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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title> LE COL DU ROUSSET &#224; 8 heures de Saint-Etienne (1905)</title>
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		<dc:date>2024-05-22T07:35:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le col du Rousset &#224; 8 heures de Saint-&#201;tienne, Le Cycliste, Ao&#251;t 1905, p.142-146, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de mourir au cyclotourisme actif, je m'occupe &#224; poser des jalons qui serviront &#224; mes successeurs pour juger du chemin parcouru, des progr&#232;s accomplis. Car j'esp&#232;re bien avoir des successeurs pour qui la mise en valeur du moteur humain sera la principale affaire, qui, sans faire fi des moteurs m&#233;caniques dont l'avenir est ailleurs, estimeront&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le col du Rousset &#224; 8 heures de Saint-&#201;tienne, Le Cycliste, Ao&#251;t 1905, p.142-146, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de mourir au cyclotourisme actif, je m'occupe &#224; poser des jalons qui serviront &#224; mes successeurs pour juger du chemin parcouru, des progr&#232;s accomplis. Car j'esp&#232;re bien avoir des successeurs pour qui la mise en valeur du moteur humain sera la principale affaire, qui, sans faire fi des moteurs m&#233;caniques dont l'avenir est ailleurs, estimeront qu'en fait de moyen de transport personnel il n'en est point de plus honorable que celui dont tous les hommes sont pourvus en venant au monde une paire de jambes.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai entendu soutenir par des &#233;volutionnistes qui paraissaient encore jouir de leur raison mais, dont l'&#233;volution finale pourrait bien &#234;tre Charenton, que l'homme tendant &#224; devenir de plus en plus un colis transbordable de paquebot en auto, de vagon-lit en a&#233;ronef, de voiture d'enfant en pousse-pousse de cul-de-jatte. les si&#232;cles futurs verraient nos membres inf&#233;rieurs s'atrophier de plus en plus, se ratatiner et finalement dispara&#238;tre, comme disparaissent fatalement les organes qu'on n'exerce pas. Les hommes seraient ainsi r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de boules, forme de colis &#233;minemment apte &#224; ces divers transbordements. Des machines ad hoc se les lanceraient &#224; travers&lt;br class='autobr' /&gt;
l'espace et l'on compterait, pour amortir les chocs, sur la couche de lard que l'inaction compl&#233;t&#233; jointe &#224; la voracit&#233; inlassable des gens quine font rien d&#233;velopperaient autour de ces boni-hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ob&#232;ses de nos jours, nous avons d&#233;j&#224; un aper&#231;u de ce que seront nos descendants, &#224; en croire ces farceurs d'&#233;volutionnistes leurs petites et fr&#234;les jambes ressemblent &#224; deux allumettes plant&#233;es dans une courge et si, par m&#233;saventure, ils tombent sur le dos, ils sont incapables de se relever. C'est pour ces pots &#224; tabac qu'ont &#233;t&#233; invent&#233;es les automobiles. Ils nous servent cependant &#224; quelque chose, ces informes paquets de graisse, car la nature ne fait rien sans de bonnes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous servent de repoussoirs comme les ilotes ivres servaient aux jeunes Spartiates. Ils repr&#233;sentent le type abdominal auquel l'&#201;cole st&#233;phanoise s'efforce d'opposer le type thoracique si estim&#233; des grecs de la bonne &#233;poque et qui, pass&#233; la trentaine, tend &#224; devenir chez nous de plus en plus rare.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; en &#233;tais-je&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?... Ah, m'y voici&#160;: je plante donc de temps en temps des jalons et je mets tels et tels points connus et appr&#233;ci&#233;s des cyclotouristes &#224; tant d'heures de Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arles &#224; 12 heures, Marseille &#224; 15 heures, Grenoble &#224; 6 heures, le Lautaret &#224; 14 heures (peut-&#234;tre ne sera-t-il bient&#244;t plus qu'&#224; 12 heures), etc. Ce ne sont pas l&#224; des heures de coureur professionnel courant t&#234;te basse, au service d'une puissante maison, vers quelques billets de mille francs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont des heures de paisible cyclotouriste livr&#233; &#224; ses seules forces, voyageant pour son plaisir et pour sa sant&#233; avec armes et bagages et ne laissant pas &#233;chapper une occasion d'admirer en passant les manifestations de la nature si grandioses parfois et parfois si mignardes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec intention que j'&#233;cris pour sa sant&#233; et pour son plaisir. D'abord, l'un ne va pas sans l'autre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; o&#249; il n'y a pas de sant&#233;, il n'y a pas de plaisir. Puis, comme la plupart des hommes sont naturellement paresseux, s'il ne s'agissait que de plaisir et d'agr&#233;ment, on irait souvent &#224; tr&#232;s faible allure et l'on s'arr&#234;terait plus que de raison &#224; tous les coins de bois, aupr&#232;s de toutes les sources, &#224; l'ombre des moindres buissons l'on n'irait jamais, ou bien rarement, &#224; la bonne su&#233;e anti et postprandiale, ap&#233;ritive et digestive, hygi&#233;nique en un mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, j'estime que tous les jours un homme bien portant doit, par un exercice un peu vif, s'ouvrir les pores pour assurer le jeu normal des fonctions de la peau et, une fois au moins par semaine, proc&#233;der &#224; un complet lavage des tissus par une sudation abondante et une &#233;quivalente ingestion de liquide, j'entends par liquide l'eau pure des fontaines ou l'eau vitalis&#233;e des fruits et des l&#233;gumes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour redouter le l&#233;ger effort qu'il faut faire, la p&#233;riode de l&#233;ger malaise qu'il faut traverser avant d'en arriver &#224; l'&#233;tat de moiteur qui pr&#233;c&#232;de imm&#233;diatement la su&#233;e dite hygi&#233;nique, il faut n'avoir jamais &#233;prouv&#233; la d&#233;licieuse sensation de bien-&#234;tre, cons&#233;quence d'un exercice assez &#233;nergique pour volatiliser en sueur les d&#233;chets qui encombrent nos tissus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cyclotouriste doit donc p&#233;daler pour sa sant&#233; autant que pour son plaisir, et celui-ci n'en sera que plus vif, plus p&#233;n&#233;trant, plus complet. Les sensations, les vibrations sont plus profondes dans un organisme excit&#233; par l'exercice pouss&#233; jusqu'&#224; la saine fatigue que dans un corps inerte et somnolent que les r&#233;sidus alimentaires inassimilables et inexpulsables &#233;touffent lentement mais s&#251;rement.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublions pas notre devise Mens sana, corpus sanum.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je plante donc des jalons qui auront le temps de devenir des poteaux, si je ne me h&#226;te de reprendre, pour ne plus le l&#226;cher, le fil de mon discours.&lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps me vient une envie de faire quelque bonne &#233;tape, dans les 3oo kilom&#232;tres, je choisis un but et je pars. Depuis tant&#244;t six ans, il ne se passe pas de saison que je n'aille au col du Rousset au moins une fois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, depuis le mois d'ao&#251;t 1904, je n'avais aper&#231;u le refuge que de loin, en passant dans la vall&#233;e de la Dr&#244;me, en route pour le col de Cabre, Gap et autres lieux. Allons donc au col du Rousset prendre des nouvelles de la blonde h&#244;teli&#232;re et, le cas &#233;ch&#233;ant, des jeunes Am&#233;ricaines dont on nous conta, dans Le Cycliste, les audaces ing&#233;nues. Nous y ferons, comme d'habitude, une l&#233;g&#232;re infraction au r&#233;gime s&#233;v&#232;re des v&#233;g&#233;tariens et go&#251;terons &#224; la clairette de Die .
&lt;br /&gt;&#8212; La clairette de Die&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais vous parlez d'avant le d&#233;luge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a beau temps qu'on ne fait plus de clairette &#224; Die, o&#249; vous n'en trouveriez pas une bouteille.
&lt;br /&gt;&#8212; Bah&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais l'on en trouve partout, &#224; Lyon, &#224; Valence et au col du Rousset o&#249; elle est m&#234;me excellente, meilleure que partout ailleurs. Est-ce que par hasard...
&lt;br /&gt;&#8212; Je regrette d'avoir troubl&#233; votre digestion (car c'est &#224; mon retour qu'un Diois d'origine m'apprit cette nouvelle inqui&#233;tante), mais la clairette de Die est un mythe. Cette d&#233;licieuse sensation de raisins muscats &#233;cras&#233;s entre les l&#232;vres qui fit la r&#233;putation du vin de mon pays a disparu avec nos vignobles d'antan ruin&#233;s par le phyllox&#233;ra.
&lt;br /&gt;&#8212; Allez donc au col du Rousset, vous l'y retrouverez dans le joli vin blanc mousseux qu'on ne trouve sans doute plus que l&#224; et qui laisse justement dans la gorge ce bouquet dont vous parlez. Je me refuse &#224; croire que la chimie&lt;br class='autobr' /&gt;
intervienne l&#224; et transforme en clairette un quelconque vin blanc mousseux, et j'incline plut&#244;t &#224; penser que le bon cr&#251; d'autrefois n'a pas disparu pour tout le monde.
&lt;br /&gt;&#8212; Au fait, il n'y a que la foi qui sauve et quand je voudrai boire de la clairette du Die, j'irai, moi aussi, non plus &#224; Die, mais au col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il s'agit d'un raid plut&#244;t que d'une excursion &#224; la papa, je choisis mon n&#176;&#160;1 qui me servit, il y a deux mois, pour le Lautaret. et je pars, seul, &#224; 5 h. 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu tard, me ferez vous peut-&#234;tre observer, mais le temps &#233;tait incertain, le barom&#232;tre inqui&#233;tant et je tenais &#224; voir comment l'&#233;tat du ciel allait se modifier au lever du soleil. On devient observateur en voyageant, et nous savons tous que l'approche du soleil change souvent du tout au tout les pr&#233;sages du temps qu'il fera dans la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partis donc, rassur&#233;, et j'arrivai en 55 minutes au coi des grands bois que j'avais cru jusqu'ici n'&#234;tre qu'&#224; ^1165 m&#232;tres et qui se trouve bel et bien &#224; 1.165 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par contre, la pente moyenne des six premiers kilom&#232;tres, que j'estimai &#224; 6,25%, n'est que de 6, 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% . Je tiens ce renseignement des nouvelles bornes kilom&#233;triques sur lesquelles l'administration a eu l'excellente id&#233;e d'inscrire l'altitude. Les bornes du Ventoux &#233;taient d&#233;j&#224; ainsi cot&#233;es quand j'y grimpai pour la premi&#232;re fois, et j'avais alors exprim&#233; le d&#233;sir de voir se g&#233;n&#233;raliser cette fa&#231;on de mettre &#224; la raison les emball&#233;s et les h&#226;bleurs qui vous affirment avoir enlev&#233; &#224; belle allure du 15 ou du 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% alors qu'il s'agit d'un modeste 7 ou 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. On leur mettra le nez sur les bornes, &#224; l'avenir, &#224; ces Tartarins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vingt minutes apr&#232;s, j'&#233;tais &#224; Bourg-Argental&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le P.-L.-M., pour ce trajet de 29 kilom&#232;tres, ne nous demande pas moins de 3 heures&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est vrai, qu'il nous fait payer 3 fr. 40 et nous v&#233;hicule pendant 68 kilom&#232;tres&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; bien des parcours Saint-Etienne-Die, Saint- Etienne- Ambert, Saint-Etienne - Bourg-Argental, sur lesquels nous avons maintes fois constat&#233; que la bicyclette est notablement sup&#233;rieure au chemin de fer sous tous les rapports. Ce sont l&#224; des v&#233;rit&#233;s bonnes &#224; r&#233;p&#233;ter, car elles sont la justification de nos &#233;tapes-transport que continuent &#224; bl&#226;mer et &#224; trouver excessives les nombreux cyclotouristes qui ne veulent pas se mettre en &#233;tat de les faire sans fatigue et qui s'obstinent &#224; tout mesurer &#224; leur aune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au col, j'avais pass&#233; du petit jeu (5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; et3m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) au grand jeu (7m,40 et 5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) et la pente douce m'entra&#238;nant, je filai apr&#232;s Bourg &#224; grande allure, tant et si bien que je passais &#224; Andance (54 kil.) &#224; 7 h. 23 et entrais dans Tournon (70 kilom.) &#224; 8 h. 10 juste 3 heures apr&#232;s mon d&#233;part. L&#224; aussi, il m'aurait &#233;t&#233; impossible d'arriver par le train qui va faire, par Givors, 40 kilom&#232;tres de plus. Cependant,la route autour d'Arras avait &#233;t&#233; coup&#233;e en maints endroits par les violents orages des jours pr&#233;c&#233;dents et m'obligeait &#224; de fr&#233;quents ralentissements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le temps frais me favorisait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'arr&#234;tai qu'&#224; Bourg-de-P&#233;age, &#224; 9 heures, pour acheter des raisins exquis qui suffirent &#224; me sustenter jusqu'&#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Bourg-de-P&#233;age, le paysage devient int&#233;ressant la route c&#244;toie l'Is&#232;re qui roule ses eaux grises au pied de balmes verdoyantes diapr&#233;es de toits rouges et de murs blancs. Parfois, on descend presque au ras de l'eau et des guinguettes ont dress&#233; l&#224; des tables que je verrai le soir, &#224; mon retour, garnies d&#233; consommateurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis je m'&#233;l&#232;ve en m'&#233;loignant de l'Is&#232;re qui s'en va contourner &#224; gauche le massif du Vercors o&#249; je p&#233;n&#232;tre &#224; Saint-Nazaire. La Bourne en sort l&#224; en un tr&#232;s joli site, dont les cartes postales ne sauraient rendre le pittoresque qui est dans le contraste entre les eaux verd&#226;tres et les roches rouges comme les porphyres de l'Esterel. Pendant les 18 kilom&#232;tres de Bourg-de-P&#233;age &#224; Saint-Nazaire et les 10 kilom&#232;tres qui suivent, je m'arr&#234;te &#224; plusieurs reprises pour manger mes raisins tant et si bien que ma vitesse moyenne s'en ressent et que je ne traverse Pont-en-Royans (122 kil.) qu'&#224; 10 h. 40. Le sol, toujours tr&#232;s mauvais apr&#232;s Saint-Nazaire, me retarde aussi et ma moyenne qui, jusqu'&#224; Tournon avait &#233;t&#233; de 25 &#224; 1 heure, n'est plus que de 22 &#224; l'heure elle va s'abaisser encore car j'ai &#224; m'&#233;lever de 1.100 m&#232;tres en 38 kilom&#232;tres. Je reprends mon petit jeu (5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; et 3m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) et je me h&#226;te vers la toujours belle route des Goulets qui, par extraordinaire, n'est aujourd'hui ni boueuse, ni poussi&#233;reuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224;, quelques cro&#251;tes, quelques orni&#232;res durcies auxquelles il faut prendre garde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tunnels sont glissants et le ciel s'assombrit. Le Vercors, r&#233;gion fertile en pelles et en douches aussi abondantes qu'inatttendues, voudrait-il encore une fois justifier sa r&#233;putation &#224; mon d&#233;triment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je grimpe assez rapidement, ne rencontrant ni cyclistes, ni autos, ni cars&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine, &#231;&#224; et l&#224;, quelques pi&#233;tons.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a beau voir et revoir chaque saison les Grands Goulets, on est forc&#233; de les admirer quand on les revoit encore et d'admirer aussi, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#339;uvre de la nature, l'&#339;uvre de l'homme r&#233;ussissant &#224; se frayer un passage dans une fissure de rocher o&#249; le torrent seul semblait pouvoir passer non sans peine. Sans piti&#233; pour mon horaire, je fais &#224; pied une partie des Goulets, me penchant de temps &#224; autre au-dessus de l'ab&#238;me, o&#249; gronde la Vernaison, &#224; laquelle soudain la terre manque au moment o&#249; elle s'y attend le moins, si l'on en juge par son allure tranquille &#224; son entr&#233;e dans les Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les h&#244;tels qui constituent le groupement des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Barraques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; attendent les d&#238;neurs qui risquent d'&#234;tre rares aujourd'hui. A force d'&#234;tre sollicit&#233;s dans toutes les directions par les nombreux syndicats d'initiative qui se sont cr&#233;&#233;s en France depuis quelques ann&#233;es, les touristes, dont le nombre s'accro&#238;t moins vite que les h&#244;tels, pensions, sanatoriums qui se les disputent, semblent aujourd'hui plus rares qu'il y a quelques ann&#233;es parce qu'ils sont plus diss&#233;min&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 11 h. 35, j'ai franchi la barri&#232;re de rochers qui entoure le tranquille vallon du Vercors que je vais remonter jusqu'au col du Rousset. Le temps sombre s'harmonise tr&#232;s bien avec ce paysage de pr&#233;s verdoyants, de for&#234;ts &#233;paisses et sombres d'o&#249; &#233;mergent, abruptes, d'&#233;normes masses rocheuses lav&#233;es par les pluies, effrit&#233;es par la foudre. Il me semble qu'on commence &#224; bien d&#233;boiser aussi de ces c&#244;t&#233;s et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; qui, avec beaucoup de raison, s'efforce d'user de son influence en faveur du reboisement de la France, aura sans doute bient&#244;t &#224; veiller sur les for&#234;ts du Vercors, &#224; les d&#233;fendre contre la hache aveugle des b&#251;cherons. Le joli ruban de route qui longe la Vernaison naissante et conduit &#224; Saint-Aignan et au Rousset, monte bien si vous voulez, mais si peu qu'avec 5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; on peut y p&#233;daler &#224; 20 &#224; l'heure, surtout quand on a le vent en poupe, et c'est mon cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici enfin un groupe de cyclotouristes, cinq ou six jeunes gens, suivis d'un mentor &#224; l'air grave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chacun d'eux emporte un petit paquet et, &#224; la file indienne, ils d&#233;valent bon train. Un coup d'&#339;il sur leurs montures monomultipli&#233;es me laisse penser que ces gaillards-l&#224; ont fait &#224; l&#224; c&#244;te les honneurs du pied et cela me sera confirm&#233; au refuge, C'est le courrier, qui a port&#233; les bicyclettes au col o&#249; les cyclistes ont grimp&#233; &#224; pied. Apr&#232;s tout, cela vaut mieux que de rester au caf&#233; &#224; fumer, boire et jouer, et peut-&#234;tre ne manque-t-il &#224; ces cyclistes qu'un boute-en-train qui les initie aux joies du grand tourisme &#224; la mode st&#233;phanoise. Il y a, dans tout cycliste qui aime l'excursion en montagne, l'&#233;toffe d'un futur adepte de l'E. S.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; t&#244;t ou tard ce cycliste adoptera la polymultiplication et le v&#233;g&#233;tarisme, au moins en cours de route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au village du Rousset. humble entre tous, je constate la pr&#233;sence de vill&#233;giaturistes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en trouve aujourd'hui dans les coins les plus ignor&#233;s et l'on m'a dit qu'en certaines r&#233;gions on prenait des pensionnaires &#224; raison de 2 fr. 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; par jour&#160;: voil&#224; bien la montagne mise &#224; la port&#233;e de toutes les bourses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en r&#233;jouis pour la sant&#233; physique et morale du grand nombre qui visiblement s'&#233;tiole et s'affaiblit dans les villes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rampe finale de 5 kilom&#232;tres &#224; 6 se dessine d&#232;s qu'on a laiss&#233; le village derri&#232;re soi&#160;: d'abord en lacets superpos&#233;s, la route gagne par un grand coude &#224; droite le versant gauche de la vall&#233;e, revient au-dessus du Rousset et file en droite ligne jusqu'au tunnel, prenant au passage la roule de Vassieux par le col Saint-Alexis. Le sol est bon, mais, &#231;&#224; et l&#224;, des rigoles creus&#233;es en travers de la roule pour l'&#233;coulement des eaux vous donnent, quand on va vite, donc en descendant, de ces secousses dont on se souvient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il convient de s'en m&#233;fier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tunnel de 600 m&#232;tres &#233;tait pav&#233; de boue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait plu l&#224;-haut pendant plusieurs jours et l'eau suintait de tous les c&#244;t&#233;s. Je ne mis pas pied &#224; terre &#224; l'aller, mais au retour je pr&#233;f&#233;rai marcher&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on gagne peu &#224; traverser ces tunnels en machine parce que la crainte du d&#233;rapage vous force &#224; aller tr&#232;s lentement et la tension nerveuse vous fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait tr&#232;s noir dans le Vercors et j'avais m&#234;me senti quelques gouttes de pluie qui m'avaient fait activer, mais de l'autre c&#244;t&#233; du tunnel, j'apercevais, &#224; mesure que je m'approchais, une lumi&#232;re &#233;clatante et je m'arr&#234;tai &#224; quelques m&#232;tres de la sortie pour jouir de l'impression qu'&#233;prouvent tous ceux qui font cette route, dans ce sens, pour la premi&#232;re fois l'impression qu'on va se trouver &#224; pic sur un ab&#238;me. En face, la paroi rocheuse verticale de la montagne semble plonger dans le vide que l'on sent b&#233;ant &#224; quelques pas de soi. En approchant, cette sensation s'att&#233;nue quand on voit l&#233;s lacets de la route s'enchev&#234;trer sur les deux versants de la gorge au fond de laquelle on aper&#231;oit un coin de la vall&#233;e de la Dr&#244;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais grand faim et le besoin de manger coupa court &#224; mon admiration. il &#233;tait 13 heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'avait donc fallu huit heures, tous les arr&#234;ts inclus, pour venir de Saint-&#201;tienne au col du Rousset (160 kilom.) en une demi-&#233;tape, mi-partie transport, mi-partie excursion. Je n'avais pas eu, il est vrai, le moindre accident de machine. L'air &#233;tait vif, mais le soleil brillait dans un ciel o&#249; le bleu s'&#233;largissait &#224; vue d'&#339;il. C'&#233;tait le beau temps assur&#233; pour le restant de la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus accueilli avec l'habituelle cordialit&#233;, j'&#233;tais le seul h&#244;te l'h&#244;teli&#232;re me pr&#233;para un l&#233;ger repas v&#233;g&#233;tarien o&#249; le beurre, les &#339;ufs, les framboises, la confiture et un excellent fromage &#224; la cr&#232;me se succ&#233;d&#232;rent apr&#232;s un potage aux l&#233;gumes, qui fut un velours pour mon estomac et que j'absorbai lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;jeunai &#224; la cuisine pr&#232;s du fourneau dont la chaleur n'&#233;tait pas &#224; d&#233;daigner et nous caus&#226;mes.
&lt;br /&gt;&#8212; Non, les Am&#233;ricaines ne sont pas revenues cette ann&#233;e, l'aimable conteur qui nous entretint d'elle non plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous d&#233;laisse et nous ne comptions plus vous voir vous-m&#234;me, ajouta l'h&#244;teli&#232;re.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! moi, vous me verrez, revenir tous les ans. j'aime ce pays.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous ne nous y trouverez peut-&#234;tre plus l'ann&#233;e prochaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne me porte pas tr&#232;s bien et le service est tr&#232;s p&#233;nible en hiver pour mon mari.
&lt;br /&gt;&#8212; Bah&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais l'hiver vous devez &#234;tre bloqu&#233;s par la neige et par le mauvais temps et personne ne passe, sans doute.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que non pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les gens de Vassieux et du Rousset et de plus loin descendent tout de m&#234;me &#224; Die et il faut souvent les aider &#224; passer m&#234;me dans la nuit quand la tourmente rage
&lt;br /&gt;&#8212; Bigre, ce ne doit pas &#234;tre gai, en effet.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous ne pouvez pas vous en faire une id&#233;e. Le vent accumule la neige &#224; l'entr&#233;e du tunnel et toutes les heures il faut la d&#233;blayer &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'entasse &#224; certains endroits, il faut tailler des passages, on n'en finit jamais.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais ne risquez-vous pas d'&#234;tre emport&#233;s par une avalanche comme le fut, je crois, dans la nuit, la famille enti&#232;re de votre pr&#233;d&#233;cesseur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Non, le refuge &#233;tait mal plac&#233; autrefois, mais o&#249; il est maintenant, nous ne risquons rien.
&lt;br /&gt;&#8212; Tout de m&#234;me, ce doit &#234;tre ennuyeux de se voir si maltrait&#233; par le temps, quand on sait et qu'on voit d'ici qu'il fait beau dans la vall&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est bien pour cela que nous avons l'intention de quitter ce poste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons &#224; Chamaloc une propri&#233;t&#233; que nous ferons valoir.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais vous ne verrez plus les touristes de passage qui doivent &#234;tre pour vous des habitu&#233;s.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est la seule raison qui nous retient encore. Il passe ici de plus en plus des touristes, en auto, &#224; bicyclette, &#224; pied, et bien souvent les m&#234;mes reviennent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on finit par se conna&#238;tre. Tenez, il vient beaucoup de Lyonnais et de St&#233;phanois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on me demande si telle ou telle personne est venue, et ce va-et-vient me distrait.
&lt;br /&gt;&#8212; Et pourquoi n'auriez-vous pas, comme j'en ai vu chez plusieurs de vos coll&#232;gues des hautes altitudes, un livre o&#249; les touristes s'inscriraient &#224; leur passage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On aurait ainsi des nouvelles indirectes les uns des autres. Pour mon compte, j'ai &#233;t&#233; parfois agr&#233;ablement surpris de trouver de cette fa&#231;on la trace du passage de personnes que je ne croyais pas touristes au point d'aller, par exemple, au col d'Allos ou au col d'Izoard.
&lt;br /&gt;&#8212; Il en passe trop ici, et le livre serait vite plein.
&lt;br /&gt;&#8212; Surtout si quelques-uns, au lieu de dater et de signer simplement, ajoutaient une page de consid&#233;rations sur leur &#233;tat d'&#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je terminai mon repas par une tasse de bon caf&#233; tr&#232;s sucr&#233;, et &#224; 15 heures moins le quart je repris le chemin par lequel j'&#233;tais venu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Die ne me pla&#238;t pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s qu'on est engag&#233; dans les lacets, la vue devient tr&#232;s born&#233;e et la vall&#233;e de la Dr&#244;me n'a rien d'ensorcelant, tandis que la descente de la Vernaison jusqu'&#224; Pont-en-Royans est toujours tr&#232;s int&#233;ressante. Sur le Vercors, le ciel s'obstinait &#224; rester couvert, mais d&#232;s que je fus &#224; Pont-en-Royans, le temps se mit carr&#233;ment au beau. En quittant Saint-Nazaire &#224; cinq heures, j'eus sous les yeux, gr&#226;ce &#224; un heureux concours de circonstances, un tableau merveilleux par sa couleur recoin de nature qu'on s'accorde &#224; trouver charmant m&#234;me sous la pluie (Et &#224; cette heure o&#249; le soleil s'inclinait d&#233;j&#224; sur l'horizon, splendide, &#233;blouissant. La Bourne verte, les terres empourpr&#233;es, les toits rouges, les murs blancs et gris, les pr&#233;s d'un vert cru et les bois lointains sombres et. plus lointaine encore la ligne ind&#233;cise des montagnes violettes... ce fut une magique apparition. J'en fus saisi au point de mettre pied &#224; terre et de m'absorber quelques minutes dans la contemplation de ce chef-d'&#339;uvre de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je connais nombre de cyclistes qui pour rien au monde ne voudraient refaire une route d&#233;j&#224; faite deux ou trois fois. C'est en vain qu'on leur dit que la nature sait se parer de s&#233;ductions infinies et toujours diff&#233;rentes pour ceux qui l'appr&#233;cient et qu'il est bien rare de revoir deux fois absolument conforme un paysage quelconque. Ce n'est pas &#224; ces cyclistes que sont destin&#233;es les surprises comme celle qui m'attendait ce jour-l&#224; &#224; ce point pr&#233;cis o&#249; j'avais d&#233;j&#224; pass&#233; au moins une douzaine de fois sans y voir autre chose qu'un joli site.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;loignai avec le regret de n'&#234;tre pas pas peintre pour rendre ce que j'avais sous les yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quelle palette serait assez riche pour fixer sur la toile l'extraordinaire coloris que le concours fortuit du soleil et des nuages, de l'ombre et de la lumi&#232;re, donnait, &#224; cette heure pr&#233;cise, &#224; tout ce que je pouvais embrasser d'un regard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de dire que n'ayant plus en perspective que du transport en pays plat ou &#224; peine ondul&#233;, j'avais repris le jeu de 7m, 40 ci-de 5m,3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; et que, tant&#244;t sur l'un tant&#244;t sur l'autre de ces d&#233;veloppements, je filai bon train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la nuit s'approchait, les routes &#233;taient encombr&#233;es de promeneurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici c'&#233;tait la vogue, l&#224;, on dansait sur la route, et dans ces conditions il est dangereux de vouloir passer quand m&#234;me &#224; grande allure, quand on est myope comme je le suis. Aussi, apr&#232;s Tournon mon allure tomba-t-elle tout &#224; coup &#224; 15 &#224; l'heure et je n'arrivai &#224; Andance (266 kilom.) qu'&#224; 17 heures et demie. J'y passai la nuit et rentrai le lendemain matin en trois heures (54 kilom.), ayant en somme atteint mon but en d&#233;montrant que l'excursion du Vercors jusqu'au col du Rousset inclusivement, pouvait &#234;tre rang&#233;e parmi les simples excursions dominicales de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; qui s'entendent avec d&#233;part &#224; 2 ou 3 heures et rentr&#233;e &#224; 17 ou 20 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est une des plus attrayantes, soit que l'on choisisse comme point terminus le Villard-de-Lans, la for&#234;t de Lente ou le col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vj&#233;eocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>For&#234;t de Lente et Vercors (1900/1904)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article373</link>
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		<dc:date>2022-08-27T07:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>La Gauloise</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le Vercors est d&#233;cid&#233;ment un pays merveilleux, et l'on trouverait difficilement un autre coin de terre o&#249;, en un espace si petit qu'un cycliste peut ais&#233;ment le parcourir en deux jours dans tous les sens, soient r&#233;unies tant de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y manque que des glaciers.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;La Gauloise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;For&#234;t de Lente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1904, p. 230 &#224; 234, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_8&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve au fond d'un tiroir le r&#233;cit suivant d'une excursion, toujours et plus que jamais d'actualit&#233;, que nous f&#238;mes, il y a quatre ans, &#224; une &#233;poque o&#249; la cause de la polymultiplication &#233;tait bien loin d'avoir bataille gagn&#233;e, o&#249; surtout les changements de vitesse en marche ne semblaient pas aussi indispensables pour une machine de tourisme qu'ils le paraissent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pourquoi ce r&#233;cit ne fut pas publi&#233; &#224; son heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pens&#233; qu'on le lirait encore aujourd'hui avec quelque int&#233;r&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en est du tourisme comme de la nature : il est &#233;ternellement jeune et ses manifestations sont de tous les temps et de tous les &#226;ges.&lt;br class='autobr' /&gt;
V...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une excursion dominicale au cours de laquelle on franchit 312 kilom&#232;tres en s'&#233;levant de 3.500 m&#232;tres, ce n'est pas banal, et cela m&#233;rite mieux qu'une simple et br&#232;ve mention, d'autant plus que les r&#233;gions travers&#233;es comptent parmi les plus riches en beaux points de vue que je connaisse, les Alpes comprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que pour nous, ce jour-l&#224; le dimanche commen&#231;a le samedi &#224; 19 heures et ne finit que le surlendemain &#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ces 36 heures repr&#233;sentent, pour tout travailleur, ce qu'on est convenu d'appeler le cong&#233; du dimanche. Or, le but que j'eus en vue, en instituant les excursions dominicales, fut de prouver que la bicyclette met &#224; la port&#233;e des travailleurs les moins favoris&#233;s, des horizons beaucoup plus &#233;loign&#233;s qu'on n'est tent&#233; de le supposer et permet de faire, &#224; peu de frais et sans empi&#233;ter sur le temps consacr&#233; au travail, de tr&#232;s int&#233;ressantes promenades.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je connaissais le Vercors pour l'avoir travers&#233; de part en part de Pont-en-Royans &#224; Grenoble et de Die &#224; St-Gervais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'ignorais que l'on y trouvait des points de vue plus beaux encore que ceux qui sont r&#233;partis sur ces deux parcours classiques, et le r&#233;cit publi&#233; dans Le Cycliste par M.&#160;Burdet, sous le titre suggestif de : Nouveaux Goulets, me sugg&#233;ra la pens&#233;e de diriger de ce c&#244;t&#233; une de nos excursions dominicales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici comment, moi troisi&#232;me, nous l'avons men&#233;e &#224; bien le dimanche 5&#160;ao&#251;t 1900.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TABLEAU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARCHE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi soir, 7 h. 10, d&#233;part de Saint-&#201;tienne, Bellevue, &#8212; col des Grands Bois, 8h. 5. &#8212; Bourg-Argenlal, 8 h. 30, &#8212; Andance, 10 h. 15, &#8212; Tournon, 11 h. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche matin, 4 h. 15, d&#233;part de Tournon, &#8212; Romans, 5 h., &#8212;Saint-Jean-en-Royans, 7 h. 10 &#224; 7 h. 18, &#8212; col Gaudissart, croisement de l'ancienne et de la nouvelle route, 8 h. 6 &#224; 8 h. 34, &#8212; maison foresti&#232;re, 9 h. 25 &#224; 10 h. 35, &#8212; Vassieux, 12 h. 30 &#224; 1 h. 45, &#8212; col du Rousset, 2h.30 &#224; 3 h. 35, &#8212; Pont-en-Royans, 5 h. 30, &#8212; Bourg-de-P&#233;age, 6 h. 45 &#224; 7 h. 15 &#8212; Tournon, 8h. &#224; 8 h. 15, &#8212; Andance, 9 h. 30 &#224; 10 heures, &#8212; St-Cyr, 11 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi matin, 4 heures, d&#233;part de St-Cyr, &#8212; arr&#234;t &#224; Bourg-Argental, &#8212; col des Grands Bois, 6 h. 25, &#8212; Saint-&#201;tienne, 7 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma bicyclette a, tous les lecteurs du Cycliste le savent, 4 d&#233;veloppements, 2m,50, 3m,30, 4m,40, 6m et roue serve.&lt;br class='autobr' /&gt;
R..., avec trois d&#233;veloppements, 3m,20, 4m,80 et 6m,50 et roue libre, L..., avec l'unique d&#233;veloppement de 6m,30 et roue serve, se trouv&#232;rent au rendez-vous le samedi soir, et en guise d'ap&#233;ritif, nous exp&#233;di&#226;mes en 55 minutes les premiers 13 kilom&#232;tres de mont&#233;e que doivent pr&#233;alablement avaler tous les St&#233;phanois d&#233;sireux d'aller, par le plus court chemin, voir ce qui se passe dans le midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour le moment, ce temps est un record pour nous et, je pense aussi pour bien d'autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous esp&#233;rons, cependant, l'abaisser encore de cinq minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente vers Bourg exige, par contre, &#224; cause de l'obscurit&#233; croissante, un peu plus de temps que d'habitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, &#224; Saint-Cyr, un premier accident de pneumatique, un simple clou, nous retarde encore de vingt minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos lanternes &#233;clairent mal, le vent les &#233;teint et dans ces conditions les r&#233;parations se font lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps est inqui&#233;tant, les nuages vagabondent et la lune, qui n'appara&#238;t que pour dispara&#238;tre et qui, du reste, est d&#233;j&#224; tr&#232;s basse, jette dans l'espace une bien vague clart&#233;. Notre allure s'accentue cependant et les 21 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Andance de Tournon nous demandent moins d'une heure, si bien que nous descendons devant l'h&#244;tel exactement 4 heures apr&#232;s notre d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; tout est clos, nous obtenons difficilement un frugal repas et nous ne pouvons nous mettre au lit qu'&#224; minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pareille circonstance, il vaut mieux prendre son repas auparavant dans un caf&#233; quelconque et ne descendre &#224; l'h&#244;tel que pour se coucher : on mange mieux, &#224; meilleur compte, et l'on ne perd pas de temps. De telles instructions pratiques qui semblent pu&#233;riles, sont utiles pour les cyclotouristes dont le temps est limit&#233; et pour qui une heure de sommeil de plus est pr&#233;cieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dimanche matin, avant 4 heures, nous sommes r&#233;veill&#233;s par de fortes d&#233;tonations&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est jour de f&#234;te et l'on tient &#224; commencer d&#232;s le petit jour &#224; s'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous filons dare dare apr&#232;s avoir acquitt&#233; une note sal&#233;e. Le temps est douteux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a lutte entre le vent du midi et le vent du nord qui finira par l'emporter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Romans, le sol est assez bon et notre allure se maintient &#224; une moyenne &#233;lev&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau est mauvaise &#224; Romans, pas fameuse &#224; Bourg-de-P&#233;age&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous faudra arriver &#224; Saint-Jean-en-Royans pour trouver la bonne eau fra&#238;che que nous buvons en route avec tant de plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premier d&#233;jeuner &#224; l' &#201;canci&#232;re, hameau de quelques feux, &#224; cheval sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, nous entrons, &#224; St-Nazaire, dans le vestibule du Vercors. Il y a l&#224; de tr&#232;s jolies plaques &#224; faire, mais nous ne sommes pas photographes. Que la route apr&#232;s St-Nazaire est donc mauvaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On nous a conseill&#233; de suivre pendant deux ou trois kilom&#232;tres la direction de Pont-en-Royans, de repasser alors sur la rive gauche de la Bourne. Si le chemin direct que nous &#233;vitons par ce d&#233;tour est pire que celui qu'on nous fait prendre, qu'est-ce que &#231;a doit &#234;tre, bone Deus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Bon gr&#233; mal gr&#233;, il faut aller lentement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s le pont, &#231;a grimpe ferme, et jusqu'&#224; Saint-Jean nous travaillons avec le d&#233;veloppement de 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fontaine, qu'ombrage tr&#232;s chichement ce qui reste de l'arbre de la libert&#233;, nous invite &#224; nous rafra&#238;chir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son eau, dont un habitant nous fait l'&#233;loge, vient de la for&#234;t de Lente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est, en effet, d&#233;licieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous la retrouverons plus haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la sortie du village, nous abordons, avec le d&#233;veloppement de 3m,30, la mont&#233;e de 8 kilom&#232;tres, dont 6 ou 7 tr&#232;s durs, qui doit nous amener au col Gaudissart par des zigzags &#224; flanc de montagne qu'on peut suivre des yeux jusqu'en haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sit&#244;t que nous tournons &#224; gauche, face au mur de verdure, le sol devient moins bon, ce qui aggrave la r&#233;sistance de la pente en augmentant le coefficient de roulement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; tout, L., avec ses 6m,30, me suit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous marchons &#224; 12 &#224; l'heure, et l'effort qu'il doit faire sur sa p&#233;dale est de 42 kilos, tandis que ma p&#233;dale ne me demande que 22 kilos. En mon for int&#233;rieur, je me dis que &#231;a ne peut pas durer longtemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en effet, au bout de 1.500 m&#232;tres, mon compagnon met pied &#224; terre et R., qui avec 3m,20 peut facilement p&#233;daler, mais que la vitesse de marche, c'est-&#224;-dire l'intensit&#233; du travail, fatigue, lui tiendra compagnie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, &#224; l'allure qui convient &#224; ses poumons, il ne ferait que du 6 &#224; l'heure et L. &#224; pied en fait presque autant. Je continue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon travail est de 25 kilogramm&#232;tres par seconde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est mon maximum&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi apr&#232;s 4 kilom&#232;tres j'&#233;prouve le besoin d'abaisser mon d&#233;veloppement et de r&#233;duire &#224; la fois l'effort et le travail&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends 2m,50 et tournant toujours &#224; 60 tours, mon effort tombe &#224; 17 kilogrammes et mon travail &#224; 19 kilogramm&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma vitesse de marche n'&#233;tant plus que de 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, j'en profite pour souffler un instant puis inconsciemment ma vitesse de jambes s'accro&#238;t, s'&#233;l&#232;ve &#224; 70 tours, soit 10 kilom&#232;tres 1/2 &#224; l'heure. Bref, je viens &#224; bout de 8 kilom&#232;tres de mont&#233;e et de 600 m&#232;tres d'altitude en 48 minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est une de mes meilleures grimpettes, si je tiens compte de l'&#233;tat du sol. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, je suis arriv&#233; l&#224;-haut aussi mouill&#233; que si j'avais re&#231;u une bonne averse, et comme je n'y trouvai pas le moindre abri contre le vent du nord qui faisait rage, j'y attrapai, en attendant les retardataires, une bonne fluxion dentaire que je traitai d'abord par le m&#233;pris, qui se transforma en abc&#232;s et qui me priva de sorties s&#233;rieuses pendant 15 jours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes projets de voyage dans les Alpes &#224; l'occasion des f&#234;tes du 15&#160;ao&#251;t durent ainsi &#234;tre renvoy&#233;s &#224; l'ann&#233;e prochaine. Grand effet d'une toute petite cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais eu constamment sous les yeux en m'&#233;levant un tr&#232;s vaste panorama dont les lointains s'&#233;vanouissaient dans la brume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce que j'en voyais me r&#233;compensait largement de la fatigue de l'ascension, et cette entr&#233;e dans le Vercors est comparable &#224; celle du col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Vercors est d&#233;cid&#233;ment un pays merveilleux, et l'on trouverait difficilement un autre coin de terre o&#249;, en un espace si petit qu'un cycliste peut ais&#233;ment le parcourir en deux jours dans tous les sens, soient r&#233;unies tant de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y manque que des glaciers.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici mes deux compagnons en retard exactement de 28 minutes qui repr&#233;sentent l'avance que peut prendre un cycliste p&#233;dalant &#224; un cycliste poussant sa machine sur un parcours de 6 kilom&#232;tres 1/2&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut estimer largement l'allure du premier au double de celle du second&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore faut-il que celui-ci marche d'un tr&#232;s bon pas. C'est une constatation qu'a d&#233;j&#224; faite, sur de nombreux parcours, M.&#160;d'Espinassous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc int&#233;r&#234;t, lorsque l'on est press&#233;, &#224; s'outiller de fa&#231;on &#224; gravir en machine toutes les rampes de plus de 500 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; la maison foresti&#232;re, nous n'avons plus que des mont&#233;es insignifiantes et je reprends 4m,40. Pendant quelques centaines de m&#232;tres, nous p&#233;dalons sur un plateau entre des broussailles et le paysage est sans int&#233;r&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous arrivons tout &#224; coup &#224; pic sur un ab&#238;me que la route tournant &#224; droite va surplomber pendant plusieurs kilom&#232;tres. Cet ab&#238;me, contre lequel nous ne sommes d&#233;fendus que par un mince parapet, c'est le ravin cul-de-sac du Cholet, un ruisseau du reste sans importance, dont nous apercevons le sillon argent&#233; &#224; 400 m&#232;tres au-dessous de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps est sauvage, la bise siffle autour de nous, le soleil reste cach&#233; derri&#232;re les nuages qui nous menacent et qui laissent m&#234;me tomber quelques gouttes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, nous mettons pied &#224; terre, empoign&#233;s par l'impressionnante grandeur du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en arri&#232;re la vue est assez &#233;tendue, en avant elle est born&#233;e par le fond du ravin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite la muraille rocheuse au flanc de laquelle a &#233;t&#233; taill&#233;e cette route vertigineuse et d'o&#249; se d&#233;tachent de temps en temps des pierres contre lesquelles on est mal prot&#233;g&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche le vide et, &#224; faible distance, l'autre muraille moins abrupte pourtant que de notre c&#244;t&#233;, et ravin&#233;e par les eaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les tunnels succ&#232;dent aux tunnels, et tels sont les contours de la route qu'&#224; certains moments on aper&#231;oit cinq ou six porches b&#233;ants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelquefois l'on s'est content&#233; de fendre le rocher&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; le parapet de pierre est remplac&#233; par un balcon d'o&#249; le point de vue est particuli&#232;rement pittoresque. Bref, nous suivons l&#224;, pendant deux ou trois kilom&#232;tres, une route qui para&#238;t avoir &#233;t&#233; faite exclusivement pour le plaisir des touristes et qui tient &#224; la fois, ainsi que l'a &#233;crit tr&#232;s justement M.&#160;Burdet, &#224; qui je dois de la conna&#238;tre, de la route du Frou et de celle des Grands-Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol &#233;tait, quand nous y pass&#226;mes, tr&#232;s mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'avait pas plu depuis quelque temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sable et le gravier y r&#233;gnaient en ma&#238;tres, et en certains passages il e&#251;t &#233;t&#233; difficile de p&#233;daler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y rencontr&#226;mes trois touristes &#224; pied et y relev&#226;mes les traces de deux bicyclettes qui, d'apr&#232;s ce que nous appr&#238;mes &#224; la maison foresti&#232;re, nous pr&#233;c&#233;daient de deux heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quoique peu connus encore, ces parages ont d&#233;j&#224; quelque client&#232;le. Le ravin de Cholet finit en cul-de-sac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'attendais &#224; trouver au fond une cascade ou une gorge, mais cela se termine simplement en dos de baignoire, et j'imagine que ce ravin dut &#234;tre autrefois un lac qui a fini par renverser la barri&#232;re qui lui &#233;tait oppos&#233;e du c&#244;t&#233; de la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous passons aupr&#232;s d'une scierie tr&#232;s modeste et bient&#244;t nous entrons dans la for&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route &#233;troite est convenablement roulante et monte peu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil ne se d&#233;cide pas encore &#224; se montrer et il fait presque froid&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous h&#226;tons la marche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; craignant de passer &#224; c&#244;t&#233; de la maison foresti&#232;re sans la voir ainsi qu'il advint &#224; notre pr&#233;d&#233;cesseur, M.&#160;Burdet, nous surveillons toutes les fontaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y en a pas des tas et la premi&#232;re que nous apercevons, &#224; droite en rentrant dans un vallon d&#233;couvert au fond duquel s'&#233;l&#232;ve une terme, est la bonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de regarder alors au-dessus de soi pour voir les murs de la plus hospitali&#232;re maison foresti&#232;re du Vercors, exception faite de celle du col du Rousset. Un petit b&#226;timent isol&#233;, &#224; quelque vingt m&#232;tres de la maison des gardes, est consacr&#233; aux touristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y faisons un d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien succulent : &#339;ufs et beurre frais, confiture et miel d&#233;licieux, pain de m&#233;nage exquis, je ne dis rien de l'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant au vin que nous go&#251;t&#226;mes par gourmandise, il &#233;tait, ma foi, fort bon, &#224; nous faire regretter d'&#234;tre des buveurs d'eau. L., qui n'a pas cette qualit&#233; ou ce d&#233;faut, go&#251;ta l'eau juste autant que nous go&#251;t&#226;mes le vin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis l'on entra dans la for&#234;t de Lente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le garde forestier et sa femme nous avaient donn&#233; des renseignements tr&#232;s pr&#233;cis gr&#226;ce auxquels nous n'err&#226;mes dans la for&#234;t que deux heures pour faire peut-&#234;tre dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est vrai que l'on est oblig&#233; de mettre fr&#233;quemment pied &#224; terre. D'autres cyclistes, plus infortun&#233;s, ont tourn&#233; pendant 4 heures dans ces sentiers forestiers, priv&#233;s de toute indication, avant d'arriver au col de Vassieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; fait surprenante la vue qu'on a sur la plaine de Vassieux au d&#233;bouch&#233; de la for&#234;t. On la domine presque &#224; pic de 300 m&#232;tres environ qu'on va perdre en trois ou quatre kilom&#232;tres de route bien mal entretenue, agr&#233;ment&#233;e d'un virage assez raide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une de mes p&#233;dales s'est d&#233;viss&#233;e dans les cahots subis &#224; travers la for&#234;t, et le filetage en est m&#226;ch&#233;. Le forgeron de Vassieux, ouvrier adroit et intelligent, m'y refait un filet, taraude la manivelle pendant que mes deux compagnons vont se rafra&#238;chir et s'endorment devant leur bouteille de limonade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet accident nous fait perdre une bonne heure et nous n'arrivons, de ce fait, au col du Rousset qu'&#224; 2 h. 1/2. Nous avions compt&#233; y d&#233;jeuner &#224; midi. Quand vous mettrez dans votre programme la travers&#233;e de la for&#234;t de Lente, pr&#233;voyez toujours deux heures de retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentrais, au col du Rousset, dans le d&#233;j&#224; vu, car j'avais fait, peu de temps auparavant, le trajet qui nous restait &#224; faire pour rentrer. Mes compagnons cependant passaient l&#224; pour la premi&#232;re fois et j'avais du plaisir &#224; les voir ravis des sites qui se d&#233;roulaient successivement devant et autour de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble qu'on &#233;prouve presque autant de plaisir &#224; initier un ami aux joies du tourisme, &#224; le promener parmi les mille et une beaut&#233;s de la nature, &#224; lui faire go&#251;ter les attraits, les enchantements d'un site pittoresque, &#224; l'enivrer des splendeurs f&#233;eriques que des rideaux lev&#233;s soudain d&#233;couvrent &#224; leurs regards &#233;merveill&#233;s, il me semble, dis-je, qu'on est aussi heureux qu'on le f&#251;t d'en jouir soi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, d'ailleurs, ne sait-on pas que la source est in&#233;puisable des s&#233;ductions dont la nature se pare pour ses &#233;lus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle se montre rarement deux fois sous le m&#234;me aspect, et celui qui sait appr&#233;cier les nuances ne regrettera jamais de refaire, soit en compagnie de nouveaux adeptes du cyclotourisme, soit m&#234;me seul, des excursions d&#233;j&#224; faites dix fois, surtout, ajouterai-je, dans le massif du Vercors qui, pour moi, comprend tout ce que le Drac, l'Is&#232;re et la Dr&#244;me enserrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour est men&#233; vivement sans autres incidents que quelques tentatives de la part de p&#233;dards locaux qui, nous voyant passer &#224; grande allure, br&#251;laient de se mesurer avec nous, tentatives bien vite mises en &#233;chec par la r&#233;gularit&#233; de notre train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me souvient d'un jeune croupe-en-l'air qui, entre Romans et Tain, nous d&#233;passa tout &#224; coup en un fr&#233;n&#233;tique emballage, de dix m&#232;tres. Il se releva alors, et s&#251;r du triomph&#233;, il se tint un instant &#224; notre hauteur. Nous nous suivions &#224; la queue leu-leu et filions, dans la nuit tombante, &#224; 25/28 &#224; l'heure, le long des rails du tramway, nous confiant aux yeux de lynx de L... pour choisir les meilleurs passages de la route. Le jeune athl&#232;te faiblissait &#224; vue d'&#339;il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait fait &#224; peine 500 m&#232;tres qu'il se trouva tr&#232;s heureux de coller derri&#232;re nous, mais le kilom&#232;tre n'&#233;tait pas achev&#233; que nous l'entend&#238;mes pousser un &#233;norme soupir, et il fut d&#233;coll&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vouloir, sans pr&#233;paration, sans se mettre d'abord sous pression par des efforts graduellement accentu&#233;s, tenir pied &#224; un cycliste, m&#234;me moins fort, qui p&#233;dale depuis plusieurs heures, dont les muscles, le c&#339;ur, les poumons sont en harmonie avec le travail qu'on leur demande, c'est courir au devant d'un &#233;chec d&#251; &#224; l'essoufflement caus&#233; par le passage subit de l'&#233;tat de repos &#224; un &#233;tat de travail intensif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce p&#233;dard &#233;tait peut-&#234;tre le fr&#232;re du lyc&#233;en qui m'avouait modestement, l'autre jour, qu'il &#233;tait imbattable sur... 25 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Oui, sur 25 m&#232;tres, d&#233;part lanc&#233;, personne ne pouvait le battre. Ce jeune &#233;chapp&#233; du bahut d&#233;tenait sans doute le record du centim&#232;tre. Dans des cerveaux de cette envergure, je doute qu'il y ait de la graine de cyclotouriste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Bourg-de-P&#233;age, nous avions obtenu un l&#233;ger repas promptement servi, et &#224; Andance nous f&#238;mes une derni&#232;re halte avant d'entreprendre la travers&#233;e de la montagne qui nous s&#233;parait de notre lit ardemment d&#233;sir&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait &#233;toil&#233; et la temp&#233;rature exceptionnellement douce. J'engageai mes jeunes compagnons &#224; se comporter en v&#233;ritables v&#233;g&#233;tariens amis de la vie simple et &#224; prendre quelques heures de repos &#224; la belle &#233;toile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils se rang&#232;rent vite &#224; mon avis, car ils avaient du sommeil plein les yeux et leurs zigzags sur la route devenaient inqui&#233;tants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un pr&#233;, sous quelques arbres, nous dormions tous &#224; poings ferm&#233;s dix minutes apr&#232;s ma motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon &#226;ge me gratifiant d'un sommeil plus l&#233;ger, je m'&#233;veillai tout &#224; coup&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un cr&#233;pitement singulier tout autour de moi, accompagnait le ronflement des jeunes gens que je r&#233;veillai &#224; la h&#226;te. Il pleuvait, et les gouttes, passant d&#233;j&#224; &#224; travers les feuilles, commen&#231;aient &#224; tomber sur nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallut d&#233;guerpir &#224; la h&#226;te et s'en aller en pleine nuit, sous une pluie copieuse, sinon torrentielle, chercher un abri plus s&#251;r. Nous ne trouv&#226;mes &#224; Saint-Cyr (il &#233;tait une heure du matin) pas une porte ouverte, et nous d&#251;mes, en fin de compte, heureux de nous r&#233;fugier sous un hangar d&#233;labr&#233; et sale &#224; plaisir devant lequel je ne passe jamais sans me souvenir de cette nuit agit&#233;e et que nous baptis&#226;mes grand h&#244;tel de Saint-Cyr.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis lors, L. et R. ne permettent plus que je vante devant eux, aux nouveaux adeptes de l'&#201;cole st&#233;phanoise les charmes des nuits pass&#233;es &#224; la belle &#233;toile. Et pourtant... mais rien n'est terrible comme un d&#233;but malheureux. J'en sais quelque chose, moi qui pour avoir eu, en 1889, un clou dans mon premier pneumatique au 40&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, d&#233;daignai d'acheter 25 francs des actions Dunlop qui valurent quelques ann&#233;es plus tard 1.000 francs et me refusai pendant plusieurs saisons aux douceurs du pneumatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cahin-caha, sans entrain, sous un ciel triste, sur des routes boueuses, nous repartons d&#232;s les premi&#232;res lueurs d'une aube grise et terne. &#192; 7 heures, nous sommes &#224; Saint-&#201;tienne, satisfaits, malgr&#233; nos d&#233;boires, d'avoir pu d&#233;montrer que des excursions de l'importance de celle que nous avions entreprise n'exc&#232;dent pas les moyens de cyclistes de force ordinaire polymultipli&#233;s, L., &#224; la v&#233;rit&#233;, la fit &#224; nos c&#244;t&#233;s, avec l'unique d&#233;veloppement de 6m,30, mais malgr&#233; son exceptionnelle vigueur, son &#233;chec &#224; la mont&#233;e de l'&#201;charasson lui ouvrit les yeux. Il est devenu, depuis, un des plus convaincus partisans des machines &#224; d&#233;veloppements multiples, r&#233;duisant d'ann&#233;e en ann&#233;e son petit d&#233;veloppement de 3m,65 &#224; 3m,25 et enfin &#224; 2m,70, bien que ses muscles lui permettent encore de gravir quand il lui pla&#238;t les 6 kilom&#232;tres &#224; 6 1/4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% du col des Grand Bois avec 6m,60, &#224; l'instar des coureurs du tour de France exalt&#233;s par l'Auto qui se garde bien de les envoyer &#224; l'&#201;charasson, au Galibier et au Ventoux, o&#249; ils trouveraient peut-&#234;tre bien aussi leur chemin de Damas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avions pas encore, en ao&#251;t 1900, les bicyclettes &#224; changement de vitesse en marche par deux cha&#238;nes directes, et cette excursion dans le Vercors fut une des derni&#232;res faites avec le syst&#232;me primitif par d&#233;placement de la cha&#238;ne sur plusieurs couples de pignons. Ferions-nous beaucoup mieux aujourd'hui avec nos machines soi-disant perfectionn&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Peut-&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce serait un essai &#224; tenter l'ann&#233;e prochaine et je le tenterai si quelque n&#233;ophyte me demande de le conduire dans le Vercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/foretdelente.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH296/foretdelente-b814c.jpg?1788127431' width='500' height='296' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-168 '&gt;&lt;strong&gt;For&#234;t de Lente
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-168 '&gt;Route de la For&#234;t de Lente. 2019
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-168 '&gt;V&#233;lotextes
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>For&#234;t de Lente (1900)</title>
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		<dc:date>2022-08-25T09:53:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>For&#234;t de Lente</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pousser des cris d'admiration en voyant grimper une automobile n'est pas pr&#233;cis&#233;ment dans notre caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;For&#234;t de Lente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le Cycliste, D&#233;cembre 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de l'&#201;charasson m'&#233;tait connue. En 1894, un inspecteur des for&#234;ts m'avait parl&#233; des difficult&#233;s que l'on rencontrait dans son percement. J'allai la voir &#224; pied mais ne poussais pas jusqu'&#224; la maison foresti&#232;re. Ayant gard&#233; une impression tr&#232;s confuse de cette route, d'ailleurs &#224; peine amorc&#233;e, je r&#233;solus en septembre dernier de monter sur le Vercors par Saint-Jean-en-Royan.&lt;br class='autobr' /&gt; Parti de Valence le matin, j'arrive &#224; 2 heures, apr&#232;s un long arr&#234;t &#224; Romans, &#224; la hauteur du pont suspendu de Saint-Nazaire. De l&#224; se d&#233;couvre le village que franchit l'aqueduc de la Bourne. La vue sur cette rivi&#232;re et sur l'Is&#232;re est fort belle. La terre et les roches de leurs hautes berges sont d'un rouge extr&#234;mement vif sur lequel ressortent de verts taillis, le bleu de l'eau. Je ne connais qu'un autre site pr&#233;sentant d'aussi &#233;clatantes colorations : les rivages de l'Esterel, pr&#232;s d'Agay.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin est &#233;pouvantable et ma bicyclette laisse dans l'&#233;paisse poussi&#232;re, une profonde et p&#233;nible trace. La descente du pont de Mane n'est pas meilleure, au contraire car de nombreuses orni&#232;res, des trous dissimul&#233;s, impriment &#224; ma machine les plus d&#233;sagr&#233;ables vibrations.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'engageais sur le pont, quant &#224; deux cents m&#232;tres, j'aper&#231;ois une voiture que plusieurs personnes entouraient.&lt;br class='autobr' /&gt; En voyage, j'aime et recherche les incidents : rien de monotone comme une excursion qui en est d&#233;pourvue. Approchant je reconnais une automobile peinte en rouge amarante qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;panne s&#233;rieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; vient de clouer sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur, v&#234;tu enti&#232;rement de cuir grenat, est accompagn&#233; de sa femme et de sa fille. Un m&#233;canicien, un domestique, tel est le personnel de l'automobile.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233;. Il n'y a je ne sais quel malin plaisir &#224; &#234;tre t&#233;moin de l'embarras de son prochain, quand de cet embarras n'est r&#233;sult&#233; aucun mal. Que l'homme est donc naturellement mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a toujours, a dit La Rochefoucauld, quelque chose dans le malheur d'autrui qui r&#233;jouit. Les maximes du prince de Marcillac ne sont pas les maximes des saints et le touriste n'est pas un ange : aussi j'assiste le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;c&#339;ur l&#233;ger&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; cette lamentable panne, heureux de voir cette sorte de d&#233;boires inconnue au cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur ne d&#233;col&#232;re pas et avec raison est exasp&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le m&#233;canicien a perdu la t&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le domestique est all&#233; chercher des chevaux et les deux dames, assises sur le talus de la route, feuillettent, il me semble, avec le plus grand int&#233;r&#234;t, un guide rouge, qui doit &#234;tre le Boedecker&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je remarque leur calme, peut-&#234;tre sont-elles blas&#233;es sur ce genre d'agr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chauffeur, content de rencontrer un touriste pour s'&#233;pancher, me met au courant de ce f&#226;cheux contretemps. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est inconcevable, me dit-il, l'allumage est parfait, la carburation id&#233;ale, nous n'y comprenons rien. Une voiture qui marchait si bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si vous l'aviez vu, ce matin, monter la c&#244;te de Sassenage, vous auriez pouss&#233; un cri d'admiration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pousser des cris d'admiration en voyant grimper une automobile n'est pas pr&#233;cis&#233;ment dans notre caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et il est probable qu'au lieu de ce d&#233;bordement d'enthousiasme, j'aurai pens&#233; simplement : pourvu que &#231;a dure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Existe-t-il, continua le chauffeur, une voiture plus capricieuse, plus ent&#234;t&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;ne vouloir ni avancer, ni reculer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Votre automobile, r&#233;pondis-je, est la r&#233;habilitation de la mule.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le domestique est revenu suivi d'un paysan et d'un cheval. Avec des cordes on assujettit un brancard et la voiture se met tristement en marche, se dirigeant vers la gare de Saint-Hilaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vais, me dit le chauffeur, la faire attacher sur truck jusqu'&#224; Valence.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et l&#224; elle fera s&#251;rement ses quarante kilom&#232;tres &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ajoutai-je en le quittant.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s le pont de Mane le chemin devient un peu meilleur et j'entre &#224; Saint-Jean &#224; 3h 40. Le temps &#233;tait tr&#232;s chaud, une quinzaine de kilom&#232;tres me s&#233;paraient seulement de Lente, une longue halte &#233;tait permise. Je ferai bien, me dis-je, 7 kil. 500 &#224; l'heure, &#224; cinq le soleil sera moins ardent et j'arriverai &#224; la maison foresti&#232;re &#224; sept, &#224; l'heure du d&#238;ner.&lt;br class='autobr' /&gt; Je commis l&#224; une faute impardonnable que mon exp&#233;rience aurait d&#251; m'&#233;viter. La pente de la route fut beaucoup plus forte que je ne supposais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du col &#224; la scierie du Brey, je trouvai une &#233;paisse couche de pierre r&#233;cemment &#233;tendue qui attenait le cylindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; autant de causes qui me retard&#232;rent. D'ailleurs il est toujours prudent d'avoir un peu de marge en cas d'impr&#233;vu, voire m&#234;me pour une r&#233;paration de pneumatique.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me repose donc &#224; l'ombre des ormes de Saint-Jean, m'abandonnant &#224; cette d&#233;licieuse fl&#226;nerie que go&#251;te le touriste au milieu de l'&#233;tape, et je parcours quelques journaux sous la tente d'un caf&#233;. L&#224; &#233;tait attabl&#233; un cycliste, un des plus &#233;tonnants que j'ai rencontr&#233;s. Habill&#233; compl&#232;tement de piqu&#233; blanc, bas et maillot &#233;cossais, il a l'air de sortir d'un &#233;crin. Sa conversation est aussi extraordinaire que son costume... Il conna&#238;t La Revue, ne soyons pas cruel. Je n'en dirai pas plus long.&lt;br class='autobr' /&gt; 5 heures : je me mets en selle. La dure rampe commence imm&#233;diatement &#224; la sortie du village. La route traverse des pr&#233;s plant&#233;s de pommiers et ne tarde pas &#224; s'engager dans les bois de taillis d'o&#249; elle ne sortira plus. Joanne donne &#224; cette c&#244;te une pente de 7%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a erreur manifeste, elle doit avoir 8,5 si ce n'est 9%.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin d&#233;crit un immense lacet, dominant la vall&#233;e de la Lyonne, puis revient sur sa premi&#232;re direction. &#192; mesure que je m'&#233;l&#232;ve la vue devient de plus en &#233;tendue : Saint-Jean appara&#238;t blotti dans la verdure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au loin, se dessine en blanc, le haut aqueduc de Saint-Nazaire et partout surgissent des villages et des fermes dans le feuillage. J'aper&#231;ois tr&#232;s bas presque tout le Royannais, la vall&#233;e de l'Is&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'horizon, la for&#234;t de Chambarand et la cha&#238;ne des C&#233;vennes.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette rampe est tellement dure sous le soleil, dont &#224; cette heure les rayons me frappent normalement, que je ne cherche que des pr&#233;textes &#224; descendre de machine. C'est une suite de capitulation de conscience. J'interroge le cantonnier sur la route de Combe-Laval, quoique bien mieux renseign&#233; que lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le fallacieux motif de prendre une note, je fume une cigarette sur l'herbe, contemplant les merveilleux lointains&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fleur me parait d'une esp&#232;ce rare, je m'arr&#234;te pour la cueillir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chaque passant doit subir un interrogatoire et tous ces subterfuges r&#233;duisent &#224; tel point ma marche qu'elle ne doit pas d&#233;passer 4 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt; Peu avant la fontaine de l'&#201;charasson je croise un berger surveillant son troupeau qui broutait sur ces pentes escarp&#233;es. Naturellement je ne laisse pas &#233;chapper cette occasion de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Connaissez-vous, lui dis-je, la route de Combe-Laval&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En suis-je loin &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Non, me r&#233;pondit-il, une demi-heure &#224; peine.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et avec un accent compatissant : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous y allez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ai vue une fois mais n'y passerai plus. C'est affreux &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est vilain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Vilain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En voil&#224; un amant de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Allons ce sera encore mieux que je n'esp&#233;rais. La beaut&#233; d'un paysage &#233;tant toujours en raison inverse de l'appr&#233;ciation de l'indig&#232;ne, s'il m'avait dit splendide, je serais retourn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne pouvais faire halte &#224; la fontaine. Cette eau d'une fra&#238;cheur glac&#233;e est &#224; redouter pour le cycliste qui arrive l&#224; souvent en moiteur, et il devra sagement se borner &#224; des ablutions.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t j'atteins le col : le chemin tourne &#224; angle droit, se dirigeant sur l'&#201;charasson. D'ici je vois Sainte-Eulalie &#224; moiti&#233; cach&#233; dans ses noyers, Pont-en-Royan accroch&#233; &#224; ses rochers, les vertes vall&#233;es de la Lyonne et de la Bourne : tableau admirable sous le soleil couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Vers le 8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, je prends &#224; gauche la nouvelle route. Quelques cents m&#232;tres et me voici devant le vertigineux pr&#233;cipice de Combe-Laval.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette route qui a n&#233;cessit&#233; de difficiles et dangereux travaux, suit &#224; une hauteur de 700 m&#232;tres &#224; pic sur l'&#233;troite gorge du Cholet, une ligne sinueuse aux courbes accus&#233;es. Taill&#233;e dans le roc sans interruption, elle troue, par de nombreux tunnels, les &#233;normes contreforts de la montagne. &#192; certains endroits, la roche a manqu&#233; et c'est sur des poutres de fer qu'elle franchit le vide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; d'autres, des murs cyclop&#233;ens la soutiennent. Sur la droite, de mena&#231;antes parois s'&#233;l&#232;vent tr&#232;s haut. Partout o&#249; la mine l'a fait sauter, partout o&#249; il a &#233;t&#233; entaill&#233;, le rocher a pris une couleur fauve ardent, presque rouge&#226;tre, qui tranche violemment sur le gris&#226;tre de l'ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt; La vue sur l'ab&#238;me est saisissante et donne un frisson d'instinctive terreur. &#192; une effrayante profondeur, je distingue quelques maisons, des arbres, mais rapetiss&#233;s comme des jouets d'enfant.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'enfonce dans un tunnel. &#192; la sortie le spectacle est plus terrifiant encore. Cette route est une de celles o&#249;, dans les cauchemars, le vertige vous prend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces pr&#233;cipices sont ceux dans lesquels on tombe avec cette angoisse qui persiste m&#234;me apr&#232;s le r&#233;veil. G. Dor&#233;, dans L'Enfer de Dante, a dessin&#233; des routes pareilles.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil s'est couch&#233;. En face, de gigantesques falaises, qui sous les derniers rayons avaient rev&#234;tu les teintes les plus chaudes, sont devenues violettes, puis peu &#224; peu, ternissent, passent au gris sans reflets. Au loin, une brume bleu&#226;tre, d'une t&#233;nuit&#233; extr&#234;me, couvre le Royannais.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai longuement contempl&#233; cette vue fascinante, j'ai laiss&#233; le temps fuir, saisi par l'&#226;pre sauvagerie, la farouche grandeur du site. L'obscurit&#233; envahit d&#233;j&#224; la sombre gorge et se fait plus grande &#224; chaque pas. La nuit vient avec une rapidit&#233; qui me surprend et dans ces cailloux fra&#238;chement r&#233;pandus, ma marche est d'une lenteur d&#233;sesp&#233;rante.&lt;br class='autobr' /&gt; Parvenu au fond du cirque, une haute muraille de rochers me para&#238;t une barri&#232;re infranchissable. O&#249; passera la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? elle s'engouffre dans deux tunnels qu'ont creus&#233;s autrefois les moines de l'abbaye de Bouvante. Sous la t&#233;n&#233;breuse vo&#251;te, nulle lueur pour me diriger : h&#233;sitant, tr&#233;buchant &#224; chaque pas, je pousse ma machine sur la dure pente. Le tunnel travers&#233;, j'entends grincer les roues d'un chariot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un homme portant un falot est sur la route, d&#233;telant ses chevaux. Je suis arriv&#233; &#224; la scierie de Brey.&lt;br class='autobr' /&gt; J'interroge le voiturier sur la maison foresti&#232;re.&#8239;&#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous n'en &#234;tes qu'&#224; trois kilom&#232;tres, me dit-il, seulement prenez garde de ne pas aller trop loin : vous n'avez pas de lanterne et il fait tr&#232;s nuit. Il est presque s&#251;r que vous passerez devant le chemin sans le voir. Mais &#233;coutez-moi bien, vous ne pourrez vous tromper. Quand vous aurez laiss&#233; &#224; votre droite la vieille route, le chemin de la maison foresti&#232;re sera &#224; 1.500 m&#232;tres plus loin, &#233;galement &#224; droite. Si vous le manquez vous le trouverez facilement par cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;remarque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. D&#232;s que la for&#234;t cessera, d&#232;s que vous verrez un terrain d&#233;bois&#233; vous l'aurez d&#233;pass&#233;. Revenez alors et &#224; une cinquantaine de m&#232;tres &#224; gauche, cette fois, vous trouverez le chemin de la maison foresti&#232;re qui n'est qu'&#224; 200 m&#232;tres sur la hauteur.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; J'&#233;coute attentivement et le remercie.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis maintenant en pleine for&#234;t, mais vu l'obscurit&#233;, je vais &#224; pied. D'&#233;pais sapins se dressent de chaque c&#244;t&#233; de la route, et de la masse noire, &#224; peine si le ciel je vois sortir leurs cimes aigu&#235;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en marchant, je comparais la route de l'&#201;charasson &#224; celle des grands goulets. Combe-Laval est tr&#232;s beau, incontestablement, colossal si l'on veut, mais on n'y ressent pas la po&#233;sie h&#233;ro&#239;que des Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y manque cette furieuse et &#233;tourdissante Vernaison, ces eaux &#233;cumantes se pr&#233;cipitant en cascade, la verdure des taillis. Ici tout est sec, br&#251;l&#233;, ravag&#233;. Les Grands-Goulets l'emportaient.&lt;br class='autobr' /&gt; Un bruit de pas interrompt mes r&#233;flexions, et dans l'ombre, je distingue un homme dont le b&#226;ton ferr&#233; sonne sur les pierres. Je l'interpelle.&lt;br class='autobr' /&gt; En pareil cas, le son de la voix de l'inconnu me guide sur ce que j'ai &#224; faire. J'ai bien un revolver, mais je crains de m'en servir &#8212; un jour peut-&#234;tre, en dirai-je la raison aux lecteurs du Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Suis-je loin de la maison foresti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Vous-y &#234;tes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me r&#233;pond gaiement, une voix au timbre franc et cordial. C'&#233;tait un charbonnier.&lt;br class='autobr' /&gt; La nuit est si profonde que je manque l'amorce de la route : &#224; ma droite j'ai le terrain d&#233;bois&#233;. Une courte mont&#233;e et j'aper&#231;ois les lumi&#232;res briller dans les sapins : c'est la maison foresti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; J'appelle : une fen&#234;tre &#233;clair&#233;e s'ouvre, et un instant apr&#232;s descend un garde. Je suis re&#231;u avec empressement, et bient&#244;t assis devant la chemin&#233;e, je me chauffe &#224; un grand feu de h&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon couvert est vite dress&#233; dans une pi&#232;ce &#224; c&#244;t&#233; de la cuisine &#8212; je recommande aux touristes la gel&#233;e de framboises faites &#224; Lente &#8212; mon repas termin&#233; je fume pr&#232;s du feu. La soir&#233;e pass&#233;e se passe &#224; causer avec le garde forestier. &#192; son accent je reconnais qu'il est alsacien : il me parle des belles for&#234;ts de son pays, for&#234;ts qui ne nous appartiennent plus, et sa figure trahit les regrets qu'il ressent encore. Il y a 27 ans qu'il est &#224; Lente. Aussi quelle sant&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel regard bon et loyal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la for&#234;t est moralisatrice, la for&#234;t est meilleure que les hommes .&lt;br class='autobr' /&gt; Il est 10 heures. Le garde s'est lev&#233;, a allum&#233; une lanterne et se tient debout devant moi, pr&#234;t &#224; me conduire &#224; la maison des touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Voulez-vous, me dit sa femme, un journal pour vous endormir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je sais que beaucoup de personnes aiment &#224; lire au lit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Tr&#232;s volontiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondis-je. En effet, j'ai l'habitude dans ma chambre de prendre un livre quand je n'ai pas sommeil. Tel est le cas ce soir. Ce journal sera donc le bienvenu.&lt;br class='autobr' /&gt; P&#233;rip&#233;tie poursuivie du conteur, toi qui le fuis quand il te cherche, combien parfois tu es dure pour lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pourquoi de tes faveurs toujours si avares, m'as-tu combl&#233;, accabl&#233; aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Dans une semblable situation, le Vicomte d'Arlincourt n'aurait pas manqu&#233; de s'&#233;crierv&#160;: ciel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! en croirais-je mes yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et cette phrase surann&#233;e exprimait parfaitement la sensation que j'&#233;prouve.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce journal que je tiens dans ma main, ce journal qu'on me donne pour m'endormir, oserai-je dire son nom&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et pourtant je suis bien s&#251;r qu'aucun lecteur de la Revue ne le devinerait. Vous le voulez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? eh bien... c'&#233;tait le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le coup &#233;tait rude, un espoir me restait. S&#251;rement, pensais-je, c'est un vieux num&#233;ro qu'un touriste aura oubli&#233; ici, un de ceux consacr&#233;s aux itin&#233;raires, &#224; la revue des catalogues, un de ces num&#233;ros qu'irr&#233;v&#233;rencieusement on appelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;assommant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et dont le pouvoir soporifique ne se discute pas... je l'ouvre. C'est celui du 30&#160;juin 1900 et il contient le Valgaudemar.&lt;br class='autobr' /&gt; Ironie amusante des choses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce r&#233;cit, un des plus mauvais que j'ai envoy&#233; au cycliste, a &#233;t&#233; &#233;crit en deux heures. Il &#233;tait donc juste qu'une pareille d&#233;sinvolture f&#251;t punie : et la ceinture de hautes roches qui fait au Vercors un rempart inexpugnable, l'immense for&#234;t qui m'entoure, n'ont pu me d&#233;fendre contre la raillerie du sort. Mais c'est dans l'adversit&#233; que les &#226;mes fortement tremp&#233;es donnent toute leur mesure, aussi faisant bonne contenance, je remercie mon h&#244;tesse et emporte la revue.&lt;br class='autobr' /&gt; Cet incident m'avait fort &#233;gay&#233;, et en fumant une derni&#232;re cigarette je me disais : faut-il que le Cycliste soit un journal r&#233;pandu pour avoir pu m&#234;me p&#233;n&#233;trer dans ces solitudes lointaines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! o&#249; ne compte-t-il pas des abonn&#233;s..., sic itur ad astra&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et c'est berc&#233; par ces riantes pens&#233;es que je m'endormis. Les contrevents ferm&#233;s m'ont tromp&#233; et le soleil brille d&#233;j&#224; sur la prairie de Lente. Le ciel tr&#232;s bleu est sans nuages.&lt;br class='autobr' /&gt; En sortant je rencontre le vieux garde alsacien :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Eh bien, lui dis-je, faisant allusion &#224; la pluie qui tombe presque continuellement sur le Vercors, qu'est-ce que cela signifie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? le temps s'est d&#233;rang&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourriez-vous m'expliquer pourquoi il ne pleut pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#160;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; C'est inconcevable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! r&#233;pondit-il plaisamment, mais rassurez-vous, &#231;a ne durera pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et prenant mon sac : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Votre d&#233;jeuner est pr&#234;t, ma femme a battu ce matin du beurre pour vous.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant que j'&#233;tais &#224; table des grad&#233;s sont entr&#233;s. il y en a un que je n'aimerais pas rencontrer &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;en civil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au coin d'un bois. Avec sa grande barbe de sapeur il a un air f&#233;roce. Au demeurant le meilleur des hommes. Je les interroge sur les chemins qui conduisent &#224; Vassieux. F&#226;cheux son de cloche, ils ne sont pas d'accord et chacun me trace un itin&#233;raire diff&#233;rent. La grande barbe veut absolument que je prenne le raccourci de la Chapelle, et garanti que je n'aurai &#224; porter ma bicyclette &#224; peine quarante minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Impatient&#233;, la femme de l'Alsacien les interrompt :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Monsieur n'a qu'&#224; passer par Lachau, c'est encore le moins mauvais et le plus court.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et se tournant vers moi :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous suivrez la route qui longe la prairie &#8212; elle me la montre de la fen&#234;tre &#8212; entr&#233; dans la for&#234;t vous laisserez un chemin &#224; droite qui monte en sens contraire, et continuerez devant vous : apr&#232;s un pont de pierre vous arriverez &#224; un carrefour. L&#224; faites bien attention de ne pas vous tromper. Il y a trois chemins. Ne prenez pas celui qui descend, encore moins celui qui sera en face de vous &#8212; vous iriez &#224; la Chapelle &#8212; mais celui qui monte.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ces renseignements grav&#233;s dans ma m&#233;moire, je prends cong&#233; de ces braves gens dont l'accueil patriarcal rappelle la vie d'autrefois.&lt;br class='autobr' /&gt; La route est un enchantement continu, la for&#234;t est merveilleuse. Le h&#234;tre dont le tronc droit et clair s'&#233;l&#232;ve tr&#232;s haut, se m&#234;le au sapin et &#224; l'&#233;pic&#233;a, sous lesquels poussent des taillis de noisetiers et d'alisiers. Des sorbiers des Oiseleurs aux baies rouge vif, bordent parfois le chemin, mettant une note &#233;clatante dans le paysage. Le sol est tapiss&#233; de fraisiers de framboisiers de v&#233;g&#233;tation luxuriante, folle, un vrai parc de milliardaire. Des sapins centenaires ont leurs branches pendantes couvertes de lichens, et cela leur donne un aspect v&#233;n&#233;rable. Patriarches de la for&#234;t ils abritent leurs nombreux descendants et de leur ombre les prot&#232;gent encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans ces combes la terre est humide, la chaleur lourde, le chemin boueux et je prends le parti de marcher. Voici le pont aux pierres vertes de mousse et bient&#244;t apr&#232;s le carrefour en X.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne me rappelle plus la longue explication de la femme du garde. Il y bien un poteau portant mention de chemin de Vassieux, mais ce poteau plac&#233; au centre de l'X est d&#233;pourvu de fl&#232;che. Quelle est ma route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? ma montre, pr&#233;sent&#233;e au soleil, m'indique le Sud : je peux donc orienter ma carte. La bonne route monte faisant un angle aigu avec celle de Lente.&lt;br class='autobr' /&gt; La for&#234;t est si belle que souvent je m'arr&#234;te pour fumer. Avec toutes ces haltes le temps fuit rapidement. Il est 11 heures, j'ai d&#233;jeun&#233; tr&#232;s l&#233;g&#232;rement ce matin et je m'aper&#231;ois qu'on ne vit pas uniquement de pittoresque. Malheureusement j'ai mon sac des courtes excursions, il ne contient que des objets de toilette et en fait de provisions de bouche, rendrait des points au radeau de la m&#233;duse.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'apitoyais sur les souffrances de ses naufrag&#233;s quand je rencontre un casseur de pierres. Aid&#233; par lui je suis vite en possession de deux cornets de framboises. Je connais des mets plus substantiels. Cette vie de Robinson est d&#233;cid&#233;ment moins agr&#233;able &#224; vivre qu'&#224; lire.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir travers&#233; une clairi&#232;re et laiss&#233; &#224; droite des p&#226;turages et des collines d&#233;bois&#233;es, me voici enfin en haut de la c&#244;te. De l&#224; jusqu'&#224; Vassieux descente continue. Je suis de nouveau dans la for&#234;t, aussi enchanteresse peut-&#234;tre que sur l'autre versant. &#192; midi je passe devant la maison foresti&#232;re de Lachau. Je trouve porte close. En face s'ouvre une grande &#233;chancrure : c'est le col des Jaussauds.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arr&#234;te saisi par la vue, une des plus &#233;tonnantes, des plus singuli&#232;res que j'aie contempl&#233;es. J'ai &#224; mes pieds, &#224; une profondeur de 400 m&#232;tres environ, toute la vall&#233;e de Vassieux, parsem&#233;e de hameaux et de fermes. De longues routes blanches la sillonnent, convergeant vers ce village. La vall&#233;e qui de cette hauteur para&#238;t une plaine, ressemble par ses terres labour&#233;es, ses carr&#233;s de pr&#233;s, ses champs en friche, &#224; une immense marqueterie. Un grand nombre de gerbiers de forme conique prennent l'aspect de petites quilles &#224; jouer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; gauche, dans le lointain, la Chapelle-en-Vercors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant moi, La Mure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, Vassieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais tout en &#233;tant vus en projection, les toits de ces deux derniers villages semblent toucher le sol. L'ensemble constitue le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;topo&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le plus facile &#224; prendre que je connaisse.&lt;br class='autobr' /&gt; Au second plan les croupes noires de sapin de Saint-Agnan. Derri&#232;re, les dominant, une seconde ligne de montagnes d&#233;nud&#233;es aux cr&#234;tes d&#233;chiquet&#233;es : c'est la cha&#238;ne de la Moucherolle, dont le Grand-Veymont est la plus grande cime.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'arrache enfin &#224; ce spectacle, il n'est que temps d'arriver &#224; Vassieux. Un sentier trac&#233; sur le flanc escarp&#233; de la montagne &#233;vite le grand lacet, mais vu son &#233;troitesse et son &#233;tat je ne m'y engage pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t le chemin pierreux, ravin&#233; par les eaux me force &#224; marcher &#224; pied jusqu'au bas de l'interminable descente. Deux kilom&#232;tres d'excellente route : Vassieux.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce village, ou plut&#244;t ce hameau, poss&#232;de six auberges, un bureau de poste, le t&#233;l&#233;graphe et le t&#233;l&#233;phone&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'y d&#233;couvre une marchande de fruits. Elle a p&#234;ches, raisins, poires. Sur l'arbre je conseille des cerises noires m&#251;res &#224; point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et c'est le 15&#160;septembre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s une halte honn&#234;tement employ&#233;e je repars. &#192; peine sous bois, le sol est si mauvais qu'ici encore je dois mettre pied &#224; terre. Je ne me plains pas, car la for&#234;t se fait &#224; chaque instant plus touffue. Au col Saint-Alexis, le chemin devenu passable descend dans la vall&#233;e du Rousset. J'aper&#231;ois ce village &#224; 300 m&#232;tres &#224; pic sous la route. Une pierre que je lancerais tomberait sur ses toits. Cette vue de Rousset surprend par la brusquerie de son apparition : sur la vall&#233;e bois&#233;e elle est de toute beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Un kilom&#232;tre de mont&#233;e et j'entre dans l'humide tunnel. Quelle n'est pas ma surprise de le trouver &#233;clair&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! maigrement il est vrai, car trois lampes seules y brillent. D'apr&#232;s ce que j'ai appris, l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;administration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'est enfin d&#233;cid&#233; &#224; cette folle d&#233;pense depuis novembre 1899.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; au refuge, ma bicyclette remis&#233;e, je m'assieds sur la terrasse et les jumelles du cantonnier &#224; la main &#8212; la vieille longue-vue a &#233;t&#233; mise hors de combat &#8212; je fouille la route dont tous les lacets se d&#233;roulent sous moi. Elle est d&#233;serte, aucun touriste ne montera ce soir.&lt;br class='autobr' /&gt; Je lisais avec int&#233;r&#234;t une revue que j'avais prise, dans mon sac, quand j'entends des cris de frayeurs entrem&#234;l&#233;s de rires. Me retournant, je vois deux jeunes filles qui s'interpellent gaiement. L'une, arm&#233;e d'un alpenstock, est presque au sommet d'une longue &#233;chelle appuy&#233;e contre la paroi &#224; pic de la route, l'autre, au pied, essaye de la maintenir.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeunes filles sont deux New-Yorkaises, deux blondes aux yeux bleus et leurs mani&#232;res un peu masculines comme celles de toutes les jeunes filles d'outre-mer sont att&#233;nu&#233;es et corrig&#233;es par une gr&#226;ce extr&#234;me. Tr&#232;s naturelles, pleines d'entrain, elles sont la ga&#238;t&#233; m&#234;me et j'ai emport&#233; de cette fugitive rencontre le plus charmant souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous sommes venues, me dit l'Am&#233;ricaine qui est pr&#232;s de moi, faire au col du Rousset une cure d'air. Mon fr&#232;re nous y a conduites et viendra nous y chercher.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne peux m'emp&#234;cher de sourire : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Une cure d'air&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mademoiselle, je crains que ce ne soit plut&#244;t une cure d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et je lui apprends la d&#233;testable r&#233;putation dont jouit le Vercors.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Jamais, continuai-je, je ne l'ai travers&#233; sans pluie, et je ne suis pas encore revenu du temps qu'il fait.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant cet entretien, la jeune fille est d&#233;j&#224; arriv&#233;e tr&#232;s haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; maintenant, elle grimpe p&#233;niblement d&#233;crivant de nombreux zigzags, tant&#244;t s'accrochant aux touffes d'herbe, tant&#244;t se hissant sur l'alpenstock. Bient&#244;t elle s'arr&#234;te ne sachant plus o&#249; se diriger et n'osant redescendre &#224; cause du vertige.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai peur d'un accident. Ne connaissant pas le sentier je h&#232;le le domestique du refuge : il accourt. Je lui montre l'Am&#233;ricaine : aussit&#244;t, comme un chat, il bondit sur l'&#233;chelle et en un clin d'&#339;il l'a atteinte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il la soutient, la guide, et un instant apr&#232;s l'ascensionniste, le teint anim&#233;, les yeux brillants, toute triomphante, est saine et sauve sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Je la f&#233;licite de l'heureuse issue de son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;exp&#233;dition&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ne la complimentez pas, interrompit sa s&#339;ur toute p&#226;le d'&#233;motion, elle aurait pu se tuer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;En France, mademoiselle, on f&#233;licite toujours sur une chose qui r&#233;ussit, quitte &#224; bl&#226;mer dans le cas contraire.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; L'heure du d&#238;ner est venue. Le couvert des Am&#233;ricaines est mis sur la terrasse, le mien dans la salle. Impossible de promener apr&#232;s le repas, le temps a fra&#238;chi : aussi les jeunes filles rentrent au refuge o&#249; nous passons la soir&#233;e avec la femme du cantonnier et sa s&#339;ur. Le brave domestique sommeille sur une chaise. La grande lampe du plafond nous &#233;claire et dans cette chaude temp&#233;rature, sentant le froid au-dehors, notre humeur est joyeuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, je suis amen&#233; &#224; parler voyages. Je raconte ma derni&#232;re excursion &#224; Fond-Turbat, au D&#233;sert de Valjouffrey, et je d&#233;cris la route tr&#232;s peu connue et pourtant si pittoresque de La Mure &#224; Vif. Subitement une id&#233;e me traverse l'esprit : &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Me permettez-vous, mademoiselle, dans le r&#233;cit que je compte &#233;crire sur la for&#234;t de Lente, de dire deux mots de votre audacieuse et t&#233;m&#233;raire ascension&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondit-elle en riant, mais vous tairez notre nom, le pays que nous habitons en France et vous nous enverrez le r&#233;cit.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Naturellement je le promets et ici se place un incident qui me divertit fort et que, narrateur v&#233;ridique, je ne puis omettre.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, &#224; br&#251;le-pourpoint, une de ces jeunes filles me pose cette question sans contre-dit bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;am&#233;ricaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Vous les paie-t-on cher, monsieur, vos articles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? mademoiselle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondis-je surpris au plus haut point.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Je vous demande, reprit-elle, me regardant bien en face, si on vous paie cher vos articles.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et dans ses yeux clairs, je voyais qu'elle trouvait cette question toute naturelle. Je ne pouvais m'en formaliser.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cher, mademoiselle, serait assur&#233;ment beaucoup dire, il y aurait m&#234;me exag&#233;ration &#224; le pr&#233;tendre. Le prix en est modeste, quoique suffisamment r&#233;mun&#233;rateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et la fixant &#224; mon tour : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On me les paie 1 fr. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ce chiffre la jeune M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; ne peut retenir un sourire &#8212; &#224; New-York, tant vaut le ch&#232;que, tant vaut l'article &#8212; et je m'aper&#231;ois que ma r&#233;ponse l'a embarrass&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Confuse, elle se reproche son indiscr&#233;tion, aussi voulant la rass&#233;r&#233;ner et ne pas rester moi-m&#234;me sur cette d&#233;plorable impression, j'ajoutai :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;&#8239;Cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;somme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mademoiselle, m'est pay&#233;e en douze num&#233;ros, je donne donc mes articles au Cycliste. D'ailleurs, soyez persuad&#233;e que je n'aurais jamais permis une offre p&#233;cuniaire. C'est l'un de ces onze num&#233;ros que j'aurai l'honneur de vous envoyer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Les Am&#233;ricaines sourient franchement, elles ont compris.&lt;br class='autobr' /&gt; La soir&#233;e continue tr&#232;s gaie. Interrog&#233;es, ces jeunes filles me donnent de tr&#232;s int&#233;ressantes informations sur la vie aux &#201;tats-Unis. Je connaissais les m&#339;urs des milliardaires, ainsi que celles de la classe ouvri&#232;re, mais je manquais de renseignements sur les fortunes moyennes, sur la bourgeoisie. J'apprends de fort curieux d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeunes filles parlent admirablement le fran&#231;ais et leur accent &#233;tranger met un piquant, un charme de plus &#224; leur conversation.&lt;br class='autobr' /&gt; 10 heures viennent sonner. C'est l'heure o&#249; les honn&#234;tes gens se couchent : nous ne pouvons faire exception &#224; la r&#232;gle. Je dis adieu aux Am&#233;ricaines, car je partirai de grand matin.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain &#224; 6 heures, apr&#232;s un court d&#233;jeuner, je suis en selle. Le fid&#232;le domestique a attach&#233; &#224; ma bicyclette une branche de sapin, reli&#233;e &#224; ma corde par 25 centim&#232;tres de fil de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212;&#8239;S'use pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit-il, dans le laconique langage qui lui est habituel et dont il souligne presque tous les mots par un large rire.&lt;br class='autobr' /&gt; Quarante minutes suffisent pour descendre &#224; Chamaloc. Du refuge &#224; Mont&#233;limar la route est constamment en pente et &#224; 10h 30 j'entre dans cette ville. Je ne suis plus qu'&#224; 75 kilom&#232;tres de Rochegude, une simple promenade.&lt;br class='autobr' /&gt; Je terminerai ce r&#233;cit par quelques conseils.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe de l'&#201;charasson est particuli&#232;rement dure et le cycliste ne disposant que d'une multiplication sera forc&#233; de la gravir enti&#232;rement &#224; pied. De Combe-Laval &#224; Lente, &#224; part la courte mont&#233;e de Brey, le trajet est faisable &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233; &#224; la maison foresti&#232;re, s'il veut gagner le Vercors par Vassieux ou la Chapelle, ce cycliste devra se r&#233;signer, vu l'&#233;tat des chemins, &#224; une longue marche qu'il &#233;viterait en revenant &#224; Saint-Jean-en-Royan. De l&#224; par Sainte-Eulalie il atteindrait le Vercors par les Grands Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Lente, la for&#234;t ne peut se visiter sans guide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; C'est un vrai labyrinthe. L'administration foresti&#232;re a command&#233; de nombreuses plaques indicatrices, mais elles ne sont pas pos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Joanne, dans le Dauphin&#233;, indique comme route pour les automobiles, le parcours La Chapelle-en-Vercors, col des Jaussauds, Vassieux, Lente, Combe-Laval, Saint-Jean-en-Royan. Je crois qu'une automobile passerait difficilement et ne s'en tirerait pas sans avaries, mais elle pourrait, comme le cycliste craignant la marche, monter par Saint-Jean, et redescendre par le m&#234;me chemin. En tous cas, le chauffeur choisira les mois de juillet et d'ao&#251;t : les chargements du printemps sont alors tass&#233;s et ceux d'automne non encore r&#233;pandus.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant au cycliste &#233;galement bon marcheur, c'est-&#224;-dire le vrai touriste, je lui recommande l'itin&#233;raire que je viens de d&#233;crire. C'est une des plus jolies excursions qu'il puisse faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;109&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L340xH517/b263626101_cp986_r-f3e48.jpg?1788127431' width='340' height='517' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-172 '&gt;&lt;strong&gt;For&#234;t de Lente. Route de Combe Laval 1900
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-172 '&gt;Source M&#233;diath&#232;ques de Valence Romans Agglo cote B263626101_CP986
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;es exp&#233;rimentales (2de partie Vercors - 1921)</title>
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		<dc:date>2022-08-04T08:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1918 et 1939</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Flottante de 1912</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je ne me pressai donc pas et je ne quittai le Refuge qu'&#224; 14 heure, apr&#232;s avoir eu le tort de boire une bouteille de clairette, boisson toujours d&#233;licieuse, mais qui, ce jour-l&#224;, me laissa jusqu'au soir alt&#233;r&#233; et la bouche p&#226;teuse. La clairette de Die serait-elle par hasard un de ces faux plaisirs contre lesquels nous met en garde &#201;picure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Entre 1918 et 1939&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot161" rel="tag"&gt;Flottante de 1912&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, Septembre 1921, source Archives d&#233;partementales de la Loire, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ&lt;/span&gt;/871/3&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me exp&#233;rience fut une &#233;preuve d'endurance tout court. N'ayant pu, le 19&#160;juin, faire le grand tour du Dauphin&#233; (le mauvais temps nous avait arr&#234;t&#233;s &#224; La Grave), je tenais &#224; savoir jusqu'&#224; quel point j'&#233;tais en &#233;tat de r&#233;sister &#224; la fatigue d'une longue &#233;tape men&#233;e un peu vite. C'est ce que j'appelle ouvrir sur l'organisme une fen&#234;tre par laquelle on voit si tout va bien encore ou s'il y a dans le Danemark quelque chose qui commence &#224; pourrir. Et je ne suis pas le seul &#224; agir ainsi, car j'ai lu r&#233;cemment dans l'Auto qu'un sportif dans sa 70&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e n'h&#233;sitait pas &#224; tenter des prouesses qui me mettraient d'ailleurs sur le flanc, &#224; courir, par exemple, 100 m&#232;tres en 18 secondes. Il est vrai qu'&#224; l''&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; nous n'avons jamais cultiv&#233; ni encourag&#233; l'effort sportif&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est &#224; l'endurance, au travail long et soutenu que nous nous consacrons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partis donc le 3&#160;juillet, &#224; 2 heures, dans la direction du Vercors, o&#249; je savais avoir des chances de rencontrer deux et peut-&#234;tre trois de mes compagnons habituels qui, par diff&#233;rentes voies, devaient passer vers midi au col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de lune et ciel nuageux, nuit d'un noir d'encre par cons&#233;quent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais une bonne vieille lanterne qui me sert depuis quinze ans et qui se comporta bien jusqu'&#224; Bourg-Argental o&#249; elle s'&#233;teignit parce que j'avais eu le tort de la garnir de ce carbure granul&#233; tr&#232;s fin qu'on vend partout et qui, sous l'influence des tr&#233;pidations incessantes, saute tant et si bien qu'il finit par former une couche de chaux imperm&#233;able &#224; l'eau, au-dessus des grains encore intacts. Je n'ai jamais souffert de cet inconv&#233;nient quand j'ai employ&#233; du carbure cass&#233; en gros morceaux, lesquels attaqu&#233;s successivement, me fournissent toujours 3 &#224; 4 heures de lumi&#232;re. Or, des Tours &#224; Bourg-Argental, on ne compte que 16 kilom&#232;tres, qui ne m'avaient pas retenu plus d'une heure, bien que je fusse all&#233; tr&#232;s prudemment. Sans feu, je redoublais naturellement de prudence, mais je constatais bient&#244;t que, mes yeux s'habituant &#224; l'obscurit&#233; &#8212; peut-&#234;tre aussi l'aube commen&#231;ait-elle &#224; se dessiner &#8212; je voyais mieux la route et que j'allais de plus en plus vite, si bien que les 26 kilom&#232;tres qui me s&#233;paraient l&#224; des bords du Rh&#244;ne furent b&#226;cl&#233;s en une heure et quart. Je traversai donc le passage &#224; niveau &#224; la gare d'Andance &#224; 4 h. 1/4 pr&#233;cises.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais cette fois, pour &#233;pargner un peu ses pneumatiques si &#233;prouv&#233;s par mes deux randonn&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, laiss&#233; &#224; l'&#233;curie ma randonneuse &#224; grand rendement et j'avais choisi ma flottante de 1912 dont les pneus moins souples mais moins fragiles sont &#224; l'&#233;preuve d'une baignade prolong&#233;e. Cette machine ne me donne que 3 vitesses par d&#233;placement &#224; la main&#160;: 3 m. 30, 4 m. 75 et 6 m. Elle a donc moins de confortable et moins de rendement tout &#224; la fois. Si j'avais d&#251; p&#233;daler de compagnie, je ne l'aurais pas prise, mais quand on voyage seul, on ne s'aper&#231;oit gu&#232;re du plus ou moins de rendement de son outil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on va &#224; l'allure qu'il permet, voil&#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil se leva bient&#244;t, au milieu de rouges nu&#233;es qui ne pr&#233;sageaient rien de bon. Soleil rouge le matin, pluie ou vent sont en chemin, dit-on avec raison. De vent, je n'en sentais point et les nuages s'amoncelaient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; allais-je donc subir encore une journ&#233;e de pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; Tournon, je franchis le Rh&#244;ne et je sentis que le vent du nord s'&#233;levait, c'&#233;tait le beau temps assur&#233;. Je r&#233;solus donc de laisser l&#224; la route directe et d'aborder le col du Rousset par Die&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je pourrai voir ainsi si mon temps habituel, 7 h. 1/2, de Saint-&#201;tienne &#224; Dise (160 km.), est encore dans mes moyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Tournon, la route avait &#233;t&#233; convenable, mais je m'attendais &#224; trouver bien mauvaise la rive gauche de Tain &#224; Valence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fus donc agr&#233;ablement surpris en constatant que, sauf en quelques passages autour du Pont-d'Is&#232;re par exemple, on avait r&#233;par&#233; et qu'on pouvait rouler &#224; bonne allure sans inconv&#233;nient. De Valence, o&#249; je marque un petit arr&#234;t aupr&#232;s d'une fontaine, je file par Beaumont et Montmeyran&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cailloux et t&#234;tes de chat m'obligent tout d'abord &#224; aller moins vite, mais peu &#224; peu, le sol s'am&#233;liore et, le vent aidant, j'arrive rapidement &#224; Crest o&#249; je trouve la toujours tr&#232;s belle route de la vall&#233;e de la Dr&#244;me. &#192; 8 heures, j'&#233;tais attabl&#233; dans un petit caf&#233;, &#224; Saillans, devant une tasse de caf&#233; chaud dans lequel je trempais un peu de pain tir&#233; du sac, co&#251;t&#160;: 30 centimes, le prix d'avant guerre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette route est jolie depuis Livron&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e qu'elle remonte, d'abord entre de modestes collines, puis entre des montagnes tr&#232;s escarp&#233;es qui la serrent parfois jusqu'&#224; l'&#233;trangler, &#224; gauche les sommets du Vercors, &#224; droite les escarpements de Rochecourbe, cette vall&#233;e est tr&#232;s fertile, tr&#232;s peupl&#233;e et par cons&#233;quent tr&#232;s cultiv&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les cigales, surtout apr&#232;s Saillans, y font un bruit &#233;tourdissant et l'on s'y croirait au pays des f&#233;libres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les moissons y sont d'un jaune dor&#233;, rutilant, flamboyant, c'est de l'or qui ondoie sous la brise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pain fait d'un tel froment doit &#234;tre plus nourrissant, plus vivifiant que celui des p&#226;les &#233;pis de notre Forez moins ensoleill&#233;. &#192; 9 h. 1/4, je suis &#224; Die et je bifurque vers le col du Rousset. J'ai donc couvert mes premiers 151 kilom&#232;tres en 7 h. 1/4, tous arr&#234;ts inclus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela fait 8 heures de Saint-&#201;tienne, car les neuf premiers kilom&#232;tres que j'ai escamot&#233;s en partant des Tours me retiennent toujours trois quarts d'heure. Donc affaibli d'environ 30 minutes sur mon temps habituel et j'en accuse le moins bon rendement de mon outil, ce qui apr&#232;s tout est bien possible, car j'ai toujours aim&#233; sur ce parcours avoir &#224; ma disposition un d&#233;veloppement de 7 m&#232;tres dont j'ai &#233;t&#233; priv&#233; ce matin et qui m'est utile tant pour augmenter mon allure sur bonnes routes que pour me soustraire au contact p&#233;nible de la selle sur mauvaises routes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 10 heures moins le quart, je traverse Chamaloc o&#249; j'aurais d&#251; red&#233;jeuner, avant d'aborder les 14 km 1/2 de rampe &#224; moyenne de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui me s&#233;parent l&#224; du Refuge. Mais il me parut que tout allait si bien que je me voyais d&#233;j&#224; &#224; 11 heures devant le bon menu v&#233;g&#233;tarien que j'ai l'habitude de trouver l&#224;-haut. Je grimpais r&#233;guli&#232;rement avec 3 m. 30, mais &#224; mesure que je m'&#233;levais le vent devenait plus sauvage, le ciel plus sombre et la temp&#233;rature si chaude dans la vall&#233;e se refroidissait singuli&#232;rement deux circonstances d&#233;favorables qui allaient bient&#244;t me faire regretter de ne pas avoir mang&#233; avant d'avoir faim. J'&#233;tais ainsi pass&#233; de la borne 5 1/2 &#224; la borne 12 1/2, quand je rencontrai deux de mes compagnons qui, partis de Saint-&#201;tienne &#224; 22 heures, faisaient aussi le tour du Vercors, mais en sens inverse. Ils me confirm&#232;rent qu'il soufflait l&#224;-haut un vent violent et froid comme glace. Ce vent, tant&#244;t me poussait, tant&#244;t me retenait, selon que les lacets interminables pointaient vers le nord-ouest ou vers le sud-est. Tout &#224; coup, je compris que mon ardeur faiblissait et que je serais incapable de terminer l'ascension si je ne mangeais pas. Je m'arr&#234;tai donc et fis ce que j'aurais du faire &#224; Chamaloc. J'avais encore assez de pain dans mon sac pour combattre ce commencement de fringale, mais j'avais trop attendu et les forces ne revinrent que lentement, de sorte que je n'arrivai enfin au Refuge qu'&#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accueilli comme toujours, tr&#232;s cordialement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'eus pas le plaisir de voir la ma&#238;tresse de c&#233;ans qui &#233;tait all&#233;e &#224; Die. On m'y pr&#233;para le repas dont j'avais besoin et que, selon les r&#232;gles de l'hygi&#232;ne, j'absorbai lentement, car l'estomac ayant &#233;t&#233; un peu n&#233;glig&#233; le matin, il s'agissait de ne pas le fatiguer par une trop hative d&#233;glutition d'aliments insuffisamment mastiqu&#233;s et ensaliv&#233;s. Je ne me pressai donc pas et je ne quittai le Refuge qu'&#224; 14 heure, apr&#232;s avoir eu le tort de boire une bouteille de clairette, boisson toujours d&#233;licieuse, mais qui, ce jour-l&#224;, me laissa jusqu'au soir alt&#233;r&#233; et la bouche p&#226;teuse. La clairette de Die serait-elle par hasard un de ces faux plaisirs contre lesquels nous met en garde &#201;picure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le v&#233;ritable plaisir, nous enseigne ce ma&#238;tre, ne trouble ni l'estomac, ni la conscience&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on en jouit dix ans, vingt ans apr&#232;s, autant qu'au moment, o&#249; on le go&#251;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne laisse ni arri&#232;re-go&#251;t s'il s'agit d'un plaisir du corps, ni arri&#232;re-pens&#233;e s'il s'agit d'un plaisir de l'&#226;me, autrement dit ni indigestion, ni remords. Eh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bien, cette derni&#232;re bouteille de clairette qui m'avait si agr&#233;ablement caress&#233; le palais quand elle en humectait les papilles nerveuses ass&#233;ch&#233;es par 170 kilom&#232;tres, a &#233;t&#233; condamn&#233;e par l'estomac et je n'en boirai plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau du col du Rousset est encore meilleure que la clairette et, par &#201;picure lui-m&#234;me, elle serait class&#233;e parmi les plaisirs v&#233;ritables. Que n'avons-nous conserv&#233; l'instinct, ce don que la nature a fait &#224; tous les animaux et que nous avons perdu par notre faute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous reste bien l'intuition qu'on peut d&#233;finir l'instinct de l'intelligence, mais combien cette facult&#233; de l'esprit est inf&#233;rieure en ce qui concerne le choix des aliments &#224; l'instinct tout court&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de quitter le refuge, je voulus boire un peu de caf&#233; tr&#232;s chaud sur la terrasse d'o&#249; l'on a, par temps clair, une vue tr&#232;s &#233;tendue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent y &#233;tait si agressif que je dus battre en retraite. Que vais-je donc trouver &#224; l'autre bout du tunnel, me dis-je en entrant sous la vo&#251;te sombre o&#249; miroitaient au loin les flaques d'eau et de boue gluante qu'il me fallait traverser. J'allais &#224; pied naturellement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut &#234;tre &#233;quilibriste, poss&#233;der des yeux de lynx et une s&#251;ret&#233; de direction extraordinaire pour faire &#224; bicyclette ces 600 m&#232;tres que quatre ou cinq mauvaises lampes &#233;lectriques ont la pr&#233;tention d'&#233;clairer. &#192; cause du vent, les portes du c&#244;t&#233; du Vercors &#233;taient ferm&#233;es et, &#224; travers les ais disjoints, la bise sifflait &#224; vous effrayer. Je passai par le portillon et je fus surpris d'&#234;tre, de ce c&#244;t&#233;, si peut g&#234;n&#233; par le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le ciel &#233;tait, aussi moins nuageux et le soleil brillait au loin. J'ai souvent constat&#233; des diff&#233;rences de temps tr&#232;s grandes entre les deux c&#244;t&#233;s de ce tunnel, mais le plus mauvais temps &#233;tait, en g&#233;n&#233;ral, du c&#244;t&#233; Vercors, c'est aujourd'hui le contraire. Ce qui, par contre, est toujours plus mauvais de ce c&#244;t&#233;-ci c'est l'&#233;tat des routes et je ne tarde pas &#224; constater que c'est toujours et plus que jamais la m&#234;me chose, qu'il y a m&#234;me aggravation. En effet, les deux orni&#232;res dont je me suis d&#233;j&#224; plaint et qui partagent, la route en trois pistes vaguement cyclables se sont faites plus profondes, plus larges, plus tra&#238;tresses et quand on y tombe on n'en peut sortir que par un d&#233;rapage qui vous envoie &#224; droite ou &#224; gauche, tant&#244;t mesurer le pr&#233;, tant&#244;t nager dans le foss&#233; ou embrasser un poteau t&#233;l&#233;graphique. Ces trois fa&#231;ons d'&#234;tre d&#233;barqu&#233; me sont bient&#244;t impos&#233;es et je n'ose plus apr&#232;s Saint-Agnan rouler qu'&#224; tr&#232;s faible allure, je pousse m&#234;me tr&#232;s souvent ma machine. J'aurais mieux fait, m'a-t-on assur&#233;, de passer par la Chapelle, dont la route est mieux entretenue. J'arrive aux Baraques, tr&#232;s &#233;nerv&#233; par cet &#233;tat de choses et la travers&#233;e des Grands et des Petits Goulets n'est pas faite pour me calmer, non plus que le passage de Sainte-Eulalie &#224; Pont-en-Royans que je traverse &#224; pied, car c'est la f&#234;te du pays, &#224; 17 h. 1/4. Trois heures et quart pour faire 38 kilom&#232;tres de descente continue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce trajet est heureusement si pittoresque qu'il n'y aurait pas lieu de regretter de l'avoir ainsi parcouru, si le temps ne commen&#231;ait &#224; m'&#234;tre mesur&#233;. Mais de Pont-en-Royans &#224; Saint-Nazaire, il me faut encore pr&#232;s d'une heure tant la route est mauvaise et encombr&#233;e de promeneurs, d'autobus, de carrioles de tout genre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Vercors nous devient d&#233;sormais impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec de telles routes (celle des gorges de la Bourne est para&#238;t-il tout aussi mauvaise) les autos de tourisme elles-m&#234;mes h&#233;sitent &#224; s'y aventurer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout au plus y verra-t-on des voitures am&#233;ricaines &#224; ch&#226;ssis sur&#233;lev&#233;, habitu&#233;es &#224; voyager &#224; travers steppes et pampas. En tout cas, ce jour-l&#224;, de Die aux Baraques, je n'en ai rencontr&#233; qu'une, et justement une Ford&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant &#224; des cyclistes, point, pas m&#234;me de locaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc plus de 18 heures et il me reste environ 50 kilom&#232;tres &#224; exp&#233;dier pour atteindre Sarras o&#249; je compte passer la nuit, car j'ai &#233;t&#233; trop retard&#233; pour achever l'&#233;tape aux grands bois, comme j'en avais eu l'intention. Depuis deux ans, nous &#233;vitons le parcours Saint-Nazaire-Bourg-de-P&#233;age qu'on ne parvenait pas &#224; remettre en &#233;tat &#8212; on y est enfin parvenu, m'a-t-on dit &#8212; en franchissant l'Is&#232;re sur le pont &#224; p&#233;age de Saint-Nazaire et en gagnant par un chemin de traverse la grande route de Saint-Marcellin &#224; Romans, non loin de Saint-Lattier. Je suis donc cet itin&#233;raire, entre parenth&#232;ses, ce pont est devenu franc et j'&#233;conomise le sou que l'on me r&#233;clamait encore l'an dernier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a donc enfin des services dont le prix n'augmente pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le petit chemin de traverse a &#233;t&#233; charg&#233; d'un lit de galets qui me semble une piste &#224; c&#244;t&#233; des routes que je viens de subir. Je me rapprochais &#224; bonne allure de Romans quand j'aper&#231;ois &#224; droite l'amorce tr&#232;s app&#233;tissante d'une petite route qui me para&#238;t aller dans ma direction. Je m'informe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette route va bien, en effet, &#224; Saint-Vallier par Peyrins et Saint-Donnat, elle est un peu plus courte que celle par Romans et Tain, mais plus accident&#233;e. Je m'y engage dans l'espoir de trouver l&#224; une de ces bonnes petites voies de grande communication qui sont toujours si roulantes dans le Forez et le Lyonnais. J'ai &#233;t&#233; d&#233;&#231;u&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cette route n'est peut-&#234;tre pas tr&#232;s usag&#233;e, mais elle est peu entretenue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cailloux &#233;pars et orni&#232;res y remplacent les trous et les bosses et, pour nous cyclistes, sont aussi d&#233;sagr&#233;ables les uns que les autres. &#192; Peyrins, je bois une bouteille de bi&#232;re, car l'eau que j'ai go&#251;t&#233;e &#231;&#224; et l&#224; ne me para&#238;t ni fra&#238;che ni de go&#251;t agr&#233;able, je n'en ai la bouche que plus p&#226;teuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; coquine de clairette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Apr&#232;s Peyrins, la route s'accidente, le soleil s'abaisse, la nuit approche, il ne s'agit plus de s'amuser. &#192; Saint-Donat, eaux abondantes, je me d&#233;salt&#232;re un instant dans la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la sortie, je me trompe sur un renseignement mal donn&#233; ou mal compris et file sur Tain. &#192; quelques kilom&#232;tres, je m'aper&#231;ois de mon erreur, reviens et reprends ma route de moins en moins bonne. Elle franchit quelques collines par des raidillons assez raides pour m'obliger &#224; prendre mon 3 m. 30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des excavations creus&#233;es dans le rocher tendre, restes peut-&#234;tre d'anciennes habitations troglodytiques, servent encore de d&#233;p&#244;t. Je ne m'y attarde d'ailleurs pas, le soleil est couch&#233;, l'obscurit&#233; n'est pas loin, je n'aurai ni lune ni lanterne, donc ne fl&#226;nons pas. Je venais de traverser un petit village et je commen&#231;ais &#224; belle allure une descente, quand apr&#232;s un grand bruit de ferraille mon pneu arri&#232;re s'affaisse. C'est mon premier accident de la journ&#233;e et il m'arriva &#224; un bien mauvais moment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y vois &#224; peine pour r&#233;parer h&#226;tivement. Une tige de fer longue de 10 centim&#232;tres a perfor&#233; d'un coup enveloppe et chambre, et s'est partag&#233;e en deux morceaux dont l'un a pass&#233; dans l'int&#233;rieur de la chambre et l'autre est rest&#233; dans l'enveloppe. Que je vais donc mal finir une journ&#233;e, si bien commenc&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La chambre est perc&#233;e en maints endroits, je n'arrive pas &#224; les couvrir tous et me voil&#224; oblig&#233; de regonfler tous les 4 ou 5 kilom&#232;tres. Quand j'entre dans la vall&#233;e de la Galaure &#8212; quelle gal&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; o&#249;, le &lt;a href=&#034;https://velotextes.fr/spip.php?article124&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;janvier 1903&lt;/a&gt;, j'en vis de cruelles et qui ne m'a jamais &#233;t&#233; favorable, il fait noir comme dans un four&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est tr&#232;s mauvais, je bondis de trous en trous, d&#233;rape sur des rails, me heurte &#224; de rares passants et je m'impatiente de n'&#234;tre pas encore &#224; Saint-Vallier. J'en aper&#231;ois enfin les premi&#232;res lumi&#232;res&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon pneu &#224; plat et la crainte de rencontrer des gendarmes me d&#233;terminent &#224; gagner Sarras &#224; pied et j'y descends &#224; plus de 22 heures &#224; l'h&#244;tel du Commerce, apr&#232;s &#234;tre rest&#233; plus de 20 heures sur le trimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les p&#233;rip&#233;ties dont j'ai souffert l'apr&#232;s-midi ont d&#251; augmenter s&#233;rieusement la fatigue de cette &#233;tape de 271 kilom&#232;tres, qui ne m'en a cependant pas laiss&#233; d'anormale, car apr&#232;s un repas substantiel et un bon sommeil, je rentrai le lendemain matin en 4 heures et demie &#224; Saint-Etienne, 60 kilom&#232;tres et 1.200 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation, apr&#232;s avoir, bien entendu, proc&#233;d&#233; au remplacement de la chambre si cruellement atteinte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais s'il me sera encore, l'an prochain, permis, &#224; 70 ans, de faire des &#233;tapes de 40 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faudrait en tout cas en pr&#233;parer l'itin&#233;raire de telle fa&#231;on que je n'aie &#224; p&#233;daler pendant la nuit que sur de tr&#232;s bonnes routes comme celle de Livron &#224; Digne ou &#224; Gap. Mais ces &#233;tapes deviendraient alors sans int&#233;r&#234;t, car elles n'avaient pour but que de nous amener &#224; peu de frais et rapidement dans les r&#233;gions int&#233;ressantes o&#249; nous avions l'intention de tourister et nous ne p&#233;dalions pendant la nuit que sur des routes tr&#232;s connues ou d&#233;nu&#233;es d'int&#233;r&#234;t. Telle n'est pas celle que je viens de citer et qui rentre dans la cat&#233;gorie des routes, qui, quoique faciles et permettant les vives allures, gagnent &#224; &#234;tre faites le jour par l'attrait des sites qu'elles traversent. Ainsi, M.&#160;Cl., de Paris, qui nous conte l'&#233;tape de 40 heures qui l'a conduit, par quelques d&#233;tours, de Pont-en-Royans &#224; Aurillac, a travers&#233; en pleine nuit la r&#233;gion la plus accident&#233;e du parcours, du Cheylard au Puy, par Fay-le-Froid, celle qui m&#233;ritait d'&#234;tre parcourue en touriste, tandis qu'il a fait en plein jour le ruban de Die au Cheylard qui pr&#233;sente un moindre int&#233;r&#234;t et qu'il est plus facile et moins dangereux de d&#233;rouler la nuit &#224; bonne allure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;tapes de 40 heures, qu'on nous reprocha autrefois de pr&#233;coniser, sont pourtant &#224; la port&#233;e de tous les cyclistes, car elles n'entra&#238;nent pas de fatigue excessive. D'ailleurs, bien des gens en font sans s'en douter de ces &#233;tapes-l&#224;, quand, apr&#232;s avoir vaqu&#233; tout le jour &#224; leurs occupations habituelles, ils passent toute la nuit &#224; jouer, &#224; danser et &#224; s'amuser, et tout le lendemain &#224; se promener, &#224; chasser ou &#224; festoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au col du Rousset (1907)</title>
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		<dc:date>2022-04-21T16:49:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Thorsonnax de Paydall</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Des ouvriers r&#233;parent les portes du tunnel, et la vo&#251;te retentit de leurs coups de marteau sonores. On sent l&#224;-dessous un courant d'air glacial, et pour achever de me rafra&#238;chir, des gouttes d'eau tombent en abondance Le sol est tr&#232;s humide, gluant comme un matelas de limaces, et on roule dans un clapotis de boue continuel. Avec cela, on n'y voit pas grand'chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques rares lampes fumeuses, accroch&#233;es &#231;&#224; et l&#224; indiquent l'emplacement des parois du tunnel et emp&#234;chent de s'y heurter. Peu &#224; peu, j'approche de la sortie, je puis d&#233;j&#224; lire l'heure &#224; ma montre&#160;: 10 h. 17&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a 8 heures tr&#232;s exactement que j'ai quitt&#233; Saint-&#201;tienne.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Thorsonnax, Le Cycliste, 1907, p.143-149, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_9&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;320 kilom&#232;tres et 3100 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation en 17 heures&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-&#201;tienne, 23&#160;juillet 1907&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pendules de Saint-&#201;tienne sonnent 2 heures les unes apr&#232;s les autres, domin&#233;es par la grande voix de l'horloge municipale, quand je mets le nez dans la rue en ce matin du 10&#160;juillet&#160;: il fait frais, le ciel est couvert, pas de vent. Sur les mauvais pav&#233;s, mes pneus, gonfl&#233;s tr&#232;s durs pour mieux rouler, me font sauter terriblement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, je ne vais pas vite dans les rues qui, &#224; cette heure matinale, ne sont gu&#232;re peupl&#233;es que par les agents et quelques poivrots.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 17, je quitte Saint-&#201;tienne et je commence &#224; gravir sur 3m,50 cette bonne vieille c&#244;te de Planfoy. Bient&#244;t, le dernier bec de gaz dispara&#238;t derri&#232;re moi et je m'enfonce dans la nuit d'un noir d'encre. Ma belle lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne, dont la r&#233;gularit&#233; de marche n'a d'&#233;gale que son pouvoir &#233;clairant, projette devant moi son faisceau lumineux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un &#224; un, les arbres qui bordent la route &#233;mergent de l'obscurit&#233; et glissent silencieusement &#224; mes c&#244;t&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un vent l&#233;ger agite leurs feuilles, nord ou midi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nul bruit ne vient troubler le silence quasi religieux qui r&#232;gne dans la campagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul, le Furet, l&#224;-bas au fond du vallon, chante joyeusement sur son lit de cailloux. Au premier virage, un souffle doux, ti&#232;de, embaum&#233;, vient me caresser le visage. Je vais lentement, ne transpire m&#234;me pas et m'essouffle encore moins&#160;: dame, il faut se m&#233;nager&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sur le plateau de la R&#233;publique, il fait d&#233;j&#224; un peu jour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques coins de bleu se montrent &#231;&#224; et l&#224; dans le ciel, et sur ma droite, de l'autre c&#244;t&#233; de la vall&#233;e, des &#233;toiles brillent dans les cimes des sapins du bois Farost. J'entre dans les Grands-Bois, o&#249; r&#232;gne un air glacial. Le bruit de la petite cascade grandit, enfle graduellement, retentit bient&#244;t tout pr&#232;s de moi, puis il diminue, s'assourdit et s'&#233;teint compl&#232;tement. Me voici au col, il est 3 h 12. Sapristi, mais il ne fait pas chaud du tout &#224; 1.165 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me couvre, me blinde d'un journal et change mes combinaisons de cha&#238;nes&#160;: mais on a beau avoir une lanterne, &#231;a n'&#233;claire gu&#232;re le p&#233;dalier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; t&#226;tons, je dois chercher mes crochets pour mettre mes cha&#238;nes respectivement sur 4m 20 et 7m.50. &#192; 3 h. 20, je me lance dans la descente. Il fait jour &#224; peine, on voit bien la route loin devant soi, mais, malgr&#233; mes bons yeux, je n'y puis distinguer les cailloux &#233;pars et autres petits obstacles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma foi, au petit bonheur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me laisse glisser et vingt minutes apr&#232;s, transi de froid j'entre en bombe &#224; Bourg-Argental&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les rues en sont d&#233;sertes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; emport&#233; par mon &#233;lan furieux, je les traverse &#224; 35 &#224; l'heure, sans le moindre coup de frein, et, &#224; la sortie, profilant du jour qui maintenant est tout &#224; fait venu, j'emm&#232;ne mon 7.50 &#224; 70 tours, Bien entendu, j'&#233;vite avec soin Annonay et prends le petit chemin qui, par Boulieu, va rejoindre &#224; Dav&#233;zieux la route d'Annonay &#224; Andance. Jusqu'&#224; Saint-Cyr, le sol ravin&#233;, ravag&#233; par les derniers orages ralentit mon allure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, je commence la descente sur Andance, o&#249;, voil&#224; tant&#244;t trois ans, passant par l&#224; avec Jean Tembois, je laissai quelque peu de ma peau dans une b&#251;che m&#233;morable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, je vais prudemment, les virages sont brusques, et c'est seulement &#224; 4 h. 29 que j'entre &#224; Andance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 2 h. 12 depuis Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, le soleil brille radieux dans un ciel d'un bleu d'azur dont pas le moindre nuage ne vient ternir la puret&#233;. Un bon vent du nord me pousse et je file &#224; 30 &#224; 1 heure Le pr&#233;voyant T. C F. a fait placer l&#224; maints poteaux indiquant les cassis, ponts et tournants, mais je ne ralentis pas le moins du monde, et, comme quelques-uns de ces cassis sont pleins d'eau, je m'asperge consciencieusement les tibias, 44 minutes me suffisent pour abattre les 22 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Andance de Tournon. Je passe le Rh&#244;ne &#224; 5 h. 15 &#8212; 3 heures &#224; peine de Saint-&#201;tienne &#8212; et m'arr&#234;te dans Tain pour croquer quelques chaussons aux cerises dont mon sac est bourr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose est tr&#232;s importante, quand on veut faire une grande &#233;tape, c'est d'&#233;tudier avec soin son itin&#233;raire et d'&#233;tablir &#224; l'avance les haltes n&#233;cessaires pour s'alimenter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faute de quoi, l'on s'expose &#224; s'arr&#234;ter plus souvent qu'il ne faut et &#224; perdre un temps pr&#233;cieux. Pour ce matin, je m'&#233;tais fix&#233; deux arr&#234;ts, l'un &#224; Tain, de 15 minutes, l'autre d'une demi-heure, au pied de la mont&#233;e du Rousset, &#224; Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 5 h. 30, je quitte Tain, tourne &#224; gauche sur Romans, traverse un passage &#224; niveau ferm&#233;, et sur 5,90, je tourne &#224; 70 tours sans effort. Une fra&#238;che brise du nord m'apporte des champs voisins des senteurs embaum&#233;es, mon petit compteur bat la mesure avec une r&#233;gularit&#233; de m&#233;tronome, et je me mets &#224; chanter joyeusement dans l'air matinal. Bient&#244;t, je rattrape un cycliste que j'avais vu partir de Tain tandis que je me lestais. Comme je le d&#233;passe, il jette les yeux sur ma machine, et, intrigu&#233; par son aspect plut&#244;t encombr&#233;, me rejoint et arrive &#224; ma hauteur. Tous les cyclistes sont fr&#232;res sur la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mien, curieux, m'examine, se rapproche encore, et la conversation s'engage &#224; 25 &#224; l'heure&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vous allez loin, comme &#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mon Dieu, oui, encore, r&#233;pondis-je, jusqu'au col du Rousset.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; Mon compagnon esquisse une grimace&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ma foi. vous n y &#234;tes pas encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Bah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! fis-je &#224; mon tour, je compte bien y &#234;tre dans 4 heures et demie.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Alors, c'est que vous ne connaissez pas la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, fit-il d'un petit air assur&#233;, et comme scandalis&#233; de mes pr&#233;tentions. &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! oui, je ne connais pas la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous vous trompez, mon ami, et puis les changements de vitesse &#224; quoi &#231;a sert-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... et c'est bien pratique les changements de vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et vous avez combien de d&#233;veloppements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cinq, en tout, que je puis changer en marche deux par deux.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Et votre machine p&#232;se combien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;23 kilog.. en ordre de marche.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Au moins, avec cela, vous ne risquez pas de vous envoler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... et je comprends que pour tra&#238;ner un poids pareil, il faille des changements de vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; quelle est la mentalit&#233; de 90&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% des cyclistes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La route traverse une plaine fertile et verdoyante, et devant moi, se rapprochant et grossissant presqu'&#224; vue d'&#339;il, des montagnes abruptes, aux pentes rocailleuses, aux sommets d&#233;chiquet&#233;s qui se d&#233;tachent sur l'azur du ciel avec une nettet&#233; surprenante. J'arrive bient&#244;t &#224; Romans, passe l'Is&#232;re &#224; 6 h 15 et, imm&#233;diatement apr&#232;s le pont, je prends la route &#224; gauche qui, en 18 kilom&#232;tres, m'am&#232;ne &#224; Saint-Nazaire-en-Royans. Route facile longeant l'Is&#232;re pendant une dizaine de kilom&#232;tres, avec quelques vallonnements pas trop m&#233;chants qu'en 4m,20 j'exp&#233;die rondement. Une brume l&#233;g&#232;re s'&#233;l&#232;ve des bas-fonds et c'est comme &#224; travers un voile de gaze que je puis distinguer les montagnes les plus voisines. Une coupure dans les roches semblant produite par quelque coup de sabre gigantesque, m'indique l'emplacement de Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures juste quand j'entre &#224; Saint-Nazaire. L'aspect en est pittoresque&#160;: de l'eau,des maisons blanches qui s'y refl&#232;tent, aux toits inclin&#233;s et couverts de tuiles moussues, un haut viaduc dominant le tout&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un coin qui m&#233;rite un coup d'&#339;il.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la sortie, je prends la route de Grenoble que je laisse au bout de 1.5oo m&#232;tres, et je bifurque sur Pont-en-Royans. La route est charmante, ombrag&#233;e, au sol tr&#232;s convenable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la Bourne coule l&#224; tout pr&#232;s, aux eaux limpides et d'un vert inimitable. Puis voil&#224; que tout &#224; coup je m'enlise dans une couche de 20 centim&#232;tres de terre fra&#238;chement remu&#233;e et m&#234;l&#233;e de gros cailloux. Un cantonnier m'explique qu'on est en train de refaire la route&#160;: ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bien. Les derni&#232;res pluies l'avaient, para&#238;t-il emport&#233;e, et le sol s'&#233;tait affaiss&#233; de 60 centim&#232;tres, diable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin, passons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques tours de p&#233;dale encore, une faible descente et brusquement &#224; un d&#233;tour de la route dans un d&#233;cor des plus pittoresques appara&#238;t Pont-en-Royans. Il est 7 h. 25&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 121 kilom&#232;tres au compteur. L'estomac r&#233;clame ses droits&#160;: cartes postales, d&#233;jeuner abondant qui doit me soutenir jusqu'au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bref, je ne repars qu'&#224; 8 heures bien sonn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mont&#233;e douce jusqu'&#224; Sainte-Eulalie&#160;: l&#224;, la pente faiblit et bient&#244;t on entre dans les Petits-Goulets&#160;: tunnels. Sortant du gros soleil pour entrer dans une obscurit&#233; compl&#232;te, je ne vis pas la boue gluante o&#249; je m'enfon&#231;ais&#160;: deux d&#233;rapages fantastiques m'apprirent que le sol devait &#234;tre humide et faillirent me jeter par terre. Soyons prudent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Les quatre premiers tunnels sont ainsi presque impraticables&#160;: le dernier seul peut se passer en toute s&#233;curit&#233;. Entre chaque tunnel on peut jeter un coup d'&#339;il &#224; gauche sur la Vernaison qui, resserr&#233;e &#224; l'exc&#232;s entre ces deux murailles, &#233;cume et bouillonne l&#224; tout pr&#232;s. Puis la vall&#233;e s'&#233;largit quelque peu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par une descente l&#233;g&#232;re la route gagne un pont et passe sur la rive droite du ruisseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le pont, la pente se rel&#232;ve un peu, mais pas tr&#232;s fort pour commencer et je puis mener mon 5,90 jusqu'au premier lacet.L&#224;, par exemple, bien d&#233;cid&#233; &#224; ne pas m'en faire, je prends la petite vitesse, tandis que la route grimpe rapidement au-dessus du torrent. La mont&#233;e n'est pourtant pas tr&#232;s forte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la croyant plus dure j'avais pris 3,50&#160;: aussi je monte comme dans un fauteuil. Voici la cabane-refuge du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., et plus loin, la route s'enfonce sous le roc qui la surplombe et dans lequel elle est taill&#233;e. Sous les vo&#251;tes, il y a des effets d'&#233;chos bizarres qui vous font croire tout pr&#232;s les cascades du torrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route devient fort &#233;troite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me demande comment deux voitures peuvent s'y croiser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; heureusement, aujourd'hui, c'est jour de semaine, le pays est d&#233;sert et depuis Sainte-Eulalie, je n'ai pas trouv&#233; &#226;me qui vive. &#192; plusieurs reprises je m'arr&#234;te pour jeter un coup d'&#339;il par-dessus le parapet&#160;: la muraille est absolument verticale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;-bas tout au fond, la Vernaison gronde sourdement. Vu l'absence de points de rep&#232;re, l'&#339;il est impuissant &#224; mesurer l'&#224;-pic qui en s&#233;pare&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le site est d'une beaut&#233; sauvage et grandiose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'enfonce dans d'innombrables tunnels sous lesquels on roule dans une &#233;paisse couche de poussi&#232;re, et surtout attention aux orni&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quand on y entre, plus moyen d'en sortir. La cascade de la Vernaison s'approche et d&#233;j&#224; j'en entends le vacarme assourdissant&#160;: il a plu beaucoup avant-hier par ici, de sorte qu'elle charrie aujourd'hui une masse d'eau &#233;norme qui saute en &#233;cumant de rocher en rocher avec un bruit de tonnerre. Je demeure l&#224; de longs instants &#224; contempler cette blanche &#233;cume, ces myriades de gouttelettes qui rejaillissent sur les pierres voisines. Un peu plus loin, on passe le torrent sur un petit pont et on entre dans les derniers tunnels des Grands-Goulets, qui sont bien les plus sauvages et les plus impressionnants de tous. Il n'y a pas plus de 5 m&#232;tres entre les deux murailles de rochers, et dans cet espace resserr&#233; la route et le torrent doivent prendre place. Le jour filtre avec peine entre ces deux murs, et bien qu'il fasse grand soleil au dehors, on roule ici dans une sorte de p&#233;nombre. Quelques tunnels encore o&#249; la boue alterne avec la poussi&#232;re, viennent compl&#233;ter le d&#233;cor. Toujours personne sur la route, pas un &#234;tre vivant, pas un oiseau ne semblent habiter ces lieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le grondement du torrent qui roule &#224; mes c&#244;t&#233;s remplit mes oreilles&#160;: tout cet ensemble donne &#224; ce coin un cachet de sauvagerie qui m'impressionne presque d&#233;sagr&#233;ablement et je ressens &#224; un tel point cette impression de solitude, que j'acc&#233;l&#232;re ma marche pour en sortir plus t&#244;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; moi, je pousse un soupir de satisfaction en voyant &#224; la sortie du dernier tunnel les murs des h&#244;tels des Baraques.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, brusquement, l'aspect change&#160;: la vall&#233;e s'&#233;largit, le paysage se fait moins s&#233;v&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un tunnel encore, sous lequel je rencontre une voiture tenant sa gauche, comme par hasard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puis une bifurcation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends &#224; droite sur Saint-Agnan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au retour je prendrai l'autre route et, passant par Saint-Martin-en-Vercors. je pourrai donner un coup d'&#339;il aux gorges de la Bourne dont j'ai fait l'an dernier la connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je file maintenant droit au midi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent m'aide beaucoup et favorise consid&#233;rablement ma marche. De chaque c&#244;t&#233; du chemin s'&#233;tendent de verdoyants p&#226;turages que l'on est en train de faucher. Les paysans m'examinent curieusement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce doit &#234;tre, j'imagine, la grande distraction du pays que de regarder ce qui passe sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus des prairies sont des for&#234;ts touffues, o&#249; diverses essences d'arbres m&#234;lent heureusement leur tendre feuillage aux teintes plus sombres des sapins et des m&#233;l&#232;zes. Et l'on roule ainsi longtemps dans une sorte de large vall&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant moi, barrant l'horizon, sont de hautes montagnes couvertes de noires for&#234;ts&#160;: c'est l&#224; que se trouve le col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Saint-Agnan-en-Vercors, que je ne fais que traverser&#160;: &#224; la sortie, on retrouve la route qui vient de la Chapelle, et pendant des kilom&#232;tres encore la vue est toujours la m&#234;me, sans devenir toutefois monotone. Peu &#224; peu, on s'&#233;l&#232;ve, le pays devient plus solitaire, c'est &#224; peine si je rencontre maintenant quelques troupeaux conduits par des enfants qui me saluent respectueusement au passage. Un groupe de maisons &#224; ma gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; est-ce d&#233;j&#224; le Rousset&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? non, pas encore&#160;: mes feuilles de route consult&#233;es m'apprennent que j'en suis &#224; 5 kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais emport&#233;, comme feuilles de route, une copie des profils de Dolin, et je m'en servais depuis le Rh&#244;ne. Ils me furent tr&#232;s utiles et sont, je dois le dire, remarquablement exacts, ce qui, d'ailleurs, n'a rien d'&#233;tonnant puisqu'ils ont &#233;t&#233; faits sur le terrain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Rousset, la pente se rel&#232;ve pour franchir en 6 kilom&#232;tres, &#224; moyenne de 6 &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, les 400 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation qui la s&#233;parent encore du col. P&#233;dalant sans efforts, je monte lentement, tout en laissant aller mes regards sur les for&#234;ts que je traverse, sur les sommets qui semblent s'abaisser &#224; mesure que le but s'approche. Lacets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, se d&#233;tache un chemin encore inachev&#233; qui grimpe dans le bois sur le versant oppos&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est, ainsi qu'on me l'expliqua au col, une route nouvelle qui, par son orientation, sera mieux prot&#233;g&#233;e de la neige que ne l'est la route actuelle. Je traverse des bois touffus qui me procurent une ombre fra&#238;che et d&#233;licieuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout en avan&#231;ant sans presque sentir de r&#233;sistance, j'admire le paysage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma machine roule sans bruit sous les bois, et, malgr&#233; moi, je compare cette belle mont&#233;e &#224; l'interminable et fastidieuse c&#244;te par laquelle j'arrivai au col en 1904, en venant de Chamaloc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas par Die, vraiment, qu'il faut faire le Rousset&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!..&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, qu'est-ce donc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? la route tourne brusquement &#224; droite et s'enfonce sous le tunnel&#160;: d&#233;j&#224; finie, la mont&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ma parole, on grimperait pendant des heures sous ces bois sans presque s'apercevoir que le temps passe. Des ouvriers r&#233;parent les portes du tunnel, et la vo&#251;te retentit de leurs coups de marteau sonores. On sent l&#224;-dessous un courant d'air glacial, et pour achever de me rafra&#238;chir, des gouttes d'eau tombent en abondance Le sol est tr&#232;s humide, gluant comme un matelas de limaces, et on roule dans un clapotis de boue continuel. Avec cela, on n'y voit pas grand'chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques rares lampes fumeuses, accroch&#233;es &#231;&#224; et l&#224; indiquent l'emplacement des parois du tunnel et emp&#234;chent de s'y heurter. Peu &#224; peu, j'approche de la sortie, je puis d&#233;j&#224; lire l'heure &#224; ma montre&#160;: 10 h. 17&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a 8 heures tr&#232;s exactement que j'ai quitt&#233; Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, voici le grand jour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;clatante lumi&#232;re m'aveugle un instant, mais bient&#244;t je puis distinguer le merveilleux panorama qui se d&#233;roule &#224; mes pieds&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et je me laisse tomber de machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quel coup de th&#233;&#226;tre que cette sortie du tunnel du Rousset&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je n'essaierai pas d'en faire le tableau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut venir le voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toutes les peintures, toutes les descriptions n'en sauraient donner qu'une id&#233;e bien incompl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que la blonde h&#244;teli&#232;re, toujours aimable et pr&#233;venante, me pr&#233;pare un d&#238;ner v&#233;g&#233;tarien je libelle quelques cartes et m'absorbe dans la contemplation du paysage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un ab&#238;me s'ouvre devant moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route de Chamaloc y d&#233;roule ses innombrables lacets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on entend distinctement les grelots d'une voiture qui descend du col, mais, d'ici, cheval et carriole ne sont pas plus gros qu'un point et paraissent presqu'immobiles. Plus loin, ce sont des mamelons arrondis que l'on domine encore de beaucoup, et derri&#232;re lesquels doit se cacher Die. Plus loin encore, les monts du D&#233;voluy, triste et d&#233;sol&#233;, et enfin, barrant l'horizon, de hautes montagnes o&#249; persistent encore quelques plaques de neige, et auxquelles l'&#233;loignement donne une teinte faiblement bleut&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant, allons d&#238;ner. On d&#238;ne fort bien, savez-vous, au col du Rousset, surtout quand on y boit de cette excellente clairette de Die. Tout en me faisant servir, je cause avec l'h&#244;teli&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; croiriez-vous que l'on est encore &#224; attendre les fameuses jumelles promises par le T. C.? C'est navrant. Puis nous causons des touristes, du pays, et je ne sais comment, nous venons &#224; parler de V&#233;locio&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous le connaissez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? dit-elle, c'est un fameux marcheur, et il est bien pour nous un aussi bon client que bon cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! V&#233;locio, votre r&#233;putation n'est plus &#224; faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
11 h. 1/2 d&#233;j&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il faut partir et sans retard. Quel dommage vraiment, et comme on passerait bien sa journ&#233;e ici&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... &#192; regret, je quitte ces lieux enchanteurs, retraverse le tunnel boueux, et me lance dans la descente. La route est coup&#233;e de multiples caniveaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'en &#233;tais gu&#232;re aper&#231;u en montant, mais maintenant, &#224; plusieurs reprises, je suis presque d&#233;sar&#231;onn&#233;. Le vent du nord est encore plus fort que je n'aurais cru, il m'oblige &#224; en mettre s&#233;rieusement. Revoil&#224; Saint-Agnan que je traverse au son de l'Ang&#233;lus. Je continue la descente, luttant toujours contre le vent qui m'oblige &#224; p&#233;daler plus que de raison. &#192; la bifurcation de la route Saint-Martin j'oublie compl&#232;tement ma visite aux gorges de la Bourne et je ne m'aper&#231;ois de ma m&#233;prise qu'une fois arriv&#233; aux Baraques&#160;: Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! tant pis, pensai je, j'arriverai un peu plus t&#244;t &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et bien m'en prit du reste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente rapide dans les Goulets ne me permit gu&#232;re de les admirer &#224; la descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on a bien assez de surveiller sa route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'ailleurs, &#224; part le soleil qui pique plus fort, rien de nouveau depuis ce matin. Je vire prudemment dans les lacets qui m'obligent &#224; freiner souvent, saute des orni&#232;res, des caniveaux, et voila d&#233;j&#224; le pont sur la Vernaison&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai fait une chute de 1.000 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma machine s'est fort bien comport&#233;e jusque-l&#224;, et je ne lui m&#233;nage pas les compliments. D&#233;j&#224;, je me flattais de terminer l'&#233;tape sans un accroc, car les pannes m'arrivent toujours &#224; l'aller et mes retours d'excursion se font le plus souvent sans encombre. Ce matin, tout s'est bien pass&#233;, il m'est donc permis d'en augurer autant pour ce soir Sans plus tarder, je vote des f&#233;licitations &#224; mes Dunlop qui ont pass&#233; gaillardement leurs 9.000 kilom&#232;tres. Sans doute, la toile a d&#251; &#234;tre renforc&#233;e en plusieurs endroits. Peut-&#234;tre aussi, cr&#232;vent-ils plus souvent que quand ils &#233;taient neufs car la gomme n'a plus l'&#233;lasticit&#233; suffisante pour repousser les clous ou autres petits objets tranchants, mais c est &#233;gal, ce sont de fameux pneumatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je roulais ainsi sans pensera mal, regardant tranquillement le paysage de ce beau Vercors que je vais bient&#244;t quitter.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais &#224; 1 500 m&#232;tres de Sainte-Eulalie, et j'allais entrer dans les Petits Goulets, quand soudain, une d&#233;tonation formidable retentit, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire mon pneu avant s'affaissa et, soit surprise, soit plut&#244;t &#224; cause de la brutalit&#233; du choc-de la jante roulant sur les cailloux de la route, je fis une embard&#233;e colossale et m'&#233;talai de tout mon long dans la poussi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instant, d'apr&#232;s, je me relevais&#160;: rien, pas une &#233;gratignure. c'est de la chance. Il est vrai que je n'allais pas vite. Mais me voyez-vous avec un accident pareil survenant dans les Grands-Goulets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'aurais bien pu, je crois, sauter le parapet et venir me casser la t&#234;te quelques centaines de m&#232;tres plus bas. . Brrr&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Rien que d'y penser me donne le frisson.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant me voil&#224; bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il est une heure moins le quart. Sans cette maudite panne je serais arriv&#233; s&#251;rement avant une heure &#224; Pont, et, prenant de l'avance sur mon horaire, j'aurais pu &#234;tre &#224; Saint-&#201;tienne bien avant 7 heures. H&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! trois fois h&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'homme propose et le pneu dispose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!.. En tout cas, un &#233;clatement de pneu n'est pas chose ais&#233;e &#224; r&#233;parer sur la route&#160;: probablement, il me faudra terminer l&#224; cette belle randonn&#233;e et rentrer piteusement en chemin de fer&#160;: ce disant, je d&#233;ployais ma carte pour y chercher la gare la plus proche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; eh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais Huit ou dix kilom&#232;tres me s&#233;parent encore de Saint-Hilaire-Saint-Nazaire, et l&#224;, quels trains vais-je trouver&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Dieu sait &#224; quelle heure je serai rentr&#233; &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voyons le pneu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enveloppe a une d&#233;chirure longue d'environ six centim&#232;tres, c'&#233;tait, pour ma toile fatigu&#233;e, la seule mani&#232;re de se plaindre... Quant &#224; la chambre &#224; air, elle a un trou &#233;norme, gros comme une pi&#232;ce de dix sous et fait comme &#224; l'emporte-pi&#232;ce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soigneusement, m&#233;thodiquement, j'effectue ma r&#233;paration sans me presser et suivant toutes les r&#232;gles de l'art&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je colle une large pi&#232;ce qui adh&#232;re &#224; la perfection, et, pour l'enveloppe, je me contente de placer &#224; son int&#233;rieur une bande &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;une minute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que la pression de la chambre &#224; air maintiendra en bonne position Et je remonte mon pauvre pneu, gonfle lentement, craignant &#224; chaque coup de pompe de le voir &#233;clater &#224; nouveau&#160;: rien ne bronche, seulement la minute, repouss&#233;e par la chambre, fait b&#226;iller les l&#232;vres et la coupure de l'enveloppe et je ne suis gu&#232;re rassur&#233;. C'est &#224; peine si j'ose monter en machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; chaque instant j'ai peur d'entendre une autre d&#233;tonation. &#192; une allure plus que prudente, je me faufile sous les tunnels, passe Sainte-Eulalie, et &#224; 1 h 1/2 j'entre &#224; Pont-en-Royans&#160;: 30 minutes de retard sur l'horaire pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, je perds encore dix minutes &#224; chercher un r&#233;parateur qui puisse me mettre un manchon-gu&#234;tre afin de mieux prot&#233;ger mon enveloppe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je sacrifierais volontiers mon frein avant pour avoir un peu plus de s&#233;curit&#233;. Mais le bonhomme n'a que des bandes adh&#233;rentes comme la mienne. Il examine le pneu d un air entendu, et m'affirme que cela peut aller&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je partage sa confiance et repars un peu rassur&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et puis, n'est-il pas vrai, si le pneu a tenu jusque-l&#224; pourquoi n'irait-il pas jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au diable donc les trains et les gares&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je finirai l'&#233;tape en machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et je p&#233;dale ferme pour rattraper le temps perdu&#160;: un accident comme celui-l&#224; en vaut plusieurs autres &#224; lui seul, et je puis me consid&#233;rer comme immunis&#233; pour le reste de la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tiens, mais qu'arrive-t-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Voil&#224; que me remettant &#224; p&#233;daler apr&#232;s un temps de roue libre, je me trouve en petite vitesse&#160;: d'un coup d'&#339;il je m'assure que ma cha&#238;ne des grands d&#233;veloppements est bien &#224; sa place. Serait-ce alors le d&#233;brayage qui a jou&#233; tout seul&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Bizarre, en tout cas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je fais le geste de rembrayer&#160;: mon levier n'ob&#233;it plus. Alors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je mets pied &#224; terre et je constate que l'&#233;crou qui tient le levier du d&#233;brayage et autour duquel il pivote, vient de se casser net au ras de la manivelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est un accident qui n'arrive jamais, absolument jamais, n'emp&#234;che qu'il vient de se produire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cette fois, c'est bien fini&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je m'en vais, clopin-clopant, finir l'&#233;tape &#224; la prochaine gare&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faire sur 4 m&#232;tres les 115 kilom&#232;tres qui me s&#233;parent de Saint-&#201;tienne ne me sourit par le moins du monde...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, essayons quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'enl&#232;ve une des courroies de mon porte-bagages, et j'en entoure la manivelle et le pignon, les rendant ainsi solidaires l'un de l'autre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme cela, je serai monomultipli&#233; sur 5 90. Pour passer &#224; la petite vitesse, je n'aurai qu'&#224; enlever la courroie, qu'&#224; la remettre pour revenir &#224; la grande&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le voil&#224; bien l'embrayage et le d&#233;brayage par la courroie cher &#224; M.&#160;Delbruck&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma petite invention se comporte &#224; merveille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme pour le pneu, il n'y a pas de raison pour qu'elle n'aille pas jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne. Je passe Saint-Nazaire avec 50 minutes de retard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... et, m&#233;lancoliquement, j'exp&#233;die les vallonnements qui conduisent &#224; Romans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224;, &#224; coup s&#251;r, le moment de la journ&#233;e o&#249; le besoin du changement de vitesse se fait le plus vivement sentir, et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment-l&#224; que je m'en trouve priv&#233;&#160;: voil&#224; bien ma veine, en v&#233;rit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps, je m'arr&#234;te pour voir comment va mon pneu avant&#160;: allons, tant mieux, rien ne bronche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! A l'entr&#233;e de Romans, je fais halte pour manger un peu&#160;: cela creuse, les &#233;motions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il est trois heures quand je suis sur le pont de l'Is&#232;re, et bient&#244;t apr&#232;s, je fais la course avec un petit chemin de fer d&#233;partemental qui soul&#232;ve des flots de poussi&#232;re. Comme il file r&#233;guli&#232;rement son petit train de 25-30 &#224; l'heure, je mets plusieurs kilom&#232;tres pour l'atteindre et le d&#233;passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus je vais, et plus il fait chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je transpire surabondamment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'essaie bien d'aller plus vite pour me faire un peu d'air, mais c'est un souffle chaud qui me caresse le visage. Avec cela, un coquin de soleil qui chauffe, qui chauffe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette temp&#233;rature excessive, jointe &#224; l'action d&#233;moralisante de toutes ces pannes, au souci de ne pas rentrer en retard, me fatigue plus que n'auraient pu le faire 50 kilom&#232;tres suppl&#233;mentaires. Enfin, tout doucement, les montagnes se rapprochent, une rang&#233;e de hauts peupliers m'indique le cours du Rh&#244;ne, revoil&#224; Tain, puis Tournon, il est 3 h. 40.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, je barbote comme un canard dans une fontaine, au grand &#233;bahissement des indig&#232;nes&#160;: c'est qu'il importe de refroidir les moteurs qui s'&#233;chauffent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Une fois rafra&#238;chi, je repars de plus belle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224; que je retrouve ce maudit vent du nord qui vient me contrarier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et je roule, pench&#233; sur ma position basse, le regard fix&#233; &#224; quelques m&#232;tres devant moi, sans m'occuper de ce qui m'entoure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ces petites contrepentes le long du Rh&#244;ne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! comme on aimerait les monter tout doucement sur 4 m&#232;tres, en se reposant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je suis monomultipli&#233; sur 5,90&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mes jambes tournent avec un automatisme parfait tandis que je dors &#224; moiti&#233; sur ma machine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, voici Andance. Tiens, il est &#224; peine 3 h. 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du 27 &#224; l'heure depuis Tournon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bon, cela. Et maintenant pour me prouver que je ne suis pas fatigu&#233;, je m'en vais tout simplement monter des bords du Rh&#244;ne jusqu'au col des Grands-Bois. Ces mille m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation plac&#233;s en fin d'&#233;tape vont &#234;tre une excellente &#233;preuve d'endurance, mais auparavant, une pr&#233;caution est n&#233;cessaire&#160;: je vide un pot de confiture et une bouteille de limonade, et, &#224; 4 h. 35, je repars apr&#232;s avoir eu soin d'enlever la courroie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait horriblement chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un vent l&#233;ger m'apporte un air br&#251;lant qui semble sortir d'une &#233;tuve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les talus, les rochers qui bordent la route et la route elle-m&#234;me, r&#244;tis et surchauff&#233;s par le soleil, me procurent une atmosph&#232;re presque irrespirable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je roule dans une vraie fournaise. Avec cela, &#231;a ne grimpe pas mal, et j'y vais d'une su&#233;e peu ordinaire. Au sommet de la c&#244;te, l'air est un peu plus frais. Je remets la courroie, et repars en grande vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais voil&#224; que dans Saint-Cyr, tandis que je gravissais p&#233;niblement la rampe dans le village, ma courroie, profond&#233;ment d&#233;go&#251;t&#233;e du travail que je lui fais faire, proteste &#224; sa mani&#232;re en se cassant net, et, sans l'avoir demand&#233;, me voil&#224; sur le petit d&#233;veloppement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; merveilleux, n'est-ce pas, ce changement de vitesse, qui, d&#232;s que la p&#233;dale devient trop dure, vous fait passer &#224; la petite multiplication&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'id&#233;al ce serait qu'au sommet de la mont&#233;e le ph&#233;nom&#232;ne inverse se produisit. Malheureusement, il n'en est rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et je n'ai plus qu'une courroie pour maintenir ma p&#232;lerine sur le porte-bagages, celle-l&#224; je ne puis pourtant pas l'enlever&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Un brave charron, &#224; qui je m'adresse en dernier recours, me passe un m&#233;chant bout de fil de fer rouill&#233; qu'autour de mon pignon et de ma manivelle j'entortille tant bien que mal&#160;: voil&#224; qui a &#233;t&#233; encore imagin&#233; pour me mettre en avance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon nouveau syst&#232;me va tr&#232;s bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Bourg-Argental, du reste, la mont&#233;e n'est pas dure. Le voisinage des hautes montagnes dont j'approche, rend un peu plus douce la temp&#233;rature ambiante, aussi je m&#232;ne un train des plus s&#233;rieux. &#192; 6 h. moins 10 j'arrive &#224; Bourg-Argental, je n'ai mis qu'une heure et quart depuis Andance.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est maintenant le moment de donner le dernier effort. Ces 12 kilom&#232;tres &#224; 5 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui me s&#233;parent des Grands-Bois sont ce qu'il y de plus dur dans ma journ&#233;e. Il fait encore bien chaud et je suis tellement accabl&#233; par la chaleur que j'ai plus envie de nie coucher dans le foss&#233; que de grimper cette maudite c&#244;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un caf&#233; tr&#232;s sucr&#233; me retape, et, &#224; 6 h. moins 5, je m'&#233;lance en un superbe d&#233;marrage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Br&#251;lons nos derni&#232;res calories&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Une &#224; une, bien lentement, les bornes d&#233;filent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les surveille attentivement en les regardant passer du coin de l'&#339;il. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'ils sont longs les kilom&#232;tres en mont&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je crois bien qu'ils font 1.200 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et quand on songe qu'apr&#232;s celui-l&#224; il y en a encore 11 autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!.. Allons, n'y pensons pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sucre produit son effet, et je tourne r&#233;guli&#232;rement &#224; 60 tours. Pan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! une autre borne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quel plaisir, tout de m&#234;me, de se retourner de temps en temps, et d'essayer de mesurer de l'&#339;il l'&#233;l&#233;vation p&#233;niblement conquise, souvent, ainsi, je jette un coup d'&#339;il en arri&#232;re pour me donner du courage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, tout doucement, bien doucement, les kilom&#232;tres passent, voici une borne, puis une autre, puis une autre encore. Tiens, un ruisseau, profitons-en, car il n'est pas tard. Je couche ma bicyclette dans le foss&#233; et m'allonge paresseusement sur le gazon. Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'on est bien &#233;tendu sur l'herbe, et quel grand calme autour de moi, un l&#233;ger vent courbe les cimes des sapins et chante tristement dans leurs branches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; une auto qui monte, pas bien vite, &#224; 25 &#224; l'heure au plus. &#192; c&#244;t&#233; du chauffeur, un cycliste, avec sa machine &#224; l'arri&#232;re, sur les coussins, veinard, va&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En voil&#224; un qui va arriver avant moi, et sans se faire de bile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et si je trouvais moi aussi un automobiliste aimable qui m'offre de me monter jusqu'au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ma foi, je crois bien que j'accepterais tout de m&#234;me...&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, je connais bien quelqu'un, qui, s'il m'entendait tenir un pareil langage, ne manquerait pas de me dire&#160;: fatigue anormale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Fatigue anormale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? nous allons voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et, repos&#233; par cette petite pose de dix minutes, je saute sur ma machine, et, p&#233;dalant avec fureur, j'attaque les cinq derniers kilom&#232;tres. L'air devient frais et je monte vite, Ce serait bien le cas de r&#233;p&#233;ter les vers de Tambour qui d&#233;peignent fort bien le paysage, mais j'avoue que je ne suis gu&#232;re en veine de po&#233;sie. Voil&#224; l&#224;-bas l'auberge des Grands-Bois, quelques tours de p&#233;dales, et je suis au col. Ouf&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je pousse un soupir qui fut moins un soupir qu'un rugissement de satisfaction, et qu'on a d&#251; s&#251;rement entendre de Saint-&#201;tienne. J'ai 300 kilom&#232;tres juste au compteur, 7 h. 5 &#224; ma montre, soit 1 h. 10 depuis Bourg-Argentai.&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;phanois qui voulez &#233;prouver votre endurance, allez au Rousset en 8 heures et revenez dans la journ&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous me direz ce que vous pensez de la c&#244;te de Bourg-Argental&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; tous ceux qui la monteront en moins d'une heure je paierai un d&#238;ner au prochain meeting.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant je suis presque arriv&#233;. Ce n'est plus que de la descente jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne. Sur le plateau de la R&#233;publique, mon fil de fer que j'avais remis se d&#233;range, et je perds 2 minutes encore &#224; le r&#233;tablir. Puis je me laisse glisser sur la pente, mais je ne suis pas bien tranquille, car je pense &#224; mon pneu qui pourrait bien me l&#226;cher brusquement. Aussi, tout en d&#233;gringolant de Planfoy, je ne serre pas que les freins. Heureusement, rien d'anormal ne se produit, et &#224; 7 h. 1/2 j'arrive &#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec mes arr&#234;ts et mes pannes, j'ai mis 8 heures depuis le col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
10 minutes plus tard j'entre aux bureaux du &#199;ycliste pour y serrer des mains amies. Apr&#232;s un rapide compte rendu de mon excursion, je quitte V&#233;locio et m'en vais tranquillement souper. J'ai 317 kilom&#232;tres au compteur, presque pas de fatigue. Je fais tout d'abord honneur au repas familial, et j'en allai faire encore bien plus &#224; mon oreiller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici comment avec un embrayage d&#233;traqu&#233; et un pneumatique pr&#234;t &#224; rendre l'&#226;me, je revins malgr&#233; tout du col du Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thorsonnax de Paydal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Dans le Vercors (1901)</title>
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		<dc:date>2021-04-14T13:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Mad Symour</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je reste &#233;bahie de la profondeur de ce trou noir, 800 m&#232;tres, dit-on. Deux quinquets fumeux ont la pr&#233;tention de l'&#233;clairer, mais n'emp&#234;chent pas qu'il y fait noir comme dans un trou de mine. On se dirige &#224; t&#226;tons, avec force appels et cris de ralliement. Un des Messieurs que nous avons rencontr&#233;s est enlev&#233; comme une plume par des bras inconnus et &#233;chappe ainsi &#224; l'accolade intempestive d'un cheval venant en sens inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on retrouve la lumi&#232;re et les yeux restent &#233;blouis. C'est devant nous, &#224; l'infini, un enchev&#234;trement grandiose de sommets, de vall&#233;es, de rivi&#232;res, de fleuves peut-&#234;tre, mais qui, sur cet immense tableau, semblent trac&#233;s avec un pinceau de la finesse d'un cheveu. D'un promontoire de rochers, voisin du tunnel, on d&#233;couvre 17 d&#233;partements nous affirme l'aimable conducteur de ma bicyclette. Pendant que nous admirons ce merveilleux panorama, des flots de clairette circulent et apr&#232;s un dernier toast, l'heure nous pressant, nous nous s&#233;parons des courtois t&#233;c&#233;fistes que le hasard nous a donn&#233;s un instant comme compagnons de route.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Mad Symour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Mad Symour, Le Cycliste,1901, p.100-103, Sources Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mademoiselle Adrienne F...&lt;br class='autobr' /&gt;
Si j'avais eu connaissance de la petite note &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;all&#233;chante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur le Vercors contenue dans &lt;i&gt;Le Cycliste&lt;/i&gt; de juillet 1900, peut-&#234;tre aurais-je recul&#233; devant l'exploration de ce pays de d&#233;luge perp&#233;tuel. Jugez plut&#244;t&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La pluie y tombe fr&#233;quemment et un mien ami, touriste passionn&#233;, a franchi 7 fois le col du Rousset et les 7 fois il eut la pluie.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Burdet.) Il faut avouer qu'il y a de quoi d&#233;courager les touristes m&#234;me passionn&#233;s et, qu'apr&#232;s cela, il est sage de laisser le Vercors &#224; ses cataractes et de s'orienter vers des cieux plus cl&#233;ments. Avertie, le sort en &#233;tait jet&#233;, j'ignorais le Vercors, ses sites pittoresques, sauvages, quelques-uns romantiques et je me privais du souvenir enthousiaste de certains horizons, souvenir que je ne trouve pas avoir pay&#233; trop cher des quelques douches que le ciel du Vercors nous a administr&#233;es avec sa lib&#233;ralit&#233; coutumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour revenir &#224; mon point de d&#233;part, le dimanche de Pentec&#244;te en l'an de gr&#226;ce 1901, &#224; 4 heures du matin, je rejoignais, place Grenette &#224; Grenoble, un ami, M.&#160;M***, touriste montagnard &#233;prouv&#233; qui voulait bien, en cette circonstance, me servir de guide et de compagnon de voyage. Apr&#232;s une messe entendue &#8212; oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! avec combien de distractions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; mais dont je n'ai pas m&#234;me escamot&#233; le dernier &#233;vangile, soit dit pour l'&#233;dification des lectrices du Cycliste, je sautais en selle &#224; 5 heures, en route pour Sassenage et Engins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de d&#233;passer les cars, et stimul&#233;e par le passage en vitesse de cyclistes dot&#233;s de machines &#224; petite multiplication, je suis arriv&#233;e, avec mes 4m,90 de d&#233;veloppement, &#224; faire pr&#232;s de 3 kilom&#232;tres de ce chemin montant, sablonneux etc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; y compris le soleil &#8212; un terrible soleil qui surchauffait une atmosph&#232;re d&#233;j&#224; lourde et ne promettait rien de bon pour la journ&#233;e. Un peu avant Engins nous sommes crois&#233;s par un cycliste qui en enl&#232;ve all&#232;grement la c&#244;te, nous reconnaissons un St&#233;phanois, l'aimable docteur G***, qui se dirige du c&#244;t&#233; du Vercors, nous aurons le plaisir de le rencontrer plusieurs fois et m&#234;me de faire en semble une petite partie de notre itin&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Engins, il nous abandonne &#224; l'auberge o&#249; nous nous arr&#234;tons pour ingurgiter 2 &#339;ufs et une lamp&#233;e de vin blanc. J'&#233;mets humblement le d&#233;sir de ne boire que de l'eau, mais mon compagnon s'y oppose avec &#233;nergie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il professe le plus profond m&#233;pris pour les amateurs de ce breuvage et je vois bien que son c&#339;ur saignerait d'&#234;tre contraint de m'englober dans cette r&#233;probation g&#233;n&#233;rale, je me contente donc de mettre de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'eau dans mon vin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, conseil charitable que j'ai maintes fois re&#231;u et jusqu'ici peu mis en pratique &#8212; moralement parlant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons Engins pour gagner Lans, la route est resserr&#233;e entre les rochers, d&#233;tremp&#233;e par les pluies des jours pr&#233;c&#233;dents, encombr&#233;e de cailloux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trop attentive &#224; la man&#339;uvre de mon guidon, je ne puis regarder le paysage que furtivement. La gorge est d'abord &#233;troite, prise entre des rochers peu &#233;lev&#233;s, mais abrupts, crevass&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'&#233;vase ensuite, des bandes vertes bordent le Furon, et on atteint le plateau de Lans, situ&#233; au centre d'ondulations monotones, l'impression en est triste, mais elle doit &#234;tre tout autre au moment de la floraison des prairies et ce pays du Lans doit ressembler alors &#224; une vaste et ravissante corbeille de fleurs champ&#234;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous prenons la route qui laisse sur la gauche le Villard-de-Lans et nous nous engageons dans ces merveilleuses gorges que la Bourne remplit du fracas de ses eaux claires,se brisant sur le roc d'o&#249; elles rejaillissent en poussi&#232;re que le soleil irise. La route est bien mauvaise, on patauge dans une boue liquide dont nous nous imbibons copieusement, tandis que les rochers suspendus sur nos t&#234;tes nous d&#233;versent en gouttelettes larges comme des assiettes l'&#233;coulement des eaux de la montagne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous faisons ainsi plus de 5 kilom&#232;tres &#224; pied, mais bien d&#233;dommag&#233;s par la f&#233;erie du spectacle. Moi, surtout, qui n'ai jamais rien vu de pareil, je ne me lasse pas de promener mes regards des eaux aux teintes de turquoises, et, de l&#224;, aux roches g&#233;antes qui semblent vouloir &#233;treindre, &#233;touffer sous leur masse cette onde toujours fuyante qui s'&#233;chappe, en se jouant &#224; travers les blocs entass&#233;s dans son lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pont de la Goule-Noire, nous trouvons docteur G... en train de t&#226;ter le pouls &#224; sa carte. Ces Messieurs d&#233;ballent leurs programmes, comparent, discutent, citent les auteurs r&#233;v&#233;r&#233;s (d'Espinassous, Burdet). Tout cela avec la chaleur que met tout cycliste convaincu dans la discussion de cette chose d&#233;licate, appel&#233;e un itin&#233;raire, et, qu'&#224; la pens&#233;e de la libert&#233; prochaine, les plus graves et les plus grisonnants &#233;laborent avec une joie d'&#233;colier en rupture de pupitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;bat se termine par le d&#233;part en trio pour Saint-Julien-en-Vercors. On quitte la Bourne pour s'&#233;lever, &#224; gauche, par un chemin &#224; flanc de montagne, d'o&#249; on aper&#231;oit la route de Pont-en-Royans, et la Balme de Rencurel, au fond d'un ravin. La route est bonne, bois&#233;e sur plusieurs points, mais assez montante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme ces Messieurs ont pris leur petite multiplication, j'arrive avant eux &#224; Saint-Julien. Le village est &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'un plateau riant, cultiv&#233; dans toutes les parties que les sapins ne couvrent pas de leurs frondaisons sombres, une muraille rocheuse le ferme d'un c&#244;t&#233;, de l'autre, pas d'horizon, mais une courte &#233;chapp&#233;e sur des pentes vertes bordant la route qui va nous conduire au pont des Echevis. C'est la descente r&#234;v&#233;e pour les possesseurs de roue libre, tel est le cas de mes deux compagnons, aussi me devancent-ils terriblement, mais mon irr&#233;ductible amour-propre de cyclo-woman vient heureusement &#224; mon secours et me sugg&#232;re l'id&#233;e de l&#226;cher mes p&#233;dales.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive ainsi de front avec ces Messieurs au pont o&#249; nous nous s&#233;parons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon guide et moi nous dirigeons vers les Grands-Goulets, le docteur G. prend la route directe de Saint-Agnan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu d&#233;sireux de r&#233;&#233;diter &#224; b&#233;cane la descente de la Bourne, nous laissons nos bicyclettes aux Baraques, et visitons &#224; pied les Goulets dont le sol est si fortement d&#233;tremp&#233; qu'on y enfonce comme dans une mare.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un spectacle bien curieux que ce torrent qui se fraye un passage dans cette gorge sauvage dont l'art est venu augmenter encore le pittoresque. De trop habiles plumes ont d&#233;crit l'inoubliable beaut&#233; de ce site pour que j'ose parler de cette route taill&#233;e dans le roc, coup&#233;e de tunnels et qui serpente au-dessus d'un gouffre o&#249; se pr&#233;cipitent, rugissantes, les eaux limpides frang&#233;es d'&#233;cume, emprisonn&#233;es dans ces gigantesques remparts de rochers qui semblent d&#233;fier le soleil d'illuminer ces profondeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous revenons aux Baraques o&#249; nous attend un d&#233;jeuner servi sur une terrasse au bord de la Vernaison et s&#233;par&#233;e de l'h&#244;tel par la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel s'assombrit, mais la gaiet&#233; et l'app&#233;tit sont toutes voiles dehors. L'h&#244;tel regorge de cyclistes automobilistes, etc., le service est d'une lenteur d&#233;sesp&#233;rante&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arr&#234;tons des hors-d'&#339;uvre au passage, et nous allons attaquer le saucisson quand tout &#224; coup le tonnerre &#233;clate et les nuages, sur nos t&#234;tes, cr&#232;vent en un torrent qui balaie comme par enchantement tous les d&#238;neurs attabl&#233;s autour de nous. Cette d&#233;fection en masse nous rend possesseur d'un banc surmont&#233; d'une tente qui, &#224; la rigueur, peut couvrir la moiti&#233; de notre petite table&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous engouffrons sous cet abri et tachons de pr&#233;server notre couvert en mettant sur le banc, entre nous, tout ce qui peut ne pas souffrir de ce contact. Il pleut &#224; plaisir. Des t&#234;tes effar&#233;es apparaissent aux fen&#234;tres de l'h&#244;tel. Ces gens-l&#224; sont fous, pensent tous ces sages empil&#233;s dans des salles o&#249; le parfum des ap&#233;ritifs lutte d'&#233;nergie avec celui de la friture. Apr&#232;s un quart d'heure de signaux de d&#233;tresse, la bonne nous apporte le premier plat, elle a beau courir, au risque de tout chavirer, la sauce n'en arrive pas moins fortement &#233;tendue, cela ne fait rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous nous amusons &#233;perdument. La pluie redouble jusqu'au dessert, mais personne ne parle de capituler et cependant mon ami boit de l'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! impuissant qu'il est &#224; pr&#233;server son verre de cette profanation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il a l'h&#233;ro&#239;sme simple et se r&#233;signe sans murmure. Enfin, une accalmie survient et nous pouvons circuler sur la terrasse, mais l'humidit&#233; m'a ankylos&#233;e et c'est avec d&#233;lices que je savoure un caf&#233; br&#251;lant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des ond&#233;es intermittentes retardent notre d&#233;part. Enfin, &#224; 2 h. 1/2, nous prenons la route de la Chapelle-en-Vercors d'o&#249; nous gagnons Saint-Agnan, Rousset et le col. Nous allons lentement, ces 18 kilom&#232;tres sont p&#233;nibles et toute notre attention se porte &#224; &#233;viter les orni&#232;res et les flaques d'eau. Une grisante odeur de verdure mouill&#233;e flotte dans l'air, mais la campagne est triste sous le ciel gris. 2 kilom&#232;tres avant Rousset la pluie se remet &#224; tomber si serr&#233;e que nous sommes contraints de nous r&#233;fugier dans une ferme o&#249; on nous accueille avec empressement. Cet arr&#234;t forc&#233; se prolonge plus d'une heure. Profitant d'une vague &#233;claircie, nous remercions ces braves paysans et reprenons nos machines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 500 m&#232;tres plus loin, nouvelle douche. D&#233;cid&#233;ment, il pleut beaucoup dans la vall&#233;e du Rousset, je joins mon t&#233;moignage &#224; celui de M.&#160;Burdet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pleut m&#234;me trop pour mon go&#251;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il faut marcher quand m&#234;me si nous voulons atteindre le col avant la nuit. La machine de mon compagnon est tellement embourb&#233;e qu'il est oblig&#233;, au Rousset, de la soumettre &#224; d'&#233;nergiques ablutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous engageons dans les lacets conduisant au col, la pluie a cess&#233;, l'azur du ciel daigne m&#234;me se montrer par endroits&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; gr&#226;ce &#224; la pente, la route est bonne, et c'est avec raison qu'on l'a compar&#233;e &#224; une all&#233;e de parc, elle en a la r&#233;gularit&#233; et la tenue irr&#233;prochable &#224; travers les hautes futaies qu'elle contourne en s'&#233;levant. La vall&#233;e de Rousset est derri&#232;re nous dans la brume&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous montons &#224; pied en causant, riant des m&#233;saventures de la journ&#233;e et nous promettant d'en noyer le souvenir dans un verre de bonne clairette de Die, l&#224;-haut, au col o&#249; elle a la r&#233;putation d'&#234;tre exquise et pas ch&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 1 kilom&#232;tre de l'entr&#233;e du tunnel, nous entendons un roulement de voiture et nous reconnaissons dans une charrette toute une bande joyeuse de cyclistes t&#233;c&#233;fistes comme nous et qui nous avaient &#233;merveill&#233;s le matin &#224; la mont&#233;e de Sassenage. Ces Messieurs nous saluent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien ne brusque les pr&#233;sentations comme le commun amour de la bicyclette. La voiture s'arr&#234;te, tout le monde descend et je suis aimablement invit&#233;e &#224; y prendre place pour arriver jusqu'au col et en faire la travers&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma bicyclette est aux mains de l'un de ces Messieurs, j'accepte sans fa&#231;on le manteau d'un autre, et fouette cocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, je reste &#233;bahie de la profondeur de ce trou noir, 800 m&#232;tres, dit-on. Deux quinquets fumeux ont la pr&#233;tention de l'&#233;clairer, mais n'emp&#234;chent pas qu'il y fait noir comme dans un trou de mine. On se dirige &#224; t&#226;tons, avec force appels et cris de ralliement. Un des Messieurs que nous avons rencontr&#233;s est enlev&#233; comme une plume par des bras inconnus et &#233;chappe ainsi &#224; l'accolade intempestive d'un cheval venant en sens inverse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, on retrouve la lumi&#232;re et les yeux restent &#233;blouis. C'est devant nous, &#224; l'infini, un enchev&#234;trement grandiose de sommets, de vall&#233;es, de rivi&#232;res, de fleuves peut-&#234;tre, mais qui, sur cet immense tableau, semblent trac&#233;s avec un pinceau de la finesse d'un cheveu. D'un promontoire de rochers, voisin du tunnel, on d&#233;couvre 17 d&#233;partements nous affirme l'aimable conducteur de ma bicyclette. Pendant que nous admirons ce merveilleux panorama, des flots de clairette circulent et apr&#232;s un dernier toast, l'heure nous pressant, nous nous s&#233;parons des courtois t&#233;c&#233;fistes que le hasard nous a donn&#233;s un instant comme compagnons de route. Nous nous engageons dans les dangereux lacets qui conduisent du col &#224; Chamaloc, non sans avoir refus&#233; avec d&#233;dain le traditionnel fagot. Pour moi, c'est une sottise, car ma bicyclette n'a qu'un frein insignifiant sur la roue d'avant et la pente est trop forte et les tournants trop dangereux pour que mon imprudence ne risque de me co&#251;ter cher. En effet, j'y vais d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pelle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; magistrale o&#249; j'ai bien cru me fracasser la m&#226;choire, heureusement que rien n'est dur comme la t&#234;te et j'en suis quitte pour la peur et dix minutes d'&#233;tourdissement. Nous traversons Chamaloc, il est presque nuit, mais jusqu'&#224; Die la route est en pente douce et excellente, nous arrivons &#224; 8 h. 1/2 &#224; l'h&#244;tel des Alpes o&#249; nous retrouvons le docteur C. ., qui, depuis Saint-Agnan, nous a pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une 1/2 heure environ dans toutes nos &#233;tapes. Apr&#232;s un bon d&#238;ner termin&#233; par une tourn&#233;e de clairette, nous nous armons de bougeoirs et prenons possession de nos bedrooms. La mienne est de dimensions peu communes, 100 m&#232;tres carr&#233;s pour le moins, aussi je ne me prive pas du plaisir d'en prendre possession par un tour de valse anim&#233;. De l'autre c&#244;t&#233; de la cloison j'entends une voix grondeuse&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ah &#231;&#224;, perdez-vous la t&#234;te. &#8212; pas encore, j'essaye seulement la souplesse des jarrets, mais c'est fini. Good night&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me journ&#233;e. &#8212; &#192; 5 heures du matin, au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;boum&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;nergique dans ma porte me r&#233;veille, je sais ce que cela signifie&#160;: j'ai 10 minutes pour faire ma toilette, une coquette aurait &#224; peine le temps de passer ses pantoufles, mais c'est suffisant pour les simples ablutions et l'&#233;quipement sommaire d'une cycle touriste. &#192; 5 h 1/4 nous roulons, M.&#160;M... et moi, sur la route de Ch&#226;tillon-en-Diois. Le ciel est limpide, l'air rafra&#238;chi par une brise l&#233;g&#232;re, tout annonce une belle journ&#233;e. Jusqu'&#224; la vall&#233;e des Gas la r&#233;gion est assez insignifiante, mais de ce point, et durant 10 kilom&#232;tres, c'est un enchantement. Entre deux murailles de rochers, le torrent coule sans effort sur une pente l&#233;g&#232;re, la route le borde en suivant ses d&#233;tours pittoresques, et sous le soleil matinal un charme intense, &#233;trangement sauvage, &#233;mane de cette nature o&#249; semble flotter comme un peu du myst&#232;re des contr&#233;es vierges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une mont&#233;e se pr&#233;sente au sortir de la gorge et brusquement on passe dans une r&#233;gion qui va se d&#233;nudant &#224; mesure qu'on s'&#233;l&#232;ve. Nous croyons constamment arriver au col de Grimone, mais il semble reculer sans cesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon entrain finit par se ressentir de cette d&#233;ception, je me plains am&#232;rement de l'aridit&#233; du paysage, de la longueur de la mont&#233;e que mon unique d&#233;veloppement m'oblige &#224; faire &#224; pied, et mon compagnon, auteur de l'itin&#233;raire, baisse la t&#234;te accabl&#233; par la chaleur et par mes reproches. Au Glandage nous nous arr&#234;tons pour prendre les traditionnels &#339;ufs &#224; la coque du premier d&#233;jeuner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 3/4 d'heure d'arr&#234;t et on repart de nouveau &#224; l'assaut du col. Sous le soleil, la route s'allonge sans ombrelles 2 derniers kilom&#232;tres se tra&#238;nent sur une cime aride dont l'&#226;pret&#233; met le comble &#224; ma mauvaise humeur. Enfin, nous franchissons Grimone et sautons en selle pour la descente. Voici Lussette, le col de la Croix-Haute et nous atteignons enfin une contr&#233;e plus riante. Nous descendons sur Saint-Maurice-en-Tri&#232;ves, les pentes sont bois&#233;es et, &#224; l'horizon, se profilent les sommets neigeux du Pelvoux dont une immense plaine ondul&#233;e nous s&#233;pare.	&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu avant Clelles, nous apercevons l'a&#233;rienne silhouette du Mont Aiguille, semblable &#224; un gigantesque ob&#233;lisque. &#192; 1 heure nous mettions pied &#224; terre devant l'h&#244;tel qui lui fait face et nous avions enfin la satisfaction de nous attabler devant un d&#233;jeuner bien gagn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 2 h. 1 /2, nous reprenons nos machines jusqu'au ravin de Saint-Michel, la route inclin&#233;e traverse des prairies couvertes de narcisses, je ne manque pas d'en fleurir mon guidon d'une &#233;norme touffe, et je me grise tout le long du chemin du sauvage parfum, bien alpestre, qui s'en d&#233;gage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;levons ensuite jusqu'au col du Fau, et apr&#232;s un dernier regard &#224; la Meije, &#224; la Barre des Ecrins, nous traversons en coup de vent le Monestier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons devant nous 18 kilom&#232;tres de descente, et apr&#232;s les rudes ascensions de ces deux journ&#233;es, je trouve cette finale tout &#224; fait de mon go&#251;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous laissons &#224; gauche les derniers contreforts du Vercors&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans un lointain qui se rapproche, les sommets de la Chartreuse, de l'Oisans sont envelopp&#233;s d'une bu&#233;e qui les gaze comme une voilette un beau visage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Vif, les Ponts-de-Claix, et enfin les splendides all&#233;es du cours Saint-Andr&#233; qui nous conduisent &#224; Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures du soir, ravie de mon exp&#233;dition repr&#233;sent&#233;e par 218 kilom&#232;tres en 2 journ&#233;es &#8212; mon plus bel exploit jusqu'&#224; pr&#233;sent &#8212; je me s&#233;pare de mon aimable compagnon de voyage avec force remerciements et &#233;nergiques shake-hands.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et maintenant, Mademoiselle, que j'ai pu m'arracher au charme des Alpes joint &#224; celui d'une exquise hospitalit&#233;, je me h&#226;te de vous dire que j'acquiesce avec enthousiasme &#224; l'attrayant projet de rencontre dont vous &#234;tes la promotrice. Gr&#226;ce aux soins que veut bien en prendre l'aimable g&#233;rant du Cycliste, je crois que l'ex&#233;cution en est prochaine. J'en suis ravie et vous prie de ne pas vous &#233;tonner que, mises sur le terrain du cyclisme, mes sympathies fassent, &#224; votre rencontre, du 30 &#224; l'heure pour le moins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mad. Symour,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>EXCURSIONS DOMINICALES DE V&#201;LOCIO (juin 1900)</title>
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		<dc:date>2019-12-04T12:15:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Allier</dc:subject>
		<dc:subject>Dr&#244;me</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#8220;Notre excursion de la Pentec&#244;te dans le Vercors a &#233;t&#233; contrari&#233;e par le mauvais temps qui nous a oblig&#233; de l'&#233;courter et de supprimer les deux crochets facultatifs sur la for&#234;t de Saou et sur Autrans-Villard de Lans.&#8221;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Allier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par V&#233;locio, Le Cycliste, 1900,&lt;br class='autobr' /&gt;
Source Archives D&#233;partementales de la Loire&lt;br class='autobr' /&gt;
Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 et 4&#160;juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre excursion de la Pentec&#244;te dans le Vercors a &#233;t&#233; contrari&#233;e par le mauvais temps qui nous a oblig&#233; de l'&#233;courter et de supprimer les deux crochets facultatifs sur la for&#234;t de Saou et sur Autrans - Villard de Lans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;part, fix&#233; d'abord &#224; 2 heures du matin, n'a eu lieu, &#224; cause de la pluie, qu'&#224; 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous passons au col du Grand-Bois &#224; 8 heures 1/2 (mont&#233;e p&#233;nible, &#224; cause de la boue)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur l'autre versant, la route est tr&#232;s bonne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi est-il possible de rattraper un peu le temps perdu et nous sommes &#224; Andance (53 kilom&#232;tres) par Boulieu, &#224; 9 heures 45&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Tournon, o&#249; nous franchissons le Rh&#244;ne, &#224; 10 heures 40, et &#224; Valence (92 kilom&#232;tres), &#224; 11 heures et demie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous traversons lentement la ville, la pluie commence &#224; tomber&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous continuons cependant &#224; 11 heures 50 et la boue contre laquelle nous n'avons pas de protection nous force &#224; aller lentement jusqu'&#224; Crest (123 kilom&#232;tres), o&#249; nous faisons halte pour d&#233;jeuner de 2 &#224; 3 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pluie persiste, nous nous munissons de garde-boue de fortune en carton qui remplissent bien leur fonction et nous permettent d'accentuer l'allure et d'arriver &#224; Die (150 kilom&#232;tres) &#224; 5 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pluie a cess&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut que nous grimpions encore avant la nuit au refuge du col de Rousset (180 kilom&#232;tres), &#224; 1.400 m&#232;tres d'altitude, o&#249; nous trouverons le g&#238;te et la table.&lt;br class='autobr' /&gt;
Die n'est qu'&#224; 400 m&#232;tres, il s'agit donc de s'&#233;lever d'un trait de 900 m&#232;tres en 13 kilom&#232;tres, car jusqu'&#224; Chamaloc, on ne s'&#233;l&#232;ve que de 100 m&#232;tres environ. &#192; 8 heures (multiplication 3m,30) nous atteignons le bout des intermi&#173;nables lacets que fait au flanc de la montagne cette route tr&#232;s dangereuse &#224; la descente, si l'on n'est pas arm&#233; en cons&#233;quence. Nous sommes surpris de ne trouver l&#224;-haut aucun autre touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quatre cyclistes lyonnais ont pass&#233; le matin, c'est tout et c'est bien peu pour un jour de Pentec&#244;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lundi matin d&#233;part &#224; 5 heures, travers&#233;e du tunnel de 600 m&#232;tres (tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able) et entr&#233;e dans le Vercors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les routes de ce c&#244;t&#233; sont encore boueuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; descente presque ininterrompue jusqu'&#224; Pont-en-Royans (38 kilom&#232;tres), o&#249; nous trouvons la Bourne que nous allons remonter jusqu'&#224; la Balme de Rencurel. La boue &#233;paisse et collante, les orni&#232;res profondes rendent la route presque impraticable et nous occasionnent de nombreuses glissades. Arr&#234;t &#224; la Balme (50 kilom&#232;tres), de 9 heures 15 &#224; 10 heures et petit d&#233;jeuner. En quittant la Balme, nous prenons &#224; gauche le chemin du col de Romeyre, &#233;troit, pierreux, mais exempt de boue. Mont&#233;e de 8 kilo&#173;m&#232;tres, puis descente de 14 kilom&#232;tres jusqu'&#224; Saint-Gervais par le Pas de l'&#201;chelle qui est le clou de cette excursion si riche pourtant en beaut&#233;s naturelles. Arr&#234;t pour d&#233;jeuner de 1 heure &#224; 2 heures 1/2 &#224;l'Albene (78 kilom&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt;
Retour par Vinay, Saint-&#201;tienne de saint- Geoirs, Moras, Andance, Boulieu (170 kilom&#232;tres), Bourg-Argental, La R&#233;publique et rentr&#233;e Saint-&#201;tienne (210 kilom&#232;tres) &#224; minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;pense totale par personne pour les deux jours 9 fr. 75.&lt;br class='autobr' /&gt;
Incidents Deux perforations de pneumatiques et une p&#233;dale fauss&#233;e dans une chute sous le tunnel, occasionnent trois arr&#234;ts forc&#233;s d'environ 30 minutes chacun, pendant la matin&#233;e de lundi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rencontres Un assez grand nombre de cyclistes parmi lesquels deux groupes de 8 &#224; 10 personnes grimpant au col de Rousset et un groupe de 5 ou 6 cyclistes st&#233;phanois descendant &#224; Pont-en-Royans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de nombreux excursionnistes &#224; pied ou en voiture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas un seul chauffeur, tricycle ou automobile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet itin&#233;raire est un des plus int&#233;ressants &#224; la port&#233;e des cyclistes st&#233;phanois, surtout si, favoris&#233;s par le temps, ils peuvent visiter la for&#234;t de Saou et remonter jusqu'&#224; Villard-de-Lans et Autrans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses principales attractions sont la vall&#233;e de la Dr&#244;me, la vue sur le massif du Saou. le col du Rousset et son magnifique panorama, les prairies et les for&#234;ts du Vercors, les Goulets, Pont-en-Royans, les Gorges-de-la-Bourne de Choranche &#224; la Balme qui en maints endroits ne le c&#232;dent en rien &#224; la partie comprise entre le Pont-de-Goule-Noire et le plateau sup&#233;rieur qu'on fera bien n&#233;anmoins, si l'on n'a pas le temps de monter &#224; Villard-de-Lans, d'aller visiter avant de s'&#233;loigner de la Balme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne faut pour cela qu'une petite heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la curiosit&#233; la plus remarquable est incontestablement le Pas-de-l'&#201;chelle d'o&#249; la vue s'&#233;tend fort loin par dessus la vall&#233;e de l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route de la Balme &#224; Saint-Gervais est tr&#232;s v&#233;lo&#231;able, sauf en quelques passages un peu encombr&#233;s par les &#233;boulements et o&#249; il est prudent, &#224; la descente, de ralentir. Belle descente, de plusieurs kilom&#232;tres pour arriver &#224; Saint-&#201;tienne-de-Saint-Geoirs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les mont&#233;es de ce parcours sont faisables avec de faibles d&#233;veloppements, avec un bon frein et une grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; plus forte raison avec un frein &#224; roue libre, les descentes peuvent &#234;tre rapidement exp&#233;di&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17&#160;juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'excursion du 17&#160;juin dans la Haute-Loire, favoris&#233;e par un tr&#232;s beau temps, a r&#233;uni 4 cyclotouristes qui sont rentr&#233;s sans fatigue anormale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partons trois de Bellevue, &#224; 2 heures et demie du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; premier d&#233;jeuner &#224; Saint-Maurice-de-Lignon, la mont&#233;e du Pont-de-Lignon (2 kilom&#232;tres pente moyenne de 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) a &#233;t&#233; enlev&#233;e, malgr&#233; le sol ravin&#233;, avec d&#233;veloppement de 3m,30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; passage &#224; Yssingeaux, Le Pertuis, Saint-Julien-Chapteuil, sans autres arr&#234;ts que ceux occasionn&#233;s par des accidents successifs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Boussoulet, au pied du Meygal, second d&#233;jeuner de l&#224; mes deux compagnons filent directement par les Barraques et le Pont de Mars sur Saint-Agr&#232;ve o&#249; ils arrivent &#224; 11 heures et quart, pendant que je vais visiter le lac de Saint Front, altitude 1.230 (quelques kilom&#232;tres de chemin tr&#232;s rocailleux), rallier ensuite &#224; travers champs, &#224; 1.300 m&#232;tres d'altitude, la route de Saint-Front aux Estables dont je suis &#224; 11 kilom&#232;tres de route &#224; peu pr&#232;s plate, tandis que 6 kilom&#232;tres &#224; peine me s&#233;parent en ligne directe du mont Mezenc o&#249; j'aper&#231;ois encore quelques lambeaux de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je descends le Lignon pendant quelques kilom&#232;tres, monte &#224; Fay-le-Froid et m'engage sur une tr&#232;s belle route qui, par une descente rapide et ininterrompue de 12 &#224; 15 kilom&#232;tres m'am&#232;ne dans la vall&#233;e de l'Erieux entre Saint-Martin-de-Valamas et Saint-Julien-de-Bouti&#232;re (altitude 600 m&#232;tres)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me faut alors remonter (tant&#244;t avec 4m,40 tant&#244;t avec 3m,30, vitesse de marche, 11 kilom&#232;tres &#224; l'heure) en plein soleil &#224; Saint-Agr&#232;ve (altitude 1.110 m&#232;tres) o&#249; j'arrive &#224; midi et demi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre quatri&#232;me compagnon, muni de trois d&#233;veloppements et de la roue libre, parti de Bellevue &#224; 5 heures et demie, d&#233;barque &#224; son tour &#224; Saint-Agr&#232;ve au moment o&#249; nous nous mettons &#224; table&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous avait poursuivis obte&#173;nant &#231;&#224; et l&#224; quelques renseignements sur notre passage, d&#233;jeunait &#224; Yssingeaux, descendait, conform&#233;ment au programme, du Pertuis &#224; Brives-Charensac, aux portes du Puy, et revenait &#224; Saint-Julien-Chapteuil o&#249; il retrouvait nos traces momentan&#233;ment perdues. Il monte alors &#224; Boussoulet par la nouvelle route plus courte et bien meilleure que l'ancienne, d&#233;laiss&#233;e, que nous avions eu le tort de prendre, et le voici enfin &#224; Saint-Agr&#232;ve, apr&#232;s avoir fourni, sans accident et &#224; une tr&#232;s belle allure, une &#233;tape bien rude.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;part g&#233;n&#233;ral de Saint-Agr&#232;ve &#224; deux heures et demie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; retour par Tence (arr&#234;t), Montfaucon, Riotord, Marlhes (arr&#234;t), Saint-Genest-Malifaux et rentr&#233;e &#224; Saint-&#201;tienne &#224; 7 heures et demie du soir, avec 193 kilom&#232;tres au compteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;pense totale par personne 3 fr. 70.&lt;br class='autobr' /&gt;
Incidents Trois perforations de pneus, une cha&#238;ne saut&#233;e en pleine descente faussant le cadre, une correction administr&#233;e &#224; quelques garnements que nous surprenons barrant la route &#224; notre intention, entre Duni&#232;re et Riotord, avec d'&#233;normes pierres que nous leur f&#238;mes enlever nous caus&#232;rent environ deux heures d'arr&#234;ts impr&#233;vus avec lesquels, au cours d'une longue excursion, il faut toujours compter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rencontres Quelques cyclistes locaux, isol&#233;s, un cyclotouriste &#224; Marlhes, mais pas plus de chauffeurs que si l'automobile et le motocycle n'&#233;taient pas invent&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lac de Saint-Front, deux cyclistes &#233;taient venus le matin faire provi&#173;sion de poissons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet itin&#233;raire est un des plus p&#233;nibles mais en m&#234;me temps un des plus pittoresques que je connaisse. Les pentes y sont fort roides et, seules, des bicyclettes munies de plusieurs d&#233;veloppements et de bons freins, surtout de freins-&#224;-roue-libre, permettent de gravir toutes les rampes et de faire les descentes &#224; bonne allure sans danger et sans se fatiguer &#224; contre-p&#233;daler. &#192; cette &#233;poque de l'ann&#233;e, les pr&#233;s verts, les arbres touffus, les eaux abondantes contribuent beaucoup &#224; la beaut&#233; du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les masses rocheuses, les pains de sucre tant&#244;t bois&#233;s, tant&#244;t arides qui se dressent de toutes parts donnent &#224; cette r&#233;gion un aspect tout particulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les passages suivants m&#233;ritent d'&#234;tre signal&#233;s le pont de Lignon, le tron&#231;on de route entre Yssingeaux et le Pertuis, la descente du Pertuis &#224; Saint-Julien-Chapteuil, le lac de Saint-Front (ce lac est tr&#232;s poissonneux et l'on peut manger sur place chez le fermier de la p&#234;che de superbes truites), le panorama tr&#232;s rapproch&#233; du Mezenc et de ses satellites, la vue autour de Fay-le-Froid perch&#233; sur un promontoire, enfin les gorges de l'Erieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol des routes de la Haute-Loire est en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s dur et cruel pour les pneumatiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; a fait placer des poteaux &#224; tous les passages dangereux et l'on fera bien d'en tenir compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La facilit&#233; avec laquelle nous avons accompli ce parcours, nous fit penser qu'il serait tr&#232;s facile de faire dans une journ&#233;e l'aller et retour de Saint-&#201;tienne au sommet du Mezenc et peut-&#234;tre m&#234;me au Gerbier-des-Joncs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous tenterons l'exp&#233;rience le mois prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24&#160;juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Puy (3 heures) &#8212; Lac du Bouchet (4 h. 25 &#224; 5 h. 5) &#8212; Saint-Haon &#8212; Chapeauroux (5 h. 45) Ch&#226;teauneuf-de-Randon &#8212; L'Habitarelle 7 h. 40) &#8212; Col de la Tourette &#8212; Sainte-H&#233;l&#232;ne (8 h. 50 &#224; 9 h. 25) &#8212; Bagnols-les-Bains &#8212; Col des Tribes (10 h. 40) &#8212; Astier &#8212; Villefort (midi &#224; 1 h. 35) &#8212; Pr&#233;vench&#232;res &#8212; Luc &#8212; Langogne (6 h. 5 &#224; 6 h. 25) Pradelles &#8212; Bifurcation (7 h. &#224; 7 h. 10) &#8212; Costaros &#8212; Le Puy (8h 30). &#8212; 241 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une simple excursion dominicale que je vais vous conter l&#224;, mais elle en vaut la peine d'autant plus qu'elle traverse des r&#233;gions peu connues encore des lecteurs du Cycliste, et dignes de l'&#234;tre, tant au point de vue touriste sites, paysages, curiosit&#233;s naturelles, souvenirs histo&#173;riques, qu'au point de vue cycliste routes bien trac&#233;es et sol excellent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes arriv&#233;s &#224; un col de 1.100 &#224; 1.200 m&#232;tres d'altitude, sans nous en apercevoir, et nous avons grimp&#233; de l'altitude 700 &#224; l'altitude 1.265 &#224; l'allure de 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, tout comme si c'e&#251;t &#233;t&#233; plat&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; des routes faites pour les cyclistes ou je ne m'y connais pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous avons eu aussi le revers de la m&#233;daille et apr&#232;s avoir joui du meilleur, nous avons souffert du pire, pendant la m&#234;me journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partant du Puy &#224; 3 heures du matin le 24&#160;juin, nous nous dirigeons sur le lac du Bouchet &#224; 20 kilom&#232;tres. La mont&#233;e de Taulhac assez dure pour que des cyclistes locaux lev&#233;s avant nous la fassent &#224; pied, ne p&#232;se pas une once &#224; nos faibles d&#233;veloppements.&lt;br class='autobr' /&gt;
B... qui m'accompagna aux Maures et &#224; l'Esterel, est avec moi et nous avons nos m&#234;mes montures (voir Le Cycliste du 31&#160;mai, page 105).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Montagnac nous tournons &#224; droite guid&#233;s par un poteau que le Syndicat du Velay qui fait de louables efforts pour faire conna&#238;tre aux touristes les merveilleux sites des C&#233;vennes, a plac&#233; &#224; la bifurcation. Nous continuons &#224; monter l&#233;g&#232;rement mais &#231;&#224; et l&#224; des raidillons tr&#232;s vifs nous aiguisent les muscles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'air est frais, le soleil va se lever et colore d'une admirable teinte vieux cuivre, des nuages d'un gris souris tr&#232;s d&#233;licat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cet effet de lumi&#232;re est tellement remarquable qu'&#224; chaque instant nous nous retournons sur la selle pour en mieux jouir au risque d'aller droit dans le foss&#233;, car le chemin n'est pas tr&#232;s large. Quel peintre pourra jamais reproduire de telles richesses de coloris&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous atteignons quelques maisons entour&#233;es de fumier et un peu plus loin nous traversons le village de Cayres. Un fort raidillon nous am&#232;ne alors au chemin du lac du Bouchet qui d&#233;bute par 200 m&#232;tres que nous ferons &#224; pied ne voulant pas pour si peu abaisser notre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis le chemin redevient v&#233;lo&#231;able malgr&#233; quelques passages tr&#232;s encombr&#233;s de pierres, d'orni&#232;res et m&#234;me de tas de terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#232;s que nous p&#233;n&#233;trons dans les bois tr&#232;s &#233;pais qui entourent le lac et tapissent les bords de l'ancien crat&#232;re, une pente douce nous entra&#238;ne et tout &#224; coup nous apercevons &#224; travers les arbres l'eau miroitante, calme et profonde. Encore quelques coups de p&#233;dale et nous voici au bord du lac en vue du chalet am&#233;nag&#233; par le Syndicat du Velay pour le service des excursionnistes qui y trouvent &#224; des prix mod&#233;r&#233;s d'excellentes consommations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il soit exactement 4 heures 25, tout le monde est sur pied et l'on a d&#233;j&#224; p&#234;ch&#233; &#224; coups de fusil quelques poissons. Il n'y a pas de lait, de sorte que nous devons nous contenter d'une tasse de caf&#233;. Quoique nous n'ayons rien pris avant de partir, l'app&#233;tit n'est pas encore bien ouvert et nous pouvons attendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le site est tr&#232;s agreste, la nappe d'eau presque ronde s'&#233;tend &#224; 20 ou 30 m&#232;tres au-dessous des bords extr&#234;mes de l'entonnoir d'o&#249; jaillissaient jadis des laves ardentes. Les bois descendent jusqu'au ras de l'eau, de l'ensemble se d&#233;gage &#224; cette heure o&#249; l'obscurit&#233; n'est pas encore dissip&#233;e, une impression de vie calme, tranquille, sans horizon, en dehors du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous reprenons &#224; 5 heures nos bicyclettes et en sortant des bois nous rentrons soudainement dans la lumi&#232;re, le soleil ayant profit&#233; de notre s&#233;jour dans le crat&#232;re pour monter rapidement et nous avertir que nous sommes loin du terme de notre voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bah&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la descente n'est pas loin et nous allons rattraper le temps perdu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sit&#244;t le village tr&#232;s sale de Bouchet-Saint-Nicolas franchi, la pente tr&#232;s forte, nous entra&#238;ne &#224; une vitesse d'express, les pieds au repos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est dur et &#231;&#224; et l&#224; sem&#233; de grosses pierres oubli&#233;es par les charretiers. Nous &#233;vitons tous les obstacles dont les moindres ne sont pas les indig&#232;nes lents &#224; se d&#233;ranger&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous laissons &#224; gauche Saint-Haon sur la hauteur et, nous serrons les freins, car la descente bien qu'elle n'ait pas encore de poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; devient superlativement dangereuse. Nous dominions d'assez haut un ravin vulgaire et nous avions, par moments, de belles &#233;chapp&#233;es sur le plateau oppos&#233;, quand &#224; un tournant, nous arrivons presque &#224; pic au-dessus de la vall&#233;e &#233;troite o&#249; coule l'Allier. Une admirable vue, en v&#233;rit&#233;&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le lit tr&#232;s large de la rivi&#232;re, et qui laisse supposer qu'&#224; certaines &#233;poques les crues sont formidables, occupe tout le fond de la gorge, ne laissant aucune place pour la culture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des routes partent de tous les c&#244;t&#233;s, deux ponts tr&#232;s longs sont d'un assez bel effet. Nous mettons naturellement pied &#224; terre pour admirer &#224; loisir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente, m&#234;me lorsqu'on va lentement, on ne peut, sans s'exposer, que surveiller la route et ses alentours imm&#233;diats, &#224; peine parvient-on &#224; jeter quelques furtifs regards sur le paysage ce n'est pas suffisant quand le paysage en vaut la peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir pass&#233; la rivi&#232;re on entre dans la Loz&#232;re o&#249; notre itin&#233;raire va se d&#233;velopper pendant 160 kilom&#232;tres. Nous allons remonter le Chapeauroux puis le ruisseau de la Boutaresse jusqu'&#224; la Pierre Plant&#233;e. 47 kilom&#232;tres de mont&#233;e si douce que sans nous en apercevoir nous l'enl&#232;verons &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure en moyenne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans &#234;tre de premier ordre, le paysage est gentil et le sol est si bon que nous p&#233;dalons avec d&#233;lices, passant tant&#244;t sur la rive gauche, tant&#244;t sur la rive droite du ruisseau, ici et le plus souvent &#224; l'ombre, l&#224; au soleil qui n'est pas encore bien chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons les d&#233;veloppements respectifs de 4m,40 et 4m,80, mais peu apr&#232;s Auroux, joli village &#233;tag&#233; sur le bord de la route, je prends 6 m&#232;tres et l'allure s'acc&#233;l&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t &#224; notre droite, dominant une colline tr&#232;s bois&#233;e, se profile sur le ciel bleu un mignon castel qu'on dirait pos&#233; l&#224;-haut tout expr&#232;s pour embellir le d&#233;cor&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les sinuosit&#233;s de la route nous le montrent sous diff&#233;rents aspects et nous finissons par le laisser derri&#232;re nous. On doit avoir de ces tourelles une jolie vue et il ferait bon d'y vivre... quelques jours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? oh non, tout au plus de s'y reposer quelques heures. Nous pr&#233;f&#233;rons encore l'espace et les horizons toujours changeants et l'ivresse des folles descentes et la fatigue des montres ardues &#224; la molle oisivet&#233; d'une existence s&#233;dentaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous poussons un peu et nous voici en vue de Ch&#226;teauneuf de Randon, perch&#233; sur un mamelon dont nous faisons presque le tour un bourg devant lequel on passerait indiff&#233;rent si l&#224;-haut les ruines encore imposantes, les larges murs &#233;ventr&#233;s du vieux ch&#226;teau ne rappelaient aux voyageurs que Du Guesclin, le vaillant chevalier qui courut sus aux Anglais d'un bout de la France &#224; l'autre, trouva l&#224; une mort glorieuse. Nous avons donc devant nous les m&#234;mes vallons, les m&#234;mes collines, les m&#234;mes rochers, les m&#234;mes ruisseaux, tout ce que virent les yeux de ce h&#233;ros et, par la pens&#233;e, il nous est facile de nous reporter aux sc&#232;nes des autrefois dont ces lieux furent les t&#233;moins impassibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; un kilom&#232;tre de l&#224;, &#224; l'Habitarelle o&#249; se croisent plusieurs routes, nous faisons une courte halte autour du monument comm&#233;moratif &#233;lev&#233;, en je ne sais quelle ann&#233;e, &#224; la m&#233;moire de Du Guesclin.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une sorte de sarcophage, un amas de grosses pierres contenues dans de larges et longues pierres plates, vaguement ma&#231;onn&#233;es et fortement &#233;ventr&#233;es le toit, presque plat, s'est affaiss&#233; et ne tardera pas &#224; glisser enti&#232;rement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'y avons relev&#233; aucune inscription.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se demande comment des lieux aussi retir&#233;s, aussi ignor&#233;s, purent devenir le th&#233;&#226;tre d'une guerre assez s&#233;rieuse pour n&#233;cessiter la pr&#233;sence du meilleur lieutenant du roi de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quelques si&#232;cles d'intervalle, ces l&#233;gions furent de nouveau ensanglant&#233;es par les guerres de religion et les fameuses dragonnades des C&#233;venncs pass&#232;rent aussi par l&#224;. Et cela recommencera, car il serait fou d'esp&#233;rer que les hommes cesseront de s'entre-tuer, et contre cette rage fratricide, les pays les plus pauvres ne seront m&#234;me pas prot&#233;g&#233;s par leur pauvret&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittions &#224; peine l'Habitarelle quand d&#233;bouche &#224; cent m&#232;tres de nous une bicyclette &#224; p&#233;trole venant de Mende et marchant &#224; la des&#173;cente &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure environ sans trop de bruit ni de relent de p&#233;trole. C'est le seul cyclotouriste que nous v&#238;mes de la journ&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il allait de Mende &#224; Langogne o&#249; l'on nous en parla le soir m&#234;me il fait assez souvent ce trajet de 98 kilom&#232;tres aller et retour, qu'il serait bien emp&#234;ch&#233; de faire dans la m&#234;me journ&#233;e par tout autre moyen de transport que la bicyclette ou l'automobile. Mais avec la bicyclette &#224; p&#233;trole le kilom&#232;tre lui co&#251;te au bas mot cinq centimes tandis qu'avec la bicyclette pure et simple il lui reviendrait &#224; peine &#224; un demi-centime et la fatigue serait moindre, car il ne faut pas croire que, tricycles ou bicyclettes &#224; p&#233;trole, cela va toujours tout seul&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; droite un vaste plateau en rampe douce parsem&#233; de d&#233;bris de rocher entre lesquels pousse une herbe rare et maigre, c'est le commencement de ce que l'on appelle Le Plateau du Roi qui s'&#233;tend &#224; l'altitude moyenne de 1.350 m&#232;tres au centre de la Margeride&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche un amoncellement de collines termin&#233;es &#224; l'horizon par des sommets assez &#233;lev&#233;s, mais qui, pr&#232;s de nous s'abaissent vers le Midi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant nous, comme une barri&#232;re infranchissable, une montagne court de l'Est &#224; l'Ouest au flanc de laquelle &#224; belle hauteur serpente une route... Est-ce la n&#244;tre et nous faudra-t-il apr&#232;s avoir plong&#233; dans la gorge qui nous en s&#233;pare, remonter en plein soleil jusque l&#224;-haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle est la vue que nous avons en commen&#231;ant, pieds au repos, une tr&#232;s belle et tr&#232;s longue des&#173;cente qui, du col de la Pierre Plant&#233;e va nous amener sur les bords du Lot. Nous filons bon train&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement, des troupeaux de b&#339;ufs nous barrent &#224; plusieurs reprises le chemin et, plus malheureusement encore, une &#233;norme voiture de d&#233;m&#233;nagement que nous croisons au haut de la c&#244;te a laiss&#233; derri&#232;re elle, au beau milieu de la route, plus de vingt couples de grosses pierres plac&#233;es l&#224; pour caler les roues et sur lesquelles nous risquerions fort de nous briser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous devons donc nous servir souvent du frein. Au cours de cette descente nous avons, par moments, une tr&#232;s belle vue sur la vall&#233;e du Lot et nous apercevons dans le fond quelques tron&#231;ons de la route qui la remonte et que nous allons suivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'aurons donc pas &#224; regrimper vers ce ruban ensoleill&#233; qui nous domine maintenant et qui repr&#233;sente l'ancienne route de Mende &#224; Bagnols-les-Bains.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures 1/2 nous arrivons au col de la Tourette, &#224; 10 kilom&#232;tres de Mende et &#224; 50 kilom&#232;tres de Villefort, nous apprend une plaque indicatrice bien d&#233;labr&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous venons de faire, depuis Chapeauroux 59 kilom&#232;tres en 2 heures 43 et le besoin de d&#233;jeuner se fait sentir imp&#233;rieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or &#224; ce col qui n'a de col que le nom et qui ressemble plut&#244;t &#224; un coupe-gorge, il n'y a pas la plus petite auberge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une maison abandonn&#233;e, muette comme un s&#233;pulcre, des rochers blancs qui r&#233;tr&#233;cissent la route et c'est tout, pas un filet d'eau auquel on puisse se d&#233;salt&#233;rer. Nous n'avons qu'&#224; filer au plus vite jusqu'au prochain village, &#224; Sainte-H&#233;l&#232;ne, &#224; 5 kilom&#232;tres de l&#224; o&#249; nous obtenons d'excellents caf&#233;s au lait avec beurre frais dans une infime guinguette de mis&#233;rable apparence qui gagnerait &#224; &#234;tre plus propre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la propret&#233; parait &#234;tre par l&#224; le moindre des soucis.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route monte lentement mais constamment avec &#231;&#224; et l&#224; un peu de palier et m&#234;me de descente nous passons devant Bagnols-les-Bains, &#233;tage sur la rive gauche du Lot que nous traversons ici m&#234;me, un village qui semble un peu plus ais&#233; que les autres mais ne r&#233;pondant en aucune fa&#231;on &#224; l'id&#233;e qu'on se fait actuellement d'une ville d'eau on ne vient l&#224; certainement que lorsqu'on est r&#233;ellement malade, d'autant plus que les communications ne semblent pas tr&#232;s faciles il faut encore avoir recours, soit de Mende, soit de Villefort, &#224; l'antique patache. Un peu plus loin, apr&#232;s Saint-Julien de-Tournel, nous tombons en arr&#234;t devant un site tout &#224; fait remarquable la route est barr&#233;e par un monticule de rochers et de verdure qui s'avance jusque dans la rivi&#232;re et sur lequel se dresse le squelette d'un vieux castel. Nous passons sous un tunnel et de l'autre c&#244;t&#233; les vieux murs et la tour d&#233;cr&#233;pite se profilent encore sur le ciel bleu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau claire et froide coule en abondance de tous les c&#244;t&#233;s et nous invite &#224; prendre un bain de pieds qui nous ragaillardit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce site a d&#251; tenter plus d'un photographe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t apr&#232;s nous arrivons &#224; la hauteur du Bleymard et nous retraversons le Lot pr&#232;s de sa source &#224; ce point la rampe s'accentue et nous nous attendons, d'un instant &#224; l'autre, &#224; voir se d&#233;rouler devant nous les lacets d'une forte mont&#233;e pour atteindre le col des Tribes. Nous essayions&lt;br class='autobr' /&gt; encore de nous rendre compte de la position du col en question, quand un poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; attire notre attention. Allons nous donc redescendre pour remonter de plus belle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pas du tout, car sans nous en douter, nous &#233;tions au col des Tribes, et gr&#226;ce au trac&#233; parfait de la route, nous nous &#233;tions &#233;lev&#233;s, sans nous en apercevoir, d'environ 300 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant 28 kilom&#232;tres nous allons maintenant descendre, d'abord vivement pendant 6 kilom&#232;tres, ensuite faiblement jusqu'&#224; Villefort. Les toits brillants de mica d'un village tout au fond de la vall&#233;e font un joli effet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les roches de ce pays s'effeuillent en lamelles plates dont on se sert en guise de tuiles et pour enclore les jardins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles &#233;tincellent au soleil comme si elles &#233;taient faites de diamants et nous exprimerons maintes fois notre &#233;tonnement, surtout entre Villefort et Luc, devant les brillants jeux de lumi&#232;re qui r&#233;sultent du choc des rayons solaires sur ces pierres &#233;tincelantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol, toujours tr&#232;s roulant, ne nous cause aucune pr&#233;occupation et nous avons tout le temps d'admirer le paysage un joli ch&#226;teau &#224; tourelles s'&#233;l&#232;ve non loin de la route avec laquelle il communique par une chauss&#233;e qui a un faux air de pont-levis&#160;: puis nous admirons un viaduc assez haut sur lequel passe le chemin de fer et nous mettons pied &#224; terre &#224; la bifurcation de la route que nous suivrons le soir m&#234;me et que nous voyons se d&#233;velopper &#224; 200 m&#232;tres au-dessus de nous. Pour le moment, c'est &#224; droite que nous tournons, vers Villefort que l'on n'aper&#231;oit qu'en y entrant, apr&#232;s avoir travers&#233; un tunnel dont la fra&#238;cheur contraste agr&#233;ablement avec l'atmosph&#232;re surchauff&#233;e de l'ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous descendons &#224; l'h&#244;tel Balme o&#249; nous d&#233;jeunons tr&#232;s simplement, beurre, omelette, pommes de terre et cerises, &#224; c&#244;t&#233; de deux fonctionnaires &#224; qui notre r&#233;gime parait faire piti&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'un d'eux pourtant se rend &#224; nos arguments et avoue qu'il se passerait volontiers de viande et qu'il consentirait &#224; boire de l'eau. Quant &#224; l'autre, plus &#226;g&#233; et plus imbu des pr&#233;jug&#233;s courants, il ne veut rien entendre et trouve surprenant que nous osions, apr&#232;s avoir si peu mang&#233;, entreprendre de rentrer au Puy le soir m&#234;me par une route aussi p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui serait surprenant, ce serait que nous pussions faire seulement 50 kilom&#232;tres apr&#232;s avoir d&#238;n&#233; aussi copieusement que notre honorable contradicteur n&#233;crophagique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aborder comme nous le f&#238;mes, imm&#233;diatement apr&#232;s d&#238;ner, &#224; une heure et demie, sous un soleil tropical, la c&#244;te de La Garde-Gu&#233;rin, il y avait l&#224; de quoi tuer net un mangeur de cadavre, tandis que, mangeurs de l&#233;gumes, nous n'en f&#251;mes m&#234;me pas incommod&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec nos petits d&#233;veloppements, 3m,20 et 3m,30, nous grimpions all&#232;grement &#224; 10 ou 12 kilom&#232;tres &#224; l'heure et &#224; mesure que nous nous &#233;levions, nous &#233;tions r&#233;compens&#233;s par une vue merveilleuse sur des ravins &#233;tonnamment farouches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol est tr&#232;s mauvais et cette route parait &#234;tre peu fr&#233;quent&#233;e cependant le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; n'a pas manqu&#233; d'y faire placer &#224; tous les endroits dangereux, et il n'en manque pas, des poteaux tut&#233;laires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; l'endroit le plus d&#233;sert et le plus d&#233;sol&#233;, une bo&#238;te de secours a m&#234;me &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e dans la maison du cantonnier, ce qui tendrait &#224; laisser supposer que cette route n'est pas aussi n&#233;glig&#233;e par les touristes que par l'administration des Ponts et Chauss&#233;es. Que celle-ci &#224; son tour fasse donc montre d'un beau z&#232;le et qu'elle nous donne l&#224; une route comme celle de Mende &#224; Villefort.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Garde-Gu&#233;rin, hameau de quelques feux, est plac&#233; sur un promontoire qui domine un ravin abrupt, profond, sauvage comme oncques nous n'en v&#238;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une haute tour le domine et surveille l'horizon. Il est certain que pendant les guerres de religion, cette position de sentinelle avanc&#233;e fut mise &#224; contribution par les bellig&#233;rants et que de cette tour qui aujourd'hui encore semble monter la garde les belliqueux appels du tocsin durent tomber souvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui tout est calme et les maisons sous leurs toits luisants dorment au soleil sur le bord de la route, d'un cimeti&#232;re, bien humble, bien &#233;troit, surgissent quelques croix, quelques marbres, quelques arbustes effar&#233;s que les vents du Nord et du Midi secouent impitoyablement et emp&#234;chent de cro&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre route se d&#233;roule au flanc de la montagne en suivant les sinuosit&#233;s du ravin qu'elle surplombe en quelques endroits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; nous apercevons les travaux d'art du chemin de fer, d'abord au-dessous, puis tout &#224; coup, &#224; Pr&#233;ven- ch&#232;res, au-dessus de nous. En sortant de ce village nous attaquons une deuxi&#232;me mont&#233;e presque aussi p&#233;nible que la premi&#232;re et qui nous conduit &#224; une belle altitude, 1.100 m&#232;tres, o&#249; nous nous maintenons quelque temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est dans ces parages que se trouve la bo&#238;te de secours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt;&#224; c&#244;t&#233; d'une source &#224; laquelle nous f&#238;mes un large emprunt&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e et le soleil nous avaient alt&#233;r&#233;s et, dans ces conditions, boire &#224; petites gorg&#233;es en m&#234;me temps qu'on s'ablutionne le cou, le cr&#226;ne et les bras est une bonne pratique hygi&#233;nique. Cinq cents m&#232;tres de descente rapide nous entra&#238;nent dans un village assez important La Bastide, que nous traversons de part en part et dont nous sortons par un absurde raidillon &#224; 15&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% tr&#232;s court du reste, mais qui a d&#251; causer d&#233;j&#224; pas mal d'accidents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous n'avons pas eu &#224; nous plaindre du destin aucun accident, aucun incident d&#233;sagr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il va falloir maintenant d&#233;chanter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici tout d'abord qu'&#224; peu de distance de La Bastide, au cours d'une descente assez vive, mon pneu d'avant s'affaisse rendant mon unique frein inutile, j'ai recours &#224; l'application du pied sur la roue directrice et je puis m'arr&#234;ter en quelques m&#232;tres. Je ne saurais trop engager les cyclotouristes &#224; se familiariser avec ce proc&#233;d&#233; qui dans le cas o&#249; les freins viendraient &#224; manquer tous &#224; la fois, les pr&#233;servera d'un accident grave.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des embouts de ma chambre &#224; air vient de se fendiller sans rime ni raison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est l&#224;, comme chacun sait, un des graves inconv&#233;nients des chambres Michelin parce qu'on ne peut r&#233;parer solidement sur le caoutchouc, d'une nature sp&#233;ciale, des embouts. J'ai dans mon sac, heureusement, une chambre de rechange que je me d&#233;cide &#224; utiliser apr&#232;s avoir constat&#233; l'impuissance de la pastille que j'ai coll&#233;e sur l'embout malade. Nous passons l&#224; en plein soleil vingt minutes bien d&#233;sagr&#233;ables et ce n'est que le commencement&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore un absurde raidillon un peu plus long, mais que nous faisons &#224; pied cette fois, le sol &#233;tant d&#233;testable. Nous aurions d&#251; faire &#233;galement la descente &#224; pied, car nous sommes terriblement secou&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'a pas id&#233;e de pareilles routes nationales s'il vous pla&#238;t&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; Luc cependant le sol devient meilleur, mais c'est au tour de mon pneumatique d'arri&#232;re de talonner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en extirpe un &#233;norme clou qui a perc&#233; de part en part ma pauvre chambre la r&#233;paration est facile &#224; faire, mais je m'aper&#231;ois en regonflant que j'ai un rayon de cass&#233; et que ma jante est voil&#233;e suffisamment pour que le bandage frottant contre le tube de fourche soit d&#233;j&#224; s&#233;rieusement entam&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a, c'est plus grave. Mon voyage risque d'&#234;tre interrompu, et rentrer du Luc au Puy par le train qui va passer &#224; Saint-Georges-d'Aurac, j'en aurais pour jusqu'au lendemain, d'autant plus qu'un train, le dernier probablement, a pass&#233; pendant que je r&#233;parais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il ne faut jamais se h&#226;ter de jeter le manche apr&#232;s la cogn&#233;e, je me mets en mesure de recentrer ma roue, op&#233;ration d&#233;licate en cours de route, et, d&#233;tendant ici un rayon, en retendant un autre l&#224;, j'arrive au bout d'un quart d'heure &#224; &#233;loigner assez le bandage de la fourche pour que je puisse continuer &#224; rouler, lentement et prudemment jusqu'&#224; Langogne o&#249; nous nous arr&#234;tons de 6 heures &#224; 6 heures 25 pour nous lester de pain tremp&#233; dans du caf&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paysage, depuis La Bastide, n'a pas &#233;t&#233; tr&#232;s int&#233;ressant nous avons suivi l'Allier qui est l&#224; une rivi&#232;re assez forte d&#233;j&#224; mais bien tranquille et &#224; mesure qu'on descend, l'horizon tout &#224; l'heure tr&#232;s &#233;tendu se restreint beaucoup. En sortant de Langogue, nous retraversons l'Allier et nous commen&#231;ons &#224; grimper&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est bonne et la pente ne d&#233;passe gu&#232;re 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, sauf en quelques passages&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai 4m,40, mon compagnon commence avec 3m.20, reprend ensuite 4m,80 pour revenir enfin &#224; 3m,20, ce qui lui fait perdre 10 minutes. Pour cette pente et &#224; la fin de la journ&#233;e, le meilleur d&#233;veloppement e&#251;t &#233;t&#233; 4 m&#232;tres. Avec 4m,40 j'ai d&#251; faire de fr&#233;quents appels &#224; la selle oscillante. Peu apr&#232;s Pradelles, on rejoint la route des gorges de l'Ard&#232;che &#224; 1.232 m&#232;tres d'altitude (Langogne est &#224; 800 environ) et l'on se trouve &#224; 3 ou 4 kilom&#232;tres de la fameuse auberge de Peyrebeille. Pour l'instant nous allons du c&#244;t&#233; oppos&#233; et, d'apr&#232;s un poteau indicateur, 33 kilom&#232;tres nous s&#233;parent du Puy o&#249; il s'agit de rentrer avant la nuit or, il est 7 h. 10 et &#224; 8 h. 1/2. bien que nous soyons aux plus longs jours de l'ann&#233;e, il ne fait pas tr&#232;s clair.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;cidons de ne plus nous arr&#234;ter et de ne plus nous attendre avant Le Puy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'&#233;tait une faute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m&#234;me lorsqu'on est press&#233; de rentrer et que tout accident grave est improbable, on a tort de se s&#233;parer. Quoi qu'il en soit, je prends les devants et, la route descendant presque constamment, puisque de 1250 m&#232;tres on tombe au Puy &#224; 625 m&#232;tres, malgr&#233; quelques mont&#233;es enlev&#233;es sans ralentissement apparent, nous filons sans nous perdre de vue, &#224; une allure qui souvent frise le 30 &#224; l'heure. Mon rayon cass&#233; ne m'inqui&#232;te plus et la roue tourne aussi bien que le matin. Sur ce plateau, les chiens sont nombreux, hargneux et harc&#232;lent les cyclistes les automobiles nous rendraient service en allant en &#233;craser quelques-uns. Un peu avant Costaros, un de ces animaux se pr&#233;cipite sur le mollet de mon compagnon qu'il pince fortement, sans l'entamer, (car un mollet de v&#233;g&#233;tarien est plus dur qu'on ne pense et le bas seul est d&#233;chir&#233;), puis se pr&#233;cipite sous la machine dont les triples rang&#233;es de pignons lui cassent les reins. Cependant, &#233;branl&#233; par l'&#233;motion autant que par le choc, R... vide les p&#233;dales et se laisse choir sur la route pendant que sa canicide b&#233;cane (par abr&#233;viation b&#233;canicide) va se balader dans le foss&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
R... n'a pas d'autre mal qu'une &#233;corchure insignifiante au coude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la bicyclette est indemne, seul l'ennemi est bless&#233; &#224; mort. All right&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'avais rien vu, rien entendu et je filais de plus en plus vite. J'arrive assez t&#244;t pour pouvoir faire pieds au repos sans danger la descente de Taulhac qui, en pleine nuit, m'aurait &#233;t&#233; p&#233;nible et je suis &#224; 8 heures 30 devant la gare du Puy. R... arrive quelques minutes plus tard et nous nous octroyons un d&#238;ner bien gagn&#233; dont voici le menu potage au vermicelle &#233;paissi avec du pain, petits pois, pommes de terre, salade et cerises, le tout accompagn&#233; de beaucoup de pain. Nous f&#238;mes dans le Puy une promenade postprandiale au cours de laquelle nous assist&#226;mes &#224; de fantastiques farandoles autour de feux de joie allum&#233;s sur les places et nous b&#251;mes en rentrant une tasse de th&#233; avant d'aller dormir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions men&#233; &#224; bonne fin une excursion dominicale que j'avais, en la pr&#233;parant sur la carte, consid&#233;r&#233;e comme plus facile &#224; combiner qu'&#224; effectuer et apport&#233; ainsi une grosse pierre de plus &#224; la colonne que nous &#233;levons &#224; la gloire du v&#233;g&#233;tarisme et du cyclotourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part de Saint-&#201;tienne &#8212; Tence &#8212; Fay-le- Froid &#8212; Les Estables &#8212; Ascension du Mezenc &#8212; Les Estables &#8212; Fay-le-Froid (d&#233;jeuner) &#8212; Tence &#8212; Saint-&#201;tienne. 186 kilom&#232;tres &#224; bicyclette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part du Puy &#8212; Costaros &#8212; Peyrebeille &#8212; Lanarce &#8212; La B&#233;gude &#8212; Vals &#8212; M&#233;zillac &#8212; Source de la Loire et si possible ascension du Gerbier des Joncs &#8212; Le B&#233;age &#8212; Monastier &#8212; Le Puy. 200 kilom&#232;tres environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part de Saint-&#201;tienne &#8212; Les Grands-Bois &#8212; Annonay &#8212; Saint-Bonnet-le-Froid &#8212; La Louvesc &#8212; Lamastrc &#8212; Tournon &#8212; Andance &#8212; Bourg-Argental &#8212; Saint-&#201;tienne 210 kilom&#232;tres environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part de Saint-&#201;tienne &#8212; Andance &#8212; Tournon &#8212; Romans &#8212; Saint-Jean-en-Royans &#8212; For&#234;t de Lente &#8212; Col de Rousset &#8212; Les Goulets &#8212; Pont-en-Royans &#8212; Romans &#8212; Andance &#8212; Saint-&#201;tienne environ 325 kilom&#232;tres. D&#233;part le samedi soir &#224; 6 heures, rentr&#233;e le lundi matin &#224; 8 heures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au col de Rousset (340 kilom&#232;tres). Excursion du 30&#160;juin 1901.</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article394</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article394</guid>
		<dc:date>2019-09-13T09:50:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Dr&#244;me</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Sept cyclotouristes ont pris part &#224; cette excursion qui a &#233;t&#233; une des plus suivies et des plus go&#251;t&#233;es de la saison. C'est que le Vercors est un incomparable &#233;crin de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les sites pittoresques y abondent et les points de vue les plus inattendus y surprennent agr&#233;ablement les cyclistes, que les rampes dures et longues et les descentes dangereuses ne font pas reculer.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Excursions dominicales de V&#233;locio, Le Cycliste, 1901, Source Archives D&#233;partementales de la Loire&lt;br class='autobr' /&gt;
Per1328&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept cyclotouristes ont pris part &#224; cette excursion qui a &#233;t&#233; une des plus suivies et des plus go&#251;t&#233;es de la saison. C'est que le Vercors est un incomparable &#233;crin de beaut&#233;s naturelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les sites pittoresques y abondent et les points de vue les plus inattendus y surprennent agr&#233;ablement les cyclistes, que les rampes dures et longues et les descentes dangereuses ne font pas reculer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc, une fois de plus, d&#233;montrer que ce joyau des Alpes dauphinoises est &#224; la port&#233;e des p&#233;dales st&#233;phanoises et qu'elles peuvent ais&#233;ment traverser de part en part le Vercors du samedi soir au lundi matin. Voici comment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine en retard sur notre programme, nous partons de La Digonni&#232;re samedi soir &#224; 6 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'&#233;tions que deux &#224; ce moment-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la fra&#238;cheur nous permet de monter &#224; bonne allure au col des Grands Bois (1.145 m&#232;tres), puis nous descendons en roue libre sur Bourg-Argental (12 kilom&#232;tres en 20 minutes), ensuite par Boulieu et Saint-Cyr &#224; Andance o&#249; nous mettons pied &#224; terre &#224; 9 heures moins le quart, autant pour souper que pour r&#233;parer une avarie de machine heureusement peu grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste nous devons &#224; Andance nous rencontrer avec deux cyclistes descendus, par le col de Pavezin, l'un de Saint-Chamond, l'autre de Saint-Paul-en-Jarez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les voici bient&#244;t, ayant, eux aussi, une avarie (le voyage d&#233;bute bien&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!), un pneu crev&#233; qu'on r&#233;pare illico. Un serrurier complaisant et adroit vient &#224; bout de l'autre r&#233;paration et nous pouvons enfin nous mettre d'abord &#224; table, puis, &#224; 11h. 1/4 en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ce moment, en retard de deux heures, notre repos de la nuit est bien compromis. Cependant, nous filons bon train malgr&#233; un vent contraire assez accentu&#233; et, par Saint-P&#233;ray, nous arrivons &#224; Valence &#224; 1 heure du matin. En passant sur la place de Tournon, L. et J. d&#233;fendus par la nuit contre les regards indiscrets, ont pris un bain complet dans le bassin de la fontaine. Ces bains froids ou plut&#244;t ces immersions de quelques secondes sont tr&#232;s bienfaisantes pour les cyclo-touristes qui ont de longues &#233;tapes &#224; fournir. Elles agissent sur les muscles d'une fa&#231;on &#233;tonnante, et tel qui se sentait fatigu&#233; auparavant marche ensuite merveilleusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. et moi nous nous en apercevons &#224; nos d&#233;pens au train que l'on nous fait mener de Tournon &#224; Valence. Nous abandonnons momentan&#233;ment nos jeunes compagnons &#224; la porte de l'h&#244;tel de la Poste. Aller se mettre dans un bon lit pour n'y dormir que deux heures, ne nous parait pas sagement raisonn&#233;. Nous pr&#233;f&#233;rons continuer et aller un peu plus loin dormir un instant &#224; la belle &#233;toile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#233;couvrons, &#224; 8 ou 10 kilom&#232;tres de l&#224;, des tas de luzerne s&#233;ch&#233;e au soleil et ti&#232;de encore de la chaleur du jour, moelleuse paillasse sur laquelle, pendant deux heures, bien envelopp&#233;s dans nos manteaux, nous dormons du sommeil du juste, malgr&#233; l'incessant va-et-vient d'une gare perdue au milieu de la campagne et n&#233;anmoins tr&#232;s importante &#224; en juger par le nombre de ses feux. &#192; peine &#233;tions-nous debout, toilette faite dans un ruisseau qui borde la route, que nos compagnons arrivent avec un troisi&#232;me cycliste, C. M.. de Lyon, qui &#233;tait venu nous attendre &#224; l'h&#244;tel de la Poste et qui nous accompagnera quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons imm&#233;diatement, dr&#244;le de co&#239;ncidence, un village, La Paillasse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! T&#233;, mon bon, para&#238;trait que nous avons couch&#233; au grand h&#244;tel de la Paillasse et &#231;a ne nous a pas co&#251;t&#233; cher, tandis qu'&#224; Valence C. M., L. et J. ont dormi &#224; raison de 2 fr. 50 l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;crit que nous ne ferons jamais d'excursion sans commettre quelques erreurs de route, toujours &#224; notre pr&#233;judice, bien entendu. Au lieu de filer droit vers Alex, n'avons-nous pas la faiblesse d'&#233;couter J. qui nous assure qu'il faut aller passer par Livron&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si nous avions pu les lui fourrer le soir dans les jambes les cinq ou six kilom&#232;tres qu'il nous a fait faire bien inutilement le matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tenons enfin la Dr&#244;me, que, jusqu'&#224; Die, nous allons remonter. Halte &#224; Crest pour un premier petit d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cinq heures sonnent. Peu apr&#232;s Saillans, nous rattrapons un sixi&#232;me compagnon, M., de Saint-&#201;tienne, parti la veille &#224; midi et que nous supposions d&#233;j&#224; au col de Rousset&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a subi des retards successifs et finalement a manqu&#233; le train qu'il comptait prendre, et couch&#233; &#224; &#201;toiles, non pas comme nous &#224; la belle &#233;toile, mais chez un boulanger. On se d&#233;brouille comme on peut&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s amusant de faire ainsi la boule de neige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous serions six si, juste &#224; ce moment, C. M.&#160;ne nous abandonnait. &#192; l'entr&#233;e de Die, nous tournons &#224; gauche et, sous un soleil torride, nous abordons les 20 kilom&#232;tres de mont&#233;e qui doivent nous conduire au col. &#192; Chamaloc, o&#249; nous arrivons les uns apr&#232;s les autres, M.&#160;toujours bon dernier, nous absorbons chacun sous forme de caf&#233; au lait et d'eau fra&#238;che au moins deux litres de liquide, que le soleil nous soutirera bien vite pendant les 14 derniers kilom&#232;tres &#224; 6 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Je ne dirai rien des lacets l&#233;gendaires par lesquels on s'&#233;l&#232;ve lentement &#224; 1.400 m&#232;tres d'altitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; J. et L. prennent vite les devants, P. et moi suivons plus lentement et M.&#160;forme l'arri&#232;re-garde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; inutile d'expliquer que nous avons tous pris nos faibles d&#233;veloppements. Une heure et quart, une heure et demie et deux heures et demie ont &#233;t&#233; les temps respectifs des trois groupes. Bient&#244;t nous entendons les appels de nos amis d'Annonay, F. et B. qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s de deux heures et qui nous regardent grimper avec une joie que nous &#233;prouverions certainement si nous &#233;tions &#224; leur place et eux &#224; la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah qu'il est doux de ne rien faire&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de voir travailler autrui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous y voil&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vite une immersion dans l'eau glac&#233;e de la fontaine, une pirouette au soleil pour nous s&#233;cher et fl&#226;nerie jusqu'&#224; l'heure du d&#238;ner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'ombre l&#224;-haut fait malheureusement d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, nous sommes sept, et C. M., qui nous suit plus lentement, arrivera demi-heure apr&#232;s notre d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons joui depuis le matin d'un temps radieux et la remont&#233;e de la Dr&#244;me, de Livron &#224; Die, a &#233;t&#233; un continuel enchantement. La vue du col de Rousset s'&#233;tend fort loin, mais elle est bien g&#234;n&#233;e par la multitude des sommets qui se pressent les uns contre les autres et qui ne laissent entrevoir les lointains que par d'&#233;troites &#233;chapp&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons tous honneur &#224; un succulent repas v&#233;g&#233;tarien, dont un potage, compliqu&#233; &#224; l'exc&#232;s, et, j'ose le dire, de mon invention, forme le plat de r&#233;sistance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se permit cependant un peu de clairette de Die, mais avec beaucoup d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldurousset.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH311/coldurousset-4a029.png?1788127343' width='500' height='311' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-177 '&gt;&lt;strong&gt;Col de Rousset
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-177 '&gt;Profil Dolin, Les Alpes fran&#231;aises.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Col de Rousset</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>H. Dolin</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un classique des premiers lecteurs du Cycliste, r&#233;put&#233; pour les repas et la clairette de Die que l'on trouvait au refuge, c&#244;t&#233; sud, &#224; c&#244;t&#233; de l'ancien tunnel.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Profils Dolin&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;H. Dolin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/IMG/logo/dscf5231-64078.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_241 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/dscf5231.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH333/dscf5231-31624.jpg?1788127420' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-241 '&gt;&lt;strong&gt;Col du Rousset
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-241 '&gt;Photo Laurent Vigniel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldurousset.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH311/coldurousset-4a029.png?1788127343' width='500' height='311' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-177 '&gt;&lt;strong&gt;Col de Rousset
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-177 '&gt;Profil Dolin, Les Alpes fran&#231;aises.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le refuge (1902)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article191</link>
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		<dc:date>2018-07-10T12:42:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Fagot</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Rousset</dc:subject>
		<dc:subject>Dr&#244;me</dc:subject>

		<description>&lt;div class='spip_document_166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldurousset2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/IMG/png/coldurousset2.png' width=&#034;2126&#034; height=&#034;1324&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le col de Rousset est un de ceux-l&#224;. Tr&#232;s connu des cyclistes r&#233;gionaux, il est peu fr&#233;quent&#233; par les autres. Il offre pourtant un admirable panorama, et, &#224; la sortie du tunnel, se produit un des plus &#233;tonnants changements &#224; vue qu'il soit possible de concevoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Fagot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Col de Rousset&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Dr&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L150xH93/coldurousset2-35b72.png?1788203519' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'Espinassous, Revue mensuelle du Touring-Club de France, Octobre 1902&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voyages circulaires &#224; itin&#233;raires fixes sont d&#233;plorables au point de vue du tourisme. Ils cr&#233;ent de grands courants dont peu de touristes s'&#233;cartent, persuad&#233;s qu'il n'existe, en dehors d'eux, aucun site digne d'&#234;tre visit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des sites tr&#232;s remarquables sont aussi sacrifi&#233;s et restent ignor&#233;s de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des touristes. Le col de Rousset est un de ceux-l&#224;. Tr&#232;s connu des cyclistes r&#233;gionaux, il est peu fr&#233;quent&#233; par les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il offre pourtant un admirable panorama, et, &#224; la sortie du tunnel, se produit un des plus &#233;tonnants changements &#224; vue qu'il soit possible de concevoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux vertes prairies du Vercors, aux for&#234;ts de sapins et de h&#234;tres aux senteurs humides, a succ&#233;d&#233; brusquement un horizon sans bornes de montagnes et de vall&#233;es. C'est le Midi qui appara&#238;t dans sa chaude et &#233;clatante lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paysage est s&#233;v&#232;re, aust&#232;re m&#234;me, mais rend le contraste avec l'autre versant encore plus saisissant. Le Refuge du col est un belv&#233;d&#232;re unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre site du Vercors, familier aux alpinistes et aux touristes &#224; pied, est &#233;galement en dehors du chemin suivi par les cyclistes. J'en parlerai plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parti de Die &#224; quatre heures du matin, j'arrivai bient&#244;t &#224; Chamaloc, o&#249; je mis pied &#224; terre pour d&#233;jeuner. Apr&#232;s avoir pris une tasse de lait, je fumais en causant avec l'aubergiste qui me donnait de tr&#232;s curieux renseignements sur le pays, quand, vers cinq heures et demie, un bruit de grelots se fit entendre et la diligence de Die s'arr&#234;ta devant l'auberge. Le courrier entra dans la salle, et, selon son habitude se fit servir &#224; d&#233;jeuner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le courrier est un homme jeune, exub&#233;rant de force et de sant&#233;, et, comme tous les habitants du Midi, tr&#232;s communicatif.
&lt;br /&gt;&#8212; Montez-vous au col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit-il, je vous offre une place. Ma voiture est vide aujourd'hui et votre bicyclette sera facilement log&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vous remercie, mais je compte faire toute la mont&#233;e sur ma bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un sourire d'incr&#233;dulit&#233; accueillit ma r&#233;ponse.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous essayerez, r&#233;pliqua-t-il, mais vous en aurez vite assez. Les cyclistes la montent &#224; pied le soir avec la fra&#238;cheur, mais le matin je les porte tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#251;rement vous ne connaissez pas cette c&#244;te, elle est plus dure que vous ne pensez et je vais vous le prouver. Suivez bien mon raisonnement, ajouta-t-il d'un air persuasif.
&lt;br /&gt;&#8212; Je le suis, dis-je fort amus&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; La route a une pente moyenne de 5,5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% sur une longueur de 14 kilom&#232;tres. C'est vous dire qu'&#224; certains endroits vous trouverez du 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. De plus, comme vous vous en &#234;tes aper&#231;u depuis Die, la bise commence &#224; souffler. &#192; mesure que le soleil chauffera, sa violence s'accro&#238;tra et la pente ne sera plus du 5,5 mais du 7 pour le moins, Il n'est donc pas possible que vous en veniez &#224; bout.
&lt;br /&gt;&#8212; J'essayerai pourtant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je jugeai compl&#232;tement inutile de lui r&#233;v&#233;ler la puissance du d&#233;veloppement de 2 m. 90. &lt;br /&gt;&#8212; Comme vous voudrez, je vous ai averti, reprit-il un peu d&#233;sappoint&#233;, mais je vous conseille de partir avant moi. Ainsi je vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;ramasserai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur la route quand vous serez fatigu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce courrier manquait &#233;videmment du tact le plus &#233;l&#233;mentaire, mais son intention &#233;tait bonne et je ne me formalisai pas du mot.
&lt;br /&gt;&#8212; Non, non, nous partirons ensemble, vous serez ainsi plus &#224; port&#233;e de me secourir. Et je me levai pour boucler mon sac.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; six heures, le courrier sortit de l'auberge. Je fis de m&#234;me, et, au moment o&#249; il montait sur son si&#232;ge, je sautai en machine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Suivez-moi bien, lui dis-je &#224; mon tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de Chamaloc, la route monte durement et le courrier &#233;tait oblig&#233; d'aller au pas. Je pris donc assez rapidement une grande avance. Je ne me pressai pourtant pas, car, ainsi que je le constatai, je ne marchais qu'&#224; une vitesse de 7 kilom&#232;tres &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, vu la longueur de la rampe, c'&#233;tait plus que suffisant. J'abordai bient&#244;t le premier lacet. Tr&#232;s loin sous moi, j'entrevis le courrier. Je ne m'en pr&#233;occupai plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mont&#233;e du col de Rousset est une des plus d&#233;moralisantes que je connaisse. La maison blanche du Refuge s'aper&#231;oit constamment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des lacets vous en rapprochent, imm&#233;diatement d'autres vous en &#233;loignent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toujours on monte et jamais on n'arrive, et le cycliste jette des regards d'envie sur les coursi&#232;res qui, coupant tous les lacets, grimpent droit en abr&#233;geant de moiti&#233; le chemin. En outre, si l'on n'a pas eu la pr&#233;caution d'emporter une gourde, la soif vous tourmente, car, &#224; part une petite fontaine &#224; 4 kilom&#232;tres de Chamaloc, on ne rencontre pendant les dix derniers kilom&#232;tres pas une goutte d'eau, et, le matin, il fait dans cet entonnoir une chaleur torride.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'extr&#233;mit&#233; du grand lacet je descendis de machine. Je n'&#233;tais plus qu'&#224; 5 kil. du Refuge et j'&#233;tais bien aise de me reposer quelques minutes. De plus, j'avais aper&#231;u un cantonnier et j'aime assez &#224; faire causer ces braves gens. Je m'approchai, lui offris une cigarette, et assis sur une pierre, tout en fumant, l'interrogeai.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous devez, lui dis-je, voir passer quelques automobiles, n'ont-elles pas de pannes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? ne leur est-il arriv&#233; aucun accident&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Non, me r&#233;pondit-il, elles descendent prudemment et il ne leur est jamais rien arriv&#233;. J'ai remarqu&#233; que presque toujours le chauffeur descend seul&#160;: ses compagnons passent par les raccourcis. La d&#233;fiance du chauffeur est le commencement de la sagesse, pensai-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Et aux cyclistes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? demandai-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Aux cyclistes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? rien non plus. Ils tra&#238;nent tous la branche de sapin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelques-uns, mais bien peu, descendent &#224; pied.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Des p&#232;res de famille nombreuse probablement.
&lt;br /&gt;&#8212; Alors, jamais un accident&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Si, me dit-il en riant, mais c'est &#224; la mont&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an, un professeur de Paris, avec quelques amis, montait au col. Il marchait seul, en retard, poussant p&#233;niblement sa bicyclette. &#192; cinq cents m&#232;tres d'ici, n'en pouvant plus, terrass&#233; par la chaleur, mourant de soif, il tomba sur la route, n'ayant pas m&#234;me la force d'appeler. Ses compagnons arriv&#233;s au Refuge l'aper&#231;urent enfin. Le domestique lui fut envoy&#233; avec une bouteille de limonade et une bouteille de bi&#232;re. Le professeur les but toutes les deux, et vous me croirez, Monsieur, si vous voulez, donna au domestique quarante sous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la figure de l'honn&#234;te cantonnier exprimait la plus compl&#232;te admiration pour cette folle g&#233;n&#233;rosit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Quand il eut bu, continua-t-il, au lieu de monter au col, il enfourcha sa bicyclette et descendit &#224; Die. Et il filait, Monsieur, il filait, il fallait voir &#231;a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne crois pas qu'il revienne de sa vie au Refuge.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; ce souvenir il riait de plus belle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je, un touriste fastueux qui fait honneur au Touring-Club. Il n'y a &#233;videmment qu'un membre du Touring qui puisse se permettre de pareilles largesses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allais adresser de nouvelles questions au cantonnier, quand tout &#224; coup j'entendis au-dessous de la route les grelots du courrier. Jugeant inutile de lui faire commettre le p&#233;ch&#233; d'orgueil, je me mis en selle. Je n'avais plus que deux lacets et le Refuge se rapprochait &#224; vue d'&#339;il.&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Refuge du col de Rousset (1,411 m. d'altitude) est une petite maison blanche &#224; un seul &#233;tage. Sur un de ses murs brille le panonceau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Au rez-de-chauss&#233;e se trouvent la cuisine et la salle &#224; manger, s&#233;par&#233;es par un corridor. Au premier &#233;tage, &#224; trois fen&#234;tres de fa&#231;ade, les chambres. Elles sont blanchies &#224; la chaux, les lits sont sans rideaux, la propret&#233; est hollandaise. L'air y est toujours tr&#232;s vif et tr&#232;s pur, l'eau abondante et glac&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accol&#233;es au Refuge, une remise et une &#233;curie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant la maison une terrasse de plain-pied avec la route, bord&#233;e d'une balustrade de fer. Une tonnelle en planche y pr&#233;serve du soleil le touriste, qui, pench&#233; sur l'ab&#238;me, les jumelles en main, fouille la route dont les fantastiques lacets se d&#233;roulent tous sous lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce Refuge est relativement r&#233;cent. Avant 1888 il s'&#233;levait &#224; 3oo m&#232;tres du tunnel, sur la route de Die, &#224; l'endroit marqu&#233; aujourd'hui par quelques restes de murs en ruines. A c&#244;t&#233; coule une source. L'ancien Refuge &#233;tait b&#226;ti au bas d'une pente bois&#233;e de h&#234;tres. Le propri&#233;taire de cette h&#234;traie, un beau jour, la fit couper. L'administration &#8212; il faut avouer que parfois son intelligence &#8212; ne s'en pr&#233;occupa pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'hiver de 1888 fut tr&#232;s rigoureux, et le 16&#160;f&#233;vrier une masse de neige se d&#233;tacha du sommet de la montagne, et, n'&#233;tant plus retenue ou divis&#233;e par les arbres, arriva en avalanche irr&#233;sistible sur le Refuge, qu'elle rasa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait 8 heures du matin. Le cantonnier F&#233;rialle fr&#232;re du cantonnier actuel &#8212; sa femme, ses trois enfants, leur jeune domestique, un second cantonnier, l'adjoint de Vassieux, p&#233;rirent sous les d&#233;combres. Seul un voyageur put s'&#233;chapper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau Refuge, construit &#224; c&#244;t&#233; de l'entr&#233;e du tunnel, est prot&#233;g&#233; par les rochers &#224; pic qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus. Sa position n'offre plus le moindre danger.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures et demie, je mettais enfin pied &#224; terre devant le Refuge. Sur le seuil de la porte se tenait l'accorte h&#244;teli&#232;re, qui me souhaita la bienvenue et m'accueillit avec son sourire accoutum&#233;. C'est d&#233;j&#224; pour moi une vieille connaissance, car je ne passe pas une ann&#233;e sans traverser le Vercors.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous savez, lui dis-je, si la mont&#233;e est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;creusante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, vous ne serez donc pas &#233;tonn&#233;e que j'aie grand'faim. Je vous saurais gr&#233; de me faire d&#233;jeuner &#224; 11 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#244;teli&#232;re feignit une mine d&#233;sol&#233;e : &lt;br /&gt;&#8212; Mais je n'ai presque rien, Monsieur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec ce froid je n'ai pas encore eu un seul touriste, et vous &#234;tes v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vraiment, &#224; part des &#339;ufs, je ne sais que vous donner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et elle se mit &#224; r&#233;fl&#233;chir. J'attendais, plein de confiance, car je connais depuis longtemps l'habilet&#233; culinaire de l'h&#244;teli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je pourrai, dit-elle enfin, vous offrir d'abord une truite.
&lt;br /&gt;&#8212; Une truite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! une truite au col de Rousset&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Mais oui, une vraie truite, et qui p&#232;se bien une demi-livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon &#233;tonnement &#233;tait sans bornes. La pr&#233;sence d'une truite au Refuge &#233;tait en v&#233;rit&#233; une chose prodigieuse. Je n'ignore pas, certes, que la science fait tous les jours de grands progr&#232;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que les savants ont parfois des fantaisies bizarres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'ils cr&#233;ent, par des croisements habiles, de nouvelles races plus robustes, appropri&#233;es &#224; des milieux nouveaux. mais quelle lutte pour l'existence sur ces rochers arides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Voyons, dis-je &#224; l'h&#244;teli&#232;re, expliquez-moi la venue miraculeuse d'une truite au Refuge.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est bien simple, r&#233;pondit-elle en souriant, je l'ai apport&#233;e avec deux autres des Goulets, et l'ai mise dans le petit bassin de la source, o&#249; elle a prosp&#233;r&#233;, comme vous verrez. Elle a m&#234;me des m&#339;urs &#233;tonnantes. Figurez-vous que depuis qu'elle est ici, c'est-&#224;-dire depuis novembre, elle a refus&#233; toute nourriture. Je ne sais de quoi elle vit. Elle se porte pourtant fort bien, et elle a donn&#233; le jour &#224; une nombreuse famille, qui, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! n'a pas h&#233;rit&#233; de sa robusticit&#233;, car elle diminue tous les jours.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Instinctivement je pensai &#224; Ugolin et j'entrevis la tour de Pise. &#192; elle aussi sa famille suffisait.
&lt;br /&gt;&#8212; Donc, reprit l'h&#244;teli&#232;re, vous aurez d'abord une truite. Ensuite.
&lt;br /&gt;&#8212; Ensuite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne veux plus rien savoir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et, compl&#232;tement rassur&#233; sur mon d&#233;jeuner, je sortis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rentrai &#224; 11 heures.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous &#234;tes servie, me dit l'h&#244;teli&#232;re, et son sourire satisfait &#233;tait gros de promesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici, &#224; titre de curiosit&#233;, le menu v&#233;g&#233;tarien de mon d&#233;jeuner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BEURRE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VASSIEUX&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TRUITE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VERNAISON&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;POMMES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TERRE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOUVELLES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SAUT&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PETITS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;POIS&lt;/span&gt; A &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CR&lt;/span&gt;&#200;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ME&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ASPERGES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EN&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BRANCHES&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dessert &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GEL&lt;/span&gt;&#201;E &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FRAMBOISES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CERISES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MERINGUES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CHOCOLAT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLAN&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CARAMEL&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vin &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CLAIRETTE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DIE&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Monsieur, me dit l'h&#244;teli&#232;re, si vous aviez voulu manger comme tout le monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Le touriste peut donc venir &#224; l'improviste au col de Rousset, il sait ce qui l'attend. J'ajouterai que la nuit, &#224; n'importe quelle heure, l'accueil est le m&#234;me. Je suis arriv&#233; parfois pass&#233; minuit et le d&#238;ner allait toujours de pair avec l'accueil. Il y a peu d'hospitalit&#233; dans les Alpes, aussi empress&#233;e, aussi cordiale, que celle du Refuge, et la blonde h&#244;teli&#232;re est justement populaire chez les touristes. C'est la plus aimablement accueillante de France et de Navarre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le caf&#233; pris, je me sentis si dispos, si peu fatigu&#233;, que, prenant les jumelles et le b&#226;ton du cantonnier, je r&#233;solus de faire l'ascension du pic de l'Aiglette.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une des plus jolies excursions du Refuge.&lt;br class='autobr' /&gt;
On suit pendant trois ou quatre cents m&#232;tres la route de Die, puis on prend &#224; droite un chemin qui monte sur le flanc de la montagne. Tr&#232;s &#233;troit, il arrive bient&#244;t devant un gigantesque rocher, compl&#232;tement &#224; pic. Le roc a &#233;t&#233; entaill&#233;, une rainure a &#233;t&#233; creus&#233;e, et, sous la roche surplombante, la route passe. La vue sur l'ab&#238;me est vertigineuse. Ensuite, le chemin tourne, traverse un bois de sapins, et aboutit bient&#244;t &#224; des p&#226;turages. L&#224;, prenant une coursi&#232;re, sorte de chemin&#233;e qui grimpait en ligne droite par une pente tr&#232;s raide &#224; travers une h&#234;traie, j'atteignis d'autres p&#226;turages. Encore un effort sur l'herbe glissante, et je foulai enfin le sommet de l'Aiglette.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vue y est de toute beaut&#233;. La vall&#233;e de la Dr&#244;me et ses nombreux villages, le Glandaz, les rochers d'Ambel, les trois pics aigus de Rochecourbe, la cha&#238;ne de la Moucherolle apparaissent. Je dominais une &#233;tendue infinie de pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent violent qui soufflait me for&#231;a bient&#244;t &#224; revenir, et je redescendis &#224; travers les p&#226;turages. &#192; ce moment, je regrettai d'avoir aussi mal profit&#233; de mes le&#231;ons de botanique. Je ramassai d'admirables fleurs, dont d'aucune je ne trouvai le nom&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais leurs couleurs n'en &#233;taient pas moins vives, leurs parfums moins doux, et peut-&#234;tre le nom barbare qu'elles portent me les aurait-il d&#233;pr&#233;ci&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Refuge, on fait parfois de curieuses et d'amusantes rencontres. Il y a un an, je m'y trouvai avec deux charmantes Am&#233;ricaines. Ce soir-l&#224;, ce fut avec un couple &#233;trange.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais fini de d&#238;ner, et je fumais dans la cuisine, pr&#232;s du po&#234;le, car le froid &#233;tait vif au dehors, quand la porte s'ouvrit et un homme et une femme entr&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait vraiment un singulier couple. D'aspect minable, s'il en fut, l'homme paraissait harass&#233; de fatigue. Ses yeux brid&#233;s avaient une expression sauvage, presque d'&#233;garement. La femme, &#226;g&#233;e d'une quarantaine d'ann&#233;es, &#233;tait borgne et, pour rem&#233;dier &#224; ce d&#233;faut, assez grave chez une femme, minaudait constamment. La compensation me sembla insuffisante, et sa vue me fit comprendre les joies d'un aust&#232;re et rigoureux c&#233;libat. C'&#233;taient &#233;videmment deux chemineaux. L'h&#244;teli&#232;re le crut &#233;galement.
&lt;br /&gt;&#8212; Asseyez-vous, leur dit&#8212;elle, je vais vous donner deux assiett&#233;es de soupe.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Au Refuge chaque pauvre re&#231;oit de la soupe et un verre de vin.
&lt;br /&gt;&#8212; Quelle est votre profession&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? leur demanda-t-elle.
&lt;br /&gt;&#8212; Chanteurs populaires,&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; r&#233;pondit l'homme, et, d'un geste las, il posa &#224; terre son lourd paquet.&lt;br class='autobr' /&gt;
On leur servit une &#233;norme soupi&#232;re : ils mang&#232;rent en naufrag&#233;s de la M&#233;duse. Ensuite, remis de la fatigue de l'ascension, avec une grande loquacit&#233;, ils cont&#232;rent leur histoire et firent presque ainsi la monographie du chanteur ambulant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Midi, dirent-ils, aimait la romance sentimentale, mais l'Ard&#232;che n'appr&#233;ciait que les complaintes de crimes c&#233;l&#232;bres, de catastrophes. La complainte de la Martinique avait &#233;t&#233; un triomphe &#224; la Mastre et au Cheylard. Dix-sept francs, monsieur, dans deux heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'appris que le Dauphin&#233; vibrait sous la chanson patriotique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que la Dr&#244;me go&#251;tait la chansonnette comique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la Provence, la paresseuse Provence, restait la terre b&#233;nie de la chanson.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ce que j'en ai vendu et chant&#233; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chansons d'amour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dit la femme. Et l'homme, tout fier du succ&#232;s de sa compagne, souriait, approuvant de la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, je regardai la femme. Infortun&#233;e Provence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, je partis de grand matin. Le vent soufflait aussi fort que la veille, mais le ciel sans nuages promettait une journ&#233;e radieuse. La travers&#233;e du tunnel fut, comme toujours, boueuse, mais, &#224; la sortie, une surprise m'attendait. Le vent s'&#233;tait compl&#232;tement calm&#233;, et pas le moindre souffle ne fit vaciller la flamme de l'allumette qui allumait ma cigarette.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route descend &#224; travers une magnifique for&#234;t de sapins et de h&#234;tres. C'est une v&#233;ritable all&#233;e de parc. Bient&#244;t, &#224; un tournant, tout le Vercors apparut, vert, lumineux, avec sa ceinture de noires for&#234;ts, et c'&#233;tait dans un berceau de verdure que j'avan&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dirai rien du trajet : les Grands-Goulets, Saint-Martin, pont de Goule-Noire, gorges de la Bourne, Villard-de-Lans, tous les touristes le connaissent. De Villard-de-Lans &#224; Grenoble, la route suivie g&#233;n&#233;ralement traverse les gorges d'Engins et aboutit &#224; Sassenage. Je vais indiquer une variante, plus longue, il est vrai, de 8 kilom&#232;tres, mais dont la descente constitue, sans exag&#233;ration, la merveille du Dauphin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette route, famili&#232;re aux touristes &#224; pied et aux alpinistes qui font l'ascension du Moucherotte, est presque inconnue des cyclistes. Elle ne pr&#233;sente aucun danger, et, &#224; part une courte section &#224; 12 ou 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la pente moyenne ne d&#233;passe pas 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette descente &#8212; j'insiste un peu, peut-&#234;tre, &#8212; vaut, &#224; elle seule, le voyage. Elle laissera au touriste des souvenirs ineffa&#231;ables, et n'a qu'un tort, &#224; mes yeux, c'est qu'elle le blasera &#224; jamais sur les beaut&#233;s d'un panorama. Je suivis cette route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; &#224; 11 heures &#224; Jaume, hameau plac&#233; &#224; la bifurcation des routes d'Autrans et de Lans, abandonnant celle de Grenoble, je tournai &#224; droite et pris le chemin de Saint-Nizier. Le village de Lans travers&#233;, la route s'&#233;l&#232;ve sur des collines et entre bient&#244;t dans une &#233;paisse for&#234;t. Une &#233;claircie me permit d'apercevoir la gorge profonde, aux roches violac&#233;es, o&#249; bondit le Furon. La vue commen&#231;ait &#224; devenir fort belle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les principaux sommets des Alpes apparaissaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, vu l'heure, me paraissait bien longue et aucun toit ne se rencontrait. Je regardai ma montre elle marquait 11 h. 45. Je ne devais pas &#234;tre loin de Saint-Nizier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup, &#224; un d&#233;tour, je rencontrai un paysan conduisant un char attel&#233; de deux vaches. Forc&#233; par l'&#233;troitesse du chemin &#224; sauter de machine, je l'arr&#234;tai.
&lt;br /&gt;&#8212; Suis-je bien loin encore de Saint-Nizier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? demandai-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous y &#234;tes. Encore un petit kilom&#232;tre.
&lt;br /&gt;&#8212; Voudriez-vous m'indiquer une bonne auberge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la premi&#232;re fois que je passe par ici.
&lt;br /&gt;&#8212; Nous avons deux auberges, Geymond et Revollet, aussi bonnes l'une que l'autre. Mais n'allez pas chez Revollet, je ne vous le conseille pas. Allez plut&#244;t chez Geymond, la deuxi&#232;me maison &#224; gauche en entrant dans le village.
&lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi me d&#233;conseillez-vous Revollet, si son auberge est aussi bonne que l'autre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? r&#233;pliquai-je, tout surpris.
&lt;br /&gt;&#8212; Pourquoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je m'en vais vous le dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et baissant la voix, en confidence : &#8212; C'est qu'il est mort hier soir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et, de son long b&#226;ton piquant son attelage, il s'&#233;loigna.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'empressai naturellement de mettre pied &#224; terre devant l'auberge Geymond et n'en fus pas f&#226;ch&#233;. Fort accueillante, l'h&#244;teli&#232;re, dont le mari est le facteur de Saint-Nizier, eut vite improvis&#233; un menu v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en me servant, elle se plaignait du temps : &#8212; Avec ce froid, me dit-elle, bien peu de touristes fran&#231;ais sont mont&#233;s au Moucherotte, mais jamais je n'ai vu autant d'Allemands.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un rapide d&#233;jeuner, je m'appr&#234;tais &#224; me mettre en selle quand l'h&#244;teli&#232;re qui avait suivi mes pr&#233;paratifs de d&#233;part, intervint timidement.
&lt;br /&gt;&#8212; Ne descendez pas, me dit-elle, sans une branche de sapin. La route pr&#232;s de Pariset est trop rapide et les rares cyclistes qui la prennent n'ont garde d'oublier le fagot.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et, avec mon assentiment, elle envoya un enfant couper une branche dans la for&#234;t voisine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur ces entrefaites, le facteur arriva de sa tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il voulut lui-m&#234;me adapter la branche. Il y fit une encoche circulaire, destin&#233;e &#224; recevoir la corde et &#224; la prot&#233;ger contre le frottement de la route, l'attacha au marchepied par un n&#339;ud solide, et, satisfait, me dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Maintenant, vous ne risquerez rien.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remerciai ces braves gens, que je recommande &#224; tous les touristes, et je partis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peine hors du village, brusquement je sautai de machine. Je venais de ressentir l'impression la plus subite, la plus violente de ma vie de touriste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je d&#233;couvrais d&#233;passait toutes mes esp&#233;rances : c'&#233;tait pour mes yeux un &#233;merveillement, un &#233;blouissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais sur le bord d'un formidable ab&#238;me, et sous moi apparaissait tout le Gr&#233;sivaudan. J'apercevais Grenoble avec ses toits rouges, les nombreux villages de la vall&#233;e, les innombrables ch&#226;teaux et villas entour&#233;s de verdure, l'Is&#232;re et le Drac qui scintillaient au soleil comme des rubans d'argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les montagnes de la Chartreuse, la cha&#238;ne de Belledone, le Pelvoux, les monts du D&#233;voluy se dressaient en masses sombres et leurs cr&#234;tes aigu&#235;s se d&#233;tachaient sur le ciel en longue dentelure blanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le lointain, derri&#232;re tous ces pics, surgissait le g&#233;ant des Alpes, et, comme un patriarche dont la t&#234;te a blanchi, il les dominait tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une merveilleuse carte en couleur d&#233;ploy&#233;e &#224; mille m&#232;tres de profondeur, et plus haut un admirable plan en relief du Dauphin&#233; que je voyais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Immobile de saisissement, je ne me lassais pas de regarder l'incomparable vue. J'ai contempl&#233; bien des sites justement c&#233;l&#232;bres, aucun ne m'a plus &#233;mu, plus impressionn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Press&#233; par l'heure, je descendis rapidement les sinueux lacets trac&#233;s sur la verte muraille. Je passai au pied de la Tour-sans-Venin, devant Beauregard, traversai Seyssinet et enfin arrivai dans la plaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;tais plus qu'&#224; trois kilom&#232;tres de Grenoble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPINASSOUS&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profil Dollin :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/coldurousset2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH311/coldurousset2-9d2fc.png?1788127343' width='500' height='311' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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