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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Un Touriste (mai 1900)</title>
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		<dc:date>2024-10-26T19:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Fagot</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Gladiator</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Fagot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Gladiator&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, paru dans Le Cycliste, Mai 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire cote Per1328_7, licence ouverte 2.0 &#233;talab de r&#233;utilisation de l'information&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je viens r&#233;pondre bri&#232;vement &#224; quelques questions que, dans le dernier num&#233;ro du Cycliste M.&#160;le commandant Collet me fait l'honneur de m'adresser. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Machine. &#8212; Bicyclette Gladiator Roulements &#224; cuvettes ind&#233;r&#233;glables, &#224; mon avis, bien sup&#233;rieurs &#224; ceux &#224; c&#244;nes. Sur ma demande, frein ext&#233;rieur sur la roue avant. Sur la roue arri&#232;re, autre frein man&#339;uvr&#233; par un minuscule levier plac&#233; sous le bec de la selle.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce frein que j'appellerai &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;frein Philidet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, du nom de l'habile et ing&#233;nieux m&#233;canicien qui l'a con&#231;u et construit, est d'une extraordinaire puissance. Il peut dans un parcours de 4 &#224; 5 m&#232;tres caler la roue et la forcer &#224; patiner. Dans les descentes longues et rapides, mis &#224; un autre cran, il permet de les faire dans une s&#233;curit&#233; absolue, et remplace avantageusement le fagot aujourd'hui interdit en Dauphin&#233;. Ce frein reste constamment serr&#233; et ne se desserre qu'en pressant le ressort du d&#233;clenchement.&lt;br class='autobr' /&gt; Le frein Philidet se compose d'un secteur &#224; cr&#233;maill&#232;re fix&#233; par un collier sur le tube horizontal de la machine : un levier &#224; une dent mobile engrenant sur la cr&#233;maill&#232;re, est reli&#233; par une tige &#224; un patin de frein viss&#233; sous l'entretoise de la fourche arri&#232;re. Une pression imperceptible avec un seul doigt et quelle que soit la vitesse la machine est arr&#234;t&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pneumatiques, j'ai depuis quelques jours des bandages de 45 millim&#232;tres absolument imperforables et qui me permettront d'arriver d&#233;sormais s&#251;rement &#224; l'heure fix&#233;e. Je leur ai fait subir, avant de les adopter, une longue et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#233;pineuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;preuve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils en sont sortis victorieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma selle est une selle Lamplugh 1899 n&#176;&#160;253. Je l'ai choisie tr&#232;s dure. Une selle dure ne blesse jamais et ses vibrations ne contrarient pas celles du pneumatique, ce qui n'est pas le cas pour les selles &#224; ressort &#224; boudins o&#249; l'on vibre continuellement &#224; contre-temps. Je monte haut et ma selle est plac&#233;e de telle sorte, que la jambe enti&#232;rement tendue, mon talon touche &#224; plat la p&#233;dale. Le bec de ma selle n'est pas plac&#233; perpendiculairement sur l'axe du p&#233;dalier, mais 0m,04 en arri&#232;re, position que je trouve plus favorable aux rapides allures. Mon guidon est droit et &#224; cintrage tr&#232;s court, j'ai deux multiplications 5m,60 et 2m,9O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime. &#8212; Absolument v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'admets les &#339;ufs et le poisson, aliment tr&#232;s l&#233;ger qui contient beaucoup de phosphore. Je suis ce r&#233;gime d&#233;j&#224; depuis deux ans et m'en trouve merveilleusement. L'esprit se fait de plus en plus lucide, le corps est presque devenu une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;quantit&#233; n&#233;gligeable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il n'existe pour ainsi dire pas. Toutefois je dois dire, par quelques exemples que j'ai autour de moi, que le v&#233;g&#233;tarisme ne para&#238;t pas convenir &#224; tous les temp&#233;raments. Le premier mois d'essai est particuli&#232;rement p&#233;nible. Je ne bois jamais de vin ni d'alcool et si par aventure il m'arrive de prendre un verre de vin &#233;tranger, je m'en repens toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime en marche. &#8212; Le matin &#224; 4 heures, deux tasses de caf&#233; noir tr&#232;s chaud, qui me permettent de faire 25 &#224; 30 kilom&#232;tres. Arr&#234;t ensuite d'une demi-heure pour prendre du caf&#233; au lait ou th&#233; au lait avec pain ou p&#226;tisseries. &#192; Midi, deux plats de l&#233;gumes ou &#339;ufs, fruits, caf&#233;. &#192; 4 heures fruits et pain ou lait chaud et brioches. Le soir &#224; d&#238;ner un plat de poisson, deux plats de l&#233;gumes, un entremets sucr&#233;, fruits et th&#233; bouillant &#8212; tr&#232;s peu de pain &#8212; je ne bois pas ou presque pas &#224; mes repas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En marche je surveille mon estomac autant que la route : rien d'aussi d&#233;primant qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui suffit souvent &#224; compromettre toute l'&#233;tape. Il faut dans les longues excursions faire patienter l'estomac &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; jusqu'au repas du soir. Vous avez ainsi toutes vos forces disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Hygi&#232;ne. &#8212; Se lever t&#244;t, se coucher de bonne heure. Le matin, &#224; d&#233;faut de tub, s'&#233;ponger tout le corps. En marche, si on a tr&#232;s chaud, immersion tr&#232;s froide et tr&#232;s rapide &#8212; une minute. &#8212; Le soir faire &#224; pied les derniers 500 m&#232;tres de l'&#233;tape, afin que la transition du mouvement et du repos soit moins brusque. Prendre en arrivant un bain tr&#232;s court ou une douche froide. Promener ensuite avant le d&#238;ner. Comme v&#234;tements laine ou flanelle, culottes ou pantalons en jersey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marche. &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; l'allure, 15 kilom&#232;tres en plaine. 8 &#224; 9 aux c&#244;tes, aussi vite que je le peux aux descentes que je connais : je ne contre-p&#233;dale pas et laisse mes jambes inertes, &#233;tant absolument s&#251;r de mes freins. Je ne force jamais et reste toujours en de&#231;&#224; de mes moyens. L&#224; est le secret des grandes &#233;tapes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;hasard de la vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m'ayant donn&#233; de nombreux loisirs, je &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; presque tout l'&#233;t&#233;, ce qui fait que je couvre annuellement de 10 &#224; 11.000 kilom&#232;tres : mon entra&#238;nement est donc continu.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis cycliste depuis six ans seulement, mais avant j'&#233;tais un touriste &#224; pied intr&#233;pide. Quant &#224; mon &#226;ge que M.&#160;le commandant Collet veut bien me demander &#8212; cet article est presque une confession &#8212; je n'&#233;prouve aucun embarras &#224; avouer que j'ai 48 ans, mais j'ajouterai que gr&#226;ce &#224; l'eau froide et au r&#233;gime suivi, j'ai toujours 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P.-S. Hier soir je lisais dans un journal :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les cyclistes, c'est ind&#233;niable, d&#233;pense beaucoup de force musculaire et doivent forc&#233;ment &#234;tre blind&#233;, si j'ose dire ainsi d'endurance. Or, il existe &#224; Londres un club de veloceman tr&#232;s connu dont tous les membres sans exception sont v&#233;g&#233;tariens, ne boivent que de l'eau, du lait ou du th&#233;, c'est le v&#233;g&#233;tarien cyclist Club. Il donnait derni&#232;rement un banquet et en t&#234;te se lisaient ces trois vers de Shelley : Que jamais plus le sang d'un oiseau ou d'une b&#234;te, Ne souille une f&#234;te humaine de son torrent empoisonn&#233;, Dont la fum&#233;e comme une accusation monte dans la puret&#233; des cieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dans le speech obligatoire du dessert, le pr&#233;sident &#8212; un docteur c&#233;l&#232;bre &#8212; &#233;num&#232;re les avantages de la temp&#233;rance et rappela judicieusement que les fameux athl&#232;tes de Rome et d'Ath&#232;nes, si puissant, si r&#233;sistant, vivaient &#224; l'entra&#238;nement de fruits secs, de froment, de laitage et d'huile.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (1) Je prie M.&#160;Roux, membre du Comit&#233; de la soci&#233;t&#233; v&#233;g&#233;tarienne de France, de vouloir bien consid&#233;rer cet article comme une r&#233;ponse &#224; l'aimable lettre qu'il m'a &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/despinassous.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH720/despinassous-aaff5.jpg?1788126846' width='500' height='720' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>France &#8211; Suisse &#8211; Italie (1900)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article409</link>
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		<dc:date>2023-04-22T16:45:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>col de la Furka</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimsel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il para&#238;t que je fais des choses tellement extraordinaires que l'illustre Tartarin ne sera bient&#244;t, &#224; c&#244;t&#233; de moi, qu'un tout petit gar&#231;on et que les esprits sens&#233;s refusent tout simplement de croire &#224; la v&#233;racit&#233; de mes r&#233;cits de voyage.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot124" rel="tag"&gt;col de la Furka&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot125" rel="tag"&gt;col de Grimsel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;France &#8211; Suisse &#8211; Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 cols et 670 kilom&#232;tres &#224; bicyclette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Cycliste, 1900, p.185 &#224; 196 et 197 &#224; 201&lt;br class='autobr' /&gt;
Source r&#233;trospective 1950, p. 243, 280, 315&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t que je fais des choses tellement extraordinaires que l'illustre Tartarin ne sera bient&#244;t, &#224; c&#244;t&#233; de moi, qu'un tout petit gar&#231;on et que les esprits sens&#233;s refusent tout simplement de croire &#224; la v&#233;racit&#233; de mes r&#233;cits de voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai, fort heureusement, trouv&#233; cette fois pour m'accompagner deux amis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.&lt;/span&gt;fistes qui, au besoin, apporteront leur t&#233;moignage et qui, du reste, en ont fait tr&#232;s facilement tout autant que moi, ce qui prouve que mes soi-disant exploits ne d&#233;passent pas une honn&#234;te moyenne et que tous les cyclistes mont&#233;s et nourris comme nous le sommes, en feront autant et davantage quand ils le voudront. Sinon, je n'aurais certes pas os&#233; conter ici par le menu ce merveilleux voyage au cours duquel, en 88 heures, nous avons de Gen&#232;ve&#160;&#224;&#160;Interlaken&#160;travers&#233; le&#160;Pays d'Enhaut, puis remont&#233; l'Aar&#160;jusqu'&#224; sa source, franchi le col de la&#160;Grimsel, salu&#233; en passant la source du Rh&#244;ne que nous avons descendu &#224; toute vitesse, pour, de&#160;Martigny, escalader le Grand Saint-Bernard, plonger en Italie et remonter le m&#234;me jour &#224; l'Hospice du&#160;Petit Saint-Bernard&#160;o&#249; nous avons dormi splendidement, avant de rentrer en France et de terminer notre randonn&#233;e par une pointe pouss&#233;e jusque dans un repli du massif de la&#160;Grande Chartreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 14&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gen&#232;ve, &#201;vian, Aigle, Ormont-dessous, col des Mosses, ch&#226;teau d'&#338;x, Saanen, col de Mooser, Carstatt, Zweisimmen, Erlenbach.
&lt;br /&gt;&#8212; 176 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;J..., de Saint-Chamond, M..., de Saint-&#201;tienne et moi quittons Gen&#232;ve o&#249; le train de Lyon nous avait amen&#233;s avec beaucoup de retard, le 14&#160;juillet dernier &#224; 3 h. 1/2 du matin (heure suisse).&lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;J... a 4 d&#233;veloppements&#160;: 2m,50, 3m,40, 4m,90 et 6m,50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa bicyclette, bagage compris, p&#232;se 19 kilos. M.&#160;M... n'a que deux d&#233;veloppements&#160;: 3m,40 et 6m,50, mais il a, par contre, la roue libre accompagn&#233;e de son frein sp&#233;cial &#224; contre-pression sur jante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la roue libre peut, en bien des cas, tenir lieu d'une troisi&#232;me multiplication&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa bicyclette p&#232;se, en ordre de marche, 14 kilos. La mienne, bien connue des lecteurs du Cycliste, p&#232;se avec le bagage encombrant que j'ai la mauvaise habitude d'emporter, 24 kilos et je dispose de quatre d&#233;veloppements&#160;: 2m,50, 3m,30, 4m,40 et 6 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre et exceptionnellement je ne dispose que d'un frein ordinaire sur la roue directrice, mais ce frein constitu&#233; par un patin de bois doubl&#233; de cuir de dix &#224; douze centim&#232;tres de longueur et tr&#232;s enveloppant m'a suffi en toutes circonstances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes compagnons qui ne m'ont pas r&#233;v&#233;l&#233; leur &#226;ge, montraient l'un trente ans, l'autre quarante ans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant &#224; moi, j'avoue sans fard avoir 47 ans bien sonn&#233;s, mais je suis v&#233;g&#233;tarien depuis quatre ans et, comme l'exprimait r&#233;cemment et tr&#232;s justement un des fid&#232;les correspondants du&#160;Cycliste, un v&#233;g&#233;tarien a toujours vingt ans et son corps devient une quantit&#233; n&#233;gligeable. (Dieu vous entende, mon cher collaborateur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est surtout &#224; la mont&#233;e que cette qualit&#233; serait pr&#233;cieuse.) Sans &#234;tre strictement v&#233;g&#233;tariens&#160;at home, mes deux compagnons consentirent &#224; le devenir en cours de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fut donc convaincu que nous vivrions pendant ces 4 jours &#224; la mode v&#233;g&#233;tarienne et que nous ne boirions que de l'eau, du lait, du caf&#233; et du th&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas de vin, pas de bi&#232;re, pas d'alcool sous quelque forme que ce f&#251;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ni viande, ni poisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait l&#224; le seul moyen de r&#233;sister &#224; la chaleur torride qui ne nous fit pas gr&#226;ce un seul jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette heure matinale le jour en Suisse est encore loin et c'est au clair de la lune que nous descend&#238;mes la rue du Mont-Blanc. Nous longeons quelques jardins et gagnons le bord du lac&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route assez bonne en Suisse est meilleure d&#232;s qu'on rentre en France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous marchons de front en causant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; J... et moi avons pass&#233; la nuit en chemin de fer, M... a mal dormi dans un h&#244;tel pr&#232;s de la gare&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la conversation s'alimente de nos souvenirs et nous avons tous les trois assez voyag&#233; pour qu'elle ne tarisse pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En s'&#233;loignant de la rive la route monte l&#233;g&#232;rement et cette rampe sensible avec un grand d&#233;veloppement suffit pour stimuler nos jambes cotonneuses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les alentours imm&#233;diats sont tr&#232;s verdoyants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au loin nous distinguons deux pains de sucre &#233;mergeant d'une cha&#238;ne de montagnes &#224; profil dentel&#233; derri&#232;re lesquelles va se lever le soleil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; quelques descentes nous fournissent l'occasion de comparer le repos sur les p&#233;dales ind&#233;pendantes avec le repos sur les repose-pieds dont J... et moi sommes munis. L'allure s'accentue et, apr&#232;s un passage de route fra&#238;chement r&#233;par&#233;e, o&#249; nous avons failli nous enliser, nous voici &#224; Thonon (33 kilom.) o&#249; nous prenons un acompte (pain et caf&#233; noir) sur le petit d&#233;jeuner. Quand nous quittons cette jolie petite ville, quelques formidables coups de canon nous font tressauter, on salue l'aurore du 14&#160;Juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
En entrant &#224; &#201;vian on croit entrer dans un salon, les rues sont parquet&#233;es, tout est propre, bien align&#233;, bien ratiss&#233; et la Municipalit&#233; a droit &#224; des &#233;loges pour la bonne tenue de sa ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons maintenant rigoureusement le bord du lac et la vue sur les montagnes du fond qui se rapprochent devient de plus en plus int&#233;ressante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes compagnons qui ont de bons yeux distinguent les rochers de Naye et verraient s&#251;rement Lausanne si la rive droite du lac ne disparaissait sous la brume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Attention&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la route est coup&#233;e par des blocs de rocher, du sable des cailloux &#224; travers lesquels on a trac&#233; un sentier &#224; peine carrossable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la montagne a gliss&#233; dans le lac et &#231;a ne para&#238;t pas fini&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car des pans de rochers sont encore l&#224;-haut presque au-dessus de nos t&#234;tes, qui menacent de d&#233;gringoler comme leurs voisins sans crier gare. Ce n'est pas l&#224;-dessous, bien que j'adore coucher en plein air, que je voudrais dresser mon campement nocturne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Gingolph, arr&#234;t, douane, nous entrons en Suisse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; nous en ouvre les portes en un clin d'&#339;il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le douanier tr&#232;s complaisant nous offre m&#234;me du savon et nous faisons nos ablutions dans l'abreuvoir voisin.&lt;br class='autobr' /&gt;
La qualit&#233; du sol change imm&#233;diatement, de bonne devient &#224; peine passable et, apr&#232;s le Bouveret, plus que m&#233;diocre. Aussi apr&#232;s avoir pass&#233; sous une porte fortifi&#233;e qui joint le Rh&#244;ne &#224; la montagne et qui, au temps des arbal&#232;tes, put &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une fortification s&#233;rieuse, nous traversons le fleuve sur un pont de bois couvert, en tr&#232;s mauvais &#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, par un sentier poussi&#233;reux nous gagnons la route de la rive droite vers un petit hameau qu'on appelle Roche. Cette route est meilleure et nous filons bon train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de plus nous sommes &#224; l'ombre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les pics blancs de neige devant lesquels pendant quatre jours nous allons d&#233;filer, nous apparaissent d&#233;j&#224; depuis quelque temps et leur approche nous rafra&#238;chit, au figur&#233;, car en r&#233;alit&#233; nous commen&#231;ons &#224; avoir bien chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Yvorne entour&#233; de splendides vignobles, cach&#233; dans un repli de la montagne, bien abrit&#233; du Nord et s'ouvrant au Midi, est d'un tr&#232;s heureux effet. Nous passons sans &#233;gard pour son vin r&#233;put&#233; et nous mettons pied &#224; terre &#224; Aigle, &#224; 8&#160;h.&#160;45&#160;: mon compteur marque 80 kilom&#232;tres parcourus en cinq heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est bien l&#224; une allure de touriste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tant pour donner quelques soins &#224; nos montures que pour nous lester d'un solide caf&#233; au lait avec beurre et miel, nous nous attardons &#224; Aigle jusqu'&#224; 9 h. 40 et le soleil, un soleil d'orage, pique fort quand nous attaquons la mont&#233;e qui doit nous hisser en plein pays d'Enhaut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons tous pris le d&#233;veloppement de 3m,40 et nous nous &#233;levons &#224; raison de 11 kilom&#232;tres &#224; l'heure &#224; travers vignes et sapins, au-dessus d'un ravin profond, &#233;troit et tr&#232;s bois&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le versant oppos&#233;, un vaste h&#244;tel semble nous inviter &#224; aller nous reposer sous les ombrages qui l'entourent. Les lacets de la route se d&#233;roulent en plein soleil, &#224; peine &#231;&#224; et l&#224; quelques arbres nous prot&#232;gent-ils contre ses rayons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les mouches et les taons nous d&#233;vorent et j'ai particuli&#232;rement souffert de leurs piq&#251;res, au point d'avoir un &#339;il presque ferm&#233; pendant deux jours, mais notre ardeur n'en est pas amoindrie et nous commen&#231;ons &#224; &#233;prouver du plaisir &#224; barboter dans l'eau. C'est une volupt&#233; sans pareille doubl&#233;e d'une excellente hygi&#232;ne que de se plonger la t&#234;te le cou et les bras dans l'eau froide, alors qu'on est baign&#233; de sueur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais l'excellent docteur V&#233;lo nous apprit &#224; raffiner ce plaisir en aspergeant pr&#233;alablement la nuque d'un mince filet d'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un d&#233;licieux frisson vous fait, sous cette caresse, vibrer des pieds &#224; la t&#234;te. Il faut, bien entendu, pour jouir pleinement de cette sensation avoir pr&#233;alablement, par un exercice violent, mis l'organisme bien au point en &#233;levant la temp&#233;rature du corps, et en ouvrant largement les pores par une su&#233;e &#233;nergique. Les paresseux qui passent leur temps &#224; se balancer b&#233;atement &#224; l'ombre sur un fauteuil d'infirme, les chauffeurs qui ne se fatiguent que le cerveau et le syst&#232;me nerveux, ne la go&#251;teront jamais et risqueront, au contraire, lorsqu'ils voudront nous imiter, de faire de l'hydroth&#233;rapie &#224; contre-sens et de se rendre malades par des pratiques qui nous rendent mieux portants. On peut fort bien mourir d'avoir intempestivement pris un bain froid ou bu un verre d'eau fra&#238;che&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la raison et le bon sens doivent pr&#233;sider &#224; nos actions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous grimpions toujours et, chemin faisant, nous d&#233;passons deux cyclistes locaux poussant leur machine et qui, stimul&#233;s, essaient vainement de nous suivre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trop multipli&#233;s ces Helv&#232;tes. Apr&#232;s 7 kilom&#232;tres que nous avons couverts en 40 minutes, nous nous arr&#234;tons devant une modeste auberge pour attendre notre compagnon M... rest&#233; un peu en arri&#232;re et que la trop forte chaleur incommodait, il nous engage &#224; prendre les devants pour aller &#224; Sweisimmen commander le d&#233;jeuner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous suivra &#224; peu de distance et arrivera ainsi juste au moment de se mettre &#224; table. Une malencontreuse erreur fit que nous ne le rev&#238;mes qu'&#224; Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;duits d'un tiers, nous repartons &#224; 10 h. 50, traversons sans nous arr&#234;ter, si ce n'est pour y prendre notre plus faible d&#233;veloppement 2m50, Ormont-Dessous et nous voil&#224; gravissant quelques kilom&#232;tres de pente &#224; 10 ou 11&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les 3 kilom&#232;tres pr&#233;c&#233;dant Ormont avaient &#233;t&#233; b&#233;nins et nous avaient permis de nous d&#233;tendre les muscles. Nous avons en nous &#233;levant une jolie vue du village et des alentours. Le pays d'Enhaut que nous allons traverser de part en part est riche en bois et en p&#226;turages, on y pratique, nous a-t-on assur&#233;, l'&#233;levage du b&#233;tail sur une grande &#233;chelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant nous n'y avons pas aper&#231;u de troupeaux. Le sol tr&#232;s tourment&#233; est recouvert en ses moindres replis d'un &#233;pais manteau vert de sapins ou de pr&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a peu de c&#233;r&#233;ales. Entour&#233; de hautes cimes couvertes de neige d'o&#249; constamment descendent les torrents fertilisants, il est bien arros&#233; et n'a pas &#224; craindre la s&#233;cheresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreux chalets presque tous construits sur le m&#234;me mod&#232;le avec leurs volets d'un vert intense, &#233;pars au milieu des prairies, &#224; l'or&#233;e des bois, sur les rives des ruisseaux, donnent &#224; l'ensemble un aspect qui rappelle &#233;tonnamment les bergeries suisses en bois et en carton que l'on vend dans nos bazars&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est plus du tout la Suisse des glaciers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous approchons cependant du sommet et nous avons le gosier sec&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voici justement un filet d'eau qui tombe avec un bruit agr&#233;able aux oreilles des voyageurs alt&#233;r&#233;s, dans un petit bassin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vite une gorg&#233;e... Pouah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quelle horreur et quelle fumisterie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un &#233;criteau que j'aper&#231;ois alors m'apprend que c'est une eau ferrugineuse exploit&#233;e par un &#233;tablissement plus haut perch&#233;. Un peu plus loin nous pouvons heureusement nous d&#233;salt&#233;rer &#224; une v&#233;ritable source d'eau fra&#238;che et pure et nous voil&#224; aux Mosses, hameau de quelques maisons, point culminant de notre premi&#232;re &#233;tape (altitude 1.466 m&#232;tres). Nous nous sommes depuis Aigle &#233;lev&#233;s de plus 1.000 m&#232;tres. Nous reprenons nos grands d&#233;veloppements et, pieds au repos, nous nous laissons entra&#238;ner par la pesanteur, contre laquelle nous avons travaill&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent et qui va travailler pour nous&#160;: juste retour des choses d'ici-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil et les mouches deviennent insupportables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a de l'orage dans l'air et la pluie nous a pr&#233;c&#233;d&#233;s depuis peu, car &#224; mesure que nous descendons, nous trouvons la route de plus en plus mouill&#233;e. La pente d'intensit&#233; tr&#232;s variable nous emm&#232;ne droit au fond d'une gorge d'o&#249; un coude brusque nous ram&#232;ne &#224; gauche sur une route encombr&#233;e de tuyaux de fonte vraisemblablement destin&#233;s au captage du ruisseau pour les besoins d'une localit&#233; voisine, sans doute Ch&#226;teau-d'&#338;x. Le ruisseau plonge plus vite que nous et nous ne le rattrapons en arrivant aux Moulins que par quelques kilom&#232;tres de pente s&#233;rieuse exp&#233;di&#233;s &#224; la vitesse maxima. Nous sommes revenus &#224; l'altitude 900 environ et nous avons &#224; nous &#233;lever de nouveau &#224; l'altitude 1.288 &#224; Mooser. Ce ne sera cependant pas tr&#232;s dur car la route apr&#232;s Saanen est bien trac&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en attendant pour arriver &#224; Ch&#226;teau-d'&#338;x avec 6 m&#232;tres &#231;a tire plus que de raison et d'un commun accord nous baissons d'un premier cran le d&#233;veloppement qui devient 4m,40 et &#224; Saanen nous le baisserons d'un autre cran et nous reviendrons &#224; 3m,30.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#226;teau-d'&#338;x, tr&#232;s fr&#233;quent&#233; par les Anglais dont on rencontre &#231;&#224; et l&#224; des sp&#233;cimens des deux sexes, ais&#233;ment reconnaissables, ne nous a pas s&#233;duits, peu ombrag&#233;, peu arros&#233;, peu attrayant, les coquets chalets suisses y &#233;tant remplac&#233;s par de quelconques maisons sans caract&#232;re. C'est plut&#244;t &#224; sa situation, &#224; port&#233;e de Fribourg d'o&#249; l'on monte par une route facile, dans un site tr&#232;s d&#233;couvert du c&#244;t&#233; du Sud, prot&#233;g&#233; du c&#244;t&#233; du Nord, que Ch&#226;teau-d'&#338;x doit sa vogue aupr&#232;s des val&#233;tudinaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur, en tout cas, nous y parut accablante tandis que de Rougemont et surtout de Saanen les deux villages suivants, nous conserv&#226;mes une impression fra&#238;che et agr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Rougemont la faim se faisant sentir, nous achetons quelques petits pains que nous allons croquer sous un pont en m&#234;me temps que nous prenons un demi-bain qui nous fit beaucoup de bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions eu soin de placer sur le pont nos machines bien en vue afin que notre compagnon ne p&#251;t passer sans les voir si, par hasard, profitant de nos nombreux arr&#234;ts et de nos fl&#226;neries fr&#233;quentes, il nous rattrapait avant l'heure pr&#233;vue. En quittant le pont &#231;a monte et &#231;a ne cessera de monter pendant 10 kilom&#232;tres toujours en plein soleil. Je suis coiff&#233; d'un b&#233;ret alpin que j'oriente &#224; chaque tournant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; J... a le chef orn&#233; d'un feutre aux vastes ailes sous lequel il a gliss&#233; un mouchoir mouill&#233;, excellent pr&#233;ventif contre l'insolation qui m'inqui&#232;te si peu depuis que je suis devenu v&#233;g&#233;tarien qu'il m'arrive souvent de faire t&#234;te nue, sous le soleil, quelques kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la sueur en est ainsi vaporis&#233;e et je ressens sur le cr&#226;ne une impression de fra&#238;cheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, par un coude assez prononc&#233;, s'&#233;l&#232;ve rapidement au-dessus de Saanen dont nous avons ainsi une vue d'ensemble tr&#232;s compl&#232;te, puis nous continuons &#224; monter doucement, en causant sans effort, gr&#226;ce au d&#233;veloppement de 3m,30 qui ne nous oblige pas, tant s'en faut, &#224; donner notre maximum. Quand on a plusieurs multiplications &#224; son service il est sage de se reposer de temps en temps &#224; la mont&#233;e en se servant d'une multiplication moindre que celle que justifierait la pente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se m&#233;nage ainsi pour la fin de l'&#233;tape qui peut, sans difficult&#233;, &#234;tre allong&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sommet bient&#244;t atteint, nous reprenons les longues foul&#233;es de 6 m&#232;tres et 6m,50 et, souvent les pieds au repos, nous p&#233;n&#233;trons dans la vall&#233;e de la Simme. En Suisse pas de chiens, pas de troupeaux, tr&#232;s peu de passants sur les routes, on peut filer sans danger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur un pont de bois couvert nous traversons une premi&#232;re fois la rivi&#232;re qui gronde au fond d'un ravin encombr&#233; de sapins. &#192; Zweisimmen, s&#233;jour o&#249; les &#233;trangers semblent se plaire &#224; en juger par le nombre des h&#244;tels, notre Simme se jette dans une autre Simme venant de l'Est et les deux Simme r&#233;unies forment un torrent d'assez belle venue. Entra&#238;n&#233;s par le plaisir de la descente, nous br&#251;lons Weisimmen, oubliant que nous avions promis de nous y arr&#234;ter et nous ne faisons halte qu'&#224; Carstatt dans une Wirthschaft plac&#233;e dans l'axe m&#234;me d'un troisi&#232;me pont de bois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de cette fa&#231;on, pensons-nous, notre ami M... ne pourra passer sans voir nos machines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est exactement 4 h. 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous faisons apporter par une charmante Suissesse, du lait, des &#339;ufs, du riz et de la salade. Nous comptons bien voir arriver avant six heures notre compagnon, mais &#224; 6 heures toujours personne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant que J... va faire un somme, je remonte &#224; pied jusqu'&#224; une cascade que nous avions entrevue et qui vaut la peine qu'on l'admire un instant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle rappelle un peu, s'il est permis de comparer le petit au grand, celle de la Reuss dans le trou d'Uri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s maintes all&#233;es et venues sur la route et maintes suppositions qui finissent par m'inqui&#233;ter, je r&#233;veille J... et nous d&#233;cidons de revenir sur nos pas jusqu'&#224; ce que nous ayons des nouvelles de M... &#192; 7 h. 1/2 nous quittons Carstatt en route pour Zweisimmen o&#249; nous allons d'h&#244;tel en h&#244;tel qu&#234;ter des renseignements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y trouvons deux t&#233;l&#233;grammes qui nous rassurent et nous disent de ne pas attendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps d'absorber un rafra&#238;chissement et nous voil&#224; reprenant nos grands d&#233;veloppements et filant &#224; toutes p&#233;dales pour nous rapprocher le plus possible de Spiez avant la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 8 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si nous avions attendu trente minutes de plus, nous aurions vu passer &#224; Zweisimmen M.&#160;M... qu'une fatale erreur avait emmen&#233; &#224; Leysin, &#224; 7 kilom&#232;tres au-dessus d'Ormont-Dessous, dans une direction directement oppos&#233;e &#224; celle de notre itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Leysin, perdu dans les bois, est une cure d'air pour les poitrinaires, assez fr&#233;quent&#233;e pour qu'on songe &#224; la relier &#224; Aigle par un funiculaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Ormont, deux orages successifs auxquels nous avions &#233;chapp&#233; l'avaient encore retard&#233; et il nous suivait sans grand espoir de nous rattraper nous ayant, par son t&#233;l&#233;gramme, rendu toute libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ag&#238;mes tous en cette occurrence un peu &#233;tourdiment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'on devrait, quand les circonstances vous forcent &#224; vous s&#233;parer momentan&#233;ment, choisir des points de rep&#232;re o&#249; l'on puisse par t&#233;l&#233;gramme adress&#233; bureau restant se tenir en communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, poursuivis et poursuivant descendent &#224; grande allure la vall&#233;e de la Simme et &#224; l'heure o&#249; nous faisons halte &#224; Erlenbach, h&#244;tel de la Couronne, M... s'arr&#234;te &#224; Boltigen&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 14 kilom&#232;tres seulement nous s&#233;parent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 9 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un orage dont nous avions senti quelques gouttes, inonde en ce moment m&#234;me la r&#233;gion comprise entre Erlenbach et le lac de Thun. Nous avons v&#233;cu depuis le matin de pain, de fruits et de lait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224;&#160;Carstatt&#160;nous avions pris du riz et quelques &#339;ufs, et &#224; Erlenbach nous nous content&#226;mes d'un potage, d'une omelette et de quelques cerises, pour boisson de l'eau pure ou min&#233;rale et quelquefois du th&#233;. Nous v&#233;c&#251;mes ainsi, sans manger un morceau de viande ni boire une goutte de vin pendant les quatre jours que dura notre voyage. Pour moi qui suis v&#233;g&#233;tarien strict depuis quatre ans, cela n'avait pas d'importance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais mon compagnon habitu&#233; &#224; vivre comme tout le monde, aurait pu se trouver mal de ce soudain changement de r&#233;gime&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'en trouva bien au contraire et reconnut &#224; plusieurs reprises qu'il aurait &#233;t&#233; incapable d'effectuer des &#233;tapes aussi dures s'il avait mang&#233; de la viande et bu du vin. Que cet exemple puisse servir aux futurs cyclotouristes qui voudraient &#224; leur tour faire ce beau voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compteur marque pour notre premi&#232;re journ&#233;e 176 kilom&#232;tres en comptant le retour sur Zweisimmen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 15&#160;juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Erlenbach, Spiez, Interlaken, Brienz, Meyringen, Grimsel, Gletsch, Fiesch, Brigue, Vi&#232;ge.
&lt;br /&gt;&#8212; 144 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 4 heures le lendemain nous sommes sur pied&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps est splendide. Nous pensions que le lac de Thun nous appara&#238;trait bient&#244;t, mais nous sommes d&#233;&#231;us&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des collines qu'il nous faudra franchir par de courtes et faibles rampes nous en s&#233;parent et nous ne l'apercevrons qu'en arrivant &#224; Spiez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les conseils d'un de nos amis qui conna&#238;t beaucoup ces r&#233;gions, nous avions d'abord fait passer notre itin&#233;raire &#224; Thun m&#234;me et sur la rive droite du lac d'o&#249; l'on a sur tout l'Oberland une vue magnifique, mais, tr&#232;s en retard sur nos pr&#233;visions, nous nous d&#233;cidons &#224; prendre au plus court c'est-&#224;-dire par Spiez, et la rive gauche. La route a &#233;t&#233; mise dans un &#233;tat d&#233;plorable par l'orage de la veille et de crainte de d&#233;raper nous n'avan&#231;ons que tr&#232;s lentement, mais la pluie a donn&#233; &#224; tout le pays un air de fra&#238;cheur qui convient parfaitement aux sites tout &#224; fait champ&#234;tres qui se d&#233;roulent &#224; nos c&#244;t&#233;s. Il fait m&#234;me un peu trop frais et nous accueillerons avec satisfaction les premiers rayons du soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Spiez dispara&#238;t dans un fouillis de verdure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette petite ville est bien situ&#233;e sur une pointe de terre qui s'avance dans le lac et ses environs paraissent tr&#232;s fr&#233;quent&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des villas, des pensions, des h&#244;tels d'apparence modeste et convenant sans doute aux petites bourses s'&#233;chelonnent le long de notre route qui ne commence &#224; c&#244;toyer franchement le lac qu'&#224; quelques kilom&#232;tres apr&#232;s Spiez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons lentement, p&#233;dalant presque avec nonchalance, influenc&#233;s, sans nous en douter par l'atmosph&#232;re ambiante qui est toute de calme, de repos, de farniente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne voyons rien de la rive oppos&#233;e noy&#233;e dans l'ombre. Avant Spiez nous avons aper&#231;u &#224; droite un immense glacier &#233;tincelant sous les rayons du soleil levant, mais les collines bois&#233;es qui bordent le lac le d&#233;robent bient&#244;t &#224; notre vue. La route plate avec &#231;&#224; et l&#224; quelques ondulations nous am&#232;ne enfin &#224; Interlaken&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si je dis enfin, ce n'est pas certes pour laisser supposer que le paysage ne nous int&#233;ressait plus, c'est simplement parce que Interlaken &#233;tait devenu pour nous le synonyme de d&#233;jeuner et que nous en &#233;tions graduellement arriv&#233;s au point o&#249; ventre affam&#233; n'a plus d'oreilles ni d'yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir entendu les dol&#233;ances de la ma&#238;tresse d'h&#244;tel contre la concurrence que fait cette ann&#233;e &#224; la Suisse en g&#233;n&#233;ral et &#224; Interlaken en particulier la Grande Exposition, nous pay&#226;mes 1 franc un copieux caf&#233; au lait avec beurre, miel, confiture et... le splendide glacier de la Jungfrau pour vis-&#224;-vis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela seul valait le voyage. Nous avions l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, venant du Br&#252;nig par le grand-fr&#232;re, travers&#233; Interlaken sous la pluie et dans le brouillard, courant d'un train &#224; l'autre, embarquant presque de force nos bicyclettes qu'on ne voulait exp&#233;dier que par le train omnibus suivant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en avais gard&#233; une d&#233;testable impression. Cette fois c'est tout le contraire et je voudrais y &#234;tre encore, mais un rigoureux itin&#233;raire ne nous a permis d'y s&#233;journer qu'une heure, et &#224; 7 heures nous traversions l'Aar, en route pour Brienz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des bons amis du&#160;Cycliste, &#224; qui j'ai en quelques lignes narr&#233; ce voyage, m'&#233;crit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je ne pourrais me faire &#224; votre extraordinaire manie de voyager en &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sautant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ce qu'il y a de curieux &#224; voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; passer &#224; Interlaken sans aller &#224; M&#252;rren et &#224; la Vengeralp, c'est un crime de l&#232;se-tourisme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh mon bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est bient&#244;t dit, et croyez-vous que nous n'aurions pas eu infiniment de plaisir &#224; planter notre tente &#224; Interlaken pendant quelques jours, &#224; suivre les excursionnistes que nous v&#238;mes se diriger vers cette resplendissante Jungfrau qui nous fascinait et au sommet de laquelle un funiculaire am&#232;nera bient&#244;t, dit-on, les podagres et les emphys&#233;mateux, ce qui, entre parenth&#232;ses, est une fichue d&#233;ch&#233;ance pour une cime si longtemps vierge. Croyez-vous que nous n'aurions pas &#233;t&#233; enchant&#233;s de passer la Gemini, de voir Zermatt et le Cervin, et tant d'autres naturelles beaut&#233;s &#224; c&#244;t&#233; desquelles nous pass&#226;mes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous n'avions que quatre jours, quatre fois vingt-quatre heures &#224; d&#233;penser et nous nous &#233;tions trac&#233; un programme qui ne nous laissait pas respirer longtemps au m&#234;me endroit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la route qui longe le lac de Brienz soit une succession de descentes et de mont&#233;es, celles-ci ne sont pas tellement fortes ni longues qu'on ait besoin de changer de multiplication, et nous conserverons jusqu'&#224; Meyringen nos grands d&#233;veloppements.&lt;br class='autobr' /&gt;
En arrivant &#224;&#160;Brienz, nous avons sur la cascade de Giessbach une vue m&#233;diocre, &#224; cause de l'&#233;clairage, et si je n'en avais connu la position, cette cascade aurait tr&#232;s bien pu passer inaper&#231;ue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous devions bient&#244;t en voir une autre beaucoup plus imposante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Brienz la route est agr&#233;able, mais de Brienz &#224; Meyringen il y a quelques kilom&#232;tres plats, ensoleill&#233;s, bien assommants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, s'&#233;l&#232;ve rapidement la route de la Br&#252;nig-passe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192;&#160;Meyringen&#160;nous faisons provision de pain et de fruits, car nous allons en tirer une jusqu'&#224; l'hospice de la Grimsel, et nous attaquons courageusement la mont&#233;e avec 3m,30. Bonne route, pente de 6 &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Nous nous &#233;tions ainsi &#233;lev&#233;s de 150 &#224; 200 m&#232;tres, quand une longue descente dont nous voyons les contours au-dessous de nous, nous entra&#238;ne et nous fait perdre l'altitude conquise. Nous la faisons pieds au repos et passons aupr&#232;s d'un baraquement d'o&#249; pour quelques sous on peut admirer l'Aarschlucht, passage que s'est fray&#233; l'Aar &#224; travers la montagne et qui constitue une gorge assez curieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet Aar, dont le volume est au moins aussi consid&#233;rable que celui du Rh&#244;ne, est d'un sale que je n'ai jamais vu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il doit sortir d'un glacier form&#233; dans la boue et non dans le rocher&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour se clarifier un peu, il a bien besoin des deux lacs de Brienz et de Thun, o&#249; il d&#233;pose son limon qui, si l'on n'y prend garde, aura t&#244;t fait de combler ces deux d&#233;pressions. Nous aimons, en cours de route, boire l'eau des torrents et nous en asperger &#224; l'occasion, mais c'est une envie que nous n'avons pas eue en pr&#233;sence de l'Aar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un village qui s'&#233;tale dans la petite plaine qui fut certainement un lac, nous nous trouvons en pr&#233;sence de la mont&#233;e, d&#233;finitive cette fois, qui de 600 m&#232;tres doit nous hisser &#224; l'altitude 2.280 au sommet de la passe de la Grimsel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous h&#226;tons de reprendre 3m,30, et nous nous &#233;levons assez vite jusqu'&#224;&#160;Guttannen&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e, si on la compare aux autres routes suisses de montagne comme bonne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s Guttannen elle l'est moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#233;passons en quittant le village la poste et plusieurs voitures qui la suivent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces voitures de poste, attel&#233;es de cinq chevaux, font la loi &#224; tout le monde sur la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand on les croise, il faut mettre pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour les d&#233;passer &#224; la mont&#233;e c'est facile, mais &#224; la descente il faut recommander son &#226;me &#224; Dieu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le cocher ne s'inqui&#232;te pas plus de vous que si vous n'existiez pas. Passez si vous pouvez et o&#249; vous pourrez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tant pis si vous tombez dans le torrent ou sous les roues de sa guimbarde, il ne s'arr&#234;te m&#234;me pas. Cet animal-l&#224; est le roi de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il le sait et il en abuse, mieux vaut donc se faire tout petit quand on le rencontre et passer inaper&#231;u avant qu'il ait pu songer &#224; vous emb&#234;ter. Il y a, je me h&#226;te de le dire, des exceptions, et j'ai vu des cochers de poste diriger leurs chevaux de fa&#231;on &#224; me laisser un passage raisonnable. &#192; la v&#233;rit&#233;, les routes sont souvent &#233;troites et dangereuses et on ne peut gu&#232;re songer &#224; faire sortir les roues des deux orni&#232;res o&#249; elles sont souvent engag&#233;es profond&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous luttons contre la mont&#233;e et contre le soleil par de fr&#233;quentes ablutions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des cimes environnantes descendent, en cascadant des ruisselets, dont la blancheur contraste &#233;trangement avec les flots jaun&#226;tres de l'Aar&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;a doit leur faire de la peine, &#224; ces cascades limpides, de se m&#234;ler &#224; ces torrents de boue. Quelques sous-bois nous font r&#234;ver au bonheur du repos sous les frais ombrages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des touristes, moins press&#233;s que nous, nous donnent &#231;&#224; et l&#224; l'exemple, mais un d&#233;mon nous pousse et nous revenons sous le soleil de plus en plus piquant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tiens, une buvette et des consommateurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En un lieu si sauvage, c'est ce que je m'attendais le moins &#224; rencontrer. Mon compagnon y demande du th&#233; pour combattre un commencement d'insolation, mais il n'en trouvera que plus haut, &#224; l'h&#244;tel de Handeck. Nous continuons, et aussit&#244;t un bruit formidable se fait entendre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'Aar tout entier fait une chute de 50 m&#232;tres au fond d'un trou dans lequel vient, d'autre part, se pr&#233;cipiter un torrent d'un blanc mat qui contraste singuli&#232;rement avec le ton caf&#233; au lait de l'Aar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour le coup, nous mettons pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on a m&#233;nag&#233; un balcon d'o&#249; &#8212; sans payer, &#244; prodige&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; on a une tr&#232;s belle vue sur cette magnifique cascade, la plus imposante sans doute de toute la Suisse apr&#232;s la chute du Rhin, &#224; Schaffhouse. L'eau pulv&#233;ris&#233;e par le choc forme au fond du gouffre un superbe arc-en-ciel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cent m&#232;tres de l&#224;, sur une plateforme, &#224; droite, se dresse l'h&#244;tel de Handeck&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si l'on n'&#233;tait averti, on risquerait fort de passer sans le voir. Nous y faisons une halte de vingt minutes, puis la route juge &#224; propos de se faire un instant &#224; peu pr&#232;s plate pour que nous puissions bien examiner le formidable escarpement rocheux aux flancs duquel elle va nous faire grimper, et en plein soleil, p&#233;ca&#239;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Plus d'arbres, plus d'ombre et presque plus de sources&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous en serons r&#233;duits &#224; grignoter notre pain &#224; c&#244;t&#233; d'un filet d'eau pas m&#234;me tr&#232;s fra&#238;che, qu'en toute autre circonstance nous aurions d&#233;daign&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par moments nous devons avoir du 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et nous avons presque envie de mettre au dernier cran notre d&#233;veloppement, mais si nous nous servons l&#224; de 2m,50, avec quoi ferons-nous les derniers lacets du col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sur cette observation sens&#233;e de mon compagnon, nous continuons avec 3m,30 et il nous semble que la pente s'adoucit et que nous ne sommes pas loin du but.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous laissons l'Aar &#224; droite et un dernier tournant &#224; gauche nous am&#232;ne en vue de l'Hospice, que l'on ne d&#233;couvre qu'en y arrivant et qui est situ&#233; sur un &#233;troit plateau o&#249; il vente frais. Il est une heure moins le quart&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous commen&#231;ons par prendre un bain de jambes et une bonne douche dans l'eau froide du lac, nous nous reposons un instant et nous allons &#233;tonner deux jeunes Anglais en commandant un d&#233;jeuner exclusivement v&#233;g&#233;tarien, potage, pois, omelettes, pommes de terre, g&#226;teau, eau, lait, th&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les deux insulaires avaient l'air de trouver ce r&#233;gime extraordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet hospice ne l'est que de nom et l'hospitalit&#233; qu'on y exerce est moins &#233;cossaise que celle du Grand Saint-Bernard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant les prix ne sont pas prohibitifs. Il nous vint pendant le d&#233;jeuner l'id&#233;e la plus saugrenue et la plus d&#233;testable&#160;: celle d'arriver &#224; Brieg avant 6 h. 10 afin d'y prendre le train qui part &#224; cette heure-l&#224; pour Martigny, d'o&#249; nous irions coucher &#224; Sembrancher, ou m&#234;me &#224; Orsi&#232;res, sur la route du Grand Saint-Bernard. Rien ne m'est d&#233;sagr&#233;able comme de courir apr&#232;s un train que l'on finit le plus souvent par manquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait 2 heures &#224; ma montre, mais en r&#233;alit&#233; 2 h. 20, car je m'aper&#231;us &#224; Fiesch que je retardais de 20 minutes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant 57 kilom&#232;tres au bas mot nous s&#233;paraient de Brieg et quels kilom&#232;tres, grands dieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La route, j'en appelle &#224; ceux qui la connaissent, ne se pr&#234;te gu&#232;re aux vives allures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour gravir les lacets, raides moins qu'on ne le croirait &#224; les estimer de bas en haut, qui de l'Hospice vont au col, nous pr&#238;mes naturellement 2m,50 et par 60 tours de p&#233;dale &#224; la minute, nous nous &#233;lev&#226;mes &#224; raison de 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, si bien qu'en 30 minutes, apr&#232;s avoir d&#233;pass&#233; une voiture partie longtemps avant nous, nous atteignions le palier de trois ou quatre cents m&#232;tres qui s&#233;pare le versant du Rh&#244;ne de celui de l'Aar&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a l&#224;-haut un tout petit lac, quelques rochers, et l'on y jouit d'une fort belle vue. La route de la Furca, que je suivis l'ann&#233;e derni&#232;re, le glacier du Rh&#244;ne, les masses de neige qui nous dominent et nous entourent de toutes parts et qui font partie du massif du Saint-Gothard, le ch&#226;teau d'eau de l'Europe, la gorge d'o&#249; l'on sort et celle dans laquelle on va s'enfoncer, il y a l&#224; de quoi fixer un long moment l'attention d'un touriste, mais l'heure nous talonne, il faut se h&#226;ter... oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! courir apr&#232;s un train, quel supplice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous changeons pourtant de multiplication et nous nous assurons du bon fonctionnement de nos freins, car la descente est, sans contredit, formidable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis la voiture que nous avons d&#233;pass&#233;e &#233;merge &#224; son tour et il est important que nous filions devant parce que nous ne pourrions la red&#233;passer &#224; la descente qu'en courant les plus grands risques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un dernier regard jet&#233; sur tout ce qui nous entoure et... &#224; la gr&#226;ce de Dieu, nous nous laissons aller plus vite qu'il n'est raisonnable... mais, vous savez, les trains, &#231;a n'attend pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, voil&#224; des voitures qui montent, pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis un troupeau de petites ch&#232;vres bizarres de robe et de physionomie, encore pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux cyclistes poussent leurs machines en s'&#233;pongeant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils paraissent &#233;tonn&#233;s de nous voir descendre si vite et se rangent avec empressement. Quels virages, quelle poussi&#232;re, que de cailloux flottants et que de malfaisantes orni&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je m'engage maladroitement dans l'une d'elles, et pour en sortir je donne un coup de guidon qui fait d&#233;raper mes deux roues et me fait rouler dans la poussi&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais heureusement du c&#244;t&#233; de la montagne et ma machine est &#224; l'&#233;preuve de ces petits accidents. Je remonte et continue plus lentement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon me suit &#224; cent m&#232;tres et se tire d'affaire sans la moindre anicroche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas d'arr&#234;t au Gletsch-H&#244;tel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous c&#244;toyons maintenant le Rh&#244;ne, &#224; droite tombe de la Grimsel une nappe d'eau blanche. Avant de nous engager dans la deuxi&#232;me s&#233;rie de lacets, nous v&#233;rifions l'&#233;tat de nos montures que la descente de la Grimsel a d&#251; fortement travailler. Les cyclotouristes ne devraient jamais oublier de donner quelques soins &#224; leurs machines en cours de route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un &#233;crou resserr&#233; &#224; temps souvent pr&#233;vient une grave avarie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allions nous mettre en selle quand nous voyons arriver un touriste d'&#226;ge m&#251;r, qui, pour s'aider &#224; la mont&#233;e, a attel&#233; deux chiens &#224; un b&#226;ton, auquel il s'accroche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les deux b&#234;tes tirent vaillamment et entra&#238;nent &#224; un pas tr&#232;s relev&#233; (du 6 &#224; l'heure au moins), leur ma&#238;tre qui nous dit en passant&#160;: &#192; chacun son mode de locomotion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas sotte du tout, cette id&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'utilisation des chiens comme force motrice aurait de plus pour nous l'avantage incident d'en d&#233;barrasser les routes. En Suisse pourtant ils ne nous g&#234;nent gu&#232;re, on n'en rencontre presque pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord assez engageante, cette partie de la route devient atroce par moments, tant les cailloux grossi&#232;rement concass&#233;s y ont &#233;t&#233; &#233;tendus avec profusion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand on arrive l&#224;-dessus &#224; bonne allure, on est secou&#233;, mais on est secou&#233;, je ne vous dis que &#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Combien a raison l'Homme de la Montagne&#160;quand il dit qu'une bicyclette de tourisme devrait avoir des pneus de 50 millim&#232;tres au moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec de tels pneus, on pourrait passer presque confortablement sur de telles routes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Rh&#244;ne qui a longtemps grond&#233; &#224; nos c&#244;t&#233;s pr&#234;t &#224; nous engloutir si une fausse man&#339;uvre nous avait jet&#233;s par dessus le bord, mal d&#233;fendu, de la route, a fini par prendre de l'avance et nous le voyons bien au-dessous de nous se d&#233;rouler dans la plaine sablonneuse. Encore quelques lacets moins durs et nous traversons, sous un soleil de plomb, Oberwald, t&#234;te de ligne de la haute vall&#233;e du Rh&#244;ne et le premier d'une s&#233;rie de villages tr&#232;s rapproch&#233;s les uns des autres, dont Niederwald est le dernier des clochers en 19 kilom&#232;tres, cela d&#233;note un pays fertile et riche.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vall&#233;e est &#233;troite, des pentes bois&#233;es et cultiv&#233;es avec soin l'enserrent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sauf un village incendi&#233; en entier il y a quelques ann&#233;es et reconstruit en pierre, toutes les maisons sont en bois et paraissent bien d&#233;labr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route ici est meilleure que pendant la descente, sans pourtant pouvoir &#234;tre dite bonne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle permet d'assez vives allures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons conserv&#233; le grand d&#233;veloppement et la rampe d'un kilom&#232;tre qui pr&#233;c&#232;de Munster, nous est un peu p&#233;nible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, &#224; la descente en ligne droite qui suit ce village, nous nous laissons emporter jusqu'&#224; la vitesse limite, du 40 &#224; l'heure bon poids. Un cycliste qui montait &#224; pied se gare, nous croit sans doute emball&#233;s, et je le vois lever les bras au ciel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand je passe &#224; 50 m&#232;tres derri&#232;re mon compagnon, il doit avoir gard&#233; une fichue opinion de notre prudence qui n'est pourtant pas inf&#233;rieure &#224; celle des plus rassis cyclistes &#224;-la-papa. Du moment o&#249; l'on se sent ma&#238;tre de sa machine, que peut-on craindre en allant vite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un obstacle impossible &#224; pr&#233;voir, un accident de machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Mais en ce cas, le danger est-il plus grand qu'on aille &#224; 40 ou &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait, pour sortir indemne de telles conjonctures, se condamner &#224; ne jamais aller &#224; plus de 10 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&#160;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclotouristes doivent apprendre &#224; faire la descente comme &#224; faire la mont&#233;e et &#224; bannir toute crainte non justifi&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour bien faire une descente, il ne faut pas avoir peur de se laisser aller jusqu'&#224; la vitesse limite qui, d'apr&#232;s M.&#160;Bourlet, est th&#233;oriquement de 32 km. &#224; l'heure sur une pente de 5% et de 40 km. &#224; l'h. sur une pente de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement elle doit &#234;tre moindre, &#224; moins qu'on ait le vent dans le dos, ce qui la rendrait plus &#233;lev&#233;e. Or, pour ne pas avoir peur, que faut-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Tout simplement de bons freins. Les freins &#224; roue libre &#224; friction sur jante sont les plus puissants adjuvants du cycliste pendant les longues descentes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; viennent ensuite les freins sur jante, command&#233;s par la main, dont il y a sur le march&#233; de nombreux sp&#233;cimens, les freins &#224; tambour sur le moyeu, &#224; patin sur le bandage viennent ensuite. Il y a en fait de freins pour bicyclettes une telle vari&#233;t&#233; de mod&#232;les, qu'il est impossible qu'on ne trouve pas ce qui convient le mieux en toute circonstance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayez de bons freins, la roue libre, et par surcro&#238;t de confortable, des repose-pieds pour la descente, deux ou trois multiplications basses pour les mont&#233;es et contre le vent, deux multiplications pour la plaine, le vent dans le dos et les descentes faibles et vous serez arm&#233; de fa&#231;on &#224; faire sans plus de fatigue deux fois plus de chemin en n'importe quel pays, que vous n'en pouvez faire avec les 95 centi&#232;mes des machines actuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je m'attarde et le temps passe, et le train, ce coquin de train &#224; la poursuite duquel nous nous acharnons, ne nous attendra pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques gouttes de pluie nous atteignent &#224; Fiesch, o&#249; nous nous arr&#234;tons dix minutes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 18 kilom&#232;tres seulement nous s&#233;parent de Brieg et nous pensions avoir une bonne heure pour les faire sans nous presser, quand l'h&#244;telier nous apprend qu'il nous reste &#224; peine 42 minutes.
&lt;br /&gt;&#8212; Nous n'arriverons pas, dis-je &#224; mon compagnon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces trains suisses sont d'une exactitude d&#233;sesp&#233;rante, il est donc inutile de nous presser. &lt;br /&gt;&#8212; Bah, r&#233;pond-il, essayons tout de m&#234;me. Et nous voil&#224; partis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Fiesch &#224; Brieg ne me demandez pas de d&#233;tails pr&#233;cis sur le paysage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce ne fut pas du tourisme, pas m&#234;me du transport, cela ressembla beaucoup &#224; la course Bordeaux-Paris. La route descend d'abord, &#231;a va bien, mais une remont&#233;e de deux ou trois kilom&#232;tres nous met sur les dents et j'appr&#233;hendais, &#224; part moi, certains lacets terribles par lesquels on descend comme le long d'un mur de la vall&#233;e haute dans la vall&#233;e basse et que je m'&#233;tais bien promis de faire &#224; pied, car les virages y sont d'un sec dont rien n'approche et pour ainsi dire en surplomb sur le vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
En six lacets, dont la longueur est &#224; peine d'un kilom&#232;tre, on s'abaisse de cent m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici le premier, &#224; main gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le prends bien et je passe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le second, &#224; main droite, me fait h&#233;siter un instant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme la plupart des cyclistes, je vire plus malais&#233;ment &#224; droite qu'&#224; gauche. Deux cyclistes locaux font &#224; pied la descente. Chose curieuse&#160;: les cinq cyclistes que nous rencontr&#226;mes ce jour-l&#224;, soit &#224; la mont&#233;e, soit &#224; la descente, poussaient leur machine. &#192; un des tournants je hasarde un &#339;il par-dessus le parapet et j'aper&#231;ois le Rh&#244;ne bondissant au fond d'une gorge &#233;troite. Tr&#232;s beau, mais garde &#224; vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin me voici sans encombre arriv&#233; au dernier virage, j'ouvre la main, mon frein se rel&#232;ve, je place mes pieds sur les repose-pieds, et j'enfile &#224; toute vitesse le pont qui termine ce tr&#232;s dangereux passage. Mon compagnon qui me suivait &#224; cent m&#232;tres ne tarda pas &#224; me rejoindre. J'aurais voulu m'arr&#234;ter pour contempler la paroi sur laquelle nous venions de zigzaguer, mais nous aurions perdu une minute... Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! poursuivre un train, quel cauchemar&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comble de malheur plus nous approchons de Brieg, plus la route est encombr&#233;e, des villages sont en f&#234;te, des groupes de promeneurs nous obligent &#224; louvoyer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; J... plus jeune et plus habile &#224; cette man&#339;uvre prend les devants. Brieg est en vue depuis un moment, la gare est &#224; l'entr&#233;e de la ville, nous n'en sommes plus qu'&#224; un kilom&#232;tre..., cinq cents m&#232;tres..., mais la foule devient plus compacte et se referme derri&#232;re mon compagnon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'entends &#224; ce moment un coup de sifflet sec, net, bref..., je corne, je crie, je passe, j'arrive... Le train partait, nous arrivions une minute trop tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'emp&#234;che que nous &#233;tions venus en 3&#160;h.&#160;40 de l'hospice de la Grimsel &#224; Brieg, un record que les cochers de poste ne battront pas de sit&#244;t malgr&#233; leurs cinq chevaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout doucement nous continuons jusqu'&#224; Vi&#232;ge t&#234;te de ligne du chemin de fer de Zermatt, en r&#233;fl&#233;chissant &#224; ce qu'il convient de faire. Conclusion&#160;: un dernier train doit passer &#224; Vi&#232;ge entre 8 et 9 heures qui nous emm&#232;nera &#224; Sion d'o&#249; nous gagnerons Martigny le lendemain par le premier train.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vall&#233;e du Rh&#244;ne, de Brieg au lac de Gen&#232;ve, n'a rien de particuli&#232;rement s&#233;duisant, et la route n'y est pas tr&#232;s roulante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle a pourtant quelques passages agr&#233;ables mais dans l'ensemble elle ne vaut pas les 20.000 tours de p&#233;dales qu'elle comporte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi ne me fais-je jamais prier pour m'y servir du grand fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 16&#160;juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Martigny, Orsi&#232;res, Bourg-Saint-Pierre, Grand Saint-Bernard, Saint-R&#233;my, Aoste, Pr&#233;-Saint-Didier, La Thuile, Petit Saint-Bernard.
&lt;br /&gt;&#8212; 132 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'aurore du 16&#160;juillet nous vit d&#233;barquer &#224; Martigny &#224; 5 h. 35 et filer sans perdre une minute du c&#244;t&#233; du Grand Saint-Bernard. Tr&#232;s belle matin&#233;e, plus fra&#238;che que les deux pr&#233;c&#233;dentes, ciel pur, vent favorable, tout &#233;tait pour nous. Cependant jusqu'&#224; Orsi&#232;res nous sommes un peu mous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous remontons un torrent assez imp&#233;tueux et rencontrons beaucoup de voitures attel&#233;es de mulets plut&#244;t poltrons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous un tunnel un troupeau de ch&#232;vres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est m&#233;diocre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Orsi&#232;res, de 7 h. 15 &#224; 8 heures, solide d&#233;jeuner au caf&#233; au lait &#224; la mode suisse, qui nous remet en forme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e s&#233;rieuse commence d&#232;s ce village par quelques lacets bien sentis, nous avions pris 4m,40 jusqu'&#224; Orsi&#232;res, mais nous avons maintenant 3m,30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en face de nous, dominant la gorge que nous remontons, un beau sommet neigeux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est meilleur et nous p&#233;dalons &#224; une assez bonne allure pour que les passants nous fassent compliment. Mais quel raidillon dans Lippe m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il nous a fallu jouer &#224; fond de la selle oscillante pour enlever ces 200 ou 300 m&#232;tres &#224; 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% au bas mot&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente nous aurions s&#251;rement mis pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s la sortie de ce village nous retrouvons la rampe normale de 7 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et nous respirons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des cyclistes, s&#233;duits par la th&#233;orie, font placer plusieurs vitesses sur leur bicyclette et s'imaginent avoir ainsi la solution du probl&#232;me de la mont&#233;e des c&#244;tes sans fatigue, mais ignorant qu'avec une tr&#232;s faible multiplication il faut p&#233;daler d'une tout autre fa&#231;on qu'avec une moyenne ou une grande multiplication, au lieu de se reposer &#224; la mont&#233;e ils s'y essoufflent et ensuite ils me tiennent volontiers pour un gascon lorsqu'ils m'entendent dire que nous respirons, que nous nous reposons &#224; une mont&#233;e de 7 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques conseils sur la fa&#231;on de p&#233;daler avec les faibles d&#233;veloppements ne seront donc pas de trop ici&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;dalez lentement, en pressant sur la p&#233;dale du haut en bas de sa course&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n'appuyez pas d&#232;s le commencement avec toute la force dont vous &#234;tes capable, ainsi que vous le faites avec une grande multiplication, car dans ce cas vous chasseriez violemment la p&#233;dale qui se d&#233;roberait sous vous, et votre pied tombant brusquement, vous ne proc&#233;deriez que par &#224;-coups et vous auriez m&#234;me de la peine &#224; garder l'&#233;quilibre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; attendez que la p&#233;dale fasse r&#233;sistance et opposez &#224; cette r&#233;sistance un effort exactement proportionn&#233; et constant du haut en bas, vous utiliserez ainsi beaucoup mieux vos moyens et vous ne serez jamais essouffl&#233; tout en allant, au bout de quelque temps, beaucoup plus vite. La roue libre est ici tr&#232;s utile, ainsi que l'a fait remarquer derni&#232;rement un de nos camarades en ce qu'elle s'oppose au gaspillage de la force vive de la machine et qu'elle oblige &#224; p&#233;daler rond, &#224; bien accompagner les p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de condamner les faibles d&#233;veloppements, on fera donc bien d'apprendre &#224; s'en servir. Un arr&#234;t aupr&#232;s d'une cascade mal &#233;lev&#233;e qui a r&#233;cemment emport&#233; la route, et nous voici &#224; Bourg-Saint-Pierre, dont le pav&#233; laisse rudement &#224; d&#233;sirer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans ce village, le dernier avant le col, &#224; l'altitude de 1.633 m&#232;tres, d&#233;jeuna, dit-on, Napol&#233;on I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un jardin botanique o&#249; l'on cultive officiellement les fleurs des montagnes y est entretenu par le gouvernement suisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gorge ici se resserre et la route toute en montagnes russes, descend au niveau du torrent dont la limpidit&#233; fait plaisir &#224; voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol, tr&#232;s humide par endroits, nous fait craindre des glissades&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arrivons ainsi &#224; la Cantine &#224; 10 heures, sans nous &#234;tre &#233;lev&#233;s de plus de 150 m&#232;tres depuis Bourg-Saint-Pierre, et nous tombons au milieu d'une magnifique famille en train de prendre ses &#233;bats sous l'&#339;il vigilant de la maman.&lt;br class='autobr' /&gt;
Six lourds patauds de chiens, de race Saint-Bernard authentique, &#224; peine &#226;g&#233;s de 3 mois et d&#233;j&#224; gros comme des moutons, se jettent dans nos jambes et nous font mille f&#234;tes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils sont &#224; vendre (180 francs), avis aux amateurs. Nous red&#233;jeunons et sur ces entrefaites arrive de l'Hospice o&#249; il a pass&#233; la nuit, un cycliste d&#233;mont&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne retrouvera sa machine qu'&#224; Bourg-Saint-Pierre o&#249; il l'a laiss&#233;e la veille pour continuer &#224; pied l'ascension que, du reste, il avait faite &#233;galement &#224; pied jusqu'&#224; Bourg-Saint-Pierre &#224; cause de son trop grand d&#233;veloppement 5m,50. Il nous donne des renseignements sur la route qui sera, para&#238;t-il, meilleure qu'entre Bourg et la Cantine et il admet qu'avec 2m,50, nous pourrons faire la mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 10 heures et demie nous partons avec 2m,50 et nous montons &#224; 9 &#224; l'heure environ&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est en effet tr&#232;s bonne et pas d&#233;serte du tout, car nous rencontrons successivement 5 ou 6 groupes de deux ou trois personnes, quelquefois avec des enfants en bas &#226;ge, ce sont des ouvriers qui, apr&#232;s avoir pass&#233; quelques jours &#224; l'Hospice o&#249; l'hospitalit&#233; est gratuite, viennent en Suisse chercher fortune. L'ardeur du soleil est temp&#233;r&#233;e par une fra&#238;che brise qui nous rend facile et agr&#233;able cette fin d'&#233;tape&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en outre, les ruisseaux ne manquent pas et nous nous y rafra&#238;chissons &#224; plusieurs reprises. De v&#233;ritables champs de rhododendrons nous engagent &#224; nous fleurir et si nous ne nous retenions pas nous irions faire des glissades dans la neige qui garnit encore le fond d'un ravin. &#192; mesure que nous nous &#233;levons tout autour de nous prend un aspect triste et d&#233;sol&#233;, plus d'herbe, plus de terre, rocs ou neige partout&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une marmotte se l&#232;ve presque &#224; nos pieds et prend la fuite en se dissimulant derri&#232;re les rochers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon du moins m'a assur&#233; que c'&#233;tait une marmotte, car je ne m'y connais gu&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et quart cependant nous atteignons le col qui n'est qu'une ar&#234;te sur laquelle est construit l'hospice qui rend depuis longtemps de grands services aux voyageurs que leur destin am&#232;ne dans ces parages. On y construit de vastes d&#233;pendances &#224; plusieurs &#233;tages qui permettront de loger beaucoup plus de monde. La client&#232;le augmente sans doute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au prix auquel on la traite, &#231;a se comprend.&lt;br class='autobr' /&gt;
On allait justement d&#233;jeuner quand nous arriv&#226;mes, et un religieux tr&#232;s affable nous invite &#224; nous asseoir autour de la table o&#249; d&#233;j&#224; une vingtaine de convives, italiens et allemands, avaient pris place.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; vrai dire nous n'avions pas grand app&#233;tit, cependant un potage parfum&#233; &#224; la cannelle, des pommes de terre en robe de chambre et du b&#339;uf dont naturellement je m'abstins, nous permirent d'appr&#233;cier la cuisine solide plut&#244;t que raffin&#233;e du Grand Saint-Bernard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon go&#251;ta le vin qu'il trouva bon et je bus un verre d'eau que j'estimai excellente. Puis, sans attendre la fin, nous pr&#238;mes cong&#233; de notre h&#244;te qui, fort aimablement, se leva et nous exprima ses regrets de nous voir partir si t&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc un homme parfaitement &#233;lev&#233;, ayant &#233;videmment v&#233;cu longtemps ailleurs que dans cette th&#233;ba&#239;de, tr&#232;s instruit s&#251;rement, parlant bien plusieurs langues, qui, volontairement, s'est exil&#233; pour y vivre et y mourir, &#224; 2.422 m&#232;tres d'altitude, dans les parages les plus tristes que je connaisse. Il y a l&#224; mati&#232;re &#224; de longues r&#233;flexions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir visit&#233; sommairement les b&#226;timents, cherch&#233; en vain la fameuse morgue qui a &#233;t&#233; mur&#233;e et qu'on ne rouvrira plus parce qu'aujourd'hui, gr&#226;ce au t&#233;l&#233;phone qui tient en relation constante l'Hospice avec Saint-R&#233;my d'une part, et la cantine de Praz d'autre part, les voyageurs signal&#233;s au d&#233;part ne peuvent plus s'&#233;garer et sont recherch&#233;s avant qu'ils aient pu se perdre. N&#233;anmoins il y aura tous les hivers des accidents mortels &#224; cause de l'imprudence des voyageurs qui parfois, trop peu v&#234;tus, sont positivement congel&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en pareil cas, on descendra imm&#233;diatement les corps au lieu de les laisser l&#224;-haut o&#249;, faute de terre, il n'est pas possible d'enterrer. Nous allons, maintenant sur le versant italien, faire, le plus souvent &#224; pied, de temps en temps sur nos machines, sept kilom&#232;tres de sentier muletier. Nous p&#233;dalons d'abord autour du lac o&#249; le chemin est v&#233;lo&#231;able, ensuite en retenant &#224; bout de bras nos montures nous d&#233;valons &#224; travers pierres et rochers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent ne nous rafra&#238;chit plus et le soleil est terriblement chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; moins beau encore que de l'autre c&#244;t&#233;, le paysage est gris&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des sommets descendent deux ruisseaux principaux qu'on voit de loin se diriger l'un vers l'autre et se r&#233;unir dans un creux pour former le torrent dont nous allons suivre le lit. Une cabane autour de laquelle un douanier s'emb&#234;te, un petit bonhomme qui nous offre des fleurs, deux autres douaniers qui vont relever le premier de sa faction, trois femmes et deux hommes qui voudraient que nous montions sur nos b&#233;canes, &#8212; bonnes &#226;mes, va&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#160;&#8212; voil&#224; toutes nos rencontres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en approchant de Saint-R&#233;my nous pouvons cependant p&#233;daler acrobatiquement pendant deux kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on travaille par l&#224; &#224; la route qui doit, une ann&#233;e ou l'autre, monter jusqu'au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais on y travaille si lentement qu'il serait imprudent d'affirmer qu'elle sera livr&#233;e &#224; la circulation dans dix ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 50 minutes nous dig&#233;rons ces 7 kilom&#232;tres et nous tombons dans les bras des douaniers qui nous retiennent bien un quart d'heure et nous fourrent des plombs sur nos tubes et un papier dans la poche non sans comparer, d'un &#339;il inquisiteur, les originaux et les photographies coll&#233;es sur nos cartes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui nous soustraient &#224; l'obligation de payer l'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous a cont&#233; que certains indig&#232;nes de Saint-R&#233;my avaient pris la douce habitude d'aller fr&#233;quemment d&#233;jeuner&#160;gratis pro deo&#160;&#224; l'Hospice &#224; tel point que les religieux durent mettre le hol&#224; et repousser cet assaut r&#233;guli&#232;rement donn&#233; &#224; leurs provisions par des gens qui n'y avaient aucun droit. J'ai quelque peine &#224; le croire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car gravir ces 7 kilom&#232;tres et les d&#233;gringoler ensuite pour un simple repas, &#231;a ne me semble pas pay&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Libres enfin, nous nous laissons entra&#238;ner &#224; bonne allure sur la descente de 20 kilom&#232;tres qui conduit &#224; Aoste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour une route italienne celle-l&#224; est excellente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'en d&#233;rape pas moins &#224; un certain tournant sablonneux o&#249; la d&#233;clivit&#233; est telle que je suis oblig&#233; d'appliquer vigoureusement le frein, ce qui immobilise ma roue directrice au moment m&#234;me o&#249; je vire et me jette &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est l&#224; un inconv&#233;nient du patin sur la roue d'avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Saint-R&#233;my nous jouissons d'une tr&#232;s belle vue et la vall&#233;e de plus en plus fertile et peupl&#233;e, va s'&#233;largissant, domin&#233;e par des montagnes tr&#232;s &#233;lev&#233;es et souvent couronn&#233;es de glaciers. Les murs des &#233;glises et des oratoires sont orn&#233;s de peintures religieuses aux vives couleurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les mulets, peu habitu&#233;s sans doute aux bicyclettes, s'effarouchent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme leur conducteur les guide par derri&#232;re au moyen de deux b&#226;tons lat&#233;raux formant brancard et que le chargement l'emp&#234;che de nous voir et de prendre ses pr&#233;cautions, le bonhomme surpris par le brusque &#233;cart de sa b&#234;te est projet&#233; &#224; droite ou &#224; gauche tout ahuri de la secousse et de la p&#233;tarade qui parfois lui part en m&#234;me temps sous le nez. Une &#233;trange fa&#231;on de conduire tout de m&#234;me, et que je n'avais jamais vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
De loin la cit&#233; d'Aoste nous appara&#238;t compacte, serr&#233;e autour d'un clocher massif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore quelques lacets au milieu des vignes et nous y entrons. &#192; voir les inscriptions et enseignes, on se croirait en France et tout le monde y parle fran&#231;ais comme vous et moi. Les rues y sont constamment arros&#233;es par un ruisseau d'eau grise qui coule au beau milieu de la chauss&#233;e. La ville est, dit-on, assez curieuse, mais il est 3 h. 1/2 et nous ne nous y arr&#234;tons que pour acheter du pain et des fruits que nous mangerons un peu plus loin sur le bord d'un ruisseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un ballon qui planerait &#224; l'altitude des sommets alpestres on verrait sans doute Aoste et l'&#233;troit vallon o&#249; nous allons nous r&#244;tir pendant deux heures comme au fond d'un puits, tant sont formidablement hautes, et pour ainsi dire &#224; pic les montagnes qui nous entourent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais si la chaleur suffocante dont nous souffr&#238;mes jusqu'&#224; Pr&#233;-Saint-Didier &#233;tait due &#224; cette disposition naturelle ou &#224; un &#233;tat orageux de l'atmosph&#232;re, mais la poussi&#232;re et la mont&#233;e, quoique peu rude, venant s'y ajouter, firent de ces 32 kilom&#232;tres l'&#233;tape la plus p&#233;nible de tout le voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions bien vite, malgr&#233; un faible vent favorable, pris le d&#233;veloppement moyen de 4m,40 encore trop &#233;lev&#233; devant quelques kilom&#232;tres surtout entre Morgex et Pr&#233;-Saint-Didier. Pendant quinze mortels kilom&#232;tres la route circule au beau milieu d'un vallon, sans doute tr&#232;s fertile, mais bien d&#233;sagr&#233;able&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle se rapproche enfin de la montagne et nous entendons de nouveau le bruit d&#233;licieux pour notre &#233;piderme surchauff&#233;, des cascades et des ruisseaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e n'est pas constante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; plusieurs reprises des descentes, parfois assez longues, nous font perdre une partie de l'altitude conquise et j'estime que nous avons ainsi perdu 200 m&#232;tres mal &#224; propos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en regardant en arri&#232;re au moment o&#249; l'on entre dans la gorge plus &#233;troite on a une vue bien distincte d'Aoste et de ses environs, des ch&#226;teaux se d&#233;tachent sur des monticules &#224; droite et &#224; gauche de la vall&#233;e et toujours les pics aigus aux altitudes vertigineuses ferment de toutes parts l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Morgex une mont&#233;e harassante, en ligne droite, en plein soleil, nous para&#238;t dure avec 4m,40 &#224; la fin de la journ&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis une descente nous laisse respirer et &#224; mesure que nous approchons de Pr&#233;-Saint-Didier o&#249; l'ombre des hautes montagnes nous d&#233;fend du soleil, il nous semble que nous sortons d'une fournaise et que nous p&#233;n&#233;trons sous la vo&#251;te d'une fra&#238;che for&#234;t. Il est exactement 6 heures quand nous nous d&#233;salt&#233;rons &#224; une fontaine d'eau d&#233;licieuse qui coule &#224; l'entr&#233;e du village et, apr&#232;s avoir plac&#233; la cha&#238;ne sur le d&#233;veloppement de 3m,30, rendus soudain plus vigoureux par la fra&#238;cheur, nous abordons une s&#233;rie de lacets qu'on voit tr&#232;s bien se d&#233;velopper &#224; flanc de montagne gr&#226;ce aux bornes de belle taille qui forment le parapet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'effet est tr&#232;s pittoresque de ce c&#244;t&#233;, mais en face de nous le panorama est grandiose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le Mont Blanc resplendissant sous les rayons du soleil, domine de sa splendeur, de son imposante majest&#233;, le mignon vallon verdoyant o&#249; se cache Pr&#233;-Saint-Didier, Chamonix est &#233;galement beau mais d'une autre fa&#231;on et je n'ai pas eu l'occasion de voir le Mont Blanc du c&#244;t&#233; fran&#231;ais aussi bien &#233;clair&#233; que je le vis ce jour-l&#224; du c&#244;t&#233; italien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or l'&#233;clairage plus ou moins favorable est pour beaucoup dans l'appr&#233;ciation que l'on porte sur un aussi vaste panorama.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lacets se terminent &#224; l'entr&#233;e d'un tunnel derri&#232;re lequel nous trouvons le torrent que nous allons remonter jusqu'&#224; La Thuile et au-del&#224;. Nous ne ferons plus qu'une courte halte au bord d'un ruisseau pour br&#251;ler nos derni&#232;res cartouches, autrement dit, manger notre derni&#232;re cro&#251;te de pain et, tourment&#233;s bient&#244;t par une fringale naissante, nous p&#233;dalerons avec rage pour arriver &#224; La Thuile avant que la douane ne soit ferm&#233;e, c'est-&#224;-dire avant sept heures. Le paysage est gentil mais n'a rien de sensationnel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pente est r&#233;guli&#232;re, du 6 ou 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Soudain la gorge s'&#233;largit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes &#224; La Thuile, village d'une certaine importance scind&#233; en deux parties distantes d'un bon kilom&#232;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une batterie d'artillerie y est camp&#233;e, c'est, pour nos estomacs affam&#233;s, une bonne aubaine, car nous allons, &#224; l'h&#244;tel Jacquemod, o&#249; d&#238;nent les officiers, tomber sur un potage au riz, copieux et d&#233;lectable, qui, accompagn&#233; de beurre et d'excellentes poires, nous donnera des forces pour terminer l'ascension du Petit Saint-Bernard dont nous sommes encore &#233;loign&#233;s de 14 bons kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; huit heures nous repartons avec la d&#233;charge de la douane que le pr&#233;pos&#233; ne veut nous remettre qu'apr&#232;s nous avoir vus, de ses yeux vus, passer de l'autre c&#244;t&#233; de sa gu&#233;rite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au moins ne p&#232;che-t-il pas par exc&#232;s de confiance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'aurait-il refait par hasard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente n'ayant toujours rien d'excessif, nous continuons pendant une heure environ avec 3m,30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis une petite halte et le sol devenant plus mauvais, les empierrements plus fr&#233;quents, la nuit plus noire, nous prenons 2m,50.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on abaisse ainsi la multiplication sans qu'on y soit rigoureusement oblig&#233; par une augmentation de r&#233;sistance, on &#233;prouve une sorte de soulagement et il semble que la pente soit devenue moins forte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est vrai que la vitesse des jambes restant constante, la vitesse de marche est diminu&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela importe peu, le principal &#233;tant d'&#233;viter la fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je vois les avantages que nous retirons, mes amis et moi, tant des multiples d&#233;veloppements que de la roue libre, je ne puis m'emp&#234;cher d'&#234;tre surpris de l'importance que des cyclistes, apr&#232;s avoir essay&#233; ces perfectionnements, attachent &#224; des questions de d&#233;tail tout &#224; fait secondaires, tels qu'un &#233;crou qui se desserre, une pi&#232;ce mal nickel&#233;e, un pignon l&#233;g&#232;rement voil&#233;, l'opinion sarcastique d'un monomultipli&#233; ou d'un contre-p&#233;dalard, au point de se laisser rebuter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; oser &#234;tre de son avis, n'est pas &#224; la port&#233;e de tout le monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tandis qu'il est si facile d'&#234;tre de l'avis de celui qui vient de parler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tout que d'adopter un perfectionnement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut surtout en comprendre le but, savoir distinguer derri&#232;re les imperfections d'une ex&#233;cution souvent h&#226;tive sa valeur pratique, apprendre enfin &#224; s'en servir. Il ne faut pas aussi prendre l'ombre pour la proie et appeler roue libre une roue qui n'est libre que lorsqu'on la d&#233;braie au moyen d'un verrou quelconque, ainsi que cela a lieu dans les moyeux &#224; deux vitesses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine convient-il de ranger ces moyeux &#224; deux vitesses peu distinctes l'une de l'autre parmi les machines polymultipli&#233;es qui devraient avoir au moins trois d&#233;veloppements, deux extr&#234;mes et un moyen. Les pneumatiques nous ont, du reste, fourni un bel exemple des inconv&#233;nients dont tout perfectionnement est accompagn&#233; et auxquels il faut se plier si l'on veut jouir en fin de compte de ses avantages. Qu'y a-t-il eu de plus &#233;nervant que les pneumatiques coll&#233;s du d&#233;but et les premiers Michelin &#224; tringles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Qu'y a-t-il encore aujourd'hui de plus impatientant que les valves qui fuient, les embouts qui se fendent, les chambres qui deviennent poreuses, les tringles qui se rompent, que sais-je encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Envoie-t-on pour cela les pneumatiques &#224; tous les diables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On en prend son parti et l'on apprend &#224; vivre en bonne intelligence avec son ennemi. Il sera bien moins difficile de se familiariser avec la roue libre, la selle oscillante, les polymultiplications, etc., qu'il s'agit simplement de mettre une fois pour toutes au point sans s'arr&#234;ter &#224; des questions de d&#233;tail tout &#224; fait insignifiantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;levons peu &#224; peu et nous voyons vaguement devant nous le col s'abaisser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la nuit est tout &#224; fait venue, noire, sans lune&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des nuages courent dans le ciel que de lointains &#233;clairs illuminent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne pouvons &#233;viter les passages empierr&#233;s qu'en nous hasardant au petit bonheur sur les accotements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une masse de neige couvre encore le quart de la route et humecte tellement le reste qu'en arrivant dans cette boue nous glissons et mettons pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous remontons un peu plus loin mais l'Hospice commence &#224; nous sembler bien loin. Et voil&#224; que la mont&#233;e cesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous roulons en palier, presque en descente, nous avons donc franchi le col et toujours pas d'Hospice pas de lueur qui nous guide pas d'aboiement qui nous indique que nous approchons. Nous serions-nous tromp&#233;s de col, me sugg&#232;re mon compagnon qui a pass&#233; par l&#224; l'ann&#233;e derni&#232;re et qui ne reconna&#238;t pas les alentours&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Impossible, il n'y a pas d'autre route et le kilom&#233;trage apr&#232;s La Thuile nous a prouv&#233; que nous tenions bien la bonne route. Allons toujours nous finirons bien par arriver quelque part.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tonnant comme on se pr&#233;occupe vite la nuit de choses auxquelles tant qu'il fait jour on ne pense pas. C'est qu'il ne serait pas agr&#233;able du tout de coucher &#224; la belle &#233;toile, &#224; 2.200 m&#232;tres d'altitude avec un orage en perspective, sans le moindre abri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette f&#226;cheuse extr&#233;mit&#233; doit nous &#234;tre &#233;pargn&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous coucherons dans un bon lit apr&#232;s avoir pris d'excellent th&#233; avec tartines beurr&#233;es, car &#224; 9 h. 45 voici enfin l'hospitali&#232;re maison o&#249;, sous les auspices de Saint-Bernard, on accueille et l'on nourrit les pauvres voyageurs moins g&#233;n&#233;reusement cependant qu'au Grand Saint-Bernard, &#224; moins que l'on ne soit franchement indigent. Chaque repas est tarifi&#233; 2 fr. 50 en 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt;&#160;classe, mais le logement et le d&#233;jeuner du matin ne co&#251;tent ensemble que 50 centimes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on est libre de doubler, de tripler ou de quadrupler cette somme &#224; titre d'offrande. Comme nous sommes au terme de notre voyage et que, gr&#226;ce au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, nos d&#233;penses par t&#234;te pendant ces trois jours ne se sont &#233;lev&#233;es qu'&#224; 20 francs, chemin de fer non compris, nous ne profitons pas du minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 17&#160;juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hospice du Petit Saint-Bernard, S&#233;ez, Moutiers, Albertville, Chamb&#233;ry, Saint-Christophe, Saint-Pierre-d'Entremont, Les &#201;chelles, Pont-de-Beauvoisin, Saint-Andr&#233;-le-Gaz. &lt;br /&gt;&#8212; 210 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En selle le lendemain 17&#160;juillet, d&#232;s 5 heures du matin (heure fran&#231;aise)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le brouillard nous cache d'abord les environs, mais il se dissipe bient&#244;t et nous jouissons, pendant la descente interminable, tour &#224; tour de la vue sur le mont Pourri et sur le val de S&#233;ez.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route admirablement trac&#233;e, bien entretenue, d&#233;roule ses nombreux et b&#233;nins lacets sur les flancs d'une montagne bon enfant quand on la compare &#224; La Grimsel, au Gletsch et autres lieux d'o&#249; nous venons, les virages ne seraient dangereux que pour des &#233;tourdis et se feraient &#224; toute vitesse avec une roue libre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; afin de n'avoir pas &#224; reprendre les p&#233;dales auxquelles nous pr&#233;f&#233;rons de beaucoup les repose-pieds (car m&#234;me avec le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres que nous avons pris en partant, au train dont nous allons, la vitesse des jambes serait fatigante), nous nous contentons d'appliquer le frein &#224; chaque virage. Quelques cyclistes ont affirm&#233; que du moment o&#249; l'on sait se servir des repose-pieds, le repos sur les p&#233;dales, apanage de la roue libre, devient sans int&#233;r&#234;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je crois qu'ils font erreur et qu'ils n'ont pas compar&#233; exp&#233;rimentalement ces deux m&#233;thodes de repos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur tr&#232;s bonnes routes, &#224; pente moyenne, sans tr&#233;pidation, sans caniveaux, sans tournants dangereux, le repos sur les repose-pieds est parfait, les jambes peuvent &#234;tre, soit l&#233;g&#232;rement pli&#233;es, soit &#233;tendues paresseusement, surtout si l'on a des repose-pieds &#224; deux &#233;tages, mais sur mauvaises routes &#224; pente raide, &#224; virages dangereux, mettre les pieds sur les repose-pieds serait non seulement tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able mais encore tr&#232;s dangereux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en effet, les chocs incessants vous feraient sauter sur la selle dont les ressorts seraient fort compromis, et dans ces sauts et ressauts vous risqueriez de retomber &#224; c&#244;t&#233; de la selle et de vous meurtrir douloureusement sans parler d'une chute possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le repos sur les p&#233;dales au contraire, surtout avec les freins &#224; roue libre &#224; un ou deux points d'action, &#233;chappe &#224; cet inconv&#233;nient et a de plus l'avantage de permettre d'&#233;chapper enti&#232;rement aux tr&#233;pidations pendant un mauvais passage en se mettant debout sur les p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
En outre, dans les virages tr&#232;s courts, en vous pla&#231;ant dans une certaine position, un pied bas, l'autre haut, vous passerez beaucoup plus facilement en vitesse sans crainte de d&#233;raper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a bien aussi le repos sur les p&#233;dales en mouvement qui, lorsqu'il fait froid, est pr&#233;f&#233;rable aux deux pr&#233;c&#233;dents, mais pour s'en servir agr&#233;ablement il faut avoir un d&#233;veloppement d'environ 8 m&#232;tres qui permette d'atteindre la vitesse limite sans tourner &#224; plus de 80 tours par minute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on exerce alors sur les p&#233;dales une contre-pression mod&#233;r&#233;e, juste ce qu'il faut pour ramener la chaleur que la simple agitation des jambes suffit le plus souvent &#224; entretenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bornons l&#224; cette longue digression et revenons &#224; nos moutons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme &#224; l'heure pr&#233;sente nous n'avons de roue libre ni l'un ni l'autre et que les passages empierr&#233;s succ&#232;dent fr&#233;quemment aux virages, nous mod&#233;rons souvent l'allure et reprenons les p&#233;dales&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arrivons ainsi sans incident &#224; S&#233;ez o&#249; la douane nous demande si nous sommes plomb&#233;s, et sur la pr&#233;sentation de nos cartes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., nous laisse passer sans demander &#224; voir ce que contient mon volumineux bagage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a fait tout de m&#234;me plaisir d'&#234;tre ainsi prot&#233;g&#233; de loin sur toutes les fronti&#232;res, dans tous les h&#244;tels par cette&#160;Alma Parens, dont l'influence s'&#233;tend d'ann&#233;e en ann&#233;e et dont, m&#234;me les douaniers italiens qui ne savent pas un seul mot de fran&#231;ais, prononcent correctement le nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple si nous avons constat&#233; l'influence du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; par del&#224; les fronti&#232;res, nous n'y avons point vu de ces poteaux salutaires qui avertissent le voyageur des passages dangereux. L&#224;-bas c'est au voyageur &#224; se tirer d'affaire tout seul, tant pis pour lui s'il &#233;cope&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et puis il en faudrait trop, des poteaux, et le Touring-Club suisse comme le Touring-Club italien ont sans doute recul&#233; devant la d&#233;pense.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous filons sur Bourg-Saint-Maurice o&#249; apr&#232;s une si longue descente nous sommes contents de trouver une petite mont&#233;e et, sans arr&#234;t &#224; Aime, nous voici &#224; Moutiers &#224; 8 heures moins dix. Nous descendons l'Is&#232;re dans une vall&#233;e qui, apr&#232;s toutes celles que nous venons de parcourir, ne nous para&#238;t pas sortir d'une honn&#234;te moyenne. Les pentes sont bois&#233;es du pied &#224; la cime et, &#231;&#224; et l&#224;, quelques ruisseaux, descendant de glaciers invisibles, &#233;gaient de leurs blanches sinuosit&#233;s les sombres for&#234;ts de sapins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aurions volontiers pris le train &#224; Moutiers, mais le premier venait de partir &#224; 7 heures et le second devait s'&#233;branler qu'&#224; 11 heures pour n'arriver &#224; Lyon qu'&#224; 7 heures du soir. C'est ma foi trop attendre et pendant que mon compagnon va &#224; Brides-les-Bains tuer le temps, je reprends la route. J'aime infiniment mieux passer ma journ&#233;e au grand air que de m'enfermer par cette chaleur dans les &#233;touffoirs du P.-L.-M.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je marche d'un pas r&#233;gulier, mais sans me h&#226;ter et dans le premier ruisseau que je rencontre je commence par prendre un bain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur les bords ombrag&#233;s d'un autre ruisseau je m'installe pour d&#233;jeuner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pain et fruits comme d'habitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Albertville le pays est nouveau pour moi et m'int&#233;resse. Je traverse l'Arly dont j'ai en ao&#251;t 1899 remont&#233; les charmantes gorges et je vais m'appliquer, sous un soleil tropical, les 52 kilom&#232;tres de plat monotone qui s&#233;parent Albertville de Chamb&#233;ry&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que j'aimerais donc mieux grimper du c&#244;t&#233; de Flumet et aller faire les Aravis que je ne connais pas encore. Mais les quatre jours de cong&#233; expirant il faut rentrer au logis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allons-y&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait si chaud que j'&#233;prouve le besoin de me restaurer et de boire &#224; mi-chemin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route longtemps ombrag&#233;e cesse tout &#224; coup de l'&#234;tre &#224; quelques kilom&#232;tres de Montm&#233;lian et je me r&#244;tis consciencieusement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par dessus le march&#233; un vent contraire assez fort vient augmenter la r&#233;sistance de la p&#233;dale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pendant ce parcours, pour la premi&#232;re fois, envi&#233; le sort d'un motocycliste qui me croisa &#224; belle allure &#224; la hauteur de Saint-Pierre-d'Albigny&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le seul que j'aie vu pendant tout le voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en Suisse, les chauffeurs et les motocyclistes ne fr&#233;quentent gu&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin le mauvais a un terme aussi bien que le bon et j'arrive &#224; Chamb&#233;ry &#224; 1&#160;heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 300 grammes de pain tremp&#233; dans du caf&#233; froid, un verre d'eau et un repos d'une heure me remettent sur pied et comme il serait d&#233;sagr&#233;able de finir la journ&#233;e sur la route Chamb&#233;ry-Lyon, je me d&#233;cide &#224; agr&#233;menter mon retour d'un crochet dans le massif de la Grande-Chartreuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Y entrer par le col du Fr&#234;ne, cela me laisse froid parce que j'y aurais vraiment trop chaud. Ne vaut-il pas mieux s'y insinuer par la vall&#233;e de Couz et la route du Frou que je n'ai jamais suivie et qu'on dit si belle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; deux heures pr&#233;cises, je passe devant la grille du ch&#226;teau et m'engage sur la route des &#201;chelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends bient&#244;t le d&#233;veloppement 4m,40&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e n'est pas dure mais elle est constante et avec la chaleur on finit par la trouver s&#233;v&#232;re. Je passe devant la cascade de Couz qui a beaucoup d'eau en ce moment, mais dont on a sottement rendu l'approche bien difficile. Tr&#232;s gentil ce bout de route surtout quand on commence &#224; &#234;tre fatigu&#233; de la plaine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus on monte plus les alentours deviennent verts, frais, pittoresques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un village et son clocher enfouis &#224; gauche sous la verdure au pied d'une muraille de rochers font r&#234;ver au&#160;frigus captabis opacum&#160;de Virgile. La mont&#233;e cesse au 14&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&#160;kilom&#232;tre et une pente douce sur un sol parfait m'entra&#238;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pieds au repos, jusqu'&#224; l'entr&#233;e du tunnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'y p&#233;n&#232;tre pas et, tournant brusquement &#224; gauche, devant une maison isol&#233;e, je m'engage dans un sentier qui ne tarde pas &#224; devenir trop rocailleux pour que je persiste &#224; p&#233;daler. Il me faut mettre pied &#224; terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sentier est domin&#233; par d'&#233;normes masses rocheuses et fait penser au fameux d&#233;fil&#233; de Roncevaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas de refuge possible contre les ennemis qui vous mitrailleraient de l&#224;-haut. Mais si, voici un refuge naturel, une grotte dont l'entr&#233;e est malheureusement barricad&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu plus loin un escalier branlant conduit &#224; une autre ouverture de cette grotte d'o&#249; l'on jouit d'une bien belle vue sur la plaine des deux Guiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sentier redevient v&#233;lo&#231;able, passe devant un h&#244;tel tout neuf mais herm&#233;tiquement clos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux ou trois exploitants y ont d&#233;j&#224; fait faillite et l'immeuble demeure inoccup&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est pourtant joliment bien situ&#233; et les clients n'y manqueraient pas pendant la belle saison si on savait les y attirer et les y conserver, deux qualit&#233;s que ne poss&#232;dent pas toujours simultan&#233;ment les ma&#238;tres d'h&#244;tel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je continue et &#224; Saint-Christophe Entre-deux-Guiers je bifurque &#224; gauche sur la route des &#201;chelles &#224; Saint-Pierre-d'Entremont. Je n'ai pas fait 500 m&#232;tres que la mont&#233;e se dresse devant moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'empresse de passer de 4m,40 &#224; 3m,30 et j'aborde une c&#244;te fort roide de 1.000 &#224; 1.500&#160;m&#232;tres &#224; flanc de rocher, en plein soleil d'apr&#232;s-midi plus terrible que le soleil du milieu du jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; r&#244;ti l&#224; pendant quelques minutes comme oncques ne le fus, &#224; droite directement par le soleil, &#224; gauche par la r&#233;verb&#233;ration du rocher blanc et nu, et si je n'ai pas &#233;t&#233; insol&#233; c'est apparemment que je n'ai pas de disposition &#224; l'&#234;tre jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dale aussi vite que je puis pour sortir de cette fournaise, avide de trouver une fontaine pour me d&#233;salt&#233;rer et me rafra&#238;chir le cr&#226;ne. Voici justement mon affaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que c'est donc bon une aspersion et une gorg&#233;e d'eau froide lorsqu'on s'est bien pr&#233;par&#233; &#224; en appr&#233;cier toute la valeur par une belle su&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s ce premier coup de collier la mont&#233;e semble moins dure, on n'est plus, en tout cas, expos&#233; aussi brutalement au soleil, et &#231;&#224; et l&#224; quelques paliers permettent de reprendre haleine. On traverse un hameau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des pr&#233;s et des bois, le pays est gentil mais l'eau y est rare, encore un hameau et me voici r&#233;compens&#233; de ma peine. Je passe sans transition du banal dans le grandiose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route aborde le flanc d'un profond ravin au fond duquel &#224; 300 ou 400 m&#232;tres au-dessous de moi coule le Guiers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur l'autre versant du ravin inond&#233; de soleil, des chalets sem&#233;s &#231;&#224; et l&#224; dans la verdure pour le plaisir des yeux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant moi un &#233;norme rocher se dresse soudain, barri&#232;re infranchissable que la route longe un instant puis traverse par un tunnel. De loin ce mince ruban qui se glisse sous le rocher semble bien &#233;troit &#224; c&#244;t&#233; de l'ab&#238;me vertigineux en hauteur comme en profondeur &#224; travers lequel l'ing&#233;niosit&#233; humaine l'a tendu et il semble dangereux d'aller s'y hasarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours et partout tr&#232;s impressionnant le contraste entre la petitesse des travaux des hommes et l'incommensurable grandeur des &#339;uvres de la nature, et pourtant ceux-l&#224; finissent toujours par avoir raison momentan&#233;ment de celle-ci et un beau jour on montera au sommet du Mont-Blanc en chemin de fer comme on va bient&#244;t monter au sommet de la Jungfrau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis la nature reprendra ses droits et renverra dans le n&#233;ant l'&#339;uvre des hommes. O&#249; &#234;tes-vous, Babylone et Ninive, et Merriphis aux cent portes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y arrive cependant et je mets pied &#224; terre &#224; l'entr&#233;e du tunnel pour jouir un instant plus &#224; l'aise du tableau merveilleux que j'ai sous les yeux et qui peut &#224; juste titre pr&#233;tendre &#224; un bon rang &#224; c&#244;t&#233; des plus beaux paysages alpestres que j'ai admir&#233;s les trois jours pr&#233;c&#233;dents. Je m'applaudis d'avoir eu l'id&#233;e de terminer par l&#224; mon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je rentrerai ainsi sous l'impression que nous n'avons en France rien &#224; envier &#224; nos voisins et qu'un cyclotouriste n'a pas besoin de passer la fronti&#232;re pour exercer ses facult&#233;s admiratives.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233; du tunnel c'est toujours tr&#232;s beau mais plus sombre, on entre dans une for&#234;t et le sol devient boueux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques ruisseaux descendent &#224; droite de la montagne moins abrupte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route elle-m&#234;me trouve qu'elle a assez mont&#233; et se met &#224; descendre vers Saint-Pierre-d'Entremont o&#249; j'arrive &#224; 4 h. 45.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'y arr&#234;te que pour passer de 4m,40 &#224; 6 m&#232;tres et je me dirige du c&#244;t&#233; d'Entremont &#224; vive allure car l'heure va bient&#244;t me presser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai r&#233;solu d'aller prendre le train &#224; 7&#160;h.&#160;50 &#224; Saint-Andr&#233;-le-Gaz dont je suis encore passablement loin, mais le d&#233;sir d'aller boire &#224; une source &#224; laquelle je me d&#233;salt&#233;rai l'an pass&#233; et qui jaillit fra&#238;che et pure du rocher &#224; mi-chemin entre Saint-Pierre et Entremont me poussait.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai le culte des sources et je me d&#233;range volontiers pour aller rendre visite &#224; quelque limpide filet d'eau o&#249; j'ai, en un pr&#233;c&#233;dent voyage, &#233;tanch&#233; ma soif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une dette de reconnaissance que j'acquitte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dale, je p&#233;dale, je traverse le ruisseau, m'engage dans la gorge resserr&#233;e et sombre et tout &#224; coup je sens la p&#233;dale devenir dure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dame&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! du 6 ou 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% avec 6 m&#232;tres, c'est dur pour tout le monde, mais quand on est g&#226;t&#233; par l'emploi des faibles d&#233;veloppements ou pour mieux dire des d&#233;veloppements appropri&#233;s aux circonstances, on rechigne d&#232;s que l'effort sur la p&#233;dale d&#233;passe 20 ou 25 kilos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or pente 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, poids total 92 kilos, vitesse 12 &#224; l'heure et d&#233;veloppement 6 m&#232;tres, cela fait l'effort sur la p&#233;dale &#233;gal &#224; 43 kilos. S'il avait fallu tenir longtemps j'aurais donn&#233; ma d&#233;mission, mais la source ne peut &#234;tre bien loin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la voici en effet,&lt;br class='autobr' /&gt;
Source limpide et murmurante,&#160;&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui, de la fente du rocher,&lt;br class='autobr' /&gt;
Jaillit en nappe transparente...&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne jaillit pas en nappe, ma petite source, ce n'est qu'un filet d'eau, mais combien fra&#238;che et agr&#233;able &#224; ma nuque et &#224; mon gosier surchauff&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes devoirs remplis, je descends vivement &#224; Saint-Pierre o&#249; j'avale en toute h&#226;te un gros morceau de pain tremp&#233; dans du caf&#233; au lait, combustible indispensable pour me permettre d'arriver sans d&#233;faillance &#224; Saint-Andr&#233;-le-Gaz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est exactement 5 h. 1 /2 quand je m'&#233;loigne de Saint-Pierre et deux heures apr&#232;s je mettais pied &#224; terre devant la gare de Saint-Andr&#233;. Il avait fallu marcher rudement, d'abord avec 6 m&#232;tres puis, &#224; partir de Pont-de-Beauvoisin, avec 4m,40. Cependant la route du Frou qui m'avait paru tr&#232;s roulante &#224; la mont&#233;e me sembla au contraire tr&#232;s scabreuse &#224; la descente, quand il fallut rouler un peu vite et, jusqu'aux &#201;chelles, je dus me contenter d'une allure mod&#233;r&#233;e, mais des &#201;chelles &#224; Pont-de-Beauvoisin je pus me rattraper et, le sol s'y pr&#234;tant admirablement, je filai &#224; un train de prince.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Pont-de-Beau-voisin un raidillon fort sec, plus loin encore avant d'arriver aux Abrets deux ou trois kilom&#232;tres de mont&#233;e assez dure, me firent craindre un instant d'arriver trop tard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le moindre accident de pneumatique m'aurait facilement mis en d&#233;route. Et moi qui apr&#232;s la course folle de la Grimsel &#224; Brieg m'&#233;tais promis de ne plus jamais courir apr&#232;s un train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin tout est bien qui finit bien et mon voyage de 4 jours prit fin, heureusement, le 17&#160;juillet &#224; 7 h 1/2 du soir &#224; la gare de Saint-Andr&#233;-le-Gaz. Mon compteur marquait pour la quatri&#232;me et derni&#232;re journ&#233;e 210 kilom&#232;tres et je me sentais parfaitement en &#233;tat de continuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin de l'&#233;tape avait m&#234;me &#233;t&#233; couverte &#224; une allure faite pour d&#233;montrer aux incr&#233;dules que le r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien n'affaiblit en aucune fa&#231;on ses partisans.&lt;br class='autobr' /&gt; V&#233;locio&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un raid de 600 km &#224; bicyclette (1900)</title>
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		<dc:date>2022-09-27T07:58:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Est-ce du tourisme, est-ce du sport, ou bien est-ce simplement un peu fou, que d'aller de Saint-&#201;tienne &#224; Marseille et en revenir en deux jours et demi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera ce que l'on voudra, mais, ce faisant, je me suis fourni une preuve dont j'avais besoin, en faveur des bicyclettes polymultipli&#233;es et de l'alimentation strictement v&#233;g&#233;tarienne.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1900, p.105 &#224; 114, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce du tourisme, est-ce du sport, ou bien est-ce simplement un peu fou, que d'aller de Saint-&#201;tienne &#224; Marseille et en revenir en deux jours et demi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera ce que l'on voudra, mais, ce faisant, je me suis fourni une preuve dont j'avais besoin, en faveur des bicyclettes polymultipli&#233;es et de l'alimentation strictement v&#233;g&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne veux exposer ici que les grandes lignes de ce voyage &#224; toute vitesse, en les entourant, en guise de sauce, de consid&#233;rations vari&#233;es sur ces deux perfectionnements, l'un m&#233;canique et l'autre physiologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La veille, mes affaires m'ayant appel&#233; &#224; Roanne, je fis, pour m'aff&#251;ter les muscles, le trajet entier aller et retour (170 kilom&#232;tres) &#224; bicyclette, et nous part&#238;mes, samedi 17&#160;mars, &#224; midi et quart, de Saint-&#201;tienne pour Marseille, avec l'intention d'&#234;tre de retour le lundi suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
K..., mon compagnon, est un homme vigoureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans la force de l'&#226;ge (37 ans)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'avait pour tout entra&#238;nement depuis octobre, que deux balades dominicales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa machine est munie de deux d&#233;veloppements : 6 m&#232;tres et 4m,20.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais mieux entra&#238;n&#233; et je partais sur ma vieille monture du Galibier, de la Furca, de la Sainte-Baume, arm&#233;e de la selle oscillante et de quatre d&#233;veloppements : 7m,25, 6 m&#232;tres, 4m40 et 3m,30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, j'ai dix ans de plus et j'emporte un bagage assez lourd, sans lequel je ne puis me d&#233;cider &#224; partir, bien que souvent il ne me serve de rien. Toute harnach&#233;e, ma bicyclette p&#232;se 22 kilos et, avec son propri&#233;taire sur les reins, elle arrive actuellement &#224; 92 kilos.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Saint-&#201;tienne, la route s'&#233;l&#232;ve de 650 m&#232;tres et atteint au col des Grands-Bois l'altitude de 1.145 m&#232;tres pour redescendre dare dare &#224; celle de 140 m&#232;tres &#224; Andance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; cela pr&#232;s on peut la consid&#233;rer jusqu'&#224; Marseille comme horizontale, malgr&#233; quelques c&#244;tes &#224; Loriol, &#224; Donz&#232;re, entre Salon et Rognac, entre Marignane et l'Estaque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;clatement de pneumatique nous fit perdre une heure le premier jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un accident de valve nous obligea le lendemain &#224; remplacer une chambre &#224; air, mais le troisi&#232;me jour tout alla bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut donc pas trop m&#233;dire des pneumatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas non plus trop craindre les menaces du barom&#232;tre. Quand nous part&#238;mes, il marquait grande pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant jusqu'&#224; la nuit nous jou&#238;mes d'un tr&#232;s beau temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil couch&#233;, le mistral commen&#231;a &#224; souffler et nous n'e&#251;mes, en fait de mauvais temps, que du vent le plus souvent favorable, mais fort d&#233;sagr&#233;able, nonobstant, &#224; cause de la poussi&#232;re et des remous qui nous enlevaient comme plumes et nous faisaient tituber comme ilotes ivres.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais utilis&#233; pour la mont&#233;e mes d&#233;veloppements de 3m,30 et 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, au col, je m'&#233;tais mis sur 7m,25 et je marchais ais&#233;ment &#224; n'importe quelle allure, jusqu'&#224; 45 kilom&#232;tres &#224; l'heure inclusivement (100 tours de p&#233;dale &#224; la minute), quand sur un terrain propice l'envie nous prenait de faire enlever quelque conducteur d'auto ou d'hippomobile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec 6 m&#232;tres, mon compagnon &#233;prouvait plus de difficult&#233;s et les trop rapides mouvements des jambes auxquels de telles allures le contraignaient finirent par lui froisser s&#233;rieusement les tendons d'Achille.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; constat&#233;, lors de mon r&#233;cent voyage &#224; Savary et &#224; la Sainte-Baume, quel agr&#233;ment l'on retire d'un grand d&#233;veloppement sur les routes du bord du Rh&#244;ne qui se pr&#234;tent admirablement aux grandes vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cyclotouriste ne peut &#233;videmment pas s'offrir soir et matin des cols de 1.000 &#224; 1.200 m&#232;tres et, parfois, il peut &#234;tre forc&#233; de couvrir quelques centaines de kilom&#232;tres plats et qui seraient insipides au plus haut degr&#233;, s'il n'avait le moyen de les dig&#233;rer en quelques heures sans fatigue, gr&#226;ce &#224; un grand d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Homme de la Montagne pr&#233;f&#232;re, en de telles circonstances, prendre le train. Cela n'est pas tr&#232;s amusant et le prix de revient du voyage en est notablement augment&#233;. Or, cette derni&#232;re consid&#233;ration a pour beaucoup de cyclistes une certaine importance, et lorsque nous aurons d&#233;montr&#233; que, gr&#226;ce &#224; la bicyclette &#224; plusieurs vitesses et au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, on peut tourister aujourd'hui &#224; raison de 150 kilom&#232;tres et au grand maximum de deux francs par jour en moyenne, nous aurons peut-&#234;tre rendu service &#224; une foule de gens qui croient encore que le cyclotourisme n'est accessible qu'aux favoris de Plutus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclistes v&#233;g&#233;tariens &#8212; nous sommes d&#233;j&#224; un certain nombre &#8212; s'alimentent en cours de route d'une fa&#231;on tr&#232;s simple, tr&#232;s naturelle et surtout tr&#232;s favorable &#224; la sant&#233; physique et morale. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous ne fumons pas, nous buvons de l'eau, nous mangeons des fruits et du pain pendant la journ&#233;e et, le soir &#224; l'&#233;tape, du riz, des lentilles et des l&#233;gumes frais pr&#233;par&#233;s le plus simplement possible, sans aucun assaisonnement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous dormons volontiers en plein air, dans une anfractuosit&#233; de rocher, dans un lieu sec et bien a&#233;r&#233; afin d'absorber, pendant le repos, un air aussi pur, aussi oxyg&#233;n&#233; que possible. Nous nous effor&#231;ons, en un mot, de nous rapprocher de la nature avec autant d'ardeur que la plupart des hommes mettent &#224; s'en &#233;loigner.&lt;br class='autobr' /&gt;
K..., mon compagnon, n'&#233;tant pas encore absolument converti &#224; cette m&#233;thode de vivre, et le temps n'&#233;tant pas pr&#233;cis&#233;ment fait pour nous engager &#224; dormir &#224; la belle &#233;toile, je n'appliquai pas rigoureusement mes principes pendant ce voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pneumatique de mon compagnon &#233;clata &#224; quelques kilom&#232;tres d'Andance et nous causa, tout compte fait, un retard d'une heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un autre arr&#234;t &#224; Valence et une l&#233;g&#232;re collation &#224; Saulce firent que nous n'arriv&#226;mes &#224; Orange qu'&#224; onze heures, alors que d'apr&#232;s mes pr&#233;visions nous aurions d&#251; y passer &#224; 9 h. 1/2 et aller coucher &#224; Sorgues ou au Pontet, peut-&#234;tre m&#234;me au pont de Bonpas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel s'&#233;tait peu &#224; peu d&#233;barrass&#233; des nuages, les &#233;toiles brillaient et la lune nous &#233;clairait splendidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si j'avais &#233;t&#233; seul j'aurais, probablement p&#233;dal&#233; toute la nuit et le soleil levant m'aurait trouv&#233; bien pr&#232;s de Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;prouve &#224; voyager la nuit une sensation toute particuli&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se sent plus pr&#232;s encore de la nature, plus loin de la civilisation &#233;nervante et d&#233;primante qui nous &#233;treint et dont l'ultime stade est l'asile d'ali&#233;n&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant Donz&#232;re nous avions franchi une colline qui m'avait oblig&#233; &#224; diminuer ma multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ensuite, apr&#232;s des kilom&#232;tres et des kilom&#232;tres &#224; travers la plaine monotone, nous avions long&#233; une montagne assez abrupte au pied de laquelle s'&#233;chelonnent plusieurs gros villages o&#249; les caf&#233;s, malgr&#233; l'heure avanc&#233;e, &#233;taient encore &#233;clair&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; partout ailleurs du plat, rien que du plat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin d'arriver &#224; l'h&#244;tel de la Poste avant que tout le monde ne f&#251;t couch&#233;, je pris les devants et bien m'en trouvai, car un quart d'heure plus tard, tout e&#251;t &#233;t&#233; boucl&#233; et nous aurions d&#251; nous mettre au lit sans souper, extr&#233;mit&#233; d&#233;plorable m&#234;me pour un v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
K... d&#233;cid&#233;ment fatigu&#233;, arriva quelques instants apr&#232;s, persuad&#233; qu'il ne pourrait pas continuer le voyage le lendemain faute d'entra&#238;nement. Je le rassurai et lui expliquai que cette premi&#232;re &#233;tape, quoiqu'un peu forte, &#233;tait pour lui le meilleur entra&#238;nement et que s'il pouvait seulement manger et dormir, il se l&#232;verait le lendemain plus dispos que jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il en fut ainsi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le dimanche &#224; 5 heures du matin, nous quittions Orange au clair de la lune, avec le mistral dans le dos et nous mettions le cap sur Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je retrouvai avant Sorgues les deux poteaux, t&#233;moignage de la sollicitude maternelle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; pour les touristes, dont je n'avais pu m'expliquer la pr&#233;sence lors de mon passage en novembre dernier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je mis cette fois pied &#224; terre et je lus : Attention au caniveau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si d&#233;sormais les touristes &#233;prouvent des accidents de route, ce ne sera certainement pas la faute du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; Ce caniveau est assur&#233;ment fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pense pas qu'il puisse devenir dangereux : nous en avions travers&#233; de plus accentu&#233;s entre Andance et Saint-P&#233;ray.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques minutes d'arr&#234;t autour d'Avignon pour jeter sur ses murs &#224; cr&#233;neaux un coup d'&#339;il curieux et nous filons vers le pont de Bonpas, o&#249; nous d&#233;jeunons tr&#232;s bien dans le principal caf&#233; qui tient &#224; la disposition des cyclistes tout ce qu'il faut pour r&#233;parer les pneumatiques. Nous en avions justement besoin, une de mes chambres perdait depuis le matin et m'obligeait &#224; de fr&#233;quents arr&#234;ts pour regonfler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s plusieurs tentatives vaines pour arr&#234;ter les fuites d'air, je me d&#233;cide &#224; tirer de mon sac une chambre de rechange sans laquelle je ne pars jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent soufflait avec une fureur croissante et nous emballions ces lignes droites des routes du midi que c'&#233;tait merveille de se sentir emport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que n'avions-nous des roues libres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quelques p&#233;dal&#233;es vigoureuses nous eussent permis de franchir des centaines de m&#232;tres sans remuer les jambes. Nous avions bien des repose-pieds et nous nous en servions assez souvent, mais ce n'est pas la m&#234;me chose. Avec la roue libre que je pratique tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement depuis un an, il est inutile de chercher &#224; se rendre compte &#8212; ce qui n'est pas toujours facile &#8212; du moment pr&#233;cis o&#249; il devient avantageux de cesser de p&#233;daler car tout naturellement &#224; ce moment-l&#224;, la roue fuit sous vous et vous immobilise les jambes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la roue ordinaire, on tourne souvent les jambes sans savoir si l'on exerce sur la p&#233;dale une pression utile ou une contrepression nuisible, en d'autres termes, si l'on travaille positivement ou n&#233;gativement, surtout lorsqu'on tourne &#224; grande vitesse, 80 &#224; 100 tours &#224; la minute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'arrive parfois de constater que, sit&#244;t les pieds relev&#233;s, ma vitesse s'acc&#233;l&#232;re, preuve &#233;vidente que j'exer&#231;ais des contrepressions involontaires. La position du cycliste ayant les pieds sur les repose-pieds n'est pas toujours agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur une route rugueuse on est ainsi tr&#232;s mal et l'on risque fort, en retombant sur la selle apr&#232;s un choc, d'en casser les ressorts, ou en s'appuyant fortement sur les repose-pieds de les faire glisser le long des fourreaux, accidents qui me sont arriv&#233;s plusieurs fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si donc j'appr&#233;cie le repos sur les repose-pieds pendant les descentes douces sur terrain uni, je pr&#233;f&#232;re n&#233;anmoins le repos sur les p&#233;dales immobiles dans les descentes fortes sur mauvais terrain, sans compter qu'on est alors pr&#234;t &#224; agir sur le frein sp&#233;cial de la roue libre, son satellite indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris pour ce raid ma vieille bicyclette &#224; quatre multiplications faute d'avoir encore pu obtenir ma monture 1900 qui fera le voyage de Paris et de Schaffhouse et qui aura, elle, deux ou trois multiplications &#224; droite sur la roue libre et autant &#224; gauche sur la roue ordinaire, si bien qu'elle r&#233;unira de quoi contenter tout le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis du reste tr&#232;s &#233;tonn&#233; de l'opposition que l'on fait &#224; la roue libre, alors qu'il est si facile de la fixer et de la transformer en roue ordinaire, si, apr&#232;s en avoir t&#226;t&#233;, on se refuse &#224; en admettre l'utilit&#233; et les avantages. Cela me rappelle l'obstination avec laquelle je refusai longtemps de me servir de pneumatiques, parce que, d&#232;s ma premi&#232;re sortie, j'eus la malchance d'attraper un clou.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais encore un obstin&#233; de m&#234;me calibre lorsque, en 1896, on me fit essayer un des premiers freins Juhel et que je me plaquai d&#232;s le premier virage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;clarai tout net que c'&#233;tait un casse-cou et que je ne monterais jamais de roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis cette &#233;poque je suis devenu moins... obstin&#233;. Ce doit &#234;tre un effet du r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien que je suis fid&#232;lement, voil&#224; bient&#244;t quatre ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Croyez-moi, il y a du bon dans ce r&#233;gime et l'esprit trouve beaucoup plus de lucidit&#233; au fond d'un verre d'eau qu'au fond d'une coupe de champagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cha&#238;ne de la Sainte-Baume se dresse bient&#244;t &#224; notre gauche et mon compagnon a d'assez bons yeux pour distinguer la chapelle du Saint-Pilon pendant que ma myopie me permet &#224; peine d'admirer les dentelures des Alpines et les champs d'amandiers en fleurs que nous traversons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orgon, Salon, Lan&#231;on, villes et villages se succ&#232;dent sans que notre allure se ralentisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant &#224; Salon, en pr&#233;vision des rampes que nous annonce le guide Baroncelli, j'ai remplac&#233; le d&#233;veloppement de 7m,25 par celui de 6 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Lan&#231;on une mont&#233;e assez longue au cours de laquelle nous croisons deux cyclistes que le mistral para&#238;t g&#234;ner rudement, nous am&#232;ne au sommet d'une colline nue comme la V&#233;rit&#233; sortant de son puits et nous voil&#224; d&#233;valant &#224; une vitesse vertigineuse, pieds au repos, car il est impossible de suivre les p&#233;dales. O ma roue libre et mon bon frein sur jante &#224; contre-p&#233;dale, que n'&#234;tes-vous l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tressaute, je rebondis sur ma selle, je file comme un z&#232;bre devant K..., qui s'effraie et veut mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici un tournant un peu brusque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me d&#233;cide &#224; serrer mon frein, un long et large patin de bois sur la roue directrice, et mon allure s'assagit, heureusement, car l'instant d'apr&#232;s le mistral m'attaquant de flanc puis, de face, me fait craindre une chute dans le ravin. Sur la route d&#233;serte et ensoleill&#233;e passent d'&#233;pais nuages de poussi&#232;re que nous traversons de part en part, aveugl&#233;s, mitraill&#233;s par les graviers qui voltigent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est gentil d'avoir un tel vent derri&#232;re soi et, en fait d'imprudence nous en remontrerions &#224; messieurs les chauffeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de chauffeurs, notons en passant que depuis Orange nous n'en avons rencontr&#233; qu'un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions l'intention d'arriver &#224; Marseille par la voie qu'utilisent, dit-on, les cyclistes marseillais pour en sortir, par le chemin de fer de L'Estaque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous arriv&#226;mes &#224; la gare de Rognac 15 ou 20 minutes trop tard, cela nous valut d'aller &#224; L'Estaque par un chemin que je ne connaissais pas, que le guide Baroncelli n'indique pas et qui est cent fois pr&#233;f&#233;rable &#224; la route nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mont&#233;e douce, gorges pittoresques, vue splendide sur la baie, sol bien convenable : tout recommande ce d&#233;tour &#224; peine plus long de quelques kilom&#232;tres et qu'on appelle dans le pays le chemin de ceinture, aux cyclotouristes qui vont &#224; Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; Saint-Victoret, dans un caf&#233; o&#249; nous nous lestions d'un lait chaud, qu'on nous indiqua cette route par Marignane et Le Rove.&lt;br class='autobr' /&gt;
En entrant dans la montagne, je crus utile de prendre 4m,40 tandis que mon compagnon gardait 6 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce fut plut&#244;t une erreur de ma part : la mont&#233;e n'en vaut pas la peine, surtout avec le mistral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, au commencement de la descente, je voulus mettre pied &#224; terre pour reprendre un grand d&#233;veloppement, je faillis &#234;tre emport&#233; par de furieux coups de vent qui se succ&#233;daient &#224; de courts intervalles. Je m'&#233;tais cru parfaitement &#224; l'abri dans une sorte de cul de sac qui semblait ferm&#233; de tous les c&#244;t&#233;s et le mistral m'assaillait avec fureur, arrachant &#224; la cr&#234;te des rochers, des graviers, des pierres m&#234;me dont il me lapidait litt&#233;ralement. C'&#233;tait inconcevable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une bourrasque qui m'avait arrach&#233; des mains ma bicyclette et jet&#233; moi-m&#234;me contre le rocher : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais d'o&#249; viens-tu, coquin, m'&#233;criai-je en me retournant contre cet invisible adversaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il venait du ciel et tombait &#224; pic dans cette gorge aride, sur ces rochers effrit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pied il &#233;tait impossible de lutter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; bicyclette, en se laissant entra&#238;ner on att&#233;nuait la violence de la pouss&#233;e et cela devenait supportable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, un dernier tournant nous am&#232;ne en pr&#233;sence de la mer. Quel magnifique spectacle et quelle belle r&#233;compense de nos efforts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
En face de nous les ports de Marseille, for&#234;t de m&#226;ts et de vergues entrecrois&#233;s, vaguement aper&#231;us &#224; travers la brume qui montait de la mer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, au fond de la baie, L'Estaque riant au soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; nos pieds les flots verd&#226;tres, &#233;cumants, extraordinairement agiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques bateaux &#224; l'ancre &#224; faible distance, mais aucune voile en vue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les p&#234;cheurs, devant un temps pareil, s'&#233;taient prudemment abstenus de sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous descendions au tout petit pas pour jouir plus longtemps du merveilleux tableau que nous avions sous les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vaste usine couronne la falaise, &#233;pandant ses eaux sales le long des rochers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les restaurants nombreux, d&#233;cor&#233;s d'enseignes plus ou moins all&#233;chantes, attendent leur client&#232;le accoutum&#233;e du dimanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les vagues passent par-dessus le parapet de la route qu'elles inondent, et l'on peut s'offrir une douche &#224; bon march&#233;. K... voulait justement go&#251;ter l'eau de la mer : il n'a qu'&#224; ouvrir la bouche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons lentement, tr&#232;s lentement les quais, toujours bouscul&#233;s par le vent et n'obtenons enfin un peu de r&#233;pit qu'en arrivant sur le vieux port juste &#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je c&#233;dai &#224; une vieille habitude et malgr&#233; les protestations de mon estomac et les objurgations de ma raison, je demandai chez Pascal une bouillabaisse au lieu d'un plat de lentilles qui figurait justement au menu du jour. Mon compagnon, un homme du Nord, qui voyait la bouillabaisse pour la premi&#232;re fois, n'en sut pas appr&#233;cier la saveur toute m&#233;ridionale. Pour aimer les bonnes choses, il faut &#234;tre du Midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
K... voulut visiter la ville, grimper &#224; N.-D. de la Garde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous s&#233;par&#226;mes momentan&#233;ment et j'allai prendre le train de 2 h. 9 qui me d&#233;posa &#224; 4 heures &#224; la station d'Entressens, en pleine Crau, en face du mistral contre lequel je luttai avec mes petits d&#233;veloppements et une grande constance pendant deux heures avant d'arriver par Mouri&#232;s et Maussanne, au sommet des Alpines devant les ruines de la ville des Baux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce n'&#233;tait plus l'allure triomphale du matin, il fallait appuyer sur les p&#233;dales et la roue libre, j'en conviens, ne m'aurait pas servi beaucoup ni desservi, du reste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car elle a cela de bon, cette pers&#233;cut&#233;e, que s'il lui arrive de ne pouvoir faire du bien elle ne peut jamais faire de mal (lorsqu'on sait s'en servir, bien entendu).&lt;br class='autobr' /&gt;
Par une &#233;tourderie dont je devrais pourtant &#234;tre gu&#233;ri, tant elle m'a jou&#233; de mauvais tours, je n'avais pas de carte de la r&#233;gion, si bien qu'&#224; l'entr&#233;e de Maussanne je tournai &#224; droite et me dirigeai sur Saint-R&#233;my (mont&#233;e moyenne, multiplication 3m,30 &#224; cause du vent)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; heureusement qu'&#224; deux kilom&#232;tres de l&#224; un poteau indicateur me remit dans le bon chemin. J'obliquai &#224; gauche et j'arrivai aux Baux par le revers du mamelon escarp&#233; sur lequel sont perch&#233;es les ruines branlantes de ce qui fut une florissante cit&#233;. Un pan de muraille rest&#233; debout &#224; l'extr&#234;me sommet domine la coupure &#233;troite par o&#249; je devais passer et que le mistral me rendit presque inabordable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'eus franchi ce passage difficile et visit&#233; p&#233;destrement le village, je me laissai descendre de l'autre c&#244;t&#233; sans plus m'inqui&#233;ter de ma route que si j'avais &#233;t&#233; en vue d'Avignon o&#249; je devais coucher le soir et j'arrivai... au Paradou, c'est-&#224;-dire &#224; un kilom&#232;tre du point dont j'&#233;tais parti pour faire l'ascension des Alpines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait nuit, je n'avais aucune id&#233;e de la topographie des alentours, je dus me laisser guider par les indications souvent contradictoires recueillies au hasard des rencontres. Apr&#232;s maints crochets &#224; droite et &#224; gauche, j'atteignis Saint-&#201;tienne-du-Gr&#232;s, filai droit sur Maillane, six ou sept kilom&#232;tres de route absolument d&#233;serte, passai &#224; Graveson et vins &#233;chouer enfin &#224; la gare de Graveson &#224; la minute m&#234;me o&#249; y entrait le train de Marseille qui m'amenait mon compagnon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Morale : ne jamais se mettre en route sans se munir d'une bonne carte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait 9 heures moins le quart, la lune allait se lever, le vent avait perdu sa violence, et soufflait en brise l&#233;g&#232;re mais froide. &#192; 9 h. 1/2 nous entrions en Avignon &#224; l'h&#244;tel Grillon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compteur indiquait 70 kilom&#232;tres parcourus depuis Entressens. Un repas v&#233;g&#233;tarien, un bon sommeil effac&#232;rent toute trace de fatigue et le lundi matin, d&#232;s 5 heures, nous reprenions la route avec le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres &#224; cause d'un l&#233;ger vent contraire qui, au milieu du jour, fit place &#224; un vent du Sud-Ouest assez violent mais favorable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Visite d'Orange, d&#233;jeuner &#224; Piolenc o&#249; nous arrivons gel&#233;s. Nous retraversons en plein jour les villages que nous avions travers&#233;s, l'avant-veille, au clair de lune. Que de ruines de ch&#226;teaux moyen&#226;geux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d'insignifiants monticules avaient leur forteresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e de Donz&#232;re est sensiblement plus dure de ce c&#244;t&#233; et justifie le d&#233;veloppement de 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Mont&#233;limar o&#249; nous nous arr&#234;tons un instant, nous rencontrons plusieurs chauffeurs filant grand train. Au vol, car nous allons vite aussi, nous reconnaissons notre ami Corompt de Saint-Julien sur un quadricycle tout battant neuf.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route est si large, si droite, si bonne et en m&#234;me temps si peu fr&#233;quent&#233;e qu'on peut marcher &#224; la quatri&#232;me et m&#234;me &#224; la sixi&#232;me vitesse sans crainte d'accidents.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Saulce nous d&#233;cidons d'aller voir ce qui se passe sur la rive droite et par un interminable chemin de traverse nous descendons vers le Rh&#244;ne que nous traversons au Pouzin, une fantaisie qui allonge notre &#233;tape d'une dizaine de kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et quart, &#224; Beauchastel, nous d&#233;jeunons, toujours &#224; la mode v&#233;g&#233;tarienne ou peu s'en faut. Nous reprenons la route avec un bon vent dans le dos et, naturellement, le d&#233;veloppement de 7m,25. La route de la rive droite est, tout compte fait, plus agr&#233;able que celle de la rive gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle court au pied des C&#233;vennes qui pr&#233;sentent &#224; chaque instant des points de vue pittoresques, monte et descend et n'a pas de ces d&#233;sesp&#233;rantes lignes droites de 10 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les caniveaux pav&#233;s y sont fr&#233;quents, mais on s'y habitue, &#224; l'horizon se dressent par dessus les premi&#232;res cha&#238;nes de montagnes, les g&#233;ants des Alpes couverts de neige &#233;clatante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on les distingue admirablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun incident ne trouble notre marche qui est plus rapide que jamais et nous mettons pied &#224; terre &#224; Andance &#224; l'heure m&#234;me o&#249; nous en &#233;tions partis l'avant-veille. Un arr&#234;t &#233;tait de rigueur avant d'attaquer les 1.000 m&#232;tres d'altitude qui nous s&#233;parent de nos p&#233;nates.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 4 heures pr&#233;cises nous nous attelons &#224; la besogne avec nos plus faibles d&#233;veloppements et sans faiblesse, mais aussi sans pr&#233;cipitation, nous grimpons et apr&#232;s un nouvel arr&#234;t &#224; Bourg-Argental nous atteignons le sommet &#224; 7 h. 1/2. Nuit noire, dans les bois t&#233;n&#232;bres &#233;paisses pendant trois kilom&#232;tres, et pas de lanterne. Sol boueux o&#249; nous valsons d'orni&#232;res en orni&#232;res et de temps en temps glissades lat&#233;rales qui nous obligent &#224; mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la sortie des bois nous sommes accueillis par un vent glacial qui, bien que favorable, va nous fatiguer pendant la descente parce qu'il nous poussera trop fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux heures apr&#232;s notre passage sur le haut plateau la neige commen&#231;ait &#224; tomber avec une telle abondance que la montagne a &#233;t&#233; impraticable pendant deux jours. Quel contraste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 9 heures enfin nous rentrons au logis enchant&#233;s de ce premier voyage, &#233;merveill&#233;s de la puissance de la bicyclette consid&#233;r&#233;e comme outil de locomotion et de tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car, tout bien consid&#233;r&#233;, d&#233;cid&#233;ment, un voyage de ce genre, c'est encore du tourisme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le tourisme ne consistant pas uniquement &#224; p&#233;daler le long des routes avec la lenteur et le flegme d'un dyspeptique &#224; qui la Facult&#233; a conseill&#233; une ou deux heures d'exercice &#224; bicyclette par jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir pour s'impressionner, pour s'impr&#233;gner de la po&#233;sie des pays travers&#233;s, s'arr&#234;ter devant les d&#233;tails quand ils en valent la peine, admirer l'ensemble, le panorama, l'&#233;tendue qui sont toujours admirables, voil&#224; les joies du cyclotouriste qui ne les go&#251;te dans leur pl&#233;nitude que lorsque ses facult&#233;s sont pour ainsi dire doubl&#233;es par la circulation du sang plus active, par l'intensit&#233; de vie amen&#233;e au paroxysme, gr&#226;ce &#224; la saine fatigue et &#224; l'expulsion par les pores largement ouverts des d&#233;chets qui nous alourdissent autant moralement que physiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu de fatigue est donc n&#233;cessaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il ne faut jamais aller jusqu'au surmenage du cerveau et des organes essentiels&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant aux muscles, il est inutile d'en faire grand cas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourvu qu'ils re&#231;oivent de l'estomac convenablement aliment&#233; l'afflux de force vitale indispensable &#224; leur travail, ils peuvent durer ind&#233;finiment. Reste le syst&#232;me nerveux dont la fatigue ne se r&#233;pare que par le sommeil qu'un cyclotouriste ne devra jamais se refuser. Tout le monde est d'accord sur ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question sur laquelle il est le plus difficile de s'entendre, est celle de l'alimentation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il para&#238;t cependant bien facile de concevoir que si vous obligez votre estomac &#224; travailler p&#233;niblement pour dig&#233;rer les aliments que vous lui imposez, il absorbera pendant la digestion la plus grande partie de vos kilogramm&#232;tres disponibles au d&#233;triment de vos muscles locomoteurs. Il ne faut pas oublier, en effet, que le corps est un accumulateur dont la force disponible peut &#234;tre &#224; tout moment estim&#233;e en kilogramm&#232;tres. Si un travail int&#233;rieur latent, tel que la digestion, consomme les trois quarts de cette force, il ne nous en reste qu'un quart pour le travail ext&#233;rieur, seul visible, et vice versa.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour cela que depuis que je me suis vou&#233; &#224; l'eau, aux c&#233;r&#233;ales, aux l&#233;gumes et aux fruits, j'ai pu, sans me fatiguer autant qu'autrefois, augmenter sensiblement en longueur mes &#233;tapes en m&#234;me temps que je les augmentais en hauteur, gr&#226;ce &#224; mes multiples d&#233;veloppements qui me permettent, quelle que soit la r&#233;sistance &#224; vaincre, de faire sur ma p&#233;dale juste l'effort dont mes muscles sont capables au moment consid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TABLEAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARCHE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 17&#160;mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Localit&#233;s Kilom&#232;tres Horaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne......&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 12h15&lt;br class='autobr' /&gt;
Andance.............. 48 3 &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 3 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-P&#233;ray...........&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Valence............... 86 5 41 - 6&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Saulce............... 114 7 15 - 7 35&lt;br class='autobr' /&gt;
Donz&#232;re.............. 144 9&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Orange ............... 182 11h soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coucher &#224; Orange, h&#244;tel de la Poste,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 18&#160;mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orange...............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 5h matin&lt;br class='autobr' /&gt;
Avignon ............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pont de Bonpas.... 40 6 50 - 7 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Salon.......................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rognac (gare)........ 96 9 45&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Victoret.......&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marignane.............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Rove..................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marseille............... 135 11h50 matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Marseille &#224; Entressens par chemin de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entressens (gare).&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 4h soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Baux.................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 6&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Paradou............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-&#201;tienne-&lt;br class='autobr' /&gt;
du-Gr&#233;s..................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avignon................. 205 9h 30 soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coucher &#224; Avignon, h&#244;tel Grillon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 19&#160;mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avignon..........................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 5h matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Piolenc............................ 33 6 40- 7 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Saulce.............................. 97 11 20&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pouzin.......................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Beauchastel.................... 120 12 25 - 1 30&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-P&#233;ray....................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Andance..........................&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 3 35 &#8211; 4&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bourg-Argentai.............&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; 5 50 - 6 10&lt;br class='autobr' /&gt;
Col-des-Grands-Bois.. 4 7 45&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-&#201;tienne................. 220 9h soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De Saint-&#201;tienne &#224; Cannes et retour par les Maures et l'Est&#233;rel (1900)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article259</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article259</guid>
		<dc:date>2022-09-14T11:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pour un beau voyage, c'est un beau voyage que nous avons fait l&#224; pendant les f&#234;tes de P&#226;ques, et les quatre jours que nous y consacr&#226;mes ne pouvaient certes pas &#234;tre mieux employ&#233;s.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;700 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;KILOMETRES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EN&lt;/span&gt; 4 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JOURS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par V&#233;locio alias Paul de Vivie, Le Cycliste, 1900, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote Per1328&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un beau voyage, c'est un beau voyage que nous avons fait l&#224; pendant les f&#234;tes de P&#226;ques, et les quatre jours que nous y consacr&#226;mes ne pouvaient certes pas &#234;tre mieux employ&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, malgr&#233; la longueur des &#233;tapes et la violence du mistral, nous avons pu ex&#233;cuter de point en point notre programme, c'est, je me h&#226;te de le dire, gr&#226;ce au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, aux multiples d&#233;veloppements, et peut-&#234;tre bien aussi, au moins pour l'un de nous, gr&#226;ce &#224; la roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compagnon R..., jeune homme de 21 ans, est depuis plus d'un an v&#233;g&#233;tarien convaincu et pratiquant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;trennait une bicyclette &#224; trois d&#233;veloppements, 3m,20, 4m,40 et 6m,6O&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les deux extr&#234;mes &#233;taient &#224; gauche solidaires du moyeu, et le moyeu &#224; droite sur encliquetage &#224; galets faisait roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais encore ma vieille bicyclette &#224; 4 d&#233;veloppements, 3m,30, 4m,40, 6 m&#232;tres, 7,25 et un mois de plus que le mois dernier, ce qui ne tire pas &#224; cons&#233;quence lorsqu'on n'est plus qu'&#224; trois &#233;tapes de la cinquantaine. Voil&#224; pour les lecteurs qui aiment savoir &#224; quoi s'en tenir sur l'&#226;ge et les moyens des narrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 15&#160;avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Col des Grand-Bois, Andance, Tournon, Tain, Valence, Avignon, Pont-de-Bonpas, Orgon, Pont-Royal, Lambesc, Aix, Trets, Saint-Maximin, Roquebrussaune (228 kilom&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compagnon &#233;tait parti la veille et je devais le trouver &#224; Valence entre 7 et 8 heures du matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mis donc en route au clair de la lune &#224; deux heures moins le quart, loin de m'attendre &#224; la d&#233;sagr&#233;able surprise que me r&#233;servait la travers&#233;e des grands bois. Le temps &#233;tait tr&#232;s beau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et la route tr&#232;s bonne jusqu'&#224; Planfoy : mais sur le plateau elle commen&#231;a &#224; se g&#226;ter et, &#224; peine entr&#233; sous bois, cela devint quelque chose d'in&#233;narrable. En pleine obscurit&#233;, sans lanterne, la lune ne m'&#233;clairant que par rares intervalles, tant&#244;t je m'enfon&#231;ais dans une boue &#233;paisse, tant&#244;t je tressautais sur des orni&#232;res congel&#233;es et j'entendais la glace se rompre sous moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la mont&#233;e soit faible, j'avais repris 3m,30 et, malgr&#233; tout, je fus &#224; plusieurs reprises forc&#233; de mettre pied &#224; terre, le plus souvent dans la boue gluante, &#224; demi gel&#233;e, o&#249; j'enfon&#231;ais jusqu'aux chevilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des chars de buttes embourb&#233;s, abandonn&#233;s l&#224; par leurs conducteurs, encombraient les bas c&#244;t&#233;s de la route et &#224; plusieurs reprises je vins me heurter &#224; ces obstacles impr&#233;vus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'allais si lentement que ces rencontres ne tiraient pas &#224; cons&#233;quence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, gr&#226;ce &#224; Dieu, je sortis des bois sans encombre et retrouvai apr&#232;s ces trois kilom&#232;tres de boue un sol ferme et roulant. Je pris mon d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres et me laissai descendre sans trop de h&#226;te, car la p&#226;le clart&#233; qui nous vient de la lune est parfois dangereuse et ne nous laisse voir l'obstacle que lorsque nous sommes dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la croix de l'Aye la descente devenant tr&#232;s forte, j'attachai mon frein afin de n'avoir pas &#224; contre-p&#233;daler et j'arrivai ainsi sans m&#233;saventure &#224; Bourg-Argental (28 kilom.) &#224; 4 heures, fort en retard sur mon temps habituel, qui est de 2 heures &#224; peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Bourg je pus activer mon allure et le jour commen&#231;ant &#224; poindre, je pris mon d&#233;veloppement maximum, si bien qu'&#224; 4 h. 55 j'&#233;tais &#224; Andance (53 kilom.).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du kilom&#233;trage je dois ouvrir ici une parenth&#232;se. Jusqu'&#224; pr&#233;sent je n'ai compt&#233; que pour 47 kilom&#232;tres la distance de Saint-Etienne &#224; Andance par Boulieu me fiant en cela aux indications du guide Baroncelli, bien que le temps qu'il me fallait pour franchir cette distance &#224; mon allure ordinaire m'e&#251;t toujours paru excessif. Lors de mon dernier voyage &#224; Marseille mon compteur m'avait, &#224; l'aller comme au retour, indiqu&#233; une erreur que je m'&#233;tais promis de v&#233;rifier et de localiser d&#232;s la premi&#232;re occasion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'y manquai pas ce jour-l&#224; et je constatai entre Saint-Marcel et Andance 18 kilom&#232;tres au lieu des 12 kilom&#232;tres du guide Baroncelli. Je comprends maintenant pourquoi je n'ai jamais pu aller de Saint-Etienne &#224; Andance en moins de 2 h, 45 m&#234;me lorsque je d&#233;gringole en 20 minutes des grands bois &#224; Bourg-Argental (11 kilom. 1/2)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur un tel parcours une moyenne de 18km ,900 &#224; l'heure c'est suffisant m&#234;me au d&#233;part&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au retour 4 heures ne sont pas de trop.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route de la rive droite toujours bonne m'emm&#232;ne rapidement &#224; Tournon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant ce trajet, j'ai une tr&#232;s belle vue du Rapide de la rive gauche qui d&#233;crit autour de moi une immense courbe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lanc&#233; comme un projectile, il d&#233;vore l'espace, laissant derri&#232;re lui une queue de blanche vapeur, de longueur d&#233;mesur&#233;e qui lentement se dissipe. Derri&#232;re les rochers au pied desquels il court, le soleil fait &#224; ce moment m&#234;me, entre deux collines, une premi&#232;re et courte apparition. Tout cela fait un ensemble digne d'&#234;tre admir&#233; et comme l'heure ne me presse pas, je mets pied &#224; terre et m'absorbe un instant dans la contemplation de ce coin de nature o&#249; l'industrie humaine jette une note si puissante. Mais la vapeur s'est &#233;vanouie, le grondement du rapide s est &#233;teint dans le lointain et le soleil se montre en ma&#238;tre, &#233;clairant puissamment un vieux ch&#226;teau ruin&#233;, mais ayant encore fi&#232;re allure, perch&#233; &#224; ma droite sur un mamelon. Autour de moi les arbres sont en fleurs, les pr&#233;s sont verts, les torrents et les ruisseaux sont pleins d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je respire &#224; pleins poumons l'air frais du matin. La nature au printemps est divinement belle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien &#224; plaindre sont ceux qui ne l'appr&#233;cient pas. Une &#233;glise ouvre d&#233;j&#224; ses portes aux fid&#232;les tr&#232;s nombreux qui se pressent sur la route. Pourquoi ne pas c&#233;l&#233;brer la messe en plein air&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je passe de Tournon &#224; Tain &#224; 5 h. 50 et je suis accueilli sur la rive gauche par un l&#233;ger vent contraire qui ralentira sensiblement ma marche jusqu'&#224; Valence. La route est bonne, mais le paysage est peu attrayant. J'ai toujours mon d&#233;veloppement de 7m,25 qui m'oblige &#224; p&#233;daler avec toute la science dont je suis capable pour franchir un monticule dont je ne me serais m&#234;me pas aper&#231;u avec 4m40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis une vive descente m'entra&#238;ne sur Valence (92 kil ) o&#249; je mets pied &#224; terre &#224; 6 h. 40, cinq heures environ apr&#232;s mon d&#233;part de Saint-Etienne. C'est un trajet que l'on fait facilement en 4 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne tarde pas &#224; rencontrer mon compagnon qui a fait la m&#234;me route la veille dans de tr&#232;s bonnes conditions, sauf la travers&#233;e des grands bois qui lui a laiss&#233; un tr&#232;s mauvais souvenir. Nous nous dirigeons ensuite vers la gare o&#249; nous allons prendre l'express de 7 h. 54 pour Avignon. Le parcours Valence-Avignon, avec vent contraire, nous aurait demand&#233;, &#224; bicyclette, de 6 &#224; 7 heures, tandis qu'en 2 heures 1/2 d'express nous en verrons le bout et nous pourrons aller coucher beaucoup plus loin. En revenant nous agirons de m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons la gare d'Avignon &#224; 10 heures 1/2 pr&#233;cises, avides de p&#233;daler et nous filons dare dare sur le Pont de Bonpas o&#249; nous passons la Durance, puis sur Orgon (28 kilom.) o&#249; nous arrivons &#224; 11 h. 50 sans arr&#234;t interm&#233;diaire. Il fait bien chaud, la poussi&#232;re est p&#233;n&#233;trante et la faim se fait sentir, la soif aussi, ma cha&#238;ne elle-m&#234;me est alt&#233;r&#233;e, elle grince&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je la d&#233;tache et la mets pendant le repas dans un bain d'huile &#233;pur&#233;e faute de mieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'a plus rien dit de tout le voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre estomac n'a pas &#233;t&#233; aussi complaisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;jeunons de fa&#231;on v&#233;g&#233;tarien : omelette, petits pois, pommes de terre, salade et fruits, dans un h&#244;tel &#224; droite en entrant dans la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y est bien, sans luxe, mais proprement et promptement servi. Deux cyclistes du pays, cela se reconnaissait &#224; l'assent, se mettaient &#224; table quand nous arriv&#226;mes, nous &#233;change&#226;mes quelques propos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils allaient &#224; Saint-R&#233;my, c'est &#224;-dire dans une direction oppos&#233;e &#224; la n&#244;tre. Nous nous dirigeons sur Senas, pas tr&#232;s vite d'abord &#224; cause de la digestion et de la chaleur - les arbres sont encore sans feuillage et ne projettent sur le sol qu'une ombre tr&#232;s probl&#233;matique. Nous activons cependant peu &#224; peu, mais nous voici bient&#244;t, apr&#232;s Pont-Royal, au pied d'une s&#233;rie de c&#244;tes entrem&#234;l&#233;es de quelques descentes dont nous ne sortirons qu'&#224; Aix et pas pour longtemps. Pour comble de malheur, un vent d'Est assez vif s'&#233;l&#232;ve et va nous g&#234;ner jusqu'au soir. Je m'aper&#231;ois en ce moment d'une &#233;trange erreur que je fis un mois auparavant lorsque, allant d'Orgon &#224; Salon, je crus voir se dresser &#224; ma gauche la montagne de la Sainte-Baume sur laquelle mon compagnon apercevait m&#234;me la chapelle du Saint-Pilon. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la Sainte-Baume est bien loin de l&#224;, et ce que, pauvre myope, je prenais pour elle, &#233;tait une cha&#238;ne de collines &#224; peine &#233;lev&#233;es de 350 &#224; 400 m&#232;tres, au pied desquelles vient cette fois passer notre route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me hasarderai plus &#224; mettre des noms sur les montagnes que j'apercevrai en passant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je serais expos&#233; &#224; prendre le mont Ventoux pour le mont Blanc. Nous l'avons vu tout le matin depuis Avignon, se dresser au Nord avec son manteau de neige, ce Ventoux, dont le Midi est si fier et qu'il faudra bien que j'escalade avant la fin de l'arm&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 1.900 m&#232;tres et c'est quelque chose cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;levons peu &#224; peu et apr&#232;s avoir essay&#233; 6 m&#232;tres, je me contente de 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; R... a 4m,80 et joue &#224; toute occasion de sa roue libre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'exerce aux planements dont il tirera, dans maintes circonstances, un excellent parti. En sortant de Lambesc, la rampe s'accentue, il faut appuyer, et ces raidillons se repr&#233;sentent assez souvent pour que nous manifestions par de joyeuses exclamations notre contentement en d&#233;couvrant la forte d&#233;pression de terrain qui par une spendide descente, nous am&#232;ne &#224; Aix (75 kilom.) &#224; 4 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; un certain endroit, o&#249; la route est r&#233;tr&#233;cie par des travaux que l'on fait pour conduire une sorte de torrent qui gronde furieusement &#224; nos c&#244;t&#233;s, mon arrache-clou accroch&#233; par je ne sais quoi vole en &#233;clats et mon pneu, perc&#233; par un clou de fort calibre, commencer &#224; s'affaisser.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;paration fut faite en dix minutes et comme, sans cela, nous nous serions quand m&#234;me arr&#234;t&#233;s &#224; Aix, il n'y eut pas de temps perdu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut le seul accident de pneumatique de tout ce voyage, et nos machines ne nous caus&#232;rent aucun autre ennui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aix a tr&#232;s grand air, et l'arriv&#233;e sur une belle place orn&#233;e d une fontaine monumentale et prolong&#233;e par une all&#233;e de vaste dimension, mais un peu courte, impressionne favorablement. La route que nous avions suivie pour y arriver n'a rien de particuli&#232;rement int&#233;ressant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas d'eau, pas d'ombre, de la poussi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en plein &#233;t&#233; elle doit &#234;tre p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons Aix &#224; 4 h. 20 en continuant &#224; descendre tr&#232;s agr&#233;ablement, puis, par une jolie route &#224; peu pr&#232;s plate, qui nous permet d'utiliser nos grands d&#233;veloppements, nous filons grand train sur Trets. Bien que la route par Ch&#226;teau-neuf-le-Rouge soit plus courte de 3 ou 4 kilom&#232;tres, un cyclo-touriste, &#224; qui ces r&#233;gions sont famili&#232;res, nous avait engag&#233;s &#224; l'&#233;viter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chemin faisant, nous remettons dans le bon chemin un cycliste marseillais qui revenait de Saint-Maximin avec un ami et qui s'&#233;tait &#233;gar&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par Gardanne il sera vite &#224; Saint-Antoine o&#249; il compte retrouver son ami que nous rencontr&#226;mes justement &#224; 3 kilom&#232;tres de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le poursuivi devenait le poursuivant, j'esp&#232;re qu'ils se rattrap&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent s'&#233;tait calm&#233; et nous enlev&#226;mes, en une heure. les 24 ou kilom&#232;tres qui s&#233;parent Aix de Trets o&#249; nous nous lest&#226;mes de pain tremp&#233; dans du caf&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le village &#233;tait en f&#234;te, la fanfare jouait et nous d&#251;mes mettre pied &#224; terre pour traverser la foule endimanch&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le Midi on vit dehors plus que dedans et nous e&#251;mes &#224; constater souvent l'encombrement des routes dans la travers&#233;e des villages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Trets le vent s'&#233;leva de nouveau et ne nous quitta plus jusqu'au soir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route monte assez longtemps, puis une fort belle descente nous am&#232;ne jusqu'&#224; Saint-Maximin (116 kilom.). La nuit est presque sur nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions l'intention d'aller coucher &#224; Solli&#232;s-Pont, mais tout ce que nous pourrons faire sera d'arriver &#224; Roquebrussanne ainsi qu'on nous l'avait pr&#233;dit &#224; Trets. Il nous reste &#224; faire 20 kilom&#232;tres dont 3 ou 4 de mont&#233;e, dure imm&#233;diatement avant Roquebrussanne. En attendant nous commen&#231;ons par descendre jusqu'&#224; Tourves o&#249; R... allume sa lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne, car la lune sur laquelle nous comptions ne manifeste pas l'intention de se lever de bien bonne heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous marchons tout doucement, il fait bon, l'air est frais, le sang se calme et nous &#233;prouvons une intime sensation de bien-&#234;tre. Nous entrons bient&#244;t dans une gorge bois&#233;e o&#249; nous entendons sans la voir, l'eau ruisseller de tous c&#244;t&#233;s, nous avons certainement perdu l&#224; de bien jolis points de vue. Deux ou trois fois nous percevons un bruit de feuilles froiss&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelque animal troubl&#233; dans son repos et que la lueur de notre lanterne met en fuite. La mont&#233;e dure commence, nous passons de 4m,40 &#224; 3m,30 et c'est bien assez &#224; la fin de la journ&#233;e. Nous commencions &#224; trouver notre g&#238;te bien loin et bien haut lorsque la mont&#233;e se transforme en plat, puis en descente faible et nous apercevons bient&#244;t une lampe &#233;lectrique. Nous entrons dans Roquebrussanne (136 kilom.) &#224; 8 h. 1/2 et nous descendons &#224; l'unique auberge du pays, chez M.&#160;Barbier.&lt;br class='autobr' /&gt;
136 depuis Avignon et 92 le matin de Saint-&#201;tienne &#224; Valence, cela mettait &#224; mon actif, pour la premi&#232;re journ&#233;e, 228 kilom&#232;tres. Je n'&#233;prouvais pas une fatigue excessive mais j'avais faim et sommeil. Nous f&#238;mes donc honneur au frugal repas, potage, omelette, pommes de terre et fromage qu'une servante peu am&#232;ne nous servit dans une salle basse, enfum&#233;e, encombr&#233;e d'ouvriers &#233;trangers, chantant et buvant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patron nous honora de sa compagnie et nous documenta sur Roquebrussanne qui somme toute est un bien petit chef-lieu de canton. En fait de curiosit&#233;s naturelles il y a parait-il, &#224; peu de distance, une grotte ayant autrefois servi d'habitation et connue sous le nom de maison sans toit. Une source abondante y jaillit du rocher, et M.&#160;Barbier est persuad&#233; que si cette grotte se trouvait aux environs d'une grande ville, elle serait certainement un lieu de grande attraction... et sans doute aussi, ajoutait mentalement le brave homme, une occasion de bonnes recettes pour un aubergiste. Nos bons villageois ont une fa&#231;on toute particuli&#232;re d'appr&#233;cier la beaut&#233; des sites agrestes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une petite chambre a&#233;r&#233;e par une petite fen&#234;tre que nous laiss&#226;mes grande ouverte, deux petits lits avec paillasses bourr&#233;es de paille de ma&#239;s, une cuvette grande comme un bol et un pot &#224; eau minuscule&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un Anglais aurait trouv&#233; le tout tr&#232;s unconfortable, mais les lits &#233;taient propres et l'air pur qui entrait librement par la fen&#234;tre, nous emp&#234;cha d'&#234;tre incommod&#233; par l'exigu&#239;t&#233; du local. Nous ne f&#238;mes qu'un somme &#224; peine interrompu par le brouhaha qui s'&#233;leva quand on mit les buveurs &#224; la porte du cabaret entre minuit et une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 16&#160;avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Roquebrussanne, M&#233;ounes, Solli&#232;s-Pont, La Farl&#232;de,&lt;br class='autobr' /&gt;
La Cran, Hy&#232;res, La Londe, Cogolin, Sainte-Maxime,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fr&#233;jus, Auberge des Adrets, L'Esterel, Agay, Saint-&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapha&#235;l, Fr&#233;jus, Sainte-Maxime (196 kilom&#232;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi matin &#224; 4 h. 50 nous quittions Roquebrussanne apr&#232;s avoir sold&#233; nos d&#233;penses. (2 francs par t&#234;te pour la chambre et le souper&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) Nous entrons imm&#233;diatement dans le brouillard. Le temps devient incertain et la pluie nous menace&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pleut en effet ce jour-l&#224; entre Valence et Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous &#233;chappons aux arrosoirs c&#233;lestes. La diligence, respectable d&#233;bris des temps pass&#233;s, nous pr&#233;c&#233;dait de 20 minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est encore le seul moyen de transport qui relie Roquebrussanne &#224; la C&#244;te d'azur. Nous la d&#233;pass&#226;mes &#224; M&#233;ounes o&#249; la gorge devient pittoresque de plus en plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle atteint son maximum d'int&#233;r&#234;t &#224; Belgentier. non loin de l&#224; &#224; droite se trouve une Chartreuse qui vaut, m'a-t-on assur&#233;, qu'on se d&#233;range pour aller la visiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route suit les nombreuses sinuosit&#233;s du torrent, l'air est embaum&#233;, les arbres ont rev&#234;tu leur printani&#232;re parure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la v&#233;g&#233;tation est naturellement ici beaucoup plus avanc&#233;e que chez nous o&#249; les arbres en sont encore &#224; attendre leurs premi&#232;res feuilles. F&#226;cheux que le soleil continue &#224; se cacher derri&#232;re les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le paysage e&#251;t &#233;t&#233; bien plus gai avec quelques rayons de soleil par ci par l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Solli&#232;s-Pont o&#249; nous aurions d&#251; passer notre premi&#232;re nuit, est un gros bourg situ&#233; entre plaine et montagne, d&#233;j&#224; tr&#232;s poussi&#233;reux et tr&#232;s anim&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au village suivant, La Farl&#232;de, nous tournons brusquement &#224; gauche dans un tout petit chemin aupr&#232;s duquel, si l'on n'&#233;tait pas pr&#233;venu, on passerait sans s'en douter et nous filions par La Grau directement sur Uy&#232;res. La Farl&#232;de est &#224; &#233;gale distance d&#8216;Uy&#232;res et de Toulon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre chemin bien qu'&#233;troit n'est pas mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Roquebrussanne je suis sur 6 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la carte m'annon&#231;ant une mont&#233;e entre La Crau et la route de Toulon, je crois utile de descendre &#224; 4m,40, mais c'est une fausse man&#339;uvre car, la mont&#233;e est insignifiante et je reviens &#224; 6 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l'heure de se lester d'un premier d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous obtenons un excellent caf&#233; au lait dans un modeste &#233;tablissement de l'autre c&#244;t&#233; de la ville et nous faisons emplette d'oranges et de pain pour le second d&#233;jeuner que nous ferons en cours de route. On a beau vouloir se d&#233;p&#234;cher, d&#232;s qu'on s'arr&#234;te dans un caf&#233; quelconque, on ne perd jamais moins de 40 &#224; 45 minutes. Nous voyons passer plusieurs cyclistes et cyclettistes tr&#232;s corrects de tenue et mont&#233;s sur des machines tr&#232;s &#224; la mode&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils vont de notre c&#244;t&#233; et nous les rattraperons bien vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus bel ornement d'Hy&#232;res est un h&#244;tel qui borde la route et dont les prix doivent &#234;tre sensiblement plus &#233;lev&#233;s que ceux de Roquebrussanne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est un peu loin de la mer et je crains que malgr&#233; les montagnes qui l'entourent, elle ne soit gu&#232;re &#224; l'abri du mistral. La saison n'a pas &#233;t&#233; bonne, les visiteurs ont manqu&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on parle de ces nobles &#233;trangers comme un mara&#238;cher de ses melons et de ses petits pois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est f&#226;cheux que la route en s'&#233;loignant d'Hy&#232;res ne soit pas quelque peu relev&#233;e au-dessus du niveau de la mer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on aurait ainsi une vue agr&#233;able pour nous autres terriens qui avons toujours h&#226;te de voir l'immense plaine liquide&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; sans cesse les flots sur les flots entass&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; Roulent sous les vagues profondes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous d&#233;dommageons du d&#233;faut de perspective en roulant grand train et nous atteignons bient&#244;t le pied des monts des Maures que nous devons traverser de part en part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous abaissons d'un cran nos d&#233;veloppements, la rampe est d'abord assez faible, mais peu apr&#232;s avoir pass&#233; le point de jonction de la route qui m&#232;ne au bord de la mer, on attaque environ 3 kilom&#232;tres de pente &#224; 6 ou 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% auxquels nous faisons l'honneur de nos plus faibles multiplications et nous montons all&#232;grement, si all&#232;grement qu'un motocycliste qui descend bon train ralentit pour se rendre compte de ce qui nous poussait. Il voit nos pignons et il comprend car nous l'entendons dire &#224; sa compagne : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ils ont deux multiplications.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il tout de m&#234;me qu'on ait l'habitude de voir faire p&#233;destrement des mont&#233;es relativement faibles pour qu'on s'&#233;tonne &#224; ce point de voir deux cyclistes grimper sans effort, en causant de choses et autres et en admirant le paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous admirions en effet le paysage qui est, &#224; cette &#233;poque de l'ann&#233;e, tr&#232;s frais, tr&#232;s agr&#233;able, bien au point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au gros de l'&#233;t&#233; &#231;a doit &#234;tre plut&#244;t sec. Avant d'arriver an sommet nous faisons une courte halte aupr&#232;s d'un filet d'eau qui cascade sur le bord de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis sachant que jusqu'&#224; Cogolin la route descend presque sans interruption, je prends le d&#233;veloppement de 7m,25 et je file &#224; grande allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon me suit &#224; peu de distance. Malgr&#233; deux l&#233;g&#232;res remont&#233;es, je conserve, pendant tout ce trajet, la vitesse moyenne de 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure et je mets pied &#224; terre &#224; Cogolin &#224; 9 h. 25&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est parfois m&#233;diocre et ne vaut pas celui de l'autre versant, je ne sais &#224; quoi tiennent ces in&#233;galit&#233;s d'entretien et me borne &#224; les constater. Mon compagnon moins multipli&#233; me rejoint bient&#244;t et nous vidons une bouteille de limonade&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e puis la vitesse nous ont alt&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Cogolin, route indiff&#233;rente jusqu'au moment o&#249; nous c&#244;toyons le golfe de Saint-Tropez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mer nous appara&#238;t et au m&#234;me instant le soleil resplendit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t se d&#233;tachent au loin les maisons blanches de Sainte-Maxime. Constamment, de cette route en corniche, s'abaissant parfois au niveau de la nier et ne s'&#233;levant jamais a plus de quelques m&#232;tres au-dessus, la vue est splendide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la c&#244;te fouill&#233;e, mordill&#233;e par les flots ne pr&#233;sente pas une seule ligne droite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les anses, les criques, les caps, les pointes se succ&#232;dent &#224; l'infini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la montagne &#224; gauche bois&#233;e partiellement s'abaisse mollement vers nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps nous traversons un ruisselet ind&#233;pendant qui se jette dans la mer sans passer par les grands fleuves. Un chemin de fer &#224; voie &#233;troite traverse &#224; plusieurs reprises la route qui se passerait bien de ce voisinage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sainte-Maxime est un village peu important, mais assez fr&#233;quent&#233; par les &#233;trangers pendant l'hiver pour qu'on y ait construit un grand h&#244;tel o&#249; nous reviendrons coucher le soir m&#234;me. Dans un tout petit port quelques barques de p&#234;cheurs se balancent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au sud en face, on aper&#231;oit les maisons de Saint-Tropez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre dix et onze heures, &#224; l'extr&#233;mit&#233; du cap Sardineau, nous faisons une longue halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait assez chaud pour que nous entrions jusqu'&#224; mi-jambe dans l'eau admirablement claire qui clapote entre les rochers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant ce bain dont nous &#233;prouvons un sensible d&#233;lassement, nous mangeons le pain et les oranges que nous avions en r&#233;serve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous attardons paresseusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; non loin de nous, des p&#233;cheurs &#224; la ligne essaient de prendre quelques poissons, des bateaux glissent &#224; faible distance, nous entendons passer sur la route qui nous domine mais dont nous s&#233;pare un rideau de pins et de broussailles dans lesquels nous avons cach&#233; nos montures, des groupes de cyclistes, des automobiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous en rencontrerons encore plusieurs fois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il serait difficile de trouver un terrain plus favorable aux promenades.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec un soupir de regret que nous nous arrachons &#224; la douceur du repos, mais sit&#244;t en selle nous nous sentons enflamm&#233;s d'une ardeur nouvelle et nous p&#233;dalons plus &#233;nergiquement qu'auparavant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre intention &#233;tait de gagner Saint-Rapha&#235;l par le chemin qui suit constamment le bord de la mer, mais un cycliste nous apprend que le pont jet&#233; sur l'Argens a &#233;t&#233; emport&#233; et qu'on ne peut pas passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons donc nous contenter de contempler de loin Saint-Rapha&#235;l et par un assez long d&#233;tour &#224; gauche nous filons sur Fr&#233;jus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; route plate sans int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici que de toutes parts surgissent du sol des colonnes, des arcades en ruines, d&#233;bris de monuments romains qui sont comme les parchemins d'une vieille cit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la campagne autour de Fr&#233;jus est parsem&#233;e de ces t&#233;moins encore hautains malgr&#233; leur d&#233;cr&#233;pitude, de la prosp&#233;rit&#233; gallo-romaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous traversons la ville sans nous arr&#234;ter, press&#233;s d'attaquer l'Esterel que l'Homme de la Montagne a explor&#233; &#224; fond cet hiver, et dont il avait eu l'obligeance de dresser &#224; mon intention une carte d&#233;taill&#233;e o&#249; se d&#233;tachait en rouge l'itin&#233;raire le plus int&#233;ressant.&lt;br class='autobr' /&gt;
On commence &#224; grimper dans Fr&#233;jus m&#234;me, puis on redescend pour remonter et cela dure ainsi pendant quelques kilom&#232;tres jusqu'&#224; ce que l'on arrive &#224; la rampe continue d'environ 5 kilom&#232;tres qui vous hisse &#224; l'altitude de trois cent et quelques m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons pendant cette grimp&#233;e en plein soleil, entre midi et une heure, terriblement su&#233;, ayant eu le tort l'un et l'autre de conserver un d&#233;veloppement (4m,40 et 4m,8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) trop fort pour la circonstance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux ou trois kilom&#232;tres de plat suivent la mont&#233;e et, juste au moment o&#249; l'on a envie de se rafra&#238;chir, une source sacr&#233;e se fait entendre sous d'&#233;pais ombrages. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! certes, j'en ai profit&#233; et cette eau fra&#238;che fut un baume d&#233;licieux pour mon &#233;piderme surchauff&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il est fatigant &#224; la mont&#233;e de r&#233;gler son pas sur celui d'un compagnon et qu'on marche mieux quand on marche &#224; sa propre allure, j'avais pris les devants et j'arrivais &#224; l'auberge des Adrets avec quelques minutes d'avance que j'utilisai pour faire rapidement pr&#233;parer un d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait l&#224; 4 automobiles, deux hippomobiles et une bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#238;n&#226;mes &#224; c&#244;t&#233; du cycliste qui venait de Cannes et montait jusqu'&#224; Lyon. Le service &#233;tait bien fait, la cuisine app&#233;tissante et le prix fut mod&#233;r&#233; (2 fr. 50 si j'ai bonne m&#233;moire).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rest&#226;mes l&#224; de 1 h. 30 &#224; 2 h. 50. Pass&#232;rent pendant ce temps, plusieurs autos allant de Cannes &#224; Fr&#233;jus, qui r&#233;guli&#232;rement capitulaient devant un raidillon d'&#224; peine 150 m&#232;tres qui commence justement devant la gendarmerie, laquelle forme avec l'auberge toute l'agglom&#233;ration des Adrets sur ce point, car le village de ce nom est tr&#232;s &#233;loign&#233; de l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remarquai &#224; ce propos combien peu compatissants les uns pour les autres sont Messieurs les chauffeurs. Ceux qui d&#233;jeunaient &#224; c&#244;t&#233; de nous dressaient l'oreille et se pr&#233;cipitaient sur la route d&#232;s qu'ils entendaient le hal&#232;tement d'une voiture et si la pauvrette mettait &#224; grimper quelque h&#233;sitation, les lazzi partaient comme fus&#233;es, malveillants, cruels, rosses, accompagn&#233;s d'expressions bizarres, tir&#233;es de l'argot sp&#233;cial &#224; ce genre de locomotion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous m&#238;mes en selle et, mon compagnon sur sa roue libre, moi sur mes repose-pieds, nous nous laiss&#226;mes aller, persuad&#233;s que la descente allait &#234;tre aussi r&#233;guli&#232;re que l'avait &#233;t&#233; La mont&#233;e. Ah, ouiche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous n'avions pas fait 500 m&#232;tres qu'il fallut appuyer ferme sur les p&#233;dales et il y eut plusieurs raidillons &#224; franchir avant d'arriver &#224; une s&#233;rie de plongeons plut&#244;t dangereux &#224; cause de la brusquerie des tournants et de l'intensit&#233; de la pente. Un tricycle &#224; p&#233;trole nous croisa, grimpant &#224; tr&#232;s vive allure, son conducteur enfoui sous une immense fourrure qui le faisait ressembler &#224; un ours, puis survint, ronflant et teufteuffant une automobile qui &#233;choua devant un raidillon et qu'on fut oblig&#233; de ranger sur le bord de la route en attendant un secours probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous continuons &#224; descendre et nous arrivons &#224; un point qui nous parait &#234;tre celui o&#249; d&#233;bouche l'itin&#233;raire sp&#233;cial trac&#233; par l' l'Homme de la Montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je descends, chercher un poteau et n'en vois pas d'abord, mais j'aper&#231;ois tout &#224; coup dans l'herbe au pied d'un arbre une plaque bleue portant l'indication que je cherchais : Les Trois Termes, Agay. Une &#233;trange fa&#231;on de placer un poteau indicateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me h&#226;te d'ajouter que partout ailleurs dans l'int&#233;rieur de l'Est&#233;rel nous avons toujours trouv&#233; les plaques indicatrices plac&#233;es bien en vue et certes, elles sont n&#233;cessaires car les passants y sont clairsem&#233;s. Il est 3 h. 20&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes &#224; l'altitude 53, il s'agit de grimper en 3 kilom&#232;tres &#224; l'altitude 280 environ, au col des Trois-Termes, par un sentier forestier qui n'a rien de bien roulant. Ce fut plut&#244;t dur : le soleil &#233;tait bien chaud, le pr&#233;cipice &#224; droite bien profond, mais nous entrions dans une r&#233;gion toute nouvelle qui nous empoigna tout de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
On rencontre des touristes qui vous disent : L'Est&#233;rel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais je le connais comme ma poche, je l'ai travers&#233; de part en part, il y a des bois, des rochers, des ravins, c'est magnifique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils ne le connaissent pas, ils sont all&#233;s de Fr&#233;jus &#224; Cannes ou de Cannes &#224; Fr&#233;jus par la route nationale, ils ont bu et mang&#233; &#224; l'auberge des Adrets, ils ont aper&#231;u quelques ar&#234;tes de rocher, la pointe du mont Vinaigre et ils croient avoir vu l'Est&#233;rel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ils en ont fait le tour, voil&#224; tout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ils ne savent rien du charme tout &#224; fait in&#233;dit qui se d&#233;gage de cet extraordinaire chaos, de ce bizarre amoncellement de montagnes &#233;ventr&#233;es, d&#233;chir&#233;es, tortur&#233;es, s&#233;par&#233;es par des gorges profondes, &#233;troites, d'o&#249; &#233;mergent des rochers fantastiques par-dessus lesquels on aper&#231;oit la mer, le littoral, la ville de Cannes blanche au bord des flots azur&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se promener du col de Notre-Dame au col des Lenstiques par un beau clair de lune, cela doit impressionner l'&#226;me &#233;trangement. Alors que nous descendions, avec prudence, les deux kilom&#232;tres &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui du col des Lenstiques nous amen&#232;rent dans le lit du Mal Infernet, nous f&#251;mes aper&#231;us par un correspondant du Cycliste, M.&#160;Toucheb&#339;uf, que la beaut&#233; des sites de l'Est&#233;rel retenait depuis huit jours &#224; l'H&#244;tel Sube et qui, p&#233;destrement, son kodak &#224; la main, circulait du matin au soir dans ce massif peut-&#234;tre unique au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Resserrez, comprimez la Suisse, de fa&#231;on &#224; la loger toute enti&#232;re entre Cannes et Fr&#233;jus et vous obtiendrez l'Est&#233;rel, me disait, quand je le revis &#224; Lyon, M.&#160;Toucheb&#339;uf, et c'est tout &#224; fait cela, une Suisse en miniature.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dit que l'Est&#233;rel fut &#224; une certaine &#233;poque un repaire de bandits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n'auraient certainement pas pu trouver de plus s&#251;re retraite et la mar&#233;chauss&#233;e dut avoir rudement de la peine les en d&#233;loger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois dans le lit du ruisseau nous n'avons plus qu'&#224; le suivre jusqu'&#224; Agay : on passe Gratadis d'Agay, maison de garde, o&#249; pour la premi&#232;re fois depuis notre entr&#233;e dans le massif nous trouvons &#224; qui parler et nous nous retrouvons &#224; 5 h. 25 au bord de la mer &#224; Agay&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous a fallu 2 heures pour faire environ 25 kilom&#232;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
mais nous nous sommes arr&#234;t&#233;s souvent et il faudrait pas conclure de l&#224; que les chemins forestiers sont impraticables. Ils ne sont pas m&#234;me difficiles et tout cycliste pourra, &#224; la condition d'&#234;tre prudent, passer partout o&#249; nous avons pass&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les voitures y passent aussi, ce qui m'a sembl&#233; &#224; certains endroits bien dangereux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Agay, malgr&#233; la carte qui m'indiquait clairement le chemin &#224; suivre, je m'engage sur la route en construction qui sera la nouvelle Corniche et que le Touring Club de France subventionne si largement qu'il aura bien le droit de s'en attribuer la paternit&#233;, mais qui pour le moment est naturellement impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n&#233;anmoins p&#233;dalant quand m&#234;me &#224; travers orni&#232;res, moellons, sable et cailloux, j'entra&#238;ne mon compagnon et nous finissons par mettre le pied sur une route convenable qui nous conduira &#224; St-Rapha&#235;l. Nous aurions d&#251; &#224; douze cents m&#232;tres de l'h&#244;tel d'Agay passer de l'autre c&#244;t&#233; du chemin de fer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y aurions trouv&#233; un chemin passable et nous aurions vu des carri&#232;res de porphyre tr&#232;s importantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que nous ne sentions pas un souffle de vent, la mer vient se briser avec fracas sur les rochers, f&#226;cheux pr&#233;sage pour le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Rapha&#235;l&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! villas, palmiers, fleurs et parfums, telle est l'impression principale qui se d&#233;gage de mes souvenirs quand je pense &#224; cette charmante oasis que nous travers&#226;mes un peu vite, car la nuit nous talonnait. Mon compagnon s'y arr&#234;ta un instant pour exp&#233;dier quelques cartes postales et nous f&#251;mes en un clin d'&#339;il &#224; Fr&#233;jus o&#249; la nuit entra en m&#234;me temps que nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;lib&#233;r&#226;mes. Coucherons-nous &#224; Fr&#233;jus ou irons-nous malgr&#233; la nuit jusqu'&#224; Ste-Maxime. &#224; 25 kilom&#232;tres de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Errare humanun est.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures, nous irons jusqu'&#224; Sainte-Maxime et pour parer &#224; toute &#233;ventualit&#233; nous emportons un pain d'une livre. Tel accident pourrait en effet se produire qui nous obligerait &#224; manger et peut-&#234;tre &#224; coucher en plein air, car il n'y a pas de village interm&#233;diaire et, en pleine nuit, il ne nous serait pas possible d'aller &#224; l'aventure qu&#233;mander un g&#238;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224; des &#233;ventualit&#233;s devant lesquelles des v&#233;g&#233;tariens ne doivent pas reculer. Elles ne se produisirent pas ce soir-l&#224; et apr&#232;s une heure et quart de marche monotone dans la nuit noire sur cette route que nous avions suivie quelques heures auparavant en pleine lumi&#232;re, nous rev&#238;mes pour la seconde fois Sainte-Maxime &#224; 8 heures 1/4 du soir, un peu tard pour chercher un h&#244;tel. Nous nous informons aupr&#232;s d'un couple qui fait les cent pas sur la route. &#201;trangers eux-m&#234;mes, ils ont eu de la peine &#224; se loger au petit h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous engagent &#224; aller au grand h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y grimpons, et on nous y accueille tr&#232;s cordialement malgr&#233; l'heure tardive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos cinq cents grammes de pain sont avantageusement remplac&#233;s par un potage, une omelette, quelques l&#233;gumes et nous obtenons une tr&#232;s belle chambre avec vue sur la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un phare lointain &#224; feu intermittent, des falots de bateaux de p&#234;che dansant sur les flots, d'autres petits phares &#224; feu fixe, les &#233;toiles scintillantes, la lune qui se l&#232;ve &#233;norme &#224; l'horizon, il y avait l&#224; de quoi me faire r&#234;ver de longues heures, mais il faut songer &#224; l'&#233;tape du lendemain et r&#233;parer par le sommeil l'organisme fatigu&#233; (mais non surmen&#233;, entendons-nous bien) par les 196 kilom&#232;tres parcourus depuis le matin et que mon compteur fid&#232;le avait enregistr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 17&#160;avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sainte-Maxime, Plan de la Tour, Col de Vignon, La Garde-Freinet, Mayons, Gonfaron,Flassans,Brignoles, Saint-Maximin, Rians, Jonques, Pertuis (136 kilom&#232;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous f&#251;mes, dans la nuit, &#233;veill&#233;s par le claquement des volets&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent s'&#233;levait et, d&#233;j&#224; violent, faisait autour de la maison un ronflement formidable. Bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dis-je, voil&#224; ce coquin de mistral qui va nous rendre bien p&#233;nible notre troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si encore nous l'avions eu pour nous le premier jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne puis d&#233;cid&#233;ment pas aller dans le Midi, sans avoir le mistral devant ou derri&#232;re moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand il est derri&#232;re, le mal n'est pas grand, mais devant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est une autre affaire, j'en appelle &#224; ceux qui eurent &#224; lutter contre lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lenteur des appr&#234;ts du d&#233;jeuner, l'espoir de voir la violence du vent s'att&#233;nuer, l'appr&#233;hension de nous exposer &#224; ces rafales qui courbaient les arbres, soulevaient les flots et faisaient danser les barques comme des coquilles de noix, firent que nous ne quitt&#226;mes l'h&#244;tel qu'&#224; 6 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
En arrivant sur le port nous faill&#238;mes &#234;tre renvers&#233;s, nos b&#233;rets s'envol&#232;rent et peu s'en fallut qu'ils n'allassent &#224; l'eau. Gr&#226;ce &#224; nos plus faibles d&#233;veloppements, nous p&#251;mes cependant avancer et sit&#244;t entr&#233;s dans la montagne, la situation devint tol&#233;rable. Notre objectif imm&#233;diat Plan de la Tour est assez vite atteint&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est bonne, tr&#232;s peu montante et le vent ne nous arr&#234;te que par moments&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je juge m&#234;me &#224; propos de remonter bient&#244;t de 3m,30 &#224; 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Imm&#233;diatement apr&#232;s Plan de la Tour commence la grimp&#233;e s&#233;rieuse jusqu'au col du Vignon. Un abonn&#233; du Cycliste qui fr&#233;quente beaucoup par l&#224; en hiver m'avait signal&#233; comme tr&#232;s int&#233;ressant le trajet Sainte-Maxime-Gonfaron&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne f&#251;mes pas d&#233;&#231;us&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a l&#224; un coin des Maures qui m&#233;rite d'&#234;tre vu. En somme, tous les habitants des r&#233;gions qui avoisinent les Maures et l'Esterel sont bien heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont la mer et la montagne, que leur faut-il de plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La bicyclette assur&#233;ment, mais ensuite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'ils vivent simplement, sans ostentation, qu'ils foulent aux pieds ces stupides satisfactions d'amour propre, de vanit&#233; qui rendent esclaves et malheureux la plupart des hommes. Leur sol fertile leur fournit presque gratuitement en fruits et en l&#233;gumes plus qu'il ne leur faut pour leur alimentation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n'ont donc qu'&#224; devenir v&#233;g&#233;tariens et les voil&#224; du m&#234;me coup devenus riches, puisqu'ils n'auront plus de besoins, heureux, raisonnables et bien portants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais p&#233;dalons ferme, la route devient chemin, puis sentier, nous passons &#224; gu&#233; deux ruisseaux et nous attaquons une rampe de plusieurs kilom&#232;tres qui circule avec maints d&#233;tours, crochets et ricochets sur les flancs d'une montagne couverte de ch&#226;taigniers. Le mistral nous pousse parfois, mais parfois aussi nous attaque avec tant de violence qu'il nous d&#233;sar&#231;onne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me souviens d'avoir &#233;t&#233; jet&#233;, homme et bicyclette p&#234;le-m&#234;le, dans un buisson tr&#232;s &#233;pineux dont les caresses ont &#233;t&#233; fort cuisantes et dont sans bien chercher je retrouverais encore aujourd'hui la marque sur mes mollets et sur mes bras.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du col, nous jetons un dernier regard sur la mer dont on aper&#231;oit un lambeau et nous continuons apr&#232;s avoir pris un grand d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous allons bient&#244;t descendre et nous serons &#224; l'abri du vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le paysage est toujours captivant, par intervalles l'&#339;il d&#233;couvre de grands espaces et plonge vers la plaine du Luc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cinq cents m&#232;tres de la route de Grimaud au Luc qui va &#234;tre la n&#244;tre pendant quelques kilom&#232;tres, notre chemin se transforme en une sorte de sentier muletier fortement inclin&#233; et nous arrivons &#224; la bifurcation tellement lanc&#233;s, que nous manquons le virage &#224; droite et filons sur la Garde-Freinet. Une fois dans le village, la carte &#224; la main, nous sommes compl&#232;tement d&#233;sorient&#233;s et il nous faut un long moment avec pas mal d'explications qu&#233;mand&#233;es &#224; droite et &#224; gauche pour comprendre que nous avons fait fausse route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tiendrai bient&#244;t le record des erreurs de route et l'Homme de la Montagne qui se trompe rarement, peut-&#234;tre jamais, ne peut s'emp&#234;cher de sourire quand je lui conte mes m&#233;saventures. Celle-ci ne fut pas bien m&#233;chante et nous co&#251;ta &#224; peine un kilom&#232;tre et une mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la Garde-Freinet nous n'avons qu'&#224; descendre en pente douce sur la bonne route de Luc puis &#224; gauche sur celle de Gonfaron tout aussi bonne, meilleure m&#234;me quoique plus &#233;troite, o&#249; la pente se change en palier puis en faibles montagnes russes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes et nous avons &#233;t&#233; depuis Plan de la Tour, dans des parties bois&#233;es peu habit&#233;es et peu fr&#233;quent&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi roulons-nous &#224; une bonne allure malgr&#233; le mistral qui ne nous g&#234;ne pas toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; quelque distance de Gonfaron, ce coquin nous prend en face et nous couvre de poussi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, &#224; ce moment m&#234;me, nous &#233;tions en train de tailler une bonne croupi&#232;re &#224; un pr&#233;somptueux voiturier qui depuis Mayons faisait assaut de vitesse avec nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions eu heureusement le bon esprit de prendre le d&#233;veloppement de 4m,40 et la lutte contre le vent nous en fut facilit&#233;e. &#192; Gonfaron, dont l'aspect &#224; mesure qu'on en approche est tr&#232;s pittoresque, nous avions une telle avance que nous e&#251;mes le temps de faire d'abondantes ablutions aupr&#232;s d'une fontaine &#224; l'entr&#233;e du bourg avant de voir poindre &#224; l'horizon notre adversaire. Que cette eau fra&#238;che nous fit du bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en ressens encore un mois apr&#232;s l'agr&#233;able sensation sur l'&#233;piderme &#233;chauff&#233; par la course et s&#233;ch&#233; par le vent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous traversons la place de Gonfaron, vaste et r&#233;guli&#232;re, le mistral nous d&#233;coche une de ces bourrades dont il est coutumier et nous force &#224; mettre pied &#224; terre. On n'a pas id&#233;e de semblable violence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le besoin d'un second petit d&#233;jeuner devant, selon toute apparence, se faire bient&#244;t sentir, nous achetons du pain et des oranges et par une route montante et expos&#233;e de tous les c&#244;t&#233;s au vent et au soleil nous nous dirigeons sur Flassans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons pris nos plus petits d&#233;veloppements 3m,30 et nous marchons sans trop de peine &#224; 10 &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compagnon m'avait fait remarquer la veille que nous n'avions eu pendant les deux premiers jours que de bien rares occasions o&#249; ce faible d&#233;veloppement avait pu nous &#234;tre utile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mistral vint juste &#224; point le troisi&#232;me et le quatri&#232;me jour pour nous prouver que les faibles d&#233;veloppements peuvent &#234;tre utiles ailleurs qu'en montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous montons longtemps puis nous redescendons vivement sur Flassans par quelques raidillons o&#249; le sol devient m&#233;diocre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne saurais rien dire du paysage qui m'a paru triste, parce que, le plus souvent, je tenais les yeux ferm&#233;s &#224; cause de la poussi&#232;re. &#192; Flassans (50 kilom.) nous entrons sur la route de Draguignan &#224; Aix qui est belle et roulante malgr&#233; de fr&#233;quentes montagnes russes. En allant, ce jour-l&#224;, de Brignoles &#224; Flassans, au lieu d'aller de Flassans &#224; Brignoles, nous aurions march&#233; sans effort &#224; 40 &#224; l'heure, tandis que nous avan&#231;ons p&#233;niblement &#224; 12 ou 15, si p&#233;niblement qu'&#224; 1.500 m&#232;tres de Flassans, au croisement d'une route, nous nous r&#233;fugions &#224; un pr&#233; en contre-bas o&#249; le vent ne nous atteint pas et nous croquons oranges et pain avec plus d'app&#233;tit encore que nous ne le f&#238;mes 24 heures auparavant pr&#232;s de Sainte-Maxime. Qu'on est donc heureux d'&#234;tre v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les kilom&#232;tres succ&#232;dent aux kilom&#232;tres et nous arrivons &#224; Brignoles &#224; midi et demi. R... un peu las s'y arr&#234;te avec l'intention de prendre le train jusqu'&#224; Saint-Maximin, mais apr&#232;s avoir bien d&#233;jeun&#233; &#224; l'h&#244;tel du Touring, il continuera bravement par la route, toute trace de fatigue ayant disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; moi, press&#233; d'arriver &#224; Saint-Maximin o&#249; je veux m'arr&#234;ter un instant, je me hasarde &#224; prendre 4m,40 et j'essaie d'aller un peu plus vite. La route tr&#232;s plate s'y pr&#234;te et, malgr&#233; un demi-bain pris dans un ruisseau merveilleusement limpide qui borde la route &#224; un certain point et qui descend des montagnes de Roquebrussanne, je suis &#224; Brignoles &#224; 2 heures moins dix. Depuis Tourves, avec 4m,40 , &#231;a m'a paru plut&#244;t dur, car la mont&#233;e est constante.&lt;br class='autobr' /&gt;
En passant j'ai salu&#233; de loin la Sainte-Baume, la vraie cette fois et la basilique majestueuse m'est apparue de loin toujours aussi imposante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bon d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien qu'on m'appr&#234;te complaisamment &#224; l'H&#244;tel du Var, bien qu'il soit un peu tard, me remet de toutes mes fatigues et je vais &#224; Saint-Mitre rendre visite &#224; M.&#160;M..., ami et collaborateur du Cycliste d'antan, de ce bon vieux temps o&#249; le robuste tricycle Quadrant d&#233;tenait tous les records du tourisme. Nous secouons un instant la poussi&#232;re du temps pass&#233;, nous parlons m&#234;me de Marius, le grand Marius dont la gloire plane encore sur toute la Provence. C'est &#224; Fourri&#232;res, &#224; tr&#232;s peu de distance de Saint-Maximin, que les l&#233;gions an&#233;antirent les Cimbres et les Teutons, gr&#226;ce &#224; un mouvement tournant que le g&#233;n&#233;ral romain fit ex&#233;cuter autour&lt;br class='autobr' /&gt;
de la montagne de Sainte-Victoire par une partie de ses troupes qui, au moment psychologique, prirent l'ennemi &#224; revers.&lt;br class='autobr' /&gt;
En comm&#233;moration de cet heureux &#233;v&#233;nement, on &#233;leva &#224; Pourri&#232;res (&#233;tymologie : Champs putrides, pourritures) un troph&#233;e o&#249; Marius &#233;tait repr&#233;sent&#233; debout sur un bouclier creux en forme de tuile, soutenu par trois hommes. Or, aujourd'hui Marius a disparu et il ne reste que les trois hommes portant le bouclier, si bien qu'on dit plaisamment dans le pays, &#224; la confusion des habitants de Pourri&#232;res, qu'&#224; Pourri&#232;res on se met trois pour porter une tuile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les plus grands &#233;v&#233;nements historiques finissent ainsi bien souvent en plaisanteries.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quittant &#224; Brignoles mon compagnon je lui ai donn&#233; rendez-vous &#224; 4 h. 1/2 sur la route de Bians &#224; la hauteur de Saint-Mitre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous y rencontrons &#224; l'heure dite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends cong&#233; de M.&#160;M..., et nous nous h&#226;tons vers Rians&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai repris 3m,30 &#224; cause de la mont&#233;e et du vent alli&#233;s contre moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant la violence du mistral a diminu&#233; et nous pourrons bient&#244;t reprendre nos allures et nos multiplications normales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lecteurs du Cycliste ont d&#233;j&#224; fait avec moi, il y a quelques mois &#224; peine cette m&#234;me route, je n'en parlerai donc pas. &#192; mesure que le vent faiblissait notre vitesse s'accroissait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous primes une l&#233;g&#232;re collation &#224; Jouques et nous nous arr&#234;t&#226;mes &#224; Pertuis, h&#244;tel Dauphin, &#224; 8 h. 1/2. Nous y f&#251;mes tr&#232;s bien trait&#233;s quoique v&#233;g&#233;tariens et le lendemain malgr&#233; l'heure matinale de notre d&#233;part, le beau-fr&#232;re du patron voulut bien se d&#233;ranger pour nous faire admirer le point de vue magnifique que, du bout de la promenade, on a sur la vall&#233;e de la Durance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la lumi&#232;re faisait malheureusement d&#233;faut. &#8212; Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si le soleil se montrait il serait braveu, nous dit, avec un accent du meilleur cr&#251;, notre aimable guide, dont la conversation &#233;tait &#233;maill&#233;e d'expressions proven&#231;ales tr&#232;s pittoresques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous recommandons sinc&#232;rement cet h&#244;tel &#224; nos camarades du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;Mercredi 18&#160;avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pertuis, Cavaillon, Fontaine-de-Vaucluse, Avignon, Saint-Rambert-d'Albon, Andance, Boulieu, Bourg-Argental, Saint-Etienne (150 kilom&#232;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quittons Pertuis &#224; 5 h. 20 et commen&#231;ons naturellement par filer &#224; gauche au lieu de tenir la droite, co&#251;t : 2 kilom&#232;tres de rabiot, que nous rattrapons en poussant l'allure jusqu'au maximum. J'ai 7m,25 et R... 6m,60, avec cela une bonne route et pas de vent nous marchons &#224; pr&#232;s de 30 l'heure jusqu'&#224; la hauteur de M&#233;rindol. En passant &#224; Lauris nous constatons combien est explicable l'erreur que je fis en novembre dernier et si je n'avais pas &#233;t&#233; sur mes gardes, nous nous serions certainement tromp&#233;s de nouveau. Sit&#244;t apr&#232;s la descente qui traverse le village, il faut tourner &#224; gauche sous un angle tr&#232;s vif et prendre une route qui tout d'abord ne para&#238;t pas aussi bonne que celle qu'on abandonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; M&#233;rindol le mistral se l&#232;ve et va rapidement crescendo, si rapidement que de 7m,25 il faut descendre &#224; 6 m&#232;tres, puis &#224; 4 m40.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peu de distance de M&#233;rindol, &#224; la hauteur de la borne 13 nous tournons &#224; droite et nous nous engageons dans un ravin o&#249; bient&#244;t il nous faut mettre pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; abandonnant alors dans les broussailles nos bicyclettes, nous allons visiter une gorge tr&#232;s curieuse que l'Homme de la Montagne m'avait signal&#233;e et qui vaut bien qu'on lui consacre une heure quelque press&#233; que l'on soit. Imaginez une montagne ouverte du haut en bas comme un fruit m&#251;r qui se fend et ne laissant entre les parois de cette gigantesque coupure qu'&#224; peine le passage d'un homme et d'un homme pas trop gros&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quand il pleut, le passage devient naturellement impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais en temps normal il n'y a pas une goutte d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce jour-l&#224; un oiseau n'aurait pas trouv&#233; de quoi se d&#233;salt&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce coin bien abrit&#233; on ne sentait pas le mistral, mais en revenant sur la route, nous sommes assaillis de la belle fa&#231;on par ce coquin dont la violence s'accro&#238;t de minute en minute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Cavaillon o&#249; nous sommes &#224; 8 heures et demie, il est terrible. Et moi qui m'&#233;tais imagin&#233; que Cavaillon &#233;tait abrit&#233; du mistral par le mont Saint-Jacques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; mesure que je m'en approchais je m'attendais toujours &#224; entrer dans la zone de protection o&#249; j'aurais pu souffler un instant, mais je t'en fiche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! plus je suis pr&#232;s plus je suis bouscul&#233;. Au caf&#233; o&#249; nous allons d&#233;jeuner on nous dira m&#234;me que la veille il &#233;tait mat&#233;riellement impossible de se tenir sur la place, on &#233;tait enlev&#233;. Les cyclistes, nous dit-on, ne sortent pas ici par un temps pareil. S'ils avaient de petits d&#233;veloppements, ils sortiraient tout de m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 9 heures nous reprenons la route et le train qui doit nous ramener d'Avignon &#224; Valence ne partant qu'&#224; une heure et demie nous avons le temps d'aller voir la Fontaine de Vaucluse. On nous assure que la route par Lagnes est tr&#232;s facile &#224; suivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous ne pouvez pas vous tromper, affirme le cafetier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous en sommes pas moins tromp&#233;s deux fois et nous avons constat&#233; de nouveau combien les renseignements donn&#233;s de bonne foi par les gens du pays manquent de pr&#233;cision parce que ceux qui les donnent, connaissant la route sur le bout des doigts, la voient devant eux toute droite au moment o&#249; ils parlent et ne supposent pas qu'un &#233;tranger va se heurter &#224; des difficult&#233;s qui n'existent pas pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, cette route de Cavaillon &#224; Vaucluse est, ainsi que je m'en suis rendu compte depuis sur la carte, tr&#232;s entortill&#233;e et c'est merveille que nous n'ayons pas err&#233; davantage &#224; droite et &#224; gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Fontaine de Vaucluse &#233;tait archi-pleine et l'eau atteignait le l&#233;gendaire figuier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est la premi&#232;re fois que je la voyais ainsi. C'est un merveilleux spectacle et fait pour impressionner que cette masse d'eau qui sort tranquillement de dessous terre comme d'un verre qui d&#233;borde et qui se transforme imm&#233;diatement en une torrentueuse rivi&#232;re. Les photographies que l'on vend aupr&#232;s de la source expriment peu l'imposante r&#233;alit&#233; de ce ph&#233;nom&#232;ne naturel.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; vient cette eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? des neiges du mont Ventoux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce le d&#233;versoir de quelque immense lac souterrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; de quoi tenter la curiosit&#233; des explorateurs du sous-sol de la France &#224; qui l'on doit depuis quelques ann&#233;es tant d'int&#233;ressantes d&#233;couvertes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre voyage est &#224; son terme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous filons vivement sur Avignon par la route la plus directe que le mistral nous rend parfois facile, parfois p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Isle-sur-Sorgues me laisse comme d'habitude une impression de fra&#238;cheur malgr&#233; sa poussi&#232;re de pl&#226;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une derni&#232;re mont&#233;e &#224; Ch&#226;teauneuf-de-Gadagne et nous sommes en vue du Ch&#226;teau des Papes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et demi nous entrons dans la ville, une heure apr&#232;s, le train nous emporte jusqu'&#224; Saint-Rambert-d'Albon, d'o&#249; nous rentrons entre dix et onze heures du soir &#224; Saint-&#201;tienne par la voie habituelle, Andance et Bourg-Argental. Pendant que nous nous r&#233;chauffions au beau soleil de la Provence, il avait plu dans nos montagnes de sorte que la travers&#233;e des grands bois que j'avais trouv&#233;e d&#233;testable en partant, fut &#233;pouvantable au retour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par deux fois mon compagnon fut oblig&#233; de mettre pied &#224; terre dans une boue atroce&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le suivais &#224; quelques m&#232;tres et je pus &#233;viter les orni&#232;res qui l'avaient fait choir. Sa lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne nous &#233;clairait assez bien, malheureusement elle s'&#233;teignit avant que nous fussions sortis de ce mauvais passage et nous arriv&#226;mes de tr&#232;s m&#233;chante humeur sur le plateau que balayait le vent d'ouest glacial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comble de malheur mon pneumatique depuis Bourg-Argental se d&#233;gonflait et m'obligeait &#224; des arr&#234;ts de plus en plus fr&#233;quents pour pomper.&lt;br class='autobr' /&gt;
On eut dit qu'il ne r&#233;int&#233;grait qu'en rechignant son domicile et qu'il manifestait son m&#233;contentement d'&#234;tre arrach&#233; si vite aux belles routes et &#224; la douce temp&#233;rature du Midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sunt lacrymae rerum&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Jusqu'au prochain automne c'en est fait pour cette ann&#233;e des excursions dans le Midi, sauf pourtant un ou deux raids dominicaux jusqu'au bord de la mer. Il va trop y faire chaud et l'heure est venue d'orienter son guidon vers les Alpes et de remplacer le d&#233;veloppement de 7m,50 par celui de 2m,50.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH129/velociosignature-6fd5d.jpg?1788126846' width='500' height='129' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-209 '&gt;&lt;strong&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-209 '&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-209 '&gt;source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per 1328_3
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>For&#234;t de Lente et Vercors (1900/1904)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article373</link>
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		<dc:date>2022-08-27T07:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Vercors est d&#233;cid&#233;ment un pays merveilleux, et l'on trouverait difficilement un autre coin de terre o&#249;, en un espace si petit qu'un cycliste peut ais&#233;ment le parcourir en deux jours dans tous les sens, soient r&#233;unies tant de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y manque que des glaciers.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;For&#234;t de Lente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1904, p. 230 &#224; 234, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve au fond d'un tiroir le r&#233;cit suivant d'une excursion, toujours et plus que jamais d'actualit&#233;, que nous f&#238;mes, il y a quatre ans, &#224; une &#233;poque o&#249; la cause de la polymultiplication &#233;tait bien loin d'avoir bataille gagn&#233;e, o&#249; surtout les changements de vitesse en marche ne semblaient pas aussi indispensables pour une machine de tourisme qu'ils le paraissent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pourquoi ce r&#233;cit ne fut pas publi&#233; &#224; son heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pens&#233; qu'on le lirait encore aujourd'hui avec quelque int&#233;r&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est du tourisme comme de la nature : il est &#233;ternellement jeune et ses manifestations sont de tous les temps et de tous les &#226;ges.&lt;br class='autobr' /&gt;
V...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une excursion dominicale au cours de laquelle on franchit 312 kilom&#232;tres en s'&#233;levant de 3.500 m&#232;tres, ce n'est pas banal, et cela m&#233;rite mieux qu'une simple et br&#232;ve mention, d'autant plus que les r&#233;gions travers&#233;es comptent parmi les plus riches en beaux points de vue que je connaisse, les Alpes comprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que pour nous, ce jour-l&#224; le dimanche commen&#231;a le samedi &#224; 19 heures et ne finit que le surlendemain &#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ces 36 heures repr&#233;sentent, pour tout travailleur, ce qu'on est convenu d'appeler le cong&#233; du dimanche. Or, le but que j'eus en vue, en instituant les excursions dominicales, fut de prouver que la bicyclette met &#224; la port&#233;e des travailleurs les moins favoris&#233;s, des horizons beaucoup plus &#233;loign&#233;s qu'on n'est tent&#233; de le supposer et permet de faire, &#224; peu de frais et sans empi&#233;ter sur le temps consacr&#233; au travail, de tr&#232;s int&#233;ressantes promenades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je connaissais le Vercors pour l'avoir travers&#233; de part en part de Pont-en-Royans &#224; Grenoble et de Die &#224; St-Gervais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'ignorais que l'on y trouvait des points de vue plus beaux encore que ceux qui sont r&#233;partis sur ces deux parcours classiques, et le r&#233;cit publi&#233; dans Le Cycliste par M.&#160;Burdet, sous le titre suggestif de : Nouveaux Goulets, me sugg&#233;ra la pens&#233;e de diriger de ce c&#244;t&#233; une de nos excursions dominicales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici comment, moi troisi&#232;me, nous l'avons men&#233;e &#224; bien le dimanche 5&#160;ao&#251;t 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TABLEAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARCHE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi soir, 7 h. 10, d&#233;part de Saint-&#201;tienne, Bellevue, &#8212; col des Grands Bois, 8h. 5. &#8212; Bourg-Argenlal, 8 h. 30, &#8212; Andance, 10 h. 15, &#8212; Tournon, 11 h. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin, 4 h. 15, d&#233;part de Tournon, &#8212; Romans, 5 h., &#8212;Saint-Jean-en-Royans, 7 h. 10 &#224; 7 h. 18, &#8212; col Gaudissart, croisement de l'ancienne et de la nouvelle route, 8 h. 6 &#224; 8 h. 34, &#8212; maison foresti&#232;re, 9 h. 25 &#224; 10 h. 35, &#8212; Vassieux, 12 h. 30 &#224; 1 h. 45, &#8212; col du Rousset, 2h.30 &#224; 3 h. 35, &#8212; Pont-en-Royans, 5 h. 30, &#8212; Bourg-de-P&#233;age, 6 h. 45 &#224; 7 h. 15 &#8212; Tournon, 8h. &#224; 8 h. 15, &#8212; Andance, 9 h. 30 &#224; 10 heures, &#8212; St-Cyr, 11 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi matin, 4 heures, d&#233;part de St-Cyr, &#8212; arr&#234;t &#224; Bourg-Argental, &#8212; col des Grands Bois, 6 h. 25, &#8212; Saint-&#201;tienne, 7 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma bicyclette a, tous les lecteurs du Cycliste le savent, 4 d&#233;veloppements, 2m,50, 3m,30, 4m,40, 6m et roue serve.&lt;br class='autobr' /&gt;
R..., avec trois d&#233;veloppements, 3m,20, 4m,80 et 6m,50 et roue libre, L..., avec l'unique d&#233;veloppement de 6m,30 et roue serve, se trouv&#232;rent au rendez-vous le samedi soir, et en guise d'ap&#233;ritif, nous exp&#233;di&#226;mes en 55 minutes les premiers 13 kilom&#232;tres de mont&#233;e que doivent pr&#233;alablement avaler tous les St&#233;phanois d&#233;sireux d'aller, par le plus court chemin, voir ce qui se passe dans le midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour le moment, ce temps est un record pour nous et, je pense aussi pour bien d'autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous esp&#233;rons, cependant, l'abaisser encore de cinq minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Bourg exige, par contre, &#224; cause de l'obscurit&#233; croissante, un peu plus de temps que d'habitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, &#224; Saint-Cyr, un premier accident de pneumatique, un simple clou, nous retarde encore de vingt minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos lanternes &#233;clairent mal, le vent les &#233;teint et dans ces conditions les r&#233;parations se font lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps est inqui&#233;tant, les nuages vagabondent et la lune, qui n'appara&#238;t que pour dispara&#238;tre et qui, du reste, est d&#233;j&#224; tr&#232;s basse, jette dans l'espace une bien vague clart&#233;. Notre allure s'accentue cependant et les 21 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Andance de Tournon nous demandent moins d'une heure, si bien que nous descendons devant l'h&#244;tel exactement 4 heures apr&#232;s notre d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; tout est clos, nous obtenons difficilement un frugal repas et nous ne pouvons nous mettre au lit qu'&#224; minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pareille circonstance, il vaut mieux prendre son repas auparavant dans un caf&#233; quelconque et ne descendre &#224; l'h&#244;tel que pour se coucher : on mange mieux, &#224; meilleur compte, et l'on ne perd pas de temps. De telles instructions pratiques qui semblent pu&#233;riles, sont utiles pour les cyclotouristes dont le temps est limit&#233; et pour qui une heure de sommeil de plus est pr&#233;cieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dimanche matin, avant 4 heures, nous sommes r&#233;veill&#233;s par de fortes d&#233;tonations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est jour de f&#234;te et l'on tient &#224; commencer d&#232;s le petit jour &#224; s'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous filons dare dare apr&#232;s avoir acquitt&#233; une note sal&#233;e. Le temps est douteux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a lutte entre le vent du midi et le vent du nord qui finira par l'emporter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Romans, le sol est assez bon et notre allure se maintient &#224; une moyenne &#233;lev&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau est mauvaise &#224; Romans, pas fameuse &#224; Bourg-de-P&#233;age&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous faudra arriver &#224; Saint-Jean-en-Royans pour trouver la bonne eau fra&#238;che que nous buvons en route avec tant de plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premier d&#233;jeuner &#224; l' &#201;canci&#232;re, hameau de quelques feux, &#224; cheval sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, nous entrons, &#224; St-Nazaire, dans le vestibule du Vercors. Il y a l&#224; de tr&#232;s jolies plaques &#224; faire, mais nous ne sommes pas photographes. Que la route apr&#232;s St-Nazaire est donc mauvaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On nous a conseill&#233; de suivre pendant deux ou trois kilom&#232;tres la direction de Pont-en-Royans, de repasser alors sur la rive gauche de la Bourne. Si le chemin direct que nous &#233;vitons par ce d&#233;tour est pire que celui qu'on nous fait prendre, qu'est-ce que &#231;a doit &#234;tre, bone Deus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Bon gr&#233; mal gr&#233;, il faut aller lentement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s le pont, &#231;a grimpe ferme, et jusqu'&#224; Saint-Jean nous travaillons avec le d&#233;veloppement de 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fontaine, qu'ombrage tr&#232;s chichement ce qui reste de l'arbre de la libert&#233;, nous invite &#224; nous rafra&#238;chir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son eau, dont un habitant nous fait l'&#233;loge, vient de la for&#234;t de Lente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est, en effet, d&#233;licieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous la retrouverons plus haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la sortie du village, nous abordons, avec le d&#233;veloppement de 3m,30, la mont&#233;e de 8 kilom&#232;tres, dont 6 ou 7 tr&#232;s durs, qui doit nous amener au col Gaudissart par des zigzags &#224; flanc de montagne qu'on peut suivre des yeux jusqu'en haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sit&#244;t que nous tournons &#224; gauche, face au mur de verdure, le sol devient moins bon, ce qui aggrave la r&#233;sistance de la pente en augmentant le coefficient de roulement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; tout, L., avec ses 6m,30, me suit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous marchons &#224; 12 &#224; l'heure, et l'effort qu'il doit faire sur sa p&#233;dale est de 42 kilos, tandis que ma p&#233;dale ne me demande que 22 kilos. En mon for int&#233;rieur, je me dis que &#231;a ne peut pas durer longtemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en effet, au bout de 1.500 m&#232;tres, mon compagnon met pied &#224; terre et R., qui avec 3m,20 peut facilement p&#233;daler, mais que la vitesse de marche, c'est-&#224;-dire l'intensit&#233; du travail, fatigue, lui tiendra compagnie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, &#224; l'allure qui convient &#224; ses poumons, il ne ferait que du 6 &#224; l'heure et L. &#224; pied en fait presque autant. Je continue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon travail est de 25 kilogramm&#232;tres par seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est mon maximum&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi apr&#232;s 4 kilom&#232;tres j'&#233;prouve le besoin d'abaisser mon d&#233;veloppement et de r&#233;duire &#224; la fois l'effort et le travail&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends 2m,50 et tournant toujours &#224; 60 tours, mon effort tombe &#224; 17 kilogrammes et mon travail &#224; 19 kilogramm&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma vitesse de marche n'&#233;tant plus que de 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, j'en profite pour souffler un instant puis inconsciemment ma vitesse de jambes s'accro&#238;t, s'&#233;l&#232;ve &#224; 70 tours, soit 10 kilom&#232;tres 1/2 &#224; l'heure. Bref, je viens &#224; bout de 8 kilom&#232;tres de mont&#233;e et de 600 m&#232;tres d'altitude en 48 minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une de mes meilleures grimpettes, si je tiens compte de l'&#233;tat du sol. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, je suis arriv&#233; l&#224;-haut aussi mouill&#233; que si j'avais re&#231;u une bonne averse, et comme je n'y trouvai pas le moindre abri contre le vent du nord qui faisait rage, j'y attrapai, en attendant les retardataires, une bonne fluxion dentaire que je traitai d'abord par le m&#233;pris, qui se transforma en abc&#232;s et qui me priva de sorties s&#233;rieuses pendant 15 jours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes projets de voyage dans les Alpes &#224; l'occasion des f&#234;tes du 15&#160;ao&#251;t durent ainsi &#234;tre renvoy&#233;s &#224; l'ann&#233;e prochaine. Grand effet d'une toute petite cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais eu constamment sous les yeux en m'&#233;levant un tr&#232;s vaste panorama dont les lointains s'&#233;vanouissaient dans la brume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce que j'en voyais me r&#233;compensait largement de la fatigue de l'ascension, et cette entr&#233;e dans le Vercors est comparable &#224; celle du col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Vercors est d&#233;cid&#233;ment un pays merveilleux, et l'on trouverait difficilement un autre coin de terre o&#249;, en un espace si petit qu'un cycliste peut ais&#233;ment le parcourir en deux jours dans tous les sens, soient r&#233;unies tant de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y manque que des glaciers.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici mes deux compagnons en retard exactement de 28 minutes qui repr&#233;sentent l'avance que peut prendre un cycliste p&#233;dalant &#224; un cycliste poussant sa machine sur un parcours de 6 kilom&#232;tres 1/2&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut estimer largement l'allure du premier au double de celle du second&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore faut-il que celui-ci marche d'un tr&#232;s bon pas. C'est une constatation qu'a d&#233;j&#224; faite, sur de nombreux parcours, M.&#160;d'Espinassous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc int&#233;r&#234;t, lorsque l'on est press&#233;, &#224; s'outiller de fa&#231;on &#224; gravir en machine toutes les rampes de plus de 500 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; la maison foresti&#232;re, nous n'avons plus que des mont&#233;es insignifiantes et je reprends 4m,40. Pendant quelques centaines de m&#232;tres, nous p&#233;dalons sur un plateau entre des broussailles et le paysage est sans int&#233;r&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous arrivons tout &#224; coup &#224; pic sur un ab&#238;me que la route tournant &#224; droite va surplomber pendant plusieurs kilom&#232;tres. Cet ab&#238;me, contre lequel nous ne sommes d&#233;fendus que par un mince parapet, c'est le ravin cul-de-sac du Cholet, un ruisseau du reste sans importance, dont nous apercevons le sillon argent&#233; &#224; 400 m&#232;tres au-dessous de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps est sauvage, la bise siffle autour de nous, le soleil reste cach&#233; derri&#232;re les nuages qui nous menacent et qui laissent m&#234;me tomber quelques gouttes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, nous mettons pied &#224; terre, empoign&#233;s par l'impressionnante grandeur du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en arri&#232;re la vue est assez &#233;tendue, en avant elle est born&#233;e par le fond du ravin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite la muraille rocheuse au flanc de laquelle a &#233;t&#233; taill&#233;e cette route vertigineuse et d'o&#249; se d&#233;tachent de temps en temps des pierres contre lesquelles on est mal prot&#233;g&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche le vide et, &#224; faible distance, l'autre muraille moins abrupte pourtant que de notre c&#244;t&#233;, et ravin&#233;e par les eaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tunnels succ&#232;dent aux tunnels, et tels sont les contours de la route qu'&#224; certains moments on aper&#231;oit cinq ou six porches b&#233;ants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelquefois l'on s'est content&#233; de fendre le rocher&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; le parapet de pierre est remplac&#233; par un balcon d'o&#249; le point de vue est particuli&#232;rement pittoresque. Bref, nous suivons l&#224;, pendant deux ou trois kilom&#232;tres, une route qui para&#238;t avoir &#233;t&#233; faite exclusivement pour le plaisir des touristes et qui tient &#224; la fois, ainsi que l'a &#233;crit tr&#232;s justement M.&#160;Burdet, &#224; qui je dois de la conna&#238;tre, de la route du Frou et de celle des Grands-Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol &#233;tait, quand nous y pass&#226;mes, tr&#232;s mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'avait pas plu depuis quelque temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sable et le gravier y r&#233;gnaient en ma&#238;tres, et en certains passages il e&#251;t &#233;t&#233; difficile de p&#233;daler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y rencontr&#226;mes trois touristes &#224; pied et y relev&#226;mes les traces de deux bicyclettes qui, d'apr&#232;s ce que nous appr&#238;mes &#224; la maison foresti&#232;re, nous pr&#233;c&#233;daient de deux heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quoique peu connus encore, ces parages ont d&#233;j&#224; quelque client&#232;le. Le ravin de Cholet finit en cul-de-sac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'attendais &#224; trouver au fond une cascade ou une gorge, mais cela se termine simplement en dos de baignoire, et j'imagine que ce ravin dut &#234;tre autrefois un lac qui a fini par renverser la barri&#232;re qui lui &#233;tait oppos&#233;e du c&#244;t&#233; de la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous passons aupr&#232;s d'une scierie tr&#232;s modeste et bient&#244;t nous entrons dans la for&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route &#233;troite est convenablement roulante et monte peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil ne se d&#233;cide pas encore &#224; se montrer et il fait presque froid&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous h&#226;tons la marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; craignant de passer &#224; c&#244;t&#233; de la maison foresti&#232;re sans la voir ainsi qu'il advint &#224; notre pr&#233;d&#233;cesseur, M.&#160;Burdet, nous surveillons toutes les fontaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y en a pas des tas et la premi&#232;re que nous apercevons, &#224; droite en rentrant dans un vallon d&#233;couvert au fond duquel s'&#233;l&#232;ve une terme, est la bonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de regarder alors au-dessus de soi pour voir les murs de la plus hospitali&#232;re maison foresti&#232;re du Vercors, exception faite de celle du col du Rousset. Un petit b&#226;timent isol&#233;, &#224; quelque vingt m&#232;tres de la maison des gardes, est consacr&#233; aux touristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y faisons un d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien succulent : &#339;ufs et beurre frais, confiture et miel d&#233;licieux, pain de m&#233;nage exquis, je ne dis rien de l'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant au vin que nous go&#251;t&#226;mes par gourmandise, il &#233;tait, ma foi, fort bon, &#224; nous faire regretter d'&#234;tre des buveurs d'eau. L., qui n'a pas cette qualit&#233; ou ce d&#233;faut, go&#251;ta l'eau juste autant que nous go&#251;t&#226;mes le vin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'on entra dans la for&#234;t de Lente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le garde forestier et sa femme nous avaient donn&#233; des renseignements tr&#232;s pr&#233;cis gr&#226;ce auxquels nous n'err&#226;mes dans la for&#234;t que deux heures pour faire peut-&#234;tre dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est vrai que l'on est oblig&#233; de mettre fr&#233;quemment pied &#224; terre. D'autres cyclistes, plus infortun&#233;s, ont tourn&#233; pendant 4 heures dans ces sentiers forestiers, priv&#233;s de toute indication, avant d'arriver au col de Vassieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; fait surprenante la vue qu'on a sur la plaine de Vassieux au d&#233;bouch&#233; de la for&#234;t. On la domine presque &#224; pic de 300 m&#232;tres environ qu'on va perdre en trois ou quatre kilom&#232;tres de route bien mal entretenue, agr&#233;ment&#233;e d'un virage assez raide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une de mes p&#233;dales s'est d&#233;viss&#233;e dans les cahots subis &#224; travers la for&#234;t, et le filetage en est m&#226;ch&#233;. Le forgeron de Vassieux, ouvrier adroit et intelligent, m'y refait un filet, taraude la manivelle pendant que mes deux compagnons vont se rafra&#238;chir et s'endorment devant leur bouteille de limonade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet accident nous fait perdre une bonne heure et nous n'arrivons, de ce fait, au col du Rousset qu'&#224; 2 h. 1/2. Nous avions compt&#233; y d&#233;jeuner &#224; midi. Quand vous mettrez dans votre programme la travers&#233;e de la for&#234;t de Lente, pr&#233;voyez toujours deux heures de retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentrais, au col du Rousset, dans le d&#233;j&#224; vu, car j'avais fait, peu de temps auparavant, le trajet qui nous restait &#224; faire pour rentrer. Mes compagnons cependant passaient l&#224; pour la premi&#232;re fois et j'avais du plaisir &#224; les voir ravis des sites qui se d&#233;roulaient successivement devant et autour de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'on &#233;prouve presque autant de plaisir &#224; initier un ami aux joies du tourisme, &#224; le promener parmi les mille et une beaut&#233;s de la nature, &#224; lui faire go&#251;ter les attraits, les enchantements d'un site pittoresque, &#224; l'enivrer des splendeurs f&#233;eriques que des rideaux lev&#233;s soudain d&#233;couvrent &#224; leurs regards &#233;merveill&#233;s, il me semble, dis-je, qu'on est aussi heureux qu'on le f&#251;t d'en jouir soi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, d'ailleurs, ne sait-on pas que la source est in&#233;puisable des s&#233;ductions dont la nature se pare pour ses &#233;lus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle se montre rarement deux fois sous le m&#234;me aspect, et celui qui sait appr&#233;cier les nuances ne regrettera jamais de refaire, soit en compagnie de nouveaux adeptes du cyclotourisme, soit m&#234;me seul, des excursions d&#233;j&#224; faites dix fois, surtout, ajouterai-je, dans le massif du Vercors qui, pour moi, comprend tout ce que le Drac, l'Is&#232;re et la Dr&#244;me enserrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour est men&#233; vivement sans autres incidents que quelques tentatives de la part de p&#233;dards locaux qui, nous voyant passer &#224; grande allure, br&#251;laient de se mesurer avec nous, tentatives bien vite mises en &#233;chec par la r&#233;gularit&#233; de notre train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me souvient d'un jeune croupe-en-l'air qui, entre Romans et Tain, nous d&#233;passa tout &#224; coup en un fr&#233;n&#233;tique emballage, de dix m&#232;tres. Il se releva alors, et s&#251;r du triomph&#233;, il se tint un instant &#224; notre hauteur. Nous nous suivions &#224; la queue leu-leu et filions, dans la nuit tombante, &#224; 25/28 &#224; l'heure, le long des rails du tramway, nous confiant aux yeux de lynx de L... pour choisir les meilleurs passages de la route. Le jeune athl&#232;te faiblissait &#224; vue d'&#339;il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait fait &#224; peine 500 m&#232;tres qu'il se trouva tr&#232;s heureux de coller derri&#232;re nous, mais le kilom&#232;tre n'&#233;tait pas achev&#233; que nous l'entend&#238;mes pousser un &#233;norme soupir, et il fut d&#233;coll&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vouloir, sans pr&#233;paration, sans se mettre d'abord sous pression par des efforts graduellement accentu&#233;s, tenir pied &#224; un cycliste, m&#234;me moins fort, qui p&#233;dale depuis plusieurs heures, dont les muscles, le c&#339;ur, les poumons sont en harmonie avec le travail qu'on leur demande, c'est courir au devant d'un &#233;chec d&#251; &#224; l'essoufflement caus&#233; par le passage subit de l'&#233;tat de repos &#224; un &#233;tat de travail intensif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce p&#233;dard &#233;tait peut-&#234;tre le fr&#232;re du lyc&#233;en qui m'avouait modestement, l'autre jour, qu'il &#233;tait imbattable sur... 25 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Oui, sur 25 m&#232;tres, d&#233;part lanc&#233;, personne ne pouvait le battre. Ce jeune &#233;chapp&#233; du bahut d&#233;tenait sans doute le record du centim&#232;tre. Dans des cerveaux de cette envergure, je doute qu'il y ait de la graine de cyclotouriste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bourg-de-P&#233;age, nous avions obtenu un l&#233;ger repas promptement servi, et &#224; Andance nous f&#238;mes une derni&#232;re halte avant d'entreprendre la travers&#233;e de la montagne qui nous s&#233;parait de notre lit ardemment d&#233;sir&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait &#233;toil&#233; et la temp&#233;rature exceptionnellement douce. J'engageai mes jeunes compagnons &#224; se comporter en v&#233;ritables v&#233;g&#233;tariens amis de la vie simple et &#224; prendre quelques heures de repos &#224; la belle &#233;toile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils se rang&#232;rent vite &#224; mon avis, car ils avaient du sommeil plein les yeux et leurs zigzags sur la route devenaient inqui&#233;tants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un pr&#233;, sous quelques arbres, nous dormions tous &#224; poings ferm&#233;s dix minutes apr&#232;s ma motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon &#226;ge me gratifiant d'un sommeil plus l&#233;ger, je m'&#233;veillai tout &#224; coup&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un cr&#233;pitement singulier tout autour de moi, accompagnait le ronflement des jeunes gens que je r&#233;veillai &#224; la h&#226;te. Il pleuvait, et les gouttes, passant d&#233;j&#224; &#224; travers les feuilles, commen&#231;aient &#224; tomber sur nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallut d&#233;guerpir &#224; la h&#226;te et s'en aller en pleine nuit, sous une pluie copieuse, sinon torrentielle, chercher un abri plus s&#251;r. Nous ne trouv&#226;mes &#224; Saint-Cyr (il &#233;tait une heure du matin) pas une porte ouverte, et nous d&#251;mes, en fin de compte, heureux de nous r&#233;fugier sous un hangar d&#233;labr&#233; et sale &#224; plaisir devant lequel je ne passe jamais sans me souvenir de cette nuit agit&#233;e et que nous baptis&#226;mes grand h&#244;tel de Saint-Cyr.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis lors, L. et R. ne permettent plus que je vante devant eux, aux nouveaux adeptes de l'&#201;cole st&#233;phanoise les charmes des nuits pass&#233;es &#224; la belle &#233;toile. Et pourtant... mais rien n'est terrible comme un d&#233;but malheureux. J'en sais quelque chose, moi qui pour avoir eu, en 1889, un clou dans mon premier pneumatique au 40&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, d&#233;daignai d'acheter 25 francs des actions Dunlop qui valurent quelques ann&#233;es plus tard 1.000 francs et me refusai pendant plusieurs saisons aux douceurs du pneumatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cahin-caha, sans entrain, sous un ciel triste, sur des routes boueuses, nous repartons d&#232;s les premi&#232;res lueurs d'une aube grise et terne. &#192; 7 heures, nous sommes &#224; Saint-&#201;tienne, satisfaits, malgr&#233; nos d&#233;boires, d'avoir pu d&#233;montrer que des excursions de l'importance de celle que nous avions entreprise n'exc&#232;dent pas les moyens de cyclistes de force ordinaire polymultipli&#233;s, L., &#224; la v&#233;rit&#233;, la fit &#224; nos c&#244;t&#233;s, avec l'unique d&#233;veloppement de 6m,30, mais malgr&#233; son exceptionnelle vigueur, son &#233;chec &#224; la mont&#233;e de l'&#201;charasson lui ouvrit les yeux. Il est devenu, depuis, un des plus convaincus partisans des machines &#224; d&#233;veloppements multiples, r&#233;duisant d'ann&#233;e en ann&#233;e son petit d&#233;veloppement de 3m,65 &#224; 3m,25 et enfin &#224; 2m,70, bien que ses muscles lui permettent encore de gravir quand il lui pla&#238;t les 6 kilom&#232;tres &#224; 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% du col des Grand Bois avec 6m,60, &#224; l'instar des coureurs du tour de France exalt&#233;s par l'Auto qui se garde bien de les envoyer &#224; l'&#201;charasson, au Galibier et au Ventoux, o&#249; ils trouveraient peut-&#234;tre bien aussi leur chemin de Damas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avions pas encore, en ao&#251;t 1900, les bicyclettes &#224; changement de vitesse en marche par deux cha&#238;nes directes, et cette excursion dans le Vercors fut une des derni&#232;res faites avec le syst&#232;me primitif par d&#233;placement de la cha&#238;ne sur plusieurs couples de pignons. Ferions-nous beaucoup mieux aujourd'hui avec nos machines soi-disant perfectionn&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Peut-&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce serait un essai &#224; tenter l'ann&#233;e prochaine et je le tenterai si quelque n&#233;ophyte me demande de le conduire dans le Vercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/foretdelente.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH296/foretdelente-b814c.jpg?1788127431' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-168 '&gt;&lt;strong&gt;For&#234;t de Lente
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-168 '&gt;Route de la For&#234;t de Lente. 2019
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-168 '&gt;V&#233;lotextes
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>For&#234;t de Lente (1900)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pousser des cris d'admiration en voyant grimper une automobile n'est pas pr&#233;cis&#233;ment dans notre caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le Cycliste, D&#233;cembre 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de l'&#201;charasson m'&#233;tait connue. En 1894, un inspecteur des for&#234;ts m'avait parl&#233; des difficult&#233;s que l'on rencontrait dans son percement. J'allai la voir &#224; pied mais ne poussais pas jusqu'&#224; la maison foresti&#232;re. Ayant gard&#233; une impression tr&#232;s confuse de cette route, d'ailleurs &#224; peine amorc&#233;e, je r&#233;solus en septembre dernier de monter sur le Vercors par Saint-Jean-en-Royan.&lt;br class='autobr' /&gt; Parti de Valence le matin, j'arrive &#224; 2 heures, apr&#232;s un long arr&#234;t &#224; Romans, &#224; la hauteur du pont suspendu de Saint-Nazaire. De l&#224; se d&#233;couvre le village que franchit l'aqueduc de la Bourne. La vue sur cette rivi&#232;re et sur l'Is&#232;re est fort belle. La terre et les roches de leurs hautes berges sont d'un rouge extr&#234;mement vif sur lequel ressortent de verts taillis, le bleu de l'eau. Je ne connais qu'un autre site pr&#233;sentant d'aussi &#233;clatantes colorations : les rivages de l'Esterel, pr&#232;s d'Agay.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin est &#233;pouvantable et ma bicyclette laisse dans l'&#233;paisse poussi&#232;re, une profonde et p&#233;nible trace. La descente du pont de Mane n'est pas meilleure, au contraire car de nombreuses orni&#232;res, des trous dissimul&#233;s, impriment &#224; ma machine les plus d&#233;sagr&#233;ables vibrations.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'engageais sur le pont, quant &#224; deux cents m&#232;tres, j'aper&#231;ois une voiture que plusieurs personnes entouraient.&lt;br class='autobr' /&gt; En voyage, j'aime et recherche les incidents : rien de monotone comme une excursion qui en est d&#233;pourvue. Approchant je reconnais une automobile peinte en rouge amarante qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;panne s&#233;rieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vient de clouer sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur, v&#234;tu enti&#232;rement de cuir grenat, est accompagn&#233; de sa femme et de sa fille. Un m&#233;canicien, un domestique, tel est le personnel de l'automobile.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233;. Il n'y a je ne sais quel malin plaisir &#224; &#234;tre t&#233;moin de l'embarras de son prochain, quand de cet embarras n'est r&#233;sult&#233; aucun mal. Que l'homme est donc naturellement mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a toujours, a dit La Rochefoucauld, quelque chose dans le malheur d'autrui qui r&#233;jouit. Les maximes du prince de Marcillac ne sont pas les maximes des saints et le touriste n'est pas un ange : aussi j'assiste le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;c&#339;ur l&#233;ger&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; cette lamentable panne, heureux de voir cette sorte de d&#233;boires inconnue au cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur ne d&#233;col&#232;re pas et avec raison est exasp&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le m&#233;canicien a perdu la t&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le domestique est all&#233; chercher des chevaux et les deux dames, assises sur le talus de la route, feuillettent, il me semble, avec le plus grand int&#233;r&#234;t, un guide rouge, qui doit &#234;tre le Boedecker&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je remarque leur calme, peut-&#234;tre sont-elles blas&#233;es sur ce genre d'agr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur, content de rencontrer un touriste pour s'&#233;pancher, me met au courant de ce f&#226;cheux contretemps. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est inconcevable, me dit-il, l'allumage est parfait, la carburation id&#233;ale, nous n'y comprenons rien. Une voiture qui marchait si bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si vous l'aviez vu, ce matin, monter la c&#244;te de Sassenage, vous auriez pouss&#233; un cri d'admiration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pousser des cris d'admiration en voyant grimper une automobile n'est pas pr&#233;cis&#233;ment dans notre caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et il est probable qu'au lieu de ce d&#233;bordement d'enthousiasme, j'aurai pens&#233; simplement : pourvu que &#231;a dure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Existe-t-il, continua le chauffeur, une voiture plus capricieuse, plus ent&#234;t&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;ne vouloir ni avancer, ni reculer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Votre automobile, r&#233;pondis-je, est la r&#233;habilitation de la mule.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le domestique est revenu suivi d'un paysan et d'un cheval. Avec des cordes on assujettit un brancard et la voiture se met tristement en marche, se dirigeant vers la gare de Saint-Hilaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vais, me dit le chauffeur, la faire attacher sur truck jusqu'&#224; Valence.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et l&#224; elle fera s&#251;rement ses quarante kilom&#232;tres &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ajoutai-je en le quittant.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s le pont de Mane le chemin devient un peu meilleur et j'entre &#224; Saint-Jean &#224; 3h 40. Le temps &#233;tait tr&#232;s chaud, une quinzaine de kilom&#232;tres me s&#233;paraient seulement de Lente, une longue halte &#233;tait permise. Je ferai bien, me dis-je, 7 kil. 500 &#224; l'heure, &#224; cinq le soleil sera moins ardent et j'arriverai &#224; la maison foresti&#232;re &#224; sept, &#224; l'heure du d&#238;ner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je commis l&#224; une faute impardonnable que mon exp&#233;rience aurait d&#251; m'&#233;viter. La pente de la route fut beaucoup plus forte que je ne supposais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du col &#224; la scierie du Brey, je trouvai une &#233;paisse couche de pierre r&#233;cemment &#233;tendue qui attenait le cylindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; autant de causes qui me retard&#232;rent. D'ailleurs il est toujours prudent d'avoir un peu de marge en cas d'impr&#233;vu, voire m&#234;me pour une r&#233;paration de pneumatique.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me repose donc &#224; l'ombre des ormes de Saint-Jean, m'abandonnant &#224; cette d&#233;licieuse fl&#226;nerie que go&#251;te le touriste au milieu de l'&#233;tape, et je parcours quelques journaux sous la tente d'un caf&#233;. L&#224; &#233;tait attabl&#233; un cycliste, un des plus &#233;tonnants que j'ai rencontr&#233;s. Habill&#233; compl&#232;tement de piqu&#233; blanc, bas et maillot &#233;cossais, il a l'air de sortir d'un &#233;crin. Sa conversation est aussi extraordinaire que son costume... Il conna&#238;t La Revue, ne soyons pas cruel. Je n'en dirai pas plus long.&lt;br class='autobr' /&gt; 5 heures : je me mets en selle. La dure rampe commence imm&#233;diatement &#224; la sortie du village. La route traverse des pr&#233;s plant&#233;s de pommiers et ne tarde pas &#224; s'engager dans les bois de taillis d'o&#249; elle ne sortira plus. Joanne donne &#224; cette c&#244;te une pente de 7%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a erreur manifeste, elle doit avoir 8,5 si ce n'est 9%.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin d&#233;crit un immense lacet, dominant la vall&#233;e de la Lyonne, puis revient sur sa premi&#232;re direction. &#192; mesure que je m'&#233;l&#232;ve la vue devient de plus en &#233;tendue : Saint-Jean appara&#238;t blotti dans la verdure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au loin, se dessine en blanc, le haut aqueduc de Saint-Nazaire et partout surgissent des villages et des fermes dans le feuillage. J'aper&#231;ois tr&#232;s bas presque tout le Royannais, la vall&#233;e de l'Is&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'horizon, la for&#234;t de Chambarand et la cha&#238;ne des C&#233;vennes.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette rampe est tellement dure sous le soleil, dont &#224; cette heure les rayons me frappent normalement, que je ne cherche que des pr&#233;textes &#224; descendre de machine. C'est une suite de capitulation de conscience. J'interroge le cantonnier sur la route de Combe-Laval, quoique bien mieux renseign&#233; que lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le fallacieux motif de prendre une note, je fume une cigarette sur l'herbe, contemplant les merveilleux lointains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fleur me parait d'une esp&#232;ce rare, je m'arr&#234;te pour la cueillir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chaque passant doit subir un interrogatoire et tous ces subterfuges r&#233;duisent &#224; tel point ma marche qu'elle ne doit pas d&#233;passer 4 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Peu avant la fontaine de l'&#201;charasson je croise un berger surveillant son troupeau qui broutait sur ces pentes escarp&#233;es. Naturellement je ne laisse pas &#233;chapper cette occasion de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Connaissez-vous, lui dis-je, la route de Combe-Laval&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En suis-je loin &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Non, me r&#233;pondit-il, une demi-heure &#224; peine.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et avec un accent compatissant : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous y allez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ai vue une fois mais n'y passerai plus. C'est affreux &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est vilain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Vilain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En voil&#224; un amant de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Allons ce sera encore mieux que je n'esp&#233;rais. La beaut&#233; d'un paysage &#233;tant toujours en raison inverse de l'appr&#233;ciation de l'indig&#232;ne, s'il m'avait dit splendide, je serais retourn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne pouvais faire halte &#224; la fontaine. Cette eau d'une fra&#238;cheur glac&#233;e est &#224; redouter pour le cycliste qui arrive l&#224; souvent en moiteur, et il devra sagement se borner &#224; des ablutions.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t j'atteins le col : le chemin tourne &#224; angle droit, se dirigeant sur l'&#201;charasson. D'ici je vois Sainte-Eulalie &#224; moiti&#233; cach&#233; dans ses noyers, Pont-en-Royan accroch&#233; &#224; ses rochers, les vertes vall&#233;es de la Lyonne et de la Bourne : tableau admirable sous le soleil couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Vers le 8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, je prends &#224; gauche la nouvelle route. Quelques cents m&#232;tres et me voici devant le vertigineux pr&#233;cipice de Combe-Laval.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette route qui a n&#233;cessit&#233; de difficiles et dangereux travaux, suit &#224; une hauteur de 700 m&#232;tres &#224; pic sur l'&#233;troite gorge du Cholet, une ligne sinueuse aux courbes accus&#233;es. Taill&#233;e dans le roc sans interruption, elle troue, par de nombreux tunnels, les &#233;normes contreforts de la montagne. &#192; certains endroits, la roche a manqu&#233; et c'est sur des poutres de fer qu'elle franchit le vide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; d'autres, des murs cyclop&#233;ens la soutiennent. Sur la droite, de mena&#231;antes parois s'&#233;l&#232;vent tr&#232;s haut. Partout o&#249; la mine l'a fait sauter, partout o&#249; il a &#233;t&#233; entaill&#233;, le rocher a pris une couleur fauve ardent, presque rouge&#226;tre, qui tranche violemment sur le gris&#226;tre de l'ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt; La vue sur l'ab&#238;me est saisissante et donne un frisson d'instinctive terreur. &#192; une effrayante profondeur, je distingue quelques maisons, des arbres, mais rapetiss&#233;s comme des jouets d'enfant.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'enfonce dans un tunnel. &#192; la sortie le spectacle est plus terrifiant encore. Cette route est une de celles o&#249;, dans les cauchemars, le vertige vous prend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces pr&#233;cipices sont ceux dans lesquels on tombe avec cette angoisse qui persiste m&#234;me apr&#232;s le r&#233;veil. G. Dor&#233;, dans L'Enfer de Dante, a dessin&#233; des routes pareilles.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil s'est couch&#233;. En face, de gigantesques falaises, qui sous les derniers rayons avaient rev&#234;tu les teintes les plus chaudes, sont devenues violettes, puis peu &#224; peu, ternissent, passent au gris sans reflets. Au loin, une brume bleu&#226;tre, d'une t&#233;nuit&#233; extr&#234;me, couvre le Royannais.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai longuement contempl&#233; cette vue fascinante, j'ai laiss&#233; le temps fuir, saisi par l'&#226;pre sauvagerie, la farouche grandeur du site. L'obscurit&#233; envahit d&#233;j&#224; la sombre gorge et se fait plus grande &#224; chaque pas. La nuit vient avec une rapidit&#233; qui me surprend et dans ces cailloux fra&#238;chement r&#233;pandus, ma marche est d'une lenteur d&#233;sesp&#233;rante.&lt;br class='autobr' /&gt; Parvenu au fond du cirque, une haute muraille de rochers me para&#238;t une barri&#232;re infranchissable. O&#249; passera la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? elle s'engouffre dans deux tunnels qu'ont creus&#233;s autrefois les moines de l'abbaye de Bouvante. Sous la t&#233;n&#233;breuse vo&#251;te, nulle lueur pour me diriger : h&#233;sitant, tr&#233;buchant &#224; chaque pas, je pousse ma machine sur la dure pente. Le tunnel travers&#233;, j'entends grincer les roues d'un chariot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un homme portant un falot est sur la route, d&#233;telant ses chevaux. Je suis arriv&#233; &#224; la scierie de Brey.&lt;br class='autobr' /&gt; J'interroge le voiturier sur la maison foresti&#232;re.&#8239;&#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous n'en &#234;tes qu'&#224; trois kilom&#232;tres, me dit-il, seulement prenez garde de ne pas aller trop loin : vous n'avez pas de lanterne et il fait tr&#232;s nuit. Il est presque s&#251;r que vous passerez devant le chemin sans le voir. Mais &#233;coutez-moi bien, vous ne pourrez vous tromper. Quand vous aurez laiss&#233; &#224; votre droite la vieille route, le chemin de la maison foresti&#232;re sera &#224; 1.500 m&#232;tres plus loin, &#233;galement &#224; droite. Si vous le manquez vous le trouverez facilement par cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;remarque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. D&#232;s que la for&#234;t cessera, d&#232;s que vous verrez un terrain d&#233;bois&#233; vous l'aurez d&#233;pass&#233;. Revenez alors et &#224; une cinquantaine de m&#232;tres &#224; gauche, cette fois, vous trouverez le chemin de la maison foresti&#232;re qui n'est qu'&#224; 200 m&#232;tres sur la hauteur.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; J'&#233;coute attentivement et le remercie.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis maintenant en pleine for&#234;t, mais vu l'obscurit&#233;, je vais &#224; pied. D'&#233;pais sapins se dressent de chaque c&#244;t&#233; de la route, et de la masse noire, &#224; peine si le ciel je vois sortir leurs cimes aigu&#235;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en marchant, je comparais la route de l'&#201;charasson &#224; celle des grands goulets. Combe-Laval est tr&#232;s beau, incontestablement, colossal si l'on veut, mais on n'y ressent pas la po&#233;sie h&#233;ro&#239;que des Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y manque cette furieuse et &#233;tourdissante Vernaison, ces eaux &#233;cumantes se pr&#233;cipitant en cascade, la verdure des taillis. Ici tout est sec, br&#251;l&#233;, ravag&#233;. Les Grands-Goulets l'emportaient.&lt;br class='autobr' /&gt; Un bruit de pas interrompt mes r&#233;flexions, et dans l'ombre, je distingue un homme dont le b&#226;ton ferr&#233; sonne sur les pierres. Je l'interpelle.&lt;br class='autobr' /&gt; En pareil cas, le son de la voix de l'inconnu me guide sur ce que j'ai &#224; faire. J'ai bien un revolver, mais je crains de m'en servir &#8212; un jour peut-&#234;tre, en dirai-je la raison aux lecteurs du Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Suis-je loin de la maison foresti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Vous-y &#234;tes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me r&#233;pond gaiement, une voix au timbre franc et cordial. C'&#233;tait un charbonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; La nuit est si profonde que je manque l'amorce de la route : &#224; ma droite j'ai le terrain d&#233;bois&#233;. Une courte mont&#233;e et j'aper&#231;ois les lumi&#232;res briller dans les sapins : c'est la maison foresti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; J'appelle : une fen&#234;tre &#233;clair&#233;e s'ouvre, et un instant apr&#232;s descend un garde. Je suis re&#231;u avec empressement, et bient&#244;t assis devant la chemin&#233;e, je me chauffe &#224; un grand feu de h&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon couvert est vite dress&#233; dans une pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233; de la cuisine &#8212; je recommande aux touristes la gel&#233;e de framboises faites &#224; Lente &#8212; mon repas termin&#233; je fume pr&#232;s du feu. La soir&#233;e pass&#233;e se passe &#224; causer avec le garde forestier. &#192; son accent je reconnais qu'il est alsacien : il me parle des belles for&#234;ts de son pays, for&#234;ts qui ne nous appartiennent plus, et sa figure trahit les regrets qu'il ressent encore. Il y a 27 ans qu'il est &#224; Lente. Aussi quelle sant&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel regard bon et loyal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la for&#234;t est moralisatrice, la for&#234;t est meilleure que les hommes .&lt;br class='autobr' /&gt; Il est 10 heures. Le garde s'est lev&#233;, a allum&#233; une lanterne et se tient debout devant moi, pr&#234;t &#224; me conduire &#224; la maison des touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Voulez-vous, me dit sa femme, un journal pour vous endormir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je sais que beaucoup de personnes aiment &#224; lire au lit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Tr&#232;s volontiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondis-je. En effet, j'ai l'habitude dans ma chambre de prendre un livre quand je n'ai pas sommeil. Tel est le cas ce soir. Ce journal sera donc le bienvenu.&lt;br class='autobr' /&gt; P&#233;rip&#233;tie poursuivie du conteur, toi qui le fuis quand il te cherche, combien parfois tu es dure pour lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pourquoi de tes faveurs toujours si avares, m'as-tu combl&#233;, accabl&#233; aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Dans une semblable situation, le Vicomte d'Arlincourt n'aurait pas manqu&#233; de s'&#233;crierv&#160;: ciel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! en croirais-je mes yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et cette phrase surann&#233;e exprimait parfaitement la sensation que j'&#233;prouve.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce journal que je tiens dans ma main, ce journal qu'on me donne pour m'endormir, oserai-je dire son nom&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et pourtant je suis bien s&#251;r qu'aucun lecteur de la Revue ne le devinerait. Vous le voulez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? eh bien... c'&#233;tait le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le coup &#233;tait rude, un espoir me restait. S&#251;rement, pensais-je, c'est un vieux num&#233;ro qu'un touriste aura oubli&#233; ici, un de ceux consacr&#233;s aux itin&#233;raires, &#224; la revue des catalogues, un de ces num&#233;ros qu'irr&#233;v&#233;rencieusement on appelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;assommant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et dont le pouvoir soporifique ne se discute pas... je l'ouvre. C'est celui du 30&#160;juin 1900 et il contient le Valgaudemar.&lt;br class='autobr' /&gt; Ironie amusante des choses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce r&#233;cit, un des plus mauvais que j'ai envoy&#233; au cycliste, a &#233;t&#233; &#233;crit en deux heures. Il &#233;tait donc juste qu'une pareille d&#233;sinvolture f&#251;t punie : et la ceinture de hautes roches qui fait au Vercors un rempart inexpugnable, l'immense for&#234;t qui m'entoure, n'ont pu me d&#233;fendre contre la raillerie du sort. Mais c'est dans l'adversit&#233; que les &#226;mes fortement tremp&#233;es donnent toute leur mesure, aussi faisant bonne contenance, je remercie mon h&#244;tesse et emporte la revue.&lt;br class='autobr' /&gt; Cet incident m'avait fort &#233;gay&#233;, et en fumant une derni&#232;re cigarette je me disais : faut-il que le Cycliste soit un journal r&#233;pandu pour avoir pu m&#234;me p&#233;n&#233;trer dans ces solitudes lointaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! o&#249; ne compte-t-il pas des abonn&#233;s..., sic itur ad astra&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et c'est berc&#233; par ces riantes pens&#233;es que je m'endormis. Les contrevents ferm&#233;s m'ont tromp&#233; et le soleil brille d&#233;j&#224; sur la prairie de Lente. Le ciel tr&#232;s bleu est sans nuages.&lt;br class='autobr' /&gt; En sortant je rencontre le vieux garde alsacien :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Eh bien, lui dis-je, faisant allusion &#224; la pluie qui tombe presque continuellement sur le Vercors, qu'est-ce que cela signifie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? le temps s'est d&#233;rang&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourriez-vous m'expliquer pourquoi il ne pleut pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; C'est inconcevable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! r&#233;pondit-il plaisamment, mais rassurez-vous, &#231;a ne durera pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et prenant mon sac : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Votre d&#233;jeuner est pr&#234;t, ma femme a battu ce matin du beurre pour vous.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant que j'&#233;tais &#224; table des grad&#233;s sont entr&#233;s. il y en a un que je n'aimerais pas rencontrer &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;en civil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au coin d'un bois. Avec sa grande barbe de sapeur il a un air f&#233;roce. Au demeurant le meilleur des hommes. Je les interroge sur les chemins qui conduisent &#224; Vassieux. F&#226;cheux son de cloche, ils ne sont pas d'accord et chacun me trace un itin&#233;raire diff&#233;rent. La grande barbe veut absolument que je prenne le raccourci de la Chapelle, et garanti que je n'aurai &#224; porter ma bicyclette &#224; peine quarante minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Impatient&#233;, la femme de l'Alsacien les interrompt :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Monsieur n'a qu'&#224; passer par Lachau, c'est encore le moins mauvais et le plus court.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et se tournant vers moi :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous suivrez la route qui longe la prairie &#8212; elle me la montre de la fen&#234;tre &#8212; entr&#233; dans la for&#234;t vous laisserez un chemin &#224; droite qui monte en sens contraire, et continuerez devant vous : apr&#232;s un pont de pierre vous arriverez &#224; un carrefour. L&#224; faites bien attention de ne pas vous tromper. Il y a trois chemins. Ne prenez pas celui qui descend, encore moins celui qui sera en face de vous &#8212; vous iriez &#224; la Chapelle &#8212; mais celui qui monte.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ces renseignements grav&#233;s dans ma m&#233;moire, je prends cong&#233; de ces braves gens dont l'accueil patriarcal rappelle la vie d'autrefois.&lt;br class='autobr' /&gt; La route est un enchantement continu, la for&#234;t est merveilleuse. Le h&#234;tre dont le tronc droit et clair s'&#233;l&#232;ve tr&#232;s haut, se m&#234;le au sapin et &#224; l'&#233;pic&#233;a, sous lesquels poussent des taillis de noisetiers et d'alisiers. Des sorbiers des Oiseleurs aux baies rouge vif, bordent parfois le chemin, mettant une note &#233;clatante dans le paysage. Le sol est tapiss&#233; de fraisiers de framboisiers de v&#233;g&#233;tation luxuriante, folle, un vrai parc de milliardaire. Des sapins centenaires ont leurs branches pendantes couvertes de lichens, et cela leur donne un aspect v&#233;n&#233;rable. Patriarches de la for&#234;t ils abritent leurs nombreux descendants et de leur ombre les prot&#232;gent encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ces combes la terre est humide, la chaleur lourde, le chemin boueux et je prends le parti de marcher. Voici le pont aux pierres vertes de mousse et bient&#244;t apr&#232;s le carrefour en X.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne me rappelle plus la longue explication de la femme du garde. Il y bien un poteau portant mention de chemin de Vassieux, mais ce poteau plac&#233; au centre de l'X est d&#233;pourvu de fl&#232;che. Quelle est ma route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? ma montre, pr&#233;sent&#233;e au soleil, m'indique le Sud : je peux donc orienter ma carte. La bonne route monte faisant un angle aigu avec celle de Lente.&lt;br class='autobr' /&gt; La for&#234;t est si belle que souvent je m'arr&#234;te pour fumer. Avec toutes ces haltes le temps fuit rapidement. Il est 11 heures, j'ai d&#233;jeun&#233; tr&#232;s l&#233;g&#232;rement ce matin et je m'aper&#231;ois qu'on ne vit pas uniquement de pittoresque. Malheureusement j'ai mon sac des courtes excursions, il ne contient que des objets de toilette et en fait de provisions de bouche, rendrait des points au radeau de la m&#233;duse.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'apitoyais sur les souffrances de ses naufrag&#233;s quand je rencontre un casseur de pierres. Aid&#233; par lui je suis vite en possession de deux cornets de framboises. Je connais des mets plus substantiels. Cette vie de Robinson est d&#233;cid&#233;ment moins agr&#233;able &#224; vivre qu'&#224; lire.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir travers&#233; une clairi&#232;re et laiss&#233; &#224; droite des p&#226;turages et des collines d&#233;bois&#233;es, me voici enfin en haut de la c&#244;te. De l&#224; jusqu'&#224; Vassieux descente continue. Je suis de nouveau dans la for&#234;t, aussi enchanteresse peut-&#234;tre que sur l'autre versant. &#192; midi je passe devant la maison foresti&#232;re de Lachau. Je trouve porte close. En face s'ouvre une grande &#233;chancrure : c'est le col des Jaussauds.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arr&#234;te saisi par la vue, une des plus &#233;tonnantes, des plus singuli&#232;res que j'aie contempl&#233;es. J'ai &#224; mes pieds, &#224; une profondeur de 400 m&#232;tres environ, toute la vall&#233;e de Vassieux, parsem&#233;e de hameaux et de fermes. De longues routes blanches la sillonnent, convergeant vers ce village. La vall&#233;e qui de cette hauteur para&#238;t une plaine, ressemble par ses terres labour&#233;es, ses carr&#233;s de pr&#233;s, ses champs en friche, &#224; une immense marqueterie. Un grand nombre de gerbiers de forme conique prennent l'aspect de petites quilles &#224; jouer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; gauche, dans le lointain, la Chapelle-en-Vercors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant moi, La Mure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, Vassieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais tout en &#233;tant vus en projection, les toits de ces deux derniers villages semblent toucher le sol. L'ensemble constitue le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;topo&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le plus facile &#224; prendre que je connaisse.&lt;br class='autobr' /&gt; Au second plan les croupes noires de sapin de Saint-Agnan. Derri&#232;re, les dominant, une seconde ligne de montagnes d&#233;nud&#233;es aux cr&#234;tes d&#233;chiquet&#233;es : c'est la cha&#238;ne de la Moucherolle, dont le Grand-Veymont est la plus grande cime.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arrache enfin &#224; ce spectacle, il n'est que temps d'arriver &#224; Vassieux. Un sentier trac&#233; sur le flanc escarp&#233; de la montagne &#233;vite le grand lacet, mais vu son &#233;troitesse et son &#233;tat je ne m'y engage pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t le chemin pierreux, ravin&#233; par les eaux me force &#224; marcher &#224; pied jusqu'au bas de l'interminable descente. Deux kilom&#232;tres d'excellente route : Vassieux.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village, ou plut&#244;t ce hameau, poss&#232;de six auberges, un bureau de poste, le t&#233;l&#233;graphe et le t&#233;l&#233;phone&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'y d&#233;couvre une marchande de fruits. Elle a p&#234;ches, raisins, poires. Sur l'arbre je conseille des cerises noires m&#251;res &#224; point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et c'est le 15&#160;septembre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s une halte honn&#234;tement employ&#233;e je repars. &#192; peine sous bois, le sol est si mauvais qu'ici encore je dois mettre pied &#224; terre. Je ne me plains pas, car la for&#234;t se fait &#224; chaque instant plus touffue. Au col Saint-Alexis, le chemin devenu passable descend dans la vall&#233;e du Rousset. J'aper&#231;ois ce village &#224; 300 m&#232;tres &#224; pic sous la route. Une pierre que je lancerais tomberait sur ses toits. Cette vue de Rousset surprend par la brusquerie de son apparition : sur la vall&#233;e bois&#233;e elle est de toute beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Un kilom&#232;tre de mont&#233;e et j'entre dans l'humide tunnel. Quelle n'est pas ma surprise de le trouver &#233;clair&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! maigrement il est vrai, car trois lampes seules y brillent. D'apr&#232;s ce que j'ai appris, l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;administration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'est enfin d&#233;cid&#233; &#224; cette folle d&#233;pense depuis novembre 1899.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; au refuge, ma bicyclette remis&#233;e, je m'assieds sur la terrasse et les jumelles du cantonnier &#224; la main &#8212; la vieille longue-vue a &#233;t&#233; mise hors de combat &#8212; je fouille la route dont tous les lacets se d&#233;roulent sous moi. Elle est d&#233;serte, aucun touriste ne montera ce soir.&lt;br class='autobr' /&gt; Je lisais avec int&#233;r&#234;t une revue que j'avais prise, dans mon sac, quand j'entends des cris de frayeurs entrem&#234;l&#233;s de rires. Me retournant, je vois deux jeunes filles qui s'interpellent gaiement. L'une, arm&#233;e d'un alpenstock, est presque au sommet d'une longue &#233;chelle appuy&#233;e contre la paroi &#224; pic de la route, l'autre, au pied, essaye de la maintenir.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeunes filles sont deux New-Yorkaises, deux blondes aux yeux bleus et leurs mani&#232;res un peu masculines comme celles de toutes les jeunes filles d'outre-mer sont att&#233;nu&#233;es et corrig&#233;es par une gr&#226;ce extr&#234;me. Tr&#232;s naturelles, pleines d'entrain, elles sont la ga&#238;t&#233; m&#234;me et j'ai emport&#233; de cette fugitive rencontre le plus charmant souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous sommes venues, me dit l'Am&#233;ricaine qui est pr&#232;s de moi, faire au col du Rousset une cure d'air. Mon fr&#232;re nous y a conduites et viendra nous y chercher.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne peux m'emp&#234;cher de sourire : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Une cure d'air&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mademoiselle, je crains que ce ne soit plut&#244;t une cure d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et je lui apprends la d&#233;testable r&#233;putation dont jouit le Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Jamais, continuai-je, je ne l'ai travers&#233; sans pluie, et je ne suis pas encore revenu du temps qu'il fait.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant cet entretien, la jeune fille est d&#233;j&#224; arriv&#233;e tr&#232;s haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; maintenant, elle grimpe p&#233;niblement d&#233;crivant de nombreux zigzags, tant&#244;t s'accrochant aux touffes d'herbe, tant&#244;t se hissant sur l'alpenstock. Bient&#244;t elle s'arr&#234;te ne sachant plus o&#249; se diriger et n'osant redescendre &#224; cause du vertige.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai peur d'un accident. Ne connaissant pas le sentier je h&#232;le le domestique du refuge : il accourt. Je lui montre l'Am&#233;ricaine : aussit&#244;t, comme un chat, il bondit sur l'&#233;chelle et en un clin d'&#339;il l'a atteinte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il la soutient, la guide, et un instant apr&#232;s l'ascensionniste, le teint anim&#233;, les yeux brillants, toute triomphante, est saine et sauve sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Je la f&#233;licite de l'heureuse issue de son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;exp&#233;dition&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ne la complimentez pas, interrompit sa s&#339;ur toute p&#226;le d'&#233;motion, elle aurait pu se tuer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;En France, mademoiselle, on f&#233;licite toujours sur une chose qui r&#233;ussit, quitte &#224; bl&#226;mer dans le cas contraire.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; L'heure du d&#238;ner est venue. Le couvert des Am&#233;ricaines est mis sur la terrasse, le mien dans la salle. Impossible de promener apr&#232;s le repas, le temps a fra&#238;chi : aussi les jeunes filles rentrent au refuge o&#249; nous passons la soir&#233;e avec la femme du cantonnier et sa s&#339;ur. Le brave domestique sommeille sur une chaise. La grande lampe du plafond nous &#233;claire et dans cette chaude temp&#233;rature, sentant le froid au-dehors, notre humeur est joyeuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, je suis amen&#233; &#224; parler voyages. Je raconte ma derni&#232;re excursion &#224; Fond-Turbat, au D&#233;sert de Valjouffrey, et je d&#233;cris la route tr&#232;s peu connue et pourtant si pittoresque de La Mure &#224; Vif. Subitement une id&#233;e me traverse l'esprit : &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Me permettez-vous, mademoiselle, dans le r&#233;cit que je compte &#233;crire sur la for&#234;t de Lente, de dire deux mots de votre audacieuse et t&#233;m&#233;raire ascension&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondit-elle en riant, mais vous tairez notre nom, le pays que nous habitons en France et vous nous enverrez le r&#233;cit.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement je le promets et ici se place un incident qui me divertit fort et que, narrateur v&#233;ridique, je ne puis omettre.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, &#224; br&#251;le-pourpoint, une de ces jeunes filles me pose cette question sans contre-dit bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;am&#233;ricaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Vous les paie-t-on cher, monsieur, vos articles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? mademoiselle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondis-je surpris au plus haut point.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Je vous demande, reprit-elle, me regardant bien en face, si on vous paie cher vos articles.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et dans ses yeux clairs, je voyais qu'elle trouvait cette question toute naturelle. Je ne pouvais m'en formaliser.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cher, mademoiselle, serait assur&#233;ment beaucoup dire, il y aurait m&#234;me exag&#233;ration &#224; le pr&#233;tendre. Le prix en est modeste, quoique suffisamment r&#233;mun&#233;rateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et la fixant &#224; mon tour : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On me les paie 1 fr. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ce chiffre la jeune M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; ne peut retenir un sourire &#8212; &#224; New-York, tant vaut le ch&#232;que, tant vaut l'article &#8212; et je m'aper&#231;ois que ma r&#233;ponse l'a embarrass&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Confuse, elle se reproche son indiscr&#233;tion, aussi voulant la rass&#233;r&#233;ner et ne pas rester moi-m&#234;me sur cette d&#233;plorable impression, j'ajoutai :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;somme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mademoiselle, m'est pay&#233;e en douze num&#233;ros, je donne donc mes articles au Cycliste. D'ailleurs, soyez persuad&#233;e que je n'aurais jamais permis une offre p&#233;cuniaire. C'est l'un de ces onze num&#233;ros que j'aurai l'honneur de vous envoyer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Les Am&#233;ricaines sourient franchement, elles ont compris.&lt;br class='autobr' /&gt; La soir&#233;e continue tr&#232;s gaie. Interrog&#233;es, ces jeunes filles me donnent de tr&#232;s int&#233;ressantes informations sur la vie aux &#201;tats-Unis. Je connaissais les m&#339;urs des milliardaires, ainsi que celles de la classe ouvri&#232;re, mais je manquais de renseignements sur les fortunes moyennes, sur la bourgeoisie. J'apprends de fort curieux d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeunes filles parlent admirablement le fran&#231;ais et leur accent &#233;tranger met un piquant, un charme de plus &#224; leur conversation.&lt;br class='autobr' /&gt; 10 heures viennent sonner. C'est l'heure o&#249; les honn&#234;tes gens se couchent : nous ne pouvons faire exception &#224; la r&#232;gle. Je dis adieu aux Am&#233;ricaines, car je partirai de grand matin.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain &#224; 6 heures, apr&#232;s un court d&#233;jeuner, je suis en selle. Le fid&#232;le domestique a attach&#233; &#224; ma bicyclette une branche de sapin, reli&#233;e &#224; ma corde par 25 centim&#232;tres de fil de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212;&#8239;S'use pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit-il, dans le laconique langage qui lui est habituel et dont il souligne presque tous les mots par un large rire.&lt;br class='autobr' /&gt; Quarante minutes suffisent pour descendre &#224; Chamaloc. Du refuge &#224; Mont&#233;limar la route est constamment en pente et &#224; 10h 30 j'entre dans cette ville. Je ne suis plus qu'&#224; 75 kilom&#232;tres de Rochegude, une simple promenade.&lt;br class='autobr' /&gt; Je terminerai ce r&#233;cit par quelques conseils.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe de l'&#201;charasson est particuli&#232;rement dure et le cycliste ne disposant que d'une multiplication sera forc&#233; de la gravir enti&#232;rement &#224; pied. De Combe-Laval &#224; Lente, &#224; part la courte mont&#233;e de Brey, le trajet est faisable &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; &#224; la maison foresti&#232;re, s'il veut gagner le Vercors par Vassieux ou la Chapelle, ce cycliste devra se r&#233;signer, vu l'&#233;tat des chemins, &#224; une longue marche qu'il &#233;viterait en revenant &#224; Saint-Jean-en-Royan. De l&#224; par Sainte-Eulalie il atteindrait le Vercors par les Grands Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Lente, la for&#234;t ne peut se visiter sans guide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; C'est un vrai labyrinthe. L'administration foresti&#232;re a command&#233; de nombreuses plaques indicatrices, mais elles ne sont pas pos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Joanne, dans le Dauphin&#233;, indique comme route pour les automobiles, le parcours La Chapelle-en-Vercors, col des Jaussauds, Vassieux, Lente, Combe-Laval, Saint-Jean-en-Royan. Je crois qu'une automobile passerait difficilement et ne s'en tirerait pas sans avaries, mais elle pourrait, comme le cycliste craignant la marche, monter par Saint-Jean, et redescendre par le m&#234;me chemin. En tous cas, le chauffeur choisira les mois de juillet et d'ao&#251;t : les chargements du printemps sont alors tass&#233;s et ceux d'automne non encore r&#233;pandus.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant au cycliste &#233;galement bon marcheur, c'est-&#224;-dire le vrai touriste, je lui recommande l'itin&#233;raire que je viens de d&#233;crire. C'est une des plus jolies excursions qu'il puisse faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;109&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L340xH517/b263626101_cp986_r-f3e48.jpg?1788127431' width='340' height='517' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-172 '&gt;&lt;strong&gt;For&#234;t de Lente. Route de Combe Laval 1900
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-172 '&gt;Source M&#233;diath&#232;ques de Valence Romans Agglo cote B263626101_CP986
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La Grosse Routi&#232;re (Juillet 1900)</title>
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		<dc:date>2022-01-12T20:59:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de route</dc:subject>
		<dc:subject>Roue libre</dc:subject>
		<dc:subject>D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; G&#233;rard Encausse</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034; &#192; c&#244;t&#233; des chevaux pur sang aux lignes si fines existent les gros chevaux de trait qui sillonnent encore les routes en attendant l'&#232;re d&#233;finitive des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;autos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi nous semble-t-il utile d'esquisser les points caract&#233;ristiques de la Grosse Routi&#232;re qui est &#224; la jolie machine de course ce que le cheval du fermier est au pur sang. &#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Grand Tourisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;La bicyclette de route&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Roue libre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; G&#233;rard Encausse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/IMG/logo/dencaussegrosseroutiere-91fa5.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOCTEUR&lt;/span&gt; G&#233;rard Encausse, Touring-Club de France, Juillet 1900&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des chevaux pur sang aux lignes si fines existent les gros chevaux de trait qui sillonnent encore les routes en attendant l'&#232;re d&#233;finitive des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;autos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi nous semble-t-il utile d'esquisser les points caract&#233;ristiques de la Grosse Routi&#232;re qui est &#224; la jolie machine de course ce que le cheval du fermier est au pur sang. Cette esquisse est tir&#233;e uniquement de notre pratique et a &#233;t&#233; constitu&#233;e &#224; la suite d'exp&#233;riences exclusivement personnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pardonnera donc &#224; l'auteur de venir prendre la place d'&#233;crivains bien plus comp&#233;tents que lui-m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais cette revue est un peu le bulletin commun des exp&#233;riences de chaque membre ou de celles qu'il est appel&#233; &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pourquoi l'auteur de cette &#233;tude, gros monsieur de 100 kilos, s'essoufflant vite, mais trop paresseux pour monter les c&#244;tes en poussant sa machine ou pour s'arr&#234;ter &#224; r&#233;parer ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;pneus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en route, s'est efforc&#233; de constituer une b&#233;cane lui permettant de monter les c&#244;tes sans trop de travail et surtout de ne pas crever en route.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le r&#233;sultat de ses recherches qu'il livre &#224; la discussion de ses camarades, apr&#232;s deux ans d'exp&#233;riences et il les prie d'excuser les erreurs de d&#233;tail en &#233;gard &#224; la simplicit&#233; du but poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pneumatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui int&#233;resse sp&#233;cialement le touriste est toujours la m&#234;me. Le pneu sera-t-il crevable ou difficile &#224; percer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Dans le premier cas, si l'on est &#224; la merci d'une &#233;pingle, d'une &#233;pine, d'un clou ou d'un tesson de bouteille, le mieux est de pouvoir r&#233;parer vite et bien. En avant alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;pneus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sans chambre &#224; air ou les appareils de r&#233;paration rapide, comme les obturateurs instantan&#233;s ou simplement les classiques pastilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ne vaut-il pas mieux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cuirasser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ses pneumatiques contre tous ces ennemis cach&#233;s de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; cette solution que nous nous sommes arr&#234;t&#233; et, laissant de c&#244;t&#233; les chambres garnies de liquides ou de p&#226;tes qui r&#233;sistent bien aux clous, mais pas aux tessons de bouteilles comme ceux qui garnissent le dimanche, les caniveaux du trottoir dit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cyclable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Cr&#233;teil &#224; Sucy par exemple, abandonnant la garniture de cuir qui durcit trop vite &#224; l'usage, nous avons adopt&#233; la cuirasse en cuivre plac&#233;e sous l'enveloppe, syst&#232;me &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pneumatic Protector&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fran&#231;ais, poids insignifiant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Hum ! deux fois quatre cents font huit cents, autant dire un kilo, ou le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (400 gr.) et conservation presque int&#233;grale de l'&#233;lasticit&#233; des pneus. Avec cela une d&#233;chirure de dix centim&#232;tres de l'enveloppe est aussi n&#233;gligeable qu'une &#233;pingle. Quant aux clous ils se tordent s'ils ont l'audace de piquer l'enveloppe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bicyclette ainsi &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cuirass&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est &#224; la b&#233;cane ordinaire ce que le cuirass&#233; est au bateau en bois vis-&#224;-vis des boulets. On passe aussi bien sur les silex pointus que sur la plus plate des routes. Aussi adaptons-nous ce syst&#232;me &#224; notre routi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Selle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La selle peut &#234;tre passive ou active. Nous appelons passive la selle qui est absolument fixe, et active, la selle susceptible de se d&#233;placer pour aider le cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme selle passive nous donnons la pr&#233;f&#233;rence aux selles sans bec bien suspendues sur de solides ressorts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme selle active nous avons &#233;tudi&#233; d'une part la selle ordinaire (une Christy dans nos exp&#233;riences) mont&#233;e sur la tige de selle oscillante Cadet (de Troyes). Cette selle est d'un puissant secours dans la mont&#233;e des c&#244;tes, mais le d&#233;placement n'est pas assez consid&#233;rable &#224; notre avis. La selle anglaise &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Esmond&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pouvant osciller de plus de 0,10 centim&#232;tres en avant ou en arri&#232;re et oscillant aussi sur les c&#244;tes (ce qui constitue une sorte de suspension &#224; la Cardan) nous a rendu d'inestimables services, combin&#233;e au changement de vitesse&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles louanges en ferait M.&#160;de Vivie (Velocio) s'il pouvait l'&#233;tudier comme il sait &#233;tudier les moyens d'&#233;viter la fatigue inutile. Et cependant ce genre de selle a un d&#233;faut qu'il faut signaler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est d'emp&#234;cher presque compl&#232;tement de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l&#226;cher les mains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais les avantages compensent largement cet ennui. Il faudrait aussi que la maison construis&#238;t des selles oscillant&#234;s sans bec.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous conseillons beaucoup &#224; nos constructeurs fran&#231;ais d'&#233;tudier de tr&#232;s pr&#232;s la question des selles oscillantes. Ceux qui en ont essay&#233; en deviennent fanatiques et j'ai bien peur d'&#234;tre du nombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sum&#233;, je munis ma routi&#232;re d'une selle oscillante Esmond &#8212; en attendant un mod&#232;le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;veloppements multiples&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des c&#244;tes n'existe pas, c'est entendu, pour le cycliste entra&#238;n&#233;, pour le professionnel ou pour celui qui s'est exerc&#233; &#224; monter certaines c&#244;tes toujours les m&#234;mes du pays o&#249; il &#233;volue tous les jours. Mais nous nous adressons &#224; tous ceux qui, dans les moments de libert&#233;, enfourchent leur b&#233;cane, non sans noter avec terreur les nombreuses c&#244;tes indiqu&#233;es sur la carte de l'itin&#233;raire choisi. Ceux l&#224;, soit d&#233;faut d'entra&#238;nement, soit prudence recommand&#233;e par le m&#233;decin, soit surtout par impossibilit&#233; tout simplement descendent de machine &#224; loindre mont&#233;e et utilisent le train onze. Une v&#233;ritable machine routi&#232;re doit leur &#233;viter cet ennui. De l&#224; le changement de d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
A notre avis, la machine de l'avenir destin&#233;e &#224; M.&#160;tout le monde aura un ou plusieurs changements de d&#233;veloppement qui seront aussi n&#233;cessaires que les roulements &#224; billes ou les pneumatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personnellement nous avons utilis&#233; plusieurs syst&#232;mes et un cycliste entra&#238;n&#233; se trouvera tr&#232;s content avec une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cleveland&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; deux d&#233;veloppements et &#224; roue libre, surtout si l'on y ajoute une selle oscillante. C'est l&#224; notre machine de luxe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la bonne grosse routi&#232;re ne peut se contenter de deux d&#233;veloppements, il en faut au moins trois et, si l'on voulait &#233;couter l'homme le plus comp&#233;tent en ces mati&#232;res : M.&#160;de Vivie (Velocio) on en mettrait six.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis arr&#234;t&#233; au syst&#232;me de M.&#160;de Vivie que j'exp&#233;rimente depuis bient&#244;t deux ans et qui a plusieurs qualit&#233;s pr&#233;cieuses&#160;: il est simple, rustique, solide, ne se d&#233;traque pas. Les cyclistes qui paradent en gants blancs et en &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;smoking&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vous diront qu'il a un gros d&#233;faut, c'est d'obliger le routier &#224; descendre de machine et &#224; se salir les doigts pour changer de vitesse. Pour ces cyclistes mondains la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cleveland&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suffit. On tire sa tringle et sans descendre de selle, on change de d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je me rappelle ma joie de monter six kilom&#232;tres de c&#244;tes &#224; 4 et 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% sans plus de fatigue que si j'allais &#224; Suresnes et cette joie compense largement le petit ennui de mettre ses vieux gants pour changer sa cha&#238;ne de pignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car ce syst&#232;me demande simplement de d&#233;crocher sa cha&#238;ne, ce qui se fait en 3 secondes avec le crochet de l'inventeur, imagin&#233; de telle sorte qu'il ne peut jamais se d&#233;tacher de lui-m&#234;me en cours de route, car la traction sur la cha&#238;ne tend &#224; le fermer davantage. La cha&#238;ne une fois decroch&#233;e vous la placez sur deux nouveaux pignons choisis par vous suivant la c&#244;te &#224; gravir (temps 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; secondes environ) vous refermez la cha&#238;ne en remettant le crochet sp&#233;cial (10 secondes) et vous voil&#224; pr&#234;t en 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; secondes, une minute au plus. Avec trois d&#233;veloppements&#160;: 3 m. 40, 5 m. 20 et 7 m&#232;tres par exemple, vous pouvez d&#233;j&#224; faire toute la route sans descendre de machine autrement que pour le rapide changement de d&#233;veloppement et vous arriverez toujours plus vite et surtout plus frais que les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;malins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui montent toutes les c&#244;tes avec 6 m&#232;tres et s'ab&#238;ment le c&#339;ur en quelques mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au syst&#232;me de Vivie &#224; cause de son bon march&#233; d'abord, de son application possible &#224; toutes les bicyclettes de toutes marques ensuite que nous donnons la pr&#233;f&#233;rence. Nous nous arr&#234;tons &#224; trois d&#233;veloppements, ceux qui en veulent quatre ou six peuvent les faire adapter aussi bien &#224; raison de trois de chaque c&#244;t&#233; de la roue motrice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le principe des d&#233;veloppements multiples est ainsi amplement utilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Roue Libre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s usage de ma &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cleveland&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; je munis ma routi&#232;re de la roue libre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car si le changement de d&#233;veloppement &#233;conomise les forces &#224; la mont&#233;e, la roue libre les &#233;conomise &#224; la descente et il y a tout avantage &#224; le faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant j'incline &#224; employer une roue pouvant &#234;tre lib&#233;r&#233;e &#224; volont&#233;, mais pouvant &#234;tre aussi encha&#238;n&#233;e &#224; volont&#233;. Un d&#233;clanchement &#224; tringle suffit dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Freins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre routi&#232;re est munie de deux freins : l'un sur la roue d'avant, l'autre sur le moyeu de la roue motrice, ce dernier &#224; ruban.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme frein de la roue directrice nous avons adopt&#233; un syst&#232;me qui mord sur la jante de la roue sans toucher au pneumatique le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Toby&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est un frein puissant et qui suffit &#224; lui seul pour arr&#234;ter la machine lanc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme frein de la roue motrice, nous pr&#233;f&#233;rons personnellement les freins &#224; main, aux freins &#224; contre-p&#233;dale et nous avons adopt&#233; le type &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;le Merveilleux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui est continu et puissant et arr&#234;te tr&#232;s vite notre machine lanc&#233;e et portant nos cent kilos. Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Lehut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et les autres mod&#232;les sont d'&#233;gale valeur. Le frein d'avant est &#224; port&#233;e de notre main droite et le frein arri&#232;re &#224; port&#233;e de notre main gauche. On peut freiner toujours sans quitter le guidon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Finances&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Passons maintenant &#224; la question financi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien co&#251;te la transformation d'une machine quelconque en routi&#232;re : car nous faisons une &#233;tude pour venir en aide aux camarades et non pour lancer une marque quelconque. Apr&#232;s enqu&#234;te s&#233;rieuse, voici les prix maxima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuirasse pour les pneus (2 pneumatic-protector ) 28 fr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selle Oscillante (rendue &#224; Pruici. 25 &#8212; Trois d&#233;veloppements (lout Lumpris). 75 &#8212; Roue libre. 25 &#8212; Frein d'avant (Toby). 18 &#8212; Frein d'arri&#232;re. 30 &#8212; 201 fr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mes chers camarades voil&#224; le r&#233;sultat de mon exp&#233;rience. C'est &#224; vous maintenant d'exp&#233;rimenter de votre c&#244;t&#233;. Allez au Champ de Mars, allez &#224; Vincennes et vous verrez que, partout, la machine &#224; changement de d&#233;veloppement fait son apparition. Mais ce n'est l&#224; qu'un morceau de la routi&#232;re et je me suis efforc&#233; de vous la montrer dans toutes ses parties. Peut-&#234;tre voudrez-vous en voir une toute b&#226;tie sur le mod&#232;le que je viens de d&#233;crire. Eh bien, attendez jusqu'au 15&#160;juillet et rendez-vous &#224; Vincennes &#224; la classe 30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'installerai l&#224; une machine constitu&#233;e sur le mod&#232;le d&#233;crit et sans marque, pour que vous soyez s&#251;r que je ne d&#233;guise pas sous mes paroles le courtier d'un fabricant quelconque, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; dans mes habitudes.&lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;de Vivie enverra une machine &#224; plusieurs d&#233;veloppements et je la compl&#233;terai &#224; mes frais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant en selle, montez les c&#244;tes et ne crevez plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOCTEUR&lt;/span&gt; G.-E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; n&#176;&#160;65-641) Tout ceci est parfait, et l'expos&#233; d'un sentiment sinc&#232;re, appuy&#233; sur une longue pratique, et on pourra trouver l&#224; des enseignements profitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre camarade nous permettra quelques r&#233;serves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tout d'abord il nous recommande un changement de vitesse Cleveland, une selle Esmond, un frein Toby et ajoute qu'il monte une machine Rudge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans &#234;tre anglophobe, on peut trouver que c'est bien un peu anglais, tout cela, et qu'on peut se procurer en France tout aussi bien qu'&#224; l'&#233;tranger un bon changement de vitesse, un bon frein, une bonne selle et une bonne machine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, bien des selles oscillantes ont &#233;t&#233; propos&#233;es en France et toutes ont mordu la poussi&#232;re apr&#232;s l'avoir fait mordre &#224; leurs adeptes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous doutons que ce syst&#232;me ait jamais grand succ&#232;s et une bonne selle de largeur appropri&#233;e, et bien suspendue fera tout aussi bien l'affaire, sans parler du poids formidable de la selle qu'on nous recommande.&lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, notre camarade omet de parler de deux facteurs des plus importants pour un homme lourd&#160;: la dimension des pneus, la force de la machine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pneus devront avoir 40 millim. et de pr&#233;f&#233;rence on choisira des pneus de tandem afin d'amortir le plus possible les tr&#233;pidations et m&#233;nager ainsi et l'homme et sa monture.&lt;br class='autobr' /&gt;
La machine devra &#234;tre renforc&#233;e. Actuellement la fabrication fran&#231;aise emploie couramment des tubes d'une &#233;paisseur de 8 dixi&#232;mes de milim&#232;tre. la fabrication anglaise et am&#233;ricaine des tubes de 7 dixi&#232;mes et m&#234;me de 6 dixi&#232;mes, nous conseillons de demander des tubes de 10 dixi&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une d&#233;pense suppl&#233;mentaire de 25 francs environ, celle-l&#224; vraiment justifi&#233;e. Nous conseillons aussi de prendre une fourche renforc&#233;e ou m&#234;me une fourche de tandem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;N. D. L. R.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[note 2022] Ci-dessous la routi&#232;re du D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Encausse, dans son livre sur le sujet paru en 1902&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;203&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/dencaussegrosseroutiere.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH451/dencaussegrosseroutiere-914d6.jpg?1788126849' width='500' height='451' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-928 '&gt;La routi&#232;re du D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Encausse
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-928 '&gt;G. Encausse, La bicyclette grosse routi&#232;re et l'hygi&#232;ne du cyclo-touriste&#160;: conseils pratiques aux vrais routiers, 1902. Source Biblioth&#232;que municipale de Lyon (R&#233;s K 00285).
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Hum&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! deux fois quatre cents font huit cents, autant dire un kilo, ou le douzi&#232;me du poids de la machine.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La machine &#224; pleur&#233;sie (1900)</title>
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		<dc:date>2022-01-09T11:29:33Z</dc:date>
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		<dc:subject>Capitaine Perrache</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>Roue libre</dc:subject>
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		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Col d'Allos</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous voici au col. Savez-vous bien ce qui vous attend maintenant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? 17 kilom&#232;tres de descente dure continue&#160;: pente g&#233;n&#233;rale 6,5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Comment allez-vous avaler ce gros morceau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous n'avez qu'un frein et il est &#224; contre-p&#233;dale. Il vous faut donc, &#224; tout prix, pour l'actionner en permanence, vous condamner a l'immobilit&#233; la plus compl&#232;te pendant pr&#232;s d'une heure enti&#232;re.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;La roue libre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Col d'Allos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot107" rel="tag"&gt;Peugeot&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;E. Perrache, Revue mensuelle du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TCF&lt;/span&gt;, Octobre 1900, collection pers&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin dernier, j'entrais pour d&#233;jeuner &#224; l'h&#244;tel du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; de Bourganeuf, lorsque je trouvai accroupi pr&#232;s de ma machine un jeune homme qui en examinait attentivement les moindres d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'interrogea, et pendant le repas je lui expliquai tous les avantages de mon outil. Alors il me conta son aventure, bien navrante en v&#233;rit&#233;. Fonctionnaire &#224; Bourganeuf, il avait constamment &#224; parcourir, pour son service, la r&#233;gion tr&#232;s tourment&#233;e de Creuse et Corr&#232;ze. Aussi avait-il achet&#233;, huit jours auparavant, une machine sortant des m&#234;mes usines que la mienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;J'ai pris 5 m&#232;tres de d&#233;veloppement au lieu de 6, et la roue libre qui, me disait-on, &#233;tait un grand progr&#232;s. Or, je vois maintenant que je suis d&#233;j&#224; bien en retard. Ma machine pourrait-elle au moins &#234;tre transform&#233;e au mod&#232;le de la v&#244;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8212; H&#233;las non, Monsieur. &#8212; Quel dommage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette petite histoire a sans doute fait dresser l'oreille &#224; bon nombre de nos camarades qui, apr&#232;s avoir lu et relu la s&#233;rie des articles dithyrambiques parus ici sur la roue libre, ont pris d&#233;finitivement parti et se sont dit&#160;: au printemps prochain j'ach&#232;terai une machine, et cette machine sera &#224; roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle est donc votre monture, me direz-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Tout simplement une machine &#224; changement de vitesse en marche. Sur le tube sup&#233;rieur du cadre un petit levier tr&#232;s ais&#233;ment maniable actionne une tringle communiquant avec le moyeu arri&#232;re. Trois positions pour le levier correspondant respectivement au petit d&#233;veloppement, au grand, et &#224; la roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux freins sur jante. Celui d'arri&#232;re, &#224; pression fixe, r&#233;gl&#233; une fois pour toutes et man&#339;uvrable &#224; la main &#224; l'aide d'un levier plac&#233; sur le cadre&#160;: celui d'avant du type courant, c'est-&#224;-dire &#224; levier de guidon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons, si vous le voulez bien, faire ensemble un brin de route. Vous sur le fameux mod&#232;le actuel caract&#233;ris&#233; par&#160;: roue toujours libre, frein unique &#224; contre-p&#233;dale, d&#233;veloppement unique, et moi sur l'engin pr&#233;c&#233;demment d&#233;fini.&lt;br class='autobr' /&gt;
Itin&#233;raire&#160;: Saint-Andr&#233;-de-M&#233;ouilles &#224; Gap, c'est-&#224;-dire passage du splendide col d'Allos (altitude 2,250 m&#232;tres) et descente de la vall&#233;e de l'Ubaye, v&#233;ritable r&#233;gal des yeux et des pneus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous d&#233;veloppez 5 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Soit. Ne discutons pas ici. Je prends de mon c&#244;t&#233; 3 m. 50 et 5 m. 25. En selle maintenant.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-Andr&#233; au col, 54 kilom&#232;tres de mont&#233;e continue tr&#232;s douce d'abord, puis progressivement croissante et atteignant 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% en moyenne dans les 14 derniers kilom&#232;tres entre Allos et le col.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce trajet, &#224; quels avantages pourriez-vous pr&#233;tendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un membre du Touring a &#233;crit, il est vrai, et un autre s'est empress&#233; de le r&#233;p&#233;ter, que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;la roue libre, en supprimant toute contre-pression sur les p&#233;dales, rend dans une mesure appr&#233;ciable les mont&#233;es plus praticables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas compris, je l'avoue, et la chose cependant ne m'est pas &#233;trang&#232;re puisque je crois avoir donn&#233;, dans le Cycliste, la v&#233;ritable et d&#233;licate explication de la contre-pression.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant une d&#233;monstration de l'hypoth&#232;se en question, je persisterai donc &#224; regarder la roue libre comme absolument sans effet dans la mont&#233;e des c&#244;tes. Je dirai m&#234;me qu'en pratique elle est loin de valoir la roue serve. Et vous vous en apercevrez bient&#244;t entre Allos et le col, lorsque, oblig&#233; de mettre de temps en temps pied a terre pour reprendre haleine, vous vous escrimerez p&#233;riodiquement &#224; remonter en selle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur une machine charg&#233;e de bagages, en effet, et dans une pente dure, c'est l&#224; une op&#233;ration parfaitement &#233;nervante, je dirai m&#234;me dangereuse. J'ai failli dix fois, l'hiver dernier, faire ainsi le plongeon dans la route de l'Esterel, inutile de pr&#233;ciser davantage. Fa&#238;tes en simplement l'essai et vous me comprendrez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, malgr&#233; votre roue libre, la derni&#232;re moiti&#233; de la c&#244;te sera pour vous un calvaire. Quant &#224; moi, roulant d'abord avec 5,25, puis alternativement avec 5,25 et 3,50 pour finir avec 3,50, j'atteindrai s&#251;rement le col sans effort, pouvant gagner sur vous une heure au moins s'il m'en prenait la moindre envie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci est enfin admis aujourd'hui. N'insistons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voici au col. Savez-vous bien ce qui vous attend maintenant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? 17 kilom&#232;tres de descente dure continue&#160;: pente g&#233;n&#233;rale 6,5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Comment allez-vous avaler ce gros morceau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous n'avez qu'un frein et il est &#224; contre-p&#233;dale. Il vous faut donc, &#224; tout prix, pour l'actionner en permanence, vous condamner a l'immobilit&#233; la plus compl&#232;te pendant pr&#232;s d'une heure enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un second frein m&#251; &#224; la main, &#224; condition d'&#234;tre assez puissant pour ma&#238;triser s&#251;rement tout votre poids, vous donnerait sans doute la libert&#233; de mouvoir les jambes. Vous pourriez ainsi non pas retenir la machine, mais simplement faire tourner les p&#233;dales, bien entendu sans peser sur elles, car votre second frein ne suffirait plus. J'en ai fait l'essai. Ce truc est d'abord d'une ex&#233;cution fort peu pratique, puis compl&#232;tement inefficace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas, en effet, ainsi que vous parviendrez &#224; vous r&#233;chauffer. Vous r&#233;chauffer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Voil&#224; un point que vous me semblez avoir compl&#232;tement oubli&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais songez donc, malheureux, que l'&#226;pre bise nous mord jusqu'aux os&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Brrr&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; peine 4 degr&#233;s au thermom&#232;tre. Regardez-vous dans cette glace&#160;: de la t&#234;te aux pieds congestionn&#233;, baign&#233; de sueur, &#224; peine couvert d'un mince veston de cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est dans ces conditions qu'immobile comme un bonze vous pr&#233;tendez humer paisiblement la fra&#238;cheur une heure durant &#224; la vitesse de 20 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Dans cinq minutes au plus viendront les frissons pr&#233;curseurs, mais l'inertie vous maintiendra en selle. Et, d'ailleurs, quand on vient &#224; peine de quitter le train pour la mont&#233;e, faudrait-il le reprendre encore pour la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Renoncer m&#234;me un instant aux douceurs de la roue libre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Jamais de la vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous obstinerez donc, et en moins d'un quart d'heure votre affaire sera des plus claires. Baptisons vite votre ing&#233;nieux outil. C'est la machine &#224; pleur&#233;sie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne l'appellerai plus autrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voyez comment je vais op&#233;rer de mon c&#244;t&#233; pour la descente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Article 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;. Je contre-p&#233;dalerai pour ne pas prendre froid. Quel d&#233;veloppement choisir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La route est bonne, la pente n'est pas excessive&#160;: donc vitesse pratique de marche assez grande, un coup de pouce, et je suis sur grand d&#233;veloppement. Autre coup de pouce pour serrer mon frein arri&#232;re r&#233;gl&#233; d'avance de fa&#231;on &#224; absorber a lui seul une pente de 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% environ. Ceci fait|, je ne m'occupe plus de lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici, en somme, roulant avec dans une pente r&#233;duite &#224; 2,5&#8239;%. Efforts musculaires des plus mod&#233;r&#233;s&#160;: travail strictement n&#233;cessaire pour maintenir dans l'organisme une douce chaleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la descente, le sang s'est calm&#233;, plus de sueur, plus d'impression de froid. Nouveau coup de pouce et je passe &#224; la roue libre. C'est mon frein ant&#233;rieur jusqu'ici gard&#233; en r&#233;serve qui va remplacer les jambes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au col de Vars, au Galibier, au Tourmalet et dans maints parcours en casse-cou &#224; ma connaissance, m&#234;me man&#339;uvre, mais comme alors la vitesse de marche est tr&#232;s r&#233;duite, &#224; cause de l'&#233;tat du sol et des tournants brusques, je prends le petit d&#233;veloppement au lieu du grand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle &#233;lasticit&#233; dans les moyens et surtout quelle constante s&#233;curit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un de mes freins me l&#226;che&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Simple incident. L'autre en fait autant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'importe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il me reste mes jambes qui, gr&#226;ce au petit d&#233;veloppement, arriveront &#224; suffire en toute circonstance. N'ai-je pas, malgr&#233; mon &#226;ge, descendu sans peine les plus rudes c&#244;tes de France avec 3 m. et sans m'aider du frein&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, supposons que ma cha&#238;ne casse, que je perde mes p&#233;dales, j'ai mes deux freins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'esp&#232;re, naturellement, que cha&#238;ne et frein n'organiseront pas contre moi la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, vraiment, je ne saurais entrevoir ni panne ni danger sur les plus rudes parcours.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous voici &#224; Barcelonnette. La di&#232;te, un litre de th&#233; bouillant, une longue nuit sous quatre couvertures vous ont par miracle remis sur pied. En route pour Gap&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous entrons jusqu'&#224; la Durance dans la zone des descentes moyennes ou douces. La machine &#224; pleur&#233;sie va-t-elle se relever un peu dans notre estime&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant les 1&#224; premiers kilom&#232;tres la pente est encore trop forte pour que nous puissions laisser courir sans aucun frein. Vous voil&#224; donc encore, gr&#226;ce &#224; votre frein unique et &#224; contre-p&#233;dale, dans la situation absurde de la veille, toujours immobile, fig&#233; sur votre outil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous me comprendrez sans doute si je vous dis que vous semblez tenir un cierge avec les pieds. Naturellement votre unique distraction est de changer de pied de temps en temps pour &#233;viter l'&#233;nervement&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici un frein de guidon en sus du v&#244;tre vous lib&#233;rerait, mais incompl&#232;tement cependant, car la simple pr&#233;sence du frein &#224; contre-p&#233;dale, m&#234;me non utilis&#233;, vous impose certaines pr&#233;cautions. Vous n'avez pas le droit d'agiter les jambes &#224; votre guise. C'est ce que M.&#160;Delbruck a fort bien indiqu&#233; dans la Revue de juin dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur. ma machine, au contraire, libert&#233; absolue, d&#233;vergondage complet. Je puis &#233;taler voluptueusement mes jambes sur de bons repose-pieds.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce moment un caniveau se pr&#233;sente-t-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vite je reprends mes p&#233;dales qui m'attendent immobiles, puis retour aux repose-pieds.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai le droit, sans aucune pr&#233;caution sp&#233;ciale de me dresser alternativement sur l'une ou l'autre p&#233;dale ou m&#234;me sur les deux &#224; la fois pour r&#233;tablir la circulation du sang, vous savez o&#249;, en cessant tout contact avec la selle. Quel soulagement dans les interminables descentes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin si un indig&#232;ne indiscret se permet de me toiser, je p&#233;dale &#224; rebours, ce qui le jette dans une atroce perplexit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; bien des douceurs dont il faut faire votre deuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu &#224; peu, sur notre parcours, la pente s'adoucit et nous entrons maintenant dans la zone des planements p&#233;riodiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'explique. La descente n'est plus que de 2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% environ. Sans frein et en roue libre nous ne roulerions tous deux qu'&#224; la vitesse 15, ce qui ne suffit pas &#224; notre ambition. Il s'agit d'aller plus vite sans pour cela se condamner &#224; p&#233;daler constamment et pour ainsi dire &#224; vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous regarde faire. Vous donnez trois ou quatre vigoureux tours de p&#233;dale, puis repos des jambes, et la machine, lanc&#233;e &#224; la vitesse 20, continue &#224; rouler seule, parcourant 150 &#224; 200 m&#232;tres &#224; une vitesse d&#233;croissant de 20 &#224; 15. Apr&#232;s quoi nouveaux coups de p&#233;dale, et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh bien, de mon c&#244;t&#233;, comme dans la chanson, je puis faire et je fais la m&#234;me chose que vous, avec cette circonstance d&#233;savantageuse toutefois qu'il me faut, avant les coups de p&#233;dale, relever mon levier plac&#233; &#224; la position&#160;: roue libre, puis imm&#233;diatement apr&#232;s la remettre en place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est ni bien fatigant ni bien g&#234;nant, vous en conviendrez. Simple habitude &#224; prendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis souvent offert &#224; titre d'&#233;tude de longs kilom&#232;tres &#224; planements p&#233;riodiques. J'ai le regret de dire que je n'y ai trouv&#233; ni gain s&#233;rieux de vitesse (on peut s'en rendre ais&#233;ment compte par quelques petits calculs), ni surtout grand agr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; son tour l'&#232;re des planements p&#233;riodiques est close. 20 kilom&#232;tres de plaine nous s&#233;parent de Cap, point terminus. La machine &#224; pleur&#233;sie finirait-elle par hasard le parcours dans une apoth&#233;ose tardive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon outil, je ne le cache pas, est atteint d'une l&#233;g&#232;re tare. Avec le grand d&#233;veloppement il a recours &#224; un organe de transmission suppl&#233;mentaire qui, noy&#233; dans les lubrifiants, absorbe environ 2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% du travail fourni &#224; la p&#233;dale.&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce chef, mon d&#233;veloppement de 5,25 est aussi dur que s'il &#233;tait de 5,35, et le calcul montre qu'&#224; la vitesse 20 je perdrais ainsi la colossale distance de 100 m&#232;tres au bout d une heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'ayez pas la maladresse d'insister sur ma tare, car si la place ne m'&#233;tait mesur&#233;e, je fouillerais &#224; mon tour vos dessous. Les deux machines se valent. D'ailleurs si j'avais su que vous &#233;tiez atteint de la manie de la vitesse j'aurais simplement oppos&#233; 4 et 6 m&#232;tres &#224; votre unique 5 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne vous aurais pas sans doute aussi ais&#233;ment domin&#233; pendant la mont&#233;e du col d'Allos, mais &#224; partir de Barcelonnette, au lieu de fl&#226;ner en planements p&#233;riodiques, nous en aurions mis l'un et l'autre,comme on dit autour des virages, et je vous aurais gratt&#233; de 5 kilom&#232;tres..vas moinsss.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce &#224; ses deux d&#233;veloppements ma machine reste donc, sinon sur la piste, ce qui nous importe peu n'est-ce pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? du moins sur la route, nettement sup&#233;rieure &#224; la v&#244;tre au point de vue de la vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;br class='autobr' /&gt;
On s'en convaincra bien vite du reste d&#232;s que les organisateurs de courses se d&#233;cideront &#224; nous donner des courses s&#233;rieuses de montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement ces messieurs, qui ont la pr&#233;tention de donner le ton, d'orienter, de piloter le cyclisme, s'obstinent comme &#224; plaisir &#224; fausser les id&#233;es du public par des &#233;preuves enfantines, niaises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec leurs vitesses artificielles sur sol artificiel (entra&#238;neurs sur piste), quel mal n'ont-ils pas fait depuis six ans au tourisme en particulier, &#224; la v&#233;locip&#233;die pratique en g&#233;n&#233;ral&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Jugez d'ailleurs des immenses progr&#232;s dont nous sommes jusqu'ici redevables aux courses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ann&#233;e-ci pour la premi&#232;re fois ont &#233;t&#233; courues des &#233;preuves sur route de 100 kilom. sans entra&#238;neurs. Voici les r&#233;sultats authentiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Angleterre. &#8212; Course entre clubs. Record&#160;: 3 h. 25'.&lt;br class='autobr' /&gt;
France. &#8212; Course de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;U. V.&lt;/span&gt; F., 243partants. Temps tr&#232;s favorable. Premier&#160;: 3 h. 22'. Quatri&#232;me&#160;: 3 h. 28' 30&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, en 1888, Terront, serr&#233; d'ailleurs de pr&#232;s par un groupe de concurrents, a couvert les 100 kilom. autour de Longchamps en 3 h. 28' avec bicycle de 1m30, d&#233;veloppant 4m08, poids&#160;: 12 kilogr., je crois, caoutchoucs pleins, frottements lisses partout..., m&#234;me aux p&#233;dales, petites manivelles, etc., etc.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!! Gain&#160;: 6 minutes en douze ans. Quel bluff, mon empereur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
(Ici prendre le ton d&#233;clamatoire.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Impresarii de v&#233;lodromes, vous avez sign&#233; votre d&#233;ch&#233;ance. Nous ne vous connaissons plus, nous ne voulons plus vous conna&#238;tre. Gardez, pour vos amusements na&#239;fs, votre machine de course, v&#233;ritable mus&#233;e d'h&#233;r&#233;sies. C'est nous, touristes, qui, d&#233;sormais, nous chargerons seuls du trac&#233; de nos machines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, h&#233;las, ce n'est l&#224; qu'un r&#234;ve. L'ann&#233;e prochaine nous roulerons quand m&#234;me avec un d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres sur des pneus et des jantes plus invraisemblables encore. Ainsi le veut la mode. Voil&#224; bient&#244;t huit ans que je proteste sans r&#233;sultat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conclusion. &#8212; La machine &#224; pleur&#233;sie caract&#233;ris&#233;e par&#160;: roue toujours libre, frein unique &#224; contre-p&#233;dale, d&#233;veloppement unique, est assur&#233;ment acceptable pour ceux qui se contentent de rouler en pays peu accident&#233; et pendant la bonne saison. Elle me para&#238;t, au contraire, absolument inadmissible pour le grand tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rem&#232;de&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Disposer d'un loquet sp&#233;cial bloquant &#224; volont&#233; la roue libre de fa&#231;on &#224; pouvoir contre-p&#233;daler, au besoin, dans les descentes, car c'est l&#224; l'unique moyen d'&#233;chapper &#224; la pleur&#233;sie fatale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cons&#233;quence&#160;: avec le loquet le frein &#224; contre-p&#233;dale ne peut exister seul. Il faut un second frein &#224; main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des machines &#224; loquet ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; construites par la maison Singer, &#224; la demande de certains touristes anglais qui, dans les brouillards glac&#233;s de leur pays, avaient bien vite compris l'&#233;norme d&#233;faut de la roue toujours libre. Mais pour man&#339;uvrer ce loquet il faut mettre pied &#224; terre. Vous vous figurez ais&#233;ment toutes les h&#233;sitations qui peuvent en r&#233;sulter sur un parcours inconnu. &#192; chaque descente on se demande si l'on doit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;loqueter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sa roue, et l'inertie aidant, vous restez dans la situation du moment, ne profitant que tr&#232;s incompl&#232;tement des avantages du loquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit le type &#224; loquet caract&#233;ris&#233; par roue libre ou serve &#224; volont&#233; est &#233;videmment sup&#233;rieur au type &#224; pleur&#233;sie et ne peut &#234;tre que recommand&#233;. Mais il est &#224; son tour inf&#233;rieur &#224; un troisi&#232;me type dans lequel le loquet serait directement man&#339;uvrable sans mettre pied &#224; terre. L&#224; pour chaque descente vous adopteriez s&#251;rement la solution vraie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; roue libre ou non. Un coup de pouce co&#251;te si peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons enfin qu'&#224; ce troisi&#232;me type, qui n'existe pas d'ailleurs, mais qui r&#233;soudrait pleinement le probl&#232;me de la moindre fatigue dans les descentes, vous adaptiez deux d&#233;veloppements qui puissent &#224; volont&#233; se substituer l'un &#224; l'autre par la m&#234;me man&#339;uvre qui bloque ou lib&#232;re la roue, un deuxi&#232;me probl&#232;me bien plus important, celui de la moindre fatigue dans les c&#244;tes, se trouverait r&#233;solu &#224; son tour. Vous aurez ainsi la machine rationnelle, compl&#232;te, la seule vraiment digne d'un touriste de notre &#233;poque. C'est celle que je ne saurais trop chaudement vous recommander, et elle peut exister demain&#160;: il suffit de la demander.&lt;br class='autobr' /&gt;
E. Perrache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota. &#8212; La machine avec laquelle je voyage depuis quinze mois est une Peugeot &#224; deux vitesses, du type couramment vendu par la maison depuis deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tablie &#224; une &#233;poque o&#249; il &#233;tait &#224; peine question de la roue libre, elle ne remplit naturellement pas toutes les conditions que j'ai pr&#233;c&#233;demment suppos&#233; r&#233;alis&#233;es. Ainsi le levier de man&#339;uvre n'a pas une position bien arr&#234;t&#233;e correspondant &#224;&#160;: roue libre, de sorte qu'il faut t&#226;tonner un peu pour trouver ta position vraie. En outre un choc accidentel, les tr&#233;pidations de la machine peuvent d&#233;placer le levier, d'o&#249; mise en marche instantan&#233;e des p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais rien n'est plus facile que d'imaginer un dispositif d'arr&#234;t. J'en ai &#233;tabli un moi-m&#234;me tr&#232;s primitif et fonctionnant bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En second lieu la machine n'a qu'un seul frein ant&#233;rieur agissant sur l'enveloppe, solution mauvaise avec roue libre, car une crevaison peut vous priver du frein. Cet accident m'est arriv&#233;, mais l'ayant pr&#233;vu depuis longtemps, je m'&#233;tais exerc&#233; &#224; reprendre le grand d&#233;veloppement en pleine vitesse. J'ai pu me tirer d'affaire sans accident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a, je crois, aucune difficult&#233; &#224; munir la machine de deux freins sur jante. Il serait pr&#233;f&#233;rable que celui d'avant f&#251;t actionn&#233; par la main gauche de fa&#231;on que la droite puisse agir sur le levier de man&#339;uvre sans abandonner le frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin je dois ajouter que le m&#233;canisme de changement de vitesse est con&#231;u de telle sorte que la roue reste libre &#224; la petite vitesse. On ne peut donc contre-p&#233;daler que sur le grand d&#233;veloppement. C'est assur&#233;ment l&#224; un d&#233;faut, et il est inh&#233;rent au dispositif m&#234;me du m&#233;canisme, mais avec deux freins ce n'est certes pas un vice r&#233;dhibitoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, cette machine, telle quelle est &#233;tablie et munie pour mon usage personnel des d&#233;veloppements&#160;: 3 m&#232;tres et 4m,50, m'a donn&#233; pleine satisfaction jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En D&#233;voluy (1902)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La pente est tr&#232;s rapide, aussi je n'h&#233;site pas &#224; tra&#238;ner une grosse branche &#224; la remorque.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous m'apportez du bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me crie joyeusement le pontonnier, et il d&#233;tache la branche, roule soigneusement la cordelette et me la tend. Jamais pontonnier plus pr&#233;venant.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Paru dans Le Cycliste, juillet 1900, et la Revue mensuelle du Touring Club de France, Mai 1902 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le massif du D&#233;voluy est limit&#233; par le col Bayard, le col de la Freyssinouse, les deux Bu&#235;ch, le col de la Croix-Haute, l'&#201;bron et le Drac. Bois&#233; ext&#233;rieurement &#224; l'ouest, il est dans ses parties int&#233;rieures compl&#232;tement d&#233;nud&#233;. C'est la terre de la d&#233;solation.&lt;br class='autobr' /&gt; Tel quel, il offre pourtant au touriste des spectacles d'une sauvage et terrifiante grandeur qu'on chercherait vainement ailleurs. La travers&#233;e du D&#233;voluy ne saurait &#234;tre trop recommand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Arriv&#233; la veille du Valgaudemar, &#224; quatre heures je suis debout. Le ciel est gris et de lourds nuages blancs flottent sur le flanc des montagnes. La terre est humide, il a plu cette nuit.&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant qu'on me pr&#233;pare du caf&#233;, je fais quelques pas sur la route. Je rencontre bient&#244;t un promeneur de mise assez n&#233;glig&#233;e : coiff&#233; d'un vieux feutre, la pipe &#224; la bouche, il marche lentement sans souci de la bruine, tirant de temps en temps de larges bouff&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, lui dis-je en l'abordant, que pensez-vous du temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sommes-nous &#224; la pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; la pluie, peut-&#234;tre, mais, dans tous les cas, pas avant ce soir. D'ailleurs, je crois fort que la bise veut souffler. Voyez, le vent change &#224; chaque instant.&lt;br class='autobr' /&gt; La bonhomie de ce rustique montagnard me pla&#238;t, j'allume une cigarette et nous promenons en causant. Toutes ses paroles montrent un rare bon sens et ce qu'il me conte m'int&#233;resse vivement. &#192; un certain moment, je ne peux m'emp&#234;cher d'&#234;tre surpris de la pr&#233;cision des d&#233;tails qu'il me donne. Il s'en aper&#231;oit et ajoute simplement : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous pouvez me croire, je suis le juge de paix de Corps.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le juge de paix&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il me semble que j'ai &#233;t&#233; bien familier avec ce magistrat. J'esp&#232;re qu'il excusera le sans-fa&#231;on d'un touriste matinal que les apparences ont tromp&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Puisqu'il ne pleuvra pas avant ce soir, je puis partir, et &#224; six heures je descends sur le pont du Sautet. La pente est tr&#232;s rapide, aussi je n'h&#233;site pas &#224; tra&#238;ner une grosse branche &#224; la remorque.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous m'apportez du bois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me crie joyeusement le pontonnier, et il d&#233;tache la branche, roule soigneusement la cordelette et me la tend. Jamais pontonnier plus pr&#233;venant.&lt;br class='autobr' /&gt; Le temps est si chaud, si lourd, que je monte la plus grande partie de la c&#244;te &#224; pied, et souvent je m'arr&#234;te pour fumer &#224; l'ombre d'un vieux h&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je recule devant la citation.&lt;br class='autobr' /&gt; Vers le milieu de la mont&#233;e, je croise un p&#232;lerinage venant de Clelles. Cabriolets, chars &#224; bancs, breaks, omnibus regorgent de femmes et de jeunes filles. Elles chantent des cantiques o&#249; revient fr&#233;quemment le mot All&#233;luia&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais leur chant est d'un faux dont rien n'approche. Une derni&#232;re voiture est pleine de cur&#233;s et de fr&#232;res qui s'entretiennent bruyamment.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, la longue c&#244;te est finie, je suis sur le plateau de Pellafol. La route est trac&#233;e en ligne droite entre des prairies irrigu&#233;es et des champs de bl&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Des poteaux la jalonnent, vu les neiges de l'hiver et la proximit&#233; de l'ab&#238;me o&#249; coule la Souloise. Les berges du torrent, form&#233;es de vertigineuses parois de schiste d&#233;sagr&#233;g&#233; d'une hauteur de 200 m&#232;tres, s'&#233;boulent sans cesse. Un village a d&#251; &#234;tre abandonn&#233;, la moiti&#233; a d&#233;j&#224; disparu. Le plateau travers&#233;, le chemin tourne brusquement &#224; gauche et passe en encorbellement sur le pr&#233;cipice. Le spectacle est grandiose, mais d'un grandiose terrifiant, et la vue de la Souloise se frayant un passage entre les rocs &#233;boul&#233;s produit presque une impression d'horreur. L'immense montagne est &#224; pic, partout le rocher est &#224; vif, pas la moindre touffe d'herbe : passage maudit comme je n'en vis jamais.&lt;br class='autobr' /&gt; Le village de la Pousterle d&#233;pass&#233;, on voit au pied de formidables escarpements, jaillir la source de la Grande-Gilliarde, dont les eaux vertes se m&#234;lent aux eaux grises de la Souloise. La route descend ensuite tr&#232;s bas dans la gorge et franchit le torrent sur un pont de pierre.&lt;br class='autobr' /&gt; Ici on est au fond de l'ab&#238;me, &#233;cras&#233; par la masse colossale de la Grande-Br&#232;che&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les roches ont de superbes colorations qui flamboient sous le soleil, mais sont encore enti&#232;rement &#224; nu. L'&#233;troit couloir est obstru&#233; de rocs &#233;normes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on dirait qu'un tremblement de terre vient d'avoir lieu : c'est l'image du chaos. Le chemin monte entre les gigantesques &#233;boulements, suivant la Souloise dont les eaux furieuses se brisent sur les rochers &#233;pars dans son lit. &#192; droite, une mena&#231;ante falaise grise est trou&#233;e, entaill&#233;e &#224; une hauteur de 300 m&#232;tres par une rainure horizontale : c'est le canal de Pellafol. Bient&#244;t j'aper&#231;ois les cimes vertes de quelques arbres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur une colline se montre une vieille chapelle au clocher &#233;lanc&#233;, la route tourne, je suis &#224; Saint-Didier.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village compos&#233; d'une vingtaine de maisons se groupant autour d'une &#233;glise neuve, fait l'effet, quand on sort du d&#233;fil&#233; de la Souloise, d'une oasis.&lt;br class='autobr' /&gt; Voulant me documenter sur le D&#233;voluy, je me fais indiquer la demeure du juge de paix. Je joue de malheur, il est &#224; Saint-&#201;tienne, terminant une enqu&#234;te sur les derni&#232;res &#233;lections, qui ont &#233;t&#233; tr&#232;s mouvement&#233;es, mais ajoute la personne qui me re&#231;oit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous le trouverez s&#251;rement &#224; midi &#224; l'auberge de la Poste.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; De Saint-Didier &#224; Saint-&#201;tienne la rampe est dure, presque continue, rendue encore plus p&#233;nible par le mauvais &#233;tat du sol. Le soleil est br&#251;lant malgr&#233; les nuages, qui le cachent et il fait si chaud que je me permets de fr&#233;quentes haltes. Je ne suis qu'&#224; 6 kilom&#232;tres de Saint-&#201;tienne et j'ai plus que largement le temps d'y arriver &#224; 11 heures. Je traversais la for&#234;t de Malmort, une des rares for&#234;ts du D&#233;voluy, quand je suis rejoint par un pi&#233;ton que j'avais d&#233;pass&#233; &#224; Saint-Didier. Sa figure intelligente me pla&#238;t et je d&#233;cide de marcher avec lui en le faisant causer.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon compagnon est le maire de Saint-Didier. Je lui pose de nombreuses questions, quelques-unes l'embarrassent.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le juge de paix, me dit-il, en sait plus long que moi, il vous donnera tous les renseignements que vous d&#233;sirez.&lt;br class='autobr' /&gt; Des champs &#224; moiti&#233; labour&#233;s o&#249; demain les b&#339;ufs s'attelleront de nouveau &#224; la charrue, bordaient le chemin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Est-ce, demandai-je, un labour pour pr&#233;parer les semailles d'automne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il me semble qu'il est un peu pr&#233;matur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, me r&#233;pondit-il, ces terres vont &#234;tre ensemenc&#233;es d'avoine, et telle est la rapidit&#233; de la v&#233;g&#233;tation en ce pays, que sem&#233;e au commencement de juin, elle se moissonnera &#224; la fin d'ao&#251;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il nous faut de la pluie pour avoir des r&#233;coltes, sans elle nous n'avons rien.&lt;br class='autobr' /&gt; Et regardant le ciel : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'esp&#232;re qu'elle ne tardera pas.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Je fais le souhait contraire, &#234;tre bloqu&#233; ici serait &#233;pouvantable.&lt;br class='autobr' /&gt; Le maire de Saint-Didier me donne quelques d&#233;tails sur les ressources des communes du D&#233;voluy : elles consistent uniquement dans les redevances que payent les troupeaux de Provence, 1 fr. 20 par t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Saint-Didier en tire 4 000 francs, Saint-&#201;tienne 10,000.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais, objectai-je, o&#249; voyez-vous de l'herbe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Partout la roche est &#224; nu.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est ce qui vous trompe, r&#233;pliqua-t-il, sur ces rochers pousse une herbe extr&#234;mement courte, invisible d'ici et qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de superbes moutons.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, nous contournons, perch&#233;e sur une &#233;minence, la vieille forteresse de Malmort, dont il ne reste qu'une tour. Apr&#232;s une tranch&#233;e rocheuse, le village de Giers appara&#238;t, et par contraste, fait l'effet d'une tache verte dans le paysage. Quelques pr&#233;s, des champs cultiv&#233;s bord&#233;s de fr&#234;nes &#233;t&#234;t&#233;s l'entourent. Ici, le chemin s'am&#233;liorant, je remercie le maire de Saint-Didier et j'arrive vite sur le pont de la Souloise : je suis aux &#233;troits du D&#233;voluy.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Les &#233;troits du D&#233;voluy sont form&#233;s par un court d&#233;fil&#233;. La route, tr&#232;s &#233;troite, est trac&#233;e sur l'extr&#234;me bord d'une effroyable fissure dans laquelle gronde la Souloise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle monte durement aux flancs du rocher et a d&#251;, afin de gagner un peu de terrain, &#234;tre bord&#233;e d'une balustrade de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai mis pied &#224; terre : sur le deuxi&#232;me pont le spectacle est effrayant. Je regarde au fond de l'obscure et sinistre fissure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; une profondeur vertigineuse, entre ses l&#232;vres noires, suintantes d'humidit&#233;, semblable &#224; un serpent aux glauques &#233;cailles, se tord et se d&#233;bat la hideuse Souloise. Cette vue tient du fantastique et jamais je n'ai contempl&#233; ab&#238;me d'un aspect plus terrifiant. Accoud&#233; sur le parapet des deux derniers ponts, pench&#233; sur l'horrible crevasse, j'ai peine &#224; me d&#233;fendre du vertige, il me semble &#234;tre la proie d'un affreux cauchemar.&lt;br class='autobr' /&gt; La route s'engouffre ensuite dans un tunnel : &#224; la sortie, Saint-&#201;tienne s'aper&#231;oit domin&#233; par le clocher de son &#233;glise neuve. On est ici dans un immense cirque. Les formidables montagnes qui le forment sont enti&#232;rement d&#233;nud&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; leurs cr&#234;tes cr&#233;nel&#233;es n'interrompent leurs lignes infranchissables que par deux &#233;chancrures, les cols de Rabou et du Noyer, dont la route d&#233;crit de rapides lacets dessin&#233;s pas les poteaux du t&#233;l&#233;graphe. &#192; droite du col de Rabou, le pic de Bure &#233;l&#232;ve sa gigantesque paroi verticale.&lt;br class='autobr' /&gt; L'ensemble est d'une d&#233;solation, d'une tristesse infinies.&lt;br class='autobr' /&gt; Je descends &#224; l'auberge de la poste, une des premi&#232;res maisons du village. La salle est pleine de paysans en habits de f&#234;te, v&#234;tements noirs, sur lesquels tranchent des cravates de soie vert clair ou ponceau. Je commande mon d&#233;jeuner et m'assieds &#224; c&#244;t&#233; d'un personnage, qui, les moustaches relev&#233;es en croc, l'allure militaire, la casquette de cycliste en cuir fauve sur la t&#234;te, me para&#238;t un &#233;tranger. Je me trompe, c'est le percepteur de Saint-&#201;tienne. Nous causons. Il est depuis six mois en D&#233;voluy et esp&#232;re bien en sortir avant la fin de l'ann&#233;e. Il ne peut me renseigner sur le pays.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tout ce que je puis vous dire, c'est que les contribuables payent bien, et je ne leur demande pas autre chose.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Se doutent-ils, ces pauvres montagnards qu'ils contribuent &#224; l'entretien du corps de ballet de l'Op&#233;ra&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; En attendant que mon d&#233;jeuner soit pr&#234;t, je suis sorti. Subitement une averse tombe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussit&#244;t la rue du village et les chemins environnants se couvrent de grands coquelicots : ici tous les parapluies sont rouges. J'ai visit&#233; l'&#233;glise toute flambant neuf&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vieille, aux toits de grosses pierres plates, est en contre-bas. D'apr&#232;s son architecture elle doit remonter &#224; un millier d'ann&#233;es environ.&lt;br class='autobr' /&gt; Je rentre pour d&#233;jeuner. Mon repas termin&#233;, je fumais en &#233;crivant une lettre, quand vers midi et demie, le juge de paix fait son entr&#233;e. Sur le champ, tout le monde se l&#232;ve, on le salue respectueusement et beaucoup de mains se tendent vers lui. Il re&#231;oit ces hommages en personne qui y est habitu&#233;e. Le juge de paix est presque le roi de la vall&#233;e et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;M.&#160;le Juge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; comme on l'appelle, m'y para&#238;t jouir d'un grand prestige.&lt;br class='autobr' /&gt; Le juge de paix est un homme de 45 ans, corpulent, haut en couleur. Habill&#233; de gris, b&#233;ret bleu, en culotte, les jambes emprisonn&#233;es jusqu'aux genoux de bandelettes de chasseurs &#224; pied. &#192; la main la canne de ch&#234;ne &#224; poign&#233;e courbe, c'est un v&#233;ritable Alpin.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me pr&#233;sente moi-m&#234;me, ajoutant que je serais heureux s'il voulait bien me documenter sur le pays.&lt;br class='autobr' /&gt; Sa figure s'&#233;panouit : &#8212; Vous tombez bien, me dit-il, il y a quinze ans que je l'habite.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et s'asseyant &#224; califourchon sur une chaise, bien en face de moi : &#8212; Interrogez-moi, je ne d&#233;jeunerai que dans une demi-heure et ce que je saurai, je vous le dirai...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Impossible d'&#234;tre plus aimable.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Existe-t-il encore de vieilles coutumes, et les habitants de cette vall&#233;e diff&#232;rent-ils par leur mani&#232;re de vivre de ceux des autres vall&#233;es des Alpes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, me r&#233;pondit-il, le D&#233;voluy n'est plus ce qu'il &#233;tait il y a cinquante ans, alors qu'on cuisait le pain une fois l'an&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; alors que le seigle manquant, les pauvres gens se nourrissaient d'escargots et de racines. Le D&#233;voluy s'est civilis&#233;, et rien ne le diff&#233;rencie des autres cantons des Hautes-Alpes, si ce n'est sa pauvret&#233;. Aujourd'hui, chaque village poss&#232;de un four, et le porc et la pomme de terre sont le fond de la nourriture de nos montagnards. Les vieilles coutumes ont disparu. Le costume f&#233;minin offre pourtant une curieuse particularit&#233; : &#224; cent m&#232;tres vous ne distingueriez pas une jeune fille de dix-sept ans d'une femme de soixante. M&#234;me coupe de v&#234;tements, m&#234;mes &#233;toffes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voudriez-vous, me donner un aper&#231;u sur les m&#339;urs et le caract&#232;re des habitants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; cette question le juge de paix me regarde fixement comme pour mieux jouir de l'effet qu'il va produire. Puis brusquement : &#8212; Avez-vous lu la Terre, de Zola&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce livre abominable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Abominable, je le veux bien, mais ici la r&#233;alit&#233; le d&#233;passe de beaucoup, et si Zola a voulu peindre les habitants du D&#233;voluy, il a consid&#233;rablement att&#233;nu&#233;. Rien n'&#233;gale l'&#226;pret&#233;, la force de la passion du paysan pour la terre. &#192; sa possession il sacrifierait tout, femme, enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle lui tient au c&#339;ur, aux entrailles, elle fait partie de sa chair. Quelque invraisemblable que cela puisse vous para&#238;tre, le droit d'a&#238;nesse existe encore en D&#233;voluy, et je puis vous citer une famille compos&#233;e de six gar&#231;ons dont l'a&#238;n&#233; seul est mari&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses fr&#232;res sont rest&#233;s c&#233;libataires pour ne pas voir la division du patrimoine paternel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le juge de paix ajoute certains d&#233;tails de m&#339;urs, si extraordinaires, si inou&#239;s, que je ne puis les donner dans la Revue.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Leur &#233;go&#239;sme, continua-t-il, d&#233;passe toute limite : ici quelqu'un ne vaut que par les services qu'il rend. D&#232;s qu'on ne peut plus rien en tirer, il est mis de c&#244;t&#233; comme si on ne l'avait jamais connu. Leur ingratitude va de pair avec leur &#233;go&#239;sme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Saint-&#201;tienne, vivait une religieuse qui, depuis quarante ans soignait les habitants de la vall&#233;e, leur fournissait des rem&#232;des, &#8212; le m&#233;decin habite Corps, et sa visite &#233;tant fort on&#233;reuse, on ne l'appelle que rarement &#8212; combien de malades n'a-t-elle pas sauv&#233;s, que d'enfants lui doivent la vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette sainte religieuse est morte derni&#232;rement, eh bien &#8212; et le juge de paix tape du poing sur la table &#8212; pas un, vous entendez bien, pas un habitant du D&#233;voluy n'a suivi son convoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Elle &#233;tait morte, ne pouvait plus rendre de services, &#224; quoi bon alors se d&#233;ranger&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Les fonctionnaires seuls l'ont accompagn&#233;e au cimeti&#232;re. Et &#224; propos de fonctionnaires, vous me disiez avoir lu que dans ce malheureux pays ils ne d&#233;col&#233;raient jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! D&#233;trompez-vous : Saint-&#201;tienne est un poste de d&#233;but, ils y restent tr&#232;s peu, et ce s&#233;jour &#224; cela de bon, qu'ils se trouvent ensuite bien partout. Moi, je suis une exception, j'aime ce pays, y &#233;tant presque n&#233; &#8212; je suis de Corps &#8212; il y a quinze ans que je l'habite, ayant toujours refus&#233; mon changement. Il est vrai que r&#233;sidant &#224; Saint-Didier, je puis plus facilement en sortir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Puis-je vous demander quelle est, au point de vue politique, l'opinion dominante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Chose incroyable, les passions politiques, depuis quelques ann&#233;es, y sont tr&#232;s vives, et le canton est partag&#233; en deux camps &#224; peu pr&#232;s &#233;gaux, blancs et rouges. Aux derni&#232;res &#233;lections, les r&#233;publicains l'ont emport&#233; non sans peine : de vifs incidents se sont produits. L'urne &#233;lectorale a d&#251; &#234;tre envoy&#233;e &#224; Gap pour le d&#233;pouillement, les r&#233;actionnaires &#233;tant accus&#233;s d'y avoir introduit des paquets de bulletins. Je suis venu aujourd'hui terminer mon enqu&#234;te sur cette affaire.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pauvres gens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ainsi le rempart formidable de rochers qui les enserre n'a pu les d&#233;fendre contre la politique, et cette l&#232;pre envahissante les a atteints.&lt;br class='autobr' /&gt; Le D&#233;voluy se civilise.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Il est une heure, le juge de paix se met &#224; table et je sors pour promener. Quelques gouttes de pluie commencent &#224; tomber et de lourds nuages noirs courent sur le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Je visite Saint-&#201;tienne. Ce chef-lieu de canton serait &#224; peine un hameau en Languedoc. La commune tout enti&#232;re ne compte que 750 habitants dont 143 seulement &#224; Saint-&#201;tienne. Je remarque la figure r&#233;sign&#233;e, sans entrain, des femmes. Il semble qu'elles portent un poids invisible qui les courbe, et cette gaiet&#233;, cette joie qui anime les traits des jeunes filles de Provence, est inconnue ici. D'ailleurs, dans cette vall&#233;e la vie est d'une grande tristesse.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai promen&#233; jusqu'&#224; deux heures et demie. Le dimanche, la poste fermant &#224; trois, je n'ai que le temps d'envoyer un t&#233;l&#233;gramme.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin j'ai vu un fonctionnaire qui ne d&#233;col&#232;re pas contre le D&#233;voluy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'interroge le directeur de la Poste et c'est presque un soulagement pour lui de s'&#233;pancher avec un &#233;tranger.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ce pays, me dit-il, est &#233;pouvantable, j'y ai d&#233;j&#224; pass&#233; un hiver et je ne sais si je pourrai me r&#233;soudre &#224; en passer un second. Vous ne pouvez vous imaginer ce qu'est l'hiver en D&#233;voluy, rien ne peut en rendre l'horreur. La neige nous recouvre pr&#232;s de six mois, &#233;teint tout bruit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'entendons que les mugissements du vent qui souffle glacial et imp&#233;tueux. Huit mois d'hiver, douze mois de froid, dit-on, en parlant de notre climat. C'est le plus rigoureux des Alpes et l'hiver en est aussi le plus long. Vous connaissez le dicton : Long comme l'hiver en D&#233;voluy. Ses malheureux habitants, prisonniers, s&#233;par&#233;s du reste du monde, m&#232;nent une existence toute v&#233;g&#233;tative. Ici, point d'industrie, la vie s'&#233;coule &#224; soigner le b&#233;tail et &#224; se chauffer maigrement, car le bois fait d&#233;faut. Souvent lettres, journaux manquent pendant cinq &#224; six jours, et cet isolement a &#233;t&#233; pour moi une v&#233;ritable souffrance.&lt;br class='autobr' /&gt; Notre entretien est interrompu par l'entr&#233;e dans le bureau d'un montagnard. V&#234;tu de velours &#224; c&#244;tes vert fonc&#233;, le b&#233;ret bleu sur la t&#234;te, la figure couperos&#233;e, br&#251;l&#233;e par le soleil et par le h&#226;le, il s'est assis sans fa&#231;on devant une table.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous pr&#233;sente, me dit le directeur, le courrier du D&#233;voluy. C'est lui qui, chauss&#233; de raquettes, passe tout l'hiver le col du Noyer, m&#234;me avec quatre m&#232;tres de neige. Son endurance, sa force, sont extraordinaires, et le ruban attach&#233; &#224; sa boutonni&#232;re vous indique les nombreux sauvetages qu'il a op&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Je regarde avec sympathie le brave courrier : de taille moyenne, souple, trapu, tout muscles, il ferait un merveilleux cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; 4 h. 30. Il est temps de repartir. Mis au courant de mes projets, le directeur de poste secoue la t&#234;te : &#8212; C'est une imprudence, vous n'arriverez pas &#224; Veynes ce soir, et quoique le pic de Bure n'ait pas son chapeau, je crois la pluie proche. &#192; votre place, je ne partirais pas.&lt;br class='autobr' /&gt; J'observe de nouveau le ciel. Le vent souffle avec violence, chassant rapidement les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toutefois, ceux-ci me paraissent encore haut. Le temps, &#233;videmment est &#224; la pluie, mais deux heures doivent me suffire pour atteindre Veynes qui n'est qu'&#224; trente kilom&#232;tres, dont dix-neuf de descente. &#192; cinq heures, je partirai, &#224; six passerai le col et &#224; sept, je serai &#224; Veynes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je retourne &#224; l'auberge prendre cong&#233; du juge de paix et &#224; cinq heures je suis en selle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s le passage des &#201;troits et le troisi&#232;me pont franchi, laissant &#224; droite le chemin de Saint-Didier, je suis la route de Veynes. La mont&#233;e est rapide, et bient&#244;t, vu les empierrements et la nature glissante du sol, je dois mettre pied &#224; terre. Je marche aussi vite que je peux, car le ciel s'obscurcit de plus en plus, mais ma machine est lourde &#224; pousser &#224; travers ces cailloux. N'importe, j'ai la volont&#233; d'arriver, j'arriverai.&lt;br class='autobr' /&gt; Et regardant les noires nu&#233;es : J'&#233;chapperai malgr&#233; les dieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Cette r&#233;miniscence de l'antiquit&#233; me fut fatale.&lt;br class='autobr' /&gt; Cependant, le temps que j'avais cru incertain est devenu tout &#224; fait mena&#231;ant et il pleut d&#233;j&#224; au loin.&lt;br class='autobr' /&gt; Je traversais un bois de pins quand tout &#224; coup une averse diluvienne se met &#224; tomber. Jamais pluie plus subite, plus torrentielle. R&#233;fugi&#233; sous un arbre, je suis bient&#244;t aveugl&#233; par l'eau qui ruisselle de mon manteau. Que faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Retourner &#224; Saint-&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Marcher sept kilom&#232;tres sous ces cataractes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Impossible, cherchons un refuge. &#192; trois ou quatre cents m&#232;tres, je distingue quelques maisons. Je cours sous la pluie &#224; la premi&#232;re porte et entre sans frapper.&lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#232;s du feu se tenaient un homme et une femme &#226;g&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils m'offrent un abri, mais comprennent difficilement ce que je leur dis. Peut-&#234;tre trouvent-ils &#233;trange un voyage par un pareil temps, et je ne suis pas tr&#232;s &#233;loign&#233;, je l'avoue, de partager cette opinion.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis assis pr&#232;s de la chemin&#233;e et s&#232;che mes v&#234;tements, desquels s'&#233;chappe une abondante bu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est 6 h. 15&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'attendrai la fin de l'orage.&lt;br class='autobr' /&gt; 8 heures. Le jour baisse rapidement, il pleut toujours, je suis bloqu&#233;. Ces pauvres gens n'ont que du laitage. Je d&#238;ne pr&#232;s du feu, &#224; la clart&#233; de la lampe fumeuse. Je leur demande ensuite s'ils peuvent me faire coucher. Ils se regardent sans mot dire, s'interrogeant des yeux, n'osant ni l'un ni l'autre prendre une d&#233;cision. Ils parlent enfin &#224; mi-voix, mais je ne comprends pas leur patois. La femme se l&#232;ve, monte un escalier de bois : elle va pr&#233;parer &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;ma chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon repas d'anachor&#232;te est termin&#233;, je fume silencieusement. On n'entend que le sifflement de la bise et la pluie qui s'&#233;crase sur le toit.&lt;br class='autobr' /&gt; La lugubre soir&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le vent fait rage, la pluie fouette les vitres, la porte grince et g&#233;mit, toute la maison est secou&#233;e, la tourmente est devenue temp&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Assis devant l'&#226;tre, pr&#232;s du feu qui se meurt j'essaye de parler &#224; mes h&#244;tes, mais ceux-ci sont taciturnes, et, pour leur intelligence, la conversation est une fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fais quelques pas au-dehors. La pluie a cess&#233;, le ciel est bas et noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas une &#233;toile, mais sur l'horizon une &#233;troite bande de lumi&#232;re sulfureuse qui dispara&#238;t bient&#244;t. Les nuages, chass&#233;s par la temp&#234;te, paraissent raser le sol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les branches des arbres, tordues, couch&#233;es par la rafale, semblent fuir &#233;perdues.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; intervalles in&#233;gaux, une lueur blafarde montre les ar&#234;tes aigu&#235;s des sommets : puis les t&#233;n&#232;bres encore plus &#233;paisses. &#192; travers les hurlements du vent, j'entends le faible appel d'une cloche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par ses sons plaintifs, elle implore l'intervention divine. Les grondements du tonnerre sont sourds : l'orage doit &#233;clater au loin, sur le Champsaur.&lt;br class='autobr' /&gt; Il pleut de nouveau, et dans la clart&#233; projet&#233;e par l'humble fen&#234;tre, la pluie tombe en raies lumineuses. Un &#233;clair a illumin&#233; le pic de Bure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une seconde, sa cime d&#233;charn&#233;e, incendi&#233;e de fulgurants &#233;clats, m'est apparue. Ensuite, la sombre vo&#251;te s'abaisse encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, au loin, une lueur a trou&#233; la nuit : cette lueur de cuivre rouge dans le noir imp&#233;n&#233;trable est sinistre, et je ne puis me d&#233;fendre d'un sentiment d'effroi. Un autre &#233;clair vient de me montrer tout le D&#233;voluy : ses hautes roches d&#233;chir&#233;es, les pentes d&#233;nud&#233;es des montagnes ont pris une teinte livide d'un aspect infernal. J'ai vu le royaume des &#233;pouvantements.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ma petite chambre rien ne ferme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un simple plancher me s&#233;pare du toit. L'imp&#233;tueuse furie de l'ouragan redouble encore, et, dans les cris de la rafale, j'entends toujours l'appel de la cloche lointaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Berc&#233; par la temp&#234;te, j'ai pu dormir. &#192; l'aube, je prends cong&#233; de mes h&#244;tes et suis la route de Veynes. Comme hier, je marche &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; impossible de monter en machine, le chemin d&#233;fonc&#233;, ravin&#233; par l'orage ruisselle d'eau. J'atteins un petit col suivi d'une descente dans la vall&#233;e d'Agni&#232;res. Le temps est au beau, mais l'air du matin est tr&#232;s froid, et j'ai h&#226;te de voir le soleil.&lt;br class='autobr' /&gt; Il fait d&#233;j&#224; grand jour, et dans le ciel d'un bleu tr&#232;s p&#226;le courent de l&#233;gers nuages couleur d'opale et d'am&#233;thyste. Bient&#244;t les hautes cimes deviennent vermeilles, les nuages passent au rose et se sertissent d'or.&lt;br class='autobr' /&gt; Derri&#232;re les fiers sommets, le ciel s'embrase. Enfin, dans un rayonnement de flammes, dans une splendeur d'&#233;blouissante lumi&#232;re, le soleil appara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt; La vie est revenue, partout la nature est joyeuse, partout elle est en f&#234;te. Mais dans le D&#233;voluy, tout est rest&#233; froid et morne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas un chant d'oiseau ne s'entend, seuls, de noirs corbeaux volent sur les champs. L'impression de tristesse est poignante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N.D.&#201;. En 1818, Collin, juge de paix &#224; Saint-&#201;tienne &#233;crivit &#224; propos de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je descends &#224; pied la longue rampe, et p&#233;niblement, enfon&#231;ant &#224; chaque pas, me voici &#224; la bifurcation d'Agni&#232;res o&#249; commence la mont&#233;e du col.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai sous les yeux la vall&#233;e de la Ribi&#232;re, tout aussi triste, tout aussi d&#233;sol&#233;e que celle de la Souloise.&lt;br class='autobr' /&gt; Ici encore les montagnes sont compl&#232;tement d&#233;nud&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine si quelques rares bouquets de m&#233;l&#232;zes se montrent &#231;&#224; et l&#224;, Agni&#232;res a la plupart de ses maisons couvertes en tuiles rouges, mais les fermes diss&#233;min&#233;es ont leurs toits en chaume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des fr&#234;nes qui n'ont pas encore leurs feuilles les entourent. Rien de mis&#233;rable comme la vue de ces sordides demeures.&lt;br class='autobr' /&gt; Je monte toujours, la c&#244;te me para&#238;t interminable, jamais je n'arrive au sommet. Il me semble pourtant que je devrais bient&#244;t atteindre le col, mais apr&#232;s chaque lacet que je crois &#234;tre le dernier, un autre lui succ&#232;de.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un champ dominant la route, trois petits bergers d'une dizaine d'ann&#233;es &#233;taient assis sur des pierres. &#192; ma vue, ils se l&#232;vent, &#244;tent leurs chapeaux de feutre caboss&#233;s et me font un superbe salut.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Bonjour, mes enfants, suis-je loin du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ils d&#233;tournent la t&#234;te, fuyant mon regard et baissent les yeux. Puis, tout &#224; coup, ils &#233;clatent de rire. Impossible d'avoir une r&#233;ponse. Je n'avais pas fait cent m&#232;tres, quand j'entends une voix claire me crier en bon fran&#231;ais : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Un kilom&#232;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Leur timidit&#233; avait disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin je vois un poteau et une croix dont les grands bras se d&#233;tachent sur le ciel, je suis au col du Festre. Quatre ou cinq maisons couvertes en chaume forment le hameau. &lt;br class='autobr' /&gt; J'aper&#231;ois, dans les landes st&#233;riles, des troupeaux de moutons que gardent des femmes aux longs v&#234;tements noirs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; appuy&#233;es sur un b&#226;ton, elles restent immobiles sous la bise qui fait flotter le bas de leurs manteaux.&lt;br class='autobr' /&gt; Du col &#224; Veynes, descente continue, mais descente ou mont&#233;e peu m'importe, je suis toujours condamn&#233; &#224; aller &#224; pied, je ne ferais pas dix m&#232;tres sans d&#233;raper. La route descend par des pentes tr&#232;s raides, longeant un torrent qui bondit entre de hautes berges jaun&#226;tres. Son lit est rempli d'&#233;boulis.&lt;br class='autobr' /&gt; Une &#233;glise, quelques maisons l'entourant, c'est la Cluse. &#192; partir de ce village, le chemin serait excellent si ce n'&#233;tait la boue, boue rouge, noire, jaune, mais &#233;galement glissante, et jusqu'&#224; la route de Gap je serai forc&#233; de marcher.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, voici la grande route, trois kilom&#232;tres encore et je suis &#224; Veynes. Sur les trente kilom&#232;tres du trajet, j'ai d&#251; en faire vingt-sept &#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est 10 heures. Je ne puis arriver &#224; Rochegude aujourd'hui, je partirai demain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; J'ai visit&#233; Veynes, quelques vieilles maisons sont curieuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai vu le ch&#226;teau de la Villette et les heures ont fui rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s le d&#238;ner, le temps est devenu radieux, il fait si beau que je d&#233;cide d'aller promener dans la vall&#233;e du Bu&#235;ch.&lt;br class='autobr' /&gt; Je marche tr&#232;s lentement dans la fra&#238;cheur du soir, me rappelant les mille incidents de la veille, la dure &#233;tape du matin, heureux de me sentir enfin &#224; bicyclette. La route bord&#233;e souvent de peupliers est en ligne droite et je n'ai pas conscience du chemin parcouru.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fais halte &#224; la Roche, il est tard, la nuit est d&#233;j&#224; venue.&lt;br class='autobr' /&gt; La lune argente la grande plaine, le ciel est d'une puret&#233;, d'un &#233;clat incomparables : seuls C&#233;&#252;ze et les noires d&#233;coupures des montagnes d'Aurouze se d&#233;tachent en lignes ind&#233;cises.&lt;br class='autobr' /&gt; La nature enti&#232;re est comme endormie dans le calme et le silence : pas une feuille, pas un brin d'herbe ne tremble, il me semble &#234;tre dans un autre monde. Qu'il est loin d&#233;j&#224; l'&#226;pre et terrible D&#233;voluy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; C'est la nuit que l'infini s'ouvre devant nous, c'est la nuit que nous voyons ces mondes innombrables qui brillent sur nos t&#234;tes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mondes que nous habiterons peut-&#234;tre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;pays myst&#233;rieux d'o&#249; pas un voyageur n'est encore revenu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, divin spectacle dont la merveilleuse beaut&#233; ne lasse jamais. Cette puissance, ces splendeurs confondent notre entendement et affolent notre raison : un jour, je l'esp&#232;re, nous saurons le grand secret.&lt;br class='autobr' /&gt; L'infini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! un mot que nous pronon&#231;ons et dont le sens nous &#233;chappe, semblables en cela &#224; l'enfant qui &#233;pelle un nom et ne le comprend pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est temps de retourner. Une heure de marche et me voici de nouveau &#224; Veynes.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout un c&#244;t&#233; de l'&#233;troite ruelle est dans l'ombre, l'autre inond&#233; de lumi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et dans l'admirable s&#233;r&#233;nit&#233; de la nuit, le vers immortel de Rostand me revient &#224; la m&#233;moire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clair de lune coule aux pentes des toits bleus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N.D.&#201;. En 1818, Collin, juge de paix &#224; Saint-&#201;tienne &#233;crivit &#224; propos de son pr&#233;d&#233;cesseur &lt;i&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;M.&#160;Donnette ancien prieur de Saint-&#201;tienne m'a assur&#233;, deux ans avant sa mort, n'avoir entendu sur le territoire de cette commune, le rossignol qu'une seule fois depuis 43 ans qu'il habitait le D&#233;volui. Cet int&#233;ressant oiseau se fait quelque fois entendre sur la fin du printemps dans quelques bosquets de St-Didier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais son chant n'a pas cette harmonie qu'on remarque partout ailleurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a plut&#244;t l'air de partager le deuil de la nature que c&#233;l&#233;brer son r&#233;veil&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;/i&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cela dans une&lt;i&gt; Notice sur la d&#233;cadence du canton de Saint-&#201;tienne en D&#233;voluy&lt;/i&gt; (Paris, impr. De Laurens a&#238;n&#233;), r&#233;dig&#233;e pour apitoyer et obtenir de l'aide du gouvernement, suite &#224; plusieurs ann&#233;es de r&#233;coltes catastrophiques. Ces &#233;crits inspireront Ladoucette, en 1820, puis Surell dont le travail sur les torrents en 1841 aura un retentissement aupr&#232;s du grand public, faisant du D&#233;voluy l'exemple de la d&#233;solation auquel le d&#233;boisement et le surp&#226;turage condamneraient le reste des Alpes. Il figea et popularisa ainsi une r&#233;putation calamiteuse de mis&#232;re, qui traversera le 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Le rossignol de l'abb&#233; Doucette se retrouvera jusque dans&lt;i&gt; Les Mis&#233;rables&lt;/i&gt; de Victor Hugo en 1862. Le tourisme &#224; la toute fin du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, puis des auteurs locaux (Michel, Arbos) changeront cette perspective. Arbos notamment r&#233;futa en 1919 dans un article intitul&#233;&lt;i&gt; La l&#233;gende du D&#233;voluy&lt;/i&gt; l'id&#233;e d'un d&#233;boisement r&#233;cent. Le D&#233;voluy &#233;tait dans une situation &#233;conomique ni plus ni moins rude que d'autres vall&#233;es alpines, et n'avait pas plus de for&#234;ts au Moyen-&#194;ge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la particularit&#233; du D&#233;voluy &#233;tait surtout la raret&#233; de ses acc&#232;s, et l'impression de d&#233;solation min&#233;rale qu'ils offraient aux visiteurs &#224; leur passage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Plaine ou montagne ? (1900)</title>
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		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; vrai dire, c'est un plaisir d'une qualit&#233; diff&#233;rente et qui ne peut faire oublier l'&#226;pre jouissance des rampes dures enlev&#233;es &#224; la pointe de la p&#233;dale, des cols franchis entre deux murailles de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est une joie tout de m&#234;me que de se d&#233;montrer par le fait, qu'on est libre, ind&#233;pendant, capable de se transporter en quelques heures, par le seul jeu de ses muscles, par sa propre force physique, &#224; des centaines de kilom&#232;tres.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, Revue mensuelle du Touring-Club de France, mai 1900&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes amis commencent &#224; m'accuser d'&#234;tre, en tourisme, plus inconstant que ne le fut, en amour, le plus volage de nos rois, et de me laisser s&#233;duire aujourd'hui par les charmes de la plaine, apr&#232;s avoir proclam&#233; que la montagne seule &#233;tait digne du culte des cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;prouve le besoin de me laver de cette accusation de frivolit&#233; et de me justifier devant le tribunal le plus comp&#233;tent, devant les cent mille juges du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;Je plaiderai coupable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, j'en conviens, la plaine a des attraits pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aurais jamais cru, avant d'en avoir t&#226;t&#233;, que les routes de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, plates et si interminablement droites, pussent exercer une s&#233;duction quelconque sur l'&#226;me d'un cycliste montagnard, et qu'on e&#251;t du plaisir &#224; filer &#224; grande vitesse de Saint-&#201;tienne &#224; la mer en une petite journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; vrai dire, c'est un plaisir d'une qualit&#233; diff&#233;rente et qui ne peut faire oublier l'&#226;pre jouissance des rampes dures enlev&#233;es &#224; la pointe de la p&#233;dale, des cols franchis entre deux murailles de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais c'est une joie tout de m&#234;me que de se d&#233;montrer par le fait, qu'on est libre, ind&#233;pendant, capable de se transporter en quelques heures, par le seul jeu de ses muscles, par sa propre force physique, &#224; des centaines de kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, qu'un beau matin l'envie me prenne d'aller avant la nuit me baigner dans la grande bleue, respirer la brise marine, voir le soleil se coucher au sein de cette M&#233;diterran&#233;e que j'aime &#224; l'&#233;gal de mes montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et sans courir &#224; la gare, sans consulter le livret Chaix, sans m&#234;me d&#233;lier les cordons de ma bourse, un coup de pompe dans mes pneus, ma cha&#238;ne sur la multiplication convenable, quelques pommes et une livre de pain dans mon sac, et me voil&#224; parti, et me voil&#224; arriv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les 270 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Saint-&#201;tienne de l'extr&#233;mit&#233; nord de l'&#233;tang de Berre seront franchis en 15 heures, parfois m&#234;me en 12 heures, sans fatigue anormale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Triomphe de l'alimentation exclusivement v&#233;g&#233;tarienne et des machines &#224; plusieurs d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Perfectionnements dont il ne faudrait pas cependant que l'on m'attribu&#226;t tout le m&#233;rite ainsi que l'a fait trop aimablement ici m&#234;me pour l'un d'eux, un de nos camarades, car je n'en suis que l'applicateur et le propagateur, le vulgarisateur, si l'on veut.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tout temps, l'on a admis que la bicyclette ne pouvait se soustraire &#224; l'obligation des changements de vitesses indispensables &#224; tant de machines et de tout temps aussi l'on a reconnu que la sobri&#233;t&#233; et le choix d'aliments simples aussi pr&#232;s que possible de l'&#233;tat dans lequel la nature nous les offre, &#233;taient les conditions sine qua non d'une bonne sant&#233; physique et morale. Que la plupart des hommes m&#233;connaissent ces v&#233;rit&#233;s fondamentales, que les uns se tuent &#224; vouloir grimper au col de Portes ou &#224; la Furca avec un d&#233;veloppement de 7 m&#232;tres ou &#224; tricoter jusqu'&#224; complet essoufflement dans les plaines sans fin avec 4 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que les autres se d&#233;traquent l'estomac et mettent en danger tous leurs organes en fumant, en buvant de l'alcool et des boissons ferment&#233;es, en mangeant des viandes plus ou moins ferment&#233;es aussi, des mets &#233;pic&#233;s et d&#233;natur&#233;s. Qu'est-ce que cela prouve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La solidit&#233; des principes en est-elle &#233;branl&#233;e et ne faudra-t-il pas qu'on se rapproche de cette bonne Natura Medicatrix le jour o&#249; l'on voudra se gu&#233;rir, qu'on ait multiplication pour la plaine et multiplication pour la montagne.. le jour o&#249; l'on voudra gravir l'une et franchir l'autre sans plus de fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui qui croit avoir d&#233;couvert une parcelle de v&#233;rit&#233; ne doit pas la tenir sous le boisseau, il doit la crier par-dessus les toits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez que je ne m'en fais pas faute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ne nous &#233;loignons pas davantage de notre principal sujet, sinon l'on aurait le droit de me reprocher, comme &#224; un avocat charg&#233; d'une mauvaise cause, de parler de tout, sauf de sa justification.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;tends donc d&#233;montrer qu'on peut avoir de l'agr&#233;ment &#224; p&#233;daler en plaine &#224; la condition d'&#234;tre arm&#233; d'un d&#233;veloppement convenable qui, selon les circonstances variables d'une heure &#224; l'autre, peut &#234;tre &#233;lev&#233; jusqu'&#224; 8 ou 9 m&#232;tres ou abaiss&#233; &#224; 5 ou 6 m&#232;tres afin qu'en tous les cas qui se peuvent pr&#233;senter, l'effort sur la p&#233;dale ne d&#233;passe pas l'effort moyen dont l'homme est susceptible et que je crois sage de fixer &#224; 15 kilos lorsqu'il s'agit d'un travail de longue dur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai fait cette d&#233;couverte au cours de deux excursions, l'une &#224; la Sainte Baume, l'autre aux Baux, b&#226;cl&#233;es cet hiver un peu &#224; la h&#226;te faute de temps et dont j'ai publi&#233; les d&#233;tails dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente et la remont&#233;e de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, de Saint-&#201;tienne &#224; la mer, figuraient au programme et je constatai qu'en m'employant avec une multiplication convenable, de la m&#234;me fa&#231;on que je m'emploie pour gravir une rampe quelconque, il m'&#233;tait possible d'obtenir sur les belles routes de cette vall&#233;e une vitesse de marche assez &#233;lev&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet partant &#224; midi de Saint-&#201;tienne, nous avons pu ais&#233;ment, un ami et moi, malgr&#233; un accident de pneumatique plut&#244;t grave (&#233;clatement d'une enveloppe) et quelques petits arr&#234;ts non indispensables, aller coucher &#224; Orange (182 kilom&#232;tres), remonter une autre fois d'Avignon &#224; Saint-&#201;tienne dans la journ&#233;e (222 kil.) en prenant un peu le chemin de l'&#233;cole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc en partant de Saint-&#201;tienne ou de Lyon un matin de tr&#232;s bonne heure, je crois qu'il serait possible d'arriver &#224; 6 heures du soir &#224; Saint-Chamas (270 kil.) sans &#234;tre le moins du monde &#8212; et j'attire l'attention sur ce point essentiel &#8212; exc&#233;d&#233;, fourbu, vann&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit pour cela d'&#234;tre suffisamment habitu&#233; &#224; la selle pour qu'elle ne vous blesse pas, de manger peu &#224; la fois et des aliments de digestion facile, du riz qu'on peut tr&#232;s bien emporter sous forme de g&#226;teau, des fruits, du pain. Il n'est m&#234;me pas n&#233;cessaire de descendre de machine pour manger, on se contentera d'aller un peu moins vite afin que l'ingestion des aliments ne soit pas une cause d'essoufflement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on a soif, on se d&#233;salt&#233;rera en passant &#224; une fontaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais point de ces haltes de cabaret toujours trop longues ou trop courtes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trop courtes pour qu'on en re&#231;oive un r&#233;el d&#233;lassement, trop longues &#224; cause du temps pr&#233;cieux qu'on y gaspille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre condition essentielle des longues &#233;tapes, c'est la r&#233;gularit&#233; aussi parfaite que possible de l'effort sur la p&#233;dale et des mouvements des jambes. La vitesse de marche peut varier du simple au double et passer de 20 &#224; 40 kilom&#232;tres &#224; l'heure selon que les circonstances ext&#233;rieures sont plus ou moins favorables, cela importe peu, mais la vitesse des jambes et l'effort sur la p&#233;dale doivent &#234;tre toujours, autant qu'on le peut, maintenus au m&#234;me chiffre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux facteurs varient n&#233;cessairement avec chaque cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils d&#233;pendent des qualit&#233;s de la machine, de sa plus ou moins intelligente adaptation &#224; l'homme qui l'actionne, et ils varient surtout avec la multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mes muscles et pour la bicyclette dont je me sers habituellement, de 15 &#224; 18 kilos sur la p&#233;dale et de 60 &#224; 65 tours &#224; la minute me semblent &#234;tre les chiffres optimes et je puis approximativement, avec cela, marcher &#224; 26-28 kilom&#232;tres &#224; l'heure sur un terrain plat avec d&#233;veloppement 7 m. 50, ou gravir du 8&#8239;% avec d&#233;veloppement 2 m. 50, &#224; 9-10 kilom. &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent, l'&#233;tat de la route peuvent faire varier la r&#233;sistance &#224; la marche, et la vitesse s'en ressentira, mais en abaissant ou en &#233;levant proportionnellement la multiplication je retrouverai toujours mes 15-18 kilos et mes 60-65 tours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le moteur humain, tr&#232;s &#233;lastique, se plie du reste mieux que tout autre moteur &#224; des variations de r&#233;sistance de 10&#8239;% au-dessus et de 10&#8239;% au-dessous de la normale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, au point de vue physiologique, le cyclotouriste peut faire &#233;gale d&#233;pense de force en plaine aussi bien qu'en montagne et obtenir une excitation &#233;gale, excitation qui entre pour une bonne part dans le plaisir final.&lt;br class='autobr' /&gt;
La satisfaction de la difficult&#233; vaincue ne fait pas d&#233;faut, elle, non plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu de l'altitude conquise, c'est la distance franchie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est toujours un obstacle surmont&#233;, une force dompt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au plaisir des yeux, je vous assure qu'&#224; descendre le Rh&#244;ne on n'en est pas priv&#233; un seul instant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; fait dans le lointain les blancs sommets des grandes Alpes vous regardent par-dessus les montagnes interm&#233;diaires qui tant&#244;t s'&#233;loignent du fleuve et tant&#244;t s'en rapprochent.&lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps on franchit quelque &#233;minence, on c&#244;toie des collines couronn&#233;es de ruines, on traverse l'Is&#232;re, la Dr&#244;me, la Durance, qui valent la peine qu'on se d&#233;range pour les voir. Du c&#244;t&#233; des C&#233;vennes, le panorama, toujours pittoresque, change incessamment. Comme on va beaucoup plus vite qu'en montagne, on traverse fr&#233;quemment des villes, des villages, des hameaux, autant de sujets de distraction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre m'objectera-t-on que les plaines dont je parle sont privil&#233;gi&#233;es et qu'il en est d'autres mortellement ennuyeuses. Je ne les connais pas, mais je serais bien surpris qu'on ne leur puisse r&#233;ellement trouver aucun agr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s cela, n'avons-nous pas lu le r&#233;cit d'un homme qui, ayant travers&#233; les petites Alpes de part en part, de Grenoble &#224; Antibes, a trouv&#233; ce trajet, sauf quelques rares sites, mortellement ennuyeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour voyager avec fruit et rapporter d'une excursion des souvenirs agr&#233;ables, il faut savoir se laisser impressionner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sinon l'on est comme un photographe qui mettrait dans son objectif de simples plaques de verre non pr&#233;par&#233;es &#224; recevoir et &#224; retenir les images qu'il d&#233;sire emporter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on revient bredouille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;parons-nous donc et armons-nous de fa&#231;on &#224; venir aussi bien &#224; bout de la plaine que de la montagne et nous trouverons plaisir et profit &#224; fr&#233;quenter l'une et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. de Vivie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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