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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Le cyclotourisme et la nature</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dans un pays de r&#233;glementation excessive comme le n&#244;tre, il serait plaisant que personne n'e&#251;t song&#233; &#224; tracer des r&#232;gles au cyclo-tourisme.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Grand Tourisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Alfred Satie, Touring-Club de France, Novembre 1899 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays de r&#233;glementation excessive comme le n&#244;tre, il serait plaisant que personne n'e&#251;t song&#233; &#224; tracer des r&#232;gles au cyclo-tourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'aujourd'hui que de braves gens pav&#233;s, comme l'Enfer, de bonnes intentions, et d'une subtilit&#233; rare, se sont ing&#233;ni&#233;s &#224; nous mesurer notre ration quotidienne de kilom&#232;tres, &#224; d&#233;terminer l'heure &#224; laquelle nous devions nous lever, &#224; nous apprendre ce qu'il nous &#233;tait licite de manger et ce qu'il nous &#233;tait interdit de boire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelque temps, la r&#232;gle des trois huit a joui d'une certaine faveur. Cela vous avait un petit parfum anarchiste qui n'&#233;tait pas pour d&#233;plaire. C'&#233;tait simple, math&#233;matique et illusoire : huit heures pour p&#233;daler, huit heures pour manger et se reposer, huit heures pour dormir. Il &#233;tait impossible de devenir compl&#232;tement abruti &#224; meilleur compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prescriptions des docteurs &#232;s-tourisme ont cela de bon que personne ne songe &#224; s'y conformer. Si l'on s'avisait de passer de la th&#233;orie &#224; la pratique, on ne tarderait pas &#224; s'apercevoir, par exemple, que 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres en terrain plat ne sont pas l'&#233;quivalent de 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres avec longues c&#244;tes de huit ou dix pour cent de pente. On constaterait de m&#234;me, avec la rapidit&#233; d'un z&#232;bre lanc&#233; d'une main s&#251;re, &#8212;comme dirait mon compatriote Alphonse Allais, &#8212; que les localit&#233;s dignes d'attirer l'attention du voyageur, soit par l'agr&#233;ment du site, soit par l'excellence de leur cuisine, sont loin d'&#234;tre &#224; &#233;gale distance les unes des autres, ce qui rel&#232;gue dans le domaine de l'utopie le syst&#232;me des &#233;tapes de m&#234;me longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens, la seule r&#232;gle du tourisme c'est de ne pas conna&#238;tre de r&#232;gles, et ce n'est pas moi qui verrai des inconv&#233;nients &#224; ce que vous poussiez la libert&#233; jusqu'&#224; la licence. Si j'&#233;tais charg&#233; de r&#233;diger le Manuel du parfait touriste, je le condenserais en cette formule que vous pouvez, sans offenser ma modestie, qualifier de lapidaire&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TOURISME&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOIT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JAMAIS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ETRE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UN&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PENSUM&lt;/span&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est l&#224;. Ne jamais s'ennuyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si le tourisme ne conna&#238;t pas de r&#232;gles, il n'en est pas moins vrai qu'il ne peut exister en dehors de certaines conditions faciles &#224; d&#233;terminer. Faire du tourisme, c'est voyager pour son plaisir, sans la moindre pr&#233;occupation d'int&#233;r&#234;t personnel, pouss&#233; par le d&#233;sir de voir des choses nouvelles et de feuilleter le grand livre de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'un monsieur qui se rend d'un point &#224; un autre, obstin&#233;ment courb&#233; sur son guidon, sans prendre le moindre int&#233;r&#234;t aux objets qu'il rencontre, ne peut gu&#232;re &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un touriste. C'est peut &#234;tre un snob, &#224; coup s&#251;r un imb&#233;cile, souvent l'un et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est d'autant plus touriste que l'on est plus sensible aux beaut&#233;s de la nature, que l'on poss&#232;de &#224; un plus haut degr&#233; le sentiment du pittoresque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment est un don naturel, qui peut &#234;tre perfectionn&#233; par l'&#233;ducation, et dont l'intensit&#233; est en raison directe de la culture intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose &#233;trange, l'homme des champs est celui qui comprend le moins la nature. Pour lui l'id&#233;al est le terrain plat, facile &#224; cultiver et fatiguant peu les chevaux. Il lui para&#238;t invraisemblable qu'il se trouve des gens assez b&#234;tes pour se d&#233;ranger sans n&#233;cessit&#233;, dans le seul but de contempler un beau site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitant des grandes villes est invinciblement attir&#233; par la campagne, l'habitant des petites villes est fascin&#233; par les distractions des grandes villes , surtout si elles sont dangereuses pour les jeunes gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus. Le sentiment du pittoresque est un sentiment tout moderne, qui ne s'est gu&#232;re d&#233;velopp&#233; que depuis le commencement du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'antiquit&#233;, Virgile est l'homme qui a le mieux chant&#233; la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce qui le ravit, c'est surtout la vie rurale, y compris les amours plut&#244;t scabreux des Tyrcis et des M&#233;nalque. Il aime les grottes, les sources d'eau vive, les fra&#238;ches vall&#233;es, le mugissement des grands b&#339;ufs couch&#233;s dans l'herbe &#233;paisse, le repos &#224; l'ombre des arbres touffus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Speluncee, vivique lacus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; at frigida Tempe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mugitusque boum, mollesque sub arbore somni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle impression un paysage alpestre lui causerait-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il est difficile de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descendons le cours des &#226;ges et arrivons au dix-septi&#232;me si&#232;cle et au dix-huiti&#232;me. Lisez la correspondance de Boileau et celle de Racine, il est impossible d'imaginer une plus superbe indiff&#233;rence pour le monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1687, Boileau se rend &#224; Bourbon-lesBains. Il s'arr&#234;te &#224; Moulins : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est, dit-il, une ville tr&#232;s marchande et tr&#232;s peupl&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et voil&#224; tout ce que nous savons de ses impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Racine, il passe &#224; Uz&#232;s la fin de 1681 et toute l'ann&#233;e 1682. Voil&#224; un homme qui va nous donner des renseignements pr&#233;cieux pour le tourisme. De Paris, il s'est rendu &#224; Lyon, puis il a descendu le Rh&#244;ne en bateau, il a couch&#233; &#224; Vienne et &#224; Valence. C'est tout pour le voyage. Quant &#224; Uz&#232;s, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;la ville est sur une montagne fort haute, et cette montagne n'est qu'un rocher continuel, si bien qu'en quelque temps qu'il fasse, on peut aller &#224; pied sec tout autour de la ville.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Lettre &#224; La Fontaine, 11&#160;novembre 1661). Ailleurs il veut bien nous donner quelques d&#233;tails sur la route d'Uz&#232;s &#224; N&#238;mes. C'est plut&#244;t maigre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai &#233;t&#233; &#224; N&#238;mes, dit-il, et il faut que je vous en entretienne. Le chemin d'ici &#224; N&#238;mes, est plus diabolique mille fois que celui des Diables &#224; Nevers, et la rue d'Enfer, et tous autres chemins r&#233;prouv&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la ville est assur&#233;ment aussi belle et aussi polide, comme on &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dit ici, qu'il y en ait dans le royaume.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Lettre &#224; l'abb&#233; Le Vasseur, 24&#160;novembre 1661)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cependant, nous trouvons un charmant touriste, un fin observateur, qui a trop bien , &#233;tudi&#233; les b&#234;tes pour ne pas aimer la nature. J'ai nomm&#233; La Fontaine. Il a fait un voyage de Paris &#224; Limoges, et nous en a laiss&#233; une relation fort agr&#233;able. Il s'agit d'un voyage un peu forc&#233;, par ordre du roi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais La Fontaine en prend gaiement son parti, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#233;tant honteux d'avoir tant v&#233;cu sans rien voir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; D'ailleurs, on lui a dit que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;beaucoup de Limousines portent des chaperons de drap rose s&#232;che sur des cales de velours noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et, s'il rencontre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;un de ces chaperons qui couvre une jolie t&#234;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pourra s'en amuser en passant, et par curiosit&#233; seulement.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez que c'est &#224; sa femme qu'il fait part de ces aimables intentions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voyage &#224; tr&#232;s petites journ&#233;es. A peine a-til quitt&#233; Paris qu'il s'arr&#234;te &#224; Clamart, pour s'y reposer pendant huit jours. Voil&#224; un touriste selon mon c&#339;ur, et qui ne se surm&#232;ne pas. Il s'arr&#234;terait volontiers &#224; Monthl&#233;ry&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le cocher tient &#224; pousser jusqu'&#224; Ch&#226;tres &#8212; que nous appelons aujourd'hui Arpajon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fontaine s'int&#233;resse &#224; ce qu'il voit. Il est sensible aux beaut&#233;s de la nature, encore que son enthousiasme soit plut&#244;t mod&#233;r&#233;. Rendons-lui cette justice qu'il trouve la Beauce ennuyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pont d'Orl&#233;ans, l'horizon lui para&#238;t &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tr&#232;s beau de tous les c&#244;t&#233;s, et born&#233; comme il le doit &#234;tre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Orl&#233;ans et Blois, il trouve le pays &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;agr&#233;able et divertissant.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blois lui cause une certaine &#233;motion. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Blois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dit-il, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;est en pente comme Orl&#233;ans, mais plus petit et plus ramass&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les toits des maisons y sont dispos&#233;s, en beaucoup d'endroits, de telle mani&#232;re qu'ils ressemblent aux degr&#233;s d'un amphith&#233;&#226;tre. Cela me parut tr&#232;s beau, et je crois que difficilement on pourrait trouver un aspect plus riant et plus agr&#233;able.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Blois et Amboise, on suit la lev&#233;e de la Loire. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Quant au pays,&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dit La Fontaine, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;je ne vous en saurais dire assez de merveilles. Point de ces montagnes pel&#233;es qui choquent tant notre cher M.&#160;de Maucroix, mais, de part et d'autre, coteaux les plus agr&#233;ablement v&#234;tus qui soient au monde.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; bien l'homme du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Tant que la nature se contente d'&#234;tre calme et majestueuse comme une trag&#233;die de Racine, on veut bien l'excuser. On peut tol&#233;rer &#224; la rigueur que les arbres ne portent pas perruque comme ceux du parc de Versailles : il ne faut pas exiger &#224; la campagne la m&#234;me &#233;tiquette qu'&#224; la cour. Mais que la nature ne s'avise pas d'&#234;tre rude et fi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exag&#233;ration, pas d'inattendu, pas de violence, et, surtout, pas de ces montagnes pel&#233;es qui offensent le bon go&#251;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description du ch&#226;teau d'Amboise est plut&#244;t &#233;court&#233;e. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous saurez, sans plus, que de&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;vers la ville il est situ&#233; sur un roc, et para&#238;t extr&#234;mement haut. Vers la campagne, le terrain d'alentour est plus &#233;lev&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, on rencontre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;quelques Phyllis d'Egypte, tra&#238;nant apr&#232;s elles des dou&#233;gnas (sic) d&#233;testables &#224; proportion.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Le bon La Fontaine &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fr&#233;mit d'horreur &#224; ce spectacle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et en reste plus de deux jours sans manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, apr&#232;s avoir visit&#233; Richelieu et Ch&#224;tellerault, il arrive &#224; Limoges, le 19&#160;septembre 1663. Il &#233;tait parti de Paris le 23&#160;ao&#251;t. Il n'y a rien l&#224; qui ressemble &#224; un record.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, tout en subissant l'influence des id&#233;es g&#233;n&#233;rales qui r&#233;gnaient de son temps, La Fontaine a des tendances franchement naturalistes. De nos jours, c'e&#251;t &#233;t&#233; un touriste distingu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir maintenant des opinions plus tranch&#233;es qui nous feront conna&#238;tre, d'une fa&#231;on tr&#232;s nette la mentalit&#233; des hommes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici d'abord un extrait du journal de Dangeau : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Lundi, 20&#160;octobre 1687. Monseigneur et Madame coururent le cerf dans les for&#234;ts de Franchard, pays fort affreux, o&#249; l'on n'avait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;jamais chass&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons de la for&#234;t de Fontainebleau &#224; celle de Windsor. Voici ce qu'en dit Guillaume &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;, dans une lettre adress&#233;e &#224; Bentinck, &#224; la date du 20&#160;mars 1698, lettre dont le fran&#231;ais laisse un peu &#224; d&#233;sirer : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ay pris avant hier un ceri dans la forest avec les chains (sic) du P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt;. de Denm. (prince &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;de Danemark) et ay fait un assez jolie chasse, autant que ce vilain paiis le permet.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt; &#233;tait rest&#233; Hollandais de c&#339;ur et ne trouvait rien au-dessus des longs canaux et des plates-bandes de tulipes qui caract&#233;risaient son pays natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons comment les &#233;crivains anglais du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle appr&#233;cient les sites merveilleux de l'Ecosse : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vers l'an 1730, dit Macaulay (History of Scotland, ch. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;.), le capitaine Burt, un des premiers Anglais qui aient jet&#233; un coup d'&#339;il sur les r&#233;gions qui attirent aujourd'hui les touristes de toutes les parties du monde civilis&#233;, &#233;crivit le compte rendu de ses explorations. C'&#233;tait &#233;videmment un observateur subtil, d'un esprit cultiv&#233;, et, s'il avait v&#233;cu &#224; notre &#233;poque, il aurait contempl&#233; avec un &#233;moi m&#233;lang&#233; de ravissement les montagnes de l'Invernessshire. Mais, sous l'impression du sentiment qui &#233;tait universel en son si&#232;cle, il qualifie ces montagnes de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;monstrueuses excroissances. La difformit&#233;, dit-il, en est telle que les plaines paraissent d&#233;licieuses par comparaison. Le beau temps, d&#233;clare-t-il en g&#233;missant, ne fait que rendre pire ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; mauvais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, plus le temps est clair et plus l'&#339;il est d&#233;sagr&#233;ablement affect&#233; par ces masses informes (misshapen masses) d'un brun sombre et d'un pourpre sale. Quel contraste, s'&#233;crie-t-il, entre ces horribles tableaux et les beaut&#233;s de Richmond Hill. C'est complet. Peut-&#234;tre m'objectera-t-on que le capitaine Burt est un &#233;crivain peu connu, d'une assez mince autorit&#233;. Eh bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! voici l'opinion d'un des &#233;crivains les plus illustres de l'Angleterre, Oliver Goldsmith. Il &#233;crit d'Edinbourg &#224; son ami Bryanton, le 20&#160;septembre 1753 : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Faut-il vous fatiguer d'une description de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;ce pays st&#233;rile, vous promener sur des collines toutes brunes de bruy&#232;res, ou le long de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;vall&#233;es qui r&#233;ussiraient &#224; peine &#224; nourrir un lapin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Toutes les r&#233;gions de ce pays pr&#233;sentent le m&#234;me caract&#232;re d&#233;sol&#233;. Pas de bocage, pas de ruisseau dont le doux murmure r&#233;cr&#233;e l'oreille.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour que rien n'y manque, il &#233;crit de Leyde, un peu plus tard, au r&#233;v&#233;rend Thomas Contarine : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je suis compl&#232;tement ravi de l'aspect du pays. Rien n'en peut &#233;galer la beaut&#233;. De quelque c&#244;t&#233; que je me tourne, de belles maisons, des jardins &#233;l&#233;gants, des perpectives &#233;tendues (vistas) se pr&#233;sentent &#224; mes yeux. L'Ecosse et ce pays offrent le plus frappant contraste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;-bas, les collines interceptent la vue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici, c'est une plaine continue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous conna&#238;t des cyclistes qui pr&#233;f&#232;rent les plaines aux collines. Seulement, ils n'ont pas &#233;crit le Vicar of Wakefield. D'ailleurs, ce dont ils se plaignent, ce n'est pas que les collines interceptent la vue. L'homme le moins fait pour comprendre la nature, c'est Voltaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne la calomnie pas, il l'ignore. Au mois de novembre 1753, il se trouve &#224; Colmar, et s'y plonge dans l'&#233;rudition allemande. Il s'occupe de terminer les Annales de l'Empire, et &#233;crit, le 23&#160;novembre 1753, &#224; M.&#160;de Fontaine : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Connaissez-vous &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;Corringius, Vitriarius, Struvius, Spener. Goldast et au tr&#232;s messieurs du bel air&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ce sont eux qui broient actuellement mes couleurs.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Voltaire est-il arriv&#233; &#224; Colmar&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Par o&#249; a-t-il pass&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Personne n'en sait rien. Dans tous les cas, Colmar a pour lui bien peu de charmes, et nous lisons dans une lettre qu'il &#233;crit, le 8&#160;mars 1754, au marquis d'Argens : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je suis dans une ville moiti&#233; allemande, moiti&#233; fran&#231;aise et enti&#232;rement iroquoise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et, le 29&#160;novembre 1754, il &#233;crit au comte d'Argental : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je devais aller &#224; Mannheim, et je reste dans une vilaine maison d'une vilaine petite ville, o&#249; je souffre nuit et jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vilaine petite ville est pourtant une des plus charmantes que l'on puisse r&#234;ver : elle a une &#233;glise superbe, Saint-Martin, commenc&#233;e en 1263, un h&#244;tel des marchands du xiv&#176; si&#232;cle, la rue si pittoresque des Tanneurs. D&#232;s que l'on est sorti de la ville, la longue ligne des Vosges se dessine &#224; l'horizon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; quelques kilom&#232;tres s'ouvre la vall&#233;e de la Fecht, qui remonte vers Munster&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus loin, c'est le col de la Schlucht et le Hohneck. De tout cela Voltaire n'a rien vu, ou il n'y a rien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arr&#234;te ici mes citations. Que faut-il en conclure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ces hommes que les beaut&#233;s de la nature laissaient insensibles n'&#233;taient pas des imb&#233;ciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous croire que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;nous n'avons pas le cr&#226;ne fait de m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et que, en raison de son organisation, Voltaire &#233;tait moins apte &#224; go&#251;ter les charmes d'un paysage que le premier calicot venu du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est peu probable. Si les hommes du pass&#233; comprenaient souvent la nature de travers, c'est qu'ils avaient peu d'occasions de la voir, ou qu'ils la voyaient dans des conditions d&#233;favorables. Les moyens de transport &#233;taient rares et dispendieux, le voyageur risquait &#224; la fois sa bourse et sa peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la s&#233;curit&#233; des routes est parfaite, du moins en France. Les moyens de transport abondent. Si nous comprenons mieux la nature, c'est que notre esprit d'observation a eu mille occasions de s'&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aimer la nature, il suffit de la regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ALFRED&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SATIE&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>LA LOUVESC &#8212; SARRAS &#8212; LYON (1899)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>cabcyclisme, v&#233;logistique</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On traverse ainsi tant&#244;t rapidement, tant&#244;t nonchalamment, des paysages tr&#232;s vari&#233;s, kal&#233;idoscope vivant dont les mille tableaux p&#233;n&#232;trent par les yeux dans la pens&#233;e et vont ensuite se fixer embellis, amplifi&#233;s, id&#233;alis&#233;s, dans l'imagination.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;cabcyclisme, v&#233;logistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias Le Cycliste, 1899, p.114-117, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on a go&#251;t&#233; de la haute montagne il est impossible de n'y pas retourner et je ne fis pas de difficult&#233; pour, huit jours apr&#232;s La Chaise-Dieu, me joindre &#224; deux de mes amis qui avaient projet&#233; une visite &#224; La Louvesc, lieu de p&#232;lerinage consacr&#233; &#224; saint Fran&#231;ois-R&#233;gis et assez en renom dans noire r&#233;gion. L'itin&#233;raire de la journ&#233;e ne comportait pas moins de 180 &#224; 190 kilom&#232;tres, dont la premi&#232;re moiti&#233; en montagne et le reste en plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions tous munis de bicyclettes &#224; plusieurs d&#233;veloppements proportionn&#233;s &#224; nos forces respectives et nous pr&#238;mes, naturellement, les plus faibles (2m,80, 3m,30 et 4m,20), pour gravir la rampe de Planfoy et de Saint-Genest-Malifaux et nous &#233;lever, en 9 kilom&#232;tres, de 500 m&#232;tres environ&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au sommet de la mont&#233;e, comme nous avions &#224; descendre plus qu'&#224; monter jusqu'&#224; Pont-Faurie, nous nous m&#238;mes respectivement &#224; 5 m&#232;tres, 4m,40 et 5m,80 et je me trouvais le moins multipli&#233; des trois, ce qui me fut, je crois, plus utile que pr&#233;judiciable &#224; cause de quelques raidillons assez longs entre Saint-Genest et Marlhes, puis entre Marlhes et Riotord, et me permit de prendre quelque avance que je ne perdis qu'&#224; la descente douce de Riotord &#224; Pont-Faurie. Je note en passant ce d&#233;tail, pour montrer que pour peu qu'une route soit accident&#233;e, on en vient plus vite &#224; bout avec une multiplication plut&#244;t faible (4m,40) malgr&#233; l'avantage qu'une multiplication plut&#244;t forte (5 m&#232;tres et 5m,80) donne pendant les descentes &#224; faible pente. Quand on est limit&#233; comme temps et qu'on tient &#224; parcourir et &#224; voir beaucoup dans sa journ&#233;e, il faut &#233;videmment adopter la mani&#232;re de voyager la plus rapide et la moins fatigante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est ce que font bien peu de cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partis &#224; 4 h. 15 des bureaux du Cycliste, nous d&#233;jeunions &#224; Marlhes de 6 heures &#224; 6 h. 45 et nous nous retrouvions ensemble &#224; Pont-Faurie &#224; 7 h. &#189;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en voyageant en compagnie, on ne peut pas avoir la pr&#233;tention d'aller aussi vite que lorsqu'on voyage seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vitesse de marche est r&#233;gl&#233;e par le moins rapide marcheur, les causes d'arr&#234;t sont multipli&#233;es par le nombre des voyageurs et l'on peut estimer le ralentissement &#224; 10 ou 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% de la vitesse du meilleur marcheur. Si j'avais &#224; organiser et &#224; diriger des excursions &#224; fortes &#233;tapes, sortes de raids v&#233;locip&#233;diques de 150 &#224; 200 kilom&#232;tres par jour, je fixerais des haltes afin de permettre aux retardataires de rallier le gros de la colonne et de ne point laisser l'avant-garde prendre une trop grande avance, mais le temps de ces haltes serait limit&#233; et l'on n'attendrait pas ind&#233;finiment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait tant pis pour les tra&#238;nards. On peut &#233;videmment nier le charme et l'int&#233;r&#234;t de telles randonn&#233;es o&#249; l'on n'a pas m&#234;me, dira-t-on, le temps de noter le nom des villages travers&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; quoi j'objecterai que lorsqu'on se met en route de grand matin, avec l'intention de rentrer fort tard, afin d'absorber la plus grande quantit&#233; possible d'oxyg&#232;ne, en se promenant par monts et par vaux, ce serait une grande sottise que d'aller s'enfermer pendant des heures dans la salle enfum&#233;e d'une auberge de campagne, et qu'il vaut bien mieux rouler encore et p&#233;daler toujours sans se fatiguer, bien entendu, plus que de raison. Or, quand la selle ne blesse pas, que l'estomac est convenablement sustent&#233; et que l'effort sur la p&#233;dale ne d&#233;passe pas 10 kilos, on peut p&#233;daler ind&#233;finiment sans se fatiguer et l'on n'est arr&#234;t&#233; que par le besoin de sommeil qui ne se reproduit qu'&#224; de longs intervalles. On traverse ainsi tant&#244;t rapidement, tant&#244;t nonchalamment, des paysages tr&#232;s vari&#233;s, kal&#233;idoscope vivant dont les mille tableaux p&#233;n&#232;trent par les yeux dans la pens&#233;e et vont ensuite se fixer embellis, amplifi&#233;s, id&#233;alis&#233;s, dans l'imagination.&lt;br class='autobr' /&gt; De Pont-Faurie &#224; Malataverne, rampe moyenne que nous gravissons avec nos plus faibles multiplications, puis 2 ou 3 kilom&#232;tres de bon chemin plat qui nous am&#232;nent &#224; la grande route de Montfaucon &#224; Saint-Bonnet-le-Froid. Jusque-l&#224; le sol n'a pas &#233;t&#233; trop mauvais, mais nous allons, jusqu'&#224; Satillieu, en voir de cruelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il ne devrait pas &#234;tre permis, dans un pays civilis&#233;, de laisser des routes dans cet &#233;tat, et tout particulier devrait avoir le droit de contraindre les Ponts et Chauss&#233;es, au besoin par devant les Tribunaux, de remettre et de maintenir en &#233;tat carrossable au moins tout ce qui est route nationale et d&#233;partementale et de leur r&#233;clamer des dommages et int&#233;r&#234;ts pour le pr&#233;judice caus&#233;. On a, para&#238;t-il, ce droit en Angleterre et quoique les routes dans ce pays ne vaillent pas nos belles routes du Forez, on n'y voit pas des passages comme ceux de La Louvesc &#224; Satillieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;butons sur cette mauvaise route de Montfaucon par deux raidillons cons&#233;cutifs, piment&#233;s qui nous conduisent &#224; un poteau indicateur, lequel nous apprend que Firminy &#8212; pourquoi Firminy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8212; est &#224; 30 ou 35 kilom&#232;tres de ce lieu sauvage. Un abonn&#233; du Cycliste me signalait r&#233;cemment cette bizarrerie des Ponts et Chauss&#233;es qui consiste &#224; mettre sur leurs poteaux des localit&#233;s d'importance secondaire, ou m&#234;me des noms de hameau tr&#232;s &#233;loign&#233;s, alors qu'il serait plus rationnel d'y placer les noms des localit&#233;s voisines ou des villes importantes &#224; 10 ou 15 lieues &#224; la ronde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'importe peu de savoir que La Cambuse, par exemple, est &#224; 45 kilom&#232;tres. Un touriste novice, se laissant prendre &#224; cette indication, fera force de p&#233;dales pour arriver avant la nuit &#224; ce lieu qu'il croit important puisqu'on l'annonce 45 kilom&#232;tres &#224; l'avance, et il y trouvera quelques vieilles masures inhabitables sur un sommet ou &#224; un croisement de routes ouvert &#224; tous les vents. On dirait, ma parole, que les indications des poteaux et des bornes ne sont l&#224; que pour faciliter le service de ces messieurs des Ponts et Chauss&#233;es et non pour renseigner utilement les voyageurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, si l'on peut appeler ainsi les tas et les trous de sable &#224; travers lesquels nous naviguons avec force ressauts et cahots, descend assez longtemps, puis remonte et redescend et ainsi de suite jusqu'&#224; Saint-Bonnet-le-Froid, on se trouve constamment sur un plateau tr&#232;s fortement ondul&#233; et l'on domine parfois un enchev&#234;trement de collines bois&#233;es qui forment un ensemble digne d'&#234;tre vu. Peu avant d'arriver &#224; Saint-Bonnet, nous d&#233;couvrons, cach&#233;e dans un nid de verdure, une villa qui para&#238;trait chaumi&#232;re aupr&#232;s des ch&#226;teaux du Forez, mais qui para&#238;t ch&#226;teau aupr&#232;s des humbles masures de cette pauvre r&#233;gion et qui nous laisse une impression de paix, de calme, de vie dormante. C'est dr&#244;le de passer ainsi &#224; vol d'oiseau &#224; travers des sites inconnus et qu'on ne reverra peut-&#234;tre jamais, et d'en recevoir, comme coups de fl&#232;che, des impressions durables qui se po&#233;tisent en vieillissant. On ne voyagerait que pour cela, que ce serait presque suffisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Bonnet-le-Froid, en hiver, doit &#234;tre un pays de loup o&#249; l'on ne passe qu'&#224; son corps d&#233;fendant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais sous le beau soleil du 11&#160;juin dernier, pendant que les habitants l'ornent de fleurs et de feuillage pour le passage de la procession, son aspect est plut&#244;t agr&#233;able, et puis le beurre et le lait y sont tr&#232;s bons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous en faisons l'exp&#233;rience en y red&#233;jeunant &#224; 9 heures, &#224; bon compte, en v&#233;rit&#233;. D'apr&#232;s mes pr&#233;visions nous aurions d&#251; &#234;tre &#224; cette heure-l&#224; &#224; La Louvesc m&#234;me et j'estimais que malgr&#233; les mont&#233;es et le mauvais &#233;tat de la route on pourrait en partant de Saint-&#201;tienne &#224; 3 heures du matin &#234;tre &#224; La Louvesc &#224; 8 heures et de retour &#224; Saint-&#201;tienne &#224; midi. Ce n'est peut-&#234;tre pas impossible, mais ce serait dur et il ne faudrait pas perdre une minute.&lt;br class='autobr' /&gt;
On quitte Saint-Bonnet par la route qui suit la Cance jusqu'&#224; Annonay et qu'on regrette de laisser &#224; gauche pour enfiler le mauvais petit chemin qui conduit &#224; La Louvesc, &#233;troit, ravin&#233;, sablonneux, peu ou point ombrag&#233;, d&#233;testable en un mot, en tant que chemin, mais entour&#233; de points de vue si admirables autant &#224; gauche sur la vall&#233;e de la Cance o&#249; l'on suit longtemps des yeux la route d'Annonay, qu'&#224; droite sur des pentes abruptes et des gorges &#233;troites et profondes d'un caract&#232;re tout particulier. D'immenses champs de gen&#234;ts embaument l'air et les pins en bourgeons nous encensent de leur hygi&#233;nique senteur. Tout d'abord la route n'est pas tr&#232;s p&#233;nible mais bient&#244;t l'on attrape une mont&#233;e de plusieurs kilom&#232;tres, qui par des tours et des d&#233;tours nous conduit &#224; une belle altitude, dans les 1.300 m&#232;tres. L'endroit est sauvage, une ferme isol&#233;e est l&#224; cependant et non loin une source abondante canalis&#233;e jaillit au bord de la route. Excellente occasion dont nous profitons pour nous rafra&#238;chir par d'abondantes ablutions. La descente d&#233;finitive et ininterrompue jusque sur les bords du Rh&#244;ne commence peu apr&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous rencontrons un des nombreux omnibus qui am&#232;nent &#224; La Louvesc et en ram&#232;nent les p&#232;lerins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trois forts chevaux le hissent p&#233;niblement bien que la plupart des voyageurs soient descendus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pour ces pauvres b&#234;tes un dur service que celui de La Louvesc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? de quelque c&#244;t&#233; qu'on y vienne il faut grimper rudement et par des chemins qui doivent &#234;tre encore plus terribles pour les voitures que pour les bicyclettes. Les motocycles et les automobiles s'en verraient de cruelles si jamais l'on organisait une course en l'honneur de saint Fran&#231;ois-R&#233;gis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec de la patience on vient &#224; bout de tout et nous entrons enfin &#224; La Louvesc &#224; 10 h. &#188;. Les p&#232;lerins n'y sont pas encore en grand nombre, la saison ne se faisant g&#233;n&#233;ralement qu'en juillet, ao&#251;t et septembre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant l'&#233;glise tr&#232;s riche est pleine comme un &#339;uf, l'on ne voit dans les rues qu'&#233;talages d'objets de pi&#233;t&#233; et d&#233;j&#224; les mendiants harc&#232;lent les passants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous entrons dans la chapelle consacr&#233;e &#224; saint Fran&#231;ois, encombr&#233;e de b&#233;quilles et tapiss&#233;e d'ex-voto&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on la r&#233;pare et d'humble qu'elle &#233;tait &#224; l'origine elle va devenir opulente. Tout se transforme et l'on ne se contente plus d'&#234;tre, on veut para&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; onze heures moins le quart, notre curiosit&#233; satisfaite, malgr&#233; l'invitation d'une aimable h&#244;tesse qui voudrait nous voir d&#233;jeuner &#224; La Louvesc, nous nous dirigeons sur Satillieu (12 kilom.) o&#249; nous devons nous s&#233;parer, mes deux compagnons rentrant &#224; Saint-&#201;tienne par Annonay.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces douze kilom&#232;tres en pente assez accentu&#233;e et que je comptais faire avec le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres sans aucune peine ont &#233;t&#233; au contraire aussi fatigants qu'une mont&#233;e, tellement il &#233;tait p&#233;nible d'&#233;viter, dans l'&#233;paisse couche de poussi&#232;re qui tient lieu de route, le d&#233;rapage de la roue motrice qu'&#224; chaque instant je sentais se d&#233;rober sous moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bras m'en font encore mal. Joignez &#224; cela les nuages de poussi&#232;re que le vent nous envoyait dans les yeux, la chaleur accablante, le danger des coudes brusques, des rencontres de voitures, rares heureusement, qui m'obligeaient quelquefois &#224; mettre pied &#224; terre, du c&#244;toiement incessant du pr&#233;cipice, et vous comprendrez avec quel soulagement nous entr&#226;mes &#224; midi et demi dans Satillieu, o&#249; mes amis d&#233;jeun&#232;rent, copieusement, parait-il, et &#224; un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;. Quant &#224; moi, je continuai &#224; descendre sur Sarras, route peu int&#233;ressante jusqu'&#224; Arboix, village moyen&#226;geux commandant l'entr&#233;e des gorges abruptes qui descendent dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne. Des masses de terrains rocailleux calcin&#233;s par le soleil, d&#233;nud&#233;s, d'aspect farouche, &#231;&#224; et l&#224; couronn&#233;s de pans de murailles branlantes, vestiges mena&#231;ants et dangereux encore pour les passants, des repaires fortifi&#233;s d'o&#249;, sous le r&#233;gime f&#233;odal, de v&#233;ritables bandits s'&#233;lan&#231;aient sur les voyageurs et les ran&#231;onnaient &#224; qui mieux mieux. La route serpente &#224; flanc de rocher dominant presque &#224; pic le lit d'un torrent qui pour l'instant est pour ainsi dire &#224; sec, mais qui doit rugir formidablement &#224; l'&#233;poque des grandes eaux. Elle est bien &#233;troite cette route, bien caillouteuse, faiblement entretenue, tr&#232;s peu fr&#233;quent&#233;e et grill&#233;e par le soleil, mais elle a &#233;t&#233; sagement trac&#233;e et la pente en est douce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sarras est un village qui ressemble &#224; Andance, &#224; Ampuis, &#224; tous les gros bourgs et &#224; toutes les petites villes &#233;chelonn&#233;es sur la rive droite du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est blanc, c'est coquet, c'est chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vigne tapisse les coteaux et les arbres &#224; fruits, cerisiers, p&#234;chers et abricotiers principalement, enverdurent l'&#233;troite langue de terrain plat qui va du pied de la montagne aux sables du fleuve.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Sarras o&#249; j'arrivai &#224; I heure et demie avec 6 m&#232;tres de d&#233;veloppement finit la partie r&#233;ellement int&#233;ressante de l'excursion et si je n'avais une v&#233;ritable r&#233;pugnance &#224; confier ma monture au grand fr&#232;re je pourrais sans regrets pour le pittoresque prendre le train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il faut que je sois bien fatigu&#233; ou bien loin de mon home pour en venir &#224; cette extr&#233;mit&#233; qui augmente du reste sensiblement le co&#251;t d'une excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, je tiens &#224; d&#233;montrer par le fait que la bicyclette non seulement permet d'embrasser dans une excursion dominicale une aussi vaste &#233;tendue de terrain que l'automobile mais encore qu'elle passe partout plus facilement et enfin que le prix de revient du kilom&#232;tre est, gr&#226;ce &#224; elle, pour ainsi dire nul, faut-il ajouter : surtout lorsqu'on est v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon Dieu, oui, il faut l'ajouter, car l'abstention radicale de toute boisson ferment&#233;e, vin compris, de viande et m&#234;me de poisson, non seulement r&#233;duit &#224; presque rien les d&#233;penses de bouche, mais encore donne la force, l'endurance n&#233;cessaire pour augmenter le kilom&#233;trage de la journ&#233;e, double r&#233;duction du prix du kilom&#232;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoique monotone, la route n'est cependant pas d&#233;nu&#233;e de tout int&#233;r&#234;t et comme on se trouve en plein dans les r&#233;gions fr&#233;quent&#233;es par les cyclistes, les occasions de faire des observations amusantes ou utiles ne manquent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je comptais revenir jusqu'&#224; Lyon avec le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres, mais la violence croissante du vent du nord qui me soufflait en plein visage me fit bient&#244;t comprendre qu'il serait plus sage de baisser d'un cran&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avant m&#234;me d'&#234;tre &#224; Andance j'avais pris 4m,40 et, chose qui para&#238;tra bizarre aux toqu&#233;s des orgueilleuses foul&#233;es de 7 m&#232;tres, mon allure s'en &#233;tait augment&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
En chiffres ronds, d'apr&#232;s le guide Baroncelli, 90 kilom&#232;tres s&#233;parent Sarras de Lyon-Brotteaux o&#249; je tenais &#224; arriver &#224; 7 heures au plus tard&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fallait donc, en d&#233;falquant une heure pour les arr&#234;ts in&#233;vitables que r&#233;clamerait messer Gaster, marcher &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Je ne passais pourtant &#224; Serri&#232;res qu'&#224; 2 h. 30 et fis une premi&#232;re halte un peu plus loin, &#224; Limony, o&#249; j'absorbai en un quart d'heure un g&#226;teau achet&#233; &#224; La Louvesc et une bouteille de limonade. J'eus la chance, au moment o&#249; j'en repartais, d'&#234;tre rejoint par un jeune cycliste de Vienne, qui d&#233;veloppait 6m,60 et que mes batteries de pignons accoupl&#233;s intriguaient fort. Quand il sut que j'avais 7m,50 &#224; ma disposition, il s'&#233;tonna fort de voir que je ne m'en servais pas et que je pr&#233;f&#233;rais tricotter avec 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je lui expliquai le secret des faibles multiplications et lui demandai s'il montait quelquefois au Pilat. Jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ses amis et lui allaient &#224; fond de train de Vienne &#224; Serri&#232;res ou m&#234;me &#224; Valence, et revenaient par le P.-L.-M.&#160;quand le vent &#233;tait contraire comme ce jour-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en causant, nous marchions bon train, le gaillard aurait eu du plaisir &#224; me l&#226;cher et je n'&#233;tais pas d'humeur &#224; me laisser faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avant Saint-Pierre-de-B&#339;uf une faible rampe se pr&#233;sente, rendue dure par le vent, mon compagnon couche sur le guidon, son corps fluet qu'il balance peu gracieusement de droite &#224; gauche et de gauche &#224; droite, mais il n'avance gu&#232;re, je prends quelque avance qu'il rattrape tr&#232;s vite &#224; la descente et le m&#234;me jeu se renouvelle &#224; chaque mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il commence &#224; comprendre que les petites multiplications ont du bon et que telles circonstances peuvent se pr&#233;senter o&#249; l'on avance plus avec 4m,40 qu'avec 6m,60. Malheureusement, pour le succ&#232;s de la d&#233;monstration les mont&#233;es sont trop courtes ou trop faibles et le vent n'est pas assez fort. Ainsi stimul&#233;s, nous franchissons, en une heure, 25 kilom&#232;tres, de Limony &#224; Sainte-Colombe, o&#249; je me s&#233;pare de ce bon jeune homme, prototype des neuf dixi&#232;mes des cyclistes de France. Cette tout de m&#234;me trop vive allure m'avait &#233;chauff&#233; outre mesure et j'&#233;prouvais le besoin de m'asperger d'eau fra&#238;che avant d'arriver &#224; Givors, il me semble qu'on se d&#233;salt&#232;re mieux en se mouillant les bras, le visage et le cou qu'en absorbant des masses de liquide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore une v&#233;rit&#233; qu'on fera difficilement admettre par ceux qui ont du plaisir &#224; boire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 5 heures je suis &#224; Givors et me sentant en avance sur mon horaire je diminue le train et fais une troisi&#232;me halte entre Vernaison et Irigny, du caf&#233; et du pain, l&#233;ger acompte sur le repas du soir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un estomac v&#233;g&#233;tarien se contente de peu et ce peu lui suffit n&#233;anmoins parce qu'il en tire, par une bonne digestion, tous les principes nutritifs assimilables, tandis que, surcharg&#233; de victuailles, l'estomac d'un mangeur de viande peut suffire &#224; sa t&#226;che et expose &#224; la fringale cruelle trois heures apr&#232;s qu'il s'est gav&#233; comme une dinde.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai eu le plaisir de suivre un instant, apr&#232;s Vernaison, un vigoureux cycliste tra&#238;nant sur une voiturette une dame &#226;g&#233;e, pas bien lourde certainement, mais la route offre &#231;&#224; et l&#224; quelques mont&#233;es et la multiplication m'a paru &#234;tre de 6 m&#232;tres environ, ce qui &#233;tait vraiment trop fort pour une telle besogne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela m'int&#233;ressait d'autant plus que j'ai moi-m&#234;me, il y a quelque temps, emmen&#233; sur une voiturette, de Saint-&#201;tienne &#224; Lyon, un voyageur pesant 65 kilos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la distance parcourue fut exactement de 60 kilom&#232;tres et le temps 4 heures 15, d&#233;duction faite d'un arr&#234;t de demi-heure &#224; moiti&#233; chemin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la voiturette pesait 8 kilos et le bagage 5 kilos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; poids total transport&#233; : 78 kilos. Ce n'est pas la mer &#224; boire, &#224; la condition d'avoir plusieurs d&#233;veloppements &#224; son service&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, j'avais pris pour cette circonstance 6 m&#232;tres de Saint-&#201;tienne &#224; Givors, et 4m,40 de Givors &#224; Lyon, sauf entre les bornes 12 et 9 avant et apr&#232;s Vernaison o&#249;, pour enlever quand m&#234;me quelques raidillons, je me mis &#224; 3 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon plus grand travail fut la grimpette de Grigny &#224; la Tour de Millery avec 4m,40, du 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% environ avec l&#233;ger vent contraire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pression sur la p&#233;dale fut, dans cette circonstance (poids total, 160 kilos, vitesse, 3 m&#232;tres &#224; la seconde), de 31 kilos, la mont&#233;e heureusement n'est pas tr&#232;s longue, 800 m&#232;tres environ, mais le sol est mauvais. Mon voyageur fut m&#234;me, &#224; cette occasion, vivement apostroph&#233; par un conducteur d'hippomobile par un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Eh feignant, tu peux donc pas descendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui le vexa profond&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pourquoi je m'int&#233;ressais tout particuli&#232;rement au jeune homme qui promenait sa m&#232;re en voiturette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si je n'avais craint d'&#234;tre indiscret, je lui aurais conseill&#233; de faire adapter &#224; sa machine une deuxi&#232;me multiplication, mais il donnait un bon exemple et je suis persuad&#233; que l'on verra de plus en plus des voiturettes tra&#238;n&#233;es par des cyclistes lorsqu'on aura appris &#224; tirer parti des machines &#224; d&#233;veloppements multiples.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une bonne journ&#233;e (1899)</title>
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		<dc:date>2024-03-03T13:12:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ce sont l&#224; malheureusement des promenades qui vous mettent en app&#233;tit et &#224; peine a-t-on fini qu'on voudrait recommencer, tant il est agr&#233;able de se rincer l'&#339;il, pour parler l'argot moderne, dans des kilom&#232;tres et des kilom&#232;tres de paysages incessamment vari&#233;s qui par la multiplicit&#233; des images, tant&#244;t nettes, tant&#244;t ind&#233;cises et des souvenirs qu'on en conserve, vous laissent l'impression qu'on a voyag&#233; dans le r&#234;ve et travers&#233; l'infini.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;t200-kilometres-a-bicyclette&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='t200-kilometres-a-bicyclette'&gt;200 kilom&#232;tres &#224; bicyclette&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1899, p.111-114, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_6&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce temps d'automobilisme &#224; outrance, o&#249; tant de cyclistes ne songent qu'&#224; se coiffer d'une &#233;norme casquette, se calfeutrer dans des v&#234;tements de peau, s'engloutir dans des fourrures, se masquer d'une sorte de grillage vitr&#233;, qu'&#224; rev&#234;tir en un mot des costumes de scaphandrier ou d'&#233;goutier, pour ensuite s'immobiliser derri&#232;re des leviers, des robinets, des manettes de toutes formes, conduire une automobile ou un moto-cycle et courir &#224; 30 ou 40 kilom&#232;tres &#224; l'heure au devant des pannes fatales, il n'est peut-&#234;tre pas hors de propos de red&#233;montrer par le fait les possibilit&#233;s de la bicyclette et combien elle reste l'outil par excellence des touristes. C'est une t&#226;che &#224; laquelle je m'employai, il y a bient&#244;t 15 ans, non sans succ&#232;s, &#224; en juger par le nombre des cyclistes qui sillonnent nos rues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or les perfectionnements apport&#233;s depuis lors &#224; nos machines permettent de faire encore sans fatigue des &#233;tapes comme celle que je vais conter, e&#251;t-on m&#234;me, tel est mon cas, 46 printemps pesant sur ses triceps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceci &#224; l'adresse des cyclistes d'antan qui croient que l'&#226;ge m&#251;r les condamne au repos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dimanche dernier, 4&#160;juin, ce n'est pas vieux et tout le monde se souviendra qu'il a fait ce jour-l&#224; un temps superbe mais une chaleur accablante. Pourtant il faisait &#224; peu pr&#232;s frais le matin &#224; quatre heures quand je quittai la place Marengo, en route pour Montbrison, mon premier but. J'avais ma bicyclette de montagne munie de quatre d&#233;veloppements : 3m,30, 4m,40, 6 m&#232;tres et 7m,25. Pour aller &#224; l'ancien chef-lieu du d&#233;partement, 6 m&#232;tres est tout indiqu&#233; et quand le vent souffle du midi, on peut sans inconv&#233;nient choisir le plus grand d&#233;veloppement (entre 7 et 8 m&#232;tres) dont on dispose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les courtes rampes de La Fouillouse et des Tourettes s'enl&#232;vent en vitesse, le reste de la route n'offre aucune difficult&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux portes de Montbrison (34 kil.) je bifurquai sur Moingt et je mis pied &#224; terre devant la borne 2, au pied de la mont&#233;e de 15 kilom&#232;tres qui aboutit &#224; la Croix de l'Homme mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait 6 heures moins dix, et le soleil d&#233;j&#224; chaud allait pendant toute la c&#244;te me caresser l'&#233;pine dorsale. Je pris mon plus faible d&#233;veloppement, 3m,30 et entamai sans pr&#233;cipitation ma plus rude ascension de la journ&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de 400 m&#232;tres environ, altitude de Moingt, on s'&#233;l&#232;ve &#224; 1100 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dalais aussi r&#233;guli&#232;rement que possible, tout en variant de temps en temps, selon l'intensit&#233; de la pente, tant&#244;t la position du pied sur la p&#233;dale, tant&#244;t ma position sur la selle, gr&#226;ce &#224; la tige de selle oscillante qui permet de jeter &#224; la mont&#233;e tout le poids du corps sur les p&#233;dales. Apr&#232;s avoir tourn&#233; pendant 20 minutes autour de Verri&#232;res, j'entrai enfin sous bois et ne tardai pas &#224; atteindre le point culminant (borne 17) &#224; 7 heures 10&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais donc parcouru 15 kilom&#232;tres en m'&#233;levant de 700 m&#232;tres en une heure et vingt minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a l&#224; rien de remarquable et bien des cyclistes en feraient autant, m'assurent-ils, avec n'importe quel d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est probable, mais encore faudrait-il constater leur &#233;tat &#224; l'arriv&#233;e. Ce n'est pas tout que de faire une mont&#233;e, il faut surtout la faire sans se fatiguer, sans s'essouffler, sans se surmener et seuls les faibles d&#233;veloppements le permettent. &#192; la borne 17, je repris le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres pour les 6 kilom&#232;tres de descente sur Saint-Anth&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paysage est merveilleux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue, sans &#234;tre tr&#232;s &#233;tendue est tr&#232;s agr&#233;able, on domine les croupes verdoyantes, souvent bois&#233;es, des collines qui descendent du c&#244;t&#233; de Soleymieux, de Montbrison et vers la vall&#233;e de l'Ance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, la montagne s'enfle mollement jusqu'au sommet de Pierre-sur-Haute. Quinze minutes me suffisent pour descendre &#224; Saint-Anth&#232;me, je ne m'amuse pas &#224; faire les descentes au petit pas en retenant ma machine avec autant de force que j'en mets pour la pousser &#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je trouve qu'il est absurde de se fatiguer &#224; ce travail n&#233;gatif et que la pesanteur qui nous g&#234;ne si fort en montant doit nous venir en aide en descendant, ce n'est que justice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec un frein s&#251;r et un grand d&#233;veloppement on peut, en cas de n&#233;cessit&#233;, mod&#233;rer suffisamment l'allure et s'arr&#234;ter assez t&#244;t pour &#233;chapper &#224; tout danger. La r&#233;sistance de l'air dont l'action &#224; la descente est beaucoup plus &#233;nergique qu'on ne se l'imagine vulgairement, se charge de nous emp&#234;cher d'aller trop vite, puisque sur une pente de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, le maximum de vitesse que l'on peut atteindre en se laissant rouler librement est de 10 m&#232;tres &#224; la seconde (36 kilom&#232;tres &#224; l'heure)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une allure qui n'a rien d'excessif aujourd'hui et que l'on obtient assez ais&#233;ment en plaine, avec un grand d&#233;veloppement et un bon vent arri&#232;re, mais il faut un bon frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais halte &#224; Saint-Anth&#232;me jusqu'&#224; huit heures, j'y d&#233;jeune apr&#232;s avoir fait mes ablutions dans les eaux froides et limpides qui se concentrent vers ce charmant vallon o&#249; nos troupiers vont chaque ann&#233;e s&#233;journer quelques semaines, &#224; la grande joie des habitants et surtout des habitantes. Ces milliers de pantalons rouges doivent &#234;tre d'un tr&#232;s bel effet au milieu des prairies d'un vert intense&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des coquelicots dans les bl&#233;s en herbe. Si jamais quelque disciple de Kneipp s'avise de fonder un W&#339;rishoffen fran&#231;ais, je lui recommande Saint-Anth&#232;me, il trouverait difficilement un endroit plus propice aux cures d'herbe mouill&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclo-touristes semblent venir rarement par l&#224;, car les indig&#232;nes n'ont pas une id&#233;e bien nette des facilit&#233;s de d&#233;placement qu'offre la bicyclette. Ils n'ont pas l'air de croire que je viens en droite ligne de Saint-&#201;tienne en 3 h. 1/2, et que je compte y rentrer avant le coucher du soleil en passant par Ambert et la Chaise-Dieu. Au fait, je n'ai encore rencontr&#233; qu'un seul cycliste, entre Montbrison et Sury, et je n'en rencontrerai pas un seul de la journ&#233;e si ce n'est dans la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Saint-Anth&#232;me, la route traverse l'Ance et se met &#224; grimper pendant neuf kilom&#232;tres jusqu'aux Pradeaux, le long du ruisseau d'Enfer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est une pente tr&#232;s douce que j'estime &#224; 3&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en moyenne en attendant que le Syndicat de l'Auvergne nous en donne le profil exact : je franchis ces neuf kilom&#232;tres, plus que jamais en plein soleil, en 35 minutes, y compris le temps de prendre une douche sous une cascatelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est f&#226;cheux qu'on n'ait pas trac&#233; cette route sur la rive droite du ruisseau d'Enfer, couverte d'une sombre for&#234;t de sapins, on y serait &#224; l'ombre au moins, tandis que sur la rive gauche... je ne vous dis que &#231;a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En plein midi on doit y pouvoir faire cuire des &#339;ufs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des Pradeaux (altit. 1.100m) &#224; Ambert (altit. 530m), 13 kilom. de descente carabin&#233;e, agr&#233;ment&#233;e de trois tournants qu'on peut, sans exag&#233;ration, qualifier de dangereux. Je m'en tire tr&#232;s ais&#233;ment bien que je me sois remis au d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres depuis les Pradeaux et que la route aux abords d'Ambert soit tr&#232;s encombr&#233;e. Ce doit &#234;tre jour de f&#234;te dans cette jolie petite ville o&#249; j'entre &#224; 9 h. 10. J'y vins une fois par le P.-L.-M.&#160;et, parti cependant par le premier train, je n'y d&#233;barquai qu'&#224; une ou deux heures du soir. La bicyclette est donc pour ce trajet en particulier d'une incontestable utilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne fis que traverser Ambert o&#249; un train arrivait de Clermont en m&#234;me temps que moi et comme les trains sur ce tron&#231;on de ligne sont un peu des trains-galoches, j'arrivai &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps que lui &#224; Arlanc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est vous dire que la route est belle, plate et sans difficult&#233; et que gr&#226;ce &#224; mon grand d&#233;veloppement de 7m,25, peut-&#234;tre aussi au l&#233;ger vent du nord qui me favorisait, je marchai pendant les 17 kilom&#232;tres qui s&#233;parent les deux villes &#224; raison de 25 &#224; 26 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Arlanc commence une mont&#233;e de 17 autres kilom&#232;tres jusqu'&#224; la Chaise-Dieu, interrompue entre les bornes 1 et 2 par une descente d'environ 1.500 m&#232;tres qui conduit &#224; une gorge tr&#232;s resserr&#233;e au fond de laquelle coule un torrent qui non loin de l&#224;, va se jeter dans la Dore, dont je remonte le cours depuis Ambert. D'Arlanc &#224; cette gorge, je me sers du d&#233;veloppement de 4m,4O qui convient bien &#224; cette pente tr&#232;s moyenne et je fais les 1.500 m&#232;tres de descente les pieds au repos. Plut&#244;t que de changer &#224; tout instant de d&#233;veloppement, je conseille de faire ainsi les routes dites en montagnes russes. Ce proc&#233;d&#233; permet d'aller aussi vite que quiconque sans tr&#233;pigner sur les p&#233;dales que l'on rattrape &#224; la mont&#233;e suivante d&#232;s que l'&#233;lan se ralentit et ainsi de suite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n'oubliez pas que j'ai toujours un bon frein &#224; ma disposition et que sans lui le proc&#233;d&#233; ne vaudrait rien du tout, car s'il vous fallait reprendre les p&#233;dales, tournant &#224; toute vol&#233;e par suite du faible d&#233;veloppement, vous ne r&#233;ussiriez qu'&#224; vous contusionner les talons et les chevilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je mets pied &#224; terre &#224; l'entr&#233;e du pont jet&#233; sur le torrent en question, il est 10 heures 25 et il me reste d'apr&#232;s une borne indicatrice 11 kilom&#232;tres &#224; faire pour atteindre la Chaise-Dieu. Ces 11 kilom&#232;tres vont sans doute &#234;tre durs et je juge &#224; propos de prendre 1&#176; un bain instantan&#233; dans l'eau tr&#232;s froide et tr&#232;s courante, 2&#176; un l&#233;ger repas v&#233;g&#233;tarien, cerises et pain tremp&#233;s dans l'onde, pour les rafra&#238;chir et 3&#176; un repos d'un quart d'heure &#224; l'ombre du rocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
On construit par l&#224; un chemin de fer qui me parait devoir r&#233;unir t&#244;t ou tard Ambert &#224; Saint-Bonnet-le-Ch&#226;teau par Craponne et la Chaise-Dieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; cet endroit, la future ligne surplombe le torrent d'une centaine de m&#232;tres et quelques pierres qui s'en d&#233;tachent et viennent &#224; peu de distance s'&#233;craser sur les rochers, me laissent croire qu'il y aurait un certain danger &#224; venir par l&#224; p&#234;cher la truite.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; onze heures moins dix, je remonte &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil, qui tout &#224; l'heure &#233;tait ardent, est maintenant cach&#233; par les nuages, et ma direction revenant vers le nord, je me sens rafra&#238;chi par un peu d'air frais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un orage se pr&#233;pare manifestement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pr&#233;vision d'une pente dure j'avais plac&#233; ma cha&#238;ne sur le plus petit d&#233;veloppement, 3m,30, et sensation bizarre, en marchant avec cette faible multiplication &#224; toute petite allure, il m'a paru que je me reposais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pente &#233;tant &#224; peine de 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, mon effort sur la p&#233;dale ne d&#233;passait pas 12 kilos, effort qui correspond approximativement &#224; celui du cycliste marchant en plaine &#224; 20 &#224; l'heure avec 7 m&#232;tres de d&#233;veloppement. Avoir la sensation de d&#233;lassement en montant une rampe, voil&#224; qui surprendra pas mal de cyclistes, rien n'est plus exact cependant, mais &#224; condition de savoir aller lentement.&lt;br class='autobr' /&gt; Neuf fois sur dix, aujourd'hui, on ne demande &#224; la bicyclette que de la vitesse et comme on s'imagine que la vitesse ne d&#233;pend que du d&#233;veloppement, on en vient peu &#224; peu &#224; consid&#233;rer 7 et 8 m&#232;tres comme des d&#233;veloppements ordinaires, tandis que ce sont l&#224;, au contraire, pour les touristes bien entendu (car pour le snob-&#233;pateur qui ne proc&#232;de que par sprintset va rarement au del&#224; de 20 kilom&#232;tres, peu importe la multiplication), des d&#233;veloppements anormaux, exceptionnels, utilisables dans quelques rares circonstances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux d&#233;buts de la bicyclette, le seul d&#233;veloppement admis &#233;tait 4m,40, c'&#233;tait assur&#233;ment et c'est encore un des meilleurs d&#233;veloppements moyens, bons &#224; tout faire, que l'on puisse offrir &#224; un cyclo-touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, ce d&#233;veloppement unique ne suffirait pas aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous en apercevons tous les jours, lorsque dans nos promenades matinales nous faisons route avec des cyclistes &#224; unique multiplication. Monter &#224; Saint-Genest-Malifaux leur semble un travail de g&#233;ant, ou bien aller d&#233;jeuner &#224; Veauche les essouffle par la rapidit&#233; des mouvements de jambes, alors qu'avec nos faibles multiplications nous gravissons sans effort la c&#244;te de Planfoy et qu'avec nos grands d&#233;veloppements nous allons &#224; Veauche en quarante minutes, sans nous apercevoir que nous filons &#224; 25 &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on veut aller loin et longtemps sans fatigue, il faut &#234;tre mieux arm&#233;, j'entends mieux mont&#233; que ne le sont les neuf dixi&#232;mes des cyclistes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a donc rien d'&#233;tonnant &#224; ce que l'on rencontre dans les r&#233;gions montagneuses, les plus pittoresques et les plus int&#233;ressantes &#224; visiter, moins de cyclistes aujourd'hui, alors que nous sommes plus d'un million, qu'autrefois, lorsque nous &#233;tions deux ou trois cent mille.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mesure que se vulgariseront les machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements, cela changera &#233;videmment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que nous voil&#224; loin de la Chaise-Dieu dont cependant chaque tour de roue me rapproche, au milieu de tr&#232;s beaux sites qui rappellent de fort pr&#232;s ceux de nos grands bois avec quelque chose de moins sauvage, car &#224; chaque d&#233;tour de la route, qui n'en est pas chiche, la vue peut s'&#233;chapper et atteindre les coteaux cultiv&#233;s. Me voici sur le plateau palud&#233;en que domine l'imposant &#233;difice abbatial que nos lecteurs connaissent et qui fut, parait-il, voil&#224; quelques cent ans, un centre d'activit&#233; intellectuelle tr&#232;s en renom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le moment la Chaise-Dieu n'est qu'un bourg de tr&#232;s modeste importance et je doute qu'elle retrouve jamais son ancienne splendeur, bien que quelques-uns de ses plus notables habitants caressent l'espoir d'en faire une station estivale d&#232;s que le chemin de fer y fonctionnera. L'air y est bon assur&#233;ment, et &#224; peu de distance, les eaux min&#233;rales de la Souch&#232;re seraient une attraction de plus, mais la campagne autour est d&#233;nu&#233;e de charmes et les bois sont relativement &#233;loign&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un repas aussi v&#233;g&#233;tarien que possible, je quitte &#224; 1 h. 15 la Chaise-Dieu et me dirige sur Craponne. 19 kilom&#232;tres de montagnes russes avec plus de descentes cependant que de mont&#233;es, mais celles-ci sont souvent assez raides, si bien qu'apr&#232;s avoir essay&#233; le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres je reviens dare dare &#224; celui de 4m,4O, le plus convenable d&#233;cid&#233;ment pour les routes de ce genre, &#224; la condition de faire les descentes les pieds au repos. Je ne m'en fais pas faute d'autant plus que les raidillons en ligne droite ne pr&#233;sentent aucun danger. La pesanteur vous entraine &#224; une vitesse que vient tr&#232;s vite mod&#233;rer et r&#233;gulariser la r&#233;sistance de l'air, de sorte qu'on finit par se trouver en &#233;quilibre entre ces deux forces de la nature dont l'une vous pousse et l'autre vous retient. L'on atteint le bas de la c&#244;te avec une telle force vive qu'une bonne partie du palier ou m&#234;me de la mont&#233;e suivante est enlev&#233;e sans qu'on ait &#224; reprendre les p&#233;dales. Donc, excellente au point de vue pratique, cette m&#233;thode qui consiste &#224; tirer le meilleur parti possible des forces naturelles m&#233;rite d'&#234;tre recommand&#233;e &#224; tous les cyclistes prudents et exerc&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route entre dans Craponne par une pente assez vive et en sort par un raidillon tr&#232;s sec qu'il convient pourtant d'enlever rapidement le sourire aux l&#232;vres, sans avoir l'air d'appuyer, car les Craponnaises vous regardent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ma selle oscillante me fournit le moyen d'ex&#233;cuter ce programme sans sourciller. Peu apr&#232;s commence une rapide descente sur Pontempeyrat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est belle et les tournants peu dangereux, seul un malencontreux passage &#224; niveau vient vous rappeler &#224; l'ordre. On passe l'Ance, d&#233;licieuse rivi&#232;re o&#249; les truites ne sont pas encore absolument introuvables, sur un pont tr&#232;s moderne, non loin d'un autre pont que la l&#233;gende attribue &#224; un imperator romain d'o&#249; Pons imperatoris. Apr&#232;s tout c'est bien possible et les Romains auraient eu grand tort de ne pas venir se promener dans d'aussi ravissantes gorges. Quand on est tomb&#233; dans un trou il faut grimper pour en sortir et c'est &#224; quoi je m'applique &#224; 2 h. 40, sans trop d'efforts, gr&#226;ce &#224; mon d&#233;veloppement de 3m,30 jusqu'&#224; Saint-Pal-en-Chalencon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a l&#224; une ligne droite qui vaut la grimpette dans Craponne, plus longue seulement et sans le stimulant que donne toujours la pr&#233;sence du beau sexe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, s'il n'y a pas de galerie, le soleil n'est pas absent, lui, et pendant trois bons kilom&#232;tres, &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% bon poids, il me r&#244;tit consciencieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'instant d'apr&#232;s entre Saint-Pal et Apinac, une pluie soudaine me transperce, douche bienfaisante qui me rend toute ma vigueur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont l&#224; les petits b&#233;n&#233;fices du m&#233;tier de touriste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le matin tous les villages que je traverse sont enguirland&#233;s et fleuris, les murs tapiss&#233;s de verdure ou de draps blancs, c'est la F&#234;te-Dieu partout et les processions dont nous n'avons plus &#224; la ville le spectacle agr&#233;able ne sont pas encore bannies de la campagne, heureusement. &#192; Apinac, on semble s'&#234;tre mis plus en frais que partout ailleurs, la route est litt&#233;ralement bord&#233;e d'arbres et d'arbustes sous forme de branches de sapin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela sans doute en modifie profond&#233;ment l'aspect habituel, puisqu'un bon cheval qui ram&#232;ne son ma&#238;tre endormi au fond d'un char &#224; bancs, regardant d'un air &#233;tonn&#233; ces feuillages nouveaux, oblique &#224; gauche, puis &#224; droite, comme s'il essayait de se reconna&#238;tre et finit par s'arr&#234;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant d'Apinac, j'aper&#231;ois sur le sol humide les traces toutes r&#233;centes de quatre pneus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des promeneurs qui s'en allaient mollement, devisant de choses et d'autres, cela se voit aux traces ondul&#233;es et festonnantes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre ne sont-ils pas loin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je pique des deux pour les rejoindre, mais bient&#244;t un poteau se dresse &#224; un croisement de routes, mon itin&#233;raire passe &#224; droite vers Merle, tandis que les quatre pneus ont fil&#233; tout droit sur Estivareilles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon exp&#233;rience n'est pas encore assez grande, ni mon flair assez mohican pour m'avoir permis de deviner si les propri&#233;taires de ces myst&#233;rieuses machines &#233;taient du sexe fort ou du sexe faible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant &#224; certains indices, j'incline &#224; penser que les deux sexes &#233;taient repr&#233;sent&#233;s et que l'on devisait de choses plut&#244;t agr&#233;ables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Merle je re&#231;ois encore une petite douche et pour &#233;chapper aussi vite que possible &#224; une averse plus s&#233;rieuse, j'appuie avec fr&#233;n&#233;sie, en pestant contre la mont&#233;e fort rude, ma foi, qui se termine &#224; la jonction de la route de Saint-Maurice-en-Gourgois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Saint-Pal j'ai le d&#233;veloppement moyen de 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; ce moment, sachant que je n'ai plus &#224; descendre jusqu'&#224; Saint-Marcellin, et connaissant bien la route, je m'offre pour la seconde fois de la journ&#233;e mon plus grand d&#233;veloppement : 7m,25, et je file &#224; un train de prince jusque chez Tavaud, l'excellent h&#244;telier dont tous les cyclistes appr&#233;cient l'app&#233;tissante cuisine et qui tombera des nues lorsque le club des cyclistes v&#233;g&#233;tariens lui demandera pour tout menu une marmit&#233;e de riz cuit &#224; l'eau sans sel ni beurre, une corbeille de pommes avec, &#224; discr&#233;tion, du pain complet syst&#232;me Schweizer et de l'eau pure. Et pourtant, c'est en se nourrissant ainsi qu'on acquiert de la r&#233;sistance &#224; la fatigue et qu'on conserve sa sant&#233; physique et morale, mais allez faire comprendre une v&#233;rit&#233; aussi simple aux estomacs d'aujourd'hui qui ne se d&#233;lectent qu'aux mets &#233;pic&#233;s, faisand&#233;s, piment&#233;s, plus ou moins empoisonn&#233;s et ne se d&#233;salt&#232;rent qu'avec des boissons ferment&#233;es, adult&#233;r&#233;es et frelat&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je m'arr&#234;te chez Tavaud le temps de lire le M&#233;morial et de me lester de quelques tartines qui sont comme du charbon qu'on mettrait dans un foyer et qui nourriront mes muscles jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un m&#233;canicien ne doit jamais laisser tomber la pression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de m&#234;me un cyclo-touriste ne doit pas attendre la fringale pour manger&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout le secret des longues &#233;tapes effectu&#233;es sans fatigue est souvent dans un morceau de pain et une pomme absorb&#233;s &#224; temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; &#224; Saint-Bonnet &#224; 4 h. 15, j'en repars &#224; 4 h. 50&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je passe &#224; Saint-Marcellin &#224; 5 h. 1/2 et apr&#232;s avoir remplac&#233; &#224; Andr&#233;zieux les orgueilleuses foul&#233;es de 7m,25 par le modeste d&#233;veloppement de 4m,40, je me trouve &#224; La Terrasse &#224; sept heures moins dix minutes, ayant parcouru depuis le matin 202 kilom&#232;tres et gravi des rampes qui, ajout&#233;es les unes aux autres, m'auraient &#233;lev&#233; d'environ 2.500 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224; malheureusement des promenades qui vous mettent en app&#233;tit et &#224; peine a-t-on fini qu'on voudrait recommencer, tant il est agr&#233;able de se rincer l'&#339;il, pour parler l'argot moderne, dans des kilom&#232;tres et des kilom&#232;tres de paysages incessamment vari&#233;s qui par la multiplicit&#233; des images, tant&#244;t nettes, tant&#244;t ind&#233;cises et des souvenirs qu'on en conserve, vous laissent l'impression qu'on a voyag&#233; dans le r&#234;ve et travers&#233; l'infini.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comme tout cela co&#251;te peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prix de revient du kilom&#232;tre n'est plus de 10 centimes comme avec le tri &#224; p&#233;trole, de 25 centimes comme avec l'automobile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine peut-on raisonnablement l'estimer &#224; un centime pour l'usure de la bicyclette et l'amortissement du prix d'achat, si bien qu'une randonn&#233;e de 200 kilom&#232;tres qui co&#251;terait 20 francs &#224; un motocycliste, 50 francs &#224; un chauffeur, revient &#224; peine &#224; 40 sous &#224; un cycliste et encore mon estimation est-elle peut-&#234;tre trop &#233;lev&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La bicyclette n'entra&#238;ne donc pas &#224; des d&#233;penses exag&#233;r&#233;es et pourvu qu'on n'exc&#232;de &#224; aucun moment ses forces on ne peut que gagner, avec elle, de la sant&#233;, du muscle, de l'app&#233;tit, du sommeil, la libert&#233; de tous les organes et un notable &#233;largissement de la cage thoracique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ne soyons pas &#233;go&#239;stes, et puisque nous d&#233;couvrons pour nous-m&#234;mes tant d'avantages &#224; ces longues excursions dominicales, convions-y les cyclo-touristes qui pensent comme nous et reprenons les promenades du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui contribu&#232;rent pour une bonne part, il y a douze ans, au d&#233;veloppement du cyclisme &#224; Saint-&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit aujourd'hui de cyclo-tourisme plut&#244;t que de cyclisme, car tout le monde est peu ou prou cycliste, mais les cyclo-touristes sont rares.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous annoncerons donc chaque dimanche dans les journaux locaux les excursions de la semaine et du dimanche suivants et les cyclo-touristes qui voudront y prendre part seront les bienvenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Roue trop libre (1899)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article407</link>
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		<dc:date>2022-09-25T11:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Roue libre</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;R&#233;chauffer son moyeu sur un petit feu de brindilles de bois sur le bord de la route et l'on sera sauv&#233; pendant au moins trois kilom&#232;tres.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Roue libre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1899, p.207, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma bicyclette &#224; roue libre vient de me jouer un tour pendable. Je revenais de Lyon &#224; Saint-&#201;tienne par le chemin de l'&#233;cole (Condrieu, Saint-Julien et cette Croix-de-Chaubourey qui doit commencer &#224; faire l'effet d'une scie sur les lecteurs du&lt;i&gt; Cycliste&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait hier, 27&#160;novembre, dans la plaine, temps gris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; entre 300 et 500 m&#232;tres d'altitude brouillard &#224; givre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au-dessus de 500 m&#232;tres, soleil radieux mais froid vif qui allait s'accentuant &#224; mesure que je m'approchais du col, &#224; 1.200 m&#232;tres o&#249; il gelait &#224; pierre fendre... et du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, entre Colombier et Gray, ma roue libre le devient tellement qu'elle se d&#233;sint&#233;resse compl&#232;tement des p&#233;dales et m'immobilise en pleine mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en poussant ma machine au pas de course je me demande par quel curieux ph&#233;nom&#232;ne les quatre cliquets charg&#233;s d'entra&#238;ner la roue et de la rendre, dans le mouvement en avant, solidaire des p&#233;dales, refusent tous &#224; la fois le service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je finis par conclure que l'huile charg&#233;e d'assurer le libre jeu de ces d&#233;licats organes a d&#251; se congeler et qu'elle retient les cliquets prisonniers dans leurs alv&#233;oles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit donc de la d&#233;geler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement, n'&#233;tant pas fumeur, je n'ai pas m&#234;me une allumette sur moi et force m'est de pousser jusqu'&#224; Gray. Je couche ma bicyclette sur le flanc, verse du p&#233;trole sur les pignons et y mets le feu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Victoire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mon diagnostic &#233;tait juste et ma roue fonctionne comme ci-devant je repars gai et content sans me munir d'allumettes, si bien qu'&#224; trois kilom&#232;tres de Gray l'huile se recong&#232;le et me voil&#224; derechef bien embarrass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je continue ma route au pas gymnastique &#224; cause du froid intense et puisque me voici au point culminant et que je n'ai plus qu'&#224; descendre, je n'aurai qu'&#224; me laisser rouler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement comme la pente n'est pas uniforme et qu'&#224; certains passages la route monte m&#234;me l&#233;g&#232;rement, j'&#233;tais oblig&#233; d'entretenir la vitesse de ma machine par de vigoureux appels du pied droit, le pied gauche restant sur le marchepied, et les gens qui me voyaient ex&#233;cuter cette man&#339;uvre devaient se demander si je jouissais bien de tout mon bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrivai tout de m&#234;me &#224; Saint-&#201;tienne avec une petite heure de retard et je m'empresse de signaler le fait aux cyclistes &#224; roue libre afin qu'ils ne soient pas, le cas &#233;ch&#233;ant, embarrass&#233;s pour si peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;chauffer son moyeu sur un petit feu de brindilles de bois sur le bord de la route et l'on sera sauv&#233; pendant au moins trois kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mieux serait encore d'employer un lubrifiant incongelable et cependant tr&#232;s fluide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet incident plut&#244;t d&#233;sagr&#233;able m'a amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les divers modes d'action des mouvements imagin&#233;s pour rendre les roues libres et qui peuvent &#234;tre ramen&#233;s &#224; deux types :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;type Whippet&lt;/i&gt; &#224; rochets et &#224; cliquets agissant soit dans le sens du rayon, soit dans le sens de la tangente, mais d&#233;pendant toujours de ressorts et expos&#233; &#224; s'engourdir sous l'action du froid dans l'huile congel&#233;e, et le&lt;i&gt; type Juhel&lt;/i&gt; &#224; galets dont on pr&#233;tend que l'action est moins s&#251;re mais qui me para&#238;t devoir &#233;chapper &#224; l'objection ci-dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a lieu d'exp&#233;rimenter &#224; fond et dans toutes les circonstances ces deux syst&#232;mes qu'on a diversifi&#233;s &#224; l'infini mais qui sont toujours faciles &#224; reconna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un avantage de la roue libre sur lequel personne n'a encore attir&#233; l'attention, c'est de pouvoir faire un virage court avec guidon &#233;troit sans heurter le guidon du genou. En gardant les pieds immobiles sur les p&#233;dales pendant le virage on vire sur place admirablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que chaque Freewheeliste apporte ses observations pour ou contre la roue libre et nous finirons par savoir ce qu'elle vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction automatique en anglais&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;My freewheel bike just pulled a real prank on me. I was coming back from Lyon to Saint-&#201;tienne on the &#8216;school route' (Condrieu, Saint-Julien and that Croix-de-Chaubourey which must be starting to feel like a saw to the readers of the Cycliste).&lt;br class='autobr' /&gt;
It was yesterday, 27 November, in the plain, grey weather&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; between 300 and 500 meters altitude fog and hoar frost&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; above 500 meters, radiant sunshine but a sharp cold that was growing as I approached the pass at 1,200 meters, where it was freezing solid&#8230; and in the evening.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suddenly, between Colombier and Gray, my freewheel became so disengaged that it completely ignored the pedals and left me stuck in the middle of the climb.&lt;br class='autobr' /&gt;
As I pushed my bike on foot, I wondered what curious phenomenon had caused all four clickers, which are responsible for driving the wheel and making it one with the pedals during the forward motion, to all refuse service at the same time.&lt;br class='autobr' /&gt;
I eventually concluded that the oil, which is responsible for ensuring the free play of these delicate mechanisms, must have frozen and was now trapping the clickers in their alveoli.&lt;br class='autobr' /&gt;
So the task was to defrost it&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; unfortunately, not being a smoker, I didn't even have a match on me, so I had to push all the way to Gray. I laid my bike on its side, poured petrol on the cogs and set fire to it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Victory&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! My diagnosis was correct and my wheel was working as usual&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; I set off happily, without matches this time, only for the oil to freeze again three kilometres from Gray, leaving me in a very awkward situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
I continued my route on foot due to the intense cold, and since I was at the highest point and all I had left to do was descend, I just had to let myself roll.&lt;br class='autobr' /&gt;
Only since the slope wasn't uniform and there were certain points where the road even went up slightly, I was forced to maintain the speed of my machine with vigorous kicks from my right foot, with my left foot on the footrest, and people who saw me doing this manoeuvre must have wondered if I was in full possession of my senses.&lt;br class='autobr' /&gt;
I arrived in Saint-&#201;tienne all the same, an hour late, and I quickly informed the freewheelers so they won't, if necessary, be embarrassed by such a small matter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Warming up the hub on a small fire of wood chips by the side of the road will be salvation for at least three kilometres.&lt;br class='autobr' /&gt;
The best thing to do would be to use an unfreezable but very fluid lubricant.&lt;br class='autobr' /&gt;
This rather unpleasant incident made me reflect on the various ways of making the freewheel movement, which can be divided into two types&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
The Whippet type with ratchets and clickers, acting either in the direction of the radius or the tangent but always depending on springs and vulnerable to freezing in the oil, and the Juhel type with rollers, which is said to have less secure action but which seems to me to avoid the objections above.&lt;br class='autobr' /&gt;
It is necessary to experiment thoroughly and in all circumstances with these two systems, which have been diversified infinitely but which are always easy to recognise.&lt;br class='autobr' /&gt;
An advantage of the freewheel which nobody has yet drawn attention to is being able to make a sharp turn with a narrow handlebar without hitting the handlebar with the knee. By keeping the feet immobile on the pedals during the turn, you can turn on the spot wonderfully.&lt;br class='autobr' /&gt;
Let each Freewheeler bring his observations for or against the freewheel and we'll eventually know what it's worth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>SAINT-&#201;TIENNE, GRENOBLE, GAP, BRIAN&#199;ON, CHAMB&#201;RY</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article261</link>
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		<dc:date>2022-05-03T14:01:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai toujours plein mon tiroir de projets de voyages et je choisis celui qui devait me permettre de remettre en lumi&#232;re les qualit&#233;s des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements. Sur mon porte-bagage arri&#232;re je fixai le paquet sous toile caoutchout&#233;e qui me sert de valise, j'accrochai &#224; mon guidon le sac-musette &#224; trois compartiments o&#249; je place mes cartes, mon revolver, quelques objets de toilette, du pain et des fruits, j'accrochai au cadre sous la selle le frein &#224; large patin de bois gr&#226;ce auquel je puis faire les descentes les plus raides sans me fatiguer &#224; contrep&#233;daler, et j'allai dormir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias Velocio, Le Cycliste, 1899, p. 121-132, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne sachant jusqu'au dernier moment si je serais libre pendant les trois jours de f&#234;te, 14, 15 et 16&#160;juillet, je laissai partir mes compagnons habituels qui en Suisse, qui en Italie, ceux-ci &#224; Gen&#232;ve, ceux-l&#224; pour le Cantal, sans me d&#233;cider &#224; les accompagner ou les inviter &#224; venir avec moi, et je me trouvai seul le jeudi soir &#224; pr&#233;parer h&#226;tivement ma bicyclette de grand tourisme au bruit des fanfares sonnant la retraite et parcourant la ville dans tous les sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours plein mon tiroir de projets de voyages et je choisis celui qui devait me permettre de remettre en lumi&#232;re les qualit&#233;s des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements. Sur mon porte-bagage arri&#232;re je fixai le paquet sous toile caoutchout&#233;e qui me sert de valise, j'accrochai &#224; mon guidon le sac-musette &#224; trois compartiments o&#249; je place mes cartes, mon revolver, quelques objets de toilette, du pain et des fruits, j'accrochai au cadre sous la selle le frein &#224; large patin de bois gr&#226;ce auquel je puis faire les descentes les plus raides sans me fatiguer &#224; contrep&#233;daler, et j'allai dormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bicyclette et pneu avaient &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;s de fond en comble et j'avais fait remplacer une cuvette de la roue motrice que je trouvais un peu piqu&#233;e, remplacement in extremis qui faillit me faire manquer mon voyage, car cette cuvette, mal assujettie sans doute, se brisa le lendemain d&#232;s les premiers kilom&#232;tres. On ne doit jamais faire de r&#233;parations importantes au moment du d&#233;part et le cyclotouriste bien avis&#233; ne s'embarque que sur une machine qu'il a pr&#233;alablement soumise &#224; des &#233;preuves s&#233;rieuses. Je fus en cette circonstance bien mal inspir&#233;, mais ce sera une le&#231;on pour l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; trois heures du matin, le 14&#160;juillet, en pleine obscurit&#233; (les jours, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! se font d&#233;j&#224; plus courts), je me mis en route pour Grenoble, mon premier objectif. J'avais &#224; ma disposition quatre d&#233;veloppements : 2m,50, 3m,30, 4m40 , 6m,04 et la selle oscillante Cadet. Jusqu'&#224; la Digonni&#232;re 4m,40 puis 3m,30 pour m'&#233;lever sur le plateau de la R&#233;publique, 7 kilom&#232;tres &#224; pente moyenne de 61/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. D&#232;s le second kilom&#232;tre, &#224; la hauteur du Bois-Noir, j'entends des craquements &#233;pouvantables dans mon moyeu arri&#232;re : ma cuvette neuve se brisait sur tout son pourtour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les billes en broyaient les &#233;clats et les r&#233;duisaient en poussi&#232;re. Ma premi&#232;re pens&#233;e fut de rentrer au logis et de renoncer &#224; mon voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, sentant que le mal ne s'aggravait pas et que les craquements devenaient plus rares et plus faibles, je pensai que les d&#233;bris de la cuvette s'immobilisaient dans la graisse consistante, dont mes roulements sont toujours garnis et qu'un mieux relatif se produirait. En tout cas, me dis-je, j'en serai quitte pour passer la matin&#233;e en montagne ou, si je puis descendre jusqu'&#224; Andance, pour revenir par le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait pu, en d&#233;finitive, m'arriver pis que cela et la philosophie nous apprend &#224; prendre toujours du bon c&#244;t&#233; les choses qui nous surprennent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je continuai mon monologue tout en p&#233;dalant vigoureusement : peut-&#234;tre est-ce l&#224; un avertissement de la Divinit&#233; dont j'invoque r&#233;guli&#232;rement la protection toutes les fois que je me mets en route et si le mal s'aggrave au point de m'emp&#234;cher de rouler cela signifiera qu'il devait m'arriver quelque chose de f&#226;cheux en court de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je parvenais ainsi peu &#224; peu, malgr&#233; le plaisir que j'avais eu &#224; entreprendre un si joli voyage, &#224; me convaincre que tout serait pour le mieux si j'&#233;tais forc&#233; d'y renoncer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant j'eus encore une sensation d&#233;sagr&#233;able en entrant d&#232;s Planfoy dans un brouillard humide dont je ne sortis qu'&#224; Bourg-Argentai pour constater que le ciel &#233;tait couvert de nuages blancs, noirs et gris de tr&#232;s pluvieux augure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Serait-ce un deuxi&#232;me avertissement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au troisi&#232;me tu n'auras qu'&#224; tourner bride et vivement, murmurai-je in petto.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris naturellement le d&#233;veloppement de 4m,40 en abordant le plateau de la R&#233;publique et, pour enlever les deux derniers kilom&#232;tres de mont&#233;e &#224; 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans les bois, je le conservai, ce qui me permit d'&#233;craser d&#233;finitivement, par un effort plus consid&#233;rable, ce qui restait de la cuvette malencontreuse et de la r&#233;duire au silence. De fait, je n'entendis plus rien et je n'eus pas d'autre ennui s&#233;rieux de ce c&#244;t&#233; pendant mes trois jours de voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le commencement de la descente (borne 185,5, altitude 1.150 m&#232;tres) j'avais pris mon plus grand d&#233;veloppement 6m,04, et je d&#233;valais &#224; toute vitesse pour rattraper le temps perdu, car je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; souvent pendant la mont&#233;e pour ausculter mon moyeu malade et pour d&#233;lib&#233;rer sur ce qu'il convenait de faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent du nord s'&#233;levait, il faisait presque froid et plus j'avan&#231;ais vers le Rh&#244;ne, plus les nuages semblaient pr&#232;s de crever&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques gouttes de pluie m'atteignirent m&#234;me entre Daveizieux et Saint-Cyr, je n'en roulai que plus vite malgr&#233; le tr&#232;s mauvais &#233;tat de la route depuis Boulieu. On entretient bien mal les routes dans l'Ard&#232;che et si le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; a quelque influence sur les administrations charg&#233;es de ce service, je le prie d'en user dans l'int&#233;r&#234;t du cyclo et du moto-tourisme..&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; six heures pr&#233;cises j'&#233;tais &#224; Andancette sur la rive gauche du Rh&#244;ne, demandant le chemin du Creux de la Tine au lieu de consulter purement et simplement la carte de l'&#233;tat-major, que cette fois je n'avais pas oubli&#233;e. Ce moment de paresse me valut de faire un bon kilom&#232;tre de plus, car on m'envoya vers la route nationale d'o&#249; je revins par un angle droit sur le point o&#249; j'aurais d&#251; arriver par l'hypot&#233;nuse. J'&#233;tais dans la Dr&#244;me et la route que j'allais suivre jusqu'&#224; Beaufort ne vaut gu&#232;re mieux que celle dont je viens de me plaindre. Afin d'enlever sans discussion les mont&#233;es qui agr&#233;mentent ce parcours (celle de Moras est m&#234;me assez accentu&#233;e) je repris le d&#233;veloppement de 4m,40. Le vent, du reste, m'&#233;tait contraire et c'est l&#224; une raison suffisante pour justifier un abaissement de la multiplication lorsqu'on ne veut pas se fatiguer inutilement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Andancette je suis en pays inconnu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vais donc plut&#244;t lentement, la carte &#224; la main, m'effor&#231;ant de reconna&#238;tre, aussi loin que mes faibles yeux de myope me le permettent, les alentours.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route remonte la pente douce d'un ruisseau et c&#244;toie des massifs de verdure &#224; peu de distance &#224; droite, de ce c&#244;t&#233; le paysage est plaisant, &#224; gauche il l'est peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on moissonne ferme, les agriculteurs n'ont pas l'air de se douter que c'est jour de f&#234;te nationale et de r&#233;jouissances publiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils se rattraperont le soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe Anneyron, Saint-Sorlin, villages insignifiants, Moras plus pittoresquement perch&#233; sur une sorte de pic verdoyant dont la route fait l'ascension sans se donner la peine de le contourner, ce qui rend la rampe assez dure pour que je ne puisse l'enlever convenablement avec 4m,40 que gr&#226;ce &#224; ma selle oscillante. Des collines tr&#232;s bois&#233;es, des pr&#233;s tr&#232;s verts et des eaux abondantes entourent le mamelon qui porte le village, et font de ce coin de terre un lieu fort agr&#233;able. Un de mes amis qui passa par l&#224;, il y a quelques ann&#233;es, me dit qu'il y avait visit&#233; une belle usine, bien am&#233;nag&#233;e, avec force motrice, &#233;clairage &#233;lectrique et tout le confort moderne, mais r&#233;duite pour il ne savait quelle cause au silence et attendant un acqu&#233;reur. Ne serait-ce pas parce que les habitants aiment mieux la vie et le travail en plein air, que l'atmosph&#232;re vici&#233;e d'une usine et qu'il est difficile de trouver des ouvriers dans un pays si favoris&#233; de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quand on songe &#224; fonder une usine il faut, &#224; mon avis, choisir ou les faubourgs d'une grande ville ou une r&#233;gion d&#233;sh&#233;rit&#233;e de la nature o&#249; les conditions de l'existence sont &#226;pres et les gens habitu&#233;s &#224; la dure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telles petites villes, Montbrison par exemple, notre ancien chef-lieu, se sont toujours montr&#233;es rebelles aux efforts que des personnes bien intentionn&#233;es ont faits pour y amener de l'industrie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des quelques usines qui s'y sont fond&#233;es les unes ont sombr&#233;, les autres ont &#233;t&#233; forc&#233;es d'aller recruter leur personnel dans les montagnes voisines. Tel sans doute le cas de l'usine de Moras o&#249; j'aimerais assez venir vill&#233;giaturer, o&#249; je d&#233;jeunerais volontiers ce jour-l&#224; car il est 7 heures 40 et mon estomac qui a absorb&#233;, avant le d&#233;part, une grande assiett&#233;e de riz, voudrait r&#233;cidiver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais un cycliste st&#233;phanois qui se dirige comme moi sur Grenoble par petites &#233;tapes, m'a assur&#233; qu'il se trouverait de 8 &#224; 9 heures sur la route entre Beaurepaire et Saint-Etienne de Saint-Geoirs et j'aimerais assez d&#233;jeuner en sa compagnie. C'est pourquoi j'active autant que je puis la cadence des jambes, d'autant plus que la route devient passablement monotone. Pour calmer mon estomac je grignote deux biscuits Heckel &#224; la kola, dont il est sage d'emporter une petite provision pendant une longue excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces biscuits ont la propri&#233;t&#233; de faire prendre patience &#224; messer Gaster et permettent ainsi d'allonger d'une heure ou deux l'&#233;tape sans tomber en d&#233;faillance. Plus que jamais la carte &#224; la main, &#224; cause des nombreux croisements de route, je laisse &#224; ma droite dans un creux de verdure Lens-Lestang, puis sur des sommets bois&#233;s Beaufort et d'autres villages. J'arrive enfin &#224; la jonction de ma route &#224; celle de Vienne &#224; Grenoble que je vais suivre d&#233;sormais et sur laquelle je dois rattraper mon concitoyen qui selon toute probabilit&#233; a quelque avance sur moi : voici justement des cyclistes qui ont d&#251; le croiser, je les interroge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n ont vu personne qui r&#233;ponde au signalement donn&#233; : un peu plus loin j'interroge un chemineau, m&#234;me r&#233;ponse. Je conclus que mon homme est encore derri&#232;re moi et qu'il vaut mieux que je l'attende en d&#233;jeunant, raisonnement que mon estomac trouve parfait et &#224; la suite duquel je m'arr&#234;te &#224; Marcilloles, de 8 heures 20 &#224; 9 heures, apr&#232;s avoir franchi d'un trait 85 kilom&#232;tres. &#192; 9 heures toujours pas de cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route devenant plus plate et meilleure je me mets &#224; la grande multiplication (6m,04) et j'augmente mon train, j'atteins bient&#244;t Saint-Etienne de Saint-Geoirs, patrie de l'illustre Mandrin, gros bourg tr&#232;s pavois&#233;, le premier o&#249; le 14&#160;juillet se rappelle &#224; mon souvenir, puis Sillans, Beaucroissant et j'arrive sur un pont o&#249; aboutit la route de Lyon &#224; Grenoble qui m'avait paru si p&#233;nible, il y a deux ans, alors que j'avais form&#233; le ridicule projet d'aller en un jour de Lyon au col du Lautaret. Rives n'est pas loin, j'y plonge, c'est le cas de le dire, tant est rapide et soudaine la descente qui conduit au ruisseau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en voil&#224; un casse-cou&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pour remonter je prends 3m,30, mais le grimpillon est court et je ne tarde pas &#224; reprendre 6 m&#232;tres pour descendre (encore une descente dangereuse) sur Moirans et au-del&#224;. Quand on n'est pas press&#233;, on peut &#233;viter ce passage scabreux en allant faire le grand tour par Fure, quatre ou cinq kilom&#232;tres de plus mais on n'a pas besoin de num&#233;roter ses os. De Moirans &#224; Grenoble belle route facile et agr&#233;able en plein soleil par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le temps, brumeux tout le matin, a fini par s'&#233;lever, le vent du nord qui m'est devenu et va me rester favorable longtemps, a pris d&#233;cid&#233;ment le dessus et le beau temps est assur&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma machin&#233; roule sans bruit malgr&#233; la cuvette cass&#233;e et je me laisse aller au doux espoir de finir sans encombre mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup je m'entends h&#233;ler et bient&#244;t un cycliste m'accoste : Avez-vous une clef anglaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? --- A votre service. Je mets pied &#224; terre et fouille dans ma sacoche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un deuxi&#232;me cycliste arrive, compagnon du premier, le genou sanglant et le poignet band&#233;, cons&#233;quences peu graves heureusement d'une pelle ramass&#233;e entre Rives et Moirans. Ce sont deux jeunes Lyonnais mont&#233;s sur des bicyclettes l&#233;g&#232;res, sans frein et sans le moindre outil, ni pompe, ni n&#233;cessaire, ni clef anglaise. Ils m'avaient vu passer armes et bagages &#224; Moirans et se doutant bien que je devais &#234;tre muni de tout ce qui leur manquait, ils m'avaient poursuivi. Il s'agissait de remettre en place une p&#233;dale qui avait quitt&#233; son axe et je doute qu'ils aient pu y arriver d'une fa&#231;on satisfaisante parce que le filet du bout de l'axe &#233;tait en bien mauvais &#233;tat. Dans ce cas on en est quitte pour p&#233;daler sur l'axe, ce n'est pas tr&#232;s agr&#233;able, mais j'ai pu faire parfois ainsi 20 ou 30 kilom&#232;tres sans trop de peine, il m'est arriv&#233; m&#234;me de rentrer avec une seule p&#233;dale, accidents minuscules qui laissent un vieux routier indiff&#233;rent. &#192; Voreppe, par un sot amour-propre je m'obstine &#224; faire la mont&#233;e tr&#232;s raide avec le grand d&#233;veloppement. Deux cyclistes me suivaient, un autre cycliste montait &#224; pied, ce n &#233;tait pas le moment de flancher et puis vraiment, je ne la croyais pas si dure cette ascension &#224; Voreppe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente je file grand train les pieds au repos, mais au pied de la mont&#233;e suivante je me h&#226;te de l&#226;cher les 6 m&#232;tres et de prendre 4m,40. Que je ne conserverai pas longtemps, car apr&#232;s Fontanil il n'y a plus jusqu'&#224; Vizille de mont&#233;e perceptible et le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres n'est pas d&#233;plac&#233;. Depuis Voreppe on circule entre les massifs du Vercors et de la Grande Chartreuse et l'on commence &#224; faire connaissance avec les sommets escarp&#233;s &#233;trangement d&#233;coup&#233;s en ar&#234;tes, dents, crochets ou aiguilles qui n'ont rien de commun avec les croupes arrondies des collines que chez nous nous appelons montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais on ne voit pas encore de glacier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi moins 10 minutes j'entre &#224; Grenoble&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'y arr&#234;te pas, filant tout droit sur Pont-de-Claix afin de me rapprocher le plus possible avant d&#233;jeuner de La Mure, but de ma premi&#232;re journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aper&#231;ois &#224; Pont-de-Claix, sous de beaux ombrages &#224; droite, un restaurant propret &#8212; Caf&#233; du Globe si j'ai bonne m&#233;moire &#8212; je m'y arr&#234;te de midi et demi &#224; 2 heures et y d&#233;jeune bien &#224; ma fantaisie : haricots saut&#233;s, tomates crues, pommes frites, oseille et fruits, eau pure et caf&#233;, voil&#224; tout mon menu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et dire qu'il y a encore tant de bons esprits imbus du pr&#233;jug&#233; que sans viande et sans vin on ne peut fournir un travail consid&#233;rable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais voulu les avoir, deux heures plus tard, &#224; mes c&#244;t&#233;s, entre Vizille et Laffrey&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en fait de travail consid&#233;rable en voil&#224; un, je crois, ou je ne m'y connais pas, et ce n'est pas avec un estomac gav&#233; d'alcool et de viande qu'on pourrait en venir &#224; bout, imm&#233;diatement apr&#232;s avoir parcouru 158 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pont-de-Claix est pour les Grenoblois un but de promenade tr&#232;s gentil, de belles all&#233;es y conduisent les pi&#233;tons, une belle route qui l'ann&#233;e pass&#233;e &#233;tait d&#233;testable, mais qu'on r&#233;pare activement, y am&#232;ne cycles, voitures et automobiles, enfin un tramway et le chemin de fer y apportent les paresseux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les moyens de communication ne manquent pas, comme on le voit. Il y a beaucoup d'ombre et beaucoup d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le Drac et la Romanche se chargent d'y entretenir une &#233;ternelle fra&#238;cheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; deux heures, je remonte &#224; bicyclette et me dirige en fl&#226;nant et en faisant des haltes fr&#233;quentes sur Vizille o&#249; je ne tiens pas &#224; arriver trop t&#244;t. Je laisse ainsi &#224; la digestion le temps de se faire dans de bonnes conditions,.car il ne convient de n'aborder la dure c&#244;te de Vizille &#224; Laffrey qu'avec l'estomac enti&#232;rement libre, sous peine de congestion. Chemin faisant, je trouve encore une fois l'occasion de tirer d'embarras un cycliste qui vient de perdre le boulon de sa cha&#238;ne et qui me demande si je n'aurai pas par hasard, dans mes bagages de quoi la r&#233;parer sommairement. Je cherche, mais ne trouve rien qu'un bout de ficelle qui r&#233;sistera tout de m&#234;me pendant quelques kilometres jusqu'&#224; Vizille. Si je n'avais &#233;t&#233; fermement r&#233;solu &#224; farnienter j'aurais offert &#224; ce confr&#232;re en d&#233;tresse de le remorquer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n e&#251;t pas &#233;t&#233; la premi&#232;re fois et ce n'est pas une t&#226;che bien ardue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Vizille dont tous les habitants sont en f&#234;te, il n'est pas de fen&#234;tre qui n'ait son drapeau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de toutes les localit&#233;s y compris Grenoble, que j ai travers&#233;es ce jour-l&#224;, je n'en ai point va de plus pavois&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; est-ce &#224; cause de Casimir P&#233;rier dont le ch&#226;teau historique est le plus bel ornement de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens qui n'ont rien &#224; faire et qui paressent sur le pas des portes s'amusent &#224; &#233;piloguer sur le compte des gens qui passent. Le bagage que je trahie sur ma roue motrice, m'attire quelques observations, oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas m&#233;chantes, qui me prouvent qu'on n'est pas habitu&#233; &#224; voir des cyclotouristes en tenue de campagne et qu'on me prend pour un &#233;tranger. Cependant, je porte la coiffure alpine, le b&#233;ret bleu et non le casque en li&#232;ge et mon costume n'a rien d'exotique, mais c'est mon bagage qui, para&#238;t-il, n'est pas ordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 3 heures et demie, je traverse le Drac et m'arr&#234;te &#224; une auberge qui se trouve exactement au pied de la fameuse rampe Vizille-Laffrey.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y bois une bouteille de limonade en pr&#233;vision de la su&#233;e qui m'attend et je place ma cha&#238;ne sur mon plus faible d&#233;veloppement 2m,5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;. Pendant que je fais mes pr&#233;paratifs de d&#233;part, le patron de r&#233;tablissement s'approche et me demande si j'ai s&#233;rieusement l'intention de faire la mont&#233;e sur ma bicyclette. &lt;br /&gt;&#8212; Dame, lui dis-je, je l'ai amen&#233;e ici dans ce but. &lt;br /&gt;&#8212; C'est que je n'ai vu encore que deux cyclistes qui aient pu arriver jusqu'au bout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous ceux qui l'essaient vont &#224; peine jusqu'au premier tournant (&#224; 100 m&#232;tres de l&#224;). &lt;br /&gt;&#8212; Bah, je vais toujours essayer &#224; mon tour, et puisqu'on voit d'ici le sommet de la c&#244;te regardez si je n'y suis pas dans trois quarts d'heure ou une heure au maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'y allai courageusement tout le temps, parfois rageusement, car il y a des passages v&#233;ritablement durs &#224; avaler, les cinq cents m&#232;tres par exemple qui suivent imm&#233;diatement le hameau que l'on atteint &#224; deux kilom&#232;tres environ du pont. D'un omnibus qui descendait plein de voyageurs, des bravos et des encouragements partirent &#224; mon adresse et tout le long du chemin je recueillis des &#233;loges quelquefois l&#233;g&#232;rement ironiques de gens qui doutaient fort que j'allasse jusqu'au bout. J'y arrivai pourtant en 50 minutes sans avoir mis pied &#224; terre une seule fois, mais non sans avoir &#233;t&#233; oblig&#233; &#224; plusieurs reprises de ralentir pour &#233;viter l'essoufflement et pour jouir aussi du magnifique panorama qui se d&#233;veloppe &#224; mesure que l'on s'&#233;l&#232;ve. La selle oscillante me fut en cette circonstance d'un grand secours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis persuad&#233; que sans elle, je n'aurais pu accomplir cette performance. Les cyclistes poussant leur machine et les voitures mettent, m'a-t-on dit, 1 heure 45 pour gravir ces 6.400 m&#232;tres de rampe continue &#224; 9 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en moyenne et qui &#224; certains endroits va certainement &#224; 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. C'est une des plus rudes mont&#233;es que j'aie jamais faites, elle est comparable &#224; celle de la Tronche au col de Portes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne serait pas prudent de l'entreprendre avant de s'&#234;tre un peu &#233;chauff&#233; et d'avoir pr&#233;par&#233; le c&#339;ur &#224; ce travail exceptionnel. Chemin faisant, je me demandai s'il &#233;tait r&#233;ellement plus avantageux de faire de telles c&#244;tes en machine qu'&#224; pied et la question peut &#234;tre mise en discussion. Pour des raidillons de quelques centaines de m&#232;tres je r&#233;pondrais sans h&#233;siter : il vaut mieux aller &#224; pied et pousser sa machine, mais pour des c&#244;tes de cette longueur, mon avis est qu'il vaut mieux les faire en machine quitte &#224; suer un peu plus que d'habitude. Dix minutes de repos au sommet vous remettent en meilleur &#233;tat que celui qui arrive apr&#232;s avoir pouss&#233; pendant deux heures, travail qui n'est pas n&#233;gligeable et qui fait suer aussi et vous conservez n&#233;anmoins sur celui-ci une heure d'avance. Quelle que soit la lenteur avec laquelle on p&#233;dale, on peut tabler, sauf cas exceptionnels, sur une vitesse double de celle de la marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'entends par cas exceptionnels la mont&#233;e Vieille-Laffrey par exemple avec violent vent contraire ou avec soleil tropical&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais favoris&#233; par le vent et par l'ombre de la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; cela, j'avoue que c'&#233;tait dur. Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, je fus bien r&#233;compens&#233; de cet instant de fatigue parle d&#233;licieux trajet de Laffrey &#224; La Mure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne connais rien de plus charmant, pas de paysage plus po&#233;tique, pas de route aussi agr&#233;able pour un cycliste. On c&#244;toie trois lacs successifs dont le premier, le lac de Laffrey, est incontestablement le mieux fait pour plaire. Je m'arr&#234;tai un instant sur ses bords pour me calfeutrer de journaux, l'air &#224; ces hauteurs devenant tr&#232;s frais, et pour admirer l'encadrement verdoyant &#224; droite, gris&#226;tre &#224; gauche que la nature a mis autour de ces eaux limpides et d'un bleu intense. La route s'avance vers La Mure par une succession de mont&#233;es faibles et de descentes suffisantes pour vous entra&#238;ner &#224; un train de prince, mais sans danger. Il y avait bien &#231;&#224; et l&#224; des b&#234;tes &#224; cornes et des moutons paissant sur les bords, mais les bergers avaient soin de les &#233;carter de la chauss&#233;e et je passais rapide comme une automobile, les pieds au repos mais toujours le frein sous la main et le pied pr&#234;t &#224; s'appuyer sur le bandage de la roue directrice, une fa&#231;on de freiner qui en vaut une autre et qui exige simplement un peu de pratique pour &#233;viter le coincement de la pointe du soulier sous la t&#234;te de fourche.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 heures, j'entrai &#224; l'H&#244;tel de la Gare, la premi&#232;re maison que l'on trouve en arrivant &#224; droite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; M.&#160;de Baroncelli recommande cet h&#244;tel et apr&#232;s lui j'en viens faire l'&#233;loge : le patron, M.&#160;Marron est un excellent homme plein de pr&#233;venances pour ses clients et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Marron s'entend merveilleusement &#224; pr&#233;parer le potage aux l&#233;gumes, avec beaucoup de l&#233;gumes. Je passai &#224; La Mure une excellente soir&#233;e et une bonne nuit malgr&#233; le tapage nocturne qui est le fatal corollaire de toute f&#234;te, nationale ou non. D&#232;s mon arriv&#233;e apr&#232;s avoir fait un brin de toilette, j'avais visit&#233; la ville et recueilli quelques renseignements sur la route que j'aurais &#224; suivre le lendemain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est proprette, gaie et tout y respire l'aisance qu'apporte un flux incessant de visiteurs et de touristes. L'H&#244;tel de Ville &#233;tale sa superbe fa&#231;ade en face de la route qu'elle semble barrer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des breaks d'excursion &#224; trois et quatre banquettes d&#233;barquent leurs voyageurs, les caf&#233;s sont garnis de consommateurs et le vent du Nord, froid pour tous ceux qui n'ont pas franchi 180 kilom&#232;tres dans la journ&#233;e mais qui ne me para&#238;t que rafra&#238;chissant, fait ondoyer les drapeaux tricolores. Les renseignements que je sollicite tant sur les distances que sur les difficult&#233;s de ma route du lendemain me sont fournis de la meilleure gr&#226;ce du monde par M.&#160;Marron et par un tr&#232;s obligeant voyageur de commerce descendu au m&#234;me h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un funeste hasard veut que je n'en profite pas et que d&#232;s le premier kilom&#232;tre le lendemain matin je commette une lourde gaffe qui m'a valu au moins 12 kilom&#232;tres de rabiot &#224; travers des chemins impossibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quatre heures du matin le 15&#160;juillet je quitte l'h&#244;tel de la Gare sans tambour ni trompette, mais avec une copieuse jatte de riz dans l'estomac, lest qui me permet de travailler plusieurs heures &#224; l'abri de la fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je tourne &#224; gauche en face de l'h&#244;tel Pelloux, puis &#224; un croisement de routes sans consulter ni ma carte ni le poteau qui se dresse devant moi, je tourne &#224; droite. Quos vult perdere Jupiter dementa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'&#233;tais tout &#224; la joie de la descente qui m'entra&#238;ne, des kilom&#232;tres durant, jusqu'&#224; un pont supendu, hardiment jet&#233; sur un torrent mugissant &#224; deux cents m&#232;tres plus bas entre deux parois lisses de rochers. La descente avait eu lieu &#224; travers bois et pr&#233;s et je me trouvais soudain en pr&#233;sence de la nature sauvage et abrupte. Quel &#233;tait ce torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? le Drac sans doute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je traverse le pont &#224; pied et d&#233;ploie ma carte. Je ne reconnais pas mon erreur car un malicieux caprice de dame nature a voulu que les deux ponts, celui o&#249; je me trouve, sans m'en douter, et celui o&#249; je devrais me trouver soient l'un et l'autre plac&#233;s, par rapport aux torrents qu'ils surplombent, dans la m&#234;me orientation. Tiens, ce n'est pas le Drac, c'est la Bonne et je compare ironiquement les minces filets bleus qui d&#233;signent indistinctement sur la carte les torrents royaux des Alpes et les ruissel&#233; que j'ai travers&#233;s la veille dans la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce n'&#233;tait pas la Bonne, c'&#233;tait bien le Drac que je franchissais de si haut sur ce pont fragile et le hasard m'avait conduit &#224; l'un des sites les plus extraordinaires que l'on puisse voir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme &#224; l'&#233;poque des grandes eaux ce torrent doit monter avec rapidit&#233; dans un lit aussi &#233;troit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La route en remontant sur la rive gauche longe pendant quelque temps le Drac, &#224; peine prot&#233;g&#233;e contre l'attirance du gouffre par un faible parapet de pierre, fenestr&#233; &#231;&#224; et l&#224; pour le passage des eaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai repli&#233; ma carte et je continue avec le d&#233;veloppement de 3m,30 jusqu'au prochain village qui doit &#234;tre, un peu &#224; droite de la route, Saint-Laurent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or me voici tout &#224; coup dans un village &#224; cheval sur plusieurs routes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; personne ne se montre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfile une belle avenue bord&#233;e de beaux peupliers et je descends jusqu'&#224; un petit ruisselet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; &#231;a remontait assez durement, je r&#233;examine la carte et des doutes enfin s'&#233;l&#232;vent en mon esprit. Dare dare, je rebrousse chemin jusqu'au village et j'interroge : &lt;br /&gt;&#8212; Suis-je bien ici &#224; Saint-Laurent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br /&gt;&#8212; Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais non, vous &#234;tes &#224; Saint-Jean- d'H&#233;rans.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un rapide coup d'&#339;il sur la carte je reconnais ma position et mon erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne puis pourtant pas me r&#233;soudre &#224; remonter &#224; La Mure et je demande des renseignements sur l'&#233;tat des chemins d'abord et de la route ensuite qui conduisent de Saint-Jean-d'H&#233;rans &#224; Corps. On me donne ma direction, ce qui ne m'emp&#234;che pas de me tromper deux ou trois fois et de revenir sur mes pas pour demander de plus amples informations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; ce man&#232;ge, je perds une heure avant d'atteindre par Saint-S&#233;bastien la route de Afens &#224; Corps. Cette route est bonne comme sol et convenable comme trac&#233;, mais elle est oblig&#233;e de franchir plusieurs ravins successifs assez profonds, et dame, il faut bien qu'elle descende pour remonter ensuite. Le paysage est nouveau : &#224; droite se dresse un rocher anguleux qui cache encore en ses replis des paquets de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil qui jusqu'alors s'&#233;tait tenu coi derri&#232;re les nuages s'en d&#233;gage et projette quelques rayons sur ces rochers neigeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'effet est tr&#232;s heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche s'&#233;tend parall&#232;lement &#224; la route la d&#233;pression profonde dans laquelle coule le Drac.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la Croix de la Pigne o&#249; un chien hargneux, que je fus oblig&#233; d'&#233;loigner d'un coup de revolver, fit tout ce qu'il put pour me saisir le mollet, je plongeai par une s&#233;rie de lacets tr&#232;s serr&#233;s jusqu'au pont du Sante t et traversai pour la deuxi&#232;me fois le Drac &#224; son entr&#233;e dans la gorge rocheuse, plus resserr&#233;, plus grondeur, plus furieux que je ne l'avais vu deux heures auparavant. Je recommande cette route et ces deux ponts aux amateurs du pittoresque farouche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'en voit pas souvent de semblables et je ne regrette pas le d&#233;tour involontaire qui me for&#231;a &#224; y passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout du pont commence une mont&#233;e dure de 3 kilom&#232;tres jusqu'&#224; Corps, je la fais avec 3m,30 et j'avais d&#233;j&#224; laiss&#233; 2 kilom&#232;tres derri&#232;re moi lorsqu'une malencontreuse &#233;pine perfore mon pneu de devant qui se d&#233;gonfle presque incontinent, je finis &#224; pied la mont&#233;e et entre &#224; Corps en tenant mon cheval par la bride. Pendant qu'on me pr&#233;pare au Caf&#233; des Alpes &#224; d&#233;jeuner, je r&#233;pare en quelques minutes mon Michelin bless&#233;. Cependant le temps passe et huit heures sonnent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais d&#251; &#234;tre &#224; Corps &#224; 6 heures et j'aurais en le temps de monter jusqu'&#224; La Salette qui n'est qu'&#224; 6 kilom&#232;tres de l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Corps &#224; huit heures et demie apr&#232;s avoir appris que Gap est distant de 38 kilom&#232;tres et que la route n'est pas fameuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je compte bien cependant &#234;tre &#224; Gap &#224; onze heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est mauvaise, en effet, &#224; la descente comme &#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les eaux qui descendent des montagnes l'ont &#224; certains endroits tellement ravin&#233;e ou ensabl&#233;e qu'il faut, bon gr&#233; mal gr&#233;, mettre pied &#224; terre, surtout &#224; la hauteur de Saint-Firmin et au passage de la Severaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tout &#224; coup, comme par enchantement un ou deux kilom&#232;tres avant Chauffayer, la route se transforme et des pires passe parmi les meilleures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour la troisi&#232;me fois depuis le matin je traverse le Drac qui se pr&#233;sente ici sous un aspect relativement d&#233;bonnaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la largeur de son lit on voit bien jusqu'&#224; quelle imp&#233;tuosit&#233; il peut aller, mais ce jour-l&#224; rien ne le met en col&#232;re et il serpente sans grande h&#226;te &#224; travers sables et galets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route toujours tr&#232;s bonne remonte le Drac qu'elle touche presque constamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vaguement ondul&#233;e elle me fournit de temps en temps l'occasion d'une descente pieds au repos, exercice que j'affectionne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par exemple elle manque d'ombrage et le soleil devient d'un chaud mais d'un chaud qui m'oblige a recourir aux grands moyens et &#224; me coiffer sous mon b&#233;ret d'un mouchoir mouill&#233; que je retremperai dans l'eau tous les dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau ne manque pas heureusement, &#224; chaque instant, je traverse de petits ou de gros ruisseaux, dont une partie est d&#233;riv&#233;e dans le foss&#233; qui borde la route, de sorte que je me sens presque rafra&#238;chi par le constant gazouillis de l'eau qui court &#224; mes c&#244;t&#233;s. Bient&#244;t j'aper&#231;ois &#224; ma gauche de l'autre c&#244;t&#233; du torrent, perch&#233; &#224; mi-coteau, un gros bourg Saint-Bonnet et, non loin de l&#224;, je m'&#233;loigne du Drac que je ne reverrai plus, et devant une mont&#233;e passablement raide (7 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) de 1 &#224; 3 kilom&#232;tres, je mets pied &#224; terre &#224; Bruttinet pour passer de 4m,40 &#224; 2m,50&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les voitures prennent l&#224; des renforts, mon tout petit d&#233;veloppement m'en tiendra lieu et je marcherai encore &#224; 8 ou 9 kilom&#232;tres (cadence de 50 &#224; 60 tours de p&#233;dale &#224; la minute).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis du reste condamn&#233; &#224; n'user pour le restant de mon voyage que de mes deux multiplications de droite 4m,40 et 2m,5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; celles de gauche, c&#244;t&#233; de la cuvette bris&#233;e, 6m,04 et 3m,30 dont j'ai voulu &#224; diverses reprises me servir, d&#233;terminent dans la partie malade du moyeu un frottement suspect dont je ne m'explique que trop la cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or comme je crains en d&#233;montant la roue de ne pouvoir remettre les choses en &#233;tat et d'&#234;tre oblig&#233; de revenir par le train, je fais comme les malades qui pr&#233;f&#232;rent vivre avec leur maladie et se soumettre &#224; ses caprices plut&#244;t que d'aller voir le m&#233;decin et conna&#238;tre par lui l'&#233;tendue du mal dont ils souffrent de crainte de ne pouvoir ensuite le supporter. Je ne contrarierai donc pas cette coquine de cuvette en lui imposant un travail qui la fait ronfler et j'irai tant que &#231;a ira, m'en remettant &#224; la Providence du soin de ne pas me laisser dans un trop grand embarras&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me h&#226;te de reconna&#238;tre qu'elle s'en est bien acquitt&#233;e et de la remercier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir bien su&#233; sous mon mouchoir mouill&#233;, je me trouve au haut de la rampe &#224; Laye&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e persiste mais tr&#232;s mod&#233;r&#233;e et je reprends 4m,40 jusqu'au col Bayard (alt. 1246). J'avais d&#233;j&#224; les pieds au repos et j'allais me livrer &#224; l'ivresse d'une descente de plusieurs kilom&#232;tres quand un large poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; attire mes regards. Diable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! est-ce que ce serait une descente dangereuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'appuie le bout du pied sur mon pneu d'avant et je stoppe en quelques m&#232;tres. Un passant s'&#233;tait arr&#234;t&#233; d&#233;j&#224; pour voir jusqu'o&#249; irait mon imprudence. Il parut satisfait de me voir mettre pied &#224; terre et avant m&#234;me que je l'interroge il me crie : La descente est mauvaise, prenez garde aux tournants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfait, ce me sera donc une premi&#232;re occasion pour me servir de mon frein facultatif &#224; sabot sur la roue motrice qui depuis le d&#233;part pend sous ma selle, je l'installe en un clin d'&#339;il et je bille vigoureusement, &#224; tel point que malgr&#233; la raideur de la pente je ne bouge pas de place&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;tords la corde et prends une allure de 10 ou 12 kilom&#232;tres &#224; l'heure que j'augmente graduellement &#224; mesure que je me familiarise avec cette descente qui a en effet de tr&#232;s mauvais tournants mais dont la d&#233;clivit&#233; ne me semble pas d&#233;passer 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. L'estimation du pourcentage d'une pente est plus difficile &#224; la descente qu'&#224; la mont&#233;e. Inutile de dire que je n'ai pas cess&#233; d'avoir les pieds sur les repose-pieds et que je ne me suis pas fatigu&#233; une minute &#224; contrep&#233;daler, travail n&#233;gatif, absurde &#224; mon avis.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'entre &#224; Gap &#224; 11 heures moins le quart, bien en retard sur mes pr&#233;visions de la veille et comme, chemin faisant, j'ai modifi&#233; mon itin&#233;raire de retour qui, du Lautaret me ramenait &#224; Grenoble par une route d&#233;j&#224; parcourue l'ann&#233;e pass&#233;e, et qui du Lautaret me conduira par le Galibiers &#224; Chamb&#233;ry, je me d&#233;cide &#224; prendre le train quelque part entre Gap et Brian&#231;on afin d'aller coucher au Mon&#233;tier-de-Brian&#231;on. Je passe devant la gare o&#249; je reviendrai tout &#224; l'heure m'informer de l'heure des trains et vais faire le tour de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques places, des statues, de nombreux soldats, puis d'&#233;troites ruelles o&#249; je m'enfonce au petit bonheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive devant un &#233;chafaudage qui me cache la cath&#233;drale et je tombe en plein march&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profite pour remplir mon sac de p&#234;ches, de raisins et de g&#226;teaux, &#233;l&#233;ment du repas que je prendrai dans un moment sur les bords bien ombrag&#233;s d'un limpide ruisselet et je me rends &#224; la gare o&#249; j'apprends d'un employ&#233; que le premier train pour Brian&#231;on ne partira pas avant 2 heures ou 2 heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; venant d'un employ&#233; c'est un peu vague mais cela me suffit. Tout est pour le mieux, j'aurai donc le temps d'aller l'attendre &#224; quelque station interm&#233;diaire et comme ma route passe justement &#224; deux pas de l&#224;, je remets ma veste sur le guidon, je rattache mon frein sous la selle et je pars sous toute petite voilure toujours avec le vent dans le dos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 11 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non loin de Gap je m'arr&#234;te pour me doucher, manger mes fruits et mes g&#226;teaux, faire la sieste et je ne me mets r&#233;solument en selle qu'&#224; midi et demi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un beau brin de route, ma foi, qui m'a fourni bien des occasions de descentes &#224; folle allure et que je reparcourrais volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis quelque temps je n'ai rien dit du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est constamment fort beau bien que relativement peu vari&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pics neigeux sont spectacle fr&#233;quent entre Corps et Gap et les hauts sommets m'entourent tant&#244;t secs, arides, gris, ternes, farouches, tant&#244;t bois&#233;s, verdoyants, fertiles, riants, cela d&#233;pend du c&#244;t&#233; o&#249; l'on regarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La B&#226;tie-Neuve, le premier village que je traverse, a conserv&#233; son vieux ch&#226;teau-fort qui s'allonge d&#233;cr&#233;pit sur le bord m&#234;me de la route et, qui doit &#234;tre bien surpris de voir passer des cyclistes o&#249; pass&#232;rent autrefois les destriers des grands seigneurs ou les haquen&#233;es des &#233;v&#234;ques se rendant &#224; Brian&#231;on. &#192; Chor&#233;es je me rafra&#238;chis rapidement &#224; une fontaine &#224; double bec qui coule &#224; l'entr&#233;e du village car je commence &#224; esp&#233;rer que je puis arriver &#224; Embrun avant le train et plus j'irai loin plus je serai enchant&#233; tant la route est belle et le pays agr&#233;able. Mais voici qu'en sortant de Chorges un mauvais g&#233;nie ou pour mieux dire ma carte d'&#201;tat-major m'induit en erreur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu de prendre &#224; droite et de suivre le ruisseau des Moullettes je me fie au trac&#233; de la carte et file droit devant moi. Quel changement soudain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la route est empierr&#233;e d'une &#233;trange fa&#231;on et l'herbe y pousse entre les cailloux, on dirait une route abandonn&#233;e dans le genre de celle de Saint-Etienne au Puy. Elle descend pourtant et sa direction correspond &#224; celle de la carte, je tourne &#224; gauche, la pente s'accentue et le sol devient impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je ne m'arr&#234;te pas pour si peu et les pieds sur les p&#233;dales pour amortir les chocs je passe o&#249; personne ne passe plus et je fais lever devant moi des geais et autres oiseaux sauvages qui se tiennent g&#233;n&#233;ralement loin des lieux fr&#233;quent&#233;s. La pente n'est pas tr&#232;s rapide, quel dommage que je ne puisse la d&#233;valer &#224; toute vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De temps &#224; autre j'aper&#231;ois la Durance vers laquelle je plonge et que je vais remonter jusqu'&#224; Brian&#231;on. Enfin me voici au bout de mes peines, je traverse le chemin de fer et d&#233;bouche sur la grande route. J'apprends alors d'une bonne femme qui sort de sa maisonnette que je suis venu par l'ancienne route et que j'aurais d&#251; &#224; Chorges prendre la nouvelle route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; presque tous les cyclistes qui descendent font comme moi... Vous avez souffri, pauvre monsieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! conclut-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous crois, que j'ai souffri&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! moins pourtant que si au lieu de descendre il avait fallu monter. Tout est bien qui finit bien, mais l'&#233;diteur des cartes au 1/200000 de l'&#201;tat- major ne ferait pas mal de rectifier le trac&#233; de la route de Chorges &#224; la Durance, il y a plus de dix ans que cette rectification devrait &#234;tre faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le Drac peut se dire torrent royal, la Durance a le droit de se qualifier torrent imp&#233;rial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est de belle venue et quand je la traverse au pied de Sapines elle est impressionnante par le tumulte de ses eaux &#233;cumantes : or, il para&#238;t qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; si calme et qu'il faut la voir au moment des crues soudaines du printemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse Savines en grimpant pour redescendre ensuite et regrimper : je ne fais que pela depuis Gap mais pour finir on descend plus que l'on ne monte, le pont de la Durance &#224; Embrun &#233;tant sensiblement plus bas que Gap. Tout &#224; coup et en pleine descente halte et pied &#224; terre : la route a &#233;t&#233; emport&#233;e par quelque trombe et l'on passe dans une sorte de lit de torrent &#224; sec, pendant quelques centaines de m&#232;tres, puis la route redevient tr&#232;s belle et la descente en ligne droite reprend jusqu'au village des Crottes que j'aper&#231;ois au loin. Personne sur la roule ensoleill&#233;e. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cette fois rien ne m'emp&#234;che de me laisser emporter avec l&#224; vitesse d'un train express&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pieds au repos et t&#234;te baiss&#233;e je roule, je glisse, je plonge...vraiment je ne croyais pas si bien dire, ma bicyclette plonge en effet jusqu'au moyeu dans les eaux tr&#232;s imp&#233;tueuses d'un torrent dont on a tout tranquillement creus&#233; le lit &#224; travers la route. J'aurais peut-&#234;tre bien eu le temps de m'arr&#234;ter et de passer sur le trottoir inond&#233; lui aussi, mais &#224; quoi bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? puisque les voitures y passent j'y passerai bien aussi et je n'ai pas m&#234;me serr&#233; le frein, je maintiens fortement mon guidon pour que le courant ne me fasse pas d&#233;vier et je passe sans me mouiller les pieds. Les roues, par contre, entra&#238;nent deux gerbes d'eau qui m'inondent l'une le dos, l'autre les jambes, douche compl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et d&#251;ment crott&#233; j'arrive aux Crottes d'o&#249; je descends plus lentement jusqu'&#224; la Durance, laissant au soleil le soin de me s&#233;cher, soin dont il s'acquitte du reste promptement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En levant les yeux j'aper&#231;ois alors Embrun perch&#233; comme une citadelle sur un rocher tr&#232;s &#233;lev&#233; et &#224; pic du c&#244;t&#233; de la Durance. Voil&#224; une ville qui n'a pas d&#251; exiger de grands travaux d'art pour &#234;tre fortifi&#233;e et cette position exceptionnelle a d&#251; &#234;tre tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e au bon vieux temps quand on se battait &#224; coups de matraque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je grimpe &#224; Embrun-Gare avec 4m,40 du 5% environ pendant 2 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une automobile descend &#224; fond de train en cornant, teuf-teufant et m'empoussi&#233;rant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faut-il dire que c'est la premi&#232;re fois que je rencontre un de ces v&#233;hicules et que je n'en verrai aucun dans les parties accident&#233;es de mon itin&#233;raire. Je ne crois pas que le moto-tourisme soit m&#251;r de sit&#244;t et il y a encore bien &#224; faire pour rendre ces instruments pratiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut surtout sortir de la voie o&#249; l'on s'engage de plus en plus et cesser de travailler en vue des courses de vitesse, sinon on court le risque de faire de l'automobile ce qu'on a fait de la bicyclette : un jouet inutilisable pour tout service pratique et utilitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous venons de voir passer &#224; Saint-&#201;tienne les d&#233;bris de la grande course du Tour de France organis&#233;e par le Matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur 66 partants, il n'en est pass&#233; que 20 &#224; Saint-Etienne et ce n'&#233;tait que la troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lorsque les quatre derni&#232;res &#233;tapes auront d&#233;cim&#233; &#224; leur tour ces vingt braves je me demande combien rentreront &#224; Paris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cinq peut-&#234;tre &#224; moins que par un truquage habile on ne comble le d&#233;ficit. Ce pi&#232;tre r&#233;sultat confirme ce que je viens de dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends &#224; 2 heures 1/2 devant le caf&#233; de la Gare o&#249;, en attendant le d&#233;part du train &#224; 3 heures 20 je trempe quelques tranches de pain dans une tasse de caf&#233;, combustible pour la fin de l'&#233;tape. Le train m'emporte &#224; une vitesse tr&#232;s mod&#233;r&#233;e et en voyant par la porti&#232;re la route toujours belle suivre la pente de la voie tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, je me prends &#224; regretter de l'avoir quitt&#233;e et je me promets de la suivre quelque jour. Il y a &#231;&#224; et l&#224;, de tr&#232;s beaux points de vue : Mont-Dauphin, montagne cr&#233;nel&#233;e, Saint-Cr&#233;pin, village perch&#233; sur un monticule et dont les maisons sont serr&#233;es les unes contre les autres comme des moutons qui se seraient r&#233;fugi&#233;s sur un tertre pour &#233;chapper &#224; inondation, les gorges au fond desquelles gronde la Durance &#224; la hauteur de l'Argenti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout est &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 5 heures r/4, le train entre en gare, et d&#233;barquent quelques cyclotouristes admirablement &#233;quip&#233;s, aupr&#232;s desquels je fais triste figure, des alpinistes arm&#233;s de pied en cap et des soldats. Brian&#231;on est une ville essentiellement militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la langue nous ait &#233;t&#233; donn&#233;e pour nous en servir, je n&#233;glige vraiment un peu trop de faire usage de cet appendice, cela m'a d&#233;j&#224; valu quelques kilom&#232;tres de suppl&#233;ment et cela me vaut encore l'agr&#233;ment de monter au sommet de la ville et d'en redescendre pour y regrimper illico. &#192; la premi&#232;re ascension, je ne vais pas assez loin pour apercevoir l'amor&#231;age de la route du Lautaret, je ne trouve personne pour me renseigner et craignant une erreur, je redescends jusqu'&#224; un chemin que m'indique ma carte et qui va &#224; Forville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'allais m'y engager lorsqu'un cycliste du pays a l'obligeance de m'arr&#234;ter et de m'avertir que ce chemin est tr&#232;s mauvais et que j'aurais meilleur compte &#224; aller rejoindre la route d'en haut. &lt;br /&gt;&#8212; Mais j'en viens et ne l'ai pas vue. &lt;br /&gt;&#8212; C'est sans doute que vous n'&#234;tes pas all&#233; assez loin. Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; &#224; la route qui descend &#224; Brian&#231;on et qui, d'apr&#232;s ma jugeotte devait co&#239;ncider avec celle du Lautaret, laquelle au contraire, aboutit &#224; deux cents m&#232;tres au-dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mont&#233;e n'est heureusement pas bien terrible, non plus que celle qui m&#232;ne au Mon&#233;tier-de-Brian&#231;on et je conserve le d&#233;veloppement de 4m,40 que je n'ai pas eu &#224; changer depuis Laye et que je garderai jusqu'au Lautaret.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route jusqu'au Mon&#233;tier est tr&#232;s bonne, et le paysage n'est plus seulement beau, il devient imposant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on approche des glaciers et des solitudes &#233;ternelles que trouble seul le bruit des avalanches et qu'irrite pendant quelques mois d'&#233;t&#233; le grattement des piolets taillant des marches dans la neige, prise de possession intermittente de l'homme qui pense ainsi se montrer le ma&#238;tre de la nature alors qu'il n'en est que le jouet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je traverse plusieurs villages ou hameaux ayant tous un cachet ind&#233;niable de parent&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont partout les m&#234;mes maisons grises aux toits fortement pont&#233;s, c'est le m&#234;me clocher massif carr&#233; presque jusqu'au haut et surmont&#233; d'une pointe &#233;cras&#233;e, tr&#232;s diff&#233;rent des clochers sveltes, &#224; fl&#232;ches &#233;lanc&#233;es, de la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette architecture est-elle vraiment n&#233;cessit&#233;e par les neiges ou bien est-ce simplement par routine qu'on construit aujourd'hui comme on construisait il y a cinq cents ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'on voit pourtant au Mon&#233;tier des maisons en tout semblables aux n&#244;tres et qui ont l'air de r&#233;sister tr&#232;s bien aux intemp&#233;ries.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon admiration pour la nature inviol&#233;e aupr&#232;s de laquelle je passe, ne m'emp&#234;che pas de songer aux prescriptions de l'hygi&#232;ne, et un joli ruisseau qui cascade &#224; ma droite, me fournit l'occasion d'une jolie douche, apr&#232;s laquelle je me bouchonne vigoureusement et me calfeutre de journaux, le vent fra&#238;chit &#224; mesure que le soleil s'abaisse et il s'agit d'&#234;tre prudent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien en effet, dans les pratiques de l'hygi&#232;ne par l'hydroth&#233;rapie, n'est aussi pr&#232;s du mal que le bien : une fausse man&#339;uvre et vous voil&#224; sur le flanc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mon&#233;tier o&#249; j'entre &#224; 6 heures 40, 1 heure 1/4 apr&#232;s avoir quitt&#233; Brian&#231;on, est plein de soldats&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les uns jouent aux boules, les autres font leur lessive, ceux-ci se prom&#232;nent en fumant, ceux-l&#224; vaquent aux besoins du service. Leur pr&#233;sence met quelque animation dans ce bourg, qui, sans eux, serait morne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un habitant m'indique l'h&#244;tel Allier &#224; gauche, presque &#224; l'extr&#233;mit&#233; du village. J'y suis tr&#232;s bien accueilli, et apr&#232;s avoir chang&#233; de linge, je vais, en attendant l'heure du repas, faire un tour dans le village : c'est l'heure o&#249; le b&#233;tail revient des p&#226;turages, les puissants mufles des ruminants barbotent une derni&#232;re fois dans les ruisseaux o&#249; l'eau coule &#224; pleins bords, et ces braves b&#234;tes dont je vais go&#251;ter l'excellent lait paraissent entrer &#224; regret dans l'&#233;table, je comprends &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mis &#224; table &#224; huit heures, bien repos&#233; et dispos&#233; &#224; faire grand honneur au menu v&#233;g&#233;tarien que j'avais demand&#233; : potage aux l&#233;gumes, beurre, tomates, &#233;pinards, riz et fruits, lait chaud &#224; discr&#233;tion. L&#224;-dessus j'allai faire une promenade de digestion, au cours de laquelle je vis soudain un beau croissant de lumi&#232;re descendre entre deux pointes de rochers dans le massif du Pelvoux et la lune &#233;clairait d'une fa&#231;on &#233;trange la neige qui &#233;tincelait mollement, sans fulgurance, sous cette blafarde clart&#233;. Cette vision dura peu et l'ombre se fit plus profonde quand Ph&#233;b&#233; eut disparu parmi les ar&#234;tes innombrables et inaccessibles qui percent les glaciers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne fis qu'un somme et 4 heures sonnaient quand je m'&#233;veillai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma chambre &#233;tait vaste, a&#233;r&#233;e, le lit d'une propret&#233; irr&#233;prochable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je laissai toute la nuit, suivant mon habitude, la fen&#234;tre ouverte afin de respirer un air constamment pur et je me trouvai, musculairement parlant, au moment d'entreprendre ma troisi&#232;me &#233;tape dans les meilleures conditions possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
En guise de premier d&#233;jeuner, j'absorbai la p&#226;t&#233;e de riz r&#233;glementaire, arros&#233;e d'une tasse de th&#233; froid, et je partis sous un ciel d'une puret&#233; divine, dans une atmosph&#232;re d'une limpidit&#233; parfaite, sur une route excellente encadr&#233;e par les tableaux les plus grandioses que nous ait encore offerts le Cr&#233;ateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici qu'une fl&#232;che d'or, passant &#224; des milliers de m&#232;tres au-dessus de ma t&#234;te, vint frapper avec tant de violence la cime des rochers neigeux que la lune caressait quelques heures auparavant, qu'il en jaillit des gerbes d'&#233;tincelles ensanglant&#233;es. Le roi du monde, le magnifique dispensateur de lumi&#232;re, de chaleur et de vie, le soleil lan&#231;ait ses premiers rayons, dardait ses premi&#232;res flammes et la nature s'&#233;veillait. La gorge o&#249; je rampais m'en parut plus sombre et mes yeux cherchaient en haut la lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des cyclistes &#224; qui la solitude p&#232;se et qui pr&#233;f&#232;rent rester chez eux plut&#244;t que de s'en aller seuls par les grands chemins &#224; la recherche de sensations nouvelles, de spectacles invus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les plains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Admirer &#224; deux est assur&#233;ment pr&#233;f&#233;rable, surtout quand l'un s'appelle Jeunesse et que l'autre se nomme Amour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais admirer seul vaut encore mieux que ne pas admirer du tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La magnificence du spectacle fut courte, les flamboyants reflets, les lueurs fulgurantes s'&#233;teignirent peu &#224; peu et la neige reprit sa face morne et froide bien qu'&#233;clatante sous les feux qui la d&#233;vorent et qui la transforment en eau et en vapeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dalais nonchalamment mais sans faiblesse d'autant plus que la rampe n'est pas forte, qu'il faisait frais et que j'&#233;tais tr&#232;s dispos, mais je ne me pressais pas par exemple et mettais pour un rien pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans chaque ruisseau j'allais plonger les mains ou les l&#232;vres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fleur me plaisait, je la cueillais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une croix plant&#233;e sur le bord du talus attira mon attention. Ici, m'apprit l'inscription qu'elle portait, mourut le 23&#160;mai 1865, &#224; l'&#226;ge de 33 ans (le nom m'&#233;chappe). Et de penser comment et pourquoi cet homme &#233;tait mort l&#224; occupa un instant ma pens&#233;e. Est-il une place ici-bas, aussi &#233;troite soit-elle qui n'ait encore vu mourir un homme et la terre que nous remuons, le sol sur lequel nous marchons, l'air que nous respirons, est-ce que tout cela n'est pas fait en grande partie de poussi&#232;re humaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un tunnel puis un autre sur lequel passe un lit de torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils sont courts et &#233;clair&#233;s par des ouvertures lat&#233;rales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'arrive au Lautaret sans avoir vu le chemin du Galibier et je suis oblig&#233; de redescendre d'un bon kilom&#232;tre et demi, voil&#224; ce que c'est que d'&#234;tre distrait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est un peu la faute du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui devrait placer &#224; l'embranchement de ce chemin presque muletier un poteau indicateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aime pas, on le sait, faire les mont&#233;es &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais cette fois je m'incline devant 14% d'inclinaison et un sol mouvant sur lequel jamais rouleau n'a pass&#233;. Ce serait du reste un sacril&#232;ge que de se h&#226;ter &#224; franchir les cinq ou six kilom&#232;tres qui me s&#233;parent du col du Galibier alors que derri&#232;re moi, devant moi, autour de moi je ne d&#233;couvre que de merveilleux panoramas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh que vois-je&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? des traces toutes r&#233;centes de bicyclettes : tout &#224; l'heure je me suis entendu licier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis devanc&#233; par des confr&#232;res qui ont pass&#233; la nuit au Lautaret. Bravo, vive le cyclotourisme. Que n'y a-t-il aussi par l&#224; quelques motocyclistes et quelques chauffeurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, les p&#244;vres, quelle triste figure ils feraient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passe tr&#232;s peu rassur&#233; &#224; c&#244;t&#233; de b&#234;tes &#224; cornes qui me font de gros yeux et qui paissent autour de mis&#233;rables huttes qu'on d&#233;core du nom de chalets : la pente, un moment apr&#232;s, s'adoucit un peu et j'essaie de finir la mont&#233;e avec mon d&#233;veloppement de 2m,50, ce n'est, en somme, pas plus dur que la c&#244;te Vizille-Laffrey et ce n'est pas long, car je me trouve &#224; l'improviste apr&#232;s un dernier tournant sur un plateau en face du tunnel, &#224; 2600 m&#232;tres d'altitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le col au-dessus du tunnel o&#249; passait autrefois la route est de 58 m&#232;tres plus &#233;lev&#233;. Je suis entour&#233; de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le tunnel grimpent cinq cyclistes qui ont fait hisser leurs machines par les bergers des chalets de la Mandette. Il est 7 heures 1/12, je suis parti &#224; 4 heures 1/12, je n'ai pas br&#251;l&#233; l'&#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais tout ce que j'ai vu est si beau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les champs de neige succ&#233;dant aux champs de fleurs, font un effet tr&#232;s pittoresque. On a de l&#224;-haut une vue tr&#232;s &#233;tendue sur les glaciers du Pelvoux, mais il faut, pour en jouir, de meilleurs yeux que je n'en poss&#232;de et je dois me contenter des alentours imm&#233;diats et du spectacle panoramique du massif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'engage &#224; pied sous le tunnel de 400 m&#232;tres o&#249; je patauge &#224; plaisir pendant dix minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'essaie de monter, mais la boue est si gluante que je ne puis faire trois tours de roue et j'en suis r&#233;duit &#224; barboter dans une profonde obscurit&#233;, exercice qui me d&#233;pla&#238;t souverainement et qui me cause toujours une impression d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233;, je trouve les cinq bicyclettes dont les plaques m'indiquent que les excursionnistes qui me pr&#233;c&#232;dent depuis le Lautaret sont des Lyonnais. L'un d'eux est, para&#238;t-il, au dire des petits bergers, un habitu&#233; du col du Galibier o&#249; ils l'ont d&#233;j&#224; vu plusieurs fois. Voil&#224; un vrai touriste : je ne vois pourtant &#224; sa machine qu'une multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon tour, je vais les pr&#233;c&#233;der, car ils ne semblent pas dispos&#233;s &#224; se mettre en route de si t&#244;t et je veux aller d&#233;jeuner au plus vite &#224; Valloire. Je bille mon frein et je d&#233;gringole les pieds au repos, en une petite heure, les 18 kilom&#232;tres de descente continue qui de 2.600 m&#232;tres au Galibier me ram&#232;nent &#224; 1 430 m&#232;tres &#224; Valloire. Au d&#233;part, je passe entre deux murailles de neige fondante qui transforme le chemin en ruisseau. La pente est de ce c&#244;t&#233;, bien moins forte que du c&#244;t&#233; du Lautaret et malgr&#233; quelques coudes assez brusques, elle ne pr&#233;sente aucun danger. Le paysage n'est aussi plus du tout le m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les prairies sont moins fleuries et les flancs des montagnes sont uniform&#233;ment d'un gris ardois&#233;. &#192; peu de distance du sommet on rencontre les chalets du Galibier qui font pendant aux chalets de la Mandette mais paraissent moins sordides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pr&#233;s sont tout autour sem&#233;s de blocs de rochers entre lesquels paissent quelques b&#234;tes &#224; cornes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route suit de nombreux lacets qui m'obligent &#224; une attention soutenue, traverse plusieurs fois le torrent et arrive enfin dans le vallon o&#249; la pente qui s'adoucit me permet de diminuer la pression de mon frein et de filer grand train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ni passants ni voitures, je suis absolument seul entre ces montagnes qui se font de plus en plus hautes &#224; mesure que je m'enfonce dans leurs replis. Voici quelques maisons, je rentre dans la nature cultiv&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis un excursionniste isol&#233; qui m'a tout l'air de vouloir grimper au Galibier, ce qu'il aura chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il a d&#233;j&#224; mis bas la veste et marche d'un pas relev&#233;. Pourquoi n'a-t-il pas de bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
En approchant de Valloire, il semble qu'on entre, dans une oasis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des groupes nombreux se rendant &#224; la messe occupent toute la chauss&#233;e et m'obligent &#224; corner incessamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en me voyant arriver &#224; vive allure, les pieds au repos, les bonnes femmes me croient sans doute emball&#233; et s'&#233;cartent comme devant un pestif&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je les rassure, en m'arr&#234;tant presque net et en les d&#233;passant au petit pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le bagage que je tra&#238;ne, comme un escargot sa maison, les amuse et sous leurs coiffes &#224; grandes ailes je les entends rire derri&#232;re moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Valloire, trente minutes d'arr&#234;t, buffet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je descends &#224; 9 heures moins le quart &#224; l'h&#244;tel Giraud o&#249; je d&#233;jeune copieusement au caf&#233; au lait, avec accompagnement de tartines de beurre excellent et d'une fra&#238;cheur incontestable.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#233;rais vaguement voir passer pendant cette halte les cinq cyclistes que j'avais laiss&#233;s sur le Galibier, mais personne ne parut et je repartis &#224; 9 heures 1/4 pour Saint-Michel, quatre ou cinq kilom&#232;tres de mont&#233;e tr&#232;s moyenne jusqu'au tunnel du T&#233;l&#233;graphe, puis longue descente en lacets qui va me ramener de 1.550 m&#232;tres &#224; 700 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Valloire au tunnel la route c&#244;toie un pr&#233;cipice profond de plusieurs centaines de m&#232;tres au fond duquel gronde le torrent qu'on aper&#231;oit tr&#232;s bien et o&#249; l'on d&#233;gringolerait en moins de deux minutes si un moment d'inattention vous jetait par dessus les faibles barri&#232;res qui s&#233;parent la route de l'ab&#238;me. La vue est magnifique, les montagnes sont bois&#233;es de bas en haut et des villages se cachent &#231;&#224; et l&#224; dans la verdure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le tunnel on se trouve mieux prot&#233;g&#233; contre une chute par les arbres qui bordent la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette descente faite &#224; tr&#232;s petite vitesse, pieds au repos, a &#233;t&#233; le moment le plus agr&#233;able de ma troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je rencontrai quelques cyclistes et cyclettistes qui poussaient leurs machines &#224; la mont&#233;e et qui paraissaient avoir bien chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 10 heures 1/2 j'entrai &#224; Saint-Michel que je ne fis du reste que traverser et qui ne m'a pas laiss&#233; de souvenirs particuliers. Je m'arr&#234;tai un peu plus loin pour t&#226;cher de remettre ma bicyclette en &#233;tat de supporter la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la cuvette r&#233;calcitrante ne voulut rien entendre et apr&#232;s plusieurs vaines tentatives qui me firent perdre vingt minutes, je me mis en route d&#233;finitivement avec le d&#233;veloppement de 4m,40 qui me fit trouver longs les 86 kilom&#232;tres de descente douce de Saint-Michel &#224; Chamb&#233;ry.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vent du nord plut&#244;t violent qui ne me laissa pas un instant de r&#233;pit me fit tout d'abord penser que ce d&#233;veloppement moyen r&#233;pondrait parfaitement aux circonstances&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il n'en fut rien et, sauf quelques passages o&#249; le d&#233;veloppement de 6m,04 aurait &#233;t&#233; certainement lourd &#224; mes jarrets (l'arriv&#233;e &#224; Saint-Jean-de-Maurienne par exemple), j'aurais march&#233; plus vite et me serais moins fatigu&#233; avec ce grand d&#233;veloppement qu'avec celui auquel j'&#233;tais condamn&#233;, sans compter que vent, soleil, poussi&#232;re, tout conspirait contre moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dirai donc rien de ce long trajet qui m'a laiss&#233; sous une mauvaise impression et que je me propose du reste de refaire en sens inverse, quand j'irai au Mont-Cenis. Je m'arr&#234;tai de midi et quart &#224; 1 heure dans un petit caf&#233; sur le bord de la route, en face de la gare de La Chambre o&#249; j'eus grand peine &#224; obtenir de quoi me sustenter.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Ch&#226;teauneuf, nouvel arr&#234;t dans un cabaret isol&#233; au bout du pont, et j'arrivai enfin &#224; Chamb&#233;ry &#224; 5 heures 1/.4. Je fis une halte &#224; l'entr&#233;e de la ville, pour mettre un peu d'ordre dans ma toilette et m'acheminai lentement vers la gare, non sans me lester &#224; tout hasard, en passant au milieu d'une f&#234;te foraine, de deux de ces pains de safran que j'avais trouv&#233;s si bons l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente et qui suffirent &#224; mon repas du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fis en arrivant &#224; la gare deux rencontres agr&#233;ables, celle d'un cycliste st&#233;phanois qui m'apprit qu'il venait d'embarquer dans le train de 5 heures 43 un groupe de nos amis de Saint-&#201;tienne revenant de Turin et que j'avais sans le savoir suivis &#224; quelques heures de distance depuis Saint-Michel, et celle d'un des plus anciens abonn&#233;s et collaborateurs du Cycliste, M.&#160;R. B., qui revenait d'une excursion de 4 jours dans les Alpes dont le r&#233;cit para&#238;tra, je l'esp&#232;re, ici m&#234;me, et qui avait manqu&#233; de quelques minutes ce m&#234;me train de 5 heures 43 que j'aurais pu et d&#251; prendre moi-m&#234;me, si je n'en avais totalement ignor&#233; l'existence et o&#249; j'aurais probablement retrouv&#233; mes cinq cyclistes du Galibier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en fus quitte pour attendre a heures le passage d'un express qui arriva &#224; Lyon avec 3 heures de retard, si bien que j'en vins &#224; regretter de n'&#234;tre pas rentr&#233; pedalibus chez moi d'autant plus qu'en descendant &#224; une heure du matin, &#224; demi endormi &#224; la gare des Brotteaux, j'oubliai dans le compartiment mon bagage de touriste qui, malgr&#233; une imm&#233;diate r&#233;clamation au chef de gare, ne m'a pas encore &#233;t&#233; rendu, perte qui augmente sensiblement le prix de revient des 45&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres de mon excursion, ainsi que me le fit malicieusement remarquer un chauffeur de mes amis &#224; qui je vantais l'&#233;conomie des voyages &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Extraits du carnet de route de V&#233;locio (1899)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article370</link>
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		<dc:date>2021-10-06T16:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>cabcyclisme, v&#233;logistique</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je suis arriv&#233; beaucoup moins fatigu&#233; que le jour o&#249; par un temps et des routes absolument identiques j'avais transport&#233; le m&#234;me voyageur et le m&#234;me poids total en voiturette attel&#233;e &#224; une bicyclette. D'o&#249; je conclus qu'il est plus avantageux de porter que de tra&#238;ner un poids donn&#233;, &#224; la condition de s'habituer &#224; la direction beaucoup plus dure quand on porte que lorsqu'on tra&#238;ne.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;cabcyclisme, v&#233;logistique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias velocio, Le Cycliste, 1899, p.187-188, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_6&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 22&#160;octobre. &#8212; D&#233;part de Saint-&#201;tienne &#224; midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; temps superbe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; passage &#224; la gare de Saint-Galmier &#224; I heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 500 m&#232;tres de route empierr&#233;e sur toute la largeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je p&#233;dale quand m&#234;me. Au pied de Saint-Galmier je passe de 6 m&#232;tres &#224; 3m,30 de d&#233;veloppement et je contourne la ville, mont&#233;e dure de deux kilom&#232;tres environ, apr&#232;s quoi je prends 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; belle route jusqu'&#224; Chazelle o&#249; je passe &#224; 1 h. 50&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tr&#232;s belle vue sur la vall&#233;e de la Br&#233;venne, un peu avant Duerne. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'entre &#224; Duerne &#224; 2 h. 45 avec mon pneu d'avant aplati, perfor&#233; par un clou que l'application du frein a arrach&#233; en descendant dans le village, je r&#233;pare facilement et me leste de pain tremp&#233; dans du caf&#233; noir. Je quitte Duerne &#224; 3 h. 15 et atteins le point culminant (borne 27) &#224; 3 h. 30, j'y reprends le d&#233;veloppement 6 m&#232;tres et me laisse d&#233;valer pieds au repos jusqu'&#224; la Brally (borne 20)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la descente ensuite n'&#233;tant plus assez forte pour m'entra&#238;ner &#224; bonne allure, je p&#233;dale vivement et j'arrive &#224; 4 heures au pied de la descente (borne 11,500), vitesse de marche : 30 &#224; l'heure depuis le point culminant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 4 h. 40 &#224; la Demi-Lune et &#224; 5 heures pr&#233;cises &#224; Lyon-Brotteaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; temps de marche 4 heures 1/2&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; distance environ 85 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain 23&#160;octobre, d&#233;part de Lyon-Brotteaux &#224; 7 heures du matin, brouillard intense dont je ne sortirai qu'&#224; la Maison Blanche. &#192; Vaise je prends le d&#233;veloppement 4m,40 que je conserverai jusqu'&#224; proximit&#233; de Saint-&#201;tienne, malgr&#233; les mont&#233;es assez dures de la Brally &#224; Yzeron, de Larajasse &#224; l'Aub&#233;pin et au-del&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis &#224; 9 heures &#224; Yzeron en retard d'un quart d'heure sur mon temps habituel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avant de p&#233;n&#233;trer dans le village je tourne &#224; droite et me dirige par une route nouvelle pour moi et d'o&#249; l'on a une tr&#232;s jolie vue, sur Saint-Martin-en- Haut. Apr&#232;s Saint-Martin j'emprunte pendant 4 kilom&#232;tres la route d&#233;partementale qui m&#232;ne &#224; Saint-Symphorien-sur-Coise et qu'on r&#233;pare s&#233;rieusement en ce moment, puis je bifurque &#224; gauche vers la Coise, que je traverse en un site assez pittoresque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une maison absolument isol&#233;e au coin de la route porte une plaque &#224; indications peu claires et je dois me renseigner aupr&#232;s de la ma&#238;tresse de c&#233;ans qui est, ma foi, une fort belle femme qu'aux temps druidiques, en ce coin sauvage et bois&#233;, un Gaulois aurait prise pour une pr&#234;tresse du gui sacr&#233;, un Hell&#232;ne pour la d&#233;esse des for&#234;ts. &lt;br class='autobr' /&gt;
En m'&#233;levant sur la rive gauche de la Coise j'ai une vue de plus en plus &#233;tendue vers la plaine du Forez que je devine au loin sous la brume. Quant &#224; moi, depuis la Maison Blanche au pied de la mont&#233;e d'Yzeron, je p&#233;dale sous un ciel sans nuage : je grimpe et je descends sans cesse, pas un kilom&#232;tre de plat dans ce charmant pays. Entre l'Aub&#233;pin et Saint-Christ&#244;-en-Jarez je c&#244;toie un instant une profonde d&#233;pression de terrain qui s'&#233;tend jusqu'au Gier et de laquelle s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; moi un brouillard &#233;pais et humide proche parent de celui sous lequel j'ai presque grelott&#233; en quittant Lyon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en conclus que le brouillard couvre encore la vall&#233;e du Rh&#244;ne et ses habitants tandis que les versants tourn&#233;s vers la Loire sont inond&#233;s de soleil. J'ai souvent remarqu&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne tout en faveur des St&#233;phanois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le ph&#233;nom&#232;ne contraire se voit aussi, mais moins fr&#233;quemment.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Saint-Christ&#244;-en-Jarez je suis, depuis un kilom&#232;tre, en pleine descente, je reprends mon grand d&#233;veloppement et rentre sans incident &#224; Saint- &#201;tienne &#224; midi pr&#233;cis (environ 85 kilom&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre page. &#8212; Jeudi 26&#160;octobre, deuxi&#232;me exp&#233;rience du transport de voyageur en cabcyclette de Saint-&#201;tienne &#224; Lyon. Mon voyageur, quelques-uns disent mon patient, p&#232;se, tout v&#234;tu de cuir, 70 kilos, la cabcyclette 24 kilos et moi-m&#234;me 68 kilos, total : 162 kilos, c'est-&#224;-dire &#224; peu de chose pr&#232;s le double du poids que je transporte quand je voyage seul. Je dispose de 4 d&#233;veloppements 4m80, 2m,30 et 1m,55, d'une potence de selle &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;F. N.&lt;/span&gt; et de manivelles de 18 centim&#232;tres. Le parcours Saint-&#201;tienne-Givors est en pente douce avec quelques mont&#233;es d'autant plus sensibles qu'il faut les faire avec le d&#233;veloppement du plat et de la descente c'est-&#224;-dire 4m,80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Givors &#224; Lyon par Saint-Genis-Laval la route monte constamment jusqu'&#224; Saint-Genis et redescend assez vivement jusqu'&#224; Lyon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai recours au d&#233;veloppement 3m,75 jusqu'au pied de Saint-Genis, puis &#224; 2m,30 pour la travers&#233;e du village et je reviens ensuite &#224; 4m,80. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;duction faite d'une halte de 30 minutes &#224; Givors, le trajet total de 61 kilom&#232;tres (39 de Saint-&#201;tienne-Marengo &#224; Givors et 22 de Givors &#224; Lyon-Bellecour) a exig&#233; 4 heures 1/4 et je suis arriv&#233; en assez bon &#233;tat pour que j'aie pu faire encore 60 kilom&#232;tres (seul cette fois) l'apr&#232;s- midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps &#233;tait beau, chaud m&#234;me et l'air absolument calme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol en bon &#233;tat, sauf entre Briguais et Saint-Genis o&#249; la route est absolument d&#233;fonc&#233;e, sauf aussi les 12 ou 13 kilom&#232;tres de pav&#233; qui agr&#233;mentent r&#233;guli&#232;rement le trajet et dont en cabcyclette il est impossible d'&#233;viter la plus petite partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vitesse moyenne de marche a donc &#233;t&#233; de 14.300 &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Givors elle s'&#233;tait maintenue &#224; 16 et le d&#233;chet est d&#251; &#224; la mont&#233;e constante de 15 kilom&#232;tres de Givors &#224; Saint-Genis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis arriv&#233; beaucoup moins fatigu&#233; que le jour o&#249; par un temps et des routes absolument identiques j'avais transport&#233; le m&#234;me voyageur et le m&#234;me poids total en voiturette attel&#233;e &#224; une bicyclette. D'o&#249; je conclus qu'il est plus avantageux de porter que de tra&#238;ner un poids donn&#233;, &#224; la condition de s'habituer &#224; la direction beaucoup plus dure quand on porte que lorsqu'on tra&#238;ne. Cependant lorsqu'il s'agira de transporter un voyageur peu ingambe la cab(bi)cyclette devra &#234;tre remplac&#233;e par le cab(tri)cycle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le d&#233;veloppement de 1m,55 j'ai pu monter le m&#234;me poids (162 kilos) sur une pente de 6 &#224; 7 p.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 6 kilom&#232;tres &#224; l'heure (effort sur la p&#233;dale : 18 kilog.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; travail : 21 kgm. &#224; la seconde).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avancement de la selle est indispensable toutes les fois que la r&#233;sistance &#224; vaincre augmente momentan&#233;ment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est la derni&#232;re ressource, apr&#232;s laquelle il ne reste plus qu'&#224; mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps qu'on avance la selle, il faut hausser la p&#233;dale, sinon la jambe ne pourrait se d&#233;tendre suffisamment et certains muscles de la cuisse seraient vite courbatur&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans toutes les exp&#233;riences que j'ai faites, soit en gravissant des rampes &#224; 15 et 18&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, soit en transportant des fardeaux, soit en donnant mon maximum de vitesse avec des machines l&#233;g&#232;res et dans les circonstances les plus favorables, j'ai constat&#233; que la fa&#231;on de p&#233;daler variait sensiblement et que l'on avait un grand avantage &#224; pouvoir modifier la position du pied sur la p&#233;dale, des mains sur les poign&#233;es et du buste sur la selle, ou plut&#244;t la position de la selle elle-m&#234;me par rapport au p&#233;dalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est important aussi de modifier le centre de gravit&#233; du fardeau transport&#233; et il para&#238;t d&#233;sirable que le centre de gravit&#233; g&#233;n&#233;ral passe toujours par une ligne situ&#233;e juste &#224; mi-distance du p&#233;dalier et de l'axe de la roue motrice, desideratum qu'il n'est pas facile de r&#233;aliser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Confirmation d'une exp&#233;rience (1899)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article368</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article368</guid>
		<dc:date>2021-01-23T12:05:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tout d'abord il ne faudrait pas croire que j'ai march&#233; t&#234;te baiss&#233;e comme un recordman, sans rien voir du paysage et indiff&#233;rent au spectacle de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai simplement voyag&#233; en touriste press&#233; et je me suis appliqu&#233; &#224; varier mon itin&#233;raire afin de voir le plus de sites possible.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias Velocio, Le Cycliste, 1899, p.162-165, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les faits il faut s'incliner, surtout lorsque ces faits ne sont en aucune fa&#231;on des tours de force et que, &#224; armes &#233;gales, chacun peut les reproduire.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai appris indirectement que, dans quelques cercles de cyclotouristes, la premi&#232;re &#233;tape de mon r&#233;cent voyage en Suisse dont j'ai narr&#233; les p&#233;rip&#233;ties dans le dernier num&#233;ro du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;, avait paru surprenante et que son authenticit&#233; avait &#233;t&#233; m&#234;me mise en doute. Avec de l'imagination et de bons guides on peut d&#233;crire et croire m&#234;me avoir fait de si beaux voyages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce n'est point ma m&#233;thode et je me fais grand scrupule, personne n'&#233;tant l&#224; pour contr&#244;ler mes assertions, de rien avancer qui ne soit rigoureusement vrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette premi&#232;re &#233;tape consistait en ceci : 183 kilom&#232;tres avec &#233;l&#233;vation d'environ 3.500 m&#232;tres entre 4 h. 40 du matin et 8 h. 30 du soir, donc en 16 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; arr&#234;ts compris.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pens&#233; que la meilleure preuve &#224; fournir de sa r&#233;alit&#233; &#233;tait de la recommencer, et le 24&#160;septembre dernier, je me suis amus&#233; &#224; grimper quatre fois, par des routes diff&#233;rentes, sur les plus hauts sommets qui nous s&#233;parent de la vall&#233;e du Rh&#244;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 6 heures du matin et 6 h. 45 du soir, donc en moins de treize heures arr&#234;ts compris, je me suis &#233;lev&#233; d'environ 3.350 m&#232;tres pendant un parcours de 151 kilom&#232;tres, sans m'&#234;tre en aucune fa&#231;on pr&#233;par&#233; par un long repos &#224; cette exp&#233;rience, puisque l'avant-veille mes affaires m'ayant appel&#233; &#224; Saint-Julien-Molin-Molette j'avais fait ce voyage &#224; bicyclette (62 kilom. avec &#233;l&#233;vation de 1.310 m&#232;tres) et sans m'en trouver le moins du monde fatigu&#233;, puisque le lendemain matin je regrimpais &#224; la Croix-de-Chaubourey par La Valla (46 kilom. avec &#233;l&#233;vation de 870 m&#232;tres), en compagnie d'un abonn&#233; du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note LV&#160;: je suppose qu'il s'agit de D'espinassous, venu de Rochegude &#224; v&#233;lo&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; venu tout expr&#232;s &#224; Saint- &#201;tienne pour essayer les d&#233;veloppements multiples, et que le surlendemain avec M.&#160;Nicolas, l'inventeur de la tige de selle F. N., je faisais dans la matin&#233;e un trajet particuli&#232;rement p&#233;nible : Saint-&#201;tienne &#224; Saint-Maurice-de-Lignon et retour (80 kilom. avec &#233;l&#233;vation de plus de 2.000 m&#232;tres)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette petite excursion de 80 kilom&#232;tres sur le tron&#231;on de route le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant cette exp&#233;rience j'ai fait un certain nombre de remarques et de comparaisons avec mes temps pr&#233;c&#233;dents dont quelques-unes peuvent offrir quelque int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord il ne faudrait pas croire que j'ai march&#233; t&#234;te baiss&#233;e comme un recordman, sans rien voir du paysage et indiff&#233;rent au spectacle de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai simplement voyag&#233; en touriste press&#233; et je me suis appliqu&#233; &#224; varier mon itin&#233;raire afin de voir le plus de sites possible. Deux routes que je n'avais jamais eu l'occasion de suivre se sont ainsi trouv&#233;es comprises dans mes zigzags et je les recommande &#224; ceux qui n'aiment pas rencontrer trop de monde sur leur chemin. Une de ces routes part du pont de Gray et descend par une pente r&#233;guli&#232;re de 4 &#224; 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% sur Bourg-Argental&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre, dominant d'assez haut la premi&#232;re de l'autre c&#244;t&#233; du ravin, part de la Croix-de-Chaubourey, passe au pied de Th&#233;lis-la-Combe et par un crochet brusque &#224; droite tombe, &#224; la Croix-de-l'Aye, sur la route nationale de Saint-&#201;tienne &#224; Annonay, 4 kilom&#232;tres environ avant Bourg-Argental. Cette deuxi&#232;me route, bien qu'elle soit peu fr&#233;quent&#233;e, que l'herbe y pousse et que &#231;&#224; et l&#224; elle soit peu entretenue, est agr&#233;able &#224; la descente, la premi&#232;re convient mieux &#224; la mont&#233;e parce que la pente en est r&#233;guli&#232;re et mod&#233;r&#233;e et parce qu'elle est tortueuse &#224; l'exc&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant neuf kilom&#232;tres je ne crois pas qu'elle ait une seule ligne droite de 200 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, quand on descend &#224; grande allure, ces tournants derri&#232;re lesquels on ne voit pas ce qu'il peut bien y avoir coupent constamment la vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais fait cette route le matin en montant et elle m'avait paru si agr&#233;able que je la refis le soir en descendant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mal m'en prit, car ma vitesse en fut diminu&#233;e, et le sol qui en montant m'avait sembl&#233; tr&#232;s uni est en r&#233;alit&#233; pas mal raboteux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dix kilom&#232;tres de mont&#233;e constante &#224; pente moyenne de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, entre le barrage de la Valla et la Croix-de-Chaubourey me servent depuis longtemps de champ d'exp&#233;rimentation. Cette pente ne m'avait jamais paru digne des tr&#232;s faibles d&#233;veloppements et je la gravissais d'ordinaire soit avec 3m,30 soit m&#234;me avec 4m,40 en 59/61 minutes. Or, ce jour-l&#224;, afin de m&#233;nager mes forces, je pris au barrage de La Valla mon tout petit d&#233;veloppement 2m,50, quitte &#224; monter un peu plus lentement que de coutume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelle ne fut pas ma surprise en constatant, en haut de la c&#244;te, que j'avais mis seulement 56 minutes pour m'&#233;lever de 700 m&#232;tres en 10 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en diminuant ma multiplication d'une fa&#231;on qui para&#238;tra ridicule &#224; beaucoup de cyclistes, j'avais am&#233;lior&#233; de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% ma vitesse de marche. Je m'amusai &#224; calculer mon effort et mon travail pendant ces 56 minutes. L'effort n'avait rien de rare puisqu'il ne d&#233;passait pas 15 &#224; 16 kilos, mais le travail allait au-dessus de 20 kilogramm&#232;tres &#224; la seconde et c'est une somme de travail que je ne puis arrivera fournir sans suer beaucoup. Quand je gravis cette m&#234;me c&#244;te avec 4m,40 en 60 minutes, mon effort augmente et devient 27 kilos tandis que mon travail tombe &#224; 18 1/2 kilogramm&#232;tres et ma fatigue musculaire est incontestablement plus grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus on cultive les faibles d&#233;veloppements, plus on leur reconna&#238;t de qualit&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce qui ne m'emp&#234;che pas d'estimer aussi les grands d&#233;veloppements quand les circonstances me sont favorables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce n'&#233;tait pas le cas lorsque je me hissai au pied du Cr&#234;t de la Perdrix &#224; 1.400 m&#232;tres d'altitude avec 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette erreur me fit perdre certainement quelques minutes pendant ces 5 kilom&#232;tres. Ma journ&#233;e d'exp&#233;rience se termina sous une pluie fine qui m'aurait rendu p&#233;nible ma quatri&#232;me et derni&#232;re ascension de Bourg aux Grands Bois, si je n'avais pas eu &#224; ma disposition les d&#233;veloppements de 2m,50 et 3m,30 pour grimper l&#224; o&#249; je grimpe habituellement avec 3m,30 et 4m,40 respectivement. N&#233;anmoins, ma vitesse de marche, malgr&#233; la fatigue de la journ&#233;e, n'en fut pas diminu&#233;e et je fis en 1 h. 10 les 12 kilom&#232;tres qui de 500 m&#232;tres d'altitude &#224; Bourg vous am&#232;nent &#224; 1.145 m&#232;tres dans les Grands Bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est mon temps habituel quand je reviens d'une ballade sur les bords du Rh&#244;ne. Mon &#233;tape du 13&#160;ao&#251;t Grenoble, Chamb&#233;ry, Chamonix &#8212; 183 kilom&#232;tres avec &#233;l&#233;vation de 3.500 m&#232;tres en 16 heures &#8212; se trouve donc contr&#244;l&#233;e et corrobor&#233;e par mon exp&#233;rience du 24&#160;septembre : 151 kilom&#232;tres avec &#233;l&#233;vation de 3 350 m&#232;tres en 13 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il n'y a l&#224; absolument rien d'extraordinaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous les cyclotouristes de mon &#226;ge (46 ans bien sonn&#233;s) pourront en faire autant lorsqu'ils auront appris &#224; se servir des faibles aussi bien que des grands d&#233;veloppements et &#224; faire les descentes sans se fatiguer. Quelques chiffres suffiront &#224; le d&#233;montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#232;se avec ma machine sans bagages 68 + 15 = 83 kilos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en ne faisant pas compte du travail des descentes pendant lesquelles je me repose, mon travail pendant la journ&#233;e du 24&#160;septembre s'est r&#233;duit &#224; 70 kilom&#232;tres parcourus en six heures, en m'&#233;levant de 3.350 m&#232;tres. Combien de kilogramm&#232;tres ai-je d&#233;pens&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; compter largement, la r&#233;sistance &#224; la jante n'a pas d&#233;pass&#233; la moyenne de 4,8 kilos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en multipliant ce chiffre par le chemin parcouru 4,8 X 75 000 m&#232;tres j'obtiens un total de 360.000 kilogramm&#232;tres, soit 60.000 kilogramm&#232;tres par heure. Il n'y a l&#224; rien d'excessif puisque des coureurs de fond sans entra&#238;neurs abattent dans une heure jusqu'&#224; 140.000 kilogramm&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que les trait&#233;s de m&#233;canique nous apprennent que le travail normal maximum que peut produire un homme du poids de 60 kilos en une journ&#233;e de 8 heures est de 260.000 kilogramm&#232;tres, soit par heure 32.500 kilogramm&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si je calculais le travail du cycliste de la m&#234;me fa&#231;on que les trait&#233;s de m&#233;canique calculent celui du man&#339;uvre &#233;levant son poids, je ne tiendrais compte que de l'&#233;l&#233;vation de mes 83 kilogrammes &#224; 3.350 m&#232;tres sans m'arr&#234;ter &#224; la longueur du chemin parcouru&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'arriverais ainsi qu'au total de 278.000 (au lieu de 360.000 kilogramm&#232;tres) &#224; peu de chose pr&#232;s &#233;quivalent au total des trait&#233;s de m&#233;canique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette diff&#233;rence vient de ce que la bicyclette permet de mesurer bien plus exactement le travail fourni par l'homme qui, gr&#226;ce &#224; elle, utilise beaucoup mieux sa puissance et produit sans plus de fatigue un travail effectif bien sup&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme qui &#233;l&#232;ve son propre poids &#224; raison de 15 centim&#232;tres par seconde et de 60 pas &#224; la minute s'&#233;l&#232;ve en une heure de 540 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, en m'&#233;levant de 3.360 m&#232;tres en 6 heures, je me suis &#233;lev&#233; &#224; raison de 360 m&#232;tres &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans les deux cas, abstraction faite de la distance parcourue, la diff&#233;rence n'est donc pas bien grande si l'on consid&#232;re l'&#233;l&#233;vation par heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme je n'ai travaill&#233; que pendant 6 heures, je ne me suis &#233;lev&#233; par cons&#233;quent que de 3.360 m&#232;tres tandis que le man&#339;uvre des trait&#233;s de m&#233;canique cens&#233; travailler r&#233;guli&#232;rement 8 heures par jour s'&#233;l&#232;ve en une journ&#233;e de travail de 4.320 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le man&#339;uvre n'&#233;l&#232;ve que son propre poids suppos&#233; de 60 kilos, tandis que le cycliste &#233;l&#232;ve son propre poids (qui, pour que la comparaison soit exacte, doit &#234;tre suppos&#233; de 60 kilos) plus le poids de sa machine, 15 kilos : total 75 kilos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le man&#339;uvre en ses 8 heures de travail produit donc 60 X 4.320 = 259.200 kilogramm&#232;tres et le cycliste 76 x 3.360 = 252.000 kilogramm&#232;tres. Conclusion : en faisant ce que beaucoup de cyclistes estiment tour de force au point de n'y pas croire, j'ai produit exceptionnellement en un jour moins de travail qu'un man&#339;uvre n'en produit r&#233;guli&#232;rement pendant chaque jour de l'ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste la question du chemin parcouru dont les trait&#233;s de m&#233;canique ne parlent pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous pouvons l&#233;gitimement estimer &#224; 30 centim&#232;tres par seconde la vitesse de translation d'un homme montant un escalier &#224; raison d'une marche de 15 centim&#232;tres &#224; la seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans sa journ&#233;e cet homme n'aura donc parcouru que 9 kilom&#232;tres alors que j'en ai parcouru 75. Or le travail que j'ai produit en parcourant celle distance &#224; une vitesse &#224; laquelle la r&#233;sistance de l'air ne compte, pour ainsi dire pas, est repr&#233;sent&#233; par 73.000 kilogramm&#232;tres en estimant mon poids total &#233;gal &#224; 76 kilos pour rester dans les termes de la comparaison. Il nous faudrait maintenant savoir ce que 9 kilom&#232;tres repr&#233;sentent de travail pour un pi&#233;ton&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; approximativement cela doit bien s'approcher de 40 000 kilogramm&#232;tres. Le travail quotidien normal r&#233;gulier du man&#339;uvre est donc repr&#233;sent&#233; par 259.200 + 40.000 = 299.200 kilo-gramm&#232;tres et l'on s'&#233;tonnerait qu'un cycliste soit capable de fournir un jour exceptionnellement 252.000 + 73.000 = 325.000 kilogramm&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant j'avoue que lorsque les trait&#233;s de m&#233;canique affirment qu'un homme peut s'&#233;lever r&#233;guli&#232;rement pendant 8 heures par jour de 540 m&#232;tres &#224; l'heure, soit de 4320 m&#232;tres en la journ&#233;e et cela pendant 300 jours de l'ann&#233;e, je suis un peu interloqu&#233;, mais &#231;a doit &#234;tre vrai puisque c'est imprim&#233; et enseign&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon poids total &#233;tait de 83 kilos et non de 76&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai de ce fait produit un travail de 360.000 kilogramm&#232;tres au lieu de 326.000 et si quelques lecteurs trouvent encore cela &#233;tonnant, je leur expliquerai une fois de plus, qu'ils peuvent eux-m&#234;mes en faire au moins autant, &#224; la condition d'apprendre &#224; se servir des faibles et des tr&#232;s faibles d&#233;veloppements et &#224; se reposer pendant les descentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#232;re arriver &#224; mieux encore l'ann&#233;e prochaine et il ne faudra pas crier au miracle si je vous sers un beau jour une &#233;tape de 200 kilom&#232;tres avec &#233;l&#233;vation de 5.000 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'est devenu moins fatigant de gravir du 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% avec 2m,50 &#224; la vitesse 8, ou du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% avec 3m,30 &#224; la vitesse 10 que de courir en plaine avec 6m,60 &#224; la vitesse 26.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or de nombreux cyclistes sont capables de marcher pendant 8 heures &#224; l'allure 26, sur sol horizontal, en air calme, en produisant ainsi un travail de 17 1/4 kilogramm&#232;tres &#224; la seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela ne semblerait, en tous les cas, extraordinaire &#224; personne, tandis qu'on s'extasierait devant un cycliste qui en 8 heures s'&#233;l&#232;verait de 5.120 m&#232;tres en 64 kilom&#232;tres sur une pente de 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, ou seulement de 4.800 m&#232;tres en 80 kilom&#232;tres sur une pente de 6%. Dans ces deux derniers cas cependant ce cycliste n'aurait fourni qu'un travail de 16 kilogramm&#232;tres &#224; la seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; vient donc cette diff&#233;rence d'appr&#233;ciation entre les faits des uns et des autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La r&#233;ponse est simple : elle vient de ce que les neuf dixi&#232;mes des cyclistes ne consid&#233;rant la bicyclette que comme un instrument &#224; faire de la vitesse s'outillent et s'entra&#238;nent dans ce but, tout surpris ensuite d'&#234;tre impuissants lorsque au lieu de vitesse en plaine, on leur demande de la r&#233;sistance aux mont&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Armez-vous comme je le suis et vous ne trouverez rien d'&#233;tonnant dans le tableau de marche ci-apr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_158 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH428/tabluaeconfirmationduneexperience-c225f.png?1788127461' width='500' height='428' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&#160;: je suppose qu'il s'agit de &lt;a href=&#034;http://www.velotextes.fr/spip.php?mot51&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'espinassous&lt;/a&gt;, venu de Rochegude &#224; v&#233;lo&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette petite excursion de 80 kilom&#232;tres sur le tron&#231;on de route le plus accident&#233; de France constitue &#224; elle seule une exp&#233;rience des plus int&#233;ressantes et vaut d'&#234;tre cont&#233;e, d'autant plus que c'est bien &#224; titre d'exp&#233;rience que nous l'avons faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette route comprend la mont&#233;e de Saint-Ferr&#233;ol 4 kilom&#232;tres &#224; pente moyenne de 7%, une autre mont&#233;e depuis Pont-Salomon jusque sur le plateau. 3 kilom&#232;tres &#224; 6 puis 3 kilom&#232;tres de montagnes russes tr&#232;s dures, une remont&#233;e moyenne de 2 kilom&#232;tres en sortant de Monistrol et enfin comme bouquet 2 kilom&#232;tres &#224; pente moyenne de 13% apr&#232;s le Pont-de-Lignon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Firminy &#224; Saint-Maurice-sur-Lignon on monte, en somme, de 1.000 m&#232;tres et l'on descend de 700 m&#232;tres sur un parcours de 28 kilom&#232;tres et les raidillons &#224; 12, 14 et 16&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% ne manquent pas. Ce n'est pas de la petite bi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Joignez &#224; cela que le sol est mauvais justement l&#224; ou les rampes sont le plus roides. &lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;Nicolas avait une bicyclette &#224; 2 d&#233;veloppements : 4m,40 et 7m,50 et naturellement la tige de selle &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;F. N.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; de son invention dont Le Cycliste a souvent parl&#233; et qui permet d'avancer et de reculer la selle sans que pour cela elle cesse d'&#234;tre horizontale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette bicyclette avait 2 freins, le patin caoutchouc sur la roue directrice et le frein Juhel sur le p&#233;dalier. Bien que 4m,40 soit, &#224; mon avis, trop fort pour un tel parcours. M.&#160;Nicolas a fait toutes les mont&#233;es en machine, sauf au d&#233;but des 2 kilom&#232;tres &#224; 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, environ 150 m&#232;tres et cela simplement parce qu'il n'avait pas, par m&#233;garde, suffisamment avanc&#233; sa selle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fois sa selle mise au point, il put enlever le reste de la c&#244;te, d&#233;veloppant ainsi sur la p&#233;dale un effort moyen de 56 kilos pendant ces 2 kilom&#232;tres, effort extraordinaire qui d&#233;montre nettement l'avantage de l'avancement de la selle. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais ma bicyclette &#224; 4 multiplications et la tige oscillante Cadet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je lis en machine toutes les mont&#233;es, sans grand m&#233;rite, puisque avec le d&#233;veloppement de 2m,50 je ne donnais qu'un effort de 25 kilos quand mon compagnon qui ne p&#232;se pourtant que 12 kilos de plus que moi, en donnait le double. Aussi pouvais-je facilement multiplier mes tours de p&#233;dale et j'enlevai en 16 minutes les 2 kilom&#232;tres &#224; 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, que j'avais faits &#224; pied en 30 minutes lors de mon essai Saint-&#201;tienne-Yssingeaux et retour en 9 heures, il y a huit ou neuf ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les descentes furent men&#233;es rondement y compris celle &#224; 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% bien que je n'eusse que mon frein ordinaire sur la roue directrice et la ressource du pied sur le bandage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par prudence j'avais cependant choisi le d&#233;veloppement de 4m,40 mais je n'eus pas besoin de contrep&#233;daler. Le frein juhel devint impuissant au cours des 2 kilom&#232;tres &#224; 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, et mon compagnon fut oblig&#233; de finir &#224; pied la descente du Pont-de-Lignon qui pendant les derniers cinq cents m&#232;tres est au moins &#224; 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; celle de Saint-Ferr&#233;ol sa cha&#238;ne sauta et rendit inutile encore le frein Juhel, ce qui me confirma dans ma d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des freins qui agissent par l'interm&#233;diaire de la cha&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette exp&#233;rience nous d&#233;montra une fois de plus l'avantage des faibles d&#233;veloppements, car avec 3m,30 et 2m,50 j'allais toujours &#224; la mont&#233;e sensiblement plus vite que mon compagnon avec 4m,40, et je ne serais pas surpris que M.&#160;Nicolas se d&#233;cid&#226;t, pour l'ann&#233;e prochaine, &#224; se munir d'un troisi&#232;me d&#233;veloppement d'environ 3 m&#232;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi que me le faisait justement remarquer M.&#160;A. Corompt, un cycliste du bon vieux temps, d&#233;finitivement ralli&#233; aux machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements, il est plus rationnel d'avoir un grand choix de multiplications basses et seulement une haute multiplication. En effet, quand on en arrive &#224; marchander son effort &#8212; et c'est le cas lorsqu'on a recours aux faibles multiplications &#8212; 50 centim&#232;tres de plus ou de moins dans le d&#233;veloppement prennent de l'importance, tandis que, lorsqu'on a de la force de reste et qu'on peut, les circonstances &#233;tant favorables, d&#233;penser sans compter, il importe peu d'avoir 7 m&#232;tres, 7m,50 ou 8 m&#232;tres. Mieux vaut donc avoir 2m,50, 3m,50, 4m,50 et 7 m&#232;tres, que 2,50, 4 m&#232;tres, 6 m&#232;tres et 7m,50. Mais deux multiplications seulement, c'est tout &#224; fait insuffisant pour les cyclotouristes qui, press&#233;s par le temps, sont oblig&#233;s de doubler les &#233;tapes ordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>En montagne (1899)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article453</link>
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		<dc:date>2020-03-10T09:48:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je vais donc en peu de mots vous dire &#224; quelles exigences doit r&#233;pondre une bicyclette de haute montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentre justement d'un petit voyage de trois jours (Saint-&#201;tienne-Grenoble-Gap-Brian&#231;on-Chamb&#233;ry) dont vous pourrez, si cela vous int&#233;resse, lire dans le Cycliste le r&#233;cit d&#233;taill&#233; et o&#249; je puiserai quelques exemples.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, Revue mensuelle du Touring-Club de France, Ao&#251;t 1899&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous voici donc enfin en vacances, pr&#234;t &#224; entreprendre quelque longue excursion pr&#233;par&#233;e de longue date&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, j'ai mijot&#233; un de ces itin&#233;raires qui font bondir en selle sans discussion les v&#233;ritables cyclo-touristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Jura, Savoie, Alpes-Dauphinoises, les grandes Alpes m&#234;me et enfin la Suisse, tout y est 30 jours &#224; 100 kilom&#232;tres par jour et je rentre &#233;bloui.
&lt;br /&gt;&#8212; Bravo&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et sur quelle merveilleuse bicyclette allez-vous tenter ces formidables escalades, ces vertigineuses descentes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Mais, je n'en ai pas d'autre et je n'en veux pas d'autre que celle qui me sert depuis six mois, depuis que, sur l'avis du docteur, &#8212; que Dieu le b&#233;nisse, &#8212; je suis devenu le cycliste fervent que vous connaissez.
&lt;br /&gt;&#8212; Quoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est sur ce joujou de 10 &#224; 11 kilos, sans frein, sans garde-boue, avec des pneus de 30 millim&#232;tres, un guidon de course, un d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres, et tout &#224; l'avenant, que vous comptez p&#233;daler dans les Alpes &#224; raison de cent kilom&#232;tres par jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Mais j'ai d&#233;j&#224; fait, et plus d'une fois, cent kilom&#232;tres par jour et je ne trouve pas cela extraordinaire. Y a-t-il donc des bicyclettes sp&#233;ciales pour &lt;br class='autobr' /&gt;
traverser les Alpes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Il n'y en a pas encore, mais il y en aura peut-&#234;tre quelque jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en attendant vous pourriez tirer parti de certaines bicyclettes &#224; roue libre, &#224; frein &#224; contre-p&#233;dale, &#224; plusieurs d&#233;veloppements, &#224; selle mobile etc., mieux adapt&#233;es dans leur ensemble au cyclo-tourisme en montagne que votre b&#233;cane de promenade qui prendra mal au c&#339;ur d&#232;s la deuxi&#232;me journ&#233;e. &#192; votre air &#233;tonn&#233;, je vois que la r&#233;clame ne vous a encore rien dit de ces perfectionnements, pratiques s'il en f&#251;t, et vous &#234;tes trop fra&#238;chement inscrit au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; pour que vous ayez eu connaissance des int&#233;ressantes discussions qui ont &#233;t&#233; publi&#233;es dans la Revue sur ces diff&#233;rents sujets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais donc en peu de mots vous dire &#224; quelles exigences doit r&#233;pondre une bicyclette de haute montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentre justement d'un petit voyage de trois jours (Saint-&#201;tienne-Grenoble-Gap-Brian&#231;on-Chamb&#233;ry) dont vous pourrez, si cela vous int&#233;resse, lire dans le &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt; le r&#233;cit d&#233;taill&#233; et o&#249; je puiserai quelques exemples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les qualit&#233;s essentielles d'une machine destin&#233;e au tourisme en montagne sont&#160;: 1&#176; une solidit&#233; &#224; toute &#233;preuve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 2&#176; une tr&#232;s faible r&#233;sistance au roulement sur les mauvaises routes. On obtient la premi&#232;re en ne r&#233;duisant pas &#224; l'extr&#234;me ainsi qu'on le fait pour les machines de promenade, l'&#233;paisseur des tubes, des &lt;br class='autobr' /&gt;
raccords, la grosseur des rayons, la force des jantes, des roulements, bref de toutes les parties vitales de la machine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on obtient la seconde en rempla&#231;ant par des pneumatiques de gros calibre (42 ou 45 millim&#232;tres) les microscopiques boudins de 30 millim&#232;tres qu'une mode ridicule nous impose cette ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce &#224; ces deux qualit&#233;s de fond, une bicyclette peut aborder sans crainte les plus rudes obstacles. Il s'agit maintenant de l'&#233;quiper, c'est-&#224;-dire de la munir des armes qui vous permettront de lui faire franchir ces obstacles sans fatigue et sans danger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord un frein, &#233;crivons m&#234;me deux freins : le frein ordinaire sur la roue directrice qui suffit tant que les pentes sont courtes ou peu rapides et un frein sp&#233;cial dispos&#233; de telle sorte qu'on puisse faire toutes les descentes, fussent-elles de 8, 10, 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pendant 10, 15 ou 20 kilom&#232;tres, &#224; une allure mod&#233;r&#233;e (4 ou 5 m&#232;tres &#224; la seconde), les pieds sur les repose-pieds, c'est-&#224;-dire en supprimant radicalement toute cause de fatigue. Or, c'en est une fatigue, et non des moindres, que de retenir en contrep&#233;dalant ou en exer&#231;ant une pression constante sur un levier de frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on veut effectuer des &#233;tapes un peu longues en montagne, il faut que, pendant les descentes, longues ou courtes, la pesanteur qui nous donne tant de mal pendant la mont&#233;e prenne &#224; son tour toute la peine et qu'elle nous permette de descendre, dans un fauteuil, du Galibier &#224; Saint-Michel-de-Maurienne par exemple. Ces trente kilom&#232;tres de descente &#224; pente moyenne de 7&#8239;%, je les ai couverts le 16&#160;juillet dernier, gr&#226;ce &#224; mon frein &#224; action constante, sans d&#233;penser un seul kilogramm&#232;tre, &#224; la vitesse de 18 kil. &#224; l'heure. Des cyclistes que je croisai entre Saint-Michel et le tunnel du T&#233;l&#233;graphe et qui poussaient m&#233;lancoliquement leurs montures, ouvrirent des yeux grands comme des portes coch&#232;res en me voyant descendre aussi paisiblement sans tra&#238;ner de fagot (proc&#233;d&#233; d&#233;sagr&#233;able pour les passants et dangereux pour le cycliste), les pieds hors des p&#233;dales et les mains occup&#233;es &#224; toute autre chose qu'&#224; serrer en d&#233;sesp&#233;r&#233; un levier de frein. Ceci dit pour les pentes raides ou &#224; tournants dangereux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant &#224; ce que j'appellerai une belle descente, &#224; pente moyenne, en ligne presque droite, sur une bonne route peu encombr&#233;e, par exemple les 28 kilom&#232;tres du col du Lautaret &#224; Brian&#231;on, point n'est besoin de tant de pr&#233;cautions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le frein ordinaire suffit, &#224; la condition d'avoir un d&#233;veloppement de 6 &#224; 7 m&#232;tres permet-tant de reprendre &#224; volont&#233; les p&#233;dales &lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant au frein sp&#233;cial, on le remplace dans ce cas par la r&#233;sistance de l'air qui, d'apr&#232;s M.&#160;Bourlet, contrebalance la puissance de la pesanteur lorsqu'on descend &#224; 28.3 kilom&#232;tres &#224; l'heure, une pente de 4&#8239;%,&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; 32.6 &#8212;	&#8212;	&#8212;	&#8212; 5&#8239;%, &lt;br class='autobr' /&gt; &#224; 36.5 &#8212;	&#8212;	&#8212;	&#8212; 6&#8239;%,&lt;br class='autobr' /&gt; et &#224; 39.9	&#8212;	&#8212;	&#8212;	&#8212; 7&#8239;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour peu qu'on entr'ouvre son v&#234;tement et qu'on pr&#233;sente ainsi &#224; l'air une plus grande surface, ces vitesses limites sont notablement diminu&#233;es. La r&#233;sistance de l'air est encore le meilleur des freins, ce-lui qui use le moins les bandages et fatigue le moins la machine, et si je n'avais craint de para&#238;tre un tantinet ridicule en d&#233;ployant des esp&#232;ces d'ailes, j'aurais remplac&#233; mon frein sp&#233;cial par un m&#232;tre carr&#233; de toile, qu'au moyen de tringles faciles &#224; man&#339;uvrer, il e&#251;t &#233;t&#233; possible de d&#233;velopper plus ou moins suivant l'intensit&#233; de la pente, le vent favorable ou non, et toutes autres circonstances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce m&#232;tre carr&#233; de toile ajout&#233; &#224; la surface personnelle du cycliste ram&#232;nerait la vitesse limite &#224; 24 au lieu de 39,9 pour les pentes de 7&#8239;% et &#224; 17 au lieu de 28,3 pour celles de 4&#8239;%. Quel frein puissant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et com-bien moelleux avec &#231;a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On serait soutenu comme par un parachute... mais voil&#224;, on aurait l'air d'un oiseau par trop fin de cycle et nous sommes &#224; la veille de l'ouverture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Contentons-nous donc d'un frein soit sur les bandages, soit sur les jantes, soit sur une poulie sp&#233;ciale mais agissant &#224; volont&#233; d'une fa&#231;on intermittente ou continue pendant plusieurs heures s'il le faut. Les freins &#224; tambour actuels ne remplissent pas cette condition&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; leur action n'est que momentan&#233;e, parce que le tambour est trop petit, trop &#233;troit, que le cuir s'&#233;chauffe et ne serre plus. Les bicyclettes &#224; roue motrice libre dont je ne connais encore que deux cat&#233;gories, celles munies du frein Juhel &#224; galets et celles munies du frein Singer ou Whippet &#224; friction sur la jante simplifient beaucoup la question que je viens d'agiter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles suppriment radicalement le travail n&#233;gatif du contrep&#233;dalage, en rendant la roue motrice ind&#233;pendante du mouve-ment des p&#233;dales d&#232;s qu'on fait le moindre mouve-ment pour retenir. Sit&#244;t que l'action de la gravit&#233; est sup&#233;rieure &#224; celle de vos triceps, vous sentez la roue vous &#233;chapper et la bicyclette filer sous vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vos pieds comprenant qu'ils n'ont plus rien &#224; faire s'immobilisent sur les p&#233;dales m&#234;mes ou sur les repose-pieds et vous voil&#224; lanc&#233; &#224; la poursuite de la vitesse limite, ce qui ne laisserait pas d'&#234;tre fort dangereux si vous n'aviez plus aucun moyen de contr&#244;le sur votre bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais lorsque, au lieu de relever les pieds vous essayez instinctivement de contrep&#233;daler, vous rencontrez, imm&#233;diatement avec le frein Juhel et presque imm&#233;diatement avec le frein Singer, une r&#233;sistance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous venez au contact du frein dont vous apprendrez en peu de temps &#224; jouer avec toute la d&#233;licatesse n&#233;cessaire et sans effort musculaire appr&#233;ciable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'&#233;tendrai pas davantage pour le moment sur la sup&#233;riorit&#233; des bicyclettes &#224; roue libre, dont je suis grand partisan, ni sur les m&#233;rites respectifs du frein Juhel et du frein Singer. Il ne me resterait plus assez de place pour finir de vous d&#233;crire l'&#233;quipement de la bicyclette de montagne et ce sera pour une autre fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce &#224; vos freins, vous voil&#224; d&#233;sormais &#224; m&#234;me de faire toutes les descentes au-dessus de 20&#8239;% dans un fauteuil, cela veut dire que votre &#233;tape quotidienne est diminu&#233;e d'un bon tiers et que vous n'aurez &#224; travailler r&#233;ellement que pendant 67 kilom&#232;tres que nous pouvons raisonnablement partager en : 33 kilo-m&#232;tres de terrain plat ou faiblement ondul&#233;, 20 kilom&#232;tres de mont&#233;e moyenne (3 &#224; 6&#8239;%) et 14 kilo-m&#232;tres de mont&#233;e dure (6 &#224; 9&#8239;%).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de vous donner le moyen de dig&#233;rer sans trop de peine cette mac&#233;doine, simple affaire de multiplication. Il va de soi que vous ne pourrez pas avaler tout cela avec votre unique d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres qui ne vous sera r&#233;ellement utile que pendant les 66 km de descente ou de faibles ondulations et &#224; la condition que le vent ne vous g&#234;nera pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre pourriez-vous, en y mettant de l'amour-propre, vaincre pendant les deux ou trois premiers jours les 20 kil. en rampe moyenne mais les 14 kil. de mont&#233;es dures vous sont interdits, il vous faudra prendre le train et, vous savez, quatorze tels kilo-m&#232;tres &#224; pied c'est long, c'est ennuyeux, c'est m&#234;me d&#233;moralisant &#8212; j'en appelle &#224; la demi-douzaine de cyclistes st&#233;phanois qui grimp&#232;rent le 14&#160;juillet dernier de Lanslebourg &#224; la Ramasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc urgent de munir votre bicyclette d'au moins trois d&#233;veloppements : un petit de 2 m. 80 &#224; 3 m&#232;tres pour les mont&#233;es dures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un moyen de 4,25 &#224; 4,50 pour les mont&#233;es moyennes et un grand de 6 m&#232;tres &#224; 6 m. 50 pour le plat et la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur terrain ondul&#233; vous pourrez vous servir selon les circonstances de la grande ou de la moyenne multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les routes dites montagnes russes se font tr&#232;s bien et tr&#232;s vite avec 4 m. 50 en l&#226;chant les p&#233;dales &#224; la descente pour les rattraper &#224; la mont&#233;e suivante dont une bonne partie s'enl&#232;ve par l'&#233;lan de la ma-chine. Ne m'objectez pas que ce luxe de multiplications est inutile, qu'il s'agit en somme d'un poids &#224; &#233;lever &#224; une certaine hauteur et que, quelle que soit la multiplication avec laquelle on l'&#233;l&#232;vera, on aura dans chaque cas &#224; effectuer le m&#234;me travail, ni plus ni moins. Un exemple suffira &#224; vous faire sentir par o&#249; p&#232;che ce raisonnement qui, je l'avoue, m'a &#233;t&#233; souvent pr&#233;sent&#233; sous divers d&#233;guisements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici un bloc de 1,000 kilogs &#224; &#233;lever &#224; un m&#232;tre sans autre aide que votre vigueur musculaire. Vous pouvez pendant une heure suer sang et eau, je vous d&#233;fie bien de faire m&#234;me bouger cette masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je la partage en 20 fragments de 50 kilogs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous commencez &#224; &#233;lever &#224; la hauteur voulue p&#233;niblement et lentement quelques-uns de ces vingt fragments, mais je doute que vous arriviez au vingti&#232;me. Je subdivise ensuite cette m&#234;me masse en mille morceaux d'un kilogramme que vous allez &#233;lever sans fatigue et rapidement tout d'abord, plus lentement ensuite et avec une fatigue croissante &#224; cause du grand nombre de mouvements que vous &#234;tes oblig&#233; de faire, mais n'effectueriez-vous pas ce m&#234;me travail en beaucoup moins de temps et avec beaucoup moins de peine si je vous donnais &#224; &#233;lever 50 fragments de 20 kilogs, 100 de 10 kilogs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le simple bons sens r&#233;pond oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en est de m&#234;me du travail que vous faites en &#233;levant votre poids et celui de votre machine par votre effort sur les p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez, par la multiplication, rendre cet effort &#233;norme ou insignifiant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le premier cas, vous n'avancerez pas du tout en travaillant comme un hercule&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le second cas, vous n'avancerez presque pas en vous d&#233;menant comme un poss&#233;d&#233; : vous produirez certes du travail, mais un travail inutile qui sera, dans un cas, enti&#232;rement absorb&#233; et annihil&#233; par la force d'inertie, et dont la majeure partie, dans l'autre cas, se transformera en chaleur par la rapidit&#233; des mouvements. Entre ces deux extr&#234;mes, on con&#231;oit un juste milieu o&#249; la rapidit&#233; des mouvements et l'intensit&#233; de l'effort concordent avec les moyens naturels de l'homme, moyens qu'il serait tr&#232;s utile de d&#233;terminer par des exp&#233;riences d&#233;finitives et qu'il me para&#238;t raisonnable de limiter entre 50 et 80 tours de p&#233;dale &#224; la minute pour la rapidit&#233; des mouvements, et, pour l'intensit&#233; de l'effort, entre 18 et 22 kilogs de pression tangentielle sur la p&#233;dale, effort maximum mais pouvant &#234;tre fourni journellement, sans surmenage, pendant quelques heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
En vous maintenant par la multiplication entre ces limites, vous vous trouverez toujours en mesure de produire le maximum de travail effectif avec le minimum de fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un exemple : au cours du voyage de trois jours que je viens de faire autour du Pelvoux, j'ai rencontr&#233; (je tenais &#224; faire sa connaissance) la c&#244;te tr&#232;s dure de &lt;br class='autobr' /&gt;
Vizille &#224; Laffrey (6 k. 400 &#224; pente moyenne de 9 1/2&#8239;%).&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais quatre d&#233;veloppements&#160;: 6 m. 04, 4 m. 50, 3 m. 30 et 2 m. 50, &#224; ma disposition&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai naturellement choisi le plus faible et j'ai pu, gr&#226;ce &#224; lui, le 14&#160;juillet entre 4 et 5 heures du soir, effectuer ce trajet p&#233;nible en 50 minutes. Dans les conditions o&#249; je me trouvais en ce moment avec 158 kilom&#232;tres (Saint-&#201;tienne-&lt;br class='autobr' /&gt;
Vizille) dans les jambes depuis le matin, le d&#233;veloppement de 3 m. 30, admissible pour des muscles tout frais, e&#251;t &#233;t&#233; trop dur pendant une certaine partie du parcours o&#249; la pente d&#233;passe certainement 10&#8239;%. Avec mon d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres &#224; cette mont&#233;e, je me serais trouv&#233; dans le cas de l'homme qui aurait &#224; soulever un bloc de 1,000 kilogs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec 2 m. 50, au contraire, je travaillais dans des conditions tr&#232;s normales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pression sur la p&#233;dale variait entre 18 et 24 kilogs et le mouvement des jambes entre 40 et 70 tours de p&#233;dale &#224; la minute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec 6 m&#232;tres, la pression e&#251;t oscill&#233; entre 50 et 56 kilogs et le mouvement des jambes entre 15 et 30 tours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce d&#233;veloppement de 2 m. 50, excellent pour la c&#244;te de Laffrey, e&#251;t &#233;t&#233; stupide pour la plaine du Dauphin&#233; que j'avais travers&#233;e le matin avec mon plus grand d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en suis aper&#231;u &#224; mes d&#233;pens lors de l'&#233;tape finale de mon excursion, entre Saint-Michel et Chamb&#233;ry, 86 kilom&#232;tres de pente douce qu'une avarie survenue &#224; mon d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres me condamna &#224; couvrir avec le d&#233;veloppement de 4 m. 50. Ce fut &#233;nervant, je tournais &#224; mon maximum et j'avan&#231;ais m&#233;lancoliquement &#224; 18 &#224; l'heure tandis qu'avec 6 m&#232;tres j'aurais fil&#233; &#224; 22 en me fatiguant moins, car le d&#233;pit, l'&#233;nervement qu'une p&#233;dale trop peu r&#233;sistante am&#232;ne dans les muscles ne sont pas les moindres facteurs de la fatigue g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas croire que le moteur humain diff&#232;re tellement des autres moteurs qu'il puisse faire fi de ces changements de vitesse sans lesquels les automobiles ne pourraient pas marcher. M.&#160;Bourlet laisse fort justement entendre que le routier qui r&#234;ve de trouver le d&#233;veloppement unique id&#233;al lui permettant de toujours obtenir son rendement maximum, quelles que soient les variations de la r&#233;sistance &#224; vaincre, &lt;br class='autobr' /&gt;
ferait tout aussi bien de chercher la pierre philosophale ou le mouvement perp&#233;tuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre bicyclette de montagne commence peu &#224; peu &#224; prendre tournure et ne croyez pas qu'elle s'alourdisse tant que &#231;a, bien qu'au fond, vous savez, quelques kilos de plus ou de moins, ce soit juste kif kif pour le r&#233;sultat final.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a de gros pneus, de bons freins et plusieurs (au moins trois) d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; passons &#224; de plus minces d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous engage &#224; la doter d'un guidon &#224; deux &#233;tages, de repose-pieds &#224; deux &#233;tages aussi, les changements de position soit pendant le repos, soit pendant le travail, &#233;tant tr&#232;s favorables, de la selle oscillante Cadet&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; ou de la selle Nicolas&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt; &#224; recul et &#224; avancement ou enfin de tout autre syst&#232;me par lequel vous pourrez avancer votre selle et par cons&#233;quent votre poids &#224; la mont&#233;e et la reculer &#224; la descente tout en la maintenant autant que possible horizontale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du moment o&#249; nous ne contrep&#233;dalons pas il importe moins, &#224; la v&#233;rit&#233;, de reculer la selle &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est plus qu'une question de confortable et de s&#233;curit&#233; par suite de la meilleure r&#233;partition du poids&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en vous reculant vous vous trouvez mieux assis et vous d&#233;chargez d'autant la t&#234;te de fourche de la roue directrice qui a besoin d'&#234;tre m&#233;nag&#233;e car l&#224; est le point faible de toutes les bicyclettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les garde-boue ne sont pas chose absolument in-dispensable et je vous laisse le soin de d&#233;cider si vous en munirez ou non votre bicyclette de montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adoptez, en tout cas, pour la roue directrice le garde-boue en cuir fix&#233; sous le tube inf&#233;rieur du cadre afin de ne pas vous priver de la ressource supr&#234;me du pied freinant sur le bandage, si par une terrible fatalit&#233; vos deux autres freins venaient &#224; manquer &#224; la fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne m'est jamais arriv&#233; mais je ne m'en suis pas moins habitu&#233; &#224; pratiquer ce mode de freinage d'autant plus simple et facile que les pieds plac&#233;s sur les repose-pieds se trouvent toujours pr&#234;ts &#224; agir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut seulement barrer l'intervalle entre le bandage et la t&#234;te de fourche avec une lame de fer blanc ou une courroie, afin que la pointe du soulier ne puisse s'y engager, former coin et d&#233;terminer un arr&#234;t subit suivi d'une chute dangereuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut aussi pr&#233;senter le pied de c&#244;t&#233;, enfin c'est une man&#339;uvre qu'il convient de faire souvent lorsqu'on n'en a pas besoin afin d'&#234;tre pr&#234;t &#224; l'ex&#233;cuter &#224; coup s&#251;r en cas d'urgence.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233;, selon ma mauvaise habitude, tellement long en mes explications qu'il ne me reste plus assez de place pour vous donner quelques conseils, sugg&#233;r&#233;s par l'exp&#233;rience, sur la fa&#231;on de p&#233;daler, de voyager, de transporter son bagage, de se v&#234;tir et enfin de s'alimenter en cours de route. De l'alimentation d&#233;-pend dans une grande mesure la force de r&#233;sistance, l'endurance du cycliste. Une alimentation exclusive-ment v&#233;g&#233;tarienne, l'abstention compl&#232;te de toute boisson ferment&#233;e, bi&#232;re et vin compris, me permettent de supporter les fatigues d'&#233;tapes longues et charg&#233;es en mont&#233;es plus facilement qu'autrefois. Il y aurait, &#224; ce point de vue, beaucoup de bonnes choses &#224; dire et il ne faudrait pas penser exclusive-ment &#224; perfectionner l'outil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; perfectionner l'ouvrier qui doit s'en servir, am&#233;liorer la condition physique du cycliste ne serait pas hors de propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Expliquer et justifier les raisons qui m'ont fait adopter les grands &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppements pour les descentes, contrairement aux conseils tr&#232;s sages cependant et tr&#232;s judicieux de l'Homme de la montagne, m'&#233;loignerait trop longtemps de mon sujet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y reviendrai &#224; une autre occasion.&lt;br class='autobr' /&gt;
1 Cadet, 20, rue Saint-Martin, &#224; Troyes.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 Nicolas, 11, place Jacquard, &#224; Saint-&#201;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VIVIE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La course du Matin (1899)</title>
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		<dc:date>2020-01-17T09:40:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il ne faut pas souhaiter que cette exp&#233;rience soit renouvel&#233;e trop souvent, car, cette fois, on pourrait trouver des cadavres sur les chemins, mais enfin puisque cette p&#233;rilleuse &#233;preuve est tent&#233;e et accomplie avec un succ&#232;s inesp&#233;r&#233;, on aurait mauvaise gr&#226;ce &#224; r&#233;criminer et &#224; ne pas louer vainqueurs et vaincus, tous &#233;galement &#233;nergiques mais dissemblablement servis par les &#233;v&#233;nements.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;trospective &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXTRAIT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COLLECTION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt; Ann&#233;e 1899&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La course du Matin a mis, pendant un jour, Saint-&#201;tienne en r&#233;volution. Le passage des coureurs n'&#233;tait annonc&#233; que pour onze heures et pourtant, d&#232;s le matin, des cyclistes s'acheminaient vers Bourg-Argental pour surprendre les chauffeurs aux prises avec la longue rampe de la R&#233;publique qui, je puis en parler de visu, ne leur a pas caus&#233; la moindre g&#234;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont grimp&#233; comme des chats et le motocycle de Williams qui devait faire, quelques kilom&#232;tres plus loin, une rude culbute a, sous mes yeux, gagn&#233; petit &#224; petit du terrain sur la voiture de Knyff et l'a finalement d&#233;pass&#233;e avant l'arriv&#233;e au point culminant, l'aigle battu par l'hirondelle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voyant ces puissantes voitures de course escalader, &#224; 25 ou 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure, la mont&#233;e de Bourg-Argental que nos chauffeurs r&#233;gionaux ont toutes les peines du monde &#224; gravir &#224; la ridicule allure de 5 ou 6 kilom&#232;tres &#224; l'heure, &#224; tel point qu'un cycliste peut les accompagner en tournant autour d'eux, nous avons demand&#233; pourquoi on n'allait pas tout de suite pour les voitures de promenade, comme pour celles de course, aux moteurs puissants de 12 et 16 chevaux, en vertu de cet axiome que qui peut le plus peut le moins. On nous a r&#233;pondu qu'en cette circonstance l'axiome n'&#233;tait pas justifi&#233; et que la voiture capable de grimper comme un chat dans des rampes de 7 et de 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, &#233;tait incapable de marcher en plaine &#224; moins de 50 ou de 60 kilom&#232;tres, ce qui effraie un peu les bons bourgeois pass&#233;s chauffeurs. Quand on va sur la route &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure, vitesse r&#233;glementaire, on n'a pas besoin d'une bien grande force motrice&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 4 ou 5 chevaux suffisent amplement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que diriez-vous d'un homme qui, pour actionner une machine &#224; coudre, se servirait d'un moteur de dix chevaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Alors nous sommes condamn&#233;s &#224; tourner dans un cercle vicieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous ne pouvons faire rapidement les mont&#233;es et aller n&#233;anmoins en plaine &#224; une allure raisonnable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon Dieu oui, nous devons nous contenter de ce que nous avons, car lorsque les constructeurs en viendront, sur nos sollicitations imprudentes, &#224; charger les automobiles de famille de moteurs de 12 chevaux, nous pourrons, &#224; la v&#233;rit&#233;, enlever les rampes plus gaillardement, mais nous ne marcherons plus en plaine que par saccades, ainsi que nous avons vu avancer dans nos rues quelques-uns de ces formidables engins de course qui, forc&#233;s d'ob&#233;ir au r&#233;gulateur, manifestaient, d'une fa&#231;on fort visible, leur m&#233;contentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que le moteur &#224; p&#233;trole, comme tous les moteurs &#224; explosion, est brutal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas la souplesse du moteur &#224; vapeur, du moteur &#233;lectrique, et pour qu'il marche bien, il faut qu'il marche &#224; plein collier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette question de la locomotion automobile, on se heurte &#224; de continuelles difficult&#233;s et un probl&#232;me est &#224; peine r&#233;solu qu'il faut songer &#224; en r&#233;soudre un autre non moins important.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous empruntons au M&#233;morial la r&#233;capitulation ci-apr&#232;s de cette course qui restera l&#233;gendaire par la grandeur des obstacles surmont&#233;s et l'impr&#233;vu de ses r&#233;sultats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin la fameuse course d'automobiles est arriv&#233;e &#224; sa fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chauffeurs se sont diss&#233;min&#233;s le long des interminables routes blanches, tous ont &#233;t&#233; &#224; la peine et peu seront &#224; l'honneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut avouer que les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chauffeurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ont &#233;t&#233; remarquables d'endurance, de t&#233;nacit&#233; et d'habilet&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le v&#233;ritable &#233;v&#233;nement, dont on ne saurait trop s'&#233;tonner, c'est qu'aucun accident v&#233;ritable ne se soit produit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chauffeurs ont cass&#233; leurs machines, crev&#233; leurs pneumatiques, d&#233;mont&#233; leurs roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont &#233;cras&#233; des chiens en morceaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils se sont eux-m&#234;mes souvent bless&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en a emport&#233; dans les h&#244;pitaux, ils se sont bris&#233; les jambes, fendu la t&#234;te et... n'ont tu&#233; personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait trop les f&#233;liciter d'avoir pu allier deux choses aussi inconciliables : le souci des folles vitesses et celui du respect de la vie humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont bien jet&#233; &#224; bas de sa bicyclette le procureur de la R&#233;publique de Nancy, M.&#160;Furby, qui s'est rompu un os&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il para&#238;t que l'accident est encore plus imputable &#224; la victime qu'&#224; son bourreau, qui a fait d&#233;vier sa machine alors qu'au contraire la bicyclette du procureur se pr&#233;cipitait sur lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut donc dire sans exag&#233;ration que c'est miracle qu'un ou plusieurs malheurs ne se soient produits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les automobiles allaient &#224; une vitesse minima de 30 kilom&#232;tres aux c&#244;tes et atteignaient jusqu'&#224; 80 kilom&#232;tres en plaine.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils avaient les passages &#224; niveau o&#249; ils attendaient le bon plaisir des trains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les descentes en pas de vis comme celles de Plan-foy, Saint-Denis-sur-Durolle, Lons le-Saunier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les mont&#233;es comme celles de Bourg-Argental et La Baraque : les villes neutralis&#233;es, les routes d&#233;fectueuses, les embarras de voies, le mauvais vouloir des paysans d'Auvergne et, malgr&#233; tout, les gagnants arrivent avec des vitesses moyennes de 49 kilom&#232;tres &#224; l'heure, en sept jours de course&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est merveilleux, il ne faut pas se lasser de le dire, et cela fera &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas souhaiter que cette exp&#233;rience soit renouvel&#233;e trop souvent, car, cette fois, on pourrait trouver des cadavres sur les chemins, mais enfin puisque cette p&#233;rilleuse &#233;preuve est tent&#233;e et accomplie avec un succ&#232;s inesp&#233;r&#233;, on aurait mauvaise gr&#226;ce &#224; r&#233;criminer et &#224; ne pas louer vainqueurs et vaincus, tous &#233;galement &#233;nergiques mais dissemblablement servis par les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RECAPITULATION&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant r&#233;capitulons un peu les faits de cette course l&#233;gendaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part de Paris, l'automobile du comte Berthier de Sauvigny, heurt&#233;e par un tramway, le m&#233;canicien a le bras cass&#233;, M.&#160;de Sauvigny renonce &#224; courir.&lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;de Meaulne se foule le bras pendant la premi&#232;re &#233;tape, il arrive pourtant &#224; Aix-les-Bains et se promet de continuer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et en effet, le surlendemain on le voit appara&#238;tre &#224; Saint-Etienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Girardot entre dans un tombereau et en sort assez d&#233;moli.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Knyff casse un ressort et s'arr&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il repart et en casse un autre, il arrive &#224; Aix avec pas mal d'avaries &#224; bord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peloton commence &#224; s'&#233;grener sur les routes de l'Is&#232;re et les mont&#233;es de l'Ard&#232;che : Jamin et sa voiture extraordinaire, semblable &#224; un torpilleur, est l&#226;ch&#233; et suit de loin, sans espoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jenatzy est sem&#233;, lui aussi. Les motocyclistes s'&#233;poumonent et s'essoufflent. Marcellin, grand vainqueur &#224; Saint-Etienne une huitaine auparavant, suit p&#233;niblement les voitures, et Tart et Corre, les premiers motocyclistes, ses chefs de file. Marcellin passe &#224; Saint-Etienne deux heures apr&#232;s les premiers coureurs, le public s'&#233;tonne dans la rue et lui prodigue des encouragements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcellin l&#232;ve d&#233;sesp&#233;r&#233;ment les bras au ciel et dit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Rien ne marche : rien ne marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Grand-Bois, Williams, qui a couru,&#224; Saint-Etienne &#224; bicyclette il y a quelques ann&#233;es, revient dans le pays qui vit ses triomphes, pour y trouver le d&#233;sastre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chien se jette dans son tricycle et lui se jette &#224; terre. De Knyff, qu'il avait r&#233;ussi &#224; d&#233;passer dans un prodigieux effort, arrive et trouve la route barr&#233;e par le corps inanim&#233; du coureur et les d&#233;bris de son tricycle.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Knyff, malgr&#233; que le temps soit plus que jamais de l'argent et m&#234;me de la gloire, descend de sa machine et, donnant un bel exemple de d&#233;sint&#233;ressement, rel&#232;ve le malheureux coureur, lui donne quelques soins et le confie &#224; des paysans pour l'amener &#224; Saint-Etienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se place une anecdote, qui, si elle est confirm&#233;e, jettera un jour singulier sur l'&#233;tat d'&#226;me des chauffeurs et donnera &#224; leur lutte des proportions grandioses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Williams se sentant soulev&#233;, ouvre les yeux, reconna&#238;t De Knyff qui, m&#233;prisant le retard, le soigne, au risque de faire gagner ses rivaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bless&#233;, &#233;mu, oubliant sa propre situation, s'emporte &#224; son tour et lutte de g&#233;n&#233;rosit&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous, De Knyff, vous... Non, remontez vite, vite... Vous perdez du temps...&lt;br class='autobr' /&gt;
N'y a-t-il pas l&#224; quelque chose de Romain et qui pourrait s'appeler, si l'on n'avait peur des noms pompeux, &#8212; presque de l'h&#233;ro&#239;sme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cet autre, ce motocycliste Nicolas-Zohem, taill&#233; en hercule, aux traits durs, aux &#233;paules carr&#233;es, aux pommettes osseuses, aux mains de lutteur turc, qui tombe une heure plus tard, rue d'Annonay, qu'on m&#232;ne &#224; la pharmacie Jallas et qui, pendant qu'on lui coud, &#224; l'aiguille, les l&#232;vres de la plaie qui lui barre le front, ne prof&#232;re pas un murmure, et pour tout t&#233;moignage de douleur, se contente de faire le geste m&#233;canique d'un homme qui p&#233;dale &#233;perdument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des hommes, ceux-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui pourrait les bl&#226;mer d'appliquer leur &#233;nergie &#224; des courses d'automobiles. Chacun manifeste ses qualit&#233;s quand il peut et o&#249; il peut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui manque chez nous, ce sont moins les h&#233;ros que les occasions de prouver qu'ils le sont.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Chasseloup-Laubat a pass&#233; chez nous premier &#224; une merveilleuse allure, de l'avis g&#233;n&#233;ral, sa machine paraissait la plus douce, la plus glissante, sans bruit, sans tr&#233;pidation, elle allait droit &#224; son but, ne semblant pas courir mais voler du vol myst&#233;rieux, doux et rapide qu'ont les chauve-souris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple s'il allait &#224; leur allure, le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chauffeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'avait pas leur couleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les St&#233;phanois s'&#233;tonnaient que cette belle machine ne f&#251;t pas, la premi&#232;re au classement g&#233;n&#233;ral&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les courses suivantes ont prouv&#233; qu'ils ne s'&#233;taient pas tromp&#233;s dans leur jugement, et que le v&#233;hicule de M.&#160;de Chasseloup-Laubat &#233;tait bien une merveille de m&#233;canisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pannes et accidents se succ&#232;dent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les motocycles ne peuvent escalader la c&#244;te de la Baraque &#224; la sortie de Clermont.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chauffeurs se la rappellent avec &#233;pouvante, cette escalade. L'un d'eux a fait &#224; un r&#233;dacteur du Matin cette d&#233;claration :
&lt;br /&gt;&#8212; On m'aurait dit qu'il y avait des c&#244;tes comme celle-l&#224; que je ne l'aurais pas cru.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les motocyclistes qui gardent le plus mauvais souvenir de ce raidillon, eux qui ont d&#251; aider leurs moteurs de leurs mollets et qui sont arriv&#233;s au sommet dans un &#233;tat de fatigue indescriptible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;fections se succ&#232;dent et les accidents s'accumulent : Gabriel fait des descentes vertigineuses &#224; Saint-Denis-sur-Durolle, perd ses freins et ayant c&#244;toy&#233; les pr&#233;cipices et la mort pendant des kilom&#232;tres, arrive les cheveux dress&#233;s d'horreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La voiturelle de M.&#160;Boutier est d&#233;molie dans une collision. M.&#160;Boutier est bless&#233; et sa voiture hors d'&#233;tat de rouler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un accident arrive pr&#232;s d'Ussel.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'automobile de M.&#160;Richard donne contre un arbre et culbute dans le foss&#233;, o&#249; elle se brise. M.&#160;Richard et son m&#233;canicien, bless&#233;s, ont pu regagner Ussel en voiture, apr&#232;s avoir re&#231;u les premiers soins du m&#233;decin.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Knyff est arriv&#233; premier au pays des truffes, malgr&#233; un accident de pneumatique : il roule pendant onze kilom&#232;tres sur le fer. Depuis lors, Chasseloup-Laubat et lui ont &#233;t&#233; seuls &#224; disputer la palme &#224; l'admirable conducteur qu'est Charron.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Charron, &#224; son tour, a sa machine d&#233;molie, elle est us&#233;e et le redoutable champion est hors du concours : le second grand prix, comme on l'appelait d&#233;j&#224;, ne sera pas au palmar&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Levegh arrive premier &#224; Cabourg dans un rush remarquable et accomplissant une performance qui lui sera compt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voiturelles n'existent plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul Thery suit encore avec un retard de train omnibus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, hier matin, les cinq voitures de Knyff, Chasseloup-Laubat, Girardot, Pinson, Levegh et les motocycles de Teste, B&#233;connais et Gleyze s'&#233;lancent &#224; l'assaut final pour arriver &#224; Paris et d&#233;crocher la timbale du grand prix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re, loin, le lot des &#233;clop&#233;s, des fourbus, des d&#233;courag&#233;s, arrivent mangeant apr&#232;s l'avoir mordue la poussi&#232;re soulev&#233;e par leurs heureux pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bicyclettes &#224; roue libre (Octobre 1899)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article71</link>
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		<dc:date>2020-01-12T21:02:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Roue libre</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mais, au fait, qu'est-ce donc qu'une bicyclette &#224; roue libre et pourquoi avons-nous tard&#233; si longtemps &#224; en reconna&#238;tre les avantages puisqu'elle est tellement sup&#233;rieure aux autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;La roue libre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Roue libre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, Touring-Club de France, Octobre 1899&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement en faveur de la roue libre s'accentue et beaucoup de fabricants se pr&#233;parent &#224; doter, d&#232;s l'ann&#233;e prochaine, leurs bicyclettes de cet incontestable perfectionnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit, dans un r&#233;cent article, que j'&#233;tais grand partisan de la roue libre, mais que j'avais encore &#224; &#233;tudier et &#224; comparer les deux types principaux qui la repr&#233;sentent actuellement sur le march&#233; et qui datent, l'un et l'autre, de plusieurs ann&#233;es, le type Juhel et le type Whippet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs soci&#233;taires m'ont &#233;crit pour m'engager &#224; faire conna&#238;tre le plus t&#244;t possible, d'abord sur quoi je fonde mon appr&#233;ciation de la roue libre, ensuite quelles sont les diff&#233;rences qui caract&#233;risent les types Juhel et Whippet.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; leur demande que r&#233;pond cet article, incompl&#232;tement, je l'avoue, car nous ne sommes qu'&#224; l'aurore de la roue libre et tous ses avantages de m&#234;me que ses possibles inconv&#233;nients ne nous ont pas encore &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;s par la pratique, notre grand ma&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, au fait, qu'est-ce donc qu'une bicyclette &#224; roue libre et pourquoi avons-nous tard&#233; si longtemps &#224; en reconna&#238;tre les avantages puisqu'elle est tellement sup&#233;rieure aux autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
On appelle roue libre, roue folle ou encore roue ind&#233;pendante, toute roue motrice de bicyclette ou de cycle quelconque qui &#233;chappe &#224; l'action du moteur humain ou m&#233;canique d&#232;s qu'on essaie de faire machine en arri&#232;re, de contrep&#233;daler. Tant que dure l'entra&#238;nement en avant, la roue est actionn&#233;e, entra&#238;n&#233;e comme &#224; l'ordinaire, mais d&#232;s que l'entra&#238;nement change de direction ou que son influence devient inf&#233;rieure &#224; celle d'une autre force favorable (vent dans le dos, descente, &#233;lan m&#234;me de la machine), la roue &#233;chappe &#224; votre contr&#244;le, tourne plus vite que vous ne le voulez et filerait sous vous, &#224; l'anglaise, en vous emportant Dieu sait o&#249;, si vous n'aviez &#224; ce moment une arme puissante pour la rappeler &#224; l'ordre et la faire rentrer dans le rang.&lt;br class='autobr' /&gt;
En elle-m&#234;me, la roue libre est donc un danger et lorsque, au temps des V&#233;lo-Michaux, ces terribles briseurs d'os, sur lesquels bon nombre d'entre nous firent leurs d&#233;buts entre 1870 et 1880, on appliqua, pour la premi&#232;re fois, la roue libre au v&#233;locip&#232;de, on fit une fi&#232;re sottise, car la seule arme qu'on laissait alors contre elle au v&#233;locip&#233;diste, un simple frein &#224; cuiller ou &#224; palettes, pouvait faire d&#233;faut &#224; l'instant critique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette sottise sur laquelle est venue, il y a quelques ann&#233;es, s'en greffer une seconde, lorsqu'on cr&#233;a le Cycle id&#233;al et autres syst&#232;mes ejusdem farin&#339; &#224; leviers et &#224; roue libre sans les munir de freins plac&#233;s sous la d&#233;pendance directe du mouvement des p&#233;dales, a retard&#233; de trente ans l'adaptation d&#233;finitive de la roue libre &#224; la bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que la roue libre n'est pratique, s&#251;re, recommandable qu'&#224; la condition d'avoir pour corollaire un frein command&#233; par les p&#233;dales, un frein sur lequel on agisse instinctivement et, pour ainsi dire, automatiquement, d&#232;s qu'on sent le besoin de mod&#233;rer cette folle, qui, si l'on n'y prenait garde, vous m&#232;nerait droit aux ab&#238;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel fut du reste le motif qui l'emp&#234;cha d'&#234;tre adopt&#233;e, il y a trente ans, et qui lui permet de se pr&#233;senter aujourd'hui comme une v&#233;ritable nouveaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1895 ou 1896 les fabricants des cycles Whippet, en Angleterre, song&#232;rent &#224; reprendre cette vieillerie et &#224; la compl&#233;ter par un frein &#224; tambour qui entrait en action lorsque, en contrep&#233;dalant, une des manivelles venait, &#224; un certain point correspondant exactement &#224; la position de descente par la p&#233;dale, en contact avec le levier du dit frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la m&#234;me &#233;poque, M.&#160;Juhel inventait, en France, le frein qui porte son nom et qui, au point aussi pr&#232;s que possible de la perfection auquel il l'a amen&#233;, me semble r&#233;aliser la solution la plus compl&#232;te, mais non la moins co&#251;teuse et peut-&#234;tre aussi la plus d&#233;licate, du probl&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur le docteur Mathieu a publi&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re sur l'Ind&#233;pendance des p&#233;dales avec le frein Juhel un opuscule fort int&#233;ressant dont un extrait avait paru en octobre 1897 dans la Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il ne s'agissait dans cet extrait que des avantages de la roue libre et il n'y &#233;tait malheureusement pas question de son indispensable satellite, le frein command&#233; par les p&#233;dales, si bien que les cyclistes &#8212; quorum pars &#8212; que cette compl&#232;te libert&#233; de la roue effrayait, ne pr&#234;t&#232;rent pas alors, &#224; l'&#233;num&#233;ration de ces avantages, toute l'attention n&#233;cessaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur &#233;tait cependant, plus que tout autre, qualifi&#233; pour traiter avec autorit&#233; cette question car, nous avoue-t-il, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;depuis vingt-neuf ans je pratique le syst&#232;me du repos sur les p&#233;dales, avec une &#233;conomie de fatigue dont on ne se fait pas une id&#233;e et sans qu'il me soit absolument rien arriv&#233; de f&#226;cheux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; vrai dire, la premi&#232;re fois qu'on monte une bicyclette &#224; roue libre, on est tout d&#233;sorient&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au moindre cahot la p&#233;dale vous &#233;chappe et vous ne savez plus la retrouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour chausser les cale-pieds c'est toute une affaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si l'on contrep&#233;dale instinctivement pendant un virage ou devant un encombrement, on est presque effray&#233; de sentir que la machine n'ob&#233;it pas et l'on serre &#233;perdument le levier de frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut donc pas s'&#233;tonner que ceux qui jugent &#8212; et ils sont nombreux &#8212; d'apr&#232;s leur premi&#232;re impression, rejettent la roue libre, la d&#233;clarent dangereuse et sans avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai failli retomber &#8212; j'y suis, je m'en confesse, d&#233;j&#224; tomb&#233; souvent &#8212; dans ce travers, quand j'essayai, au d&#233;but de cette saison, une bicyclette &#224; roue libre je manquai mon premier virage et en voulant ralentir j'appliquai le frein si brusquement que je fus forc&#233; de vider les p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je persistai n&#233;anmoins, mais ce ne fut qu'apr&#232;s une dizaine de sorties que je finis par percevoir la sup&#233;riorit&#233; manifeste du syst&#232;me et par convenir qu'il ne tarderait pas &#224; s'imposer urbi et orbi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand &#8212; quelques-uns, mais je ne suis pas de ceux-l&#224;, disent l'unique - avantage de la roue libre consiste dans la suppression compl&#232;te de tout le travail du contrep&#233;dalage et de toutes les pertes de force vive caus&#233;es par les tr&#233;pidations, les cahots, les menus obstacles, voire par les distractions du cycliste lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail que l'on produit en contrep&#233;dalant, travail n&#233;gatif s'il en est, n'est pas une quantit&#233; n&#233;gligeable et peut, lorsqu'il est de longue dur&#233;e, fatiguer les muscles &#224; un degr&#233; excessif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi notre savant coll&#232;gue l'Homme de la Montagne, &#224; qui revient l'honneur d'avoir mis en lumi&#232;re les merveilleux effets des faibles d&#233;veloppements, me confiait derni&#232;rement qu'&#224; d&#233;valer dans la journ&#233;e de 2,000 m&#232;tres d'altitude en contrep&#233;dalant constamment il se fatiguait au point d'&#234;tre incapable d'effectuer l'&#233;tape du lendemain. Il n'est pas superflu d'ajouter que les &#233;tapes de l'Homme de la Montagne sont toujours agr&#233;ment&#233;es de grimpettes &#224; 6, 8 et 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% pendant la moiti&#233; du parcours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par l'emploi des grandes multiplications et de freins sp&#233;ciaux j'&#233;tais arriv&#233;, m&#234;me avant de pratiquer la roue libre, &#224; me soustraire compl&#232;tement &#224; cette absurde fatigue et j'ai pu, le 13&#160;ao&#251;t dernier, au d&#233;but d'un voyage en Suisse, (1) faire, sans cons&#233;quence f&#226;cheuse pour les &#233;tapes suivantes &#233;galement assez dures, un trajet que l'on s'accorde pour qualifier de p&#233;nible&#160;: Grenoble &#224; Chamb&#233;ry par les cols de Porte, du Cucheron et du Fr&#234;ne, Albertville, Ugines, M&#233;g&#232;ve, le Fayet et Chamonix. La longueur de cette &#233;tape est de 183 kilom&#232;tres pendant lesquels on s'&#233;l&#232;ve de 3,500 m&#232;tres et l'on descend de 2,800 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais donc bien pr&#233;par&#233; &#224; appr&#233;cier les m&#233;rites de la roue libre pendant les descentes, et comme personne raisonnablement ne saurait les contester, je ne m'y appesantis pas davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
En terrain horizontal, ces m&#233;rites sont peut-&#234;tre plus difficiles &#224; saisir et l'on peut m&#234;me, sans &#234;tre trait&#233; d'h&#233;r&#233;tique, n'&#234;tre pas de l'avis du docteur Mathieu, lorsqu'il assure que nous aurions avantage &#224; p&#233;daler par intermittences en imprimant &#224; la machine par une cadence rapide de courte dur&#233;e une allure tr&#232;s vive et &#224; nous laisser rouler ensuite sans p&#233;daler sous l'impulsion de la vitesse acquise que l'on rel&#232;verait par quelques foul&#233;es vigoureuses avant qu'elle ne se soit trop abaiss&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette th&#233;orie vient &#224; l'encontre de celle qui nous a guid&#233; jusqu'&#224; ce jour et qui conseille le travail uniforme, les mouvements rythm&#233;s, la pression r&#233;guli&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au reste, M.&#160;le docteur Mathieu appuie sa th&#233;orie sur des raisons d'ordre physiologique que, faute de comp&#233;tence, il ne m'est pas possible de discuter et je laisse ce soin &#224; de plus savants que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'en essaierai pas moins de comparer s&#233;rieusement et longuement (car en de telles mati&#232;res des essais d'une heure ne prouvent rien) par la pratique, les deux m&#233;thodes, d&#232;s qu'il me sera possible de le faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;serve faite, je suis tout &#224; fait d'accord avec le docteur Mathieu lorsqu'il corrobore par son exp&#233;rience de trente ans de p&#233;dale ind&#233;pendante, les observations suivantes du capitaine L. de N., consign&#233;es dans un article publi&#233; par la Revue du T.-C.-F. en octobre 1896 : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tout le monde sait combien il est difficile, en terrain un peu irr&#233;gulier, de ne pas p&#233;daler &#224; faux, de ne pas contrep&#233;daler, par exemple, quand la vitesse de la machine s'accro&#238;t en tombant dans un creux. En pareil cas, les p&#233;dales tendant &#224; aller plus vite que ne le veut le cycliste, ce dernier exerce g&#233;n&#233;ralement sur elles un effort en sens inverse, qui l'emp&#234;che de profiter de l'accroissement spontan&#233; de la vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Avec la roue libre, les choses changent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s que la vitesse de la roue dent&#233;e tend &#224; d&#233;passer celle des pieds du cycliste, la roue dent&#233;e se d&#233;braye d'elle-m&#234;me et se met &#224; tourner plus vite que les p&#233;dales, sans entra&#238;ner celles-ci le moins du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il r&#233;sulte de l&#224; que le cycliste profite inconsciemment de toutes les acc&#233;l&#233;rations positives que la machine tend &#224; prendre sous l'influence de l'irr&#233;gularit&#233; du sol.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; la formule qui r&#233;sume d'une fa&#231;on aussi nette que concise les avantages de la roue libre en terrain horizontal.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la mont&#233;e, la roue libre ne para&#238;t pas, de prime abord, &#234;tre en quoi que ce soit sup&#233;rieure &#224; la roue ordinaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle l'est pourtant encore, quoique indirectement, en ce que vous aurez, gr&#226;ce &#224; elle, appris &#224; p&#233;daler parfaitement rond et que cette fa&#231;on de p&#233;daler facilite singuli&#232;rement l'ascension des rampes. Un cycliste qui s'obstinerait &#224; pistonner sur ses p&#233;dales ne pourrait faire dix m&#232;tres sur une roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tude exp&#233;rimentale du coup de p&#233;dale que M.&#160;Bouny a publi&#233;e dans la Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; du mois dernier, &#233;claire d'une lueur tr&#232;s vive cette question et attire l'attention et par cons&#233;quent la discussion sur quelques points qui demandent &#224; &#234;tre &#233;lucid&#233;s : Quel est le meilleur coup de p&#233;dale &#224; la mont&#233;e, en plaine, &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quand faut-il p&#233;daler de la pointe et quand faut-il jouer de la cheville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La position du pied sur la p&#233;dale doit-elle &#234;tre immuable et assur&#233;e par le cale-pied, ou bien se trouvera-t-on mieux de pouvoir la faire varier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Enfin (et ce dernier point m'int&#233;resse tout particuli&#232;rement parce que je sais que des cyclistes tr&#232;s exerc&#233;s ont &#233;t&#233; d'un avis diam&#233;tralement oppos&#233; au mien), pour gravir une c&#244;te, est-il ou non avantageux de se rapprocher des p&#233;dales, c'est-&#224;-dire de diminuer la distance entre la selle et les p&#233;dales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
La roue libre a d'autres menus avantages qui, &#224; eux seuls, ne suffiraient certainement pas pour l'&#233;lever au rang supr&#234;me mais qu'il est juste d'&#233;num&#233;rer &#224; titre d'indications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle permettrait, par exemple, d'abaisser le p&#233;dalier jusqu'&#224; ne laisser que trois ou quatre centim&#232;tres d'intervalle entre le sol et les p&#233;dales, leur point le plus bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait la solution du probl&#232;me, jusqu'ici insoluble, qui consiste &#224; concilier la mise en selle directe par enjambement et la tension normale de la jambe entre la p&#233;dale et la selle, celle-ci &#233;tant plac&#233;e le bec verticalement au-dessus de l'axe du p&#233;dalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des bicyclettes ainsi &#233;tablies conviendraient tr&#232;s bien aux membres ankylos&#233;s, aux caract&#232;res timor&#233;s, aux personnes &#226;g&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
La roue libre d&#233;truit l'objection qu'on a faite avec raison aux p&#233;dales trop rapproch&#233;es du sol, puisque, au moindre heurt, la p&#233;dale se rel&#232;ve et s'immobilise sans que la roue cesse son mouvement en avant. Avec une bicyclette &#224; roue libre j'ai pu passer au ras d'un trottoir sans autre cons&#233;quence qu'un arr&#234;t de la p&#233;dale, alors qu'avec une autre machine, j'aurais &#233;t&#233; d&#233;sar&#231;onn&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m&#234;me avec des p&#233;dales &#224; trois ou quatre centim&#232;tres au-dessus du sol, on pourrait donc passer la nuit, sans accident, &#224; c&#244;t&#233; de ces grosses pierres dont les charretiers calent les roues de leurs charrettes et dont ils oublient g&#233;n&#233;ralement de d&#233;barrasser la chauss&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les pav&#233;s gluants et partout o&#249; le glissement lat&#233;ral est &#224; redouter, la roue libre permet au cycliste de passer, de planer, suivant l'heureuse expression du docteur Mathieu, sans appuyer sur les p&#233;dales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout en &#233;vitant ainsi de d&#233;terminer, par des pouss&#233;es lat&#233;rales, la d&#233;robade du pneu, il se tient pr&#234;t, en cas de chute in&#233;vitable, &#224; se laisser tomber sur les pieds.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement des bicyclettes &#224; unique multiplication pourra, gr&#226;ce &#224; la roue libre, &#234;tre modifi&#233; dans le sens le plus raisonnable, c'est-&#224;-dire, &#234;tre abaiss&#233; de fa&#231;on &#224; faciliter la mont&#233;e des c&#244;tes, sans pr&#233;judice de la vitesse en plaine, surtout si la th&#233;orie du docteur Mathieu, &#224; propos de laquelle j'ai r&#233;serv&#233; mon opinion, se trouve confirm&#233;e. En effet, du moment o&#249;, pendant les descentes, alors que nous marchons &#224; l'allure maxima, nous n'avons plus besoin d'accompagner les p&#233;dales, il nous importe peu que celles-ci tournent &#224; 80, 100 ou 120 tours &#224; la minute, puisqu'elles s'arr&#234;teront d&#232;s que nous les toucherons du bout du pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous aurons donc tout int&#233;r&#234;t &#224; choisir notre d&#233;veloppement sp&#233;cialement en vue de la mont&#233;e, et &#224; prendre 4 m&#232;tres ou 4 m. 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;, l&#224; o&#249; nous aurions pris 5 ou 6 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rampes seront ais&#233;ment enlev&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant les descentes nous immobiliserons nos pieds sur les p&#233;dales, ou bien nous les placerons sur les repose-pieds, et, en terrain plat, quand nous voudrons aller plus vite que ne le comportent 4 m&#232;tres ou 4 m. 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; avec 80 tours de p&#233;dale &#224; la minute, c'est-&#224;-dire quand nous voudrons marcher &#224; plus de 20 kilom. &#224; l'heure, nous donnerons de temps en temps quelques rapides coups de p&#233;dale suivis de repos complet, et notre train moyen pourra s'&#233;lever ainsi &#224; 25 kilom. &#224; l'heure, m&#234;me avec le faible d&#233;veloppement de 4 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, je crois devoir le r&#233;p&#233;ter en terminant, tous ces avantages et tous ceux qu'on pourra ult&#233;rieurement d&#233;couvrir &#224; la roue libre ne serviraient de rien sans un frein s&#251;r et puissant, command&#233; par les p&#233;dales, agissant au moment m&#234;me o&#249; instinctivement on s'efforce de contrep&#233;daler. La jambe est incomparablement plus forte que la main lorsqu'il s'agit d'exercer une pression sur un levier de frein, et il n'est rien de si facile que de l'utiliser, ainsi que nous le prouvent les freins Juhel et Whippet dont il me reste &#224; faire valoir les m&#233;rites respectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le frein Juhel, dont il m'est impossible de donner une description compr&#233;hensible sans un sch&#233;ma &#224; l'appui, contient tout &#224; la fois le tambour qui sert de frein, et le syst&#232;me qui rend la roue libre d&#232;s qu'on contrep&#233;dale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il se place soit sous la roue dent&#233;e du p&#233;dalier, soit sur le moyeu de la roue motrice. Son action est telle que d&#232;s qu'on cesse de p&#233;daler et qu'on se contente de s'opposer au mouvement en avant des p&#233;dales, la roue devient libre et que, d&#232;s qu'on commence &#224; contrep&#233;daler, le frein agit, cela quelle que soit la position des manivelles. On con&#231;oit alors qu'il peut y avoir pour un novice une certaine difficult&#233; &#224; se tenir dans le juste milieu entre la pression et la contrepression, &#224; ce point pr&#233;cis o&#249; la roue motrice n'&#233;tant ni entra&#238;n&#233;e en avant par la pouss&#233;e sur les p&#233;dales ni retard&#233;e par la friction du cuir sur le tambour du frein, ob&#233;it librement &#224; l'action de la pesanteur ou de la force vive.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai remarqu&#233; qu'un cycliste avec lequel je sors quelquefois et qui monte depuis deux ou trois ans une bicyclette munie du frein Juhel se tient &#224; ce moment-l&#224; &#224; peu pr&#232;s comme une cigogne au repos, une jambe tout &#224; fait tendue sur la p&#233;dale &#224; son plus bas point, l'autre tout &#224; fait repli&#233;e sur l'autre p&#233;dale &#224; son plus haut point. C'est &#233;videmment l&#224; la meilleure position pour &#233;viter des contre-pressions involontaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autres fois ce cycliste se soul&#232;ve enti&#232;rement au-dessus de la selle et laisse porter tout son poids sur les deux p&#233;dales horizontales (excellente m&#233;thode, qui constitue un nouvel argument en faveur de la roue libre, pour se soustraire aux tr&#233;pidations en franchissant un mauvais passage)&#160;: dans ce cas, le poids &#233;tant r&#233;parti par parties &#233;gales sur chaque p&#233;dale, les contrepressions sont &#233;galement &#233;vit&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne pense pas que l'appareil Juhel condamne ceux qui s'en servent &#224; ces deux seules positions, mais il est incontestable que ce sont les deux positions o&#249; le poids des jambes s'&#233;quilibre le plus exactement.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai entendu faire &#224; ce syst&#232;me plusieurs objections : qu'il &#233;tait de construction bien difficile, que ses organes &#233;taient d&#233;licats et expos&#233;s &#224; se d&#233;traquer, que son prix serait toujours tr&#232;s &#233;lev&#233; surtout lorsqu'il s'agirait de l'adapter &#224; d'anciennes machines et enfin qu'il se trouvait sous l'&#233;troite d&#233;pendance de la cha&#238;ne et que, celle-ci venant &#224; se rompre ou &#224; se d&#233;tacher, il deviendrait du coup inutilisable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux premi&#232;res objections se sont &#233;vanouies devant l'habilet&#233; des constructeurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'appareil Juhel a fait aujourd'hui ses preuves et d&#233;montr&#233; qu'il est robuste et qu'il r&#233;siste avant de broncher &#224; dix ou douze mille kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les deux derni&#232;res objections subsistent et expliquent la concurrence que le frein Whippet est venue faire au frein Juhel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me Whippet, au lieu d'&#234;tre un tout indivisible comme le Juhel se compose de deux organes absolument distincts : 1&#176; celui de la roue libre qui consiste simplement en ceci que le pignon de la roue motrice au lieu d'&#234;tre rigidement li&#233; au moyeu est s&#233;par&#233; de celui-ci par une couronne d'entra&#238;nement tant&#244;t &#224; galets, tant&#244;t &#224; rochets et cliquets, tant&#244;t &#224; billes o&#249; &#224; coins, qui d&#232;s qu'on contrep&#233;dale, d&#233;braye le pignon et laisse la roue libre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 2&#176; celui du frein qui consiste soit en un tambour fix&#233; sur le moyeu de la roue motrice, soit en un long et large patin frottant sur le bandage, soit en deux patins faisant friction sur les bords de la jante. Quel que soit son mode d'action sur la roue, le frein est command&#233; par un ou deux leviers sur lesquels les manivelles viennent exercer une pression plus ou moins &#233;nergique lorsqu'on contrep&#233;dale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce frein est donc comme le frein Juhel, command&#233; par les p&#233;dales, mais il est tout &#224; fait ind&#233;pendant de la cha&#238;ne &#224; tel point que le cycliste pourrait, au commencement d'une longue descente, mettre sa cha&#238;ne dans sa poche sans que le frein cess&#226;t d'agir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on con&#231;oit que ce frein ne peut &#234;tre mis en mouvement par chaque manivelle que dans une position, qui est la position horizontale arri&#232;re, c'est-&#224;-dire celle o&#249; la jambe a le plus de force, celle que l'on choisit naturellement avec le frein Juhel lorsqu'on veut freiner &#233;nergiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'action du frein Juhel est circulaire et par cons&#233;quent continue puisque chaque pied peut freiner avec plus ou moins de force, il est vrai, pendant tout le demi-cercle arri&#232;re que d&#233;crit la manivelle, tandis que celle du frein Whippet n'est au maximum, si je puis m'exprimer ainsi, qu'&#224; deux temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne crois pas qu'il y ait l&#224;, pratiquement, une bien grande cause d'inf&#233;riorit&#233; et l'on pourrait m&#234;me, sans bien chercher y trouver une cause de sup&#233;riorit&#233;. - En effet, les cyclistes qui pratiquent depuis longtemps la roue libre en montagne, c'est-&#224;-dire sur le terrain qui lui convient le mieux, sont d'accord sur ce point qu'il est pr&#233;f&#233;rable pendant les descentes longues &#224; pente mod&#233;r&#233;e et sol uni de placer les pieds sur les repose-pieds au lieu de les laisser sur les p&#233;dales immobiles. On se repose ainsi plus compl&#232;tement, disent-ils, et je les crois sans peine. S'agit-il, dans cette position, de rattraper les p&#233;dales pour freiner, le frein Juhel entre en action au premier contact du pied, donc au moment o&#249; la p&#233;dale se trouve &#224; son point le plus haut et o&#249; la manivelle, c'est-&#224;-dire le levier sur lequel la jambe exerce sa pression, est aussi court et d&#233;savantageux que possible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le freinage ne pourra donc pas &#234;tre imm&#233;diatement &#233;nergique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le frein Whippet, au contraire, n'entrera en action que lorsque le pied aura ramen&#233; en arri&#232;re la manivelle jusqu'&#224; la position horizontale, soit au point o&#249; ce m&#234;me levier est aussi long que possible, le freinage pourra donc &#234;tre port&#233; de suite au maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce sont l&#224; v&#233;tilles et le v&#233;ritable avantage du frein Whippet, c'est son bas prix et sa facilit&#233; d'adaptation m&#234;me aux bicyclettes qui n'auraient pas encore la roue libre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car rien n'emp&#234;cherait dans ce cas, le cycliste de mettre sa cha&#238;ne dans sa poche au d&#233;but d'une longue descente en partant, par exemple, du Galibier pour Valloire ou du Col du Lautaret pour La Grave et de jouir par ce subterfuge du b&#233;n&#233;fice de la roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme d'autre part il ne sera ni bien difficile ni bien co&#251;teux d'adapter un pignon &#224; d&#233;clenchement aux bicyclettes actuelles, nos vieilles montures pourront, &#224; peu de frais, &#234;tre transform&#233;es en bicyclettes &#224; roue libre avec frein command&#233; par les p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adopter la roue libre, les freins puissants qui permettent de se servir des repose-pieds, les multiples d&#233;veloppements, revenir aux pneumatiques de gros calibre, ce serait faire enfin un pas d&#233;cisif dans la voie du cyclisme pratique, vers la bicyclette id&#233;ale du touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait rompre carr&#233;ment en visi&#232;re avec cette id&#233;e trop ancr&#233;e dans le cerveau des fabricants et malheureusement aussi dans l'esprit des trois-quarts des cyclistes, que la bicyclette du touriste doit fatalement d&#233;river de celle du coureur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, roue libre, freins, repose-pieds, bicyclettes &#224; trois ou quatre d&#233;veloppements, gros pneus, en quoi cela peut-il int&#233;resser les coureurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc que les touristes s'en passent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voil&#224; comment on d&#233;raisonne depuis dix ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'heure ne vous semble-t-elle pas venue de raisonner un peu plus sainement et de tirer une ligne de d&#233;marcation bien nette entre les bicyclettes de course ou de promenade et les bicyclettes de grand tourisme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
P. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VIVIE&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) La relation de ce voyage a paru dans Le Cycliste du 31&#160;ao&#251;t 1899.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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