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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>La Croix-Haute (1902)</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
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		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, revue mensuelle du Touring-Club de France, Juillet 1902&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me parait d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette a m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'avait laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une all&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 5oo m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse, le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement ou sa fantaisie le pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel. et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. A Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. - Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e. qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je - Rude, oui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre main, cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nullement, j'ai 6 m. 50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en est trop&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s un silence : Non&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. la vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand vous voudrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re A quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Yercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif&#160;: tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re poign&#233;e de mains, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPINASSOUS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profil Dolin :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/colcroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/colcroixhaute-4ae35.png?1788126846' width='500' height='138' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> LE COL DU ROUSSET &#224; 8 heures de Saint-Etienne (1905)</title>
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		<dc:date>2024-05-22T07:35:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le col du Rousset &#224; 8 heures de Saint-&#201;tienne, Le Cycliste, Ao&#251;t 1905, p.142-146, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de mourir au cyclotourisme actif, je m'occupe &#224; poser des jalons qui serviront &#224; mes successeurs pour juger du chemin parcouru, des progr&#232;s accomplis. Car j'esp&#232;re bien avoir des successeurs pour qui la mise en valeur du moteur humain sera la principale affaire, qui, sans faire fi des moteurs m&#233;caniques dont l'avenir est ailleurs, estimeront&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le col du Rousset &#224; 8 heures de Saint-&#201;tienne, Le Cycliste, Ao&#251;t 1905, p.142-146, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de mourir au cyclotourisme actif, je m'occupe &#224; poser des jalons qui serviront &#224; mes successeurs pour juger du chemin parcouru, des progr&#232;s accomplis. Car j'esp&#232;re bien avoir des successeurs pour qui la mise en valeur du moteur humain sera la principale affaire, qui, sans faire fi des moteurs m&#233;caniques dont l'avenir est ailleurs, estimeront qu'en fait de moyen de transport personnel il n'en est point de plus honorable que celui dont tous les hommes sont pourvus en venant au monde une paire de jambes.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai entendu soutenir par des &#233;volutionnistes qui paraissaient encore jouir de leur raison mais, dont l'&#233;volution finale pourrait bien &#234;tre Charenton, que l'homme tendant &#224; devenir de plus en plus un colis transbordable de paquebot en auto, de vagon-lit en a&#233;ronef, de voiture d'enfant en pousse-pousse de cul-de-jatte. les si&#232;cles futurs verraient nos membres inf&#233;rieurs s'atrophier de plus en plus, se ratatiner et finalement dispara&#238;tre, comme disparaissent fatalement les organes qu'on n'exerce pas. Les hommes seraient ainsi r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de boules, forme de colis &#233;minemment apte &#224; ces divers transbordements. Des machines ad hoc se les lanceraient &#224; travers&lt;br class='autobr' /&gt;
l'espace et l'on compterait, pour amortir les chocs, sur la couche de lard que l'inaction compl&#233;t&#233; jointe &#224; la voracit&#233; inlassable des gens quine font rien d&#233;velopperaient autour de ces boni-hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ob&#232;ses de nos jours, nous avons d&#233;j&#224; un aper&#231;u de ce que seront nos descendants, &#224; en croire ces farceurs d'&#233;volutionnistes leurs petites et fr&#234;les jambes ressemblent &#224; deux allumettes plant&#233;es dans une courge et si, par m&#233;saventure, ils tombent sur le dos, ils sont incapables de se relever. C'est pour ces pots &#224; tabac qu'ont &#233;t&#233; invent&#233;es les automobiles. Ils nous servent cependant &#224; quelque chose, ces informes paquets de graisse, car la nature ne fait rien sans de bonnes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous servent de repoussoirs comme les ilotes ivres servaient aux jeunes Spartiates. Ils repr&#233;sentent le type abdominal auquel l'&#201;cole st&#233;phanoise s'efforce d'opposer le type thoracique si estim&#233; des grecs de la bonne &#233;poque et qui, pass&#233; la trentaine, tend &#224; devenir chez nous de plus en plus rare.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; en &#233;tais-je&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?... Ah, m'y voici&#160;: je plante donc de temps en temps des jalons et je mets tels et tels points connus et appr&#233;ci&#233;s des cyclotouristes &#224; tant d'heures de Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arles &#224; 12 heures, Marseille &#224; 15 heures, Grenoble &#224; 6 heures, le Lautaret &#224; 14 heures (peut-&#234;tre ne sera-t-il bient&#244;t plus qu'&#224; 12 heures), etc. Ce ne sont pas l&#224; des heures de coureur professionnel courant t&#234;te basse, au service d'une puissante maison, vers quelques billets de mille francs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont des heures de paisible cyclotouriste livr&#233; &#224; ses seules forces, voyageant pour son plaisir et pour sa sant&#233; avec armes et bagages et ne laissant pas &#233;chapper une occasion d'admirer en passant les manifestations de la nature si grandioses parfois et parfois si mignardes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec intention que j'&#233;cris pour sa sant&#233; et pour son plaisir. D'abord, l'un ne va pas sans l'autre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; o&#249; il n'y a pas de sant&#233;, il n'y a pas de plaisir. Puis, comme la plupart des hommes sont naturellement paresseux, s'il ne s'agissait que de plaisir et d'agr&#233;ment, on irait souvent &#224; tr&#232;s faible allure et l'on s'arr&#234;terait plus que de raison &#224; tous les coins de bois, aupr&#232;s de toutes les sources, &#224; l'ombre des moindres buissons l'on n'irait jamais, ou bien rarement, &#224; la bonne su&#233;e anti et postprandiale, ap&#233;ritive et digestive, hygi&#233;nique en un mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, j'estime que tous les jours un homme bien portant doit, par un exercice un peu vif, s'ouvrir les pores pour assurer le jeu normal des fonctions de la peau et, une fois au moins par semaine, proc&#233;der &#224; un complet lavage des tissus par une sudation abondante et une &#233;quivalente ingestion de liquide, j'entends par liquide l'eau pure des fontaines ou l'eau vitalis&#233;e des fruits et des l&#233;gumes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour redouter le l&#233;ger effort qu'il faut faire, la p&#233;riode de l&#233;ger malaise qu'il faut traverser avant d'en arriver &#224; l'&#233;tat de moiteur qui pr&#233;c&#232;de imm&#233;diatement la su&#233;e dite hygi&#233;nique, il faut n'avoir jamais &#233;prouv&#233; la d&#233;licieuse sensation de bien-&#234;tre, cons&#233;quence d'un exercice assez &#233;nergique pour volatiliser en sueur les d&#233;chets qui encombrent nos tissus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cyclotouriste doit donc p&#233;daler pour sa sant&#233; autant que pour son plaisir, et celui-ci n'en sera que plus vif, plus p&#233;n&#233;trant, plus complet. Les sensations, les vibrations sont plus profondes dans un organisme excit&#233; par l'exercice pouss&#233; jusqu'&#224; la saine fatigue que dans un corps inerte et somnolent que les r&#233;sidus alimentaires inassimilables et inexpulsables &#233;touffent lentement mais s&#251;rement.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublions pas notre devise Mens sana, corpus sanum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je plante donc des jalons qui auront le temps de devenir des poteaux, si je ne me h&#226;te de reprendre, pour ne plus le l&#226;cher, le fil de mon discours.&lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps me vient une envie de faire quelque bonne &#233;tape, dans les 3oo kilom&#232;tres, je choisis un but et je pars. Depuis tant&#244;t six ans, il ne se passe pas de saison que je n'aille au col du Rousset au moins une fois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, depuis le mois d'ao&#251;t 1904, je n'avais aper&#231;u le refuge que de loin, en passant dans la vall&#233;e de la Dr&#244;me, en route pour le col de Cabre, Gap et autres lieux. Allons donc au col du Rousset prendre des nouvelles de la blonde h&#244;teli&#232;re et, le cas &#233;ch&#233;ant, des jeunes Am&#233;ricaines dont on nous conta, dans Le Cycliste, les audaces ing&#233;nues. Nous y ferons, comme d'habitude, une l&#233;g&#232;re infraction au r&#233;gime s&#233;v&#232;re des v&#233;g&#233;tariens et go&#251;terons &#224; la clairette de Die .
&lt;br /&gt;&#8212; La clairette de Die&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais vous parlez d'avant le d&#233;luge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a beau temps qu'on ne fait plus de clairette &#224; Die, o&#249; vous n'en trouveriez pas une bouteille.
&lt;br /&gt;&#8212; Bah&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais l'on en trouve partout, &#224; Lyon, &#224; Valence et au col du Rousset o&#249; elle est m&#234;me excellente, meilleure que partout ailleurs. Est-ce que par hasard...
&lt;br /&gt;&#8212; Je regrette d'avoir troubl&#233; votre digestion (car c'est &#224; mon retour qu'un Diois d'origine m'apprit cette nouvelle inqui&#233;tante), mais la clairette de Die est un mythe. Cette d&#233;licieuse sensation de raisins muscats &#233;cras&#233;s entre les l&#232;vres qui fit la r&#233;putation du vin de mon pays a disparu avec nos vignobles d'antan ruin&#233;s par le phyllox&#233;ra.
&lt;br /&gt;&#8212; Allez donc au col du Rousset, vous l'y retrouverez dans le joli vin blanc mousseux qu'on ne trouve sans doute plus que l&#224; et qui laisse justement dans la gorge ce bouquet dont vous parlez. Je me refuse &#224; croire que la chimie&lt;br class='autobr' /&gt;
intervienne l&#224; et transforme en clairette un quelconque vin blanc mousseux, et j'incline plut&#244;t &#224; penser que le bon cr&#251; d'autrefois n'a pas disparu pour tout le monde.
&lt;br /&gt;&#8212; Au fait, il n'y a que la foi qui sauve et quand je voudrai boire de la clairette du Die, j'irai, moi aussi, non plus &#224; Die, mais au col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il s'agit d'un raid plut&#244;t que d'une excursion &#224; la papa, je choisis mon n&#176;&#160;1 qui me servit, il y a deux mois, pour le Lautaret. et je pars, seul, &#224; 5 h. 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu tard, me ferez vous peut-&#234;tre observer, mais le temps &#233;tait incertain, le barom&#232;tre inqui&#233;tant et je tenais &#224; voir comment l'&#233;tat du ciel allait se modifier au lever du soleil. On devient observateur en voyageant, et nous savons tous que l'approche du soleil change souvent du tout au tout les pr&#233;sages du temps qu'il fera dans la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partis donc, rassur&#233;, et j'arrivai en 55 minutes au coi des grands bois que j'avais cru jusqu'ici n'&#234;tre qu'&#224; ^1165 m&#232;tres et qui se trouve bel et bien &#224; 1.165 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, la pente moyenne des six premiers kilom&#232;tres, que j'estimai &#224; 6,25%, n'est que de 6, 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% . Je tiens ce renseignement des nouvelles bornes kilom&#233;triques sur lesquelles l'administration a eu l'excellente id&#233;e d'inscrire l'altitude. Les bornes du Ventoux &#233;taient d&#233;j&#224; ainsi cot&#233;es quand j'y grimpai pour la premi&#232;re fois, et j'avais alors exprim&#233; le d&#233;sir de voir se g&#233;n&#233;raliser cette fa&#231;on de mettre &#224; la raison les emball&#233;s et les h&#226;bleurs qui vous affirment avoir enlev&#233; &#224; belle allure du 15 ou du 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% alors qu'il s'agit d'un modeste 7 ou 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. On leur mettra le nez sur les bornes, &#224; l'avenir, &#224; ces Tartarins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vingt minutes apr&#232;s, j'&#233;tais &#224; Bourg-Argental&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le P.-L.-M., pour ce trajet de 29 kilom&#232;tres, ne nous demande pas moins de 3 heures&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est vrai, qu'il nous fait payer 3 fr. 40 et nous v&#233;hicule pendant 68 kilom&#232;tres&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; bien des parcours Saint-Etienne-Die, Saint- Etienne- Ambert, Saint-Etienne - Bourg-Argental, sur lesquels nous avons maintes fois constat&#233; que la bicyclette est notablement sup&#233;rieure au chemin de fer sous tous les rapports. Ce sont l&#224; des v&#233;rit&#233;s bonnes &#224; r&#233;p&#233;ter, car elles sont la justification de nos &#233;tapes-transport que continuent &#224; bl&#226;mer et &#224; trouver excessives les nombreux cyclotouristes qui ne veulent pas se mettre en &#233;tat de les faire sans fatigue et qui s'obstinent &#224; tout mesurer &#224; leur aune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au col, j'avais pass&#233; du petit jeu (5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; et3m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) au grand jeu (7m,40 et 5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) et la pente douce m'entra&#238;nant, je filai apr&#232;s Bourg &#224; grande allure, tant et si bien que je passais &#224; Andance (54 kil.) &#224; 7 h. 23 et entrais dans Tournon (70 kilom.) &#224; 8 h. 10 juste 3 heures apr&#232;s mon d&#233;part. L&#224; aussi, il m'aurait &#233;t&#233; impossible d'arriver par le train qui va faire, par Givors, 40 kilom&#232;tres de plus. Cependant,la route autour d'Arras avait &#233;t&#233; coup&#233;e en maints endroits par les violents orages des jours pr&#233;c&#233;dents et m'obligeait &#224; de fr&#233;quents ralentissements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le temps frais me favorisait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'arr&#234;tai qu'&#224; Bourg-de-P&#233;age, &#224; 9 heures, pour acheter des raisins exquis qui suffirent &#224; me sustenter jusqu'&#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Bourg-de-P&#233;age, le paysage devient int&#233;ressant la route c&#244;toie l'Is&#232;re qui roule ses eaux grises au pied de balmes verdoyantes diapr&#233;es de toits rouges et de murs blancs. Parfois, on descend presque au ras de l'eau et des guinguettes ont dress&#233; l&#224; des tables que je verrai le soir, &#224; mon retour, garnies d&#233; consommateurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis je m'&#233;l&#232;ve en m'&#233;loignant de l'Is&#232;re qui s'en va contourner &#224; gauche le massif du Vercors o&#249; je p&#233;n&#232;tre &#224; Saint-Nazaire. La Bourne en sort l&#224; en un tr&#232;s joli site, dont les cartes postales ne sauraient rendre le pittoresque qui est dans le contraste entre les eaux verd&#226;tres et les roches rouges comme les porphyres de l'Esterel. Pendant les 18 kilom&#232;tres de Bourg-de-P&#233;age &#224; Saint-Nazaire et les 10 kilom&#232;tres qui suivent, je m'arr&#234;te &#224; plusieurs reprises pour manger mes raisins tant et si bien que ma vitesse moyenne s'en ressent et que je ne traverse Pont-en-Royans (122 kil.) qu'&#224; 10 h. 40. Le sol, toujours tr&#232;s mauvais apr&#232;s Saint-Nazaire, me retarde aussi et ma moyenne qui, jusqu'&#224; Tournon avait &#233;t&#233; de 25 &#224; 1 heure, n'est plus que de 22 &#224; l'heure elle va s'abaisser encore car j'ai &#224; m'&#233;lever de 1.100 m&#232;tres en 38 kilom&#232;tres. Je reprends mon petit jeu (5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; et 3m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) et je me h&#226;te vers la toujours belle route des Goulets qui, par extraordinaire, n'est aujourd'hui ni boueuse, ni poussi&#233;reuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224;, quelques cro&#251;tes, quelques orni&#232;res durcies auxquelles il faut prendre garde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tunnels sont glissants et le ciel s'assombrit. Le Vercors, r&#233;gion fertile en pelles et en douches aussi abondantes qu'inatttendues, voudrait-il encore une fois justifier sa r&#233;putation &#224; mon d&#233;triment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je grimpe assez rapidement, ne rencontrant ni cyclistes, ni autos, ni cars&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine, &#231;&#224; et l&#224;, quelques pi&#233;tons.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a beau voir et revoir chaque saison les Grands Goulets, on est forc&#233; de les admirer quand on les revoit encore et d'admirer aussi, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#339;uvre de la nature, l'&#339;uvre de l'homme r&#233;ussissant &#224; se frayer un passage dans une fissure de rocher o&#249; le torrent seul semblait pouvoir passer non sans peine. Sans piti&#233; pour mon horaire, je fais &#224; pied une partie des Goulets, me penchant de temps &#224; autre au-dessus de l'ab&#238;me, o&#249; gronde la Vernaison, &#224; laquelle soudain la terre manque au moment o&#249; elle s'y attend le moins, si l'on en juge par son allure tranquille &#224; son entr&#233;e dans les Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les h&#244;tels qui constituent le groupement des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Barraques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; attendent les d&#238;neurs qui risquent d'&#234;tre rares aujourd'hui. A force d'&#234;tre sollicit&#233;s dans toutes les directions par les nombreux syndicats d'initiative qui se sont cr&#233;&#233;s en France depuis quelques ann&#233;es, les touristes, dont le nombre s'accro&#238;t moins vite que les h&#244;tels, pensions, sanatoriums qui se les disputent, semblent aujourd'hui plus rares qu'il y a quelques ann&#233;es parce qu'ils sont plus diss&#233;min&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 11 h. 35, j'ai franchi la barri&#232;re de rochers qui entoure le tranquille vallon du Vercors que je vais remonter jusqu'au col du Rousset. Le temps sombre s'harmonise tr&#232;s bien avec ce paysage de pr&#233;s verdoyants, de for&#234;ts &#233;paisses et sombres d'o&#249; &#233;mergent, abruptes, d'&#233;normes masses rocheuses lav&#233;es par les pluies, effrit&#233;es par la foudre. Il me semble qu'on commence &#224; bien d&#233;boiser aussi de ces c&#244;t&#233;s et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui, avec beaucoup de raison, s'efforce d'user de son influence en faveur du reboisement de la France, aura sans doute bient&#244;t &#224; veiller sur les for&#234;ts du Vercors, &#224; les d&#233;fendre contre la hache aveugle des b&#251;cherons. Le joli ruban de route qui longe la Vernaison naissante et conduit &#224; Saint-Aignan et au Rousset, monte bien si vous voulez, mais si peu qu'avec 5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; on peut y p&#233;daler &#224; 20 &#224; l'heure, surtout quand on a le vent en poupe, et c'est mon cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici enfin un groupe de cyclotouristes, cinq ou six jeunes gens, suivis d'un mentor &#224; l'air grave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chacun d'eux emporte un petit paquet et, &#224; la file indienne, ils d&#233;valent bon train. Un coup d'&#339;il sur leurs montures monomultipli&#233;es me laisse penser que ces gaillards-l&#224; ont fait &#224; l&#224; c&#244;te les honneurs du pied et cela me sera confirm&#233; au refuge, C'est le courrier, qui a port&#233; les bicyclettes au col o&#249; les cyclistes ont grimp&#233; &#224; pied. Apr&#232;s tout, cela vaut mieux que de rester au caf&#233; &#224; fumer, boire et jouer, et peut-&#234;tre ne manque-t-il &#224; ces cyclistes qu'un boute-en-train qui les initie aux joies du grand tourisme &#224; la mode st&#233;phanoise. Il y a, dans tout cycliste qui aime l'excursion en montagne, l'&#233;toffe d'un futur adepte de l'E. S.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; t&#244;t ou tard ce cycliste adoptera la polymultiplication et le v&#233;g&#233;tarisme, au moins en cours de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au village du Rousset. humble entre tous, je constate la pr&#233;sence de vill&#233;giaturistes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en trouve aujourd'hui dans les coins les plus ignor&#233;s et l'on m'a dit qu'en certaines r&#233;gions on prenait des pensionnaires &#224; raison de 2 fr. 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; par jour&#160;: voil&#224; bien la montagne mise &#224; la port&#233;e de toutes les bourses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en r&#233;jouis pour la sant&#233; physique et morale du grand nombre qui visiblement s'&#233;tiole et s'affaiblit dans les villes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rampe finale de 5 kilom&#232;tres &#224; 6 se dessine d&#232;s qu'on a laiss&#233; le village derri&#232;re soi&#160;: d'abord en lacets superpos&#233;s, la route gagne par un grand coude &#224; droite le versant gauche de la vall&#233;e, revient au-dessus du Rousset et file en droite ligne jusqu'au tunnel, prenant au passage la roule de Vassieux par le col Saint-Alexis. Le sol est bon, mais, &#231;&#224; et l&#224;, des rigoles creus&#233;es en travers de la roule pour l'&#233;coulement des eaux vous donnent, quand on va vite, donc en descendant, de ces secousses dont on se souvient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il convient de s'en m&#233;fier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tunnel de 600 m&#232;tres &#233;tait pav&#233; de boue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait plu l&#224;-haut pendant plusieurs jours et l'eau suintait de tous les c&#244;t&#233;s. Je ne mis pas pied &#224; terre &#224; l'aller, mais au retour je pr&#233;f&#233;rai marcher&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on gagne peu &#224; traverser ces tunnels en machine parce que la crainte du d&#233;rapage vous force &#224; aller tr&#232;s lentement et la tension nerveuse vous fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait tr&#232;s noir dans le Vercors et j'avais m&#234;me senti quelques gouttes de pluie qui m'avaient fait activer, mais de l'autre c&#244;t&#233; du tunnel, j'apercevais, &#224; mesure que je m'approchais, une lumi&#232;re &#233;clatante et je m'arr&#234;tai &#224; quelques m&#232;tres de la sortie pour jouir de l'impression qu'&#233;prouvent tous ceux qui font cette route, dans ce sens, pour la premi&#232;re fois l'impression qu'on va se trouver &#224; pic sur un ab&#238;me. En face, la paroi rocheuse verticale de la montagne semble plonger dans le vide que l'on sent b&#233;ant &#224; quelques pas de soi. En approchant, cette sensation s'att&#233;nue quand on voit l&#233;s lacets de la route s'enchev&#234;trer sur les deux versants de la gorge au fond de laquelle on aper&#231;oit un coin de la vall&#233;e de la Dr&#244;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais grand faim et le besoin de manger coupa court &#224; mon admiration. il &#233;tait 13 heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'avait donc fallu huit heures, tous les arr&#234;ts inclus, pour venir de Saint-&#201;tienne au col du Rousset (160 kilom.) en une demi-&#233;tape, mi-partie transport, mi-partie excursion. Je n'avais pas eu, il est vrai, le moindre accident de machine. L'air &#233;tait vif, mais le soleil brillait dans un ciel o&#249; le bleu s'&#233;largissait &#224; vue d'&#339;il. C'&#233;tait le beau temps assur&#233; pour le restant de la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus accueilli avec l'habituelle cordialit&#233;, j'&#233;tais le seul h&#244;te l'h&#244;teli&#232;re me pr&#233;para un l&#233;ger repas v&#233;g&#233;tarien o&#249; le beurre, les &#339;ufs, les framboises, la confiture et un excellent fromage &#224; la cr&#232;me se succ&#233;d&#232;rent apr&#232;s un potage aux l&#233;gumes, qui fut un velours pour mon estomac et que j'absorbai lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;jeunai &#224; la cuisine pr&#232;s du fourneau dont la chaleur n'&#233;tait pas &#224; d&#233;daigner et nous caus&#226;mes.
&lt;br /&gt;&#8212; Non, les Am&#233;ricaines ne sont pas revenues cette ann&#233;e, l'aimable conteur qui nous entretint d'elle non plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous d&#233;laisse et nous ne comptions plus vous voir vous-m&#234;me, ajouta l'h&#244;teli&#232;re.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! moi, vous me verrez, revenir tous les ans. j'aime ce pays.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous ne nous y trouverez peut-&#234;tre plus l'ann&#233;e prochaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne me porte pas tr&#232;s bien et le service est tr&#232;s p&#233;nible en hiver pour mon mari.
&lt;br /&gt;&#8212; Bah&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais l'hiver vous devez &#234;tre bloqu&#233;s par la neige et par le mauvais temps et personne ne passe, sans doute.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que non pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les gens de Vassieux et du Rousset et de plus loin descendent tout de m&#234;me &#224; Die et il faut souvent les aider &#224; passer m&#234;me dans la nuit quand la tourmente rage
&lt;br /&gt;&#8212; Bigre, ce ne doit pas &#234;tre gai, en effet.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous ne pouvez pas vous en faire une id&#233;e. Le vent accumule la neige &#224; l'entr&#233;e du tunnel et toutes les heures il faut la d&#233;blayer &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'entasse &#224; certains endroits, il faut tailler des passages, on n'en finit jamais.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais ne risquez-vous pas d'&#234;tre emport&#233;s par une avalanche comme le fut, je crois, dans la nuit, la famille enti&#232;re de votre pr&#233;d&#233;cesseur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Non, le refuge &#233;tait mal plac&#233; autrefois, mais o&#249; il est maintenant, nous ne risquons rien.
&lt;br /&gt;&#8212; Tout de m&#234;me, ce doit &#234;tre ennuyeux de se voir si maltrait&#233; par le temps, quand on sait et qu'on voit d'ici qu'il fait beau dans la vall&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est bien pour cela que nous avons l'intention de quitter ce poste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons &#224; Chamaloc une propri&#233;t&#233; que nous ferons valoir.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous ne verrez plus les touristes de passage qui doivent &#234;tre pour vous des habitu&#233;s.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est la seule raison qui nous retient encore. Il passe ici de plus en plus des touristes, en auto, &#224; bicyclette, &#224; pied, et bien souvent les m&#234;mes reviennent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on finit par se conna&#238;tre. Tenez, il vient beaucoup de Lyonnais et de St&#233;phanois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on me demande si telle ou telle personne est venue, et ce va-et-vient me distrait.
&lt;br /&gt;&#8212; Et pourquoi n'auriez-vous pas, comme j'en ai vu chez plusieurs de vos coll&#232;gues des hautes altitudes, un livre o&#249; les touristes s'inscriraient &#224; leur passage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On aurait ainsi des nouvelles indirectes les uns des autres. Pour mon compte, j'ai &#233;t&#233; parfois agr&#233;ablement surpris de trouver de cette fa&#231;on la trace du passage de personnes que je ne croyais pas touristes au point d'aller, par exemple, au col d'Allos ou au col d'Izoard.
&lt;br /&gt;&#8212; Il en passe trop ici, et le livre serait vite plein.
&lt;br /&gt;&#8212; Surtout si quelques-uns, au lieu de dater et de signer simplement, ajoutaient une page de consid&#233;rations sur leur &#233;tat d'&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je terminai mon repas par une tasse de bon caf&#233; tr&#232;s sucr&#233;, et &#224; 15 heures moins le quart je repris le chemin par lequel j'&#233;tais venu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Die ne me pla&#238;t pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s qu'on est engag&#233; dans les lacets, la vue devient tr&#232;s born&#233;e et la vall&#233;e de la Dr&#244;me n'a rien d'ensorcelant, tandis que la descente de la Vernaison jusqu'&#224; Pont-en-Royans est toujours tr&#232;s int&#233;ressante. Sur le Vercors, le ciel s'obstinait &#224; rester couvert, mais d&#232;s que je fus &#224; Pont-en-Royans, le temps se mit carr&#233;ment au beau. En quittant Saint-Nazaire &#224; cinq heures, j'eus sous les yeux, gr&#226;ce &#224; un heureux concours de circonstances, un tableau merveilleux par sa couleur recoin de nature qu'on s'accorde &#224; trouver charmant m&#234;me sous la pluie (Et &#224; cette heure o&#249; le soleil s'inclinait d&#233;j&#224; sur l'horizon, splendide, &#233;blouissant. La Bourne verte, les terres empourpr&#233;es, les toits rouges, les murs blancs et gris, les pr&#233;s d'un vert cru et les bois lointains sombres et. plus lointaine encore la ligne ind&#233;cise des montagnes violettes... ce fut une magique apparition. J'en fus saisi au point de mettre pied &#224; terre et de m'absorber quelques minutes dans la contemplation de ce chef-d'&#339;uvre de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je connais nombre de cyclistes qui pour rien au monde ne voudraient refaire une route d&#233;j&#224; faite deux ou trois fois. C'est en vain qu'on leur dit que la nature sait se parer de s&#233;ductions infinies et toujours diff&#233;rentes pour ceux qui l'appr&#233;cient et qu'il est bien rare de revoir deux fois absolument conforme un paysage quelconque. Ce n'est pas &#224; ces cyclistes que sont destin&#233;es les surprises comme celle qui m'attendait ce jour-l&#224; &#224; ce point pr&#233;cis o&#249; j'avais d&#233;j&#224; pass&#233; au moins une douzaine de fois sans y voir autre chose qu'un joli site.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;loignai avec le regret de n'&#234;tre pas pas peintre pour rendre ce que j'avais sous les yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quelle palette serait assez riche pour fixer sur la toile l'extraordinaire coloris que le concours fortuit du soleil et des nuages, de l'ombre et de la lumi&#232;re, donnait, &#224; cette heure pr&#233;cise, &#224; tout ce que je pouvais embrasser d'un regard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de dire que n'ayant plus en perspective que du transport en pays plat ou &#224; peine ondul&#233;, j'avais repris le jeu de 7m, 40 ci-de 5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; et que, tant&#244;t sur l'un tant&#244;t sur l'autre de ces d&#233;veloppements, je filai bon train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la nuit s'approchait, les routes &#233;taient encombr&#233;es de promeneurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici c'&#233;tait la vogue, l&#224;, on dansait sur la route, et dans ces conditions il est dangereux de vouloir passer quand m&#234;me &#224; grande allure, quand on est myope comme je le suis. Aussi, apr&#232;s Tournon mon allure tomba-t-elle tout &#224; coup &#224; 15 &#224; l'heure et je n'arrivai &#224; Andance (266 kilom.) qu'&#224; 17 heures et demie. J'y passai la nuit et rentrai le lendemain matin en trois heures (54 kilom.), ayant en somme atteint mon but en d&#233;montrant que l'excursion du Vercors jusqu'au col du Rousset inclusivement, pouvait &#234;tre rang&#233;e parmi les simples excursions dominicales de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; qui s'entendent avec d&#233;part &#224; 2 ou 3 heures et rentr&#233;e &#224; 17 ou 20 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est une des plus attrayantes, soit que l'on choisisse comme point terminus le Villard-de-Lans, la for&#234;t de Lente ou le col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vj&#233;eocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Nyctocyclades</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article556</link>
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		<dc:date>2023-10-12T09:38:52Z</dc:date>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Lyon</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Ventoux</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>
		<dc:subject>Ard&#232;che</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;D'une nuit pass&#233;e sur la route, je suis toujours sorti, d&#232;s l'aube naissante, comme d'un r&#234;ve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; impression bizarre qui m'&#233;treignait irr&#233;sistiblement... J'ai beaucoup aim&#233; p&#233;daler la nuit, seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant nos &#233;tapes de vingt-quatre et de quarante heures, les heures nocturnes n'&#233;taient pas les moins agr&#233;ables, surtout quand la lune voulait bien se mettre de la partie...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;Ard&#232;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/IMG/logo/0759-52a2d.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L337xH503/0759-53e76.jpg?1788124601' width='337' height='503' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les premiers cyclistes n'h&#233;sitaient pas &#224; rouler la nuit. Le danger automobile &#233;tait peu important m&#234;me s'il allait croissant au fil du 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. Les cong&#233;s &#233;taient rares, et pour aller loin toutes les heures de libert&#233; &#233;taient mises &#224; profit. Rouler la nuit fut donc une &#233;vidence, et un charme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y eut des lanternes &#224; bougie, &#224; huile, &#224; p&#233;trole, cependant la plus utilis&#233;e fut la lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne, avant la g&#233;n&#233;ralisation de l'&#233;clairage &#233;lectrique dans l'entre-deux-guerres. Ce gaz est produit par la r&#233;action entre des cailloux de carbure de calcium et de l'eau. Enflamm&#233;, il &#233;met une lumi&#232;re blanche. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; jusqu'&#224; l'apparition des diodes &#233;lectroluminescentes en sp&#233;l&#233;ologie. Paul de Vivie qui a tout essay&#233; lui &#233;tait plut&#244;t fid&#232;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa myopie et ses erreurs de navigations lui jouaient parfois des tours, et les nuits &#224; bicyclettes ne manquaient pas de petites p&#233;rip&#233;ties. Avoir un &#233;clairage &#233;tait aussi important en ville pour &#233;viter une amende de la mar&#233;chauss&#233;e. Dans la randonn&#233;e pascale de 1928, cont&#233;e par Philippe Marre, les St&#233;phanois n'avaient que des lampes de poches qu'ils allumaient seulement dans les bourgs, roulant sinon au clair de lune.&lt;br class='autobr' /&gt;
En roulant l'hiver, la nuit posait la question de la temp&#233;rature : les refroidissements dus &#224; la moiteur &#233;taient redout&#233;s. Ce risque avait m&#234;me &#233;t&#233; un argument contre la roue libre, surnomm&#233;e un temps la machine &#224; pleur&#233;sie par le capitaine Perrache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Parcourons donc quelques r&#233;flexions et v&#233;loch&#233;es nocturnes de l'ap&#244;tre du cyclotourisme au fil de la vall&#233;e du Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;MARLHES-LA-LOUVESC-ANNONAY-1889&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='MARLHES-LA-LOUVESC-ANNONAY-1889'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARLHES&lt;/span&gt;. &#8211; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOUVESC&lt;/span&gt;. &#8211; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ANNONAY&lt;/span&gt;., 1889&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;L'heure la plus agr&#233;able pour se promener sous les bois est celle o&#249; le soleil commence &#224; s'abaisser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; alors la chaleur accablante du milieu du jour est combattue par la brise naissante du soir, l'ombre des arbres s'&#233;tend de plus en plus et vous d&#233;robe aux derni&#232;res ardeurs du soleil &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; petit &#224; petit, le jour diminue, la clart&#233; s'amoindrit &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec le cr&#233;puscule, la brise augmente et les feuilles agit&#233;es se mettent &#224; babiller&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des voix ind&#233;cises, des bruits &#233;tranges s'&#233;l&#232;vent du sein de la for&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; mesure que la nuit s'&#233;paissit, le myst&#232;re redouble&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#226;me s'impressionne, un sentiment de crainte et de curiosit&#233; l'envahit &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans ce long murmure des bois que le vent agite, on croit distinguer les voix querelleuses des faunes et des sylvains, et les cris de frayeur des nymphes qui fuient. Si, &#224; ce moment, un p&#226;le rayon de lune vient jouer &#224; la cime des pins et p&#233;n&#232;tre &#224; travers le feuillage, le tableau s'anime &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous cette blafarde lumi&#232;re, tous les objets rev&#234;tent des formes fantastiques, et, &#224; condition que la frayeur ne vous paralyse pas, vous allez vous sentir transport&#233; dans un monde surnaturel. Ces eaux qui roulent de rocher en rocher sanglotent, ces insectes nocturnes qui froissent les feuilles &#224; vos c&#244;t&#233;s sont des ennemis invisibles et rampants, ces branches qui se heurtent, s'inclinent, se rel&#232;vent, se rejettent &#224; droite et &#224; gauche, ne sont-ce pas des &#234;tres vivants, occup&#233;s &#224; quelque besogne sinistre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ces craquements lugubres qui, par intervalles, arrivent &#224; vos oreilles, ne dirait-on pas un cercueil qu'on s'efforce de d&#233;clouer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et ce rayon qui danse dans cette clairi&#232;re, n'est-ce pas un fant&#244;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? N'est-ce pas un spectre sorti des t&#233;n&#232;bres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue qu'une fois, m'&#233;tant laiss&#233; surprendre par la nuit dans une gorge des plus sauvages, je ne me sentis pas tr&#232;s rassur&#233; d&#232;s que la lune vint donner aux rochers bizarrement d&#233;coup&#233;s qui m'entouraient des allures suspectes, monstres grima&#231;ants, sorci&#232;res chevauchant sur le balai classique, bandits embusqu&#233;s, pendus contorsionn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon imagination avait beau jeu et me jouait des tours pendables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour un rien, j'aurais pris carr&#233;ment la fuite.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'occupais ainsi mes pens&#233;es en me rem&#233;morant mes excursions p&#233;destres d'autrefois, et je roulais paresseusement &#224; une allure de 10 kilom&#232;tres &#224; l'heure sur le plateau de La R&#233;publique.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Marlhes. &#8211; La Louvesc. &#8211; Annonay.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, juillet 1889, p.166-173, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;CHRONIQUES-LOCALES-DE-VELOCIO-OCTOBRE-1891&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='CHRONIQUES-LOCALES-DE-VELOCIO-OCTOBRE-1891'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CHRONIQUES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCALES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OCTOBRE&lt;/span&gt; 1891&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La reine bicyclette continue &#224; faire des conqu&#234;tes et &#224; op&#233;rer des prodiges dans notre bonne ville de Saint-&#201;tienne, qui s'est montr&#233;e si longtemps insensible &#224; ses coquetteries. Tout le monde veut en go&#251;ter, et elle est assez bonne fille pour donner aux uns ce qui leur manque et enlever aux autres ce qu'ils ont de trop. Les hommes trop gras maigrissent et les trop maigres engraissent, que c'est une b&#233;n&#233;diction&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se moquait volontiers, autrefois, quand je pr&#233;disais ces choses extraordinaires et que je recommandais le cycling comme un rem&#232;de &#224; tous les maux, une sorte de panac&#233;e universelle. Aujourd'hui, l'on est convaincu ou &#224; peu pr&#232;s, et la docte Facult&#233; que les dieux ont charg&#233;e de veiller &#224; la sant&#233; de l'humanit&#233; a fini elle-m&#234;me par reconna&#238;tre que la pratique du v&#233;locip&#232;de &#233;tait souveraine contre les maladies du foie et de l'estomac, contre les migraines et les n&#233;vroses, contre les rhumatismes et la goutte, contre l'hypocondrie et la cachexie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; alors contre quoi n'est-elle pas souveraine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a gu&#232;re que les noy&#233;s, les pendus et les asphyxi&#233;s qu'elle soit impuissante &#224; gu&#233;rir, et encore... il suffirait de s'y prendre &#224; temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le v&#233;locip&#232;de ne se contente pas d'&#234;tre utile aux humains, il tient surtout &#224; leur &#234;tre agr&#233;able, et j'ai pu go&#251;ter, gr&#226;ce &#224; lui, un tas de plaisirs qui m'avaient &#233;t&#233; auparavant d&#233;fendus. Je n'en citerai qu'un, le dernier : combien de fois n'avais-je pas fait l'ascension du Pilat et abreuv&#233; de mon sang les petits parasites qui hantent les lits de la Jacerie, dans l'espoir toujours d&#233;&#231;u de voir, du Cr&#234;t de la Perdrix, le soleil se lever derri&#232;re les Alpes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me couchais le samedi soir par un ciel superbement clair, en bien recommandant de m'&#233;veiller de bonne heure, et r&#233;guli&#232;rement, le lendemain matin, les brouillards couvraient les alentours, et il ne me restait qu'&#224; payer ma note et &#224; redescendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des gens que la guigne poursuit jusqu'au jour o&#249; ils peuvent mettre la main sur un f&#233;tiche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, en cette circonstance, mon f&#233;tiche a &#233;t&#233; ma bicyclette, et je puis enfin dire que j'ai vu un lever de soleil au Pilat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voici comment :&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pochard qui menait un train d'enfer, alors qu'un agent le menait lui-m&#234;me au poste, m'&#233;veille en sursaut, ce matin, 30&#160;septembre. Je mets le nez &#224; la fen&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un temps superbe, un ciel &#233;toil&#233;, un air ti&#232;de&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trois heures allaient sonner, une id&#233;e me vint : Si j'allais au Pilat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le soleil ne se l&#232;ve pas avant six heures, j'aurai le temps d'arriver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix minutes plus tard, j'avais boucl&#233; mon portemanteau sur le guidon, allum&#233; ma lanterne et je roulais dans la rue de Roanne. &#192; cette heure matinale, je n'&#233;tais pas g&#234;n&#233; par la circulation, et je filais, sans encombre, par la grande art&#232;re et la rue Badouill&#232;re, jusqu'au cours Fauriel, o&#249; le macadam me permit d'acc&#233;l&#233;rer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s le Rond-Point, nuit noire que la flamme vacillante de mon fanal n'illuminait que faiblement et La p&#226;le clart&#233; qui tombait des &#233;toiles ne m'&#233;tait pas d'un grand secours pour &#233;viter cailloux et orni&#232;res. Aussi n'avanc&#233;-je que lentement et n'arriv&#233;-je au Portail-Rouge qu'&#224; trois heures vingt&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais parti &#224; trois heures sonnantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tr&#232;s gai, direz-vous peut-&#234;tre, d'aller ainsi seul, en pleine nuit, par les routes d&#233;sertes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; eh bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cela d&#233;pend de l'&#233;tat d'esprit dans lequel on se trouve, et je ne m'ennuyais pas du tout. Cela me semblait, au contraire, tr&#232;s dr&#244;le, de me sentir si rapidement transport&#233; d'un lit bien doux sur un chemin montant, cahoteux, malais&#233;. Le changement avait &#233;t&#233; si prompt, qu'il m'&#233;tait loisible de croire que je r&#234;vais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Portail-Rouge, la pente se radoucit jusqu'&#224; l'entr&#233;e de Rochetaill&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'augmente donc le train, et j'aper&#231;ois soudain, &#224; cent m&#232;tres devant moi, une lueur vague qui se prom&#232;ne au ras du sol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien de surprenant dans cette apparition, c'est un fr&#232;re cycliste qui a eu la m&#234;me id&#233;e que moi, et qui va voir aussi le soleil se lever.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas que les grands esprits qui se rencontrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons route ensemble. Toujours pas le moindre encombrement sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voici pourtant une voiture, sans fanal naturellement, qui nous croise juste &#224; un endroit o&#249; un tas de pierres r&#233;tr&#233;cit le chemin au point de nous forcer &#224; descendre pour la laisser passer. Si nous n'avions pas eu nos lanternes allum&#233;es, nous &#233;tions bel et bien culbut&#233;s dans le ravin ou sous les roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avis aux jeunes cyclistes inexp&#233;riment&#233;s, qui vont la nuit &#224; l'aveuglette.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Rochetaill&#233;e, une joyeuse noce danse encore dans une salle d'auberge, et les voitures sont sur la route, pr&#234;tes &#224; emmener &#233;poux et invit&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'encombrement qui en r&#233;sulte et la mont&#233;e qui devient p&#233;nible nous d&#233;cident &#224; mettre pied &#224; terre d&#233;finitivement et &#224; pousser nos bicyclettes jusqu'au hameau d'Issertine, environ trois kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le plateau, jusqu'&#224; la Barbanche, et au-del&#224;, jusqu'au Bessat, la pente s'adoucit et, malgr&#233; quelques raidillons et de nombreuses nappes de pierres fra&#238;chement &#233;tendues sur la route, nous arrivons au Bessat (1.200 m&#232;tres d'altitude) &#224; cinq heures moins cinq.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'horizon, devant nous, est splendidement color&#233; d'orange, de bleu et de lilas, teintes ombr&#233;es, se fondant entre elles avec un art infini et des nuances si bien gradu&#233;es qu'il est impossible de dire o&#249; le violet commence et o&#249; l'azur finit. Le mince croissant de la lune, qui avait &#224; peine eu le temps de s'&#233;lever de quelques degr&#233;s dans le ciel, s'&#233;vanouissait rapidement, et les &#233;toiles p&#226;lissaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela nous annon&#231;ait l'arriv&#233;e du soleil plus t&#244;t que nous ne l'attendions, et comme il nous restait pas mal de chemin &#224; faire pour atteindre le sommet du Pilat, il fallait se h&#226;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour aller rejoindre la route carrossable qui m&#232;ne au pied du Cr&#234;t de la Perdrix, il faut, apr&#232;s avoir pass&#233; la Croix de Chabourey, descendre d'environ cinq cents m&#232;tres sur la route de Colombier, descente malencontreuse qui ne sert qu'&#224; rendre plus roide la mont&#233;e finale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on trouve alors &#224; gauche un chemin &#233;troit, mais assez bien entretenu, o&#249; l'on ne tarde pas &#224; rencontrer un premier raidillon, suivi de pas mal d'autres, qui nous donnent souvent envie de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas le moment de faire de la sensiblerie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous p&#233;dalons au contraire vivement, sans &#233;gards pour nos deux carcasses humaines, qui suent &#233;perdument. Nous arrivons ainsi en vingt minutes au pied du monticule de pierres et de gazon qui forme le pic culminant des monts qui s&#233;parent, dans notre d&#233;partement, le bassin du Rh&#244;ne de celui de la Loire. Nous n'avons plus qu'&#224; pousser pendant dix minutes nos bicyclettes jusqu'au bord des chirats que nous escaladons enfin, si bien qu'&#224; cinq heures et demie pr&#233;cises, c'est-&#224;-dire deux heures et demie apr&#232;s avoir quitt&#233; la place Marengo, nous saluons de nos exclamations enthousiastes la cha&#238;ne des Alpes qui se d&#233;tache avec une nettet&#233; &#233;tonnante &#224; l'horizon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, l'&#233;norme masse du Mont-Blanc, qui ressemble &#224; un bonnet phrygien inclin&#233; vers le Nord&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en face, un d&#244;me arrondi dont nous ignorons le nom, et &#224; droite, une multitude de pics qui d&#233;croissent &#224; perte de vue dans le Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait d'une limpidit&#233; absolue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec une puissante lunette, on aurait pu fouiller dans tous ses coins et recoins le panorama splendide que nous avions sous les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dentelures des Alpes se dessinaient en blanc ros&#233; sur un fond orange dont l'uniformit&#233; ne laissait pas deviner de quel point pr&#233;cis allait surgir le soleil. Se l&#232;verait-il entre ces deux pics ou derri&#232;re ce d&#244;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il e&#251;t &#233;t&#233; difficile de le dire. Soudain, une boule de feu bondit dans l'espace comme lanc&#233;e par une raquette et, sans transition aucune, le soleil nous appara&#238;t dans tout son &#233;clat, aussi brillant qu'en plein midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, le rideau de montagnes qui nous le cachait auparavant semble dispara&#238;tre et ses d&#233;coupures bizarres deviennent confuses et indistinctes. Des bois qui avoisinent le sommet, mille cris d'oiseaux montent jusqu'&#224; nous et les brins d'herbe commencent &#224; s'humecter de ros&#233;e... Le r&#233;veil de la nature, quoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le soleil s'est lev&#233; pour nous le 30&#160;septembre, &#224; six heures moins onze minutes, deux bons quarts d'heure au moins avant qu'il ne se montr&#226;t aux paresseux qui l'attendaient &#224; Saint-&#201;tienne dans leur lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de redescendre du Cr&#234;t de la Perdrix, nous essayons de reconna&#238;tre les montagnes qui nous environnent de toutes parts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous ne poss&#233;dons, l'un et l'autre, ni d'assez bons yeux, ni des notions assez pr&#233;cises sur l'orographie de notre pays pour donner des noms &#224; tous les sommets que nous distinguons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; six heures pr&#233;cises, je quitte mon compagnon, qui d&#233;sirait passer dans la montagne toute la matin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfourche ma bicyclette &#224; dix m&#232;tres du Cr&#234;t et je descends &#224; travers les bouquets d'airelles et les touffes de gazon jusqu'&#224; la route sur laquelle je file grand train, br&#251;lant le Bessat, Issertine, Rochetaill&#233;e, et me retrouvant place Marengo &#224; sept heures sonnantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on peut m'indiquer un moyen de locomotion plus pratique et plus rapide que le v&#233;locip&#232;de pour aller voir au Pilat le lever du soleil et rentrer &#224; Saint-&#201;tienne une heure apr&#232;s, je m'engage &#224; ne plus toucher un guidon de ma vie.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Chroniques locales de V&#233;locio&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1891, Source archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PE&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;R1328_2&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;ETAPES-NOCTURNES-1929&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='ETAPES-NOCTURNES-1929'&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TAPES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOCTURNES&lt;/span&gt;, 1929&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai beaucoup aim&#233; p&#233;daler la nuit, seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant nos &#233;tapes de vingt-quatre et de quarante heures, les heures nocturnes n'&#233;taient pas les moins agr&#233;ables, surtout quand la lune voulait bien se mettre de la partie...&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoiqu'on ne puisse raisonnablement assurer que le tourisme trouve son compte dans ces &#233;tapes nocturnes et qu'un beau paysage gagne &#224; &#234;tre vu sous la p&#226;le clart&#233; qui tombe des &#233;toiles, il est incontestable que certains aspects de la Nature sont plus saisissants, &#233;clair&#233;s par la lune que par le soleil. Les hautes montagnes, par exemple, aux cr&#234;tes d&#233;chiquet&#233;es, les glaciers, les torrents qui grondent en des gorges profondes ou glissent sur les roches brillantes dans le silence de la nuit, m'ont toujours plus impressionn&#233; que le jour. Avec la lune, pas de p&#233;nombre : le clair et l'obscur se succ&#232;dent sans interruption, et cette simple diff&#233;rence d'&#233;clairage donne &#224; un paysage comme un aspect tellement chang&#233; qu'on ne le reconna&#238;t plus. Il y a plus : on se sent, la nuit, plus enclin &#224; la r&#234;verie, plus &#233;mu par le myst&#232;re des choses, plus &#233;cras&#233; par l'Infini, l'universalit&#233;, par tout cet inconnaissable &#233;ternel, dont nous avons la notion sans pouvoir nous l'expliquer. D'une nuit pass&#233;e sur la route, je suis toujours sorti, d&#232;s l'aube naissante, comme d'un r&#234;ve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; impression bizarre qui m'&#233;treignit irr&#233;sistiblement la premi&#232;re fois, voil&#224; plus de trente ans, quand je grimpai avant le jour de Brian&#231;on au Galibier. L'esprit touristique s'alimente d'irr&#233;el aussi bien que de r&#233;el, et d'une &#233;tape nocturne il peut rapporter d'inoubliables sensations.... &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas &#224; ce point de vue, peut-&#234;tre trop personnel, que les nyctocyclades, pour emprunter &#224; nos amis de Paris leur expression favorite, sont le plus recommandables. Elles nous permettent d'&#233;loigner beaucoup le but d'une excursion dominicale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la fra&#238;cheur de la nuit nous repose des ardeurs du jour pendant les mois caniculaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous &#233;chappons aux dangers de la circulation diurne, de jour en jour plus intense. Ces trois principaux avantages m&#233;ritent d'&#234;tre pris en consid&#233;ration quand on &#233;tablit le plan des randonn&#233;es hebdomadaires que nous conseillons &#224; tous les s&#233;dentaires riv&#233;s au bureau, au comptoir ou &#224; l'atelier pendant toute la semaine. En partant le samedi &#224; midi pour ne rentrer que le lundi &#224; 6 heures, quitte &#224; dormir quelques heures en cours de route, aussi bien le jour que la nuit, on peut envisager des circuits de 400, 500, voire 600 kilom&#232;tres, suivant ses forces et son entra&#238;nement, qui vous feront voir pas mal de pays, tout en vous ramenant frais et dispos, si vous avez su vous bien comporter chemin faisant, surtout bien vous alimenter.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cette incursion dans le domaine de l'alimentation semble nous avoir &#233;loign&#233;s des nyctocyclades&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'en est rien, car c'est la nuit surtout qu'il est important de bien s'alimenter, de ne jamais laisser tomber la pression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'a pas, en effet, &#224; subvenir seulement &#224; la d&#233;pense musculaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la fra&#238;cheur nocturne tend &#224; abaisser la temp&#233;rature du corps qu'il faut maintenir &#224; son niveau normal. Il faut donc avoir le sac &#224; provisions bien garni et, dans ce sac, un r&#233;cipient m&#233;tallique bien clos, contenant la valeur d'un bol de caf&#233; au lait ou de chocolat, qu'on puisse le matin, une heure avant le lever du soleil, placer sur un feu de bois, ou m&#234;me de papier, diversion aussi amusante qu'utile, seule capable de vous faire passer agr&#233;ablement les quelques heures de transition entre la nuit et le jour, heures comme on le sait, d&#233;primantes pour qui n'a pas dormi. On s'offrirait m&#234;me, apr&#232;s ce d&#233;jeuner chaud une petite sieste, que personne n'y trouverait &#224; redire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout serait, au contraire, pour le mieux et ce ne serait certes pas l&#224; du temps perdu pour la longueur de l'&#233;tape. L'essentiel est d'&#234;tre alors bien couvert, car la fra&#238;cheur matinale vous p&#233;n&#232;tre vite tra&#238;treusement quand on s'immobilise dans cet &#233;tat de moiteur o&#249; nous met une longue d&#233;pense d'&#233;nergie. Adoss&#233; &#224; un arbre, assis sur un morceau de bois, ou simplement sur le sol quand il &#233;tait sec, les genoux relev&#233;s et les pieds butt&#233;s, j'ai pu, envelopp&#233; compl&#232;tement dans mon imperm&#233;able, dormir une heure, m&#234;me sous une petite pluie, avant de trouver ma position incommode&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand j'&#233;prouvais le besoin de m'&#233;tirer, je repartais, et quelques kilom&#232;tres men&#233;s bon train me remettaient sous pression. Ces instants de repos, quoique courts, sagement r&#233;partis le long d'un itin&#233;raire de quelques milliers de kilom&#232;tres, permettraient, qui sait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? de faire des &#233;tapes non plus de quarante heures, mais d'une semaine. Je regrette de ne l'avoir pas essay&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre le pourrais-je encore, mais on me dit de tant de c&#244;t&#233;s qu'il ne faut pas faire d'imprudence, que je ne suis plus jeune, et patati, et patata&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, il y a l&#224; une exp&#233;rience &#224; tenter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je la l&#232;gue aux randonneurs pr&#233;sents et futurs de l'E.&#8239;S. Je suis, d'ores et d&#233;j&#224;, assur&#233; qu'ils feront par cette m&#233;thode et &#224; tr&#232;s peu de frais, le tour de France beaucoup plus vite que ne le feront en juillet prochain les as&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les rois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!, les g&#233;ants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! de la route, qui arrivent p&#233;niblement &#224; la vitesse commerciale de 8 &#224; l'heure, malgr&#233; tout l'argent qu'on d&#233;pense pour leur entretien, les soins qu'on leur donne, les applaudissements qu'on leur prodigue et les dithyrambes dont les encensent Desgranges, Ravaud et tous les r&#233;dacteurs sportifs de France et de Navarre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'important, je le r&#233;p&#232;te, pendant les haltes nocturnes, c'est de ne pas avoir froid, surtout aux pieds, qu'il suffira d'envelopper de papier et de cacher sous l'imperm&#233;able. M&#234;me quand on p&#233;dale, on ne parvient pas toujours, la nuit, &#224; se r&#233;chauffer et il m'arriva, en octobre 1901, d'attraper un gros rhume, pour avoir termin&#233; une &#233;tape assez longue qui m'avait valu plusieurs su&#233;es cons&#233;cutives, en p&#233;dalant le soir de Villefranche &#224; Lyon sur les bords de la Sa&#244;ne. Je ne pouvais, &#224; cause de l'obscurit&#233;, aller assez vite pour me r&#233;chauffer et j'aurais d&#251;, bien qu'il ne f&#238;t pas froid, rev&#234;tir mon imperm&#233;able ou changer de linge, car tous mes v&#234;tements &#233;taient humides de sueur. Au d&#233;but, l'impression de fra&#238;cheur sur l'&#233;piderme &#233;chauff&#233; par le travail du jour avait &#233;t&#233; tr&#232;s calmante, mais elle ne tarda pas &#224; devenir d&#233;sagr&#233;able et ne pouvant, par un p&#233;dalage intensif, ramener la chaleur &#224; la peau, je fus bient&#244;t lard&#233; de frissons et je payai mon imprudence par quinze jours de malaise. Donc, la nuit, couvrez-vous, m&#234;me si vous p&#233;dalez, et si vous vous arr&#234;tez, couvrez-vous davantage.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#201;tapes nocturnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Mai-juin 1929, p.47-49, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;D-AMBERIEU-A-AMBERIEU-1898&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='D-AMBERIEU-A-AMBERIEU-1898'&gt;D'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AMB&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RIEU&lt;/span&gt; &#192; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AMB&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RIEU&lt;/span&gt;, 1898&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La nuit, dans cette gorge, se fait plus noire malgr&#233; le clair de lune et plus froide aussi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'applique un journal sur la poitrine, un autre dans le dos, rel&#232;ve le col de mon veston, enfonce ma casquette jusqu'aux oreilles et vogue la gal&#232;re, en route pour la gare d'Amb&#233;rieu. &#192; Saint-Rambert, les gens se couchent, &#224; Torcieu ils sont couch&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais pourtant un renseignement &#224; demander. Baste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! j'irai &#224; l'aventure.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;D'Amb&#233;rieu &#224; Amb&#233;rieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Ao&#251;t 1898, re-publi&#233; en 1948, R&#233;trospective p.151&#8195;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;UN-RAID-DE-600-KM-A-BICYCLETTE-1900&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='UN-RAID-DE-600-KM-A-BICYCLETTE-1900'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UN&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RAID&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; 600 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;KM&lt;/span&gt; &#192; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BICYCLETTE&lt;/span&gt;, 1900&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le ciel s'&#233;tait peu &#224; peu d&#233;barrass&#233; des nuages, les &#233;toiles brillaient et la lune nous &#233;clairait splendidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si j'avais &#233;t&#233; seul j'aurais probablement p&#233;dal&#233; toute la nuit et le soleil levant m'aurait trouv&#233; bien pr&#232;s de Marseille. On &#233;prouve &#224; voyager la nuit une sensation toute particuli&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se sent plus pr&#232;s encore de la nature, plus loin de la civilisation &#233;nervante et d&#233;primante qui nous &#233;treint et dont l'ultime stade est l'asile d'ali&#233;n&#233;s.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Un raid de 600 km &#224; bicyclette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1900, p.66 &#224; 72, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;VERS-LA-MEDITERRANEE-1899&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='VERS-LA-MEDITERRANEE-1899'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VERS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; M&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DITERRAN&lt;/span&gt;&#201;E, 1899&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On se sent en somme entre les mains de quelqu'un plus puissant que soi et on se laisse aller, car si l'on devait toujours marcher avec la prudence pour guide on ne ferait pas du 25 et m&#234;me du 30 &#224; l'heure au clair de la lune, comme je le fais en ce moment sur une route que je ne connais ni d'&#200;ve ni d'Adam. La route est redevenue solitaire et muette, pas trop solitaire pourtant, car voici une ombre suspecte qui rase le buisson et que ma soudaine apparition a l'air de surprendre : il siffle comme pour avertir un complice. C'est assur&#233;ment un maraudeur et la vue d'une roulotte &#233;chou&#233;e un peu plus loin me confirme dans cette peu charitable pens&#233;e. Il est sept heures et j'entre &#224; Mont&#233;limar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai donc abattu en une heure, arr&#234;ts compris, 23 kilom&#232;tres depuis Loriol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est encore trop t&#244;t pour souper, allons plus loin. J'allume ma lanterne et je traverse, selon mon habitude, tout doucement la ville : elle est peu &#233;clair&#233;e et je n'y vois goutte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je longe un promenoir, passe devant quelques caf&#233;s et j'ai la chance d'&#234;tre rattrap&#233; par un jeune cycliste qui r&#233;pond tr&#232;s complaisamment &#224; mes demandes de renseignements. J'apprends ainsi que Donz&#232;re, le village prochain, est &#224; 14 kilom&#232;tres, qu'on y peut souper et coucher bien convenablement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'Orange, que j'avais un instant esp&#233;r&#233; atteindre, est &#224; 52 kilom&#232;tres de Mont&#233;limar, que la route est constamment fort belle et qu'on y a fait r&#233;cemment une course de cent kilom&#232;tres. Je vais avoir &#224; gravir une c&#244;te assez dure dite de Bel-Air, &#224; mi-chemin de Donz&#232;re et &#224; ce propos mon compagnon me demande quel est mon d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8212; En ce moment j'ai 7m,25, lui dis-je, mais j'en ai trois autres plus faibles &#224; ma disposition. &#8212; Eh bien, fait-il, je vous engage &#224; prendre le plus petit pour faire la c&#244;te de Bel-Air. Diable, murmurai-je in petto, y aurait-il vraiment sur une aussi belle route du 8 ou du 10&#8239;%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il doit exag&#233;rer, ce jeune homme, et il n'est pas pour rien du Midi. Il exag&#233;rait, en effet, et bien qu'un peu dure pour 7m,25 la c&#244;te de Bel-Air a c&#233;d&#233; devant la selle oscillante et les bouff&#233;es de vent favorable qui soutenaient mon &#233;lan : je l'ai sentie mais ne l'ai pas vue, ou du moins je n'ai pu me rendre compte au clair de la lune de son intensit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre est-ce un peu pour cela que je n'ai pas chang&#233; de multiplication. Apr&#232;s cette c&#244;te, une s&#233;rie de descentes que je d&#233;vale vraiment un peu trop vite et j'atteins quelques maisons d&#233;j&#224; plong&#233;es dans l'obscurit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une femme est cependant l&#224; qui puise de l'eau &#224; une fontaine, je mets pied &#224; terre et lui demande d'abord si je suis bien &#224; Donz&#232;re, ensuite l'adresse d'un bon h&#244;tel. Elle m'indique l'h&#244;tel Laurent &#224; l'autre bout du village. J'y descends un instant apr&#232;s, il est 7&#8239;h.&#8239;45. 143 kilom&#232;tres me s&#233;parent d&#233;j&#224; de Saint-&#201;tienne et je crois fort que, sans les avaries survenues &#224; mon pneu, j'aurais pu coucher ce soir-l&#224; &#224; Orange &#224; 180 kilom&#232;tres de mon point de d&#233;part, ce qui e&#251;t constitu&#233; une belle &#233;tape pour une demi-journ&#233;e. C'est qu'un bon vent dans le dos est un fameux compagnon qui vous incite &#224; marcher parfois plus vite qu'il ne convient.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vers la M&#233;diterran&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1899 et 1900, p.216-22, p.243-246, p.36-41, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_6 et Le Cycliste, D&#233;cembre 1957, R&#233;trospective &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cyclo-Alpinisme &#224; la Sainte-Baume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;MON-RAID-PASCAL-1903&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='MON-RAID-PASCAL-1903'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MON&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RAID&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCAL&lt;/span&gt;, 1903&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Avant Pierrelatte, j'allume ma lanterne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une contravention toute r&#233;cente m'a mis la puce &#224; l'oreille, et je tiens &#224; &#234;tre en r&#232;gle avec l'autorit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je tourne Pierrelatte, dont la travers&#233;e m'est toujours d&#233;sagr&#233;able depuis un jour o&#249;, d&#233;rapant sur les mauvais pav&#233;s de sa rue &#233;troite, j'y ramassai une pelle de premi&#232;re grandeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, derechef, sur la grand'route solitaire, je me h&#226;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans pr&#233;cipitation, car je n'ose, d&#232;s qu'il fait nuit, maintenir les vives allures, vers l'arc de triomphe de Marius. La lune se h&#226;te aussi vers le c&#244;ne d'ombre qui doit l'engloutir cette nuit et jette sur le sol, en traits noirs, les torsions fr&#233;n&#233;tiques des branches sous les violentes pouss&#233;es du mistral. Depuis la croisi&#232;re de Boll&#232;ne un train me poursuit : arriverai-je avant lui au passage &#224; niveau de Mondragon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je m'imagine que les deux compagnons que j'ai laiss&#233;s derri&#232;re moi sont dans ce train et vont en passant inspecter la route. Il serait bien que je puisse r&#233;pondre : pr&#233;sent. J'en suis pour mes frais d'imagination&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le train me br&#251;le la politesse. Mondragon, Mornas, Piolenc, trois petits villages noy&#233;s d'ombre, se succ&#232;dent &#224; courts intervalles et ma vitesse se ralentit encore. Un coude soudain de la route vers le Nord-Ouest me permet de juger de la force du vent et de l'agr&#233;ment qu'on aurait &#224; remonter la vall&#233;e au lieu de la descendre. Avec 7m,25, il faut se coucher &#224; plat ventre sur le guidon faire jouer la selle oscillante et saisir les poign&#233;es basses du double guidon, pour franchir ce passage.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...Digression technique sur le guidon...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ainsi, le temps passe sur la route quand on est seul &#224; discuter avec soi-m&#234;me et les kilom&#232;tres se d&#233;vident sans qu'on s'en aper&#231;oive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au loin, brillent maintenant les premiers feux d'Orange&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la masse noire de l'arc de triomphe se dresse devant moi &#224; 20&#8239;h.&#8239;45.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mon Raid Pascal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Avril 1903, p. 65-77&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;NOEL-1904&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='NOEL-1904'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NO&lt;/span&gt;&#203;L, 1904&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les jours sont courts &#224; la No&#235;l et la nuit s'approche &#224; grands pas, mais je suis au Pouzin avant elle et, d&#233;sormais, sur routes connues, je marcherai sans pr&#233;occupation. &#192; Beauchastel, j'allume ma lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne, d'un type tr&#232;s ordinaire mais qui, depuis 18 mois, me fait un excellent service. En fait de lanterne, j'ai tout essay&#233; et je m'en tiens finalement &#224; l'ac&#233;tyl&#232;ne qui exige un peu plus de soins qu'un lampion &#224; bougie par exemple, mais qui est aussi bien plus &#233;clairante et plus s&#251;re contre le vent, bien que j'aie supprim&#233; le verre et que j'aille toujours flamme nue.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nuit, une nuit noire, sans lune et m&#234;me sans &#233;toiles, m'enveloppe, mon allure se ralentit et le froid me parait d'autant plus vif que je m'&#233;chauffe moins en p&#233;dalant. Cercle vicieux qui interdit presque les &#233;tapes vesp&#233;rales en hiver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car &#224; la fin d'une journ&#233;e pendant laquelle on s'est mis plus ou moins en moiteur, il est dangereux de se laisser surprendre par le froid, faute de pouvoir r&#233;agir par l'exercice. Aller vite, c'est s'exposer aux accidents&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aller lentement, c'est s'exposer aux refroidissements. Conclusion : je m'arr&#234;terai &#224; Tournon, Sarras ou Andance, et je ne rentrerai que le lendemain matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route de la rive gauche, beaucoup plus large et plus d&#233;serte, se pr&#234;te mieux &#224; la vitesse, m&#234;me la nuit, mais il y a de ce c&#244;t&#233;-ci trop de villages et trop de circulation. L'attention de tous les instants avec laquelle il faut tenir les regards fix&#233;s &#224; 25 ou 30 m&#232;tres devant soi finit par &#234;tre fatigante, et cependant la moindre distraction peut vous jeter sur un obstacle. J'ai ainsi failli aborder un immense char de foin qui, entrant soudainement dans la zone de lumi&#232;re, me fit l'effet d'un mur barrant la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des passants dont je n'apercevais le dos qu'au moment o&#249; eux-m&#234;mes, surpris par la clart&#233;, se retournaient, se jetaient devant moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, dans Tournon je heurtais l'arri&#232;re d'un char-&#224;-bras qui se baladait sur la route. J'allais tr&#232;s lentement : il n'y eut ni morts ni bless&#233;s, mais bien qu'il ne f&#251;t que 18 heures et demie et que j'eusse bien pu p&#233;daler encore une heure et arriver &#224; Andance, je m'arr&#234;tai &#224; l'h&#244;tel de l'Assurance.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Randonn&#233;es hivernales (No&#235;l)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1904, p.32-36, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;NOEL-AU-SOLEIL-1905&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='NOEL-AU-SOLEIL-1905'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NO&lt;/span&gt;&#203;L &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SOLEIL&lt;/span&gt;, 1905&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Supposant &#8212; mais j'ai &#233;t&#233; cette fois cruellement d&#233;tromp&#233; &#8212; que l'hiver, dans le Midi, &#233;tait toujours plus cl&#233;ment que dans nos montagnes, le 23&#160;d&#233;cembre dernier, je tournais vers Marseille les guidons de ma bicyclette no&#8239;5, impatiente de terminer ses &#233;preuves par un grand voyage. Je n'allais pas seulement vers le soleil, j'allais vers des compagnons de route que leur &#233;loignement ne me permet pas de rencontrer aussi souvent que je le voudrais, vers des sites que je ne me lasse pas de revoir. &#192; 6 heures, je me mis en route par un l&#233;ger clair de lune qui rev&#234;tait d'un charme particulier les bois blancs de givre et les rochers noirs. Un froid de loup, mais heureusement pas de bise. Je grimpai avec 2m,40, afin de ne pas &#234;tre en moiteur en abordant la longue descente, et j'atteignis &#224; 7 heures le col des grands bois.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[..]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;L'heure marchait, et Carry-le-Rouet, o&#249; nous devions passer la nuit, &#233;tait encore &#224; quelque 40 kilom&#232;tres. Nous nous h&#226;t&#226;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Velaux, Rognac, Marignane, o&#249; l'on garnit d'eau les lanternes, d&#233;fil&#232;rent rapidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous e&#251;mes un superbe coucher de soleil sur l'&#233;tang de Berre. D&#232;s que nous f&#251;mes engag&#233;s dans les sinuosit&#233;s du massif de l'Estaque, la nuit se fit plus noire et nos lanternes allum&#233;es fouill&#232;rent les bois de pins maritimes, de leurs vives lueurs. Nous marchions de front sur la route d&#233;serte et l'on y voyait comme en plein jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand la descente commen&#231;a, M.&#8239;D. passa devant et nous all&#226;mes &#224; quelque distance l'un de l'autre, sans que le moindre bruit r&#233;v&#233;l&#226;t notre pr&#233;sence, telles deux ombres pr&#233;c&#233;d&#233;es de feux follets. J'&#233;prouve toujours une &#233;trange sensation &#224; descendre la nuit dans les bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon &#234;tre se d&#233;double : une partie s'envole et plane je ne sais dans quelle r&#233;gion de l'au del&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre partie malheureusement, reste en &#233;quilibre tr&#232;s instable sur la bicyclette, somnole et risque de choir dans le foss&#233;. Ce soir-l&#224;, il ne m'arriva pourtant rien de f&#226;cheux. Les &#233;clairs du phare du Planier trouaient l'obscurit&#233; et venaient fouetter, selon les hasards des &#233;claircies la cime ou le pied des pins.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;No&#235;l au soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, d&#233;cembre 1905, Page 224 &#224; 230, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;CURE-DE-PRINTEMPS-1910&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='CURE-DE-PRINTEMPS-1910'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CURE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PRINTEMPS&lt;/span&gt;, 1910&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je m'arr&#234;tai &#224; Pierrelatte le temps d'&#233;crire une carte postale et, en avant pour Orange, &#224; 31 kilom&#232;tres de l&#224; : j'y arrivai &#224; 18&#8239;h.&#8239;30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la nuit &#233;tait proche, je pr&#233;parai ma lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne que j'allumai &#224; 19&#8239;heures &#224; Courthezon, histoire d'&#234;tre en r&#232;gle avec la mar&#233;chauss&#233;e, car la lune en son plein dans un ciel sans nuage suffisait &#224; m'&#233;clairer.. Aussi je pus laisser couler l'eau avec une telle parcimonie que ma lanterne, une Favorit, du type le plus r&#233;duit que l'on trouve sur le march&#233;, dura toute la nuit, c'est-&#224;-dire 10 heures, sans recharge.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cure de printemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Avril 1910, p. 63 &#224; 72, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_11&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;COL-DU-ROUSSET-FORET-DE-LENTE-1919&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='COL-DU-ROUSSET-FORET-DE-LENTE-1919'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COL&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ROUSSET&lt;/span&gt; &#8211; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FOR&lt;/span&gt;&#202;T &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LENTE&lt;/span&gt;, 1919&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Avec &#231;&#224; on peut attaquer le col du Rousset qui, d'ailleurs, n'est pas m&#233;chant. Il est 21 heures et demie, la lune est naturellement absente, mais la route se laisse voir ou plut&#244;t deviner. J'ouvre la marche. Je ne dirai pas combien de fois j'ai d&#251; mettre pied &#224; terre pr&#233;cipitamment &#224; la joie de mes compagnons qui, ne pouvant se rattraper sur le paysage, s'amusaient aux bagatelles, peu respectueux pour leur doyen. Nous voici pourtant &#224; Saint-Agnan, brillamment &#233;clair&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu plus loin devant un obstacle soudain, je vire brusquement et me trouve entre les cornes d'un &#233;norme ruminant qui ne s'en fait pas un pouce, pendant que je roule avec ma bicyclette dans le foss&#233;. Que diable font-ils sur les routes, &#224; 23 heures, ces animaux-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Rousset, tr&#232;s &#233;clair&#233; aussi, nous nous trouvons en pr&#233;sence de deux routes, la nouvelle qui se d&#233;gage &#224; droite, et l'ancienne qui s'enl&#232;ve &#224; gauche par deux vifs lacets que je connais de vieille date pour y avoir fait une belle chute. On d&#233;lib&#233;ra et on consulta m&#234;me la carte &#224; la lueur d'une bougie. Cette nouvelle route mal indiqu&#233;e, semble se diriger vers La Chapelle ou vers Vassieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je conseille de prendre l'ancienne, &#224; gauche, et je file toujours en t&#234;te sur un sol qui d'hectom&#232;tre en hectom&#232;tre devient de plus en plus chaotique, &#224; tel point que je finis par ne plus savoir entre quoi se faufilent mes roues. Tous, nous mettons pied &#224; terre pour franchir des troncs d'arbre, d'&#233;normes pierres, des tas de sable, bref une route d&#233;class&#233;e. Nous aurions d&#251; prendre &#224; droite et nous aurions roul&#233; sur un sol tr&#232;s convenable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous en apercevons quand par un angle aigu nous d&#233;bouchons enfin sur la nouvelle route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette erreur augmente notre retard d'une bonne demi-heure, mais nous n'en sommes plus &#224; cela pr&#232;s. Un peu plus t&#244;t, un peu plus tard, nous allons s&#251;rement trouver close la porte du refuge.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, la lune enfin &#8212; mieux vaut tard que jamais &#8212; nous inonde de sa p&#226;le clart&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le coup d'&#339;il est saisissant et, somme toute, cette promenade nocturne dans un site que nous n'avons jamais vu qu'en plein jour, nous a laiss&#233; un souvenir agr&#233;able. On allume un falot et &#224; la queue leu-leu, &#224; pied, nous pataugeons dans la boue visqueuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul &#201;mile C. p&#233;dale sans d&#233;raper sur le sol glissant avec une tranquille assurance que j'admire. Je n'ai fait qu'une fois ces 600 m&#232;tres &#224; bicyclette et j'ai bien jur&#233; qu'on ne m'y reprendrait plus. C'&#233;tait en ao&#251;t 1905, le jour o&#249; je plantai ce jalon Saint-&#201;tienne au col du Rousset en 8 heures, que Thorsonnax consolida et compl&#233;ta en 1907 par Saint-&#201;tienne&#8239;&#8211;&#8239;col du Rousset et retour (320 kilom&#232;tres) en 17 heures, tout arr&#234;t inclus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous en sommes loin aujourd'hui de ce record&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous sommes partis &#224; onze heures et il est minuit exactement quand nous d&#233;bouchons du tunnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureuse surprise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Au refuge tout le monde est debout et j'ai le grand plaisir de revoir en bonne sant&#233; le cantonnier et sa femme, de bien anciennes connaissances qui datent de mes d&#233;buts de cyclotouriste, car le col du Rousset fut un des premiers buts des randonn&#233;es de l'E.&#8239;S. J'ai retrouv&#233; aussi cette divine clairette que mes compagnons &#8212; sauf cependant l'incorruptible v&#233;g&#233;tarien &#201;mile C... &#8212; go&#251;t&#232;rent, volontiers et trouv&#232;rent d&#233;licieuse. Du pur jus de raisins muscats non ferment&#233; ou si peu, qu'on peut l'accepter comme vin sans alcool.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; minuit, par un beau clair de lune, on a de l&#224;-haut sur la vall&#233;e de la Dr&#244;me et sur les hautes montagnes qui l'entourent et dont les ar&#234;tes s'estompent dans une bu&#233;e lumineuse, une vue assez impr&#233;cise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne sait trop devant quoi l'on se trouve et, chez ceux qui viennent l&#224; pour la premi&#232;re fois, l'impression est moins saisissante qu'en plein jour.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Trois exp&#233;riences&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Juin-Juillet 1919, p. 69-74, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_13&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;RANDONNEES-EXPERIMENTALES-1921&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='RANDONNEES-EXPERIMENTALES-1921'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RANDONN&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXP&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RIMENTALES&lt;/span&gt;, 1921&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pas de lune et ciel nuageux, nuit d'un noir d'encre par cons&#233;quent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais une bonne vieille lanterne qui me sert depuis quinze ans et qui se comporta bien jusqu'&#224; Bourg-Argental o&#249; elle s'&#233;teignit parce que j'avais eu le tort de la garnir de ce carbure granul&#233; tr&#232;s fin qu'on vend partout et qui, sous l'influence des tr&#233;pidations incessantes, saute tant et si bien qu'il finit par former une couche de chaux imperm&#233;able &#224; l'eau, au-dessus des grains encore intacts. Je n'ai jamais souffert de cet inconv&#233;nient quand j'ai employ&#233; du carbure cass&#233; en gros morceaux, lesquels attaqu&#233;s successivement, me fournissent toujours 3 &#224; 4 heures de lumi&#232;re. Or, des Tours &#224; Bourg-Argental, on ne compte que 16 kilom&#232;tres, qui ne m'avaient pas retenu plus d'une heure, bien que je fusse all&#233; tr&#232;s prudemment. Sans feu, je redoublais naturellement de prudence, mais je constatais bient&#244;t que, mes yeux s'habituant &#224; l'obscurit&#233; &#8212; peut-&#234;tre aussi l'aube commen&#231;ait-elle &#224; se dessiner &#8212; je voyais mieux la route et que j'allais de plus en plus vite, si bien que les 26 kilom&#232;tres qui me s&#233;paraient l&#224; des bords du Rh&#244;ne furent b&#226;cl&#233;s en une heure et quart.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Randonn&#233;es exp&#233;rimentales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Sept 1921, p.65-70, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/3&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;MEETINGS-1927&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='MEETINGS-1927'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MEETINGS&lt;/span&gt;, 1927&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le meeting fut tr&#232;s anim&#233; et tr&#232;s gai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pr&#233;sence de plusieurs dames lui apportait un charme de plus, mais la nuit pass&#233;e &#224; la belle &#233;toile me laissait un peu somnolent, et mes amis de Maillane qui m'offrirent comme toutes les ann&#233;es une bien cordiale hospitalit&#233;, ont d&#251; me trouver le soir souffrant de fatigue anormale. En r&#233;alit&#233;, je tombais de sommeil et je ne referai d'&#233;tape nocturne qu'&#224; la condition de pouvoir me reposer quelques heures &#224; l'arriv&#233;e. Mais combien cette nuit, malgr&#233; le mistral, avait &#233;t&#233; agr&#233;able : la lune bleuissait les lointains, les montagnes de l'Ard&#232;che qui, sous la lumi&#232;re brutale du jour, semblent de loin encore plus arides, plus s&#232;ches qu'elles ne le sont, apparaissaient nimb&#233;es de vaporeuses clart&#233;s qui en dissimulaient l'&#226;pret&#233; et leur pr&#234;taient un charme inattendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quelle joie d'avoir &#224; soi toute la route, de n'y &#234;tre g&#234;n&#233; par personne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine avons-nous rencontr&#233;, de Valence &#224; Orange, une demi-douzaine d'autos. Apr&#232;s Donz&#232;re, le vent nous prenant nettement en poupe et le sol &#233;tant merveilleusement roulant, je regrettai de n'avoir pas au moins 8 m&#232;tres &#224; ma disposition. Mais je n'ai sur ma bicyclette Ballon que deux d&#233;veloppements, 6&#8239;m. et 3&#8239;m. 60, et je dus me contenter de filer &#224; 40 &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais eu l'envie de faire une &#233;tape nocturne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai &#233;t&#233; servi &#224; souhait : temps superbe vent favorable, route excellente sauf quelques kilom&#232;tres de Lapalud &#224; Piolenc, de bons compagnons de route, une excellente monture munie de pneus &#224; grand rendement et &#224; tr&#232;s grand confortable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne pouvais rien d&#233;sirer de mieux et je suis entr&#233; ainsi &#224; toutes p&#233;dales dans ma 75&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e. J'ai &#233;t&#233; bl&#226;m&#233;, mais que voulez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui a bu boira, qui a randonn&#233; randonnera.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'an septante et cinq de mon &#226;ge&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici, ni plus ni moins sage&lt;br class='autobr' /&gt;
Que ne je fus en mon printemps,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et jamais, las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je le comprends.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je devrais vivre cent ans,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne le serai davantage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Meetings, Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 1927, p.55-57, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-JANVIER-FEVRIER-1929&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-JANVIER-FEVRIER-1929'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSIONS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &#8220;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt;&#8221;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JANVIER&lt;/span&gt; F&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VRIER&lt;/span&gt; 1929&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'&#233;tait une nuit de pleine lune, claire, froide, calme. Le mistral s'&#233;tait transform&#233; en une brise l&#233;g&#232;re qui, de tout le jour, nous g&#234;na peu. Bient&#244;t les deux jeunes Chemineaux prirent la t&#234;te et je ne les revis plus que le lendemain &#224; Saint-&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils &#233;taient rentr&#233;s par Givors, en treize heures, sans incident. Nous &#233;tions arriv&#233;s ensemble au sommet de la petite c&#244;te de 3&#8239;km. par o&#249; l'on s'&#233;loigne de la Trappe, mais &#224; la descente, malgr&#233; le beau clair de lune, je ne tardai pas &#224; rester bon dernier, et quand j'arrivai &#224; Allan, Dumas et Martin demandaient &#224; M.&#160;le Cur&#233;, qu'ils avaient par chance trouv&#233; fermant son &#233;glise, la route de Mont&#233;limar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils avaient &#233;t&#233; sur le point de filer sur celle d'Espeluche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Avant Mont&#233;limar j'eus quelques difficult&#233;s avec la pile de ma lampe de poche et nous ne quitt&#226;mes cette ville qu'&#224; 4 heures, &#233;tant partis de l'h&#244;tellerie &#224; 2 heures du matin. L'allure, heureusement, allait s'accentuer et nous pr&#238;mes nos dispositions de combat. Martin, qui s'&#233;tait charg&#233; de 12&#8239;kg. de chocolat, sous pr&#233;texte que celui qu'on vend &#224; la Trappe est meilleur que celui du commerce et qu'il co&#251;te 5 francs de moins par kilo, voulut marcher &#224; sa guise et demanda qu'on ne s'occup&#226;t pas de lui : il avait une bonne lanterne, une vaste p&#232;lerine qui le tenait &#224; l'abri du froid, mais qui devait l'handicaper terriblement, rien ne lui manquait. Je ne pouvais en dire autant. Je n'avais qu'une lampe de poche accroch&#233;e &#224; ma boutonni&#232;re, qui, suffisante pour les gendarmes, ne l'&#233;tait pas &#224; m'&#233;clairer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la lune avait rapidement d&#233;clin&#233; et pass&#233; derri&#232;re les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle ne pouvait plus m'&#234;tre utile et ma myopie me g&#234;ne encore plus la nuit que le jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul, je ne pouvais raisonnablement marcher qu'&#224; 15 &#224; l'heure. Dumas, heureusement pour moi, a de bons yeux et une bonne lanterne qui projette sa lueur plus &#224; gauche qu'&#224; droite. Je le suis &#224; cinq ou six m&#232;tres, il tient la droite de la route, moi le milieu et nous pouvons ainsi filer &#224; la bonne moyenne commerciale de 20 &#224; l'heure, si bien que nous sommes &#224; Valence, devant, la gare, &#224; 6&#8239;h.&#8239;25&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les Chemineaux venaient d'en partir, nous les manqu&#226;mes de cinq minutes. Nous demand&#226;mes un caf&#233; au lait, des croissants et nous allions repartir &#224; 7 heures, quand nous f&#251;mes agr&#233;ablement surpris de voir arriver notre ami Martin sur son cargo-boat et sous sa p&#232;lerine qui lui aurait servi de voile si le vent avait &#233;t&#233; favorable, mais c'&#233;tait juste le contraire.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursions du &#8220;Cycliste&#8221;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, janvier-f&#233;vrier 1929, p. 5-10, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;PENTECOTE-AU-VENTOUX-1929&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='PENTECOTE-AU-VENTOUX-1929'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PENTEC&lt;/span&gt;&#212;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VENTOUX&lt;/span&gt;, 1929&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le soleil d&#233;clinait rapidement et quelques-uns nous avaient d&#233;j&#224; quitt&#233;s, quand le gros de la troupe qui comptait une bonne douzaine de cyclotouristes, de Maillane, d'Arles, de Montpellier, d'Avignon et autres lieux, s'&#233;branla. Nous filions bon train, et la jeune Th&#233;r&#232;se R..., que ni la mont&#233;e, ni la descente du Ventoux qu'elle venait d'aborder pour la premi&#232;re fois n'avaient fatigu&#233;e, p&#233;dalait avec plus d'ardeur que jamais, tout comme les meilleures p&#233;dales du groupe que&#8239;M.&#8239;H..., de Montpellier, emmenait parfois &#224; 30 &#224; l'heure, quand mon pneu arri&#232;re s'affaisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on remplace la chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut recommencer apr&#232;s un kilom&#232;tre : on remplace la chambre de nouveau et je puis arriver &#224; Carpentras, mais &#224; plat derechef. Un troisi&#232;me d&#233;montage s'impose aupr&#232;s d'une fontaine monumentale o&#249; l'on v&#233;rifie les deux chambres. On les r&#233;pare soigneusement, et cette fois cela tiendra, cela tient m&#234;me encore. Seulement le soleil s'est couch&#233; et la nuit va nous envelopper. Or, la nuit, avec mes faibles yeux de myope, quand je dois voyager de compagnie et suivre des ombres que je risque de perdre de vue, c'est un handicap qui m'enl&#232;ve la moiti&#233; de mes moyens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la lune m&#234;me qui, au z&#233;nith, va nous &#233;clairer magnifiquement, aggravera ma situation, car elle rendra les routes &#233;troites o&#249; nous allons nous engager, tant&#244;t claires, tant&#244;t obscures, tant&#244;t ray&#233;es de bandes noires et de bandes blanches, selon la disposition des arbres qui les bordent. D'o&#249; une tension d'esprit fatigante. Nous avons perdu encore une demi-heure avant d'obtenir &#224; Carpentras, des flambeaux ou des lampes &#233;lectriques pour tout le monde, &#224; cause des gendarmes qui s&#233;vissent parait-il dans la r&#233;gion. Bref, il est 21 heures et nous avons &#224; &#233;grener encore 40&#8239;km. par Pernes, Velleron, Le Thor, Caumont, Noves et Ch&#226;teaurenard, pour atteindre l'hospitali&#232;re demeure de nos amis R..., &#224; Maillane. Je sens que je vais retarder tout le monde, et le simple bon sens me commande de passer tranquillement la nuit &#224; Carpentras ou &#224; Pernes, mais le simple bon sens qui n'est que la froide raison, n'a pas voix au chapitre aujourd'hui. Et me voil&#224; embarqu&#233; pour une nyctocyclade qui n'a pas &#233;t&#233; sans charme, ni sans impr&#233;vu : un clou qui perfora le pneu de mon voisin d&#232;s la sortie de Pernes, s&#233;para du gros de la troupe, l'arri&#232;re-garde o&#249; j'&#233;tais et qui ne comptait que quatre St&#233;phanois, dont un jeune homme r&#233;sidant &#224; Saint-R&#233;my depuis un an et qui se fit fort de nous amener &#224; Maillane &#224; travers le d&#233;dale des routes enchev&#234;tr&#233;es qui sillonnent les fertiles plaines du Vaucluse et des Bouches-du-Rh&#244;ne. Nous nous confi&#226;mes &#224; ce pilote improvis&#233; et nous voil&#224; roulant &#224; la queue leu-leu &#224; travers la campagne silencieuse et d&#233;j&#224; solitaire. Il &#233;tait facile de s'&#233;garer et nous n'y manqu&#226;mes pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'&#233;tions pas les seuls. Pr&#232;s du Thor, nous trouvons une auto arr&#234;t&#233;e qui nous demande o&#249; elle est et o&#249; il lui serait possible de trouver un h&#244;tel. Nous &#233;tions bien incapables de lui r&#233;pondre, mais de l'ombre s'&#233;l&#232;ve tout &#224; coup une voix qui donne le renseignement demand&#233;. Eh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les routes ne sont pas si solitaires que nous le pensions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Avant Caumont, nous bafouillons en plein, et notre guide va se renseigner &#224; son tour dans un mas o&#249; brille encore une lumi&#232;re. Nous en sommes quittes pour quelques kilom&#232;tres de rabiot. Enfin, aux portes m&#234;me de Maillane, nous palabrions devant les inscriptions &#224; demi effac&#233;es d'une plaque indicatrice, quand deux noctambules que nous pr&#238;mes l'abord pour des gendarmes, surviennent et nous renseignent. Quelques minutes plus tard, nous entrions chez nos amis R... qui, arriv&#233;s depuis une heure, se demandaient ce que nous &#233;tions devenus. Il &#233;tait minuit et, somme toute, cette promenade nocturne o&#249; l'on p&#233;dalait sans savoir o&#249; l'on &#233;tait, ni si l'on arriverait quelque part et o&#249;, n'avait pas &#233;t&#233; sans agr&#233;ment, &#224; tel point que mes trois compagnons qui avaient encore six kilom&#232;tres &#224; faire pour atteindre Saint-R&#233;my, ne r&#233;pugnaient pas &#224; l'id&#233;e de p&#233;daler ainsi jusqu'au jour.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pentec&#244;te au Ventoux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, mai-juin 1929, p. 42-45, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-MARS-AVRIL-1929&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-MARS-AVRIL-1929'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSIONS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &#8220;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt;&#8221;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AVRIL&lt;/span&gt; 1929&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous eussiez ri &#224; me voir, un moment apr&#232;s notre s&#233;paration, errer dans les rues de Graveson brillamment &#233;clair&#233;es, en qu&#234;te d'un habitant matinal ou d'une lumi&#232;re m'indiquant qu'il y avait au moins quelqu'un d'&#233;veill&#233; et capable de m'indiquer mon chemin. Tout Graveson dormait d'un sommeil de plomb&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la nature vint &#224; mon secours : le mistral se levait, qui devait arr&#234;ter &#224; Orange mes vell&#233;it&#233;s de rentrer enti&#232;rement par la route. Ma direction &#233;tait face au nord, donc face au mistral : apr&#232;s deux ou trois erreurs je trouvai une petite route, bord&#233;e d'une rigole d'irrigation, qui m'amena presque &#224; Barbentane. Le jour naissant me permit enfin de reconna&#238;tre les alentours, et je venais de traverser la Durance sur l'interminable pont de Rognonas, quand je croisai deux cyclotouristes de chez nous, pesamment charg&#233;s, avec bagages &#224; l'avant et &#224; l'arri&#232;re de leur bicyclette Chemineau, et sacs d'alpinistes sur le dos. Ils allaient &#224; Frigolet, &#224; Maillane, aux Baux et autres lieux int&#233;ressants et ils avaient emport&#233; tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire au campement. Comme cette question est en ce moment &#224; l'ordre du jour du Cycliste, je les prierai de nous y faire conna&#238;tre le r&#233;sultat de leur essai.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursions&#8239;du &#8220;Cycliste&#8221;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Mars Avril 1929, p.30, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Mon premier janvier 1903</title>
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		<dc:date>2023-01-02T17:50:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai l'habitude de m'offrir pour mes &#233;trennes une ballade d'au moins 100 kilom&#232;tres.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;R&#233;trodirecte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Velocio, Le cycliste, Ann&#233;e 1903, republi&#233; en f&#233;vrier 53, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'habitude de m'offrir pour mes &#233;trennes une balade d'au moins 100 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le temps, pluie, vent, neige, je pars, apr&#232;s avoir choisi dans mon &#233;curie, o&#249; les vieillards coudoient les derni&#232;res nouveaut&#233;s, la monture qui me semble devoir convenir le mieux &#224; l'&#233;tat des routes. Cette ann&#233;e, j'avais, pour ne pas rompre avec mon habitude plus que d&#233;cennale, un motif d'ordre sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps de 1903 sera mon cinquanti&#232;me printemps, et puisque le r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien me permet de me mesurer encore sur les routes avec des quarts de si&#232;cle, j'entends que mon demi-si&#232;cle soit f&#234;t&#233; d'une fa&#231;on digne &#224; la fois du &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot54&#034;&gt;v&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, du &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot9&#034;&gt;cyclotourisme&lt;/a&gt; et de la &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot23&#034;&gt;polymultiplication&lt;/a&gt;. Il faut qu'avant le 31&#160;d&#233;cembre j'aie couch&#233; sous moi, &#224; toutes les allures, au moins 20.000 kilom&#232;tres et franchi tous les cols qui sont &#224; la port&#233;e de mes programmes dominicaux et quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait donc jeudi dernier de bien d&#233;buter, et, pendant les dix mortelles heures de bo&#238;te &#224; sardines, qui ont termin&#233; pour moi cette journ&#233;e m&#233;morable, j'ai pu me r&#233;p&#233;ter &#224; sati&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux dieux, ce d&#233;but passe mon esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'&#233;tais superstitieux, je casserais tout net les ailes &#224; mes projets et ne remettrais plus sur ma selle Brooks les fameux grands fessiers, muscles puissants sur lesquels repose tout l'avenir de la &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?rubrique8&#034;&gt;r&#233;tro-directe&lt;/a&gt; ch&#232;re aux &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot5&#034;&gt;math&#233;maticiens du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.&lt;/span&gt;F&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne suis pas superstitieux pour deux liards, et maintenant, en voyant d'un peu plus loin les p&#233;rip&#233;ties qui, en cet inoubliable jour de l'an, m'ont tour &#224; tour assailli, je deviens optimiste comme Pangloss et je conclus que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 5 heures je l&#232;ve l'ancre avec, selon les &#233;v&#233;nements, 2, 3 ou 4 jours de cong&#233; en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait le pont, &#224; Saint-&#201;tienne, du jeudi au dimanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans cette industrieuse cit&#233;, ruche, fourmili&#232;re, creuset o&#249; le travail bouillonne du matin au soir et du soir au matin, de temps &#224; autre, employeurs et employ&#233;s &#233;prouvent l'irr&#233;sistible besoin de se reposer et l'on a, dans ce but, imagin&#233; les ponts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mon bagage habituel et ma bicyclette p&#232;se en ordre de marche ses 28 kilos r&#233;glementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une monture nouvelle que j'essaie, pour la premi&#232;re fois, dans une excursion de quelque longueur. La p&#244;vre, elle s'en est vu de cruelles et elle a fini par succomber devant ses ennemis acharn&#233;s. Ils sont trop, a-t-elle d&#251; g&#233;mir en son for int&#233;rieur quand pour la derni&#232;re fois elle s'est abattue sous moi, le corps, c'est-&#224;-dire l'axe, du p&#233;dalier, bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cadre en X extraordinairement solide, moyeu Hub donnant &#224; droite, par pignons contrari&#233;s, 4 d&#233;veloppements interchangeables en marche deux &#224; deux : 8 m&#232;tres avec 6 m&#232;tres et 4 m. 35 avec 3 m. 30, et &#224; gauche 2 autres d&#233;veloppements, 5 m. 20 et 2 m. 80, &#233;galement en marche et tout &#224; fait ind&#233;pendants du changement de vitesse du Hub. Ces deux derniers d&#233;veloppements qui constituaient par le fait une bonne combinaison de machine &#224; deux vitesses par 2 cha&#238;nes juxtapos&#233;es, &#233;taient command&#233;s par un embrayage sur le p&#233;dalier. Je pouvais donc en r&#233;alit&#233; disposer sans avoir &#224; mettre pied &#224; terre des deux jeux suivants de 4 multiplications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. 2 m. 80, 3 m. 30, 4 m. 35 et 5 m. 20.&lt;br class='autobr' /&gt;
ou&lt;br class='autobr' /&gt;
B. 2 m. 80, 5 m. 20, 6 m&#232;tres et 8 m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?rubrique20&#034;&gt;Roue libre&lt;/a&gt;, &#224; cliquets d'un c&#244;t&#233;, &#224; galets de l'autre, partout, sauf sur 3 m. 30 et 6 m&#232;tres qui, par le m&#233;canisme Sp&#233; du moyeu Hub sont sur roue serve, ce qui est encore pris&#233; par quelques cyclistes, quorum pars ego sum pour les 3 motifs suivants que je r&#233;expose parce que dans le dernier num&#233;ro du Cycliste, page 211, une coquille a rendu ma phrase inintelligible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Quand il fait tr&#232;s froid et qu'on &#233;prouve le besoin de se r&#233;chauffer en contre-p&#233;dalant.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176; Quand les freins sont endommag&#233;s et ne m'inspirent pas une confiance absolue.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; Quand une avarie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; non pas une averse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; (p&#233;dales ou manivelles cass&#233;es), m'oblige &#224; p&#233;daler d'un seul pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de m&#234;me que toute m&#233;daille a son revers, de m&#234;me la roue serve intermittente a des inconv&#233;nients, et il faut savoir en jouer, sinon on risque de r&#233;colter de son emploi plus de mal que de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes freins consistaient simplement en un frein sur jante &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AR&lt;/span&gt; mobile &#224; patin de cuir long et &#224; contre-pression et un frein large sur le pneu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt; celui-ci d'acier qui emp&#234;chait le frein &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt; &#233;tant reli&#233; &#224; celui-l&#224; par un fil de bloquer la roue avant que la roue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AR&lt;/span&gt; ne f&#251;t elle-m&#234;me bloqu&#233;e. Gr&#226;ce &#224; ce dispositif, que je qualifierais d'ing&#233;nieux s'il n'&#233;tait de mon invention, les panaches m'&#233;taient formellement interdits et mon ultime chute, apr&#232;s bien d'autres ce jour-l&#224;, fut tr&#232;s anodine pour moi qui, au lieu d'&#234;tre projet&#233; &#224; 30 &#224; l'heure par-dessus mon guidon, me trouvai assis sur les ruines de ma bicyclette aussi confortablement que Marius sur celles de Carthage. Ma monture ne pr&#233;sentant pas d'autres particularit&#233;s int&#233;ressantes dignes d'&#234;tre d&#233;crites, nous pouvons nous mettre en route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a plu beaucoup l'avant-veille, mais le temps est froid et la boue est gel&#233;e. Je grimpe aux Grands-Bois, lanterne allum&#233;e, &#224; toute petite allure avec l'infime d&#233;veloppement de 2m. 80, afin de ne pas &#234;tre en moiteur quand j'aborderai au petit jour la descente sur Bourg-Argental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Planfoy j'entre dans la zone neigeuse et la r&#233;sistance au roulement s'accentue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette mont&#233;e de 6.500 m&#232;tres, &#224; moyenne de 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, m'est si famili&#232;re que je puis dire &#224; tout instant si le coefficient de roulement est au-dessus ou au-dessous de la normale. Le chasse-neige n'est pas pass&#233; assez t&#244;t et les voitures des paysans ont trac&#233; des orni&#232;res profondes qui, congel&#233;es, me font valser d&#233;sagr&#233;ablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ciel est couvert, mais les nuages courent et, &#231;a et l&#224;, j'aper&#231;ois des &#233;toiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la journ&#233;e sera belle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec le froid qu'il fait il ne saurait pleuvoir. Je me livre aux plus heureuses perspectives et me laisse bercer par des pens&#233;es fort agr&#233;ables. Ai-je oubli&#233; de dire que je suis seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On ne trouve pas facilement des compagnons de voyage le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier, et pourtant, si tous ceux que les vaines c&#233;r&#233;monies assomment s'&#233;taient joints &#224; moi, quelle cohue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais voil&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! on n'ose pas mettre ses actes d'accord avec ses id&#233;es et le pr&#233;jug&#233; continue &#224; r&#233;gner sur les pauvres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plateau de la R&#233;publique la neige &#233;tait relativement bonne et... cyclable, mais la travers&#233;e des bois fut p&#233;nible. Je me consolais en pensant que sur le versant m&#233;ridional, d&#232;s la sortie du bois, je trouverais, comme d'usage, la route nette et admirablement roulante, que tous les cyclistes st&#233;phanois connaissent. H&#233;las, sur l'autre versant ce fut pire : il avait plu et neig&#233;, dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne, trois fois plus abondamment que chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces beaux kilom&#232;tres de descente douce, que je n&#233;gocie toujours &#224; 30 et 36 &#224; l'heure, il me fallut les faire &#224; toute petite vitesse, avec une prudence extr&#234;me, sous peine de chutes que je n'&#233;vitais pas toujours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car il n'est pas commode du tout de circuler dans une neige &#233;paisse de 15 centim&#232;tres et battue en tous sens par les pi&#233;tons et les attelages. Je ne pus marcher enfin un peu vite qu'en arrivant &#224; Bourg-Argental, en retard d'une demi-heure sur mes pr&#233;visions. Je p&#233;dalais vivement sur mon grand d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres, quand je rencontrai mon ami F..., un des vainqueurs du &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot40&#034;&gt;Tourmalet&lt;/a&gt; et le champion de la r&#233;tro-directe dont il est f&#233;ru autant que &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot6&#034;&gt;l'Homme de la Montagne&lt;/a&gt;. Il m'attendait au passage pour m'emmener d&#233;jeuner au milieu de sa charmante et sympathique famille. Comme bien vous le pensez, on se la souhaita bonne et heureuse selon la formule et ma moustache fr&#244;la des joues bien jeunes et bien ros&#233;s. &#192; neuf heures et demie seulement, je pensais &#224; reprendre mon voyage si aimablement interrompu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil &#233;tait chaud et les orni&#232;res de boue fondante rendaient la marche de plus en plus p&#233;nible. Cependant, en avan&#231;ant vers le Rh&#244;ne, le sol devint convenable et, d'Andance &#224; Sarras, tant&#244;t avec 8 m&#232;tres, tant&#244;t avec 5 m. 20 je filai bon train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;jeunant une id&#233;e m'avait &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e que j'avais adopt&#233;e illico parce qu'elle flattait une de mes manies, qui consiste &#224; toujours rechercher des routes nouvelles, quitte un peu &#224; allonger mes itin&#233;raires. Le but de mon &#233;tape &#233;tait perch&#233; &#224; 900 m&#232;tres d'altitude dans le massif de la Grande Chartreuse, au pied de la dent de Crolles, &#224; pic sur la vall&#233;e du Gr&#233;sivaudan. Par la route directe, Moras, Rives et Grenoble, je comptais que 6 heures de marche &#224; cycle et 1 heure de marche &#224; pied me suffiraient pour y arriver avant la nuit. Un l&#233;ger d&#233;tour par la vall&#233;e de la Galaure et Saint-Marcellin ne devait pas me retarder de plus d'une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me dirigeai donc vers St-Vallier o&#249; s'ouvre cette vall&#233;e de la Galaure, o&#249; m'attendaient tant d'incidents d&#233;sagr&#233;ables, termin&#233;s par dix heures de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.L.&lt;/span&gt;M., la pire des d&#233;tresses. Cela d&#233;buta dans Saint-Vallier m&#234;me par un kilom&#232;tre de boue atroce comme oncques je n'en avais vu. Avec 2 m. 80 j'avais de la peine &#224; m'en arracher&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les garde-boue s'engorgeaient et de gros paquets tombaient &#224; droite et &#224; gauche sur les cha&#238;nes, sur les pieds partout. On me regardait comme une b&#234;te curieuse, mais j'aimais encore mieux p&#233;daler que pi&#233;tiner dans cette m&#233;lasse. Les chevaux tiraient &#224; plein collier, et pour tirer un vulgaire char &#224; bras, il fallait se mettre &#224; trois. L'&#233;dilit&#233; de Saint-Vallier n'a pas du tout l'air de se pr&#233;occuper de la viabilit&#233; de ses rues. Un coup de racloir donn&#233; &#224; temps co&#251;te peu et permet de circuler. Pas du tout, on laisse la boue s'accumuler, monter au niveau des trottoirs, larges de 50 centim&#232;tres, et l'on dit au voyageur : Passe si tu peux, mon bonhomme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pass&#233;, mais il a fallu ensuite racler et nettoyer ma machine pendant un quart d'heure, et ce n'&#233;tait pas fini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Vall&#233;e que j'allais remonter pendant 45 kilom&#232;tres d&#233;bute par une gorge &#233;troite o&#249; le soleil ne p&#233;n&#232;tre pas longtemps en cette saison, o&#249; la boue demeure par cons&#233;quent plus qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux rails du &lt;a href=&#034;http://www.rvd.free.fr/lechemindeferdepartementaldeladrome_leslignes_stvallier_legrandserre.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tramway&lt;/a&gt; qui occupe un bon tiers de la route, le sol &#233;tait relativement bon, mais les rails saillaient fortement et, la boue aidant, il fallait beaucoup de doigt&#233; pour &#233;viter le d&#233;rapage. Ces tramways, dont le r&#233;seau se d&#233;veloppe de jour en jour et qu'on finira par rencontrer sur toutes les routes d&#233;partementales, d&#233;j&#224; pas larges du reste, et que cet envahissement rend plus &#233;troites que des chemins vicinaux, sont pour les cyclistes et les chauffeurs une calamit&#233;. Depuis le pont de Saint-Vallier je me sers exclusivement de mes d&#233;veloppements de gauche, 2 m. 80 et 5 m. 20 et ma vitesse horaire est bien faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique je ne perde pas un moment, je consid&#232;re mon &#233;tape comme fort compromise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;bouch&#233; de la gorge, l'&#233;glise de Saint-Uze offre un joli point de vue et la route, s'&#233;loignant du ruisseau, monte de plus en plus faiblement. Je vois au loin aux flancs des coteaux que je dois traverser, de larges flaques de neige et j'ai comme un pressentiment que la travers&#233;e du plateau de Chambarand ne sera pas pr&#233;cis&#233;ment facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent il ne m'est rien arriv&#233; de grave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps j'essaie d'activer mon allure avec le grand d&#233;veloppement, mais la route s'y pr&#234;te peu et je reviens toujours &#224; 5 m. 20. &#192; la sortie d'Hauterives, un poteau indicateur m'apprend que je suis encore &#224; 21 kilom&#232;tres 1/2 de Roybon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en croyais plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas loin de midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fais une halte sur le bord de la route et me leste de la moiti&#233; (325 grammes) d'un p&#226;t&#233; aux pommes que j'avais emport&#233; et qui a suffi pour mon alimentation de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vall&#233;e doit &#234;tre fertile car elle est tr&#232;s peupl&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Saint-Uze les villages se suivent &#224; peu d'intervalle, tant&#244;t allong&#233;s le long de la route, tant&#244;t perch&#233;s &#224; flanc de coteau. En &#233;t&#233;, le paysage doit &#234;tre agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en cette saison il manque &#233;videmment de charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques l&#233;g&#232;res ondulations m'incitaient &#224; changer &#231;a et l&#224; de d&#233;veloppement afin de m&#233;nager mes forces, quand je m'aper&#231;ois soudain que mon d&#233;veloppement de 5 m. 20 se d&#233;robe et que je ne dispose plus &#224; gauche que de 2 m. 80. Je descends et je constate que mon levier d'embrayage s'est cass&#233; net, sous un effort sans doute trop brutal ou pour toute autre cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'examen d'ailleurs, le m&#233;tal ne me semble pas bien sain. &#192; la rigueur je pourrais me servir encore de mon d&#233;veloppement de 5 m. 20 en reliant d'une fa&#231;on rigide le pignon &#224; la manivelle, et je disposerais ainsi des 3 vitesses 8, 6 et 5 m. 20 en marche et de 8 m&#232;tres par d&#233;placement de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je ferais si j'avais &#224; p&#233;daler longtemps en plaine, sur les bords du Rh&#244;ne, par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans la gal&#232;re o&#249; je me suis embarqu&#233; avec une route toujours plus montueuse et raboteuse en perspective, j'ai besoin plut&#244;t de petits que de grands d&#233;veloppements. J'enl&#232;ve donc la cha&#238;ne de 5 m. 20 qui me devient inutile et je place la cha&#238;ne de droite sur le petit jeu A : 4 m. 35 et 3 m. 30. Je dispose donc en marche, gr&#226;ce au Hub et &#224; mes deux cha&#238;nes, de trois d&#233;veloppements : 4 m. 35, 3 m. 30 et 2 m. 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est juste ce qui convient pour le travail que j'ai &#224; faire. J'ai laiss&#233; depuis quelques kilom&#232;tres la derni&#232;re station du tramway derri&#232;re moi quand je rentre dans une zone neigeuse pire que celle que j'avais travers&#233;e le matin. Dans ce massif, dont l'altitude maxima ne d&#233;passe pourtant pas 800 m&#232;tres, il a neig&#233; beaucoup plus que sur nos plateaux &#224; 1.100 m&#232;tres. Je ne suis encore qu'&#224; 500 m&#232;tres, mais l'&#233;paisseur de la couche de neige cro&#238;t rapidement et je suis &#224; plusieurs reprises oblig&#233; de mettre pied &#224; terre pour d&#233;gager mes roues qui tournent p&#233;niblement en comprimant dans le garde-boue la neige, la glace, la boue qu'elles entra&#238;nent. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je n'ai pas besoin d'arrache-clous et je ne risquerais pas de m'emballer &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais ne parlons pas des absents&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la descente est bien loin encore, il s'agit de monter. On admettra sans peine que, dans ces conditions, une pente de 2 &#224; 3&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% para&#238;t plus dure qu'une pente double sur sol ferme et roulant. Aussi ne suis-je pas surpris de sentir protester certains muscles faiblards ou paresseux. Le sol&#233;aire droit, entre autres, se refuse &#224; travailler plus longtemps et j'en suis r&#233;duit &#224; chausser presque constamment la p&#233;dale de ce c&#244;t&#233; en supprimant le jeu de la cheville dont ledit sol&#233;aire a la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de la vall&#233;e, &#224; cheval sur deux ruisseaux, Roybon m'appara&#238;t enfin. J'y retrouve des rails&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un tramway circule aussi par l&#224;, celui de Saint-Jean-de-Bournay, que je ne fais du reste que de traverser. Mes 2 m. 80, enl&#232;vent proprement un court raidillon dans le village, puis je tourne &#224; droite et mets pied &#224; terre &#224; l'angle de deux routes qui conduisent, l'une et l'autre, &#224; St-Marcellin. Deux heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lisez 14 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sonnent au clocher de Roybon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'efforce vainement de savoir d'un passant quelle est pour moi la meilleure route. Mon ami F. m'avait engag&#233; &#224; passer par la route de droite et par Saint-Appolinard, mais cette route qui suit le ruisseau me para&#238;t &#234;tre la continuation de celle que je viens de suivre, un simple chemin de grande communication bien entretenu, tandis qu'&#224; gauche je me trouve sur la route d&#233;partementale o&#249; le chasse-neige a d&#233;j&#224; pass&#233;. Je monterais plus haut il est vrai, jusque sur le plateau de Chambarand, o&#249; l'artillerie vient, pendant la belle saison, faire des exercices de tir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand le sol est bon, qu'est-ce que 100 m. d'altitude de plus ou de moins pour les polymultipli&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux kilom&#232;tres &#224; 5 ou 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% au bas mot conduisent de Roybon sur le plateau o&#249; l'on continue &#224; s'&#233;lever insensiblement. Plus j'avance plus le sol est d&#233;blay&#233;, la neige est relev&#233;e de chaque c&#244;t&#233; &#224; 50 ou 60 centim&#232;tres de hauteur et, comme la circulation est tr&#232;s peu active dans ces parages presque d&#233;serts, le milieu de la route est tr&#232;s roulant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n&#233;anmoins je ne juge pas encore &#224; propos de relever mes d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 4 m 35 me suffit et j'ai m&#234;me recours parfois &#224; 2 m. 80, cela tient apparemment &#224; la fatigue caus&#233;e par le travail anormal auquel depuis Saint-Vallier je suis condamn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; moi qui m'&#233;tais promis d'enlever ces kilom&#232;tres en rampe douce &#224; 20 &#224; l'heure, je n'ai pas mis moins de 3 h. 1/2 pour faire 45 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! du petit 13 &#224; l'heure. Mais j'aurais bien voulu voir un monomultipli&#233;. J'en ai vu un &#224; la v&#233;rit&#233;. Il n'avan&#231;ait gu&#232;re quand je le d&#233;passai avec 4 m. 35 et il s'effor&#231;a vainement de me suivre, bien que nous fussions &#224; ce moment sur une route relativement bonne, entre Hauterive et le Grand-Serre. Dans la neige il aurait d&#251; pousser bravement sa machine comme les plus illustres professionnels &#224; la mont&#233;e du Tourmalet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu du plateau, tr&#232;s isol&#233;e, &#224; un croisement de route une grosse ferme que, de loin, je prenais pour une auberge o&#249; je me serais volontiers rafra&#238;chi, rompt la monotonie du paysage, qui, &#224; perte de vue, ne laisse voir que des bois taillis et des champs de neige. La route, souvent droite, commence &#224; me para&#238;tre longue. Mais avec de la patience et de la pers&#233;v&#233;rance on vient &#224; bout de tout, m&#234;me &#224; faire approuver la roue libre et la polymultiplication par des th&#233;oriciens qui longtemps se moqu&#232;rent de l'une et conspu&#232;rent l'autre. Or, personne n'ignore que pour amener un homme de th&#233;orie &#224; reconna&#238;tre qu'un homme de pratique a raison, il faut remuer ciel et terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au tour de ma jambe gauche &#224; marquer quelque impatience&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si mes deux jambes se mettent en gr&#232;ve, me voil&#224; frais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La descente est heureusement l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 12 kilom. seulement me s&#233;parent de Saint-Marcellin et je me pr&#233;pare &#224; les mener rondement en m'aidant m&#234;me, s'il le faut, de mon grand d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je replace donc ma cha&#238;ne sur 8 et 6 et, entre les deux talus de neige qui sur ce versant sont encore plus hauts, je file &#224; 30 &#224; l'heure. La monotonie du plateau fait place &#224; une succession de sites que le printemps doit parer de bien des charmes, mais qui sous la neige sont peu vari&#233;s, donc peu attrayants. Ce coin de terre entre l'Is&#232;re et les plaines de Bl&#232;vre et de la C&#244;te Saint-Andr&#233; qui semblent avoir &#233;t&#233; un lac aux temps pr&#233;historiques, est riche en eau. Au plus fort de l'&#233;t&#233; les ruisseaux ne s'y tarissent pas, aussi la v&#233;g&#233;tation y est-elle, m&#234;me en ao&#251;t, luxuriante. Cette particularit&#233; m'avait frapp&#233; quand, revenant du Vercors par la route des &#201;couges, j'avais &#233;t&#233; de Vinay &#224; Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me l'explique aujourd'hui en constatant combien la neige s'y compla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'admirais en face de moi les h&#233;rissements du Vercors et je me pr&#233;parais &#224; jouir d'une belle vue plongeant sur l'Is&#232;re quand la route cesse brusquement devant une maison de cantonnier o&#249; elle para&#238;t entrer. Devant moi, maintenant, la neige telle qu'elle est tomb&#233;e l'avant-veille, immacul&#233;e mais &#233;paisse de 30 centim&#232;tres au bas mot. J'interview le cantonnier :&lt;br class='autobr' /&gt; La route pour Saint-Marcellin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant vous, me dit-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y en a m&#234;me deux : l'ancienne &#224; gauche et la nouvelle &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abondance de biens ne nuit pas, mais j'aimerais mieux qu'il n'y en eut qu'une et que la trace fut faite. Et des deux, quelle est celle que vous me conseillez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez l'ancienne route, celle de gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous n'aurez de la neige que pendant quatre ou cinq kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a c'&#233;tait le bouquet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'&#233;tait que quatorze heures et demie et je nourrissais malgr&#233; tout un secret espoir, en prenant au besoin un train &#224; Saint-Marcellin, d'arriver &#224; Crolles assez t&#244;t pour tenter l'ascension du Pas de fer et de ne pas m'&#234;tre fait attendre inutilement &#224; Saint-Hilaire-du-Touvet. Mais quatre ou cinq kilom&#232;tres &#224; faire &#224; pied dans une neige aussi &#233;paisse en poussant mes 28 kilos... il fallait laisser l&#224; toute esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais fortement chauss&#233; par bonheur et je me mis, sans barguigner, &#224; la besogne. Je n'eus pas fait cent pas que les garde-boue furent pleins de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une mousse blanche fusait autour de ma bicyclette qui devenait de plus en plus dure &#224; pousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il ne pouvait en &#234;tre question&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais risqu&#233;, en glissant avec un tel poids sur le dos, de me blesser. Comme une d&#233;ception n'arrive jamais seule, une mont&#233;e succ&#233;dait, juste &#224; ce moment, &#224; la descente. Autour des quelques traces que les paysans avaient faites, la neige &#233;tait devenue glace et ma marche en &#233;tait plus g&#234;n&#233;e que facilit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, l'on m'y reprendra &#224; explorer le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier des routes nouvelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me, &#224; bicyclette on passe partout tandis qu'en auto... Apr&#232;s tout, il n'y a qu'&#224; ne pas se biler et &#224; prendre les choses comme elles viennent...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait bien pu m'arriver bien pis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je jouis d'un soleil magnifique, je respire un air pur, je fais de l'exercice, mes d&#233;buts de cyclotouriste en 1903 auront &#233;t&#233; vari&#233;s, voil&#224; tout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait le cours de mes pens&#233;es, et quand ma machine devenait trop r&#233;tive je m'&#233;pongeais un instant et je contemplais le Vercors qui me semblait par un curieux effet de perspective, tout pr&#232;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si j'essayais de me laisser rouler &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Aussit&#244;t pens&#233;, aussit&#244;t fait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me mets en selle et... &#231;a va admirablement. Que je suis donc sot de n'y avoir pas song&#233; plus t&#244;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Par exemple, il faut que la neige soit vierge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfonce de dix centim&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la neige que mes roues entra&#238;nent se pulv&#233;rise entre les fourches sous le frein, et me blanchit jusqu'&#224; la ceinture. C'est charmant. D'une ferme dominant la route on m'aper&#231;oit et on appelle les voisins : un v&#233;lo dans la neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et de rire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est forte, mais je n'ai qu'&#224; de rares intervalles besoin de freins. Ah mais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il ne faut pas que je me hasarde sur les traces d&#233;j&#224; faites, la culbute est alors in&#233;vitable, jamais dangereuse pourtant, car je m'y attends et je m'y pr&#233;pare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrebas de la route, &#224; droite, un joli village rit au soleil. Graduellement la couche de neige s'amincit et la terre appara&#238;t en larges plaques brunes. Encore une mont&#233;e, mes muscles cyclomoteurs sont d&#233;cid&#233;ment distendus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ne veulent plus de grands d&#233;veloppements et r&#233;clament les 2 m. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne les contrarie pas pour si peu et je vais piano piano, &#224; la moindre taupini&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois cependant, c'est bien fini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je laisse la neige derri&#232;re moi, mais le soleil se couche et la temp&#233;rature se resserre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;p&#234;chons-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour ne pas avoir froid je place le levier du Hub sur la roue serve et je contrep&#233;dale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; f&#226;cheuse id&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; un tournant j'arrive &#224; bonne allure sur un terrain verglac&#233;, coup&#233; d'orni&#232;res congel&#233;es, mes roues d&#233;rapent, je sens ma monture se d&#233;rober sous moi et... patatras, je ramasse une pelle de premi&#232;re classe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'avais instinctivement serr&#233; le frein A qui, &#224; son tour, avait bloqu&#233; la roue motrice, je m'&#233;tais rejet&#233; vivement en arri&#232;re et la r&#233;sultante de ces mouvements combin&#233;s fut qu'au lieu d'&#234;tre projet&#233; par dessus mon guidon, je me trouvai placidement assis sur mon bagage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tirai indemne de l'aventure, mais le poids de mon individu fut d&#233;sastreux pour la machine que je relevai avec le cadre fauss&#233;, l'axe du p&#233;dalier cass&#233; net au ras de la cuvette et les deux freins hors de service. Si j'avais &#233;t&#233; en roue libre, je crois que les cons&#233;quences de la chute auraient &#233;t&#233; moins graves&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la p&#233;dale en frappant le sol se serait imm&#233;diatement d&#233;rob&#233;e et l'axe ne se serait peut-&#234;tre pas cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais &#224; quatre kilom&#232;tres de la gare o&#249; j'entrai pedibus cum jambis &#224; 16 heures et demie, juste pour m'embarquer dans un train-escargot qui me ramena dans mes p&#233;nates en 10 heures, ainsi que je l'ai dit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier et d&#233;finitif accident ne m'irrita point, tout au contraire : je compris que le Destin s'opposait &#224; mes projets et qu'il ne m'avait mis depuis le matin tant de b&#226;tons dans les roues que pour m'emp&#234;cher d'aller plus loin. Pour vaincre mon obstination, il avait d&#251; en arriver aux moyens extr&#234;mes, je ne pouvais que l'en remercier et m'estimer heureux de m'en tirer &#224; si bon compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; courir les chemins comme &#224; courir les mers on devient fataliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>For&#234;t de Lente et Vercors (1900/1904)</title>
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		<dc:date>2022-08-27T07:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Vercors est d&#233;cid&#233;ment un pays merveilleux, et l'on trouverait difficilement un autre coin de terre o&#249;, en un espace si petit qu'un cycliste peut ais&#233;ment le parcourir en deux jours dans tous les sens, soient r&#233;unies tant de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y manque que des glaciers.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;For&#234;t de Lente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1904, p. 230 &#224; 234, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve au fond d'un tiroir le r&#233;cit suivant d'une excursion, toujours et plus que jamais d'actualit&#233;, que nous f&#238;mes, il y a quatre ans, &#224; une &#233;poque o&#249; la cause de la polymultiplication &#233;tait bien loin d'avoir bataille gagn&#233;e, o&#249; surtout les changements de vitesse en marche ne semblaient pas aussi indispensables pour une machine de tourisme qu'ils le paraissent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pourquoi ce r&#233;cit ne fut pas publi&#233; &#224; son heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pens&#233; qu'on le lirait encore aujourd'hui avec quelque int&#233;r&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est du tourisme comme de la nature : il est &#233;ternellement jeune et ses manifestations sont de tous les temps et de tous les &#226;ges.&lt;br class='autobr' /&gt;
V...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une excursion dominicale au cours de laquelle on franchit 312 kilom&#232;tres en s'&#233;levant de 3.500 m&#232;tres, ce n'est pas banal, et cela m&#233;rite mieux qu'une simple et br&#232;ve mention, d'autant plus que les r&#233;gions travers&#233;es comptent parmi les plus riches en beaux points de vue que je connaisse, les Alpes comprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que pour nous, ce jour-l&#224; le dimanche commen&#231;a le samedi &#224; 19 heures et ne finit que le surlendemain &#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ces 36 heures repr&#233;sentent, pour tout travailleur, ce qu'on est convenu d'appeler le cong&#233; du dimanche. Or, le but que j'eus en vue, en instituant les excursions dominicales, fut de prouver que la bicyclette met &#224; la port&#233;e des travailleurs les moins favoris&#233;s, des horizons beaucoup plus &#233;loign&#233;s qu'on n'est tent&#233; de le supposer et permet de faire, &#224; peu de frais et sans empi&#233;ter sur le temps consacr&#233; au travail, de tr&#232;s int&#233;ressantes promenades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je connaissais le Vercors pour l'avoir travers&#233; de part en part de Pont-en-Royans &#224; Grenoble et de Die &#224; St-Gervais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'ignorais que l'on y trouvait des points de vue plus beaux encore que ceux qui sont r&#233;partis sur ces deux parcours classiques, et le r&#233;cit publi&#233; dans Le Cycliste par M.&#160;Burdet, sous le titre suggestif de : Nouveaux Goulets, me sugg&#233;ra la pens&#233;e de diriger de ce c&#244;t&#233; une de nos excursions dominicales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici comment, moi troisi&#232;me, nous l'avons men&#233;e &#224; bien le dimanche 5&#160;ao&#251;t 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TABLEAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARCHE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi soir, 7 h. 10, d&#233;part de Saint-&#201;tienne, Bellevue, &#8212; col des Grands Bois, 8h. 5. &#8212; Bourg-Argenlal, 8 h. 30, &#8212; Andance, 10 h. 15, &#8212; Tournon, 11 h. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin, 4 h. 15, d&#233;part de Tournon, &#8212; Romans, 5 h., &#8212;Saint-Jean-en-Royans, 7 h. 10 &#224; 7 h. 18, &#8212; col Gaudissart, croisement de l'ancienne et de la nouvelle route, 8 h. 6 &#224; 8 h. 34, &#8212; maison foresti&#232;re, 9 h. 25 &#224; 10 h. 35, &#8212; Vassieux, 12 h. 30 &#224; 1 h. 45, &#8212; col du Rousset, 2h.30 &#224; 3 h. 35, &#8212; Pont-en-Royans, 5 h. 30, &#8212; Bourg-de-P&#233;age, 6 h. 45 &#224; 7 h. 15 &#8212; Tournon, 8h. &#224; 8 h. 15, &#8212; Andance, 9 h. 30 &#224; 10 heures, &#8212; St-Cyr, 11 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi matin, 4 heures, d&#233;part de St-Cyr, &#8212; arr&#234;t &#224; Bourg-Argental, &#8212; col des Grands Bois, 6 h. 25, &#8212; Saint-&#201;tienne, 7 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma bicyclette a, tous les lecteurs du Cycliste le savent, 4 d&#233;veloppements, 2m,50, 3m,30, 4m,40, 6m et roue serve.&lt;br class='autobr' /&gt;
R..., avec trois d&#233;veloppements, 3m,20, 4m,80 et 6m,50 et roue libre, L..., avec l'unique d&#233;veloppement de 6m,30 et roue serve, se trouv&#232;rent au rendez-vous le samedi soir, et en guise d'ap&#233;ritif, nous exp&#233;di&#226;mes en 55 minutes les premiers 13 kilom&#232;tres de mont&#233;e que doivent pr&#233;alablement avaler tous les St&#233;phanois d&#233;sireux d'aller, par le plus court chemin, voir ce qui se passe dans le midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour le moment, ce temps est un record pour nous et, je pense aussi pour bien d'autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous esp&#233;rons, cependant, l'abaisser encore de cinq minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Bourg exige, par contre, &#224; cause de l'obscurit&#233; croissante, un peu plus de temps que d'habitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, &#224; Saint-Cyr, un premier accident de pneumatique, un simple clou, nous retarde encore de vingt minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos lanternes &#233;clairent mal, le vent les &#233;teint et dans ces conditions les r&#233;parations se font lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps est inqui&#233;tant, les nuages vagabondent et la lune, qui n'appara&#238;t que pour dispara&#238;tre et qui, du reste, est d&#233;j&#224; tr&#232;s basse, jette dans l'espace une bien vague clart&#233;. Notre allure s'accentue cependant et les 21 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Andance de Tournon nous demandent moins d'une heure, si bien que nous descendons devant l'h&#244;tel exactement 4 heures apr&#232;s notre d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; tout est clos, nous obtenons difficilement un frugal repas et nous ne pouvons nous mettre au lit qu'&#224; minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pareille circonstance, il vaut mieux prendre son repas auparavant dans un caf&#233; quelconque et ne descendre &#224; l'h&#244;tel que pour se coucher : on mange mieux, &#224; meilleur compte, et l'on ne perd pas de temps. De telles instructions pratiques qui semblent pu&#233;riles, sont utiles pour les cyclotouristes dont le temps est limit&#233; et pour qui une heure de sommeil de plus est pr&#233;cieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dimanche matin, avant 4 heures, nous sommes r&#233;veill&#233;s par de fortes d&#233;tonations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est jour de f&#234;te et l'on tient &#224; commencer d&#232;s le petit jour &#224; s'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous filons dare dare apr&#232;s avoir acquitt&#233; une note sal&#233;e. Le temps est douteux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a lutte entre le vent du midi et le vent du nord qui finira par l'emporter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Romans, le sol est assez bon et notre allure se maintient &#224; une moyenne &#233;lev&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau est mauvaise &#224; Romans, pas fameuse &#224; Bourg-de-P&#233;age&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous faudra arriver &#224; Saint-Jean-en-Royans pour trouver la bonne eau fra&#238;che que nous buvons en route avec tant de plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premier d&#233;jeuner &#224; l' &#201;canci&#232;re, hameau de quelques feux, &#224; cheval sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, nous entrons, &#224; St-Nazaire, dans le vestibule du Vercors. Il y a l&#224; de tr&#232;s jolies plaques &#224; faire, mais nous ne sommes pas photographes. Que la route apr&#232;s St-Nazaire est donc mauvaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On nous a conseill&#233; de suivre pendant deux ou trois kilom&#232;tres la direction de Pont-en-Royans, de repasser alors sur la rive gauche de la Bourne. Si le chemin direct que nous &#233;vitons par ce d&#233;tour est pire que celui qu'on nous fait prendre, qu'est-ce que &#231;a doit &#234;tre, bone Deus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Bon gr&#233; mal gr&#233;, il faut aller lentement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s le pont, &#231;a grimpe ferme, et jusqu'&#224; Saint-Jean nous travaillons avec le d&#233;veloppement de 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fontaine, qu'ombrage tr&#232;s chichement ce qui reste de l'arbre de la libert&#233;, nous invite &#224; nous rafra&#238;chir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son eau, dont un habitant nous fait l'&#233;loge, vient de la for&#234;t de Lente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est, en effet, d&#233;licieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous la retrouverons plus haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la sortie du village, nous abordons, avec le d&#233;veloppement de 3m,30, la mont&#233;e de 8 kilom&#232;tres, dont 6 ou 7 tr&#232;s durs, qui doit nous amener au col Gaudissart par des zigzags &#224; flanc de montagne qu'on peut suivre des yeux jusqu'en haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sit&#244;t que nous tournons &#224; gauche, face au mur de verdure, le sol devient moins bon, ce qui aggrave la r&#233;sistance de la pente en augmentant le coefficient de roulement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; tout, L., avec ses 6m,30, me suit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous marchons &#224; 12 &#224; l'heure, et l'effort qu'il doit faire sur sa p&#233;dale est de 42 kilos, tandis que ma p&#233;dale ne me demande que 22 kilos. En mon for int&#233;rieur, je me dis que &#231;a ne peut pas durer longtemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en effet, au bout de 1.500 m&#232;tres, mon compagnon met pied &#224; terre et R., qui avec 3m,20 peut facilement p&#233;daler, mais que la vitesse de marche, c'est-&#224;-dire l'intensit&#233; du travail, fatigue, lui tiendra compagnie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, &#224; l'allure qui convient &#224; ses poumons, il ne ferait que du 6 &#224; l'heure et L. &#224; pied en fait presque autant. Je continue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon travail est de 25 kilogramm&#232;tres par seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est mon maximum&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi apr&#232;s 4 kilom&#232;tres j'&#233;prouve le besoin d'abaisser mon d&#233;veloppement et de r&#233;duire &#224; la fois l'effort et le travail&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends 2m,50 et tournant toujours &#224; 60 tours, mon effort tombe &#224; 17 kilogrammes et mon travail &#224; 19 kilogramm&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma vitesse de marche n'&#233;tant plus que de 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, j'en profite pour souffler un instant puis inconsciemment ma vitesse de jambes s'accro&#238;t, s'&#233;l&#232;ve &#224; 70 tours, soit 10 kilom&#232;tres 1/2 &#224; l'heure. Bref, je viens &#224; bout de 8 kilom&#232;tres de mont&#233;e et de 600 m&#232;tres d'altitude en 48 minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une de mes meilleures grimpettes, si je tiens compte de l'&#233;tat du sol. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, je suis arriv&#233; l&#224;-haut aussi mouill&#233; que si j'avais re&#231;u une bonne averse, et comme je n'y trouvai pas le moindre abri contre le vent du nord qui faisait rage, j'y attrapai, en attendant les retardataires, une bonne fluxion dentaire que je traitai d'abord par le m&#233;pris, qui se transforma en abc&#232;s et qui me priva de sorties s&#233;rieuses pendant 15 jours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes projets de voyage dans les Alpes &#224; l'occasion des f&#234;tes du 15&#160;ao&#251;t durent ainsi &#234;tre renvoy&#233;s &#224; l'ann&#233;e prochaine. Grand effet d'une toute petite cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais eu constamment sous les yeux en m'&#233;levant un tr&#232;s vaste panorama dont les lointains s'&#233;vanouissaient dans la brume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce que j'en voyais me r&#233;compensait largement de la fatigue de l'ascension, et cette entr&#233;e dans le Vercors est comparable &#224; celle du col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Vercors est d&#233;cid&#233;ment un pays merveilleux, et l'on trouverait difficilement un autre coin de terre o&#249;, en un espace si petit qu'un cycliste peut ais&#233;ment le parcourir en deux jours dans tous les sens, soient r&#233;unies tant de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y manque que des glaciers.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici mes deux compagnons en retard exactement de 28 minutes qui repr&#233;sentent l'avance que peut prendre un cycliste p&#233;dalant &#224; un cycliste poussant sa machine sur un parcours de 6 kilom&#232;tres 1/2&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut estimer largement l'allure du premier au double de celle du second&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore faut-il que celui-ci marche d'un tr&#232;s bon pas. C'est une constatation qu'a d&#233;j&#224; faite, sur de nombreux parcours, M.&#160;d'Espinassous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc int&#233;r&#234;t, lorsque l'on est press&#233;, &#224; s'outiller de fa&#231;on &#224; gravir en machine toutes les rampes de plus de 500 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; la maison foresti&#232;re, nous n'avons plus que des mont&#233;es insignifiantes et je reprends 4m,40. Pendant quelques centaines de m&#232;tres, nous p&#233;dalons sur un plateau entre des broussailles et le paysage est sans int&#233;r&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous arrivons tout &#224; coup &#224; pic sur un ab&#238;me que la route tournant &#224; droite va surplomber pendant plusieurs kilom&#232;tres. Cet ab&#238;me, contre lequel nous ne sommes d&#233;fendus que par un mince parapet, c'est le ravin cul-de-sac du Cholet, un ruisseau du reste sans importance, dont nous apercevons le sillon argent&#233; &#224; 400 m&#232;tres au-dessous de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps est sauvage, la bise siffle autour de nous, le soleil reste cach&#233; derri&#232;re les nuages qui nous menacent et qui laissent m&#234;me tomber quelques gouttes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, nous mettons pied &#224; terre, empoign&#233;s par l'impressionnante grandeur du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en arri&#232;re la vue est assez &#233;tendue, en avant elle est born&#233;e par le fond du ravin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite la muraille rocheuse au flanc de laquelle a &#233;t&#233; taill&#233;e cette route vertigineuse et d'o&#249; se d&#233;tachent de temps en temps des pierres contre lesquelles on est mal prot&#233;g&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche le vide et, &#224; faible distance, l'autre muraille moins abrupte pourtant que de notre c&#244;t&#233;, et ravin&#233;e par les eaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tunnels succ&#232;dent aux tunnels, et tels sont les contours de la route qu'&#224; certains moments on aper&#231;oit cinq ou six porches b&#233;ants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelquefois l'on s'est content&#233; de fendre le rocher&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; le parapet de pierre est remplac&#233; par un balcon d'o&#249; le point de vue est particuli&#232;rement pittoresque. Bref, nous suivons l&#224;, pendant deux ou trois kilom&#232;tres, une route qui para&#238;t avoir &#233;t&#233; faite exclusivement pour le plaisir des touristes et qui tient &#224; la fois, ainsi que l'a &#233;crit tr&#232;s justement M.&#160;Burdet, &#224; qui je dois de la conna&#238;tre, de la route du Frou et de celle des Grands-Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol &#233;tait, quand nous y pass&#226;mes, tr&#232;s mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'avait pas plu depuis quelque temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sable et le gravier y r&#233;gnaient en ma&#238;tres, et en certains passages il e&#251;t &#233;t&#233; difficile de p&#233;daler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y rencontr&#226;mes trois touristes &#224; pied et y relev&#226;mes les traces de deux bicyclettes qui, d'apr&#232;s ce que nous appr&#238;mes &#224; la maison foresti&#232;re, nous pr&#233;c&#233;daient de deux heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quoique peu connus encore, ces parages ont d&#233;j&#224; quelque client&#232;le. Le ravin de Cholet finit en cul-de-sac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'attendais &#224; trouver au fond une cascade ou une gorge, mais cela se termine simplement en dos de baignoire, et j'imagine que ce ravin dut &#234;tre autrefois un lac qui a fini par renverser la barri&#232;re qui lui &#233;tait oppos&#233;e du c&#244;t&#233; de la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous passons aupr&#232;s d'une scierie tr&#232;s modeste et bient&#244;t nous entrons dans la for&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route &#233;troite est convenablement roulante et monte peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil ne se d&#233;cide pas encore &#224; se montrer et il fait presque froid&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous h&#226;tons la marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; craignant de passer &#224; c&#244;t&#233; de la maison foresti&#232;re sans la voir ainsi qu'il advint &#224; notre pr&#233;d&#233;cesseur, M.&#160;Burdet, nous surveillons toutes les fontaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y en a pas des tas et la premi&#232;re que nous apercevons, &#224; droite en rentrant dans un vallon d&#233;couvert au fond duquel s'&#233;l&#232;ve une terme, est la bonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de regarder alors au-dessus de soi pour voir les murs de la plus hospitali&#232;re maison foresti&#232;re du Vercors, exception faite de celle du col du Rousset. Un petit b&#226;timent isol&#233;, &#224; quelque vingt m&#232;tres de la maison des gardes, est consacr&#233; aux touristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y faisons un d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien succulent : &#339;ufs et beurre frais, confiture et miel d&#233;licieux, pain de m&#233;nage exquis, je ne dis rien de l'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant au vin que nous go&#251;t&#226;mes par gourmandise, il &#233;tait, ma foi, fort bon, &#224; nous faire regretter d'&#234;tre des buveurs d'eau. L., qui n'a pas cette qualit&#233; ou ce d&#233;faut, go&#251;ta l'eau juste autant que nous go&#251;t&#226;mes le vin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'on entra dans la for&#234;t de Lente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le garde forestier et sa femme nous avaient donn&#233; des renseignements tr&#232;s pr&#233;cis gr&#226;ce auxquels nous n'err&#226;mes dans la for&#234;t que deux heures pour faire peut-&#234;tre dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est vrai que l'on est oblig&#233; de mettre fr&#233;quemment pied &#224; terre. D'autres cyclistes, plus infortun&#233;s, ont tourn&#233; pendant 4 heures dans ces sentiers forestiers, priv&#233;s de toute indication, avant d'arriver au col de Vassieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; fait surprenante la vue qu'on a sur la plaine de Vassieux au d&#233;bouch&#233; de la for&#234;t. On la domine presque &#224; pic de 300 m&#232;tres environ qu'on va perdre en trois ou quatre kilom&#232;tres de route bien mal entretenue, agr&#233;ment&#233;e d'un virage assez raide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une de mes p&#233;dales s'est d&#233;viss&#233;e dans les cahots subis &#224; travers la for&#234;t, et le filetage en est m&#226;ch&#233;. Le forgeron de Vassieux, ouvrier adroit et intelligent, m'y refait un filet, taraude la manivelle pendant que mes deux compagnons vont se rafra&#238;chir et s'endorment devant leur bouteille de limonade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet accident nous fait perdre une bonne heure et nous n'arrivons, de ce fait, au col du Rousset qu'&#224; 2 h. 1/2. Nous avions compt&#233; y d&#233;jeuner &#224; midi. Quand vous mettrez dans votre programme la travers&#233;e de la for&#234;t de Lente, pr&#233;voyez toujours deux heures de retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentrais, au col du Rousset, dans le d&#233;j&#224; vu, car j'avais fait, peu de temps auparavant, le trajet qui nous restait &#224; faire pour rentrer. Mes compagnons cependant passaient l&#224; pour la premi&#232;re fois et j'avais du plaisir &#224; les voir ravis des sites qui se d&#233;roulaient successivement devant et autour de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'on &#233;prouve presque autant de plaisir &#224; initier un ami aux joies du tourisme, &#224; le promener parmi les mille et une beaut&#233;s de la nature, &#224; lui faire go&#251;ter les attraits, les enchantements d'un site pittoresque, &#224; l'enivrer des splendeurs f&#233;eriques que des rideaux lev&#233;s soudain d&#233;couvrent &#224; leurs regards &#233;merveill&#233;s, il me semble, dis-je, qu'on est aussi heureux qu'on le f&#251;t d'en jouir soi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, d'ailleurs, ne sait-on pas que la source est in&#233;puisable des s&#233;ductions dont la nature se pare pour ses &#233;lus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle se montre rarement deux fois sous le m&#234;me aspect, et celui qui sait appr&#233;cier les nuances ne regrettera jamais de refaire, soit en compagnie de nouveaux adeptes du cyclotourisme, soit m&#234;me seul, des excursions d&#233;j&#224; faites dix fois, surtout, ajouterai-je, dans le massif du Vercors qui, pour moi, comprend tout ce que le Drac, l'Is&#232;re et la Dr&#244;me enserrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour est men&#233; vivement sans autres incidents que quelques tentatives de la part de p&#233;dards locaux qui, nous voyant passer &#224; grande allure, br&#251;laient de se mesurer avec nous, tentatives bien vite mises en &#233;chec par la r&#233;gularit&#233; de notre train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me souvient d'un jeune croupe-en-l'air qui, entre Romans et Tain, nous d&#233;passa tout &#224; coup en un fr&#233;n&#233;tique emballage, de dix m&#232;tres. Il se releva alors, et s&#251;r du triomph&#233;, il se tint un instant &#224; notre hauteur. Nous nous suivions &#224; la queue leu-leu et filions, dans la nuit tombante, &#224; 25/28 &#224; l'heure, le long des rails du tramway, nous confiant aux yeux de lynx de L... pour choisir les meilleurs passages de la route. Le jeune athl&#232;te faiblissait &#224; vue d'&#339;il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait fait &#224; peine 500 m&#232;tres qu'il se trouva tr&#232;s heureux de coller derri&#232;re nous, mais le kilom&#232;tre n'&#233;tait pas achev&#233; que nous l'entend&#238;mes pousser un &#233;norme soupir, et il fut d&#233;coll&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vouloir, sans pr&#233;paration, sans se mettre d'abord sous pression par des efforts graduellement accentu&#233;s, tenir pied &#224; un cycliste, m&#234;me moins fort, qui p&#233;dale depuis plusieurs heures, dont les muscles, le c&#339;ur, les poumons sont en harmonie avec le travail qu'on leur demande, c'est courir au devant d'un &#233;chec d&#251; &#224; l'essoufflement caus&#233; par le passage subit de l'&#233;tat de repos &#224; un &#233;tat de travail intensif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce p&#233;dard &#233;tait peut-&#234;tre le fr&#232;re du lyc&#233;en qui m'avouait modestement, l'autre jour, qu'il &#233;tait imbattable sur... 25 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Oui, sur 25 m&#232;tres, d&#233;part lanc&#233;, personne ne pouvait le battre. Ce jeune &#233;chapp&#233; du bahut d&#233;tenait sans doute le record du centim&#232;tre. Dans des cerveaux de cette envergure, je doute qu'il y ait de la graine de cyclotouriste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bourg-de-P&#233;age, nous avions obtenu un l&#233;ger repas promptement servi, et &#224; Andance nous f&#238;mes une derni&#232;re halte avant d'entreprendre la travers&#233;e de la montagne qui nous s&#233;parait de notre lit ardemment d&#233;sir&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait &#233;toil&#233; et la temp&#233;rature exceptionnellement douce. J'engageai mes jeunes compagnons &#224; se comporter en v&#233;ritables v&#233;g&#233;tariens amis de la vie simple et &#224; prendre quelques heures de repos &#224; la belle &#233;toile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils se rang&#232;rent vite &#224; mon avis, car ils avaient du sommeil plein les yeux et leurs zigzags sur la route devenaient inqui&#233;tants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un pr&#233;, sous quelques arbres, nous dormions tous &#224; poings ferm&#233;s dix minutes apr&#232;s ma motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon &#226;ge me gratifiant d'un sommeil plus l&#233;ger, je m'&#233;veillai tout &#224; coup&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un cr&#233;pitement singulier tout autour de moi, accompagnait le ronflement des jeunes gens que je r&#233;veillai &#224; la h&#226;te. Il pleuvait, et les gouttes, passant d&#233;j&#224; &#224; travers les feuilles, commen&#231;aient &#224; tomber sur nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallut d&#233;guerpir &#224; la h&#226;te et s'en aller en pleine nuit, sous une pluie copieuse, sinon torrentielle, chercher un abri plus s&#251;r. Nous ne trouv&#226;mes &#224; Saint-Cyr (il &#233;tait une heure du matin) pas une porte ouverte, et nous d&#251;mes, en fin de compte, heureux de nous r&#233;fugier sous un hangar d&#233;labr&#233; et sale &#224; plaisir devant lequel je ne passe jamais sans me souvenir de cette nuit agit&#233;e et que nous baptis&#226;mes grand h&#244;tel de Saint-Cyr.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis lors, L. et R. ne permettent plus que je vante devant eux, aux nouveaux adeptes de l'&#201;cole st&#233;phanoise les charmes des nuits pass&#233;es &#224; la belle &#233;toile. Et pourtant... mais rien n'est terrible comme un d&#233;but malheureux. J'en sais quelque chose, moi qui pour avoir eu, en 1889, un clou dans mon premier pneumatique au 40&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, d&#233;daignai d'acheter 25 francs des actions Dunlop qui valurent quelques ann&#233;es plus tard 1.000 francs et me refusai pendant plusieurs saisons aux douceurs du pneumatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cahin-caha, sans entrain, sous un ciel triste, sur des routes boueuses, nous repartons d&#232;s les premi&#232;res lueurs d'une aube grise et terne. &#192; 7 heures, nous sommes &#224; Saint-&#201;tienne, satisfaits, malgr&#233; nos d&#233;boires, d'avoir pu d&#233;montrer que des excursions de l'importance de celle que nous avions entreprise n'exc&#232;dent pas les moyens de cyclistes de force ordinaire polymultipli&#233;s, L., &#224; la v&#233;rit&#233;, la fit &#224; nos c&#244;t&#233;s, avec l'unique d&#233;veloppement de 6m,30, mais malgr&#233; son exceptionnelle vigueur, son &#233;chec &#224; la mont&#233;e de l'&#201;charasson lui ouvrit les yeux. Il est devenu, depuis, un des plus convaincus partisans des machines &#224; d&#233;veloppements multiples, r&#233;duisant d'ann&#233;e en ann&#233;e son petit d&#233;veloppement de 3m,65 &#224; 3m,25 et enfin &#224; 2m,70, bien que ses muscles lui permettent encore de gravir quand il lui pla&#238;t les 6 kilom&#232;tres &#224; 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% du col des Grand Bois avec 6m,60, &#224; l'instar des coureurs du tour de France exalt&#233;s par l'Auto qui se garde bien de les envoyer &#224; l'&#201;charasson, au Galibier et au Ventoux, o&#249; ils trouveraient peut-&#234;tre bien aussi leur chemin de Damas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avions pas encore, en ao&#251;t 1900, les bicyclettes &#224; changement de vitesse en marche par deux cha&#238;nes directes, et cette excursion dans le Vercors fut une des derni&#232;res faites avec le syst&#232;me primitif par d&#233;placement de la cha&#238;ne sur plusieurs couples de pignons. Ferions-nous beaucoup mieux aujourd'hui avec nos machines soi-disant perfectionn&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Peut-&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce serait un essai &#224; tenter l'ann&#233;e prochaine et je le tenterai si quelque n&#233;ophyte me demande de le conduire dans le Vercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/foretdelente.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH296/foretdelente-b814c.jpg?1788127431' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-168 '&gt;&lt;strong&gt;For&#234;t de Lente
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-168 '&gt;Route de la For&#234;t de Lente. 2019
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-168 '&gt;V&#233;lotextes
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>For&#234;t de Lente (1900)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pousser des cris d'admiration en voyant grimper une automobile n'est pas pr&#233;cis&#233;ment dans notre caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le Cycliste, D&#233;cembre 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de l'&#201;charasson m'&#233;tait connue. En 1894, un inspecteur des for&#234;ts m'avait parl&#233; des difficult&#233;s que l'on rencontrait dans son percement. J'allai la voir &#224; pied mais ne poussais pas jusqu'&#224; la maison foresti&#232;re. Ayant gard&#233; une impression tr&#232;s confuse de cette route, d'ailleurs &#224; peine amorc&#233;e, je r&#233;solus en septembre dernier de monter sur le Vercors par Saint-Jean-en-Royan.&lt;br class='autobr' /&gt; Parti de Valence le matin, j'arrive &#224; 2 heures, apr&#232;s un long arr&#234;t &#224; Romans, &#224; la hauteur du pont suspendu de Saint-Nazaire. De l&#224; se d&#233;couvre le village que franchit l'aqueduc de la Bourne. La vue sur cette rivi&#232;re et sur l'Is&#232;re est fort belle. La terre et les roches de leurs hautes berges sont d'un rouge extr&#234;mement vif sur lequel ressortent de verts taillis, le bleu de l'eau. Je ne connais qu'un autre site pr&#233;sentant d'aussi &#233;clatantes colorations : les rivages de l'Esterel, pr&#232;s d'Agay.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin est &#233;pouvantable et ma bicyclette laisse dans l'&#233;paisse poussi&#232;re, une profonde et p&#233;nible trace. La descente du pont de Mane n'est pas meilleure, au contraire car de nombreuses orni&#232;res, des trous dissimul&#233;s, impriment &#224; ma machine les plus d&#233;sagr&#233;ables vibrations.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'engageais sur le pont, quant &#224; deux cents m&#232;tres, j'aper&#231;ois une voiture que plusieurs personnes entouraient.&lt;br class='autobr' /&gt; En voyage, j'aime et recherche les incidents : rien de monotone comme une excursion qui en est d&#233;pourvue. Approchant je reconnais une automobile peinte en rouge amarante qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;panne s&#233;rieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vient de clouer sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur, v&#234;tu enti&#232;rement de cuir grenat, est accompagn&#233; de sa femme et de sa fille. Un m&#233;canicien, un domestique, tel est le personnel de l'automobile.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233;. Il n'y a je ne sais quel malin plaisir &#224; &#234;tre t&#233;moin de l'embarras de son prochain, quand de cet embarras n'est r&#233;sult&#233; aucun mal. Que l'homme est donc naturellement mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a toujours, a dit La Rochefoucauld, quelque chose dans le malheur d'autrui qui r&#233;jouit. Les maximes du prince de Marcillac ne sont pas les maximes des saints et le touriste n'est pas un ange : aussi j'assiste le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;c&#339;ur l&#233;ger&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; cette lamentable panne, heureux de voir cette sorte de d&#233;boires inconnue au cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur ne d&#233;col&#232;re pas et avec raison est exasp&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le m&#233;canicien a perdu la t&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le domestique est all&#233; chercher des chevaux et les deux dames, assises sur le talus de la route, feuillettent, il me semble, avec le plus grand int&#233;r&#234;t, un guide rouge, qui doit &#234;tre le Boedecker&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je remarque leur calme, peut-&#234;tre sont-elles blas&#233;es sur ce genre d'agr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur, content de rencontrer un touriste pour s'&#233;pancher, me met au courant de ce f&#226;cheux contretemps. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est inconcevable, me dit-il, l'allumage est parfait, la carburation id&#233;ale, nous n'y comprenons rien. Une voiture qui marchait si bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si vous l'aviez vu, ce matin, monter la c&#244;te de Sassenage, vous auriez pouss&#233; un cri d'admiration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pousser des cris d'admiration en voyant grimper une automobile n'est pas pr&#233;cis&#233;ment dans notre caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et il est probable qu'au lieu de ce d&#233;bordement d'enthousiasme, j'aurai pens&#233; simplement : pourvu que &#231;a dure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Existe-t-il, continua le chauffeur, une voiture plus capricieuse, plus ent&#234;t&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;ne vouloir ni avancer, ni reculer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Votre automobile, r&#233;pondis-je, est la r&#233;habilitation de la mule.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le domestique est revenu suivi d'un paysan et d'un cheval. Avec des cordes on assujettit un brancard et la voiture se met tristement en marche, se dirigeant vers la gare de Saint-Hilaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vais, me dit le chauffeur, la faire attacher sur truck jusqu'&#224; Valence.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et l&#224; elle fera s&#251;rement ses quarante kilom&#232;tres &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ajoutai-je en le quittant.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s le pont de Mane le chemin devient un peu meilleur et j'entre &#224; Saint-Jean &#224; 3h 40. Le temps &#233;tait tr&#232;s chaud, une quinzaine de kilom&#232;tres me s&#233;paraient seulement de Lente, une longue halte &#233;tait permise. Je ferai bien, me dis-je, 7 kil. 500 &#224; l'heure, &#224; cinq le soleil sera moins ardent et j'arriverai &#224; la maison foresti&#232;re &#224; sept, &#224; l'heure du d&#238;ner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je commis l&#224; une faute impardonnable que mon exp&#233;rience aurait d&#251; m'&#233;viter. La pente de la route fut beaucoup plus forte que je ne supposais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du col &#224; la scierie du Brey, je trouvai une &#233;paisse couche de pierre r&#233;cemment &#233;tendue qui attenait le cylindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; autant de causes qui me retard&#232;rent. D'ailleurs il est toujours prudent d'avoir un peu de marge en cas d'impr&#233;vu, voire m&#234;me pour une r&#233;paration de pneumatique.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me repose donc &#224; l'ombre des ormes de Saint-Jean, m'abandonnant &#224; cette d&#233;licieuse fl&#226;nerie que go&#251;te le touriste au milieu de l'&#233;tape, et je parcours quelques journaux sous la tente d'un caf&#233;. L&#224; &#233;tait attabl&#233; un cycliste, un des plus &#233;tonnants que j'ai rencontr&#233;s. Habill&#233; compl&#232;tement de piqu&#233; blanc, bas et maillot &#233;cossais, il a l'air de sortir d'un &#233;crin. Sa conversation est aussi extraordinaire que son costume... Il conna&#238;t La Revue, ne soyons pas cruel. Je n'en dirai pas plus long.&lt;br class='autobr' /&gt; 5 heures : je me mets en selle. La dure rampe commence imm&#233;diatement &#224; la sortie du village. La route traverse des pr&#233;s plant&#233;s de pommiers et ne tarde pas &#224; s'engager dans les bois de taillis d'o&#249; elle ne sortira plus. Joanne donne &#224; cette c&#244;te une pente de 7%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a erreur manifeste, elle doit avoir 8,5 si ce n'est 9%.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin d&#233;crit un immense lacet, dominant la vall&#233;e de la Lyonne, puis revient sur sa premi&#232;re direction. &#192; mesure que je m'&#233;l&#232;ve la vue devient de plus en &#233;tendue : Saint-Jean appara&#238;t blotti dans la verdure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au loin, se dessine en blanc, le haut aqueduc de Saint-Nazaire et partout surgissent des villages et des fermes dans le feuillage. J'aper&#231;ois tr&#232;s bas presque tout le Royannais, la vall&#233;e de l'Is&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'horizon, la for&#234;t de Chambarand et la cha&#238;ne des C&#233;vennes.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette rampe est tellement dure sous le soleil, dont &#224; cette heure les rayons me frappent normalement, que je ne cherche que des pr&#233;textes &#224; descendre de machine. C'est une suite de capitulation de conscience. J'interroge le cantonnier sur la route de Combe-Laval, quoique bien mieux renseign&#233; que lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le fallacieux motif de prendre une note, je fume une cigarette sur l'herbe, contemplant les merveilleux lointains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fleur me parait d'une esp&#232;ce rare, je m'arr&#234;te pour la cueillir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chaque passant doit subir un interrogatoire et tous ces subterfuges r&#233;duisent &#224; tel point ma marche qu'elle ne doit pas d&#233;passer 4 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Peu avant la fontaine de l'&#201;charasson je croise un berger surveillant son troupeau qui broutait sur ces pentes escarp&#233;es. Naturellement je ne laisse pas &#233;chapper cette occasion de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Connaissez-vous, lui dis-je, la route de Combe-Laval&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En suis-je loin &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Non, me r&#233;pondit-il, une demi-heure &#224; peine.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et avec un accent compatissant : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous y allez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ai vue une fois mais n'y passerai plus. C'est affreux &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est vilain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Vilain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En voil&#224; un amant de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Allons ce sera encore mieux que je n'esp&#233;rais. La beaut&#233; d'un paysage &#233;tant toujours en raison inverse de l'appr&#233;ciation de l'indig&#232;ne, s'il m'avait dit splendide, je serais retourn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne pouvais faire halte &#224; la fontaine. Cette eau d'une fra&#238;cheur glac&#233;e est &#224; redouter pour le cycliste qui arrive l&#224; souvent en moiteur, et il devra sagement se borner &#224; des ablutions.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t j'atteins le col : le chemin tourne &#224; angle droit, se dirigeant sur l'&#201;charasson. D'ici je vois Sainte-Eulalie &#224; moiti&#233; cach&#233; dans ses noyers, Pont-en-Royan accroch&#233; &#224; ses rochers, les vertes vall&#233;es de la Lyonne et de la Bourne : tableau admirable sous le soleil couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Vers le 8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, je prends &#224; gauche la nouvelle route. Quelques cents m&#232;tres et me voici devant le vertigineux pr&#233;cipice de Combe-Laval.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette route qui a n&#233;cessit&#233; de difficiles et dangereux travaux, suit &#224; une hauteur de 700 m&#232;tres &#224; pic sur l'&#233;troite gorge du Cholet, une ligne sinueuse aux courbes accus&#233;es. Taill&#233;e dans le roc sans interruption, elle troue, par de nombreux tunnels, les &#233;normes contreforts de la montagne. &#192; certains endroits, la roche a manqu&#233; et c'est sur des poutres de fer qu'elle franchit le vide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; d'autres, des murs cyclop&#233;ens la soutiennent. Sur la droite, de mena&#231;antes parois s'&#233;l&#232;vent tr&#232;s haut. Partout o&#249; la mine l'a fait sauter, partout o&#249; il a &#233;t&#233; entaill&#233;, le rocher a pris une couleur fauve ardent, presque rouge&#226;tre, qui tranche violemment sur le gris&#226;tre de l'ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt; La vue sur l'ab&#238;me est saisissante et donne un frisson d'instinctive terreur. &#192; une effrayante profondeur, je distingue quelques maisons, des arbres, mais rapetiss&#233;s comme des jouets d'enfant.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'enfonce dans un tunnel. &#192; la sortie le spectacle est plus terrifiant encore. Cette route est une de celles o&#249;, dans les cauchemars, le vertige vous prend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces pr&#233;cipices sont ceux dans lesquels on tombe avec cette angoisse qui persiste m&#234;me apr&#232;s le r&#233;veil. G. Dor&#233;, dans L'Enfer de Dante, a dessin&#233; des routes pareilles.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil s'est couch&#233;. En face, de gigantesques falaises, qui sous les derniers rayons avaient rev&#234;tu les teintes les plus chaudes, sont devenues violettes, puis peu &#224; peu, ternissent, passent au gris sans reflets. Au loin, une brume bleu&#226;tre, d'une t&#233;nuit&#233; extr&#234;me, couvre le Royannais.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai longuement contempl&#233; cette vue fascinante, j'ai laiss&#233; le temps fuir, saisi par l'&#226;pre sauvagerie, la farouche grandeur du site. L'obscurit&#233; envahit d&#233;j&#224; la sombre gorge et se fait plus grande &#224; chaque pas. La nuit vient avec une rapidit&#233; qui me surprend et dans ces cailloux fra&#238;chement r&#233;pandus, ma marche est d'une lenteur d&#233;sesp&#233;rante.&lt;br class='autobr' /&gt; Parvenu au fond du cirque, une haute muraille de rochers me para&#238;t une barri&#232;re infranchissable. O&#249; passera la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? elle s'engouffre dans deux tunnels qu'ont creus&#233;s autrefois les moines de l'abbaye de Bouvante. Sous la t&#233;n&#233;breuse vo&#251;te, nulle lueur pour me diriger : h&#233;sitant, tr&#233;buchant &#224; chaque pas, je pousse ma machine sur la dure pente. Le tunnel travers&#233;, j'entends grincer les roues d'un chariot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un homme portant un falot est sur la route, d&#233;telant ses chevaux. Je suis arriv&#233; &#224; la scierie de Brey.&lt;br class='autobr' /&gt; J'interroge le voiturier sur la maison foresti&#232;re.&#8239;&#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous n'en &#234;tes qu'&#224; trois kilom&#232;tres, me dit-il, seulement prenez garde de ne pas aller trop loin : vous n'avez pas de lanterne et il fait tr&#232;s nuit. Il est presque s&#251;r que vous passerez devant le chemin sans le voir. Mais &#233;coutez-moi bien, vous ne pourrez vous tromper. Quand vous aurez laiss&#233; &#224; votre droite la vieille route, le chemin de la maison foresti&#232;re sera &#224; 1.500 m&#232;tres plus loin, &#233;galement &#224; droite. Si vous le manquez vous le trouverez facilement par cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;remarque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. D&#232;s que la for&#234;t cessera, d&#232;s que vous verrez un terrain d&#233;bois&#233; vous l'aurez d&#233;pass&#233;. Revenez alors et &#224; une cinquantaine de m&#232;tres &#224; gauche, cette fois, vous trouverez le chemin de la maison foresti&#232;re qui n'est qu'&#224; 200 m&#232;tres sur la hauteur.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; J'&#233;coute attentivement et le remercie.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis maintenant en pleine for&#234;t, mais vu l'obscurit&#233;, je vais &#224; pied. D'&#233;pais sapins se dressent de chaque c&#244;t&#233; de la route, et de la masse noire, &#224; peine si le ciel je vois sortir leurs cimes aigu&#235;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en marchant, je comparais la route de l'&#201;charasson &#224; celle des grands goulets. Combe-Laval est tr&#232;s beau, incontestablement, colossal si l'on veut, mais on n'y ressent pas la po&#233;sie h&#233;ro&#239;que des Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y manque cette furieuse et &#233;tourdissante Vernaison, ces eaux &#233;cumantes se pr&#233;cipitant en cascade, la verdure des taillis. Ici tout est sec, br&#251;l&#233;, ravag&#233;. Les Grands-Goulets l'emportaient.&lt;br class='autobr' /&gt; Un bruit de pas interrompt mes r&#233;flexions, et dans l'ombre, je distingue un homme dont le b&#226;ton ferr&#233; sonne sur les pierres. Je l'interpelle.&lt;br class='autobr' /&gt; En pareil cas, le son de la voix de l'inconnu me guide sur ce que j'ai &#224; faire. J'ai bien un revolver, mais je crains de m'en servir &#8212; un jour peut-&#234;tre, en dirai-je la raison aux lecteurs du Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Suis-je loin de la maison foresti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Vous-y &#234;tes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me r&#233;pond gaiement, une voix au timbre franc et cordial. C'&#233;tait un charbonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; La nuit est si profonde que je manque l'amorce de la route : &#224; ma droite j'ai le terrain d&#233;bois&#233;. Une courte mont&#233;e et j'aper&#231;ois les lumi&#232;res briller dans les sapins : c'est la maison foresti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; J'appelle : une fen&#234;tre &#233;clair&#233;e s'ouvre, et un instant apr&#232;s descend un garde. Je suis re&#231;u avec empressement, et bient&#244;t assis devant la chemin&#233;e, je me chauffe &#224; un grand feu de h&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon couvert est vite dress&#233; dans une pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233; de la cuisine &#8212; je recommande aux touristes la gel&#233;e de framboises faites &#224; Lente &#8212; mon repas termin&#233; je fume pr&#232;s du feu. La soir&#233;e pass&#233;e se passe &#224; causer avec le garde forestier. &#192; son accent je reconnais qu'il est alsacien : il me parle des belles for&#234;ts de son pays, for&#234;ts qui ne nous appartiennent plus, et sa figure trahit les regrets qu'il ressent encore. Il y a 27 ans qu'il est &#224; Lente. Aussi quelle sant&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel regard bon et loyal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la for&#234;t est moralisatrice, la for&#234;t est meilleure que les hommes .&lt;br class='autobr' /&gt; Il est 10 heures. Le garde s'est lev&#233;, a allum&#233; une lanterne et se tient debout devant moi, pr&#234;t &#224; me conduire &#224; la maison des touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Voulez-vous, me dit sa femme, un journal pour vous endormir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je sais que beaucoup de personnes aiment &#224; lire au lit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Tr&#232;s volontiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondis-je. En effet, j'ai l'habitude dans ma chambre de prendre un livre quand je n'ai pas sommeil. Tel est le cas ce soir. Ce journal sera donc le bienvenu.&lt;br class='autobr' /&gt; P&#233;rip&#233;tie poursuivie du conteur, toi qui le fuis quand il te cherche, combien parfois tu es dure pour lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pourquoi de tes faveurs toujours si avares, m'as-tu combl&#233;, accabl&#233; aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Dans une semblable situation, le Vicomte d'Arlincourt n'aurait pas manqu&#233; de s'&#233;crierv&#160;: ciel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! en croirais-je mes yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et cette phrase surann&#233;e exprimait parfaitement la sensation que j'&#233;prouve.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce journal que je tiens dans ma main, ce journal qu'on me donne pour m'endormir, oserai-je dire son nom&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et pourtant je suis bien s&#251;r qu'aucun lecteur de la Revue ne le devinerait. Vous le voulez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? eh bien... c'&#233;tait le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le coup &#233;tait rude, un espoir me restait. S&#251;rement, pensais-je, c'est un vieux num&#233;ro qu'un touriste aura oubli&#233; ici, un de ceux consacr&#233;s aux itin&#233;raires, &#224; la revue des catalogues, un de ces num&#233;ros qu'irr&#233;v&#233;rencieusement on appelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;assommant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et dont le pouvoir soporifique ne se discute pas... je l'ouvre. C'est celui du 30&#160;juin 1900 et il contient le Valgaudemar.&lt;br class='autobr' /&gt; Ironie amusante des choses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce r&#233;cit, un des plus mauvais que j'ai envoy&#233; au cycliste, a &#233;t&#233; &#233;crit en deux heures. Il &#233;tait donc juste qu'une pareille d&#233;sinvolture f&#251;t punie : et la ceinture de hautes roches qui fait au Vercors un rempart inexpugnable, l'immense for&#234;t qui m'entoure, n'ont pu me d&#233;fendre contre la raillerie du sort. Mais c'est dans l'adversit&#233; que les &#226;mes fortement tremp&#233;es donnent toute leur mesure, aussi faisant bonne contenance, je remercie mon h&#244;tesse et emporte la revue.&lt;br class='autobr' /&gt; Cet incident m'avait fort &#233;gay&#233;, et en fumant une derni&#232;re cigarette je me disais : faut-il que le Cycliste soit un journal r&#233;pandu pour avoir pu m&#234;me p&#233;n&#233;trer dans ces solitudes lointaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! o&#249; ne compte-t-il pas des abonn&#233;s..., sic itur ad astra&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et c'est berc&#233; par ces riantes pens&#233;es que je m'endormis. Les contrevents ferm&#233;s m'ont tromp&#233; et le soleil brille d&#233;j&#224; sur la prairie de Lente. Le ciel tr&#232;s bleu est sans nuages.&lt;br class='autobr' /&gt; En sortant je rencontre le vieux garde alsacien :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Eh bien, lui dis-je, faisant allusion &#224; la pluie qui tombe presque continuellement sur le Vercors, qu'est-ce que cela signifie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? le temps s'est d&#233;rang&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourriez-vous m'expliquer pourquoi il ne pleut pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; C'est inconcevable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! r&#233;pondit-il plaisamment, mais rassurez-vous, &#231;a ne durera pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et prenant mon sac : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Votre d&#233;jeuner est pr&#234;t, ma femme a battu ce matin du beurre pour vous.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant que j'&#233;tais &#224; table des grad&#233;s sont entr&#233;s. il y en a un que je n'aimerais pas rencontrer &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;en civil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au coin d'un bois. Avec sa grande barbe de sapeur il a un air f&#233;roce. Au demeurant le meilleur des hommes. Je les interroge sur les chemins qui conduisent &#224; Vassieux. F&#226;cheux son de cloche, ils ne sont pas d'accord et chacun me trace un itin&#233;raire diff&#233;rent. La grande barbe veut absolument que je prenne le raccourci de la Chapelle, et garanti que je n'aurai &#224; porter ma bicyclette &#224; peine quarante minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Impatient&#233;, la femme de l'Alsacien les interrompt :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Monsieur n'a qu'&#224; passer par Lachau, c'est encore le moins mauvais et le plus court.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et se tournant vers moi :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous suivrez la route qui longe la prairie &#8212; elle me la montre de la fen&#234;tre &#8212; entr&#233; dans la for&#234;t vous laisserez un chemin &#224; droite qui monte en sens contraire, et continuerez devant vous : apr&#232;s un pont de pierre vous arriverez &#224; un carrefour. L&#224; faites bien attention de ne pas vous tromper. Il y a trois chemins. Ne prenez pas celui qui descend, encore moins celui qui sera en face de vous &#8212; vous iriez &#224; la Chapelle &#8212; mais celui qui monte.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ces renseignements grav&#233;s dans ma m&#233;moire, je prends cong&#233; de ces braves gens dont l'accueil patriarcal rappelle la vie d'autrefois.&lt;br class='autobr' /&gt; La route est un enchantement continu, la for&#234;t est merveilleuse. Le h&#234;tre dont le tronc droit et clair s'&#233;l&#232;ve tr&#232;s haut, se m&#234;le au sapin et &#224; l'&#233;pic&#233;a, sous lesquels poussent des taillis de noisetiers et d'alisiers. Des sorbiers des Oiseleurs aux baies rouge vif, bordent parfois le chemin, mettant une note &#233;clatante dans le paysage. Le sol est tapiss&#233; de fraisiers de framboisiers de v&#233;g&#233;tation luxuriante, folle, un vrai parc de milliardaire. Des sapins centenaires ont leurs branches pendantes couvertes de lichens, et cela leur donne un aspect v&#233;n&#233;rable. Patriarches de la for&#234;t ils abritent leurs nombreux descendants et de leur ombre les prot&#232;gent encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ces combes la terre est humide, la chaleur lourde, le chemin boueux et je prends le parti de marcher. Voici le pont aux pierres vertes de mousse et bient&#244;t apr&#232;s le carrefour en X.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne me rappelle plus la longue explication de la femme du garde. Il y bien un poteau portant mention de chemin de Vassieux, mais ce poteau plac&#233; au centre de l'X est d&#233;pourvu de fl&#232;che. Quelle est ma route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? ma montre, pr&#233;sent&#233;e au soleil, m'indique le Sud : je peux donc orienter ma carte. La bonne route monte faisant un angle aigu avec celle de Lente.&lt;br class='autobr' /&gt; La for&#234;t est si belle que souvent je m'arr&#234;te pour fumer. Avec toutes ces haltes le temps fuit rapidement. Il est 11 heures, j'ai d&#233;jeun&#233; tr&#232;s l&#233;g&#232;rement ce matin et je m'aper&#231;ois qu'on ne vit pas uniquement de pittoresque. Malheureusement j'ai mon sac des courtes excursions, il ne contient que des objets de toilette et en fait de provisions de bouche, rendrait des points au radeau de la m&#233;duse.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'apitoyais sur les souffrances de ses naufrag&#233;s quand je rencontre un casseur de pierres. Aid&#233; par lui je suis vite en possession de deux cornets de framboises. Je connais des mets plus substantiels. Cette vie de Robinson est d&#233;cid&#233;ment moins agr&#233;able &#224; vivre qu'&#224; lire.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir travers&#233; une clairi&#232;re et laiss&#233; &#224; droite des p&#226;turages et des collines d&#233;bois&#233;es, me voici enfin en haut de la c&#244;te. De l&#224; jusqu'&#224; Vassieux descente continue. Je suis de nouveau dans la for&#234;t, aussi enchanteresse peut-&#234;tre que sur l'autre versant. &#192; midi je passe devant la maison foresti&#232;re de Lachau. Je trouve porte close. En face s'ouvre une grande &#233;chancrure : c'est le col des Jaussauds.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arr&#234;te saisi par la vue, une des plus &#233;tonnantes, des plus singuli&#232;res que j'aie contempl&#233;es. J'ai &#224; mes pieds, &#224; une profondeur de 400 m&#232;tres environ, toute la vall&#233;e de Vassieux, parsem&#233;e de hameaux et de fermes. De longues routes blanches la sillonnent, convergeant vers ce village. La vall&#233;e qui de cette hauteur para&#238;t une plaine, ressemble par ses terres labour&#233;es, ses carr&#233;s de pr&#233;s, ses champs en friche, &#224; une immense marqueterie. Un grand nombre de gerbiers de forme conique prennent l'aspect de petites quilles &#224; jouer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; gauche, dans le lointain, la Chapelle-en-Vercors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant moi, La Mure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, Vassieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais tout en &#233;tant vus en projection, les toits de ces deux derniers villages semblent toucher le sol. L'ensemble constitue le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;topo&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le plus facile &#224; prendre que je connaisse.&lt;br class='autobr' /&gt; Au second plan les croupes noires de sapin de Saint-Agnan. Derri&#232;re, les dominant, une seconde ligne de montagnes d&#233;nud&#233;es aux cr&#234;tes d&#233;chiquet&#233;es : c'est la cha&#238;ne de la Moucherolle, dont le Grand-Veymont est la plus grande cime.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arrache enfin &#224; ce spectacle, il n'est que temps d'arriver &#224; Vassieux. Un sentier trac&#233; sur le flanc escarp&#233; de la montagne &#233;vite le grand lacet, mais vu son &#233;troitesse et son &#233;tat je ne m'y engage pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t le chemin pierreux, ravin&#233; par les eaux me force &#224; marcher &#224; pied jusqu'au bas de l'interminable descente. Deux kilom&#232;tres d'excellente route : Vassieux.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village, ou plut&#244;t ce hameau, poss&#232;de six auberges, un bureau de poste, le t&#233;l&#233;graphe et le t&#233;l&#233;phone&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'y d&#233;couvre une marchande de fruits. Elle a p&#234;ches, raisins, poires. Sur l'arbre je conseille des cerises noires m&#251;res &#224; point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et c'est le 15&#160;septembre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s une halte honn&#234;tement employ&#233;e je repars. &#192; peine sous bois, le sol est si mauvais qu'ici encore je dois mettre pied &#224; terre. Je ne me plains pas, car la for&#234;t se fait &#224; chaque instant plus touffue. Au col Saint-Alexis, le chemin devenu passable descend dans la vall&#233;e du Rousset. J'aper&#231;ois ce village &#224; 300 m&#232;tres &#224; pic sous la route. Une pierre que je lancerais tomberait sur ses toits. Cette vue de Rousset surprend par la brusquerie de son apparition : sur la vall&#233;e bois&#233;e elle est de toute beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Un kilom&#232;tre de mont&#233;e et j'entre dans l'humide tunnel. Quelle n'est pas ma surprise de le trouver &#233;clair&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! maigrement il est vrai, car trois lampes seules y brillent. D'apr&#232;s ce que j'ai appris, l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;administration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'est enfin d&#233;cid&#233; &#224; cette folle d&#233;pense depuis novembre 1899.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; au refuge, ma bicyclette remis&#233;e, je m'assieds sur la terrasse et les jumelles du cantonnier &#224; la main &#8212; la vieille longue-vue a &#233;t&#233; mise hors de combat &#8212; je fouille la route dont tous les lacets se d&#233;roulent sous moi. Elle est d&#233;serte, aucun touriste ne montera ce soir.&lt;br class='autobr' /&gt; Je lisais avec int&#233;r&#234;t une revue que j'avais prise, dans mon sac, quand j'entends des cris de frayeurs entrem&#234;l&#233;s de rires. Me retournant, je vois deux jeunes filles qui s'interpellent gaiement. L'une, arm&#233;e d'un alpenstock, est presque au sommet d'une longue &#233;chelle appuy&#233;e contre la paroi &#224; pic de la route, l'autre, au pied, essaye de la maintenir.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeunes filles sont deux New-Yorkaises, deux blondes aux yeux bleus et leurs mani&#232;res un peu masculines comme celles de toutes les jeunes filles d'outre-mer sont att&#233;nu&#233;es et corrig&#233;es par une gr&#226;ce extr&#234;me. Tr&#232;s naturelles, pleines d'entrain, elles sont la ga&#238;t&#233; m&#234;me et j'ai emport&#233; de cette fugitive rencontre le plus charmant souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous sommes venues, me dit l'Am&#233;ricaine qui est pr&#232;s de moi, faire au col du Rousset une cure d'air. Mon fr&#232;re nous y a conduites et viendra nous y chercher.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne peux m'emp&#234;cher de sourire : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Une cure d'air&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mademoiselle, je crains que ce ne soit plut&#244;t une cure d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et je lui apprends la d&#233;testable r&#233;putation dont jouit le Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Jamais, continuai-je, je ne l'ai travers&#233; sans pluie, et je ne suis pas encore revenu du temps qu'il fait.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant cet entretien, la jeune fille est d&#233;j&#224; arriv&#233;e tr&#232;s haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; maintenant, elle grimpe p&#233;niblement d&#233;crivant de nombreux zigzags, tant&#244;t s'accrochant aux touffes d'herbe, tant&#244;t se hissant sur l'alpenstock. Bient&#244;t elle s'arr&#234;te ne sachant plus o&#249; se diriger et n'osant redescendre &#224; cause du vertige.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai peur d'un accident. Ne connaissant pas le sentier je h&#232;le le domestique du refuge : il accourt. Je lui montre l'Am&#233;ricaine : aussit&#244;t, comme un chat, il bondit sur l'&#233;chelle et en un clin d'&#339;il l'a atteinte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il la soutient, la guide, et un instant apr&#232;s l'ascensionniste, le teint anim&#233;, les yeux brillants, toute triomphante, est saine et sauve sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Je la f&#233;licite de l'heureuse issue de son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;exp&#233;dition&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ne la complimentez pas, interrompit sa s&#339;ur toute p&#226;le d'&#233;motion, elle aurait pu se tuer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;En France, mademoiselle, on f&#233;licite toujours sur une chose qui r&#233;ussit, quitte &#224; bl&#226;mer dans le cas contraire.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; L'heure du d&#238;ner est venue. Le couvert des Am&#233;ricaines est mis sur la terrasse, le mien dans la salle. Impossible de promener apr&#232;s le repas, le temps a fra&#238;chi : aussi les jeunes filles rentrent au refuge o&#249; nous passons la soir&#233;e avec la femme du cantonnier et sa s&#339;ur. Le brave domestique sommeille sur une chaise. La grande lampe du plafond nous &#233;claire et dans cette chaude temp&#233;rature, sentant le froid au-dehors, notre humeur est joyeuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, je suis amen&#233; &#224; parler voyages. Je raconte ma derni&#232;re excursion &#224; Fond-Turbat, au D&#233;sert de Valjouffrey, et je d&#233;cris la route tr&#232;s peu connue et pourtant si pittoresque de La Mure &#224; Vif. Subitement une id&#233;e me traverse l'esprit : &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Me permettez-vous, mademoiselle, dans le r&#233;cit que je compte &#233;crire sur la for&#234;t de Lente, de dire deux mots de votre audacieuse et t&#233;m&#233;raire ascension&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondit-elle en riant, mais vous tairez notre nom, le pays que nous habitons en France et vous nous enverrez le r&#233;cit.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement je le promets et ici se place un incident qui me divertit fort et que, narrateur v&#233;ridique, je ne puis omettre.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, &#224; br&#251;le-pourpoint, une de ces jeunes filles me pose cette question sans contre-dit bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;am&#233;ricaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Vous les paie-t-on cher, monsieur, vos articles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? mademoiselle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondis-je surpris au plus haut point.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Je vous demande, reprit-elle, me regardant bien en face, si on vous paie cher vos articles.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et dans ses yeux clairs, je voyais qu'elle trouvait cette question toute naturelle. Je ne pouvais m'en formaliser.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cher, mademoiselle, serait assur&#233;ment beaucoup dire, il y aurait m&#234;me exag&#233;ration &#224; le pr&#233;tendre. Le prix en est modeste, quoique suffisamment r&#233;mun&#233;rateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et la fixant &#224; mon tour : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On me les paie 1 fr. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ce chiffre la jeune M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; ne peut retenir un sourire &#8212; &#224; New-York, tant vaut le ch&#232;que, tant vaut l'article &#8212; et je m'aper&#231;ois que ma r&#233;ponse l'a embarrass&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Confuse, elle se reproche son indiscr&#233;tion, aussi voulant la rass&#233;r&#233;ner et ne pas rester moi-m&#234;me sur cette d&#233;plorable impression, j'ajoutai :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;somme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mademoiselle, m'est pay&#233;e en douze num&#233;ros, je donne donc mes articles au Cycliste. D'ailleurs, soyez persuad&#233;e que je n'aurais jamais permis une offre p&#233;cuniaire. C'est l'un de ces onze num&#233;ros que j'aurai l'honneur de vous envoyer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Les Am&#233;ricaines sourient franchement, elles ont compris.&lt;br class='autobr' /&gt; La soir&#233;e continue tr&#232;s gaie. Interrog&#233;es, ces jeunes filles me donnent de tr&#232;s int&#233;ressantes informations sur la vie aux &#201;tats-Unis. Je connaissais les m&#339;urs des milliardaires, ainsi que celles de la classe ouvri&#232;re, mais je manquais de renseignements sur les fortunes moyennes, sur la bourgeoisie. J'apprends de fort curieux d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeunes filles parlent admirablement le fran&#231;ais et leur accent &#233;tranger met un piquant, un charme de plus &#224; leur conversation.&lt;br class='autobr' /&gt; 10 heures viennent sonner. C'est l'heure o&#249; les honn&#234;tes gens se couchent : nous ne pouvons faire exception &#224; la r&#232;gle. Je dis adieu aux Am&#233;ricaines, car je partirai de grand matin.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain &#224; 6 heures, apr&#232;s un court d&#233;jeuner, je suis en selle. Le fid&#232;le domestique a attach&#233; &#224; ma bicyclette une branche de sapin, reli&#233;e &#224; ma corde par 25 centim&#232;tres de fil de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212;&#8239;S'use pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit-il, dans le laconique langage qui lui est habituel et dont il souligne presque tous les mots par un large rire.&lt;br class='autobr' /&gt; Quarante minutes suffisent pour descendre &#224; Chamaloc. Du refuge &#224; Mont&#233;limar la route est constamment en pente et &#224; 10h 30 j'entre dans cette ville. Je ne suis plus qu'&#224; 75 kilom&#232;tres de Rochegude, une simple promenade.&lt;br class='autobr' /&gt; Je terminerai ce r&#233;cit par quelques conseils.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe de l'&#201;charasson est particuli&#232;rement dure et le cycliste ne disposant que d'une multiplication sera forc&#233; de la gravir enti&#232;rement &#224; pied. De Combe-Laval &#224; Lente, &#224; part la courte mont&#233;e de Brey, le trajet est faisable &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; &#224; la maison foresti&#232;re, s'il veut gagner le Vercors par Vassieux ou la Chapelle, ce cycliste devra se r&#233;signer, vu l'&#233;tat des chemins, &#224; une longue marche qu'il &#233;viterait en revenant &#224; Saint-Jean-en-Royan. De l&#224; par Sainte-Eulalie il atteindrait le Vercors par les Grands Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Lente, la for&#234;t ne peut se visiter sans guide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; C'est un vrai labyrinthe. L'administration foresti&#232;re a command&#233; de nombreuses plaques indicatrices, mais elles ne sont pas pos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Joanne, dans le Dauphin&#233;, indique comme route pour les automobiles, le parcours La Chapelle-en-Vercors, col des Jaussauds, Vassieux, Lente, Combe-Laval, Saint-Jean-en-Royan. Je crois qu'une automobile passerait difficilement et ne s'en tirerait pas sans avaries, mais elle pourrait, comme le cycliste craignant la marche, monter par Saint-Jean, et redescendre par le m&#234;me chemin. En tous cas, le chauffeur choisira les mois de juillet et d'ao&#251;t : les chargements du printemps sont alors tass&#233;s et ceux d'automne non encore r&#233;pandus.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant au cycliste &#233;galement bon marcheur, c'est-&#224;-dire le vrai touriste, je lui recommande l'itin&#233;raire que je viens de d&#233;crire. C'est une des plus jolies excursions qu'il puisse faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;109&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L340xH517/b263626101_cp986_r-f3e48.jpg?1788127431' width='340' height='517' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-172 '&gt;&lt;strong&gt;For&#234;t de Lente. Route de Combe Laval 1900
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-172 '&gt;Source M&#233;diath&#232;ques de Valence Romans Agglo cote B263626101_CP986
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Au col du Rousset (1907)</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Thorsonnax de Paydall</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Des ouvriers r&#233;parent les portes du tunnel, et la vo&#251;te retentit de leurs coups de marteau sonores. On sent l&#224;-dessous un courant d'air glacial, et pour achever de me rafra&#238;chir, des gouttes d'eau tombent en abondance Le sol est tr&#232;s humide, gluant comme un matelas de limaces, et on roule dans un clapotis de boue continuel. Avec cela, on n'y voit pas grand'chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques rares lampes fumeuses, accroch&#233;es &#231;&#224; et l&#224; indiquent l'emplacement des parois du tunnel et emp&#234;chent de s'y heurter. Peu &#224; peu, j'approche de la sortie, je puis d&#233;j&#224; lire l'heure &#224; ma montre&#160;: 10 h. 17&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a 8 heures tr&#232;s exactement que j'ai quitt&#233; Saint-&#201;tienne.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Thorsonnax de Paydall&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Thorsonnax, Le Cycliste, 1907, p.143-149, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_9&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;320 kilom&#232;tres et 3100 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation en 17 heures&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-&#201;tienne, 23&#160;juillet 1907&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pendules de Saint-&#201;tienne sonnent 2 heures les unes apr&#232;s les autres, domin&#233;es par la grande voix de l'horloge municipale, quand je mets le nez dans la rue en ce matin du 10&#160;juillet&#160;: il fait frais, le ciel est couvert, pas de vent. Sur les mauvais pav&#233;s, mes pneus, gonfl&#233;s tr&#232;s durs pour mieux rouler, me font sauter terriblement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, je ne vais pas vite dans les rues qui, &#224; cette heure matinale, ne sont gu&#232;re peupl&#233;es que par les agents et quelques poivrots.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 17, je quitte Saint-&#201;tienne et je commence &#224; gravir sur 3m,50 cette bonne vieille c&#244;te de Planfoy. Bient&#244;t, le dernier bec de gaz dispara&#238;t derri&#232;re moi et je m'enfonce dans la nuit d'un noir d'encre. Ma belle lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne, dont la r&#233;gularit&#233; de marche n'a d'&#233;gale que son pouvoir &#233;clairant, projette devant moi son faisceau lumineux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un &#224; un, les arbres qui bordent la route &#233;mergent de l'obscurit&#233; et glissent silencieusement &#224; mes c&#244;t&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un vent l&#233;ger agite leurs feuilles, nord ou midi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul bruit ne vient troubler le silence quasi religieux qui r&#232;gne dans la campagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul, le Furet, l&#224;-bas au fond du vallon, chante joyeusement sur son lit de cailloux. Au premier virage, un souffle doux, ti&#232;de, embaum&#233;, vient me caresser le visage. Je vais lentement, ne transpire m&#234;me pas et m'essouffle encore moins&#160;: dame, il faut se m&#233;nager&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sur le plateau de la R&#233;publique, il fait d&#233;j&#224; un peu jour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques coins de bleu se montrent &#231;&#224; et l&#224; dans le ciel, et sur ma droite, de l'autre c&#244;t&#233; de la vall&#233;e, des &#233;toiles brillent dans les cimes des sapins du bois Farost. J'entre dans les Grands-Bois, o&#249; r&#232;gne un air glacial. Le bruit de la petite cascade grandit, enfle graduellement, retentit bient&#244;t tout pr&#232;s de moi, puis il diminue, s'assourdit et s'&#233;teint compl&#232;tement. Me voici au col, il est 3 h 12. Sapristi, mais il ne fait pas chaud du tout &#224; 1.165 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me couvre, me blinde d'un journal et change mes combinaisons de cha&#238;nes&#160;: mais on a beau avoir une lanterne, &#231;a n'&#233;claire gu&#232;re le p&#233;dalier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; t&#226;tons, je dois chercher mes crochets pour mettre mes cha&#238;nes respectivement sur 4m 20 et 7m.50. &#192; 3 h. 20, je me lance dans la descente. Il fait jour &#224; peine, on voit bien la route loin devant soi, mais, malgr&#233; mes bons yeux, je n'y puis distinguer les cailloux &#233;pars et autres petits obstacles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma foi, au petit bonheur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me laisse glisser et vingt minutes apr&#232;s, transi de froid j'entre en bombe &#224; Bourg-Argental&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les rues en sont d&#233;sertes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; emport&#233; par mon &#233;lan furieux, je les traverse &#224; 35 &#224; l'heure, sans le moindre coup de frein, et, &#224; la sortie, profilant du jour qui maintenant est tout &#224; fait venu, j'emm&#232;ne mon 7.50 &#224; 70 tours, Bien entendu, j'&#233;vite avec soin Annonay et prends le petit chemin qui, par Boulieu, va rejoindre &#224; Dav&#233;zieux la route d'Annonay &#224; Andance. Jusqu'&#224; Saint-Cyr, le sol ravin&#233;, ravag&#233; par les derniers orages ralentit mon allure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, je commence la descente sur Andance, o&#249;, voil&#224; tant&#244;t trois ans, passant par l&#224; avec Jean Tembois, je laissai quelque peu de ma peau dans une b&#251;che m&#233;morable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, je vais prudemment, les virages sont brusques, et c'est seulement &#224; 4 h. 29 que j'entre &#224; Andance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 2 h. 12 depuis Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, le soleil brille radieux dans un ciel d'un bleu d'azur dont pas le moindre nuage ne vient ternir la puret&#233;. Un bon vent du nord me pousse et je file &#224; 30 &#224; 1 heure Le pr&#233;voyant T. C F. a fait placer l&#224; maints poteaux indiquant les cassis, ponts et tournants, mais je ne ralentis pas le moins du monde, et, comme quelques-uns de ces cassis sont pleins d'eau, je m'asperge consciencieusement les tibias, 44 minutes me suffisent pour abattre les 22 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Andance de Tournon. Je passe le Rh&#244;ne &#224; 5 h. 15 &#8212; 3 heures &#224; peine de Saint-&#201;tienne &#8212; et m'arr&#234;te dans Tain pour croquer quelques chaussons aux cerises dont mon sac est bourr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose est tr&#232;s importante, quand on veut faire une grande &#233;tape, c'est d'&#233;tudier avec soin son itin&#233;raire et d'&#233;tablir &#224; l'avance les haltes n&#233;cessaires pour s'alimenter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faute de quoi, l'on s'expose &#224; s'arr&#234;ter plus souvent qu'il ne faut et &#224; perdre un temps pr&#233;cieux. Pour ce matin, je m'&#233;tais fix&#233; deux arr&#234;ts, l'un &#224; Tain, de 15 minutes, l'autre d'une demi-heure, au pied de la mont&#233;e du Rousset, &#224; Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 5 h. 30, je quitte Tain, tourne &#224; gauche sur Romans, traverse un passage &#224; niveau ferm&#233;, et sur 5,90, je tourne &#224; 70 tours sans effort. Une fra&#238;che brise du nord m'apporte des champs voisins des senteurs embaum&#233;es, mon petit compteur bat la mesure avec une r&#233;gularit&#233; de m&#233;tronome, et je me mets &#224; chanter joyeusement dans l'air matinal. Bient&#244;t, je rattrape un cycliste que j'avais vu partir de Tain tandis que je me lestais. Comme je le d&#233;passe, il jette les yeux sur ma machine, et, intrigu&#233; par son aspect plut&#244;t encombr&#233;, me rejoint et arrive &#224; ma hauteur. Tous les cyclistes sont fr&#232;res sur la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mien, curieux, m'examine, se rapproche encore, et la conversation s'engage &#224; 25 &#224; l'heure&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vous allez loin, comme &#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mon Dieu, oui, encore, r&#233;pondis-je, jusqu'au col du Rousset.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; Mon compagnon esquisse une grimace&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ma foi. vous n y &#234;tes pas encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Bah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! fis-je &#224; mon tour, je compte bien y &#234;tre dans 4 heures et demie.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Alors, c'est que vous ne connaissez pas la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, fit-il d'un petit air assur&#233;, et comme scandalis&#233; de mes pr&#233;tentions. &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! oui, je ne connais pas la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous vous trompez, mon ami, et puis les changements de vitesse &#224; quoi &#231;a sert-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... et c'est bien pratique les changements de vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et vous avez combien de d&#233;veloppements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cinq, en tout, que je puis changer en marche deux par deux.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Et votre machine p&#232;se combien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;23 kilog.. en ordre de marche.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au moins, avec cela, vous ne risquez pas de vous envoler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... et je comprends que pour tra&#238;ner un poids pareil, il faille des changements de vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; quelle est la mentalit&#233; de 90&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des cyclistes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La route traverse une plaine fertile et verdoyante, et devant moi, se rapprochant et grossissant presqu'&#224; vue d'&#339;il, des montagnes abruptes, aux pentes rocailleuses, aux sommets d&#233;chiquet&#233;s qui se d&#233;tachent sur l'azur du ciel avec une nettet&#233; surprenante. J'arrive bient&#244;t &#224; Romans, passe l'Is&#232;re &#224; 6 h 15 et, imm&#233;diatement apr&#232;s le pont, je prends la route &#224; gauche qui, en 18 kilom&#232;tres, m'am&#232;ne &#224; Saint-Nazaire-en-Royans. Route facile longeant l'Is&#232;re pendant une dizaine de kilom&#232;tres, avec quelques vallonnements pas trop m&#233;chants qu'en 4m,20 j'exp&#233;die rondement. Une brume l&#233;g&#232;re s'&#233;l&#232;ve des bas-fonds et c'est comme &#224; travers un voile de gaze que je puis distinguer les montagnes les plus voisines. Une coupure dans les roches semblant produite par quelque coup de sabre gigantesque, m'indique l'emplacement de Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures juste quand j'entre &#224; Saint-Nazaire. L'aspect en est pittoresque&#160;: de l'eau,des maisons blanches qui s'y refl&#232;tent, aux toits inclin&#233;s et couverts de tuiles moussues, un haut viaduc dominant le tout&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un coin qui m&#233;rite un coup d'&#339;il.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la sortie, je prends la route de Grenoble que je laisse au bout de 1.5oo m&#232;tres, et je bifurque sur Pont-en-Royans. La route est charmante, ombrag&#233;e, au sol tr&#232;s convenable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la Bourne coule l&#224; tout pr&#232;s, aux eaux limpides et d'un vert inimitable. Puis voil&#224; que tout &#224; coup je m'enlise dans une couche de 20 centim&#232;tres de terre fra&#238;chement remu&#233;e et m&#234;l&#233;e de gros cailloux. Un cantonnier m'explique qu'on est en train de refaire la route&#160;: ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bien. Les derni&#232;res pluies l'avaient, para&#238;t-il emport&#233;e, et le sol s'&#233;tait affaiss&#233; de 60 centim&#232;tres, diable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin, passons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques tours de p&#233;dale encore, une faible descente et brusquement &#224; un d&#233;tour de la route dans un d&#233;cor des plus pittoresques appara&#238;t Pont-en-Royans. Il est 7 h. 25&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 121 kilom&#232;tres au compteur. L'estomac r&#233;clame ses droits&#160;: cartes postales, d&#233;jeuner abondant qui doit me soutenir jusqu'au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bref, je ne repars qu'&#224; 8 heures bien sonn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mont&#233;e douce jusqu'&#224; Sainte-Eulalie&#160;: l&#224;, la pente faiblit et bient&#244;t on entre dans les Petits-Goulets&#160;: tunnels. Sortant du gros soleil pour entrer dans une obscurit&#233; compl&#232;te, je ne vis pas la boue gluante o&#249; je m'enfon&#231;ais&#160;: deux d&#233;rapages fantastiques m'apprirent que le sol devait &#234;tre humide et faillirent me jeter par terre. Soyons prudent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Les quatre premiers tunnels sont ainsi presque impraticables&#160;: le dernier seul peut se passer en toute s&#233;curit&#233;. Entre chaque tunnel on peut jeter un coup d'&#339;il &#224; gauche sur la Vernaison qui, resserr&#233;e &#224; l'exc&#232;s entre ces deux murailles, &#233;cume et bouillonne l&#224; tout pr&#232;s. Puis la vall&#233;e s'&#233;largit quelque peu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par une descente l&#233;g&#232;re la route gagne un pont et passe sur la rive droite du ruisseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le pont, la pente se rel&#232;ve un peu, mais pas tr&#232;s fort pour commencer et je puis mener mon 5,90 jusqu'au premier lacet.L&#224;, par exemple, bien d&#233;cid&#233; &#224; ne pas m'en faire, je prends la petite vitesse, tandis que la route grimpe rapidement au-dessus du torrent. La mont&#233;e n'est pourtant pas tr&#232;s forte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la croyant plus dure j'avais pris 3,50&#160;: aussi je monte comme dans un fauteuil. Voici la cabane-refuge du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., et plus loin, la route s'enfonce sous le roc qui la surplombe et dans lequel elle est taill&#233;e. Sous les vo&#251;tes, il y a des effets d'&#233;chos bizarres qui vous font croire tout pr&#232;s les cascades du torrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route devient fort &#233;troite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me demande comment deux voitures peuvent s'y croiser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; heureusement, aujourd'hui, c'est jour de semaine, le pays est d&#233;sert et depuis Sainte-Eulalie, je n'ai pas trouv&#233; &#226;me qui vive. &#192; plusieurs reprises je m'arr&#234;te pour jeter un coup d'&#339;il par-dessus le parapet&#160;: la muraille est absolument verticale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;-bas tout au fond, la Vernaison gronde sourdement. Vu l'absence de points de rep&#232;re, l'&#339;il est impuissant &#224; mesurer l'&#224;-pic qui en s&#233;pare&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le site est d'une beaut&#233; sauvage et grandiose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'enfonce dans d'innombrables tunnels sous lesquels on roule dans une &#233;paisse couche de poussi&#232;re, et surtout attention aux orni&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quand on y entre, plus moyen d'en sortir. La cascade de la Vernaison s'approche et d&#233;j&#224; j'en entends le vacarme assourdissant&#160;: il a plu beaucoup avant-hier par ici, de sorte qu'elle charrie aujourd'hui une masse d'eau &#233;norme qui saute en &#233;cumant de rocher en rocher avec un bruit de tonnerre. Je demeure l&#224; de longs instants &#224; contempler cette blanche &#233;cume, ces myriades de gouttelettes qui rejaillissent sur les pierres voisines. Un peu plus loin, on passe le torrent sur un petit pont et on entre dans les derniers tunnels des Grands-Goulets, qui sont bien les plus sauvages et les plus impressionnants de tous. Il n'y a pas plus de 5 m&#232;tres entre les deux murailles de rochers, et dans cet espace resserr&#233; la route et le torrent doivent prendre place. Le jour filtre avec peine entre ces deux murs, et bien qu'il fasse grand soleil au dehors, on roule ici dans une sorte de p&#233;nombre. Quelques tunnels encore o&#249; la boue alterne avec la poussi&#232;re, viennent compl&#233;ter le d&#233;cor. Toujours personne sur la route, pas un &#234;tre vivant, pas un oiseau ne semblent habiter ces lieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le grondement du torrent qui roule &#224; mes c&#244;t&#233;s remplit mes oreilles&#160;: tout cet ensemble donne &#224; ce coin un cachet de sauvagerie qui m'impressionne presque d&#233;sagr&#233;ablement et je ressens &#224; un tel point cette impression de solitude, que j'acc&#233;l&#232;re ma marche pour en sortir plus t&#244;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; moi, je pousse un soupir de satisfaction en voyant &#224; la sortie du dernier tunnel les murs des h&#244;tels des Baraques.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, brusquement, l'aspect change&#160;: la vall&#233;e s'&#233;largit, le paysage se fait moins s&#233;v&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un tunnel encore, sous lequel je rencontre une voiture tenant sa gauche, comme par hasard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puis une bifurcation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends &#224; droite sur Saint-Agnan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au retour je prendrai l'autre route et, passant par Saint-Martin-en-Vercors. je pourrai donner un coup d'&#339;il aux gorges de la Bourne dont j'ai fait l'an dernier la connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je file maintenant droit au midi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent m'aide beaucoup et favorise consid&#233;rablement ma marche. De chaque c&#244;t&#233; du chemin s'&#233;tendent de verdoyants p&#226;turages que l'on est en train de faucher. Les paysans m'examinent curieusement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce doit &#234;tre, j'imagine, la grande distraction du pays que de regarder ce qui passe sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus des prairies sont des for&#234;ts touffues, o&#249; diverses essences d'arbres m&#234;lent heureusement leur tendre feuillage aux teintes plus sombres des sapins et des m&#233;l&#232;zes. Et l'on roule ainsi longtemps dans une sorte de large vall&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant moi, barrant l'horizon, sont de hautes montagnes couvertes de noires for&#234;ts&#160;: c'est l&#224; que se trouve le col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Saint-Agnan-en-Vercors, que je ne fais que traverser&#160;: &#224; la sortie, on retrouve la route qui vient de la Chapelle, et pendant des kilom&#232;tres encore la vue est toujours la m&#234;me, sans devenir toutefois monotone. Peu &#224; peu, on s'&#233;l&#232;ve, le pays devient plus solitaire, c'est &#224; peine si je rencontre maintenant quelques troupeaux conduits par des enfants qui me saluent respectueusement au passage. Un groupe de maisons &#224; ma gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; est-ce d&#233;j&#224; le Rousset&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? non, pas encore&#160;: mes feuilles de route consult&#233;es m'apprennent que j'en suis &#224; 5 kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais emport&#233;, comme feuilles de route, une copie des profils de Dolin, et je m'en servais depuis le Rh&#244;ne. Ils me furent tr&#232;s utiles et sont, je dois le dire, remarquablement exacts, ce qui, d'ailleurs, n'a rien d'&#233;tonnant puisqu'ils ont &#233;t&#233; faits sur le terrain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Rousset, la pente se rel&#232;ve pour franchir en 6 kilom&#232;tres, &#224; moyenne de 6 &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, les 400 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation qui la s&#233;parent encore du col. P&#233;dalant sans efforts, je monte lentement, tout en laissant aller mes regards sur les for&#234;ts que je traverse, sur les sommets qui semblent s'abaisser &#224; mesure que le but s'approche. Lacets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, se d&#233;tache un chemin encore inachev&#233; qui grimpe dans le bois sur le versant oppos&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est, ainsi qu'on me l'expliqua au col, une route nouvelle qui, par son orientation, sera mieux prot&#233;g&#233;e de la neige que ne l'est la route actuelle. Je traverse des bois touffus qui me procurent une ombre fra&#238;che et d&#233;licieuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout en avan&#231;ant sans presque sentir de r&#233;sistance, j'admire le paysage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma machine roule sans bruit sous les bois, et, malgr&#233; moi, je compare cette belle mont&#233;e &#224; l'interminable et fastidieuse c&#244;te par laquelle j'arrivai au col en 1904, en venant de Chamaloc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas par Die, vraiment, qu'il faut faire le Rousset&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!..&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, qu'est-ce donc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? la route tourne brusquement &#224; droite et s'enfonce sous le tunnel&#160;: d&#233;j&#224; finie, la mont&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ma parole, on grimperait pendant des heures sous ces bois sans presque s'apercevoir que le temps passe. Des ouvriers r&#233;parent les portes du tunnel, et la vo&#251;te retentit de leurs coups de marteau sonores. On sent l&#224;-dessous un courant d'air glacial, et pour achever de me rafra&#238;chir, des gouttes d'eau tombent en abondance Le sol est tr&#232;s humide, gluant comme un matelas de limaces, et on roule dans un clapotis de boue continuel. Avec cela, on n'y voit pas grand'chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques rares lampes fumeuses, accroch&#233;es &#231;&#224; et l&#224; indiquent l'emplacement des parois du tunnel et emp&#234;chent de s'y heurter. Peu &#224; peu, j'approche de la sortie, je puis d&#233;j&#224; lire l'heure &#224; ma montre&#160;: 10 h. 17&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a 8 heures tr&#232;s exactement que j'ai quitt&#233; Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, voici le grand jour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;clatante lumi&#232;re m'aveugle un instant, mais bient&#244;t je puis distinguer le merveilleux panorama qui se d&#233;roule &#224; mes pieds&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et je me laisse tomber de machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quel coup de th&#233;&#226;tre que cette sortie du tunnel du Rousset&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je n'essaierai pas d'en faire le tableau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut venir le voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toutes les peintures, toutes les descriptions n'en sauraient donner qu'une id&#233;e bien incompl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que la blonde h&#244;teli&#232;re, toujours aimable et pr&#233;venante, me pr&#233;pare un d&#238;ner v&#233;g&#233;tarien je libelle quelques cartes et m'absorbe dans la contemplation du paysage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un ab&#238;me s'ouvre devant moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route de Chamaloc y d&#233;roule ses innombrables lacets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on entend distinctement les grelots d'une voiture qui descend du col, mais, d'ici, cheval et carriole ne sont pas plus gros qu'un point et paraissent presqu'immobiles. Plus loin, ce sont des mamelons arrondis que l'on domine encore de beaucoup, et derri&#232;re lesquels doit se cacher Die. Plus loin encore, les monts du D&#233;voluy, triste et d&#233;sol&#233;, et enfin, barrant l'horizon, de hautes montagnes o&#249; persistent encore quelques plaques de neige, et auxquelles l'&#233;loignement donne une teinte faiblement bleut&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant, allons d&#238;ner. On d&#238;ne fort bien, savez-vous, au col du Rousset, surtout quand on y boit de cette excellente clairette de Die. Tout en me faisant servir, je cause avec l'h&#244;teli&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; croiriez-vous que l'on est encore &#224; attendre les fameuses jumelles promises par le T. C.? C'est navrant. Puis nous causons des touristes, du pays, et je ne sais comment, nous venons &#224; parler de V&#233;locio&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous le connaissez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? dit-elle, c'est un fameux marcheur, et il est bien pour nous un aussi bon client que bon cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! V&#233;locio, votre r&#233;putation n'est plus &#224; faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
11 h. 1/2 d&#233;j&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il faut partir et sans retard. Quel dommage vraiment, et comme on passerait bien sa journ&#233;e ici&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... &#192; regret, je quitte ces lieux enchanteurs, retraverse le tunnel boueux, et me lance dans la descente. La route est coup&#233;e de multiples caniveaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'en &#233;tais gu&#232;re aper&#231;u en montant, mais maintenant, &#224; plusieurs reprises, je suis presque d&#233;sar&#231;onn&#233;. Le vent du nord est encore plus fort que je n'aurais cru, il m'oblige &#224; en mettre s&#233;rieusement. Revoil&#224; Saint-Agnan que je traverse au son de l'Ang&#233;lus. Je continue la descente, luttant toujours contre le vent qui m'oblige &#224; p&#233;daler plus que de raison. &#192; la bifurcation de la route Saint-Martin j'oublie compl&#232;tement ma visite aux gorges de la Bourne et je ne m'aper&#231;ois de ma m&#233;prise qu'une fois arriv&#233; aux Baraques&#160;: Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! tant pis, pensai je, j'arriverai un peu plus t&#244;t &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et bien m'en prit du reste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente rapide dans les Goulets ne me permit gu&#232;re de les admirer &#224; la descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on a bien assez de surveiller sa route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'ailleurs, &#224; part le soleil qui pique plus fort, rien de nouveau depuis ce matin. Je vire prudemment dans les lacets qui m'obligent &#224; freiner souvent, saute des orni&#232;res, des caniveaux, et voila d&#233;j&#224; le pont sur la Vernaison&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai fait une chute de 1.000 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma machine s'est fort bien comport&#233;e jusque-l&#224;, et je ne lui m&#233;nage pas les compliments. D&#233;j&#224;, je me flattais de terminer l'&#233;tape sans un accroc, car les pannes m'arrivent toujours &#224; l'aller et mes retours d'excursion se font le plus souvent sans encombre. Ce matin, tout s'est bien pass&#233;, il m'est donc permis d'en augurer autant pour ce soir Sans plus tarder, je vote des f&#233;licitations &#224; mes Dunlop qui ont pass&#233; gaillardement leurs 9.000 kilom&#232;tres. Sans doute, la toile a d&#251; &#234;tre renforc&#233;e en plusieurs endroits. Peut-&#234;tre aussi, cr&#232;vent-ils plus souvent que quand ils &#233;taient neufs car la gomme n'a plus l'&#233;lasticit&#233; suffisante pour repousser les clous ou autres petits objets tranchants, mais c est &#233;gal, ce sont de fameux pneumatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je roulais ainsi sans pensera mal, regardant tranquillement le paysage de ce beau Vercors que je vais bient&#244;t quitter.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais &#224; 1 500 m&#232;tres de Sainte-Eulalie, et j'allais entrer dans les Petits Goulets, quand soudain, une d&#233;tonation formidable retentit, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire mon pneu avant s'affaissa et, soit surprise, soit plut&#244;t &#224; cause de la brutalit&#233; du choc-de la jante roulant sur les cailloux de la route, je fis une embard&#233;e colossale et m'&#233;talai de tout mon long dans la poussi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instant, d'apr&#232;s, je me relevais&#160;: rien, pas une &#233;gratignure. c'est de la chance. Il est vrai que je n'allais pas vite. Mais me voyez-vous avec un accident pareil survenant dans les Grands-Goulets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'aurais bien pu, je crois, sauter le parapet et venir me casser la t&#234;te quelques centaines de m&#232;tres plus bas. . Brrr&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Rien que d'y penser me donne le frisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant me voil&#224; bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il est une heure moins le quart. Sans cette maudite panne je serais arriv&#233; s&#251;rement avant une heure &#224; Pont, et, prenant de l'avance sur mon horaire, j'aurais pu &#234;tre &#224; Saint-&#201;tienne bien avant 7 heures. H&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! trois fois h&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'homme propose et le pneu dispose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!.. En tout cas, un &#233;clatement de pneu n'est pas chose ais&#233;e &#224; r&#233;parer sur la route&#160;: probablement, il me faudra terminer l&#224; cette belle randonn&#233;e et rentrer piteusement en chemin de fer&#160;: ce disant, je d&#233;ployais ma carte pour y chercher la gare la plus proche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; eh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais Huit ou dix kilom&#232;tres me s&#233;parent encore de Saint-Hilaire-Saint-Nazaire, et l&#224;, quels trains vais-je trouver&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Dieu sait &#224; quelle heure je serai rentr&#233; &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voyons le pneu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enveloppe a une d&#233;chirure longue d'environ six centim&#232;tres, c'&#233;tait, pour ma toile fatigu&#233;e, la seule mani&#232;re de se plaindre... Quant &#224; la chambre &#224; air, elle a un trou &#233;norme, gros comme une pi&#232;ce de dix sous et fait comme &#224; l'emporte-pi&#232;ce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soigneusement, m&#233;thodiquement, j'effectue ma r&#233;paration sans me presser et suivant toutes les r&#232;gles de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je colle une large pi&#232;ce qui adh&#232;re &#224; la perfection, et, pour l'enveloppe, je me contente de placer &#224; son int&#233;rieur une bande &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;une minute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que la pression de la chambre &#224; air maintiendra en bonne position Et je remonte mon pauvre pneu, gonfle lentement, craignant &#224; chaque coup de pompe de le voir &#233;clater &#224; nouveau&#160;: rien ne bronche, seulement la minute, repouss&#233;e par la chambre, fait b&#226;iller les l&#232;vres et la coupure de l'enveloppe et je ne suis gu&#232;re rassur&#233;. C'est &#224; peine si j'ose monter en machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; chaque instant j'ai peur d'entendre une autre d&#233;tonation. &#192; une allure plus que prudente, je me faufile sous les tunnels, passe Sainte-Eulalie, et &#224; 1 h 1/2 j'entre &#224; Pont-en-Royans&#160;: 30 minutes de retard sur l'horaire pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, je perds encore dix minutes &#224; chercher un r&#233;parateur qui puisse me mettre un manchon-gu&#234;tre afin de mieux prot&#233;ger mon enveloppe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je sacrifierais volontiers mon frein avant pour avoir un peu plus de s&#233;curit&#233;. Mais le bonhomme n'a que des bandes adh&#233;rentes comme la mienne. Il examine le pneu d un air entendu, et m'affirme que cela peut aller&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je partage sa confiance et repars un peu rassur&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et puis, n'est-il pas vrai, si le pneu a tenu jusque-l&#224; pourquoi n'irait-il pas jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au diable donc les trains et les gares&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je finirai l'&#233;tape en machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et je p&#233;dale ferme pour rattraper le temps perdu&#160;: un accident comme celui-l&#224; en vaut plusieurs autres &#224; lui seul, et je puis me consid&#233;rer comme immunis&#233; pour le reste de la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tiens, mais qu'arrive-t-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Voil&#224; que me remettant &#224; p&#233;daler apr&#232;s un temps de roue libre, je me trouve en petite vitesse&#160;: d'un coup d'&#339;il je m'assure que ma cha&#238;ne des grands d&#233;veloppements est bien &#224; sa place. Serait-ce alors le d&#233;brayage qui a jou&#233; tout seul&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Bizarre, en tout cas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je fais le geste de rembrayer&#160;: mon levier n'ob&#233;it plus. Alors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je mets pied &#224; terre et je constate que l'&#233;crou qui tient le levier du d&#233;brayage et autour duquel il pivote, vient de se casser net au ras de la manivelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un accident qui n'arrive jamais, absolument jamais, n'emp&#234;che qu'il vient de se produire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cette fois, c'est bien fini&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je m'en vais, clopin-clopant, finir l'&#233;tape &#224; la prochaine gare&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faire sur 4 m&#232;tres les 115 kilom&#232;tres qui me s&#233;parent de Saint-&#201;tienne ne me sourit par le moins du monde...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, essayons quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'enl&#232;ve une des courroies de mon porte-bagages, et j'en entoure la manivelle et le pignon, les rendant ainsi solidaires l'un de l'autre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme cela, je serai monomultipli&#233; sur 5 90. Pour passer &#224; la petite vitesse, je n'aurai qu'&#224; enlever la courroie, qu'&#224; la remettre pour revenir &#224; la grande&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le voil&#224; bien l'embrayage et le d&#233;brayage par la courroie cher &#224; M.&#160;Delbruck&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma petite invention se comporte &#224; merveille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme pour le pneu, il n'y a pas de raison pour qu'elle n'aille pas jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne. Je passe Saint-Nazaire avec 50 minutes de retard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... et, m&#233;lancoliquement, j'exp&#233;die les vallonnements qui conduisent &#224; Romans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224;, &#224; coup s&#251;r, le moment de la journ&#233;e o&#249; le besoin du changement de vitesse se fait le plus vivement sentir, et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment-l&#224; que je m'en trouve priv&#233;&#160;: voil&#224; bien ma veine, en v&#233;rit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps, je m'arr&#234;te pour voir comment va mon pneu avant&#160;: allons, tant mieux, rien ne bronche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! A l'entr&#233;e de Romans, je fais halte pour manger un peu&#160;: cela creuse, les &#233;motions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est trois heures quand je suis sur le pont de l'Is&#232;re, et bient&#244;t apr&#232;s, je fais la course avec un petit chemin de fer d&#233;partemental qui soul&#232;ve des flots de poussi&#232;re. Comme il file r&#233;guli&#232;rement son petit train de 25-30 &#224; l'heure, je mets plusieurs kilom&#232;tres pour l'atteindre et le d&#233;passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus je vais, et plus il fait chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je transpire surabondamment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'essaie bien d'aller plus vite pour me faire un peu d'air, mais c'est un souffle chaud qui me caresse le visage. Avec cela, un coquin de soleil qui chauffe, qui chauffe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette temp&#233;rature excessive, jointe &#224; l'action d&#233;moralisante de toutes ces pannes, au souci de ne pas rentrer en retard, me fatigue plus que n'auraient pu le faire 50 kilom&#232;tres suppl&#233;mentaires. Enfin, tout doucement, les montagnes se rapprochent, une rang&#233;e de hauts peupliers m'indique le cours du Rh&#244;ne, revoil&#224; Tain, puis Tournon, il est 3 h. 40.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, je barbote comme un canard dans une fontaine, au grand &#233;bahissement des indig&#232;nes&#160;: c'est qu'il importe de refroidir les moteurs qui s'&#233;chauffent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Une fois rafra&#238;chi, je repars de plus belle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224; que je retrouve ce maudit vent du nord qui vient me contrarier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et je roule, pench&#233; sur ma position basse, le regard fix&#233; &#224; quelques m&#232;tres devant moi, sans m'occuper de ce qui m'entoure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ces petites contrepentes le long du Rh&#244;ne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! comme on aimerait les monter tout doucement sur 4 m&#232;tres, en se reposant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je suis monomultipli&#233; sur 5,90&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mes jambes tournent avec un automatisme parfait tandis que je dors &#224; moiti&#233; sur ma machine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, voici Andance. Tiens, il est &#224; peine 3 h. 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du 27 &#224; l'heure depuis Tournon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bon, cela. Et maintenant pour me prouver que je ne suis pas fatigu&#233;, je m'en vais tout simplement monter des bords du Rh&#244;ne jusqu'au col des Grands-Bois. Ces mille m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation plac&#233;s en fin d'&#233;tape vont &#234;tre une excellente &#233;preuve d'endurance, mais auparavant, une pr&#233;caution est n&#233;cessaire&#160;: je vide un pot de confiture et une bouteille de limonade, et, &#224; 4 h. 35, je repars apr&#232;s avoir eu soin d'enlever la courroie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait horriblement chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un vent l&#233;ger m'apporte un air br&#251;lant qui semble sortir d'une &#233;tuve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les talus, les rochers qui bordent la route et la route elle-m&#234;me, r&#244;tis et surchauff&#233;s par le soleil, me procurent une atmosph&#232;re presque irrespirable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je roule dans une vraie fournaise. Avec cela, &#231;a ne grimpe pas mal, et j'y vais d'une su&#233;e peu ordinaire. Au sommet de la c&#244;te, l'air est un peu plus frais. Je remets la courroie, et repars en grande vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais voil&#224; que dans Saint-Cyr, tandis que je gravissais p&#233;niblement la rampe dans le village, ma courroie, profond&#233;ment d&#233;go&#251;t&#233;e du travail que je lui fais faire, proteste &#224; sa mani&#232;re en se cassant net, et, sans l'avoir demand&#233;, me voil&#224; sur le petit d&#233;veloppement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; merveilleux, n'est-ce pas, ce changement de vitesse, qui, d&#232;s que la p&#233;dale devient trop dure, vous fait passer &#224; la petite multiplication&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'id&#233;al ce serait qu'au sommet de la mont&#233;e le ph&#233;nom&#232;ne inverse se produisit. Malheureusement, il n'en est rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et je n'ai plus qu'une courroie pour maintenir ma p&#232;lerine sur le porte-bagages, celle-l&#224; je ne puis pourtant pas l'enlever&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Un brave charron, &#224; qui je m'adresse en dernier recours, me passe un m&#233;chant bout de fil de fer rouill&#233; qu'autour de mon pignon et de ma manivelle j'entortille tant bien que mal&#160;: voil&#224; qui a &#233;t&#233; encore imagin&#233; pour me mettre en avance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon nouveau syst&#232;me va tr&#232;s bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Bourg-Argental, du reste, la mont&#233;e n'est pas dure. Le voisinage des hautes montagnes dont j'approche, rend un peu plus douce la temp&#233;rature ambiante, aussi je m&#232;ne un train des plus s&#233;rieux. &#192; 6 h. moins 10 j'arrive &#224; Bourg-Argental, je n'ai mis qu'une heure et quart depuis Andance.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est maintenant le moment de donner le dernier effort. Ces 12 kilom&#232;tres &#224; 5 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui me s&#233;parent des Grands-Bois sont ce qu'il y de plus dur dans ma journ&#233;e. Il fait encore bien chaud et je suis tellement accabl&#233; par la chaleur que j'ai plus envie de nie coucher dans le foss&#233; que de grimper cette maudite c&#244;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un caf&#233; tr&#232;s sucr&#233; me retape, et, &#224; 6 h. moins 5, je m'&#233;lance en un superbe d&#233;marrage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Br&#251;lons nos derni&#232;res calories&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Une &#224; une, bien lentement, les bornes d&#233;filent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les surveille attentivement en les regardant passer du coin de l'&#339;il. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'ils sont longs les kilom&#232;tres en mont&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je crois bien qu'ils font 1.200 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et quand on songe qu'apr&#232;s celui-l&#224; il y en a encore 11 autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!.. Allons, n'y pensons pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sucre produit son effet, et je tourne r&#233;guli&#232;rement &#224; 60 tours. Pan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! une autre borne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quel plaisir, tout de m&#234;me, de se retourner de temps en temps, et d'essayer de mesurer de l'&#339;il l'&#233;l&#233;vation p&#233;niblement conquise, souvent, ainsi, je jette un coup d'&#339;il en arri&#232;re pour me donner du courage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, tout doucement, bien doucement, les kilom&#232;tres passent, voici une borne, puis une autre, puis une autre encore. Tiens, un ruisseau, profitons-en, car il n'est pas tard. Je couche ma bicyclette dans le foss&#233; et m'allonge paresseusement sur le gazon. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'on est bien &#233;tendu sur l'herbe, et quel grand calme autour de moi, un l&#233;ger vent courbe les cimes des sapins et chante tristement dans leurs branches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; une auto qui monte, pas bien vite, &#224; 25 &#224; l'heure au plus. &#192; c&#244;t&#233; du chauffeur, un cycliste, avec sa machine &#224; l'arri&#232;re, sur les coussins, veinard, va&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En voil&#224; un qui va arriver avant moi, et sans se faire de bile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et si je trouvais moi aussi un automobiliste aimable qui m'offre de me monter jusqu'au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ma foi, je crois bien que j'accepterais tout de m&#234;me...&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, je connais bien quelqu'un, qui, s'il m'entendait tenir un pareil langage, ne manquerait pas de me dire&#160;: fatigue anormale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Fatigue anormale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? nous allons voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et, repos&#233; par cette petite pose de dix minutes, je saute sur ma machine, et, p&#233;dalant avec fureur, j'attaque les cinq derniers kilom&#232;tres. L'air devient frais et je monte vite, Ce serait bien le cas de r&#233;p&#233;ter les vers de Tambour qui d&#233;peignent fort bien le paysage, mais j'avoue que je ne suis gu&#232;re en veine de po&#233;sie. Voil&#224; l&#224;-bas l'auberge des Grands-Bois, quelques tours de p&#233;dales, et je suis au col. Ouf&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je pousse un soupir qui fut moins un soupir qu'un rugissement de satisfaction, et qu'on a d&#251; s&#251;rement entendre de Saint-&#201;tienne. J'ai 300 kilom&#232;tres juste au compteur, 7 h. 5 &#224; ma montre, soit 1 h. 10 depuis Bourg-Argentai.&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;phanois qui voulez &#233;prouver votre endurance, allez au Rousset en 8 heures et revenez dans la journ&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous me direz ce que vous pensez de la c&#244;te de Bourg-Argental&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; tous ceux qui la monteront en moins d'une heure je paierai un d&#238;ner au prochain meeting.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant je suis presque arriv&#233;. Ce n'est plus que de la descente jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne. Sur le plateau de la R&#233;publique, mon fil de fer que j'avais remis se d&#233;range, et je perds 2 minutes encore &#224; le r&#233;tablir. Puis je me laisse glisser sur la pente, mais je ne suis pas bien tranquille, car je pense &#224; mon pneu qui pourrait bien me l&#226;cher brusquement. Aussi, tout en d&#233;gringolant de Planfoy, je ne serre pas que les freins. Heureusement, rien d'anormal ne se produit, et &#224; 7 h. 1/2 j'arrive &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec mes arr&#234;ts et mes pannes, j'ai mis 8 heures depuis le col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
10 minutes plus tard j'entre aux bureaux du &#199;ycliste pour y serrer des mains amies. Apr&#232;s un rapide compte rendu de mon excursion, je quitte V&#233;locio et m'en vais tranquillement souper. J'ai 317 kilom&#232;tres au compteur, presque pas de fatigue. Je fais tout d'abord honneur au repas familial, et j'en allai faire encore bien plus &#224; mon oreiller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici comment avec un embrayage d&#233;traqu&#233; et un pneumatique pr&#234;t &#224; rendre l'&#226;me, je revins malgr&#233; tout du col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thorsonnax de Paydal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans le Vercors (1901)</title>
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		<dc:date>2021-04-14T13:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Mad Symour</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je reste &#233;bahie de la profondeur de ce trou noir, 800 m&#232;tres, dit-on. Deux quinquets fumeux ont la pr&#233;tention de l'&#233;clairer, mais n'emp&#234;chent pas qu'il y fait noir comme dans un trou de mine. On se dirige &#224; t&#226;tons, avec force appels et cris de ralliement. Un des Messieurs que nous avons rencontr&#233;s est enlev&#233; comme une plume par des bras inconnus et &#233;chappe ainsi &#224; l'accolade intempestive d'un cheval venant en sens inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on retrouve la lumi&#232;re et les yeux restent &#233;blouis. C'est devant nous, &#224; l'infini, un enchev&#234;trement grandiose de sommets, de vall&#233;es, de rivi&#232;res, de fleuves peut-&#234;tre, mais qui, sur cet immense tableau, semblent trac&#233;s avec un pinceau de la finesse d'un cheveu. D'un promontoire de rochers, voisin du tunnel, on d&#233;couvre 17 d&#233;partements nous affirme l'aimable conducteur de ma bicyclette. Pendant que nous admirons ce merveilleux panorama, des flots de clairette circulent et apr&#232;s un dernier toast, l'heure nous pressant, nous nous s&#233;parons des courtois t&#233;c&#233;fistes que le hasard nous a donn&#233;s un instant comme compagnons de route.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Mad Symour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Mad Symour, Le Cycliste,1901, p.100-103, Sources Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mademoiselle Adrienne F...&lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'avais eu connaissance de la petite note &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;all&#233;chante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur le Vercors contenue dans &lt;i&gt;Le Cycliste&lt;/i&gt; de juillet 1900, peut-&#234;tre aurais-je recul&#233; devant l'exploration de ce pays de d&#233;luge perp&#233;tuel. Jugez plut&#244;t&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La pluie y tombe fr&#233;quemment et un mien ami, touriste passionn&#233;, a franchi 7 fois le col du Rousset et les 7 fois il eut la pluie.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Burdet.) Il faut avouer qu'il y a de quoi d&#233;courager les touristes m&#234;me passionn&#233;s et, qu'apr&#232;s cela, il est sage de laisser le Vercors &#224; ses cataractes et de s'orienter vers des cieux plus cl&#233;ments. Avertie, le sort en &#233;tait jet&#233;, j'ignorais le Vercors, ses sites pittoresques, sauvages, quelques-uns romantiques et je me privais du souvenir enthousiaste de certains horizons, souvenir que je ne trouve pas avoir pay&#233; trop cher des quelques douches que le ciel du Vercors nous a administr&#233;es avec sa lib&#233;ralit&#233; coutumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour revenir &#224; mon point de d&#233;part, le dimanche de Pentec&#244;te en l'an de gr&#226;ce 1901, &#224; 4 heures du matin, je rejoignais, place Grenette &#224; Grenoble, un ami, M.&#160;M***, touriste montagnard &#233;prouv&#233; qui voulait bien, en cette circonstance, me servir de guide et de compagnon de voyage. Apr&#232;s une messe entendue &#8212; oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! avec combien de distractions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; mais dont je n'ai pas m&#234;me escamot&#233; le dernier &#233;vangile, soit dit pour l'&#233;dification des lectrices du Cycliste, je sautais en selle &#224; 5 heures, en route pour Sassenage et Engins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de d&#233;passer les cars, et stimul&#233;e par le passage en vitesse de cyclistes dot&#233;s de machines &#224; petite multiplication, je suis arriv&#233;e, avec mes 4m,90 de d&#233;veloppement, &#224; faire pr&#232;s de 3 kilom&#232;tres de ce chemin montant, sablonneux etc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; y compris le soleil &#8212; un terrible soleil qui surchauffait une atmosph&#232;re d&#233;j&#224; lourde et ne promettait rien de bon pour la journ&#233;e. Un peu avant Engins nous sommes crois&#233;s par un cycliste qui en enl&#232;ve all&#232;grement la c&#244;te, nous reconnaissons un St&#233;phanois, l'aimable docteur G***, qui se dirige du c&#244;t&#233; du Vercors, nous aurons le plaisir de le rencontrer plusieurs fois et m&#234;me de faire en semble une petite partie de notre itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Engins, il nous abandonne &#224; l'auberge o&#249; nous nous arr&#234;tons pour ingurgiter 2 &#339;ufs et une lamp&#233;e de vin blanc. J'&#233;mets humblement le d&#233;sir de ne boire que de l'eau, mais mon compagnon s'y oppose avec &#233;nergie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il professe le plus profond m&#233;pris pour les amateurs de ce breuvage et je vois bien que son c&#339;ur saignerait d'&#234;tre contraint de m'englober dans cette r&#233;probation g&#233;n&#233;rale, je me contente donc de mettre de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'eau dans mon vin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, conseil charitable que j'ai maintes fois re&#231;u et jusqu'ici peu mis en pratique &#8212; moralement parlant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons Engins pour gagner Lans, la route est resserr&#233;e entre les rochers, d&#233;tremp&#233;e par les pluies des jours pr&#233;c&#233;dents, encombr&#233;e de cailloux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trop attentive &#224; la man&#339;uvre de mon guidon, je ne puis regarder le paysage que furtivement. La gorge est d'abord &#233;troite, prise entre des rochers peu &#233;lev&#233;s, mais abrupts, crevass&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'&#233;vase ensuite, des bandes vertes bordent le Furon, et on atteint le plateau de Lans, situ&#233; au centre d'ondulations monotones, l'impression en est triste, mais elle doit &#234;tre tout autre au moment de la floraison des prairies et ce pays du Lans doit ressembler alors &#224; une vaste et ravissante corbeille de fleurs champ&#234;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous prenons la route qui laisse sur la gauche le Villard-de-Lans et nous nous engageons dans ces merveilleuses gorges que la Bourne remplit du fracas de ses eaux claires,se brisant sur le roc d'o&#249; elles rejaillissent en poussi&#232;re que le soleil irise. La route est bien mauvaise, on patauge dans une boue liquide dont nous nous imbibons copieusement, tandis que les rochers suspendus sur nos t&#234;tes nous d&#233;versent en gouttelettes larges comme des assiettes l'&#233;coulement des eaux de la montagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous faisons ainsi plus de 5 kilom&#232;tres &#224; pied, mais bien d&#233;dommag&#233;s par la f&#233;erie du spectacle. Moi, surtout, qui n'ai jamais rien vu de pareil, je ne me lasse pas de promener mes regards des eaux aux teintes de turquoises, et, de l&#224;, aux roches g&#233;antes qui semblent vouloir &#233;treindre, &#233;touffer sous leur masse cette onde toujours fuyante qui s'&#233;chappe, en se jouant &#224; travers les blocs entass&#233;s dans son lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pont de la Goule-Noire, nous trouvons docteur G... en train de t&#226;ter le pouls &#224; sa carte. Ces Messieurs d&#233;ballent leurs programmes, comparent, discutent, citent les auteurs r&#233;v&#233;r&#233;s (d'Espinassous, Burdet). Tout cela avec la chaleur que met tout cycliste convaincu dans la discussion de cette chose d&#233;licate, appel&#233;e un itin&#233;raire, et, qu'&#224; la pens&#233;e de la libert&#233; prochaine, les plus graves et les plus grisonnants &#233;laborent avec une joie d'&#233;colier en rupture de pupitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat se termine par le d&#233;part en trio pour Saint-Julien-en-Vercors. On quitte la Bourne pour s'&#233;lever, &#224; gauche, par un chemin &#224; flanc de montagne, d'o&#249; on aper&#231;oit la route de Pont-en-Royans, et la Balme de Rencurel, au fond d'un ravin. La route est bonne, bois&#233;e sur plusieurs points, mais assez montante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme ces Messieurs ont pris leur petite multiplication, j'arrive avant eux &#224; Saint-Julien. Le village est &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'un plateau riant, cultiv&#233; dans toutes les parties que les sapins ne couvrent pas de leurs frondaisons sombres, une muraille rocheuse le ferme d'un c&#244;t&#233;, de l'autre, pas d'horizon, mais une courte &#233;chapp&#233;e sur des pentes vertes bordant la route qui va nous conduire au pont des Echevis. C'est la descente r&#234;v&#233;e pour les possesseurs de roue libre, tel est le cas de mes deux compagnons, aussi me devancent-ils terriblement, mais mon irr&#233;ductible amour-propre de cyclo-woman vient heureusement &#224; mon secours et me sugg&#232;re l'id&#233;e de l&#226;cher mes p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive ainsi de front avec ces Messieurs au pont o&#249; nous nous s&#233;parons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon guide et moi nous dirigeons vers les Grands-Goulets, le docteur G. prend la route directe de Saint-Agnan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu d&#233;sireux de r&#233;&#233;diter &#224; b&#233;cane la descente de la Bourne, nous laissons nos bicyclettes aux Baraques, et visitons &#224; pied les Goulets dont le sol est si fortement d&#233;tremp&#233; qu'on y enfonce comme dans une mare.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un spectacle bien curieux que ce torrent qui se fraye un passage dans cette gorge sauvage dont l'art est venu augmenter encore le pittoresque. De trop habiles plumes ont d&#233;crit l'inoubliable beaut&#233; de ce site pour que j'ose parler de cette route taill&#233;e dans le roc, coup&#233;e de tunnels et qui serpente au-dessus d'un gouffre o&#249; se pr&#233;cipitent, rugissantes, les eaux limpides frang&#233;es d'&#233;cume, emprisonn&#233;es dans ces gigantesques remparts de rochers qui semblent d&#233;fier le soleil d'illuminer ces profondeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous revenons aux Baraques o&#249; nous attend un d&#233;jeuner servi sur une terrasse au bord de la Vernaison et s&#233;par&#233;e de l'h&#244;tel par la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel s'assombrit, mais la gaiet&#233; et l'app&#233;tit sont toutes voiles dehors. L'h&#244;tel regorge de cyclistes automobilistes, etc., le service est d'une lenteur d&#233;sesp&#233;rante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arr&#234;tons des hors-d'&#339;uvre au passage, et nous allons attaquer le saucisson quand tout &#224; coup le tonnerre &#233;clate et les nuages, sur nos t&#234;tes, cr&#232;vent en un torrent qui balaie comme par enchantement tous les d&#238;neurs attabl&#233;s autour de nous. Cette d&#233;fection en masse nous rend possesseur d'un banc surmont&#233; d'une tente qui, &#224; la rigueur, peut couvrir la moiti&#233; de notre petite table&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous engouffrons sous cet abri et tachons de pr&#233;server notre couvert en mettant sur le banc, entre nous, tout ce qui peut ne pas souffrir de ce contact. Il pleut &#224; plaisir. Des t&#234;tes effar&#233;es apparaissent aux fen&#234;tres de l'h&#244;tel. Ces gens-l&#224; sont fous, pensent tous ces sages empil&#233;s dans des salles o&#249; le parfum des ap&#233;ritifs lutte d'&#233;nergie avec celui de la friture. Apr&#232;s un quart d'heure de signaux de d&#233;tresse, la bonne nous apporte le premier plat, elle a beau courir, au risque de tout chavirer, la sauce n'en arrive pas moins fortement &#233;tendue, cela ne fait rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous nous amusons &#233;perdument. La pluie redouble jusqu'au dessert, mais personne ne parle de capituler et cependant mon ami boit de l'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! impuissant qu'il est &#224; pr&#233;server son verre de cette profanation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il a l'h&#233;ro&#239;sme simple et se r&#233;signe sans murmure. Enfin, une accalmie survient et nous pouvons circuler sur la terrasse, mais l'humidit&#233; m'a ankylos&#233;e et c'est avec d&#233;lices que je savoure un caf&#233; br&#251;lant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des ond&#233;es intermittentes retardent notre d&#233;part. Enfin, &#224; 2 h. 1/2, nous prenons la route de la Chapelle-en-Vercors d'o&#249; nous gagnons Saint-Agnan, Rousset et le col. Nous allons lentement, ces 18 kilom&#232;tres sont p&#233;nibles et toute notre attention se porte &#224; &#233;viter les orni&#232;res et les flaques d'eau. Une grisante odeur de verdure mouill&#233;e flotte dans l'air, mais la campagne est triste sous le ciel gris. 2 kilom&#232;tres avant Rousset la pluie se remet &#224; tomber si serr&#233;e que nous sommes contraints de nous r&#233;fugier dans une ferme o&#249; on nous accueille avec empressement. Cet arr&#234;t forc&#233; se prolonge plus d'une heure. Profitant d'une vague &#233;claircie, nous remercions ces braves paysans et reprenons nos machines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 500 m&#232;tres plus loin, nouvelle douche. D&#233;cid&#233;ment, il pleut beaucoup dans la vall&#233;e du Rousset, je joins mon t&#233;moignage &#224; celui de M.&#160;Burdet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pleut m&#234;me trop pour mon go&#251;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il faut marcher quand m&#234;me si nous voulons atteindre le col avant la nuit. La machine de mon compagnon est tellement embourb&#233;e qu'il est oblig&#233;, au Rousset, de la soumettre &#224; d'&#233;nergiques ablutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous engageons dans les lacets conduisant au col, la pluie a cess&#233;, l'azur du ciel daigne m&#234;me se montrer par endroits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; gr&#226;ce &#224; la pente, la route est bonne, et c'est avec raison qu'on l'a compar&#233;e &#224; une all&#233;e de parc, elle en a la r&#233;gularit&#233; et la tenue irr&#233;prochable &#224; travers les hautes futaies qu'elle contourne en s'&#233;levant. La vall&#233;e de Rousset est derri&#232;re nous dans la brume&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous montons &#224; pied en causant, riant des m&#233;saventures de la journ&#233;e et nous promettant d'en noyer le souvenir dans un verre de bonne clairette de Die, l&#224;-haut, au col o&#249; elle a la r&#233;putation d'&#234;tre exquise et pas ch&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 1 kilom&#232;tre de l'entr&#233;e du tunnel, nous entendons un roulement de voiture et nous reconnaissons dans une charrette toute une bande joyeuse de cyclistes t&#233;c&#233;fistes comme nous et qui nous avaient &#233;merveill&#233;s le matin &#224; la mont&#233;e de Sassenage. Ces Messieurs nous saluent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien ne brusque les pr&#233;sentations comme le commun amour de la bicyclette. La voiture s'arr&#234;te, tout le monde descend et je suis aimablement invit&#233;e &#224; y prendre place pour arriver jusqu'au col et en faire la travers&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma bicyclette est aux mains de l'un de ces Messieurs, j'accepte sans fa&#231;on le manteau d'un autre, et fouette cocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je reste &#233;bahie de la profondeur de ce trou noir, 800 m&#232;tres, dit-on. Deux quinquets fumeux ont la pr&#233;tention de l'&#233;clairer, mais n'emp&#234;chent pas qu'il y fait noir comme dans un trou de mine. On se dirige &#224; t&#226;tons, avec force appels et cris de ralliement. Un des Messieurs que nous avons rencontr&#233;s est enlev&#233; comme une plume par des bras inconnus et &#233;chappe ainsi &#224; l'accolade intempestive d'un cheval venant en sens inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on retrouve la lumi&#232;re et les yeux restent &#233;blouis. C'est devant nous, &#224; l'infini, un enchev&#234;trement grandiose de sommets, de vall&#233;es, de rivi&#232;res, de fleuves peut-&#234;tre, mais qui, sur cet immense tableau, semblent trac&#233;s avec un pinceau de la finesse d'un cheveu. D'un promontoire de rochers, voisin du tunnel, on d&#233;couvre 17 d&#233;partements nous affirme l'aimable conducteur de ma bicyclette. Pendant que nous admirons ce merveilleux panorama, des flots de clairette circulent et apr&#232;s un dernier toast, l'heure nous pressant, nous nous s&#233;parons des courtois t&#233;c&#233;fistes que le hasard nous a donn&#233;s un instant comme compagnons de route. Nous nous engageons dans les dangereux lacets qui conduisent du col &#224; Chamaloc, non sans avoir refus&#233; avec d&#233;dain le traditionnel fagot. Pour moi, c'est une sottise, car ma bicyclette n'a qu'un frein insignifiant sur la roue d'avant et la pente est trop forte et les tournants trop dangereux pour que mon imprudence ne risque de me co&#251;ter cher. En effet, j'y vais d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; magistrale o&#249; j'ai bien cru me fracasser la m&#226;choire, heureusement que rien n'est dur comme la t&#234;te et j'en suis quitte pour la peur et dix minutes d'&#233;tourdissement. Nous traversons Chamaloc, il est presque nuit, mais jusqu'&#224; Die la route est en pente douce et excellente, nous arrivons &#224; 8 h. 1/2 &#224; l'h&#244;tel des Alpes o&#249; nous retrouvons le docteur C. ., qui, depuis Saint-Agnan, nous a pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une 1/2 heure environ dans toutes nos &#233;tapes. Apr&#232;s un bon d&#238;ner termin&#233; par une tourn&#233;e de clairette, nous nous armons de bougeoirs et prenons possession de nos bedrooms. La mienne est de dimensions peu communes, 100 m&#232;tres carr&#233;s pour le moins, aussi je ne me prive pas du plaisir d'en prendre possession par un tour de valse anim&#233;. De l'autre c&#244;t&#233; de la cloison j'entends une voix grondeuse&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah &#231;&#224;, perdez-vous la t&#234;te. &#8212; pas encore, j'essaye seulement la souplesse des jarrets, mais c'est fini. Good night&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me journ&#233;e. &#8212; &#192; 5 heures du matin, au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;boum&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;nergique dans ma porte me r&#233;veille, je sais ce que cela signifie&#160;: j'ai 10 minutes pour faire ma toilette, une coquette aurait &#224; peine le temps de passer ses pantoufles, mais c'est suffisant pour les simples ablutions et l'&#233;quipement sommaire d'une cycle touriste. &#192; 5 h 1/4 nous roulons, M.&#160;M... et moi, sur la route de Ch&#226;tillon-en-Diois. Le ciel est limpide, l'air rafra&#238;chi par une brise l&#233;g&#232;re, tout annonce une belle journ&#233;e. Jusqu'&#224; la vall&#233;e des Gas la r&#233;gion est assez insignifiante, mais de ce point, et durant 10 kilom&#232;tres, c'est un enchantement. Entre deux murailles de rochers, le torrent coule sans effort sur une pente l&#233;g&#232;re, la route le borde en suivant ses d&#233;tours pittoresques, et sous le soleil matinal un charme intense, &#233;trangement sauvage, &#233;mane de cette nature o&#249; semble flotter comme un peu du myst&#232;re des contr&#233;es vierges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une mont&#233;e se pr&#233;sente au sortir de la gorge et brusquement on passe dans une r&#233;gion qui va se d&#233;nudant &#224; mesure qu'on s'&#233;l&#232;ve. Nous croyons constamment arriver au col de Grimone, mais il semble reculer sans cesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon entrain finit par se ressentir de cette d&#233;ception, je me plains am&#232;rement de l'aridit&#233; du paysage, de la longueur de la mont&#233;e que mon unique d&#233;veloppement m'oblige &#224; faire &#224; pied, et mon compagnon, auteur de l'itin&#233;raire, baisse la t&#234;te accabl&#233; par la chaleur et par mes reproches. Au Glandage nous nous arr&#234;tons pour prendre les traditionnels &#339;ufs &#224; la coque du premier d&#233;jeuner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 3/4 d'heure d'arr&#234;t et on repart de nouveau &#224; l'assaut du col. Sous le soleil, la route s'allonge sans ombrelles 2 derniers kilom&#232;tres se tra&#238;nent sur une cime aride dont l'&#226;pret&#233; met le comble &#224; ma mauvaise humeur. Enfin, nous franchissons Grimone et sautons en selle pour la descente. Voici Lussette, le col de la Croix-Haute et nous atteignons enfin une contr&#233;e plus riante. Nous descendons sur Saint-Maurice-en-Tri&#232;ves, les pentes sont bois&#233;es et, &#224; l'horizon, se profilent les sommets neigeux du Pelvoux dont une immense plaine ondul&#233;e nous s&#233;pare.	&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu avant Clelles, nous apercevons l'a&#233;rienne silhouette du Mont Aiguille, semblable &#224; un gigantesque ob&#233;lisque. &#192; 1 heure nous mettions pied &#224; terre devant l'h&#244;tel qui lui fait face et nous avions enfin la satisfaction de nous attabler devant un d&#233;jeuner bien gagn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 1 /2, nous reprenons nos machines jusqu'au ravin de Saint-Michel, la route inclin&#233;e traverse des prairies couvertes de narcisses, je ne manque pas d'en fleurir mon guidon d'une &#233;norme touffe, et je me grise tout le long du chemin du sauvage parfum, bien alpestre, qui s'en d&#233;gage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;levons ensuite jusqu'au col du Fau, et apr&#232;s un dernier regard &#224; la Meije, &#224; la Barre des Ecrins, nous traversons en coup de vent le Monestier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons devant nous 18 kilom&#232;tres de descente, et apr&#232;s les rudes ascensions de ces deux journ&#233;es, je trouve cette finale tout &#224; fait de mon go&#251;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous laissons &#224; gauche les derniers contreforts du Vercors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans un lointain qui se rapproche, les sommets de la Chartreuse, de l'Oisans sont envelopp&#233;s d'une bu&#233;e qui les gaze comme une voilette un beau visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Vif, les Ponts-de-Claix, et enfin les splendides all&#233;es du cours Saint-Andr&#233; qui nous conduisent &#224; Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures du soir, ravie de mon exp&#233;dition repr&#233;sent&#233;e par 218 kilom&#232;tres en 2 journ&#233;es &#8212; mon plus bel exploit jusqu'&#224; pr&#233;sent &#8212; je me s&#233;pare de mon aimable compagnon de voyage avec force remerciements et &#233;nergiques shake-hands.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant, Mademoiselle, que j'ai pu m'arracher au charme des Alpes joint &#224; celui d'une exquise hospitalit&#233;, je me h&#226;te de vous dire que j'acquiesce avec enthousiasme &#224; l'attrayant projet de rencontre dont vous &#234;tes la promotrice. Gr&#226;ce aux soins que veut bien en prendre l'aimable g&#233;rant du Cycliste, je crois que l'ex&#233;cution en est prochaine. J'en suis ravie et vous prie de ne pas vous &#233;tonner que, mises sur le terrain du cyclisme, mes sympathies fassent, &#224; votre rencontre, du 30 &#224; l'heure pour le moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mad. Symour,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Croix-Haute (1900)</title>
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		<dc:date>2020-01-10T12:42:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Par &lt;a href=&#034;https://velotextes.fr/spip.php?mot51&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'Espinassous&lt;/a&gt;, paru dans Le Cycliste Novembre 1900, et la Revue mensuelle du Touring-Club de France, juillet 1902 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;br class='autobr' /&gt; Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;br class='autobr' /&gt; Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me para&#238;t d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;br class='autobr' /&gt; J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette &#224; m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'a laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;br class='autobr' /&gt; Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;br class='autobr' /&gt; Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;br class='autobr' /&gt; Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une all&#233;gorie.&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt; Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;br class='autobr' /&gt; Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;br class='autobr' /&gt; La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;br class='autobr' /&gt; La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt; La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 500 m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;br class='autobr' /&gt; Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;br class='autobr' /&gt; Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;br class='autobr' /&gt; Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;br class='autobr' /&gt; Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;br class='autobr' /&gt; La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;br class='autobr' /&gt; Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse. &lt;br class='autobr' /&gt; Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse. Le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement o&#249; sa fantaisie le pousse.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;br class='autobr' /&gt; 11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel, et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. &#192; Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;br class='autobr' /&gt; La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;br class='autobr' /&gt; Un &#233;clair&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e, qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Rude, oui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre main, cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le Mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;br class='autobr' /&gt; L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nullement, j'ai 6m,50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;br class='autobr' /&gt; Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;br class='autobr' /&gt; C'en est trop&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;br class='autobr' /&gt; Et apr&#232;s un silence : Non&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. La vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand vous voudrez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re. &#192; quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m,90.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif : tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;br class='autobr' /&gt; Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;br class='autobr' /&gt; Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;br class='autobr' /&gt; Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;br class='autobr' /&gt; Une derni&#232;re poign&#233;e de main, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldelacroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH318/coldelacroixhaute-7d857.png?1788127322' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-222 '&gt;&lt;strong&gt;Col de la Croix-Haute (Dolin et Revel)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-222 '&gt;Les Alpes Fran&#231;aises, H. Dolin
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Vercors, les Gorges de la Bourne, le Pas de l'&#201;chelle</title>
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		<dc:date>2019-09-14T10:14:34Z</dc:date>
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		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
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		<dc:subject>Fagot</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le mois dernier, j'&#233;tais all&#233; &#224; Saint-&#201;tienne voir le directeur du Cycliste et me rendre compte de ses machines &#224; plusieurs multiplications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aimablement accompagn&#233; par lui, j'&#233;tais, sur une de ses bicyclettes, mont&#233; de Saint-Chamond &#224; la Croix-de-Chabourey sans aucune fatigue, n'ayant m&#234;me pas mis pied &#224; terre pendant ces dix kilom&#232;tres de c&#244;te.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Fagot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par d'Espinassous, Le Cycliste, Novembre 1899, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER&lt;/span&gt; 1328_6 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois dernier, j'&#233;tais all&#233; &#224; Saint-&#201;tienne voir le directeur du Cycliste et me rendre compte de ses machines &#224; plusieurs multiplications.&lt;br class='autobr' /&gt; Aimablement accompagn&#233; par lui, j'&#233;tais, sur une de ses bicyclettes, mont&#233; de Saint-Chamond &#224; la Croix-de-Chabourey sans aucune fatigue, n'ayant m&#234;me pas mis pied &#224; terre pendant ces dix kilom&#232;tres de c&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt; L'exp&#233;rience m'avait paru si d&#233;cisive, si concluante, qu'&#224; peine de retour de voyage, j'exp&#233;diai ma machine aux ateliers de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Gauloise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Elle m'est revenue, il y a huit jours, avec deux multiplications, 5m,60 et 2m,90, et l'adaptation a &#233;t&#233; si habilement faite, que rien au simple coup d'&#339;il ne la r&#233;v&#232;le.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais grande h&#226;te de l'essayer sur un parcours assez &#233;tendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, apr&#232;s une course rapide dans le massif du mont Loz&#232;re, je voulus refaire une excursion qui m'est famili&#232;re, excursion pr&#233;sentant de dures et longues mont&#233;es : la travers&#233;e du Vercors et le Pas de l'&#201;chelle. Je partis donc pour Die o&#249; j'arrivai le soir. Le lendemain le temps est radieux, c'est une superbe journ&#233;e d'automne qui s'annonce.&lt;br class='autobr' /&gt; La route du Vercors tourne &#224; droite peu apr&#232;s la gare : trac&#233;e entre des vignes et des champs cultiv&#233;s elle est tr&#232;s monotone.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t une c&#244;te d'un aspect assez b&#233;nin, mais en r&#233;alit&#233; fort dure : je garde pourtant, vu son peu de longueur, ma grande multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; D'ailleurs, cette mont&#233;e, je puis l'annihiler, si je veux, et cette pens&#233;e me la rend moins p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt; Une descente insensible m'am&#232;ne sur le pont de la Comane : tout pr&#232;s appara&#238;t Chamaloc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tr&#232;s haut, comme un point blanc, le refuge.&lt;br class='autobr' /&gt; L&#224; commence la grande rampe du col du Rousset, rampe continue de 13 kilom&#232;tres, &#224; pente moyenne de 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, s'&#233;levant sur certaines sections jusqu'au 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt; Prenant des gants tann&#233;s retenus par une courroie sur ma sacoche, je fais passer ma cha&#238;ne sur le petit pignon, ce qui me demande &#224; peine une minute.&lt;br class='autobr' /&gt; Je monte lentement, &#224; 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, sans aucune peine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je force si peu, je jouis d'un tel bien-&#234;tre, que je n'h&#233;site pas &#224; tirer une cigarette de mon &#233;tui et &#224; fumer : l'&#233;trange assertion de Paul de Vivie se r&#233;alise, je me repose en montant.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me revois tel que j'&#233;tais &#224; mon avant-derni&#232;re excursion, le veston roul&#233; sur le guidon, le pare-nuque tremp&#233; de sueur, haletant, poussant ma machine, et ce souvenir me rend le moment pr&#233;sent plus agr&#233;able encore.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est presque en me jouant que je m'&#233;l&#232;ve sur les lacets d&#233;crits par la route bord&#233;e de maigres taillis de ch&#234;nes.&lt;br class='autobr' /&gt; Tant&#244;t j'ai en face le roc de l'Aiglette, tant&#244;t le but Sapiau, rochers aigus, bizarres, mais d'un superbe effet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; derri&#232;re, la vall&#233;e de la Dr&#244;me, les montagnes du Diois, la for&#234;t de Sao&#251;, les trois becs de Rochecourbe.&lt;br class='autobr' /&gt; Dominant tout le paysage, le massif du Glandaz aux pentes couvertes de sapins, d'o&#249; s'&#233;lance, comme un gigantesque ob&#233;lisque, la dent de Die. Ces for&#234;ts sont surmont&#233;es d'une immense ceinture de roches grises, v&#233;ritable rempart de Titans qui forme le fa&#238;te de l'&#233;norme montagne. Apr&#232;s un brusque tournant du chemin, j'aper&#231;ois soudain &#224; cinq cents m&#232;tres devant moi, la silhouette du courrier de Die que j'ai rattrap&#233;, et dont la capote &#233;tincelle sous les feux du nickel. Une patache nickel&#233;e, c'&#233;tait bien invraisemblable, aussi ne tardai-je pas &#224; distinguer, attach&#233;es &#224; l'arri&#232;re, deux bicyclettes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je d&#233;passe la voiture : le conducteur est seul, les cyclistes ont d&#251; le devancer.&lt;br class='autobr' /&gt; En effet, un kilom&#232;tre plus loin, je les vois m&#233;lancoliquement assis sur l'herbe s'&#233;pongeant le front : il me regardent curieusement, moi de m&#234;me, et je passe.&lt;br class='autobr' /&gt; Tel un papillon rencontrant une chenille et se souvenant de son premier &#233;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, sous les rochers escarp&#233;s de Ch&#233;ronne je monte le dernier lacet : de l&#224;, la route se dirige droit sur le refuge et bient&#244;t je mets pied &#224; terre devant sa porte hospitali&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce refuge, poste de secours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; est habit&#233; par le cantonnier et sa femme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le touriste peut y s&#233;journer, les chambres, d'une propret&#233; hollandaise, sont blanchies &#224; la chaux, la table tr&#232;s convenable.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s un rapide d&#233;jeuner, je m'assieds sur la terrasse bordant le pr&#233;cipice, d'o&#249; l'on embrasse un immense panorama.&lt;br class='autobr' /&gt; Le paysage est grandiose, d'une beaut&#233; triste et aust&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le contraste avec le Vercors dont le tunnel me s&#233;pare, n'en sera que plus saisissant.&lt;br class='autobr' /&gt; La longue-vue du cantonnier en main, je suis la marche p&#233;destre des cyclistes, toutes les sinuosit&#233;s de la route se d&#233;roulant sous moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ext&#233;nu&#233;s, ils sont mont&#233;s dans la voiture. Demi-heure apr&#232;s ils arrivent. Les bicyclettes sont d&#233;tach&#233;es et les deux touristes assis &#224; la m&#234;me table que moi se font servir du th&#233; bouillant.&lt;br class='autobr' /&gt; La conversation s'engage : naturellement compliments sur ma rare vigueur.&lt;br class='autobr' /&gt; Je rends &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Gauloise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ce qui appartient &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Gauloise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et leur montre l'adaptation des deux vitesses : ils sont s&#233;duits par la simplicit&#233; et la robusticit&#233; du syst&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces touristes montaient sur le Vercors avec un d&#233;veloppement de 6m,80.&lt;br class='autobr' /&gt; Press&#233; par l'heure, je les quitte et entre dans le tunnel.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y fait froid, un froid humide et p&#233;n&#233;trant : la surface glissante du sol me force &#224; conduire ma machine &#224; la main et guid&#233; par le jour qui brille &#224; la sortie, je h&#226;te le pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Ici, qu'on me permette un souvenir. L'ann&#233;e derni&#232;re, traversant le Vercors, j'&#233;tais arriv&#233; &#224; l'entr&#233;e du tunnel vers 10 heures du soir. La nuit &#233;tait tr&#232;s noire et je n'avais pas de lanterne, sous le pr&#233;texte qu'un cycliste ne doit pas marcher nuitamment.&lt;br class='autobr' /&gt; Nulle lumi&#232;re &#224; l'issue oppos&#233;e : aussi apr&#232;s une vingtaine de m&#232;tres, fus-je tout d&#233;sorient&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans mon sac, heureusement, j'avais une bougie : je la pris ainsi qu'une bo&#238;te d'allumettes amorphes.&lt;br class='autobr' /&gt; La malchance voulut qu'elle gliss&#226;t de mes mains &#224; moiti&#233; ouverte, laissant &#233;chapper toutes les allumettes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le terrain &#233;tait boueux, parsem&#233; de flaques d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; impossible d'allumer.&lt;br class='autobr' /&gt; Je cornai, j'appelai, mais les cris &#233;touff&#233;s par la route, s'&#233;teignaient &#224; br&#232;ve port&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Buttant contre les parois de gauche et de droite, je pus enfin sortir du tunnel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais mis 45 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;n&lt;/sup&gt; pour faire 600 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt; Je couchai au refuge, et le lendemain contai ma m&#233;saventure au cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; N'aviez-vous pas un couteau, me dit-il, un simple couteau e&#251;t remplac&#233; votre bougie.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous auriez coup&#233; une mince branche de h&#234;tre, d'une longueur d'environ 3 m&#232;tres, et, la prenant par un bout, fr&#244;lant le mur de l'autre, travers&#233; sans t&#226;tonnements le tunnel.&lt;br class='autobr' /&gt; Toujours l'&#339;uf de Christophe Colomb. Le souterrain est franchi : une magnifique for&#234;t de sapins et de h&#234;tres succ&#232;de aux pentes s&#232;ches, pierreuses, ensoleill&#233;es, de l'autre versant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la superbe vall&#233;e du Vercors appara&#238;t se perdant dans le lointain.&lt;br class='autobr' /&gt; Jusqu'&#224; St-Aignan la descente est constante, et l'on peut facilement se permettre du 30 &#224; l'heure, mais la for&#234;t est si belle que je garde une tr&#232;s petite allure.&lt;br class='autobr' /&gt; Un tournant : on aper&#231;oit les sources de la Vernaison, les sapins et les h&#234;tres font place aux prairies. La vall&#233;e est assez &#233;troite, de chaque c&#244;t&#233; les montagnes sont admirablement bois&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; La route d&#233;crit jusqu'&#224; Rousset de brusques lacets, mais &#224; partir de ce village, court presque droit sur Saint-Aignan que j'atteins bient&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui frappe dans ces villages du Vercors, c'est d'abord l'aspect monumental des &#233;coles, ensuite l'installation postale.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans chaque bureau, &#224; part le t&#233;l&#233;graphe on a le t&#233;l&#233;phone : ainsi La Chapelle, Saint-Aignan, Saint-Martin, Saint-Julien le poss&#232;dent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont pourtant de tr&#232;s petites localit&#233;s. Le Buez et la Vernaison leur donnent la lumi&#232;re &#233;lectrique.&lt;br class='autobr' /&gt; Laissant &#224; Saint-Aignan le chemin de Saint-Martin, je monte &#224; La Chapelle o&#249; rien ne retient le touriste. Une descente de six kilom&#232;tres et me voici aux Baraques, &#224; l'entr&#233;e des Grands Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelques maisons, la plupart auberges ou h&#244;tels, forment ce hameau.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; c&#244;t&#233; la Vernaison coule paisiblement au milieu de prairies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e est tr&#232;s ouverte, tr&#232;s ensoleill&#233;e, l'ensemble est presque idyllique.&lt;br class='autobr' /&gt; La route s'engouffrant brusquement dans un tunnel &#233;chancr&#233; bient&#244;t par de larges baies, longe le torrent &#224; une hauteur de quatre &#224; cinq m&#232;tres &#224; peine : la rivi&#232;re extr&#234;mement resserr&#233;e roule ses eaux vertes d'une transparence merveilleuse entre la galerie et l'immense paroi &#224; pic d'une v&#233;g&#233;tation luxuriante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce ne sont que foug&#232;res accroch&#233;es au mur, arbustes aux branches retombantes, rochers tapiss&#233;s de mousse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela &#233;clair&#233; d'un demi-jour, car la fissure est si &#233;troite, si haute, qu'&#224; peine en se penchant peut-on apercevoir le bleu du ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout rev&#234;t un caract&#232;re myst&#233;rieux, on sent qu'on entre dans l'inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt; De sourds grondements se font entendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore un tunnel, et un spectacle inoubliable s'offre &#224; nos yeux.&lt;br class='autobr' /&gt; La Vernaison a pass&#233; sous un pont, et, furieuse, mugissante, se pr&#233;cipite de cascades en cascades de 80 m&#232;tres de haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle bondit blanche d'&#233;cume sur cet escalier de g&#233;ants. La route taill&#233;e en encorbellement, dominant le torrent &#224; une hauteur vertigineuse, franchit en les trouant les &#233;perons des gigantesques rochers, toujours suspendue sur l'ab&#238;me. En face, d'immenses falaises d'un violet noir s'&#233;lancent d'un seul jet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'ensemble est d'une incomparable grandeur, d'une beaut&#233; satanique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont v&#233;ritablement les portes de l'enfer. Telle est l'admirable route des Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ouverte vers 1853, elle a n&#233;cessit&#233; de prodigieux travaux, et les ouvriers ont d&#251; faire preuve d'une audace et d'une adresse extraordinaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forer les trous de mine, on les descendait suspendus &#224; une longue corde, et c'est dans le vide, parfois accroch&#233;s &#224; une mince saillie, qu'ils attaquaient la roche.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mine charg&#233;e, on les hissait sur la cr&#234;te de la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le cours de ces travaux, un ouvrier insuffisamment remont&#233;, eut la corde qui le soutenait tranch&#233;e par un &#233;clat de pierre et s'ab&#238;ma dans la Vernaison.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est &#224; pied que je fais ces deux kilom&#232;tres, m'arr&#234;tant souvent, reculant toujours le moment de partir.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente qui &#233;tait de 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% passe au 6,5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% apr&#232;s un tournant brusque suivi d'un second aussi mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce point dangereux d&#233;pass&#233; elle revient au 5.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin descend &#224; travers des prairies plant&#233;es de noyers et d'arbres fruitiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques maisons, des hameaux commencent &#224; se montrer.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s le pont sur lequel on franchit la Vernaison, une l&#233;g&#232;re rampe nous &#233;l&#232;ve bient&#244;t &#224; une grande hauteur au-dessus du torrent : un roc barre la route, nous sommes aux Petits Goulets. &lt;br class='autobr' /&gt; Cinq tunnels se suivant, sont s&#233;par&#233;s par de courtes &#233;chapp&#233;es, d'o&#249; l'on aper&#231;oit &#224; 150 m&#232;tres de profondeur l'&#233;troite coupure dans laquelle mugit la Vernaison : en face se dressant &#224; plus de 1.000 m&#232;tres, de gigantesques rochers gris&#226;tres stri&#233;s de blanc et de noir.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce site est d'une &#226;pre et sauvage beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le dernier tunnel est franchi, et &#233;clatant de lumi&#232;re, le Royannais est devant moi.&lt;br class='autobr' /&gt; Aux gorges resserr&#233;es, o&#249; la vue se brise &#224; chaque pas, a succ&#233;d&#233; un immense horizon.&lt;br class='autobr' /&gt; Sainte-Eulalie travers&#233;, une derni&#232;re descente avec un tournant tr&#232;s raide m'am&#232;ne &#224; Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt; Pont-en-Royans est b&#226;ti au confluent de la Bourne et de la Vernaison : accroch&#233;s aux roches bordant le gouffre, les maisons grimpent les unes sur les autres, les premi&#232;res suspendues sur la rivi&#232;re, les derni&#232;res sous le roc surplombant.&lt;br class='autobr' /&gt; Les deux &#233;normes rochers qui forment l'entr&#233;e du d&#233;fil&#233; ont d'admirables teintes : couleur de feu, avec de longues coul&#233;es bleu&#226;tres, ils flamboient sous le soleil.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arr&#234;te assez longtemps &#224; Pont-en-Royans, voulant simplement achever l'&#233;tape &#224; Villard-de-Lans : &#224; quatre heures je me mets en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant un kilom&#232;tre le chemin suit l'humide gorge, longeant la Bourne, la franchit de nouveau, et jusqu'&#224; Choranche, n'offre plus qu'un m&#233;diocre int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt; La vall&#233;e s'est &#233;largie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; partir de ce village, la route va redevenir tr&#232;s belle jusqu'&#224; la Balme qu'elle atteindra par une rampe de 7 kilom&#232;tres &#224; 6.5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt; Je prends la petite multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; une allure de 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, on a le temps de voir le paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; joignez-y l'absence de toute fatigue et vous percevez bien des d&#233;tails qui &#233;chappent au cycliste &#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin montant sans cesse, s'&#233;l&#232;ve tr&#232;s haut au-dessus de la Bourne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est presque toujours en encorbellement suspendu parfois &#224; 300 m&#232;tres sur le torrent.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; gauche le roc abrupt.&lt;br class='autobr' /&gt; Les pentes du pr&#233;cipice sont couvertes d'arbustes, nuanc&#233;s des mille teintes de l'automne : dans les moindres anfractuosit&#233;s de la roche, des touffes de plantes vertes.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t on arrive devant le cirque de Saint-Julien : les immenses rochers qui le forment sont couleur de rouille, &#224; leur sommet finissent les for&#234;ts du Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; Les points de vue varient &#224; chaque instant, c'est un enchantement perp&#233;tuel.&lt;br class='autobr' /&gt; Encore un tunnel : je traverse la Balme, humble village b&#226;ti sur les bords de la Bourne.&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant 2 kilom&#232;tres la pente est presque nulle et jusqu'&#224; Villard-de-Lans, ne d&#233;passera pas 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt; Imm&#233;diatement apr&#232;s une longue courbe, le pont de Goule Noire, o&#249; on laisse &#224; droite le chemin direct de Grenoble aux Grands Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; Peu apr&#232;s, un &#233;boulement r&#233;cent obstrue le passage : ce mauvais pas &#233;vit&#233;, la gorge se resserre et se change en obscur d&#233;fil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; La route est merveilleuse, ce ne sont encore qu'encorbellements, tunnels, vo&#251;tes, arceaux jet&#233;s hardiment sur le lit du torrent, partout une vraie d&#233;bauche de verdure, un ravissement pour les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin domine la rivi&#232;re de cinq &#224; six m&#232;tres &#224; peine, la Bourne roule tumultueusement ses eaux &#224; travers des blocs &#233;normes, les brisant en gerbes d'&#233;cume.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; droite, une scierie mue par une turbine, est presqu'enti&#232;rement abrit&#233;e sous un gigantesque rocher.&lt;br class='autobr' /&gt; Le sombre couloir devient plus &#233;troit encore, de courts tunnels se succ&#232;dent : tout &#224; coup la vall&#233;e s'ouvre, nous sommes sortis des gorges de la Bourne.&lt;br class='autobr' /&gt; 3 kilom&#232;tres me s&#233;parent de Villard-de-Lans : un raidillon, me voici dans le bourg.&lt;br class='autobr' /&gt; La nuit est venue, la lumi&#232;re &#233;lectrique brille partout.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain de tr&#232;s bonne heure, je descends &#224; la Balme par le chemin parcouru la veille.&lt;br class='autobr' /&gt; Tournant &#224; droite &#224; l'entr&#233;e du village, je laisse la direction de Pont-en-Royan pour prendre celle de Romeyer.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe dure 8 kilom&#232;tres avec une moyenne de 6,5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est vous dire que je change de multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; La route monte en lacets, traverse les Gillets, village assez important : &#224; mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve, les montagnes du Vercors apparaissent de chaque c&#244;t&#233; de la vall&#233;e des for&#234;ts d'&#233;pic&#233;as, surmont&#233;es d'une couronne de rochers.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin est peu int&#233;ressant, il me tarde d'&#234;tre au col.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin 55 minutes apr&#232;s avoir quitt&#233; la Balme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la hauteur est atteinte. De l&#224; &#224; Saint-Gervais, je n'ai plus que 14 kilom&#232;tres de descente.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelques maisons noir&#226;tres, aux toits en saillie, tel est Romeyer.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente d'abord est tr&#232;s douce, mais s'accentue &#224; mesure que l'on s'abaisse vers les rives bord&#233;es d'aulnes de la Drevenne.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t la route c&#244;toie la rivi&#232;re coulant entre de magnifiques p&#226;turages et laisse &#224; droite un pont jet&#233; sur le torrent, qui conduit aux ruines du prieur&#233; des &#201;couges. Nous sommes au Pas de l'&#201;chelle. Un tunnel : &#224; la sortie, c'est un &#233;blouissement. Je suis devant le plus admirable spectacle qui puisse se contempler.&lt;br class='autobr' /&gt; Jamais plus prodigieux, plus f&#233;erique changement &#224; vue, n'a &#233;merveill&#233; mes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt; Ne voulant pas &#234;tre tax&#233; d'exag&#233;ration je me permettrai deux citations.&lt;br class='autobr' /&gt; La premi&#232;re est extraite du Voyage en France d'Ardouin Dumazet.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; l'issue d'un des tunnels, on a une &#233;blouissante vision : &#224; plus de 500 m&#232;tres de profondeur appara&#238;t tout &#224; coup la vall&#233;e de l'Is&#232;re, verte, fleurie, remplie de noyers et de m&#251;riers, de l&#224; se dressent vertes aussi les hautes collines de la C&#244;te-Saint-Andr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les arbres, par les champs, par les pr&#233;s, des hameaux, des villages, des bourgs, des petites villes aux toits rouges semblent sem&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une vue sublime, une de celles dont le regard ne peut se d&#233;tacher.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les cyclistes connaissent les guides de M.&#160;de Baroncelli : vous savez si ces guides, minutieusement exacts, sont secs et sobres de toute description.&lt;br class='autobr' /&gt; Eh bien, &#233;coutez l'auteur et, passez-moi l'expression, voyez &#224; quel point il s'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;emball&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ce passage v&#233;ritablement fantastique, d&#233;bouche au-del&#224; d'un tunnel, sur un balcon taill&#233; dans le roc &#224; une hauteur prodigieuse, offrant un panorama merveilleux des Alpes de Savoie et de la plaine de l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ajouterai quelques mots.&lt;br class='autobr' /&gt; Imaginez un immense rocher de 300 m&#232;tres de hauteur absolument vertical, et supposez qu'&#224; 200 m&#232;tres de la base on ait trac&#233; une rainure dans le roc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette rainure c'est notre route, c'est le merveilleux balcon d'o&#249; l'on contemple le magique tableau.&lt;br class='autobr' /&gt; J'essaye de m'accouder sur le parapet, mais je sens le vertige s'emparer de moi et suis forc&#233; de reculer.&lt;br class='autobr' /&gt; Je remonte enfin en machine, mais la pente est de 8 &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je n'ai qu'un frein, le fagot s'impose.&lt;br class='autobr' /&gt; Couper un fagot de 15 kilos avec un couteau de poche, m'a toujours paru plus facile &#224; conseiller qu'&#224; faire, aussi en g&#233;n&#233;ral est-ce un tronc d'arbre ou une grosse branche que je tra&#238;ne &#224; la remorque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;cis&#233;ment au bord du chemin je vois une branche molle : la corde attach&#233;e je descends &#224; une allure de 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, et d&#233;crivant une grande courbe, suis bient&#244;t aux pieds du gigantesque rocher.&lt;br class='autobr' /&gt; En face la Drevenne bondissant de 150 m&#232;tres de haut, forme une splendide cascade.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce pont travers&#233;, la route trac&#233;e &#224; flanc de coteau ne tarde pas, par un dernier lacet, &#224; atteindre Saint-Gervais.&lt;br class='autobr' /&gt; De Saint-Gervais le cycliste peut se rendre &#224; Valence (62 kilom.), soit par l'Albene en franchissant l'Is&#232;re, soit par la rive gauche.&lt;br class='autobr' /&gt; J'arr&#234;te ici ces notes.&lt;br class='autobr' /&gt; De retour de cette excursion, je voulus me rendre compte du gain en temps procur&#233; par la petite multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; Le trajet Die, Pont-en-Royans, Villard-de-Lans, Saint-Gervais, en kilom&#232;tres, se fait tr&#232;s facilement dans un jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut m&#234;me, suffisamment entra&#238;n&#233;, arriver le soir &#224; Valence.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais supposons seulement que le touriste parti de Die le matin, se soit arr&#234;t&#233; le soir &#224; Saint-Gervais, et calculons son gain dans ce parcours de 111 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt; J'admettrai pour le cycliste la vitesse de 9 kilom&#232;tre &#224; l'heure et pour le pi&#233;ton poussant sa machine celle de 3 kilom., 500, vitesse difficile &#224; d&#233;passer vu la chaleur et les petites haltes in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mont&#233;es/Kil/Tps du Cycliste/Tps du Pi&#233;ton&lt;br class='autobr' /&gt;
Col du Rousset/12km/ 1h20/3h25&lt;br class='autobr' /&gt;
Chorange de la Balme/ 7km/ 50mn/2h&lt;br class='autobr' /&gt;
Gorges de la Bourne/ 10km/1h10/2h50&lt;br class='autobr' /&gt;
Col de Romeyer/8 km/ 55mn/2h17/&lt;br class='autobr' /&gt;
Total 37 km/4h15/10h30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Diff&#233;rence 6 heures 17 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gain est &#233;norme : 6 h. 17&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus grand encore pour les forces qu'on aurait d&#233;pens&#233;es, les c&#244;tes seules &#224; bicyclettes, demandant de s&#233;rieux efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;sormais, les pays de montagne s'ouvrent devant nous, pas de hauteur qu'on ne puisse atteindre, pas de col qui ne puisse se franchir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quo non ascendam, l'alti&#232;re devise de Fouquet est devenue celle des cyclistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P.-S. - Je joins &#224; ce r&#233;cit un tableau de marche destin&#233; aux cyclistes-touristes de Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette excursion est une des plus proches et plus int&#233;ressantes : faite dans le sens indiqu&#233;, elle est incomparablement plus belle que dans le sens contraire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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