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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>L'Eurasie &#224; v&#233;lo (Lucien P&#233;reire)</title>
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		<dc:subject>Esperanto</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un site extraordinaire d&#233;di&#233; au voyage et aux archives de Lucien P&#233;reire https://peraire.huma-num.fr/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Source biblio-cycles&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique33" rel="directory"&gt;Blog&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Esperanto&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un site extraordinaire d&#233;di&#233; au voyage et aux archives de Lucien P&#233;reire &lt;a href=&#034;https://peraire.huma-num.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://peraire.huma-num.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source &lt;a href=&#034;http://biblio-cyclesdephilippeorgebin.hautetfort.com/archive/2008/12/20/peraire1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biblio-cycles&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>SIX JOURS EN SUISSE ET EN ITALIE, 1903</title>
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		<dc:subject>Bicyclette 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Esperanto</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;V&#233;locio, Le Cycliste, 1903. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pas un de nous, pas un&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! n'est arriv&#233; &#224; Moutiers le 14&#160;juillet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Notre anonyme correspondant a eu raison. Aucun de ceux qui avaient con&#231;u l'itin&#233;raire de dix jours publi&#233; par Le Cycliste du 30&#160;avril n'en est venu &#224; bout. Est-ce &#224; dire que cet itin&#233;raire &#233;tait vraiment au-dessus des forces de tout cycliste convenablement pr&#233;par&#233; et polymultipli&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Malgr&#233; nos &#233;checs successifs, je ne le pense pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seulement, il faudrait, en m&#234;me temps qu'on pr&#233;pare un&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;Bicyclette 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Esperanto&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;V&#233;locio, Le Cycliste, 1903.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas un de nous, pas un&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! n'est arriv&#233; &#224; Moutiers le 14&#160;juillet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Notre anonyme correspondant a eu raison. Aucun de ceux qui avaient con&#231;u l'itin&#233;raire de dix jours publi&#233; par Le Cycliste du 30&#160;avril n'en est venu &#224; bout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce &#224; dire que cet itin&#233;raire &#233;tait vraiment au-dessus des forces de tout cycliste convenablement pr&#233;par&#233; et polymultipli&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Malgr&#233; nos &#233;checs successifs, je ne le pense pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seulement, il faudrait, en m&#234;me temps qu'on pr&#233;pare un programme, pr&#233;parer aussi le beau temps, car le mauvais temps, surtout en Suisse, devient presque un cas de force majeure, tant il rend impraticables des routes qui, m&#234;me avec le beau temps, ne sont pas la fleur des pois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, tous, nous avons eu &#224; souffrir du mauvais temps, de la pluie et de la boue. Pour mon compte, j'ai attrap&#233;, sur six jours, deux jours de pluie, deux jours de boue et, le sixi&#232;me jour, j'ai d&#251;, le soir, battre en retraite d&#233;finitivement devant de nouvelles averses.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une exp&#233;rience &#224; recommencer l'ann&#233;e prochaine. En attendant, comme mon voyage n'a pas laiss&#233; d'&#234;tre int&#233;ressant d'un bout &#224; l'autre et qu'il comporte d'utiles enseignements pratiques pour les cyclotouristes, je m'en vais vous le narrer &#224; la bonne franquette.&lt;br class='autobr' /&gt;
**&lt;br class='autobr' /&gt;
Emp&#234;ch&#233; de partir le 5&#160;juillet, je dus renvoyer au mois d'ao&#251;t l'excursion projet&#233;e et le grand fr&#232;re me d&#233;barqua &#224; Berne le 9&#160;ao&#251;t dernier &#224; 4 heures 12. Pour me punir, le destin me condamnait &#224; voyager seul, tandis qu'en juillet j'eusse &#233;t&#233; en bonne et nombreuse compagnie. Il n'est ni prudent ni agr&#233;able de parcourir les routes les plus accident&#233;es des Alpes suisses et italiennes dans l'isolement absolu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, en cette saison, la Suisse regorge de touristes et il y avait bien peu de probabilit&#233;s pour que, si je devais &#234;tre victime d'un accident, je restasse longtemps sans &#234;tre secouru.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais essay&#233;, sans y r&#233;ussir, de dormir dans le train, et c'&#233;tait une premi&#232;re faute que d'entreprendre un voyage aussi dur apr&#232;s une nuit sans sommeil. Le manque de sommeil &#8212; c'est sans doute un effet de l'&#226;ge &#8212; commence &#224; m'&#234;tre p&#233;nible. Quand je n'ai pas fait une bonne nuit, je me sens moins dispos l'apr&#232;s-midi, surtout lorsqu'il fait chaud, et le besoin de la sieste au milieu du jour se fait sentir imp&#233;rieusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un examen minutieux de la monture qui m'avait conduit en juillet au col du Parpaillon et qui poss&#232;de six vitesses en marche, m'ayant r&#233;v&#233;l&#233; quelques f&#234;lures dans les engrenages du Three Speed, j'avais renvoy&#233; ce moyeu au fabricant pour qu'il me le rem&#238;t en &#233;tat de supporter de nouvelles fatigues, et j'avais fait armer ma bicyclette 1900 &#224; cinq vitesses dont deux en marche par embrayage au pied, une vieille et fid&#232;le amie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me contentai de remplacer le grand d&#233;veloppement de 7m,25 par 4m,50, de fa&#231;on &#224; avoir les 5 combinaisons suivantes interchangeables en marche&#160;: 5m,70 avec 3m,80, 3 m&#232;tres ou 2m,40 et 4m,50 avec 3 m&#232;tres ou 2m,40. Un grand d&#233;veloppement &#233;tait inutile pour le parcours que je m'&#233;tais trac&#233;, j'avais roue libre &#224; galets partout, un frein sur jante &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AR&lt;/span&gt; &#224; contrepression et un large frein &#224; patin bois doubl&#233; de cuir sur le pneu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce frein &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt; &#233;tait dispos&#233; de fa&#231;on &#224; agir sur le frein &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AR&lt;/span&gt; et &#224; bloquer la roue motrice avant la roue directrice, afin d'&#233;viter les panaches. &#192; mon bagage habituel, j'avais ajout&#233; un r&#233;chaud de voyage &#224; alcool me permettant de pr&#233;parer en cours de route des boissons chaudes et dont je me suis servi journellement. Si j'avais &#233;t&#233; bien inspir&#233;, j'aurais, par contre, supprim&#233; ma lanterne, bien inutile dans un voyage d'o&#249; la partie transport est ray&#233;e. Quand on excursionne &#224; travers les Alpes, on s'arrange toujours pour s'arr&#234;ter avant la nuit. Ma bicyclette en ordre de marche telle que je l'enfourchai en sortant &#224; cinq heures de la gare de Berne pesait 30 kilos.&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;t9-Aout-Berne-Interlaken-Meiringen-col-de-Grimsel-Gletsch-Hotel-nbsp&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='t9-Aout-Berne-Interlaken-Meiringen-col-de-Grimsel-Gletsch-Hotel-nbsp'&gt;9&#160;Ao&#251;t. &#8212; Berne, Interlaken, Meiringen, col de Grimsel, Gletsch., H&#244;tel Belv&#233;d&#232;re, 130 kilom&#232;tres.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir err&#233; un instant dans la vieille cit&#233; dont quelques quartiers ont conserv&#233; le caract&#232;re d'autrefois au milieu des constructions modernes, uniformes et tristes, admir&#233; un pont magnifique jet&#233; sur la vall&#233;e, d&#233;daign&#233; la fosse aux ours, je quitte Berne en suivant les rails d'un tramway, selon le conseil d'un des tr&#232;s rares habitants qui, &#224; cette heure matinale, sont d&#233;j&#224; dans la rue. Je traverse un pont et me voici presque en rase campagne, ayant &#224; gauche une tr&#232;s belle vue sur la d&#233;pression de l'Aar au-dessus de laquelle s'&#233;tage la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol est bon, la campagne est verdoyante et peupl&#233;e. Hameaux et villages se succ&#232;dent, maisons fleuries &#224; toutes les fen&#234;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le triomphe du g&#233;ranium. On est en pleine Suisse pastorale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les cimeti&#232;res eux-m&#234;mes, qui le plus souvent bordent la route, ont un air gai&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ne sont pas, comme en France, attrist&#233;s par le feuillage sombre des cypr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon d&#233;sir de suivre le tramway, ainsi que cela m'a &#233;t&#233; recommand&#233;, me fait, &#224; l'entr&#233;e d'un village., manquer la bonne route et je m'engage &#224; gauche dans un chemin de plus en plus &#233;troit qui tout d'abord me fait l'effet d'un raccourci. Je m'aper&#231;ois pourtant, apr&#232;s deux kilom&#232;tres environ, de mon erreur et je bats en retraite&#160;: ce tramway, que je ne trouve pas figur&#233; sur la carte en quatre feuilles du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; S1, excellente sous tous les rapports, doit desservir Wyl. Comme quoi, il ne faut pas toujours suivre trop &#224; la lettre les indications que l'on vous donne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jeune Suisse m'avait d&#233;pass&#233; pendant ce temps-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le rattrape &#224; une mont&#233;e &#8212; car la route est assez ondul&#233;e pour que j'aie recours, avec avantage, de temps &#224; autre au petit d&#233;veloppement de 3m,80 que j'ai accoupl&#233; avec 5m,70 &#8212; et nous causons jusqu'&#224; Thun, La polymultipli-cation est encore peu connue &#224; Berne o&#249; l'on voit &#224; peine quelques machines anglaises et fran&#231;aises munies de moyeux &#224; deux vitesses par superposition d'engrenages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que notre allure ne soit gu&#232;re que de 20 &#224; l'heure, nous d&#233;passons rapidement les groupes tr&#232;s nombreux de cyclistes des deux sexes qui vont dans le m&#234;me sens que nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; leurs montures sont du type le plus vulgaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Thun, mon compagnon me quitte, il va &#224; Spiez sur la rive gauche que j'ai suivie en 1900 et qui est loin de valoir la rive droite que je choisis cette fois. Le vieux ch&#226;teau de Thun, qui constitua en son temps une fortification de premier ordre, fait toujours un tr&#232;s beau d&#233;cor&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville elle-m&#234;me, que je traverse de part en part, a un joli cachet d'anciennet&#233;. Tout comme &#224; Berne et dans la campagne, les volets verts et les g&#233;raniums rouges jettent sur les murs leur note &#233;clatante.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, d'abord &#224; peine accident&#233;e, finit par s'&#233;lever assez haut au-dessus du niveau du lac que l'on finit par dominer d'&#224; peu pr&#232;s 100 m&#232;tres. Au sommet de la mont&#233;e, une source d&#233;licieusement fra&#238;che m'invite &#224; me rafra&#238;chir et tout une th&#233;orie de cyclistes &#224; trois poils, bras et mollets nus, monomultipli&#233;s que mes 3m,80 avaient laiss&#233;s derri&#232;re d&#232;s qu'il avait fallu en mettre, me red&#233;passent. La descente coup&#233;e de courts tunnels m'a paru plus rapide que la mont&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je la fais prudemment, comme je suis d'ailleurs r&#233;solu &#224; les faire toutes pendant ce voyage. Pour un instant de plaisir, il ne faut pas compromettre une si belle excursion et je dois, &#224; tout instant, songer &#224; m&#233;nager la monture aussi bien que le cavalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le pont, en entrant &#224; Interlaken, je cueille une premi&#232;re pelle que tout d'abord je ne sais &#224; quoi attribuer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ni boue, ni poussi&#232;re et pas de tramway&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma roue s'est peut-&#234;tre engag&#233;e entre deux pav&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je traverse lentement la ville &#233;l&#233;gante et riche, d'o&#249; la Jungfrau se laisse voir sous son plus bel aspect&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 8 heures et les nobles &#233;trangers sont encore au lit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les rues manquent d'animation. &#199;&#224; et l&#224;, quelque Anglais gourm&#233; fait de la roue libre et parade sur une bicyclette tour-de-lac&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux ou trois groupes d'alpinistes, alpenstock en main et havre-sac aux &#233;paules, se dirigent vers la montagne. Tout cela ne me distrait pas suffisamment pour que j'en oublie ma m&#233;saventure dont je cherche toujours la cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eur&#234;ka&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce doit &#234;tre mon verrou d'arr&#234;t qui m'a jou&#233; ce tour pendable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je descends et m'assure que j'ai pr&#233;sum&#233; juste. Un verrou d'arr&#234;t est un petit rien du tout qui rend, lorsqu'on met pied &#224; terre, beaucoup de services, en bloquant momentan&#233;ment la roue directrice dont les mouvements d&#233;sordonn&#233;s sont souvent, pour les cyclistes &#224; lourd bagage, tr&#232;s d&#233;sagr&#233;ables. Une bicyclette dont la direction est bloqu&#233;e peut &#234;tre appuy&#233;e contre un mur, contre un arbre, elle peut &#234;tre maintenue, quand on d&#233;place sa cha&#238;ne ou qu'on fouille dans son sac, beaucoup plus facilement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc utile d'avoir un verrou d'arr&#234;t, et j'avais trop souffert de son absence pendant quelques excursions pr&#233;c&#233;dentes pour ne pas en faire poser un au moment de partir. Le syst&#232;me que j'imaginai au dernier moment &#233;tait simple et pratique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il consiste en un chien qui, relev&#233;, vient s'encastrer dans le collier de serrage du guidon et, abattu, repose sur le tube horizontal. Dans la premi&#232;re position, il bloque la roue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans la seconde, il lui rend la libert&#233;. On comprend sans peine qu'une roue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt; qui se bloque tout &#224; coup en pleine marche, a pour effet imm&#233;diat une chute plus ou moins grave, selon les circonstances. Il faut donc avoir soin, quand on rabat le chien, de s'assurer, avant de repartir, qu'il repose bien sur le tube et que rien ne peut le relever en cours de route, c'est-&#224;-dire qu'il ne faut pas se contenter de faire le mouvement &#224; moiti&#233; et laisser le chien en l'air entre les deux positions extr&#234;mes. Or, c'est ce que j'avais fait apr&#232;s mon arr&#234;t au sommet de la mont&#233;e, les tr&#233;pidations firent le reste, si bien que, petit &#224; petit, le verrou d'arr&#234;t s'encastra, proprio motu, dans le collier de serrage et ma direction fut bloqu&#233;e. Cet accident, d&#251; &#224; mon &#233;tourderie, m'arriva trois ou quatre fois pendant mon voyage et un certain jour, en pleine descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en aper&#231;us toujours &#224; temps, &#224; une certaine duret&#233; du guidon pour m'arr&#234;ter avant la catastrophe. Ces verrous d'arr&#234;t doivent, d'ailleurs, &#234;tre fix&#233;s de telle fa&#231;on qu'on unisse, m&#234;me lorsqu'ils sont ferm&#233;s, les ouvrir par un brusque coup de guidon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est ainsi qu'est dispos&#233; le mien, et si je pellai ainsi &#224; Interlaken, ce fut faute de tenir fermement ma direction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis &#233;tendu sur cette particularit&#233; pour montrer combien il est important de ne partir pour une longue excursion qu'avec une machine dont tous les d&#233;tails vous sont devenus familiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais aussi, pour ce voyage, fix&#233; &#224; un des tubes de cha&#238;ne de ma bicyclette une b&#233;quille dont la fonction &#8212; qu'elle a, du reste, tr&#232;s bien remplie &#8212; &#233;tait de tenir la machine au repos, droite sur n'importe quel terrain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne trouve pas toujours, &#224; point nomm&#233;, un arbre, un mur ou une borne. Une b&#233;quille p&#232;se 200 grammes et ne pr&#233;sente aucun danger, aucun inconv&#233;nient m&#234;me. Si l'on part en oubliant de la relever, le pire qu'il puisse arriver, c'est qu'elle se torde et on peut la redresser &#224; la main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Satisfait d'avoir d&#233;couvert la cause de ma culbute sur le premier pont, j'arrive au deuxi&#232;me pont qui me ram&#232;ne sur la rive droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est bonne, faiblement ondul&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;jeune &#224; quelques kilom&#232;tres d'Interlaken&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce d&#233;jeuner, dont le prix varie de 1 fr. &#224; 1 fr. 50, est invariable d'un bout de la Suisse &#224; l'autre&#160;: caf&#233; au lait copieux, pain &#224; discr&#233;tion, beurre et miel, parfois confiture et gruy&#232;re. On le sert &#224; n'importe quelle heure&#160;: avec trois d&#233;jeuners semblables, on peut tr&#232;s ais&#233;ment attendre le repas du soir et faire une belle &#233;tape. &#192; midi, cependant, je pr&#233;f&#233;rais le d&#233;jeuner tir&#233; du sac o&#249; j'avais presque toujours un kilo de fruits frais ou secs, du pain, du sucre et du th&#233;. Je m'installais &#224; quelque distance de la route, en quelque site pittoresque, et je trouvais charmante cette fa&#231;on de vivre en v&#233;ritable chemineau&#160;: charmante et peu co&#251;teuse, en v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du bout du lac de Brienz o&#249; deux vapeurs embarquent et d&#233;barquent leurs voyageurs &#8212; car la voie ferr&#233;e, j'ignore pour quelle raison, est interrompue sur toute la longueur du lac de Brienz &#8212; jusqu'&#224; Meiringen, route en plein soleil, plate, droite et peu agr&#233;able. Je m'aper&#231;ois qu'il fait tr&#232;s chaud&#160;: un coup d'&#339;il en passant sur la mont&#233;e du Brunig que je ne connais pas encore et que je viendrai faire en 1904.&lt;br class='autobr' /&gt;
A dix heures, je m'arr&#234;te &#224; Meiringen d'o&#249; j'exp&#233;die mes premi&#232;res cartes postales. C'est devenu une mode, une obligation &#224; laquelle on se soumet tr&#232;s volontiers, que d'envoyer &#224; chaque halte des cartes postales &#224; la famille, aux amis qui sont ainsi, &#224; plusieurs jours de distance, tenus au courant des progr&#232;s de votre marche. Beaucoup de ces messages n'arrivent malheureusement pas &#224; destination&#160;: les employ&#233;s des postes, collectionneurs, les interceptent et l'on ne r&#233;clame pas pour si peu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remplis aussi mon sac de provisions et je pars &#224; 11 heures d&#233;j&#224; fatigu&#233; par la chaleur lourde, accablante, avant-coureur de l'orage qui &#233;clatera le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la mont&#233;e moyenne par laquelle on s'&#233;loigne de Meiringen, je croise la poste et la kyrielle des landaus qui sont, pour nous cyclistes, une des plaies des routes suisses. En 1900, nous avions crois&#233; ces hippomobiles &#224; Guttanen. Je redescends bient&#244;t sur Innert-Kirchet et, soleil et mouches devenant de plus en plus incommodants, j'inaugure la coiffure pr&#233;servatrice (linge-&#233;ponge mouill&#233; sur le chef et sur les &#233;paules) que j'ai reconnue indispensable pendant les quelques heures de forte chaleur. Cette coiffure est in&#233;l&#233;gante, mais elle est souverainement efficace contre l'insolation et contre les taons dont les piq&#251;res ne laissent pas d'&#234;tre fort douloureuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rampe d&#233;sormais ininterrompue, si ce n'est par quelques courts paliers, jusqu'au col du Grimsel, commence peu apr&#232;s Innert-Kirchet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est tr&#232;s irr&#233;guli&#232;re, et bien que le vert y domine, le noir n'y manque pas et le jaune y est rare. Ces trois couleurs servent &#224; d&#233;signer, sur la carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. S.&lt;/span&gt; en 4 feuilles au 1/200.000, dont je me sers, l'intensit&#233; de la pente. Au-lieu d'&#234;tre uniform&#233;ment teint&#233;es de rouge comme elles le sont sur les feuilles d'&#201;tat-major au 1/200.000, les routes sont jaunes partout o&#249; la pente va de 0 &#224; 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, vertes de &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, noires au-dessus de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&#8226;&lt;br class='autobr' /&gt;
On saurait ainsi d'avance &#224; quoi s'en tenir sur les difficult&#233;s d'un trajet, si toutefois l'on avait eu soin d'indiquer en m&#234;me temps dans quel sens on monte ou l'on descend. Cette omission cause des surprises parfois d&#233;sagr&#233;ables. On s'imagine avoir devant soi une rampe d'autant moins raide qu'elle est plus longue et l'on se trouve en pr&#233;sence d'une route en montagnes russes beaucoup plus fatigante, puisqu'&#224; la diff&#233;rence d'altitude entre le point de d&#233;part et le sommet final, viennent s'ajouter toutes les contre-pentes qui, entre Zernetz et Offenpass, par exemple, ne sont pas insignifiantes. Il en aurait peu co&#251;t&#233; pour placer des pointes de fl&#232;ches indiquant la direction de la pente &#224; chaque creux et &#224; chaque sommet Les cartographes ne pensent pas &#224; tout, mais somme toute, ne critiquons pas trop la carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. S.&lt;/span&gt; car nous n'avons pas encore, en France, de cartes aussi bien faites pour nous cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re halte apr&#232;s un tunnel, aupr&#232;s d'une source fra&#238;che dont j'avais gard&#233; souvenance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un landau que je viens de rattraper en profite pour me d&#233;passer, mais je ne me sens aucune humeur combative&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en veux prendre &#224; mon aise. En croquant prunes et poires, je regarde l'Aar, toujours aussi sale, qui gronde &#224; cinquante m&#232;tres au-dessous de moi. Je suis d&#233;j&#224; en pleine montagne, la route est s&#232;che, j'ai bien failli d&#233;raper dans quelques passages boueux en descendant sur Innert-Kirchet, mais jusqu'au soir je n'aurai &#224; me plaindre que de la poussi&#232;re et des cailloux flottants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant m&#234;me d'&#234;tre &#224; Guttanen, j'&#233;prouve le besoin de prendre quelque repos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis en plein dans un noir grand teint et le soleil est chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si je me pr&#233;parais une tasse de th&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Aupr&#232;s d'une source, sur le bord m&#234;me de la route, en vrai chemineau, je m'installe sans me presser, bien d&#233;cid&#233; &#224; rester l&#224; une heure. Mon petit r&#233;chaud fonctionne &#224; merveille, l'eau bout, j'y jette une pinc&#233;e de th&#233;, et pendant que l'infusion se fait, mollement &#233;tendu &#224; l'ombre des sapins, j'absorbe quelques centaines de grammes de chausson aux poires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des landaus montent, descendent, des pi&#233;tons passent, cela m'indiff&#232;re. Le th&#233; chaud tr&#232;s sucr&#233; me para&#238;t d&#233;licieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;-dessus, un dernier quart d'heure de repos complet et je repars &#224; 14 heures, Guttanen est bient&#244;t derri&#232;re moi et j'aper&#231;ois peu apr&#232;s des traces de bicyclette qui m'incitent &#224; marcher plus vite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais une soudaine ond&#233;e qui pourrait devenir pluie s&#233;rieuse m'immobilise un instant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je dispose mon bagage en pr&#233;vision du mauvais temps que je sens de plus en plus proche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici quelles sont mes armes de d&#233;fense contre la pluie, armes dont j'aurai malheureusement &#224; me servir &#224; plusieurs reprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai allong&#233; l'axe de la roue directrice de dix centim&#232;tres de chaque c&#244;t&#233;. Par une gaine et des crochets, je fixe &#224; ces rallonges un tablier en tissu l&#233;ger imperm&#233;able qui recouvre mon bagage attach&#233; solidement au guidon et qui s'&#233;largit en haut de toute la largeur (60 centim&#232;tres) de mon double guidon. Sous ce tablier, les jambes sont absolument &#224; l'abri et je suis s&#251;r de retrouver &#224; l'&#233;tape mon bagage compl&#232;tement sec, chose importante. En effet, s'il est sans danger de se laisser mouiller en marche par la pluie durant des heures enti&#232;res, il ne le serait pas de garder &#224; l'arr&#234;t des v&#234;tements mouill&#233;s. Quand on est assur&#233; de trouver &#224; l'&#233;tape des effets de rechange secs, on peut sans inconv&#233;nient endosser un maillot l&#233;ger, un pantalon de bain, quitter ses bas et p&#233;daler ainsi, aussi peu v&#234;tu que possible, sous une pluie battante. D&#232;s qu'on s'arr&#234;te, une bonne friction et des v&#234;tements secs transforment en un excellent traitement hydroth&#233;rapique ce qui autrement risquerait de se terminer par une bronchite ou un gros rhume. Il importe donc avant tout de mettre son bagage &#224; l'abri de la pluie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre moyen de supporter philosophiquement la mauvaise humeur de Jupiter Pluvius consiste &#224; endosser simplement une p&#232;lerine bien imperm&#233;able, en molleton plut&#244;t qu'en caoutchouc. Pour que cette protection soit bien efficace, il faut entourer le bas de la p&#232;lerine d'une lame ou d'un fil d'acier faisant fonction d'un ressort de crinoline. Gr&#226;ce &#224; ce ressort, la p&#232;lerine s'&#233;carte du corps et forme cloche, les jambes se trouvent absolument prot&#233;g&#233;es. Rien ne s'oppose, lorsqu'on rev&#234;t la p&#232;lerine, &#224; ce que l'on quitte la veste et m&#234;me le maillot afin d'emmagasiner le moins de chaleur possible sous cet &#233;touffoir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car il faut combattre par tous les moyens l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un moteur humain qui s'&#233;chauffe, c'est son rendement qui diminue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on s'en aper&#231;oit tr&#232;s bien quand une pluie l&#233;g&#232;re ou un vent frais vient &#224; l'improviste rafra&#238;chir votre &#233;piderme surchauff&#233; par le travail et par le soleil, vous vous sentez imm&#233;diatement ragaillardi, vos forces semblent avoir doubl&#233; et vous p&#233;dalez avec une vigueur toute nouvelle qui n'a d'autre cause que l'abaissement de la temp&#233;rature de votre moteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ablutions, les immersions dans l'eau froide que je recommande de pratiquer en cours de route tendent au m&#234;me but.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je mets pied &#224; terre devant la cascade de Haudeck&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le touriste qui passerait sans daigner la regarder devant cette formidable chute, m&#233;riterait d'&#234;tre class&#233; incontinent parmi les professionnels du tour de France ou de Bordeaux-Paris. Un balcon a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233; pour qu'on puisse admirer de plus pr&#232;s l'ab&#238;me ou s'engouffrent &#224; la fois l'Aar tout entier et un de ses premiers affluents dont les eaux blanches et limpides se heurtent aux flots boueux. J'y rencontre le cycliste dont je suis les traces depuis un moment, un gaillard bien b&#226;ti qui, non content d'aller &#224; pied, fait pousser sa machine monomultipli&#233;e par un jeune paysan. J'en suis estomaqu&#233; tellement que je n'ai .pas le courage de le complimenter sur l'ing&#233;nieuse solution qu'il a trouv&#233;e au probl&#232;me de la mont&#233;e des c&#244;tes &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel beau gouffre pour s'exp&#233;dier ad patres sans avoir le temps de dire ouf&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je serais surpris si quelque Anglais spleen&#233;tique n'a d&#233;j&#224; fait le plongeon dans ces volutes d'eau pulv&#233;ris&#233;e o&#249; l'on aimerait &#8212; attach&#233; solidement &#224; une bonne corde &#8212; aller se faire doucher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon cycliste modern-style a fil&#233; pendant que je m'oublie dans la contemplation fascinatrice de la Haudeck-Fall, mais je l'ai t&#244;t d&#233;pass&#233;, et bien qu'il paraisse suivre le m&#234;me itin&#233;raire que moi, je ne le reverrai plus. L'h&#244;tel, quelques hectom&#232;tres en palier, un pont et je rentre dans un noir d'&#233;b&#232;ne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route s'&#233;l&#232;ve maintenant sur la rive droite de l'Aar qu'elle ne quittera plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le site est joli et l'h&#244;tel qui re&#231;oit, je crois, des pensionnaires, est bien situ&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec 3 m&#232;tres, je p&#233;dale sans trop de peine, le soleil est voil&#233; par les nuages et le vent est frais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques landaus descendent, des touristes, alpenstock en main et besace sur les reins, me croisent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce me para&#238;t &#234;tre des Allemands pour la plupart&#160;: quelques-uns me saluent du classique All Heil. Bien que je ne sois plus tr&#232;s loin de l'Hospice, j'&#233;prouve derechef le besoin de manger et, sur bord d'un ruisseau o&#249; je prends pr&#233;alablement un bain de jambes, je donne le coup de gr&#226;ce &#224; mes provisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai plus que du vert devant moi, sauf un kilom&#232;tre environ de noir pendant lequel j'ai le plaisir de rencontrer quatre cyclistes qui descendent en roue libre. Enfin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vois cette ann&#233;e, en Suisse, des cyclistes descendre autrement qu'&#224; pied&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; esp&#233;rons que l'ann&#233;e prochaine j'en verrai grimper aussi autrement qu'&#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes ici au-dessus de la zone bois&#233;e, et le paysage est s&#233;v&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les glaciers nous dominent, les pentes grises, d&#233;pourvues de v&#233;g&#233;tation, qui descendent jusqu'au lit fangeux de l'Aar, n'ont rien d'agr&#233;able &#224; l'&#339;il. Cependant, l'arriv&#233;e dans la combe o&#249; l'hospice, transform&#233; en h&#244;tel, a &#233;t&#233; &#233;difi&#233;, efface l'impression de tristesse dont je viens d'&#234;tre afflig&#233;. Il y r&#232;gne une certaine animation, le soleil a perc&#233; les nuages, le vent fait flotter le linge &#233;tendu sur les cordes, la poste, suivie de quelques landaus, descend les derniers lacets du col et le personnel de l'h&#244;tel s'agite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est plus ici comme au Lautaret&#160;: &#224; c&#244;t&#233; des cartes postales, on trouve des timbres et un bureau de poste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me leste d'un th&#233; complet, c'est-&#224;-dire avec accompagnement de beurre, de miel et de r&#244;ties.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cinq ou six lacets qui de l'hospice m&#232;nent au col paraissent d'en bas beaucoup plus raides qu'ils ne le sont&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en outre, comme on les attaque apr&#232;s un instant de repos, on les enl&#232;ve tr&#232;s vivement &#224; l'&#233;bahissement des voyageurs qui peuvent vous suivre des yeux presque jusqu'en haut&#160;: le sol est pourtant mauvais, et l'on est oblig&#233; de suivre l'&#233;troite bande qui longe le parapet et que les roues des voitures respectent en g&#233;n&#233;ral. C'est d'ailleurs la r&#232;gle, en Suisse, que les cyclistes doivent laisser le milieu de la route aux voitures et passer toujours du c&#244;t&#233; du pr&#233;cipice&#160;: il convient donc de s'habituer &#224; suivre sans sourciller l'&#233;troite ligne, qui souvent n'a que 25 centim&#232;tres, qu'on veut bien nous laisser. La crainte de s'en &#233;carter... du mauvais c&#244;t&#233; n'est pas sans g&#234;ner l'admiration de la nature, et quand un site en vaut la peine, chose fr&#233;quente, il est sage de mettre pied &#224; terre. Ce petit d&#233;tail, ajout&#233; &#224; la difficult&#233; de la marche sur un sol empierraill&#233;, et aux ennuis des rencontres de la poste, de l'extra-poste et du tralala des landaus, contribue &#224; expliquer pourquoi, dans l'Oberland suisse, nos &#233;tapes sont, toutes autres choses &#233;gales, de moiti&#233; plus courtes qu'en Savoie et en Dauphin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du col de la Grimsel, on a une tr&#232;s belle vue sur les glaciers dont on parait fort rapproch&#233;. Un petit lac paisible dort l&#224;-haut&#160;: il serait agr&#233;able de fl&#226;ner par l&#224; un moment, mais je viens de d&#233;passer une voiture que je ne voudrais pas &#234;tre oblig&#233; de red&#233;passer en pleine descente, et je file non sans quelque appr&#233;hension. Je me souviens d'avoir fait l&#224; une chute en 1900 en descendant &#224; toute allure pour tacher d'attraper &#224; Brieg un train que nous manqu&#226;mes d'ailleurs de deux minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cinq kilom&#232;tres de lacets &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, du col &#224; Gletsch-H&#244;tel sont bien ce qu'il y a de pire en fait de routes suisses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la mont&#233;e, ils doivent &#234;tre particuli&#232;rement durs &#224; arracher m&#234;me avec 3 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente, ils sont dangereux d&#232;s qu'on se laisse aller un peu vite, il faut toujours freiner peu ou prou et les orni&#232;res, les pierrailles, les nids de poussi&#232;re s'entendent &#224; merveille pour vous faire valser.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'atteins n&#233;anmoins sans encombre l'&#233;troit palier o&#249; l'H&#244;tel du Glacier du Rh&#244;ne, &#233;tonnant caravans&#233;rail o&#249; les touristes de toutes les nationalit&#233;s se rencontrent, d&#233;veloppe ses constructions et d&#233;pendances qui vont toujours s'agrandissant. &#192; 18 heures, il y a peu de monde dehors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de belles vaches reviennent du p&#226;turage et encombrent le pont, m'obligeant &#224; m'arr&#234;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis ind&#233;cis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; coucherai-je &#224; Gletsch ou irai-je plus loin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le temps se g&#226;te &#233;videmment, des &#233;clairs lointains, de brusques coups de vent, quelques gouttes tomb&#233;es des nuages qui passent rapidement d'un sommet &#224; l'autre, tout annonce un orage imminent et je ne me d&#233;cide &#224; partir qu'avec l'arri&#232;re-pens&#233;e de redescendre vivement si les choses se g&#226;tent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le noir va devenir la r&#232;gle et le vert l'exception, je place ma cha&#238;ne sur le plus petit d&#233;veloppement 2m,40 et je pars &#224; 18 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans me presser et mettant prudemment pied &#224; terre, en croisant les voitures qui descendent, ce qui me permet d'admirer plus &#224; loisir ce site merveilleux et unique peut-&#234;tre au monde, il me faut une heure pour arriver &#224; l'h&#244;tel Belv&#233;d&#232;re o&#249; je termine ma premi&#232;re &#233;tape effectu&#233;e sans accident et sans fatigue anormale. J'ai trouv&#233; pourtant sensiblement plus durs que tout le reste les derniers 1.500 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il m'a paru que la pente y &#233;tait aussi beaucoup plus accentu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ablutions faites et douillettement envelopp&#233; dans une ample chemise de laine, j'attendais le menu aussi v&#233;g&#233;tarien que possible que j'avais command&#233; et j'admirais l'imposant glacier du Rh&#244;ne dont la nuit faisait un linceul jet&#233; entre les montagnes, quand je vois passer sous les fen&#234;tres de la salle &#224; manger deux cyclistes, deux ombres, deux fant&#244;mes qui s'enfoncent dans la nuit sans lanterne, sans laisser d'autre indice de leur passage que le grincement des freins sur jante et sur tambour.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en tressaute sur ma chaise. En voil&#224; qui n'ont pas la frousse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Dans quelques minutes, on n'y verra pas &#224; cinq m&#232;tres et pour s'engager dans une pareille descente en pleine obscurit&#233;, il faut ou ne pas la conna&#238;tre ou &#234;tre d'une imprudence rare&#160;: On ne me verra jamais faire cela, et quand les circonstances me forceront &#224; finir de nuit une telle &#233;tape, mon Dieu, j'irai &#224; pied tout simplement&lt;br class='autobr' /&gt;
Je forme des v&#339;ux, in petto, pour que ces deux audacieux arrivent sans d&#233;sagr&#233;ment vers le phare &#233;lectrique du Gletsch-H&#244;tel que je vois briller l&#224;-bas tout au fond du couloir &#224; 500 m&#232;tres au-dessous de moi. Le vent devient de plus en plus fort et un orage se d&#233;cha&#238;ne probablement &#224; cette heure m&#234;me sur les sommets extr&#234;mes des glaciers de l'Aar et du Rh&#244;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite fen&#234;tre de ma chambre s'ouvre sur l'immense vide qui dut &#234;tre autrefois combl&#233; par le glacier&#160;: je m'y accoude un instant pendant que le tonnerre gronde au loin et que les &#233;clairs fusent des quatre points cardinaux. Diable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De quoi demain sera-t-il fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;br class='autobr' /&gt;
(A suivre.)&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;t10-Aout-Hotel-Belvedere-Hospenthal-San-Gottardo-Biasea-Olivone-nbsp&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='t10-Aout-Hotel-Belvedere-Hospenthal-San-Gottardo-Biasea-Olivone-nbsp'&gt;10&#160;Ao&#251;t. &#8212; H&#244;tel Belv&#233;d&#232;re, Hospenthal, San Gottardo, Biasea, Olivone, Lnltmanierpass, Hospice Santa-Maria, 125 kilom&#232;tres.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il ne pleut pas encore, &#224; 4 h. 1/2, quand je quitte l'h&#244;tel, aupr&#232;s duquel on construit de vastes d&#233;pendances&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il est facile de pr&#233;voir que la pluie est proche. Bien que la pente soit relativement mod&#233;r&#233;e (elle devient m&#234;me &#224; peu pr&#232;s nulle pendant le dernier kilom&#232;tre), je pousse placidement ma machine jusqu'au col de la Furka, distant d'environ trois kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'attends qu'il fasse nettement jour pour me mettre en selle, et c'est tout juste si je le puis en commen&#231;ant la descente, tellement le temps est sombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nuages ou brouillards bornent la vue de tous les c&#244;t&#233;s. La pente est d'abord fort b&#233;nigne, et le sol sur ce versant semble un peu meilleur. &#192; deux kilom&#232;tres du col j'entre dans la pluie qui m'accompagne crescendo jusqua R&#233;alp. Je d&#233;ploie mon tablier et m'emp&#232;lerine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol d&#233;tremp&#233; rend bient&#244;t les tournants scabreux, prudence et lenteur s'imposent et je pousse un soupir de soulagement en mettant enfin pied &#224; terre &#224; R&#233;alp &#224; 6 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je trouve &#224; l'h&#244;tel deux cyclotouristes allemands que la pluie &#8212; car il pleut ici depuis la veille &#8212; a arr&#234;t&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et qui attendent une &#233;claircie pour aller d'o&#249; je viens. Ils ont sur leurs machines un bagage respectable, mais un seul d&#233;veloppement et roue serve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont des touristes peu press&#233;s .&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureux mortels qui s'arr&#234;tent quand il pleut, font toutes les mont&#233;es &#224; pied, ne poussent jamais l'effort jusqu'&#224; la forte su&#233;e dont, entre parenth&#232;se, il m'a sembl&#233; que j'avais un peu abus&#233; pendant mes six jours en Suisse. Leurs &#233;tapes sont r&#233;gl&#233;es par leur fantaisie du moment, par les circonstances, par les incidents fortuits, par le hasard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils feront peut-&#234;tre demain 50 kilom&#232;tres, mais aujourd'hui ils se contenteront d'en faire 25 et hier ils sont simplement venus d'Airolo &#224; R&#233;alp par le San Gottardo. Ils mettront trois jours pour faire une des quotidiennes &#233;tapes que mon programme m'impose. Quand je vous dis que ce sont l&#224; d'heureux mortels&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Caf&#233; au lait complet, cartes postales&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sept heures sonnent, il pleut encore mais le soleil hasarde une risette qui donne au paysage un charme soudain autant que bref, car des nuages s'interposent imm&#233;diatement et ce ne sera pas avant Biasca que je reverrai le ciel bleu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pars tout de m&#234;me et je commence mon apprentissage de navigateur louvoyant entre les orni&#232;res pleines d'eau, le milieu de la chauss&#233;e pleine de boue et les &#224;-c&#244;t&#233;s pleins de sable. La route descend tr&#232;s l&#233;g&#232;rement. Une vieille tour en ruines sur un monticule et que Joanne m'a, depuis, dit &#234;tre l'ancien gibet d'Andermatt, attire mes regards&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive &#224; Hospenthal et la pluie s'est arr&#234;t&#233;e. (Test heureux, il s'agit de s'&#233;lever de 620 m&#232;tres en 10 kilom&#232;tres et la tenue l&#233;g&#232;re est de rigueur. Je ne garde que le chandail, mais je dispose mon paquetage en pr&#233;vision de la pluie fine intermittente que je pr&#233;vois. Je puis, &#224; volont&#233;, fixer le sac qui contient tout mon bagage, &#224; l'exception de la p&#232;lerine, sur le porte-bagage arri&#232;re ou l'accrocher &#224; mon guidon &#224; deux &#233;tages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai imagin&#233; cela afin de me rendre compte exp&#233;rimentalement de la meilleure position qu'il convient d'assigner au bagage &#224; la mont&#233;e, &#224; la descente et en palier. Mon sac p&#232;se 8 ou 10 kilos, selon qu'il contient ou qu'il ne contient pas de provisions de bouche. Le d&#233;placement d'un tel poids ne doit pas, ce me semble, &#234;tre insignifiant sur le rendement d'une machine. Bien qu'au cours de mon voyage je me sois efforc&#233; de faire des exp&#233;riences comparatives aussi nombreuses et aussi exactes que possible, les conclusions auxquelles je suis arriv&#233; ne sauraient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme d&#233;finitives. Le plus sage aurait &#233;t&#233; peut-&#234;tre de r&#233;partir &#233;galement le bagage en trois paquets&#160;: l'un &#224; l'avant, l'autre &#224; l'arri&#232;re et le troisi&#232;me dans le cadre. J'ai rencontr&#233; des cyclistes qui portaient leur sac sur le dos tout comme les pi&#233;tons. C'est la pire des solutions pour ceux qui font les mont&#233;es autrement qu'&#224; pied, le plat et les descentes aux grandes allures.&lt;br class='autobr' /&gt;
En palier et &#224; la descente, il m'a paru qu'il &#233;tait avantageux &#224; tous les points de vue, surtout &#224; celui de la s&#233;curit&#233;, de rejeter tout le bagage &#224; l'arri&#232;re. La s&#251;ret&#233; de la direction en est augment&#233;e et les virages se prennent mieux. A la mont&#233;e, j'ai le plus souvent attach&#233; mon bagage au guidon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici, la lenteur de la marche fait que la direction n'est pas g&#234;n&#233;e et il me semblait que j'enlevais plus ais&#233;ment mes cent kilos. Ce sont l&#224; des r&#233;sultats auxquels on pourrait arriver par la r&#233;flexion, et c'est parce que le simple bon sens les confirme que je les tiens pour vraisemblables.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e du San Gottardo est la moins p&#233;nible que j'aie faite de tout le voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m&#234;me les premiers lacets teint&#233;s de noir sur la carte ne sont pas durs gr&#226;ce &#224; la fermet&#233; du sol. Je me sers du d&#233;veloppement de 3 m&#232;tres et j'enl&#232;ve les 10 kilom&#232;tres exactement en une heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; quelques passages empierraill&#233;s, un peu de pluie, du brouillard.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'eau du torrent que l'on remonte est d'une limpidit&#233; extraordinaire. Le premier col derri&#232;re lequel se dissimule le v&#233;ritable sommet induit en erreur en vous laissant croire qu'on est arriv&#233;, mais le paysage environnant est agr&#233;able et l'on, se console vite de cette d&#233;sillusion. Ici, pas de glaciers, pas de sommets r&#233;barbatifs, mais des rochers &#233;pars, un peu de verdure, des flaques de neige, une miniature de lac, et me voici &#224; l'hospice, construction massive &#224; deux b&#226;timents que la route s&#233;pare&#160;: d'un c&#244;t&#233; les b&#234;tes , de l'autre les gens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce passage, avant la construction du tunnel, &#233;tait un des plus fr&#233;quent&#233;s&#160;: il conduit du c&#339;ur de la Suisse au c&#339;ur de la Lombardie par une voie relativement facile, m&#234;me en hiver, et l'hospice n'est pas, comme les h&#244;tels de la Furka, du glacier du Rh&#244;ne et de la Grimsel, abandonn&#233; l'hiver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme bien vous le pensez, je fais halte au San Gottardo pour exp&#233;dier des cartes postales et boire un bol de lait chaud satur&#233; de miel, une de mes boissons favorites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au loin du c&#244;t&#233; italien, le temps para&#238;t plus mauvais que du c&#244;t&#233; suisse. Quelle fichue journ&#233;e, tout de m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'assure du bon fonctionnement de mes freins et &#224; Dieu va&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la d&#233;gringolade commence, formidable. Du noir presque tout le temps jusqu'&#224; Airolo. D&#232;s le premier virage, on dirait qu'on s'enfonce dans un puits, la route tourne sur elle-m&#234;me, revient, retourne comme si elle serpentait le long d'un mur. Pas n&#233;cessaire de placer des &#233;criteaux&#160;: descente rapide, tournants dangereux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est visible et l'on file doux. Les membres d'une fanfare montent en groupes de deux ou de trois et quelques-uns me saluent de sons discordants. J'ai d&#233;j&#224; franchi des kilom&#232;tres et je me vois encore juste au-dessus du col, je suis au fond du puits. En quelques lacets plus amples et moins raides la route se d&#233;gage et j'aper&#231;ois dans le lointain Airolo bien au-dessous de moi. Une derni&#232;re s&#233;rie de lacets o&#249; le sol est devenu soudain empierraill&#233; et mou&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je croise des promeneurs et des touristes qui ont l'air de monter au Saint-Gothard, puis des landaus qui y montent r&#233;ellement, on dirait qu'un train vient de d&#233;barquer un paquet de voyageurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel est gris et l'air humide, beaucoup de verdure autour d'Airolo, qui est sans doute une station estivale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme en Italie, la route dans la travers&#233;e du village a deux voies pav&#233;es de 40 centim&#232;tres s&#233;par&#233;es par une voie pav&#233;e de 80 centim&#232;tres&#160;: celle-ci pour le cheval, celles-l&#224; pour les roues des voitures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les cyclistes en peuvent aussi profiter et j'approuve assez cet usage. Malheureusement, toute m&#233;daille a son revers. Les ponts et chauss&#233;es suisses ont pav&#233; de m&#234;me les tunnels et cela me valut, sous le premier tunnel que je traverse apr&#232;s Airolo, une chute tr&#232;s f&#226;cheuse o&#249; je laisse un bas et un peu d'&#233;piderme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'obscurit&#233;, on ne peut suivre exactement la voie dall&#233;e et celle-ci, se trouvant parfois tr&#232;s en saillie, forme orni&#232;re o&#249; la roue directrice s'engage et reste prisonni&#232;re. Je passerai donc &#224; pied tous les tunnels de ce genre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peu de distance d'Airolo, j'entre de nouveau dans la pluie qui tombe depuis longtemps sans doute, car plus j'avance plus la route est d&#233;tremp&#233;e. &#192; cela pr&#232;s, la descente douce entre deux montagnes bois&#233;es d'o&#249; d&#233;gringolent de nombreuses cascatelles est agr&#233;able. Mais le paysage devient soudain plus s&#233;v&#232;re et la pente plu- rapide, des rochers barrent le passage, la route et la voie ferr&#233;e passent p&#233;niblement&#160;: la premi&#232;re s'en tire par des lacets courts et serr&#233;s, la seconde par des tunnels et des viaducs. Ce d&#233;fil&#233;, qui dure environ deux kilom&#232;tres est d'un pittoresque achev&#233; et me surprend d'autant plus que je ne m'y attendais pas. Quel coupe-gorge au bon vieux temps des diligences, mais aussi quel joli coin pour faire une halte et un d&#233;jeuner tir&#233; du sac.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pourtant pas le moment&#160;: il pleut &#224; seaux et je n'ai qu'un but&#160;: aller me mettre &#224; l'abri dans le premier village. Je me h&#226;te n&#233;anmoins lentement, afin de ne pas trop m'&#233;clabousser en traversant les flaques d'eau et de boue qui se succ&#232;dent sans discontinuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Jarnigu&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce n'est pas gai&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Faydo. La pluie redouble, s'il est possible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon manteau ruisselle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, gr&#226;ce &#224; mon tablier, je suis tr&#232;s peu mouill&#233;&#160;: je m'engouffre sous une remise. Le hasard m'a conduit &#224; l'h&#244;tel de l'Ange&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est onze heures&#160;: &#224; midi le d&#233;jeuner sera servi&#160;: je vais, en attendant, nettoyer ma bicyclette et enduire mes cha&#238;nes de vaseline, pr&#233;caution qu'il ne faut jamais n&#233;gliger quand on doit rouler sous la pluie, sous peine d'entendre bient&#244;t des craquements de mauvais augure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faydo m'a sembl&#233; &#234;tre un village curieux par ses maisons de construction ancienne et de styles tr&#232;s vari&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est aussi une station d'&#233;t&#233; tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, &#224; en juger par le nombre de pensionnaires de l'h&#244;tel de l'Ange. Le d&#233;jeuner (2 fr. 50) fut excellent. Comme toujours en Italie, le macaroni au fromage fut le plat de r&#233;sistance, et &#224; l'instar de mes voisins, j'en fis une pyramide sur mon assiette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous les autres plats furent du superflu, et j'admirai la puissance d'ingestion des convives des deux sexes qui, apr&#232;s avoir englouti 500 grammes de macaroni, semblaient n'avoir encore rien mang&#233;. Qu'on s'&#233;tonne apr&#232;s cela des dilatations d'estomac de plus en plus fr&#233;quentes, on avale sans les m&#226;cher d'&#233;normes quantit&#233;s d'aliments qui emplissent l'estomac sans le rassasier alors que la moiti&#233; suffirait &#224; apaiser l'app&#233;tit le plus boulimique si l'on mastiquait suffisamment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pendant ce temps-l&#224;, Jupiter Pluvius ouvrait de plus en plus ses robinets et arrosait largement la terre. &#192; 14 heures seulement, il me sembla que les nuages se disloquaient et qu'il y avait des chances pour que la journ&#233;e finit mieux qu'elle n'avait commenc&#233;. Je partis donc sans me presser dans la direction de Biasca&#160;: pente faible, continue, parfois un peu plus rapide, souvent presque nulle avec de vagues remont&#233;es. Bient&#244;t la pluie cesse et le soleil appara&#238;t, m'affligeant d'une temp&#233;rature lourde, chaude et humide. J'entre dans la zone favorable aux arbres fruitiers et &#224; la vigne dont les ceps soutenus par des colonnes de pierre de 2 m&#232;tres forment de v&#233;ritables all&#233;es sous lesquelles les vendangeurs font la cueillette beaucoup plus commod&#233;ment que chez nous&#160;: je ne sais si cette fa&#231;on de cultiver la vigne en augmente le rendement.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale on s'ing&#233;nie, en ce pays du soleil, &#224; se d&#233;fendre contre ses rayons, de m&#234;me que dans les pays froids on sait se d&#233;fendre contre le froid mieux que dans les r&#233;gions temp&#233;r&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tailleurs de pierre, qui, chez nous, travaillent en plein soleil, sont &#224; Biasca prot&#233;g&#233;s par des tentes portatives et je m'attendais &#224; voir les moissonneurs faire leur besogne dans le m&#234;me appareil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces tentes, construites tr&#232;s sommairement n'&#233;taient pas sans danger pour la circulation et je faillis me heurter &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'une des poutrelles qui tenaient les toiles tendues et qui s'avan&#231;aient jusque sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pont sur le torrent que je dois remonter jusqu'&#224; Olivone et j'entre dans Biasca, bourgade de minime importance, o&#249; je ne puis trouver des fruits convenables.&lt;br class='autobr' /&gt;
15 heures viennent de sonner&#160;: je prends &#224; gauche une rue pav&#233;e &#224; l'italienne et je suis bient&#244;t hors des maisons sur une route assez bonne qu'un torrent vient pourtant de couper &#224; un ou deux kilom&#232;tres de l&#224;. Les ouvriers charg&#233;s de la r&#233;parer profitent de la circonstance pour attraper quelques pourboires en aidant voitures et pi&#233;tons &#224; franchir le passage. Il faut savoir tirer parti de tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je grimpe lentement et sans incident notable, me tiens sur la rive gauche, ainsi que me le conseille ma carte, traverse sur des ponts jet&#233;s au ras des rochers quelques torrents qui sortent de gorges &#233;troites et sombres et fais des haltes fr&#233;quentes pour &#233;tancher ma soif et satisfaire mon estomac. Ce trajet insignifiant de 22 kilom&#232;tres pendant lesquels on s'&#233;l&#232;ve, avec quelques contrepentes d'environ 600 m&#232;tres m'a &#233;t&#233; relativement p&#233;nible et m'a demand&#233; 2 h. 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le noir cependant y est rare mais le vert est tout &#224; fait fonc&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il repr&#233;sente du 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% plus souvent que du 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Il y a de jolis points de vue sur les villages piqu&#233;s aux flancs de la montagne de l'autre c&#244;t&#233; du torrent dont les eaux, noires comme de l'encre, ressemblent &#224; celles des classiques fleuves infernaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Olivone, station estivale, bien situ&#233;e au pied de hautes montagnes qui la prot&#232;gent contre les vents froids du nord, je me sens fatigu&#233; et plus dispos&#233; &#224; passer la nuit l&#224; qu'&#224; tenter l'ascension de la passe de Lukmanier. Cependant, apr&#232;s m'&#234;tre lest&#233; solidement de lait, de miel et de pain je sens mes forces rena&#238;tre et je me remets en route &#224; 18 heures 1/4, sachant qu'&#224; 5 kilom&#232;tres d'Olivone je rencontrerai un premier hospice, &#224; 12 kilom&#232;tres un second hospice et &#224; 19 kilom&#232;tres le troisi&#232;me hospice plus important de Santa-Maria. Je prends 2m,40&#160;: &#224; la fin de la journ&#233;e, avec bon nombre de kilom&#232;tres &#224; plus de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et plus de mille m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation en perspective, ce tout petit d&#233;veloppement &#233;tait obligatoire. Je pars et d&#232;s que j'aborde la mont&#233;e dure qui par un grand coude au sud me ram&#232;ne au-dessus du torrent que je remontais tout &#224; l'heure (belle vue sur Aquila), je p&#233;dale avec plus d'entrain que jamais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma fatigue a totalement disparu, elle n'&#233;tait due probablement qu'&#224; un commencement de fringale. Le pot de miel que je viens d'engloutir est en train de passer dans mes muscles et j'exp&#233;die mes soixante tours &#224; la minute avec aisance et facilit&#233;. Le sol, d'ailleurs, est roulant quoique caillouteux et mes roues ne s'enfoncent plus dans cinq centim&#232;tres de boue ou de sable mouill&#233;. Du vert, je passe au noir sans que mon allure diminue&#160;: le vent contraire me rafra&#238;chit plus qu'il ne me g&#234;ne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en m'&#233;levant je jouis d'un tr&#232;s beau panorama de montagnes, bref, c'est le plus agr&#233;able moment de toute cette deuxi&#232;me journ&#233;e, aussi n'ai-je pas une minute la pens&#233;e de m'arr&#234;ter au premier hospice autour duquel une famille, en pension sans doute, prend le frais. Apr&#232;s un dernier crochet d'o&#249; mes regards plongent encore dans le fond de la vall&#233;e o&#249; se cache Olivone j'entre d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans la montagne et je vais c&#244;toyer le torrent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le paysage est tr&#232;s vert, mais la vue est born&#233;e&#160;: des pr&#233;s et des bois, des rochers et de la mousse, quelques ruisselets, la nature n'a pas eu besoin de faire beaucoup de frais de toilette pour me plaire ce soir-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me sentais en d'excellentes dispositions admiratives. Cependant, la nuit s'avan&#231;ait &#224; grands pas, et &#224; mesure que je m'&#233;levais, l'air devenait plus froid. Entre chien et loup, j'arrive au deuxi&#232;me hospice qui ressemble plut&#244;t &#224; une pauvre ferme qu'&#224; une auberge m&#234;me modeste &#8212; j'ai su &#224; Santa-Maria qu'il y a l&#224; de braves gens chez qui j'aurais bien pu passer la nuit &#8212; je ne m'arr&#234;te pas, il est 8 heures, et 5 kilom&#232;tres sur le plateau seront vite franchis. Il fallut d&#233;chanter et ce ne fut pas long&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine hors de la zone prot&#233;g&#233;e par les arbres, je suis assailli par un vent aigre et violent et j'entre dans un brouillard glacial. Oblig&#233; de conserver mon petit d&#233;veloppement, je n'avance pas vite et l'obscurit&#233; devenant compl&#232;te, j'en suis r&#233;duit &#224; mettre par instant pied &#224; terre, pour ne pas m'&#233;carter de la route que je distingue &#224; peine. La situation n'a rien de plaisant&#160;: quelques masures aupr&#232;s desquelles la route est boueuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je patauge dans un ruisseau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me heurte &#224; des vaches qui, devant passer la nuit dehors, se balladent pour le moment sur la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la bise me cingle, le brouillard me p&#233;n&#232;tre, la faim se fait sentir et je voudrais bien &#234;tre arriv&#233;. Tout &#224; coup, je me sens entra&#238;n&#233; par une pente l&#233;g&#232;re, j'ai franchi le point culminant &#224; 1.917 m&#232;tres. Voil&#224; bien une autre affaire, je n'ose plus p&#233;daler, il faut me r&#233;soudre &#224; finir l'&#233;tape &#224; pied&#160;: en Suisse, les descentes sont g&#233;n&#233;ralement dangereuses, je n'y vois pas &#224; 10 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec le vent qu'il fait, sans le moindre abri, impossible d'allumer ma lanterne et de consulter la carte. Suis-je pr&#232;s, suis-je loin de Santa-Maria&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ignore, mais j'en ai assez et je m'arr&#234;terai, pour passer la nuit, dans la premi&#232;re masure que je trouverai. Justement, voici &#224; ma gauche un mur, une porte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la clef est sur la porte, j'ouvre et j'entre dans une minuscule chapelle. J'allais m'y installer pour la nuit quand me vient heureusement l'id&#233;e que je suis &#224; Santa-Maria et que l'hospice ne peut &#234;tre bien loin. En effet, &#224; peine revenu sur la route, j'entends un aboiement et j'aper&#231;ois une lueur. Dieu soit lou&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! une bonne vieille femme m'accueille, met &#224; ma disposition ce dont j'ai grand besoin&#160;: du lait, du pain et un bon lit. Il est 21 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;tape a &#233;t&#233; longue et a failli finir bien piteusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une agr&#233;able surprise m'attendait &#224; l'hospice Santa Maria&#160;: au lieu des sempiternelles caravanes de touristes anglais, italiens ou allemands, surtout allemands, qui pullulent dans les h&#244;tels suisses, il n'&#233;tait venu le jour m&#234;me au Lukmanier que quatre touristes, tous fran&#231;ais, et doublement fran&#231;ais puisqu'ils &#233;taient de la fronti&#232;re. J'&#233;tais le cinqui&#232;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'eus le plaisir de causer un instant avec M.&#160;M.&#160;de Nancy et sa charmante fille qui, sur le livre des &#233;trangers, s'&#233;tait malicieusement attribu&#233; dans la colonne consacr&#233;e aux professions, celle de musicienne et photographe-amateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
11&#160;ao&#251;t. Hospice Santa-Maria, Disentis, Hans, Versam, Bonaduz, Thusis, Viamala, Tiefenkasteny Surava, 112 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partis le premier le mardi matin &#224; 7 heures. Le temps &#233;tait tr&#232;s beau, mais j'allais rencontrer des routes boueuses qui devaient me rendre cette &#233;tape plus p&#233;nible encore que celle de la veille. Tout d'abord, pourtant, je n'eus pas &#224; me plaindre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route serpente en descendant entre deux montagnes peu &#233;lev&#233;es et suit fid&#232;lement le torrent, comme vue, c'est gentil, mais pas imposant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas de pics sourcilleux, ni de glaciers &#233;clatants. La pente est mod&#233;r&#233;e et le sol assez bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tournants se prennent bien. Cela durait ainsi depuis pas mal de kilom&#232;tres, quand le torrent, qui petit &#224; petit a pris de l'ampleur, entre dans des gorges de toute beaut&#233;, tombe de cascade en cascade &#224; 100 m&#232;tres plus bas que la route qui, elle, se faufile comme elle peut entre les parois rocheuses et passe sous plusieurs tunnels successifs. Le sol sous ces tunnels est tr&#232;s visqueux, il n'est que sage de les traverser &#224; pied. J'arrive &#224; Disentis par un kilom&#232;tre environ de mont&#233;e moyenne pendant lequel je jouis d'une vue assez &#233;tendue sur la vall&#233;e du Rhin qui s'enfuit &#224; droite et sur les gorges dont je viens de sortir. De vastes b&#226;timents hospitalisent les nombreux vill&#233;giaturistes qui s&#233;journent l&#224; chaque &#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai gard&#233; le plus mauvais souvenir des 24 kilom&#232;tres de descente douce qui s&#233;parent Disentis d'Ilanz&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour en venir &#224; bout, il m'a fallu trois grandes heures et des efforts consid&#233;rables. Sur plus de la moiti&#233; de ce parcours une boue atroce m'arr&#234;tait &#224; chaque tour de roue et j'ai d&#251; pousser ma monture pendant 5 ou 6 kilom&#232;tres &#224; une allure de tortue. Dieu vous garde de passer par l&#224; le lendemain d'un jour de pluie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a de quoi devenir fou&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Les quelques kilom&#232;tres &#224; peu pr&#232;s passables pendant lesquels je filais avec un plaisir que vous comprenez sans peine, augmentaient mes regrets de ne pouvoir toujours filer &#224; la m&#234;me allure. Je me souviens de paysages d&#233;licieux comme site, abominables comme sol alors qu'on s'&#233;l&#232;ve sur la rive droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route s'&#233;loigne du Rhin et suit un coteau bois&#233; qui me pr&#233;serve de l'ardeur du soleil, plus implacable que jamais. Je p&#233;dale en un &#233;quilibre tr&#232;s instable sur une languette de terre large de 30 centim&#232;tres tout au bord du talus&#160;: le reste de la route est un bourbier sillonn&#233; de profondes orni&#232;res d'o&#249; je ne puis m'arracher sans mettre pied &#224; terre quand un coup de guidon involontaire m'y entra&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas &#233;tonnant que je sois d'une humeur noire quand j'entre &#224; 11 heures dans Ilanz, point terminus du chemin de fer de ce c&#244;t&#233;. C'est l&#224; qu'un mois plus t&#244;t L...,de Saint-Etienne qui, avec B...et V... .de Lyon et J... .des Vosges, s'effor&#231;ait de suivre l'itin&#233;raire publi&#233; dans Le Cycliste, fut oblig&#233; d'aller par le train jusqu'&#224; Zurich pour faire remplacer l'axe de son p&#233;dalier qu'une chute dans la boue avait cass&#233; net. B... l'accompagna et ils revinrent ensemble par le lac des Quatre-Cantons, le Brunig, la Grimsel, Martigny et Chamonix, tandis que V... et J... continuaient vers le Stelvio qu'ils atteignirent le 10&#160;juillet. Des chutes, j'en ai eu aussi &#224; revendre, mais, instruit par l'exp&#233;rience de L... je pus m'arranger toujours pour les rendre anodines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;tais pas, &#224; Ilanz au bout de mes peines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Un petit d&#233;jeuner me rass&#233;r&#232;ne pourtant et quand je repars &#224; midi, je me sens redevenu le philosophe qu'on ne doit jamais cesser d'&#234;tre en voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai retravers&#233; le Rhin &#224; Ilanz et je ne reviendrai plus sur sa rive gauche. Je vais m'&#233;lever, par des pentes d'intensit&#233; tr&#232;s vari&#233;e, &#224; l'altitude i.ioo pr&#232;s de Versam d'o&#249; je redescendrai &#224; pied &#224; cause des orni&#232;res de boue dess&#233;ch&#233;e avec lesquelles j'aurai &#224; me d&#233;battre jusqu'&#224; Bonaduz et qui me valurent une chute que, seule, ma bonne &#233;toile emp&#234;cha d'&#234;tre la fin de mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cela pr&#232;s, j'ai trouv&#233; fort &#224; mon go&#251;t ce coin de terre. Le Rhin coule au pied d'une muraille rocheuse tr&#232;s &#233;lev&#233;e qui sert de base &#224; des prairies verdoyantes que dominent des for&#234;ts&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224;, des villages &#233;mergent de la verdure et j'imagine qu'il doit y avoir par l&#224; beaucoup de pensionnaires et que la Fremdindustrie y est florissante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que, cach&#233; dans un repli de terrain, aupr&#232;s d'une source d'eau vive, je m'appr&#234;tais un bol de th&#233; bouillant, je fus agr&#233;ablement surpris par l'arriv&#233;e de quatre cyclotouristes allemands&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils &#233;taient &#233;quip&#233;s &#224; la l&#233;g&#232;re et v&#234;tus en coureurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils faisaient &#224; pied la descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous souhait&#226;mes r&#233;ciproquement bon voyage et de meilleures routes que celles o&#249; nous &#233;tions &#224; ce moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Versam, la descente rapide me conduit au milieu d'un tr&#232;s beau paysage bois&#233;, jusqu'&#224; un pont plac&#233; au point le plus pittoresque. Je roule quelque temps en plein soleil, le long d'une muraille de pierre tendre qui s'effrite constamment et lapide les passants. Ici-encore, je domine le Rhin d'assez haut, puis j'enfile une longue ligne droite en pente douce, au bout de laquelle j'aper&#231;ois le clocher de Bonaduz&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est l&#224; que, m'&#233;tant oubli&#233; &#224; regarder ailleurs que devant moi, j'entrai dans une orni&#232;re d'o&#249; je ne pus sortir que par une culbute qui m'envoya dans le foss&#233;. Des &#233;corchures seulement et ma machine intacte. All right.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bonaduz finissent mes tourments&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'aurai plus &#224; me d&#233;battre avec la boue et les orni&#232;res et je vais rouler sur de bonnes routes pendant la soir&#233;e et le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Thusis je remonte un autre bras du Rhin&#160;: pente insignifiante avec quelques ondulations parfois assez prononc&#233;es&#160;: un soleil radieux illumine la campagne qui est tr&#232;s riante&#160;: je croise des dames &#224; bicyclette&#160;: des &#233;trang&#232;res sans doute en s&#233;jour &#224; Thusis, station fr&#233;quent&#233;e par les classes ais&#233;es, &#224; en juger par le luxe des h&#244;tels et des habitations. C'est l&#224; que s'ouvrent les gorges c&#233;l&#232;bres de la Via Mala. Je n'en pouvais passer si pr&#232;s sans les visiter et me voil&#224;, hors de mon itin&#233;raire, gravissant une des pentes les plus rudes que j'aie rencontr&#233;es de tout mon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux kilom&#232;tres environ de noir grand teint, un tunnel gluant comme un matelas de limaces, deux ou trois kilom&#232;tres de rampe ou de descentes mod&#233;r&#233;es et le pont du diable au del&#224; duquel je ne suis pas all&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224; pour la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant au paysage, je m'en r&#233;f&#232;re aux descriptions qui ont d&#251; d&#233;j&#224; en &#234;tre faites. Le torrent gronde au fond de deux parois, rapproch&#233;es au point de se toucher presque, hautes de quelques centaines de m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on le traverse sur le pont du diable hardiment jet&#233; &#224; cent m&#232;tres au-dessus du gouffre o&#249; l'on aper&#231;oit l'eau verte et &#233;cumante se tordre entre les rochers. Du pont sur le Drac, pr&#232;s de Corps, on a un peu la m&#234;me vue. La Fremdindustrie exploite &#224; fond la Via Mala, ce qui n'ajoute rien &#224; son charme, au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant des gorges, je filai, &#224; droite, vers Sils o&#249; je rechargeai mes accumulateurs en vue de la remont&#233;e de l'Albula, un ruisseau aux eaux claires qui coule dans une gorge riante et bois&#233;e o&#249; tout, jusqu'&#224; la route et ses tunnels, a beaucoup d'analogie avec notre c&#233;l&#232;bre route du Frou dans le massif de la Grande-Chartreuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mont&#233;e douce jusqu'au pont par lequel on passe de la rive gauche sur la rive droite de l'Albula. Ce pont vaut, certes, le pont du Diable de la Via Mala en ce qui est de la vue qu'on a de haut en bas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'accoudai un instant sur le parapet, me laissant aller &#224; une r&#234;verie ind&#233;finissable &#224; laquelle un peu de fatigue n'&#233;tait sans doute pas &#233;trang&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le pont commence une rampe s&#233;rieuse qui va s'accentuant et atteint le noir, c'est-&#224;-dire d&#233;passe le 7 pendant 2 kilom&#232;tres environ&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en outre, le sol est mauvais, mais la vue sur le ravin est fort belle, et si les muscles sont &#224; la peine, les yeux sont au plaisir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a compensation. Vive descente de 3 kilom&#232;tres en roue libre &#224; grande allure dans le creux o&#249; g&#238;te Tiefenkasten, un autre lieu de vill&#233;giature, riche en pensionnaires et en &#233;trangers de passage. Je suis en plein dans la Suisse pastorale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les torrents descendent des champs de neige plut&#244;t que des glaciers qui sont d&#233;j&#224; loin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pourquoi les eaux sont limpides et non boueuses comme celles de l'Aar, du Rhin, du Rh&#244;ne, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais mis dans la t&#234;te de ne finir ma troisi&#232;me &#233;tape qu'&#224; Wiesen, &#224; 1.454 m&#232;tres d'altitude, et je passai sans m'arr&#234;ter devant Tiefenkasten d'o&#249; un train partait dans ma direction en m&#234;me temps que moi. La route monte aussit&#244;t et les voyageurs qu'emportait, pas bien vite, le grand fr&#232;re, s'amus&#232;rent &#224; m'encourager, &#233;tonn&#233;s de voir un cycliste grimper autrement qu'&#224; pied. La rampe n'est pas tr&#232;s dure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, je venais de d&#233;passer Surava, premier village que l'on trouve apr&#232;s Tiefenkasten quand je sentis que la nuit se ferait compl&#232;te bien avant que je sois &#224; Wiesen et, mon exp&#233;rience de la veille me profitant, je r&#233;solus de n'aller pas plus loin, je revins donc sur mes pas, retraversai le passage &#224; niveau pour m'arr&#234;ter dans un h&#244;tel dont j'avais remarqu&#233; en passant l'apparence proprette, l'h&#244;tel Belfort, si j'ai bonne m&#233;moire. J'y fus accueilli avec empressement par une charmante Fraulein, la fille de l'h&#244;telier, et par celui-ci avec qui je conversai de choses et d'autres en prenant mon repas du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un excellent homme, au demeurant, qui axait &#233;t&#233; &#224; Paris et &#224; qui les Fran&#231;ais &#233;taient sympathiques.
&lt;br /&gt;&#8212; De quoi vit-on ici, lui demandai-je et quelle est l'industrie dominante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Les &#233;trangers sont notre principale ressource, et cette ann&#233;e ils ont &#233;t&#233; plus nombreux que jamais.
&lt;br /&gt;&#8212; Y a-t-il beaucoup de pensionnaires dans le pays et quel est le prix de la pension dans un h&#244;tel de second ordre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; Tiefenkasten, on demande de 4 &#224; 5 francs par jour et par personne, mais dans les villages des environs, une famille de cinq personnes serait nourrie et log&#233;e pour 15 francs.
&lt;br /&gt;&#8212; Je remarque que vous parlez entre vous un patois qui ne ressemble gu&#232;re &#224; l'allemand et vous n'&#234;tes pourtant pas sur le versant italien.
&lt;br /&gt;&#8212; Nous parlons ici le roman et ce n'est pas un patois, mais une langue sp&#233;ciale que nous devons &#224; quelque colonie qui se fixa ici dans les temps anciens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les migrations des peuples des races les plus diverses expliquent ces anomalies dans le langage et parfois dans les m&#339;urs de certaines populations diss&#233;min&#233;es &#231;&#224; et l&#224; par le monde et englob&#233;es dans les nationalit&#233;s de souche toute diff&#233;rente.&lt;br class='autobr' /&gt;
(A suivre.) V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau2 sommaire-section_h4&#034; aria-labelledby=&#034;t12-aout-Surava-Wiesen-Davos-Sus-Ofen-Pass-Stelvio-122-kilometres&#034;&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034; id='t12-aout-Surava-Wiesen-Davos-Sus-Ofen-Pass-Stelvio-122-kilometres'&gt;12&#160;ao&#251;t. &#8212; Surava, Wiesen, Davos, S&#252;s, Ofen-Pass, Stelvio, 122 kilom&#232;tres.&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 heures et demie, je pars sans tambour ni trompette, ayant eu la pr&#233;caution, toujours bonne &#224; prendre, de me faire indiquer, la veille, le moyen de sortir sans &#233;veiller qui que ce soit. La journ&#233;e s'annonce magnifique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce fut d'ailleurs la seule o&#249; je n'eus pas de d&#233;boires, celle aussi o&#249; je me fatiguai le moins malgr&#233; plus de 4.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par un brusque coude &#224; gauche, je quitte la route de l'Engadine pour gagner, &#224; un kilom&#232;tre de l&#224;, celle de Davos. La route est convenable bien qu'&#233;troite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle m'appartient&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces parages paraissent peu fr&#233;quent&#233;s, en tous les cas, je n'ai pas &#224; craindre les rencontres d'autos.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ma droite, la vue s'&#233;tend sur un &#233;norme entassement de montagnes enchev&#234;tr&#233;es les unes dans tes autres et, par dessus les plus rapproch&#233;es, quelques champs de neige apparaissent dans le lointain, vivement &#233;clair&#233;s par les premiers rayons du soleil qui ne m'atteignent pas encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis arr&#234;t&#233; pour contempler plus &#224; loisir ce panorama que l'&#233;clairage du matin pare de s&#233;ductions momentan&#233;es qui dispara&#238;tront avec les clairs et les obscurs que la lutte entre la nuit et le jour cr&#233;e autour de chaque sommet.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; contempler longuement de tels spectacles, on finit par s'hypnotiser et une &#233;trange hallucination s'empare de moi. Je me sens grandi d&#233;mesur&#233;ment, il me semble que toute cette nature que je vois entre en moi et que je suis assez vaste pour l'absorber.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alpes, sommets, glaciers, torrents, for&#234;ts, qu'&#234;tes-vous, sinon les esclaves de l'homme, roi de la cr&#233;ation, ma&#238;tre de l'univers capable, s'il le voulait un jour, de vous niveler, de vous an&#233;antir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'appara&#238;t tr&#232;s nettement aujourd'hui que j'allais un peu loin, ce matin-l&#224;, dans l'expression de la puissance humaine, et j'attribue cet &#233;cart d'imagination &#224; la vacuit&#233; de mon estomac qui attendait le d&#233;jeuner avec impatience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pauvres de nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que nous sommes, au contraire, peu de chose devant les forces que nous disons aveugles et qui sont peut-&#234;tre intelligentes de la Nature. Si, &#224; ce moment m&#234;me, une pierre d&#233;tach&#233;e d'un de ces sommets que je voulais avaler d'un seul trait m'&#233;tait tomb&#233;e sur le cr&#226;ne, mon acc&#232;s d'orgueil aurait &#233;t&#233; gu&#233;ri radicalement en moins de temps qu'il n'en faut pour l'&#233;crire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me remets en selle sous l'empire de cette hallucination m&#233;galomane et je me souviens vaguement que je m'imaginais p&#233;daler sur les &#233;toiles, allant d'une plan&#232;te &#224; l'autre plus ais&#233;ment que Santos-Dumont dans son a&#233;ronef.&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#226;cheux que je ne puisse me souvenir des conversations que j'entretins avec les habitants de Mars et de Jupiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant mes instants de lucidit&#233;, j'admirais les alentours de la route qui circule le plus souvent au flanc d'un ravin assez profond et traverse, par des crochets agr&#233;ment&#233;s de tunnels, d'autres ravins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le tout est bois&#233;, tr&#232;s vert, parfait pour cures d'air. Je croise quelques landaus et j'arrive &#224; Wiesen, village coquet o&#249; la Fremdindustrie fraternise avec la Krankindustrie, celle-ci &#233;tant, &#224; Davos, souveraine ma&#238;tresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'obtiens, &#224; l'h&#244;tel de la Poste, le solide d&#233;jeuner dont j'ai grand besoin&#160;: une vaste omelette, deux pots de confiture, caf&#233; au lait, miel, beurre et gruy&#232;re, tout y passe, et les 2 fr. 25 que cela me co&#251;te ne me paraissent pas vol&#233;s. Un jeune poitrinaire entour&#233; des siens d&#233;jeune &#224; une table voisine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on s'efforce de le distraire en lui parlant d'un tas de choses et de projets qu'on sent bien n'&#234;tre que sur les l&#232;vres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y r&#233;pond que par de vagues sourires et des acc&#232;s de toux caract&#233;ristiques. Ma voracit&#233; l'amuse, il attire l'attention de sa m&#232;re sur la rapidit&#233; avec laquelle je nettoie les pots de confiture. La pauvre femme sourit encore plus tristement que son fils et regrette sans doute, dans son for int&#233;rieur, que celui-ci n'ait pas le m&#234;me app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la fen&#234;tre de la salle &#224; manger j'aper&#231;ois la route que je vais suivre tout &#224; l'heure&#160;: elle s'enfonce, en tournant autour d'un mamelon, dans un ravin bois&#233;. J'exp&#233;die des cartes postales et je pars &#224; 7 heures. J'en prends, comme on le voit, tout &#224; fait &#224; mon aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente m'emporte tr&#232;s vite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme le sol est bon, je me laisse faire, ne donnant de l&#233;gers coups de frein qu'aux tournants. Seulement, l'air est plus que vif, d&#232;s que le soleil dispara&#238;t on se sent glac&#233;. Tout &#224; coup, je saute &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le site vaut qu'on s'arr&#234;te pour l'admirer et l'on a eu soin d'am&#233;nager une sorte de terrasse orn&#233;e d'un banc. Je domine d'assez haut le confluent de deux ruisseaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est chose fort commune, me direz-vous, oui, mais parfois, et c'est ici le cas, tant vaut le cadre, tant vaut le tableau. Les deux cours d'eau n'ont par eux-m&#234;mes aucune importance&#160;: ce qui invite le voyageur &#224; faire l&#224; une courte halte, c'est le plaisir qu'il &#233;prouve &#224; baigner ses yeux dans un paysage idyllique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Wiesen. je me suis abaiss&#233; d'environ 250 m&#232;tres. La route en palier, puis en rampe douce, va remonter jusqu'&#224; Dorf, &#224; l'altitude 1.570, le long du vallon riant et bien abrit&#233; du Davos. Nous voici, pour quelques kilom&#232;tres encore, en pleine Suisse pastorale, chalets, prairies, collines bois&#233;es, ruisseaux limpides. Les glaciers ne sont pas loin, mais ils ne se laissent pas soup&#231;onner, et la temp&#233;rature reste temp&#233;r&#233;e dans cette vall&#233;e ch&#232;re aux poitrines d&#233;licates.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dale en fl&#226;neur, heureux d'avoir enfin sous mes roues un sol convenable et laisse mon esprit vagabonder sur toutes sortes de sujets. Je ne d&#233;teste pas, bien au contraire, le voisinage de quelques gais compagnons, mais quand je voyage en la seule compagnie de mon moi, je n'ai garde de m'ennuyer et j'&#233;chappe aux r&#233;alit&#233;s rarement agr&#233;ables en me forgeant des illusions &#224; perte de vue pour remplacer celles de la vingti&#232;me ann&#233;e depuis si longtemps dissip&#233;es... car, o&#249; sont les neiges d'antan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je prends surtout en piti&#233; les hommes esclaves des convenances sociales, du qu'en dira-t-on, qui, du matin au soir, compriment les &#233;lans de la nature primesauti&#232;re, toujours pr&#233;sente au fond de chacun de nous, et vivent une vie d'hypocrisie, de mensonge, de fourberie avec laquelle ils finissent malheureusement par s'identifier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Envers et contre toutes les apparences, je persiste &#224; croire l'homme fonci&#232;rement bon et plus dispos&#233; &#224; rendre service &#224; son semblable qu'&#224; le d&#233;pouiller. C'est d'ailleurs ce qui arrive lorsque deux hommes compl&#232;tement &#233;trangers l'un &#224; l'autre se rencontrent. Aucune passion et aucun int&#233;r&#234;t ne sont entre eux et ils se montrent naturellement serviables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont en effet les passions mauvaises, source de besoins d'autant plus co&#251;teux qu'ils sont plus factices, qui cr&#233;ent l'int&#233;r&#234;t personnel, lequel, &#224; son tour, envenime l'avarice, le d&#233;sir de s'enrichir, au d&#233;triment d'autrui et suscite les querelles, les animosit&#233;s, les haines. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ivrognerie, la goinfrerie, le jeu sous toutes ses formes, depuis la sp&#233;culation &#224; la Bourse que s'efforcent vainement de d&#233;fendre ceux qui en vivent, jusqu'aux tripots que d&#233;fendent aussi les grecs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'ostentation, plaie rongeante de la soci&#233;t&#233; actuelle, toutes les causes de d&#233;ch&#233;ance morale et physique, voil&#224; les passions funestes &#224; l'humanit&#233;, voil&#224; l'ennemi qu'il s'agit de combattre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quelles meilleures armes pouvons-nous lui opposer que le retour &#224; la vie simple, primitive en ce qui est des besoins purement mat&#233;riels, mais d&#233;velopp&#233;e au supr&#234;me degr&#233; et atteignant les limites extr&#234;mes assign&#233;es &#224; l'intelligence humaine si l'on ne consid&#232;re que les aspirations de l'&#226;me et les conceptions de l'esprit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'en suis l&#224; de mes r&#233;flexions, ma pens&#233;e se reporte naturellement vers le v&#233;g&#233;tarisme qui r&#233;alise, justement, sous le rapport de l'alimentation, une des conditions de la vie simple&#160;: car ce r&#233;gime, qui de plus en plus me para&#238;t &#234;tre celui que la nature nous a destin&#233;, a des effets salutaires non seulement sur la sant&#233; du corps, mais aussi sur celle de l'esprit, en ceci principalement qu'il d&#233;montre par le fait l'inanit&#233; d'une multitude de besoins dont nous &#233;tions peu &#224; peu devenus les esclaves et qui disparaissent en nous laissant une surprenante sensation de bien-&#234;tre, d'ind&#233;pendance physique et intellectuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dorf, o&#249; pour parler plus nettement Davos-ville, appara&#238;t dans la verdure comme une merveilleuse cit&#233; due &#224; la baguette magique de quelque f&#233;e Carabosse. Je suis bien certain qu'il n'y avait l&#224;, il y a cinquante ans, que quelques chalets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aujourd'hui, des h&#244;tels splendides, des villas luxueuses, des sanatoria immenses abritent, pendant les mois d'&#233;t&#233;, une population nomade mais riche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nomade, je ne m'en aper&#231;ois que trop vite, car les premiers &#233;difices que je trouve devant moi sont &#224; droite un Krankenhaus, autrement dit un h&#244;pital, de peu d'importance d'ailleurs et, &#224; gauche, un cimeti&#232;re, immense celui-l&#224; et plein &#224; d&#233;border. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'on peut bien appeler nomade cette population de phtisiques qui court de Nice &#224; Davos &#224; la poursuite d'une sant&#233; que, seule, la vie simple pouvait leur conserver et qui ne cesse d'&#234;tre flottante que lorsqu'elle entre dans ce cimeti&#232;re. Presque sur toutes les tombes des colonnes tronqu&#233;es, indices d'existences moissonn&#233;es pr&#233;matur&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; comparer l'exigu&#239;t&#233; de l'h&#244;pital et l'&#233;tendue du champ des morts, je ne puis m'emp&#234;cher de penser que lorsqu'on les am&#232;ne au premier, les pauvres diables doivent savoir qu'ils ne sont pas loin du second, et ce me semble &#234;tre une cruaut&#233; que d'avoir plac&#233; l'un en face de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me qu'un clou chasse l'autre, les pr&#233;occupations se succ&#232;dent et je cesse de songer aux poitrinaires pour pester contre les arroseurs qui font devant moi une boue f&#233;conde en d&#233;rapages. Je me d&#233;cide &#224; mettre pied &#224; terre&#160;: c'est encore le meilleur moyen de bien voir et de ne pas glisser.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re impression effac&#233;e, Davos, c'est en somme la banale ville de luxe cosmopolite. Les rastaquou&#232;res, les adorateurs du veau d'or, les sycophantes si cruellement fl&#233;tris par Lucien et par Juv&#233;nal doivent pulluler l&#224; comme ailleurs. Fuyons, allons respirer l'air pur de la Fluela-pass. Tout &#224; l'autre bout de la ville, je tourne &#224; droite, traverse le ruisseau qui sort du lac et la mont&#233;e commence tout de go, pas tr&#232;s dure, du 6 &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Je d&#233;passe deux landaus, puis un cycliste et une cyclettiste &#224; pied poussant lentement leurs montures, deux Anglais qui jugent &#224; propos de me f&#233;liciter. Il n'y a vraiment pas de quoi&#160;: je p&#233;dale un peu plus vite afin de prendre assez d'avance pour pouvoir faire une halte au bord du torrent sans &#234;tre rattrap&#233;. Je m'installe &#224; l'ombre du premier pont que la route traverse et me pr&#233;pare un bol de th&#233; froid, tr&#232;s sucr&#233;, d&#233;licieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau est fra&#238;che autant que limpide et fait plaisir &#224; voir. Je d&#233;ploie mes cartes, reconnais les alentours, et quand je me dispose &#224; repartir, j'aper&#231;ois, &#224; cent m&#232;tres, cyclistes et landaus.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente devient plus roide&#160;: un lacet brusque et court a permis &#224; un h&#244;tel de se poster l&#224; en belv&#233;d&#232;re commandant le vallon &#233;troit. Je passe presque au pied d'un sommet neigeux, aux flancs duquel un alpiniste est entrain de grimper et me voici au sommet &#224; 2.500 m&#232;tres environ&#160;: deux petits lacs qui d&#233;versent leurs eaux l'un dans le Rhin, l'autre dans le Danube, un petit h&#244;tel et, autour, de petites montagnes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien de grandiose au col. Mais, en pleine descente, quand on d&#233;couvre le pic Vadred, vaste glacier &#233;tincelant, on a beau &#234;tre press&#233;, on bloque les freins et l'on s'arr&#234;te d'autant plus volontiers que coule justement l&#224; une source d'eau glac&#233;e et que je viens d'apercevoir la litanie des voitures de poste et des landaus qui monte et que j'allais croiser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je go&#251;te l&#224;, assis sur un rocher, sous les chauds rayons du soleil, quelques minutes de farniente que j'appr&#233;cie d'autant plus que je m'en octroie tr&#232;s rarement. J'en profite pour donner un coup d'&#339;il &#224; ma machine et surtout &#224; mes freins qui, jusqu'&#224; Sus, vont &#234;tre &#224; l'ouvrage, la pente oscillant, sans trop jamais s'en &#233;carter, entre 6 et 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et le sol, de m&#234;me que le trac&#233; de la route, ne permettant pas la vitesse limite, pas plus d'ailleurs que les 9 dixi&#232;mes des routes de montagne suisses.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; un moment, la route passe &#224; la fois sous un tunnel et &#224; d&#233;couvert&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, deux voitures d&#233;bouchaient en m&#234;me temps&#160;: l'une du tunnel, l'autre de la voie ext&#233;rieure. Il fallut sauter vivement de machine. Ne dirait-on pas que parfois la fatalit&#233; s'en m&#234;le&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
La prudence ne doit pas une minute cesser d'&#234;tre la compagne fid&#232;le du cyclotouriste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;a para&#238;t prudhomesque, ce que je dis l&#224;, mais je vois commettre tant d'imprudences, gratuites heureusement, m&#234;me par des cyclistes exp&#233;riment&#233;s, que l'on ne saurait trop r&#233;p&#233;ter ces v&#233;rit&#233;s banales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de sensationnel dans les gorges qui donnent acc&#232;s, tant d'un c&#244;t&#233; que de l'autre, au col de la Fluela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je mets pied &#224; terre &#224; Sus &#224; midi pr&#233;cis et j'y d&#233;jeune fort bien, puis je remonte l'Inn par une tr&#232;s belle route jusqu'&#224; Zernetz. Les diligences parties avant moi ont beau faire claquer leurs fouets et tintinnabuler leurs clochettes, la petite reine les l&#226;che en un clin d'&#339;il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sors ici de l'itin&#233;raire trac&#233; dans Le Cycliste pour plusieurs raisons&#160;: d'abord, je suis en retard, ensuite la perspective de deux passages en douane cons&#233;cutifs en Autriche, enfin le d&#233;sir de faire la route relativement nouvelle de Santa-Maria au Stelvio que les cyclotouristes connaissent encore tr&#232;s peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu donc de descendre l'Inn, je le remonte et le traverse &#224; Zernetz, au pied m&#234;me de la mont&#233;e de l'Ofen-Pass qui, sans discussion possible, un beau soleil d'apr&#232;s-midi aidant, m'octroie, une belle perspiration. Je consulte la carte... Je grimpe, parbleu, dans le plus beau noir qui se puisse voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue sur Zernetz est gentille et le sol est bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on s'&#233;l&#232;ve au-dessus d'une gorge tr&#232;s bois&#233;e et, apr&#232;s quelques kilom&#232;tres, la pente s'adoucit, la route devient encore plus roulante, et voil&#224; qu'on se met &#224; descendre alors que je croyais avoir encore &#224; grimper pendant longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un silence presque complet, une solitude parfaite, le bruit seul du torrent qu'on ne peut apercevoir tant il est bas et masqu&#233; par les arbres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se croirait au bout du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici pourtant quelques landaus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la Fremdin-dustrie s'exerce aussi dans ces parages et je trouvai bient&#244;t un h&#244;tel de modeste apparence qu'on serait d'ailleurs bien aise d'apercevoir si quelque panne s&#233;rieuse vous immobilisait par l&#224; entre chien et loup. C'est qu'il n'y a pas, pendant 30 kilom&#232;tres, le moindre village, le moindre hameau o&#249; l'on puisse recevoir l'hospitalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente dure assez longtemps jusqu'&#224; un pont jet&#233; sur un torrent que je vais remonter&#160;: il y a, &#231;&#224; et l&#224;, des confluents de vall&#233;es qui ajoutent &#224; l'agr&#233;ment du site, mais les lits de ces cours d'eau, tr&#232;s larges, sont presque &#224; sec en cette saison&#160;: les glaciers sont loin et les torrents de l'Ofen-Pass ressemblent un peu &#224; ceux de l'Ard&#232;che, formidables quand il pleut sur les sommets, insignifiants apr&#232;s huit jours de beau temps. Bah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! j'ai assez vu couler d'eau depuis trois jours pour que je ne me console ais&#233;ment de voir aujourd'hui du sec et de l'aride.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, j'aurais volontiers fait une halte &#224; l'h&#244;tel que je comptais trouver au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais pas plus d'h&#244;tel que sur mon ongle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine une mis&#233;rable cabane pour les outils du cantonnier. Le dernier kilom&#232;tre est assez raide, puis, sans transition, la descente commence tr&#232;s raide aussi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route, bien qu'&#233;troite, est bonne heureusement et les tournants faciles, en g&#233;n&#233;ral, &#224; prendre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, je puis enfin m'en donner &#224; c&#339;ur joie et c'est la seule fois que j'ai pu, en Suisse, me laisser filer &#224; la vitesse limite. Le paysage sur ce versant est sans int&#233;r&#234;t, les flancs de la montagne sont pel&#233;s et arides.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je franchis, toujours &#224; grande allure, plusieurs villages et je stoppe &#224; Santa-Maria &#224; 17 heures et quart devant l'h&#244;tel du Stelvio. Je viens de d&#233;gringoler de 800 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon lit m'attend &#224; 1.430 m&#232;tres plus haut. Il faut donc, pour l'atteindre, que je d&#233;pense encore 145.000 kilogramm&#232;tres, apr&#232;s en avoir d&#233;pens&#233; Dieu Sait combien depuis le matin. Quoique le moteur humain me semble de beaucoup le plus parfait que l'on puisse imaginer, du combustible lui est de temps &#224; autre n&#233;cessaire et je m'accorde un d&#233;jeuner complet avec deux pots de miel. Bien qu'on m'affirme que la pente est effroyable et qu'il n'y en a pas de pareille en Suisse, je persiste dans mon intention de grimper le soir m&#234;me, persuad&#233; d'ailleurs que pour la construction d'une route toute r&#233;cente, les ing&#233;nieurs ne se sont pas inspir&#233;s des proc&#233;d&#233;s en usage aux si&#232;cles derniers, quand on fit la route de Saint-Etienne au Puy&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, le 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% ne m'a pas paru &#234;tre d&#233;pass&#233; et la moyenne est de 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je place ma cha&#238;ne sur le tout petit d&#233;veloppement (2m,40) et je pars au moment m&#234;me o&#249; arrivent deux voitures de poste, dont les chevaux, peu habitu&#233;s encore aux cyclistes, s'effarouchent &#224; mon passage, ce qui me vaut naturellement une bord&#233;e d'impr&#233;cations. Par une s&#233;rie de lacets tr&#232;s courts, on s'&#233;l&#232;ve sur le flanc de la montagne avant d'entrer dans la gorge que l'on suivra ensuite jusqu'au col. Je n'avais pas fait 1 kilom&#232;tre qu'un coup de tonnerre &#233;clate, une rafale couche les arbres et la pluie se met &#224; tomber&#160;: je m'abrite au pied d'un sapin et perds l&#224; un bon quart d'heure &#224; attendre les &#233;v&#233;nements. Ce n'est heureusement qu'un grain qui ne d&#233;t&#233;riore pas la route et je puis continuer, non sans inqui&#233;tude, car le sommet reste brumeux et la nuit approche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Route neuve, cela veut toujours dire sol peu roulant, mou, empierraill&#233;, c'est ici le cas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon allure n'est que de 8 &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'atteins une petite maison de cantonnier encore inhabit&#233;e, puis une sorte d'auberge et enfin une jasserie qui abrite plus de cent b&#234;tes &#224; cornes, lesquelles encombrent la route &#224; tel point que je suis oblig&#233; d'attendre qu'elles aient d&#233;fil&#233; et elles ne se pressent pas, les bonnes b&#234;tes curieuses qui viennent flairer ma bicyclette et mes bagages avec un sans g&#234;ne incroyable. Est-ce le sucre, le th&#233; ou les fruits que j'ai dans mon sac qui les rendent si famili&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais fini par me d&#233;gager de cette for&#234;t de cornes et je rep&#233;dalais quand un coup d'une autre corne vient frapper mes oreilles. Que vois-je&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Deux cyclistes descendent en roue libre, &#224; tout petit train, pr&#233;c&#233;dant deux landaus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont des moyeux Morrow et des freins Bowden&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais &#224; cette faible allure, je crains bien qu'ils n'&#233;chauffent &#224; l'exc&#232;s jantes et moyeux et qu'ils ne puissent aller jusqu'&#224; Santa Maria sans laisser refroidir. Machines &#233;l&#233;gantes, sans bagage, sans garde-boue, landaus et cyclistes doivent voyager de compagnie. Nous nous saluons au passage&#160;: on est tr&#232;s poli entre cyclistes &#224; l'&#233;tranger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de bien int&#233;ressant &#224; voir pendant cette ascension, et quand l'obscurit&#233;, tr&#232;s vite compl&#232;te, m'oblige &#224; mettre pied &#224; terre, je n'en suis contrari&#233; qu'&#224; cause du retard qui en sera la cons&#233;quence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je veux reprendre mon b&#233;ret que j'avais plac&#233; sur mon sac&#160;: plus de b&#233;ret&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le vent me l'a-t-il emport&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? une vache me l'a-t-elle aval&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Voil&#224; ce que c'est que de voyager toujours nu-t&#234;te&#160;: on perd son couvre-chef sans s'en apercevoir et c'est humiliant, quand on arrive &#224; l'h&#244;tel, d'&#234;tre oblig&#233; de parler t&#234;te nue &#224; des tas de gens qui .ont leur chapeau sur le cr&#226;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est par une autre s&#233;rie de courts lacets au flanc d'une autre montagne sur la rive oppos&#233;e du torrent qu'on atteint enfin le col qui ne me r&#233;v&#232;le son existence que par un palier qui finit en pente douce, et par un brouillard glac&#233; qui finit en pluie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais o&#249; est l'h&#244;tel, cet h&#244;tel fastueux o&#249; cent convives peuvent d&#233;jeuner ensemble sans se bousculer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce une r&#233;&#233;dition du Lukmanier, on y voit comme dans un four et je lance vainement des oh&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! retentissants. Rien ne bouge, j'avance &#224; pas compt&#233;s en &#233;carquillant les yeux et je finis par apercevoir un mur, puis une fen&#234;tre &#233;clair&#233;e. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je respire plus librement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voici une entr&#233;e b&#233;ante, mais sombre, on dirait une prison&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m&#232;ne grand tapage et je vois arriver... des douaniers italiens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il para&#238;t que je ne suis pas au Stelvio, mais &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; cantoniera, &#224; 2.560 m&#232;tres seulement. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! zut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y suis, j'y reste&#160;: il n'est d'ailleurs pas loin de 21 heures et mi bezonas mang&#238; kai dormi, comme on dit en esp&#233;ranto. Je n'aurai d&#233;pens&#233; que 110.000 kilogramm&#232;tres au lieu de 148.000, voil&#224; tout&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'en restera davantage pour le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les douaniers, apprenant que j'allais en Italie, me firent laisser ma monture chez eux et me conduisirent aimablement &#224; l'h&#244;tel voisin o&#249; je fus bien accueilli Et c'est ainsi que se termine sur un d&#233;senchantement, mais sans fatigue anormale, ma 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;tape, la seule franchement agr&#233;able de tout mon voyage.&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;t13-aout-IV-Cantoniera-Bormio-Tirana-Poschiavo-Pisciadella-83-nbsp&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='t13-aout-IV-Cantoniera-Bormio-Tirana-Poschiavo-Pisciadella-83-nbsp'&gt;
13&#160;ao&#251;t. &#8212; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt; Cantoniera, Bormio. Tirana, Poschiavo, Pisciadella&#160;: 83 kilom&#232;tres.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pendant la nuit il plut et le matin, quand je mis &#224; 6 heures le nez &#224; la fen&#234;tre, il pleuvait &#224; torrent. Je me remis au lit et un combat se livra dans ma conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monterai-je ou ne monterai-je pas au Stelvio&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Stelvio &#233;tant le but de l'excursion, en &#234;tre si pr&#232;s et ne pas y conduire ma fid&#232;le monture des grandes randonn&#233;es depuis quatre ans, c'&#233;tait un non-sens&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais gravir ces trois derniers kilom&#232;tres piteusement sous la pluie, dans la boue, en poussant comme un simple monomultipli&#233;, ce n'&#233;tait pas vaincre le Stelvio qui devait &#234;tre enlev&#233; de haute lutte comme le Ventoux sans mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je ne montai pas au Stelvio.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partie remise. Quand nous irons au Tyrol nous y monterons de Bormio d'un trait.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; huit heures il pleuvait toujours, je me d&#233;cidai n&#233;anmoins &#224; descendre, car il n'y a rien de gai &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; cantoniera. Mes armes contre la pluie me furent tr&#232;s utiles et me prot&#233;g&#232;rent efficacement pendant, la longue, longue descente sur Bormio.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tunnels, galeries, rencontres d'autos, de voitures de poste, de landaus, boue collante, glissements, chutes, rien ne me fut &#233;pargn&#233;. La brume couvrait les alentours, la pluie obscurcissait les verres de mes lunettes et je n'ai rien vu de bien int&#233;ressant. Il y a &#231;&#224; et l&#224; des s&#233;ries de lacets &#224; virages aigus, mais je les prenais si lentement que les mises &#224; pied involontaires d&#233;termin&#233;es par les d&#233;rapages ne pouvaient &#234;tre dangereuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#251; placer mon bagage devant le guidon afin qu'il f&#251;t prot&#233;g&#233; par le tablier et cela me g&#234;na. Enfin, j'entre &#224; Bormio sous une pluie torrentielle et ne voyant personne &#224; qui demander mon chemin, je traverse un torrent et vais me perdre dans un infime hameau qui s'appelle Combo. Je m'y arr&#234;te un instant pour arranger mon bagage que les secousses de la descente ont &#233;branl&#233; et pour d&#233;gager mes freins et mes fourches de la boue qui les obstrue, puis je retraverse le torrent et vais reprendre le fil de mon itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit maintenant de p&#233;daler, car la pente n'est plus assez entra&#238;nante et je m'aper&#231;ois que &#231;a tire terriblement. Les 40 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Bormio de Tirano m'ont &#233;t&#233; bien longs, et ce trajet ne m'a pas laiss&#233; d'autre souvenir que celui d'un gamin qui courait en criant carita&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! carita&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d'une porti&#232;re &#224; l'autre d'un landau que j'allais d&#233;passer et qui se jeta tout &#224; coup sur moi. Je l'effleurai &#224; peine, mais j'y allai d'une nouvelle culbute. Cette journ&#233;e pouvait d&#233;cid&#233;ment s'appeler la journ&#233;e des pelles. Ce n'est pas que ramasser une pelle me soit tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pour principe sauf tr&#232;s rares exceptions, de trouver, quoi qu'il arrive, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et quand, il y a quelques mois, le tribunal de Villefranche-de-Lauraguais me condamna, pour n'avoir pas livr&#233; &#224; date fixe une bicyclette que je n'avais promise que pour une date ind&#233;termin&#233;e, &#224; payer une somme sup&#233;rieure &#224; la valeur de ladite bicyclette et que pour justifier cette condamnation il invoqua la maxime de droit romain&#160;: Maliciis non est indulgendum, qu'il ne faut pas &#234;tre indulgent pour les malicieux qui aiment mieux perdre que gagner, je me contentai de relire certaine com&#233;die de Moli&#232;re. Ce jugement du tribunal de Villefranche-de-Lauraguais m&#233;riterait d'ailleurs, par ses consid&#233;rants, de passer &#224; la post&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bormio, sur un mauvais pav&#233; glissant, pendant que je m'effor&#231;ais de chausser mes cale-pieds en m&#234;me temps que je ramenais ma p&#232;lerine sur mon guidon (on ne doit jamais faire trop de choses &#224; la fois), je m'&#233;tais allong&#233; de tout mon long dans le ruisseau et j'avais constat&#233; avec plaisir, en me relevant indemne, que je ne manquais pas encore d'une certaine souplesse. En somme, pour choir impun&#233;ment, il suffit d'apprendre &#224; se laisser tomber&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le plus souvent on risque de se faire plus de mal en r&#233;agissant qu'en se laissant aller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pelles, donc, ne m'effraient pas, mais ce matin-l&#224;, j'en &#233;tais bien &#224; la demi-douzaine et je trouvais que c'&#233;tait suffisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon premier soin en arrivant &#224; Tirano &#224; midi (60 kilom&#232;tres de descente en 4 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je n'avais pas br&#251;l&#233; l'&#233;tape&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) fut de me nettoyer, de prendre un bain et de faire l'acquisition d'un couvre-chef afin de ne pas trop exciter la verve des loustics italiens. Un figaro me rasa ensuite de beaucoup de discours que je n'entendais pas, avec une sage lenteur qui me valut de payer una lira ce qui se fait en cinq minutes et vaut cinq sous en France, puis j'allai me bourrer de macaroni &#224; l'h&#244;tel de la poste, tr&#232;s recommand&#233; pour la prestesse avec laquelle on vous y sert un repas carn&#233; ou v&#233;g&#233;tarien, &#224; un prix fort raisonnable. Au macaroni succ&#233;d&#232;rent des pois, des haricots verts, des fruits exquis et une tasse de caf&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; co&#251;t&#160;: 2 francs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que dans la cour de l'h&#244;tel je donnais quelques soins &#224; ma monture, je vis venir &#224; moi deux cyclistes fran&#231;ais, deux t&#233;c&#233;fistes que la vue de mes multiples pignons intriguait depuis qu'ils ' m'avaient vu entrer. Je leur fournis les explications qu'ils me demand&#232;rent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme ils avaient lu dans La Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; mes articles sur la polymultiplication et sur la bicyclette id&#233;ale du cyclotouriste et qu'ils semblaient d&#233;sireux de savoir qui j'&#233;tais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je leur donnai ma carte. Nous avions bien pr&#233;sum&#233; juste, se dirent-ils en souriant. Et ils me f&#233;licit&#232;rent de la campagne que j'avais entreprise depuis si longtemps contre la manie des constructeurs de faire des bicyclettes de route sur le type des bicyclettes de course.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet incident me fit plaisir, car j'eus ainsi la preuve qu'on fait toujours &#339;uvre utile en jetant &#224; tous les vents la bonne parole. Elle tombe parfois dans des oreilles dispos&#233;es &#224; la recevoir. En pers&#233;v&#233;rant, en r&#233;p&#233;tant avec insistance, on fait &#339;uvre encore plus utile puisqu'on finit par triompher des r&#233;sistances les plus opini&#226;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui, plus que le capitaine Perrache, fut jadis l'ennemi de la polymultiplication, et de la roue libre, et des freins puissants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un seul petit d&#233;veloppement de 3 m&#232;tres &#224; 3m,50 r&#233;pondait &#224; tous les besoins, on devait faire les descentes en roue serve, en contrep&#233;dalant, et... il n'y avait pas &#224; sortir de l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Aujourd'hui, ce m&#234;me capitaine Perrache pr&#233;conise la r&#233;trodirecte dont la condition sine qu'&#224; non est la roue libre partout avec son cort&#232;ge de freins puissants, et il vient d'&#233;crire dans le Chasseur fran&#231;ais cette phrase qui est une compl&#232;te r&#233;tractation de ses affirmations pr&#233;c&#233;dentes&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je me propose d'exp&#233;rimenter &#224; fond ce d&#233;veloppement de 2m,20 qui, ajout&#233; &#224; une machine ordinaire &#224; deux vitesses et d&#233;veloppant par exemple 3m,80 et 5m,25, constituerait un incomparable outil de tourisme en montagne.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Disons-nous autre chose depuis 1896&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que trois d&#233;veloppements au moins sont indispensables &#224; qui veut cyclotourister partout sans fatigue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Que chacun choisisse ces trois d&#233;veloppements selon ses forces, c'est l'&#233;vidence m&#234;me, mais le temps approche o&#249; M.&#160;Perrache lui-m&#234;me fera une fois de plus amende honorable et ratifiera ce que nous soutenons depuis sept ans&#160;: qu'un grand d&#233;veloppement de 7 &#224; 8 m&#232;tres est tout aussi n&#233;cessaire qu'un petit d&#233;veloppement de 2m,20 &#224; 2m,50 &#224; qui veut &#234;tre toujours &#224; m&#234;me de tirer le meilleur parti des circonstances.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre jour encore, &#224; l'occasion des f&#234;tes de la Toussaint, tout une flopp&#233;e de cyclistes st&#233;phanois s'est envol&#233;e vers le Midi, les uns, bimultipli&#233;s, avaient comme d&#233;veloppement maximum 5m,50, les autres, polymultipli&#233;s, 7m,25 et 7m,50. Qu'est-il arriv&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous trouvons dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne un vent favorable des plus cors&#233;s, et pendant que les 5m,50 s'&#233;puisent &#224; tournoyer dans le vide, en marchant tout juste &#224; 20 &#224; l'heure, les 7m,50 filent &#224; 30 &#224; l'heure en donnant &#224; peine 70 tours, et l&#226;chent en un clin d'&#339;il leurs infortun&#233;s compagnons. Conclusion&#160;: un tr&#232;s grand d&#233;veloppement s'impose au m&#234;me titre qu'un tr&#232;s petit, et cela nous am&#232;ne forc&#233;ment &#224; demander que la bicyclette du cyclotourisme, en tous pays, soit arm&#233;e de 4 d&#233;veloppements dans les proportions suivantes&#160;: 2m,50, 3m,75, 5m,50 et 7m,50. Ces d&#233;veloppements seront ou bien tous interchangeables en marche, ou bien interchangeables en marche deux &#224; deux, ou bien tous interchangeables par d&#233;placement de la cha&#238;ne. Cela n'a qu'une importance relative et ces trois solutions auront toujours des partisans convaincus, &#224; m&#234;me d'apporter des arguments s&#233;rieux en faveur de chacune d'elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne puis m'&#233;loigner de Tirano qu'&#224; quinze heures bien sonn&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s les premiers kilom&#232;tres, je restitue &#224; la douane italienne la plaque dont elle a orn&#233; ma direction &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IV&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; cantoniera. Ma machine int&#233;resse les pr&#233;pos&#233;s qui me disent en avoir vu passer du m&#234;me genre, il y a quelque temps. Ce sont celles des compagnons que je n'ai pu suivre en juillet,&lt;br class='autobr' /&gt;
La rampe n'est pas tr&#232;s dure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant elle me permet de constater de nouveau combien l'on gagne &#224; bicyclette, m&#234;me en allant d'un petit train, sur les pi&#233;tons et les voitures, car nous &#233;tions partis nombreux de Tirano pour la Bernina, passe tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e qui conduit d'Italie dans la Haute-Engadine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voitures et pi&#233;tons sont bient&#244;t loin derri&#232;re moi et je ne les reverrai plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours beaucoup de boue, surtout en longeant le lac de Poschiavo&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vais m&#234;me &#224; pied de temps en temps. Le soleil brille par intervalles et &#224; ces &#233;claircies succ&#232;dent des grains inqui&#233;tants, la montagne est coiff&#233;e de brouillards. Atmosph&#232;re lourde et chaude&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a dans l'air de l'&#233;lectricit&#233; et la su&#233;e vient trop facilement pour ne pas &#234;tre &#233;puisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, comme il est trop tard pour atteindre le col avant la nuit, la vue d'une petite auberge proprette me d&#233;cide &#224; m'arr&#234;ter de tr&#232;s bonne heure et &#224; m'octroyer une bonne nuit de repos. Le patelin voisin s'appelle Pisciadella et un touriste &#224; pied qui d&#233;guste un verre de vin blanc me conte combien les vall&#233;es voisines, en dehors de celles que longent les routes carrossables, sont pittoresques. Celle qui va d'o&#249; nous sommes &#224; Bormio est, para&#238;t-il, de toute beaut&#233;, mais elle n'est accessible qu'aux p&#233;destrians.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conversation me confirme dans l'intention que j'ai depuis longtemps de me construire une bicyclette de toute petite dimension, qui tiendra le milieu entre les patins &#224; roulettes et la bicyclette actuelle, et qui me permettra d'aller &#224; pied aussi bien qu'&#224; bicyclette. Un outil passe-partout qu'on pourra placer dans les filets du P.-L.-M.&#160;comme une valise et porter sur le bras ou sur l'&#233;paule quand on aura des cols &#224; passer par des sentiers muletiers. Ce ne sera pas &#233;videmment une machine de grande vitesse &#224; cause de l'exigu&#239;t&#233; des roues, des cadres, de l'ensemble... mais nous reparlerons de ce projet en temps et lieu.&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau2 sommaire-section_h4&#034; aria-labelledby=&#034;t14-aout-Pisciadella-Berninapass-Pontresina-Maloja-Chiavenna-nbsp&#034;&gt;&lt;h4 class=&#034;spip&#034; id='t14-aout-Pisciadella-Berninapass-Pontresina-Maloja-Chiavenna-nbsp'&gt;14&#160;ao&#251;t. &#8212; Pisciadella, Berninapass, Pontresina, Maloja, Chiavenna, Menaggio, 130 kilom&#232;tres.
&lt;p&gt;15&#160;ao&#251;t. &#8212; Menaggio, C&#244;me, 40 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Quand je partis &#224; 5 heures, la journ&#233;e s'annon&#231;ait tr&#232;s belle et elle tint ses promesses. Malheureusement, il avait plu beaucoup la veille et les routes devaient jusqu'&#224; midi rester atrocement boueuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par quelques lacets assez durs, je m'&#233;levai sur l'&#233;troit plateau de la Rosa o&#249; deux h&#244;tels tendent leurs enseignes aux voyageurs&#160;: on a, pendant cette premi&#232;re &#233;l&#233;vation, une tr&#232;s belle vue sur la vall&#233;e que l'on vient de remonter et l'on est dans les bois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on &#233;tait aussi f&#226;cheusement dans la boue et dans les orni&#232;res, ce jour-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la Rosa, changement radical&#160;: la route zigzague sur des pentes d&#233;nud&#233;es et l'on s'approche des glaciers de la Bernina qui n'ont pas l'air bien m&#233;chant et qui cependant ont, cette ann&#233;e m&#234;me, &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de plusieurs accidents mortels. Une galerie assez longue que l'on aper&#231;oit de loin termine la mont&#233;e qui, bien que teint&#233;e de noir sur la carte, ne m'a pas &#233;t&#233; tr&#232;s dure, sans doute parce que je l'ai abord&#233;e bien repos&#233;, sans pr&#233;cipitation et avec le tout petit d&#233;veloppement de 2m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 h. 1 2, je d&#233;jeunais &#224; l'hospice, vaste et massif b&#226;timent capable de r&#233;sister aux plus formidables tourmentes. &#192; c&#244;t&#233; de moi, une douzaine de touristes allemands parlaient d'ascensions, de pics, de glaciers, sans toutefois perdre un coup de dent, et. moi aidant, les pots de miel et de confiture disparaissaient par enchantement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente de la Bernina sur Pontresina est une des plus belles que j'aie faites. Les alentours imm&#233;diats sont po&#233;tiques et les au-del&#224; sont grandioses. Je ne me plaignais pas d'&#234;tre oblig&#233; de mettre fr&#233;quemment pied &#224; terre pour laisser passer les landaus, la poste et l'extraposte, et je me suis plusieurs fois arr&#234;t&#233; de mon propre mouvement pour jouir plus &#224; l'aise du spectacle f&#233;erique des glaciers &#233;tincelants sous les rayons du soleil, par dessus les for&#234;ts sombres et les ab&#238;mes myst&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est &#233;troite et les virages ne sont pas toujours de ceux qu'on peut prendre en vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Pontresina, grande animation, va et vient pittoresque de touristes &#224; pied, &#224; cheval, en voiture, quelques cyclistes aussi On comprend que la majorit&#233; de ces gens sont l&#224; pour y &#234;tre vus, parce qu'il est de bon ton de se trouver en Suisse &#224; cette &#233;poque, plut&#244;t que pour voir, pour admirer les prestigieux tableaux que la nature leur met sous les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des &#233;talages de fruits sollicitent mon app&#233;tit et je remplis mon sac de poires et de prunes m&#251;res &#224; point, exquises. A 1800 m&#232;tres d'altitude&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette fois, je b&#233;nis l'action civilisatrice de la Soci&#233;t&#233; qui met &#224; ma disposition des fruits l&#224; o&#249; la nature n'y met que de l'herbe et des sapins.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pontresina &#224; Maloja, la route sillonn&#233;e de voitures est plus boueuse que jamais, mais quelle &#233;blouissante succession ininterrompue de sites merveilleux que cette Haute-Engadine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Un soleil radieux baignait de lumi&#232;re les lacs d'&#233;meraude qui dorment au fond de la vall&#233;e et les glaciers qui couronnent les cr&#234;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les for&#234;ts &#233;paisses, les villas &#233;clatantes, les prairies d'un vert sombre, l'alpe d'un vert plus tendre, les rochers gris et noirs, tout vivait, tout resplendissait sous la clart&#233; infinie qui tombait des cieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais tellement absorb&#233; dans la contemplation du d&#233;cor f&#233;erique qui m'entourait que je ne prenais garde aux menus incidents de route dont je ne me souviens que tr&#232;s vaguement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, une chute sur le pav&#233; gras de Silvaplana eut des cons&#233;quences f&#226;cheuses pour ma bicyclette dont l'arri&#232;re-train fut fauss&#233; &#224; tel point qu'il me devint impossible de me servir des d&#233;veloppements de droite&#160;: 2m,40, 3 m&#232;tres et 3m,80. Du m&#234;me coup, je perdis une partie de mes pr&#233;cieux fruits qui roul&#232;rent avec moi dans la boue. Peut-&#234;tre aurais-je pu &#233;viter cette chute si j'avais regard&#233; &#224; mes pieds au lieu de regarder en l'air. Je suivais un landau quand tout &#224; coup, au d&#233;bouch&#233; de la route du Julier, appara&#238;t une voiture de poste que j'&#233;vite par un brusque changement de direction. D&#233;rapage et culbute. Qu'il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage de passer &#224; pied dans ces rues encombr&#233;es par la circulation active de la pleine saison. En g&#233;n&#233;ral, &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E.S.&lt;/span&gt; nous sommes toujours trop coll&#233;s sur la selle&#160;: on dirait que &#231;a ne se d&#233;monte pas, nous avons tort&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en conduisant &#224; la main sa monture, on voit mieux et l'on ne s'expose pas &#224; pr&#234;ter &#224; rire en faisant son portrait dans la lune.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#244;tel de la Maloja est admirablement plac&#233; &#224; la t&#234;te des lacs ou viennent se reposer les eaux de l'Inn avant de reprendre leur course torrentueuse vers le Danube&#160;: il ferme la vall&#233;e sup&#233;rieure de ce fleuve&#160;: derri&#232;re lui, sur une &#233;minence, une vieille tour ruin&#233;e rappelle les temps m&#233;di&#233;vaux qui ont tant de charme pour notre excellent collaborateur Guidon d'acier. Il devait y avoir par l&#224;, entre la Suisse et l'Italie, un passage fr&#233;quent&#233; que l'altitude mod&#233;r&#233;e de 1.800 m&#232;tres laissait sans doute ouvert en toute saison et, du haut de sa tour, le ch&#226;telain forban, guettait les voyageurs et les ran&#231;onnait. Fichu temps pour le tourisme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
On est sans doute bien ran&#231;onn&#233; aussi &#224; l'h&#244;tel Maloja, mais point par force, et le cyclotouriste du moins, gr&#226;ce &#224; la libert&#233; et &#224; la rapidit&#233; de ses mouvements, s'affranchit facilement du tribut que les voyageurs en landau sont, bon gr&#233; mal gr&#233;, forc&#233;s de payer &#224; ces h&#244;tels cosmopolites.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente en Italie commence d'une fa&#231;on tr&#232;s brusque qui rappelle un peu celle du San-Gottardo sur Airolo. Lacets courts, virages secs se succ&#232;dent pendant quelques kilom&#232;tres, puis la pente s'att&#233;nue, et comme enfin le soleil a s&#233;ch&#233; la boue, je puis filer bon train, souvent &#224; la vitesse limite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tant et si bien que j'arrive assez vite &#224; la douane italienne encombr&#233;e prodigieusement par des v&#233;hicules de toute cat&#233;gorie, depuis les vastes voitures de poste jusqu'aux modestes cabriolets. Tout ce monde court &#224; Chiavenna prendre le train pour les lacs italiens. Comme ce doit &#234;tre peu amusant de voyager dans ce tohu-bohu, car sur la route toutes ces voitures se suivent et s'encensent de poussi&#232;re les unes les autres, alors que la bicyclette permet l'isolement. Mais la bicyclette exige quelque &#233;nergie, une qualit&#233; de plus en plus rare chez les hommes d'aujourd hui ventrus, ob&#232;ses et poussifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que l'on voit des &#234;tres difformes dans ces landaus et sur les automobiles, et que les caricaturistes ont beau jeu pour tourner en d&#233;rision cette esp&#232;ce humaine &#224; qui tout travail physique r&#233;pugne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les formalit&#233;s de douane termin&#233;es, je fl&#226;ne un moment afin de laisser prendre une certaine avance aux hippomobiles que je rattrape n&#233;anmoins avant Chiavenna, ville d'une certaine importance, o&#249; j'ach&#232;te des fruits avant d'aborder la mont&#233;e du Splugen.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; ce moment que je m'aper&#231;ois de l'avarie grave qu'a subie ma machine dans ma chute &#224; Silvaplana. D&#232;s que j'appuie sur mon petit d&#233;veloppement, la cha&#238;ne saute et c'est en vain que j'essaye successivement de partir avec l'un ou l'autre des trois d&#233;veloppements de droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la cha&#238;ne saute d&#232;s que l'effort s'accentue. Je veux en avoir le c&#339;ur net et, m'installant &#224; l'ombre, pr&#232;s d'une fontaine, je d&#233;barrasse ma machine de tout bagage, la renverse et, au moyen d'une ficelle, je me rends compte que l'arri&#232;re-train a &#233;t&#233; report&#233; &#224; droite et que pignons et roues dent&#233;s ne s'accordent absolument plus. Cependant, &#224; gauche sur les grands d&#233;veloppements, &#224; la condition de ne pas trop appuyer, cela peut aller encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'&#233;tais assur&#233; du beau temps pour les quatre &#233;tapes que j'ai encore &#224; faire, je passerais la soir&#233;e &#224; Chiavenna et ferais redresser mon cadre, mais les sommets sont de plus en plus noy&#233;s dans la brume, et le soleil trop chaud n'est pas pr&#233;cis&#233;ment un indice de beau temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux vaut rentrer et ne pas tenter davantage le destin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tourne donc le dos &#224; mon itin&#233;raire et descends vers le lac de C&#244;me, route charmante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je longe un premier petit lac sur les bords duquel je fais un repas de fruits, de pain et d'eau, puis je passe sur la rive droite &#224; Gera, malencontreuse id&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'avais deux cartes&#160;: celle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. S.&lt;/span&gt; qui ne m'annon&#231;ait une route v&#233;lo&#231;able que sur une partie du trajet de G&#233;ra &#224; C&#244;me, et celle du guide Joanne qui marquait tout le trajet comme v&#233;lo&#231;able. La premi&#232;re carte date de 1890, tandis que la seconde est de cette ann&#233;e. Je pensais que celle-ci &#233;tait &#224; jour et que j'avais en perspective 50 kilom&#232;tres de d&#233;licieuse promenade sur les bords d'un des plus beaux lacs italiens. Quelle erreur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Jusqu'&#224; Dongo ce fut parfait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'applaudissais de ma r&#233;solution, les villes que je traversais ont un caract&#232;re tout particulier, la route est roulante, et le paysage enchanteur surtout au soleil couchant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Dongo et, ne trouvant pas de route devant moi, je demande la strada por Como&#160;: mon italien n'est pas fameux, mais l'on me comprend et l'on me dit de continuer. Je grimpe sur un sentier large d'&#224; peine un m&#232;tre, affreusement pav&#233;, persuad&#233; que ce n'est qu'un passage &#224; franchir et que je vais retrouver la bonne route roulante de tout &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je t'en fiche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De mauvais, le sentier devient pire, tant&#244;t &#224; d&#233;couvert, tant&#244;t encaiss&#233; entre des murs ou des jardins, quelquefois roulant, d'autres fois coup&#233; par des marches taill&#233;es dans le roc, bref un sentier muletier dont la pente n'avait pas &#233;t&#233; du tout trac&#233;e en vue du cyclotourisme. Pour comble de malheur, un mulet charg&#233; de foin se dresse devant moi &#224; un tournant et veut fuir, effray&#233;. Faute de pouvoir se retourner dans cet &#233;troit chenal, il se cabre, son conducteur crie et me dit de m'en retourner. M'en retourner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et jusqu'o&#249;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'ai mis pied &#224; terre et, m'effa&#231;ant autant que possible contre le mur, je dis au bonhomme de prendre son mulet par la t&#234;te au lieu de le diriger par la queue, comme ils font tous dans ce pays, et de t&#226;cher de passer. Il en vient &#224; bout non sans que j'aie eu peur de recevoir une ruade. Je traverse quelques villages o&#249; le chemin devient ruelle d'une &#233;troitesse inimaginable&#160;: une marmaille grouillante fuit &#224; mon approche, les femmes m'envoient des Jesu Maria, on dirait que jamais cycliste n'a pass&#233; par l&#224; 1&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, la nuit approche et je commence &#224; &#234;tre s&#233;rieusement inquiet. D'apr&#232;s la carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; S., je ne dois retrouver un peu de route carrossable qu'&#224; Menaggio, &#224; 12 ou 14 kilom&#232;tres de Dongo&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, je vous prie de croire que je ne fais pas du 20 &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#199;&#224; et l&#224; des &#233;chapp&#233;es sur le lac, de petits coins sauvages qui me font trouver l'aventure moins d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup, plus de sentier, la terre est remu&#233;e, des tas de pierres et de sable barrent ce qui fut autrefois le chemin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des terrassiers mangent en plein air. Ils m'apprennent qu'ils travaillent &#224; la route qui, dans un avenir plus ou moins &#233;loign&#233;, justifiera la carte de Joanne et que, dans quelques centaines de m&#232;tres, je pourrai me remettre en selle et filer bon train jusqu'&#224; Menaggio.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, &#224; un dernier village assez important &#224; en juger par son &#233;glise, je retrouve la route et je p&#233;dale avec rage&#160;: je passe sous deux ou trois tunnels sans mettre pied &#224; terre&#160;: ils sont secs heureusement, un peu empierraill&#233;s comme toutes les routes neuves et j'entre &#224; Menaggio &#224; nuit tomb&#233;e. La ville est pleine de chasseurs alpins qui doivent partir le lendemain pour Sondrio. Un cycliste m'indique un bon h&#244;tel de second ordre dont j'ai d'ailleurs oubli&#233; le nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais pu, &#224; Menaggio, prendre le bateau pour Corno, et je l'aurais fait si l'on ne m'avait assur&#233; que la route &#233;tait bien meilleure du c&#244;t&#233; de Como que du c&#244;t&#233; de Dongo. Je r&#233;solus donc de continuer, bien que la carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. S.&lt;/span&gt; m'indiqu&#226;t encore de 15 &#224; 18 kilom&#232;tres de sentier de ch&#232;vres, entre Tiemezzo et Torrigia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la route est v&#233;lo&#231;able et qu'on peut impun&#233;ment regarder autour de soi, ces bords du lac de C&#244;me apparaissent v&#233;ritablement enchanteurs. &#192; Griante.par exemple, en face de Bellaggio, des parcs magnifiques ombrageant des statues, des palais de marbre, descendent du haut de la colline au ras de l'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; solides et massives demeures patriciennes qui ne ressemblent en rien aux villas caca d'oie &#224; tourelles et &#224; encoignures entour&#233;es d'arbres nains et de jardins anglais de nos modernes parvenus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on b&#226;tissait l'&#233;p&#233;e &#224; la main et le V&#339; victis &#224; la bouche apr&#232;s une glorieuse victoire, on pouvait se croire ma&#238;tre pour longtemps de la terre conquise et l'on b&#226;tissait lourdement sur le granit. Mais ceux qu'un coup de Bourse enrichit aujourd'hui et qu'un coup de d&#233;s ruinera demain sentent l'instabilit&#233; de leur fortune et b&#226;tissent l&#233;g&#232;rement sur le sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autres temps, autres m&#339;urs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a belle diff&#233;rence entre l'architecture romaine et l'architecture moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les villages sont tellement serr&#233;s entre la montagne souvent &#224; pic et l'eau, que la route, r&#233;tr&#233;cie &#224; l'exc&#232;s, passe pour ainsi dire dans les maisons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est du moins la sensation que j'ai eue maintes fois sous les arcades, dans les couloirs o&#249; j'entrais sans voir comment j'en sortirais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu apr&#232;s Griante, je quitte la route carrossable pour reprendre le sentier muletier qui est plut&#244;t un sentier de ch&#232;vres contre lequel j'ai tant pest&#233; la veille.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#233;rais cependant que cette partie plus voisine de C&#244;me serait meilleure, on me l'avait assur&#233; &#224; Menaggio. H&#233;las, trois fois h&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! elle est certainement pire&#160;: il y a par l&#224; des raidillons &#224; pente si roide qu'on y a taill&#233; des marches. On s'&#233;l&#232;ve parfois &#224; cent m&#232;tres au-dessus du lac et l'on est, il est vrai, r&#233;compens&#233; par une vue beaucoup plus &#233;tendue sur ce site incomparable. D'autres fois, on descend &#224; l'improviste an pied d'une cascade, au fond d'une gorge t&#233;n&#233;breuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela dans un fouillis de verdure, une richesse de v&#233;g&#233;tation inou&#239;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, plus souvent tra&#238;nant ou portant ma machine que port&#233; par elle, j'atteins Argegno d'o&#249; 20 kilom&#232;tres de bonne route carrossable m'am&#232;neront &#224; C&#244;me, point terminus de mon voyage. La carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. S.&lt;/span&gt; doit donc &#234;tre rectifi&#233;e sur ce point. D'ailleurs, il est manifeste qu'on songe &#224; encercler le lac de C&#244;me d'une route carrossable qui sera un attrait pour les cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand ce travail consid&#233;rable &#224; cause des difficult&#233;s et des d&#233;penses de l'ex&#233;cution sera-t-il termin&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore. En attendant, l'&#233;diteur du guide Joanne fera bien de modifier le trac&#233; de la route de G&#233;ra &#224; C&#244;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne regrette pas d'y avoir pass&#233;, car l'inattendu en cours de route ne me d&#233;pla&#238;t pas, mais je n'ai pas envie d'y retourner, pas plus que de retraverser la montagne de la Sainte-Baume, de Riboux &#224; Nans. Ce sont l&#224; des p&#233;rip&#233;ties de voyage qui n'ont quelque saveur que&lt;br class='autobr' /&gt;
la premi&#232;re fois et dont il ne faut pas abuser, surtout avec des machines de 30 kilos.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous aimez donc bien les machines lourdes, me demandait quelqu'un&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Ce n'est pas parce qu'elles sont lourdes que je les aime&#160;: dites plut&#244;t que je les subis. Donnez-m'en de l&#233;g&#232;res aussi solides et aussi confortables et j'en serai enchant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V&#233;locio et ses deux &#171; dadas &#187; : l'Esp&#233;ranto et le V&#233;g&#233;tarisme</title>
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		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Grillot</dc:subject>
		<dc:subject>Esperanto</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; La lecture des anciennes collections du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne manque jamais d'attrait. Si, par hasard, nous gardons quelque illusion sur l'actualit&#233; de certaines de nos id&#233;es, il nous faut vite d&#233;chanter.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Hommages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Georges Grillot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Esperanto&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Georges &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GRILLOT&lt;/span&gt;, (1904-1948), en 1947, texte publi&#233; dans Le cycliste, octobre 50&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture des anciennes collections du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne manque jamais d'attrait. Si, par hasard, nous gardons quelque illusion sur l'actualit&#233; de certaines de nos id&#233;es, il nous faut vite d&#233;chanter. Il y a cinquante ans, V&#233;locio et ses disciples connaissaient ou pressentaient tous les perfectionnements de la machine moderne. Nous n'avons fait qu'am&#233;liorer, ali&#233;ner, vulgariser toutes les inventions de la fin du si&#232;cle dernier. Nous n'avons absolument rien r&#233;volutionn&#233; et, malgr&#233; la t&#244;le emboutie, la soudure &#233;lectrique et autres techniques modernes en usage dans l'industrie automobile, les constructeurs actuels continuent, comme il y a cinquante ans, &#224; assembler les m&#234;mes tubes dans les m&#234;mes raccords. Il faut plus de temps, en 1947, pour construire un cadre de v&#233;lo qu'une carrosserie de voiture. Curieux paradoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre constatation. La tenue litt&#233;raire des articles parus dans les vieux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est nettement sup&#233;rieure &#224; ce que nous lisons aujourd'hui dans diff&#233;rentes publications. &#201;videmment le cyclotourisme, en 1900, &#233;tait le fait d'une certaine &#233;lite. Certes, il y avait d&#233;j&#224; des pol&#233;miques, mais qu'en termes galants les choses &#233;taient dites&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est un v&#233;ritable r&#233;gal de suivre la discussion provoqu&#233;e par le fameux concours des Pyr&#233;n&#233;es, organis&#233; par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, le capitaine Perrache et Carlo Bourlet, de l'autre, V&#233;locio et ses lecteurs. Jamais un terme d&#233;plac&#233;, une apostrophe blessante, une insinuation perfide. On joue le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fair play&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sans la moindre faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de voyage sont passionnants, qu'ils soient sign&#233;s V&#233;locio, Alpinus &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;, d'Espinassous ou d'autres gentlemen de l'&#233;poque. Chacun, bien entendu, d&#233;crit la route, donne tous les d&#233;tails de son voyage, conte des anecdotes, exprime des opinions en toute libert&#233; sans que jamais personne ne se f&#226;che. Ainsi, Alpinus &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt; se d&#233;clare, en 1903, grand admirateur de l'arm&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; 22.213 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;comme les r&#233;servistes de Sa&#244;ne-et-Loire (allusion aux gr&#232;ves du Creusot en 1900) se surprend &#224; chanter &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#199;a ira&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du Conservatoire des Arts Emeutiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pas mal cette derni&#232;re. Je ne la connaissais pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'est pourtant pas jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commentaires historiques, jamais ennuyeux, apparaissent dans plusieurs r&#233;cits. On les lit avec grand int&#233;r&#234;t. H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aujourd'hui, nous ne trouvons que des articles po&#233;tico-historiques, pleins de bonne volont&#233;, bien s&#251;r, mais &#233;crits par des Ronsard au petit pied et r&#233;sultant de compilations &#233;hont&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, de nos jours, M.&#160;L&#233;on Vibert savait avec talent m&#234;ler cyclotourisme et histoire. Il est mort en 1944 et, jusqu'ici, nous ne lui connaissons aucun successeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ceux que re&#231;oivent lesdites revues sont r&#233;dig&#233;s en style t&#233;l&#233;graphique et s'apparentent nettement au genre livret Chaix. Nomenclature de villes et villages avec heure de passage, &#231;&#224; et l&#224; quelques renseignements arch&#233;ologiques emprunt&#233;s au Guide Bleu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bref, rien qui retienne l'attention du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parmi ce que nous avons lu de mieux cette ann&#233;e, citons un simple &#233;pisode de voyage, joliment cont&#233; par M.&#160;Assmann, de Dijon : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Plan L&#226;ch&#226;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. septembre 1947). Il s'agit d'une nuit de temp&#234;te pass&#233;e dans un chalet abandonn&#233; et branlant dans la descente du Galibier. Ce morceau est digne des r&#233;cits des pr&#233;curseurs, dont nous avons parl&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;pense un argent fou &#224; distribuer de pu&#233;rils challenges... Serait-il trop demander de consacrer quelque monnaie au couronnement du meilleur r&#233;cit de voyage de l'ann&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, nous trouvons peu de r&#233;cits de voyages dans nos revues sp&#233;cialis&#233;es, et c'est dommage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPERANTO&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VEGETARISME&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ensemble de la collection des &#339;uvres de V&#233;locio et de ses disciples, &#224; part bien entendu les questions techniques se rapportant directement &#224; la bicyclette, deux gros &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dadas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;mergent continuellement : l'Esperanto et le V&#233;g&#233;tarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio enfourcha peu souvent le premier parce qu'il n'y croyait pas, mais ses abonn&#233;s ne s'en priv&#232;rent pas. Les cyclotouristes d'alors voyageaient beaucoup &#224; l'&#233;tranger et se plaignaient de ne pouvoir se faire comprendre. Beaucoup d'entre eux &#233;pous&#232;rent donc la cause de l'esperanto et rompirent en sa faveur de nombreuses lances dans le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Autant en emporta le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la rigueur, l'esperanto pouvait esp&#233;rer percer avant 1914. Nous ne pouvons juger de la question qu'avec un certain recul, puisque nous n'avions que sept ans en cette funeste ann&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et nous admettons qu'il &#233;tait encore possible de croire en la sagesse des nations, jusqu'&#224; la guerre, mais en poss&#233;dant n&#233;anmoins une bonne dose de na&#239;vet&#233;. L'histoire est l&#224; et l'homme n'est pas perfectible, a dit V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la der des ders c'est-&#224;-dire en 1919, de nombreuses utopies virent le jour. Des congr&#232;s de na&#239;fs se tinrent un peu partout, l'esp&#233;ranto reprit du poil de la b&#234;te et les revues de cyclotourisme en reparl&#232;rent. Une fois de plus, le vent emporta les bonnes paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1939-1945, il n'est vraiment plus possible de se faire la moindre illusion sur l'avenir imm&#233;diat ou lointain de la langue universelle. A l'&#233;poque des barri&#232;res douani&#232;res, des rideaux de fer et autres obstacles internationaux, le touriste n'a plus qu'&#224; rester chez lui, la question ne se pose donc plus, aussi n'irons-nous pas plus loin aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BATAILLE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AUTOUR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BEEFSTEACK&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;g&#233;tarisme, par contre, passionna V&#233;locio. Il eut de nombreux adeptes et, bien entendu, des contradicteurs. Il existait donc des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;v&#233;g&#233;tariens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cr&#233;ophages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais V&#233;locio qui, pour d&#233;fendre cette cause, atteignit les sommets de la v&#233;h&#233;mence, foudroya ses adversaires par des arguments indiscutables, des preuves criardes et, pour finir, employa &#224; leur endroit le terme p&#233;joratif de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;n&#233;crophages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; : mangeurs de cadavres. Je viens de relire une grande partie de la pol&#233;mique et j'avoue avoir &#233;t&#233; impressionn&#233;, non pas par l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale, mais par certaines phrases de V&#233;locio, notamment celle o&#249; il dit qu'il ne comprend pas que l'on se nourrisse de sucs de charogne, de cadavres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me croirez si vous voulez. eh bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je suis un peu d&#233;go&#251;t&#233; de la viande depuis que je me suis plong&#233; dans la lecture de cette affaire. Je tourne et retourne mon beefsteack dans mon assiette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me semble entendre la voix de V&#233;locio me chuchoter : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Alors, c'est bon le suc de charogne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Cela ne va pas durer heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il le faut, d'ailleurs le corps m&#233;dical m'ayant recommand&#233; la viande &#224; haute dose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; sa mort en 1930, V&#233;locio ne cessa de pr&#244;ner le r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien qu'il suivait depuis 1896, en lui portant, reconnaissons-le, quelques coups de canif assez b&#233;nins et rares. M.&#160;de Vivie associait volontiers les succ&#232;s de l'&#201;cole st&#233;phanoise &#224; l'emploi de la bicyclette poly-multipl&#238;&#233;e et surtout &#224; l'aust&#233;rit&#233; de son r&#233;gime alimentaire. Plus tard, lorsque la cause de la poly fut entendue, il attribuait sa verte vieillesse au r&#233;gime en question. Personnellement, j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin de deux faits. En 1928, j'eus du mal &#224; suivre, de Valence &#224; Orange, le train de V&#233;locio, mon a&#238;n&#233; de cinquante-quatre ans. Un peu plus tard, dans la mont&#233;e des Grands Bois, au cours d'une journ&#233;e V&#233;locio o&#249; je devais terminer second de ma cat&#233;gorie (20 &#224; 25 ans) sur la roue de Ph. Marre, gagnant, M.&#160;Henri Cazassus, comptant au moins vingt ans de plus que nous, nous rejoignit et nous laissa litt&#233;ralement sur place, sa cat&#233;gorie partant plusieurs minutes apr&#232;s la n&#244;tre. Or, M.&#160;Cazassus &#233;tait r&#233;put&#233; &#224; l'&#233;poque pour se nourrir exclusivement de v&#233;g&#233;taux, particuli&#232;rement de salade crue. Le parti v&#233;g&#233;tarien triomphait donc sur toute la ligne et, nous autres &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;n&#233;crophages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, n'avions plus qu'&#224; nous taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SALADE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CLAIRE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre et, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'apr&#232;s-guerre, contraignirent les Fran&#231;ais au v&#233;g&#233;tarisme forc&#233;. Certains &#233;vit&#232;rent ainsi une mort pr&#233;matur&#233;e par hypertension, mais d'autres, par contre, attrap&#232;rent la tuberculose ou autres maladies par sous-alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que ce r&#233;gime ne peut convenir &#224; tout le monde, que les cas de V&#233;locio et de H. Cazassus ne peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Tout le monde ne peut s'adapter &#224; ces menus de c&#233;nobites tout le monde n'a pas le c&#339;ur d'avaler &#224; la suite plusieurs plats de l&#233;gumes. V&#233;locio allait m&#234;me plus loin, il recommandait le riz &#224; l'eau de pr&#233;f&#233;rence au riz gras uniquement parce que du premier plat on ne pr&#233;levait que la ration r&#233;clam&#233;e par l'estomac, alors que la gourmandise pouvait inciter &#224; abuser du second. Le sup&#233;rieur de C&#238;teaux ne doit pas parler autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire ces lignes, le lecteur pourrait &#234;tre amen&#233; &#224; croire que M.&#160;de Vivie &#233;tait un personnage aust&#232;re et grognon ou une sorte de trappiste en libert&#233;. Pas du tout, Velocio &#233;tait fort gai, aimait la vie, la plaisanterie de bon aloi. En soci&#233;t&#233;, il ne faisait pas de mani&#232;res pour accepter un verre de bon vin de Champagne. Par contre, je ne l'ai jamais vu fumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il est pratiquement impossible de suivre un r&#233;gime quelconque, et le v&#233;g&#233;tarisme, tel que le d&#233;crivaient les abonn&#233;s au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'&#226;ge d'or comportait, outre les l&#233;gumes, des farines sp&#233;ciales de pur gruau (tu parles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!), du riz, du chocolat, du caf&#233;, du pain en quantit&#233; et de qualit&#233;, etc., mati&#232;res dont on ne peut parler en France que dans un article de r&#233;trospective ou dans un manuel de march&#233; noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fran&#231;ais 47 mange comme il peut et surtout selon les moyens financiers dont il dispose. Aucune th&#233;orie alimentaire ne peut tenir, parce qu'elle est inapplicable dans la majorit&#233; des cas. C'est pourquoi, sans doute, nos publications sp&#233;cialis&#233;es sont muettes sur la question. Les v&#233;g&#233;tariens, faute d'un tas de choses, se rabattent sur la viande, et les n&#233;crophages sur les l&#233;gumes, les jours sans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cadavres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les deux parties se trouvent &#224; &#233;galit&#233;, ils ne peuvent se disputer, du moins sur ce terrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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