<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>V&#233;lotextes</title>
	<link>http://velotextes.fr/</link>
	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://velotextes.fr/spip.php?id_mot=83&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>V&#233;lotextes</title>
		<url>http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L144xH126/1000080154-53246-7fc51.jpg?1788904391</url>
		<link>http://velotextes.fr/</link>
		<height>126</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Le Col de Porte (1901)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article341</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article341</guid>
		<dc:date>2024-10-02T10:55:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; Je vous pardonne votre interruption en faveur du mot. Je continue. Ils sont, me dis-je, &#224; l'ombre des grands bois, sous chaque sapin brillera une bicyclette. Dans les grands bois, brillaient seules les gouttes de ros&#233;e, et &#224; l'auberge, ils ne fourmillaient pas. En r&#233;fl&#233;chissant, je calculai qu'avec le train furibond qui caract&#233;rise les cyclistes de ce pays, ils devaient &#234;tre non seulement &#224; Bourg-Argental, mais en revenir, et je descendais avec la plus grande prudence, de crainte de collision, la longue c&#244;te. Les steppes de la Sib&#233;rie pullulent &#224; c&#244;t&#233;. &#192; 8 heures, j'arrivai &#224; Bourg-Argental, et pendant que sur le devant d'un caf&#233; je d&#233;jeunais, je fus fort &#233;gay&#233; par trois cyclistes qui tournaient sur la place, se livrant &#224; l'acrobatie ordinaire que vous savez. Inutile de dire qu'ils n'&#233;taient pas de Saint-&#201;tienne. Apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;sert recommen&#231;a.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Pilat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Paru dans Le Cycliste, Novembre 1901, Source archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per132_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, &#224; 3 heures nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; nous mettre en selle. Comme la veille, le touriste rouge me demanda si j'avais pass&#233; une heureuse nuit, si je n'avais pas eu de cauchemars.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous remercie de votre attention, mais, &#8212; et remarquez que c'est l'indice infaillible d'une conscience pure &#8212; je ne fais jamais de mauvais r&#234;ves.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me dans Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? r&#233;pliqua-t-il malicieusement, et son sourire...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre perfide insinuation, mon ami, constitue, une provocation au premier chef, c'est un v&#233;ritable casus belli. Ne soyez pas surpris, si je me consid&#232;re en &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense. D&#233;sormais toutes les repr&#233;sailles me seront permises.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et je compris alors le secret mobile de cette sollicitude qui m'&#233;tonnait. Hier matin, le c&#339;ur lui avait probablement manqu&#233; pour ce coup de Jarnac.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je suis encore votre d&#233;biteur, reprit-il, et je d&#233;sesp&#232;re presque de m'acquitter envers vous. Cependant, soyez s&#251;r que je ferai tout ce que je pourrai pour cela.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe de la Placette, d'une longueur de 5 kilom&#232;tres, offre une pente moyenne continue de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, qu'avec le d&#233;veloppement de 2m,90 on gravit tr&#232;s facilement. Quant &#224; mon compagnon, avec 5m,60 c'&#233;tait pour lui un simple jeu. Nous montions c&#244;te &#224; c&#244;te en causant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voulez-vous que nous marchions un ou deux kilom&#232;tres, me dit-il, la vue est si belle que c'est un crime de l&#232;se-tourisme d'aller aussi vite. &#192; pied, nous pourrons mieux jouir de cette superbe &#233;chapp&#233;e sur la vall&#233;e de l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous montions donc &#224; pied, &#233;changeant nos impressions, nous arr&#234;tant souvent pour contempler la merveilleuse vue. Tout &#224; coup, nous f&#251;mes d&#233;pass&#233;s par un quadricycle. &#192; peine si nous e&#251;mes le temps d'entrevoir une jeune femme plac&#233;e devant le chauffeur.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ne trouvez-vous pas &#233;trange que depuis Nyons, nous n'ayons pas rencontr&#233; un touriste &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, et j'y suis habitu&#233;, r&#233;pondis-je, le contraire m'&#233;tonnerait. Le m&#234;me fait s'est produit dans mon voyage en Auvergne. Le touriste &#224; bicyclette est destin&#233; &#224; devenir bient&#244;t un objet de curiosit&#233;. Votre question me rappelle un &#233;pisode de mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt; Je vous ai racont&#233; les incidents de route d'Issoire &#224; Clermont par le col de Dyanne, ainsi que ceux de Clermont &#224; Saint-&#201;tienne par Ambert et Viverols. M.&#160;de X..., avec qui je passai une fort agr&#233;able soir&#233;e, me conseilla l'itin&#233;raire Grand'Croix, P&#233;lussin, Chavanay.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le dimanche, ajouta-t-il, nos routes sont sillonn&#233;es de cyclistes, le plateau de la R&#233;publique, les Grands-Bois en fourmillent.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi, me dis-je, ne passerais-je pas par Planfoy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cela me permettra, et je n'en serai pas f&#226;ch&#233;, de voir la tournure des cyclistes st&#233;phanois. Et pr&#233;cis&#233;ment le lendemain &#233;tait un dimanche. Malheureusement, je m'oubliai, et ne quittai Saint-&#201;tienne qu'&#224; 5 heures 30. Les rues &#233;taient vides de cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis lev&#233; trop lard, pensai-je, et j'admirai l'entrain matinal des touristes de cette ville. La mont&#233;e de Planfoy &#233;tait chang&#233;e en d&#233;sert, le plateau de la R&#233;publique &#233;galement. Je ne rencontrai &#226;me qui vive.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me le n&#232;gre de miss Symour22&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me de touriste noir. Je ne vis qu'un affreux chien qui me poursuivit avec une pers&#233;v&#233;rance digne d'un meilleur sort, car je fus oblig&#233; de lui tirer une cartouche de sel caustique. Il s'enfuit en hurlant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voyagez donc toujours avec un revolver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, seulement dans mes grandes courses. Le voici : il est tr&#232;s petit mais d'une puissance extraordinaire. C'est une arme faite sp&#233;cialement pour les touristes par Galand. C'est sa derni&#232;re cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le fait est qu'il est du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dernier galant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous pardonne votre interruption en faveur du mot. Je continue. Ils sont, me dis-je, &#224; l'ombre des grands bois, sous chaque sapin brillera une bicyclette. Dans les grands bois, brillaient seules les gouttes de ros&#233;e, et &#224; l'auberge, ils ne fourmillaient pas. En r&#233;fl&#233;chissant, je calculai qu'avec le train furibond qui caract&#233;rise les cyclistes de ce pays, ils devaient &#234;tre non seulement &#224; Bourg-Argental, mais en revenir, et je descendais avec la plus grande prudence, de crainte de collision, la longue c&#244;te. Les steppes de la Sib&#233;rie pullulent &#224; c&#244;t&#233;. &#192; 8 heures, j'arrivai &#224; Bourg-Argental, et pendant que sur le devant d'un caf&#233; je d&#233;jeunais, je fus fort &#233;gay&#233; par trois cyclistes qui tournaient sur la place, se livrant &#224; l'acrobatie ordinaire que vous savez. Inutile de dire qu'ils n'&#233;taient pas de Saint-&#201;tienne. Apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;sert recommen&#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fumais une cigarette &#224; la bifurcation de Boulieu, quand au moment o&#249; je partais, j'aper&#231;us enfin sur la route d'Annonay deux touristes accompagn&#233;s d'une cyclettiste, dont la gracieuse apparition fut le sourire cycliste de cette journ&#233;e. De Boulieu &#224; Andance rien, et ce ne fut qu'&#224; Sarras que je fus d&#233;pass&#233; par deux autres touristes, dont l'un, ing&#233;nieur en chef des ponts et chauss&#233;es, &#233;tait bien le plus &#233;tonnant cycliste que j'aie rencontr&#233;. Il p&#233;dalait en planant &#224; chaque instant, et soutenait un train de 20 &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Jusqu'&#224; Tournon il me servit d'entra&#238;neur. J'&#233;tais aussi bien aise de voir dans quel &#233;tat il descendrait de machine. Ce fut lamentable, rouge, congestionn&#233;, il ruisselait, tandis que son compagnon et moi &#233;tions en somme fort pr&#233;sentables. Sur une route &#224; pentes insensibles, les planements sont une pure folie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce sport, en tant que tourisme, tend en effet &#224; dispara&#238;tre. Il est trop dur pour les jeunes gens eff&#233;min&#233;s de notre &#233;poque, qui se sont pr&#233;cipit&#233;s sur les automobiles, la n&#233;gation absolue, jusqu'&#224; maintenant, de l'ind&#233;pendance si ch&#232;re aux vrais touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je le regrette pour eux. Ils ignorent une des plus grandes jouissances qu'il soit possible de go&#251;ter sur notre pauvre plan&#232;te, o&#249;, comme les cyclistes &#224; Planfoy, elles ne pullulent pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, nous &#233;tions arriv&#233;s &#224; la Placette. L'auberge &#233;tait ouverte, et dans l'air vif du matin nous nous sent&#238;mes en tr&#232;s bonnes dispositions pour d&#233;jeuner. Je ne sais comment la conversation tomba sur la Revue.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'esp&#232;re bien, me dit le touriste rouge, que vous ne recommencerez pas votre agr&#233;able plaisanterie de la Croix-Haute, et que je ne risque rien &#224; aller &#224; la Grande Chartreuse avec vous. Vous ne sauriez croire, quand je revis votre r&#233;cit et que je m'aper&#231;us que j'en &#233;tais le h&#233;ros, combien je fus &#233;tonn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fus m&#234;me un instant furieux de votre trahison, mais &#231;a ne dura pas. Vous n'aviez pas &#233;t&#233;, j'en conviens, bien m&#233;chant, et je finis par rire franchement. &#192; vrai dire, vous n'aviez raill&#233; que mes imperfections physiques, ou plut&#244;t ce que vous croyez en &#234;tre. Rappelez-vous Saint-Julien-en-Beauch&#232;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et puis, me dis-je &#8212; c'&#233;tait le corollaire naturel de votre r&#233;cit &#8212; je dois &#234;tre irr&#233;prochable au moral. J'avoue que cette hypoth&#232;se me s&#233;duisit un instant. Je n'ai pas besoin de vous dire que ma modestie eut vite raison de cette pens&#233;e, et j'accusai votre peu de clairvoyance. En somme, vous ne m'aviez rien promis, je ne vous avais rien demand&#233;, vous &#233;tiez donc parfaitement libre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! comme aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Hier soir, &#224; Serres, pendant que vous dormiez, je notais h&#226;tivement nos incidents de route. Vous imaginez-vous que c'&#233;tait pour moi seul que je luttais contre le sommeil.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous ne dormiez pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! encore une trahison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; qui donc se lier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous reconna&#238;trez que j'ai respect&#233; votre incognito : ni votre nom, ni la ville que vous habitez, rien dans mon r&#233;cit ne peut le faire supposer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et mes jambes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et ma malheureuse moustache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je crains toujours de rencontrer un abonn&#233; du Cycliste s'&#233;criant &#224; ma vue : Voil&#224; l'homme rouge qui passe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'ayez pas cette crainte. Les abonn&#233;s de la Revue sont trop bien &#233;lev&#233;s pour cela. Je dirai m&#234;me plus : je pourrais vous en citer et non des moins aimables &#8212; qui seraient enchant&#233;s de vous conna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous me g&#226;tez mon excursion. Encore, si vous me promettiez d'avoir la main l&#233;g&#232;re. Mais aussi, quelle extraordinaire id&#233;e avez-vous eue de collaborer au Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Extraordinaire, je vous l'accorde, et j'en suis encore plus &#233;tonn&#233; que vous. C'est cette infernale Croix de Chabourey qui en est cause.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle responsabilit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je suis surpris qu'elle soit encore debout, interrompit-il d'un air p&#233;n&#233;tr&#233;, en joignant les mains.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Elle est m&#234;me tr&#232;s solide, pourtant, n'essayez pas de lui d&#233;dier un sonnet, les bras lui en tomberaient et ce serait vraiment dommage. Je poursuis. M.&#160;de Vivie m'a rendu le plus grand service qu'un touriste puisse rendre &#224; un autre, en me r&#233;v&#233;lant la puissance de la petite multiplication &#224; laquelle je ne croyais pas. J'ai voulu, par quelques r&#233;cits &#233;crits d'une main inhabile &#8212; ils seront mis au nombre de mes p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#8212; le remercier. Voyez, comme vous vous trompiez, quand vous m'accusiez de n'&#234;tre pas reconnaissant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'&#233;tais bien aise en m&#234;me temps d'orienter les touristes vers des pays peu connus, et si j'ai pu donner le go&#251;t du tourisme &#224; quelques cyclistes, si j'ai pu en arracher, ne serait-ce qu'un, aux joies malsaines de la ville, je m'estimerai suffisamment d&#233;dommag&#233;. Je me suis permis, mon cher ami, de vous associer &#224; cette bonne &#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je n'ai plus rien &#224; dire, si ce n'est que pour me fermer la bouche, votre derni&#232;re raison est d'une habilet&#233; extr&#234;me. Mais pour l'avenir, vous engagez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Serai-je pr&#232;s de vous en s&#251;ret&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous le promets. Le touriste rouge ne para&#238;tra plus dans Le Cycliste, et pour vous le prouver, voulez-vous, le mois prochain, venir &#224; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; cette condition, je le veux bien. Un t&#233;l&#233;gramme et j'accours. La Placette d&#233;pass&#233;e, la route descend rapidement dans la vall&#233;e de l'H&#233;r&#233;tang. Nous arriv&#226;mes vite &#224; Saint-Laurent-du-Pont o&#249; nous ne nous arr&#234;t&#226;mes pas. Au pont de Saint-Bruno, je changeai de multiplication et nous roul&#226;mes &#224; une modeste allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la bifurcation de la Croix-Verte nous m&#238;mes pied &#224; terre pour gravir la pente &#224; 15% qui nous amena au couvent.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait exactement 7h. 40 quand nous sonn&#226;mes &#224; la porte. La visite ayant lieu &#224; 8 heures, nous utilis&#226;mes le temps qui nous restait &#224; d&#233;jeuner. Notre collation &#224; la Placette &#233;tait pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de souvenir. &#192; 8 heures un fr&#232;re vint nous chercher.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous attendrai au-dehors, sur la pelouse. Je suis venu au couvent plusieurs fois, ce serait pour moi une corv&#233;e. Vous me ferez part de votre impression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et je le laissai.&lt;br class='autobr' /&gt; J'attendis longtemps. La grande porte enfin s'ouvrit et le touriste rouge apparut.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, lui dis-je, avez-vous &#233;t&#233; s&#233;duit par la vue int&#233;rieure du couvent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous sentez-vous des dispositions &#224; devenir chartreux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Chartreux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! jamais de la vie, et la mortelle tristesse de ce clo&#238;tre me ferait fuir &#224; cent lieues. Sa visite m'a peu int&#233;ress&#233;. Ce n'est pas le premier que je vois, et &#224; part quelques d&#233;tails, c'est toujours la m&#234;me chose. Nous n'&#233;tions que cinq touristes, ce qui m'a paru peu. Le fr&#232;re qui nous conduisait avait une v&#233;ritable mine d'asc&#232;te et dans ses yeux sombres luisait l'ardeur mystique de sa vocation. &#201;videmment, il croyait par ses mac&#233;rations gagner le ciel. Il me regardait presque tout le temps : ma maigreur de simple la&#239;que devait lui porter ombrage.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que vous puissiez porter ombrage &#224; quelqu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, mon ami, ne l'esp&#233;rez pas. Que ce soit &#224; un fil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce n'est pas &#224; vous que l'on dira jamais : &#244;te-toi de mon soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le spectre solaire compterait seulement une raie de plus. Enfin, je suis fort heureux que vous ayez trouv&#233; votre pareil. Je croyais bien que vous monopolisiez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous vous vengez... Je ne r&#233;pondrai pas. Le voisinage de ce couvent a sur vous une d&#233;testable influence. Partirai-je seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'ailleurs, votre mani&#232;re de vous nourrir vous a tr&#232;s bien pr&#233;par&#233; &#224; cette vie aust&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quittez ce souci. Je n'ai jamais envi&#233; la vie monastique. Pour moi, vie est synonyme de mouvement, et les seuls ordres qui m'eussent attir&#233;, ce sont ces ordres mendiants du moyen &#226;ge, dont les moines, la besace au dos, le b&#226;ton &#224; la main, parcouraient toute l'Europe. Ils couchaient un jour dans un ch&#226;teau, le lendemain sous le chaume, parfois m&#234;me en pleine for&#234;t. Ces moines-l&#224; sont nos anc&#234;tres, ce sont les premiers touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, mais ils ont disparu. Quant aux ordres existants aujourd'hui, je n'en comprends aucun et les couvents sont, &#224; mes yeux, un v&#233;ritable anachronisme. Les hommes sont faits pour vivre ensemble, pour s'aider, et non pour s'isoler. Je ne con&#231;ois pas au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un homme se faisant moine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne suis pas de votre avis. Je pense aux vaincus de la vie, &#224; ceux qui, meurtris, demandent gr&#226;ce. Le couvent, c'est l'&#233;vasion qui les soustrait aux trahisons du monde, &#224; la m&#233;chancet&#233; des hommes. En proie aux mille jouvences de cette terre, ils go&#251;tent l&#224; le repos, l'oubli&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le port sauveur qui abrite leur d&#233;tresse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, votre retraite n'est qu'une fuite. Vous &#233;vitez le combat, vous rendez les armes. Le c&#339;ur vous a manqu&#233; pour lutter, vous avez d&#233;sert&#233;, et si vous voulez conna&#238;tre le fond de ma pens&#233;e, la vie monacale n'est qu'une des formes de l'&#233;go&#239;sme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, s'il me pla&#238;t &#224; moi de fuir le monde, en quoi cela regarde-t-il quelqu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au nom de la libert&#233;, j'ai le droit de penser et d'agir comme il me conviendra.&lt;br class='autobr' /&gt; Commen&#231;ant ainsi, nous ne pouvions nous entendre. Nous discut&#226;mes longtemps en pure perte. Esprit g&#233;n&#233;reux, c&#339;ur d&#233;vou&#233;, ne connaissant pas les mis&#232;res de la vie, le touriste rouge ne pouvait comprendre cette s&#233;paration absolue, cette claustration dans laquelle se sont r&#233;fugi&#233;s certains de nos semblables.&lt;br class='autobr' /&gt; Rien de tel qu'une discussion anim&#233;e pour ouvrir l'app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Savez-vous qu'il est onze heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Si nous allions d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit mon compagnon.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Allons d&#233;jeuner. D'ailleurs, ce que nous disons est loin d'&#234;tre fol&#226;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cela vous serait-il &#233;gal que nous filions sur Saint-Pierre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le menu serait moins s&#233;v&#232;re et nous n'aurions aucun pr&#233;texte &#224; rouvrir cette discussion. Ensuite, nous avons en perspective la rampe du col de Porte et je crains que ce maigre auquel je ne suis pas habitu&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme vous voudrez. Je ne tiens pas plus que vous &#224; rester ici. L'h&#244;tel du D&#233;sert est fort bon, rien ne nous retient plus, partons.&lt;br class='autobr' /&gt; Et prenant nos bicyclettes, nous saut&#226;mes en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; La route de Saint-Pierre-de-Chartreuse, qui d'abord descend mod&#233;r&#233;ment, ne tarde pas &#224; s'accentuer terriblement. Malgr&#233; mon insistance, mon ami ne voulut pas mettre pied &#224; terre et nous f&#238;mes la folie de faire en machine la section &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. &#202;tre le dieu des cyclistes ne doit pas constituer pr&#233;cis&#233;ment une sin&#233;cure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233;s sur les bords du Guiers nous respir&#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#199;a s'est tr&#232;s bien pass&#233;, me dit-il, et pourquoi voulez-vous que je suive vos conseils, quand vous-m&#234;me vous ne les suivez pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'y avait rien &#224; r&#233;pondre &#224; cette judicieuse remarque. Je me tus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous f&#251;mes vite &#224; l'h&#244;tel du D&#233;sert. Un touriste &#8212; l'esp&#232;ce offre une vari&#233;t&#233; infinie &#8212; install&#233; dans un grand fauteuil pr&#232;s de la fen&#234;tre, &#224; une chambre du second &#233;tage, tenait &#224; la main une canne &#224; p&#234;che. La longue cordelette flottait sur la rivi&#232;re, et sans se d&#233;ranger, surveillant de tr&#232;s haut les mouvements du bouchon multicolore, il p&#234;chait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est ce qui s'appelle un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;p&#234;cheur en chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, observa le touriste rouge.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la salle &#224; manger d&#233;j&#224; nombre de touristes d&#233;jeunaient. Nous nous ass&#238;mes &#224; une petite table isol&#233;e : nous voulions pouvoir causer tranquillement. Malheureusement, deux cyclistes qui d&#238;naient pr&#232;s de nous s'entretenaient bruyamment et leur conversation ne tarda pas &#224; nous amuser beaucoup. Le verbe haut, l'allure insolente, ils parlaient surtout pour la galerie. L'un d'eux avait une passion f&#226;cheuse pour les citations, les mots historiques qu'il pla&#231;ait &#224; tort et &#224; travers, ce qui produisait un effet qu'il ne pr&#233;voyait pas sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils nous fatigu&#232;rent bient&#244;t, et notre repas termin&#233;, nous quitt&#226;mes la salle et f&#238;mes apporter le caf&#233; sur la terrasse que longe le Guiers.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quels stupides touristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ils reculent les bornes de la b&#234;tise humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce ne sont pas des touristes, r&#233;pondis-je, ce sont tout simplement des &#233;chapp&#233;s de quelque grande ville qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;font&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la Chartreuse, s'il m'est permis de me servir de la langue de leur corporation. D'ailleurs, avez-vous remarqu&#233; leurs costumes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Leur carcan de toile blanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un touriste amant de la belle nature et qui voudra par cons&#233;quent la caresser de pr&#232;s, pourrait-il s'astreindre &#224; un pareil accoutrement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? R&#232;gle invariable, le touriste se reconna&#238;t &#224; la commodit&#233; et au laisser-aller de son v&#234;tement. Le m&#233;pris de la mode est le commencement du tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre explication me comble d'aise. Voyez la poussi&#232;re qui nous couvre, nos feutres de meunier...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous avons la tenue r&#233;glementaire. Je ne me souviens plus o&#249; j'ai lu qu'un touriste rempla&#231;ait, &#224; table d'h&#244;te, son faux-col absent par l'exquise distinction de ses mani&#232;res. Avez-vous remarqu&#233; l'heureux emploi qu'a fait notre voisin de table du mot de Siey&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je l'ai savour&#233; en silence comme doivent se savourer toutes les choses rares. Il me rappelle un incident de voyage presque identique qui m'est arriv&#233; encore dans votre d&#233;partement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Dans mon d&#233;partement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! D&#233;cid&#233;ment vous lui en voulez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Amieus Plato...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ne continuez pas. Elle est compl&#232;tement us&#233;e, tout &#224; fait hors de service.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je passe donc. Parti le matin de Saint-Guilhem-le-D&#233;sert, j'arrivai &#224; midi &#224; X... o&#249; je d&#233;jeunai. Ensuite, j'entrai dans le caf&#233; o&#249; se r&#233;unissaient les notables de l'endroit. &#192; une table voisine de la mienne &#233;tait assis un personnage que plusieurs personnes entouraient, l'appelant c&#233;r&#233;monieusement M.&#160;le suppl&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt; Il tenait le d&#233; de la conversation et toutes ses paroles &#233;taient soulign&#233;es de gestes et de sourires approbateurs. Nourri &#233;videmment du suc le plus pur de l'antiquit&#233;, il se risquait parfois, lui aussi, &#224; des citations v&#233;ritablement extraordinaires. Sa personne surtout l'occupait. Il daigna conter le menu de son d&#233;jeuner, d&#233;jeuner succulent, para&#238;t-il, car il termina ainsi : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Enfin, Messieurs, j'ai fait un vrai festin de Sucullus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; L'auditoire en entier s'inclina sans comprendre, muet d'admiration devant un pareil faste. Seul, un jeune homme qui se trouvait plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; du suppl&#233;ant ne m'avait pas paru partager l'all&#233;gresse g&#233;n&#233;rale. Il osa &#8212; les jeunes gens ont toutes les audaces &#8212; hasarder timidement :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voulez sans doute dire de Lucullus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le suppl&#233;ant stup&#233;fait, le regarda un moment saisi de sa hardiesse. Ensuite, s&#251;r de lui, et souriant avec la sup&#233;riorit&#233; que donne le vrai savoir, il laissa tomber ces m&#233;morables paroles :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai dit Sucullus. D'ailleurs Lucullus n'aurait aucun sens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le jeune imprudent ne protesta pas. Fut-il convaincu, n'osa-t-il rien dire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#201;tait-ce un surnum&#233;raire ambitieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il se tut.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; moi, j'admirai les fruits &#233;tonnants de l'instruction obligatoire. Et dire que ce sera cet &#234;tre-l&#224;, juge de paix probablement &#224; cette heure, qui me jugera et m'appliquera le maximum en cas de contravention cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait petit, replet, bouffi, et quand on aime les festins de Sucullus, on est s&#251;rement v&#233;lophobe.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le ciel nous pr&#233;serve de ses consid&#233;rants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; La route du col de Porte remonte par des pentes tr&#232;s dures le vallon de Saint-Hughes. Les sections &#224; 10% n'y sont pas rares, aussi nous arr&#234;t&#226;mes-nous souvent. Sous les sapins, des amas de neige se voyaient encore. Dans une clairi&#232;re, nous aper&#231;&#251;mes des soldats attisant un feu sur lequel, suspendue &#224; trois piquets, bouillait une marmite, espoir de leur d&#238;ner. Arriv&#233;s au col, vu l'heure, nous d&#233;cid&#226;mes de faire une grande halte, et cherchant un endroit abrit&#233;, nous nous ass&#238;mes en plein soleil.&lt;br class='autobr' /&gt; Homme de pr&#233;caution, le touriste rouge sortit de son sac tout ce qu'il fallait pour constituer un tr&#232;s agr&#233;able go&#251;ter. Le secret d'un court conciliabule avec le ma&#238;tre d'h&#244;tel de Saint-Pierre me fut ainsi r&#233;v&#233;l&#233;. Apr&#232;s lui avoir vol&#233; les f&#233;licitations qu'il m&#233;ritait, je tirai mon &#233;tui &#224; cigarettes et nous nous m&#238;mes &#224; fumer et &#224; causer.&lt;br class='autobr' /&gt; Collectionneur passionn&#233; d'eaux-fortes, je lui expliquais les diff&#233;rents &#233;tats d'une planche, je lui disais les difficult&#233;s, les &#233;motions, les p&#233;rip&#233;ties de la poursuite de l'&#233;preuve rarissime, de celle tir&#233;e sur Japon ou parchemin, avant la gravure de la Remarque, sous les yeux de l'artiste, &#224; un ou deux exemplaires seulement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#233;tat occulte presque impossible &#224; se procurer et que le graveur garde jalousement, quand tout &#224; coup il m'interrompit :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voyez le joli sujet que cela ferait, et il me montra un groupe venant vers nous.&lt;br class='autobr' /&gt; L'homme, un b&#251;cheron, son sac derri&#232;re le dos, portait sur le bras, une fillette encore toute jeune. Il babillait avec elle, tant&#244;t lui faisant les gros yeux, enflant la voix, tant&#244;t l'embrassant, et sa moustache aux poils rudes piquait les joues ros&#233;es de l'enfant qui riait aux larmes. &#192; dix pas suivait la m&#232;re lourdement charg&#233;e &#233;galement, que deux enfants un peu plus &#226;g&#233;s se faisant remorquer, tenaient par un pan de sa robe : attentive au man&#232;ge de son mari, sa figure refl&#233;tait une joie attendrie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que ces gens paraissent heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dit-il, la fortune ne fait pas le bonheur. Et il les regardait ravi.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous avez bien raison, ni l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux. Ne croyez-vous pas qu'il soit temps de partir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, me r&#233;pondit-il en souriant, il n'est que temps.&lt;br class='autobr' /&gt; Et se levant &#224; son tour, il prit sa bicyclette. Il allait se mettre en selle quand je l'arr&#234;tai.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; ne faut pas songer ici &#224; tra&#238;ner un fagot, nous serions s&#251;rs du proc&#232;s-verbal. Les pentes &#233;tant fort raides, et cette route tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, nous nous s&#233;parerons. Vous me devancerez, si vous voulez, de 500 m&#232;tres, mais comme il importe que nous restions en communication, voici ce que je vous propose : c'est de nous servir d'un syst&#232;me de signaux que j'ai imagin&#233;. Vous passerez le premier. Venant de vous, trois coups de trompe signifieront que vous mettez pied &#224; terre, soit pour vous reposer, soit pour un danger quelconque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux coups, que la route est mauvaise.&lt;br class='autobr' /&gt; Venant de moi, &#224; mes trois coups vous devez imm&#233;diatement sauter de machine et m'attendre, c'est l'arr&#234;t absolu. Deux coups signifieront : allez lentement, je veux vous rattraper. Quant au coup de trompe seul, il restera l'avertissement pour les voitures et les pi&#233;tons. Ces trois signaux r&#233;pondent &#224; tous les cas. Dans mes voyages alpins avec le touriste de Glanges dont je vous ai si souvent parl&#233;, ils nous ont rendu les plus grands services.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Compris. &#202;tes-vous pr&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je pars.&lt;br class='autobr' /&gt; La route &#233;tait ce jour-l&#224; presque d&#233;serte et nous marchions &#224; 25 ou 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Celle vitesse n'est pas excessive et de temps en temps, nous ralentissions par de brefs coups de frein quand notre machine s'emportait.&lt;br class='autobr' /&gt; Le touriste rouge peu &#224; peu augmentait son avance, et de temps &#224; autre je l'entrevoyais filant comme une fl&#232;che. Bient&#244;t, la route tourna et je le perdis de vue. Tout &#224; coup, trois appels de trompe, nerveux, saccad&#233;s, retentirent au loin. J'activais ma marche quand le signal se r&#233;p&#233;ta. Quelque chose d'insolite &#233;videmment s'&#233;tait pass&#233;. J'aper&#231;us enfui mon ami assis sur le parapet du chemin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que vous est-il arriv&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! lui dis-je en sautant de machine, comme vous &#234;tes p&#226;le, votre figure est toute boulevers&#233;e. Qu'y a-t-il donc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Jamais je n'ai vu la mort de plus pr&#232;s, et je suis encore tout &#233;mu du danger auquel je viens d'&#233;chapper. Je descendais, &#224; vive allure, quand soudain je ressentis une secousse formidable et, sans m'en rendre compte, je me trouvai debout sur la route &#224; deux pas de cet ab&#238;me. Ma cha&#238;ne &#8212; pourquoi ne vous ai-je pas &#233;cout&#233; &#8212; trop peu tendue, avait accroch&#233; l'extr&#233;mit&#233; de la manivelle bloquant brusquement la roue motrice. Voyez la profonde trace qu'elle a laiss&#233;e dans la poussi&#232;re. C'est un v&#233;ritable miracle que sous le choc mon cadre ne se soit pas tordu et que je n'aie pas &#233;t&#233; jet&#233; &#224; droite dans ce pr&#233;cipice. Vous comprenez maintenant mon &#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tenez, dis-je, prenant dans mon sac un flacon d'arnica, humectez ce sucre et buvez ensuite une gorg&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s, le touriste rouge se sentit mieux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous pouvons nous remettre en route, me dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, faisons &#224; pied un ou deux kilom&#232;tres, la marche activera la circulation du sang et vous fera grand bien.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous arriv&#226;mes ainsi au col de Vence. L&#224;, apr&#232;s de courtes ablutions &#224; la fontaine, il retendit sa cha&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle r&#233;clame pour le constructeur de ma bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voil&#224; l'avantage d'avoir une machine de marque. Je me sens maintenant tout &#224; fait bien. Nous pouvons, je crois, repartir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; En selle donc.&lt;br class='autobr' /&gt; Je partis deux minutes apr&#232;s lui. Le panorama du col est sans doute admirable, mais la route, offrant une pente tr&#232;s forte et des tournants assez dangereux, toute mon attention s'y portait. Pourtant, pris par la merveilleuse vue, j'eus un moment de distraction et brusquement apparut, &#224; huit ou dix m&#232;tres, une charrette charg&#233;e de tonneaux, dont les chevaux arr&#234;t&#233;s coupaient obliquement la route, la barrant enti&#232;rement. Je serrai mes deux freins et pus sauter &#224; terre juste sous les naseaux du premier cheval.&lt;br class='autobr' /&gt; Furieux, je sortis de mon caract&#232;re, mon sang de m&#233;ridional l'emporta et j'apostrophai le charretier, lui reprochant son imprudence.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est miraculeux, m'&#233;criai-je, que je ne sois pas tomb&#233; sous les pieds de vos chevaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; L'air placide, souriant, assis comme Bacchus sur son tonneau, le charretier me regardait sans rien dire. Ensuite, sans se presser, il prit un petit tonnelet de 3 &#224; 4 litres et le tenant des deux mains, but lentement, toujours me fixant.&lt;br class='autobr' /&gt; J'&#233;tais stup&#233;fait, apais&#233; presque par le sang-froid vraiment magnifique qu'il d&#233;ployait.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout pourtant a une fin, m&#234;me la soif d'un charretier. Et quand il eut assez bu :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voudriez-vous boire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit-il avec un bon sourire, et il me tendit le tonnelet.&lt;br class='autobr' /&gt; Je trouvai la situation si dr&#244;le que subitement ma col&#232;re s'&#233;vanouit ou bien, par une loi myst&#233;rieuse, mon esprit subit l'influence du sien, et je souris. Quel philosophe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dis-je, quel oubli des injures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La col&#232;re ne m&#232;ne &#224; rien, et du moment que j'&#233;tais sain et sauf, &#224; quoi bon me plaindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'ai eu tort de m'emporter. Je voyage pour mon agr&#233;ment, lui a charg&#233; ces lourdes futailles et se r&#244;tit depuis deux heures sous ce soleil de plomb. Pourquoi moi, un heureux de ce monde, ai-je tant cri&#233; pour une petite inadvertance de ce brave homme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et j'accusai le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'aime pas &#224; avouer ses torts. Soyons tol&#233;rants les uns pour les autres : excellent conseil sans doute, mais plus facile &#224; donner qu'&#224; suivre.&lt;br class='autobr' /&gt; Et je levai le bras, pris le tonnelet et le portai &#224; mes l&#232;vres.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous s&#233;par&#226;mes dans les meilleurs termes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je rattrapai le temps perdu, la rampe fut vite descendue, et j'aper&#231;us le touriste rouge qui m'attendait sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous en sommes enfin sortis, me dit-il, quelle abominable descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai la main encore tout engourdie du serrage du frein.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous rendriez jaloux J&#233;r&#233;mie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le pass&#233; n'existe pas, pensons donc au pr&#233;sent. Savez-vous qu'il est 6 heures et qu'il n'est rien de tel que les &#233;motions pour ouvrir l'app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Jamais pens&#233;e plus juste, plus vraie, et votre arnica est un puissant ap&#233;ritif.&lt;br class='autobr' /&gt; J'admirais la vigueur, la robustet&#233; qui se cachaient sous sa fr&#234;le apparence, quand, tout &#224; coup, une id&#233;e me traversa l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Les Grecs, mon ami, &#224; la fin d'un voyage heureusement termin&#233;, remerciaient les dieux qui leur avaient &#233;t&#233; favorables en leur offrant un sacrifice. Les fortun&#233;s immolaient une g&#233;nisse, d'autres une brebis, les plus pauvres enfin un coq...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; O&#249; voulez-vous en venir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Attendez. Ne croyez-vous pas qu'il serait convenable d'offrir une victime au dieu du tourisme qui nous a prot&#233;g&#233;s et qui a &#233;t&#233; si plein d'&#233;gards pour nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, mais laquelle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je ne pense pas que...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous propose d'immoler le v&#233;g&#233;tarisme et de faire ce soir ce que dans le langage des cours on appelle un d&#238;ner de gala.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La triomphante id&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'accepte avec transport&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vous avez compl&#232;tement raison. Comment n'y ai-je pas pens&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est une question de tact, de convenance, de savoir-vivre, nous devons nous montrer reconnaissants. Je me charge du menu et si le dieu des touristes n'est pas content, il sera difficile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous m&#238;mes en selle, et, dix minutes plus tard, nous descendions sur la place Grenette.&lt;br class='autobr' /&gt; Je serai tr&#232;s bref sur notre d&#238;ner. Dire qu'il fut aust&#232;re, serait par trop rester au-dessous de la v&#233;rit&#233;. Le menu du touriste rouge fut parfait. Il avait d&#233;cid&#233;ment la fibre de la reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelles jolies et amusantes histoires il me conta&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait en verve et fut, ce soir, &#233;tincelant, &#233;blouissant. Jamais je ne savourai mieux la vie, et jamais, par contre, les heures ne pass&#232;rent plus vite.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; un certain moment, la conversation tomba sur une c&#233;l&#233;brit&#233; litt&#233;raire, contemporaine, Madame X..., que, par le plus grand des hasards, j'avais rencontr&#233;e nagu&#232;re, en chemin de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce qui m'a le plus &#233;tonn&#233; chez elle, ajoutai-je, c'est son allure de puritaine. Je me la figurais tout autre. Vous me direz que les apparences...
&lt;br /&gt;&#8212; Connaissez-vous ce quatrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me r&#233;pondit-il, il n'est pas de moi. Il vous est donc loisible de le trouver charmant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il &#233;tait une Romaine. &lt;br class='autobr' /&gt; Qui filait avec passion.&lt;br class='autobr' /&gt; Le matin, c'&#233;tait de la laine.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soir, c'&#233;tait de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et le d&#238;ner continua dans sa folle gaiet&#233;. Il eut pourtant une fin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je me permettrai, mon cher ami, dis-je en me levant de table, de vous remettre en m&#233;moire cette admirable pens&#233;e que vous avez burin&#233;e &#224; Rosans sous une non moins admirable forme, et dont nous venons de faire une si heureuse application : La sobri&#233;t&#233; est la vertu cardinale du cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait un coup droit. Il le para.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle bizarre co&#239;ncidence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je cherchais &#224; me rappeler o&#249; j'avais rencontr&#233; le touriste qui me donna cet excellent conseil : Soyez tr&#232;s sobre, soyez v&#233;g&#233;tarien, que l'eau soit votre unique boisson. Ne serait-ce pas sur la route du Valgaudemar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Parlons d'autre chose. Voyez comme ces fleurs ont des nuances d&#233;licates.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; neuf heures, nous sort&#238;mes de l'h&#244;tel, et apr&#232;s le th&#233;, nous nous dirige&#226;mes en fumant vers la gare, o&#249; le touriste rouge devait prendre l'express de Lyon de 10 h. 18. La bicyclette enregistr&#233;e, nous nous promen&#226;mes sur le quai attendant l'heure du d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt; Toujours un peu de m&#233;lancolie, un peu de tristesse se m&#234;le aux adieux. Notre entrain &#233;tait loin et c'est presque &#233;mus que nous nous serr&#226;mes les mains. Mon ami monta en wagon, choisi un coin et pla&#231;a sac et journaux dans le filet. Puis se penchant &#224; la porti&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; T&#233;l&#233;graphiez-moi pour Valsenestre. Je vous promets de venir.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, au sifflet aigu du chef de gare, r&#233;pondirent la trompe au son rauque du chef de train, le cri strident de la locomotive, une derni&#232;re poign&#233;e de main et le train se mit lentement en marche.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! adieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! adieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le train avait franchi le grand hall &#233;clair&#233; de la gare, sa masse noire d'instant en instant devenait moins distincte, et bient&#244;t je n'aper&#231;us plus qu'un triangle rouge qui fuyait dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;e pascale 1913</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article285</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article285</guid>
		<dc:date>2024-05-22T07:35:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, R&#233;trospective 1913&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;ques tombant le 24&#160;mars, tout allait bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le 23 fut un jour &#224; ne pas mettre un chien dehors... Et nous ne f&#251;mes que trois, le dimanche matin, &#224; 3 heures. Il pleuvait encore comme il avait plu toute la nuit, comme il allait pleuvoir tout le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;cidons de retarder le d&#233;part jusqu'&#224; 6 h, d'autant plus qu'un boyau avait rendu l'&#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous r&#233;int&#233;grons les bureaux du Cycliste.. &#192; 6 h il pleut toujours... j'endosse mon caoutchouc &#8212; que je ne quitterai que ce soir &#224; 18 h, &#224; l'H&#244;tel Blanc, &#224; Loriol &#8212; et en route. Mes deux compagnons, deux jeunes et vaillants cyclotouristes parisiens, sont pitoyablement mont&#233;s pour affronter le mauvais temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont des machines &#224; boyaux, pas de garde-boue, un bagage r&#233;duit au strict minimum, trois vitesses par cha&#238;ne flottante &#8212; le pire des changements de vitesse dans ces conditions du fait de la projection de la boue sur une cha&#238;ne d&#233;tendue. J'avais aussi le m&#234;me changement de vitesse par cha&#238;ne flottante qui, gr&#226;ce &#224; mon garde-boue, ne m'a pas jou&#233; de vilains tours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme quoi il faut que tout perfectionnement soit entour&#233; des pr&#233;cautions qui lui sont indispensables et prot&#233;g&#233; contre ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une premi&#232;re fois &#224; la R&#233;publique autour d'un lait chaud qui fut le bienvenu, et nous allions repartir quand nous voyons arriver, venant de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, notre but imm&#233;diat, un randonneur st&#233;phanois dont la bicyclette est couverte d'une belle couche de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais d'o&#249; sortez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; avez-vous trouv&#233; tant de neige, alors qu'ici nous n'avons que de la pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;crie-t-il, de l'autre c&#244;t&#233; de la montagne, o&#249; je m'attendais &#224; voir le soleil, je n'ai rencontr&#233; qu'une brume &#233;paisse et une neige aveuglante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai lutt&#233; jusqu'&#224; Bourg-Argental, et je rentre d&#233;courag&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien envie d'en faire autant, mais je c&#232;de &#224; l'enthousiasme de mes compagnons, enchant&#233;s de cette occasion, rare pour eux, de voir la montagne sous la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et certes ils ne furent pas d&#233;&#231;us. Les bois &#233;taient superbes sous leur manteau, et la terre &#233;tait, &#224; perte de vue, couverte de dix centim&#232;tres de neige, dans laquelle nous roulions tr&#232;s doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R... filait devant quand un des boyaux de Cl... se d&#233;collant, nous obligea &#224; nous arr&#234;ter un bon quart d'heure, dans une ferme, pour remplacer le chatterton. Il faut remplacer ce ruban toutes les fois que l'on change de boyau et Cl..., le matin m&#234;me, avait n&#233;glig&#233; de le faire, si bien que son boyau glissa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu &#224; peu, il commen&#231;a &#224; former hernie pr&#232;s de la valve. C'est l&#224; une pr&#233;caution &#224; ne pas n&#233;gliger et que doivent prendre tous ceux qui viennent au boyau, sinon ils s'exposeraient &#224; quelque accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une seconde fois &#224; Bourg-Argental, puis une nouvelle fois encore &#224; la bifurcation de Boulieu, car &#224; la descente, sous la pluie et dans la boue, de moment en moment plus &#233;paisse, on p&#233;dalait un peu en &#233;go&#239;ste. Nous navigu&#226;mes alors de compagnie, sans &#234;tre en aucune fa&#231;on g&#234;n&#233;s par les cyclistes ou par les autos jusqu'&#224; Andance, o&#249; le passage &#224; niveau ferm&#233; nous arr&#234;ta quelques minutes &#224; dix heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Saint-Jean-de-Muzols, o&#249; un beau clou dans un coll&#233; de Cl... arr&#234;ta mes deux compagnons, qui n'all&#232;rent ensuite pas au-del&#224; de Valence... et bien ils firent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout hasard, avant de prendre cong&#233;, je leur explique que si, dans le vrai Midi, c'est-&#224;-dire apr&#232;s Donz&#232;re, je trouve le soleil, j'irai directement aux Baux, H&#244;tel de la Reine Jeanne, o&#249; je les attendrai jusqu'&#224; 22 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais que si le temps, l&#224;-bas, est aussi mauvais qu'ici, je reviendrai sur mes pas jusqu'&#224; ce que je les rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, d&#233;pouillant la mentalit&#233; du randonneur par plaisir, j'endosse celle du randonneur par hygi&#232;ne, et cela suffit pour que de morose, je redevienne gai et que je rep&#233;dale avec plus d'entrain que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais emport&#233; deux cents grammes de pain complet, que je croquai lentement en mastiquant conscencieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Valence, j'achetai deux cent cinquante grammes de dattes et deux bananes avec quoi je m'alimentai jusqu'au soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Livron, &#224; Loriol, il pleut encore, puis j'ai un moment d'espoir, le ciel est moins charg&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Mont&#233;limar, la pluie cesse et le mistral commence &#224; pousser vigoureusement, si bien qu'en trente-cinq minutes, j'enl&#232;ve les quatorze kilom&#232;tres &#8212; dont trois de mont&#233;e &#8212; qui me s&#233;parent de Donz&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une ligne de d&#233;marcation, tr&#232;s nette, entre la partie haute et la partie basse de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, et l'on a souvent constat&#233; que beau temps en de&#231;&#224; des collines que le fleuve a &#233;ventr&#233;es entre Ch&#226;teauneuf et Viviers, signifie mauvais temps au-del&#224;. Aussi m'attendais-je presque &#224; voir le soleil &#224; Donz&#232;re, or je vis, ou pour mieux dire, j'y re&#231;us une averse torrentielle, et aussi loin que les regards pouvaient porter on n'apercevait, sur tout le Midi, que brumes, nuages et horizons z&#233;br&#233;s par la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'h&#233;sitation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les abonn&#233;s du Cycliste qui avaient bien voulu m'annoncer qu'ils se joindraient &#224; notre caravane n'ont pas d&#251; se d&#233;ranger &#224; cause du temps aussi mauvais chez eux que chez nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est d'ailleurs 15 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tournons bride et rentrons. Je gravis non sans peine, sur une petite vitesse, ce que je venais de d&#233;valer en roue libre, &#224; quarante &#224; l'heure, puis je pla&#231;ai ma cha&#238;ne sur la moyenne vitesse et j'arrivai &#224; Loriol &#224; 18 h. Trente-six kilom&#232;tres en trois heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mistral n'est pas un mince adversaire et, par surcro&#238;t, la pluie faisait son apparition de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passai dans un bon lit de l'H&#244;tel Blanc, la nuit que je m'&#233;tais propos&#233; de passer au clair de lune, et l'hygi&#232;ne y trouva sans doute son compte, car jamais je ne p&#233;dalai avec autant d'entrain et de plaisir que le lendemain pour rentrer de Loriol &#224; Saint-&#201;tienne, o&#249; j'arrivais &#224; 15 h, avec exactement trois cents kilom&#232;tres de plus &#224; l'actif de ma cha&#238;ne flottante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faible, en tant que randonn&#233;e, mais en tant que promenade hygi&#233;nique, c'est parfait, et je classe mon excursion pascale de 1913 parmi celles dont on se souvient longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai d'ailleurs gagn&#233; quelque exp&#233;rience du point de vue du bagage &#224; emporter pour une randonn&#233;e de deux ou trois jours. Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air. Je regrettai seulement, &#224; cause de la pluie, de n'avoir pas emport&#233; mes jambi&#232;res caoutchout&#233;es. Simplifions et all&#233;geons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Velocio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH129/velociosignature-6fd5d.jpg?1788126846' width='500' height='129' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-209 '&gt;&lt;strong&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-209 '&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-209 '&gt;source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per 1328_3
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon 14&#160;juillet (1923)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article436</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article436</guid>
		<dc:date>2023-07-14T14:01:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Dr&#244;me</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mon 14&#160;juillet, V&#233;locio, Le Cycliste, Sept.-Oct. 1923, p.89-92, Archives d&#233;partementales de la Loire cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cette fois, je l'avoue, le soleil et le siroco ont eu raison de ma t&#233;nacit&#233; et j'ai d&#251; m'arr&#234;ter &#224; 18 heures, ayant d&#233;j&#224; tourn&#233; le dos au but que je m'&#233;tais propos&#233;. N'avais-je pas form&#233; le projet pr&#233;somptueux d'aller, le 14&#160;juillet, coucher &#224; Embrun, pour, le lendemain, passer de bonne heure le Lautaret et redescendre ensuite &#224; Grenoble d'o&#249; quelque train de nuit m'aurait&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mon 14&#160;juillet, V&#233;locio, Le Cycliste, Sept.-Oct. 1923, p.89-92, Archives d&#233;partementales de la Loire cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/4 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette fois, je l'avoue, le soleil et le siroco ont eu raison de ma t&#233;nacit&#233; et j'ai d&#251; m'arr&#234;ter &#224; 18 heures, ayant d&#233;j&#224; tourn&#233; le dos au but que je m'&#233;tais propos&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'avais-je pas form&#233; le projet pr&#233;somptueux d'aller, le 14&#160;juillet, coucher &#224; Embrun, pour, le lendemain, passer de bonne heure le Lautaret et redescendre ensuite &#224; Grenoble d'o&#249; quelque train de nuit m'aurait rapatri&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce parcours, plus Grenoble-Givors, m'avait servi de terrain d'exp&#233;rience pour une de ces &#233;tapes de 40 heures qu'on taxait alors d'impossibles et qu'aujourd'hui les audax parisiens font pour ainsi dire en se jouant et en groupe, partant douze pour arriver onze&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce qui est tout simplement merveilleux et d&#233;montre la grande valeur des cyclistes de la capitale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pars donc &#224; 3 h. 1/2 et franchis le col des grands bois &#224; 4 h. 45', il faisait assez clair pour que j'eusse pu n&#233;gocier la descente &#224; bonne allure malgr&#233; ma myopie, aggrav&#233;e par le fait que, depuis six mois, je ne porte plus ni lorgnon, ni lunettes, heureux d'avoir pu, sur mes vieux jours, me soustraire &#224; une obligation qui m'a souvent paru lourde. On m'avait bien dit qu'en vieillissant la myopie s'att&#233;nuait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je commence &#224; le croire, tant qu'il ne s'agit que de lire et d'&#233;crire, mais pour tout le reste j'y vois tout de m&#234;me moins qu'avec des lunettes et je ne reconnais pas mon propre fils &#224; plus de trois m&#232;tres. Aussi je m'expose &#224; passer sans les voir aupr&#232;s de mes meilleurs amis et je m'en excuse ici publiquement, car je ne voudrais pas, &#224; cause d'une infirmit&#233; dont je suis le premier &#224; souffrir, &#234;tre tax&#233; d'impolitesse ou simplement d'indiff&#233;rence, surtout par les dames que je revois toujours avec plus de plaisir aux meetings du Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, cette belle et bonne route du col &#224; Andance a &#233;t&#233; ab&#238;m&#233;e par un rechargement maladroit. L'Administration a eu l'id&#233;e d'y semer au printemps des cailloux noirs qui paraissent d'origine volcanique et qui n'ont pu &#234;tre amen&#233;s l&#224; qu'&#224; grands frais. En quelques semaines, ces cailloux ont &#233;t&#233; arrach&#233;s, dispers&#233;s et ont transform&#233; la chauss&#233;e en un lit de torrent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'ici on avait recharg&#233; avec les pierres de la r&#233;gion, qui s'&#233;crasent plut&#244;t qu'elles ne se d&#233;chaussent et qui ont sans doute plus de coh&#233;sion entre elles et plus d'adh&#233;rence avec la substruction de la route, car un rechargement donnait, au moins pendant une ann&#233;e et &#224; moins de frais, une surface de roulement convenable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Facile &#224; comprendre que, dans ces conditions, je n'ai pu aller bien vite &#224; la descente, et ces 37 km., que j'ai souvent b&#226;cl&#233;s en une heure et demie, me demandent aujourd'hui deux heures. Je ne trouve sur les bords du Rh&#244;ne aucune fra&#238;cheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent du midi, dont la force va cro&#238;tre rapidement et me retarder beaucoup, est d&#233;j&#224; chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Tournon, route acceptable, mais de Tain &#224; Valence, le sol a &#233;t&#233; ravag&#233; et les bas-c&#244;t&#233;s o&#249; j'avais pu rouler facilement le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;avril, sont maintenant pleins de sable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; oblig&#233; de rester sur la chauss&#233;e, je suis rudement secou&#233; et je ne pourrai presque jamais utiliser la 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; vitesse de ma randonneuse bi-cha&#238;ne-flottante. Apr&#232;s Tain, la chaleur est accablante, quoiqu'il soit &#224; peine 7 heures, et ma lutte contre le vent me vide assez pour que je sois oblig&#233; de d&#233;jeuner &#224; Pont-d'Is&#232;re (bi&#232;re et fromage, &#224; d&#233;faut du traditionnel caf&#233; au lait impossible &#224; obtenir l&#224;). Je ne quitte Valence qu'&#224; 9 h. 30 en tenue ultral&#233;g&#232;re et, d&#233;j&#224; sur le cr&#226;ne, la serviette mouill&#233;e des grands jours caniculaires, qu'il faudra tous les dix kilom&#232;tres retremper dans l'eau tant est rapide l'&#233;vaporation. Je vais &#224; Crest par Beaumont et Montmeyran, jolie petite route dont, avec temps frais et l&#233;ger vent du nord, on a vite franchi les 30 km. Mais ne songeons pas aujourd'hui &#224; ces pr&#233;cieux adjuvants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut, sous un soleil de feu, contre la poussi&#232;re br&#251;lante que le siroco me souffle au visage, arracher p&#233;niblement kilom&#232;tre par kilom&#232;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les plus l&#233;g&#232;res mont&#233;es m'obligent &#224; recourir &#224; ma 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; vitesse de 3 m. 40 et, fatigu&#233; par cette lutte incessante, je me repose un instant sur l'herbe r&#244;tie &#224; l'ombre d'un arbre isol&#233;, en pensant aux frais ombrages et aux ruisseaux d'eau vive que j'ai laiss&#233;s aux grands bois. De l'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! apr&#232;s Montmeyran, je n'en verrai plus jusqu'&#224; Crest, o&#249; je puis enfin m'ablutionner abondamment. J'ach&#232;te une livre d'abricots d&#233;licieux et je continue. Surprise charmante, le vent, de contraire me devient favorable dans cette belle vall&#233;e de la Dr&#244;me qui me pla&#238;t beaucoup, je ne sais pourquoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre parce que la route y est toujours en tr&#232;s bon &#233;tat ou qu'elle me rappelle le Midi avec ses cigales assourdissantes, ses moissons rutilantes, ses luzernes vert sombre qui attestent la fertilit&#233; de son sol bien arros&#233; par les d&#233;rivations de la rivi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais dit en partant&#160;: Tu finiras ce soir l'&#233;tape dans un de ces petits villages &#233;chelonn&#233;s apr&#232;s Embrun, o&#249; la Provence envoie ses estivants et tu n'auras demain que la grimpette du Lautaret puis la fl&#226;nerie des 90 km. de descente jusqu'&#224; Grenoble. Mais il fallait en rabattre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s Valence, je n'esp&#233;rais plus atteindre qu'Embrun&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Crest, je m'estimais heureux si je pouvais arriver le soir &#224; Gap et pendant que je d&#233;jeunais dans un petit restaurant au del&#224; d'Aouste, pr&#232;s d'un pont fra&#238;chement reconstruit, dont la disparition deux ans auparavant avait failli me jouer un mauvais tour, je ne me voyais plus terminer l'&#233;tape qu'&#224; Veynes d'o&#249;, par un train matinal, j'aurais gagn&#233; Brian&#231;on le lendemain. Ainsi s'effilochaient mes projets au souffle du siroco&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Une omelette, un peu de fromage et les abricots de Crest, d'excellent pain, de la bi&#232;re et du caf&#233; furent les &#233;l&#233;ments de ce repas qui ne me fut compt&#233; que 3 francs, alors qu'on me fit payer ailleurs, dans une infime auberge, 1 fr. 50 pour une trempette de pain dans un bol d'eau sucr&#233;e, rougie d'un demi-verre de vin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Les prix aujourd'hui ne sont plus bas&#233;s sur la valeur vraie de l'objet qu'on vous vend, sur son prix de revient, mais sur le degr&#233; de rapacit&#233; du marchand et sa perspicacit&#233; &#224; deviner combien l'acheteur en a besoin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, ce me semble, une d&#233;finition acceptable de ce funeste esprit de mercantilisme qui restera la caract&#233;ristique des temps pr&#233;sents. Profiter des besoins urgents des consommateurs, les faire na&#238;tre au besoin et les intensifier par la rar&#233;faction voulue et astucieusement organis&#233;e des produits, puis hausser les prix &#224; l'extr&#234;me limite accessible aux ressources des malheureux qu'on pressure, qu'on &#233;gorge en les condamnant &#224; des privations cruelles, quitte &#224; jeter &#224; l'&#233;gout les stocks invendus. Ainsi, pendant tout l'hiver dernier, on a vendu les pommes de terre &#224; des prix trois ou quatre fois plus &#233;lev&#233;s que ne le comportait l'abondance de la r&#233;colte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de ce fait, la consommation en a &#233;t&#233; restreinte et des milliers de bouches n'ont pu manger &#224; leur faim, mais au printemps, les quantit&#233;s accapar&#233;es et tenues en r&#233;serve restaient si consid&#233;rables qu'on a d&#251; les offrir &#224; vil prix, les donner aux porcs et les jeter au fumier. Le paysan lui-m&#234;me devient mercanti et trouve qu'il est pr&#233;f&#233;rable de vendre mille kilos de pommes de terre &#224; cinquante centimes que trois mille &#224; trois sous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, s'il est oblig&#233; de transformer en fumier les deux mille kilos invendus, il aura encore eu du b&#233;n&#233;fice et il se sera donn&#233; trois fois moins de peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 14 heures, je rentrais dans la fournaise, sans enthousiasme, et le voisinage de Roche-courbe, dont le profil caract&#233;ristique s'aper&#231;oit si nettement de nos montagnes, ne m'emballe pas. Je cherchais un coin de pr&#233; bien ombrag&#233; o&#249; j'aurais volontiers pris une heure de repos. Faute de grives, on se contente de merles et, faute d'un pr&#233;, je finis par m'&#233;tendre sur le talus de la route o&#249; je ne demeurai pas longtemps pour cause d'inconfortabilit&#233;. Une bouteille, de limonade absorb&#233;e &#224; Saillans me remit un peu de fra&#238;cheur dans le sang et je b&#226;clais assez vivement les 22 km. qui me s&#233;paraient encore de Die o&#249; je passais &#224; 16 heures en commen&#231;ant &#224; douter assez fortement d'&#234;tre &#224; Veynes avant la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent s'&#233;tait un peu calm&#233;, mais le soleil me semblait encore plus chaud qu'&#224; midi et les 18 km. de Die &#224; Luc, qui n'ont d'ailleurs rien d'int&#233;ressant, me parurent bien longs, tant et si bien qu'&#224; Luc je m'avouai vaincu et fis un t&#234;te-&#224;-queue qui me ramena tr&#232;s vite, car le vent devenait ainsi favorable, &#224; l'h&#244;tel qu'on trouve en face de la gare de Die, o&#249; j'ai toujours &#233;t&#233; bien re&#231;u. Il &#233;tait 18 heures, j'aurais eu le temps de grimper au col du Rousset et peut-&#234;tre l'aurais-je fait si le flanc de la montagne o&#249; serpentent les lacets bien connus avaient &#233;t&#233; dans l'ombre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, dans cette gorge resserr&#233;e, comme dans un creuset, le soleil dardait ses flammes, j'aurais &#233;t&#233; cuit, volatilis&#233; avant d'arriver &#224; mi-chemin et mon &#233;tape du 14&#160;juillet, qui devait &#234;tre de 300 km., se r&#233;duisit &#224; 200&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais s'il est vrai qu'une longue exposition au soleil permet au corps humain d'emmagasiner de la chaleur pour longtemps, je n'aurai pas besoin d'acheter du charbon cet hiver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, au m&#234;me moment, dans des r&#233;gions o&#249; la temp&#233;rature &#233;tait peut-&#234;tre encore plus s&#233;n&#233;galienne que dans la vall&#233;e de la Dr&#244;me, les coureurs du Tour de France, impassibles et indiff&#233;rents &#224; l'excessive chaleur, comme ils l'avaient &#233;t&#233; l'an dernier, au Galibier, aux rigueurs d'un froid hivernal, accomplissaient sans d&#233;faillance leurs rudes t&#226;ches quotidiennes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quels hommes, tout de m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
De fra&#238;ches et abondantes ablutions, un repas substantiel ing&#233;r&#233; sans pr&#233;cipitation, un bon sommeil que les bruits de la f&#234;te nationale ne purent troubler, et je me r&#233;veillai le lendemain, d&#232;s la pointe du jour plus dispos que jamais ne fus, satisfait m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; si fortement &#233;prouv&#233; par un temps aussi exceptionnel et d'avoir tenu bon. Je pouvais ainsi fermer sans inqui&#233;tude la fen&#234;tre que j'avais ouverte sur mon organisme, il n'y avait encore rien de trop pourri dans le Danemark et j'en fus quitte pour faire peau neuve partout o&#249; le soleil m'avait trop cruellement mordu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois de plus en plus que l'exercice pouss&#233; tr&#232;s loin, et principalement la randonn&#233;e &#224; bicyclette, est un moyen d'investigation que la Facult&#233; devrait tenir pour &#233;gal sinon pr&#233;f&#233;rable &#224; tout autre, auscultation, radiographie, etc. Quand je commen&#231;ai, il y a vingt-cinq ans de cela, &#224; randonner un peu fort, on me mena&#231;a des pires catastrophes, le c&#339;ur finirait par l&#226;cher, l'estomac par se d&#233;labrer, etc., etc., tant et si bien qu'un peu troubl&#233; par ces noires perspectives, j'allais r&#233;guli&#232;rement, quand j'avais fait d'arrache-pied le dimanche une forte &#233;tape de 250 ou 300 km. en haute montagne, me soumettre le lundi &#224; l'examen de mon docteur. Il s'int&#233;ressait du reste &#224; mon cas et, comme j'&#233;tais d&#233;j&#224; v&#233;g&#233;tarien depuis quelques ann&#233;es, il me demandait parfois de pr&#233;lever un peu de mes sucs gastriques, ce &#224; quoi je me refusais &#233;nergiquement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'excellent homme me tapait sur l'abdomen, sur l'estomac, me pin&#231;ait la r&#233;gion du foie, m'appliquai&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ses instruments sur le c&#339;ur, entre les &#233;paules, bref il ne laissait pas un coin inexplor&#233;. Il me dit longtemps que &#231;a n'allait, en tout cas pas plus mal et il finit par m'avouer, apr&#232;s quinze ou vingt examens, que &#231;a allait d&#233;cid&#233;ment de mieux en mieux. Puis, en 1906, il mourut et, depuis lors, je suis mon propre m&#233;decin et je me contente de m'examiner moi-m&#234;me. Or, j'ai remarqu&#233; qu'apr&#232;s mes &#233;tapes les plus p&#233;nibles, celles o&#249; j'&#233;tais all&#233; tr&#232;s pr&#232;s de la fatigue anormale, je dormais d'un sommeil de plomb et m'&#233;veillais le lendemain, parfois un peu tard, dans un &#233;tat de bien-&#234;tre tr&#232;s agr&#233;able. Des soldats m'ont dit avoir &#233;prouv&#233; pendant la guerre cette m&#234;me sensation. Les choses &#233;tant ainsi, il n'y a qu'&#224; continuer et se dire que notre meilleur m&#233;decin c'est nous-m&#234;me. Je ne fais pas fi de la Facult&#233;, Dieu m'en garde, mais je constate que ses enseignements et ses formules sont bien changeants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour la science m&#233;dicale comme pour toutes les sciences dont l'objet est l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes o&#249; deux et deux ne font pas toujours quatre, ce qui &#233;tait v&#233;rit&#233; hier est erreur aujourd'hui et ce qui est aujourd'hui v&#233;rit&#233; sera peut-&#234;tre bien &#224; son tour erreur avant peu de temps. Il y a des myst&#232;res que nous ne pouvons p&#233;n&#233;trer, des probl&#232;mes inaccessibles &#224; l'intelligence humaine. Parties infimes du grand Tout, nous &#233;voluons dans l'infini sans parvenir &#224; le comprendre. Cultivons donc notre jardin, c'est-&#224;-dire notre sant&#233; physique et mentale, surtout mentale (l'un d'ailleurs ne va pas sans l'autre)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne poss&#233;dons pas de bien plus pr&#233;cieux et qui nous mette mieux en &#233;tat de faire ici-bas notre bonheur et celui de ceux qui nous entourent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, en m'&#233;veillant le 15&#160;juillet, &#224; la pointe du jour, apr&#232;s huit heures de bon sommeil, je me t&#226;tai, m'&#233;tirai et tout en faisant mes ablutions, m'auscultai &#224; ma fa&#231;on. Les parties du corps qui avaient &#233;t&#233;, la veille, en prise directe avec Ph&#233;bus, le bras gauche surtout, &#233;taient rouge-sang et douloureuses au contact du v&#234;tement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;ryth&#232;me allait &#233;voluer normalement, tout &#233;tait pour le mieux, toute trace de mon accablement de la veille avait disparu. A 4 h. 1/2, j'&#233;tais sur la route et ne tardai pas &#224; filer grand train sur mon 7 m&#232;tres. En moins d'une heure, je passais &#224; Saillans (22 km.) et &#224; 8 h. je prenais mon caf&#233; au lait &#224; Valence (70 km.). La rive gauche m'avait, la veille, f&#226;cheusement impressionn&#233; par son mauvais sol et je remontai par la rive droite, en ce moment en meilleur &#233;tat, jusqu'&#224; Andance o&#249; j'abordai avec mon petit 3 m. 40 les 1.100 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation qui devaient m'amener au col des grands bois. Tout allait, ce jour-l&#224;, comme sur des roulettes, bien que le soleil et le vent fussent tout aussi chauds que la veille, mais le vent &#233;tait favorable. Nous jugeons de toutes choses par comparaison et Dempsey, habitu&#233; &#224; recevoir sur le nez des coups de poing de cent kilos, doit croire qu'on le caresse quand on se contente de le gifler. A midi, je m'arr&#234;tai pour d&#233;jeuner &#224; Dav&#233;zieux (118 km.)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'avais plus &#224; me presser, nos grands bois frais et ombreux dont le souvenir m'avait fait soupirer la veille &#233;taient en vue et, somme toute, je me f&#233;licitai d'&#234;tre l&#224; plut&#244;t qu'&#224; Grenoble avec la perspective de huit heures de transport dans des trains bond&#233;s de voyageurs. Nous n'avons qu'&#224; nous laisser aller au gr&#233; des &#233;v&#233;nements pour que tout arrive &#224; notre avantage. Le tout est de bien distinguer jusqu'o&#249; nous pouvons ob&#233;ir &#224; notre volont&#233; et &#224; quel moment nous devons c&#233;der &#224; la pression des obstacles &#233;ventuels. Nous gagnerons toujours &#224; nous soumettre aux choses plut&#244;t qu'&#224; vouloir nous soumettre les choses. Je me f&#233;licitais, entre autres d&#233;tails, de n'avoir pas eu le moindre accident de bicyclette au cours des 300 km. que j'avais parcourus, pas une crevaison, pas un &#233;crou &#224; serrer. Mais que vois-je Seigneur, au moment de me mettre en selle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'enveloppe de la roue directrice fendue en longueur sur la surface m&#234;me du roulement, une fente de dix centim&#232;tres dont les l&#232;vres baillaient et laissaient voir les fils biais d&#233;j&#224; us&#233;s en partie par le frottement sur le sol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il Il n'est que temps de r&#233;parer, et s&#233;rieusement pour pouvoir rentrer sans &#233;clatement. Un large pi&#232;ce de toile &#224; l'int&#233;rieur et, &#224; l'ext&#233;rieur, un morceau de chambre &#224; air de longueur convenable que j'avais, par chance, dans mon sac, enveloppant la chappe et pouvant &#234;tre pinc&#233;e par les tringles, le tout coll&#233; soigneusement (ma dissolution y passa presque toute), me tir&#232;rent de ce mauvais pas. Je proc&#233;dai m&#233;thodiquement, laissai s&#233;cher longtemps, si bien que je ne quittai Dav&#233;zieux qu'&#224; 15 heures, avec la perspective d'un orage &#224; bref d&#233;lai. En effet, quatre kilom&#232;tres plus loin, &#224; Boulieu, je dus me r&#233;fugier dans un jeu de boules&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pleuvait &#224; torrent, le tonnerre grondait de tous les c&#244;t&#233;s et je vis, &#224; peu de distance, quelques &#233;clairs merveilleux. Quels que soient ses caprices, qu'elle se fasse caressante ou agressive, la nature nous attire et nous charmera toujours, en attendant qu'elle nous engloutisse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je gravissais tranquillement la rampe du bourg au col, heureux de revoir &#224; droite et &#224; gauche des vallons et des collines, des ruisseaux et des rochers, des maisons m&#234;me et des bois entourant des prairies et des moissons jaunissantes, que je connais par le menu depuis trente ans, depuis que, gr&#226;ce &#224; la Poly, je tourne plus volontiers mon guidon du c&#244;t&#233; de la montagne que du c&#244;t&#233; de la plaine. Soudain, surgit pr&#232;s de moi une jeune femme &#224; bicyclette, monomultipli&#233;e s'il vous pla&#238;t, mais qui poussait son unique 5 m&#232;tres avec autant de force que de gr&#226;ce&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais mon 3 m. 40 et je trouvais que c'&#233;tait bien suffisant. Je fus d'abord un peu surpris et, s'il faut &#234;tre sinc&#232;re, mortifi&#233;, mais mon &#233;tonnement cessa quand je reconnus M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;D... qui, &#224; la journ&#233;e V&#233;locio, avait &#233;tabli le record de la s&#233;rie ouverte aux dames en 53' 50&#8221; sur cette m&#234;me bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous caus&#226;mes un instant en attendant M.&#160;D..., qui, muni d'un d&#233;railleur Chemineau, suivait moins vite mais avait de bonnes et honorables raisons pour justifier sa moindre allure. M.&#160;D..., grand bless&#233; de guerre, est unijambiste et monte au col aussi bien d'un c&#244;t&#233; que de l'autre, plus vite encore que bien des cyclistes munis de leurs deux jambes. J'eus beaucoup de plaisir &#224; terminer &#224; ses c&#244;t&#233;s les cinq ou six kilom&#232;tres qui nous restaient &#224; faire pour atteindre le col et nous march&#226;mes bel et bien &#224; 10 &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;D..., accompagn&#233;e de son fr&#232;re et de son neveu, gar&#231;onnet de 13 &#224; 14 ans, avait pris les devants et le 15 &#224; l'heure dans le 4 | et 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% semblait son allure normale. M.&#160;D... m'expliqua que, sa jambe gauche ayant &#233;t&#233; coup&#233;e au-dessus de genou, il s'&#233;tait ing&#233;ni&#233; &#224; combiner un dispositif qui lui perm&#238;t d'utiliser le moignon qui lui restait et l'articulation de la hanche pour agir sur la p&#233;dale gauche. Il y avait r&#233;ussi &#224; tel point que non seulement il pouvait facilement franchir l'angle mort, mais la jambe mutil&#233;e fournissait un effort suffisant pour qu'il p&#251;t, en palier, entretenir le mouvement sans l'aide de la jambe valide. Voil&#224; un exemple dont beaucoup de mutil&#233;s de guerre, dans le m&#234;me cas, pourraient faire leur profit et que je suis heureux de signaler, tout comme celui de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;D..., qui d&#233;montre p&#233;remptoirement que la femme peut aussi bien que l'homme excursionner et m&#234;me randonner &#224; bicyclette, j'ajoute polyx&#233;e, car il n'est permis qu'&#224; tr&#232;s peu de femmes de grimper sans danger au col des grands bois avec 5 m., et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;D... m'a elle-m&#234;me avou&#233; qu'elle ne partirait pas pour de longues randonn&#233;es accident&#233;es sans un changement de vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon premier janvier 1903</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article124</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article124</guid>
		<dc:date>2023-01-02T17:50:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai l'habitude de m'offrir pour mes &#233;trennes une ballade d'au moins 100 kilom&#232;tres.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;R&#233;trodirecte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Velocio, Le cycliste, Ann&#233;e 1903, republi&#233; en f&#233;vrier 53, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'habitude de m'offrir pour mes &#233;trennes une balade d'au moins 100 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le temps, pluie, vent, neige, je pars, apr&#232;s avoir choisi dans mon &#233;curie, o&#249; les vieillards coudoient les derni&#232;res nouveaut&#233;s, la monture qui me semble devoir convenir le mieux &#224; l'&#233;tat des routes. Cette ann&#233;e, j'avais, pour ne pas rompre avec mon habitude plus que d&#233;cennale, un motif d'ordre sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps de 1903 sera mon cinquanti&#232;me printemps, et puisque le r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien me permet de me mesurer encore sur les routes avec des quarts de si&#232;cle, j'entends que mon demi-si&#232;cle soit f&#234;t&#233; d'une fa&#231;on digne &#224; la fois du &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot54&#034;&gt;v&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, du &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot9&#034;&gt;cyclotourisme&lt;/a&gt; et de la &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot23&#034;&gt;polymultiplication&lt;/a&gt;. Il faut qu'avant le 31&#160;d&#233;cembre j'aie couch&#233; sous moi, &#224; toutes les allures, au moins 20.000 kilom&#232;tres et franchi tous les cols qui sont &#224; la port&#233;e de mes programmes dominicaux et quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait donc jeudi dernier de bien d&#233;buter, et, pendant les dix mortelles heures de bo&#238;te &#224; sardines, qui ont termin&#233; pour moi cette journ&#233;e m&#233;morable, j'ai pu me r&#233;p&#233;ter &#224; sati&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux dieux, ce d&#233;but passe mon esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'&#233;tais superstitieux, je casserais tout net les ailes &#224; mes projets et ne remettrais plus sur ma selle Brooks les fameux grands fessiers, muscles puissants sur lesquels repose tout l'avenir de la &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?rubrique8&#034;&gt;r&#233;tro-directe&lt;/a&gt; ch&#232;re aux &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot5&#034;&gt;math&#233;maticiens du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.&lt;/span&gt;F&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne suis pas superstitieux pour deux liards, et maintenant, en voyant d'un peu plus loin les p&#233;rip&#233;ties qui, en cet inoubliable jour de l'an, m'ont tour &#224; tour assailli, je deviens optimiste comme Pangloss et je conclus que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 5 heures je l&#232;ve l'ancre avec, selon les &#233;v&#233;nements, 2, 3 ou 4 jours de cong&#233; en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait le pont, &#224; Saint-&#201;tienne, du jeudi au dimanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans cette industrieuse cit&#233;, ruche, fourmili&#232;re, creuset o&#249; le travail bouillonne du matin au soir et du soir au matin, de temps &#224; autre, employeurs et employ&#233;s &#233;prouvent l'irr&#233;sistible besoin de se reposer et l'on a, dans ce but, imagin&#233; les ponts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mon bagage habituel et ma bicyclette p&#232;se en ordre de marche ses 28 kilos r&#233;glementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une monture nouvelle que j'essaie, pour la premi&#232;re fois, dans une excursion de quelque longueur. La p&#244;vre, elle s'en est vu de cruelles et elle a fini par succomber devant ses ennemis acharn&#233;s. Ils sont trop, a-t-elle d&#251; g&#233;mir en son for int&#233;rieur quand pour la derni&#232;re fois elle s'est abattue sous moi, le corps, c'est-&#224;-dire l'axe, du p&#233;dalier, bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cadre en X extraordinairement solide, moyeu Hub donnant &#224; droite, par pignons contrari&#233;s, 4 d&#233;veloppements interchangeables en marche deux &#224; deux : 8 m&#232;tres avec 6 m&#232;tres et 4 m. 35 avec 3 m. 30, et &#224; gauche 2 autres d&#233;veloppements, 5 m. 20 et 2 m. 80, &#233;galement en marche et tout &#224; fait ind&#233;pendants du changement de vitesse du Hub. Ces deux derniers d&#233;veloppements qui constituaient par le fait une bonne combinaison de machine &#224; deux vitesses par 2 cha&#238;nes juxtapos&#233;es, &#233;taient command&#233;s par un embrayage sur le p&#233;dalier. Je pouvais donc en r&#233;alit&#233; disposer sans avoir &#224; mettre pied &#224; terre des deux jeux suivants de 4 multiplications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. 2 m. 80, 3 m. 30, 4 m. 35 et 5 m. 20.&lt;br class='autobr' /&gt;
ou&lt;br class='autobr' /&gt;
B. 2 m. 80, 5 m. 20, 6 m&#232;tres et 8 m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?rubrique20&#034;&gt;Roue libre&lt;/a&gt;, &#224; cliquets d'un c&#244;t&#233;, &#224; galets de l'autre, partout, sauf sur 3 m. 30 et 6 m&#232;tres qui, par le m&#233;canisme Sp&#233; du moyeu Hub sont sur roue serve, ce qui est encore pris&#233; par quelques cyclistes, quorum pars ego sum pour les 3 motifs suivants que je r&#233;expose parce que dans le dernier num&#233;ro du Cycliste, page 211, une coquille a rendu ma phrase inintelligible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Quand il fait tr&#232;s froid et qu'on &#233;prouve le besoin de se r&#233;chauffer en contre-p&#233;dalant.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176; Quand les freins sont endommag&#233;s et ne m'inspirent pas une confiance absolue.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; Quand une avarie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; non pas une averse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; (p&#233;dales ou manivelles cass&#233;es), m'oblige &#224; p&#233;daler d'un seul pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de m&#234;me que toute m&#233;daille a son revers, de m&#234;me la roue serve intermittente a des inconv&#233;nients, et il faut savoir en jouer, sinon on risque de r&#233;colter de son emploi plus de mal que de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes freins consistaient simplement en un frein sur jante &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AR&lt;/span&gt; mobile &#224; patin de cuir long et &#224; contre-pression et un frein large sur le pneu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt; celui-ci d'acier qui emp&#234;chait le frein &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AV&lt;/span&gt; &#233;tant reli&#233; &#224; celui-l&#224; par un fil de bloquer la roue avant que la roue &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AR&lt;/span&gt; ne f&#251;t elle-m&#234;me bloqu&#233;e. Gr&#226;ce &#224; ce dispositif, que je qualifierais d'ing&#233;nieux s'il n'&#233;tait de mon invention, les panaches m'&#233;taient formellement interdits et mon ultime chute, apr&#232;s bien d'autres ce jour-l&#224;, fut tr&#232;s anodine pour moi qui, au lieu d'&#234;tre projet&#233; &#224; 30 &#224; l'heure par-dessus mon guidon, me trouvai assis sur les ruines de ma bicyclette aussi confortablement que Marius sur celles de Carthage. Ma monture ne pr&#233;sentant pas d'autres particularit&#233;s int&#233;ressantes dignes d'&#234;tre d&#233;crites, nous pouvons nous mettre en route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a plu beaucoup l'avant-veille, mais le temps est froid et la boue est gel&#233;e. Je grimpe aux Grands-Bois, lanterne allum&#233;e, &#224; toute petite allure avec l'infime d&#233;veloppement de 2m. 80, afin de ne pas &#234;tre en moiteur quand j'aborderai au petit jour la descente sur Bourg-Argental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Planfoy j'entre dans la zone neigeuse et la r&#233;sistance au roulement s'accentue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette mont&#233;e de 6.500 m&#232;tres, &#224; moyenne de 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, m'est si famili&#232;re que je puis dire &#224; tout instant si le coefficient de roulement est au-dessus ou au-dessous de la normale. Le chasse-neige n'est pas pass&#233; assez t&#244;t et les voitures des paysans ont trac&#233; des orni&#232;res profondes qui, congel&#233;es, me font valser d&#233;sagr&#233;ablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ciel est couvert, mais les nuages courent et, &#231;a et l&#224;, j'aper&#231;ois des &#233;toiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la journ&#233;e sera belle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec le froid qu'il fait il ne saurait pleuvoir. Je me livre aux plus heureuses perspectives et me laisse bercer par des pens&#233;es fort agr&#233;ables. Ai-je oubli&#233; de dire que je suis seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On ne trouve pas facilement des compagnons de voyage le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier, et pourtant, si tous ceux que les vaines c&#233;r&#233;monies assomment s'&#233;taient joints &#224; moi, quelle cohue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais voil&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! on n'ose pas mettre ses actes d'accord avec ses id&#233;es et le pr&#233;jug&#233; continue &#224; r&#233;gner sur les pauvres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plateau de la R&#233;publique la neige &#233;tait relativement bonne et... cyclable, mais la travers&#233;e des bois fut p&#233;nible. Je me consolais en pensant que sur le versant m&#233;ridional, d&#232;s la sortie du bois, je trouverais, comme d'usage, la route nette et admirablement roulante, que tous les cyclistes st&#233;phanois connaissent. H&#233;las, sur l'autre versant ce fut pire : il avait plu et neig&#233;, dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne, trois fois plus abondamment que chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces beaux kilom&#232;tres de descente douce, que je n&#233;gocie toujours &#224; 30 et 36 &#224; l'heure, il me fallut les faire &#224; toute petite vitesse, avec une prudence extr&#234;me, sous peine de chutes que je n'&#233;vitais pas toujours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car il n'est pas commode du tout de circuler dans une neige &#233;paisse de 15 centim&#232;tres et battue en tous sens par les pi&#233;tons et les attelages. Je ne pus marcher enfin un peu vite qu'en arrivant &#224; Bourg-Argental, en retard d'une demi-heure sur mes pr&#233;visions. Je p&#233;dalais vivement sur mon grand d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres, quand je rencontrai mon ami F..., un des vainqueurs du &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot40&#034;&gt;Tourmalet&lt;/a&gt; et le champion de la r&#233;tro-directe dont il est f&#233;ru autant que &lt;a href=&#034;http://velotextes.fr/spip.php?mot6&#034;&gt;l'Homme de la Montagne&lt;/a&gt;. Il m'attendait au passage pour m'emmener d&#233;jeuner au milieu de sa charmante et sympathique famille. Comme bien vous le pensez, on se la souhaita bonne et heureuse selon la formule et ma moustache fr&#244;la des joues bien jeunes et bien ros&#233;s. &#192; neuf heures et demie seulement, je pensais &#224; reprendre mon voyage si aimablement interrompu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil &#233;tait chaud et les orni&#232;res de boue fondante rendaient la marche de plus en plus p&#233;nible. Cependant, en avan&#231;ant vers le Rh&#244;ne, le sol devint convenable et, d'Andance &#224; Sarras, tant&#244;t avec 8 m&#232;tres, tant&#244;t avec 5 m. 20 je filai bon train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;jeunant une id&#233;e m'avait &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e que j'avais adopt&#233;e illico parce qu'elle flattait une de mes manies, qui consiste &#224; toujours rechercher des routes nouvelles, quitte un peu &#224; allonger mes itin&#233;raires. Le but de mon &#233;tape &#233;tait perch&#233; &#224; 900 m&#232;tres d'altitude dans le massif de la Grande Chartreuse, au pied de la dent de Crolles, &#224; pic sur la vall&#233;e du Gr&#233;sivaudan. Par la route directe, Moras, Rives et Grenoble, je comptais que 6 heures de marche &#224; cycle et 1 heure de marche &#224; pied me suffiraient pour y arriver avant la nuit. Un l&#233;ger d&#233;tour par la vall&#233;e de la Galaure et Saint-Marcellin ne devait pas me retarder de plus d'une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me dirigeai donc vers St-Vallier o&#249; s'ouvre cette vall&#233;e de la Galaure, o&#249; m'attendaient tant d'incidents d&#233;sagr&#233;ables, termin&#233;s par dix heures de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;P.L.&lt;/span&gt;M., la pire des d&#233;tresses. Cela d&#233;buta dans Saint-Vallier m&#234;me par un kilom&#232;tre de boue atroce comme oncques je n'en avais vu. Avec 2 m. 80 j'avais de la peine &#224; m'en arracher&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les garde-boue s'engorgeaient et de gros paquets tombaient &#224; droite et &#224; gauche sur les cha&#238;nes, sur les pieds partout. On me regardait comme une b&#234;te curieuse, mais j'aimais encore mieux p&#233;daler que pi&#233;tiner dans cette m&#233;lasse. Les chevaux tiraient &#224; plein collier, et pour tirer un vulgaire char &#224; bras, il fallait se mettre &#224; trois. L'&#233;dilit&#233; de Saint-Vallier n'a pas du tout l'air de se pr&#233;occuper de la viabilit&#233; de ses rues. Un coup de racloir donn&#233; &#224; temps co&#251;te peu et permet de circuler. Pas du tout, on laisse la boue s'accumuler, monter au niveau des trottoirs, larges de 50 centim&#232;tres, et l'on dit au voyageur : Passe si tu peux, mon bonhomme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pass&#233;, mais il a fallu ensuite racler et nettoyer ma machine pendant un quart d'heure, et ce n'&#233;tait pas fini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Vall&#233;e que j'allais remonter pendant 45 kilom&#232;tres d&#233;bute par une gorge &#233;troite o&#249; le soleil ne p&#233;n&#232;tre pas longtemps en cette saison, o&#249; la boue demeure par cons&#233;quent plus qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux rails du &lt;a href=&#034;http://www.rvd.free.fr/lechemindeferdepartementaldeladrome_leslignes_stvallier_legrandserre.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tramway&lt;/a&gt; qui occupe un bon tiers de la route, le sol &#233;tait relativement bon, mais les rails saillaient fortement et, la boue aidant, il fallait beaucoup de doigt&#233; pour &#233;viter le d&#233;rapage. Ces tramways, dont le r&#233;seau se d&#233;veloppe de jour en jour et qu'on finira par rencontrer sur toutes les routes d&#233;partementales, d&#233;j&#224; pas larges du reste, et que cet envahissement rend plus &#233;troites que des chemins vicinaux, sont pour les cyclistes et les chauffeurs une calamit&#233;. Depuis le pont de Saint-Vallier je me sers exclusivement de mes d&#233;veloppements de gauche, 2 m. 80 et 5 m. 20 et ma vitesse horaire est bien faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique je ne perde pas un moment, je consid&#232;re mon &#233;tape comme fort compromise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;bouch&#233; de la gorge, l'&#233;glise de Saint-Uze offre un joli point de vue et la route, s'&#233;loignant du ruisseau, monte de plus en plus faiblement. Je vois au loin aux flancs des coteaux que je dois traverser, de larges flaques de neige et j'ai comme un pressentiment que la travers&#233;e du plateau de Chambarand ne sera pas pr&#233;cis&#233;ment facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent il ne m'est rien arriv&#233; de grave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps j'essaie d'activer mon allure avec le grand d&#233;veloppement, mais la route s'y pr&#234;te peu et je reviens toujours &#224; 5 m. 20. &#192; la sortie d'Hauterives, un poteau indicateur m'apprend que je suis encore &#224; 21 kilom&#232;tres 1/2 de Roybon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en croyais plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas loin de midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fais une halte sur le bord de la route et me leste de la moiti&#233; (325 grammes) d'un p&#226;t&#233; aux pommes que j'avais emport&#233; et qui a suffi pour mon alimentation de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vall&#233;e doit &#234;tre fertile car elle est tr&#232;s peupl&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Saint-Uze les villages se suivent &#224; peu d'intervalle, tant&#244;t allong&#233;s le long de la route, tant&#244;t perch&#233;s &#224; flanc de coteau. En &#233;t&#233;, le paysage doit &#234;tre agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en cette saison il manque &#233;videmment de charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques l&#233;g&#232;res ondulations m'incitaient &#224; changer &#231;a et l&#224; de d&#233;veloppement afin de m&#233;nager mes forces, quand je m'aper&#231;ois soudain que mon d&#233;veloppement de 5 m. 20 se d&#233;robe et que je ne dispose plus &#224; gauche que de 2 m. 80. Je descends et je constate que mon levier d'embrayage s'est cass&#233; net, sous un effort sans doute trop brutal ou pour toute autre cause&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'examen d'ailleurs, le m&#233;tal ne me semble pas bien sain. &#192; la rigueur je pourrais me servir encore de mon d&#233;veloppement de 5 m. 20 en reliant d'une fa&#231;on rigide le pignon &#224; la manivelle, et je disposerais ainsi des 3 vitesses 8, 6 et 5 m. 20 en marche et de 8 m&#232;tres par d&#233;placement de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je ferais si j'avais &#224; p&#233;daler longtemps en plaine, sur les bords du Rh&#244;ne, par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans la gal&#232;re o&#249; je me suis embarqu&#233; avec une route toujours plus montueuse et raboteuse en perspective, j'ai besoin plut&#244;t de petits que de grands d&#233;veloppements. J'enl&#232;ve donc la cha&#238;ne de 5 m. 20 qui me devient inutile et je place la cha&#238;ne de droite sur le petit jeu A : 4 m. 35 et 3 m. 30. Je dispose donc en marche, gr&#226;ce au Hub et &#224; mes deux cha&#238;nes, de trois d&#233;veloppements : 4 m. 35, 3 m. 30 et 2 m. 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est juste ce qui convient pour le travail que j'ai &#224; faire. J'ai laiss&#233; depuis quelques kilom&#232;tres la derni&#232;re station du tramway derri&#232;re moi quand je rentre dans une zone neigeuse pire que celle que j'avais travers&#233;e le matin. Dans ce massif, dont l'altitude maxima ne d&#233;passe pourtant pas 800 m&#232;tres, il a neig&#233; beaucoup plus que sur nos plateaux &#224; 1.100 m&#232;tres. Je ne suis encore qu'&#224; 500 m&#232;tres, mais l'&#233;paisseur de la couche de neige cro&#238;t rapidement et je suis &#224; plusieurs reprises oblig&#233; de mettre pied &#224; terre pour d&#233;gager mes roues qui tournent p&#233;niblement en comprimant dans le garde-boue la neige, la glace, la boue qu'elles entra&#238;nent. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je n'ai pas besoin d'arrache-clous et je ne risquerais pas de m'emballer &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais ne parlons pas des absents&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la descente est bien loin encore, il s'agit de monter. On admettra sans peine que, dans ces conditions, une pente de 2 &#224; 3&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% para&#238;t plus dure qu'une pente double sur sol ferme et roulant. Aussi ne suis-je pas surpris de sentir protester certains muscles faiblards ou paresseux. Le sol&#233;aire droit, entre autres, se refuse &#224; travailler plus longtemps et j'en suis r&#233;duit &#224; chausser presque constamment la p&#233;dale de ce c&#244;t&#233; en supprimant le jeu de la cheville dont ledit sol&#233;aire a la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond de la vall&#233;e, &#224; cheval sur deux ruisseaux, Roybon m'appara&#238;t enfin. J'y retrouve des rails&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un tramway circule aussi par l&#224;, celui de Saint-Jean-de-Bournay, que je ne fais du reste que de traverser. Mes 2 m. 80, enl&#232;vent proprement un court raidillon dans le village, puis je tourne &#224; droite et mets pied &#224; terre &#224; l'angle de deux routes qui conduisent, l'une et l'autre, &#224; St-Marcellin. Deux heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lisez 14 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sonnent au clocher de Roybon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'efforce vainement de savoir d'un passant quelle est pour moi la meilleure route. Mon ami F. m'avait engag&#233; &#224; passer par la route de droite et par Saint-Appolinard, mais cette route qui suit le ruisseau me para&#238;t &#234;tre la continuation de celle que je viens de suivre, un simple chemin de grande communication bien entretenu, tandis qu'&#224; gauche je me trouve sur la route d&#233;partementale o&#249; le chasse-neige a d&#233;j&#224; pass&#233;. Je monterais plus haut il est vrai, jusque sur le plateau de Chambarand, o&#249; l'artillerie vient, pendant la belle saison, faire des exercices de tir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand le sol est bon, qu'est-ce que 100 m. d'altitude de plus ou de moins pour les polymultipli&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux kilom&#232;tres &#224; 5 ou 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% au bas mot conduisent de Roybon sur le plateau o&#249; l'on continue &#224; s'&#233;lever insensiblement. Plus j'avance plus le sol est d&#233;blay&#233;, la neige est relev&#233;e de chaque c&#244;t&#233; &#224; 50 ou 60 centim&#232;tres de hauteur et, comme la circulation est tr&#232;s peu active dans ces parages presque d&#233;serts, le milieu de la route est tr&#232;s roulant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n&#233;anmoins je ne juge pas encore &#224; propos de relever mes d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 4 m 35 me suffit et j'ai m&#234;me recours parfois &#224; 2 m. 80, cela tient apparemment &#224; la fatigue caus&#233;e par le travail anormal auquel depuis Saint-Vallier je suis condamn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; moi qui m'&#233;tais promis d'enlever ces kilom&#232;tres en rampe douce &#224; 20 &#224; l'heure, je n'ai pas mis moins de 3 h. 1/2 pour faire 45 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! du petit 13 &#224; l'heure. Mais j'aurais bien voulu voir un monomultipli&#233;. J'en ai vu un &#224; la v&#233;rit&#233;. Il n'avan&#231;ait gu&#232;re quand je le d&#233;passai avec 4 m. 35 et il s'effor&#231;a vainement de me suivre, bien que nous fussions &#224; ce moment sur une route relativement bonne, entre Hauterive et le Grand-Serre. Dans la neige il aurait d&#251; pousser bravement sa machine comme les plus illustres professionnels &#224; la mont&#233;e du Tourmalet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au beau milieu du plateau, tr&#232;s isol&#233;e, &#224; un croisement de route une grosse ferme que, de loin, je prenais pour une auberge o&#249; je me serais volontiers rafra&#238;chi, rompt la monotonie du paysage, qui, &#224; perte de vue, ne laisse voir que des bois taillis et des champs de neige. La route, souvent droite, commence &#224; me para&#238;tre longue. Mais avec de la patience et de la pers&#233;v&#233;rance on vient &#224; bout de tout, m&#234;me &#224; faire approuver la roue libre et la polymultiplication par des th&#233;oriciens qui longtemps se moqu&#232;rent de l'une et conspu&#232;rent l'autre. Or, personne n'ignore que pour amener un homme de th&#233;orie &#224; reconna&#238;tre qu'un homme de pratique a raison, il faut remuer ciel et terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au tour de ma jambe gauche &#224; marquer quelque impatience&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si mes deux jambes se mettent en gr&#232;ve, me voil&#224; frais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La descente est heureusement l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 12 kilom. seulement me s&#233;parent de Saint-Marcellin et je me pr&#233;pare &#224; les mener rondement en m'aidant m&#234;me, s'il le faut, de mon grand d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je replace donc ma cha&#238;ne sur 8 et 6 et, entre les deux talus de neige qui sur ce versant sont encore plus hauts, je file &#224; 30 &#224; l'heure. La monotonie du plateau fait place &#224; une succession de sites que le printemps doit parer de bien des charmes, mais qui sous la neige sont peu vari&#233;s, donc peu attrayants. Ce coin de terre entre l'Is&#232;re et les plaines de Bl&#232;vre et de la C&#244;te Saint-Andr&#233; qui semblent avoir &#233;t&#233; un lac aux temps pr&#233;historiques, est riche en eau. Au plus fort de l'&#233;t&#233; les ruisseaux ne s'y tarissent pas, aussi la v&#233;g&#233;tation y est-elle, m&#234;me en ao&#251;t, luxuriante. Cette particularit&#233; m'avait frapp&#233; quand, revenant du Vercors par la route des &#201;couges, j'avais &#233;t&#233; de Vinay &#224; Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me l'explique aujourd'hui en constatant combien la neige s'y compla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'admirais en face de moi les h&#233;rissements du Vercors et je me pr&#233;parais &#224; jouir d'une belle vue plongeant sur l'Is&#232;re quand la route cesse brusquement devant une maison de cantonnier o&#249; elle para&#238;t entrer. Devant moi, maintenant, la neige telle qu'elle est tomb&#233;e l'avant-veille, immacul&#233;e mais &#233;paisse de 30 centim&#232;tres au bas mot. J'interview le cantonnier :&lt;br class='autobr' /&gt; La route pour Saint-Marcellin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant vous, me dit-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y en a m&#234;me deux : l'ancienne &#224; gauche et la nouvelle &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abondance de biens ne nuit pas, mais j'aimerais mieux qu'il n'y en eut qu'une et que la trace fut faite. Et des deux, quelle est celle que vous me conseillez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenez l'ancienne route, celle de gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous n'aurez de la neige que pendant quatre ou cinq kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a c'&#233;tait le bouquet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'&#233;tait que quatorze heures et demie et je nourrissais malgr&#233; tout un secret espoir, en prenant au besoin un train &#224; Saint-Marcellin, d'arriver &#224; Crolles assez t&#244;t pour tenter l'ascension du Pas de fer et de ne pas m'&#234;tre fait attendre inutilement &#224; Saint-Hilaire-du-Touvet. Mais quatre ou cinq kilom&#232;tres &#224; faire &#224; pied dans une neige aussi &#233;paisse en poussant mes 28 kilos... il fallait laisser l&#224; toute esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais fortement chauss&#233; par bonheur et je me mis, sans barguigner, &#224; la besogne. Je n'eus pas fait cent pas que les garde-boue furent pleins de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une mousse blanche fusait autour de ma bicyclette qui devenait de plus en plus dure &#224; pousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il ne pouvait en &#234;tre question&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurais risqu&#233;, en glissant avec un tel poids sur le dos, de me blesser. Comme une d&#233;ception n'arrive jamais seule, une mont&#233;e succ&#233;dait, juste &#224; ce moment, &#224; la descente. Autour des quelques traces que les paysans avaient faites, la neige &#233;tait devenue glace et ma marche en &#233;tait plus g&#234;n&#233;e que facilit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, l'on m'y reprendra &#224; explorer le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier des routes nouvelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me, &#224; bicyclette on passe partout tandis qu'en auto... Apr&#232;s tout, il n'y a qu'&#224; ne pas se biler et &#224; prendre les choses comme elles viennent...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait bien pu m'arriver bien pis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je jouis d'un soleil magnifique, je respire un air pur, je fais de l'exercice, mes d&#233;buts de cyclotouriste en 1903 auront &#233;t&#233; vari&#233;s, voil&#224; tout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait le cours de mes pens&#233;es, et quand ma machine devenait trop r&#233;tive je m'&#233;pongeais un instant et je contemplais le Vercors qui me semblait par un curieux effet de perspective, tout pr&#232;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si j'essayais de me laisser rouler &#224; la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Aussit&#244;t pens&#233;, aussit&#244;t fait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me mets en selle et... &#231;a va admirablement. Que je suis donc sot de n'y avoir pas song&#233; plus t&#244;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Par exemple, il faut que la neige soit vierge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfonce de dix centim&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la neige que mes roues entra&#238;nent se pulv&#233;rise entre les fourches sous le frein, et me blanchit jusqu'&#224; la ceinture. C'est charmant. D'une ferme dominant la route on m'aper&#231;oit et on appelle les voisins : un v&#233;lo dans la neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et de rire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est forte, mais je n'ai qu'&#224; de rares intervalles besoin de freins. Ah mais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il ne faut pas que je me hasarde sur les traces d&#233;j&#224; faites, la culbute est alors in&#233;vitable, jamais dangereuse pourtant, car je m'y attends et je m'y pr&#233;pare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrebas de la route, &#224; droite, un joli village rit au soleil. Graduellement la couche de neige s'amincit et la terre appara&#238;t en larges plaques brunes. Encore une mont&#233;e, mes muscles cyclomoteurs sont d&#233;cid&#233;ment distendus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ne veulent plus de grands d&#233;veloppements et r&#233;clament les 2 m. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne les contrarie pas pour si peu et je vais piano piano, &#224; la moindre taupini&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois cependant, c'est bien fini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je laisse la neige derri&#232;re moi, mais le soleil se couche et la temp&#233;rature se resserre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;p&#234;chons-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour ne pas avoir froid je place le levier du Hub sur la roue serve et je contrep&#233;dale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; f&#226;cheuse id&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; un tournant j'arrive &#224; bonne allure sur un terrain verglac&#233;, coup&#233; d'orni&#232;res congel&#233;es, mes roues d&#233;rapent, je sens ma monture se d&#233;rober sous moi et... patatras, je ramasse une pelle de premi&#232;re classe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'avais instinctivement serr&#233; le frein A qui, &#224; son tour, avait bloqu&#233; la roue motrice, je m'&#233;tais rejet&#233; vivement en arri&#232;re et la r&#233;sultante de ces mouvements combin&#233;s fut qu'au lieu d'&#234;tre projet&#233; par dessus mon guidon, je me trouvai placidement assis sur mon bagage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tirai indemne de l'aventure, mais le poids de mon individu fut d&#233;sastreux pour la machine que je relevai avec le cadre fauss&#233;, l'axe du p&#233;dalier cass&#233; net au ras de la cuvette et les deux freins hors de service. Si j'avais &#233;t&#233; en roue libre, je crois que les cons&#233;quences de la chute auraient &#233;t&#233; moins graves&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la p&#233;dale en frappant le sol se serait imm&#233;diatement d&#233;rob&#233;e et l'axe ne se serait peut-&#234;tre pas cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais &#224; quatre kilom&#232;tres de la gare o&#249; j'entrai pedibus cum jambis &#224; 16 heures et demie, juste pour m'embarquer dans un train-escargot qui me ramena dans mes p&#233;nates en 10 heures, ainsi que je l'ai dit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier et d&#233;finitif accident ne m'irrita point, tout au contraire : je compris que le Destin s'opposait &#224; mes projets et qu'il ne m'avait mis depuis le matin tant de b&#226;tons dans les roues que pour m'emp&#234;cher d'aller plus loin. Pour vaincre mon obstination, il avait d&#251; en arriver aux moyens extr&#234;mes, je ne pouvais que l'en remercier et m'estimer heureux de m'en tirer &#224; si bon compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; courir les chemins comme &#224; courir les mers on devient fataliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Diois et en D&#233;voluy (mai 1904)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article547</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article547</guid>
		<dc:date>2022-09-23T16:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;vocyclette</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>
		<dc:subject>Dr&#244;me</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'un d'eux, suivi de son chien, &#224; l'&#339;il vif et intelligent, attentif au moindre signe, me fraye un passage dans cette cohue qui se referme aussit&#244;t derri&#232;re moi. Nous sommes &#224; l'&#233;poque o&#249; les troupeaux du midi remontent vers les hauts plateaux o&#249; ils vont passer tout l'&#233;t&#233; &#224; la belle &#233;toile.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;L&#233;vocyclette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;R&#233;trodirecte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, mai 1904, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, mai 1904&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par y p&#233;n&#233;trer, dans ce pays d&#233;sh&#233;rit&#233; dont j'ai si souvent long&#233; les remparts presque inaccessibles d'o&#249; &#233;mergent, sentinelles farouches, le pic de Bure, la t&#234;te de l'Obiou et quelques autres sommets non moins r&#233;barbatifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pens&#233; un instant &#224; faire du D&#233;voluy le but d'une de nos excursions dominicales, mais c'e&#251;t &#233;t&#233; par trop p&#233;nible, m&#234;me pour les plus entra&#238;n&#233;s de l'&#201;cole St&#233;phanoise, m&#234;me pour un r&#233;tro&#239;ste de l'&#201;cole Perrache, ce qui n'est pas peu dire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux valait donc profiter des deux jours et demi de cong&#233; que nous apporte r&#233;guli&#232;rement la Pentec&#244;te et faire le tour plus complet en y ajoutant la partie la plus int&#233;ressante du Diois, le col de Grimone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce projet, la partie transport &#233;tait forc&#233;ment tr&#232;s importante, mais plus nous allons, plus cette partie est destin&#233;e &#224; tenir une grande place dans nos randonn&#233;es, car nous commen&#231;ons &#224; conna&#238;tre tout ce qu'il y a d'int&#233;ressant au point de-vue cyclotourisme dans un rayon de 100 kilom&#232;tres autour de Saint-&#201;tienne. Il nous faut donc &#234;tre en mesure, pour excursionner pendant 50 kilom&#232;tres, de nous transporter pendant 200 kilom&#232;tres. Ce n'est pas toujours tr&#232;s amusant, j'en conviens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce ne l'est gu&#232;re non plus de prendre un train patache qui, apr&#232;s maints transbordements, vous d&#233;barque &#233;nerv&#233; aupr&#232;s de votre bicyclette endommag&#233;e par tant de manipulations successives. Que de fois j'ai vu de superbes projets finir en queue de poisson &#224; la suite d'une avarie de bicyclette survenue pendant le transport.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, nous pr&#233;tendons voyager &#224; tr&#232;s peu de frais et mettre ainsi &#224; la port&#233;e de tous les excursions lointaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas en prenant le train &#224; tout propos que nous y arriverons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, tels cas peuvent se pr&#233;senter o&#249; il est mat&#233;riellement impossible de se servir du chemin de fer pour se rendre en temps utile sur le terrain d'excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux de nos amis, par exemple, qui ne devaient &#234;tre libres qu'&#224; 19 heures la veille de la Pentec&#244;te, n'auraient pu arriver &#224; Crest, lieu de rendez-vous, qu'&#224; 8 heures le lendemain par le P.-L.-M., tandis qu'&#224; bicyclette ils y arriv&#232;rent &#224; 1 heure, ce qui leur permit de prendre quelque repos avant le d&#233;part qui eut lieu &#224; 4 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour toutes ces raisons, je continuerai donc, tant que j'en aurai la force et tant que les circonstances me le permettront, &#224; faire par la route la partie transport de mes excursions. Bien que je traverse ainsi des r&#233;gions d&#233;j&#224; vues maintes fois, il m'arrive souvent de les trouver encore int&#233;ressantes, gr&#226;ce &#224; des co&#239;ncidences impr&#233;vues, un orage, un effet de lumi&#232;re, une coloration particuli&#232;re et rare du ciel, que sais-je&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La nature est si changeante qu'on ne la revoit pour ainsi dire jamais sous le m&#234;me aspect.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il ne faudrait pas que les &#233;tapes de transport devinssent pr&#233;judiciables aux &#233;tapes d'excursion, ce qui arriverait fatalement si nous n'&#233;tions pas mont&#233;s de fa&#231;on &#224; lutter victorieusement et sans effort excessif contre tous les obstacles de temps et de terrain, et si notre moteur n'&#233;tait pas aliment&#233; convenablement pour donner son rendement maximum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclistes qui bl&#226;ment notre mani&#232;re de faire parce qu'ils ne peuvent pas l'imiter, n'ont su pour la plupart choisir ni la monture, ni l'alimentation qui les rendraient capables d'en faire autant que nous. C'est donc sur eux que retombent leurs bl&#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait pour moi, qui pr&#233;c&#233;dais de quelques heures le groupe principal, d'aller coucher &#224; Die. Je pus partir &#224; 13 heures et, selon toutes probabilit&#233;s, je devais par le col des Grands Bois, Andance, Valence, Crest et Saillans, arriver &#224; Die (162 kilom&#232;tres) &#224; 21 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des accidents de pneumatique, un premier orage et la crainte d'en essuyer un second dans la vall&#233;e de la Dr&#244;me, o&#249; depuis Valence je voyais se d&#233;cha&#238;ner une v&#233;ritable temp&#234;te, me retard&#232;rent et m'engag&#232;rent &#224; prendre le train &#224; Lyon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma demi-&#233;tape se r&#233;duisit donc &#224; 112 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le train emportait un certain nombre de cyclistes que la section lyonnaise du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; avait r&#233;unis en vue d'une imposante manifestation dans le Vercors. Tous se concentraient &#224; Die par la voie la plus rapide et des voitures avaient &#233;t&#233; retenues pour hisser au col du Rousset les monomultipli&#233;s que les 1.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation de Die au col effrayaient beaucoup. J'ai su, depuis, que les poly multipli&#233;s &#233;taient nombreux aussi, qui grimp&#232;rent au Refuge, &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'arriv&#226;mes &#224; destination qu'&#224; 23 heures, avec plus d'une heure de retard, et j'eus le d&#233;pit de constater que l'orage dont j'avais eu peur n'avait s&#233;vi que sur les environs de Crest, que j'aurais eu ensuite une route et un temps superbes si j'avais bravement continu&#233; &#224; p&#233;daler jusqu'&#224; Die. Une le&#231;on pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 et 23&#160;mai. &#8212; Ch&#226;tillon-en-Diois, col de Grimone, col de la Croix-Haute, Lalley, Mens, col Saint-S&#233;bastien, Croix-de -la-Pigne, Saint-Didier. Saint-Etienne-en-D&#233;voluy, col du Noyer, ChaufTayer, Corps, Pont-Haut, La Mure, 170 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Laffrey, Grenoble, Moirans, Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. Andance, Annonay, Saint-Etienne, 185 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 4 heures et 20 heures, je fis le premier jour une rude &#233;tape.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, ce fut charmant. La gorge &#233;troite et tr&#232;s encaiss&#233;e qui pr&#233;c&#232;de la mont&#233;e proprement dite du col de Grimone me parut, dans l'ombre et la fra&#238;cheur du matin, tr&#232;s agr&#233;able. Je p&#233;dalais mollement en jetant &#224; droite et &#224; gauche des regards curieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans les parois abruptes qui enserrent la route et le ruisseau se creusent soudain des fissures profondes au fond desquelles se tortille un ruisselet, car nous ne sommes pas ici dans un puissant massif capable d'alimenter des torrents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par quelques lacets bien sentis, la route s'&#233;l&#232;ve soudain d'&#224; peu pr&#232;s 200 m&#232;tres et m'am&#232;ne presque au sommet des rochers dont je longeai tout &#224; l'heure la base. Joli point de vue sur la gorge d'o&#249; l'on sort et qui, vue de l&#224;-haut, semble &#224; son tour une simple fissure.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelques maisons dans un creux, &#224; droite&#160;: c'est Glandage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une l&#233;g&#232;re pente m'entra&#238;nait quand je suis oblig&#233; de mettre pied &#224; terre devant, ou plut&#244;t derri&#232;re un troupeau de cinq cents moutons qui d&#233;ambule paisiblement sous la conduite de quelques chiens et de deux bergers. L'un d'eux, suivi de son chien, &#224; l'&#339;il vif et intelligent, attentif au moindre signe, me fraye un passage dans cette cohue qui se referme aussit&#244;t derri&#232;re moi. Nous sommes &#224; l'&#233;poque o&#249; les troupeaux du midi remontent vers les hauts plateaux o&#249; ils vont passer tout l'&#233;t&#233; &#224; la belle &#233;toile. Ces moutons viennent d'Arles et vont dans la commune de Lalley. Le D&#233;voluy en h&#233;berge plusieurs milliers et se fait ainsi quelques revenus d'autant plus pr&#233;cieux que le pays est plus pauvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente se dessine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route barre la montagne en face et l'on entrevoit l'emplacement du col&#160;: quelques flaques de neige sont encore visibles sur les sommets voisins, mais la route est libre et en bon &#233;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le col de Grimone (1 325 m&#232;tres), bien que plus &#233;lev&#233; de 200 m&#232;tres que le col de Cabre, m'a paru &#234;tre d'un acc&#232;s plus facile. Il est vrai que la temp&#233;rature fra&#238;che et le vent me favorisaient. J'avais d'ailleurs, entre les trois jeux de deux d&#233;veloppements en marche dont je disposais, &#224; savoir&#160;: 7 et 3, 7 et 4m,40, 5 et 3, choisi le plus petit, 5 m&#232;tres et 3 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux d&#233;veloppements conviennent admirablement pour une journ&#233;e d'excursion comme celle que j'avais &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la descente vers Lus-la-Croix-Haute se d&#233;roule devant moi le panorama des pics du D&#233;voluy tachet&#233;s de neige. On s'y croirait en pleines Alpes et il y aurait encore, dit-on, dans un recoin de la t&#234;te de l'Obiou que le soleil n'a pu r&#233;ussir &#224; nettoyer &#224; fond une miniature de glacier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au col de la Croix-Haute, j'eus le plaisir de rencontrer M.&#160;D.., de Gap, qui voulut bien m'accompagner jusqu'&#224; Mens. J'&#233;tais seul depuis le d&#233;part, je devais &#234;tre seul jusqu'au retour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette rencontre me fut d'autant plus agr&#233;able. M.&#160;comme beaucoup de cyclistes, en cette ann&#233;e de gr&#226;ce 1904, a l'intention de sacrifier au r&#233;trop&#233;dalage. C'est un effet des d&#233;clamations &#233;pileptiques de certains auteurs qui, sans trop savoir ce qu'ils disent, et surtout sans avoir fait les moindres exp&#233;riences comparatives, affirment que la R&#233;tro est, pour tout le monde indistinctement, la solution unique, parfaite, hors de laquelle il n'y a point de salut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que le r&#233;trop&#233;dalage convienne &#224; certains individus que la nature a dou&#233;s de muscles ad hoc, je l'admets, j'en ai eu des preuves sous les yeux. Mais j'ai eu aussi, et bien plus souvent, la preuve du contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'on matche les meilleurs champions de la directe avec les meilleurs champions de la r&#233;tro, qu'on leur impose la m&#234;me multiplication ou qu'on laisse chacun libre de choisir son d&#233;veloppement, qu'on leur donne du plat ou des c&#244;tes, et quelles c&#244;tes que ce soit, je suis persuad&#233; que sur le terrain la directe l'emportera toujours en vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en lenteur je n'en sais rien, mais y a-t-il progr&#232;s &#224; aller de plus en plus lentement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, dans les exp&#233;riences de laboratoire qu'affectionnent les th&#233;oriciens, la r&#233;tro l'emporterait en ce qu'elle permettrait de vaincre une r&#233;sistance qu'en directe on ne pourrait surmonter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Placez, par exemple, la roue A B de votre bicyclette sur un support de fa&#231;on que vous puissiez p&#233;daler &#224; vide, puis au moyen d'un frein sur jante, augmentez successivement la r&#233;sistance. Un moment viendra o&#249;, nous assure-t-on, vous ne pourrez plus p&#233;daler en directe tandis qu'en r&#233;tro vous pourrez encore entretenir le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela tient, toujours au dire des r&#233;tro&#239;stes, &#224; ce que, en directe, vous n'avez pas cette d&#233;tente finale de la jambe qui, en r&#233;tro, chasse en avant la p&#233;dale arriv&#233;e au bas de sa course et lui fait franchir l'angle de moindre puissance. En directe, c'est par le jeu de la cheville, par la pouss&#233;e en avant sur le cale-pied, et surtout par la vitesse acquise que vous franchissez ce m&#234;me angle. Or, d'une part la vitesse acquise ne vous fait jamais d&#233;faut sur le terrain et, d'autre part, quand la r&#233;sistance augmente, vous avez, en directe, le moyen d'augmenter aussi par la traction des bras sur le guidon la pression du pied sur la p&#233;dale. En r&#233;tro, cette traction est nulle, et quand vous avez mis tout votre poids sur la p&#233;dale, si la machine n'avance pas, il ne vous reste qu'&#224; mettre pied &#224; terre. Il faudrait savoir maintenant de combien la d&#233;tente finale de la jambe dans le coup de p&#233;dale r&#233;tro pour le r&#233;tro&#239;ste et la traction des bras sur le guidon pour le directiste augmentent la puissance effective du cycliste contre les r&#233;sistances habituelles de la route. Si la r&#233;tro ne devait avoir quelque avantage d&#233;cisif &#8212; ce qu'il faudrait encore d&#233;montrer&#8212; que dans les rampes &#224; 30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% j'estime qu'il n'y aurait pas lieu d'y attacher trop d'importance. Nous sommes des hommes de pratique et non de th&#233;orie, et avant que ce que je viens d'&#233;crire soit sous les yeux des lecteurs du Cycliste, nous aurons fait, j'esp&#232;re, des exp&#233;riences d&#233;cisives sur le terrain contre les champions de la r&#233;tro.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a eu raison de dire que l'on a du col de la Croix-Haute un panorama de montagnes sans &#233;gal. Je ne puis, toutes les fois que je passe par l&#224;, en rassasier mes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous laissons aller sans trop de h&#226;te, bien que le d&#233;sir de d&#233;jeuner au plus vite nous talonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est bonne, mais quelques virages un peu secs avant Lalley nous rappellent que nous sommes dans un pays excessivement accident&#233;. &#192; Lalley nous obtenons un excellent d&#233;jeuner, &#339;ufs, beurre et caf&#233; au lait pour un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;. Il est neuf heures quand nous nous remettons en selle et la chaleur est d&#233;j&#224; p&#233;nible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a de forage dans l'air.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; l'&#201;bron, torrent qui sort du D&#233;voluy, descente rapide puis remont&#233;e dure suivie de nouvelles descentes et de nouvelles mont&#233;es jusqu'&#224; Mens o&#249; mon compagnon est oblig&#233; de me quitter. Il descend &#224; Vif par le col des Accarias et le pont de Brion, itin&#233;raire tr&#232;s int&#233;ressant, tandis que je vais, en plein soleil, attaquer le roi Saint-S&#233;bastien qui me vaut une bonne su&#233;e, quoiqu'il ne soit ni dur, ni long, mais je me trouve sans doute &#224; la p&#233;riode de d&#233;pression musculaire qui se fait sentir chaque jour &#224; un moment donn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une descente douce, du plat, puis une plong&#233;e rapide dans deux ravins successifs dont les pentes nues et st&#233;riles il y a cinq ans, quand j'y passai pour la premi&#232;re fois, commencent &#224; verdoyer par les soins de l'administration foresti&#232;re, et j'arrive sur le plateau de Pellafol, vestibule du D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne tarde pas &#224; dominer de tr&#232;s haut le torrent qui se d&#233;roule au pied de formidables falaises de rochers gris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route &#233;troite et sinueuse, munie de parapets aux endroits les plus dangereux, court &#224; flanc du coteau et oblige &#224; une attention soutenue. Le ciel se couvre de nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le D&#233;voluy, r&#233;gion sauvage et triste, ne veut pas se montrer sous un soleil riant et je me h&#226;te de crainte que l'orage ne me surprenne dans cette gorge o&#249; les abris sont rares. Une masse d'eau &#233;gale au moins en volume &#224; celle de la Souloise, o&#249; elle se jette, jaillit du pied de la montagne&#160;: j'aurais aim&#233; aller voir de pr&#232;s cette source, mais il doit &#234;tre dangereux de circuler au fond du ravin &#224; cause des pierres qui tombent fr&#233;quemment des parois &#224; pic qui le dominent. Je me contente de me rafra&#238;chir &#224; une fontaine bien dispos&#233;e sur le bord de la route, puis celle-ci de plus en plus rocailleuse m'entra&#238;ne vers le torrent que je traverse une premi&#232;re fois presque au ras de l'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; ma droite, taill&#233;e dans la paroi rocheuse de la montagne, une coupure horizontale que je prenais d'abord pour une route. C'est le canal d'irrigation de la plaine de Pellafol qui emprunte ses eaux &#224; la Souloise. Creuser ce canal dans cette paroi verticale n'a pas &#233;t&#233; un petit travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
La faim recommence &#224; me talonner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me tarde d'&#234;tre &#224; Saint-Didier qui m'apparait soudain dans un coin de verdure contrastant avec l'aridit&#233; des pierres d'o&#249; je sors. L'&#233;glise est en contrebas de la route, et sur la place transform&#233;e en boulodrome, on joue aux boules. Je n'aurais pas cru que ce jeu lyonnais, ou plut&#244;t remis en honneur par la presse lyonnaise, f&#251;t pratiqu&#233; aussi assid&#251;ment dans ces pays perdus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand il n'y a pas de place, on joue sur la route et je faillis &#224; Corps recevoir une boule dans mes roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un danger de plus pour les cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je puis me faire servir &#224; Saint-Didier un bon repas v&#233;g&#233;tarien arros&#233; de lait excellent et je repars &#224; 13 heures sous un soleil ardent celte lois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute crainte de pluie pour la soir&#233;e est dissip&#233;e, mais l'atmosph&#232;re reste orageuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sera pour le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Saint-Didier, deux routes se pr&#233;sentent, l'une &#224; droite me permettrait de m'&#233;chapper plus facilement, par Agni&#232;res et La Cluse, de ce cirque que dominent des pics mena&#231;ants, des escarpements farouches, entre lesquels on se sent angoiss&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'autre &#224; gauche me conduira aux &#201;troits et &#224; Saint-&#201;tienne-en-D&#233;voluy, chef-lieu de ce canton mis&#233;rable. Je tourne &#224; gauche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une vieille tour en ruines se d&#233;tache sur le ciel bleu. De Saint-Didier, on m'a montr&#233; l'&#233;chancrure par laquelle passe le col du Noyer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'altitude n'en parait pas excessive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#201;troits du D&#233;voluy o&#249; j'arrive bient&#244;t ne me donnent pas l'impression que j'en attendais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le soleil de midi ce passage resserr&#233; n'a rien de tr&#232;s farouche. Le torrent gronde au fond d'une fissure excessivement &#233;troite, aux parois verd&#226;tres, entre lesquelles il doit monter comme le lait sur le feu, &#224; l'&#233;poque des grandes fontes de neige. Aujourd'hui, il y a relativement peu d'eau. Mes compagnons qui pass&#232;rent l&#224; dans la soir&#233;e ressentirent plus que moi l'impression de tristesse et de d&#233;couragement qu'on retrouve dans les r&#233;cits de quelques voyageurs, tant il est vrai que l'&#233;clairage, l'heure, les circonstances exag&#232;rent ou rapetissent les proportions et le caract&#232;re de bien des sites c&#233;l&#232;bres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques maisons group&#233;es autour d'une modeste &#233;glise, je suis &#224; Saint-&#201;tienne en D&#233;voluy. De quelque c&#244;t&#233; que l'on regarde, on ne voit que des montagnes anguleuses, grises, ray&#233;es largement par la neige aupr&#232;s de laquelle je vais passer avant d'atteindre le col.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je mets pied &#224; terre au pied de la rampe finale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;pici&#232;re qui me vend quelques cartes postales m'informe que plusieurs cyclistes, parmi lesquels se trouvait une dame, ont assist&#233; le matin &#224; la messe et doivent &#234;tre encore &#224; l'h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'entr&#233;e m&#234;me du D&#233;voluy, j'avais crois&#233; un autre cycliste qui en sortait, et en montant au col o&#249; pass&#232;rent la nuit mes six compagnons retard&#233;s par divers accidents, j'allais suivre les traces d'un confr&#232;re pass&#233;, me dit le cantonnier, trois heures avant moi. Jamais, au dire de ce brave homme, le D&#233;voluy et surtout le col du Noyer ne vit passer le m&#234;me jour tant de cyclotouristes. Enfin, comme dit l'autre, dans La Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., la montagne n'est plus l'apanage des champions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais le f&#251;t-elle jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les Fischer, Garin, Terront et autres bouffeurs de records encombr&#232;rent-ils jamais les cols du Noyer, du Galibier et du Parpaillon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que de gens &#233;crivent pour ne rien dire et font faire &#224; chaque ligne faillite au simple bon sens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile, n'est-ce pas, de vous confier que je pris pour cette escalade &#224; travers sable et cailloux, mon plus faible d&#233;veloppement, 3 m&#232;tres, et si j'en avais eu un plus petit je me le serais offert sans fausse honte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que p&#233;dalant sans pr&#233;cipitation (les tours &#224; la minute n'ont jamais convenu &#224; mes pauvres vieilles jambes), je ne tardai pas &#224; rattraper un brave paysan qui courait apr&#232;s un mulet et qui me pria de le faire arr&#234;ter au col par le cantonnier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, me dit-il, vous arriverez avant moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, pensai-je, un homme qui se fait une juste id&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; de la polymultiplication et qui n'a jamais connu la d&#233;finition du cycliste monomultipli&#233;&#160;: un monsieur qui se prom&#232;ne en poussant &#224; c&#244;t&#233; de lui un v&#233;locip&#232;de. Cette d&#233;finition remonte &#224; 1869&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est malheureusement toujours exacte pour les trois quarts des cyclistes, ainsi que je m'en suis rendu compte ce matin m&#234;me &#224; l'occasion d'une course d'automobiles &#224; la mont&#233;e de Planfoy. Cet &#233;v&#233;nement avait attir&#233; vers la montagne les cohortes de banlieusards qui ne fr&#233;quentent que la plaine et qui, apr&#232;s une vaine tentative d'enlever de haute lutte les 6 kilom&#232;tres &#224; 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, avaient pris le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un avenir sans doute prochain, gr&#226;ce aux efforts combin&#233;s des r&#233;tro&#239;stes et des l&#233;vocyclettistes, on pourra s'offrir pour la mont&#233;e des c&#244;tes un train moins rapide encore. Les r&#233;tro&#239;stes parlaient de 4 kilom&#232;tres et demi &#224; l'heure et se croyaient bien malins, mais les levi&#233;ristes ont d&#233;j&#224; abaiss&#233; le record &#224; 3 kilom&#232;tres 600. C'est de La Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; de ce mois que nous tirons ces derniers hauts faits des hommes qui ont jur&#233; de pousser jusqu'aux extr&#234;mes limites, usque ad absurdum, les perfectionnements de la bicyclette. Au lieu de prendre le train onze qui fait encore du 5 &#224; l'heure, on prendra le train r&#233;tro qui sera bient&#244;t, je l'esp&#232;re, &#224; 4, ou le train levo qui est actuellement &#224; 3 1/2 kilom&#232;tres, toujours &#224; l'heure, entendons-nous bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'&#201;cole St&#233;phanoise qui s'&#233;tait imagin&#233;e que les perfectionnements devaient tendre &#224; augmenter la vitesse de marche sans augmenter la fatigue, m&#234;me et surtout &#224; la mont&#233;e des routes v&#233;lo&#231;ables les plus dures, qui s'applaudissait de faire le 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 10 et le 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#224; 8 &#224; l'heure et d'avoir gravi le Ventoux en deux heures et demie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de &#231;a, Lisette, le progr&#232;s consiste &#224; faire &#224; bicyclette le Ventoux (22 kilom&#232;tres) en 6 heures, moins vite que les pi&#233;tons qui le font en cinq heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le col du Noyer est de la cat&#233;gorie des cols d&#233;cevants, de ces cols que l'on croit tenir alors qu'on en est encore loin, tels le Stelvio en venant de Santa Maria ou de Bormio, le Gothard du c&#244;t&#233; d'Hospenthal. Ce sont des cols &#224; deux &#233;tages s&#233;par&#233;s par un palier ou une pente moindre qui, pendant qu'on gravit la premi&#232;re partie, &#233;loigne et dissimule la seconde. Mon pneu, qui depuis le matin se comportait honn&#234;tement, partage ma d&#233;convenue au point d'en perdre le souffle. Je le sens qui talonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vite un coup de pompe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je r&#233;parerai au sommet, mais il faut me livrer deux ou trois fois en un quart d'heure &#224; ce peu agr&#233;able exercice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que j'ai chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas d'autre ombre que celle des poteaux du t&#233;l&#233;graphe, pas d'autre eau que celle d'un ruisselet qui court &#224; travers un champ de cailloux en contrebas de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un soleil tropical, une su&#233;e &#224; ne me laisser que les os et la peau. Je rencontre pourtant une cr&#233;ature humaine qui sue encore plus que moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re le mulet que j'&#233;tais charg&#233; d'arr&#234;ter, trotte une femme dont le visage ruisselle, dont les cheveux coll&#233;s aux tempes &#233;carlates ont perdu toute pr&#233;tention &#224; l'&#233;l&#233;gance. Je la f&#233;licite d'avoir rattrap&#233; le fuyard. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est que &#231;a vaut de l'argent, une b&#234;te comme &#231;a, me r&#233;pond-elle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voulait plut&#244;t dire que ce mulet lui &#233;tait utile et valait du travail. C'est &#224; mon avis une fa&#231;on de parler erron&#233;e et f&#226;cheuse que de toujours estimer en argent la valeur utile, c'est-&#224;-dire la valeur de production ou de consommation des objets que l'on poss&#232;de. Cela donne &#224; l'id&#233;e de l'argent consid&#233;r&#233; comme monnaie, dans l'esprit des gens peu cultiv&#233;s, une importance qu'il n'a pas, au pr&#233;judice de l'id&#233;e de travail qui est la seule importante.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, pas fameuse d&#232;s le d&#233;but, finit par n'&#234;tre &#224; quelques endroits qu'un lit de cailloux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'avance que par sauts et la roue motrice patine fr&#233;quemment. Je c&#244;toie une belle flaque de neige qui alimente un petit bassin o&#249; viennent boire quelques troupeaux &#233;pars &#224; travers les pierres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bergers m'annoncent que je serai bient&#244;t au bout de mes peines. Cela se voit et cela se sent, car l'air devient vif et m&#234;me froid.&lt;br class='autobr' /&gt;
La maison du cantonnier, massive, aux murs &#233;pais, est l&#224; juste au sommet. Mon pneu est plat, je renverse ma machine et proc&#232;de &#224; une inspection m&#233;ticuleuse. Accident bizarre, je trouve, sortant de la chambre &#224; air, tout pr&#232;s de la valve, une mince ar&#234;te de fer rouill&#233;, longue de cinq centim&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'enveloppe est intacte, l'ar&#234;te est d'ailleurs entr&#233;e dans la chambre du c&#244;t&#233; de la jante et elle a fait trois petits trous sur le c&#244;t&#233; diam&#233;tralement oppos&#233; pendant que je talonnais. Ce morceau de fer avait d&#251; p&#233;n&#233;trer sous l'enveloppe sans l&#233;ser d'abord la chambre, il avait d&#251; se loger quelque temps tr&#232;s innocemment dans le fond de la jante d'o&#249;, sous une influence inconnue, il avait peu &#224; peu, en se redressant, perc&#233; la chambre et l'emp&#226;ture de la valve qui est en caoutchouc moul&#233;. Je r&#233;pare avec tous les soins possibles, mais &#224; cet endroit-l&#224; les r&#233;parations sont peu durables et j'aurai jusqu'au soir &#224; regonfler souvent ce pneumatique. Peut-&#234;tre aurais-je pr&#233;venu cet accident en passant la main sous mon enveloppe lors du pr&#233;c&#233;dent d&#233;montage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une op&#233;ration qu'on devrait toujours faire et au cours de laquelle on trouve parfois une pointe d'&#233;pine, un gravier ou tout autre objet meurtrier &#224; la longue pour la chambre &#224; air. Faute d'avoir pris cette pr&#233;caution, je dus d&#233;monter encore une fois le lendemain matin pour remplacer la pastille coll&#233;e sur l'emp&#226;ture et regonfler ensuite toutes les deux heures jusqu'&#224; mon retour. Que mon exemple puisse servir de le&#231;on &#224; ceux qui se pressent toujours trop en r&#233;parant un pneumatique. Pendant que je travaille, aid&#233; par la femme du cantonnier, une accorte petite brunette, le cantonnier r&#233;pond &#224; mes questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est claquemur&#233; par la neige pendant quatre mois sans pouvoir sortir et ce n'est pas tr&#232;s gai l'existence dans cette solitude o&#249; il ne fait vraiment beau comme aujourd'hui que 15 jours par an. Je me f&#233;licite d'avoir choisi un de ces quinze jours-l&#224;. &lt;br /&gt;&#8212; Avez-vous vu passer des automobiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, l'an dernier deux petites voitures qui venaient de Gap, et je m'&#233;tonne qu'elles aient pu arriver sans encombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en suis &#233;tonn&#233; aussi quand j'ai fait, un instant apr&#232;s, la descente sur le Noyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cantonnier donne &#224; boire, &#224; manger, et peut m&#234;me mettre quelques lits &#224; la disposition des voyageurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes six compagnons qui n'arriv&#232;rent le soir m&#234;me l&#224;-haut qu'&#224; 20 heures pass&#233;es, en furent enchant&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car ils n'auraient pu, dans l'obscurit&#233;, entreprendre la descente.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; leur arriv&#233;e, le cantonnier qui &#233;tait d&#233;j&#224; couch&#233; &#8212; dame, les distractions vesp&#233;rales manquent au col du Noyer &#8212; ne se d&#233;termina &#224; ouvrir qu'apr&#232;s avoir minutieusement inspect&#233; les arrivants. Avec des &#339;ufs, des pommes de terre et du fromage, on improvisa un repas v&#233;g&#233;tarien o&#249; il entra pourtant, m'a-t-on dit, un peu de jambon et l'on eut trois lits pour six.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 15 heures, je commen&#231;ai la descente que je comparerai volontiers &#224; celle du col du Parpaillon vers la vall&#233;e de l'Ubaye par son trac&#233; au flanc d'une montagne d'o&#249; les coul&#233;es de pierres sont chose fr&#233;quente. &#199;&#224; et l&#224;, on trouve la route barr&#233;e par un &#233;boulis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut passer &#224; la rigueur, mais il est plus prudent de mettre pied &#224; terre. D&#232;s qu'on a franchi les premiers lacets encore bien garnis de neige en cette saison, on aper&#231;oit, l&#224;-bas tout au fond, le village du Noyer o&#249; vraiment il me tardait d'arriver.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vue, pendant la descente, s'&#233;tend jusqu'aux sommets du Pelvoux, mais les alentours imm&#233;diats sont bien moins impressionnants qu'au Parpaillon o&#249; il semble qu'on va plonger dans un ab&#238;me insondable quand le brouillard, comme le jour o&#249; nous y pass&#226;mes, masque le fond de l'&#233;troite gorge. Au Noyer, tout le monde est dehors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me fais indiquer la route de Lacoue, marqu&#233;e en pointill&#233; sur ma carte au 1/200 000, mais que le cantonnier m'avait assur&#233; &#234;tre aussi bonne sinon meilleure que celle de Poligny. &#192; la v&#233;rit&#233;, elle n'est pas fameuse et elle a des passages tout &#224; fait d&#233;testables. Enfin, l'on peut rouler et j'arrive cahin caha &#224; la belle route de Gap &#224; la Mure o&#249; je me console de mes tribulations en me laissant filer &#224; la vitesse limite jusqu'au pont sur le Drac.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; &#224; Corps, c'est une succession de raidillons, de descentes rapides, de mont&#233;es longues, de passages ensabl&#233;s &#224; c&#244;t&#233; d'autres passages admirablement roulants, &#224; lasser les monomultipli&#233;s les plus tenaces. Un changement en marche est aussi rendu obligatoire, car les in&#233;galit&#233;s du terrain se succ&#232;dent rapidement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'avais eu deux heures de plus, j'aurais fait une incursion rapide dans le Valgaudemar, mais je dus me contenter de jeter un regard d'envie vers cette gorge d'o&#249; sort un torrent presque aussi important que le Drac et par laquelle on p&#233;n&#232;tre jusqu'au c&#339;ur du massif du Pelvoux. Apr&#232;s Corps, la route descend plus qu'elle ne monte, bien que les contrepentes ne manquent pas, et l'on arrive au Pont-Haut apr&#232;s une descente fatigante pour les freins qu'il faut tenir serr&#233;s &#224; cause du mauvais &#233;tat du sol et des sinuosit&#233;s incessantes de la route qui obligent &#224; beaucoup de prudence. Cela n'a pourtant rien de comparable avec la descente du Noyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pont-Haut est situ&#233; au fond d'un curieux entassement de montagnes &#233;ventr&#233;es, qui m'avait frapp&#233; quand je passai l&#224; pour la premi&#232;re fois en 1902 en allant au col d'Ornon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout doucement, je grimpe &#224; la Mure (4500 m&#232;tres et 300 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation) et je descends &#224; 20 heures plus repos&#233; assur&#233;ment que je ne l'&#233;tais en arrivant au col du Noyer, &#224; l'ancien h&#244;tel de la gare d&#233;nomm&#233; maintenant h&#244;tel de la paix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouvel h&#244;tel de la gare, toujours dirig&#233; par M.&#160;Marron, se trouve &#224; c&#244;t&#233; de la gare. Deux de mes amis venant du Vercors y descendaient &#224; la m&#234;me heure et nous pass&#226;mes ainsi la nuit sans nous en douter &#224; cent m&#232;tres les uns des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 1/2, r&#233;veil en musique&#160;: vent, pluie, tonnerre, &#233;clairs, toutes les cordes de la lyre vibraient &#224; la fois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me h&#226;tai de fermer les volets et, malgr&#233; le bruit, je ne tardai pas &#224; refermer les yeux. La pluie paraissant devoir durer, je renon&#231;ai &#224; allonger mon itin&#233;raire de retour qui passait par Vinay, Roybon et Saint-Vallier et je me d&#233;cidai de rentrer par le plus court. Grenoble, Saint-Etienne de Saint-Geoirs et Andance. J'avais donc du temps de reste et je pouvais dormir tranquillement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 7 heures, il pleuvait encore, &#224; 8 heures il pleuvait toujours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais &#224; 9 heures le soleil fit une risette et je partis. Un kilom&#232;tre plus loin je dus d&#233;rouler le manteau et la pluie se remit &#224; tomber plus drue que jamais. La route &#233;tait d&#233;fonc&#233;e, ravin&#233;e, pleine d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la descente Laffrey-Vizille me parut longue, interminable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je la fis sous la pluie &#224; une allure de tortue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes deux freins sur jante tinrent bon heureusement, mais j'&#233;tais dans les transes. Assis tr&#232;s en arri&#232;re, presque sur mon porte-bagage, j'avais fort &#224; faire pour &#233;viter les trop profondes orni&#232;res, et pour ne pas d&#233;raper dans le sable que la plaie avait amoncel&#233; et qui parfois barrait compl&#232;tement la route. De temps en temps, je m'arr&#234;tai pour laisser mes jantes se refroidir et mes nerfs se calmer et j'en profitai pour admirer, malgr&#233; la brume et la pluie, au-dessous de moi, l'&#233;troit vallon de la Romanche et V&#239;zille se rapprochant de plus en plus. La pluie me laissa quelque r&#233;pit jusqu'&#224; Grenoble que je traversai de 11 heures et demie &#224; midi, mais elle recommen&#231;a ensuite de plus belle. Bref, de 9 heures &#224; 15 heures, je p&#233;dalai sous les cataractes c&#233;lestes et ne m'en portai pas plus mal pour cela. &#192; 19 heures, j'&#233;tais &#224; Annonay ou j'oubliais les p&#233;rip&#233;ties de mon excursion aupr&#232;s de l'aimable famille de mon ami F&#233;asson, un r&#233;tro&#239;ste de la premi&#232;re heure, plus convaincu que jamais de la sup&#233;riorit&#233; de la r&#233;trodirecte, mais admettant cependant que le r&#233;trop&#233;dalage peut ne pas &#234;tre &#233;galement avantageux pour tous les cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La peste soit des gens qui, ayant enfourch&#233; un dada, veulent que tout le monde monte en croupe et traitent plus ou moins ouvertement d'&#226;nes b&#226;t&#233;s les r&#233;calcitrants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est contre eux que se retournent leurs railleries enfantines. Que penseriez-vous de moi si, parce que je suis satisfait de la tige de selle oscillante, je pr&#233;tendais que tous les cyclistes doivent l'adopter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Excursion du 15&#160;juin (1902)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article698</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article698</guid>
		<dc:date>2022-04-30T17:23:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>
		<dc:subject>Mad Symour</dc:subject>
		<dc:subject>Ard&#232;che</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! V&#233;locio, vous ferez de moi une frondeuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais... l&#224; n'est pas la question.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Pilat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Mad Symour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;Ard&#232;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Mad Symour, Le Cycliste, Juin 1902, p.113-115&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-&#201;tienne, Annonay, Tournon, le Pouzin, Privas, col de l'Escrinet, M&#233;zillac, le Cheylard, les Noni&#232;res, Lamastre, Arlebosc, Saint-Jeure. Annonay, Bourg Argentai, Saint-&#201;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que les abonn&#233;s du Cycliste finiront par voir d'un &#339;il m&#233;content la substitution &#224; laquelle V&#233;locio veut les habituer depuis quelques mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous pr&#233;texte de probl&#232;mes ardus &#224; r&#233;soudre et sans qu'il me soit permis de protester, je re&#231;ois l'ordre de r&#233;diger le bulletin de la plupart de nos excursions dominicales. C'est en vain que j'invoque ma gaucherie en cette mati&#232;re, mon incapacit&#233; &#224; fournir des donn&#233;es bien pr&#233;cises sur les pentes et autres accidents des chemins parcourus, &#224; signaler une foule de d&#233;tails qui n'&#233;chappent pas &#224; la sagacit&#233; du cyclotechnicien qu'est V&#233;locio et passent &#224; mes yeux inaper&#231;us.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours une imp&#233;rieuse interruption tue dans l'&#339;uf mon plaidoyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ob&#233;ir et nous taire, voil&#224; encore o&#249; nous en sommes vis-&#224;-vis du sexe fort, malgr&#233; tout le mal que se donnent les f&#233;ministes pour nous affranchir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! V&#233;locio, vous ferez de moi une &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fronde_%28journal%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;frondeuse&lt;/a&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais... l&#224; n'est pas la question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le samedi 14&#160;juin, un souffle d'all&#233;gresse et de joie fr&#233;n&#233;tique passait sur l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;Son chef v&#233;n&#233;r&#233; en t&#234;te, elle volait &#224; la rencontre d'un membre estim&#233; de son &#233;lite, M J... arrach&#233; depuis l'ann&#233;e derni&#232;re au tron&#231;on principal, et qui, venu d'une direction oppos&#233;e &#224; la n&#244;tre, nous attendait &#224; Tournon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous arrivons en deux groupes au rendez-vous. L..., R et M.&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RL&lt;/span&gt;., de Saint-Chamond, parcourent en 3 heures les 76 kilom&#232;tres de Saint-&#201;tienne-Tournon. V&#233;locio, qui veut bien se r&#233;gler sur mon allure, arrive avec moi une demi-heure apr&#232;s eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#244;tel de la Poste, M.&#160;J. nous attendait. Un pr&#233;lude d'&#233;nergiques poign&#233;es de mains donne le branle &#224; la ga&#238;t&#233;, aux joyeux souvenirs, et on ne tarit pas autour de la table o&#249; le d&#238;ner nous r&#233;unit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous s&#233;parons &#224; 11 heures apr&#232;s avoir longuement admir&#233; une montre-r&#233;veil, propri&#233;t&#233; de M.&#160;J.., qui, pas plus volumineuse qu'un chronom&#232;tre ordinaire, poss&#232;de une sonnerie &#233;quivalente en intensit&#233; &#224; celle d'un v&#233;ritable r&#233;veil.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce petit joujou qui nous claironnera le boute-selle demain &#224; 3 heures du matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il n'est que d'une trop cruelle exactitude, et dans le fond de mon c&#339;ur je maudis bien la perfection de son m&#233;canisme. J'allais pr&#233;cis&#233;ment fermer les yeux pour la premi&#232;re fois de la nuit quand l'impitoyable rappel a retenti &#224; ma porte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il arrive, g&#233;n&#233;ralement quand l'&#233;quipe est nombreuse, le d&#233;part est long &#224; s'effectuer, il y a toujours une cha&#238;ne &#224; d&#233;tendre par ci, un pneumatique &#224; gonfler par l&#224;. A 4 heures seulement nous nous &#233;branlons sur les bords du Rh&#244;ne, en route pour le Pouzin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux accidents nous retardent encore et nous n'arrivons qu'&#224; 6 heures, malgr&#233; une belle allure soutenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ma requ&#234;te, on d&#233;cide de d&#233;jeuner avant d'entrer dans la montagne, et nous devons nous contenter d'un caf&#233; sans lait, ce qui nous change un peu de nos habitudes ordinaires. A force d'avoir &#233;t&#233; g&#226;t&#233;s dans des pays o&#249; le lait et le beurre sont abondants et de qualit&#233; sup&#233;rieure, nous sommes devenus pour ce premier d&#233;jeuner d'un sybaritisme dont il est dur de rabattre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; vrai dire, nous avons bien trouv&#233; du lait, mais au col de l'Escrinet, &#224; 20 kilom&#232;tres du Pouzin. C'&#233;tait un peu tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons les belles lignes droites et planes des bord du Rh&#244;ne pour obliquer &#224; droite sur la route de Privas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; un kilom&#232;tre de ce chef-lieu la mont&#233;e est douce, je m'en tire ais&#233;ment avec mon d&#233;veloppement de 5m,33. Dans la ville et quelques centaines de m&#232;tres au del&#224;, la rampe s'accentue. Elle revient ensuite &#224; sa moyenne, 4 &#224; 3% environ. A mesure qu'on s'enfonce dans la montagne, la verdure, les prairies disparaissent, les villages se font rares, lointains, le sol devient aride, les pentes montrent &#224; nu leur squelette de roche grise qui les rend semblables &#224; de gigantesques tas de cendres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul un gen&#234;t nain, tr&#232;s odorant, dont le parfum subtil ent&#234;te &#224; la longue, trouve sa vie sur ces sommets d&#233;nud&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir du col, le chemin que de r&#233;centes prestations ont pr&#233;tendu am&#233;liorer, est pr&#233;cis&#233;ment le seul endroit o&#249; il pousse un peu d'herbe, gr&#226;ce aux mottes de terre dont on l'a parsem&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; fatigu&#233;s d'&#234;tre cahot&#233;s de tertre en tertre, nous mettons pied &#224; terre et marchons p&#233;niblement &#224; la conqu&#234;te de M&#233;zillac, sur des cr&#234;tes l&#233;g&#232;rement accident&#233;es d'o&#249; nous saisissons de droite et de gauche, par intervalles, des &#233;chapp&#233;es imposantes sur des montagnes sombres, nues, s&#233;v&#232;res comme celles que nous traversons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour bien comprendre et sentir ce genre de beaut&#233;, il vaut mieux, je crois, ne pas excursionner ces hauteurs de l'Ard&#232;che en bande joyeuse. C'est un paysage grave, aust&#232;re, une terre rude et triste, o&#249; il me semble qu'on doit na&#238;tre r&#234;veur, laborieux, obstin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous passons trop vite pour laisser au charme de pareils sites le temps de nous prendre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et puis, 40 kilom&#232;tres de mont&#233;e sous le soleil sont, quoi qu'en dise V&#233;locio, une m&#233;diocre pr&#233;paration &#224; l'enthousiasme, m&#234;me recueilli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous haletons apr&#232;s M&#233;zillac, ce belv&#233;d&#232;re sur les C&#233;vennes, cette merveille, ce paradis, cet &#233;den... aucune &#233;pith&#232;te n'&#233;tant assez &#233;logieuse pour qualifier M&#233;zillac.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il appara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
El quoi, c'est &#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si vous m'y reprenez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?... Mais le Gerbier des Joncs, le M&#233;zenc, je les ai vus cent fois aussi bien que de votre M&#233;zillac&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant au village lui-m&#234;me, il n'y a qu'une chose &#224; en dire, c'est qu'il est haut perch&#233;, rien de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une mystification, et l'&#233;den annonc&#233; en est bien un peut-&#234;tre, mais... pour les loups de ces parages. Il suffit de s'expliquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce fait, je retire ma confiance &#224; V&#233;locio et toute sa bande. Je ne m'embarque plus que soigneusement document&#233;e et non plus &#224; l'aveuglette, confiante en de fallacieuses promesses de pays merveilleux. On comprendra, mais un peu lard peut-&#234;tre, qu'on ne me fait pas faire impun&#233;ment une mont&#233;e de 40 kilom&#232;tres pour me montrer au bout un petit pain de sucre sur l'horizon en me disant&#160;:
&lt;br /&gt;&#8212; Hein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le Gerbier, qu'en dites-vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le langage des cours, c'est ce qu'on appellerait&#160;: se payer la t&#234;te de quelqu'un.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous descendons sur le Cheylard par une pente tr&#232;s accentu&#233;e dont les premiers kilom&#232;tres semblent glisser le long d'une muraille &#224; pic&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les derniers suivent les sinuosit&#233;s fra&#238;ches et ombreuses d'un affluent de l'Eyrieux. Nous arrivons &#224; midi et demi au Cbeylard, en peloton serr&#233;, tous plus affam&#233;s les uns que les autres. Le menu strictement v&#233;g&#233;tarien ne donne pas lieu aux ordinaires discussions scientifiques, d'ailleurs le service est men&#233; au pas de charge par M.&#160;J.., il ne s'agit pas de s'attarder &#224; des propos oiseux, car son chronom&#232;tre &#224; sonnerie signale bruyamment l'heure du d&#233;part et rien ne servirait de r&#233;sister.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une averse nous arr&#234;te &#224; Lamastre et nous fait perdre ainsi l'avance que nous avions prise sur notre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 1 heure 1/2 nous roulons vers Larmastre par les Noni&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; route d&#233;j&#224; parcourue cette ann&#233;e et qui m&#233;nage une belle descente presque en ligne droite o&#249; nous filons &#224; une vitesse folle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une averse nous arr&#234;te &#224; Larmastre et nous fait perdre ainsi l'avance que nous avions prise sur notre horaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de ce moment, nous ne cessons pas d'&#234;tre menac&#233;s par la pluie. La route d'Annonay longe le Doux &#224; la sortie de Larmastre, traverse le torrent sur un pont bien camp&#233; dans le paysage, et par une mont&#233;e longue, coup&#233;e seulement de quelques kilom&#232;tres de plateau, s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; Saint-Jeure, point culminant, d'o&#249; on redescend sur Annonay par une dangereuse route, mauvaise, mal entretenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; averse nous contraint &#224; chercher un abri dans un hameau mis&#233;rable o&#249; nous sommes heureux de trouver une &#233;curie de ch&#232;vres qui nous contient &#224; peine debout et empil&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous d&#233;sesp&#233;rons en constatant que cette pluie persistante va nous faire des roules terriblement dures apr&#232;s nous avoir beaucoup retard&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en effet ce qui se produit, et ce n'est qu'au prix d'un effort comme j'aime peu en faire que je me hisse pour mon compte jusqu'&#224; Saint-Jeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio y est pris d'une fringale telle que, malgr&#233; la h&#226;te que nous avons de gagner Annonay avant la nuit et un nouvel orage, nous stoppons pour nous lester d'une l&#233;g&#232;re collation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bons aubergistes villageois ne sont pas habitu&#233;s &#224; servir des gens aussi press&#233;s que des cyclotouristes de notre acabit, aussi le plus souvent notre h&#226;te les ahurit et finit m&#234;me par les immobiliser compl&#232;tement.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio donne presque une jaunisse &#224; l'h&#244;tesse de Saint-Jeure par son imp&#233;tuosit&#233; &#224; lui arracher des mains le pain et l'omelette qu'elle apportait tranquille et souriante, d'un pas de s&#233;nateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouffons de rire de le voir si f&#233;roce et si amusant dans ce r&#244;le. Au huiti&#232;me morceau de pain son visage heureusement se rass&#233;r&#232;ne, son &#339;il s'attendrit et nous saluons d'un hourrah le retour de notre chef &#224; son am&#233;nit&#233; proverbiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'impitoyable sonnerie arr&#234;te net notre manifestation, il faut voler &#224; ses machines. M.&#160;J... nous fait marcher comme des pantins dont les ficelles seraient actionn&#233;es par le m&#233;canisme de son terrible chronom&#232;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quelques minutes, nous tombons dans Annonay o&#249; nous nous r&#233;parons de notre aimable compagnon cueilli &#224; Tournon. Il regagne les bords du Rh&#244;ne&#160;: nous, le col du Grand-Bois et Saint-Etienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous appr&#234;tions &#224; mener vivement le retour, quand un d&#233;traquement de p&#233;dale nous oblige &#224; recourir aux bons services des F..., nos d&#233;vou&#233;s amis d'Annonay.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une maison aussi hospitali&#232;re on peut difficilement ne faire qu'entrer et sortir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans nous en apercevoir nous nous y attardons jusqu'&#224; 10 heures &#224; bavarder tout en nous gorgeant de th&#233; et de g&#226;teaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vainement mes amies tentent-elles de me retenir en me repr&#233;sentant que je viens de faire 200 kilom&#232;tres et qu'il serait sage de passer la nuit sous leur toit pour rentrer ensuite tranquillement le lendemain au petit matin. La proposition est bien tentante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je me sens trop bien dispos&#233;e &#224; grimper la c&#244;te de Bourg-Argental pour ne pas pousser jusqu'au bout l'exp&#233;rience de mes forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'arrache donc aux pressantes et affectueuses sollicitations, et notre &#233;quipe se remet en marche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pensais m'&#234;tre ingurgit&#233;e un nombre suffisant de tasses de th&#233; pour r&#233;sister au sommeil jusqu'&#224; la fin de l'&#233;tape. Vain espoir... d&#232;s que nous attrapons la c&#244;te de Bourg, je sens que la lutte commence. Avant d'&#234;tre tout &#224; fait vaincue, j'ai le courage de mettre pied &#224; terre et de courir pour m'arracher &#224; l'engourdissement grandissant. Le rem&#232;de r&#233;ussit en effet, et &#224; la croix de Laye je remonte en machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette fois, je prends la t&#232;te du mouvement. On va voir comment j'attaque les c&#244;tes quand je m'y mets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les t&#234;tes dodelinent sur les guidons, R... se livre &#224; de tels zizags qu'il est de toute prudence de lui abandonner la largeur de la route. L... demande &#224; Sainte-Agn&#232;s si Rutianges est encore loin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant &#224; M.&#160;Rl..., qui ne s'est jamais vu &#224; pareil m&#233;tier, on devine qu'il a le douloureux &#233;tonnement de se trouver enr&#244;l&#233; dans une bande de fous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Essouffl&#233; &#224; notre suite, il s'arr&#234;te tout &#224; coup et s'&#233;crie dans un &#233;lan du c&#339;ur&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Des choses comme &#231;a, j'en ai bien vu faire... oui... &#224; des chevaux, mais pas &#224; des hommes... et encore moins &#224; des femmes.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En arrivant aux Grands-Bois, nous &#233;prouvons le besoin du th&#233; traditionnel. On commence &#224; conna&#238;tre &#224; l'auberge du col ce groupe &#233;trange qui vient y &#233;chouer &#224; des heures o&#249; la plupart des citoyens honn&#234;tes se livrent au repos. On nous accueille bien, malgr&#233; nos airs de brigands.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rentrons sans encombre en d&#233;pit des t&#233;n&#232;bres &#233;paisses o&#249; la brusque disparition de la lune nous laisse plong&#233;s. V&#233;locio d&#233;plore que nous ayons mis 21 h. 1/4 pour ne faire que 213 kilom&#232;tres. La faute en est &#224; l'incl&#233;mence du ciel vraiment bien inexorable cette ann&#233;e aux pauvres cyclotouristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mad Symour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Retour en arri&#232;re (1916)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article488</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article488</guid>
		<dc:date>2021-08-30T08:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>Mono</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il a failli m'en arriver une bien bonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! sans Guy d'Ondacier j'allais redevenir partisan de la monoserve tant d&#233;cri&#233;e. Mais mon m&#233;di&#233;viste collaborateur s'est indign&#233; et je suis rentr&#233; en moi-m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien que je n'aie pas pour cela l&#226;ch&#233; la vieille monoserve de 1891 que j'ai d&#233;nich&#233;e dans mon grenier et dont je me sers avec grand plaisir depuis quelques mois.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Mono&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Pilat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1916, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/3&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a failli m'en arriver une bien bonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! sans Guy d'Ondacier j'allais redevenir partisan de la monoserve tant d&#233;cri&#233;e. Mais mon m&#233;di&#233;viste collaborateur s'est indign&#233; et je suis rentr&#233; en moi-m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien que je n'aie pas pour cela l&#226;ch&#233; la vieille monoserve de 1891 que j'ai d&#233;nich&#233;e dans mon grenier et dont je me sers avec grand plaisir depuis quelques mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
La longue descente du col des Grands Bois en roue libre, quand il fait froid, m'a toujours &#233;t&#233; d&#233;sagr&#233;able, non pas que je redoute la pleur&#233;sie dont nous mena&#231;a le capitaine Perrache, mais j 'y attrape facilement l'ongl&#233;e&#160;: puis les genoux sont un peu raides quand on arrive au bas de la c&#244;te, transi et mal &#224; l'aise, juste au moment o&#249; l'on devrait, en rentrant chez soi, &#234;tre en excellentes dispositions, n'avoir ni chaud ni froid ou plut&#244;t chaud que froid.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais donc r&#233;&#233;quip&#233; deux vieilles machines pour mon service d'hiver, l'une &#224; deux vitesses la grande, serve, et la petite, libre, par d&#233;brayage au pied et deux cha&#238;nes dans un carter &#224; bain d'huile, l'autre simplement monoserve et d'allure un peu archa&#239;que avec son p&#233;dalier large, ses manivelles &#224; coulisse et la cha&#238;ne &#224; gros rouleaux au pas de 25,4 qui fut il y a vingt-cinq ans, si justement estim&#233;e quand elle succ&#233;da &#224; la cha&#238;ne &#224; blocs. Or, la premi&#232;re de ces deux machines me donna moins de satisfaction que la seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'y trouvai moins &#224; l'aise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son cadre &#224; doubles tubes extraordinairement rigide me secouait trop en d&#233;pit de pneus tr&#232;s gros (45 mm.)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tandis que la seconde &#224; cadre ouvert pour dame me donnait un confortable auquel je ne suis plus habitu&#233; depuis que je recherche le rendement optime.&lt;br class='autobr' /&gt;
La monoserve eut donc mes pr&#233;f&#233;rences et comme son d&#233;veloppement de 4 m. 60 est un peu fort pour le 7 &#224; 8&#8239;% dans la boue ou contre le vent, je fais &#224; pied, tout comme autrefois, les deux premiers kilom&#232;tres de la route qui nous s&#233;pare de la vall&#233;e du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le 5&#8239;% et m&#234;me dans les quelques passages &#224; 6&#8239;% que je rencontre ensuite, je puis p&#233;daler sans effort anormal, et, au total, je ne perds pas beaucoup de temps &#224; la mont&#233;e&#160;: j'en perds davantage &#224; la descente, mais c'est tout profit puisque je conserve de la chaleur. D'ailleurs nous ne sommes pas forc&#233;s, m&#234;me &#224; l'E. S., de courir toujours la poste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant longtemps p&#233;dal&#233; sur roue serve, puisque je n'ai accept&#233; la roue libre qu'en 1898, pour ne l'adopter d&#233;finitivement qu'en 1903, mes muscles n'ont pas protest&#233; s&#233;rieusement contre ce retour en arri&#232;re et je n'ai ressenti &#8212; toujours comme autrefois &#8212; une l&#233;g&#232;re courbature des cuisses, qu'apr&#232;s une descente longue et rapide avec grand vent dans le dos, pendant laquelle il m'avait fallu contrep&#233;daler &#233;nergiquement. J'ai bien un bon frein sur jante, mais je ne m'en sers pas et je le garde pour les cas impr&#233;vus. En g&#233;n&#233;ral le poids des jambes augment&#233; d'une tr&#232;s faible pression suffit d'ailleurs pour maintenir l'allure &#224; 20 ou 22 kilom&#232;tres &#224; l'heure dans les descentes moyennes &#224; 6&#8239;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai retrouv&#233; des sensations de ma jeunesse cycliste et j'ai compris la mentalit&#233; des cyclistes qui, comme M.&#160;L. dont le cas m'avait paru curieux, reviennent &#224; la monoserve apr&#232;s avoir fait un essai loyal de la polylibre. On sent mieux sa machine, on fait davantage corps avec elle, on se d&#233;gage peut-&#234;tre plus facilement dans un encombrement, au milieu de la foule &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on saute en arri&#232;re avec plus de promptitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on sent enfin augmenter nettement sa cadence et moi qui, d'ordinaire, n'aime pas &#224; tourner &#224; plus de 60 tours, je me surprends &#224; tricoter automatiquement en palier &#224; 80 tours&#160;: la p&#233;dale remontante, entra&#238;n&#233;e par l'&#233;lan m&#234;me de la machine, rel&#232;ve plus vivement une jambe paresseuse que ne peut le faire, avec roue libre, le seul poids de la jambe descendante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le promeneur et m&#234;me le touriste peu press&#233; pourrait donc parfaitement se contenter d'une polyserve si toutefois on en trouvait sur le march&#233;. Mais il m'a paru que la vitesse commerciale serait moindre avec la roue serve et que la fatigue se ferait sentir plus vite &#224; cause du manque des p&#233;riodes de repos si fr&#233;quentes avec la roue libre. Il y a bien les repose-pieds&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! n'en tenons pas compte, ce serait dangereux pour le randonneur. Celui-ci n'a rien &#224; gagner &#224; revenir &#224; la roue serve d'antan, mais les autres et surtout ceux qui p&#233;dalent en tout temps, ne se trouveraient pas mal d'avoir dans leur &#233;curie une bonne vieille roue serve du temps jadis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est seulement f&#226;cheux qu'on ne puisse plus avoir des moyeux &#224; plusieurs vitesses et &#224; roue serve tels que, furent pendant la d&#233;cade 1890&#8212; 1900 le Bi-Gear, le U. et R., le Hub et d'autres encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Actuellement je ne vois gu&#232;re de possible avec roue serve que le syst&#232;me primitif et la poly-cha&#238;ne&#160;: et encore celle-ci doit-elle obligatoirement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauf avec les syst&#232;mes &#224; baladeur dans le p&#233;dalier ou dans le moyeu qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avoir roue libre sur les petites vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on pourrait fort bien n'avoir qu'une roue motrice &#224; deux pignons serves qu'on attellerait pour l'hiver au lieu et place du moyeu polymultipli&#233; et qui serait pr&#233;par&#233;e pour donner deux d&#233;veloppements par d&#233;placement de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sauf avec les syst&#232;mes &#224; baladeur dans le p&#233;dalier ou dans le moyeu qui donnent la roue folle entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au col du Grand-Bois, ou col de la R&#233;publique...</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article481</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article481</guid>
		<dc:date>2020-06-11T12:49:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Au col du Grand-Bois, ou col de la R&#233;publique (Saint-Genest-Malifaux)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique33" rel="directory"&gt;Blog&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au col du Grand-Bois, ou col de la R&#233;publique (Saint-Genest-Malifaux)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_243 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;49&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/dscf8334.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/dscf8334-6ccb1.jpg?1788127447' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-243 '&gt;Monument &#224; Paul de Vivie.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-243 '&gt;Photo Laurent Vigniel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/07042016-dscf8328.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH750/07042016-dscf8328-a33e3.jpg?1788127447' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-244 '&gt;&lt;strong&gt;Monument &#224; Paul de Vivie.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_245 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/07042016-dscf8345.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH334/07042016-dscf8345-e165e.jpg?1788127447' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-245 '&gt;&lt;strong&gt;Au col du Grand-Bois, ou col de la R&#233;publique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-245 '&gt;Col de la R&#233;publique
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://e-monumen.net/patrimoine-monumental/monument-a-paul-de-vivie-velocio-col-de-la-republique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://e-monumen.net/patrimoine-monumental/monument-a-paul-de-vivie-velocio-col-de-la-republique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage V&#233;locio 1853-1930</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article448</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article448</guid>
		<dc:date>2020-03-04T09:29:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Grillot</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DESTIN&lt;/span&gt; cruel et stupide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'homme qui avait parcouru, &#224; bicyclette, plus de six cent mille kilom&#232;tres, pass&#233; tous les cols alpins, brav&#233; un demi-si&#232;cle durant, les emb&#251;ches de la route, a &#233;t&#233; tu&#233; par le marchepied d'un tramway&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Hommages&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Georges Grillot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Georges &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GRILLOT&lt;/span&gt;, Co-fondateur du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G.M.&lt;/span&gt;P., 1930, Source V&#233;locio 1853-1930, suppl&#233;ment au Cycliste d'octobre 54.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DESTIN&lt;/span&gt; cruel et stupide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'homme qui avait parcouru, &#224; bicyclette, plus de six cent mille kilom&#232;tres, pass&#233; tous les cols alpins, brav&#233; un demi-si&#232;cle durant, les emb&#251;ches de la route, a &#233;t&#233; tu&#233; par le marchepied d'un tramway&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les faits sont l&#224;. Le Ma&#238;tre que nous aimions, que nous consid&#233;rions presque comme immortel, n'est plus. Il dort, loin de nous, de son dernier sommeil, et jamais plus nous ne reverrons son noble visage, sa silhouette alerte et son sourire si bon.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio, le meilleur des hommes, est mort&#160;: Lui que nous connaissions si vivant, si spirituel, si brillant causeur, est maintenant disparu. C'est &#224; peine croyable. Combien mettrons-nous de temps &#224; nous faire &#224; cette id&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul de Vivie dispara&#238;t &#224; 78 ans, en pleine possession de ses facult&#233;s, &#224; la veille d'effectuer une randonn&#233;e qui lui &#233;tait ch&#232;re, vers cette Provence lumineuse, o&#249; il vit le jour, qui ne le vit pas mourir et o&#249; il ne reposera pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio fut le plus enthousiaste ap&#244;tre de la bicyclette et du cyclotourisme. Depuis cinquante ann&#233;es qu'il &#233;tait sur la br&#232;che, il n'avait cess&#233; de se consacrer aux perfectionnements de nos montures, de propager l'id&#233;e de la randonn&#233;e et du voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans Paul de Vivie, o&#249; en serions-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Serions-nous si nombreux &#224; rouler sur des machines judicieusement &#233;tablies pour nous permettre de longues &#233;tapes sans fatigue, machines inspir&#233;es de ses id&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio est mort&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'homme est parti, mais son &#339;uvre demeurera, car s'il &#233;tait un excellent cyclotouriste, c'&#233;tait aussi un brillant &#233;crivain, un &#233;rudit dou&#233; d'une m&#233;moire prodigieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et la collection de son Cycliste restera pour nous comme une vie romanc&#233;e du Ma&#238;tre se d&#233;roulant &#224; travers les sites les plus vari&#233;s. L'&#339;uvre de V&#233;locio, c'est sa vie consacr&#233;e &#224; la propagande en faveur de la bicyclette, source de sant&#233; et de joie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce n'est pas sans tristesse que nous relirons ses vivants r&#233;cits de randonn&#233;es, qui nous rappelleront, cruellement, l'homme que nous avons perdu, fauch&#233; en pleine sant&#233;, enlev&#233; &#224; notre affection par un ridicule tramway.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple de V&#233;locio a &#233;t&#233; &#233;difiant, et il a fait &#233;cole. Il aura eu la satisfaction de voir, avant sa mort, triompher ses id&#233;es et constater l'essor du cyclotourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cyclotouristes, Cyclistes, n'oublions jamais Paul de Vivie, la plus grande figure du cyclotourisme. Avec lui, s'est &#233;teinte la plus prestigieuse de nos &#233;toiles, qui brillait d'un vif &#233;clat au-dessus des bassesses des hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous avez, &#244; Ma&#238;tre, form&#233; &#224; votre image une pl&#233;iade de Cyclotouristes qui sauront continuer votre &#339;uvre f&#233;conde en s'inspirant de vos principes &#233;nonc&#233;s dans votre &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;48&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/velociopavezin-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH683/velociopavezin-2-95b25.jpg?1788126840' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-225 '&gt;&lt;strong&gt;V&#233;locio au meeting de Pavezin 1929
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-225 '&gt;Le Cycliste
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La course du Matin (1899)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article144</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article144</guid>
		<dc:date>2020-01-17T09:40:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il ne faut pas souhaiter que cette exp&#233;rience soit renouvel&#233;e trop souvent, car, cette fois, on pourrait trouver des cadavres sur les chemins, mais enfin puisque cette p&#233;rilleuse &#233;preuve est tent&#233;e et accomplie avec un succ&#232;s inesp&#233;r&#233;, on aurait mauvaise gr&#226;ce &#224; r&#233;criminer et &#224; ne pas louer vainqueurs et vaincus, tous &#233;galement &#233;nergiques mais dissemblablement servis par les &#233;v&#233;nements.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;trospective &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXTRAIT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COLLECTION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt; Ann&#233;e 1899&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La course du Matin a mis, pendant un jour, Saint-&#201;tienne en r&#233;volution. Le passage des coureurs n'&#233;tait annonc&#233; que pour onze heures et pourtant, d&#232;s le matin, des cyclistes s'acheminaient vers Bourg-Argental pour surprendre les chauffeurs aux prises avec la longue rampe de la R&#233;publique qui, je puis en parler de visu, ne leur a pas caus&#233; la moindre g&#234;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont grimp&#233; comme des chats et le motocycle de Williams qui devait faire, quelques kilom&#232;tres plus loin, une rude culbute a, sous mes yeux, gagn&#233; petit &#224; petit du terrain sur la voiture de Knyff et l'a finalement d&#233;pass&#233;e avant l'arriv&#233;e au point culminant, l'aigle battu par l'hirondelle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voyant ces puissantes voitures de course escalader, &#224; 25 ou 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure, la mont&#233;e de Bourg-Argental que nos chauffeurs r&#233;gionaux ont toutes les peines du monde &#224; gravir &#224; la ridicule allure de 5 ou 6 kilom&#232;tres &#224; l'heure, &#224; tel point qu'un cycliste peut les accompagner en tournant autour d'eux, nous avons demand&#233; pourquoi on n'allait pas tout de suite pour les voitures de promenade, comme pour celles de course, aux moteurs puissants de 12 et 16 chevaux, en vertu de cet axiome que qui peut le plus peut le moins. On nous a r&#233;pondu qu'en cette circonstance l'axiome n'&#233;tait pas justifi&#233; et que la voiture capable de grimper comme un chat dans des rampes de 7 et de 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, &#233;tait incapable de marcher en plaine &#224; moins de 50 ou de 60 kilom&#232;tres, ce qui effraie un peu les bons bourgeois pass&#233;s chauffeurs. Quand on va sur la route &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure, vitesse r&#233;glementaire, on n'a pas besoin d'une bien grande force motrice&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 4 ou 5 chevaux suffisent amplement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que diriez-vous d'un homme qui, pour actionner une machine &#224; coudre, se servirait d'un moteur de dix chevaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Alors nous sommes condamn&#233;s &#224; tourner dans un cercle vicieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous ne pouvons faire rapidement les mont&#233;es et aller n&#233;anmoins en plaine &#224; une allure raisonnable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon Dieu oui, nous devons nous contenter de ce que nous avons, car lorsque les constructeurs en viendront, sur nos sollicitations imprudentes, &#224; charger les automobiles de famille de moteurs de 12 chevaux, nous pourrons, &#224; la v&#233;rit&#233;, enlever les rampes plus gaillardement, mais nous ne marcherons plus en plaine que par saccades, ainsi que nous avons vu avancer dans nos rues quelques-uns de ces formidables engins de course qui, forc&#233;s d'ob&#233;ir au r&#233;gulateur, manifestaient, d'une fa&#231;on fort visible, leur m&#233;contentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que le moteur &#224; p&#233;trole, comme tous les moteurs &#224; explosion, est brutal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas la souplesse du moteur &#224; vapeur, du moteur &#233;lectrique, et pour qu'il marche bien, il faut qu'il marche &#224; plein collier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette question de la locomotion automobile, on se heurte &#224; de continuelles difficult&#233;s et un probl&#232;me est &#224; peine r&#233;solu qu'il faut songer &#224; en r&#233;soudre un autre non moins important.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous empruntons au M&#233;morial la r&#233;capitulation ci-apr&#232;s de cette course qui restera l&#233;gendaire par la grandeur des obstacles surmont&#233;s et l'impr&#233;vu de ses r&#233;sultats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin la fameuse course d'automobiles est arriv&#233;e &#224; sa fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chauffeurs se sont diss&#233;min&#233;s le long des interminables routes blanches, tous ont &#233;t&#233; &#224; la peine et peu seront &#224; l'honneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut avouer que les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chauffeurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ont &#233;t&#233; remarquables d'endurance, de t&#233;nacit&#233; et d'habilet&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le v&#233;ritable &#233;v&#233;nement, dont on ne saurait trop s'&#233;tonner, c'est qu'aucun accident v&#233;ritable ne se soit produit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chauffeurs ont cass&#233; leurs machines, crev&#233; leurs pneumatiques, d&#233;mont&#233; leurs roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont &#233;cras&#233; des chiens en morceaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils se sont eux-m&#234;mes souvent bless&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en a emport&#233; dans les h&#244;pitaux, ils se sont bris&#233; les jambes, fendu la t&#234;te et... n'ont tu&#233; personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait trop les f&#233;liciter d'avoir pu allier deux choses aussi inconciliables : le souci des folles vitesses et celui du respect de la vie humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont bien jet&#233; &#224; bas de sa bicyclette le procureur de la R&#233;publique de Nancy, M.&#160;Furby, qui s'est rompu un os&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il para&#238;t que l'accident est encore plus imputable &#224; la victime qu'&#224; son bourreau, qui a fait d&#233;vier sa machine alors qu'au contraire la bicyclette du procureur se pr&#233;cipitait sur lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut donc dire sans exag&#233;ration que c'est miracle qu'un ou plusieurs malheurs ne se soient produits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les automobiles allaient &#224; une vitesse minima de 30 kilom&#232;tres aux c&#244;tes et atteignaient jusqu'&#224; 80 kilom&#232;tres en plaine.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils avaient les passages &#224; niveau o&#249; ils attendaient le bon plaisir des trains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les descentes en pas de vis comme celles de Plan-foy, Saint-Denis-sur-Durolle, Lons le-Saunier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les mont&#233;es comme celles de Bourg-Argental et La Baraque : les villes neutralis&#233;es, les routes d&#233;fectueuses, les embarras de voies, le mauvais vouloir des paysans d'Auvergne et, malgr&#233; tout, les gagnants arrivent avec des vitesses moyennes de 49 kilom&#232;tres &#224; l'heure, en sept jours de course&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est merveilleux, il ne faut pas se lasser de le dire, et cela fera &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas souhaiter que cette exp&#233;rience soit renouvel&#233;e trop souvent, car, cette fois, on pourrait trouver des cadavres sur les chemins, mais enfin puisque cette p&#233;rilleuse &#233;preuve est tent&#233;e et accomplie avec un succ&#232;s inesp&#233;r&#233;, on aurait mauvaise gr&#226;ce &#224; r&#233;criminer et &#224; ne pas louer vainqueurs et vaincus, tous &#233;galement &#233;nergiques mais dissemblablement servis par les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RECAPITULATION&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant r&#233;capitulons un peu les faits de cette course l&#233;gendaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part de Paris, l'automobile du comte Berthier de Sauvigny, heurt&#233;e par un tramway, le m&#233;canicien a le bras cass&#233;, M.&#160;de Sauvigny renonce &#224; courir.&lt;br class='autobr' /&gt;
M.&#160;de Meaulne se foule le bras pendant la premi&#232;re &#233;tape, il arrive pourtant &#224; Aix-les-Bains et se promet de continuer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et en effet, le surlendemain on le voit appara&#238;tre &#224; Saint-Etienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Girardot entre dans un tombereau et en sort assez d&#233;moli.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Knyff casse un ressort et s'arr&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il repart et en casse un autre, il arrive &#224; Aix avec pas mal d'avaries &#224; bord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peloton commence &#224; s'&#233;grener sur les routes de l'Is&#232;re et les mont&#233;es de l'Ard&#232;che : Jamin et sa voiture extraordinaire, semblable &#224; un torpilleur, est l&#226;ch&#233; et suit de loin, sans espoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jenatzy est sem&#233;, lui aussi. Les motocyclistes s'&#233;poumonent et s'essoufflent. Marcellin, grand vainqueur &#224; Saint-Etienne une huitaine auparavant, suit p&#233;niblement les voitures, et Tart et Corre, les premiers motocyclistes, ses chefs de file. Marcellin passe &#224; Saint-Etienne deux heures apr&#232;s les premiers coureurs, le public s'&#233;tonne dans la rue et lui prodigue des encouragements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcellin l&#232;ve d&#233;sesp&#233;r&#233;ment les bras au ciel et dit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Rien ne marche : rien ne marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Grand-Bois, Williams, qui a couru,&#224; Saint-Etienne &#224; bicyclette il y a quelques ann&#233;es, revient dans le pays qui vit ses triomphes, pour y trouver le d&#233;sastre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un chien se jette dans son tricycle et lui se jette &#224; terre. De Knyff, qu'il avait r&#233;ussi &#224; d&#233;passer dans un prodigieux effort, arrive et trouve la route barr&#233;e par le corps inanim&#233; du coureur et les d&#233;bris de son tricycle.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Knyff, malgr&#233; que le temps soit plus que jamais de l'argent et m&#234;me de la gloire, descend de sa machine et, donnant un bel exemple de d&#233;sint&#233;ressement, rel&#232;ve le malheureux coureur, lui donne quelques soins et le confie &#224; des paysans pour l'amener &#224; Saint-Etienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se place une anecdote, qui, si elle est confirm&#233;e, jettera un jour singulier sur l'&#233;tat d'&#226;me des chauffeurs et donnera &#224; leur lutte des proportions grandioses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Williams se sentant soulev&#233;, ouvre les yeux, reconna&#238;t De Knyff qui, m&#233;prisant le retard, le soigne, au risque de faire gagner ses rivaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bless&#233;, &#233;mu, oubliant sa propre situation, s'emporte &#224; son tour et lutte de g&#233;n&#233;rosit&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous, De Knyff, vous... Non, remontez vite, vite... Vous perdez du temps...&lt;br class='autobr' /&gt;
N'y a-t-il pas l&#224; quelque chose de Romain et qui pourrait s'appeler, si l'on n'avait peur des noms pompeux, &#8212; presque de l'h&#233;ro&#239;sme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cet autre, ce motocycliste Nicolas-Zohem, taill&#233; en hercule, aux traits durs, aux &#233;paules carr&#233;es, aux pommettes osseuses, aux mains de lutteur turc, qui tombe une heure plus tard, rue d'Annonay, qu'on m&#232;ne &#224; la pharmacie Jallas et qui, pendant qu'on lui coud, &#224; l'aiguille, les l&#232;vres de la plaie qui lui barre le front, ne prof&#232;re pas un murmure, et pour tout t&#233;moignage de douleur, se contente de faire le geste m&#233;canique d'un homme qui p&#233;dale &#233;perdument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des hommes, ceux-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui pourrait les bl&#226;mer d'appliquer leur &#233;nergie &#224; des courses d'automobiles. Chacun manifeste ses qualit&#233;s quand il peut et o&#249; il peut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui manque chez nous, ce sont moins les h&#233;ros que les occasions de prouver qu'ils le sont.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Chasseloup-Laubat a pass&#233; chez nous premier &#224; une merveilleuse allure, de l'avis g&#233;n&#233;ral, sa machine paraissait la plus douce, la plus glissante, sans bruit, sans tr&#233;pidation, elle allait droit &#224; son but, ne semblant pas courir mais voler du vol myst&#233;rieux, doux et rapide qu'ont les chauve-souris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple s'il allait &#224; leur allure, le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chauffeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'avait pas leur couleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les St&#233;phanois s'&#233;tonnaient que cette belle machine ne f&#251;t pas, la premi&#232;re au classement g&#233;n&#233;ral&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais les courses suivantes ont prouv&#233; qu'ils ne s'&#233;taient pas tromp&#233;s dans leur jugement, et que le v&#233;hicule de M.&#160;de Chasseloup-Laubat &#233;tait bien une merveille de m&#233;canisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pannes et accidents se succ&#232;dent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les motocycles ne peuvent escalader la c&#244;te de la Baraque &#224; la sortie de Clermont.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chauffeurs se la rappellent avec &#233;pouvante, cette escalade. L'un d'eux a fait &#224; un r&#233;dacteur du Matin cette d&#233;claration :
&lt;br /&gt;&#8212; On m'aurait dit qu'il y avait des c&#244;tes comme celle-l&#224; que je ne l'aurais pas cru.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les motocyclistes qui gardent le plus mauvais souvenir de ce raidillon, eux qui ont d&#251; aider leurs moteurs de leurs mollets et qui sont arriv&#233;s au sommet dans un &#233;tat de fatigue indescriptible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;fections se succ&#232;dent et les accidents s'accumulent : Gabriel fait des descentes vertigineuses &#224; Saint-Denis-sur-Durolle, perd ses freins et ayant c&#244;toy&#233; les pr&#233;cipices et la mort pendant des kilom&#232;tres, arrive les cheveux dress&#233;s d'horreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La voiturelle de M.&#160;Boutier est d&#233;molie dans une collision. M.&#160;Boutier est bless&#233; et sa voiture hors d'&#233;tat de rouler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un accident arrive pr&#232;s d'Ussel.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'automobile de M.&#160;Richard donne contre un arbre et culbute dans le foss&#233;, o&#249; elle se brise. M.&#160;Richard et son m&#233;canicien, bless&#233;s, ont pu regagner Ussel en voiture, apr&#232;s avoir re&#231;u les premiers soins du m&#233;decin.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Knyff est arriv&#233; premier au pays des truffes, malgr&#233; un accident de pneumatique : il roule pendant onze kilom&#232;tres sur le fer. Depuis lors, Chasseloup-Laubat et lui ont &#233;t&#233; seuls &#224; disputer la palme &#224; l'admirable conducteur qu'est Charron.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Charron, &#224; son tour, a sa machine d&#233;molie, elle est us&#233;e et le redoutable champion est hors du concours : le second grand prix, comme on l'appelait d&#233;j&#224;, ne sera pas au palmar&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Levegh arrive premier &#224; Cabourg dans un rush remarquable et accomplissant une performance qui lui sera compt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voiturelles n'existent plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul Thery suit encore avec un retard de train omnibus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, hier matin, les cinq voitures de Knyff, Chasseloup-Laubat, Girardot, Pinson, Levegh et les motocycles de Teste, B&#233;connais et Gleyze s'&#233;lancent &#224; l'assaut final pour arriver &#224; Paris et d&#233;crocher la timbale du grand prix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re, loin, le lot des &#233;clop&#233;s, des fourbus, des d&#233;courag&#233;s, arrivent mangeant apr&#232;s l'avoir mordue la poussi&#232;re soulev&#233;e par leurs heureux pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
