir. La route longe maintenant en corniche un frais vallon o&#249; prend sa source l'Ibie, un ruisselet baptis&#233; par quelque po&#232;te d'un joli nom de femme, qui rime avec la D&#233;lie de Tibulle et la Lesbie, ch&#232;re &#224; Catulle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle plonge ensuite vers une sorte de torrent et traverse plus loin des champs de pierres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, par une s&#233;rie de lacets d'autant plus dangereux qu'on vient de les inonder de goudron, notre route descend rapidement vers l'Ard&#232;che qu'elle franchit au pied d'Aubenas. De monotone qu'elle &#233;tait depuis Viviers, la voil&#224; devenue int&#233;ressante, vari&#233;e, accident&#233;e au possible. Dans Aubenas m&#234;me on nous envoie, pour nous &#233;viter un long d&#233;tour, sur un raidillon contre lequel je suis mal arm&#233; avec mon petit d&#233;veloppement de 3 m. 30, et j'en suis r&#233;duit &#224; mettre pied &#224; terre &#224; mi-c&#244;te, tandis que mon compagnon, mieux, outill&#233;, gr&#226;ce aux six vitesses de sa flottante &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. S.&lt;/span&gt; A., trouve au bas de son &#233;chelle de d&#233;veloppements, un petit 2 m. 50 qui lui permet d'en boucher un coin &#224; un auto&#239;ste soutenait qu'on ne pouvait, &#224; bicyclette, gra vir de telles rampes. Un auto&#239;ste devrait bien savoir pourtant qu'en abaissant suffisamment sa vitesse, on passe partout, et que des rampes assez roides pour r&#233;sister &#224; 2 m. 50, seront vaincues avec 1 m. 50, d&#233;veloppement qui pa ra&#238;t ridicule, mais qui permet de grimper encore ais&#233;ment, &#224; 6 &#224; l'heure, en se fatiguant beaucoup moins qu'&#224; pousser &#224; pied sa machine, sur des rampes de 12, 15 et 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble que cette mont&#233;e dans Aubenas, imm&#233;diatement suivie d'une longue et dangereuse descente, pourrait &#234;tre &#233;vit&#233;e par une route qui c&#244;toierait l'Ard&#232;che depuis Saint-Didier o&#249; nous venons de la traverser, jusqu'&#224; la B&#233;gude o&#249; nous la retraversons avant d'arriver &#224; Vals. Nous terminons &#224; 19 heures cette premi&#232;re &#233;tape de 230 km.. L'&#233;tape du lendemain sera moins longue, mais plus dure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;tions rencontr&#233;s dix St&#233;phanois &#224; la Trappe d'Aiguebelle, nous nous trouvons quatorze &#224; Vals. Une &#233;pid&#233;mie de bougeotte s&#233;vit &#224; Saint-Etienne, toutes les fois que deux jours de f&#234;te se suivent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous f&#251;mes bien trait&#233;s &#224; Vals, &#224; un prix mod&#233;r&#233;&#160;: 18 francs pour le lit et le d&#238;ner dont le menu fut si abondant que nous ne touch&#226;mes pas au r&#244;ti. Nous f&#238;mes, apr&#232;s le repas, une assez longue promenade dans cette, jusqu'ici, modeste ville d'eaux, qui r&#234;ve de prendre rang &#224; c&#244;t&#233; de Vichy et d'Aix-les-Bains. On y ach&#232;ve un Casino avec ses n&#233;cessaires d&#233;pendances&#160;: h&#244;tel et parc, autour duquel ronfle d&#233;j&#224; une partie de la Volane canalis&#233;e, charg&#233;e d'entretenir la fra&#238;cheur dans ce futur lieu de d&#233;lices. Pour l'instant, Vals-les-Bains est une station endormie et peu &#233;clair&#233;e, et les attractions de Vals-village ne nous semblent pas telles que nous ayons quelque envie de pousser jusque-l&#224; notre reconnaissance nocturne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un beau ciel bleu, prometteur d'une journ&#233;e superbe, nous sourit d&#232;s que nous mettons, le lundi matin, le nez &#224; la fen&#234;tre. A 5 h. 1/4 nous partons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 8 heures nous serons &#224; M&#233;zillac, &#224; 1.000 m&#232;tres plus haut. Nous allons nous d&#233;dommager par la vari&#233;t&#233; des sites de l'insipide monotonie de la vall&#233;e de l'Escoutay o&#249; j'ai attrap&#233; le plus beau coup de soleil qui ait jamais r&#244;ti mon sinciput.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cette heure matinale, dans la gorge &#233;troite o&#249; nous nous engageons, le soleil qui doit &#234;tre pourtant d&#233;j&#224; lev&#233;, ne p&#233;n&#233;trera pas de longtemps et il faudra que nous nous &#233;levions de 500 m&#232;tres pour que ses rayons, d&#233;passant enfin la haute muraille qui nous prot&#232;ge, nous atteignent. A chaque tournant, et il y en a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le paysage change, et voici que nous appara&#238;t le pittoresque village d'Entraigues, &#233;tag&#233; sur un piton qui s&#233;pare deux torrents. Une br&#232;che entre les rochers laisse &#224; ce moment passer un peu de soleil qui dore, bien au-dessus de nous, le clocher carr&#233; comme une tour, haut perch&#233; au sommet du mamelon. L'apparition est f&#233;&#233;rique et nous arr&#234;te un instant. D'ailleurs, nous ne nous pressons gu&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la rampe n'est pas dure et la route, bien trac&#233;e, &#233;vite, par d'amples lacets, les raidillons intempestifs qui, dans certaines routes de montagne, celle de Guillestre au col de Vars par exemple, obligent &#224; changer pr&#233;cipitamment de vitesse, chose peu commode avec la flottante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au pied d'Entraigues, j'ai gard&#233; mon d&#233;veloppement moyen, 5 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pris ensuite le petit, 3 m,30, que je ne quitterai qu'&#224; Lachamp-Rapha&#235;l. Autour du clocher de Laviolle, pointu celui-l&#224; comme une aiguille, nous serpentons pendant plusieurs kilom&#232;tres, &#224; bien qu'apr&#232;s l'avoir aper&#231;u bien au-dessus de nous, nous finirons par l'apercevoir comme au fond d'un trou. Et nous grimpons toujours, notre position s'am&#233;liore, d'humbles nous devenons orgueilleux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#233;cras&#233;s tout &#224; l'heure par des cimes hautaines, nous commen&#231;ons &#224; en dominer quelques-unes et nous voisinons avec les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
A M&#233;zillac, o&#249; nous mettons enfin pied &#224; terre, il vente fort et il fait froid&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques autos qui nous avaient d&#233;pass&#233;s, sont l&#224;, group&#233;es autour de l'h&#244;tel Lafont&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous descendons &#224; l'autre h&#244;tel o&#249; nous f&#251;mes toujours bien trait&#233;s et nous y obtenons un caf&#233; au lait excellent, accompagn&#233; d'un beurre exquis, d'un pain substantiel et d'un app&#233;tit qui est un peu l&#224;, je vous prie de le croire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela pour 2 francs ce n'est vraiment pas cher. Le vent souffle &#224; la fois du sud, de l'est et de l'ouest&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous sera, en somme, plut&#244;t favorable, mais la brume cache les lointains et la vue en sera g&#234;n&#233;e quand nous dominerons tout a l'heure la profonde vall&#233;e de l'Eyrieux, &#224; droite, puis la fuite des prairies vers la cascade du Raypic et la vall&#233;e de l'Ard&#232;che, &#224; gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des monts lointains, dont l'altitude ne le c&#232;de gu&#232;re &#224; celle de nos g&#233;ants c&#233;vennols, ne nous appara&#238;tront que vaguement entre La-champ-Rapha&#235;l et le Gerbier. Tant pis, nous n'en p&#233;dalerons pas moins agr&#233;ablement. Rien ne nous presse, nous respirons &#224; pleins poumons dans le soleil et dans l'air pur, et tout en nous se r&#233;jouit. Je ne voudrais pas m&#233;dire des auto&#239;stes qui passent &#224; nos c&#244;t&#233;s, mais ils n'ont pas l'air de s'amuser, alors que nous ne cessons d'ext&#233;rioriser notre joie de vivre par des exclamations, des chants, des gestes exub&#233;rants, toute la mimique de l'homme primitif en face des splendeurs sublimes de la nature. Car la nature ici ne ressemble en rien aux &#339;uvres mesquines des hommes, elle n'a rien de mignard comme les jardins de Versailles, rien qui fasse songer aux pr&#233;s fleuris et aux bosquets dessin&#233;s par Len&#244;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses architectes sont la temp&#234;te et l'ouragan, la foudre qui d&#233;capite, le torrent qui emporte et qui ensevelit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous venions de traverser Lachamp-Rapha&#235;l quand nous croisons un tandem et trois bicyclettes qui semblent mont&#233;s par le m&#234;me homme, tant se ressemblent par la m&#234;me tenue impeccable&#160;: flanelle blanche, b&#233;ret basque, sac alpin sur le dos, les cinq cyclistes qui passent en file indienne &#224; nos c&#244;t&#233;s. Ils descendaient, nous montions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre tenue dut leur sembler tr&#232;s n&#233;glig&#233;e, car mon principe d'hygi&#232;ne que l'on doit toujours mettre le plus d'&#233;piderme possible en contact avec les ondes cosmiques, me conduit parfois un peu loin et je n'h&#233;site pas &#224; p&#233;daler jambes, t&#234;te et torse nus quand les circonstances m'y invitent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est point le cas aujourd'hui. Mais la correction chez les autres me fait plaisir, et les cyclistes que nous venons de voir me seront un argument, si jamais j'ai &#224; d&#233;montrer qu'on peut, &#224; bicyclette, rester aussi distingu&#233; qu'un joueur de tennis, un danseur mondain, voire un diplomate. &#201;taient-ils polyx&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ignore Ni B..., ni moi ne songe&#226;mes &#224; regarder leurs machines&#160;: d'o&#249; venaient-ils, comment avaient-ils grimp&#233; jusque-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'aurais &#233;t&#233; bien aise de les interviewer, d'autant plus que nous ne rentr&#226;mes ce jour-l&#224; pas d'autres cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'embranchement d'une route qui descend au Puy, le sol devient tr&#232;s mauvais, et pour venir &#224; bout du lit de cailloux volcaniques sur lequel nous roulons, nos ballons ne sont pas de trop&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les autos deviennent plus nombreuses et l'&#233;troitesse du chemin les oblige &#224; man&#339;uvrer quand elles se rencontrent. Beaucoup de monde au pied du Gerbier, o&#249; le chalet du Syndicat, plus d&#233;labr&#233; que jamais, a pourtant quelques visiteurs, mais le modeste filet d'eau qui coulait sur le bord m&#234;me du chemin dans un bassin grand comme une cuvette et qui repr&#233;sentait la source de la Loire, a disparu. Qui l'a d&#233;tourn&#233;, qui a d&#233;moli ce petit bassin symbolique o&#249; nous nous d&#233;salt&#233;r&#226;mes si souvent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A mes deux derniers passages apr&#232;s la guerre, il &#233;tait encore l&#224;. Pourquoi l'administration des Eaux et For&#234;ts l'a-t-elle laiss&#233; d&#233;truire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce pour permettre au propri&#233;taire de la ferme voisine de pr&#233;tendre que la source de la Loire lui appartient, qu'elle est dans son &#233;curie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Mais, au fait, pourquoi n'y aurait-il pas l&#224; un moyen d'exploiter, &#224; la Glozel, la b&#234;tise humaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'un docteur roublard fasse de la r&#233;clame &#224; la vertu curative de la source de la Loire, soit qu'on s'y d&#233;salt&#232;re, soit qu'on s'y baigne la t&#234;te ou le derri&#232;re, et les snobs afflueront. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Entrez, Mesdames et Messieurs, 4 francs par personne, pas plus cher qu'&#224; Glozel, et vous allez voir de l'eau beaucoup plus ancienne que des galets alphab&#233;tiques, plus ancienne m&#234;me que l'homme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et pourquoi emp&#234;cherait-on les paysans astucieux de tirer de leur champ autre chose que des pommes de terre. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si les pierres grav&#233;es et les d&#233;bris de vaisselle trouvent des acheteurs, pourquoi nous emp&#234;cher d'en fabriquer et d'en vendre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, disent-ils avec raison, et pourquoi poursuit-on Fradin et ses comp&#232;res&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je ne trouve pas qu'ils aient tort de faire tomber dans leur escarcelle une faible partie des millions qui sont tous les jours soutir&#233;s &#224; la vieille et toujours florissante b&#234;tise humaine. Je trouve seulement mauvais qu'on ait escamot&#233; la petite source qui, de tout temps, offrit sa goutte d'eau pure au voyageur alt&#233;r&#233;. Mais les pouvoirs publics ont tellement, en France, l'habitude de sacrifier l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#224; l'int&#233;r&#234;t particulier que je n'en suis pas autrement &#233;tonn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Gerbier, dont aucune verdure ne cache encore la nudit&#233;, la route s'am&#233;liore et nous pouvons, &#231;&#224; et l&#224;, nous laisser aller un peu vite, mais quelques haltes s'imposent pour admirer sans danger les merveilleuses &#233;chapp&#233;es qu'on y a, ici vers le gouffre du Pradoux, l&#224; vers la Chartreuse de Bonnefoy. Si vous me demandiez ce qui me frappe le plus pendant le trajet des Estables au Gerbier que j'ai fait bien souvent, tant&#244;t dans un sens, tant&#244;t dans l'autre, je vous r&#233;pondrais&#160;: c'est le rocher du Pradoux et la formidable d&#233;pression qu'il domine et qui se termine en un gouffre inaccessible ou qui me para&#238;t tel. La premi&#232;re fois que j'arrivai l&#224;, venant des Estables, j'eus l'impression que j'allais bondir dans un ab&#238;me, tant la route a l'air de se d&#233;rober devant l'immense excavation, par un brusque coude &#224; droite qu'on ne voit qu'au dernier moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne faisons que traverser les Estables o&#249; quelques vieilles femmes jacassent en man&#339;uvrant adroitement leurs b&#226;tonnets de dentelli&#232;res. Mais le vent nous prend ici nettement en poupe et nous filons, apr&#232;s les Estables, &#224; une vitesse certainement excessive, vu l'&#233;tat du sol o&#249; parfois nos Ballons se heurtent &#224; de v&#233;ritables lits de silex plats et tranchants qu'ils projettent &#224; droite et &#224; gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous devons souvent avoir recours &#224; nos freins et, tout &#224; coup, j'aper&#231;ois B..., mon compagnon, qui me pr&#233;c&#233;dait de quelques centaines de m&#232;tres, arr&#234;t&#233; sur le bord de la route. Je passe en trombe en m'informant de ce qui est arriv&#233;. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Rien de grave&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit-il, et je continue. Je calcule que je puis &#234;tre &#224; midi &#224; Fay&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y commanderai le repas et nous en repartirons &#224; 14 heures, avec la quasi-certitude de rentrer, selon le programme, bien avant la nuit &#224; Saint-Etienne. Souvent, avec le vent favorable d'aujourd'hui, je n'ai mis que quatre heures pour ce trajet de 75 km... &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Perrette, sur sa t&#234;te, ayant un pot de lait, bien pos&#233; sur un coussinet, pr&#233;tendait arriver sans encombre &#224; la ville...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; qu'un kilom&#232;tre plus loin, je sens mon pneu avant prendre mal au c&#339;ur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je descends, j'examine, un clou est plant&#233; au beau milieu de la bande de roulement. La premi&#232;re crevaison, apr&#232;s 1.600 km., des pneus demi-couverts de ma Ballon n&#176;&#160;2. R&#233;paration facile, termin&#233;e en quelques minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; B... va arriver et nous repartirons ensemble. Mais B... n'arrive pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les minutes passent, je ne vois rien surgir au sommet du petit dos d'&#226;ne qui nous s&#233;pare. Le d&#238;ner que je voyais si proche tout &#224; l'heure, s'&#233;loigne et mon estomac r&#233; clame&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai dans mon sac de quoi le satisfaire et je me mets &#224; table&#160;: oranges, riz, chocolat, le menu est vari&#233;, tout y passe, mais B... ne passe pas, lui, et je me d&#233;cide &#224; aller voir ce qu'il fait. Ce qu'il fait, parbleu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il bataille avec son pneu arri&#232;re qui, r&#226;p&#233; par un coup de frein trop brusque, s'est us&#233; jusqu'&#224; la toile et a &#233;clat&#233;. Il a d&#233;j&#224; coll&#233; un empl&#226;tre en dedans, une rustine en dehors, il a r&#233;par&#233; sa chambre, remis le tout en place, regonfl&#233; et &#231;a ne tient pas. Faudra-t-il donc remplacer chambre et enveloppe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'&#224; cela ne tienne, j'ai emport&#233; ce qu'il faut, un chambre Ballon dans mon sac et une enveloppe Ballon en une petite couronne ficel&#233;e &#224; plat sur mon garde-boue arri&#232;re o&#249; elle ne me g&#234;ne pas, tient peu de place et sert m&#234;me de porte-bagage. Seulement B... ne veut pas d&#233;tacher sa roue arri&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faudrait r&#233;gler ensuite le moyeu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;B. S.&lt;/span&gt; A., la flottante, tout le tremblement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pr&#233;f&#232;re red&#233;monter son pneu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous transportons la machine vers le ruisseau voisin et nous passons la chambre dans l'eau. On d&#233;couvre et l'on obture un tout petit trou que l'auscultation n'avait pu r&#233;v&#233;ler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on regonfle et pendant que mon compagnon remet ses outils en place, je file devant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; B... me rattrapera vite et c'est lui qui ira commander le d&#233;jeuner. Mais B... ne me rattrape pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; deux croisements de route, je l'attends vainement. Je n'ai plus le temps de revenir sur mes pas et je suis forc&#233; d'abandonner &#224; son malheureux sort, mon compagnon, qui fut pour moi constamment un pr&#233;cieux auxiliaire, poussant la complaisance jusqu'&#224; rebrousser chemin pendant plusieurs kilom&#232;tres, &#224; Laville-Dieu, pour retrouver mon sac &#224; provisions que j'avais &#233;tourdiment laiss&#233; choir sur la route. Son sort, heureusement, ne fut pas trop cruel, puisqu'il put, apr&#232;s consolidation des r&#233;parations h&#226;tivement faites, rentrer chez lui, &#224; Fir-miny, par la voie la plus directe, avant la nuit. Quant &#224; moi, je rentrai &#224; 19 h. 1/2 sans le moindre incident d&#233;sagr&#233;able, par Fay que j'avais travers&#233; sans m'y arr&#234;ter, &#224; 14 h., Mazet-Saint-Voy o&#249; je m'&#233;tais lest&#233; d'un caf&#233; au lait capable de tenir lieu du repas escamot&#233;, Tence o&#249; le soleil me parut terriblement chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Montfaucon o&#249; je me douchai abondamment, Duni&#232;res o&#249; j'eus la bonne fortune de causer un instant avec M.&#160;C..., de Firminy, qui prit part quelquefois et qui r&#233;cidivera, je l'esp&#232;re, &#224; mes excursions dominicales, Marlhes et enfin Saint-Genest-Malifaux et Le Bic&#234;tre o&#249; je me m&#234;lai au flot, des autos de tourisme revenant du Midi par le col des Grands-Bois. Et je termine ce long r&#233;cit de notre excursion de la Pentec&#244;te par ce d&#233;tail qui ne manque pas d'importance&#160;: au cours des 385 km. qu'elle comporta, nos d&#233;penses ne s'&#233;lev&#232;rent qu'&#224; 34 francs par t&#234;te, plus quatre oranges et cinq bananes que j'avais emport&#233;es. Et nunc cru dimini, vous tous qui croyez qu'on ne peut plus voyager qu'&#224; grands frais.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JUIN&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agissait cette fois ni d'excursion, ni de randonn&#233;e, il s'agissait simplement d'une &#233;tape de transport rapide et peu co&#251;teux. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais huit jours avant, au cours de ma randonn&#233;e pentecostale, oubli&#233; &#224; Valence mon passe-montagne et je m'&#233;tais promis d'aller le chercher le dimanche suivant. L'objet &#233;tait de peu d'importance et il e&#251;t &#233;t&#233; ridicule, de mobiliser pour cela un avion ou m&#234;me une simple moto, encore moins de s'infliger 250 km. de compression dans les bo&#238;tes &#224; sardines du P.-L.-M.&#160;J'avais d'ailleurs sous la main ma Ballon n&#176;&#160;2, toute poussi&#233;reuse encore des 380 km. de l'itin&#233;raire des 27 et 28&#160;mai, et c'est elle que je choisis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette bicyclette, qui m'a servi &#224; P&#226;ques, &#224; Pentec&#244;te, dans plusieurs excursions dominicales et qui me sert presque tous les jours, peu ou prou, pour mes courses en ville, a maintenant pr&#232;s de 3.000 kilom&#232;tres &#224; son actif&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses pneus fa&#231;on-main demi-couverts de luxe, ne semblent pas fatigu&#233;s le moins du monde et je n'ai encore &#224; son passif qu'une seule crevaison. Voil&#224; de bons &#233;tats de service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pars donc ce premier dimanche de juin, &#224; 3 heures, et d&#233;barque sur les bords du Rh&#244;ne &#224; 5 h. 50, malgr&#233; pas mal de temps perdu &#224; pester contre le mauvais &#233;tat de la route et &#224; m'&#233;pousseter apr&#232;s une superbe culbute, en pleine vitesse, &#224; 3 km. d'Andance, heureusement dans la poussi&#232;re &#233;paisse qui amortit le choc. C'est ma premi&#232;re pelle s&#233;rieuse de l'ann&#233;e et je m'en tire &#224; mon honneur avec quelques &#233;corchures et une contusion int&#233;ressant tout le c&#244;t&#233; droit, de l'&#233;paule &#224; la cheville. Dieu soit lou&#233;, je sais encore tomber. Mes r&#233;flexes n'ont pas oubli&#233; (je le leur ai assez souvent rappel&#233;), qu'ils doivent en pareil cas mettre le corps en boule ou le d&#233;velopper de tout son long, afin que le rude contact avec le sol se r&#233;partisse sur la plus grande surface possible&#160;: un choc g&#233;n&#233;ralis&#233; n'est plus que meurtrissure, tandis que localis&#233; sur un seul point, il peut devenir fracture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traversai le Rh&#244;ne &#224; Saint-Vallier et je mis pied &#224; terre &#224; Valence, devant la gare, &#224; 7 h. 40. Je m'orientai et retrouvai facilement le caf&#233; o&#249; j'avais oubli&#233; mon couvre-chef. J'y d&#233;jeunai et, &#224; 8 heures, je pris le chemin du retour, d&#233;cid&#233; &#224; rester sur la rive gauche jusqu'&#224; Andance, car sur la rive droite la chauss&#233;e est dans un &#233;tat d&#233;plorable, pire que celui de la route du col des Grands-Bois, entre les bornes 82 et 85, ce qui n'est pas peu dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et quart, j'arrivai &#224; Bourg-Argental et y d&#233;jeunai excellemment, &#224; un prix mod&#233;r&#233;, &#224; l'h&#244;tel de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais promis, ayant du temps devant moi pour rentrer avant la nuit, de fl&#226;ner en cours de route, et je pris dans cette intention la route qui monte par Saint-Sauveur, o&#249; les jolis sous-bois et les sources d'eau vive ne manquent pas. Mais je ne me laissai pas tenter par les frais ombrages et le soleil ayant, en peu d'instants, ouvert mes pores &#224; la bonne sueur prostprandiale, je me sentis &#224; ce point rafra&#238;chi par l'&#233;vaporation cutan&#233;e que je n'eus pas &#224; combattre un exc&#232;s de chaleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;tape-transport de 190 kmg. se termina donc de tr&#232;s bonne heure et, bien que je n'aie rien dit de l'agr&#233;ment qu'elle comporte pour qui sait regarder autour de soi, tout en gr&#234;lant des kilom&#232;tres, j'en ai gard&#233; un bon souvenir. J'en ai m&#234;me retir&#233; quelques aper&#231;us nouveaux sur les cons&#233;quences th&#233;rapeutiques d'une randonn&#233;e, car je n'estime pas la bicyclette seulement pour ses qualit&#233;s de transport pratique, je l'estime peut-&#234;tre plus encore pour sa valeur hygi&#233;nique et son action curative et pr&#233;ventive dans bien des maladies que les drogues aggravent plus souvent qu'elles ne les gu&#233;rissent.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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