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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Un Touriste (mai 1900)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
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		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
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		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Gladiator</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Fagot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Gladiator&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, paru dans Le Cycliste, Mai 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire cote Per1328_7, licence ouverte 2.0 &#233;talab de r&#233;utilisation de l'information&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je viens r&#233;pondre bri&#232;vement &#224; quelques questions que, dans le dernier num&#233;ro du Cycliste M.&#160;le commandant Collet me fait l'honneur de m'adresser. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Machine. &#8212; Bicyclette Gladiator Roulements &#224; cuvettes ind&#233;r&#233;glables, &#224; mon avis, bien sup&#233;rieurs &#224; ceux &#224; c&#244;nes. Sur ma demande, frein ext&#233;rieur sur la roue avant. Sur la roue arri&#232;re, autre frein man&#339;uvr&#233; par un minuscule levier plac&#233; sous le bec de la selle.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce frein que j'appellerai &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;frein Philidet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, du nom de l'habile et ing&#233;nieux m&#233;canicien qui l'a con&#231;u et construit, est d'une extraordinaire puissance. Il peut dans un parcours de 4 &#224; 5 m&#232;tres caler la roue et la forcer &#224; patiner. Dans les descentes longues et rapides, mis &#224; un autre cran, il permet de les faire dans une s&#233;curit&#233; absolue, et remplace avantageusement le fagot aujourd'hui interdit en Dauphin&#233;. Ce frein reste constamment serr&#233; et ne se desserre qu'en pressant le ressort du d&#233;clenchement.&lt;br class='autobr' /&gt; Le frein Philidet se compose d'un secteur &#224; cr&#233;maill&#232;re fix&#233; par un collier sur le tube horizontal de la machine : un levier &#224; une dent mobile engrenant sur la cr&#233;maill&#232;re, est reli&#233; par une tige &#224; un patin de frein viss&#233; sous l'entretoise de la fourche arri&#232;re. Une pression imperceptible avec un seul doigt et quelle que soit la vitesse la machine est arr&#234;t&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pneumatiques, j'ai depuis quelques jours des bandages de 45 millim&#232;tres absolument imperforables et qui me permettront d'arriver d&#233;sormais s&#251;rement &#224; l'heure fix&#233;e. Je leur ai fait subir, avant de les adopter, une longue et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#233;pineuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;preuve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils en sont sortis victorieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma selle est une selle Lamplugh 1899 n&#176;&#160;253. Je l'ai choisie tr&#232;s dure. Une selle dure ne blesse jamais et ses vibrations ne contrarient pas celles du pneumatique, ce qui n'est pas le cas pour les selles &#224; ressort &#224; boudins o&#249; l'on vibre continuellement &#224; contre-temps. Je monte haut et ma selle est plac&#233;e de telle sorte, que la jambe enti&#232;rement tendue, mon talon touche &#224; plat la p&#233;dale. Le bec de ma selle n'est pas plac&#233; perpendiculairement sur l'axe du p&#233;dalier, mais 0m,04 en arri&#232;re, position que je trouve plus favorable aux rapides allures. Mon guidon est droit et &#224; cintrage tr&#232;s court, j'ai deux multiplications 5m,60 et 2m,9O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime. &#8212; Absolument v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'admets les &#339;ufs et le poisson, aliment tr&#232;s l&#233;ger qui contient beaucoup de phosphore. Je suis ce r&#233;gime d&#233;j&#224; depuis deux ans et m'en trouve merveilleusement. L'esprit se fait de plus en plus lucide, le corps est presque devenu une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;quantit&#233; n&#233;gligeable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il n'existe pour ainsi dire pas. Toutefois je dois dire, par quelques exemples que j'ai autour de moi, que le v&#233;g&#233;tarisme ne para&#238;t pas convenir &#224; tous les temp&#233;raments. Le premier mois d'essai est particuli&#232;rement p&#233;nible. Je ne bois jamais de vin ni d'alcool et si par aventure il m'arrive de prendre un verre de vin &#233;tranger, je m'en repens toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime en marche. &#8212; Le matin &#224; 4 heures, deux tasses de caf&#233; noir tr&#232;s chaud, qui me permettent de faire 25 &#224; 30 kilom&#232;tres. Arr&#234;t ensuite d'une demi-heure pour prendre du caf&#233; au lait ou th&#233; au lait avec pain ou p&#226;tisseries. &#192; Midi, deux plats de l&#233;gumes ou &#339;ufs, fruits, caf&#233;. &#192; 4 heures fruits et pain ou lait chaud et brioches. Le soir &#224; d&#238;ner un plat de poisson, deux plats de l&#233;gumes, un entremets sucr&#233;, fruits et th&#233; bouillant &#8212; tr&#232;s peu de pain &#8212; je ne bois pas ou presque pas &#224; mes repas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En marche je surveille mon estomac autant que la route : rien d'aussi d&#233;primant qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui suffit souvent &#224; compromettre toute l'&#233;tape. Il faut dans les longues excursions faire patienter l'estomac &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; jusqu'au repas du soir. Vous avez ainsi toutes vos forces disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Hygi&#232;ne. &#8212; Se lever t&#244;t, se coucher de bonne heure. Le matin, &#224; d&#233;faut de tub, s'&#233;ponger tout le corps. En marche, si on a tr&#232;s chaud, immersion tr&#232;s froide et tr&#232;s rapide &#8212; une minute. &#8212; Le soir faire &#224; pied les derniers 500 m&#232;tres de l'&#233;tape, afin que la transition du mouvement et du repos soit moins brusque. Prendre en arrivant un bain tr&#232;s court ou une douche froide. Promener ensuite avant le d&#238;ner. Comme v&#234;tements laine ou flanelle, culottes ou pantalons en jersey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marche. &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; l'allure, 15 kilom&#232;tres en plaine. 8 &#224; 9 aux c&#244;tes, aussi vite que je le peux aux descentes que je connais : je ne contre-p&#233;dale pas et laisse mes jambes inertes, &#233;tant absolument s&#251;r de mes freins. Je ne force jamais et reste toujours en de&#231;&#224; de mes moyens. L&#224; est le secret des grandes &#233;tapes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;hasard de la vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m'ayant donn&#233; de nombreux loisirs, je &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; presque tout l'&#233;t&#233;, ce qui fait que je couvre annuellement de 10 &#224; 11.000 kilom&#232;tres : mon entra&#238;nement est donc continu.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis cycliste depuis six ans seulement, mais avant j'&#233;tais un touriste &#224; pied intr&#233;pide. Quant &#224; mon &#226;ge que M.&#160;le commandant Collet veut bien me demander &#8212; cet article est presque une confession &#8212; je n'&#233;prouve aucun embarras &#224; avouer que j'ai 48 ans, mais j'ajouterai que gr&#226;ce &#224; l'eau froide et au r&#233;gime suivi, j'ai toujours 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P.-S. Hier soir je lisais dans un journal :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les cyclistes, c'est ind&#233;niable, d&#233;pense beaucoup de force musculaire et doivent forc&#233;ment &#234;tre blind&#233;, si j'ose dire ainsi d'endurance. Or, il existe &#224; Londres un club de veloceman tr&#232;s connu dont tous les membres sans exception sont v&#233;g&#233;tariens, ne boivent que de l'eau, du lait ou du th&#233;, c'est le v&#233;g&#233;tarien cyclist Club. Il donnait derni&#232;rement un banquet et en t&#234;te se lisaient ces trois vers de Shelley : Que jamais plus le sang d'un oiseau ou d'une b&#234;te, Ne souille une f&#234;te humaine de son torrent empoisonn&#233;, Dont la fum&#233;e comme une accusation monte dans la puret&#233; des cieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dans le speech obligatoire du dessert, le pr&#233;sident &#8212; un docteur c&#233;l&#232;bre &#8212; &#233;num&#232;re les avantages de la temp&#233;rance et rappela judicieusement que les fameux athl&#232;tes de Rome et d'Ath&#232;nes, si puissant, si r&#233;sistant, vivaient &#224; l'entra&#238;nement de fruits secs, de froment, de laitage et d'huile.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (1) Je prie M.&#160;Roux, membre du Comit&#233; de la soci&#233;t&#233; v&#233;g&#233;tarienne de France, de vouloir bien consid&#233;rer cet article comme une r&#233;ponse &#224; l'aimable lettre qu'il m'a &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/despinassous.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH720/despinassous-aaff5.jpg?1788126846' width='500' height='720' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Croix-Haute (1902)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article186</link>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, revue mensuelle du Touring-Club de France, Juillet 1902&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me parait d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette a m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'avait laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une all&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 5oo m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse, le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement ou sa fantaisie le pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel. et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. A Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. - Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e. qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je - Rude, oui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre main, cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nullement, j'ai 6 m. 50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en est trop&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s un silence : Non&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. la vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand vous voudrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re A quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Yercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif&#160;: tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re poign&#233;e de mains, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPINASSOUS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profil Dolin :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/colcroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/colcroixhaute-4ae35.png?1788126846' width='500' height='138' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Couffourenc (1903)</title>
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		<dc:date>2024-10-02T10:55:47Z</dc:date>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Marthe Hesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il y a une dizaine d'ann&#233;es, j'abandonnai le tourisme &#224; pied pour les joies du cyclisme. Un habile cycliste d'Alais M.&#160;C., devenu aujourd'hui le plus intr&#233;pide des chauffeurs, guida mes premiers pas. Je montrais disait-il des dispositions &#233;tonnantes. En r&#233;alit&#233; je fus un &#233;l&#232;ve pitoyable et, comme les chevaliers malheureux dans les tournois, je mordis souvent la poussi&#232;re.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;Marthe Hesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le Cycliste, Octobre 1903&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;NOTES-DE-VOYAGE&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='NOTES-DE-VOYAGE'&gt;&#8212;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOTES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VOYAGE&lt;/span&gt; &#8212; &lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; &#224; l'h&#233;ro&#239;ne du Tourmalet,&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; Mademoiselle Marthe Hesse.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parti de Livron &#224; 4 heures, je ne suis arriv&#233; &#224; Die qu'&#224; midi. Pourquoi le dieu des touristes qui s'&#233;tait toujours comport&#233; envers moi en homme du monde, s'est-il aujourd'hui conduit en v&#233;ritable Apache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Huit heures pour faire 56 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que d'incidents, grands dieux, et pas un d'agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfants me jetant leurs cerceaux de fer dans mes rayons, chiens trop caressants, vieille sorci&#232;re zigzaguant et finissant par se jeter sous ma roue, &#233;crou perdu, montre oubli&#233;e dans ma chambre et me for&#231;ant &#224; retourner d'Allex &#224; Livron, poussi&#232;re &#233;paisse, chaleur atroce, rien ne m'a manqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marchant prudemment avec une roue branlante, je suis arriv&#233; &#224; Crest o&#249; j'ai pu r&#233;parer. Enfin &#224; midi je descends devant l'h&#244;tel des Alpes. Le d&#233;jeuner m'a fait oublier ces mis&#233;rables anicroches. Je suis parti &#224; une heure, sous un soleil implacable. Je m'arr&#234;te 10 minutes &#224; Luc. Je comptais y voir un disciple de Kuhne, exemple miraculeux de cette extraordinaire m&#233;thode. Je joue de malheur, il est &#224; Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 kilom&#232;tres apr&#232;s Luc, viaduc du Clap... Tr&#232;s joli site. La route s'insinue entre les gigantesques rochers de l'&#233;boulement du Clap. Chaque bloc a la grandeur d'une maison. Ils sont entass&#233;s dans un d&#233;sordre, un pittoresque incroyables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me rappelle dans des proportions infiniment plus grandes le moulin des pierres pr&#232;s de Ch&#226;tillon-de-Michaille. Apr&#232;s ce chaos, mont&#233;e et tunnel creus&#233; par les moines o&#249; se pr&#233;cipite la Dr&#244;me. Ensuite plaine mar&#233;cageuse, plate, longue, ennuyeuse comme un voyage en Sardaigne. J'arrive &#224; Beauri&#232;res. Impossible de trouver du lait. Une jeune femme au c&#339;ur compatissant, &#233;mue de ma d&#233;tresse m'en donne une tasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Beauri&#232;res commence la c&#244;te de 10 kilom&#232;tres qui me conduira au col de Cabres. Mont&#233;e monotone, fastidieuse, sol sablonneux et en plein soleil. Quelle sotte id&#233;e ont eue les ing&#233;nieurs d'y planter des peupliers d'Italie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait si simple d'y mettre des &#233;rables ou des noyers. Je domine le chemin de fer et ses nombreux tunnels. Dans l'un d'eux la voie tourne compl&#232;tement. Je pense au Gotthard et ne fais plus attention au paysage. J'aper&#231;ois enfin une chemin&#233;e qui fume furieusement. C'est le refuge. Pas de lait, pas de caf&#233;. Je tire mon &#233;tui &#224; cigarettes et fais comme la chemin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends &#224; toute allure sur la Baume. Pass&#233; ce village, la route est en pente douce jusqu'&#224; Saint-Pierre-d'Argenson. Je passe devant la villa mauresque de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dame myst&#233;rieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le vent s'est lev&#233; violent. Je ne donne pas un coup de p&#233;dale. Tout &#224; coup j'aper&#231;ois une mauvaise pancarte portant : passage dangereux &#224; 200 m. Je me m&#233;fie. C'est le plus horrible caniveau que j'aie jamais vu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La nuit c'&#233;tait la chute s&#251;re. Pour un automobile la fin certaine de ses ressorts. De Saint-Pierre &#224; Veynes courtes et rudes mont&#233;es. &#192; signaler le passage &#224; niveau de la Croix-St-Luc. On y arrive en descente rapide. La barri&#232;re est peinte en brun clair, ce qui la rend presque invisible. Il la faudrait blanche. J'aper&#231;ois enfin dans la nuit les feux de couleur de la gare de Veynes. Je descends au buffet de la gare. Les chambres sont vernies, les lits en cuivre, le d&#238;ner r&#233;parateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vallouise, h&#244;tel des &#201;crins, 21&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti de Veynes &#224; 5 heures. Il fait froid sur le plateau. &#192; la Roche, vue superbe sur les monts du D&#233;voluy. La route longe des marais. &#192; la Freyssinouse longue descente sur Gap. Admirable panorama. &#192; Gap, longue halte. Jusqu'&#224; Chorges route agr&#233;able, nombreuses ondulations. Arr&#234;t &#224; la fontaine de ce village. Le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; portant route &#224; &#233;viter est ridiculement plac&#233;. Tout chauffeur marchant rapidement ne peut le voir. Caus&#233; un instant avec un habitant fort pr&#233;venant : c'est le d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Je prends la route des Molettes et suis bient&#244;t sur les bords de la Durance. Jusqu'&#224; Savines lignes droites. Ensuite, route accident&#233;e. Par une derni&#232;re c&#244;te assez raide, j'arrive &#224; Embrun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les souvenirs du docteur Julliard, les miens, me poussent &#224; fuir les h&#244;tels de cette ville. Un gendarme habilement interrog&#233; m'indique un petit restaurant. Il est parfait. Je d&#238;ne avec une jeune et jolie institutrice venue pour un int&#233;rim. Apr&#232;s d&#233;jeuner je vais revoir la cath&#233;drale. Je ne d&#233;col&#232;re pas. Cette admirable &#233;glise b&#226;tie en pierres blanches et noires qui formaient certains dessins a &#233;t&#233; badigeonn&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De magnifiques boiseries noircies, jolies par le temps, ont &#233;t&#233; vernies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et partout abondent des fleurs artificielles, des feuilles dor&#233;es, des saints et saintes polychromes. C'est hideux. Je voudrais que tout cur&#233;, &#224; part son examen th&#233;ologique, pass&#226;t un examen artistique. Des merveilles comme la cath&#233;drale d'Embrun ne seraient pas ainsi d&#233;shonor&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est une heure. Que faire jusqu'&#224; deux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a plus rien &#224; voir. J'ouvre l'annuaire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Le d&#233;l&#233;gu&#233; est M.&#160;G. sous-pr&#233;fet. Allons voir le sous-pr&#233;fet. Je lui demanderai comme entr&#233;e en mati&#232;re un renseignement sur une route quelconque. S'il est touriste, nous nous entendrons fort bien. Il me racontera des histoires sur Embrun et raillera &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'administration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai remarqu&#233; qu'on avait un singulier plaisir &#224; dire du mal de son ma&#238;tre, et se moquer de son sup&#233;rieur a toujours &#233;t&#233; la joie et la compensation du subalterne. Je sonne donc &#224; la sous-pr&#233;fecture.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;G. demandai-je &#224; l'employ&#233; est-il chez lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Veuillez lui porter ma carte.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; L'employ&#233; me regarde avec &#233;tonnement, puis sourit largement.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;G. n'est plus ici. Il y a dix-huit mois qu'on lui a &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fendu l'oreille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me r&#233;pond-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas respectueux pour un marav&#233;dis cet employ&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais quel contentement il a d&#251; &#233;prouver &#224; me faire cette r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Embrun &#224; 2 heures. Superbe route. L&#233;g&#232;res mont&#233;es et agr&#233;ables descentes jusqu'&#224; Montdauphin. Ennuyeuse mont&#233;e de Saint-Cr&#233;pin. Remarqu&#233; &#224; la Roche le lac couleur d'&#233;meraude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; de la Durance, les ruines de Rame et la montagne rouge&#226;tre de Pallon. J'aper&#231;ois la mont&#233;e que je gravirai demain. Sa pente me para&#238;t formidable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la Bess&#233;e, rencontre d'un cur&#233; qui me demande l'heure du courrier de Vallouise. J'ouvre mon indicateur : &#8212; Quatre heures lui dis-je. La route d&#233;bute par une longue et dure mont&#233;e. J'aper&#231;ois la muraille des h&#233;ro&#239;ques Vaudois. Je dis, h&#233;ro&#239;ques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! car lorsqu'on se bat pour une id&#233;e ou une croyance et non pour un int&#233;r&#234;t, on l'est&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et mourir pour la libert&#233; de penser est une des plus nobles morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e finie, la route court en palier, dominant et suivant la Gyronde. &#192; gauche, le paysage est tr&#232;s vert et devient de plus en plus alpestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; fait 6 &#224; 8 kilom&#232;tres quand je croise un cantonnier. Sans m'arr&#234;ter je l'interpelle.
&lt;br /&gt;&#8212; Suis-je encore loin de Vallouise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Vous n'&#234;tes qu'&#224; un kilom&#232;tre de la ville aux petits hommes me r&#233;pond-il en &#233;clatant de rire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je, un cantonnier fac&#233;tieux et d'humeur plaisante, mais je ne compris sa plaisanterie que plus tard, en remarquant la taille minuscule des habitants de Vallouise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin un clocher pointe &#224; travers les arbres, je passe un pont et je mets pied &#224; terre devant l'h&#244;tel des &#201;crins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une rapide toilette je vais voir le cur&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;le cur&#233; ne rentrera qu'&#224; dix heures du soir me r&#233;pond une vieille domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rabats sur le juge de paix. Absent lui aussi. Je crois me rappeler que M.&#160;H. percepteur &#224; Vallouise est d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Erreur de m&#233;moire, j'ai confondu Vallouise avec un autre village. Je me pr&#233;sente &#224; la perception. M.&#160;H. est fort aimable. Malheureusement il ne sait rien n'&#233;tant ici que depuis peu. Il m'offre de me pr&#234;ter l'ouvrage de Whymper sur le Pelvoux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tr&#232;s curieux, me dit-il, et relatant toutes les vieilles coutumes du pays&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce livre a quarante ans de date, il ne doit plus &#234;tre exact.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais part &#224; M.&#160;H. de ma d&#233;convenue de n'avoir pu trouver le juge de paix chez lui.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais il joue aux boules devant la poste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me r&#233;pond-il. Venez sur le balcon, vous l'apercevrez faisant sa partie dans le pr&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Je remercie le percepteur et me dirige vers le pr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon approche, le juge de paix qui s'appr&#234;tait &#224; lancer sa boule retient son bras. Tr&#232;s maigre, de taille moyenne, il accuse 30 &#224; 35 ans.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;le juge de paix, lui dis-je, je me suis pr&#233;sent&#233; chez vous il y a une demi-heure. J'ai eu le regret de ne pas vous y trouver. Pourriez-vous, apr&#232;s votre partie, me donner quelques minutes d'entretien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tout de suite et non apr&#232;s ma partie, me r&#233;pond-il. Je suis &#224; vous. D'ailleurs cette partie est peu int&#233;ressante. (Il devait perdre &#233;videmment.) Voulez-vous que nous allions chez moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Ce n'est pas n&#233;cessaire. Promenons, si vous le voulez bien, sur ce chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons le jeu de boules, passons devant la poste et tout en marchant, je l'interroge sur la vall&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Vallouise, lui dis-je, est une des plus jolies vall&#233;es des Alpes. Elle a &#233;t&#233;, vous le savez, le th&#233;&#226;tre de cruelles et d'horribles luttes. L'h&#233;ro&#239;sme des Vaudois l'a &#224; jamais rendue c&#233;l&#232;bre. Mais ce n'est pas sur ces luttes que je d&#233;sire avoir des renseignements. Ici le souvenir en a p&#233;ri. Je voudrais savoir si les anciens usages fort curieux de Vallouise se sont conserv&#233;s jusqu'&#224; aujourd hui. Quelle est la mani&#232;re de vivre des montagnards&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les noces, les bapt&#234;mes, les fian&#231;ailles offrent-ils quelques traits de m&#339;urs particuliers &#224; cette vall&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le juge de paix qui m'&#233;coutait attentivement s'est arr&#234;t&#233;. Sa figure se rembrunit et devient soucieuse. Il me regarde fixement et, surmontant enfin un sentiment d'h&#233;sitation, me dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Ces questions, ces demandes, Monsieur, m'&#233;tonnent. Jamais un touriste, et il en vient beaucoup ici, ne me les avait adress&#233;es. Et quoique nous soyons en paix avec l'Italie, je d&#233;sirerais, avant de vous r&#233;pondre, savoir qui vous &#234;tes. Voudriez-vous me montrer vos papiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reste stup&#233;fait. Il y a largement de quoi. Mon premier mouvement est de tourner le dos &#224; ce vigilant magistrat de notre d&#233;licieux gouvernement. Le second, vu le caract&#232;re ridicule qu'auraient pu avoir les suites de mon refus &#8212; t&#233;l&#233;gramme au sous-pr&#233;fet annon&#231;ant l'habile arrestation d'un espion dangereux, entr&#233;e &#224; bicyclette &#224; Brian&#231;on entre deux gendarmes, etc., etc. &#8212; est de lui pr&#233;senter ma carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Tout de suite j'ai vu que l'incident se pr&#233;sentait mal. D'ailleurs il avait un c&#244;t&#233; d'op&#233;rette qui me d&#233;plaisait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le juge de paix lit attentivement ma carte au verso et au recto. Il me la rend en souriant aimablement.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vois que vous &#234;tes Fran&#231;ais, me dit-il. Je peux donc vous r&#233;pondre en toute franchise. Eh bien, Monsieur, Vallouise n'a conserv&#233; aucun des usages du pass&#233;, du moins que je sache. Il n'y a rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! absolument rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s m'&#234;tre ressaisi du profond ahurissement o&#249; cette int&#233;ressante communication m'avait plong&#233;, je remercie vivement le juge de paix et prends cong&#233; de lui. Je dois ajouter que nous nous s&#233;parons dans les meilleurs termes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je en rentrant &#224; l'h&#244;tel, une &#233;tonnante aventure. J'aurais compris, &#224; la rigueur, ces soup&#231;ons, si mes questions avaient port&#233; sur le nombre des chevaux, des mulets de la vall&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si je l'avais interrog&#233; sur les sentiers par lesquels on franchit les cols de l'Oisan ou du Valgaudemar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou encore sur les r&#233;serves de fourrages, le nombre des moutons, etc., etc. Mais sur des demandes touchant les m&#339;urs, flairer un espion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le cas est fabuleux. D&#233;cid&#233;ment Vallouise est bien gard&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Myst&#232;res de la pens&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourquoi &#224; ce moment ai-je entrevu de hautes murailles flanqu&#233;es de tours carr&#233;es et ai-je song&#233; au Capitole&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est six heures. Le d&#238;ner n'est que pour huit. Je monte jusqu'au Po&#235;t. Sur le chemin, je croise le cur&#233; rencontr&#233; &#224; la Bess&#233;e. Nous &#233;changeons quelques paroles. L'eau de la Gyronde me tente... de la glace pure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; huit heures je rentre &#224; l'h&#244;tel. Nous sommes quatre &#224; table : le cur&#233;, deux jeunes Marseillaises et moi. Le d&#238;ner est excellent. Des pommes de terre en sont le seul plat maigre. La faim aiguis&#233;e par le bain et l'air vif du soir, je donne le plus magistral coup de canif, que dis-je, de poignard, dans mon contrat v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je raconte au cur&#233; ma visite &#224; la cath&#233;drale d'Embrun. Il me para&#238;t un peu embarrass&#233; de ma sortie sur les saints peintur&#233;s de couleurs criardes. Il doit avoir au moins douze saints Antoine et six saintes Gertrude sur la conscience.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous parlez en artiste, me r&#233;pond-il, et la d&#233;votion malheureusement n'est pas leur fort. Je vous avouerai pourtant que dans certaines &#233;glises il y a abus. Mais que de gens, disons-mieux, toute la masse, trouveraient une &#233;glise d&#233;pouill&#233;e de ses ornements affreusement laide. Nous sommes des Latins, ne l'oubliez pas, et l'aust&#233;rit&#233; du nord nous para&#238;trait trop froide. Il faut que nos yeux, nos sens, vibrent dans une &#233;glise et cette &#233;motion nous pr&#233;pare au recueillement de la pri&#232;re. Ainsi parle le cur&#233;, peut-&#234;tre &#224; ce point de vue a-t-il raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le d&#238;ner la conversation se poursuit sur la terrasse. Les Marseillaises sont charmantes. Elles viennent d'Abri&#232;s. Le cur&#233; raconte qu'il a lou&#233; un mulet pour le conduire &#224; Ailefroide, il compte aller jusqu'au pr&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Carle. &#192; 9 heures poign&#233;e de main au cur&#233; et je me retire. Ma chambre est s&#251;rement celle d'un abb&#233;. Un prie-Dieu, de nombreux livres de pi&#233;t&#233;, des saintes aux c&#339;urs sanguinolents en sont de suffisants indices. Je feuillette quelques livres. Je tombe sur les &#339;uvres compl&#232;tes de Massillon, de Fl&#233;chier. Ce sont les &#233;ditions originales reli&#233;es en peau fauve du temps. J'ai perdu en route les journaux achet&#233;s, &#224; Embrun. Rien donc &#224; lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assis pr&#232;s de la fen&#234;tre, j'&#233;coute le bruit du torrent, un magnifique clair de lune illumine la vall&#233;e. Ma pens&#233;e revient en arri&#232;re et s'arr&#234;te &#224; ces malheureux Vaudois si atrocement pers&#233;cut&#233;s. J'&#233;voque ces luttes sans merci pour la libert&#233; de pens&#233;e, luttes fratricides qui, sous diff&#233;rentes formes, se continueront toujours ici-bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'admire ces h&#233;ros qui mouraient pour la libert&#233; de conscience, la premi&#232;re de nos libert&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les intelligences variant, naturellement les opinions, les croyances varient aussi, et vouloir courber tous les esprits sous un m&#234;me joug me para&#238;t folie et utopie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est plut&#244;t avec une indulgence faite de piti&#233; que je pense aux bourreaux de ces pauvres Vaudois. Nous ne pouvons les juger. Torqu&#233;mada lui-m&#234;me a pu &#234;tre sinc&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N.D.W.&#160;: Question que la litt&#233;rature du 19e se posait &#224; propos de la figure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et son &#339;uvre de feu et de sang, aux yeux de Dieu peut &#234;tre m&#233;ritoire. La sinc&#233;rit&#233;, voil&#224; la pierre de touche de nos actions. C'est par elle que nous serons jug&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nobles et malheureux Vaudois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et je revois le temps o&#249;, aux lueurs rouges de l'incendie qui d&#233;vorait leurs pauvres chaumi&#232;res, ils s'enfuyaient, traqu&#233;s dans les bois sombres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les vois, atteints, terrass&#233;s, frapp&#233;s par une rage aveugle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mourants, je les entends s'&#233;crier, levant leurs mains sanglantes vers le ciel : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;P&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! P&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pardonne-leur...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Serres, 22&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti de Vallouise &#224; 3 h. 30. L'h&#244;teli&#232;re s'&#233;tait lev&#233;e pour me pr&#233;parer du caf&#233; noir. Avant mon d&#233;part j'ai d&#251; signer sur un grand-livre. Je l'ai feuillet&#233; et y ai relev&#233; des noms connus. &#192; 5 heures je d&#233;jeune &#224; la Bess&#233;e dans une petite auberge sur la route, que je connais depuis longtemps. &#192; 6 h. 30 j'arrive pr&#232;s de la Roche. Je tourne &#224; droite, passe le pont de bois de la Durance et me voici devant la rampe de Pallon. Je n'ai jamais vu, hormis sur une certaine route d'Auvergne une pente pareille. Je mets 45 minutes pour gravir ces deux kilom&#232;tres. Halte au haut de la c&#244;te. Vue de toute beaut&#233;. J'aper&#231;ois au loin Vars dans ses prairies. La route est bord&#233;e de rochers &#233;normes. Leur coloration rouge vif est &#233;tonnante. Ce sont les roches de l'Esterel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures je suis &#224; Pallon. Je me fais faire du caf&#233; par le g&#233;rant d'un v&#233;ritable bazar. C'est d'ailleurs le seul magasin du village.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures et quart je frappe &#224; la porte de la maison de M.&#160;L... le p&#232;re d'un de mes amis, qui, je l'esp&#232;re, me documentera sur la vall&#233;e de Freyssini&#232;res. Il est malheureusement &#224; Gap et ne rentrera que ce soir. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L... que j'avais d&#233;j&#224; l'honneur de conna&#238;tre me re&#231;oit et me pr&#233;sente &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L... Je refuse une invitation &#224; d&#233;jeuner, &#233;tant ce soir attendu &#224; Serres.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est plut&#244;t une apparition qu'une visite, dis-je &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L., mais je n'ai pas voulu passer &#224; la Roche sans venir vous pr&#233;senter mes hommages.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous ne partirez pas, me r&#233;pond aimablement M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., avant d'avoir vu le Couffourenc. C'est une curiosit&#233; unique. Une heure nous suffira. Je vais mettre des souliers ferr&#233;s. Voulez-vous, en m'attendant, voir notre jardin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des souliers ferr&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jetai des regards inquiets sur mes minces souliers de cycliste. Un sort cruel s&#251;rement les attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allai dans le jardin. Un grand cerisier charg&#233; d'&#233;normes cerises, m&#251;res &#224; point, fut la premi&#232;re chose que je d&#233;couvris. Une &#233;chelle &#233;tait appuy&#233;e contre le tronc. Un v&#233;g&#233;tarien, a &#233;crit un touriste avec qui j'ai eu parfois de violents d&#233;m&#234;l&#233;s, a toujours vingt ans. &#192; ce moment je me rappelai cet aphorisme... Ces cerises &#233;taient d&#233;licieuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'admirais une magnifique corbeille de fleurs quand M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.. appara&#238;t.
&lt;br /&gt;&#8212; Voici, me dit-elle, une canne de ch&#234;ne, et maintenant suivez-moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Traversant des champs, des landes, nous arrivons bient&#244;t sur le bord d'un effroyable ab&#238;me au fond duquel mugissait et grondait un torrent.
&lt;br /&gt;&#8212; Voil&#224; le Couffourenc, me dit M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., mais pour le bien voir, il nous faut y descendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regarde les parois presque perpendiculaires :
&lt;br /&gt;&#8212; Descendre l&#224;, Mademoiselle, une ch&#232;vre reculerait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Effet d'optique, suivez-moi toujours, Monsieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., agile et l&#233;g&#232;re, s'&#233;lance sur les &#233;boulis. Son pied s&#251;r et aguerri les effleure &#224; peine, elle ne descend pas, elle glisse vers le gouffre b&#233;ant. Je m'&#233;lance &#224; mon tour sur ces pentes vertigineuses, je me cramponne aux rochers, aux rares buissons, aux moindres touffes d'herbe, et de bond en bond, de glissade en glissade, j'arrive au fond du gouffre, tout &#233;tonn&#233; d'y &#234;tre avec mes quatre membres intacts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons la Biaisse sur un sentier glissant, souvent interrompu. Escaladant une roche, je passe sur un petit pont de bois jet&#233; sur le torrent. L&#224; le tableau est f&#233;erique.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais au fond d'une gorge d&#233;chir&#233;e, d'un pittoresque, d'une sauvagerie fantastiques. D'une hauteur de plus de cent m&#232;tres, ses abruptes parois tr&#232;s rapproch&#233;es surplombaient dans le haut, ne laissant entre elles qu'une &#233;troite fente par o&#249; s'apercevait le ciel. On aurait dit le vaisseau d'une immense cath&#233;drale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gigantesques parois &#233;taient rev&#234;tues de couleurs prodigieuses. Il y avait des rouges ardents, des carmins, des violets, des lilas, toute la gamme des jaunes, du bistre, du noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et sur ces teintes violentes, &#233;clatantes, se d&#233;tachaient des guirlandes, des bouquets de verdure. Des arbustes s'accrochaient aux moindres anfractuosit&#233;s, croissant m&#234;me au sommet de la vo&#251;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le torrent, d'un vert glauque, se ruait dans sa course furieuse sur les &#233;normes blocs qui obstruaient son lit, les couvrant d'&#233;cume resplendissante. Il s'&#233;chappait en bondissant d'une grotte obscure, myst&#233;rieuse, d'o&#249; l'on ne pouvait approcher.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tr&#232;s haut, du fa&#238;te de ces farouches escarpements, se pr&#233;cipitait une mince chute d'eau. Le soleil l'&#233;clairait, l'irisait, et elle faisait l'effet d'une merveilleuse cascade lumineuse se brisant en poussi&#232;re multicolore.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une d&#233;bauche, une orgie de couleurs heurt&#233;es, puissantes, mais s'enharmonisant dans un ensemble d'une indescriptible beaut&#233;. Sur le pont de bois lngresse se serait suicid&#233;, mais Delacroix aurait &#233;t&#233; en extase.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est admirable, dis-je &#224; Mademoiselle L..., et je ne sais comment vous remercier d'avoir bien voulu me faire conna&#238;tre le Couffourenc. Je n'ai jamais rien vu de pareil. Voyez, Mademoiselle, comme ces hautes roches d'un rouge si vif sont illumin&#233;es par le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles flamboient sous ses rayons. Remarquez combien, &#224; c&#244;t&#233; de ces &#233;clats rutilants, ces noirs paraissent sinistres dans l'ombre, et ces rouges sataniques. En v&#233;rit&#233;, si j'&#233;tais peintre, je ne repr&#233;senterais pas autrement un d&#233;fil&#233; de l'enfer.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous auriez tort. Monsieur, me r&#233;pondit en souriant Mademoiselle L..., puisque un coin du ciel se voit encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e ou plut&#244;t la grimp&#233;e fut p&#233;nible. &#192; chaque instant une glissade, un &#233;boulement me faisaient perdre la hauteur conquise. Enfin je me hisse au haut du gouffre et remonte &#224; Pallon. Je prends cong&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;et de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L... et je me remets en route24 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t me voici devant la descente de la Roche et pour la premi&#232;re fois, dans ma vie de touriste, j'h&#233;site, disons le mot, j'ai peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pas avoir peur, c'est la plupart du temps ne pas croire au danger et dans ces conditions on peut sans aucun m&#233;rite faire preuve d'un courage, d'une t&#233;m&#233;rit&#233; surprenants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Daudet, dans Tartarin sur les Alpes a tr&#232;s bien observ&#233; et analys&#233; ce sentiment. Qui ne se rappelle le m&#233;morable entretien sur l'Axenstrasse de Tartarin et de Bompard, o&#249; ce dernier r&#233;v&#232;le que la Suisse est enti&#232;rement truqu&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? De danger il n'en existait nulle part. Tous les cas &#233;taient pr&#233;vus. Aussi Tartarin ne croyant pas au danger fait-il preuve dans son ascension &#224; la Jungfrau d'un courage h&#233;ro&#239;que, stup&#233;fiant d'admiration ses trois guides.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'observation est tr&#232;s exacte. J'ai eu l'occasion de l'&#233;tudier sur moi-m&#234;me. Il y a une dizaine d'ann&#233;es, j'abandonnai le tourisme &#224; pied pour les joies du cyclisme. Un habile cycliste d'Alais M.&#160;C., devenu aujourd'hui le plus intr&#233;pide des chauffeurs, guida mes premiers pas. Je montrais disait-il des dispositions &#233;tonnantes. En r&#233;alit&#233; je fus un &#233;l&#232;ve pitoyable et, comme les chevaliers malheureux dans les tournois, je mordis souvent la poussi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aimable touriste voulut bien m'aider dans le choix d'une bicyclette. Bien plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il la choisit lui-m&#234;me. C'&#233;tait une machine anglaise Eadie, d&#233;veloppant 4m,65.
&lt;br /&gt;&#8212; Je l'ai choisie sans frein, me dit-il. Un frein g&#226;terait ses lignes impeccables. Regardez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quelle puret&#233; de dessin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d'ailleurs un cycliste qui se respecte ne s'en sert jamais. Rien n'est plus vulgaire. Il a recours uniquement au bout de son pied qu'il appuie l&#233;g&#232;rement sur le bandage de la roue avant. Cette pratique apprise, le danger n'existe plus et vous pourrez vous risquer partout. Je vous en r&#233;ponds absolument.
&lt;br /&gt;&#8212; Ne g&#226;tons pas ces lignes, r&#233;pondis-je, ce serait vraiment dommage, et respectons leur puret&#233;. De plus j'ai aussi le respect de moi-m&#234;me. Vous avez donc sagement agi en supprimant ce ridicule accessoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et s&#251;r de moi, apr&#232;s une quinzaine d'essais, ne croyant pas au danger, je partis pour les Hautes-Alpes. J'allai &#224; Lettret pr&#232;s de Tallard et je revins par le col Bayard et la Mure. La descente de Laye malgr&#233; sa pente se fit admirablement et je rendis hommage &#224; la sagesse et &#224; la science de mon Mentor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle superfluit&#233; que le frein me disais-je et quelle heureuse id&#233;e de le supprimer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jetais des regards de piti&#233; sur les touristes dont les machines en &#233;taient munies.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente des &#201;gats fut moins admirable et le tournant &#224; angle aigu faillit m'&#234;tre fatal. J'accusai un instant de distraction. Le lendemain, j'abordai la descente de Laffrey d'un c&#339;ur l&#233;ger et j'arrivai &#224; Vizille le dessous du brodequin compl&#232;tement us&#233;. Comme compensation, le bottier chez qui j'achetai des chaussures me parut enthousiasm&#233; par la puissance et la simplicit&#233; h&#233;ro&#239;que de ce frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, je connais le danger et, gr&#226;ce &#224; mes deux freins, je passe &#224; peu pr&#232;s partout. Eh bien, malgr&#233; ces deux freins, aujourd'hui j'h&#233;site. Cette descente de deux kilom&#232;tres presque en ligne droite a une pente invraisemblable et aboutit &#224; la Durance faisant un angle droit avec le pont. &#192; droite, des pentes de 50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'une hauteur de 300 m&#232;tres. Je n'h&#233;site plus. Je mets pied &#224; terre et la pente est si forte, que pour ne pas &#234;tre entra&#238;n&#233; par ma machine, je dois serrer continuellement le frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; sur la grande route, je marche tr&#232;s rapidement. Le vent m'est favorable. &#192; midi je descends &#224; une petite auberge situ&#233;e &#224; deux pas de la gare de Montdauphin. Quelles &#233;tudes de m&#339;urs on pourrait y faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Impossible de r&#234;ver un caract&#232;re plus ex&#233;crable, plus infernal, que celui de la jeune h&#244;teli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je prends le caf&#233; sous la tonnelle et je cause avec un employ&#233; de la gare. Il fait tr&#232;s chaud et le vent soul&#232;ve des tourbillons de poussi&#232;re sur la route.
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; votre place, me dit-il, je prendrais le train jusqu'&#224; Gap et, la grosse chaleur pass&#233;e, je remonterais &#224; bicyclette.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous parlez d'or, r&#233;pondis-je, et vous avez lu dans ma pens&#233;e et &#224; 2 heures le m&#234;me employ&#233; me donne un billet pour Gap. De mon vagon je suis la route ensoleill&#233;e dont cette heureuse id&#233;e m'a pr&#233;serv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive &#224; Gap &#224; 3h. 40. Je repars &#224; 6 heures. Je monte lentement la c&#244;te de la Freyssinouse. Ensuite rapide allure jusqu'&#224; Veynes o&#249; je m'arr&#234;te quelques minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur a enfin disparu. La fra&#238;cheur du soir est fort agr&#233;able. Le soleil vient de se coucher et les hautes montagnes ont encore leurs cimes, &#233;clair&#233;es. Tout le couchant est embras&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je pense &#224; ces admirables vers du plus grand des po&#232;tes cyclistes :&lt;br class='autobr' /&gt;
..... beaux soirs aux horizons sauvages &lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; sur les monts vermeils on voit mourir de l'or&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rectificatif paru dans Le Cycliste de Novembre 1903 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon r&#233;cit sur le Couffourenc (Cycliste du 31&#160;octobre 1903) j'ai commis une erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la foi d'un habitant de la Roche j'ai indiqu&#233; le chemin des ruines de Rame comme conduisant au Couffourenc, alors qu'il n'existe que celui de Pallon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le touriste devra donc se r&#233;signer &#224; monter la dure c&#244;te. J'ai grand peur que les r&#233;tro elles-m&#234;mes &#8212; surtout les r&#233;tro devrais-je dire &#8212; ne s'y brisent les dents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je recommande la visite du Couffourenc (de 8 &#224; 10 heures du matin) aux touristes peintres et aquarellistes. Comme couleur, pittoresque, sauvagerie, le Couffourenc est unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;N.D.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;W.&#160;: Question que la litt&#233;rature du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; se posait &#224; propos de la figure de l'inquisiteur, voir&#160;&lt;i&gt;Torquemada&lt;/i&gt; de Victor Hugo (1882), et&#160;&lt;i&gt;Le Grand Inquisiteur&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, r&#233;cit pr&#233;sent dans Les fr&#232;res karamazov (1880).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;e pascale 1913</title>
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		<dc:date>2024-05-22T07:35:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, R&#233;trospective 1913&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;ques tombant le 24&#160;mars, tout allait bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le 23 fut un jour &#224; ne pas mettre un chien dehors... Et nous ne f&#251;mes que trois, le dimanche matin, &#224; 3 heures. Il pleuvait encore comme il avait plu toute la nuit, comme il allait pleuvoir tout le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;cidons de retarder le d&#233;part jusqu'&#224; 6 h, d'autant plus qu'un boyau avait rendu l'&#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous r&#233;int&#233;grons les bureaux du Cycliste.. &#192; 6 h il pleut toujours... j'endosse mon caoutchouc &#8212; que je ne quitterai que ce soir &#224; 18 h, &#224; l'H&#244;tel Blanc, &#224; Loriol &#8212; et en route. Mes deux compagnons, deux jeunes et vaillants cyclotouristes parisiens, sont pitoyablement mont&#233;s pour affronter le mauvais temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont des machines &#224; boyaux, pas de garde-boue, un bagage r&#233;duit au strict minimum, trois vitesses par cha&#238;ne flottante &#8212; le pire des changements de vitesse dans ces conditions du fait de la projection de la boue sur une cha&#238;ne d&#233;tendue. J'avais aussi le m&#234;me changement de vitesse par cha&#238;ne flottante qui, gr&#226;ce &#224; mon garde-boue, ne m'a pas jou&#233; de vilains tours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme quoi il faut que tout perfectionnement soit entour&#233; des pr&#233;cautions qui lui sont indispensables et prot&#233;g&#233; contre ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une premi&#232;re fois &#224; la R&#233;publique autour d'un lait chaud qui fut le bienvenu, et nous allions repartir quand nous voyons arriver, venant de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, notre but imm&#233;diat, un randonneur st&#233;phanois dont la bicyclette est couverte d'une belle couche de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais d'o&#249; sortez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; avez-vous trouv&#233; tant de neige, alors qu'ici nous n'avons que de la pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;crie-t-il, de l'autre c&#244;t&#233; de la montagne, o&#249; je m'attendais &#224; voir le soleil, je n'ai rencontr&#233; qu'une brume &#233;paisse et une neige aveuglante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai lutt&#233; jusqu'&#224; Bourg-Argental, et je rentre d&#233;courag&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien envie d'en faire autant, mais je c&#232;de &#224; l'enthousiasme de mes compagnons, enchant&#233;s de cette occasion, rare pour eux, de voir la montagne sous la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et certes ils ne furent pas d&#233;&#231;us. Les bois &#233;taient superbes sous leur manteau, et la terre &#233;tait, &#224; perte de vue, couverte de dix centim&#232;tres de neige, dans laquelle nous roulions tr&#232;s doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R... filait devant quand un des boyaux de Cl... se d&#233;collant, nous obligea &#224; nous arr&#234;ter un bon quart d'heure, dans une ferme, pour remplacer le chatterton. Il faut remplacer ce ruban toutes les fois que l'on change de boyau et Cl..., le matin m&#234;me, avait n&#233;glig&#233; de le faire, si bien que son boyau glissa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu &#224; peu, il commen&#231;a &#224; former hernie pr&#232;s de la valve. C'est l&#224; une pr&#233;caution &#224; ne pas n&#233;gliger et que doivent prendre tous ceux qui viennent au boyau, sinon ils s'exposeraient &#224; quelque accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une seconde fois &#224; Bourg-Argental, puis une nouvelle fois encore &#224; la bifurcation de Boulieu, car &#224; la descente, sous la pluie et dans la boue, de moment en moment plus &#233;paisse, on p&#233;dalait un peu en &#233;go&#239;ste. Nous navigu&#226;mes alors de compagnie, sans &#234;tre en aucune fa&#231;on g&#234;n&#233;s par les cyclistes ou par les autos jusqu'&#224; Andance, o&#249; le passage &#224; niveau ferm&#233; nous arr&#234;ta quelques minutes &#224; dix heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Saint-Jean-de-Muzols, o&#249; un beau clou dans un coll&#233; de Cl... arr&#234;ta mes deux compagnons, qui n'all&#232;rent ensuite pas au-del&#224; de Valence... et bien ils firent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout hasard, avant de prendre cong&#233;, je leur explique que si, dans le vrai Midi, c'est-&#224;-dire apr&#232;s Donz&#232;re, je trouve le soleil, j'irai directement aux Baux, H&#244;tel de la Reine Jeanne, o&#249; je les attendrai jusqu'&#224; 22 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais que si le temps, l&#224;-bas, est aussi mauvais qu'ici, je reviendrai sur mes pas jusqu'&#224; ce que je les rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, d&#233;pouillant la mentalit&#233; du randonneur par plaisir, j'endosse celle du randonneur par hygi&#232;ne, et cela suffit pour que de morose, je redevienne gai et que je rep&#233;dale avec plus d'entrain que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais emport&#233; deux cents grammes de pain complet, que je croquai lentement en mastiquant conscencieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Valence, j'achetai deux cent cinquante grammes de dattes et deux bananes avec quoi je m'alimentai jusqu'au soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Livron, &#224; Loriol, il pleut encore, puis j'ai un moment d'espoir, le ciel est moins charg&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Mont&#233;limar, la pluie cesse et le mistral commence &#224; pousser vigoureusement, si bien qu'en trente-cinq minutes, j'enl&#232;ve les quatorze kilom&#232;tres &#8212; dont trois de mont&#233;e &#8212; qui me s&#233;parent de Donz&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une ligne de d&#233;marcation, tr&#232;s nette, entre la partie haute et la partie basse de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, et l'on a souvent constat&#233; que beau temps en de&#231;&#224; des collines que le fleuve a &#233;ventr&#233;es entre Ch&#226;teauneuf et Viviers, signifie mauvais temps au-del&#224;. Aussi m'attendais-je presque &#224; voir le soleil &#224; Donz&#232;re, or je vis, ou pour mieux dire, j'y re&#231;us une averse torrentielle, et aussi loin que les regards pouvaient porter on n'apercevait, sur tout le Midi, que brumes, nuages et horizons z&#233;br&#233;s par la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'h&#233;sitation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les abonn&#233;s du Cycliste qui avaient bien voulu m'annoncer qu'ils se joindraient &#224; notre caravane n'ont pas d&#251; se d&#233;ranger &#224; cause du temps aussi mauvais chez eux que chez nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est d'ailleurs 15 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tournons bride et rentrons. Je gravis non sans peine, sur une petite vitesse, ce que je venais de d&#233;valer en roue libre, &#224; quarante &#224; l'heure, puis je pla&#231;ai ma cha&#238;ne sur la moyenne vitesse et j'arrivai &#224; Loriol &#224; 18 h. Trente-six kilom&#232;tres en trois heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mistral n'est pas un mince adversaire et, par surcro&#238;t, la pluie faisait son apparition de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passai dans un bon lit de l'H&#244;tel Blanc, la nuit que je m'&#233;tais propos&#233; de passer au clair de lune, et l'hygi&#232;ne y trouva sans doute son compte, car jamais je ne p&#233;dalai avec autant d'entrain et de plaisir que le lendemain pour rentrer de Loriol &#224; Saint-&#201;tienne, o&#249; j'arrivais &#224; 15 h, avec exactement trois cents kilom&#232;tres de plus &#224; l'actif de ma cha&#238;ne flottante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faible, en tant que randonn&#233;e, mais en tant que promenade hygi&#233;nique, c'est parfait, et je classe mon excursion pascale de 1913 parmi celles dont on se souvient longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai d'ailleurs gagn&#233; quelque exp&#233;rience du point de vue du bagage &#224; emporter pour une randonn&#233;e de deux ou trois jours. Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air. Je regrettai seulement, &#224; cause de la pluie, de n'avoir pas emport&#233; mes jambi&#232;res caoutchout&#233;es. Simplifions et all&#233;geons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Velocio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH129/velociosignature-6fd5d.jpg?1788126846' width='500' height='129' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-209 '&gt;&lt;strong&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-209 '&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-209 '&gt;source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per 1328_3
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Excursion du cycliste (1903)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article121</link>
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		<dc:date>2024-05-22T07:35:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il me para&#238;t important que l'on sache bien, que l'on proclame tr&#232;s haut, que la bicyclette moderne permet de se d&#233;placer tout aussi bien que l'automobile, sans fatigue normale, mais &#224; tr&#232;s peu de frais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'un cycliste v&#233;g&#233;tarien peut aller de Lyon &#224; Marseille le premier jour, de Marseille &#224; Nice le lendemain en d&#233;pensant &#224; peine un centime par kilom&#232;tre, revenir en deux autres journ&#233;es, et sans plus de d&#233;penses, par Digne, &#224; son point de d&#233;part&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Velocio, Le cycliste, Ann&#233;e 1903, republi&#233; en 1953, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1166 en janvier et 1.387 en f&#233;vrier, cela fait un total de 2.553 kilom&#232;tres pour les deux premiers mois de l'ann&#233;e, &#224; valoir sur les vingt mille dont je me suis promis de couronner le col de mon existence, la cinquanti&#232;me ann&#233;e &#233;tant, de l'avis g&#233;n&#233;ral, le point culminant de la vie, apr&#232;s lequel on d&#233;gringole plus vite, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'on n'a grimp&#233;, malgr&#233; tous les freins sur jante, &#224; tambour ou &#224; patins.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; vrai dire, de ces 2.553 kilom&#232;tres peu ont &#233;t&#233; int&#233;ressants au point de vue cyclotouriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les jours sont encore trop courts pour permettre les envol&#233;es &#224; longue distance, et il s'agit plut&#244;t, &#224; cette &#233;poque de l'ann&#233;e, de se pr&#233;parer, par un entra&#238;nement progressif, aux grandes excursions du printemps et de l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, je rel&#232;ve sur mon carnet de route quelques bonnes randonn&#233;es dominicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25&#160;janvier, 220 kilom&#232;tres en Forez o&#249; les routes et le temps &#233;taient parfaits et en Roannais o&#249; la boue et le brouillard me g&#234;n&#232;rent beaucoup&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8&#160;f&#233;vrier, 178 kilom&#232;tres, de 6 h. 30 &#224; 17 heures, de Saint-&#201;tienne &#224; Tarare, Pin-Bouchain, Saint-Symphorien, L'H&#244;pital, Neulise et retour. Le passage du col de la Croix de Signy dans la neige, et la descente sur Tarare contrari&#233;e par des empierrements et des r&#233;sidus de cong&#232;res o&#249; la neige, la glace et la boue congel&#233;e nous mena&#231;aient de d&#233;rapages comme celui qui, le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier, m'avait mis si mal en point. Excursion fort agr&#233;able, n&#233;anmoins, par l'impr&#233;vu de sites que nous ne connaissions pas sous ce nouvel aspect. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15&#160;f&#233;vrier, 260 kilom&#232;tres, de 4 h. &#224; 17 h. 30, de Saint-&#201;tienne &#224; Digoin et retour par Roanne et Saint-Jean. Temps froid et brumeux, gr&#233;sil et pluie de temps &#224; autre, mais routes g&#233;n&#233;ralement bonnes. Par contre, paysage peu s&#233;duisant, surtout apr&#232;s Roanne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Marcigny &#224; Saint-Jean, interminable ligne droite avec l&#233;g&#232;res ondulations, tr&#232;s monotone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette excursion &#233;tait en m&#234;me temps une d&#233;monstration sur le terrain, comme nous serons appel&#233; &#224; en faire souvent cette ann&#233;e pour convaincre les cyclotouristes sinc&#232;res de la sup&#233;riorit&#233; des bicyclettes de 20 kilos polymultipli&#233;es &#224; gros pneus, roue libre et freins puissants, sur les monomultipli&#233;es de 10 kilos &#224; pneus minuscules, &#224; roue serve et sans frein. Nous &#233;tions partis quatre : deux dix kilos et deux vingt kilos. Avant d'arriver &#224; Roanne, la d&#233;monstration &#233;tait faite : en plat, &#224; la mont&#233;e et &#224; la descente, les dix kilos &#233;taient battus et avouaient qu'ils ne comprenaient pas qu'avec des camions comme les n&#244;tres on p&#251;t enlever les rampes &#224; 25 &#224; l'heure. Quand ils auront essay&#233;, ils comprendront : car ce que nous faisons, je pr&#233;tends que tous les cyclistes bien portants, sobres v&#233;g&#233;tariens, outill&#233;s comme nous le sommes, peuvent le faire. La question de l'alimentation a de l'importance, surtout au point de vue de l'endurance, de la dur&#233;e de l'effort, mais non au point de vue de l'effort par lui-m&#234;me qui, pendant une demi-journ&#233;e, peut fort bien conserver la m&#234;me intensit&#233; chez un cr&#233;ophage et chez un v&#233;g&#233;tarien. On ne s'aper&#231;oit nettement de la diff&#233;rence entre ces deux r&#233;gimes alimentaires qu'apr&#232;s le d&#233;jeuner. Les cr&#233;ophages sont alors incapables de tenir t&#234;te aux v&#233;g&#233;tariens que la digestion n'incommode en aucune fa&#231;on. Que s'ils persistent en faisant appel &#224; toute leur &#233;nergie, le lendemain ils sont s&#251;rement claqu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour tous ceux qui ont voulu sinc&#232;rement se rendre compte, ce sont l&#224; d&#233;sormais des v&#233;rit&#233;s incontestables. Quant aux autres, nous nous tenons &#224; leur disposition pour le leur prouver sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22&#160;f&#233;vrier, 235 kilom&#232;tres, de 5 h. 30 &#224; 18 h. 30, Saint-&#201;tienne au col des Echarmeaux par l'Arbresle. Tr&#232;s jolie promenade favoris&#233;e par un temps splendide, une v&#233;ritable journ&#233;e de printemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'avions pu avertir &#224; temps nos amis du Rh&#244;ne et de Sa&#244;ne-et-Loire que nous avons l'habitude de rencontrer l&#224;-haut, mais nous y retournerons d&#232;s que les buissons auront reverdi. Mon unique compagnon fut ce jour-l&#224; un jeune cycliste le 20 ans, d'apparence plut&#244;t fr&#234;le, qui n'avait en fait d'entra&#238;nement depuis le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier que 300 kilom&#232;tres &#224; son actif et qui p&#251;t suivre, malgr&#233; elle, un train soutenu de 24 &#224; l'heure jusqu'&#224; l'Arbresle, o&#249; nous passions &#224; 8 h. 1/2 (72 kilom&#232;tres en 3 heures petits arr&#234;ts compris). Cet exemple vient corroborer mon assertion de tout &#224; l'heure, que tous les cyclistes sont capables de faire ce que nous faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;ristique de nos excursions para&#238;t devoir &#234;tre, cette ann&#233;e, un train de route tr&#232;s vif. L'allure moyenne, tous les arr&#234;ts compris, est souvent de 20 &#224; l'heure et ne descend jamais au-dessous de 18, cela signifie que la partie transport qui pr&#233;c&#232;de et qui suit la partie excursion proprement dite est n&#233;goci&#233;e &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure en pays moyennement accident&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me dissimule pas que beaucoup de lecteurs du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vont, en lisant ceci, hausser les &#233;paules et s'&#233;crier : &#192; quoi bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Oui, &#224; quoi bon filer &#224; de telles allures et s'imposer des &#233;tapes de 250 &#224; 300 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; r&#233;pondu maintes fois &#224; cette objection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'efforce de d&#233;montrer par le fait les possibilit&#233;s de la bicyclette, outil de locomotion, moyen de tourisme &#224; la port&#233;e de toutes les classes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moins fortun&#233;s pouvant, gr&#226;ce &#224; elle, se procurer des plaisirs qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, ont &#233;t&#233; l'apanage des riches, les plus fortun&#233;s acqu&#233;rant ou conservant, gr&#226;ce &#224; elle, la sant&#233; qui est surtout, aujourd'hui, l'apanage des pauvres : voil&#224; la justification de mes efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t important que l'on sache bien, que l'on proclame tr&#232;s haut, que la bicyclette moderne permet de se d&#233;placer tout aussi bien que l'automobile, sans fatigue normale, mais &#224; tr&#232;s peu de frais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'un cycliste v&#233;g&#233;tarien peut aller de Lyon &#224; Marseille le premier jour, de Marseille &#224; Nice le lendemain en d&#233;pensant &#224; peine un centime par kilom&#232;tre, revenir en deux autres journ&#233;es, et sans plus de d&#233;penses, par Digne, &#224; son point de d&#233;part. Quelle plus agr&#233;able et plus hygi&#233;nique fa&#231;on de passer huit jours de cong&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le plus modeste fonctionnaire, le surnum&#233;raire le moins appoint&#233;, l'employ&#233; &#224; 150 francs par mois et l'ouvrier &#224; cent sous par jour ont ainsi &#224; leurs port&#233;es des jouissances morales et mat&#233;rielles que les classes fortun&#233;es ont seules go&#251;t&#233;es jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'adresse pas &#224; tous les hommes indistinctement, il en est d'ind&#233;crottables, d'enlis&#233;s jusqu'au menton dans les habitudes funestes contract&#233;es d&#232;s l'adolescence, entr&#233;es avec l'&#226;ge jusque dans la moelle, qui les vouent &#224; toutes les maladies, hontes de l'humanit&#233;, que la civilisation, en d&#233;pit des progr&#232;s de la science, aggrave et multiplie d'ann&#233;e en ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'adresse &#224; ceux qui ont assez d'&#233;nergie pour remonter le courant, pour rompre carr&#233;ment en visi&#232;re avec les pr&#233;jug&#233;s qui gouvernent le monde et pour revenir &#224; la vie simple, exempte des besoins factices dont tant d'hommes sont aujourd'hui esclaves et victimes. A ce point de vue &#233;lev&#233;, la bicyclette n'est pas seulement un outil de locomotion, elle devient encore un moyen d'&#233;mancipation, une arme de d&#233;livrance, elle lib&#232;re l'esprit et le corps des inqui&#233;tudes morales, des infirmit&#233;s physiques que l'existence moderne, toute d'ostentation, de convention, d'hypocrisie, o&#249; para&#238;tre est tout, &#234;tre n'&#233;tant rien, suscite, d&#233;veloppe, entretient au grand d&#233;triment de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que nos randonn&#233;es, de 300 kilom&#232;tres n'emp&#234;chent pas de dormir les cyclotouristes qui s'estiment satisfaits d'&#233;tapes moindres de moiti&#233;. Ce n'est point de notre part une question d'amour-propre, ainsi que des esprits &#233;troits ont voulu l'insinuer. Nous nous effor&#231;ons simplement de faire une bonne fois la preuve de nos assertions, de rendre acquis et indiscutable ce fait important que tout homme de 20 &#224; 50 ans, peut-&#234;tre m&#234;me &#224; 60 ans, peut sans fatigue anormale se d&#233;placer pour son plaisir, pour ses affaires ou pour sa sant&#233;, &#224; raison de 200 &#224; 250 kilom&#232;tres par jour, avec &#231;a et l&#224; des &#233;tapes, &#233;ventuelles de 300 &#224; 350 kilom&#232;tres en 24 heures, &#224; la condition d'&#234;tre mont&#233; comme nous le sommes et aliment&#233; comme nous nous alimentons. Ces d&#233;placements peuvent, dans ces conditions, s'effectuer &#224; tr&#232;s peu de frais, &#224; si peu de frais que personne ne saurait valablement objecter l'insuffisance de ses ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptation du moteur humain &#224; la bicyclette devenant d'ann&#233;e en ann&#233;e plus parfaite il est fort probable que les chiffres ci-dessus seront dans dix ans, dans vingt ans, consid&#233;rablement augment&#233;s, quand les enfants d'aujourd'hui seront devenus hommes, que le r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien aura rendu &#224; l'organisme sa puissance des &#226;ges primitifs et que nos machines auront &#233;t&#233; encore perfectionn&#233;es, mais il ne faut pas tout attendre de la perfection de l'outil, il faut que l'artisan se perfectionne &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un raid de 600 km &#224; bicyclette (1900)</title>
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		<dc:date>2022-09-27T07:58:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Est-ce du tourisme, est-ce du sport, ou bien est-ce simplement un peu fou, que d'aller de Saint-&#201;tienne &#224; Marseille et en revenir en deux jours et demi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera ce que l'on voudra, mais, ce faisant, je me suis fourni une preuve dont j'avais besoin, en faveur des bicyclettes polymultipli&#233;es et de l'alimentation strictement v&#233;g&#233;tarienne.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1900, p.105 &#224; 114, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce du tourisme, est-ce du sport, ou bien est-ce simplement un peu fou, que d'aller de Saint-&#201;tienne &#224; Marseille et en revenir en deux jours et demi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera ce que l'on voudra, mais, ce faisant, je me suis fourni une preuve dont j'avais besoin, en faveur des bicyclettes polymultipli&#233;es et de l'alimentation strictement v&#233;g&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne veux exposer ici que les grandes lignes de ce voyage &#224; toute vitesse, en les entourant, en guise de sauce, de consid&#233;rations vari&#233;es sur ces deux perfectionnements, l'un m&#233;canique et l'autre physiologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La veille, mes affaires m'ayant appel&#233; &#224; Roanne, je fis, pour m'aff&#251;ter les muscles, le trajet entier aller et retour (170 kilom&#232;tres) &#224; bicyclette, et nous part&#238;mes, samedi 17&#160;mars, &#224; midi et quart, de Saint-&#201;tienne pour Marseille, avec l'intention d'&#234;tre de retour le lundi suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
K..., mon compagnon, est un homme vigoureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans la force de l'&#226;ge (37 ans)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'avait pour tout entra&#238;nement depuis octobre, que deux balades dominicales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa machine est munie de deux d&#233;veloppements : 6 m&#232;tres et 4m,20.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais mieux entra&#238;n&#233; et je partais sur ma vieille monture du Galibier, de la Furca, de la Sainte-Baume, arm&#233;e de la selle oscillante et de quatre d&#233;veloppements : 7m,25, 6 m&#232;tres, 4m40 et 3m,30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, j'ai dix ans de plus et j'emporte un bagage assez lourd, sans lequel je ne puis me d&#233;cider &#224; partir, bien que souvent il ne me serve de rien. Toute harnach&#233;e, ma bicyclette p&#232;se 22 kilos et, avec son propri&#233;taire sur les reins, elle arrive actuellement &#224; 92 kilos.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Saint-&#201;tienne, la route s'&#233;l&#232;ve de 650 m&#232;tres et atteint au col des Grands-Bois l'altitude de 1.145 m&#232;tres pour redescendre dare dare &#224; celle de 140 m&#232;tres &#224; Andance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; cela pr&#232;s on peut la consid&#233;rer jusqu'&#224; Marseille comme horizontale, malgr&#233; quelques c&#244;tes &#224; Loriol, &#224; Donz&#232;re, entre Salon et Rognac, entre Marignane et l'Estaque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;clatement de pneumatique nous fit perdre une heure le premier jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un accident de valve nous obligea le lendemain &#224; remplacer une chambre &#224; air, mais le troisi&#232;me jour tout alla bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut donc pas trop m&#233;dire des pneumatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas non plus trop craindre les menaces du barom&#232;tre. Quand nous part&#238;mes, il marquait grande pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant jusqu'&#224; la nuit nous jou&#238;mes d'un tr&#232;s beau temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil couch&#233;, le mistral commen&#231;a &#224; souffler et nous n'e&#251;mes, en fait de mauvais temps, que du vent le plus souvent favorable, mais fort d&#233;sagr&#233;able, nonobstant, &#224; cause de la poussi&#232;re et des remous qui nous enlevaient comme plumes et nous faisaient tituber comme ilotes ivres.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais utilis&#233; pour la mont&#233;e mes d&#233;veloppements de 3m,30 et 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, au col, je m'&#233;tais mis sur 7m,25 et je marchais ais&#233;ment &#224; n'importe quelle allure, jusqu'&#224; 45 kilom&#232;tres &#224; l'heure inclusivement (100 tours de p&#233;dale &#224; la minute), quand sur un terrain propice l'envie nous prenait de faire enlever quelque conducteur d'auto ou d'hippomobile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec 6 m&#232;tres, mon compagnon &#233;prouvait plus de difficult&#233;s et les trop rapides mouvements des jambes auxquels de telles allures le contraignaient finirent par lui froisser s&#233;rieusement les tendons d'Achille.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; constat&#233;, lors de mon r&#233;cent voyage &#224; Savary et &#224; la Sainte-Baume, quel agr&#233;ment l'on retire d'un grand d&#233;veloppement sur les routes du bord du Rh&#244;ne qui se pr&#234;tent admirablement aux grandes vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cyclotouriste ne peut &#233;videmment pas s'offrir soir et matin des cols de 1.000 &#224; 1.200 m&#232;tres et, parfois, il peut &#234;tre forc&#233; de couvrir quelques centaines de kilom&#232;tres plats et qui seraient insipides au plus haut degr&#233;, s'il n'avait le moyen de les dig&#233;rer en quelques heures sans fatigue, gr&#226;ce &#224; un grand d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Homme de la Montagne pr&#233;f&#232;re, en de telles circonstances, prendre le train. Cela n'est pas tr&#232;s amusant et le prix de revient du voyage en est notablement augment&#233;. Or, cette derni&#232;re consid&#233;ration a pour beaucoup de cyclistes une certaine importance, et lorsque nous aurons d&#233;montr&#233; que, gr&#226;ce &#224; la bicyclette &#224; plusieurs vitesses et au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, on peut tourister aujourd'hui &#224; raison de 150 kilom&#232;tres et au grand maximum de deux francs par jour en moyenne, nous aurons peut-&#234;tre rendu service &#224; une foule de gens qui croient encore que le cyclotourisme n'est accessible qu'aux favoris de Plutus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclistes v&#233;g&#233;tariens &#8212; nous sommes d&#233;j&#224; un certain nombre &#8212; s'alimentent en cours de route d'une fa&#231;on tr&#232;s simple, tr&#232;s naturelle et surtout tr&#232;s favorable &#224; la sant&#233; physique et morale. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous ne fumons pas, nous buvons de l'eau, nous mangeons des fruits et du pain pendant la journ&#233;e et, le soir &#224; l'&#233;tape, du riz, des lentilles et des l&#233;gumes frais pr&#233;par&#233;s le plus simplement possible, sans aucun assaisonnement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous dormons volontiers en plein air, dans une anfractuosit&#233; de rocher, dans un lieu sec et bien a&#233;r&#233; afin d'absorber, pendant le repos, un air aussi pur, aussi oxyg&#233;n&#233; que possible. Nous nous effor&#231;ons, en un mot, de nous rapprocher de la nature avec autant d'ardeur que la plupart des hommes mettent &#224; s'en &#233;loigner.&lt;br class='autobr' /&gt;
K..., mon compagnon, n'&#233;tant pas encore absolument converti &#224; cette m&#233;thode de vivre, et le temps n'&#233;tant pas pr&#233;cis&#233;ment fait pour nous engager &#224; dormir &#224; la belle &#233;toile, je n'appliquai pas rigoureusement mes principes pendant ce voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pneumatique de mon compagnon &#233;clata &#224; quelques kilom&#232;tres d'Andance et nous causa, tout compte fait, un retard d'une heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un autre arr&#234;t &#224; Valence et une l&#233;g&#232;re collation &#224; Saulce firent que nous n'arriv&#226;mes &#224; Orange qu'&#224; onze heures, alors que d'apr&#232;s mes pr&#233;visions nous aurions d&#251; y passer &#224; 9 h. 1/2 et aller coucher &#224; Sorgues ou au Pontet, peut-&#234;tre m&#234;me au pont de Bonpas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel s'&#233;tait peu &#224; peu d&#233;barrass&#233; des nuages, les &#233;toiles brillaient et la lune nous &#233;clairait splendidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si j'avais &#233;t&#233; seul j'aurais, probablement p&#233;dal&#233; toute la nuit et le soleil levant m'aurait trouv&#233; bien pr&#232;s de Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;prouve &#224; voyager la nuit une sensation toute particuli&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se sent plus pr&#232;s encore de la nature, plus loin de la civilisation &#233;nervante et d&#233;primante qui nous &#233;treint et dont l'ultime stade est l'asile d'ali&#233;n&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant Donz&#232;re nous avions franchi une colline qui m'avait oblig&#233; &#224; diminuer ma multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ensuite, apr&#232;s des kilom&#232;tres et des kilom&#232;tres &#224; travers la plaine monotone, nous avions long&#233; une montagne assez abrupte au pied de laquelle s'&#233;chelonnent plusieurs gros villages o&#249; les caf&#233;s, malgr&#233; l'heure avanc&#233;e, &#233;taient encore &#233;clair&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; partout ailleurs du plat, rien que du plat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin d'arriver &#224; l'h&#244;tel de la Poste avant que tout le monde ne f&#251;t couch&#233;, je pris les devants et bien m'en trouvai, car un quart d'heure plus tard, tout e&#251;t &#233;t&#233; boucl&#233; et nous aurions d&#251; nous mettre au lit sans souper, extr&#233;mit&#233; d&#233;plorable m&#234;me pour un v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
K... d&#233;cid&#233;ment fatigu&#233;, arriva quelques instants apr&#232;s, persuad&#233; qu'il ne pourrait pas continuer le voyage le lendemain faute d'entra&#238;nement. Je le rassurai et lui expliquai que cette premi&#232;re &#233;tape, quoiqu'un peu forte, &#233;tait pour lui le meilleur entra&#238;nement et que s'il pouvait seulement manger et dormir, il se l&#232;verait le lendemain plus dispos que jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il en fut ainsi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le dimanche &#224; 5 heures du matin, nous quittions Orange au clair de la lune, avec le mistral dans le dos et nous mettions le cap sur Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je retrouvai avant Sorgues les deux poteaux, t&#233;moignage de la sollicitude maternelle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; pour les touristes, dont je n'avais pu m'expliquer la pr&#233;sence lors de mon passage en novembre dernier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je mis cette fois pied &#224; terre et je lus : Attention au caniveau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si d&#233;sormais les touristes &#233;prouvent des accidents de route, ce ne sera certainement pas la faute du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; Ce caniveau est assur&#233;ment fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pense pas qu'il puisse devenir dangereux : nous en avions travers&#233; de plus accentu&#233;s entre Andance et Saint-P&#233;ray.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques minutes d'arr&#234;t autour d'Avignon pour jeter sur ses murs &#224; cr&#233;neaux un coup d'&#339;il curieux et nous filons vers le pont de Bonpas, o&#249; nous d&#233;jeunons tr&#232;s bien dans le principal caf&#233; qui tient &#224; la disposition des cyclistes tout ce qu'il faut pour r&#233;parer les pneumatiques. Nous en avions justement besoin, une de mes chambres perdait depuis le matin et m'obligeait &#224; de fr&#233;quents arr&#234;ts pour regonfler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s plusieurs tentatives vaines pour arr&#234;ter les fuites d'air, je me d&#233;cide &#224; tirer de mon sac une chambre de rechange sans laquelle je ne pars jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent soufflait avec une fureur croissante et nous emballions ces lignes droites des routes du midi que c'&#233;tait merveille de se sentir emport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que n'avions-nous des roues libres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quelques p&#233;dal&#233;es vigoureuses nous eussent permis de franchir des centaines de m&#232;tres sans remuer les jambes. Nous avions bien des repose-pieds et nous nous en servions assez souvent, mais ce n'est pas la m&#234;me chose. Avec la roue libre que je pratique tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement depuis un an, il est inutile de chercher &#224; se rendre compte &#8212; ce qui n'est pas toujours facile &#8212; du moment pr&#233;cis o&#249; il devient avantageux de cesser de p&#233;daler car tout naturellement &#224; ce moment-l&#224;, la roue fuit sous vous et vous immobilise les jambes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la roue ordinaire, on tourne souvent les jambes sans savoir si l'on exerce sur la p&#233;dale une pression utile ou une contrepression nuisible, en d'autres termes, si l'on travaille positivement ou n&#233;gativement, surtout lorsqu'on tourne &#224; grande vitesse, 80 &#224; 100 tours &#224; la minute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'arrive parfois de constater que, sit&#244;t les pieds relev&#233;s, ma vitesse s'acc&#233;l&#232;re, preuve &#233;vidente que j'exer&#231;ais des contrepressions involontaires. La position du cycliste ayant les pieds sur les repose-pieds n'est pas toujours agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur une route rugueuse on est ainsi tr&#232;s mal et l'on risque fort, en retombant sur la selle apr&#232;s un choc, d'en casser les ressorts, ou en s'appuyant fortement sur les repose-pieds de les faire glisser le long des fourreaux, accidents qui me sont arriv&#233;s plusieurs fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si donc j'appr&#233;cie le repos sur les repose-pieds pendant les descentes douces sur terrain uni, je pr&#233;f&#232;re n&#233;anmoins le repos sur les p&#233;dales immobiles dans les descentes fortes sur mauvais terrain, sans compter qu'on est alors pr&#234;t &#224; agir sur le frein sp&#233;cial de la roue libre, son satellite indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris pour ce raid ma vieille bicyclette &#224; quatre multiplications faute d'avoir encore pu obtenir ma monture 1900 qui fera le voyage de Paris et de Schaffhouse et qui aura, elle, deux ou trois multiplications &#224; droite sur la roue libre et autant &#224; gauche sur la roue ordinaire, si bien qu'elle r&#233;unira de quoi contenter tout le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis du reste tr&#232;s &#233;tonn&#233; de l'opposition que l'on fait &#224; la roue libre, alors qu'il est si facile de la fixer et de la transformer en roue ordinaire, si, apr&#232;s en avoir t&#226;t&#233;, on se refuse &#224; en admettre l'utilit&#233; et les avantages. Cela me rappelle l'obstination avec laquelle je refusai longtemps de me servir de pneumatiques, parce que, d&#232;s ma premi&#232;re sortie, j'eus la malchance d'attraper un clou.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais encore un obstin&#233; de m&#234;me calibre lorsque, en 1896, on me fit essayer un des premiers freins Juhel et que je me plaquai d&#232;s le premier virage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;clarai tout net que c'&#233;tait un casse-cou et que je ne monterais jamais de roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis cette &#233;poque je suis devenu moins... obstin&#233;. Ce doit &#234;tre un effet du r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien que je suis fid&#232;lement, voil&#224; bient&#244;t quatre ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Croyez-moi, il y a du bon dans ce r&#233;gime et l'esprit trouve beaucoup plus de lucidit&#233; au fond d'un verre d'eau qu'au fond d'une coupe de champagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cha&#238;ne de la Sainte-Baume se dresse bient&#244;t &#224; notre gauche et mon compagnon a d'assez bons yeux pour distinguer la chapelle du Saint-Pilon pendant que ma myopie me permet &#224; peine d'admirer les dentelures des Alpines et les champs d'amandiers en fleurs que nous traversons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orgon, Salon, Lan&#231;on, villes et villages se succ&#232;dent sans que notre allure se ralentisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant &#224; Salon, en pr&#233;vision des rampes que nous annonce le guide Baroncelli, j'ai remplac&#233; le d&#233;veloppement de 7m,25 par celui de 6 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Lan&#231;on une mont&#233;e assez longue au cours de laquelle nous croisons deux cyclistes que le mistral para&#238;t g&#234;ner rudement, nous am&#232;ne au sommet d'une colline nue comme la V&#233;rit&#233; sortant de son puits et nous voil&#224; d&#233;valant &#224; une vitesse vertigineuse, pieds au repos, car il est impossible de suivre les p&#233;dales. O ma roue libre et mon bon frein sur jante &#224; contre-p&#233;dale, que n'&#234;tes-vous l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tressaute, je rebondis sur ma selle, je file comme un z&#232;bre devant K..., qui s'effraie et veut mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici un tournant un peu brusque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me d&#233;cide &#224; serrer mon frein, un long et large patin de bois sur la roue directrice, et mon allure s'assagit, heureusement, car l'instant d'apr&#232;s le mistral m'attaquant de flanc puis, de face, me fait craindre une chute dans le ravin. Sur la route d&#233;serte et ensoleill&#233;e passent d'&#233;pais nuages de poussi&#232;re que nous traversons de part en part, aveugl&#233;s, mitraill&#233;s par les graviers qui voltigent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est gentil d'avoir un tel vent derri&#232;re soi et, en fait d'imprudence nous en remontrerions &#224; messieurs les chauffeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de chauffeurs, notons en passant que depuis Orange nous n'en avons rencontr&#233; qu'un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions l'intention d'arriver &#224; Marseille par la voie qu'utilisent, dit-on, les cyclistes marseillais pour en sortir, par le chemin de fer de L'Estaque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous arriv&#226;mes &#224; la gare de Rognac 15 ou 20 minutes trop tard, cela nous valut d'aller &#224; L'Estaque par un chemin que je ne connaissais pas, que le guide Baroncelli n'indique pas et qui est cent fois pr&#233;f&#233;rable &#224; la route nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mont&#233;e douce, gorges pittoresques, vue splendide sur la baie, sol bien convenable : tout recommande ce d&#233;tour &#224; peine plus long de quelques kilom&#232;tres et qu'on appelle dans le pays le chemin de ceinture, aux cyclotouristes qui vont &#224; Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; Saint-Victoret, dans un caf&#233; o&#249; nous nous lestions d'un lait chaud, qu'on nous indiqua cette route par Marignane et Le Rove.&lt;br class='autobr' /&gt;
En entrant dans la montagne, je crus utile de prendre 4m,40 tandis que mon compagnon gardait 6 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce fut plut&#244;t une erreur de ma part : la mont&#233;e n'en vaut pas la peine, surtout avec le mistral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, au commencement de la descente, je voulus mettre pied &#224; terre pour reprendre un grand d&#233;veloppement, je faillis &#234;tre emport&#233; par de furieux coups de vent qui se succ&#233;daient &#224; de courts intervalles. Je m'&#233;tais cru parfaitement &#224; l'abri dans une sorte de cul de sac qui semblait ferm&#233; de tous les c&#244;t&#233;s et le mistral m'assaillait avec fureur, arrachant &#224; la cr&#234;te des rochers, des graviers, des pierres m&#234;me dont il me lapidait litt&#233;ralement. C'&#233;tait inconcevable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une bourrasque qui m'avait arrach&#233; des mains ma bicyclette et jet&#233; moi-m&#234;me contre le rocher : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais d'o&#249; viens-tu, coquin, m'&#233;criai-je en me retournant contre cet invisible adversaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il venait du ciel et tombait &#224; pic dans cette gorge aride, sur ces rochers effrit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pied il &#233;tait impossible de lutter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; bicyclette, en se laissant entra&#238;ner on att&#233;nuait la violence de la pouss&#233;e et cela devenait supportable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, un dernier tournant nous am&#232;ne en pr&#233;sence de la mer. Quel magnifique spectacle et quelle belle r&#233;compense de nos efforts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
En face de nous les ports de Marseille, for&#234;t de m&#226;ts et de vergues entrecrois&#233;s, vaguement aper&#231;us &#224; travers la brume qui montait de la mer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, au fond de la baie, L'Estaque riant au soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; nos pieds les flots verd&#226;tres, &#233;cumants, extraordinairement agiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques bateaux &#224; l'ancre &#224; faible distance, mais aucune voile en vue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les p&#234;cheurs, devant un temps pareil, s'&#233;taient prudemment abstenus de sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous descendions au tout petit pas pour jouir plus longtemps du merveilleux tableau que nous avions sous les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vaste usine couronne la falaise, &#233;pandant ses eaux sales le long des rochers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les restaurants nombreux, d&#233;cor&#233;s d'enseignes plus ou moins all&#233;chantes, attendent leur client&#232;le accoutum&#233;e du dimanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les vagues passent par-dessus le parapet de la route qu'elles inondent, et l'on peut s'offrir une douche &#224; bon march&#233;. K... voulait justement go&#251;ter l'eau de la mer : il n'a qu'&#224; ouvrir la bouche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons lentement, tr&#232;s lentement les quais, toujours bouscul&#233;s par le vent et n'obtenons enfin un peu de r&#233;pit qu'en arrivant sur le vieux port juste &#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je c&#233;dai &#224; une vieille habitude et malgr&#233; les protestations de mon estomac et les objurgations de ma raison, je demandai chez Pascal une bouillabaisse au lieu d'un plat de lentilles qui figurait justement au menu du jour. Mon compagnon, un homme du Nord, qui voyait la bouillabaisse pour la premi&#232;re fois, n'en sut pas appr&#233;cier la saveur toute m&#233;ridionale. Pour aimer les bonnes choses, il faut &#234;tre du Midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
K... voulut visiter la ville, grimper &#224; N.-D. de la Garde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous s&#233;par&#226;mes momentan&#233;ment et j'allai prendre le train de 2 h. 9 qui me d&#233;posa &#224; 4 heures &#224; la station d'Entressens, en pleine Crau, en face du mistral contre lequel je luttai avec mes petits d&#233;veloppements et une grande constance pendant deux heures avant d'arriver par Mouri&#232;s et Maussanne, au sommet des Alpines devant les ruines de la ville des Baux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce n'&#233;tait plus l'allure triomphale du matin, il fallait appuyer sur les p&#233;dales et la roue libre, j'en conviens, ne m'aurait pas servi beaucoup ni desservi, du reste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car elle a cela de bon, cette pers&#233;cut&#233;e, que s'il lui arrive de ne pouvoir faire du bien elle ne peut jamais faire de mal (lorsqu'on sait s'en servir, bien entendu).&lt;br class='autobr' /&gt;
Par une &#233;tourderie dont je devrais pourtant &#234;tre gu&#233;ri, tant elle m'a jou&#233; de mauvais tours, je n'avais pas de carte de la r&#233;gion, si bien qu'&#224; l'entr&#233;e de Maussanne je tournai &#224; droite et me dirigeai sur Saint-R&#233;my (mont&#233;e moyenne, multiplication 3m,30 &#224; cause du vent)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; heureusement qu'&#224; deux kilom&#232;tres de l&#224; un poteau indicateur me remit dans le bon chemin. J'obliquai &#224; gauche et j'arrivai aux Baux par le revers du mamelon escarp&#233; sur lequel sont perch&#233;es les ruines branlantes de ce qui fut une florissante cit&#233;. Un pan de muraille rest&#233; debout &#224; l'extr&#234;me sommet domine la coupure &#233;troite par o&#249; je devais passer et que le mistral me rendit presque inabordable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'eus franchi ce passage difficile et visit&#233; p&#233;destrement le village, je me laissai descendre de l'autre c&#244;t&#233; sans plus m'inqui&#233;ter de ma route que si j'avais &#233;t&#233; en vue d'Avignon o&#249; je devais coucher le soir et j'arrivai... au Paradou, c'est-&#224;-dire &#224; un kilom&#232;tre du point dont j'&#233;tais parti pour faire l'ascension des Alpines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait nuit, je n'avais aucune id&#233;e de la topographie des alentours, je dus me laisser guider par les indications souvent contradictoires recueillies au hasard des rencontres. Apr&#232;s maints crochets &#224; droite et &#224; gauche, j'atteignis Saint-&#201;tienne-du-Gr&#232;s, filai droit sur Maillane, six ou sept kilom&#232;tres de route absolument d&#233;serte, passai &#224; Graveson et vins &#233;chouer enfin &#224; la gare de Graveson &#224; la minute m&#234;me o&#249; y entrait le train de Marseille qui m'amenait mon compagnon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Morale : ne jamais se mettre en route sans se munir d'une bonne carte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait 9 heures moins le quart, la lune allait se lever, le vent avait perdu sa violence, et soufflait en brise l&#233;g&#232;re mais froide. &#192; 9 h. 1/2 nous entrions en Avignon &#224; l'h&#244;tel Grillon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compteur indiquait 70 kilom&#232;tres parcourus depuis Entressens. Un repas v&#233;g&#233;tarien, un bon sommeil effac&#232;rent toute trace de fatigue et le lundi matin, d&#232;s 5 heures, nous reprenions la route avec le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres &#224; cause d'un l&#233;ger vent contraire qui, au milieu du jour, fit place &#224; un vent du Sud-Ouest assez violent mais favorable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Visite d'Orange, d&#233;jeuner &#224; Piolenc o&#249; nous arrivons gel&#233;s. Nous retraversons en plein jour les villages que nous avions travers&#233;s, l'avant-veille, au clair de lune. Que de ruines de ch&#226;teaux moyen&#226;geux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d'insignifiants monticules avaient leur forteresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e de Donz&#232;re est sensiblement plus dure de ce c&#244;t&#233; et justifie le d&#233;veloppement de 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Mont&#233;limar o&#249; nous nous arr&#234;tons un instant, nous rencontrons plusieurs chauffeurs filant grand train. Au vol, car nous allons vite aussi, nous reconnaissons notre ami Corompt de Saint-Julien sur un quadricycle tout battant neuf.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est si large, si droite, si bonne et en m&#234;me temps si peu fr&#233;quent&#233;e qu'on peut marcher &#224; la quatri&#232;me et m&#234;me &#224; la sixi&#232;me vitesse sans crainte d'accidents.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Saulce nous d&#233;cidons d'aller voir ce qui se passe sur la rive droite et par un interminable chemin de traverse nous descendons vers le Rh&#244;ne que nous traversons au Pouzin, une fantaisie qui allonge notre &#233;tape d'une dizaine de kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et quart, &#224; Beauchastel, nous d&#233;jeunons, toujours &#224; la mode v&#233;g&#233;tarienne ou peu s'en faut. Nous reprenons la route avec un bon vent dans le dos et, naturellement, le d&#233;veloppement de 7m,25. La route de la rive droite est, tout compte fait, plus agr&#233;able que celle de la rive gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle court au pied des C&#233;vennes qui pr&#233;sentent &#224; chaque instant des points de vue pittoresques, monte et descend et n'a pas de ces d&#233;sesp&#233;rantes lignes droites de 10 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les caniveaux pav&#233;s y sont fr&#233;quents, mais on s'y habitue, &#224; l'horizon se dressent par dessus les premi&#232;res cha&#238;nes de montagnes, les g&#233;ants des Alpes couverts de neige &#233;clatante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on les distingue admirablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun incident ne trouble notre marche qui est plus rapide que jamais et nous mettons pied &#224; terre &#224; Andance &#224; l'heure m&#234;me o&#249; nous en &#233;tions partis l'avant-veille. Un arr&#234;t &#233;tait de rigueur avant d'attaquer les 1.000 m&#232;tres d'altitude qui nous s&#233;parent de nos p&#233;nates.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 4 heures pr&#233;cises nous nous attelons &#224; la besogne avec nos plus faibles d&#233;veloppements et sans faiblesse, mais aussi sans pr&#233;cipitation, nous grimpons et apr&#232;s un nouvel arr&#234;t &#224; Bourg-Argental nous atteignons le sommet &#224; 7 h. 1/2. Nuit noire, dans les bois t&#233;n&#232;bres &#233;paisses pendant trois kilom&#232;tres, et pas de lanterne. Sol boueux o&#249; nous valsons d'orni&#232;res en orni&#232;res et de temps en temps glissades lat&#233;rales qui nous obligent &#224; mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la sortie des bois nous sommes accueillis par un vent glacial qui, bien que favorable, va nous fatiguer pendant la descente parce qu'il nous poussera trop fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux heures apr&#232;s notre passage sur le haut plateau la neige commen&#231;ait &#224; tomber avec une telle abondance que la montagne a &#233;t&#233; impraticable pendant deux jours. Quel contraste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 9 heures enfin nous rentrons au logis enchant&#233;s de ce premier voyage, &#233;merveill&#233;s de la puissance de la bicyclette consid&#233;r&#233;e comme outil de locomotion et de tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car, tout bien consid&#233;r&#233;, d&#233;cid&#233;ment, un voyage de ce genre, c'est encore du tourisme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le tourisme ne consistant pas uniquement &#224; p&#233;daler le long des routes avec la lenteur et le flegme d'un dyspeptique &#224; qui la Facult&#233; a conseill&#233; une ou deux heures d'exercice &#224; bicyclette par jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir pour s'impressionner, pour s'impr&#233;gner de la po&#233;sie des pays travers&#233;s, s'arr&#234;ter devant les d&#233;tails quand ils en valent la peine, admirer l'ensemble, le panorama, l'&#233;tendue qui sont toujours admirables, voil&#224; les joies du cyclotouriste qui ne les go&#251;te dans leur pl&#233;nitude que lorsque ses facult&#233;s sont pour ainsi dire doubl&#233;es par la circulation du sang plus active, par l'intensit&#233; de vie amen&#233;e au paroxysme, gr&#226;ce &#224; la saine fatigue et &#224; l'expulsion par les pores largement ouverts des d&#233;chets qui nous alourdissent autant moralement que physiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu de fatigue est donc n&#233;cessaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il ne faut jamais aller jusqu'au surmenage du cerveau et des organes essentiels&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant aux muscles, il est inutile d'en faire grand cas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourvu qu'ils re&#231;oivent de l'estomac convenablement aliment&#233; l'afflux de force vitale indispensable &#224; leur travail, ils peuvent durer ind&#233;finiment. Reste le syst&#232;me nerveux dont la fatigue ne se r&#233;pare que par le sommeil qu'un cyclotouriste ne devra jamais se refuser. Tout le monde est d'accord sur ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question sur laquelle il est le plus difficile de s'entendre, est celle de l'alimentation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il para&#238;t cependant bien facile de concevoir que si vous obligez votre estomac &#224; travailler p&#233;niblement pour dig&#233;rer les aliments que vous lui imposez, il absorbera pendant la digestion la plus grande partie de vos kilogramm&#232;tres disponibles au d&#233;triment de vos muscles locomoteurs. Il ne faut pas oublier, en effet, que le corps est un accumulateur dont la force disponible peut &#234;tre &#224; tout moment estim&#233;e en kilogramm&#232;tres. Si un travail int&#233;rieur latent, tel que la digestion, consomme les trois quarts de cette force, il ne nous en reste qu'un quart pour le travail ext&#233;rieur, seul visible, et vice versa.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour cela que depuis que je me suis vou&#233; &#224; l'eau, aux c&#233;r&#233;ales, aux l&#233;gumes et aux fruits, j'ai pu, sans me fatiguer autant qu'autrefois, augmenter sensiblement en longueur mes &#233;tapes en m&#234;me temps que je les augmentais en hauteur, gr&#226;ce &#224; mes multiples d&#233;veloppements qui me permettent, quelle que soit la r&#233;sistance &#224; vaincre, de faire sur ma p&#233;dale juste l'effort dont mes muscles sont capables au moment consid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TABLEAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARCHE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 17&#160;mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Localit&#233;s Kilom&#232;tres Horaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne......&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 12h15&lt;br class='autobr' /&gt;
Andance.............. 48 3 &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 3 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-P&#233;ray...........&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Valence............... 86 5 41 - 6&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Saulce............... 114 7 15 - 7 35&lt;br class='autobr' /&gt;
Donz&#232;re.............. 144 9&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Orange ............... 182 11h soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coucher &#224; Orange, h&#244;tel de la Poste,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 18&#160;mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orange...............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 5h matin&lt;br class='autobr' /&gt;
Avignon ............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pont de Bonpas.... 40 6 50 - 7 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Salon.......................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rognac (gare)........ 96 9 45&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Victoret.......&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marignane.............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Rove..................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marseille............... 135 11h50 matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Marseille &#224; Entressens par chemin de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entressens (gare).&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 4h soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Baux.................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 6&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Paradou............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-&#201;tienne-&lt;br class='autobr' /&gt;
du-Gr&#233;s..................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avignon................. 205 9h 30 soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coucher &#224; Avignon, h&#244;tel Grillon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 19&#160;mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon..........................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 5h matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Piolenc............................ 33 6 40- 7 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Saulce.............................. 97 11 20&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pouzin.......................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Beauchastel.................... 120 12 25 - 1 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-P&#233;ray....................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Andance..........................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 3 35 &#8211; 4&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bourg-Argentai.............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 5 50 - 6 10&lt;br class='autobr' /&gt;
Col-des-Grands-Bois.. 4 7 45&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-&#201;tienne................. 220 9h soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Tour en Savoie (1898)</title>
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		<dc:date>2022-08-17T15:29:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>1898</dc:subject>
		<dc:subject>H. Dolin</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;...j'avais charg&#233; sur mon porte-bagage d'arri&#232;re 6 kilos de flanelles et de v&#234;tements de rechange dont je n'ai pas eu besoin. Dans ma musette suspendue au guidon, j'avais revolver, carte au 1/200000, itin&#233;raires de Dolin-Revel et mes habituelles provisions de bouche, pain et pommes, un falot pli&#233; et deux bougies. Avec tout cela et de la r&#233;solution on peut aller loin et longtemps sans &#234;tre un milliardaire.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;1898&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;H. Dolin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, Novembre 1898, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_6&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel sale temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et penser que pendant toute cette journ&#233;e du 6&#160;novembre, o&#249; je suis all&#233; en Savoie me crotter affreusement, la vall&#233;e du Rh&#244;ne et les montagnes du Lyonnais ont &#233;t&#233; resplendissantes de soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, j'ai manqu&#233; de flair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais pourquoi r&#233;criminer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? un touriste ne doit-il pas &#234;tre doubl&#233; d'un philosophe et savoir prendre le temps comme il vient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lorsqu'on outre, ce touriste est doubl&#233; d'un exp&#233;rimentateur, ne doit-il pas s'applaudir d'&#234;tre en butte parfois &#224; des circonstances f&#226;cheuses et d'&#234;tre expos&#233; &#224; des temps &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;pis qu'affrous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour parler gaga&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est cela, applaudissons-nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous voyez comme on se console vite lorsqu'on vit de fruits, de l&#233;gumes et d'eau pure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aurions pu &#234;tre trois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous aurions d&#251; &#234;tre deux, et j'&#233;tais seul au rendez-vous, gare de Perrache, &#224; 4 h. 45 du matin, pour le train de Grenoble. A vrai dire, le ciel brumeux, le pav&#233; glissant qui me valut une pelle en arrivant &#224; la gare, la lune larmoyante, l'air humide, tout laissait pr&#233;voir un temps peu agr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partis n&#233;anmoins avec un aller et retour pour Saint-Andr&#233;-le-Gaz o&#249; le P-L.-M.&#160;me d&#233;posa &#224; 6 h. 30 avec 15 minutes de retard suivant son habitude. J'avais la bicyclette &#224; 4 vitesses, 3,30, 4,40, 6,04 et 7,22 qui me conduisit au Lautaret et comme les soir&#233;es sont fra&#238;ches, que je craignais d'avoir de la pluie, j'avais charg&#233; sur mon porte-bagage d'arri&#232;re 6 kilos de flanelles et de v&#234;tements de rechange dont je n'ai pas eu besoin. Dans ma musette suspendue au guidon, j'avais revolver, carte au 1/200000, itin&#233;raires de Dolin-Revel et mes habituelles provisions de bouche, pain et pommes, un falot pli&#233; et deux bougies. Avec tout cela et de la r&#233;solution on peut aller loin et longtemps sans &#234;tre un milliardaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon itin&#233;raire, avec Saint-Andr&#233; point de d&#233;part, et d'arriv&#233;e pour cette journ&#233;e, touchait Yenne, Chamb&#233;ry, les Echelles et Pont-de-Beauvoisin, environ 115 kilom&#232;tres et quelques bonnes rampes que le sol mou et d&#233;tremp&#233; devait rendre plus dures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part de Saint-Andr&#233; (Xon 6,04), une belle route et une agr&#233;able descente m'entra&#238;nent &#224; grande allure au fond d'une premi&#232;re d&#233;pression de terrain, d'o&#249; un raidillon fort sec mais court me ram&#232;ne sur un palier o&#249; je rencontre peu apr&#232;s le gros village des Abrets &#224; cheval sur cinq routes. Un passant m'indique celle que je dois suivre et qui descend encore, faiblement et pas longtemps, car voici une rampe qui, en l'abordant, me para&#238;t assez raide pour n&#233;cessiter l'abaissement du d&#233;veloppement &#224; 3,30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; allons-y, ce n'est pas long et je reprends bient&#244;t 6,04 jusqu'&#224; Aoste o&#249; je constate avec inqui&#233;tude qu'un de mes pneumatiques bat de l'aile, ce qui va m'obliger &#224; pomper souvent et &#224; m'arr&#234;ter finalement &#224; Yenne une grande heure pour une r&#233;paration s&#233;rieuse. Je m'arr&#234;te nonobstant &#224; Saint-Genix pour d&#233;jeuner au caf&#233; au lait, une d&#233;plorable habitude que m'a laiss&#233;e mon ancien r&#233;gime alimentaire et dont j'ai de la peine &#224; me d&#233;faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un d&#233;jeuner aux fruits vaudrait incomparablement mieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, on n'est pas parfait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Saint-Genix, le paysage n'a rien de saillant, mais il prend l&#224; imm&#233;diatement tournure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite la montagne parfois abrupte, toujours pittoresque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche la vall&#233;e du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est &#233;troite mais le sol est tr&#232;s roulant et l'on croit descendre alors qu'en r&#233;alit&#233; on remonte le fleuve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les brouillards sont suspendus mena&#231;ants aux flancs de la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la Balme on tourne brusquement &#224; droite et l'on entre dans une gorge tr&#232;s resserr&#233;e que le Rh&#244;ne farouche emplit &#224; lui seul apr&#232;s se l'&#234;tre creus&#233;e entre des masses imposantes de rochers stri&#233;s de larges bandes, noires &#224; laisser croire qu'il a plu de l'encre sur eux. La route est moins bonne, le brouillard a fait son &#339;uvre et rendu tr&#232;s glissant le sol argileux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps je sens la roue motrice valser d'une inqui&#233;tante fa&#231;on&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce passage vaut, &#224; lui seul, le voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un g&#226;cheur de pl&#226;tre a bien essay&#233; d'outrager la nature en collant une fa&#231;ade de ch&#226;teau d'op&#233;ra-comique, en carton p&#226;te rose et cr&#232;me, aux parois d'un roc formidable qui a l'air de froncer le sourcil devant cette insulte gratuite, mais le touriste ne s'en offense pas : s'il sait qu'on ne peut emp&#234;cher les chiens de d&#233;poser des ordures le long d'un mur, il sait aussi que la nature ne tarde pas &#224; faire justice de ces insanit&#233;s et &#224; rejeter dans le n&#233;ant les &#339;uvres ineptes que les hommes essaient de lui imposer .&lt;br class='autobr' /&gt;
A Yenne, j'ai recours aux bons offices de M.&#160;Munot qui me rend au bout d'une heure ma monture, pneumatique et le reste, en parfait &#233;tat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est dix heures quand je m'&#233;loigne de cette jolie bourgade par une route en rampe douce pour laquelle, suivant l'avis de M.&#160;Munot, je me suis content&#233; de 4m,40 : &#224; Chevelu, ce d&#233;veloppement devient trop fort&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en effet, j'aborde l&#224; les 4 kilom&#232;tres de rampe &#224; 7 et 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% que m'annonce l'itin&#233;raire Dolin et Revel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me mets &#224; 3m,30 et en bras de chemise, car malgr&#233; le brouillard dont les premi&#232;res ondes m'atteignent d&#233;j&#224;, il va faire chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s un coude sec et qui constitue ce qu'on peut appeler un tournant tr&#232;s dangereux, la rampe s'accentue et monte selon &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;Dolin et Revel &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le crois sans peine, le sol par dessus le march&#233; est mou et collant, aussi ne tard&#233;-je pas &#224; appeler &#224; mon secours la tige oscillante de M.&#160;Cadet qui me jette en avant d'aplomb sur les p&#233;dales et me permet de donner jusqu'au bout 60 tours &#224; la minute, c'est-&#224;-dire de marcher &#224; 12 &#224; l'heure&#160;: il m'a fallu pour aller de Chevelu au sommet (4.300 m&#232;tres) exactement 23 minutes. A mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve on d&#233;couvre un assez joli panorama dont Saint-Jean-le-Chevelu est le centre. Deux &#233;tangs dorment &#224; c&#244;t&#233; du bourg, source du ruisseau que j'ai remont&#233; depuis Yenne : tout cela &#233;clair&#233; par un beau soleil doit &#234;tre splendide &#224; voir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce jour-l&#224;, c'&#233;tait plut&#244;t m&#233;lancolique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faudra donc que j'y retourne, perspective qui n'a, du reste, rien de d&#233;plaisant, au contraire. Pas une habitation, pas une seule hutte, ou, s'il y en a aux abords de la route, le brouillard me les cache. Un industriel exploite pourtant l&#224;-haut quelque chose et a install&#233; sur le bord du chemin un Decauville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au fait, peut-&#234;tre y construit-on un miramar quelconque. En temps ordinaire il doit y avoir de la vue &#224; ce col de la Dent du Chat dont je n'ai pu m&#234;me apercevoir ni d'en bas ni d'en haut les deux pitons caract&#233;ristiques. Brouillard tr&#232;s humide, vent tr&#232;s froid, pores ouverts par une abondante et hygi&#233;nique su&#233;e et pas d'eau pour une douche : que faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'endroit parait absolument solitaire, je n'ai pas rencontr&#233; &#226;me qui vive eu montant et on n'y voit rien &#224; vingt m&#232;tres. Suivons le conseil de l'Homme de la Montagne et au lieu de nous doucher avec de l'eau, douchons-nous avec de l'air froid et du brouillard. Je mets banni&#232;re au vent et pendant 30 secondes je m'expose de bas en haut aux &#226;pres caresses d'une bise carabin&#233;e : je me rhabille vivement, me plastronne par devant de l'Aurore, par derri&#232;re de la Libre Parole, persuad&#233; qu'entre deux adversaires aussi ardents je n'aurai pas froid, je rel&#232;ve mon col, me boutonne soigneusement, remets ma cha&#238;ne sur le d&#233;veloppement 6,04 et vogue la gal&#232;re : j'enfile la descente non moins raide que la mont&#233;e qui va me conduire sur les bords du lac du Bourget.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'affreuse route fra&#238;chement charg&#233;e et de telle fa&#231;on qu'il est impossible d'&#233;viter les empierrements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je n'avais pas jug&#233; utile de me munir de mon frein arri&#232;re et ne disposais que du simple frein &#224; patin de caoutchouc sur la roue directrice&#160;: il m'a suffi, mais en me for&#231;ant, contrairement &#224; mon habitude, &#224; contrep&#233;daler &#233;nergiquement et presque continuellement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'aurait pas fallu par exemple que ce travail stupide dur&#226;t 10 kilom&#232;t. ce que je me serais h&#226;t&#233; de me fabriquer un frein de fortune avec la ficelle et le canif que j'ai toujours dans ma poche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
A peu de distance du sommet resplendit &#224; travers le brouillard que le soleil essaie sans y r&#233;ussir &#224; ce moment de dissiper, un h&#244;tel tout battant neuf&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais une s&#233;rie de tournants dangereux absorbe bient&#244;t mon attention : tout &#224; coup j'aper&#231;ois une nappe d'eau qui semble un nuage au-dessus du brouillard&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le lac dont un effet d'optique rehausse sensiblement le niveau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'arr&#234;te &#224; deux ou trois reprises pour admirer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, sorti du brouillard, je d&#233;vale de plus belle, la nappe d'eau m'appara&#238;t maintenant beaucoup plus bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route se fait meilleure &#224; partir de Bourdeau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; me voici au Bourget d'o&#249;, si le temps e&#251;t &#233;t&#233; beau, j'aurais fait un &#233;cart vers Aix-les-Bains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les efforts du soleil ont &#233;t&#233; vains et le brouillard non seulement persiste mais il s'accentue et tombe dans la plaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'atmosph&#232;re est satur&#233;e d'humidit&#233; et &#224; mesure que je m'approche de Chamb&#233;ry le terrain devient de plus en plus mou, tant et si bien que sous la belle all&#233;e de grands arbres qui m'am&#232;ne au c&#339;ur de la ville devant la gare, je roule en pleine boue. Pas dr&#244;le du tout, vous savez. Aussi n'ai-je pas la moindre envie d'aller faire un tour en ville et je demande par quel plus court chemin je puis arriver &#224; la route des Echelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est midi moins le quart : on me fait traverser une passerelle, grimper au ch&#226;teau et je me trouve en un clin d'&#339;il devant une borne qui m'annonce&#160;: Cogoin &#224; 2 kilom&#232;tres. C'est ma route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est pire encore que celle que je viens de quitter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle a heureusement des bas-c&#244;t&#233;s dont je m'empare sans m'enqu&#233;rir s'ils sont ou non cyclables. A Cogoin, s&#233;duit par l'aspect savoureux de petits pains du plus beau jaune canari, j'en ach&#232;te deux que je mange en remontant &#224; tr&#232;s faible allure sur un sol visqueux, gluant, et glissant comme oncques n'en vis, la vall&#233;e de Couz. Depuis Chamb&#233;ry, je travaille sur le d&#233;veloppement de 4m,40 que je ne quitterai plus de la journ&#233;e m&#234;me &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est sage de finir toujours l'&#233;tape avec un faible d&#233;veloppement et puis l'&#233;tat des routes ne se pr&#234;te pas aux grandes vitesses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis d&#233;j&#224;, faute de garde-boue, assez crott&#233; comme cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont tr&#232;s bons ces pains au safran et &#224; l'anis et je vous engage &#224; en faire provision quand vous passerez &#224; Cogoin.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la cascade de Couz que je puis admirer dans toute sa splendeur, vu l'abondance des eaux, je suis repris par le brouillard intense qui m'emp&#234;che d'admirer le caract&#232;re agreste et sauvage de cette vall&#233;e de Couz si bien close du c&#244;t&#233; du sud que l'on n'y acc&#233;dait il y a quelque cent ans que par des &#233;chelles. Pendant 14 kilom&#232;tres, pas un de plus pas un de moins, je m'&#233;l&#232;ve tant&#244;t insensiblement, tant&#244;t d'une fa&#231;on accentu&#233;e, de 340 m&#232;tres environ, oblig&#233; le plus souvent de rouler sur l'herbe des bas-c&#244;t&#233;s pour &#233;viter le funeste glissement lat&#233;ral et le plaquage qui en est la cons&#233;quence imm&#233;diate. J'appr&#233;hende la travers&#233;e du tunnel qui doit &#234;tre dans un &#233;tat &#233;pouvantable. Me voici pourtant au sommet, la descente m'entra&#238;ne et, chose heureuse, &#224; laquelle je ne m'attendais pas, je sens que ma roue motrice, bien que le terrain soit tout aussi visqueux, est moins sujette &#224; glisser &#224; la descente qu'&#224; la mont&#233;e sans doute parce que je n'ai pas &#224; appuyer sur les p&#233;dales et &#224; chasser ainsi la machine tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je puis donc aller un peu plus vite, tant pis pour mon dos qui va &#234;tre constell&#233; de la belle fa&#231;on. Je m'engouffre dans le tunnel me guidant avec une fixit&#233; d'hypnotis&#233; sur le point brillant qui marque la sortie et j'ai la chance, roulant tant&#244;t sur des pierres, tant&#244;t dans l'eau, le plus souvent dans la boue, sans y voir goutte, de n'&#234;tre pas forc&#233; de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux &#201;chelles c'est le bouquet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on dirait qu'il a plu &#224; verse pendant 24 heures, tant est grande l'&#233;paisseur de la boue et tant les flaques d'eau sont profondes et nombreuses. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je n'ai certes pas envie de m'arr&#234;ter dans ce cloaque et je p&#233;dale de la pointe du pied comme un homme qui traverserait, en escarpins de bal, une rue fangeuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant je sens une pointe d'app&#233;tit et je croquerais volontiers les quelques pommes que j'ai dans mon sac. Qu'il est donc rationnel d'attendre qu'on ait faim pour manger et qu'on mange alors avec plus de profit pour l'estomac et de plaisir pour le palais qui trouve d&#233;licieux le fruit le plus vulgaire, le pain le plus grossier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais il me faut auparavant d&#233;couvrir une source d'eau vive en un site agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je trouverai les deux r&#233;unis dans la gorge de Chaille presque au sommet de la mont&#233;e tr&#232;s douce&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tale ma carte sur le parapet et, tout en croquant mes pommes, tant&#244;t je repasse les itin&#233;raires d&#233;j&#224; parcourus et m'en trace de futurs, tant&#244;t je m'absorbe dans la contemplation des masses rocheuses qui m'entourent, du ravin profond que je domine, de toutes les manifestations grandioses par lesquelles la Nature p&#233;n&#232;tre en nous et nous force &#224; reconna&#238;tre la toute-puissance d'un Etre sup&#233;rieur, &lt;i&gt;Dei ignoti&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques gorg&#233;es d'eau puis&#233;es &#224; la source limpide, dans le creux de la main, me d&#233;salt&#232;rent suffisamment et plus agr&#233;ablement qu'aucune boisson ferment&#233;e et plus ou moins frelat&#233;e ne le pourrait faire, et je reprends, tr&#232;s repos&#233; par cette courte halte, le fil de mon itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord une descente de quelques kilom&#232;tres sur Pont-de-Beauvoisin, descente que je fis dans de bien meilleures conditions de terrain, il y a trois mois, en revenant de la Grande-Chartreuse. Aujourd'hui, il ne saurait &#234;tre question de l&#226;cher les p&#233;dales et de filer grand train, la route est trop boueuse et en croisant les rails du tramway qui, dans la travers&#233;e de la gorge de Chaille, passe au moins dix fois de gauche &#224; droite ou de droite &#224; gauche, du diable si je sais pourquoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en croisant ces rails mouill&#233;s on courrait grand risque de se plaquer brutalement. Je vais donc &#224; la petite allure que me donnent 60 tours de p&#233;dale environ &#224; la minute et 4,m,40 de d&#233;veloppement jusqu'&#224; peu de distance de Pont-de-Beauvoisin o&#249; l'insistance d'un cavalier &#224; vouloir rester devant moi me fait rapidement monter &#224; 100 tours, vitesse de jambes qu'il est facile d'obtenir et de conserver avec 4m,40 et qui me lance &#224; 26 kilom&#232;tres &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je l&#226;che mon cavalier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; mon pr&#233;c&#233;dent passage j'avais eu &#224; lutter de m&#234;me contre un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les habitants de Pont-de-Beauvoisin auraient-ils gard&#233; la tradition de ces preux chevaliers qui ne permettaient &#224; un &#233;tranger de passer devant leur castel qu'apr&#232;s avoir fait preuve de bravoure et rompu une lance contre eux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Si tel est le cas, le pont qui s&#233;pare l&#224; la France de la Savoie a d&#251; &#234;tre t&#233;moin de nombreuses rencontres. Tant qu'on n'a pas pass&#233; ce pont, pour tous les gens du pays, on est encore en Savoie, pas en France, et la ville est du c&#244;t&#233; o&#249; l'on vit, la rive gauche &#233;tant, pour ceux de la rive droite, le faubourg, et vice versa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est ce que j'ai cru comprendre en demandant aux uns et aux autres des renseignements sur mon itin&#233;raire : Quand vous venez de Savoie, disent les uns, quand vous venez de France, disent les autres....&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh, bonnes gens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! France et Savoie cela ne fait plus qu'un, &#224; pr&#233;sent que nous avons vers&#233; notre sang sur les m&#234;mes champs de bataille, et les Alpins qui montent la garde &#224; Chamb&#233;ry sont, pour la plupart, des St&#233;phanois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sors de Pont-de-Beauvoisin par un raidillon tout droit qui m'aurait g&#234;n&#233; si j'avais eu une grande multiplication, mais insignifiant devant 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m&#234;me route en montagnes russes que celle qui s'&#233;loigne au nord vers Morestel et Cr&#233;mieux, mais sensiblement plus accentu&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il semble que l'on traverse ici les m&#234;mes collines que l&#224;-bas, mais beaucoup plus pr&#232;s de leur sommet. C'est la r&#233;flexion qui m'est venue &#224; l'esprit en gravissant, pour arriver aux Abrets, une c&#244;te assez longue que d'autres cyclistes faisaient &#224; pied et qui se termine par deux ou trois cents m&#232;tres tr&#232;s secs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le Pont, la route est s&#232;che et le brouillard a disparu, il ne s'y est pas montr&#233; de la journ&#233;e, et bien que dans ces parages le temps n'ait pas &#233;t&#233;, ce jour-l&#224;, aussi beau qu'&#224; Lyon, il a, du moins, &#233;t&#233; bien plus convenable que dans la Savoie. A quatre heures, je rentrais &#224; la gare de Saint-Andr&#233;-le-Gaz, pas le moins du monde fatigu&#233; parce que je n'avais, &#224; aucun moment, exc&#233;d&#233; mes forces, alors que si je n'avais eu &#224; mon service que la multiplication &#224; la mode, 6m,50, j'aurais mis certainement plus de temps et je serais arriv&#233; tr&#232;s las, quoique je n'aie pas eu &#224; passer &#224; des altitudes ob&#233;liscales, mais sur terrain mou et gluant, une rampe de 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en vaut une de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% sur bon terrain. Il est vrai qu'avec 4m,40 comme unique multiplication j'aurais tout fait en machine, sauf quelques kilom&#232;tres de la Dent du Chat, mais combien aussi j'aurais pest&#233; contre ce faible d&#233;veloppement moyen, si le temps m'avait favoris&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Du sommet de la Dent du Chat jusqu'&#224; Pont-de-Beauvoisin, et peut-&#234;tre m&#234;me jusqu'&#224; Saint-Andr&#233;, j'aurais alors march&#233; bien mieux avec 6 m&#232;tres qu'avec 4m,40 j'aurais m&#234;me pu utiliser 7m,50 depuis le point culminant de la vall&#233;e de Gouz jusqu'&#224; Pont-de-Beauvoisin, la mont&#233;e de Chailles &#233;tant, par le beau temps, de celles que l'on enl&#232;ve avec n'importe quel d&#233;veloppement, parce qu'elle permet de conserver l'&#233;lan, cette fameuse force vive dont il me reste &#224; &#233;tudier les effets.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;89&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/chamberychat.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH115/chamberychat-2f2d1.png?1788127420' width='500' height='115' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-160 '&gt;&lt;strong&gt;Profil Dolin Chambery au Pont de La Balme
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-160 '&gt;Profil des pentes et des cols, Dolin et Revel
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Profil Dolin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>SAINT-&#201;TIENNE, GRENOBLE, GAP, BRIAN&#199;ON, CHAMB&#201;RY</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article261</link>
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		<dc:date>2022-05-03T14:01:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai toujours plein mon tiroir de projets de voyages et je choisis celui qui devait me permettre de remettre en lumi&#232;re les qualit&#233;s des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements. Sur mon porte-bagage arri&#232;re je fixai le paquet sous toile caoutchout&#233;e qui me sert de valise, j'accrochai &#224; mon guidon le sac-musette &#224; trois compartiments o&#249; je place mes cartes, mon revolver, quelques objets de toilette, du pain et des fruits, j'accrochai au cadre sous la selle le frein &#224; large patin de bois gr&#226;ce auquel je puis faire les descentes les plus raides sans me fatiguer &#224; contrep&#233;daler, et j'allai dormir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias Velocio, Le Cycliste, 1899, p. 121-132, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne sachant jusqu'au dernier moment si je serais libre pendant les trois jours de f&#234;te, 14, 15 et 16&#160;juillet, je laissai partir mes compagnons habituels qui en Suisse, qui en Italie, ceux-ci &#224; Gen&#232;ve, ceux-l&#224; pour le Cantal, sans me d&#233;cider &#224; les accompagner ou les inviter &#224; venir avec moi, et je me trouvai seul le jeudi soir &#224; pr&#233;parer h&#226;tivement ma bicyclette de grand tourisme au bruit des fanfares sonnant la retraite et parcourant la ville dans tous les sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours plein mon tiroir de projets de voyages et je choisis celui qui devait me permettre de remettre en lumi&#232;re les qualit&#233;s des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements. Sur mon porte-bagage arri&#232;re je fixai le paquet sous toile caoutchout&#233;e qui me sert de valise, j'accrochai &#224; mon guidon le sac-musette &#224; trois compartiments o&#249; je place mes cartes, mon revolver, quelques objets de toilette, du pain et des fruits, j'accrochai au cadre sous la selle le frein &#224; large patin de bois gr&#226;ce auquel je puis faire les descentes les plus raides sans me fatiguer &#224; contrep&#233;daler, et j'allai dormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bicyclette et pneu avaient &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;s de fond en comble et j'avais fait remplacer une cuvette de la roue motrice que je trouvais un peu piqu&#233;e, remplacement in extremis qui faillit me faire manquer mon voyage, car cette cuvette, mal assujettie sans doute, se brisa le lendemain d&#232;s les premiers kilom&#232;tres. On ne doit jamais faire de r&#233;parations importantes au moment du d&#233;part et le cyclotouriste bien avis&#233; ne s'embarque que sur une machine qu'il a pr&#233;alablement soumise &#224; des &#233;preuves s&#233;rieuses. Je fus en cette circonstance bien mal inspir&#233;, mais ce sera une le&#231;on pour l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; trois heures du matin, le 14&#160;juillet, en pleine obscurit&#233; (les jours, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! se font d&#233;j&#224; plus courts), je me mis en route pour Grenoble, mon premier objectif. J'avais &#224; ma disposition quatre d&#233;veloppements : 2m,50, 3m,30, 4m40 , 6m,04 et la selle oscillante Cadet. Jusqu'&#224; la Digonni&#232;re 4m,40 puis 3m,30 pour m'&#233;lever sur le plateau de la R&#233;publique, 7 kilom&#232;tres &#224; pente moyenne de 61/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. D&#232;s le second kilom&#232;tre, &#224; la hauteur du Bois-Noir, j'entends des craquements &#233;pouvantables dans mon moyeu arri&#232;re : ma cuvette neuve se brisait sur tout son pourtour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les billes en broyaient les &#233;clats et les r&#233;duisaient en poussi&#232;re. Ma premi&#232;re pens&#233;e fut de rentrer au logis et de renoncer &#224; mon voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, sentant que le mal ne s'aggravait pas et que les craquements devenaient plus rares et plus faibles, je pensai que les d&#233;bris de la cuvette s'immobilisaient dans la graisse consistante, dont mes roulements sont toujours garnis et qu'un mieux relatif se produirait. En tout cas, me dis-je, j'en serai quitte pour passer la matin&#233;e en montagne ou, si je puis descendre jusqu'&#224; Andance, pour revenir par le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait pu, en d&#233;finitive, m'arriver pis que cela et la philosophie nous apprend &#224; prendre toujours du bon c&#244;t&#233; les choses qui nous surprennent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je continuai mon monologue tout en p&#233;dalant vigoureusement : peut-&#234;tre est-ce l&#224; un avertissement de la Divinit&#233; dont j'invoque r&#233;guli&#232;rement la protection toutes les fois que je me mets en route et si le mal s'aggrave au point de m'emp&#234;cher de rouler cela signifiera qu'il devait m'arriver quelque chose de f&#226;cheux en court de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je parvenais ainsi peu &#224; peu, malgr&#233; le plaisir que j'avais eu &#224; entreprendre un si joli voyage, &#224; me convaincre que tout serait pour le mieux si j'&#233;tais forc&#233; d'y renoncer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant j'eus encore une sensation d&#233;sagr&#233;able en entrant d&#232;s Planfoy dans un brouillard humide dont je ne sortis qu'&#224; Bourg-Argentai pour constater que le ciel &#233;tait couvert de nuages blancs, noirs et gris de tr&#232;s pluvieux augure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Serait-ce un deuxi&#232;me avertissement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au troisi&#232;me tu n'auras qu'&#224; tourner bride et vivement, murmurai-je in petto.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris naturellement le d&#233;veloppement de 4m,40 en abordant le plateau de la R&#233;publique et, pour enlever les deux derniers kilom&#232;tres de mont&#233;e &#224; 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans les bois, je le conservai, ce qui me permit d'&#233;craser d&#233;finitivement, par un effort plus consid&#233;rable, ce qui restait de la cuvette malencontreuse et de la r&#233;duire au silence. De fait, je n'entendis plus rien et je n'eus pas d'autre ennui s&#233;rieux de ce c&#244;t&#233; pendant mes trois jours de voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le commencement de la descente (borne 185,5, altitude 1.150 m&#232;tres) j'avais pris mon plus grand d&#233;veloppement 6m,04, et je d&#233;valais &#224; toute vitesse pour rattraper le temps perdu, car je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; souvent pendant la mont&#233;e pour ausculter mon moyeu malade et pour d&#233;lib&#233;rer sur ce qu'il convenait de faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent du nord s'&#233;levait, il faisait presque froid et plus j'avan&#231;ais vers le Rh&#244;ne, plus les nuages semblaient pr&#232;s de crever&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques gouttes de pluie m'atteignirent m&#234;me entre Daveizieux et Saint-Cyr, je n'en roulai que plus vite malgr&#233; le tr&#232;s mauvais &#233;tat de la route depuis Boulieu. On entretient bien mal les routes dans l'Ard&#232;che et si le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; a quelque influence sur les administrations charg&#233;es de ce service, je le prie d'en user dans l'int&#233;r&#234;t du cyclo et du moto-tourisme..&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; six heures pr&#233;cises j'&#233;tais &#224; Andancette sur la rive gauche du Rh&#244;ne, demandant le chemin du Creux de la Tine au lieu de consulter purement et simplement la carte de l'&#233;tat-major, que cette fois je n'avais pas oubli&#233;e. Ce moment de paresse me valut de faire un bon kilom&#232;tre de plus, car on m'envoya vers la route nationale d'o&#249; je revins par un angle droit sur le point o&#249; j'aurais d&#251; arriver par l'hypot&#233;nuse. J'&#233;tais dans la Dr&#244;me et la route que j'allais suivre jusqu'&#224; Beaufort ne vaut gu&#232;re mieux que celle dont je viens de me plaindre. Afin d'enlever sans discussion les mont&#233;es qui agr&#233;mentent ce parcours (celle de Moras est m&#234;me assez accentu&#233;e) je repris le d&#233;veloppement de 4m,40. Le vent, du reste, m'&#233;tait contraire et c'est l&#224; une raison suffisante pour justifier un abaissement de la multiplication lorsqu'on ne veut pas se fatiguer inutilement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Andancette je suis en pays inconnu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vais donc plut&#244;t lentement, la carte &#224; la main, m'effor&#231;ant de reconna&#238;tre, aussi loin que mes faibles yeux de myope me le permettent, les alentours.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route remonte la pente douce d'un ruisseau et c&#244;toie des massifs de verdure &#224; peu de distance &#224; droite, de ce c&#244;t&#233; le paysage est plaisant, &#224; gauche il l'est peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on moissonne ferme, les agriculteurs n'ont pas l'air de se douter que c'est jour de f&#234;te nationale et de r&#233;jouissances publiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils se rattraperont le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe Anneyron, Saint-Sorlin, villages insignifiants, Moras plus pittoresquement perch&#233; sur une sorte de pic verdoyant dont la route fait l'ascension sans se donner la peine de le contourner, ce qui rend la rampe assez dure pour que je ne puisse l'enlever convenablement avec 4m,40 que gr&#226;ce &#224; ma selle oscillante. Des collines tr&#232;s bois&#233;es, des pr&#233;s tr&#232;s verts et des eaux abondantes entourent le mamelon qui porte le village, et font de ce coin de terre un lieu fort agr&#233;able. Un de mes amis qui passa par l&#224;, il y a quelques ann&#233;es, me dit qu'il y avait visit&#233; une belle usine, bien am&#233;nag&#233;e, avec force motrice, &#233;clairage &#233;lectrique et tout le confort moderne, mais r&#233;duite pour il ne savait quelle cause au silence et attendant un acqu&#233;reur. Ne serait-ce pas parce que les habitants aiment mieux la vie et le travail en plein air, que l'atmosph&#232;re vici&#233;e d'une usine et qu'il est difficile de trouver des ouvriers dans un pays si favoris&#233; de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quand on songe &#224; fonder une usine il faut, &#224; mon avis, choisir ou les faubourgs d'une grande ville ou une r&#233;gion d&#233;sh&#233;rit&#233;e de la nature o&#249; les conditions de l'existence sont &#226;pres et les gens habitu&#233;s &#224; la dure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telles petites villes, Montbrison par exemple, notre ancien chef-lieu, se sont toujours montr&#233;es rebelles aux efforts que des personnes bien intentionn&#233;es ont faits pour y amener de l'industrie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des quelques usines qui s'y sont fond&#233;es les unes ont sombr&#233;, les autres ont &#233;t&#233; forc&#233;es d'aller recruter leur personnel dans les montagnes voisines. Tel sans doute le cas de l'usine de Moras o&#249; j'aimerais assez venir vill&#233;giaturer, o&#249; je d&#233;jeunerais volontiers ce jour-l&#224; car il est 7 heures 40 et mon estomac qui a absorb&#233;, avant le d&#233;part, une grande assiett&#233;e de riz, voudrait r&#233;cidiver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais un cycliste st&#233;phanois qui se dirige comme moi sur Grenoble par petites &#233;tapes, m'a assur&#233; qu'il se trouverait de 8 &#224; 9 heures sur la route entre Beaurepaire et Saint-Etienne de Saint-Geoirs et j'aimerais assez d&#233;jeuner en sa compagnie. C'est pourquoi j'active autant que je puis la cadence des jambes, d'autant plus que la route devient passablement monotone. Pour calmer mon estomac je grignote deux biscuits Heckel &#224; la kola, dont il est sage d'emporter une petite provision pendant une longue excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces biscuits ont la propri&#233;t&#233; de faire prendre patience &#224; messer Gaster et permettent ainsi d'allonger d'une heure ou deux l'&#233;tape sans tomber en d&#233;faillance. Plus que jamais la carte &#224; la main, &#224; cause des nombreux croisements de route, je laisse &#224; ma droite dans un creux de verdure Lens-Lestang, puis sur des sommets bois&#233;s Beaufort et d'autres villages. J'arrive enfin &#224; la jonction de ma route &#224; celle de Vienne &#224; Grenoble que je vais suivre d&#233;sormais et sur laquelle je dois rattraper mon concitoyen qui selon toute probabilit&#233; a quelque avance sur moi : voici justement des cyclistes qui ont d&#251; le croiser, je les interroge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n ont vu personne qui r&#233;ponde au signalement donn&#233; : un peu plus loin j'interroge un chemineau, m&#234;me r&#233;ponse. Je conclus que mon homme est encore derri&#232;re moi et qu'il vaut mieux que je l'attende en d&#233;jeunant, raisonnement que mon estomac trouve parfait et &#224; la suite duquel je m'arr&#234;te &#224; Marcilloles, de 8 heures 20 &#224; 9 heures, apr&#232;s avoir franchi d'un trait 85 kilom&#232;tres. &#192; 9 heures toujours pas de cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route devenant plus plate et meilleure je me mets &#224; la grande multiplication (6m,04) et j'augmente mon train, j'atteins bient&#244;t Saint-Etienne de Saint-Geoirs, patrie de l'illustre Mandrin, gros bourg tr&#232;s pavois&#233;, le premier o&#249; le 14&#160;juillet se rappelle &#224; mon souvenir, puis Sillans, Beaucroissant et j'arrive sur un pont o&#249; aboutit la route de Lyon &#224; Grenoble qui m'avait paru si p&#233;nible, il y a deux ans, alors que j'avais form&#233; le ridicule projet d'aller en un jour de Lyon au col du Lautaret. Rives n'est pas loin, j'y plonge, c'est le cas de le dire, tant est rapide et soudaine la descente qui conduit au ruisseau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en voil&#224; un casse-cou&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pour remonter je prends 3m,30, mais le grimpillon est court et je ne tarde pas &#224; reprendre 6 m&#232;tres pour descendre (encore une descente dangereuse) sur Moirans et au-del&#224;. Quand on n'est pas press&#233;, on peut &#233;viter ce passage scabreux en allant faire le grand tour par Fure, quatre ou cinq kilom&#232;tres de plus mais on n'a pas besoin de num&#233;roter ses os. De Moirans &#224; Grenoble belle route facile et agr&#233;able en plein soleil par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le temps, brumeux tout le matin, a fini par s'&#233;lever, le vent du nord qui m'est devenu et va me rester favorable longtemps, a pris d&#233;cid&#233;ment le dessus et le beau temps est assur&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma machin&#233; roule sans bruit malgr&#233; la cuvette cass&#233;e et je me laisse aller au doux espoir de finir sans encombre mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup je m'entends h&#233;ler et bient&#244;t un cycliste m'accoste : Avez-vous une clef anglaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? --- A votre service. Je mets pied &#224; terre et fouille dans ma sacoche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un deuxi&#232;me cycliste arrive, compagnon du premier, le genou sanglant et le poignet band&#233;, cons&#233;quences peu graves heureusement d'une pelle ramass&#233;e entre Rives et Moirans. Ce sont deux jeunes Lyonnais mont&#233;s sur des bicyclettes l&#233;g&#232;res, sans frein et sans le moindre outil, ni pompe, ni n&#233;cessaire, ni clef anglaise. Ils m'avaient vu passer armes et bagages &#224; Moirans et se doutant bien que je devais &#234;tre muni de tout ce qui leur manquait, ils m'avaient poursuivi. Il s'agissait de remettre en place une p&#233;dale qui avait quitt&#233; son axe et je doute qu'ils aient pu y arriver d'une fa&#231;on satisfaisante parce que le filet du bout de l'axe &#233;tait en bien mauvais &#233;tat. Dans ce cas on en est quitte pour p&#233;daler sur l'axe, ce n'est pas tr&#232;s agr&#233;able, mais j'ai pu faire parfois ainsi 20 ou 30 kilom&#232;tres sans trop de peine, il m'est arriv&#233; m&#234;me de rentrer avec une seule p&#233;dale, accidents minuscules qui laissent un vieux routier indiff&#233;rent. &#192; Voreppe, par un sot amour-propre je m'obstine &#224; faire la mont&#233;e tr&#232;s raide avec le grand d&#233;veloppement. Deux cyclistes me suivaient, un autre cycliste montait &#224; pied, ce n &#233;tait pas le moment de flancher et puis vraiment, je ne la croyais pas si dure cette ascension &#224; Voreppe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente je file grand train les pieds au repos, mais au pied de la mont&#233;e suivante je me h&#226;te de l&#226;cher les 6 m&#232;tres et de prendre 4m,40. Que je ne conserverai pas longtemps, car apr&#232;s Fontanil il n'y a plus jusqu'&#224; Vizille de mont&#233;e perceptible et le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres n'est pas d&#233;plac&#233;. Depuis Voreppe on circule entre les massifs du Vercors et de la Grande Chartreuse et l'on commence &#224; faire connaissance avec les sommets escarp&#233;s &#233;trangement d&#233;coup&#233;s en ar&#234;tes, dents, crochets ou aiguilles qui n'ont rien de commun avec les croupes arrondies des collines que chez nous nous appelons montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais on ne voit pas encore de glacier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi moins 10 minutes j'entre &#224; Grenoble&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'y arr&#234;te pas, filant tout droit sur Pont-de-Claix afin de me rapprocher le plus possible avant d&#233;jeuner de La Mure, but de ma premi&#232;re journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aper&#231;ois &#224; Pont-de-Claix, sous de beaux ombrages &#224; droite, un restaurant propret &#8212; Caf&#233; du Globe si j'ai bonne m&#233;moire &#8212; je m'y arr&#234;te de midi et demi &#224; 2 heures et y d&#233;jeune bien &#224; ma fantaisie : haricots saut&#233;s, tomates crues, pommes frites, oseille et fruits, eau pure et caf&#233;, voil&#224; tout mon menu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et dire qu'il y a encore tant de bons esprits imbus du pr&#233;jug&#233; que sans viande et sans vin on ne peut fournir un travail consid&#233;rable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais voulu les avoir, deux heures plus tard, &#224; mes c&#244;t&#233;s, entre Vizille et Laffrey&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en fait de travail consid&#233;rable en voil&#224; un, je crois, ou je ne m'y connais pas, et ce n'est pas avec un estomac gav&#233; d'alcool et de viande qu'on pourrait en venir &#224; bout, imm&#233;diatement apr&#232;s avoir parcouru 158 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pont-de-Claix est pour les Grenoblois un but de promenade tr&#232;s gentil, de belles all&#233;es y conduisent les pi&#233;tons, une belle route qui l'ann&#233;e pass&#233;e &#233;tait d&#233;testable, mais qu'on r&#233;pare activement, y am&#232;ne cycles, voitures et automobiles, enfin un tramway et le chemin de fer y apportent les paresseux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les moyens de communication ne manquent pas, comme on le voit. Il y a beaucoup d'ombre et beaucoup d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le Drac et la Romanche se chargent d'y entretenir une &#233;ternelle fra&#238;cheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; deux heures, je remonte &#224; bicyclette et me dirige en fl&#226;nant et en faisant des haltes fr&#233;quentes sur Vizille o&#249; je ne tiens pas &#224; arriver trop t&#244;t. Je laisse ainsi &#224; la digestion le temps de se faire dans de bonnes conditions,.car il ne convient de n'aborder la dure c&#244;te de Vizille &#224; Laffrey qu'avec l'estomac enti&#232;rement libre, sous peine de congestion. Chemin faisant, je trouve encore une fois l'occasion de tirer d'embarras un cycliste qui vient de perdre le boulon de sa cha&#238;ne et qui me demande si je n'aurai pas par hasard, dans mes bagages de quoi la r&#233;parer sommairement. Je cherche, mais ne trouve rien qu'un bout de ficelle qui r&#233;sistera tout de m&#234;me pendant quelques kilometres jusqu'&#224; Vizille. Si je n'avais &#233;t&#233; fermement r&#233;solu &#224; farnienter j'aurais offert &#224; ce confr&#232;re en d&#233;tresse de le remorquer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n e&#251;t pas &#233;t&#233; la premi&#232;re fois et ce n'est pas une t&#226;che bien ardue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Vizille dont tous les habitants sont en f&#234;te, il n'est pas de fen&#234;tre qui n'ait son drapeau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de toutes les localit&#233;s y compris Grenoble, que j ai travers&#233;es ce jour-l&#224;, je n'en ai point va de plus pavois&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; est-ce &#224; cause de Casimir P&#233;rier dont le ch&#226;teau historique est le plus bel ornement de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens qui n'ont rien &#224; faire et qui paressent sur le pas des portes s'amusent &#224; &#233;piloguer sur le compte des gens qui passent. Le bagage que je trahie sur ma roue motrice, m'attire quelques observations, oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas m&#233;chantes, qui me prouvent qu'on n'est pas habitu&#233; &#224; voir des cyclotouristes en tenue de campagne et qu'on me prend pour un &#233;tranger. Cependant, je porte la coiffure alpine, le b&#233;ret bleu et non le casque en li&#232;ge et mon costume n'a rien d'exotique, mais c'est mon bagage qui, para&#238;t-il, n'est pas ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 3 heures et demie, je traverse le Drac et m'arr&#234;te &#224; une auberge qui se trouve exactement au pied de la fameuse rampe Vizille-Laffrey.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y bois une bouteille de limonade en pr&#233;vision de la su&#233;e qui m'attend et je place ma cha&#238;ne sur mon plus faible d&#233;veloppement 2m,5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;. Pendant que je fais mes pr&#233;paratifs de d&#233;part, le patron de r&#233;tablissement s'approche et me demande si j'ai s&#233;rieusement l'intention de faire la mont&#233;e sur ma bicyclette. &lt;br /&gt;&#8212; Dame, lui dis-je, je l'ai amen&#233;e ici dans ce but. &lt;br /&gt;&#8212; C'est que je n'ai vu encore que deux cyclistes qui aient pu arriver jusqu'au bout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous ceux qui l'essaient vont &#224; peine jusqu'au premier tournant (&#224; 100 m&#232;tres de l&#224;). &lt;br /&gt;&#8212; Bah, je vais toujours essayer &#224; mon tour, et puisqu'on voit d'ici le sommet de la c&#244;te regardez si je n'y suis pas dans trois quarts d'heure ou une heure au maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'y allai courageusement tout le temps, parfois rageusement, car il y a des passages v&#233;ritablement durs &#224; avaler, les cinq cents m&#232;tres par exemple qui suivent imm&#233;diatement le hameau que l'on atteint &#224; deux kilom&#232;tres environ du pont. D'un omnibus qui descendait plein de voyageurs, des bravos et des encouragements partirent &#224; mon adresse et tout le long du chemin je recueillis des &#233;loges quelquefois l&#233;g&#232;rement ironiques de gens qui doutaient fort que j'allasse jusqu'au bout. J'y arrivai pourtant en 50 minutes sans avoir mis pied &#224; terre une seule fois, mais non sans avoir &#233;t&#233; oblig&#233; &#224; plusieurs reprises de ralentir pour &#233;viter l'essoufflement et pour jouir aussi du magnifique panorama qui se d&#233;veloppe &#224; mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve. La selle oscillante me fut en cette circonstance d'un grand secours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis persuad&#233; que sans elle, je n'aurais pu accomplir cette performance. Les cyclistes poussant leur machine et les voitures mettent, m'a-t-on dit, 1 heure 45 pour gravir ces 6.400 m&#232;tres de rampe continue &#224; 9 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en moyenne et qui &#224; certains endroits va certainement &#224; 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. C'est une des plus rudes mont&#233;es que j'aie jamais faites, elle est comparable &#224; celle de la Tronche au col de Portes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne serait pas prudent de l'entreprendre avant de s'&#234;tre un peu &#233;chauff&#233; et d'avoir pr&#233;par&#233; le c&#339;ur &#224; ce travail exceptionnel. Chemin faisant, je me demandai s'il &#233;tait r&#233;ellement plus avantageux de faire de telles c&#244;tes en machine qu'&#224; pied et la question peut &#234;tre mise en discussion. Pour des raidillons de quelques centaines de m&#232;tres je r&#233;pondrais sans h&#233;siter : il vaut mieux aller &#224; pied et pousser sa machine, mais pour des c&#244;tes de cette longueur, mon avis est qu'il vaut mieux les faire en machine quitte &#224; suer un peu plus que d'habitude. Dix minutes de repos au sommet vous remettent en meilleur &#233;tat que celui qui arrive apr&#232;s avoir pouss&#233; pendant deux heures, travail qui n'est pas n&#233;gligeable et qui fait suer aussi et vous conservez n&#233;anmoins sur celui-ci une heure d'avance. Quelle que soit la lenteur avec laquelle on p&#233;dale, on peut tabler, sauf cas exceptionnels, sur une vitesse double de celle de la marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'entends par cas exceptionnels la mont&#233;e Vieille-Laffrey par exemple avec violent vent contraire ou avec soleil tropical&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais favoris&#233; par le vent et par l'ombre de la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; cela, j'avoue que c'&#233;tait dur. Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, je fus bien r&#233;compens&#233; de cet instant de fatigue parle d&#233;licieux trajet de Laffrey &#224; La Mure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne connais rien de plus charmant, pas de paysage plus po&#233;tique, pas de route aussi agr&#233;able pour un cycliste. On c&#244;toie trois lacs successifs dont le premier, le lac de Laffrey, est incontestablement le mieux fait pour plaire. Je m'arr&#234;tai un instant sur ses bords pour me calfeutrer de journaux, l'air &#224; ces hauteurs devenant tr&#232;s frais, et pour admirer l'encadrement verdoyant &#224; droite, gris&#226;tre &#224; gauche que la nature a mis autour de ces eaux limpides et d'un bleu intense. La route s'avance vers La Mure par une succession de mont&#233;es faibles et de descentes suffisantes pour vous entra&#238;ner &#224; un train de prince, mais sans danger. Il y avait bien &#231;&#224; et l&#224; des b&#234;tes &#224; cornes et des moutons paissant sur les bords, mais les bergers avaient soin de les &#233;carter de la chauss&#233;e et je passais rapide comme une automobile, les pieds au repos mais toujours le frein sous la main et le pied pr&#234;t &#224; s'appuyer sur le bandage de la roue directrice, une fa&#231;on de freiner qui en vaut une autre et qui exige simplement un peu de pratique pour &#233;viter le coincement de la pointe du soulier sous la t&#234;te de fourche.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 heures, j'entrai &#224; l'H&#244;tel de la Gare, la premi&#232;re maison que l'on trouve en arrivant &#224; droite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; M.&#160;de Baroncelli recommande cet h&#244;tel et apr&#232;s lui j'en viens faire l'&#233;loge : le patron, M.&#160;Marron est un excellent homme plein de pr&#233;venances pour ses clients et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Marron s'entend merveilleusement &#224; pr&#233;parer le potage aux l&#233;gumes, avec beaucoup de l&#233;gumes. Je passai &#224; La Mure une excellente soir&#233;e et une bonne nuit malgr&#233; le tapage nocturne qui est le fatal corollaire de toute f&#234;te, nationale ou non. D&#232;s mon arriv&#233;e apr&#232;s avoir fait un brin de toilette, j'avais visit&#233; la ville et recueilli quelques renseignements sur la route que j'aurais &#224; suivre le lendemain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est proprette, gaie et tout y respire l'aisance qu'apporte un flux incessant de visiteurs et de touristes. L'H&#244;tel de Ville &#233;tale sa superbe fa&#231;ade en face de la route qu'elle semble barrer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des breaks d'excursion &#224; trois et quatre banquettes d&#233;barquent leurs voyageurs, les caf&#233;s sont garnis de consommateurs et le vent du Nord, froid pour tous ceux qui n'ont pas franchi 180 kilom&#232;tres dans la journ&#233;e mais qui ne me para&#238;t que rafra&#238;chissant, fait ondoyer les drapeaux tricolores. Les renseignements que je sollicite tant sur les distances que sur les difficult&#233;s de ma route du lendemain me sont fournis de la meilleure gr&#226;ce du monde par M.&#160;Marron et par un tr&#232;s obligeant voyageur de commerce descendu au m&#234;me h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un funeste hasard veut que je n'en profite pas et que d&#232;s le premier kilom&#232;tre le lendemain matin je commette une lourde gaffe qui m'a valu au moins 12 kilom&#232;tres de rabiot &#224; travers des chemins impossibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quatre heures du matin le 15&#160;juillet je quitte l'h&#244;tel de la Gare sans tambour ni trompette, mais avec une copieuse jatte de riz dans l'estomac, lest qui me permet de travailler plusieurs heures &#224; l'abri de la fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je tourne &#224; gauche en face de l'h&#244;tel Pelloux, puis &#224; un croisement de routes sans consulter ni ma carte ni le poteau qui se dresse devant moi, je tourne &#224; droite. Quos vult perdere Jupiter dementa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'&#233;tais tout &#224; la joie de la descente qui m'entra&#238;ne, des kilom&#232;tres durant, jusqu'&#224; un pont supendu, hardiment jet&#233; sur un torrent mugissant &#224; deux cents m&#232;tres plus bas entre deux parois lisses de rochers. La descente avait eu lieu &#224; travers bois et pr&#233;s et je me trouvais soudain en pr&#233;sence de la nature sauvage et abrupte. Quel &#233;tait ce torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? le Drac sans doute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je traverse le pont &#224; pied et d&#233;ploie ma carte. Je ne reconnais pas mon erreur car un malicieux caprice de dame nature a voulu que les deux ponts, celui o&#249; je me trouve, sans m'en douter, et celui o&#249; je devrais me trouver soient l'un et l'autre plac&#233;s, par rapport aux torrents qu'ils surplombent, dans la m&#234;me orientation. Tiens, ce n'est pas le Drac, c'est la Bonne et je compare ironiquement les minces filets bleus qui d&#233;signent indistinctement sur la carte les torrents royaux des Alpes et les ruissel&#233; que j'ai travers&#233;s la veille dans la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce n'&#233;tait pas la Bonne, c'&#233;tait bien le Drac que je franchissais de si haut sur ce pont fragile et le hasard m'avait conduit &#224; l'un des sites les plus extraordinaires que l'on puisse voir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme &#224; l'&#233;poque des grandes eaux ce torrent doit monter avec rapidit&#233; dans un lit aussi &#233;troit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La route en remontant sur la rive gauche longe pendant quelque temps le Drac, &#224; peine prot&#233;g&#233;e contre l'attirance du gouffre par un faible parapet de pierre, fenestr&#233; &#231;&#224; et l&#224; pour le passage des eaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai repli&#233; ma carte et je continue avec le d&#233;veloppement de 3m,30 jusqu'au prochain village qui doit &#234;tre, un peu &#224; droite de la route, Saint-Laurent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or me voici tout &#224; coup dans un village &#224; cheval sur plusieurs routes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; personne ne se montre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfile une belle avenue bord&#233;e de beaux peupliers et je descends jusqu'&#224; un petit ruisselet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; &#231;a remontait assez durement, je r&#233;examine la carte et des doutes enfin s'&#233;l&#232;vent en mon esprit. Dare dare, je rebrousse chemin jusqu'au village et j'interroge : &lt;br /&gt;&#8212; Suis-je bien ici &#224; Saint-Laurent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br /&gt;&#8212; Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais non, vous &#234;tes &#224; Saint-Jean- d'H&#233;rans.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un rapide coup d'&#339;il sur la carte je reconnais ma position et mon erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne puis pourtant pas me r&#233;soudre &#224; remonter &#224; La Mure et je demande des renseignements sur l'&#233;tat des chemins d'abord et de la route ensuite qui conduisent de Saint-Jean-d'H&#233;rans &#224; Corps. On me donne ma direction, ce qui ne m'emp&#234;che pas de me tromper deux ou trois fois et de revenir sur mes pas pour demander de plus amples informations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; ce man&#232;ge, je perds une heure avant d'atteindre par Saint-S&#233;bastien la route de Afens &#224; Corps. Cette route est bonne comme sol et convenable comme trac&#233;, mais elle est oblig&#233;e de franchir plusieurs ravins successifs assez profonds, et dame, il faut bien qu'elle descende pour remonter ensuite. Le paysage est nouveau : &#224; droite se dresse un rocher anguleux qui cache encore en ses replis des paquets de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil qui jusqu'alors s'&#233;tait tenu coi derri&#232;re les nuages s'en d&#233;gage et projette quelques rayons sur ces rochers neigeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'effet est tr&#232;s heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche s'&#233;tend parall&#232;lement &#224; la route la d&#233;pression profonde dans laquelle coule le Drac.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la Croix de la Pigne o&#249; un chien hargneux, que je fus oblig&#233; d'&#233;loigner d'un coup de revolver, fit tout ce qu'il put pour me saisir le mollet, je plongeai par une s&#233;rie de lacets tr&#232;s serr&#233;s jusqu'au pont du Sante t et traversai pour la deuxi&#232;me fois le Drac &#224; son entr&#233;e dans la gorge rocheuse, plus resserr&#233;, plus grondeur, plus furieux que je ne l'avais vu deux heures auparavant. Je recommande cette route et ces deux ponts aux amateurs du pittoresque farouche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'en voit pas souvent de semblables et je ne regrette pas le d&#233;tour involontaire qui me for&#231;a &#224; y passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout du pont commence une mont&#233;e dure de 3 kilom&#232;tres jusqu'&#224; Corps, je la fais avec 3m,30 et j'avais d&#233;j&#224; laiss&#233; 2 kilom&#232;tres derri&#232;re moi lorsqu'une malencontreuse &#233;pine perfore mon pneu de devant qui se d&#233;gonfle presque incontinent, je finis &#224; pied la mont&#233;e et entre &#224; Corps en tenant mon cheval par la bride. Pendant qu'on me pr&#233;pare au Caf&#233; des Alpes &#224; d&#233;jeuner, je r&#233;pare en quelques minutes mon Michelin bless&#233;. Cependant le temps passe et huit heures sonnent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais d&#251; &#234;tre &#224; Corps &#224; 6 heures et j'aurais en le temps de monter jusqu'&#224; La Salette qui n'est qu'&#224; 6 kilom&#232;tres de l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Corps &#224; huit heures et demie apr&#232;s avoir appris que Gap est distant de 38 kilom&#232;tres et que la route n'est pas fameuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je compte bien cependant &#234;tre &#224; Gap &#224; onze heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est mauvaise, en effet, &#224; la descente comme &#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les eaux qui descendent des montagnes l'ont &#224; certains endroits tellement ravin&#233;e ou ensabl&#233;e qu'il faut, bon gr&#233; mal gr&#233;, mettre pied &#224; terre, surtout &#224; la hauteur de Saint-Firmin et au passage de la Severaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tout &#224; coup, comme par enchantement un ou deux kilom&#232;tres avant Chauffayer, la route se transforme et des pires passe parmi les meilleures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour la troisi&#232;me fois depuis le matin je traverse le Drac qui se pr&#233;sente ici sous un aspect relativement d&#233;bonnaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la largeur de son lit on voit bien jusqu'&#224; quelle imp&#233;tuosit&#233; il peut aller, mais ce jour-l&#224; rien ne le met en col&#232;re et il serpente sans grande h&#226;te &#224; travers sables et galets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route toujours tr&#232;s bonne remonte le Drac qu'elle touche presque constamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vaguement ondul&#233;e elle me fournit de temps en temps l'occasion d'une descente pieds au repos, exercice que j'affectionne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par exemple elle manque d'ombrage et le soleil devient d'un chaud mais d'un chaud qui m'oblige a recourir aux grands moyens et &#224; me coiffer sous mon b&#233;ret d'un mouchoir mouill&#233; que je retremperai dans l'eau tous les dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau ne manque pas heureusement, &#224; chaque instant, je traverse de petits ou de gros ruisseaux, dont une partie est d&#233;riv&#233;e dans le foss&#233; qui borde la route, de sorte que je me sens presque rafra&#238;chi par le constant gazouillis de l'eau qui court &#224; mes c&#244;t&#233;s. Bient&#244;t j'aper&#231;ois &#224; ma gauche de l'autre c&#244;t&#233; du torrent, perch&#233; &#224; mi-coteau, un gros bourg Saint-Bonnet et, non loin de l&#224;, je m'&#233;loigne du Drac que je ne reverrai plus, et devant une mont&#233;e passablement raide (7 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) de 1 &#224; 3 kilom&#232;tres, je mets pied &#224; terre &#224; Bruttinet pour passer de 4m,40 &#224; 2m,50&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les voitures prennent l&#224; des renforts, mon tout petit d&#233;veloppement m'en tiendra lieu et je marcherai encore &#224; 8 ou 9 kilom&#232;tres (cadence de 50 &#224; 60 tours de p&#233;dale &#224; la minute).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis du reste condamn&#233; &#224; n'user pour le restant de mon voyage que de mes deux multiplications de droite 4m,40 et 2m,5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; celles de gauche, c&#244;t&#233; de la cuvette bris&#233;e, 6m,04 et 3m,30 dont j'ai voulu &#224; diverses reprises me servir, d&#233;terminent dans la partie malade du moyeu un frottement suspect dont je ne m'explique que trop la cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or comme je crains en d&#233;montant la roue de ne pouvoir remettre les choses en &#233;tat et d'&#234;tre oblig&#233; de revenir par le train, je fais comme les malades qui pr&#233;f&#232;rent vivre avec leur maladie et se soumettre &#224; ses caprices plut&#244;t que d'aller voir le m&#233;decin et conna&#238;tre par lui l'&#233;tendue du mal dont ils souffrent de crainte de ne pouvoir ensuite le supporter. Je ne contrarierai donc pas cette coquine de cuvette en lui imposant un travail qui la fait ronfler et j'irai tant que &#231;a ira, m'en remettant &#224; la Providence du soin de ne pas me laisser dans un trop grand embarras&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me h&#226;te de reconna&#238;tre qu'elle s'en est bien acquitt&#233;e et de la remercier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir bien su&#233; sous mon mouchoir mouill&#233;, je me trouve au haut de la rampe &#224; Laye&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e persiste mais tr&#232;s mod&#233;r&#233;e et je reprends 4m,40 jusqu'au col Bayard (alt. 1246). J'avais d&#233;j&#224; les pieds au repos et j'allais me livrer &#224; l'ivresse d'une descente de plusieurs kilom&#232;tres quand un large poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; attire mes regards. Diable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! est-ce que ce serait une descente dangereuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'appuie le bout du pied sur mon pneu d'avant et je stoppe en quelques m&#232;tres. Un passant s'&#233;tait arr&#234;t&#233; d&#233;j&#224; pour voir jusqu'o&#249; irait mon imprudence. Il parut satisfait de me voir mettre pied &#224; terre et avant m&#234;me que je l'interroge il me crie : La descente est mauvaise, prenez garde aux tournants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfait, ce me sera donc une premi&#232;re occasion pour me servir de mon frein facultatif &#224; sabot sur la roue motrice qui depuis le d&#233;part pend sous ma selle, je l'installe en un clin d'&#339;il et je bille vigoureusement, &#224; tel point que malgr&#233; la raideur de la pente je ne bouge pas de place&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;tords la corde et prends une allure de 10 ou 12 kilom&#232;tres &#224; l'heure que j'augmente graduellement &#224; mesure que je me familiarise avec cette descente qui a en effet de tr&#232;s mauvais tournants mais dont la d&#233;clivit&#233; ne me semble pas d&#233;passer 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. L'estimation du pourcentage d'une pente est plus difficile &#224; la descente qu'&#224; la mont&#233;e. Inutile de dire que je n'ai pas cess&#233; d'avoir les pieds sur les repose-pieds et que je ne me suis pas fatigu&#233; une minute &#224; contrep&#233;daler, travail n&#233;gatif, absurde &#224; mon avis.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'entre &#224; Gap &#224; 11 heures moins le quart, bien en retard sur mes pr&#233;visions de la veille et comme, chemin faisant, j'ai modifi&#233; mon itin&#233;raire de retour qui, du Lautaret me ramenait &#224; Grenoble par une route d&#233;j&#224; parcourue l'ann&#233;e pass&#233;e, et qui du Lautaret me conduira par le Galibiers &#224; Chamb&#233;ry, je me d&#233;cide &#224; prendre le train quelque part entre Gap et Brian&#231;on afin d'aller coucher au Mon&#233;tier-de-Brian&#231;on. Je passe devant la gare o&#249; je reviendrai tout &#224; l'heure m'informer de l'heure des trains et vais faire le tour de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques places, des statues, de nombreux soldats, puis d'&#233;troites ruelles o&#249; je m'enfonce au petit bonheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive devant un &#233;chafaudage qui me cache la cath&#233;drale et je tombe en plein march&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profite pour remplir mon sac de p&#234;ches, de raisins et de g&#226;teaux, &#233;l&#233;ment du repas que je prendrai dans un moment sur les bords bien ombrag&#233;s d'un limpide ruisselet et je me rends &#224; la gare o&#249; j'apprends d'un employ&#233; que le premier train pour Brian&#231;on ne partira pas avant 2 heures ou 2 heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; venant d'un employ&#233; c'est un peu vague mais cela me suffit. Tout est pour le mieux, j'aurai donc le temps d'aller l'attendre &#224; quelque station interm&#233;diaire et comme ma route passe justement &#224; deux pas de l&#224;, je remets ma veste sur le guidon, je rattache mon frein sous la selle et je pars sous toute petite voilure toujours avec le vent dans le dos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 11 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non loin de Gap je m'arr&#234;te pour me doucher, manger mes fruits et mes g&#226;teaux, faire la sieste et je ne me mets r&#233;solument en selle qu'&#224; midi et demi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un beau brin de route, ma foi, qui m'a fourni bien des occasions de descentes &#224; folle allure et que je reparcourrais volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis quelque temps je n'ai rien dit du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est constamment fort beau bien que relativement peu vari&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pics neigeux sont spectacle fr&#233;quent entre Corps et Gap et les hauts sommets m'entourent tant&#244;t secs, arides, gris, ternes, farouches, tant&#244;t bois&#233;s, verdoyants, fertiles, riants, cela d&#233;pend du c&#244;t&#233; o&#249; l'on regarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La B&#226;tie-Neuve, le premier village que je traverse, a conserv&#233; son vieux ch&#226;teau-fort qui s'allonge d&#233;cr&#233;pit sur le bord m&#234;me de la route et, qui doit &#234;tre bien surpris de voir passer des cyclistes o&#249; pass&#232;rent autrefois les destriers des grands seigneurs ou les haquen&#233;es des &#233;v&#234;ques se rendant &#224; Brian&#231;on. &#192; Chor&#233;es je me rafra&#238;chis rapidement &#224; une fontaine &#224; double bec qui coule &#224; l'entr&#233;e du village car je commence &#224; esp&#233;rer que je puis arriver &#224; Embrun avant le train et plus j'irai loin plus je serai enchant&#233; tant la route est belle et le pays agr&#233;able. Mais voici qu'en sortant de Chorges un mauvais g&#233;nie ou pour mieux dire ma carte d'&#201;tat-major m'induit en erreur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu de prendre &#224; droite et de suivre le ruisseau des Moullettes je me fie au trac&#233; de la carte et file droit devant moi. Quel changement soudain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la route est empierr&#233;e d'une &#233;trange fa&#231;on et l'herbe y pousse entre les cailloux, on dirait une route abandonn&#233;e dans le genre de celle de Saint-Etienne au Puy. Elle descend pourtant et sa direction correspond &#224; celle de la carte, je tourne &#224; gauche, la pente s'accentue et le sol devient impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je ne m'arr&#234;te pas pour si peu et les pieds sur les p&#233;dales pour amortir les chocs je passe o&#249; personne ne passe plus et je fais lever devant moi des geais et autres oiseaux sauvages qui se tiennent g&#233;n&#233;ralement loin des lieux fr&#233;quent&#233;s. La pente n'est pas tr&#232;s rapide, quel dommage que je ne puisse la d&#233;valer &#224; toute vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De temps &#224; autre j'aper&#231;ois la Durance vers laquelle je plonge et que je vais remonter jusqu'&#224; Brian&#231;on. Enfin me voici au bout de mes peines, je traverse le chemin de fer et d&#233;bouche sur la grande route. J'apprends alors d'une bonne femme qui sort de sa maisonnette que je suis venu par l'ancienne route et que j'aurais d&#251; &#224; Chorges prendre la nouvelle route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; presque tous les cyclistes qui descendent font comme moi... Vous avez souffri, pauvre monsieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! conclut-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous crois, que j'ai souffri&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! moins pourtant que si au lieu de descendre il avait fallu monter. Tout est bien qui finit bien, mais l'&#233;diteur des cartes au 1/200000 de l'&#201;tat- major ne ferait pas mal de rectifier le trac&#233; de la route de Chorges &#224; la Durance, il y a plus de dix ans que cette rectification devrait &#234;tre faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le Drac peut se dire torrent royal, la Durance a le droit de se qualifier torrent imp&#233;rial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est de belle venue et quand je la traverse au pied de Sapines elle est impressionnante par le tumulte de ses eaux &#233;cumantes : or, il para&#238;t qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; si calme et qu'il faut la voir au moment des crues soudaines du printemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Savines en grimpant pour redescendre ensuite et regrimper : je ne fais que pela depuis Gap mais pour finir on descend plus que l'on ne monte, le pont de la Durance &#224; Embrun &#233;tant sensiblement plus bas que Gap. Tout &#224; coup et en pleine descente halte et pied &#224; terre : la route a &#233;t&#233; emport&#233;e par quelque trombe et l'on passe dans une sorte de lit de torrent &#224; sec, pendant quelques centaines de m&#232;tres, puis la route redevient tr&#232;s belle et la descente en ligne droite reprend jusqu'au village des Crottes que j'aper&#231;ois au loin. Personne sur la roule ensoleill&#233;e. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cette fois rien ne m'emp&#234;che de me laisser emporter avec l&#224; vitesse d'un train express&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pieds au repos et t&#234;te baiss&#233;e je roule, je glisse, je plonge...vraiment je ne croyais pas si bien dire, ma bicyclette plonge en effet jusqu'au moyeu dans les eaux tr&#232;s imp&#233;tueuses d'un torrent dont on a tout tranquillement creus&#233; le lit &#224; travers la route. J'aurais peut-&#234;tre bien eu le temps de m'arr&#234;ter et de passer sur le trottoir inond&#233; lui aussi, mais &#224; quoi bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? puisque les voitures y passent j'y passerai bien aussi et je n'ai pas m&#234;me serr&#233; le frein, je maintiens fortement mon guidon pour que le courant ne me fasse pas d&#233;vier et je passe sans me mouiller les pieds. Les roues, par contre, entra&#238;nent deux gerbes d'eau qui m'inondent l'une le dos, l'autre les jambes, douche compl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d&#251;ment crott&#233; j'arrive aux Crottes d'o&#249; je descends plus lentement jusqu'&#224; la Durance, laissant au soleil le soin de me s&#233;cher, soin dont il s'acquitte du reste promptement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En levant les yeux j'aper&#231;ois alors Embrun perch&#233; comme une citadelle sur un rocher tr&#232;s &#233;lev&#233; et &#224; pic du c&#244;t&#233; de la Durance. Voil&#224; une ville qui n'a pas d&#251; exiger de grands travaux d'art pour &#234;tre fortifi&#233;e et cette position exceptionnelle a d&#251; &#234;tre tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e au bon vieux temps quand on se battait &#224; coups de matraque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je grimpe &#224; Embrun-Gare avec 4m,40 du 5% environ pendant 2 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une automobile descend &#224; fond de train en cornant, teuf-teufant et m'empoussi&#233;rant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faut-il dire que c'est la premi&#232;re fois que je rencontre un de ces v&#233;hicules et que je n'en verrai aucun dans les parties accident&#233;es de mon itin&#233;raire. Je ne crois pas que le moto-tourisme soit m&#251;r de sit&#244;t et il y a encore bien &#224; faire pour rendre ces instruments pratiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut surtout sortir de la voie o&#249; l'on s'engage de plus en plus et cesser de travailler en vue des courses de vitesse, sinon on court le risque de faire de l'automobile ce qu'on a fait de la bicyclette : un jouet inutilisable pour tout service pratique et utilitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous venons de voir passer &#224; Saint-&#201;tienne les d&#233;bris de la grande course du Tour de France organis&#233;e par le Matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur 66 partants, il n'en est pass&#233; que 20 &#224; Saint-Etienne et ce n'&#233;tait que la troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lorsque les quatre derni&#232;res &#233;tapes auront d&#233;cim&#233; &#224; leur tour ces vingt braves je me demande combien rentreront &#224; Paris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cinq peut-&#234;tre &#224; moins que par un truquage habile on ne comble le d&#233;ficit. Ce pi&#232;tre r&#233;sultat confirme ce que je viens de dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends &#224; 2 heures 1/2 devant le caf&#233; de la Gare o&#249;, en attendant le d&#233;part du train &#224; 3 heures 20 je trempe quelques tranches de pain dans une tasse de caf&#233;, combustible pour la fin de l'&#233;tape. Le train m'emporte &#224; une vitesse tr&#232;s mod&#233;r&#233;e et en voyant par la porti&#232;re la route toujours belle suivre la pente de la voie tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, je me prends &#224; regretter de l'avoir quitt&#233;e et je me promets de la suivre quelque jour. Il y a &#231;&#224; et l&#224;, de tr&#232;s beaux points de vue : Mont-Dauphin, montagne cr&#233;nel&#233;e, Saint-Cr&#233;pin, village perch&#233; sur un monticule et dont les maisons sont serr&#233;es les unes contre les autres comme des moutons qui se seraient r&#233;fugi&#233;s sur un tertre pour &#233;chapper &#224; inondation, les gorges au fond desquelles gronde la Durance &#224; la hauteur de l'Argenti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout est &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 5 heures r/4, le train entre en gare, et d&#233;barquent quelques cyclotouristes admirablement &#233;quip&#233;s, aupr&#232;s desquels je fais triste figure, des alpinistes arm&#233;s de pied en cap et des soldats. Brian&#231;on est une ville essentiellement militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la langue nous ait &#233;t&#233; donn&#233;e pour nous en servir, je n&#233;glige vraiment un peu trop de faire usage de cet appendice, cela m'a d&#233;j&#224; valu quelques kilom&#232;tres de suppl&#233;ment et cela me vaut encore l'agr&#233;ment de monter au sommet de la ville et d'en redescendre pour y regrimper illico. &#192; la premi&#232;re ascension, je ne vais pas assez loin pour apercevoir l'amor&#231;age de la route du Lautaret, je ne trouve personne pour me renseigner et craignant une erreur, je redescends jusqu'&#224; un chemin que m'indique ma carte et qui va &#224; Forville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'allais m'y engager lorsqu'un cycliste du pays a l'obligeance de m'arr&#234;ter et de m'avertir que ce chemin est tr&#232;s mauvais et que j'aurais meilleur compte &#224; aller rejoindre la route d'en haut. &lt;br /&gt;&#8212; Mais j'en viens et ne l'ai pas vue. &lt;br /&gt;&#8212; C'est sans doute que vous n'&#234;tes pas all&#233; assez loin. Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; &#224; la route qui descend &#224; Brian&#231;on et qui, d'apr&#232;s ma jugeotte devait co&#239;ncider avec celle du Lautaret, laquelle au contraire, aboutit &#224; deux cents m&#232;tres au-dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mont&#233;e n'est heureusement pas bien terrible, non plus que celle qui m&#232;ne au Mon&#233;tier-de-Brian&#231;on et je conserve le d&#233;veloppement de 4m,40 que je n'ai pas eu &#224; changer depuis Laye et que je garderai jusqu'au Lautaret.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route jusqu'au Mon&#233;tier est tr&#232;s bonne, et le paysage n'est plus seulement beau, il devient imposant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on approche des glaciers et des solitudes &#233;ternelles que trouble seul le bruit des avalanches et qu'irrite pendant quelques mois d'&#233;t&#233; le grattement des piolets taillant des marches dans la neige, prise de possession intermittente de l'homme qui pense ainsi se montrer le ma&#238;tre de la nature alors qu'il n'en est que le jouet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse plusieurs villages ou hameaux ayant tous un cachet ind&#233;niable de parent&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont partout les m&#234;mes maisons grises aux toits fortement pont&#233;s, c'est le m&#234;me clocher massif carr&#233; presque jusqu'au haut et surmont&#233; d'une pointe &#233;cras&#233;e, tr&#232;s diff&#233;rent des clochers sveltes, &#224; fl&#232;ches &#233;lanc&#233;es, de la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette architecture est-elle vraiment n&#233;cessit&#233;e par les neiges ou bien est-ce simplement par routine qu'on construit aujourd'hui comme on construisait il y a cinq cents ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'on voit pourtant au Mon&#233;tier des maisons en tout semblables aux n&#244;tres et qui ont l'air de r&#233;sister tr&#232;s bien aux intemp&#233;ries.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon admiration pour la nature inviol&#233;e aupr&#232;s de laquelle je passe, ne m'emp&#234;che pas de songer aux prescriptions de l'hygi&#232;ne, et un joli ruisseau qui cascade &#224; ma droite, me fournit l'occasion d'une jolie douche, apr&#232;s laquelle je me bouchonne vigoureusement et me calfeutre de journaux, le vent fra&#238;chit &#224; mesure que le soleil s'abaisse et il s'agit d'&#234;tre prudent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien en effet, dans les pratiques de l'hygi&#232;ne par l'hydroth&#233;rapie, n'est aussi pr&#232;s du mal que le bien : une fausse man&#339;uvre et vous voil&#224; sur le flanc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mon&#233;tier o&#249; j'entre &#224; 6 heures 40, 1 heure 1/4 apr&#232;s avoir quitt&#233; Brian&#231;on, est plein de soldats&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les uns jouent aux boules, les autres font leur lessive, ceux-ci se prom&#232;nent en fumant, ceux-l&#224; vaquent aux besoins du service. Leur pr&#233;sence met quelque animation dans ce bourg, qui, sans eux, serait morne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un habitant m'indique l'h&#244;tel Allier &#224; gauche, presque &#224; l'extr&#233;mit&#233; du village. J'y suis tr&#232;s bien accueilli, et apr&#232;s avoir chang&#233; de linge, je vais, en attendant l'heure du repas, faire un tour dans le village : c'est l'heure o&#249; le b&#233;tail revient des p&#226;turages, les puissants mufles des ruminants barbotent une derni&#232;re fois dans les ruisseaux o&#249; l'eau coule &#224; pleins bords, et ces braves b&#234;tes dont je vais go&#251;ter l'excellent lait paraissent entrer &#224; regret dans l'&#233;table, je comprends &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mis &#224; table &#224; huit heures, bien repos&#233; et dispos&#233; &#224; faire grand honneur au menu v&#233;g&#233;tarien que j'avais demand&#233; : potage aux l&#233;gumes, beurre, tomates, &#233;pinards, riz et fruits, lait chaud &#224; discr&#233;tion. L&#224;-dessus j'allai faire une promenade de digestion, au cours de laquelle je vis soudain un beau croissant de lumi&#232;re descendre entre deux pointes de rochers dans le massif du Pelvoux et la lune &#233;clairait d'une fa&#231;on &#233;trange la neige qui &#233;tincelait mollement, sans fulgurance, sous cette blafarde clart&#233;. Cette vision dura peu et l'ombre se fit plus profonde quand Ph&#233;b&#233; eut disparu parmi les ar&#234;tes innombrables et inaccessibles qui percent les glaciers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne fis qu'un somme et 4 heures sonnaient quand je m'&#233;veillai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma chambre &#233;tait vaste, a&#233;r&#233;e, le lit d'une propret&#233; irr&#233;prochable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je laissai toute la nuit, suivant mon habitude, la fen&#234;tre ouverte afin de respirer un air constamment pur et je me trouvai, musculairement parlant, au moment d'entreprendre ma troisi&#232;me &#233;tape dans les meilleures conditions possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
En guise de premier d&#233;jeuner, j'absorbai la p&#226;t&#233;e de riz r&#233;glementaire, arros&#233;e d'une tasse de th&#233; froid, et je partis sous un ciel d'une puret&#233; divine, dans une atmosph&#232;re d'une limpidit&#233; parfaite, sur une route excellente encadr&#233;e par les tableaux les plus grandioses que nous ait encore offerts le Cr&#233;ateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici qu'une fl&#232;che d'or, passant &#224; des milliers de m&#232;tres au-dessus de ma t&#234;te, vint frapper avec tant de violence la cime des rochers neigeux que la lune caressait quelques heures auparavant, qu'il en jaillit des gerbes d'&#233;tincelles ensanglant&#233;es. Le roi du monde, le magnifique dispensateur de lumi&#232;re, de chaleur et de vie, le soleil lan&#231;ait ses premiers rayons, dardait ses premi&#232;res flammes et la nature s'&#233;veillait. La gorge o&#249; je rampais m'en parut plus sombre et mes yeux cherchaient en haut la lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des cyclistes &#224; qui la solitude p&#232;se et qui pr&#233;f&#232;rent rester chez eux plut&#244;t que de s'en aller seuls par les grands chemins &#224; la recherche de sensations nouvelles, de spectacles invus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les plains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Admirer &#224; deux est assur&#233;ment pr&#233;f&#233;rable, surtout quand l'un s'appelle Jeunesse et que l'autre se nomme Amour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais admirer seul vaut encore mieux que ne pas admirer du tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La magnificence du spectacle fut courte, les flamboyants reflets, les lueurs fulgurantes s'&#233;teignirent peu &#224; peu et la neige reprit sa face morne et froide bien qu'&#233;clatante sous les feux qui la d&#233;vorent et qui la transforment en eau et en vapeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dalais nonchalamment mais sans faiblesse d'autant plus que la rampe n'est pas forte, qu'il faisait frais et que j'&#233;tais tr&#232;s dispos, mais je ne me pressais pas par exemple et mettais pour un rien pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans chaque ruisseau j'allais plonger les mains ou les l&#232;vres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fleur me plaisait, je la cueillais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une croix plant&#233;e sur le bord du talus attira mon attention. Ici, m'apprit l'inscription qu'elle portait, mourut le 23&#160;mai 1865, &#224; l'&#226;ge de 33 ans (le nom m'&#233;chappe). Et de penser comment et pourquoi cet homme &#233;tait mort l&#224; occupa un instant ma pens&#233;e. Est-il une place ici-bas, aussi &#233;troite soit-elle qui n'ait encore vu mourir un homme et la terre que nous remuons, le sol sur lequel nous marchons, l'air que nous respirons, est-ce que tout cela n'est pas fait en grande partie de poussi&#232;re humaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un tunnel puis un autre sur lequel passe un lit de torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils sont courts et &#233;clair&#233;s par des ouvertures lat&#233;rales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive au Lautaret sans avoir vu le chemin du Galibier et je suis oblig&#233; de redescendre d'un bon kilom&#232;tre et demi, voil&#224; ce que c'est que d'&#234;tre distrait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est un peu la faute du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui devrait placer &#224; l'embranchement de ce chemin presque muletier un poteau indicateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas, on le sait, faire les mont&#233;es &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais cette fois je m'incline devant 14% d'inclinaison et un sol mouvant sur lequel jamais rouleau n'a pass&#233;. Ce serait du reste un sacril&#232;ge que de se h&#226;ter &#224; franchir les cinq ou six kilom&#232;tres qui me s&#233;parent du col du Galibier alors que derri&#232;re moi, devant moi, autour de moi je ne d&#233;couvre que de merveilleux panoramas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh que vois-je&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? des traces toutes r&#233;centes de bicyclettes : tout &#224; l'heure je me suis entendu licier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis devanc&#233; par des confr&#232;res qui ont pass&#233; la nuit au Lautaret. Bravo, vive le cyclotourisme. Que n'y a-t-il aussi par l&#224; quelques motocyclistes et quelques chauffeurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, les p&#244;vres, quelle triste figure ils feraient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe tr&#232;s peu rassur&#233; &#224; c&#244;t&#233; de b&#234;tes &#224; cornes qui me font de gros yeux et qui paissent autour de mis&#233;rables huttes qu'on d&#233;core du nom de chalets : la pente, un moment apr&#232;s, s'adoucit un peu et j'essaie de finir la mont&#233;e avec mon d&#233;veloppement de 2m,50, ce n'est, en somme, pas plus dur que la c&#244;te Vizille-Laffrey et ce n'est pas long, car je me trouve &#224; l'improviste apr&#232;s un dernier tournant sur un plateau en face du tunnel, &#224; 2600 m&#232;tres d'altitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le col au-dessus du tunnel o&#249; passait autrefois la route est de 58 m&#232;tres plus &#233;lev&#233;. Je suis entour&#233; de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le tunnel grimpent cinq cyclistes qui ont fait hisser leurs machines par les bergers des chalets de la Mandette. Il est 7 heures 1/12, je suis parti &#224; 4 heures 1/12, je n'ai pas br&#251;l&#233; l'&#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais tout ce que j'ai vu est si beau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les champs de neige succ&#233;dant aux champs de fleurs, font un effet tr&#232;s pittoresque. On a de l&#224;-haut une vue tr&#232;s &#233;tendue sur les glaciers du Pelvoux, mais il faut, pour en jouir, de meilleurs yeux que je n'en poss&#232;de et je dois me contenter des alentours imm&#233;diats et du spectacle panoramique du massif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'engage &#224; pied sous le tunnel de 400 m&#232;tres o&#249; je patauge &#224; plaisir pendant dix minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'essaie de monter, mais la boue est si gluante que je ne puis faire trois tours de roue et j'en suis r&#233;duit &#224; barboter dans une profonde obscurit&#233;, exercice qui me d&#233;pla&#238;t souverainement et qui me cause toujours une impression d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233;, je trouve les cinq bicyclettes dont les plaques m'indiquent que les excursionnistes qui me pr&#233;c&#232;dent depuis le Lautaret sont des Lyonnais. L'un d'eux est, para&#238;t-il, au dire des petits bergers, un habitu&#233; du col du Galibier o&#249; ils l'ont d&#233;j&#224; vu plusieurs fois. Voil&#224; un vrai touriste : je ne vois pourtant &#224; sa machine qu'une multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon tour, je vais les pr&#233;c&#233;der, car ils ne semblent pas dispos&#233;s &#224; se mettre en route de si t&#244;t et je veux aller d&#233;jeuner au plus vite &#224; Valloire. Je bille mon frein et je d&#233;gringole les pieds au repos, en une petite heure, les 18 kilom&#232;tres de descente continue qui de 2.600 m&#232;tres au Galibier me ram&#232;nent &#224; 1 430 m&#232;tres &#224; Valloire. Au d&#233;part, je passe entre deux murailles de neige fondante qui transforme le chemin en ruisseau. La pente est de ce c&#244;t&#233;, bien moins forte que du c&#244;t&#233; du Lautaret et malgr&#233; quelques coudes assez brusques, elle ne pr&#233;sente aucun danger. Le paysage n'est aussi plus du tout le m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les prairies sont moins fleuries et les flancs des montagnes sont uniform&#233;ment d'un gris ardois&#233;. &#192; peu de distance du sommet on rencontre les chalets du Galibier qui font pendant aux chalets de la Mandette mais paraissent moins sordides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pr&#233;s sont tout autour sem&#233;s de blocs de rochers entre lesquels paissent quelques b&#234;tes &#224; cornes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route suit de nombreux lacets qui m'obligent &#224; une attention soutenue, traverse plusieurs fois le torrent et arrive enfin dans le vallon o&#249; la pente qui s'adoucit me permet de diminuer la pression de mon frein et de filer grand train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ni passants ni voitures, je suis absolument seul entre ces montagnes qui se font de plus en plus hautes &#224; mesure que je m'enfonce dans leurs replis. Voici quelques maisons, je rentre dans la nature cultiv&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis un excursionniste isol&#233; qui m'a tout l'air de vouloir grimper au Galibier, ce qu'il aura chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il a d&#233;j&#224; mis bas la veste et marche d'un pas relev&#233;. Pourquoi n'a-t-il pas de bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
En approchant de Valloire, il semble qu'on entre, dans une oasis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des groupes nombreux se rendant &#224; la messe occupent toute la chauss&#233;e et m'obligent &#224; corner incessamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en me voyant arriver &#224; vive allure, les pieds au repos, les bonnes femmes me croient sans doute emball&#233; et s'&#233;cartent comme devant un pestif&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je les rassure, en m'arr&#234;tant presque net et en les d&#233;passant au petit pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le bagage que je tra&#238;ne, comme un escargot sa maison, les amuse et sous leurs coiffes &#224; grandes ailes je les entends rire derri&#232;re moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Valloire, trente minutes d'arr&#234;t, buffet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je descends &#224; 9 heures moins le quart &#224; l'h&#244;tel Giraud o&#249; je d&#233;jeune copieusement au caf&#233; au lait, avec accompagnement de tartines de beurre excellent et d'une fra&#238;cheur incontestable.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#233;rais vaguement voir passer pendant cette halte les cinq cyclistes que j'avais laiss&#233;s sur le Galibier, mais personne ne parut et je repartis &#224; 9 heures 1/4 pour Saint-Michel, quatre ou cinq kilom&#232;tres de mont&#233;e tr&#232;s moyenne jusqu'au tunnel du T&#233;l&#233;graphe, puis longue descente en lacets qui va me ramener de 1.550 m&#232;tres &#224; 700 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Valloire au tunnel la route c&#244;toie un pr&#233;cipice profond de plusieurs centaines de m&#232;tres au fond duquel gronde le torrent qu'on aper&#231;oit tr&#232;s bien et o&#249; l'on d&#233;gringolerait en moins de deux minutes si un moment d'inattention vous jetait par dessus les faibles barri&#232;res qui s&#233;parent la route de l'ab&#238;me. La vue est magnifique, les montagnes sont bois&#233;es de bas en haut et des villages se cachent &#231;&#224; et l&#224; dans la verdure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le tunnel on se trouve mieux prot&#233;g&#233; contre une chute par les arbres qui bordent la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette descente faite &#224; tr&#232;s petite vitesse, pieds au repos, a &#233;t&#233; le moment le plus agr&#233;able de ma troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je rencontrai quelques cyclistes et cyclettistes qui poussaient leurs machines &#224; la mont&#233;e et qui paraissaient avoir bien chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 10 heures 1/2 j'entrai &#224; Saint-Michel que je ne fis du reste que traverser et qui ne m'a pas laiss&#233; de souvenirs particuliers. Je m'arr&#234;tai un peu plus loin pour t&#226;cher de remettre ma bicyclette en &#233;tat de supporter la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la cuvette r&#233;calcitrante ne voulut rien entendre et apr&#232;s plusieurs vaines tentatives qui me firent perdre vingt minutes, je me mis en route d&#233;finitivement avec le d&#233;veloppement de 4m,40 qui me fit trouver longs les 86 kilom&#232;tres de descente douce de Saint-Michel &#224; Chamb&#233;ry.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vent du nord plut&#244;t violent qui ne me laissa pas un instant de r&#233;pit me fit tout d'abord penser que ce d&#233;veloppement moyen r&#233;pondrait parfaitement aux circonstances&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il n'en fut rien et, sauf quelques passages o&#249; le d&#233;veloppement de 6m,04 aurait &#233;t&#233; certainement lourd &#224; mes jarrets (l'arriv&#233;e &#224; Saint-Jean-de-Maurienne par exemple), j'aurais march&#233; plus vite et me serais moins fatigu&#233; avec ce grand d&#233;veloppement qu'avec celui auquel j'&#233;tais condamn&#233;, sans compter que vent, soleil, poussi&#232;re, tout conspirait contre moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dirai donc rien de ce long trajet qui m'a laiss&#233; sous une mauvaise impression et que je me propose du reste de refaire en sens inverse, quand j'irai au Mont-Cenis. Je m'arr&#234;tai de midi et quart &#224; 1 heure dans un petit caf&#233; sur le bord de la route, en face de la gare de La Chambre o&#249; j'eus grand peine &#224; obtenir de quoi me sustenter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Ch&#226;teauneuf, nouvel arr&#234;t dans un cabaret isol&#233; au bout du pont, et j'arrivai enfin &#224; Chamb&#233;ry &#224; 5 heures 1/.4. Je fis une halte &#224; l'entr&#233;e de la ville, pour mettre un peu d'ordre dans ma toilette et m'acheminai lentement vers la gare, non sans me lester &#224; tout hasard, en passant au milieu d'une f&#234;te foraine, de deux de ces pains de safran que j'avais trouv&#233;s si bons l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente et qui suffirent &#224; mon repas du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fis en arrivant &#224; la gare deux rencontres agr&#233;ables, celle d'un cycliste st&#233;phanois qui m'apprit qu'il venait d'embarquer dans le train de 5 heures 43 un groupe de nos amis de Saint-&#201;tienne revenant de Turin et que j'avais sans le savoir suivis &#224; quelques heures de distance depuis Saint-Michel, et celle d'un des plus anciens abonn&#233;s et collaborateurs du Cycliste, M.&#160;R. B., qui revenait d'une excursion de 4 jours dans les Alpes dont le r&#233;cit para&#238;tra, je l'esp&#232;re, ici m&#234;me, et qui avait manqu&#233; de quelques minutes ce m&#234;me train de 5 heures 43 que j'aurais pu et d&#251; prendre moi-m&#234;me, si je n'en avais totalement ignor&#233; l'existence et o&#249; j'aurais probablement retrouv&#233; mes cinq cyclistes du Galibier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en fus quitte pour attendre a heures le passage d'un express qui arriva &#224; Lyon avec 3 heures de retard, si bien que j'en vins &#224; regretter de n'&#234;tre pas rentr&#233; pedalibus chez moi d'autant plus qu'en descendant &#224; une heure du matin, &#224; demi endormi &#224; la gare des Brotteaux, j'oubliai dans le compartiment mon bagage de touriste qui, malgr&#233; une imm&#233;diate r&#233;clamation au chef de gare, ne m'a pas encore &#233;t&#233; rendu, perte qui augmente sensiblement le prix de revient des 45&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres de mon excursion, ainsi que me le fit malicieusement remarquer un chauffeur de mes amis &#224; qui je vantais l'&#233;conomie des voyages &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Croix-Haute (1900)</title>
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		<dc:date>2020-01-10T12:42:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Par &lt;a href=&#034;https://velotextes.fr/spip.php?mot51&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'Espinassous&lt;/a&gt;, paru dans Le Cycliste Novembre 1900, et la Revue mensuelle du Touring-Club de France, juillet 1902 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des&lt;br class='autobr' /&gt;
c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;br class='autobr' /&gt; Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;br class='autobr' /&gt; Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me para&#238;t d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;br class='autobr' /&gt; J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette &#224; m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'a laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;br class='autobr' /&gt; Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;br class='autobr' /&gt; Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;br class='autobr' /&gt; Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est une all&#233;gorie.&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt; Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;br class='autobr' /&gt; Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;br class='autobr' /&gt; La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;br class='autobr' /&gt; La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt; La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 500 m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;br class='autobr' /&gt; Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;br class='autobr' /&gt; Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;br class='autobr' /&gt; Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;br class='autobr' /&gt; Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;br class='autobr' /&gt; La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;br class='autobr' /&gt; Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse. &lt;br class='autobr' /&gt; Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse. Le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement o&#249; sa fantaisie le pousse.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;br class='autobr' /&gt; 11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel, et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. &#192; Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;br class='autobr' /&gt; La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;br class='autobr' /&gt; Un &#233;clair&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e, qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Rude, oui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre main, cantonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le Mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;br class='autobr' /&gt; L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nullement, j'ai 6m,50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;br class='autobr' /&gt; Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;br class='autobr' /&gt; C'en est trop&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;br class='autobr' /&gt; Et apr&#232;s un silence : Non&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. La vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quand vous voudrez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re. &#192; quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m,90.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif : tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;br class='autobr' /&gt; La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;br class='autobr' /&gt; Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;br class='autobr' /&gt; Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;br class='autobr' /&gt; Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;br class='autobr' /&gt; Une derni&#232;re poign&#233;e de main, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldelacroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH318/coldelacroixhaute-7d857.png?1788127322' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-222 '&gt;&lt;strong&gt;Col de la Croix-Haute (Dolin et Revel)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-222 '&gt;Les Alpes Fran&#231;aises, H. Dolin
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V&#233;locio et ses deux &#171; dadas &#187; : l'Esp&#233;ranto et le V&#233;g&#233;tarisme</title>
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		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Grillot</dc:subject>
		<dc:subject>Esperanto</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; La lecture des anciennes collections du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne manque jamais d'attrait. Si, par hasard, nous gardons quelque illusion sur l'actualit&#233; de certaines de nos id&#233;es, il nous faut vite d&#233;chanter.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Hommages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Georges Grillot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Esperanto&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Georges &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GRILLOT&lt;/span&gt;, (1904-1948), en 1947, texte publi&#233; dans Le cycliste, octobre 50&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture des anciennes collections du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne manque jamais d'attrait. Si, par hasard, nous gardons quelque illusion sur l'actualit&#233; de certaines de nos id&#233;es, il nous faut vite d&#233;chanter. Il y a cinquante ans, V&#233;locio et ses disciples connaissaient ou pressentaient tous les perfectionnements de la machine moderne. Nous n'avons fait qu'am&#233;liorer, ali&#233;ner, vulgariser toutes les inventions de la fin du si&#232;cle dernier. Nous n'avons absolument rien r&#233;volutionn&#233; et, malgr&#233; la t&#244;le emboutie, la soudure &#233;lectrique et autres techniques modernes en usage dans l'industrie automobile, les constructeurs actuels continuent, comme il y a cinquante ans, &#224; assembler les m&#234;mes tubes dans les m&#234;mes raccords. Il faut plus de temps, en 1947, pour construire un cadre de v&#233;lo qu'une carrosserie de voiture. Curieux paradoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre constatation. La tenue litt&#233;raire des articles parus dans les vieux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est nettement sup&#233;rieure &#224; ce que nous lisons aujourd'hui dans diff&#233;rentes publications. &#201;videmment le cyclotourisme, en 1900, &#233;tait le fait d'une certaine &#233;lite. Certes, il y avait d&#233;j&#224; des pol&#233;miques, mais qu'en termes galants les choses &#233;taient dites&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est un v&#233;ritable r&#233;gal de suivre la discussion provoqu&#233;e par le fameux concours des Pyr&#233;n&#233;es, organis&#233; par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; en 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, le capitaine Perrache et Carlo Bourlet, de l'autre, V&#233;locio et ses lecteurs. Jamais un terme d&#233;plac&#233;, une apostrophe blessante, une insinuation perfide. On joue le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fair play&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sans la moindre faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de voyage sont passionnants, qu'ils soient sign&#233;s V&#233;locio, Alpinus &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;, d'Espinassous ou d'autres gentlemen de l'&#233;poque. Chacun, bien entendu, d&#233;crit la route, donne tous les d&#233;tails de son voyage, conte des anecdotes, exprime des opinions en toute libert&#233; sans que jamais personne ne se f&#226;che. Ainsi, Alpinus &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt; se d&#233;clare, en 1903, grand admirateur de l'arm&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; 22.213 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;comme les r&#233;servistes de Sa&#244;ne-et-Loire (allusion aux gr&#232;ves du Creusot en 1900) se surprend &#224; chanter &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#199;a ira&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du Conservatoire des Arts Emeutiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pas mal cette derni&#232;re. Je ne la connaissais pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'est pourtant pas jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commentaires historiques, jamais ennuyeux, apparaissent dans plusieurs r&#233;cits. On les lit avec grand int&#233;r&#234;t. H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aujourd'hui, nous ne trouvons que des articles po&#233;tico-historiques, pleins de bonne volont&#233;, bien s&#251;r, mais &#233;crits par des Ronsard au petit pied et r&#233;sultant de compilations &#233;hont&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul, de nos jours, M.&#160;L&#233;on Vibert savait avec talent m&#234;ler cyclotourisme et histoire. Il est mort en 1944 et, jusqu'ici, nous ne lui connaissons aucun successeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ceux que re&#231;oivent lesdites revues sont r&#233;dig&#233;s en style t&#233;l&#233;graphique et s'apparentent nettement au genre livret Chaix. Nomenclature de villes et villages avec heure de passage, &#231;&#224; et l&#224; quelques renseignements arch&#233;ologiques emprunt&#233;s au Guide Bleu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bref, rien qui retienne l'attention du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parmi ce que nous avons lu de mieux cette ann&#233;e, citons un simple &#233;pisode de voyage, joliment cont&#233; par M.&#160;Assmann, de Dijon : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Plan L&#226;ch&#226;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. septembre 1947). Il s'agit d'une nuit de temp&#234;te pass&#233;e dans un chalet abandonn&#233; et branlant dans la descente du Galibier. Ce morceau est digne des r&#233;cits des pr&#233;curseurs, dont nous avons parl&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;pense un argent fou &#224; distribuer de pu&#233;rils challenges... Serait-il trop demander de consacrer quelque monnaie au couronnement du meilleur r&#233;cit de voyage de l'ann&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, nous trouvons peu de r&#233;cits de voyages dans nos revues sp&#233;cialis&#233;es, et c'est dommage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPERANTO&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VEGETARISME&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ensemble de la collection des &#339;uvres de V&#233;locio et de ses disciples, &#224; part bien entendu les questions techniques se rapportant directement &#224; la bicyclette, deux gros &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dadas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;mergent continuellement : l'Esperanto et le V&#233;g&#233;tarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio enfourcha peu souvent le premier parce qu'il n'y croyait pas, mais ses abonn&#233;s ne s'en priv&#232;rent pas. Les cyclotouristes d'alors voyageaient beaucoup &#224; l'&#233;tranger et se plaignaient de ne pouvoir se faire comprendre. Beaucoup d'entre eux &#233;pous&#232;rent donc la cause de l'esperanto et rompirent en sa faveur de nombreuses lances dans le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Autant en emporta le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la rigueur, l'esperanto pouvait esp&#233;rer percer avant 1914. Nous ne pouvons juger de la question qu'avec un certain recul, puisque nous n'avions que sept ans en cette funeste ann&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et nous admettons qu'il &#233;tait encore possible de croire en la sagesse des nations, jusqu'&#224; la guerre, mais en poss&#233;dant n&#233;anmoins une bonne dose de na&#239;vet&#233;. L'histoire est l&#224; et l'homme n'est pas perfectible, a dit V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la der des ders c'est-&#224;-dire en 1919, de nombreuses utopies virent le jour. Des congr&#232;s de na&#239;fs se tinrent un peu partout, l'esp&#233;ranto reprit du poil de la b&#234;te et les revues de cyclotourisme en reparl&#232;rent. Une fois de plus, le vent emporta les bonnes paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1939-1945, il n'est vraiment plus possible de se faire la moindre illusion sur l'avenir imm&#233;diat ou lointain de la langue universelle. A l'&#233;poque des barri&#232;res douani&#232;res, des rideaux de fer et autres obstacles internationaux, le touriste n'a plus qu'&#224; rester chez lui, la question ne se pose donc plus, aussi n'irons-nous pas plus loin aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BATAILLE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AUTOUR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BEEFSTEACK&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;g&#233;tarisme, par contre, passionna V&#233;locio. Il eut de nombreux adeptes et, bien entendu, des contradicteurs. Il existait donc des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;v&#233;g&#233;tariens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cr&#233;ophages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais V&#233;locio qui, pour d&#233;fendre cette cause, atteignit les sommets de la v&#233;h&#233;mence, foudroya ses adversaires par des arguments indiscutables, des preuves criardes et, pour finir, employa &#224; leur endroit le terme p&#233;joratif de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;n&#233;crophages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; : mangeurs de cadavres. Je viens de relire une grande partie de la pol&#233;mique et j'avoue avoir &#233;t&#233; impressionn&#233;, non pas par l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale, mais par certaines phrases de V&#233;locio, notamment celle o&#249; il dit qu'il ne comprend pas que l'on se nourrisse de sucs de charogne, de cadavres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me croirez si vous voulez. eh bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je suis un peu d&#233;go&#251;t&#233; de la viande depuis que je me suis plong&#233; dans la lecture de cette affaire. Je tourne et retourne mon beefsteack dans mon assiette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me semble entendre la voix de V&#233;locio me chuchoter : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Alors, c'est bon le suc de charogne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Cela ne va pas durer heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il le faut, d'ailleurs le corps m&#233;dical m'ayant recommand&#233; la viande &#224; haute dose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; sa mort en 1930, V&#233;locio ne cessa de pr&#244;ner le r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien qu'il suivait depuis 1896, en lui portant, reconnaissons-le, quelques coups de canif assez b&#233;nins et rares. M.&#160;de Vivie associait volontiers les succ&#232;s de l'&#201;cole st&#233;phanoise &#224; l'emploi de la bicyclette poly-multipl&#238;&#233;e et surtout &#224; l'aust&#233;rit&#233; de son r&#233;gime alimentaire. Plus tard, lorsque la cause de la poly fut entendue, il attribuait sa verte vieillesse au r&#233;gime en question. Personnellement, j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin de deux faits. En 1928, j'eus du mal &#224; suivre, de Valence &#224; Orange, le train de V&#233;locio, mon a&#238;n&#233; de cinquante-quatre ans. Un peu plus tard, dans la mont&#233;e des Grands Bois, au cours d'une journ&#233;e V&#233;locio o&#249; je devais terminer second de ma cat&#233;gorie (20 &#224; 25 ans) sur la roue de Ph. Marre, gagnant, M.&#160;Henri Cazassus, comptant au moins vingt ans de plus que nous, nous rejoignit et nous laissa litt&#233;ralement sur place, sa cat&#233;gorie partant plusieurs minutes apr&#232;s la n&#244;tre. Or, M.&#160;Cazassus &#233;tait r&#233;put&#233; &#224; l'&#233;poque pour se nourrir exclusivement de v&#233;g&#233;taux, particuli&#232;rement de salade crue. Le parti v&#233;g&#233;tarien triomphait donc sur toute la ligne et, nous autres &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;n&#233;crophages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, n'avions plus qu'&#224; nous taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SALADE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CLAIRE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre et, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'apr&#232;s-guerre, contraignirent les Fran&#231;ais au v&#233;g&#233;tarisme forc&#233;. Certains &#233;vit&#232;rent ainsi une mort pr&#233;matur&#233;e par hypertension, mais d'autres, par contre, attrap&#232;rent la tuberculose ou autres maladies par sous-alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que ce r&#233;gime ne peut convenir &#224; tout le monde, que les cas de V&#233;locio et de H. Cazassus ne peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Tout le monde ne peut s'adapter &#224; ces menus de c&#233;nobites tout le monde n'a pas le c&#339;ur d'avaler &#224; la suite plusieurs plats de l&#233;gumes. V&#233;locio allait m&#234;me plus loin, il recommandait le riz &#224; l'eau de pr&#233;f&#233;rence au riz gras uniquement parce que du premier plat on ne pr&#233;levait que la ration r&#233;clam&#233;e par l'estomac, alors que la gourmandise pouvait inciter &#224; abuser du second. Le sup&#233;rieur de C&#238;teaux ne doit pas parler autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire ces lignes, le lecteur pourrait &#234;tre amen&#233; &#224; croire que M.&#160;de Vivie &#233;tait un personnage aust&#232;re et grognon ou une sorte de trappiste en libert&#233;. Pas du tout, Velocio &#233;tait fort gai, aimait la vie, la plaisanterie de bon aloi. En soci&#233;t&#233;, il ne faisait pas de mani&#232;res pour accepter un verre de bon vin de Champagne. Par contre, je ne l'ai jamais vu fumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il est pratiquement impossible de suivre un r&#233;gime quelconque, et le v&#233;g&#233;tarisme, tel que le d&#233;crivaient les abonn&#233;s au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'&#226;ge d'or comportait, outre les l&#233;gumes, des farines sp&#233;ciales de pur gruau (tu parles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!), du riz, du chocolat, du caf&#233;, du pain en quantit&#233; et de qualit&#233;, etc., mati&#232;res dont on ne peut parler en France que dans un article de r&#233;trospective ou dans un manuel de march&#233; noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fran&#231;ais 47 mange comme il peut et surtout selon les moyens financiers dont il dispose. Aucune th&#233;orie alimentaire ne peut tenir, parce qu'elle est inapplicable dans la majorit&#233; des cas. C'est pourquoi, sans doute, nos publications sp&#233;cialis&#233;es sont muettes sur la question. Les v&#233;g&#233;tariens, faute d'un tas de choses, se rabattent sur la viande, et les n&#233;crophages sur les l&#233;gumes, les jours sans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cadavres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les deux parties se trouvent &#224; &#233;galit&#233;, ils ne peuvent se disputer, du moins sur ce terrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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