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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Randonn&#233;e pascale 1913</title>
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		<dc:date>2024-05-22T07:35:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, R&#233;trospective 1913&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;ques tombant le 24&#160;mars, tout allait bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le 23 fut un jour &#224; ne pas mettre un chien dehors... Et nous ne f&#251;mes que trois, le dimanche matin, &#224; 3 heures. Il pleuvait encore comme il avait plu toute la nuit, comme il allait pleuvoir tout le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;cidons de retarder le d&#233;part jusqu'&#224; 6 h, d'autant plus qu'un boyau avait rendu l'&#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous r&#233;int&#233;grons les bureaux du Cycliste.. &#192; 6 h il pleut toujours... j'endosse mon caoutchouc &#8212; que je ne quitterai que ce soir &#224; 18 h, &#224; l'H&#244;tel Blanc, &#224; Loriol &#8212; et en route. Mes deux compagnons, deux jeunes et vaillants cyclotouristes parisiens, sont pitoyablement mont&#233;s pour affronter le mauvais temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont des machines &#224; boyaux, pas de garde-boue, un bagage r&#233;duit au strict minimum, trois vitesses par cha&#238;ne flottante &#8212; le pire des changements de vitesse dans ces conditions du fait de la projection de la boue sur une cha&#238;ne d&#233;tendue. J'avais aussi le m&#234;me changement de vitesse par cha&#238;ne flottante qui, gr&#226;ce &#224; mon garde-boue, ne m'a pas jou&#233; de vilains tours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme quoi il faut que tout perfectionnement soit entour&#233; des pr&#233;cautions qui lui sont indispensables et prot&#233;g&#233; contre ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une premi&#232;re fois &#224; la R&#233;publique autour d'un lait chaud qui fut le bienvenu, et nous allions repartir quand nous voyons arriver, venant de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, notre but imm&#233;diat, un randonneur st&#233;phanois dont la bicyclette est couverte d'une belle couche de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais d'o&#249; sortez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; avez-vous trouv&#233; tant de neige, alors qu'ici nous n'avons que de la pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;crie-t-il, de l'autre c&#244;t&#233; de la montagne, o&#249; je m'attendais &#224; voir le soleil, je n'ai rencontr&#233; qu'une brume &#233;paisse et une neige aveuglante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai lutt&#233; jusqu'&#224; Bourg-Argental, et je rentre d&#233;courag&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien envie d'en faire autant, mais je c&#232;de &#224; l'enthousiasme de mes compagnons, enchant&#233;s de cette occasion, rare pour eux, de voir la montagne sous la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et certes ils ne furent pas d&#233;&#231;us. Les bois &#233;taient superbes sous leur manteau, et la terre &#233;tait, &#224; perte de vue, couverte de dix centim&#232;tres de neige, dans laquelle nous roulions tr&#232;s doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R... filait devant quand un des boyaux de Cl... se d&#233;collant, nous obligea &#224; nous arr&#234;ter un bon quart d'heure, dans une ferme, pour remplacer le chatterton. Il faut remplacer ce ruban toutes les fois que l'on change de boyau et Cl..., le matin m&#234;me, avait n&#233;glig&#233; de le faire, si bien que son boyau glissa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu &#224; peu, il commen&#231;a &#224; former hernie pr&#232;s de la valve. C'est l&#224; une pr&#233;caution &#224; ne pas n&#233;gliger et que doivent prendre tous ceux qui viennent au boyau, sinon ils s'exposeraient &#224; quelque accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une seconde fois &#224; Bourg-Argental, puis une nouvelle fois encore &#224; la bifurcation de Boulieu, car &#224; la descente, sous la pluie et dans la boue, de moment en moment plus &#233;paisse, on p&#233;dalait un peu en &#233;go&#239;ste. Nous navigu&#226;mes alors de compagnie, sans &#234;tre en aucune fa&#231;on g&#234;n&#233;s par les cyclistes ou par les autos jusqu'&#224; Andance, o&#249; le passage &#224; niveau ferm&#233; nous arr&#234;ta quelques minutes &#224; dix heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Saint-Jean-de-Muzols, o&#249; un beau clou dans un coll&#233; de Cl... arr&#234;ta mes deux compagnons, qui n'all&#232;rent ensuite pas au-del&#224; de Valence... et bien ils firent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout hasard, avant de prendre cong&#233;, je leur explique que si, dans le vrai Midi, c'est-&#224;-dire apr&#232;s Donz&#232;re, je trouve le soleil, j'irai directement aux Baux, H&#244;tel de la Reine Jeanne, o&#249; je les attendrai jusqu'&#224; 22 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais que si le temps, l&#224;-bas, est aussi mauvais qu'ici, je reviendrai sur mes pas jusqu'&#224; ce que je les rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, d&#233;pouillant la mentalit&#233; du randonneur par plaisir, j'endosse celle du randonneur par hygi&#232;ne, et cela suffit pour que de morose, je redevienne gai et que je rep&#233;dale avec plus d'entrain que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais emport&#233; deux cents grammes de pain complet, que je croquai lentement en mastiquant conscencieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Valence, j'achetai deux cent cinquante grammes de dattes et deux bananes avec quoi je m'alimentai jusqu'au soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Livron, &#224; Loriol, il pleut encore, puis j'ai un moment d'espoir, le ciel est moins charg&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Mont&#233;limar, la pluie cesse et le mistral commence &#224; pousser vigoureusement, si bien qu'en trente-cinq minutes, j'enl&#232;ve les quatorze kilom&#232;tres &#8212; dont trois de mont&#233;e &#8212; qui me s&#233;parent de Donz&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une ligne de d&#233;marcation, tr&#232;s nette, entre la partie haute et la partie basse de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, et l'on a souvent constat&#233; que beau temps en de&#231;&#224; des collines que le fleuve a &#233;ventr&#233;es entre Ch&#226;teauneuf et Viviers, signifie mauvais temps au-del&#224;. Aussi m'attendais-je presque &#224; voir le soleil &#224; Donz&#232;re, or je vis, ou pour mieux dire, j'y re&#231;us une averse torrentielle, et aussi loin que les regards pouvaient porter on n'apercevait, sur tout le Midi, que brumes, nuages et horizons z&#233;br&#233;s par la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'h&#233;sitation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les abonn&#233;s du Cycliste qui avaient bien voulu m'annoncer qu'ils se joindraient &#224; notre caravane n'ont pas d&#251; se d&#233;ranger &#224; cause du temps aussi mauvais chez eux que chez nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est d'ailleurs 15 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tournons bride et rentrons. Je gravis non sans peine, sur une petite vitesse, ce que je venais de d&#233;valer en roue libre, &#224; quarante &#224; l'heure, puis je pla&#231;ai ma cha&#238;ne sur la moyenne vitesse et j'arrivai &#224; Loriol &#224; 18 h. Trente-six kilom&#232;tres en trois heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mistral n'est pas un mince adversaire et, par surcro&#238;t, la pluie faisait son apparition de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passai dans un bon lit de l'H&#244;tel Blanc, la nuit que je m'&#233;tais propos&#233; de passer au clair de lune, et l'hygi&#232;ne y trouva sans doute son compte, car jamais je ne p&#233;dalai avec autant d'entrain et de plaisir que le lendemain pour rentrer de Loriol &#224; Saint-&#201;tienne, o&#249; j'arrivais &#224; 15 h, avec exactement trois cents kilom&#232;tres de plus &#224; l'actif de ma cha&#238;ne flottante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faible, en tant que randonn&#233;e, mais en tant que promenade hygi&#233;nique, c'est parfait, et je classe mon excursion pascale de 1913 parmi celles dont on se souvient longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai d'ailleurs gagn&#233; quelque exp&#233;rience du point de vue du bagage &#224; emporter pour une randonn&#233;e de deux ou trois jours. Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air. Je regrettai seulement, &#224; cause de la pluie, de n'avoir pas emport&#233; mes jambi&#232;res caoutchout&#233;es. Simplifions et all&#233;geons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Velocio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH129/velociosignature-6fd5d.jpg?1788126846' width='500' height='129' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-209 '&gt;&lt;strong&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-209 '&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-209 '&gt;source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per 1328_3
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;es pascales</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article635</link>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pour un beau voyage, c'est un beau voyage que nous avons fait l&#224; pendant les f&#234;tes de P&#226;ques, et les quatre jours que nous y consacr&#226;mes ne pouvaient certes pas &#234;tre mieux employ&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, malgr&#233; la longueur des &#233;tapes et la violence du mistral, nous avons pu ex&#233;cuter de point en point notre programme, c'est, je me h&#226;te de le dire, gr&#226;ce au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, aux multiples d&#233;veloppements, et peut-&#234;tre bien aussi, au moins pour l'un de nous, gr&#226;ce &#224; la roue libre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Paul de Vivie au fil du Rh&#244;ne&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La traditionnelle randonn&#233;e pascale vers le Midi a rendu c&#233;l&#232;bre Paul de Vivie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La premi&#232;re eut lieu en 1900, jusqu'&#224; Cannes. Ce fut Les Baux en 1901, Martigues en 1902, Marseille en 1904 et 1905, Toulon en 1906, Cannes en 1907, Nice en 1911 et 1912, la Sainte-Baume en 1913.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vall&#233;e du Rh&#244;ne, la route des Alpes ou le c&#244;t&#233; ard&#233;chois &#233;taient emprunt&#233;s, avec des parcours vari&#233;s. Les retours se faisaient parfois &#224; v&#233;lo, parfois en train, parfois les deux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale, il ne s'agissait plus de faire des d&#233;monstrations en faveur de la polymultipli&#233;e et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;moteur &#224; pomme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, plut&#244;t de choisir une destination pour entretenir des amiti&#233;s. En 1921, ce fut les Beaux, en 1923 Maillane, en 1924 les Baux avec invitation aux lecteurs du Cycliste, en 1925 les Saintes-Maries-de-la-Mer, en 1926 le Ventoux. En 1927, plus de cent cyclotouristes vinrent aux Baux. En 1928, V&#233;locio rebroussa chemin &#224; cause de la pluie, sans parvenir &#224; la Sainte-Baume. En 1929 il s'arr&#234;ta &#224; Maillane, alors qu'un meeting &#233;tait organis&#233; plus officiellement &#224; Toulon.&lt;br class='autobr' /&gt;
La randonn&#233;e pascale est toujours un rendez-vous aujourd'hui pour les clubs cyclo-touristes et leur f&#233;d&#233;ration nationale (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FFCT&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;DE-SAINT-ETIENNE-A-CANNES-ET-RETOUR-PAR-LES-MAURES-ET-L-ESTEREL-1900&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='DE-SAINT-ETIENNE-A-CANNES-ET-RETOUR-PAR-LES-MAURES-ET-L-ESTEREL-1900'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SAINT&lt;/span&gt;-&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TIENNE&lt;/span&gt; &#192; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CANNES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RETOUR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PAR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MAURES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EST&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;REL&lt;/span&gt;, 1900&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pour un beau voyage, c'est un beau voyage que nous avons fait l&#224; pendant les f&#234;tes de P&#226;ques, et les quatre jours que nous y consacr&#226;mes ne pouvaient certes pas &#234;tre mieux employ&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, malgr&#233; la longueur des &#233;tapes et la violence du mistral, nous avons pu ex&#233;cuter de point en point notre programme, c'est, je me h&#226;te de le dire, gr&#226;ce au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, aux multiples d&#233;veloppements, et peut-&#234;tre bien aussi, au moins pour l'un de nous, gr&#226;ce &#224; la roue libre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;De Saint-&#201;tienne &#224; Cannes et retour par les Maures et l'Est&#233;rel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1900, p.105 &#224; 114, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le programme de la seconde excursion pascale&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSION-PASCALE-DES-29-30-ET-31-MARS-1902&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSION-PASCALE-DES-29-30-ET-31-MARS-1902'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCALE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DES&lt;/span&gt; 29, 30 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; 31&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARS&lt;/span&gt;, 1902&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;D&#233;part de La Digonni&#232;re, octroi, le samedi &#224; 16 heures pr&#233;cises&#160;: Col des Grands-Bois, Boulieu, Andance, Valence, Loriol (114&#8239;kil., coucher)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;part le dimanche &#224; 4&#8239;heures : Mont&#233;limar, Orange, Avignon (218 kil., jonction avec le groupe marseillais de 9 h.&#8239;1/2 &#224; 10 heures)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Pont-de-Bonpas, Orgon, Salon, Rognac, Marseille (323&#8239;kil., arriv&#233;e &#224; 16 heures, visite de la ville, coucher)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;part le lundi &#224; 4 heures pour l'Estaque, Carri-le-Rouet, Martigues, Istres, les Baux, travers&#233;e des Alpines, Tarascon, Remoulins, Pont-Saint-Esprit, et rentr&#233;e le mardi matin, soit &#224; 1 h.&#8239;19 par le train, soit avant midi par la route. D&#233;pense probable : 20 francs.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursion pascale du 29, 30 et 31&#160;mars&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1902, p.47-51&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la randonn&#233;e pascale 1903 jusqu'&#224; Cannes, Nice, Monaco et Roquebrune, en voici le retour contre le mistral, caract&#233;ristique de la vall&#233;e du Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;MON-RAID-PASCAL-1903&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='MON-RAID-PASCAL-1903'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MON&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RAID&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCAL&lt;/span&gt;, 1903&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; la bifurcation apr&#232;s Cuges, je me s&#233;pare de mon compagnon M.&#8239;B. qui, rentrant &#224; Marseille, se dirige vers Aubagne : il voulait m'accompagner jusqu'&#224; Aix, mais le mistral lui en a &#244;t&#233; l'envie. Je me h&#226;te de mon c&#244;t&#233; vers Gemenos pour y d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est midi. Le bourg est un peu en dehors de la route d'Aix, de l&#224; part un chemin v&#233;lo&#231;able par lequel il est facile d'aller au Plan d'Aups et &#224; la Sainte-Baume sans &#234;tre oblig&#233; de franchir la montagne en portant sa machine sur le dos comme je le fis en 1899, en partant de Riboux. &#192; 13 heures et quart, je suis derechef en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec le mistral&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quel brutal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sa force s'est accrue et ira croissant jusqu'au soir. Je ne vois pas grand'chose du pays que je traverse. Roquevaire, cependant, m'a laiss&#233; une bonne impression, il ne manque que de l'eau dans le lit du ruisseau qui passe l&#224;, au pied de quelques rochers, pour que ce coin de nature ait du cachet. Apr&#232;s Roquevaire, il ne me reste plus qu'un souvenir confus de mont&#233;es assez dures et longues qui am&#232;nent &#224; un premier sommet d'o&#249; une rapide descente me fait perdre une bonne partie de l'altitude conquise &#224; laquelle je regrimpe presque aussit&#244;t. J'ai troqu&#233;, cela va sans dire, mon d&#233;veloppement de 4 m&#232;tres contre celui de 3 m&#232;tres, ce qui ne m'emp&#234;che pas de trouver bien durs &#231;&#224; et l&#224; certains raidillons, l'un entre autres au moment o&#249; je laisse &#224; droite la route de Marseille &#224; Saint-Maximin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, j'ai fini de monter et je puis avec 5m,70 relever un peu mon allure : le ciel qui s'&#233;tait assombri se d&#233;gage et le soleil luit par intervalles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 16 heures j'entre &#224; Aix et je me dirige tout droit vers la gare&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en ai assez, j'en ai trop de cet odieux mistral&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prendrai le premier train pour Avignon et tout sera dit. La gare est encore pavois&#233;e, on abat les m&#226;ts tricolores&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le monde officiel a pass&#233; par l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une foule de voyageurs encombre les guichets&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avise un employ&#233; et je m'aper&#231;ois en ouvrant la bouche que je suis afflig&#233; d'une aphonie compl&#232;te. Ce satan&#233; mistral m'a emport&#233; la voix. Je pouvais encore parler &#224; Gemenos, &#224; Aix je suis muet ou &#224; peu pr&#232;s, car c'est &#224; voix basse, en parlant &#224; l'oreille, que je puis, au milieu du brouhaha, r&#233;ussir &#224; me faire comprendre. Le premier train pour Avignon part &#224; 5&#8239;h.&#8239;45&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! zut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Attendre 2 heures, j'aime mieux p&#233;daler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je repars &#224; 16&#8239;h. et quart. Mont&#233;e assez forte en sortant de la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un cycliste pr&#233;c&#233;dant deux jeunes filles dont l'air vif a rougi les joues, me croise et semble me jeter un regard de commis&#233;ration que je n'ai pas vol&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Tous les trois se laissent couler en roue libre cependant que j'appuie s&#233;rieusement. Au sommet de la c&#244;te, une fontaine m'invite &#224; me rafra&#238;chir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en profite pour disposer, &#224; port&#233;e de la main, les dattes qui me restent et qui m'aideront &#224; attendre le repas du soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du point o&#249; je suis, le voyageur qui se dirige du c&#244;t&#233; de Lambesc aper&#231;oit devant lui une ligne blanche d'une longueur d&#233;sesp&#233;rante : c'est la route que je dois suivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toute en mont&#233;es et en descentes et dans l'axe m&#234;me du mistral. C'est &#224; vous donner envie de l&#226;cher pied et de redescendre &#224; Aix&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me pique heureusement de philosophie et j'&#233;prouve, en outre, une certaine satisfaction &#224; surmonter les obstacles que le hasard m'oppose. Je pousse donc avec obstination et, comme j'aper&#231;ois tout &#224; fait au loin un point noir qui m'a l'air d'aller dans la m&#234;me direction que moi, je me demande &#224; quel moment je le rattraperai et je me distrais en me posant, de diverses mani&#232;res, le probl&#232;me classique des deux trains qui se suivent &#224; des vitesses diff&#233;rentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques autos, quelques voitures, quelques pi&#233;tons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vais t&#234;te baiss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps je pense aux Cimbres et aux Teutons, aux Romains, aux Sarrazins, &#224; tous ceux qui venus de lointains pays eurent &#224; lutter contre le mistral sur ce plateau ondul&#233;. Et, petit &#224; petit, j'avance, je gagne du terrain sur le point noir devenu diligence que je d&#233;passe avant d'arriver &#224; Saint-Cannat.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-Cannat &#224; Lambesc il m'a sembl&#233; qu'on descendait plus qu'on ne montait, et dans Lambesc m&#234;me une forte pente me permet de jouir de la roue libre J'aborde ensuite une c&#244;te assez longue, mais si bien abrit&#233;e du vent que je l'enl&#232;ve &#224; grande vitesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
En arrivant au sommet, je paie cet instant de bien-&#234;tre par une culbute ridicule. Le mistral m'attaque &#224; l'improviste et me d&#233;sar&#231;onne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un mistral froid comme glace : le soleil venait de se coucher et il allait geler ferme cette nuit dans tout le Midi. Je me blinde de papier, je me roule dans mon manteau, j'attache mon b&#233;ret et je consolide mon bagage, car la violence du vent devient inou&#239;e. Un cyclotouriste que je viens de rencontrer avait d&#251; faire la mont&#233;e en roue libre et moi qui descends, il faut que je p&#233;dale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Port Royal, il fait presque nuit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 45 kilom&#232;tres me s&#233;parent encore d'Avignon o&#249; je comptais prendre l'express de 2 heures du matin. Depuis Saint-Cannat j'ai repris, comme petit d&#233;veloppement, 4 m&#232;tres, afin d'activer l'allure autant que possible, car c'est en vain qu'en plaine j'essaie de me servir de 5m,70.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, apr&#232;s des p&#233;rip&#233;ties amusantes seulement pour ceux qui n'en sont pas les victimes, j'arrive &#224; Orgon &#224; 20 heures bien sonn&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois, je crois bien que je tiens enfin cette fatigue anormale que je me suis trop flatt&#233; de ne jamais conna&#238;tre. J'en ai... jusque-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je me demande si j'aurai bien la force de me remettre en route apr&#232;s le repas que je vais prendre. Encore, si j'avais trouv&#233; une bonne assiett&#233;e de l&#233;gumes, du riz et des pommes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Rien de tout cela, mais du b&#339;uf, de l'agneau et du civet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il fallut me contenter d'un bouillon, de deux &#339;ufs, de quelques biscuits et d'une orange, pas m&#234;me de la salade. Pour &#234;tre v&#233;g&#233;tarien en voyage, il faut avoir un estomac complaisant et facile &#224; satisfaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un cyclotouriste anglais venait d'&#233;chouer au m&#234;me h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous caus&#226;mes autant que mon enrouement, me le permit. Il &#233;tait enchant&#233;, il avait fait 162 kilom&#232;tres de Valence &#224; Orgon avec le vent dans le dos, sans la moindre fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le lendemain il irait &#224; Marseille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait parti de Paris et le temps l'avait constamment favoris&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partisan des machines l&#233;g&#232;res monomultipli&#233;es, voyageant sans autre bagage qu'une p&#232;lerine caoutchouc dans laquelle il roulait deux mouchoirs, sa brosse &#224; dents et une paire de bas, il dut s'esclaffer in petto en voyant mon lourd camion &#224; quadruples couples de pignons encombr&#233; de sacs et de paquets. Je n'avais pas le temps de le convertir &#224; la polymultiplication car, sit&#244;t mon modeste repas termin&#233;, un irr&#233;sistible besoin de dormir se fit sentir et j'allai me coucher, renvoyant au lendemain la fin de mon voyage qui, par le fait, se termina &#224; Orgon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, en effet, je me contentai d'aller par la route, toujours avec le mistral contre moi, jusqu'&#224; Orange (45 kilom.), d'o&#249; l'express de 9 heures m'amena &#224; Vienne &#224; 13 heures et demie avec une heure de retard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps &#233;tait beau, le vent s'&#233;tait apais&#233; et je rentrais un peu mollement en 3 heures, par la route de Vienne &#224; Saint-&#201;tienne (52&#8239;kilom.). J'avais, en 4 jours francs, parcouru environ 950&#8239;kilom&#232;tres sans autre fatigue anormale qu'une extinction de voix qui n'eut pas de cons&#233;quence f&#226;cheuse. Mes d&#233;penses totales s'&#233;levaient &#224; 31&#8239;fr.&#8239;50 dont 8&#8239;fr.&#8239;55 pour le trajet Orange&#8239;&#8211;&#8239;Vienne en chemin de fer. Pas trop cher pour un si beau voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mon Raid Pascal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Avril 1903, p. 65-77&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSIONS-DES-3-ET-4-AVRIL-1904&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSIONS-DES-3-ET-4-AVRIL-1904'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSIONS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DES&lt;/span&gt; 3 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; 4&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AVRIL&lt;/span&gt; 1904&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(F&#234;tes de P&#226;ques)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Givors, Valence, Orange, Pont-de-Bonpas, Salon, le Rove, Marseille, l'Estaque, Carry-le-Rouet, Martigues, Istres, Arles, Remoulins, Pont-du-Gard, Pont-Saint-Esprit, Pierrelatte. 540 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps me fait d&#233;faut pour donner, si ce n'est de fa&#231;on tr&#232;s succincte, le compte rendu de la merveilleuse randonn&#233;e qu'&#224; l'occasion des f&#234;tes de P&#226;ques nous venons de faire dans le Midi. Un temps superbe nous a constamment favoris&#233;s et nous avons pu &#233;grener en deux jours, tant&#244;t vite, tant&#244;t lentement, suivant le plus ou le moins d'int&#233;r&#234;t qu'offraient les r&#233;gions travers&#233;es, 540 kilom&#232;tres, sans la moindre fatigue anormale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partis de Givors samedi, &#224; 20 heures, en une forte &#233;tape de nuit nous arrivions par Valence, Pont-de-Bonpas et Le Rove dimanche &#224; midi en vue de Marseille dont 14 kilom&#232;tres d'affreuse route par l'Estaque nous s&#233;paraient encore. Un accident de pneumatique et l'obligation d'aller &#224; pied en maints endroits firent que nous ne touch&#226;mes le Vieux-Port et l'hospitali&#232;re demeure de Pascal, ma&#238;tre &#232;s-bouillabaisse, aiolis, brandades et autres sp&#233;cialit&#233;s, qu'&#224; 14 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
On consacra l'apr&#232;s-midi &#224; Notre-Dame de la Garde, &#224; la Corniche, au Prado et &#224; la Cannebi&#232;re. Nous rencontrons maints St&#233;phanois, mais, chose bizarre, le suave assent marseillais fleurit d&#233;j&#224; sur leurs l&#232;vres, comme sur les n&#244;tres d'ailleurs. Zou, mai, t&#233; moun bon, anen v&#232;, toutes les locutions massiliotes nous sont famili&#232;res.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursions des 3 et 4&#160;avril&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, mai 1904, p.65-69, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_8&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; la premi&#232;re guerre mondiale, les randonn&#233;es se firent de plus en longue, avec une volont&#233; de d&#233;monstration et d'exp&#233;rience, jusqu'aux &#233;tapes de 40 heures, pour d&#233;montrer les avantages de la polymultipli&#233;e et du v&#233;g&#233;tarisme. Cela face en particulier &#224; la monomultipli&#233;e des coureurs, qui &#224; la place de changer de vitesses en marche, retournaient leur roue arri&#232;re ou changeaient de v&#233;lo. Le but &#233;tait aussi de mettre &#224; la port&#233;e de toutes les bourses le voyage.&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSION-PASCALE-1905&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSION-PASCALE-1905'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCALE&lt;/span&gt; 1905 &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; P&#226;ques, nous avons coutume, &#224; l'&#201;cole St&#233;phanoise, depuis 1900, d'aller nous promener sur la c&#244;te d'Azur. La montagne nous est encore trop interdite par la neige et par la boue pour que nous nous y hasardions, et le passage du col des Grands Bois &#224; 1245 m&#232;tres suffit pour nous donner un avant-go&#251;t des surprises qui nous attendraient au col du Lautaret, par exemple, o&#249; quelques-uns eurent, cette ann&#233;e, la vell&#233;it&#233; de nous entra&#238;ner. Tentative qui ne r&#233;sista pas &#224; l'aspect embrum&#233; des lointains alpestres alors-que, du c&#244;t&#233; de la mer, le ciel s'azurait, l'horizon souriait et le vent nous poussait.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il m'arriva ce jour-l&#224;, apr&#232;s d&#233;jeuner, d'&#234;tre atteint pendant une heure ou deux de la maladie du sommeil d'une fa&#231;on si imp&#233;rieuse que je fus sur le point d'&#234;tre forc&#233; de m'arr&#234;ter et de dormir un instant sur le bord de la route. J'avais mang&#233; deux paquets de radis roses, sans me m&#233;fier des propri&#233;t&#233;s soporifiques de ce hors-d'&#339;uvre dont la pelure contient, para&#238;t-il, une substance opiac&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vertu dormitive de cette substance aurait bien pu m'&#234;tre fatale et c'est pour cela que j'attire l'attention sur cet incident minuscule. Rien n'est dangereux en effet de s'endormir ou simplement de s'assoupir quand on est &#224; bicyclette, surtout &#224; une descente et sur une route d&#233;serte o&#249; la crainte de collision ne vous tient pas sur vos gardes, une chute dans ces conditions est forc&#233;ment dangereuse, car on ne se garantit pas avec les mains et l'on tombe brutalement sur la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me suis laiss&#233; choir ainsi qu'une fois en revenant du Ventoux, apr&#232;s deux nuits blanches, sans cons&#233;quence grave, parce que le hasard me fit tomber dans l'herbe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais voici que le m&#234;me accident vient d'arriver coup sur coup &#224; deux de mes amis que le hasard a conduits sur des tas de pierres o&#249; des passants les ont recueillis dormant toujours, &#224; demi-assomm&#233;s par le choc et couverts de sang, car la t&#234;te avait port&#233; et l'&#233;piderme &#233;tait s&#233;rieusement entam&#233;. La caract&#233;ristique de ces chutes-l&#224;, c'est que les bras et les mains qui &#233;copent toujours d'habitude sont indemnes, preuve &#233;vidente qu'on &#233;tait d&#233;j&#224; inconscient quand la chute a eu lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, quand vous vous sentirez sollicit&#233; par une imp&#233;rieuse envie de dormir, n'y r&#233;sister pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mettez pied &#224; terre et dormez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il suffit d'un quart d'heure de repos pour vous remettre d'aplomb&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seulement, si le besoin de sommeil est le r&#233;sultat de la fatigue plut&#244;t que celui d'une digestion laborieuse ou de l'ingestion d'une substance soporifique, vous risquerez de rester endormi plus d'un quart d'heure si vous n'avez personne aupr&#232;s de vous pour vous r&#233;veiller&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous toucherions alors &#224; la fatigue anormale &#224; laquelle on ne doit jamais arriver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursion pascale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, avril 1905, p.66-74, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_8&#8195;&lt;/i&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;RANDONNEE-PASCALE-1909&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='RANDONNEE-PASCALE-1909'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RANDONN&lt;/span&gt;&#201;E &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCALE&lt;/span&gt;, 1909&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Sur le sable fin de la plage, je prends un bain de jambes en mangeant quelques oranges. Tel est le bonheur simple que je suis venu chercher &#224; grands coups de p&#233;dale et il ne m'en faut pas plus pour &#234;tre heureux, des bois, des rochers, la grande mer bleue, calme ici mais qui moutonne au large, du soleil &#224; profusion, une brise caressante. Je ressens une indicible sensation de bien-&#234;tre physique et moral. Plaisirs peu co&#251;teux et hygi&#233;niques, &#224; la port&#233;e de tous, des plus modestes travailleurs et des oisifs opulents&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Que l'on ferait bien mieux lorsqu'on pr&#233;tend faire partie des classes dirigeantes de se conformer &#224; la maxime de Socrate et de vivre de telle fa&#231;on que le plus pauvre des travailleurs puisse vivre de m&#234;me. C'est &#224; quoi nous nous appliquons constamment &#224; l'&#201;cole st&#233;phanoise, et j'ose dire qu'au point de vue du prix de revient, nos randonn&#233;es ne sauraient effrayer les ouvriers et employ&#233;s les moins fortun&#233;s. Voici un de nos nouveaux adeptes, le jeune Panel, qui, pour dix francs, a pu s'offrir en deux jours un beau voyage de 600 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour arriver o&#249; je suis en ce moment, en face de Bandol, dans l'eau jusqu'&#224; mi-jambes et su&#231;ant des oranges, j'ai d&#233;pens&#233; sept francs tout juste et ne me suis priv&#233; de rien.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Quand vous vous mettrez en vedette, si peu que ce soit, et que vous risquerez d'avoir des imitateurs, souvenez-vous de la maxime socratique, vivez simplement, sans ostentation, &#224; peu de frais, afin que votre id&#233;al de vie reste &#224; la port&#233;e des plus humbles.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; p&#233;daler seul, pendant des journ&#233;es, on ne s'ennuie vraiment pas quand, apr&#232;s des questions d'ordre purement m&#233;canique, telles que la polymultiplication qui m'occupa longtemps, on aborde les questions d'alimentation, d'hygi&#232;ne, de morale, d'&#233;conomie sociale et politique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursion pascale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1909, p.98 &#224; 101, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_10&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;CURE-DE-PRINTEMPS-1910&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='CURE-DE-PRINTEMPS-1910'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CURE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PRINTEMPS&lt;/span&gt;, 1910&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tape de 540 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;L'an dernier, au cours du r&#233;cit de ma randonn&#233;e pascale, je suis rest&#233; en carafe, pour parler l'argot moderne, et plus exactement en pleine eau, &#224; Bandol, en train de philosopher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'y suis oubli&#233; parce que, sans doute, je m'y trouvais bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'ailleurs, je n'avais plus qu'&#224; fl&#226;ner le long de routes connues depuis longtemps par mes r&#233;cits ant&#233;rieurs et il ne me restait qu'&#224; r&#233;sumer bri&#232;vement la fin de mon excursion, de dire comment apr&#232;s le supplice de la travers&#233;e de Marseille et de l'Estaque, auquel je jurai de ne plus m'exposer, je ne trouvai pas de lit &#224; Carry-le-Rouet et, forc&#233; d'aller &#224; Sausset, j'eus la bonne fortune d'y rencontrer deux abonn&#233;s du Cycliste avec qui je passai une soir&#233;e des plus agr&#233;ables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de dire comment le lendemain j'&#233;chappai, sans le vouloir, &#224; la poursuite d'un autre abonn&#233; du Cycliste qui, me sachant dans ces parages, tant&#244;t me suivit, tant&#244;t me pr&#233;c&#233;da jusqu'en Arles o&#249; il perdit mes traces&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comment enfin j'arrivai, malgr&#233; un vent du nord carabin&#233;, &#224; midi &#224; Remoulins o&#249;, ce jour-l&#224; et &#224; la m&#234;me heure, &#224; quelques minutes pr&#232;s, pass&#232;rent deux autres cyclotouristes st&#233;phanois, sans se douter le moins du monde qu'ils fussent si pr&#232;s les uns des autres. Je d&#233;jeunai peu apr&#232;s &#224; Valligui&#232;res o&#249; un chien fit un accroc &#224; ma culotte et je remontai par la rive droite, p&#233;niblement &#224; cause du vent, jusqu'au Pouzin o&#249; je me joignis &#224; un groupe des plus sympathiques pour terminer mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ann&#233;e j'avais r&#233;solu, histoire de m'entra&#238;ner en vue de la fameuse &#233;tape Luchon-Bayonne, d'aller, en une &#233;tape, de Saint-&#201;tienne &#224; Nice par la montagne, mais la neige survenant &#224; l'improviste quelques jours avant mon d&#233;part me d&#233;tourna du col de Cabre et des Basses-Alpes et me rejeta une fois de plus dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne... que je commence &#224; conna&#238;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je devais avoir des compagnons, mais, au dernier moment, tous firent d&#233;faut, naturellement, et je partis seul le jeudi saint &#224; 10 heures de Saint-&#201;tienne.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cure de printemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Avril 1910, p. 63 &#224; 72, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_11&#8195;&lt;/i&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;RANDONNEE-PASCALE-DU-CYCLISTE-1911&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='RANDONNEE-PASCALE-DU-CYCLISTE-1911'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RANDONN&lt;/span&gt;&#201;E &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCALE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt;, 1911&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tape de 592 kilom&#232;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;D'abord favoris&#233;e par le temps, la randonn&#233;e exp&#233;rimentale a &#233;t&#233; quelque peu contrari&#233;e par une s&#233;rie d'accidents de pneumatiques et par le vent contraire, qui me retard&#232;rent de trois heures. Si bien que, lorsque je fis halte &#224; St-Andr&#233;-de-M&#233;onilles, apr&#232;s 39 heures pass&#233;es sur la route, je n'avais couvert que 592 km. au lieu des 700 pr&#233;vus.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'an prochain, je tenterai de faire mieux, j'aurai soin de ne pas m'embarquer avec des valves Dunlop, dont le tube de caoutchouc-obturateur c&#233;dant tout &#224; coup, sans motif apparent, m'obligea apr&#232;s maints essais infructueux, &#224; d&#233;monter, seul sur la route, une fois la roue arri&#232;re, une fois la roue directrice de ma bicyclette, pour changer les chambres &#224; air&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, je manque malheureusement d'adresse en ce genre d'exercice dans de telles conditions, et je perdis un temps pr&#233;cieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au rendez-vous &#224; la Digonni&#232;re, &#224; la sortie de Saint-&#201;tienne, nous nous trouv&#226;mes trois, et nous part&#238;mes &#224; 3&#8239;h.&#8239;35, sans trop de h&#226;te comme il convient en d&#233;but d'une longue &#233;tape. Au Col du Grand-Bois, &#224; 4&#8239;h.&#8239;50, on se s&#233;para, et j'arrivai &#224; Andance &#224; 6&#8239;h.&#8239;10. Mais trois kilom&#232;tres plus loin, une premi&#232;re panne m'immobilisa une heure et demie sur la route. &#192; Tain, un autre compagnon m'attendait et me happe au passage. On file &#224; grande allure, vent favorable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Valence, 9 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quinze minutes d'arr&#234;t. Nous croquons des bananes et je me procure une chambre &#224; air dont je pr&#233;vois le besoin. &#192; Livron, nous sommes quatre, mais &#224; Loriol, &#224; 10&#8239;h., je prends cong&#233; de mes compagnons et seul, d&#233;sormais, je vais t&#226;cher de rattraper mon retard, pour ne pas faire trop attendre d'autres amis, qui doivent m'accompagner d'Aix &#224; Nice. Je traverse Mont&#233;limar &#224; 11&#8239;h.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; courte halte &#224; Donz&#232;re, et me voici &#224; Orange, il est 14&#8239;h.&#8239;55. J'aurais d&#251;, d'apr&#232;s mon horaire, m'y trouver &#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre Orange et Mont&#233;limar, mon passage a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;, &#224; mon insu, par un chauffeur st&#233;phanois qui remontait la vall&#233;e du Rh&#244;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant Courth&#233;zon, &#224; 6 km. d'Orange, une seconde panne m'immobilise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle s'aggrave par trop de pr&#233;cipitation, se complique d'une crevaison, bref, m'arr&#234;te deux heures : c'est &#224; d&#233;sesp&#233;rer...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je d&#233;jeune pendant qu'on r&#233;pare et tout redevient rose. Je t&#233;l&#233;graphie &#224; Aix mon retard, et quitte Courth&#233;zon &#224; 15&#8239;h.&#8239;15. Sorgues, le Pont de Bonpas, Orgon, Pont-Royal d&#233;filent rondement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Lambesc, l&#233;g&#232;re collation et j'entre &#224; Aix &#224; 19&#8239;h.&#8239;15 exactement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; 90 km. franchis en 4 heures, tous arr&#234;ts compris. Tout va bien maintenant, j'ai pay&#233; mon tribut &#224; la malchance, et je n'aurai plus le moindre ennui.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; 18&#8239;h.&#8239;30, je termine mon &#233;tape, de 592 km., &#224; St-Andr&#233;-de-M&#233;ouilles (aujourd'hui St-Andr&#233;-les-Alpes), sans ressentir de fatigue anormale. Je fis honneur au menu de l'H&#244;tel Trotabas, recommand&#233;, et, le hasard m'ayant plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; de cyclistes, nous caus&#226;mes jusqu'&#224; 21&#8239;h. Je me contentai de leur dire que je venais de Nice ce qui leur parut m&#234;me ph&#233;nom&#233;nal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'on m'aurait certainement pris pour un fou si j'avais dit d'o&#249; je venais r&#233;ellement...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, la folie n'est-elle pas, plut&#244;t, en ceux qui, ayant re&#231;u de la nature un excellent moteur, en ont fait, peu &#224; peu, par une mauvaise alimentation et une n&#233;faste utilisation, un mis&#233;rable tacot incapable d'un travail soutenu de quelques heures. Ils ont, il est vrai, la ressource de le remplacer par un moteur m&#233;canique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand ils auront irr&#233;m&#233;diablement compromis leur sant&#233;, pourront-ils, aussi la remplacer par une sant&#233; m&#233;canique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces longues randonn&#233;es ne sont pas seulement agr&#233;ables, elles sont utiles. Elles d&#233;montrent la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette, en tant que moyen de transport individuel sur tous les autres modes de locomotion. Elles d&#233;montrent aussi, la sup&#233;riorit&#233; du moteur humain sur tous les autres moteurs. Quel est, en effet, celui capable de vous transporter pendant 600 km. pour trois ou quatre francs, somme &#224; laquelle se sont &#233;lev&#233;es, au maximum, mes d&#233;penses suppl&#233;mentaires d'alimentation pendant ces 40 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour obtenir ces r&#233;sultats, il faut, &#233;videmment, que le moteur humain soit tenu en bon &#233;tat, que l'estomac, surtout, fonctionne bien et ne re&#231;oive que des aliments aptes &#224; une rapide et facile transformation en calories. Il faut, aussi, que l'on ait un outil convenable, qu'on sache s'en servir et qu'on ne d&#233;pense jamais plus d'&#233;nergie que n'en exigent les r&#233;sistances &#224; vaincre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des cyclistes, m&#234;me bien outill&#233;s qui, d&#232;s le d&#233;part, exag&#233;reraient leurs efforts, soit en se servant de d&#233;veloppements trop grands, soit en augmentant inconsid&#233;r&#233;ment leur allure, comme s'ils n'avaient &#224; fournir qu'une course de 100 km., ces cyclistes-l&#224; seraient vite fatigu&#233;s et oblig&#233;s de s'arr&#234;ter bien avant la fin de l'&#233;tape.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, pratiqu&#233; rationnellement, le cyclisme n'exige qu'un travail mod&#233;r&#233; qu'il est fort possible de prolonger, de temps &#224; autre, comme tout autre travail mod&#233;r&#233;, pendant quarante heures cons&#233;cutives, sans aucun inconv&#233;nient, je dirai m&#234;me, jusqu'&#224; preuve du contraire, avec quelque profit pour la sant&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Randonn&#233;e pascale du Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1911, p. 110-112, SourceArchives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_11&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;RANDONNEE-PASCALE-1912&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='RANDONNEE-PASCALE-1912'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RANDONN&lt;/span&gt;&#201;E &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCALE&lt;/span&gt;, 1912&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous avons pu enfin, &#224; deux, nous offrir une &#233;tape de 40 heures, de 46 heures m&#234;me, et la terminer dans le train, c'est-&#224;-dire, sans souffrir outre mesure du manque de sommeil. Mon compagnon n'envisageait ces longues &#233;tapes qu'avec quelque crainte et, doutant de son endurance, ne se croyait pas capable de p&#233;daler aussi longtemps sans discontinuer. Or, il s'en est tir&#233; beaucoup mieux que moi-m&#234;me et s'il eut &#233;t&#233; seul et qu'il n'ait eu en vue que la longueur de l'&#233;tape et non pas son agr&#233;ment, nul doute qu'il n'eut couvert, pendant les 46 heures, pr&#232;s de 800 kilom&#232;tres. Tandis que nous n'en avons fait, ensemble, que 585, un peu moins que je n'en fis, seul, l'an dernier. Mais il faut bien se mettre dans l'esprit, qu'&#224; deux, on sera toujours retard&#233;, &#224; trois davantage, et &#224; quatre encore plus. On nous a dit : P&#233;daler est un travail si &#233;reintant qu'on ne peut s'y livrer plus de dix heures cons&#233;cutives, sous peine d'&#234;tre an&#233;anti. Nous r&#233;pondons : P&#233;daler est, au contraire, un travail si peu fatiguant, qu'on peut s'y livrer, de temps &#224; autre, sans crainte de surfatigue, jusqu'au moment o&#249; s'impose le besoin de dormir, c'est-&#224;-dire pendant, au moins, 40 heures. Et nous le prouvons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et nous assurons, avec plus de force que jamais, qu'&#224; la condition d'y avoir du plaisir et de savoir s'alimenter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la condition, aussi, de ne jamais, par un sot amour-propre, vouloir aller plus vite qu'on ne le peut, nous assurons &#224; tous les cyclistes que les randonn&#233;es de 40 heures ne sont qu'amusement et d&#233;lassement hygi&#233;nique. Mais il convient qu'on ne se joigne &#224; des compagnons d&#233;j&#224; entra&#238;n&#233;s, qu'apr&#232;s s'&#234;tre rendu compte, par des tentatives solitaires, de ses propres forces, c'est-&#224;-dire, de l'allure &#224; laquelle on peut pr&#233;tendre (allure qui, &#224; machines &#233;gales, varie avec chaque individu) et de l'effort qu'on est capable de soutenir pendant 40 heures. Cela fait, restez toujours en dedans de vos moyens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ne vous croyez pas oblig&#233; de r&#233;pondre aux provocations tacites des p&#233;dards qui vous d&#233;passent, ou de suivre, quand m&#234;me, des compagnons qui ont, dans les muscles, plus de force et dans les poumons, plus de vitesse. Surtout, n'oubliez pas de manger avant d'avoir faim, et de boire, avant d'avoir soif, sans vous inqui&#233;ter de ce que penseront vos amis, des exigences de votre estomac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faites comme si vous &#233;tiez seul. Que vous arriviez un peu plus tard, cela n'a pas d'importance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le principal est que vous arriviez en bon &#233;tat, sans fatigue anormale. C'est pourquoi, il vaut mieux, tout bien consid&#233;r&#233;, partir avec des compagnons moins vigoureux, moins entra&#238;n&#233;s, et se contenter de les suivre. Et si ces compagnons se confient &#224; vous pour que vous les habituiez aux longues randonn&#233;es, n'allez pas les en d&#233;go&#251;ter en les vannant d&#232;s les premiers cent kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; donnez-leur au contraire, l'exemple de la mod&#233;ration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apprenez-leur &#224; se servir intelligemment de la polymultiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rappelez-leur qu'on gagne, toujours plus qu'on ne perd, &#224; abaisser son d&#233;veloppement, car beaucoup ont une tendance marqu&#233;e &#224; garder, trop longtemps, la grande multiplication qu'une circonstance favorable leur aura fait prendre. Mettons un point &#224; ce bien long pr&#233;ambule qui n'aura, peut-&#234;tre, pas &#233;t&#233; inutile, et contons notre randonn&#233;e.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'avoue, que, pour moi, la ration fut, cette fois, trop forte. Apr&#232;s l'&#233;tape de quarante heures, j'aime mieux me mettre au lit que me remettre en selle. Ch..., mon compagnon, dans la force de l'&#226;ge, &#224; 35 ans, qui doutait en partant de sa r&#233;sistance au sommeil, passa cette seconde nuit aussi facilement que la premi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en aurait peut-&#234;tre pass&#233; trois, comme Gustave-Adolphe qui, dit-on, pouvait r&#233;sister au sommeil pendant cinq jours et cinq nuits cons&#233;cutifs.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Randonn&#233;e pascale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1912, 72-80, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_12&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la guerre, les randonn&#233;es pascales reprirent, dans de nouvelles conditions. La qualit&#233; des routes s'&#233;tait un temps d&#233;grad&#233;e. Paul de Vivie avait une d&#233;cennie de plus, le temps n'&#233;tait plus pour lui aux d&#233;monstrations. Les rendez-vous des randonn&#233;es pascales se transform&#232;rent en meetings, r&#233;unissant &#224; chaque fois pas plus de vingt personnes (en 1924 aux Baux, en 1925 aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en 1926 au Ventoux). En 1927, une centaine de cyclotouriste cette fois se d&#233;plac&#232;rent aux Baux. C'&#233;tait le d&#233;but des rendez-vous de grande envergure pour P&#226;ques, mais aussi le dernier pour V&#233;locio. En 1928, l'orage l'arr&#234;ta, en 1929, il ne descendit pas jusqu'au meeting annonc&#233;, s'arr&#234;tant l&#224; aussi chez ses amis les Roumanille &#224; Maillane.&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;VALLEE-DU-RHONE-LES-BEAUX-1921&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='VALLEE-DU-RHONE-LES-BEAUX-1921'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VALL&lt;/span&gt;&#201;E &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RH&lt;/span&gt;&#212;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NE&lt;/span&gt; &#8211; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BEAUX&lt;/span&gt;, 1921&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mens sana in corpore sano : Voil&#224; le but. Pour l'atteindre, deux moyens parmi sans doute beaucoup d'autres : le cyclotourisme qui &#233;l&#232;ve l'&#226;me, tient l'esprit en &#233;veil, exerce l'intelligence et fortifie le corps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, une formule &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ni vin, ni viande, ni tabac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui soustrait l'organisme &#224; l'empoisonnement &#224; jet continu auquel nous condamnent nos pr&#233;jug&#233;s ou nos mauvaises habitudes. Gr&#226;ce &#224; cette formule, j'ai pu f&#234;ter cette ann&#233;e mon soixante-neuvi&#232;me printemps en effectuant une randonn&#233;e pascale qui ne le c&#232;de en rien &#224; celles d'avant guerre si l'on tient compte des contingences nouvelles. Nous partons &#224; 2 heures, sous les rayons de la lune qui nous permet d'&#233;conomiser notre carbure. D&#232;s que nous sommes sur le plateau de la R&#233;publique, nous nous trouvons aux prises avec ces contingences nouvelles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est dans un &#233;tat in&#233;narrable, orni&#232;res, trous et cailloux &#233;pars, puis, d&#232;s l'entr&#233;e dans le grand bois, boue &#233;paisse, &#224; demi gel&#233;e, labour&#233;e par les camions et formant de v&#233;ritables sillons. Pendant trois kilom&#232;tres, il faut aller &#224; pied p&#233;niblement et lentement. M&#234;me &#224; la descente, bien que le sol soit meilleur, il faut &#234;tre prudent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des parties de route sont en cours de rechargement, d'autres sont fra&#238;chement r&#233;par&#233;es et l'on n'ose pas laisser courir comme autrefois. Bref, nous ne sommes &#224; Andance qu'&#224; 5&#8239;h.&#8239;45, en retard d'une bonne heure sur notre temps habituel. Le jour commence &#224; poindre, le ciel est brouill&#233;, pas un souffle, il est bien difficile de pronostiquer le temps qu'il fera dans la journ&#233;e. La route, d'abord mauvaise, s'am&#233;liore ensuite, devient ici pire, l&#224; meilleure qu'elle ne le fut jamais, et il en sera ainsi constamment, &#224; tel point que je ne saurais dire si le bon l'emporte sur le mauvais ou si c'est le contraire. En tout cas, ces alternatives coupent l'&#233;lan et l'on ne peut plus atteindre qu'&#224; de rares intervalles ces allures de 35 &#224; 40 km. &#224; l'heure qui, avec vent favorable, mettaient Avignon &#224; 10 heures de Saint-&#201;tienne. Et ne voil&#224;-t-il pas que, pour aviver nos regrets, le vent s'&#233;l&#232;ve derri&#232;re nous et va crescendo, si bien que lorsque nous nous arr&#234;tons, &#224; 8 heures, &#224; Beauchastel, pour le petit d&#233;jeuner, il soul&#232;ve d&#233;j&#224; des tourbillons de poussi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous resterons jusqu'au Pouzin sur la rive droite o&#249; la route est, nous a-t-on affirm&#233;, meilleure que sur la rive gauche que nous empruntions autrefois &#224; Tain ou &#224; Valence. La rive droite est en outre, moins monotone, et les quelques kilom&#232;tres de plus que nous ferons ainsi sont bien compens&#233;s par l'attrait d'un paysage plus vari&#233;. Tout est fleurs et feuillage de v&#233;ritables for&#234;ts de p&#234;chers nains align&#233;s au cordeau et taill&#233;s de m&#234;me &#233;talent leurs &#233;toiles roses &#224; c&#244;t&#233; des &#233;toiles blanches des gros cerisiers, moins soigneusement peign&#233;s. L'eau manque malheureusement, les torrents sont &#224; sec et le Rh&#244;ne est tr&#232;s bas. Nous le franchissons au Pouzin et, par un petit chemin mal entretenu qui nous oblige &#224; des prodiges d'&#233;quilibre pour &#233;viter les galets roulants dont il est charg&#233;, nous allons trouver &#224; Saulce la grande voie romaine de Lyon &#224; Arles dont nous avons fait une de nos routes nationales les plus fr&#233;quent&#233;es. Ce premier contact n'a rien de plaisant et nous regrettons de n'avoir pas continu&#233; &#224; suivre la route Lyon&#8239;&#8211;&#8239;Beaucaire. La violence du vent augmente et nous annonce pour la soir&#233;e un v&#233;ritable mistral, fl&#233;au du Midi, nous n'en pouvons gu&#232;re profiter, forc&#233;s que nous sommes de louvoyer entre les trous et de rechercher, tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, les meilleurs passages. Mais, soudain, quelques kilom&#232;tres de route toute neuve se d&#233;roulent devant nos roues et me permettent de donner &#224; mon compagnon qui en doutait un &#233;chantillon des vitesses qu'en pareil cas nous pouvions soutenir autrefois sans la moindre fatigue, pendant des centaines de kilom&#232;tres. Nous voil&#224; donc filant &#224; 40 &#224; l'heure, pas longtemps, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous contournons Mont&#233;limar et nous nous h&#226;tons vers Donz&#232;re o&#249; nous ferons, aupr&#232;s d'une fontaine que je connais de vieille date, un second petit repas tir&#233; du sac. Par chance, la route est assez bonne &#224; la descente pour nous y laisser pousser par le vent sans avoir &#224; freiner constamment, et nous y atteignons dans les lignes droites la vitesse limite qui, dans ces conditions, doit osciller entre 50 et 60 &#224; l'heure. Sensation tr&#232;s agr&#233;able que de se sentir ainsi emport&#233; dans un tourbillon de poussi&#232;re. &#192; 11 heures, nous sommes &#224; Donz&#232;re, n'ayant couvert, en 9 heures, que 160 kilom&#232;tres. Ce m&#234;me temps, autrefois, nous mettait bien au del&#224; d'Orange, dont 38 kilom&#232;tres nous s&#233;parent encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vingt minutes apr&#232;s, nous repartons et, avant Piolenc, un premier accident de pneu nous immobilise une demi-heure, tant et si bien que nous ne traversons Orange qu'&#224; 14 heures. Je n'&#233;tais pas, depuis dix ans, descendu aussi bas dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne, et mon compagnon y venait pour la premi&#232;re fois. Ces sites, qui m'&#233;taient jadis si familiers, avaient donc cette fois pour moi quelque chose de nouveau qui me les faisait presque go&#251;ter davantage, et nous ne nous lassions pas, quand l'&#233;tat de la route nous laissait quelque r&#233;pit, de nous communiquer nos impressions devant un horizon si diff&#233;rent de celui auquel nos yeux sont habitu&#233;s. Les arbres blancs de poussi&#232;re, les haies de cypr&#232;s et de roseaux abritant les primeurs qui sont une des grandes richesses du Midi, les oliviers au tronc tourment&#233;, les collines pel&#233;es, br&#251;l&#233;es, arides, o&#249; poussent &#231;&#224; et l&#224; quelques maigres broussailles, quelques pins que fouaille impitoyablement le mistral. Il faut &#234;tre &#224; pied ou &#224; bicyclette pour se p&#233;n&#233;trer de la po&#233;sie d'une r&#233;gion, pour entrer en communion intime avec la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut &#234;tre soi-m&#234;me brutalis&#233; par le mistral, pour comprendre la terreur, l'effarement de tous ces arbustes, grands et petits, qui gardent, m&#234;me quand le vent s'est apais&#233;, l'attitude de la fuite vers le Midi, vers quelque terre promise o&#249; ils pourraient cro&#238;tre et vivre en paix. Au Pontet, une erreur de direction nous am&#232;ne presque aux portes d'Avignon d'o&#249; nous nous h&#226;tons vers le Pont de Bonpas. Nous y mettons pied &#224; terre &#224; 15&#8239;h.&#8239;20 minutes, en retard d'une heure et demie sur nos pr&#233;visions. Un repas simple, mais substantiel, olives noires, omelette et fromage, nous r&#233;conforte et nous reprenons la route &#224; 16 heures. Nous venons de couvrir 236 kilom&#232;tres et nous ne sommes qu'&#224; 20 ou 25 kilom&#232;tres des Baux, but de notre excursion. En quelques coups de p&#233;dale, nous voici &#224; Noves, curieuse petite ville autrefois fortifi&#233;e, qui laisse voir encore des portes et des murailles &#224; cr&#233;neaux et &#224; m&#226;chicoulis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous traversons Saint-R&#233;my &#224; 17 heures et nous attaquons tranquillement la rampe de 5 &#224; 6 kilom&#232;tres par laquelle on franchit les Alpilles ou Alpines, massif de rochers abrupts &#233;trangement jet&#233;s l&#224; par je ne sais quelle bizarrerie de la nature. Quand la mer couvrait toute la Provence, les Alpines furent un de ces &#238;lots rocailleux comme on en trouve encore au large des c&#244;tes m&#233;diterran&#233;ennes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'altitude maximal n'est que de 386 m&#232;tres, mais comme on part de 40 m&#232;tres, il ne faut pas moins s'&#233;lever autant que de Saint-&#201;tienne &#224; Planfoy.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vall&#233;e du Rh&#244;ne &#8211; Les Beaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Mars-avril 1921, p.18-20 Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/3&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;MEETINGS-JANVIER-FEVRIER-1926&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='MEETINGS-JANVIER-FEVRIER-1926'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MEETINGS&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JANVIER&lt;/span&gt; F&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VRIER&lt;/span&gt; 1926&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La randonn&#233;e pascale du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; aura pour but, le 4&#160;avril prochain, le mont Ventoux, g&#233;ant de la Provence, sentinelle avanc&#233;e des Alpes, qui voit mourir le Rh&#244;ne que la Furka a vu na&#238;tre, le Rh&#244;ne, le seul grand fleuve peut-&#234;tre, qui, de sa source &#224; son embouchure, reste sous l'aiguillon des grands pics et ne connaisse pas le repos dans les vastes plaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le programme est simple : on ira, le samedi, passer la nuit aussi pr&#232;s que possible du Ventoux, &#224; Orange peut-&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de grand matin, le dimanche, on filera vers Bedoin o&#249; l'on d&#233;jeunera solidement, sans oublier la confiture de la r&#233;gion si riche en calories&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on attaquera ensuite les 22 km. de rampe et l'on reviendra &#224; Malauc&#232;ne, d'o&#249; l'on rentrera le lundi par Vaison, la ville aux ruines romaines dont la visite s'impose. On s'aiderait un peu du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;grand fr&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'aller ou au retour, qu'il n'y aurait pas lieu d'en &#234;tre surpris. Nous ne sommes plus aux temps h&#233;ro&#239;ques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Meetings&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1911, p.1, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;-15&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;RANDONNEE-PASCALE-1928&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='RANDONNEE-PASCALE-1928'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RANDONN&lt;/span&gt;&#201;E &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PASCALE&lt;/span&gt;, 1928&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mon retour &#224; Saint-&#201;tienne, que l'aide constante du vent rendit facile, n'a pas d'histoire. &#192; midi, le dimanche de P&#226;ques, je d&#233;jeunai &#224; Maillane chez mes amis Roumanille et passai la nuit &#224; Pierrelatte &#224; l'h&#244;tel Terminus, apr&#232;s 170 km.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'en restait autant &#224; faire pour le lundi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je pris &#224; Mont&#233;limar mon caf&#233; au lait, je d&#233;jeunai &#224; 11 heures &#224; Sarras &#224; l'h&#244;tel du Commerce et je franchis le col des Grands-Bois &#224; 17 heures, apr&#232;s avoir musard&#233; dans la d&#233;licieuse vall&#233;e de la Cance qui, grossie par les pluies des jours pr&#233;c&#233;dents, grondait au fond de sa gorge &#233;troite, comme un torrent alpestre. La petite route qui la suit et la domine parfois d'assez haut est tr&#232;s bonne en ce moment. Elle ne laisse pas cependant d'&#234;tre dangereuse par son &#233;troitesse, quelques orni&#232;res impr&#233;vues et ses nombreux tournants derri&#232;re lesquels on risque toujours de se trouver nez &#224; nez avec une auto. La prudence y est donc de rigueur. Bien qu'elle allonge un peu le chemin du retour, tout comme apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;tour par Saint-Sauveur, on s'y attarde avec plaisir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, apr&#232;s avoir subi le charme de la riante garrigue proven&#231;ale, on ne go&#251;te que mieux la s&#233;duction plus aust&#232;re de nos montagnes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Randonn&#233;e pascale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, mars-avril 1928, p. 31-33, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-MARS-AVRIL-1929&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-MARS-AVRIL-1929'&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSIONS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &#8220;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt;&#8221;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MARS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AVRIL&lt;/span&gt; 1929&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Outre les raisons qui me poussent chaque ann&#233;e, &#224; P&#226;ques, vers le Midi o&#249; je vais respirer l'air natal, o&#249; m'attendent des amiti&#233;s vieilles de vingt ans et qui ont succ&#233;d&#233; &#224; d'autres amiti&#233;s encore plus vieilles, dont, sous les oliviers, je retrouve les ombres avec lesquelles en p&#233;dalant, seul le plus souvent, j'aime &#224; converser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; outre ces raisons essentielles, j'en avais une particuli&#232;re cette ann&#233;e et de quelque importance. La grippe m'avait, en f&#233;vrier, consign&#233; pendant quinze jours dans ma chambre, la neige, obstruant les routes m'avait auparavant (et ceci explique cela) oblig&#233; de cesser mes quotidiennes sorties &#224; bicyclette pendant quinze autres jours, si bien que les f&#234;tes de P&#226;ques me surprenaient, le 31&#160;mars, un peu d&#233;sempar&#233;, sans l'entra&#238;nement pr&#233;alable des excursions dominicales du d&#233;but de l'an. Il s'agissait donc pour moi de savoir si je pourrais sans fatigue anormale descendre dans le Midi &#224; une allure convenable dont la tradition n'e&#251;t pas &#224; rougir et qui justifi&#226;t une fois de plus la pr&#233;tention souvent formul&#233;e que la bicyclette est le meilleur moyen de se transporter &#224; la fois rapidement, &#233;conomiquement, commod&#233;ment et hygi&#233;niquement. L'auto et l'avion l'emportent sur le premier point, mais combien ils restent loin derri&#232;re sur les trois autres points. La marche &#224; pied l'emporte certainement sur le point de la commodit&#233;, car le pi&#233;ton passe partout et n'a besoin que d'un b&#226;ton&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sous le rapport de l'hygi&#232;ne, elle vient, de l'avis g&#233;n&#233;ral, &#224; &#233;galit&#233;, mais je crois la bicyclette sup&#233;rieure pour la facilit&#233; avec laquelle elle procure, quand besoin est, la su&#233;e bienfaisante, et dose le degr&#233; de l'effort&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la marche &#224; pied est plus lente et augmente par cons&#233;quent les frais de voyage. Une randonn&#233;e de Saint-&#201;tienne &#224; la mer nous co&#251;te &#224; peine deux centimes par kilom&#232;tre, elle co&#251;tera trois fois plus &#224; un pi&#233;ton, sans compter la perte du temps qui, jointe &#224; l'usure des souliers, compense et au del&#224; l'usure des pneus et l'amortissement, du prix de la bicyclette. Donc, la bicyclette, &#224; la condition qu'elle ne tra&#238;ne pas trop sur les routes et qu'elle puisse ais&#233;ment couvrir ses 200 km. dans la journ&#233;e, l'emporte sur tous les autres moyens de locomotion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourrais-je le d&#233;montrer encore une fois en entrant dans ma 77&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e sans entra&#238;nement et quelque peu diminu&#233; par l'assaut du microbe grippal dont j'ignore le nom, mais que mon organisme v&#233;g&#233;tarien avait vigoureusement combattu et an&#233;anti&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Telle &#233;tait la question que j'avais &#224; r&#233;soudre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Grillot, et Marre, qui connaissent le moteur humain sur le bout du doigt, en leur qualit&#233; de futurs m&#233;decins, ont d&#251; man&#339;uvrer leurs neuf vitesses de fa&#231;on &#224; descendre de leur tandem, apr&#232;s 54 heures de travail, sans fatigue anormale, et j'esp&#232;re qu'ils nous donneront quelques indications sur la fa&#231;on dont il faut jouer d'un tandem polyx&#233; pour en obtenir un si beau r&#233;sultat que, me dit-on, des tand&#233;mistes st&#233;phanois esp&#232;rent d&#233;j&#224; d&#233;passer. La mode sera, dor&#233;navant, aux d&#233;monstrations de ce genre : jusqu'o&#249; peut aller la r&#233;sistance d'un cycliste p&#233;dalant sans discontinuer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En Angleterre, on va reprendre la traditionnelle &#233;preuve de Land's End to John O' Groats, qui vit autrefois triompher la polyxion sous la forme du Three Speed Hub anglais et il se pourrait bien que le d&#233;railleur fran&#231;ais, qui se r&#233;pand de plus en plus chez nos voisins et alli&#233;s, triomph&#226;t &#224; son tour et &#224; bref d&#233;lai du moyeu &#224; trois vitesses. Je l'ai &#233;crit il y a longtemps et je le r&#233;p&#232;te : je voudrais voir s'instituer en France une &#233;preuve semblable dont l'itin&#233;raire (travers&#233;e de la France, de Menton &#224; Brest) d&#233;buterait par la route des Alpes. Quel est le randonneur qui &#233;tablira le premier record de ce parcours de quelque 1.500 km., o&#249; une mono ne brillerait sans doute pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous devons avoir &#224; c&#339;ur de d&#233;montrer que la bicyclette &#224; grand rendement, que nous distinguons ici de la bicyclette utilitaire ou de promenade, n'est pas uniquement destin&#233;e &#224; tourner autour d'une piste ou &#224; faire sur route des courses de vitesse plus ou moins truqu&#233;es, mais quelle est aussi un moyen, pour tout &#234;tre bien portant, de se transporter rapidement, &#224; peu de frais, disons mieux, &#224; point de frais, d'un bout &#224; l'autre de la France.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; quatre heures, le lundi de P&#226;ques, nous &#233;tions de nouveau sur la route, R... et sa ni&#232;ce en tandem, et moi &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous n'allions pas p&#233;daler de conserve. Le tandem se rendait au meeting de la F.&#8239;F.&#8239;S.&#8239;C., qui groupait ce jour-l&#224; &#224; Toulon des centaines de cyclotouristes, parmi lesquels j'aurais &#233;t&#233; heureux de me trouver, si, pour bien des motifs, je n'avais pas &#233;t&#233; oblig&#233; de rentrer le soir m&#234;me &#224; Saint-&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'avais donc d&#251; d&#233;cliner l'aimable invitation de M.&#8239;Bernard, l'animateur de cette f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit, &#224; bien des reprises, tout le bien que je pense de ces r&#233;unions entre cyclistes et les heureux r&#233;sultats qu'on est en droit d'en attendre pour le d&#233;veloppement en France du cyclotourisme. Je n'y reviendrai donc pas ici, si ce n'est pour en f&#233;liciter les organisateurs et les engager &#224; multiplier sur tout le territoire les occasions trop rares que nous avons de nous rencontrer entre hommes ayant les m&#234;mes go&#251;ts, les m&#234;mes joies et cette m&#234;me passion pour la vie au grand air, qui les fait traiter de fous dans leur entourage et parfois m&#234;me dans leur famille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursions&#8239;du &#8220;Cycliste&#8221;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, Mars Avril 1929, p.30, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cure de printemps (1910)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article253</link>
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		<dc:date>2024-05-01T20:12:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;trodirecte</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>
		<dc:subject>Randonneuse Luchon Bayonne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pendant que je d&#233;jeunais en plein air, un curieux, que l'on me dit plus tard &#234;tre le coureur Petit-Breton, vint examiner d'assez pr&#232;s ma machine dont les trois cha&#238;nes sans doute l'intriguaient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je regrette qu'il ne m'ait pas &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;, j'aurais ainsi recueilli son opinion sur les chances des monos contre les polys dans l'&#233;tape Luchon-Bayonne et j'aurais t&#226;ch&#233; de savoir avec quel ou quels d&#233;veloppements il comptait faire cette &#233;tape.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;R&#233;trodirecte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Randonneuse Luchon Bayonne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1910, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_11&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tape de 540 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'an dernier, au cours du r&#233;cit de ma randonn&#233;e pascale, je suis rest&#233; en carafe, pour parler l'argot moderne, et plus exactement en pleine eau, &#224; Bandol, en train de philosopher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'y suis oubli&#233; parce, que, sans doute, je m'y trouvais bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'ailleurs, je n'avais plus qu'&#224; fl&#226;ner le long de routes connues depuis longtemps par mes r&#233;cits ant&#233;rieurs et il ne me restait qu'&#224; r&#233;sumer bri&#232;vement la fin de mon excursion, de dire comment apr&#232;s le supplice de la travers&#233;e de Marseille et de l'Estaque, auquel, je jurai de ne plus m'exposer, je ne trouvai pas de lit &#224; Carry-le-Rouet et, forc&#233; d'aller &#224; Sausset, j'eus la bonne fortune d'y rencontrer deux abonn&#233;s du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt; avec qui je passai une soir&#233;e des plus agr&#233;ables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de dire comment le lendemain j'&#233;chappai, sans le vouloir, &#224; la poursuite d'un autre abonn&#233; du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt; qui, me sachant dans ces parages, tant&#244;t me suivit, tant&#244;t me pr&#233;c&#233;da jusqu'en Arles o&#249; il perdit mes traces&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comment enfin j'arrivai, malgr&#233; un vent du nord carabin&#233;, &#224; midi &#224; Remoulins o&#249;, ce jour-l&#224; et &#224; la m&#234;me heure, &#224; quelques minutes pr&#232;s, pass&#232;rent deux autres cyclotouristes st&#233;phanois, sans se douter le moins du monde qu'ils fussent si pr&#232;s les uns des autres. Je d&#233;jeunai peu apr&#232;s &#224; Valligui&#232;res o&#249; un chien fit un accroc &#224; ma culotte et je remontai par la rive droite, p&#233;niblement &#224; cause du vent, jusqu'au Pouzin o&#249; je me joignis a un groupe des plus sympathiques pour terminer mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ann&#233;e j'avais r&#233;solu, histoire de m'entra&#238;ner en vue de la fameuse &#233;tape Luchon-Bayonne, d'aller, en une &#233;tape, de Saint-&#201;tienne &#224; Nice par la montagne, mais la neige survenant &#224; l'improviste quelques jours avant mon d&#233;part me d&#233;tourna du col de Cabre et des Basses-Alpes et me rejeta une fois de plus dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne... que je commence &#224; conna&#238;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je devais avoir des compagnons, mais, au dernier moment, tous firent d&#233;faut, naturellement, et je partis seul le jeudi saint &#224; 10 heures de Saint-&#201;tienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais choisi ma randonneuse Luchon-Bayonne munie de trois d&#233;veloppements en marche par trois cha&#238;nes, 2&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60, 3&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,80 et 5&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 dont les deux extr&#234;mes peuvent devenir 2 m&#232;tres et 6&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 par un d&#233;placement des cha&#238;nes. Ainsi arm&#233;e, avec sacoche et garde-boue l&#233;ger, ma monture p&#232;se 14 kilos, mais, en ordre de marche, avec bagages et vivres, elle marqua au d&#233;part exactement 20 kilos. Elle a des roues de 65 cm., des pneus tr&#232;s souples de 35 mm., des jantes bois et aluminium, une selle oscillante, un guidon quelque peu &#233;lastique et faisant office d'un double guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est surtout tr&#232;s courte &#224; l'arri&#232;re &#224; l'instar des machines de course sur route dites Stayer et elle a des manivelles de 16 1/2 centim&#232;tres. Le confortable y est en somme r&#233;duit au minimum qui m'est indispensable pour une longue randonn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ignorais pas que la travers&#233;e des Grands Bois serait p&#233;nible &#224; cause de la boue et de la neige qui obstruaient la route pendant 4 kilom&#232;tres, et pour &#233;conomiser quelques kilogramm&#232;tres je grimpai d&#232;s le d&#233;but avec 2&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 &#224; 9 &#224; l'heure. Le col franchi, j'enlevai la cha&#238;ne de la petite vitesse et je continuai avec les deux d&#233;veloppements de 6&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 et de 3&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,80 jusqu'au del&#224; d'Aix-en-Provence o&#249;, &#224; cause du vent contraire, je fis passer la cha&#238;ne de 6&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 sur 5&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60. Les changements de vitesse par polycha&#238;nes ont cela d'avantageux qu'ils permettent de faire instantan&#233;ment d'une tri-cha&#238;ne, une bicha&#238;ne, voire une monocha&#238;ne, suivant que le profil du terrain vous invite &#224; supprimer toute r&#233;sistance passive pendant un temps plus ou moins long. &lt;br class='autobr' /&gt;
La descente m'entra&#238;na mais le vent qui soufflait du nord-nord-est m'obligea souvent &#224; p&#233;daler jusqu'&#224; Andance o&#249; je m'arr&#234;tai &#224; 12	h. 35 pour demander la cause d'un d&#233;raillement qui venait d'avoir lieu et qui avait d&#233;j&#224; r&#233;uni sur la route un grand nombre de curieux. Rupture d'essieu, me r&#233;pondit-on, mais seulement des d&#233;g&#226;ts mat&#233;riels, quatre ou cinq wagons d&#233;molis et de nombreux tonneaux de vin d&#233;fonc&#233;s. Rupture d'essieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! diable, encore ce coquin d'acier qui nous joue des tours en d&#233;pit de la plus minutieuse surveillance. Vite je regardai ma t&#234;te de fourche, mes raccords, tout ce qui dans une bicyclette est sujet &#224; rupture, quelle que soit la marque de la machine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Auscultez souvent votre t&#234;te de fourche, vous ne perdrez pas votre temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en ai eu d&#233;j&#224; cinq de cass&#233;es sous moi, toutes appartenant &#224; des marques de tout &#224; fait premier ordre, mais la cristallisation lente de l'acier est une de ces choses dont la garde qui veille aux barri&#232;res du Louvre ne d&#233;fend pas les rois. Le mieux est de se garder soi-m&#234;me et d'ausculter souvent les points faibles de nos outils. Depuis que j'ai failli me rompre le cou en m'asseyant sur une chaise dont le dossier s'effondra soudainement, je regarde d'abord avec circonspection et je t&#226;te la solidit&#233; des si&#232;ges sur lesquels on m'invite &#224; m'asseoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'inspection de ma machine termin&#233;e &#224; ma satisfaction, je me remets en selle et le vent me poussant franchement, j'arrive &#224; Tournon &#224; 13 heures et 20 minutes. Il y a du bon et je vois d&#233;j&#224; un Saint-&#201;tienne-Valence en 4 heures malgr&#233; trente minutes de retard caus&#233; par la neige, quand 3 kilom&#232;tres apr&#232;s Tain je talonne &#224; l'arri&#232;re. Je regarde, pas de clous, j'ai d'ailleurs de bons arrache-clous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je passe la main sur le pneu et le sens bient&#244;t le corps du d&#233;lit, un &#233;clat de fer qui a p&#233;n&#233;tr&#233; de trois centim&#232;tres dans la chambre et en a fait une &#233;cumoire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; montre en main, il m'a fallu 15 minutes pour coller trois larges pastilles et repartir. Beaucoup de cailloux &#233;pars sur cette route en maints endroits fra&#238;chement r&#233;par&#233;e. Je d&#233;vale en trombe sur Font-d'Is&#232;re, franchis le pont et voil&#224; qu'un motocycliste me d&#233;passe. Je me pique au jeu et le poursuis esp&#233;rant l'attraper &#224; la petite mont&#233;e qui suit le pont, bernique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il ouvre son &#233;chappement et sa motorette Terrot (la m&#234;me que la mienne), augmente son allure. Je force le train, monte &#224; cent tours &#224; la minute, du 40 &#224; l'heure pendant un moment et je d&#233;passe &#224; mon tour d'autant plus ais&#233;ment que la descente finale vers Valence commence et que mon adversaire n'a pas le changement de vitesse par poulie extensible qui lui aurait permis de filer &#224; 50 &#224; l'heure. J'acc&#233;l&#233;rais encore l'allure quand j'arrive sur un empierrement d'un bon kilom&#232;tre que je ne vois, comme de juste puisque je suis myope, qu'&#224; quelques m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'engage bien sur la moiti&#233; de route laiss&#233;e libre, mais elle est parsem&#233;e de cailloux flottants que, trop lanc&#233;, je ne puis &#233;viter tous. J'en projette quelques-uns &#224; droite et &#224; gauche, mais l'un d'eux tient bon et entaille brutalement mon enveloppe arri&#232;re, atteignant la chambre du m&#234;me coup. Je suis &#224; plat en un clin d'&#339;il et, for&#231;&#233; de mettre pied &#224; terre, je constate que dans cette course &#233;chevel&#233;e de quelque kilom&#232;tres j'ai perdu un gant et un morceau de toile cir&#233;e qui devait me servir en cas de pluie. Morale : quelle que soit la combativit&#233; de votre temp&#233;rament, laissez-la toujours &#224; la maison quand vous partez pour une longue &#233;tape.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est justement &#224; cause de cette combativit&#233; dont l'&#226;ge n'est pas encore parvenu &#224; me gu&#233;rir, que je ne me suis pas encore d&#233;cid&#233; &#224; faire de longues randonn&#233;es avec mes polys &#224; grand confortable, qui me vanneraient promptement si je me risquais a matcher, chemin faisant, motocyclistes et cyclistes. J'ai eu, il y a quelques ann&#233;es, un avant-go&#251;t de ce qui m'attendrait en pareil cas, quand &#224; touricyclette, je m'avisai de vouloir tenir pied &#224; de jeunes compagnons bien mont&#233;s. Une fringale carabin&#233;e me coucha sur la route au bout de quelques heures de ce travail excessif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans rancune, le motocycliste s'arr&#234;te et m'offre son concours. Je tra&#238;ne ma monture bless&#233;e jusqu'aux premi&#232;res maisons o&#249; j'ai t&#244;t fait de d&#233;couvrir la blessure dont le pansement exige un certain temps, car il faut, outre la chambre, r&#233;parer aussi l'enveloppe qui a une fente o&#249; passerait facilement une pi&#232;ce de cinquante centimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-dessus nous prenons un peu de caf&#233; et nous causons un moment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis je vais acheter des fruits et je finis par ne quitter Valence qu'&#224; 15 heures.&lt;br class='autobr' /&gt; En d&#233;pit du dicton : &lt;i&gt;Jamais deux sans trois&lt;/i&gt;, ces deux accidents de pneumatiques survenus coup sur coup m'immunis&#232;rent pendant toute la dur&#233;e de mon voyage et je n'eus pas &#224; donner un seul coup de pompe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait maintenant de rattraper le temps perdu afin d'&#234;tre &#224; Orange avant la nuit. Je m'y employai de mon mieux, et le vent m'aidant je n'eus pas grand m&#233;rite &#224; arriver &#224; Pierrelatte &#224; 17 h 10 (65 kilom&#232;tres en 2 h. 10, du 30 &#224; l'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) malgr&#233; la mont&#233;e de Donz&#232;re et un bout de conversation, avec un cyclotouriste anglais entre Saulce et Mont&#233;limar. Cet Anglais &#224; face de marbre voyageait &#224; petites journ&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait quatre mois &#224; d&#233;penser sur la route et son &#233;tape de la journ&#233;e, commenc&#233;e &#224; Lyon allait finir &#224; Mont&#233;limar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle ne lui avait pas co&#251;t&#233; beaucoup d'effort. Mont&#233; sur une bicyclette &#224; cadre Pedersen et muni d'un moyeu Hub &#224; 2 vitesses dont la plus grande me parut &#234;tre d'environ 5 m&#232;tres, il n'&#233;tait certes pas outill&#233; pour faire du transport &#224; grande allure et les cols suisses qu'il doit franchir au retour lui donneront du fil &#224; retordre. Il fut surpris d'abord de l'accoutrement de ma machine, ensuite de son roulement, car &#224; plusieurs reprises, nous roul&#226;mes c&#244;te &#224; c&#244;te en roue libre et je le d&#233;passai toujours, simple question de pneus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les miens &#233;taient plus souples. Je le quittai vite, son train-train tranquille ne pouvant convenir &#224; un homme qui voulait &#234;tre &#224; Nice le lendemain matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'arr&#234;tai &#224; Pierrelate le temps d'&#233;crire une carte postale et, en avant pour Orange, &#224; 31 kilo. m&#232;tres de l&#224; : j'y arrivai &#224; 18 h. 30&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la nuit &#233;tait proche, je pr&#233;parai ma lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne que j'allumai &#224; l9 heures &#224; Courthezon, histoire d'&#234;tre en r&#232;gle avec l&#224; mar&#233;chauss&#233;e, car la lune en son plein dans un ciel sans nuage suffisait &#224; m'&#233;clairer.. Aussi je pus laisser couler l'eau avec une telle parcimonie que ma lanterne, une Favorit, du type le plus r&#233;duit que l'on trouv&#233; sur le march&#233;, dura toute la nuit, c'est-&#224;-dire 10 heures, sans recharge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Pontet, je pris &#224; gauche, la route de Mont-favet et &#224; 20 heures pr&#233;cises, j'entrai &#224; l'h&#244;tel des Glycines au pont de Bompas o&#249;, fort aimablement, M.&#160;le docteur L..., de l'Isle-sur-Sorgues m'avait &#233;crit qu'il m'attendrait de 20 &#224; 21 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux &lt;i&gt;Glycines&lt;/i&gt;, je commence &#224; &#234;tre connu et la ma&#238;tresse de c&#233;ans se souvenant que je ne mange pas de viande, m'offrit incontinent un menu v&#233;g&#233;tarien qui d&#233;buta par une &#233;paisse soupe aux l&#233;gumes secs et frais dont j'engloutis sans mot dire deux assiett&#233;es, apr&#232;s quoi je regardai autour de moi. Il y avait l&#224; beaucoup plus de monde que d'habitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aux travailleurs du pays, reconnaissables &#224; leur teint h&#226;l&#233;, s'ajoutaient des gentlemen d'aspect et d'allures bizarres, maquignons ou sportsmen&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai su plus tard que ces gens-l&#224; appartenaient au monde sp&#233;cial des aviateurs et des chauffeurs qui fr&#233;quentent les a&#233;rodromes. On &#233;tait justement &#224; la veille des journ&#233;es d'aviation de Miramas auxquelles le public marseillais invit&#233; prit part d'une fa&#231;on &#224; laquelle les organisateurs ne s'attendaient gu&#232;re, en mettant tout &#224; sac parce qu'on volait trop au guichet et pas assez dans les airs. Pour le moment, chauffeurs et aviateurs, gorg&#233;s de victuailles et de boissons alcooliques, se disputaient entre eux et se provoquaient &#224; qui mieux mieux, tant et si bien que tout &#224; coup l'on entendit au-dehors de tels cris qu'en un clin d'&#339;il l&#224; salle &#224; manger, la cuisine, le caf&#233; furent vides, tout le monde sortit. Je demeurai seul &#224; table et je n'en perdis pas un coup de dent, car je sais de tr&#232;s vieille date que, dans le Midi surtout, plus l'on crie moins l'on cogne. En effet, tout le monde rentra sain et sauf et l'on heurta les verres pour sceller la paix g&#233;n&#233;rale. Je finissais d'engloutir un plat d'&#233;pinards, quelques &#339;ufs durs et des pommes de terr&#233; frites&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu de fromage, des oranges et une tasse de caf&#233; termin&#232;rent mon repas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; co&#251;t 1 fr .25. Je remettais de l'eau dans ma lanterne, quand le docteur entra. Nous ne nous &#233;tions jamais vus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous, sommes d&#233;sormais de vieilles connaissances, car quelques paroles ont suffi pour nous apprendre, que nous partagions les m&#234;mes id&#233;es sur tout, ce qui se rattachera &#224; l'hygi&#232;ne et au cyclotourisme.. Le docteur L... m'a bien adress&#233;, dans le &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt; m&#234;me, quelques objections aux longues &#233;tapes-transport que je dis &#234;tre &#224; la port&#233;e de tous les hommes bien portants, entre vingt et soixante ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je crois que mes explications, mon, exemple, d'autres exemples que je pourrais citer, ont eu raison de ces objections et que le docteur L... admet aujourd'hui la possibilit&#233; des &#233;tapes telles que Saint-&#201;tienne-Nice, &#224; la condition que l'organisme soit sain et non empoisonn&#233; par l'usage, je ne dis pas l'abus, mais simplement l'usage du tabac, de l'alcool, de la viande, qu'il ne soit pas non plus par trop affaibli, par le d&#233;faut d'exercice, par un air vici&#233;, par le manque d'ablutions intelligemment pratiqu&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais &#233;t&#233; tr&#232;s heureux que le docteur L... m'accompagn&#226;t pendant quelques kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les exigences professionnelles l'en emp&#234;chaient et je traversai seul &#224; 21 h. et quart l'interminable pont de Bompas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent favorable avait fait place au calme plat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'en plaignais pas, car il serait imprudent d'aller la nuit, m&#234;me &lt;i&gt;per amica silentia lun&#230;s&lt;/i&gt; &#224; toute allure. Une moyenne de 20/22 &#224; l'heure allait succ&#233;der &#224; la moyenne de 27 que j'avais soutenue pendant 134 kilom&#232;tres, de Valence au pont de Bompas. Les autos se firent plus rares. Je vis l'avant-derni&#232;re arr&#234;t&#233;e sur le bord de la route, avant Orgon et, entre Senas et Pont-Royal, la derni&#232;re me d&#233;passa &#224; une allure vertigineuse, tous les feux &#233;teints, tel un vaisseau pirate.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis lors et jusqu'&#224; Brignolles, pendant 80 kilom&#232;tres, je ne vis pas &#226;me qui vive, sauf &#224; Aix o&#249; la plupart des caf&#233;s du cours Mirabeau &#233;taient encore ouverts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Pont-Royal la route s'&#233;l&#232;ve d'abord lentement, puis d'une fa&#231;on assez sensible, pour franchir une ligne de collines qui ferment de ce c&#244;t&#233; l'horizon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces collines sont couvertes de broussailles, d'arbustes rabougris, et &#231;&#224; et l&#224; des pans de murs, des rochers sont autant de recoins propices aux embuscades. Ce n'est pas pour des prunes sans doute, que furent autrefois install&#233;s quelques gendarmes au Pont-Royal&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais aujourd'hui, si les gendarmes sont toujours l&#224;, les brigands semblent avoir disparu et l'on n'entend plus parler d'agressions commises sur les voyageurs. N&#233;anmoins, en gravissant &#224; faible allure les deux derniers kilom&#232;tres &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je ressentis un l&#233;ger frisson en entendant &#224; mes c&#244;t&#233;s un imperceptible coup de sifflet, qui se reproduisit, toujours &#224; ma droite, tous les deux ou trois cents m&#232;tres, comme si quelque Sioux me suivait en rampant entre les hautes herbes. J'appuyai plus fort sur la p&#233;dale et le sifflet devint soudain plus net, ma p&#233;dale r&#233;clamait une goutte d'huile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne la lui donnai pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai pour principe, surtout quand je fais subir une &#233;preuve s&#233;v&#232;re &#224; mes machines, de ne leur donner aucun soin en cours d'&#233;tape, d&#251;t l'&#233;tape durer de 1.000 &#224; 1.200 kilom&#232;tres. Avant le d&#233;part, je les mets bien au point et au retour je les d&#233;monte pour constater leur &#233;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sommet de la c&#244;te, je me heurtai &#224; un autre ennemi, qui pour n'&#234;tre pas un apache, n'allait pas moins me d&#233;pouiller de pas mal de kilogramm&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le vent d'est qui jusqu'au samedi soir r&#233;gna de ces c&#244;t&#233;s, commen&#231;ait &#224; souffler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la descente, pour aller un peu vite, je dus p&#233;daler et &#224; mesure que je m'&#233;levai sur le plateau qui domine la vall&#233;e de l'Arc et qui atteint 320 m&#232;tres, je dus appuyer de plus en plus pour conserver un peu de vitesse, ce qui n'alla pas sans une d&#233;pense anormale de kilogramm&#232;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais l&#224; au centre des r&#233;gions d&#233;vast&#233;es par le tremblement de terre du mois de mai 1900. Lambesc ne me parut pas trop atteint ou bien ses blessures se sont-elles plus promptement cicatris&#233;es, mais Saint-Cannat pr&#233;sente un aspect lamentable, la nuit surtout, quand de p&#226;les rayons de lune se glissent dans les maisons &#233;ventr&#233;es, derri&#232;re les ouvertures b&#233;antes, parmi les poutres enchev&#234;tr&#233;es. On ne passe pas l&#224; sans &#234;tre p&#233;niblement impressionn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se croirait dans une ville prise d'assaut, saccag&#233;e par un ennemi barbare. Rien n'indique qu'il y ait encore des habitants, pas un seul r&#233;verb&#232;re, pas de maisons &#233;clair&#233;es... Si pourtant, l&#224;-bas dans un coin, on rit, on chante, on joue dans un caf&#233;. Ainsi devaient autrefois, apr&#232;s avoir d&#233;truit quelque cit&#233; et pass&#233; les habitants au fil de l'&#233;p&#233;e, rire, boire et chanter les hordes d'envahisseurs, les Cimbres et les Teutons que Marius extermina non loin d'ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
En trois kilom&#232;tres de descente moyenne j'entre &#224; Aix &#224; minuit et quart. J'ai mis 3 heures pour couvrir sans arr&#234;t, depuis le pont de Bompas, 63 kilom&#232;tres, et j'ai d&#233;pense certes beaucoup plus que lorsque je filais &#224; 30 &#224; l'heure entre Valence et Pierrelatte. Je ne m'en doute pourtant pas et je ne crois pas utile de recharger &#224; Aix mes accumulateurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me contente de me rafra&#238;chir &#224; une fontaine, puis, me gardant bien de commettre l'erreur qui en 1909, alla me faire passer par Tholonet, je continue &#224; descendre sur la route de Toulon. Bient&#244;t cette route s'enfuit &#224; droite tandis que celle de Saint-Maximin que je veux suivre va tout droit, mais s'&#233;l&#232;ve en pente douce, avec quelques sursauts, de l'altitude 150 &#224; l'altitude 400.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peine ai-je d&#233;pass&#233; les quelques maisons qui indiquent Ch&#226;teauneuf-le-Rouge, que je constate deux choses d&#233;sagr&#233;ables : d'abord le vent souffle avec une force croissante, ensuite mon estomac crie famine et mes jambes r&#233;clament un plus faible d&#233;veloppement. Je passe alors de 6&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 &#224; 5&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 sans cependant juger utile de remettre sur mon petit d&#233;veloppement de 2&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 la cha&#238;ne que j'en ai retir&#233;e au col des Grands Bois. 3&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,80 et 5&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60 doivent me suffire longtemps encore. Je croque en m&#234;me temps quelques dattes et me plastronne de papier, car le vent est froid.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dattes m'ont alt&#233;r&#233;, il me tarde d'arriver &#224; une certaine fontaine o&#249; j'ai bu souvent, la seule qui soit sur cette route. Je m'en croyais plus pr&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la voici enfin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y fais une longue halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit de manger s&#233;rieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le jour est loin et le caf&#233; au lait l'est encore davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cyclotouriste au cours d'une longue &#233;tape doit savoir manger &#224; propos et ne pas s'imaginer perdre du temps quand il s'arr&#234;te, au moment psychologique, une demi-heure pour manger et boire tranquillement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en gagne au contraire. Se tenir le plus longtemps possible sous pression en grignotant &#224; bicyclette tant&#244;t un fruit, tant&#244;t un morceau de pain, tant&#244;t quelque cartouche alimentaire habilement compos&#233;e, telles que, par exemple, les croquignolles (amande, sucre, beurre et farine), des madeleines au riz (riz, sucre, lait, pruneaux), des canougats (beurre, miel, sucr&#233; et chocolat) qui sont m&#234;me des friandises&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il faut, &#224; certains intervalles plus ou moins rapproch&#233;s, suivant que la d&#233;pense d'&#233;nergie a &#233;t&#233; plus ou moins grande, il faut s'alimenter plus copieusement, remplir l'estomac. j'avais heureusement assez de pain, de chocolat et de chausson aux fruits pour faire un bon remplissage et quand je quittai la fontaine apr&#232;s un dernier verre d'eau, j'&#233;tais tout &#224; fait gaillard. Un coq chanta juste &#224; ce moment, je regardai ma montre : 2 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un Chantecler vraiment bien matinal et qui se h&#226;tait trop de vouloir faire lever le soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent pouvait maintenant souffler&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais en &#233;tat de lutter et la fin de la mont&#233;e me fut moins p&#233;nible que le commencement. Par contre, la descente finale que l'on n&#233;gocie en plein jour &#224; la vitesse limite me sembla longue. Enfin, je traversai Saint-Maximin &#224; 3 heures. Depuis Aix, ma moyenne commerciale avait terriblement baiss&#233; puisqu'il m'avait fallu 2 h. 45 pour faire 37 kilom&#232;tres (du 13 1/2 &#224; l'heure.)&lt;br class='autobr' /&gt;
0n me demande parfois : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais &#224; quelle allure marchez-vous donc &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E.S.&lt;/span&gt; pour effectuer ces &#233;tapes-transport qui passent aux yeux des gens pour des tartarinades&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous allez donc plus vite que les coureurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma r&#233;ponse est bien simple et telle que me la dicte la r&#233;alit&#233; des faits. Nous allons vite ou lentement, suivant les circonstances favorables ou d&#233;favorables. Quand le vent nous pousse, que la descente nous entra&#238;ne et que nous avons un d&#233;veloppement assez grand pour profiter de ces adjuvants, nous allons &#224; 30, &#224; 40 &#224; l'heure, sans commettre cependant d'imprudence. En route ordinaire, palier sans vent et toujours, bien entendu, avec le d&#233;veloppement optime qui oscille dans ce cas autour de 6 m&#232;tres, nous marchons g&#233;n&#233;ralement &#224; 24/25 &#224; l'heure si le sol est bon, &#224; 22/23 si le sol est rugueux. Aux mont&#233;es et contre le vent, l'allure baisse naturellement, sans descendre pourtant au-dessous de 8 ou 9 kilom&#232;tres &#224; l'heure, dans le 10/12&#8239;% par exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le d&#233;veloppement&lt;br class='autobr' /&gt;
oscille alors entre 2&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,50 et 3 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous appliquons jamais &#224; obtenir une allure r&#233;guli&#232;re, quelles que soient les r&#233;sistances ext&#233;rieures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous appliquons &#224; obtenir de l'organisme une d&#233;pense d'&#233;nergie r&#233;guli&#232;re quelles que soient les r&#233;sistances ext&#233;rieures, quel que soit le travail ext&#233;rioris&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'entends par l&#224; le travail m&#233;canique, le travail que l'on voit, que l'on peut estimer, peser, calculer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voici au pied d'une c&#244;te de 10 kilom&#232;tres &#224; 10&#8239;%&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit de s'&#233;lever de 1.000 m&#232;tres en une heure, par cons&#233;quent d'ext&#233;rioriser un travail que les trait&#233;s de m&#233;canique nous apprennent se chiffrer par 91 tonnes-m&#232;tres (le poids total, cycliste et machine, &#233;tant suppos&#233; de 80 kilos). Mais quel trait&#233; de physiologie nous apprendra ce que nous allons d&#233;penser d'&#233;nergie, suivant que nous gravirons ces 10 kilom&#232;tres avec 2 m&#232;tres, 3 m&#232;tres, 4 m&#232;tres ou 6 m&#232;tres de d&#233;veloppement, en p&#233;dalant avec force ou avec souplesse, en faisant intervenir tels ou tels muscles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous supposons toutes autres choses &#233;gales, c'est-&#224;-dire pneumatiques, roulement, etc., &#233;gaux. Seuls le bon sens, la raison nous l'apprendront et nous guideront dans le choix du d&#233;veloppement optime, dans la fa&#231;on de p&#233;daler optime, etc. Et je dis qu'entre deux hommes qui parviendront &#224; ext&#233;rioriser ces 91 tonnes-m&#232;tres, la d&#233;pense d'&#233;nergie, la fatigue impos&#233;e &#224; l'organisme peut tr&#232;s facilement &#234;tre du simple au double et m&#234;me au quadruple, le plus mal outill&#233; pouvant tr&#232;s bien d&#233;penser quatre fois plus que le mieux outill&#233; pour ne pas produire plus de travail. Il va de soi que nous supposons les deux hommes &#233;galement robustes et entra&#238;n&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous comparons ici seulement deux m&#233;thodes : celle du cycliste qui, &#224; l'instar des athl&#232;tes, veut de haute lutte, sans abaisser son d&#233;veloppement, vaincre l'obstacle, et celle du cycliste qui, suivant nos conseils, choisit le d&#233;veloppement convenable qui lui, permettra de vaincre le m&#234;me obstacle en se d&#233;pensant le moins possible, quitte &#224; p&#233;daler avec plus de souplesse que de force.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne saute-t-il pas aux yeux que le premier se fatigue beaucoup plus que le second et qu'il sera beaucoup plus vite au bout de son rouleau si, apr&#232;s ces 10 kilom&#232;tres &#224; 10&#8239;%, nous les engageons &#224; continuer pendant seulement 10 heures sur le terrain accident&#233; du cyclotourisme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Bastiat a &#233;crit un pamphlet d'&#233;conomie politique intitul&#233; : Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Sous le m&#234;me titre, on en pourrait &#233;crire un d'&#233;conomie physiologique. Et peut-&#234;tre comprendrait-on alors mieux pourquoi le cycliste qui ne sait pas choisir son d&#233;veloppement pour effectuer un travail donn&#233;, perd parce qu'il d&#233;pense trop inutilement, alors qu'il croit gagner parce qu'il se sent travailler en pleine force. Il voit sa vigueur s'exercer et il ne voit pas son stock de kilogramm&#232;tres s'&#233;puiser plus vite que celui du cycliste qui a pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas faire acte d'athl&#232;te et qui caresse la c&#244;te par un coup de p&#233;dale l&#233;ger, souple, insinuant, au lieu de la brutaliser par un coup de p&#233;dale violent et saccad&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi il nous faut beaucoup de d&#233;veloppements, afin que nous puissions toujours choisir celui qui convient &#224; chaque cas, et que nous n'ayons jamais &#224; faire acte d'athl&#232;te, c'est-&#224;-dire &#224; d&#233;penser plus que ne le comporte le travail &#224; effectuer.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'esp&#232;re qu'&#224; force de frapper sur ce clou il finira par entrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Saint-Maximin la route est facile jusqu'&#224; Brignole, que je laisse &#224; 4 heures derri&#232;re moi, et &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, je prends &#224; gauche la petite route &#233;troite qui, par &#199;abasse, me conduira au Luc. Je ne connais pas encore cette route, m'&#233;tant content&#233; jusqu'ici de suivre la route des autos, par Flassans, mais il nous faut d&#233;sormais rechercher les voies et chemins que ne fr&#233;quentent pas ces &#233;craseurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette route de Cabasse est gentille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle traverse des bois, des taillis, des pr&#233;s, des ruisseaux et, &#224; Cabasse m&#234;me, une petite rivi&#232;re aux eaux claires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant moi, l'horizon s'&#233;clairait, le ciel se teintait de mauve et de rose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Brignoies l'&#233;toile du matin scintillait et me servait de guide. L'heure m'&#233;tait douce, et je laissais sans regret la lune p&#226;lir derri&#232;re moi, car la nuit avait fini par me sembler longue. Assez longtemps j'avais entendu crier, siffler, hululer les oiseaux de nuit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me tardait d'entendre chanter les oiseaux, les vrais oiseaux qui foisonnent dans le Midi, en d&#233;pit de tous les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;cassa&#239;r&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cinq heures, &#224; Cabasse, je saluai l'aurore, et l'orient s'&#233;claira soudain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'&#233;tait pas encore le soleil, mais c'&#233;tait la lumi&#232;re du jour, et mon allure s'accentua, d'autant plus que le besoin de d&#233;jeuner allait bient&#244;t se faire sentir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Luc, Vidauban et Le Muy d&#233;fil&#232;rent assez vite, mais les montagnes russes qui pr&#233;c&#232;dent Fr&#233;jus me mirent un peu &#224; l'ouvrage, parce que l'estomac r&#233;clamait &#233;nergiquement le caf&#233; au lait que je lui promettais depuis si longtemps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfin, &#224; 7 h. 40, deux heures apr&#232;s mon passage au Luc, j'&#233;tais &#224; Fr&#233;jus devant le susdit caf&#233; au lait qui devait, avec les quelques dattes que mon sac contenait encore, me soutenir jusqu'&#224; destination.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures, apr&#232;s avoir remis en place ma troisi&#232;me cha&#238;ne, je m'&#233;lan&#231;ai par une voie d&#233;tourn&#233;e, la rue principale &#233;tant barr&#233;e, &#224; l'assaut de l'Est&#233;rel, dont les premiers raidillons justifient bien l'emploi d'un faible d&#233;veloppement, tel que 2&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,60, quand on tient &#224; mettre en pratique les pr&#233;ceptes que j'&#233;non&#231;ais tout &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gros morceau de la mont&#233;e qui est de 5 kilom&#232;tres &#224; 6&#8239;% s'accommode du d&#233;veloppement moyen de 3&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;,80. En m'&#233;levant, je retrouvai le vent contraire qui, depuis Saint-Maximin, s'&#233;tait fait peu sentir, sans doute parce que le massif de l'Est&#233;rel m'en abritait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'a sembl&#233; que le d&#233;boisement exerce aussi ses ravages de ce c&#244;t&#233; et que les coteaux se d&#233;nudent peu &#224; peu, c'est triste. Triste aussi de constater le d&#233;plorable &#233;tat dans lequel le passage incessant des autos &#224; folle vitesse entretiennent les virages. Au beau milieu de la route, une orni&#232;re profonde dans laquelle les chauffeurs qu'ils montent ou qu'ils descendent, logent tous leurs roues ext&#233;rieures et, &#224; la corde, un sol d&#233;chauss&#233;, plein de cailloux, de sables o&#249; il est imprudent de s'aventurer. Il ne reste aux cyclistes que le contrebas ext&#233;rieur de la route, que l'on ne peut naturellement pas faire en vitesse. Quand on grimpe, passe encore, mais quand on descend c'est tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 9 heures, je passe la borne 101, sommet de la mont&#233;e, &#224; 11 kilom&#232;tres de Fr&#233;jus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent me g&#234;ne beaucoup pendant les 4 kilom&#232;tres de palier qui pr&#233;c&#232;dent l'auberge des Adrets&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis la descente, mais une descente coup&#233;e de nombreuses contrepentes et de raidillons abrupts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; m'emm&#232;ne assez vite &#224; Cannes, o&#249; j'arrive &#224; 10 heures, exactement vingt-quatre heures apr&#232;s mon d&#233;part de Saint-&#201;tienne. Si le vent avait continu&#233; &#224; m'&#234;tre favorable, il est vraisemblable que je serais d&#233;j&#224; &#224; Nice, et quand j'affirme que, pour tous les randonneurs de l'E. S., Nice est &#224; une journ&#233;e de Saint-&#201;tienne, je ne me trompe gu&#232;re, puisque, m&#234;me avec vent contraire et pas mal de causes de retard, j'ai pu arriver &#224; Cannes en ce laps de temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que je le puis, je m'&#233;chappe de la route nationale et gagne le bord de la mer. On &#233;vite ainsi quelques montagnes russes et une circulation tr&#232;s active dans laquelle il faut pourtant rentrer si l'on veut arriver &#224; Nice. Le fr&#244;lement incessant des autos, le passage fr&#233;quent des tramways, par ci par l&#224; quelques hippomobiles, des charrettes pesamment charg&#233;es, des pi&#233;tons m&#234;me et quelques cyclistes rendent le trajet Cannes-Nice dangereux et fatigant par la tension nerveuse. On ne peut aller un peu vite qu'apr&#232;s Antibes, et pas bien longtemps. Aussi l'allure de transport dut-elle faire place ici &#224; l'allure de promenade, et je ne revis le bord de la mer &#224; Nice qu'&#224; midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne me fut pas difficile, en ce jour de Vendredi Saint, d'obtenir un repas v&#233;g&#233;tarien auquel je fis grand honneur, comme bien vous pensez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes d&#233;penses de route s'&#233;levaient &#224; ce moment &#224; 3 fr 80. On conviendra que ce n'est pas exag&#233;r&#233;, et que le P.-L.-M devrait bient&#244;t abaisser ses tarifs si tout le monde se mettait &#224; voyager &#224; bicyclette. Savez-vous bien qu'un voyageur qui serait parti de Saint-&#201;tienne le jeudi &#224; 10 heures du matin, en m&#234;me temps que moi, n'aurait pas &#233;t&#233; &#224; Nice en prenant, bien entendu, les trains rapides, le vendredi, avant 6 heures et quart, c'est-&#224;-dire quelque 5 heures plus t&#244;t que moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos p&#232;res voyageaient bien &#224; pied, pourquoi ne voyagerions-nous pas &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous y gagnerions &#224; la fois de l'argent, de la sant&#233; et le plus souvent du temps. Je puis, en effet, citer maints trajets, Saint-&#201;tienne-Ambert, Saint &#201;tienne-Annonav, Saint-&#201;tienne-Die, etc., que l'on peut, &#224; bicyclette, effectuer beaucoup plus vite qu'en Chemin de fer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#224; ces randonn&#233;es on gagne de la sant&#233;, c'est, comme on dit au Palais, c'est l'&#233;vidence m&#234;me. Aussi n'ai-je pas h&#233;sit&#233; &#224; intituler ma derni&#232;re excursion pascale : Cure de printemps. Ces &#233;tapes-transport, men&#233;es un peu vivement purgent l'organisme mieux que ne le feraient toutes les drogues du Codex, gr&#226;ce aux su&#233;es qui les accompagnent forc&#233;ment et qui expulsent du corps tous les d&#233;chets qui l'encombrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aurais pas os&#233; &#233;mettre de telles assertions, il y a dix ans, car je ne pr&#233;voyais pas nettement alors quel serait le r&#233;sultat final, au point de vue de la sant&#233;, de ces soi-disant prouesses que tout le monde taxait d'extraordinaires quand on ne les niait pas purement et simplement. En 1905, l'&#233;crivais m&#234;me que si j'avais fait cette ann&#233;e-l&#224; mieux qu'en 1900, il &#233;tait probable qu'en 1910 je ferais moins bien. Or j'ai fait en 1910 beaucoup mieux qu'en 1905, donc, ma sant&#233; n'a pas p&#233;riclit&#233; malgr&#233; mes 20.000 kilom&#232;tres annuels. Que ferai-je en 1915, &#224; 62 ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je l'ignore. Mais je voudrais que mon exemple fut suivi afin que je puisse asseoir solidement mes principes sur de multiples faits individuels, venant confirmer ce que j'ai maintes fois avanc&#233; : que les grandes randonn&#233;es telles que Saint-&#201;tienne-Nice, Saint-&#201;tienne-Mont-Saint-Michel. etc., sont permises sans surmenage &#224; tous les cyclistes de 20 &#224; 60 ans &#224; qui elles plaisent et qui, pour en venir &#224; bout, consentiront &#224; vivre, &#224; s'alimenter, &#224; s'y pr&#233;parer comme je le fais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que je d&#233;jeunais en plein air, un curieux, que l'on me dit plus tard &#234;tre le coureur Petit-Breton, vint examiner d'assez pr&#232;s ma machine dont les trois cha&#238;nes sans doute l'intriguaient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je regrette qu'il ne m'ait pas &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;, j'aurais ainsi recueilli son opinion sur les chances des monos contre les polys dans l'&#233;tape Luchon-Bayonne et j'aurais t&#226;ch&#233; de savoir avec quel ou quels d&#233;veloppements il comptait faire cette &#233;tape. Petit-Breton, qui s'est abstenu en 1909, compte, para&#238;t-il, se remettre en ligne dans le Tour de France 1910.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; 15 heures, je restai &#224; Nice, causant, me promenant avec des amis st&#233;phanois &#233;tablis l&#224;-bas depuis quelques mois et d&#233;j&#224; fanatiques de la C&#244;te d'Azur : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Depuis que nous sommes ici, me disaient-ils, nous ne pouvons plus comprendre qu'on puisse habiter Saint-&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement, on y devient tr&#232;s vite paresseux, on se laisse vivre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les effluves &#233;mollients de la moderne Capoue n'ont pas le temps d'agir sur moi, et la route me revoit bient&#244;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais jusqu'&#224; Cannes, de 15 &#224; 17 heures, ce n'est pas une route, c'est un carrousel d'autos qui se croisent et s'enchev&#234;trent en tous les sens. Soudain, d'une auto mont&#233;e par quatre personnes, partent des cris, des hourrahs, des bras s'agitent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on m'a reconnu, et des saluts s'&#233;changent sans que l'allure se ralentisse. Mon allure &#224; moi n'a d'ailleurs rien d'impressionnant, du petit 15/16 &#224; l'heure, qui m'am&#232;ne cependant &#224; 17 heures &#224; l'entr&#233;e du champ de courses de Cannes, transform&#233; en champ d'aviation.&lt;br class='autobr' /&gt;
En approchant, j'entends dans les airs une p&#233;tarade terrible : un biplan se balan&#231;ait et virait, &#224; 20 ou 30 m&#232;tres, presque au-dessus de ma t&#234;te, peu gracieux d'allure et n'&#233;voquant pas le moins du monde l'oiseau rapide et l&#233;ger, ressemblant plut&#244;t &#224; un &#233;norme et lourd col&#233;opt&#232;re qui agiterait furieusement de bruyantes &#233;lytres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce spectacle ne me retint pas longtemps, mais il y avait l&#224; un tel nombre d'automobiles sur le point de partir, tant du c&#244;t&#233; de Cannes que du c&#244;t&#233; de Saint-Rapha&#235;l, qu'au lieu de continuer par la Corniche et d'aller au Trayas, je me d&#233;cidai &#224; regrimper dans l'Est&#233;rel et &#224; aller toucher &#224; l'auberge des Adrets, o&#249; je mis pied pied &#224; terre &#224; 18 heures et demie. Mon tout petit d&#233;veloppement me fut tr&#232;s utile pour cette derni&#232;re &#233;l&#233;vation d'au moins 300 m&#232;tres, si l'on tient compte des contrepentes beaucoup trop fr&#233;quentes. Oncques ne vis route si mal trac&#233;e, o&#249; des raidillons &#224; 12 ou 15&#8239;% qui ne durent, il est vrai, que 50 ou 100 m&#232;tres, vous surprennent sans rime ni raison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on aurait pu ce me semble, am&#233;nager un peu mieux cette pente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi se termina ma premi&#232;re &#233;tape mi-partie transport, mi-partie excursion, avec un total de 540 kilom&#232;tres et pas mal d'&#233;l&#233;vation. Je m'&#233;tais constamment m&#233;nag&#233; et j'&#233;tais encore loin de la fatigue anormale, mais j'avais grand sommeil et je dormis cette nuit-la dix heures cons&#233;cutives, ce qui ne m'&#233;tait pas arriv&#233; de longtemps. Des touristes &#224; pied survenant en pleine nuit men&#232;rent, para&#238;t-il, grand tapage sous ma fen&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'entendis rien. Qu'on est donc heureux d'avoir sommeil quand on se met au lit, et qu'on est &#224; plaindre quand le tic-tac d'une horloge ou le chant du coq vous emp&#234;chent de dormir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais bien soup&#233; en arrivant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;jeunai mieux encore avant de partir, et le reste de mon voyage ne fut que fl&#226;nerie. D'abord, toute la corniche des Maures avec bon vent dans le dos, de Fr&#233;jus &#224; Sainte-Maxime, La Foux, Cavalaire, Le Lavandou, Hy&#232;res et Toulon, o&#249; la pluie imminente &#224; 15 heures m'engagea &#224; prendre le train pour Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette route est toujours bien mauvaise pendant quelques kilom&#232;tres avant Cavalaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle a &#233;t&#233; rendue plus carrossable entre La Foux et La Croix, et, somme toute, &#224; la condition d'&#234;tre prudent et de n'y pas pr&#233;tendre aux allures de transport on peut y circuler agr&#233;ablement. De m&#234;me qu'en 1905, j'y rencontrai dans les plus mauvais passages un motocycliste qui montait bravement en machine alors que je descendais &#224; pied, puis deux cyclotouristes qui, &#224; pied aussi, poussaient gaillardement leurs bicyclettes &#224; travers sable, orni&#232;res et cailloux. Ces parages sont de plus en plus fr&#233;quent&#233;s et d'ann&#233;e en ann&#233;e on y d&#233;couvre de nouvelles villas, de nouveaux h&#244;tels. Il est impossible, dans ces conditions, que la route ne finisse pas par devenir convenable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dimanche matin, de tr&#232;s bonne heure, je me mis &#224; la poursuite d'un de mes amis de Marseille qui &#233;tait all&#233; m'attendre &#224; Sausset et que je rattrapai &#224; 7 heures &#224; Martigues. Quand on a pendant trois jours err&#233; seul par les grands chemins, on est heureux d'avoir enfin un compagnon et de bavarder un peu. J'apprends ainsi qu'&#224; Marseille le cyclotourisme &#224; la mode st&#233;phanoise est ignor&#233;, et que les seuls polymultipli&#233;s que l'on y rencontre sont de paisibles promeneurs aux allures tr&#232;s lentes et aux &#233;tapes tr&#232;s courtes. Mon jeune compagnon qui &#224; Saint-&#201;tienne compterait parmi nos bons randonneurs, en est r&#233;duit &#224; sortir seul ou avec des p&#233;dards monomultipli&#233;s qui le l&#226;chent au d&#233;part pour s'affaler, fourbus, &#224; cinquante kilom&#232;tres plus loin dans une auberge quelconque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et ces p&#233;dards ne veulent naturellement jamais aller dans la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous arrivions ainsi en pleine Crau &#224; la bifurcation de la route d'Arles &#224; Salon, quand nous rencontrons un peloton serr&#233; de douze cyclistes st&#233;phanois &#224; peu pr&#232;s tous munis de polymultipli&#233;es. Nous continuons jusqu'aux Baux o&#249; nous trouvons un autre groupe de St&#233;phanois, deux dames et leurs neveux, deux jeunes gar&#231;ons de 15 ans, polymultipli&#233;s aussi, cela va sans dire. Nous nous joignons &#224; ce groupe et nous descendons &#224; Maussane pendant qu'un de nos amis de Lyon, r&#233;tro&#239;ste convaincu, nous d&#233;couvre et nous envoie un salut sympathique de tr&#232;s loin et de tr&#232;s haut, puisqu'il &#233;tait &#224; ce moment perch&#233; sur les murs branlants du vieux ch&#226;teau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Excellent d&#233;jeuner &#224; l'h&#244;tel de la Vall&#233;e des Baux o&#249; nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre connus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis visite de l'abbaye de Montmajour et des monuments d'Arles, et remont&#233;e, avec le vent toujours favorable, jusqu'&#224; Remoulins par la rive droite du Rh&#244;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, dernier jour, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! de cong&#233;, promenade matinale au Pont-du-Gard, visite d'Avignon, de la grotte de Touzon, pr&#232;s du Thor, de l'Isle-sur-Sorgues o&#249; j'ai le plaisir de revoir le docteur L..., avec qui le jeudi soir, au pont de Bompas, j'avais caus&#233; quelques instants et qui tr&#232;s aimablement nous offre de nous accompagner jusqu'&#224; la fontaine de Vaucluse, rendez-vous, le lundi de P&#226;ques, de milliers de visiteurs au milieu desquels il n'est pas facile de se frayer un passage. Nos deux jeunes cyclistes sont &#233;merveill&#233;s d'avoir, en deux jours, vu tant de choses nouvelles pour eux. Je m'abstiendrai de les d&#233;crire ici comme je me suis abstenu de toute description au cours de ce long r&#233;cit dont le but est plut&#244;t de d&#233;montrer tout le parti qu'il est possible de tirer de la bicyclette polymultipli&#233;e consid&#233;r&#233;e comme moyen de transport.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 16 heures et demie, il devint &#233;vident que si nous voulions &#234;tre &#224; Orange &#224; 19 heures pour y souper et y prendre le train de retour, nous n'avions pas de temps &#224; perdre, d'autant plus que le vent, cette fois contraire, allait nous rendre assez durs les 44 kilom&#232;tres qui nous s&#233;paraient de notre but.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pr&#238;mes cong&#233; de notre tr&#232;s obligeant cic&#233;rone, et laissant derri&#232;re nous pi&#233;tons, voitures et pas mal de cyclistes, en file indienne pour mieux lutter contre le vent, nous f&#251;mes bient&#244;t &#224; Carpentras, o&#249; l'on se lesta d'un peu de caf&#233; et de quelques g&#226;teaux. Apr&#232;s Carpentras le vent fut moins contraire, et le train s'accentua si bien qu'&#224; 19 heures nous bifurquions sur la route d'Avignon et descendions quelques minutes plus tard &#224; l'h&#244;tel de la Gare, tr&#232;s dispos et tr&#232;s contents de la fa&#231;on dont nous avions pass&#233; nos vacances.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'estime &#224; 350 kilom&#232;tres le chemin parcouru en zigzaguant pendant les trois derniers jours, ce qui porte &#224; 900 kilom&#232;tres le total de ma randonn&#233;e pascale. J'ai souvent fait plus que cela en quatre jours, mais la question, une fois l'&#233;tape-transport termin&#233;e, n'est pas de kilom&#233;trer. A vrai dire, j'eusse pr&#233;f&#233;r&#233; pouvoir troquer pendant les &#233;tapes-excursion qui dur&#232;rent trois jours, ma randonneuse contre un de mes carrosses de gala, car j'ai souvent remarqu&#233; que lorsqu'on ne travaille plus, lorsqu'on fl&#226;ne, lorsqu'on se prom&#232;ne avec des dames, des enfants dont on suit l'allure, les rapides bicyclettes &#224; grand rendement sont nettement plus fatigantes que les carrosses confortables et lents. La selle devient p&#233;nible, les tr&#233;pidations plus sensibles, les r&#233;actions plus dures. Il me faudrait donc pour ces excursions mixtes qui commencent par une randonn&#233;e de deux jours et finissent par des promenades &#224; la papa de trois jours, une randonneuse plus confortable que ma Luchon-Bayonne qui par contre, est la meilleure monture que j'aie jamais eue pour n&#233;gocier rapidement une &#233;tape de 500 kilom&#232;tres en quelque pays que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Excursion de P&#226;ques (596 kilom&#232;tres) (1901)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article283</link>
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		<dc:date>2023-04-10T11:53:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Capitaine Perrache</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Inutile de conclure, n'est-ce pas, en faveur de la bicyclette, comme mode de locomotion &#233;conomique et en faveur du r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien comme source d'&#233;nergie et d'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;Capitaine Perrache&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste 1901, Source archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps magnifique a favoris&#233; notre premi&#232;re grande excursion de la saison, la premi&#232;re du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qui se trouve ainsi heureusement inaugur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;part a eu lieu de la Digonni&#232;re, la veille de la f&#234;te, &#224; 4 heures du soir, ainsi qu'il avait &#233;t&#233; convenu et nous sommes arriv&#233;s d'assez bonne heure &#224; Valence (92 kilom), malgr&#233; un accident de machine assez grave qui a oblig&#233;, le lendemain, un des n&#244;tres &#224; renoncer au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre heures et quart, le jour de la f&#234;te, nous partons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps est d'abord mena&#231;ant et un vent contraire assez fort s'&#233;l&#232;ve qui nous g&#234;nera toute la journ&#233;e, ne nous permettant pas d'utiliser nos grands d&#233;veloppements. Nous traversons Livron, Loriol, Saulce, gros villages que nos pr&#233;c&#233;dentes randonn&#233;es dans le Midi nous ont rendus familiers, et en approchant de Mont&#233;limar, nous avons le plaisir de voir le soleil se d&#233;gager d&#233;finitivement des nuages. &#199;a va chauffer. On &#233;vite le pav&#233; de Mont&#233;limar en descendant &#224; droite, devant la porte de la ville, vers les boulevards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizon, au Sud, est barr&#233; par une ceinture de collines qui refus&#232;rent longtemps de laisser passer le Rh&#244;ne, mais que celui-ci a fini par culbuter entre Ch&#226;teauneuf-du-Rh&#244;ne et Viviers en se frayant le passage connu sous le nom de Robinet de Donz&#232;re. Faute de ne pouvoir faire de m&#234;me et culbuter l'obstacle, force nous est de le franchir et nous prenons le plus faible d&#233;veloppement (3 m. 30)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Valence, nous p&#233;dalons avec 4 m, 40 et au sommet nous reprenons 6 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec un bon mistral dans le dos, nous aurions fait les mont&#233;es avec 6 m&#232;tres et, en plaine, le grand d&#233;veloppement de 7 m. 50 nous aurait permis de marcher &#224; 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure sans aucune fatigue. Avec le vent dans le nez, il faut d&#233;chanter et se contenter de faire du vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;jeun&#233; &#224; Livron de 5 h. 15 &#224; 5 h. 45, et comme nous ne faisons ensuite que de courtes haltes, soit pour croquer des pommes, soit pour boire une gorg&#233;e d'eau fra&#238;che, soit pour admirer un point de vue int&#233;ressant, nous passons un peu avant dix heures sous l'arc de triomphe d'Orange (96 kilom&#232;tres de Valence), d'o&#249; nous ne repartirons qu'&#224; dix heures et demie. Le vieux th&#233;&#226;tre romain parait fort d&#233;labr&#233; et la s&#233;curit&#233; des spectateurs bien compromise entre ces murailles branlantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous achetons des g&#226;teaux qu'on fait ici sp&#233;cialement pour P&#226;ques, des brassadors, si j'ai bonne m&#233;moire, et qu'on exp&#233;die jusqu'&#224; Marseille, nous dit le marchand pour rehausser &#224; nos yeux la valeur de sa marchandise. Ils sont tr&#232;s bons ces g&#226;teaux dor&#233;s, mais combien, le soleil aidant, ils nous alt&#232;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voici bien &#224; propos Courth&#233;zon et ses nombreuses fontaines o&#249; coule &#224; profusion une eau fra&#238;che et d&#233;licieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un v&#233;g&#233;tarien est donc heureux de trouver en telle abondance sa boisson favorite au moment pr&#233;cis o&#249; il en a besoin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Sorgues, nous abordons 12 kilom&#232;tres de route d&#233;fonc&#233;e &#224; vous en donner le mal de mer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sauf quelques mauvais kilom&#232;tres avant Orange, et la travers&#233;e des grands bois dans la boue et la neige, nous n'avions eu jusque-l&#224; qu'&#224; nous f&#233;liciter de l'&#233;tat des routes, mais de Sorgues &#224; Avignon, c'est &#224; douter de l'existence des ing&#233;nieurs des ponts-et-chauss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le mauvais pas est franchi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous longeons les murs pittoresques de la cit&#233; des papes (on va, dit-on, les jeter bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait une sottise) et, enfilant la route de Tarascon, nous traversons, &#224; midi pr&#233;cis, la Durance sur l'interminable pont de Rognonas. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! par exemple, il fait chaud, et les noms des villages, Barbentane, Graveson, Maillane, patrie de Mistral dont la maison borde la route, nous annoncent bien que nous sommes dans le Midi, pourtant les cigales ne chantent pas encore et, chose bizarre, la v&#233;g&#233;tation n'est pas plus avanc&#233;e qu'&#224; Andance et Saint-Vallier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les arbres sont en fleurs, mais pas de verdure encore, ni aux branches ni aux buissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous entendons h&#233;ler : M.&#160;A..., de Beaucaire, abonn&#233; du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;, averti de notre passage, avait eu l'excellente id&#233;e de se joindre &#224; nous et de nous piloter aux Baux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant au pied des Alpines, alors qu'il s'agit de conqu&#233;rir les 250 m&#232;tres d'altitude qui nous s&#233;parent du sommet, nous nous sentons d&#233;faillir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pain, les pommes, les oranges, les brassadors, tous les menus aliments dont nous nous sommes sustent&#233;s depuis Valence pendant 150 kilom&#232;tres, tout s'est &#233;vanoui, br&#251;l&#233; par les muscles, suc&#233; par le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la fringale, la hideuse fringale est &#224; la porte de notre estomac. Que faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La carte nous indique que nous sommes loin de tout village. M.&#160;A. nous tire heureusement d'embarras en nous conduisant &#224; un caf&#233; champ&#234;tre cach&#233; dans les oliviers &#224; un kilom&#232;tre de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un bol de lait, des &#339;ufs, des pommes, du pain, de l'eau et de la limonade, nous voil&#224; recharg&#233;s pour 100 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a compar&#233; avec raison le moteur humain &#224; un accumulateur &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; deux heures, nous commen&#231;ons l'ascension des Alpines, un des buts de notre excursion. Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#231;a ne ressemble pas &#224; nos montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est pel&#233;, c'est aride, c'est rocailleux, c'est sec, mais cela vaut tout de m&#234;me, d'&#234;tre vu. La mont&#233;e est assez longue et assez raide pour nous avoir fait prendre nos petits d&#233;veloppements, ce qui ne nous emp&#234;che pas de battre en pleine rampe une automobile qui, &#233;pat&#233;e, manque s'asseoir sur sa b&#233;quille pour nous regarder passer. On redescend au milieu d'un amas d'&#233;normes blocs de rochers jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le les uns sur les autres, formant des amoncellements bizarres et dont on retire d'excellentes pierres de taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux bons kilom&#232;tres de forte descente, puis, par une remont&#233;e dure, nous arrivons aux Baux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de curieux comme ces ruines d'une petite ville tr&#232;s florissante jadis, puisqu'au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle elle comptait 3.600 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville &#233;tait domin&#233;e par un ch&#226;teau-fort, v&#233;ritable nid d'aigle dont les murs &#233;ventr&#233;s, d&#233;chiquet&#233;s, dentellent l'extr&#234;me cr&#234;te sud-est des rochers &#224; pic qui, de ce c&#244;t&#233;, rendaient cette position inexpugnable. Une esplanade plus unie sans doute autrefois qu'elle ne l'est aujourd'hui, servait d'ar&#232;ne pour les courses de taureaux. On en a dall&#233; une partie afin de recueillir les eaux de pluie qu'on retient ensuite dans une vaste citerne plac&#233;e juste au-dessous du cimeti&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;quivalent de nos barrages pour les 300 habitants qui vivent aujourd'hui tant bien que mal au milieu des d&#233;bris d'une opulence disparue&#160;: quand la citerne est vid&#233;, il faut aller chercher l'eau &#224; dos de mulet, nu pied de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux de savoir comment les 3.600 habitants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'alimentaient d'eau potable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'imagine que pour ne pas &#234;tre, en cas de si&#232;ge, &#224; la merci de l'ennemi, on avait creus&#233; des puits tr&#232;s profonds qui ont &#233;t&#233; combl&#233;s ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces ruines qui se confondent avec les rochers dont elles &#233;mergent, il y a ample mati&#232;re &#224; r&#234;veries sur l'instabilit&#233; des choses humaines. Aussi le temps fuit-il sans que nous nous en apercevions, et il est plus de trois heures et quart quand nous redescendons par un raccourci tr&#232;s scabreux sur la route qui nous emm&#232;ne, pieds au repos, jusqu'&#224; Maussane. On a plant&#233; sur le versant m&#233;ridional des pins d'Alep qui donnent au paysage un air de fra&#238;cheur dont le versant nord est enti&#232;rement priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 ou 35 kilom&#232;tres nous s&#233;parent encore de l'&#233;tang de Berre, mais le vent est moins fort et la route, sauf une mont&#233;e de 900 &#224; 1.000 m&#232;tres apr&#232;s Mouri&#232;s, est plate et tr&#232;s roulante, aussi nous suffit-il d'une heure et demie pour atteindre le deuxi&#232;me but de notre voyage, le Pont Flavien, ponceau plut&#244;t que pont romain jet&#233; sur un torrent et sur lequel on passe aujourd'hui comme on y passait au si&#232;cle d'Auguste. Il n'a rien de rare si ce n'est d'avoir servi pendant 2.000 ans sans interruption &#224; la circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous continuons pendant quelques kilom&#232;tres dans la direction de Berre jusqu'&#224; ce que nous trouvions un bout de plage assez abrit&#233; des regards indiscrets pour prendre un bain complet, agr&#233;able et hygi&#233;nique d&#233;lassement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis nous fl&#226;nons jusqu'&#224; six heures sur les bords de l'eau, avides d'aller plus loin et retardant le plus longtemps possible le moment de tourner bride.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il faut rentrer et nous avons 60 kilom&#232;tres &#224; &#233;grener pour gagner notre g&#238;te. En repassant &#224; Saint-Chamas, dont les caf&#233;s regorgent de consommateurs, Dieu que l'on boit d'absinthe dans le Midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous nous lestons de pain tremp&#233; dans du caf&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ensuite, couverts d'une noble poussi&#232;re mais point fatigu&#233;s, gr&#226;ce au strict r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, malgr&#233;, les 200 kilom&#232;tres que nous avons dans les jambes depuis le matin, nous filons par Arles sur Tarascon, o&#249; nous mettons pied &#224; terre &#224; 9 heures et demie. Total de la journ&#233;e : 260 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain avant l'aube, M.&#160;A... que nous avions laiss&#233; aux Baux, vient nous prendre &#224; l'h&#244;tel et quatre heures sonnent quand nous passons entre le pont de Beaucaire et le ch&#226;teau du roi Ren&#233;. Nous allons via Boulbon voir je pont d'Aramon qui n'a rien de romain ni d'antique, puisqu'il a &#233;t&#233; inaugur&#233; l'an pass&#233;, mais qui n'en est pas moins remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre pyl&#244;nes, deux sur chaque rive, et entre eux, suspendu &#224; des c&#226;bles, qui de loin paraissent des fils , un tablier de 270 m&#232;tres que le mistral le plus violent ne fait pas d&#233;vier d'une ligne. Voil&#224; qui n'est pas ordinaire et le fameux pont de Beaucaire n'est plus que de la Saint-Jean, &#224; c&#244;t&#233; de cette &#339;uvre de belle hardiesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Rognonas, nous fermons la boucle que nous venons de faire dans le Midi en reprenant la route suivie la veille, il ne nous reste qu'&#224; p&#233;daler en &#233;changeant nos impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Sorgues et Orange, un brouillard froid, humide. intense nous enveloppe, mais le vent qui, avant le lever du soleil, mena&#231;ait de souffler du nord, tourne au midi, dissipe le brouillard et nous pousse franchement. Le retour ne sera donc qu'une bagatelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, apr&#232;s Piolenc, o&#249; de 7 h. 1/2 &#224; 8 h. 45 nous faisons une longue halle, prenons-nous enfin nos grands d&#233;veloppements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Pierrelatte, &#224; dix heures, M.&#160;A... nous quitte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il va visiter l'abbaye d'Aiguebelle &#224; 18 kilom&#232;tres de l&#224;, puis il rentrera &#224; Beaucaire par Pont-Saint-Esprit et Remoulins, ayant couvert dans sa journ&#233;e quelque 200 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant &#224; Orange, nous avons appris que trois cyclo-touristes st&#233;phanois qui, primitivement, devaient se joindre &#224; nous, sont venus y coucher la veille et qu'ils en sont repartis ce matin &#224; cinq heures pour rentrer &#224; Saint-&#201;tienne. Peut-&#234;tre les rattraperons-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sans un pneumatique dont les lubies nous font perdre plus d'une heure, la chose e&#251;t &#233;t&#233; possible, car ils ne se pressaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Livron, heureuse rencontre, un de mes collaborateurs du &lt;i&gt;Cycliste &lt;/i&gt;&#160;: l'Homme de la Montagne, nous happe au passage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il descend la vall&#233;e du Rh&#244;ne jusqu'&#224; Carpentras d'o&#249; il compte explorer les alentours du Ventoux et les Basses-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons, allons, le cyclo-tourisme se r&#233;veille en France. Nous d&#233;jeunons et nous causons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les roues serves, folles ou libres, les polymultiplications, les freins sur jante et autres, tous les perfectionnements pour lesquels se passionnent aujourd'hui les cyclistes font les frais de la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; deux heures, je me souviens fort &#224; propos que j'ai donn&#233; rendez-vous &#224; 5 heures &#224; Andance &#224; M.&#160;F., d'Annonay, que mon pneumatique a besoin d'un coup de pompe tous les 3 ou 4 kilom&#232;tres et que, pour peu qu'il survienne quelque incident, j'arriverai en retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vite en selle et filons rondement. &#192; l'entr&#233;e de Tain, la foule nous emp&#234;che de passer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on danse sur la route et il faut aller &#224; pied pendant quelques centaines de m&#232;tres. Le soleil nous r&#244;tit, nous passons sur la rive droite, o&#249; l'ombre des montagnes commence &#224; ramener un peu de fra&#238;cheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, nous arrivons &#224; 5 heures et quart &#224; Andance. M.&#160;F. et sa jeune s&#339;ur, la plus intr&#233;pide cycliste que je connaisse, nous attendaient et nous gagnons, &#224; la petite vitesse, Annonay, non sans avoir pris une douche en passant aupr&#232;s d'un ruisseau, car l'hygi&#232;ne ne perd jamais ses droits aupr&#232;s d'un cyclo-touriste v&#233;g&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurions d&#251;, pour rester fid&#232;les &#224; notre programme, regagner nos p&#233;nates le soir m&#234;me, mais comment r&#233;sister &#224; l'offre aimable qui nous fut faite de nous asseoir &#224; la table d'une charmante famille et de dormir sous le toit le plus hospitalier qui se puisse imaginer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous c&#233;d&#226;mes &#224; la tentation, sous la condition expresse que notre h&#244;te et notre ami commun le docteur B., nous accompagneraient le lendemain matin &#224; Saint-&#201;tienne. Ainsi fut fait et, d&#232;s le mardi matin, sans &#234;tre en aucune fa&#231;on incommod&#233; par les 596 kilom&#232;tres parcourus depuis le samedi soir, chacun reprit son travail accoutum&#233; : nous avions d&#233;pens&#233; 12 francs par t&#234;te, environ 2 centimes par kilom&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de conclure, n'est-ce pas, en faveur de la bicyclette, comme mode de locomotion &#233;conomique et en faveur du r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien comme source d'&#233;nergie et d'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/paques1901.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH745/paques1901-13d48.jpg?1788127264' width='500' height='745' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-236 '&gt;&lt;strong&gt;Excursions dominicales de V&#233;locio (Excursion de P&#226;ques)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-236 '&gt;Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per1328_7
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De Saint-&#201;tienne &#224; Cannes et retour par les Maures et l'Est&#233;rel (1900)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article259</link>
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		<dc:date>2022-09-14T11:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Rh&#244;ne </dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pour un beau voyage, c'est un beau voyage que nous avons fait l&#224; pendant les f&#234;tes de P&#226;ques, et les quatre jours que nous y consacr&#226;mes ne pouvaient certes pas &#234;tre mieux employ&#233;s.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Rh&#244;ne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;700 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;KILOMETRES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EN&lt;/span&gt; 4 &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JOURS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par V&#233;locio alias Paul de Vivie, Le Cycliste, 1900, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote Per1328&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un beau voyage, c'est un beau voyage que nous avons fait l&#224; pendant les f&#234;tes de P&#226;ques, et les quatre jours que nous y consacr&#226;mes ne pouvaient certes pas &#234;tre mieux employ&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, malgr&#233; la longueur des &#233;tapes et la violence du mistral, nous avons pu ex&#233;cuter de point en point notre programme, c'est, je me h&#226;te de le dire, gr&#226;ce au r&#233;gime v&#233;g&#233;tarien, aux multiples d&#233;veloppements, et peut-&#234;tre bien aussi, au moins pour l'un de nous, gr&#226;ce &#224; la roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compagnon R..., jeune homme de 21 ans, est depuis plus d'un an v&#233;g&#233;tarien convaincu et pratiquant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;trennait une bicyclette &#224; trois d&#233;veloppements, 3m,20, 4m,40 et 6m,6O&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les deux extr&#234;mes &#233;taient &#224; gauche solidaires du moyeu, et le moyeu &#224; droite sur encliquetage &#224; galets faisait roue libre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais encore ma vieille bicyclette &#224; 4 d&#233;veloppements, 3m,30, 4m,40, 6 m&#232;tres, 7,25 et un mois de plus que le mois dernier, ce qui ne tire pas &#224; cons&#233;quence lorsqu'on n'est plus qu'&#224; trois &#233;tapes de la cinquantaine. Voil&#224; pour les lecteurs qui aiment savoir &#224; quoi s'en tenir sur l'&#226;ge et les moyens des narrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 15&#160;avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Col des Grand-Bois, Andance, Tournon, Tain, Valence, Avignon, Pont-de-Bonpas, Orgon, Pont-Royal, Lambesc, Aix, Trets, Saint-Maximin, Roquebrussaune (228 kilom&#232;tres).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compagnon &#233;tait parti la veille et je devais le trouver &#224; Valence entre 7 et 8 heures du matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me mis donc en route au clair de la lune &#224; deux heures moins le quart, loin de m'attendre &#224; la d&#233;sagr&#233;able surprise que me r&#233;servait la travers&#233;e des grands bois. Le temps &#233;tait tr&#232;s beau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et la route tr&#232;s bonne jusqu'&#224; Planfoy : mais sur le plateau elle commen&#231;a &#224; se g&#226;ter et, &#224; peine entr&#233; sous bois, cela devint quelque chose d'in&#233;narrable. En pleine obscurit&#233;, sans lanterne, la lune ne m'&#233;clairant que par rares intervalles, tant&#244;t je m'enfon&#231;ais dans une boue &#233;paisse, tant&#244;t je tressautais sur des orni&#232;res congel&#233;es et j'entendais la glace se rompre sous moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que la mont&#233;e soit faible, j'avais repris 3m,30 et, malgr&#233; tout, je fus &#224; plusieurs reprises forc&#233; de mettre pied &#224; terre, le plus souvent dans la boue gluante, &#224; demi gel&#233;e, o&#249; j'enfon&#231;ais jusqu'aux chevilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des chars de buttes embourb&#233;s, abandonn&#233;s l&#224; par leurs conducteurs, encombraient les bas c&#244;t&#233;s de la route et &#224; plusieurs reprises je vins me heurter &#224; ces obstacles impr&#233;vus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'allais si lentement que ces rencontres ne tiraient pas &#224; cons&#233;quence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, gr&#226;ce &#224; Dieu, je sortis des bois sans encombre et retrouvai apr&#232;s ces trois kilom&#232;tres de boue un sol ferme et roulant. Je pris mon d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres et me laissai descendre sans trop de h&#226;te, car la p&#226;le clart&#233; qui nous vient de la lune est parfois dangereuse et ne nous laisse voir l'obstacle que lorsque nous sommes dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la croix de l'Aye la descente devenant tr&#232;s forte, j'attachai mon frein afin de n'avoir pas &#224; contre-p&#233;daler et j'arrivai ainsi sans m&#233;saventure &#224; Bourg-Argental (28 kilom.) &#224; 4 heures, fort en retard sur mon temps habituel, qui est de 2 heures &#224; peine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Bourg je pus activer mon allure et le jour commen&#231;ant &#224; poindre, je pris mon d&#233;veloppement maximum, si bien qu'&#224; 4 h. 55 j'&#233;tais &#224; Andance (53 kilom.).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos du kilom&#233;trage je dois ouvrir ici une parenth&#232;se. Jusqu'&#224; pr&#233;sent je n'ai compt&#233; que pour 47 kilom&#232;tres la distance de Saint-Etienne &#224; Andance par Boulieu me fiant en cela aux indications du guide Baroncelli, bien que le temps qu'il me fallait pour franchir cette distance &#224; mon allure ordinaire m'e&#251;t toujours paru excessif. Lors de mon dernier voyage &#224; Marseille mon compteur m'avait, &#224; l'aller comme au retour, indiqu&#233; une erreur que je m'&#233;tais promis de v&#233;rifier et de localiser d&#232;s la premi&#232;re occasion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'y manquai pas ce jour-l&#224; et je constatai entre Saint-Marcel et Andance 18 kilom&#232;tres au lieu des 12 kilom&#232;tres du guide Baroncelli. Je comprends maintenant pourquoi je n'ai jamais pu aller de Saint-Etienne &#224; Andance en moins de 2 h, 45 m&#234;me lorsque je d&#233;gringole en 20 minutes des grands bois &#224; Bourg-Argental (11 kilom. 1/2)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur un tel parcours une moyenne de 18km ,900 &#224; l'heure c'est suffisant m&#234;me au d&#233;part&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au retour 4 heures ne sont pas de trop.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route de la rive droite toujours bonne m'emm&#232;ne rapidement &#224; Tournon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant ce trajet, j'ai une tr&#232;s belle vue du Rapide de la rive gauche qui d&#233;crit autour de moi une immense courbe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lanc&#233; comme un projectile, il d&#233;vore l'espace, laissant derri&#232;re lui une queue de blanche vapeur, de longueur d&#233;mesur&#233;e qui lentement se dissipe. Derri&#232;re les rochers au pied desquels il court, le soleil fait &#224; ce moment m&#234;me, entre deux collines, une premi&#232;re et courte apparition. Tout cela fait un ensemble digne d'&#234;tre admir&#233; et comme l'heure ne me presse pas, je mets pied &#224; terre et m'absorbe un instant dans la contemplation de ce coin de nature o&#249; l'industrie humaine jette une note si puissante. Mais la vapeur s'est &#233;vanouie, le grondement du rapide s est &#233;teint dans le lointain et le soleil se montre en ma&#238;tre, &#233;clairant puissamment un vieux ch&#226;teau ruin&#233;, mais ayant encore fi&#232;re allure, perch&#233; &#224; ma droite sur un mamelon. Autour de moi les arbres sont en fleurs, les pr&#233;s sont verts, les torrents et les ruisseaux sont pleins d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je respire &#224; pleins poumons l'air frais du matin. La nature au printemps est divinement belle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bien &#224; plaindre sont ceux qui ne l'appr&#233;cient pas. Une &#233;glise ouvre d&#233;j&#224; ses portes aux fid&#232;les tr&#232;s nombreux qui se pressent sur la route. Pourquoi ne pas c&#233;l&#233;brer la messe en plein air&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je passe de Tournon &#224; Tain &#224; 5 h. 50 et je suis accueilli sur la rive gauche par un l&#233;ger vent contraire qui ralentira sensiblement ma marche jusqu'&#224; Valence. La route est bonne, mais le paysage est peu attrayant. J'ai toujours mon d&#233;veloppement de 7m,25 qui m'oblige &#224; p&#233;daler avec toute la science dont je suis capable pour franchir un monticule dont je ne me serais m&#234;me pas aper&#231;u avec 4m40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis une vive descente m'entra&#238;ne sur Valence (92 kil ) o&#249; je mets pied &#224; terre &#224; 6 h. 40, cinq heures environ apr&#232;s mon d&#233;part de Saint-Etienne. C'est un trajet que l'on fait facilement en 4 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne tarde pas &#224; rencontrer mon compagnon qui a fait la m&#234;me route la veille dans de tr&#232;s bonnes conditions, sauf la travers&#233;e des grands bois qui lui a laiss&#233; un tr&#232;s mauvais souvenir. Nous nous dirigeons ensuite vers la gare o&#249; nous allons prendre l'express de 7 h. 54 pour Avignon. Le parcours Valence-Avignon, avec vent contraire, nous aurait demand&#233;, &#224; bicyclette, de 6 &#224; 7 heures, tandis qu'en 2 heures 1/2 d'express nous en verrons le bout et nous pourrons aller coucher beaucoup plus loin. En revenant nous agirons de m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons la gare d'Avignon &#224; 10 heures 1/2 pr&#233;cises, avides de p&#233;daler et nous filons dare dare sur le Pont de Bonpas o&#249; nous passons la Durance, puis sur Orgon (28 kilom.) o&#249; nous arrivons &#224; 11 h. 50 sans arr&#234;t interm&#233;diaire. Il fait bien chaud, la poussi&#232;re est p&#233;n&#233;trante et la faim se fait sentir, la soif aussi, ma cha&#238;ne elle-m&#234;me est alt&#233;r&#233;e, elle grince&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je la d&#233;tache et la mets pendant le repas dans un bain d'huile &#233;pur&#233;e faute de mieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle n'a plus rien dit de tout le voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre estomac n'a pas &#233;t&#233; aussi complaisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;jeunons de fa&#231;on v&#233;g&#233;tarien : omelette, petits pois, pommes de terre, salade et fruits, dans un h&#244;tel &#224; droite en entrant dans la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y est bien, sans luxe, mais proprement et promptement servi. Deux cyclistes du pays, cela se reconnaissait &#224; l'assent, se mettaient &#224; table quand nous arriv&#226;mes, nous &#233;change&#226;mes quelques propos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils allaient &#224; Saint-R&#233;my, c'est &#224;-dire dans une direction oppos&#233;e &#224; la n&#244;tre. Nous nous dirigeons sur Senas, pas tr&#232;s vite d'abord &#224; cause de la digestion et de la chaleur - les arbres sont encore sans feuillage et ne projettent sur le sol qu'une ombre tr&#232;s probl&#233;matique. Nous activons cependant peu &#224; peu, mais nous voici bient&#244;t, apr&#232;s Pont-Royal, au pied d'une s&#233;rie de c&#244;tes entrem&#234;l&#233;es de quelques descentes dont nous ne sortirons qu'&#224; Aix et pas pour longtemps. Pour comble de malheur, un vent d'Est assez vif s'&#233;l&#232;ve et va nous g&#234;ner jusqu'au soir. Je m'aper&#231;ois en ce moment d'une &#233;trange erreur que je fis un mois auparavant lorsque, allant d'Orgon &#224; Salon, je crus voir se dresser &#224; ma gauche la montagne de la Sainte-Baume sur laquelle mon compagnon apercevait m&#234;me la chapelle du Saint-Pilon. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la Sainte-Baume est bien loin de l&#224;, et ce que, pauvre myope, je prenais pour elle, &#233;tait une cha&#238;ne de collines &#224; peine &#233;lev&#233;es de 350 &#224; 400 m&#232;tres, au pied desquelles vient cette fois passer notre route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me hasarderai plus &#224; mettre des noms sur les montagnes que j'apercevrai en passant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je serais expos&#233; &#224; prendre le mont Ventoux pour le mont Blanc. Nous l'avons vu tout le matin depuis Avignon, se dresser au Nord avec son manteau de neige, ce Ventoux, dont le Midi est si fier et qu'il faudra bien que j'escalade avant la fin de l'arm&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 1.900 m&#232;tres et c'est quelque chose cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous &#233;levons peu &#224; peu et apr&#232;s avoir essay&#233; 6 m&#232;tres, je me contente de 4m,40&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; R... a 4m,80 et joue &#224; toute occasion de sa roue libre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'exerce aux planements dont il tirera, dans maintes circonstances, un excellent parti. En sortant de Lambesc, la rampe s'accentue, il faut appuyer, et ces raidillons se repr&#233;sentent assez souvent pour que nous manifestions par de joyeuses exclamations notre contentement en d&#233;couvrant la forte d&#233;pression de terrain qui par une spendide descente, nous am&#232;ne &#224; Aix (75 kilom.) &#224; 4 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; un certain endroit, o&#249; la route est r&#233;tr&#233;cie par des travaux que l'on fait pour conduire une sorte de torrent qui gronde furieusement &#224; nos c&#244;t&#233;s, mon arrache-clou accroch&#233; par je ne sais quoi vole en &#233;clats et mon pneu, perc&#233; par un clou de fort calibre, commencer &#224; s'affaisser.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;paration fut faite en dix minutes et comme, sans cela, nous nous serions quand m&#234;me arr&#234;t&#233;s &#224; Aix, il n'y eut pas de temps perdu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut le seul accident de pneumatique de tout ce voyage, et nos machines ne nous caus&#232;rent aucun autre ennui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aix a tr&#232;s grand air, et l'arriv&#233;e sur une belle place orn&#233;e d une fontaine monumentale et prolong&#233;e par une all&#233;e de vaste dimension, mais un peu courte, impressionne favorablement. La route que nous avions suivie pour y arriver n'a rien de particuli&#232;rement int&#233;ressant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas d'eau, pas d'ombre, de la poussi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en plein &#233;t&#233; elle doit &#234;tre p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons Aix &#224; 4 h. 20 en continuant &#224; descendre tr&#232;s agr&#233;ablement, puis, par une jolie route &#224; peu pr&#232;s plate, qui nous permet d'utiliser nos grands d&#233;veloppements, nous filons grand train sur Trets. Bien que la route par Ch&#226;teau-neuf-le-Rouge soit plus courte de 3 ou 4 kilom&#232;tres, un cyclo-touriste, &#224; qui ces r&#233;gions sont famili&#232;res, nous avait engag&#233;s &#224; l'&#233;viter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chemin faisant, nous remettons dans le bon chemin un cycliste marseillais qui revenait de Saint-Maximin avec un ami et qui s'&#233;tait &#233;gar&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par Gardanne il sera vite &#224; Saint-Antoine o&#249; il compte retrouver son ami que nous rencontr&#226;mes justement &#224; 3 kilom&#232;tres de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le poursuivi devenait le poursuivant, j'esp&#232;re qu'ils se rattrap&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent s'&#233;tait calm&#233; et nous enlev&#226;mes, en une heure. les 24 ou kilom&#232;tres qui s&#233;parent Aix de Trets o&#249; nous nous lest&#226;mes de pain tremp&#233; dans du caf&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le village &#233;tait en f&#234;te, la fanfare jouait et nous d&#251;mes mettre pied &#224; terre pour traverser la foule endimanch&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le Midi on vit dehors plus que dedans et nous e&#251;mes &#224; constater souvent l'encombrement des routes dans la travers&#233;e des villages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Trets le vent s'&#233;leva de nouveau et ne nous quitta plus jusqu'au soir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route monte assez longtemps, puis une fort belle descente nous am&#232;ne jusqu'&#224; Saint-Maximin (116 kilom.). La nuit est presque sur nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions l'intention d'aller coucher &#224; Solli&#232;s-Pont, mais tout ce que nous pourrons faire sera d'arriver &#224; Roquebrussanne ainsi qu'on nous l'avait pr&#233;dit &#224; Trets. Il nous reste &#224; faire 20 kilom&#232;tres dont 3 ou 4 de mont&#233;e, dure imm&#233;diatement avant Roquebrussanne. En attendant nous commen&#231;ons par descendre jusqu'&#224; Tourves o&#249; R... allume sa lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne, car la lune sur laquelle nous comptions ne manifeste pas l'intention de se lever de bien bonne heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous marchons tout doucement, il fait bon, l'air est frais, le sang se calme et nous &#233;prouvons une intime sensation de bien-&#234;tre. Nous entrons bient&#244;t dans une gorge bois&#233;e o&#249; nous entendons sans la voir, l'eau ruisseller de tous c&#244;t&#233;s, nous avons certainement perdu l&#224; de bien jolis points de vue. Deux ou trois fois nous percevons un bruit de feuilles froiss&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelque animal troubl&#233; dans son repos et que la lueur de notre lanterne met en fuite. La mont&#233;e dure commence, nous passons de 4m,40 &#224; 3m,30 et c'est bien assez &#224; la fin de la journ&#233;e. Nous commencions &#224; trouver notre g&#238;te bien loin et bien haut lorsque la mont&#233;e se transforme en plat, puis en descente faible et nous apercevons bient&#244;t une lampe &#233;lectrique. Nous entrons dans Roquebrussanne (136 kilom.) &#224; 8 h. 1/2 et nous descendons &#224; l'unique auberge du pays, chez M.&#160;Barbier.&lt;br class='autobr' /&gt;
136 depuis Avignon et 92 le matin de Saint-&#201;tienne &#224; Valence, cela mettait &#224; mon actif, pour la premi&#232;re journ&#233;e, 228 kilom&#232;tres. Je n'&#233;prouvais pas une fatigue excessive mais j'avais faim et sommeil. Nous f&#238;mes donc honneur au frugal repas, potage, omelette, pommes de terre et fromage qu'une servante peu am&#232;ne nous servit dans une salle basse, enfum&#233;e, encombr&#233;e d'ouvriers &#233;trangers, chantant et buvant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patron nous honora de sa compagnie et nous documenta sur Roquebrussanne qui somme toute est un bien petit chef-lieu de canton. En fait de curiosit&#233;s naturelles il y a parait-il, &#224; peu de distance, une grotte ayant autrefois servi d'habitation et connue sous le nom de maison sans toit. Une source abondante y jaillit du rocher, et M.&#160;Barbier est persuad&#233; que si cette grotte se trouvait aux environs d'une grande ville, elle serait certainement un lieu de grande attraction... et sans doute aussi, ajoutait mentalement le brave homme, une occasion de bonnes recettes pour un aubergiste. Nos bons villageois ont une fa&#231;on toute particuli&#232;re d'appr&#233;cier la beaut&#233; des sites agrestes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une petite chambre a&#233;r&#233;e par une petite fen&#234;tre que nous laiss&#226;mes grande ouverte, deux petits lits avec paillasses bourr&#233;es de paille de ma&#239;s, une cuvette grande comme un bol et un pot &#224; eau minuscule&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un Anglais aurait trouv&#233; le tout tr&#232;s unconfortable, mais les lits &#233;taient propres et l'air pur qui entrait librement par la fen&#234;tre, nous emp&#234;cha d'&#234;tre incommod&#233; par l'exigu&#239;t&#233; du local. Nous ne f&#238;mes qu'un somme &#224; peine interrompu par le brouhaha qui s'&#233;leva quand on mit les buveurs &#224; la porte du cabaret entre minuit et une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 16&#160;avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Roquebrussanne, M&#233;ounes, Solli&#232;s-Pont, La Farl&#232;de,&lt;br class='autobr' /&gt;
La Cran, Hy&#232;res, La Londe, Cogolin, Sainte-Maxime,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fr&#233;jus, Auberge des Adrets, L'Esterel, Agay, Saint-&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapha&#235;l, Fr&#233;jus, Sainte-Maxime (196 kilom&#232;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi matin &#224; 4 h. 50 nous quittions Roquebrussanne apr&#232;s avoir sold&#233; nos d&#233;penses. (2 francs par t&#234;te pour la chambre et le souper&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) Nous entrons imm&#233;diatement dans le brouillard. Le temps devient incertain et la pluie nous menace&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pleut en effet ce jour-l&#224; entre Valence et Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous &#233;chappons aux arrosoirs c&#233;lestes. La diligence, respectable d&#233;bris des temps pass&#233;s, nous pr&#233;c&#233;dait de 20 minutes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est encore le seul moyen de transport qui relie Roquebrussanne &#224; la C&#244;te d'azur. Nous la d&#233;pass&#226;mes &#224; M&#233;ounes o&#249; la gorge devient pittoresque de plus en plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle atteint son maximum d'int&#233;r&#234;t &#224; Belgentier. non loin de l&#224; &#224; droite se trouve une Chartreuse qui vaut, m'a-t-on assur&#233;, qu'on se d&#233;range pour aller la visiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route suit les nombreuses sinuosit&#233;s du torrent, l'air est embaum&#233;, les arbres ont rev&#234;tu leur printani&#232;re parure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la v&#233;g&#233;tation est naturellement ici beaucoup plus avanc&#233;e que chez nous o&#249; les arbres en sont encore &#224; attendre leurs premi&#232;res feuilles. F&#226;cheux que le soleil continue &#224; se cacher derri&#232;re les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le paysage e&#251;t &#233;t&#233; bien plus gai avec quelques rayons de soleil par ci par l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Solli&#232;s-Pont o&#249; nous aurions d&#251; passer notre premi&#232;re nuit, est un gros bourg situ&#233; entre plaine et montagne, d&#233;j&#224; tr&#232;s poussi&#233;reux et tr&#232;s anim&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au village suivant, La Farl&#232;de, nous tournons brusquement &#224; gauche dans un tout petit chemin aupr&#232;s duquel, si l'on n'&#233;tait pas pr&#233;venu, on passerait sans s'en douter et nous filions par La Grau directement sur Uy&#232;res. La Farl&#232;de est &#224; &#233;gale distance d&#8216;Uy&#232;res et de Toulon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre chemin bien qu'&#233;troit n'est pas mauvais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis Roquebrussanne je suis sur 6 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la carte m'annon&#231;ant une mont&#233;e entre La Crau et la route de Toulon, je crois utile de descendre &#224; 4m,40, mais c'est une fausse man&#339;uvre car, la mont&#233;e est insignifiante et je reviens &#224; 6 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l'heure de se lester d'un premier d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous obtenons un excellent caf&#233; au lait dans un modeste &#233;tablissement de l'autre c&#244;t&#233; de la ville et nous faisons emplette d'oranges et de pain pour le second d&#233;jeuner que nous ferons en cours de route. On a beau vouloir se d&#233;p&#234;cher, d&#232;s qu'on s'arr&#234;te dans un caf&#233; quelconque, on ne perd jamais moins de 40 &#224; 45 minutes. Nous voyons passer plusieurs cyclistes et cyclettistes tr&#232;s corrects de tenue et mont&#233;s sur des machines tr&#232;s &#224; la mode&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils vont de notre c&#244;t&#233; et nous les rattraperons bien vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus bel ornement d'Hy&#232;res est un h&#244;tel qui borde la route et dont les prix doivent &#234;tre sensiblement plus &#233;lev&#233;s que ceux de Roquebrussanne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la ville est un peu loin de la mer et je crains que malgr&#233; les montagnes qui l'entourent, elle ne soit gu&#232;re &#224; l'abri du mistral. La saison n'a pas &#233;t&#233; bonne, les visiteurs ont manqu&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on parle de ces nobles &#233;trangers comme un mara&#238;cher de ses melons et de ses petits pois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est f&#226;cheux que la route en s'&#233;loignant d'Hy&#232;res ne soit pas quelque peu relev&#233;e au-dessus du niveau de la mer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on aurait ainsi une vue agr&#233;able pour nous autres terriens qui avons toujours h&#226;te de voir l'immense plaine liquide&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; sans cesse les flots sur les flots entass&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; Roulent sous les vagues profondes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous d&#233;dommageons du d&#233;faut de perspective en roulant grand train et nous atteignons bient&#244;t le pied des monts des Maures que nous devons traverser de part en part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous abaissons d'un cran nos d&#233;veloppements, la rampe est d'abord assez faible, mais peu apr&#232;s avoir pass&#233; le point de jonction de la route qui m&#232;ne au bord de la mer, on attaque environ 3 kilom&#232;tres de pente &#224; 6 ou 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% auxquels nous faisons l'honneur de nos plus faibles multiplications et nous montons all&#232;grement, si all&#232;grement qu'un motocycliste qui descend bon train ralentit pour se rendre compte de ce qui nous poussait. Il voit nos pignons et il comprend car nous l'entendons dire &#224; sa compagne : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ils ont deux multiplications.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il tout de m&#234;me qu'on ait l'habitude de voir faire p&#233;destrement des mont&#233;es relativement faibles pour qu'on s'&#233;tonne &#224; ce point de voir deux cyclistes grimper sans effort, en causant de choses et autres et en admirant le paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous admirions en effet le paysage qui est, &#224; cette &#233;poque de l'ann&#233;e, tr&#232;s frais, tr&#232;s agr&#233;able, bien au point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au gros de l'&#233;t&#233; &#231;a doit &#234;tre plut&#244;t sec. Avant d'arriver an sommet nous faisons une courte halte aupr&#232;s d'un filet d'eau qui cascade sur le bord de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis sachant que jusqu'&#224; Cogolin la route descend presque sans interruption, je prends le d&#233;veloppement de 7m,25 et je file &#224; grande allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon compagnon me suit &#224; peu de distance. Malgr&#233; deux l&#233;g&#232;res remont&#233;es, je conserve, pendant tout ce trajet, la vitesse moyenne de 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure et je mets pied &#224; terre &#224; Cogolin &#224; 9 h. 25&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol est parfois m&#233;diocre et ne vaut pas celui de l'autre versant, je ne sais &#224; quoi tiennent ces in&#233;galit&#233;s d'entretien et me borne &#224; les constater. Mon compagnon moins multipli&#233; me rejoint bient&#244;t et nous vidons une bouteille de limonade&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mont&#233;e puis la vitesse nous ont alt&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Cogolin, route indiff&#233;rente jusqu'au moment o&#249; nous c&#244;toyons le golfe de Saint-Tropez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la mer nous appara&#238;t et au m&#234;me instant le soleil resplendit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t se d&#233;tachent au loin les maisons blanches de Sainte-Maxime. Constamment, de cette route en corniche, s'abaissant parfois au niveau de la nier et ne s'&#233;levant jamais a plus de quelques m&#232;tres au-dessus, la vue est splendide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la c&#244;te fouill&#233;e, mordill&#233;e par les flots ne pr&#233;sente pas une seule ligne droite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les anses, les criques, les caps, les pointes se succ&#232;dent &#224; l'infini&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la montagne &#224; gauche bois&#233;e partiellement s'abaisse mollement vers nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de temps en temps nous traversons un ruisselet ind&#233;pendant qui se jette dans la mer sans passer par les grands fleuves. Un chemin de fer &#224; voie &#233;troite traverse &#224; plusieurs reprises la route qui se passerait bien de ce voisinage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sainte-Maxime est un village peu important, mais assez fr&#233;quent&#233; par les &#233;trangers pendant l'hiver pour qu'on y ait construit un grand h&#244;tel o&#249; nous reviendrons coucher le soir m&#234;me. Dans un tout petit port quelques barques de p&#234;cheurs se balancent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au sud en face, on aper&#231;oit les maisons de Saint-Tropez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre dix et onze heures, &#224; l'extr&#233;mit&#233; du cap Sardineau, nous faisons une longue halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait assez chaud pour que nous entrions jusqu'&#224; mi-jambe dans l'eau admirablement claire qui clapote entre les rochers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant ce bain dont nous &#233;prouvons un sensible d&#233;lassement, nous mangeons le pain et les oranges que nous avions en r&#233;serve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous attardons paresseusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; non loin de nous, des p&#233;cheurs &#224; la ligne essaient de prendre quelques poissons, des bateaux glissent &#224; faible distance, nous entendons passer sur la route qui nous domine mais dont nous s&#233;pare un rideau de pins et de broussailles dans lesquels nous avons cach&#233; nos montures, des groupes de cyclistes, des automobiles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous en rencontrerons encore plusieurs fois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il serait difficile de trouver un terrain plus favorable aux promenades.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec un soupir de regret que nous nous arrachons &#224; la douceur du repos, mais sit&#244;t en selle nous nous sentons enflamm&#233;s d'une ardeur nouvelle et nous p&#233;dalons plus &#233;nergiquement qu'auparavant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre intention &#233;tait de gagner Saint-Rapha&#235;l par le chemin qui suit constamment le bord de la mer, mais un cycliste nous apprend que le pont jet&#233; sur l'Argens a &#233;t&#233; emport&#233; et qu'on ne peut pas passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons donc nous contenter de contempler de loin Saint-Rapha&#235;l et par un assez long d&#233;tour &#224; gauche nous filons sur Fr&#233;jus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; route plate sans int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici que de toutes parts surgissent du sol des colonnes, des arcades en ruines, d&#233;bris de monuments romains qui sont comme les parchemins d'une vieille cit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la campagne autour de Fr&#233;jus est parsem&#233;e de ces t&#233;moins encore hautains malgr&#233; leur d&#233;cr&#233;pitude, de la prosp&#233;rit&#233; gallo-romaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous traversons la ville sans nous arr&#234;ter, press&#233;s d'attaquer l'Esterel que l'Homme de la Montagne a explor&#233; &#224; fond cet hiver, et dont il avait eu l'obligeance de dresser &#224; mon intention une carte d&#233;taill&#233;e o&#249; se d&#233;tachait en rouge l'itin&#233;raire le plus int&#233;ressant.&lt;br class='autobr' /&gt;
On commence &#224; grimper dans Fr&#233;jus m&#234;me, puis on redescend pour remonter et cela dure ainsi pendant quelques kilom&#232;tres jusqu'&#224; ce que l'on arrive &#224; la rampe continue d'environ 5 kilom&#232;tres qui vous hisse &#224; l'altitude de trois cent et quelques m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons pendant cette grimp&#233;e en plein soleil, entre midi et une heure, terriblement su&#233;, ayant eu le tort l'un et l'autre de conserver un d&#233;veloppement (4m,40 et 4m,8&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt;) trop fort pour la circonstance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux ou trois kilom&#232;tres de plat suivent la mont&#233;e et, juste au moment o&#249; l'on a envie de se rafra&#238;chir, une source sacr&#233;e se fait entendre sous d'&#233;pais ombrages. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! certes, j'en ai profit&#233; et cette eau fra&#238;che fut un baume d&#233;licieux pour mon &#233;piderme surchauff&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme il est fatigant &#224; la mont&#233;e de r&#233;gler son pas sur celui d'un compagnon et qu'on marche mieux quand on marche &#224; sa propre allure, j'avais pris les devants et j'arrivais &#224; l'auberge des Adrets avec quelques minutes d'avance que j'utilisai pour faire rapidement pr&#233;parer un d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait l&#224; 4 automobiles, deux hippomobiles et une bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#238;n&#226;mes &#224; c&#244;t&#233; du cycliste qui venait de Cannes et montait jusqu'&#224; Lyon. Le service &#233;tait bien fait, la cuisine app&#233;tissante et le prix fut mod&#233;r&#233; (2 fr. 50 si j'ai bonne m&#233;moire).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rest&#226;mes l&#224; de 1 h. 30 &#224; 2 h. 50. Pass&#232;rent pendant ce temps, plusieurs autos allant de Cannes &#224; Fr&#233;jus, qui r&#233;guli&#232;rement capitulaient devant un raidillon d'&#224; peine 150 m&#232;tres qui commence justement devant la gendarmerie, laquelle forme avec l'auberge toute l'agglom&#233;ration des Adrets sur ce point, car le village de ce nom est tr&#232;s &#233;loign&#233; de l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remarquai &#224; ce propos combien peu compatissants les uns pour les autres sont Messieurs les chauffeurs. Ceux qui d&#233;jeunaient &#224; c&#244;t&#233; de nous dressaient l'oreille et se pr&#233;cipitaient sur la route d&#232;s qu'ils entendaient le hal&#232;tement d'une voiture et si la pauvrette mettait &#224; grimper quelque h&#233;sitation, les lazzi partaient comme fus&#233;es, malveillants, cruels, rosses, accompagn&#233;s d'expressions bizarres, tir&#233;es de l'argot sp&#233;cial &#224; ce genre de locomotion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous m&#238;mes en selle et, mon compagnon sur sa roue libre, moi sur mes repose-pieds, nous nous laiss&#226;mes aller, persuad&#233;s que la descente allait &#234;tre aussi r&#233;guli&#232;re que l'avait &#233;t&#233; La mont&#233;e. Ah, ouiche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous n'avions pas fait 500 m&#232;tres qu'il fallut appuyer ferme sur les p&#233;dales et il y eut plusieurs raidillons &#224; franchir avant d'arriver &#224; une s&#233;rie de plongeons plut&#244;t dangereux &#224; cause de la brusquerie des tournants et de l'intensit&#233; de la pente. Un tricycle &#224; p&#233;trole nous croisa, grimpant &#224; tr&#232;s vive allure, son conducteur enfoui sous une immense fourrure qui le faisait ressembler &#224; un ours, puis survint, ronflant et teufteuffant une automobile qui &#233;choua devant un raidillon et qu'on fut oblig&#233; de ranger sur le bord de la route en attendant un secours probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous continuons &#224; descendre et nous arrivons &#224; un point qui nous parait &#234;tre celui o&#249; d&#233;bouche l'itin&#233;raire sp&#233;cial trac&#233; par l' l'Homme de la Montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je descends, chercher un poteau et n'en vois pas d'abord, mais j'aper&#231;ois tout &#224; coup dans l'herbe au pied d'un arbre une plaque bleue portant l'indication que je cherchais : Les Trois Termes, Agay. Une &#233;trange fa&#231;on de placer un poteau indicateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me h&#226;te d'ajouter que partout ailleurs dans l'int&#233;rieur de l'Est&#233;rel nous avons toujours trouv&#233; les plaques indicatrices plac&#233;es bien en vue et certes, elles sont n&#233;cessaires car les passants y sont clairsem&#233;s. Il est 3 h. 20&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes &#224; l'altitude 53, il s'agit de grimper en 3 kilom&#232;tres &#224; l'altitude 280 environ, au col des Trois-Termes, par un sentier forestier qui n'a rien de bien roulant. Ce fut plut&#244;t dur : le soleil &#233;tait bien chaud, le pr&#233;cipice &#224; droite bien profond, mais nous entrions dans une r&#233;gion toute nouvelle qui nous empoigna tout de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
On rencontre des touristes qui vous disent : L'Est&#233;rel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais je le connais comme ma poche, je l'ai travers&#233; de part en part, il y a des bois, des rochers, des ravins, c'est magnifique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils ne le connaissent pas, ils sont all&#233;s de Fr&#233;jus &#224; Cannes ou de Cannes &#224; Fr&#233;jus par la route nationale, ils ont bu et mang&#233; &#224; l'auberge des Adrets, ils ont aper&#231;u quelques ar&#234;tes de rocher, la pointe du mont Vinaigre et ils croient avoir vu l'Est&#233;rel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ils en ont fait le tour, voil&#224; tout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ils ne savent rien du charme tout &#224; fait in&#233;dit qui se d&#233;gage de cet extraordinaire chaos, de ce bizarre amoncellement de montagnes &#233;ventr&#233;es, d&#233;chir&#233;es, tortur&#233;es, s&#233;par&#233;es par des gorges profondes, &#233;troites, d'o&#249; &#233;mergent des rochers fantastiques par-dessus lesquels on aper&#231;oit la mer, le littoral, la ville de Cannes blanche au bord des flots azur&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se promener du col de Notre-Dame au col des Lenstiques par un beau clair de lune, cela doit impressionner l'&#226;me &#233;trangement. Alors que nous descendions, avec prudence, les deux kilom&#232;tres &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui du col des Lenstiques nous amen&#232;rent dans le lit du Mal Infernet, nous f&#251;mes aper&#231;us par un correspondant du Cycliste, M.&#160;Toucheb&#339;uf, que la beaut&#233; des sites de l'Est&#233;rel retenait depuis huit jours &#224; l'H&#244;tel Sube et qui, p&#233;destrement, son kodak &#224; la main, circulait du matin au soir dans ce massif peut-&#234;tre unique au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Resserrez, comprimez la Suisse, de fa&#231;on &#224; la loger toute enti&#232;re entre Cannes et Fr&#233;jus et vous obtiendrez l'Est&#233;rel, me disait, quand je le revis &#224; Lyon, M.&#160;Toucheb&#339;uf, et c'est tout &#224; fait cela, une Suisse en miniature.&lt;br class='autobr' /&gt;
On dit que l'Est&#233;rel fut &#224; une certaine &#233;poque un repaire de bandits&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n'auraient certainement pas pu trouver de plus s&#251;re retraite et la mar&#233;chauss&#233;e dut avoir rudement de la peine les en d&#233;loger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois dans le lit du ruisseau nous n'avons plus qu'&#224; le suivre jusqu'&#224; Agay : on passe Gratadis d'Agay, maison de garde, o&#249; pour la premi&#232;re fois depuis notre entr&#233;e dans le massif nous trouvons &#224; qui parler et nous nous retrouvons &#224; 5 h. 25 au bord de la mer &#224; Agay&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous a fallu 2 heures pour faire environ 25 kilom&#232;tres&lt;br class='autobr' /&gt;
mais nous nous sommes arr&#234;t&#233;s souvent et il faudrait pas conclure de l&#224; que les chemins forestiers sont impraticables. Ils ne sont pas m&#234;me difficiles et tout cycliste pourra, &#224; la condition d'&#234;tre prudent, passer partout o&#249; nous avons pass&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les voitures y passent aussi, ce qui m'a sembl&#233; &#224; certains endroits bien dangereux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Agay, malgr&#233; la carte qui m'indiquait clairement le chemin &#224; suivre, je m'engage sur la route en construction qui sera la nouvelle Corniche et que le Touring Club de France subventionne si largement qu'il aura bien le droit de s'en attribuer la paternit&#233;, mais qui pour le moment est naturellement impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n&#233;anmoins p&#233;dalant quand m&#234;me &#224; travers orni&#232;res, moellons, sable et cailloux, j'entra&#238;ne mon compagnon et nous finissons par mettre le pied sur une route convenable qui nous conduira &#224; St-Rapha&#235;l. Nous aurions d&#251; &#224; douze cents m&#232;tres de l'h&#244;tel d'Agay passer de l'autre c&#244;t&#233; du chemin de fer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y aurions trouv&#233; un chemin passable et nous aurions vu des carri&#232;res de porphyre tr&#232;s importantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que nous ne sentions pas un souffle de vent, la mer vient se briser avec fracas sur les rochers, f&#226;cheux pr&#233;sage pour le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Rapha&#235;l&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! villas, palmiers, fleurs et parfums, telle est l'impression principale qui se d&#233;gage de mes souvenirs quand je pense &#224; cette charmante oasis que nous travers&#226;mes un peu vite, car la nuit nous talonnait. Mon compagnon s'y arr&#234;ta un instant pour exp&#233;dier quelques cartes postales et nous f&#251;mes en un clin d'&#339;il &#224; Fr&#233;jus o&#249; la nuit entra en m&#234;me temps que nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#233;lib&#233;r&#226;mes. Coucherons-nous &#224; Fr&#233;jus ou irons-nous malgr&#233; la nuit jusqu'&#224; Ste-Maxime. &#224; 25 kilom&#232;tres de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Errare humanun est.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures, nous irons jusqu'&#224; Sainte-Maxime et pour parer &#224; toute &#233;ventualit&#233; nous emportons un pain d'une livre. Tel accident pourrait en effet se produire qui nous obligerait &#224; manger et peut-&#234;tre &#224; coucher en plein air, car il n'y a pas de village interm&#233;diaire et, en pleine nuit, il ne nous serait pas possible d'aller &#224; l'aventure qu&#233;mander un g&#238;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224; des &#233;ventualit&#233;s devant lesquelles des v&#233;g&#233;tariens ne doivent pas reculer. Elles ne se produisirent pas ce soir-l&#224; et apr&#232;s une heure et quart de marche monotone dans la nuit noire sur cette route que nous avions suivie quelques heures auparavant en pleine lumi&#232;re, nous rev&#238;mes pour la seconde fois Sainte-Maxime &#224; 8 heures 1/4 du soir, un peu tard pour chercher un h&#244;tel. Nous nous informons aupr&#232;s d'un couple qui fait les cent pas sur la route. &#201;trangers eux-m&#234;mes, ils ont eu de la peine &#224; se loger au petit h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous engagent &#224; aller au grand h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous y grimpons, et on nous y accueille tr&#232;s cordialement malgr&#233; l'heure tardive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos cinq cents grammes de pain sont avantageusement remplac&#233;s par un potage, une omelette, quelques l&#233;gumes et nous obtenons une tr&#232;s belle chambre avec vue sur la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un phare lointain &#224; feu intermittent, des falots de bateaux de p&#234;che dansant sur les flots, d'autres petits phares &#224; feu fixe, les &#233;toiles scintillantes, la lune qui se l&#232;ve &#233;norme &#224; l'horizon, il y avait l&#224; de quoi me faire r&#234;ver de longues heures, mais il faut songer &#224; l'&#233;tape du lendemain et r&#233;parer par le sommeil l'organisme fatigu&#233; (mais non surmen&#233;, entendons-nous bien) par les 196 kilom&#232;tres parcourus depuis le matin et que mon compteur fid&#232;le avait enregistr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 17&#160;avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sainte-Maxime, Plan de la Tour, Col de Vignon, La Garde-Freinet, Mayons, Gonfaron,Flassans,Brignoles, Saint-Maximin, Rians, Jonques, Pertuis (136 kilom&#232;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous f&#251;mes, dans la nuit, &#233;veill&#233;s par le claquement des volets&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent s'&#233;levait et, d&#233;j&#224; violent, faisait autour de la maison un ronflement formidable. Bon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dis-je, voil&#224; ce coquin de mistral qui va nous rendre bien p&#233;nible notre troisi&#232;me &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si encore nous l'avions eu pour nous le premier jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne puis d&#233;cid&#233;ment pas aller dans le Midi, sans avoir le mistral devant ou derri&#232;re moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand il est derri&#232;re, le mal n'est pas grand, mais devant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est une autre affaire, j'en appelle &#224; ceux qui eurent &#224; lutter contre lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lenteur des appr&#234;ts du d&#233;jeuner, l'espoir de voir la violence du vent s'att&#233;nuer, l'appr&#233;hension de nous exposer &#224; ces rafales qui courbaient les arbres, soulevaient les flots et faisaient danser les barques comme des coquilles de noix, firent que nous ne quitt&#226;mes l'h&#244;tel qu'&#224; 6 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
En arrivant sur le port nous faill&#238;mes &#234;tre renvers&#233;s, nos b&#233;rets s'envol&#232;rent et peu s'en fallut qu'ils n'allassent &#224; l'eau. Gr&#226;ce &#224; nos plus faibles d&#233;veloppements, nous p&#251;mes cependant avancer et sit&#244;t entr&#233;s dans la montagne, la situation devint tol&#233;rable. Notre objectif imm&#233;diat Plan de la Tour est assez vite atteint&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est bonne, tr&#232;s peu montante et le vent ne nous arr&#234;te que par moments&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je juge m&#234;me &#224; propos de remonter bient&#244;t de 3m,30 &#224; 4m,40.&lt;br class='autobr' /&gt;
Imm&#233;diatement apr&#232;s Plan de la Tour commence la grimp&#233;e s&#233;rieuse jusqu'au col du Vignon. Un abonn&#233; du Cycliste qui fr&#233;quente beaucoup par l&#224; en hiver m'avait signal&#233; comme tr&#232;s int&#233;ressant le trajet Sainte-Maxime-Gonfaron&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne f&#251;mes pas d&#233;&#231;us&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a l&#224; un coin des Maures qui m&#233;rite d'&#234;tre vu. En somme, tous les habitants des r&#233;gions qui avoisinent les Maures et l'Esterel sont bien heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont la mer et la montagne, que leur faut-il de plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La bicyclette assur&#233;ment, mais ensuite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'ils vivent simplement, sans ostentation, qu'ils foulent aux pieds ces stupides satisfactions d'amour propre, de vanit&#233; qui rendent esclaves et malheureux la plupart des hommes. Leur sol fertile leur fournit presque gratuitement en fruits et en l&#233;gumes plus qu'il ne leur faut pour leur alimentation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils n'ont donc qu'&#224; devenir v&#233;g&#233;tariens et les voil&#224; du m&#234;me coup devenus riches, puisqu'ils n'auront plus de besoins, heureux, raisonnables et bien portants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais p&#233;dalons ferme, la route devient chemin, puis sentier, nous passons &#224; gu&#233; deux ruisseaux et nous attaquons une rampe de plusieurs kilom&#232;tres qui circule avec maints d&#233;tours, crochets et ricochets sur les flancs d'une montagne couverte de ch&#226;taigniers. Le mistral nous pousse parfois, mais parfois aussi nous attaque avec tant de violence qu'il nous d&#233;sar&#231;onne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me souviens d'avoir &#233;t&#233; jet&#233;, homme et bicyclette p&#234;le-m&#234;le, dans un buisson tr&#232;s &#233;pineux dont les caresses ont &#233;t&#233; fort cuisantes et dont sans bien chercher je retrouverais encore aujourd'hui la marque sur mes mollets et sur mes bras.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du col, nous jetons un dernier regard sur la mer dont on aper&#231;oit un lambeau et nous continuons apr&#232;s avoir pris un grand d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous allons bient&#244;t descendre et nous serons &#224; l'abri du vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le paysage est toujours captivant, par intervalles l'&#339;il d&#233;couvre de grands espaces et plonge vers la plaine du Luc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cinq cents m&#232;tres de la route de Grimaud au Luc qui va &#234;tre la n&#244;tre pendant quelques kilom&#232;tres, notre chemin se transforme en une sorte de sentier muletier fortement inclin&#233; et nous arrivons &#224; la bifurcation tellement lanc&#233;s, que nous manquons le virage &#224; droite et filons sur la Garde-Freinet. Une fois dans le village, la carte &#224; la main, nous sommes compl&#232;tement d&#233;sorient&#233;s et il nous faut un long moment avec pas mal d'explications qu&#233;mand&#233;es &#224; droite et &#224; gauche pour comprendre que nous avons fait fausse route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tiendrai bient&#244;t le record des erreurs de route et l'Homme de la Montagne qui se trompe rarement, peut-&#234;tre jamais, ne peut s'emp&#234;cher de sourire quand je lui conte mes m&#233;saventures. Celle-ci ne fut pas bien m&#233;chante et nous co&#251;ta &#224; peine un kilom&#232;tre et une mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la Garde-Freinet nous n'avons qu'&#224; descendre en pente douce sur la bonne route de Luc puis &#224; gauche sur celle de Gonfaron tout aussi bonne, meilleure m&#234;me quoique plus &#233;troite, o&#249; la pente se change en palier puis en faibles montagnes russes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes et nous avons &#233;t&#233; depuis Plan de la Tour, dans des parties bois&#233;es peu habit&#233;es et peu fr&#233;quent&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi roulons-nous &#224; une bonne allure malgr&#233; le mistral qui ne nous g&#234;ne pas toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; quelque distance de Gonfaron, ce coquin nous prend en face et nous couvre de poussi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, &#224; ce moment m&#234;me, nous &#233;tions en train de tailler une bonne croupi&#232;re &#224; un pr&#233;somptueux voiturier qui depuis Mayons faisait assaut de vitesse avec nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions eu heureusement le bon esprit de prendre le d&#233;veloppement de 4m,40 et la lutte contre le vent nous en fut facilit&#233;e. &#192; Gonfaron, dont l'aspect &#224; mesure qu'on en approche est tr&#232;s pittoresque, nous avions une telle avance que nous e&#251;mes le temps de faire d'abondantes ablutions aupr&#232;s d'une fontaine &#224; l'entr&#233;e du bourg avant de voir poindre &#224; l'horizon notre adversaire. Que cette eau fra&#238;che nous fit du bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en ressens encore un mois apr&#232;s l'agr&#233;able sensation sur l'&#233;piderme &#233;chauff&#233; par la course et s&#233;ch&#233; par le vent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous traversons la place de Gonfaron, vaste et r&#233;guli&#232;re, le mistral nous d&#233;coche une de ces bourrades dont il est coutumier et nous force &#224; mettre pied &#224; terre. On n'a pas id&#233;e de semblable violence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le besoin d'un second petit d&#233;jeuner devant, selon toute apparence, se faire bient&#244;t sentir, nous achetons du pain et des oranges et par une route montante et expos&#233;e de tous les c&#244;t&#233;s au vent et au soleil nous nous dirigeons sur Flassans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons pris nos plus petits d&#233;veloppements 3m,30 et nous marchons sans trop de peine &#224; 10 &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon compagnon m'avait fait remarquer la veille que nous n'avions eu pendant les deux premiers jours que de bien rares occasions o&#249; ce faible d&#233;veloppement avait pu nous &#234;tre utile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mistral vint juste &#224; point le troisi&#232;me et le quatri&#232;me jour pour nous prouver que les faibles d&#233;veloppements peuvent &#234;tre utiles ailleurs qu'en montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous montons longtemps puis nous redescendons vivement sur Flassans par quelques raidillons o&#249; le sol devient m&#233;diocre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne saurais rien dire du paysage qui m'a paru triste, parce que, le plus souvent, je tenais les yeux ferm&#233;s &#224; cause de la poussi&#232;re. &#192; Flassans (50 kilom.) nous entrons sur la route de Draguignan &#224; Aix qui est belle et roulante malgr&#233; de fr&#233;quentes montagnes russes. En allant, ce jour-l&#224;, de Brignoles &#224; Flassans, au lieu d'aller de Flassans &#224; Brignoles, nous aurions march&#233; sans effort &#224; 40 &#224; l'heure, tandis que nous avan&#231;ons p&#233;niblement &#224; 12 ou 15, si p&#233;niblement qu'&#224; 1.500 m&#232;tres de Flassans, au croisement d'une route, nous nous r&#233;fugions &#224; un pr&#233; en contre-bas o&#249; le vent ne nous atteint pas et nous croquons oranges et pain avec plus d'app&#233;tit encore que nous ne le f&#238;mes 24 heures auparavant pr&#232;s de Sainte-Maxime. Qu'on est donc heureux d'&#234;tre v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les kilom&#232;tres succ&#232;dent aux kilom&#232;tres et nous arrivons &#224; Brignoles &#224; midi et demi. R... un peu las s'y arr&#234;te avec l'intention de prendre le train jusqu'&#224; Saint-Maximin, mais apr&#232;s avoir bien d&#233;jeun&#233; &#224; l'h&#244;tel du Touring, il continuera bravement par la route, toute trace de fatigue ayant disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; moi, press&#233; d'arriver &#224; Saint-Maximin o&#249; je veux m'arr&#234;ter un instant, je me hasarde &#224; prendre 4m,40 et j'essaie d'aller un peu plus vite. La route tr&#232;s plate s'y pr&#234;te et, malgr&#233; un demi-bain pris dans un ruisseau merveilleusement limpide qui borde la route &#224; un certain point et qui descend des montagnes de Roquebrussanne, je suis &#224; Brignoles &#224; 2 heures moins dix. Depuis Tourves, avec 4m,40 , &#231;a m'a paru plut&#244;t dur, car la mont&#233;e est constante.&lt;br class='autobr' /&gt;
En passant j'ai salu&#233; de loin la Sainte-Baume, la vraie cette fois et la basilique majestueuse m'est apparue de loin toujours aussi imposante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bon d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien qu'on m'appr&#234;te complaisamment &#224; l'H&#244;tel du Var, bien qu'il soit un peu tard, me remet de toutes mes fatigues et je vais &#224; Saint-Mitre rendre visite &#224; M.&#160;M..., ami et collaborateur du Cycliste d'antan, de ce bon vieux temps o&#249; le robuste tricycle Quadrant d&#233;tenait tous les records du tourisme. Nous secouons un instant la poussi&#232;re du temps pass&#233;, nous parlons m&#234;me de Marius, le grand Marius dont la gloire plane encore sur toute la Provence. C'est &#224; Fourri&#232;res, &#224; tr&#232;s peu de distance de Saint-Maximin, que les l&#233;gions an&#233;antirent les Cimbres et les Teutons, gr&#226;ce &#224; un mouvement tournant que le g&#233;n&#233;ral romain fit ex&#233;cuter autour&lt;br class='autobr' /&gt;
de la montagne de Sainte-Victoire par une partie de ses troupes qui, au moment psychologique, prirent l'ennemi &#224; revers.&lt;br class='autobr' /&gt;
En comm&#233;moration de cet heureux &#233;v&#233;nement, on &#233;leva &#224; Pourri&#232;res (&#233;tymologie : Champs putrides, pourritures) un troph&#233;e o&#249; Marius &#233;tait repr&#233;sent&#233; debout sur un bouclier creux en forme de tuile, soutenu par trois hommes. Or, aujourd'hui Marius a disparu et il ne reste que les trois hommes portant le bouclier, si bien qu'on dit plaisamment dans le pays, &#224; la confusion des habitants de Pourri&#232;res, qu'&#224; Pourri&#232;res on se met trois pour porter une tuile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les plus grands &#233;v&#233;nements historiques finissent ainsi bien souvent en plaisanteries.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quittant &#224; Brignoles mon compagnon je lui ai donn&#233; rendez-vous &#224; 4 h. 1/2 sur la route de Bians &#224; la hauteur de Saint-Mitre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous y rencontrons &#224; l'heure dite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je prends cong&#233; de M.&#160;M..., et nous nous h&#226;tons vers Rians&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai repris 3m,30 &#224; cause de la mont&#233;e et du vent alli&#233;s contre moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant la violence du mistral a diminu&#233; et nous pourrons bient&#244;t reprendre nos allures et nos multiplications normales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lecteurs du Cycliste ont d&#233;j&#224; fait avec moi, il y a quelques mois &#224; peine cette m&#234;me route, je n'en parlerai donc pas. &#192; mesure que le vent faiblissait notre vitesse s'accroissait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous primes une l&#233;g&#232;re collation &#224; Jouques et nous nous arr&#234;t&#226;mes &#224; Pertuis, h&#244;tel Dauphin, &#224; 8 h. 1/2. Nous y f&#251;mes tr&#232;s bien trait&#233;s quoique v&#233;g&#233;tariens et le lendemain malgr&#233; l'heure matinale de notre d&#233;part, le beau-fr&#232;re du patron voulut bien se d&#233;ranger pour nous faire admirer le point de vue magnifique que, du bout de la promenade, on a sur la vall&#233;e de la Durance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la lumi&#232;re faisait malheureusement d&#233;faut. &#8212; Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si le soleil se montrait il serait braveu, nous dit, avec un accent du meilleur cr&#251;, notre aimable guide, dont la conversation &#233;tait &#233;maill&#233;e d'expressions proven&#231;ales tr&#232;s pittoresques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous recommandons sinc&#232;rement cet h&#244;tel &#224; nos camarades du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;Mercredi 18&#160;avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pertuis, Cavaillon, Fontaine-de-Vaucluse, Avignon, Saint-Rambert-d'Albon, Andance, Boulieu, Bourg-Argental, Saint-Etienne (150 kilom&#232;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous quittons Pertuis &#224; 5 h. 20 et commen&#231;ons naturellement par filer &#224; gauche au lieu de tenir la droite, co&#251;t : 2 kilom&#232;tres de rabiot, que nous rattrapons en poussant l'allure jusqu'au maximum. J'ai 7m,25 et R... 6m,60, avec cela une bonne route et pas de vent nous marchons &#224; pr&#232;s de 30 l'heure jusqu'&#224; la hauteur de M&#233;rindol. En passant &#224; Lauris nous constatons combien est explicable l'erreur que je fis en novembre dernier et si je n'avais pas &#233;t&#233; sur mes gardes, nous nous serions certainement tromp&#233;s de nouveau. Sit&#244;t apr&#232;s la descente qui traverse le village, il faut tourner &#224; gauche sous un angle tr&#232;s vif et prendre une route qui tout d'abord ne para&#238;t pas aussi bonne que celle qu'on abandonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; M&#233;rindol le mistral se l&#232;ve et va rapidement crescendo, si rapidement que de 7m,25 il faut descendre &#224; 6 m&#232;tres, puis &#224; 4 m40.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; peu de distance de M&#233;rindol, &#224; la hauteur de la borne 13 nous tournons &#224; droite et nous nous engageons dans un ravin o&#249; bient&#244;t il nous faut mettre pied &#224; terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; abandonnant alors dans les broussailles nos bicyclettes, nous allons visiter une gorge tr&#232;s curieuse que l'Homme de la Montagne m'avait signal&#233;e et qui vaut bien qu'on lui consacre une heure quelque press&#233; que l'on soit. Imaginez une montagne ouverte du haut en bas comme un fruit m&#251;r qui se fend et ne laissant entre les parois de cette gigantesque coupure qu'&#224; peine le passage d'un homme et d'un homme pas trop gros&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Quand il pleut, le passage devient naturellement impraticable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais en temps normal il n'y a pas une goutte d'eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce jour-l&#224; un oiseau n'aurait pas trouv&#233; de quoi se d&#233;salt&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce coin bien abrit&#233; on ne sentait pas le mistral, mais en revenant sur la route, nous sommes assaillis de la belle fa&#231;on par ce coquin dont la violence s'accro&#238;t de minute en minute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Cavaillon o&#249; nous sommes &#224; 8 heures et demie, il est terrible. Et moi qui m'&#233;tais imagin&#233; que Cavaillon &#233;tait abrit&#233; du mistral par le mont Saint-Jacques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; mesure que je m'en approchais je m'attendais toujours &#224; entrer dans la zone de protection o&#249; j'aurais pu souffler un instant, mais je t'en fiche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! plus je suis pr&#232;s plus je suis bouscul&#233;. Au caf&#233; o&#249; nous allons d&#233;jeuner on nous dira m&#234;me que la veille il &#233;tait mat&#233;riellement impossible de se tenir sur la place, on &#233;tait enlev&#233;. Les cyclistes, nous dit-on, ne sortent pas ici par un temps pareil. S'ils avaient de petits d&#233;veloppements, ils sortiraient tout de m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 9 heures nous reprenons la route et le train qui doit nous ramener d'Avignon &#224; Valence ne partant qu'&#224; une heure et demie nous avons le temps d'aller voir la Fontaine de Vaucluse. On nous assure que la route par Lagnes est tr&#232;s facile &#224; suivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous ne pouvez pas vous tromper, affirme le cafetier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous en sommes pas moins tromp&#233;s deux fois et nous avons constat&#233; de nouveau combien les renseignements donn&#233;s de bonne foi par les gens du pays manquent de pr&#233;cision parce que ceux qui les donnent, connaissant la route sur le bout des doigts, la voient devant eux toute droite au moment o&#249; ils parlent et ne supposent pas qu'un &#233;tranger va se heurter &#224; des difficult&#233;s qui n'existent pas pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, cette route de Cavaillon &#224; Vaucluse est, ainsi que je m'en suis rendu compte depuis sur la carte, tr&#232;s entortill&#233;e et c'est merveille que nous n'ayons pas err&#233; davantage &#224; droite et &#224; gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Fontaine de Vaucluse &#233;tait archi-pleine et l'eau atteignait le l&#233;gendaire figuier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est la premi&#232;re fois que je la voyais ainsi. C'est un merveilleux spectacle et fait pour impressionner que cette masse d'eau qui sort tranquillement de dessous terre comme d'un verre qui d&#233;borde et qui se transforme imm&#233;diatement en une torrentueuse rivi&#232;re. Les photographies que l'on vend aupr&#232;s de la source expriment peu l'imposante r&#233;alit&#233; de ce ph&#233;nom&#232;ne naturel.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; vient cette eau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? des neiges du mont Ventoux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce le d&#233;versoir de quelque immense lac souterrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; de quoi tenter la curiosit&#233; des explorateurs du sous-sol de la France &#224; qui l'on doit depuis quelques ann&#233;es tant d'int&#233;ressantes d&#233;couvertes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre voyage est &#224; son terme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous filons vivement sur Avignon par la route la plus directe que le mistral nous rend parfois facile, parfois p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Isle-sur-Sorgues me laisse comme d'habitude une impression de fra&#238;cheur malgr&#233; sa poussi&#232;re de pl&#226;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une derni&#232;re mont&#233;e &#224; Ch&#226;teauneuf-de-Gadagne et nous sommes en vue du Ch&#226;teau des Papes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi et demi nous entrons dans la ville, une heure apr&#232;s, le train nous emporte jusqu'&#224; Saint-Rambert-d'Albon, d'o&#249; nous rentrons entre dix et onze heures du soir &#224; Saint-&#201;tienne par la voie habituelle, Andance et Bourg-Argental. Pendant que nous nous r&#233;chauffions au beau soleil de la Provence, il avait plu dans nos montagnes de sorte que la travers&#233;e des grands bois que j'avais trouv&#233;e d&#233;testable en partant, fut &#233;pouvantable au retour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par deux fois mon compagnon fut oblig&#233; de mettre pied &#224; terre dans une boue atroce&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le suivais &#224; quelques m&#232;tres et je pus &#233;viter les orni&#232;res qui l'avaient fait choir. Sa lanterne &#224; ac&#233;tyl&#232;ne nous &#233;clairait assez bien, malheureusement elle s'&#233;teignit avant que nous fussions sortis de ce mauvais passage et nous arriv&#226;mes de tr&#232;s m&#233;chante humeur sur le plateau que balayait le vent d'ouest glacial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comble de malheur mon pneumatique depuis Bourg-Argental se d&#233;gonflait et m'obligeait &#224; des arr&#234;ts de plus en plus fr&#233;quents pour pomper.&lt;br class='autobr' /&gt;
On eut dit qu'il ne r&#233;int&#233;grait qu'en rechignant son domicile et qu'il manifestait son m&#233;contentement d'&#234;tre arrach&#233; si vite aux belles routes et &#224; la douce temp&#233;rature du Midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sunt lacrymae rerum&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Jusqu'au prochain automne c'en est fait pour cette ann&#233;e des excursions dans le Midi, sauf pourtant un ou deux raids dominicaux jusqu'au bord de la mer. Il va trop y faire chaud et l'heure est venue d'orienter son guidon vers les Alpes et de remplacer le d&#233;veloppement de 7m,50 par celui de 2m,50.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH129/velociosignature-6fd5d.jpg?1788126846' width='500' height='129' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-209 '&gt;&lt;strong&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-209 '&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-209 '&gt;source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per 1328_3
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pendant les f&#234;tes de P&#226;ques (1897)</title>
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		<dc:date>2022-05-25T18:26:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Lyon</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>
		<dc:subject>1897</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Malgr&#233; mes pneumatiques, gonfl&#233;s sans doute &#224; l'exc&#232;s, je trouve, comme toujours, d&#233;testable l'interminable pav&#233; de Vaise aux Brotteaux, et je r&#233;clame, in petto, des trottoirs &#224; l'usage des cyclistes &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos petits-neveux en auront s&#251;rement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que n'auront-ils pas ces gaillards-l&#224; &#224; qui nous pr&#233;parons un si bel avenir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;1896-1900 P&#233;riode h&#233;ro&#239;que&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1897, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PER1328&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne viens pas conter de grands exploits, n'ayant pendant les f&#234;tes de P&#226;ques travers&#233; ni les Pyr&#233;n&#233;es, ni les Alpes, mais j'ai maintes fois remarqu&#233; qu'en un r&#233;cit d'excursion cycliste, ce qui int&#233;resse le plus un cycliste naturellement, ce sont les &#224;-c&#244;t&#233; du voyage, les incidents particuliers &#224; notre mode de locomotion, les r&#233;flexions n&#233;es soudainement en cours de route &#224; propos de tels et tels d&#233;tails de nos v&#233;hicules, r&#233;flexions qui en am&#232;nent d'autres chez le lecteur perspicace. Dans cet ordre d'id&#233;es, une simple excursion de 200 kilom&#232;tres autour de Lyon et de Saint-&#201;tienne par un touriste pratiquant et exp&#233;riment&#233; peut offrir autant d'int&#233;r&#234;t que la travers&#233;e de la France par un recordman. En m'octroyant gratuitement la qualit&#233; de touriste exp&#233;riment&#233;, je me flatte, car je m'aper&#231;ois tous les jours que mon exp&#233;rience est toujours bien courte et souvent en d&#233;faut, mais ici, comme dans le royaume des aveugles, les borgnes peuvent &#234;tre rois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais donc promis de revoir pendant ces deux jours de f&#234;tes quelques sites qui m'avaient laiss&#233;, du temps ou j'excursionnais sans rel&#226;che, d'agr&#233;ables souvenirs et de v&#233;rifier par moi-m&#234;me, pendant un parcours d'une certaine dur&#233;e, si les Gauloises &#224; deux multiplications, que le &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt; recommande, &#233;taient vraiment pratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;butais donc le dimanche matin en accompagnant un ami jusqu'&#224; Sainte-Foy-l'Argenti&#232;re, car je n'avais pas, selon mon habitude, de programme bien arr&#234;t&#233;. Nous partons &#224; six heures lest&#233;s d'un d&#233;jeuner sommaire que nous devons compl&#233;ter &#224; Saint-H&#233;and et, jusqu'&#224; l'Etrat, pente douce, je p&#233;dale sur ma grande multiplication qui ne d&#233;veloppe pas moins de 7 m&#232;tres par tour de p&#233;dale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enl&#232;ve m&#234;me le premier raidillon apr&#232;s l'Etrat et je persiste pendant quelques centaines de m&#232;tres, mais la rampe croissante a bient&#244;t raison de mes efforts et je mets pied &#224; terre pour faire passer ma cha&#238;ne de droite &#224; gauche sur les pignons 20 et 10 qui ne me donnent que 4 m&#232;t. 40 de d&#233;veloppement, je repars et il me semble au premier abord que le sol s'est aplani, le changement ne m'a pas demand&#233; plus d'une minute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, par un heureux hasard, la cha&#238;ne s'adapte exactement des deux c&#244;t&#233;s, ce qui n'est pas toujours le cas malgr&#233; les assertions du catalogue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, quand m&#234;me elle ne s'adapterait pas absolument, il est si facile, gr&#226;ce au syst&#232;me de tension par excentriques appliqu&#233; sur ces machines, de d&#233;tendre et de retendre la cha&#238;ne, que l'op&#233;ration n'en serait pas retard&#233;e d'une demi-minute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'agrafage de la cha&#238;ne se fait par un proc&#233;d&#233; nouveau, au moyen d'un crochet qui ne me laissait pas sans inqui&#233;tude, puisque j avais dans mon bagage une autre cha&#238;ne toute pr&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois que le syst&#232;me le plus simple et le plus sur d'agrafer la cha&#238;ne consiste &#224; remplacer l'&#233;crou ordinaire, qui, si on le man&#339;uvre trop souvent, s'use promptement, par une simple goupille. On perce d'un trou minuscule l'extr&#233;mit&#233; du boulon de cha&#238;ne et on y introduit une &#233;pingle dont on recourbe ensuite la pointe. Ce proc&#233;d&#233; sommaire permet, depuis un an, &#224; M.&#160;Ch. qui monta la premi&#232;re machine &#224; doubles pignons de changer de multiplication aussi souvent que bon lui semble en 35 secondes montre en main.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la premi&#232;re impression, en passant du d&#233;veloppement 7 au d&#233;veloppement 4,4, transforme en plat une pente de 6 p.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% , cette impression ne dure malheureusement pas et la r&#233;alit&#233; vous ressaisit apr&#232;s quelques coups de p&#233;dale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant l'effort n'a plus rien d'exag&#233;r&#233; et je me sens capable de continuer ainsi tr&#232;s longtemps quand nous arrivons &#224; Saint-H&#233;and d'o&#249; nous n'aurons qu'&#224; descendre sur la Coise par Aveizieux. Cette grimpette de l'Etrat &#224; St-H&#233;and est toujours une des plus d&#233;sagr&#233;ables que je connaisse autour de Saint-&#201;tienne parce qu'elle est coup&#233;e &#231;&#224; et l&#224; de descentes qui ne servent qu'&#224; accentuer les raidillons qui leur succ&#232;dent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en outre, lorsqu'on sait qu'on doit s'&#233;lever de l'altitude 400 &#224; l'altitude 600, on &#233;prouve une fatigue morale qui vient s'ajouter &#224; la fatigue physique toutes les fois qu'un plongeon soudain vous fait redescendre de 50 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il suff&#238;t de 4 plongeons comme cela pour doubler votre travail, car la descente ne vous repose pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; couper les mont&#233;es dures, et longues de paliers d'une certaine longueur qui vous reposeraient sans rien vous faire perdre de l'altitude conquise, serait bien autrement intelligent et je constate avec plaisir que les routes nouvellement construites .se rapprochent de cet id&#233;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des cyclo-touristes peuvent, en effet, venir &#224; bout de mont&#233;es de 10 kilom&#232;tres, &#224; condition de se reposer de temps en temps en marchant, mais si, juste au moment o&#249; ils sont tent&#233;s de mettre pied &#224; terre, un bon kilom&#232;tre de plat se d&#233;roulait devant eux, ils ne seraient plus oblig&#233;s de pousser leur machine et ils ne s'en reposeraient que mieux en continuant &#224; p&#233;daler lentement en palier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne repartons de Saint-H&#233;and qu'&#224; huit heures, tant les d&#233;jeuners du matin ont du charme apr&#232;s une premi&#232;re su&#233;e qui, en m&#234;me temps que les pores, vous a ouvert l'app&#233;tit. Bien que je pr&#233;f&#232;re me mettre en route tout seul que de rester au logis, j'appr&#233;cie beaucoup la compagnie principalement &#224; table et pendant les arr&#234;ts. En route, les motifs de distraction abondent surtout en pays accident&#233; et l'on p&#233;dale souvent &#224; distance les uns des autres, mais, &#224; l'&#233;tape, seul on s'ennuie et l'on est port&#233; &#224; &#233;courter le repos et &#224; manger vite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux choses fort mauvaises pour un cyclo-touriste. Ayez-donc le soin de vous m&#233;nager un ou deux compagnons quand vous projetez une excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; votre plaisir et votre hygi&#232;ne en seront doubl&#233;s, Ce sont l&#224; justement les r&#233;flexions que nous faisions autour d'une succulente omelette et d'un d&#233;licieux vin blanc servi avec l'empressement et l'amabilit&#233; dont on commence &#224; nous honorer dans les h&#244;tels et les auberges de campagne fr&#233;quent&#233;s par les cyclistes. C'est que nous devenons, pour bien des gens, une source s&#233;rieuse de profits et nous compl&#233;tons avantageusement les rouliers et rouleurs qui formaient, il y a quelques ann&#233;es, toute la client&#232;le des h&#244;tels du Lion d'Or, ou du Cheval blanc, en attendant celui qui ne saurait tarder, du Cycle d'Or. Apr&#232;s Saint-H&#233;and, la route descend, puis remonte, puis redescend vers Aveizieux jusqu'au fond d'un ruisseau qu'elle traverse par un coude tr&#232;s sec et d'o&#249; elle &#233;merge sans trop de raideur, du plat ensuite et enfin plongeon d&#233;finitif jusqu'&#224; la Coise que nous travers sons en un endroit d&#233;sert, mais d'un pittoresque achev&#233; &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s la Coise, remont&#233;e assez dure de 3 ou 4 kilom&#232;tres pour atteindre Chazelles-sur-Lyon, perch&#233; &#224; une bonne hauteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas jug&#233; &#224; propos, pendant ces alternatives, de changer de multiplication et je suis rest&#233; &#224; la petite me contentant, pour suivre &#224; la descente mon compagnon plus multipli&#233;, de mettre les pieds sur la t&#234;te de fourche et de me laisser aller, me rattrappant du reste ais&#233;ment &#224; la mont&#233;e. Dans ce cas particulier, les repose-pieds, que je d&#233;conseille plus que jamais aux d&#233;butants, et que j'ai moi-m&#234;me, pour mon propre compte, r&#233;pudi&#233;s depuis longtemps, peuvent &#234;tre utiles &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il faut &#234;tre prudent, exp&#233;riment&#233;, s&#251;r de soi et avoir en m&#234;me temps un frein sur lequel on puisse compter. Il est probable que j'en ferai replacer sur ma machine, mais je ne le dirai pas trop haut afin qu'on m'imite le moins possible. Voyez-vous un novice arrivant &#224; fond de train, les pieds au repos &#224; un tournant sec comme celui dont je parlais tout &#224; l'heure ou au crochet plus tra&#238;tre encore qui, entre l'Aub&#233;pin et Sainte-Catherine-sur-Riverie, me valut une des rares chutes que j'ai faites en bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Surpris, il essaie de rattraper ses p&#233;dales et imprime un roulis d&#233;sordonn&#233; &#224; sa machine, ou bien si, par hasard, il a un frein, il le serre convulsivement et arr&#234;te trop brusquement la roue &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la culbute est au bout plus ou moins dangereuse selon les circonstances, tandis que si, faute de repose-pieds, il ne l&#226;che pas les p&#233;dales, d'abord, il n'aura pas laiss&#233; prendre &#224; sa machine une trop vive allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ensuite, il sera, sit&#244;t le danger aper&#231;u, en bonne posture pour contrep&#233;daler efficacement et faire une application heureuse du frein Doolittle ou Crozet que je lui souhaite en pareille occurrence.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'&#234;tes-vous pas surpris de rencontrer si peu de cyclistes hors du voisinage imm&#233;diat des grands centres &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cette p&#233;nurie croissante de cyclistes cyclistant sur les routes pittoresques et admirablement roulantes de nos montagnes m'a toujours &#233;tonn&#233;. Notre force num&#233;rique a depuis quelques ann&#233;es pour le moins d&#233;cupl&#233; et, de l'avis g&#233;n&#233;ral, on voit circuler moins de cyclistes qu'autrefois. &#192; quoi cela tient-il &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps, ce jour-l&#224;, &#233;tait on ne peut plus favorable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil ne se montrait que par intervalles, pas le moindre vent. J'aurais, en partant, volontiers jur&#233; que nous allions nous rencontrer par groupes &#224; Saint-H&#233;and, &#224; Chazelles, &#224; Sainte-Foy-l'Argenti&#232;re. Point du tout, pas m&#234;me l'ombre d'un cycliste tout le long du chemin et &#224; peine une demi-douzaine d'isol&#233;s &#224; Sainte-Foy o&#249; nous n'allions pas autrefois, c'est-&#224;-dire au temps des caoutchoucs pleins et creux, sans y rencontrer des confr&#232;res de Lyon, de Roanne et d'autres lieux. Sainte-Foy-l'Argenti&#232;re est, en effet &#8212; nous en avions fait la remarque &#8212; le point exactement central commun, aux pr&#233;fectures et aux sous-pr&#233;fectures du d&#233;partement de la Loire et du Rh&#244;ne. Saint-&#201;tienne, Lyon et Villefranche sont, &#224; un kilom&#232;tre pr&#232;s, &#224; &#233;gale distance (45 kilom&#232;tres) de Sainte-Foy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Roanne est plus loin et Montbrison plus pr&#232;s de 10 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si jamais &lt;i&gt;Le Cycliste&lt;/i&gt; prend l'initiative d'un meeting monstre des p&#233;dales du Rh&#244;ne et de la Loire, c'est assur&#233;ment &#224; Sainte-Foy-l'Argenti&#232;re que le rendez-vous sera donn&#233;. Ces meetings, &#233;taient autrefois tr&#232;s fr&#233;quents et servaient de points de d&#233;part &#224; beaucoup d'excursions, car on y trouvait des compagnons pour les futurs voyages et l'on s'y faisait des amis. Les fameuses caravanes du D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; V&#233;lo furent la plus haute expression et elles ont &#233;t&#233; la manifestation supr&#234;me du cyclisme confraternel dont je d&#233;plore la disparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous arrivons donc &#224; Chazelles par une pente assez roide et sous une pointe de soleil joliment piquante qui nous fait craindre, non sans raison, un orage pour la soir&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps est d'ailleurs tr&#232;s favorable depuis le matin, le ciel reste couvert, mais la vue n'en est pas moins &#233;tendue et, &#224; travers l'atmosph&#232;re vibrante, nous parvient la voix des cloches qui se r&#233;pondent de colline en colline, de vallon &#224; vallon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la poussi&#232;re seule nous a incommod&#233;s jusqu'&#224; Saint-H&#233;and, mais nous n'aurons bient&#244;t plus &#224; la craindre. Notre route sort de Chazelles en se dirigeant sur Lyon pendant environ 3 kilom&#232;tres et &#224; Gr&#233;zieux-le-March&#233; bifurque &#224; gauche sur la vall&#233;e de la Br&#233;venne qu'elle va c&#244;toyer en descendant d'une fa&#231;on r&#233;guli&#232;re et mod&#233;r&#233;e pendant 8 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le cas ou jamais de me surmultiplier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en moins d'une minute, j'ai transport&#233; ma cha&#238;ne de gauche &#224; droite et je prends mon vol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'expression n'a rien d'excessif, car je laisse presque sur place mon compagnon qui pourtant p&#233;dale avec la plus grande rapidit&#233;, mais des coups de p&#233;dale qui nous d&#233;placent de 7 m&#232;tres sans effort ressemblent positivement &#224; des coups d'aile. La route &#233;tant heureusement presque d&#233;serte, j'ose, &#224; certains moments, m'offrir du 40 &#224; l'heure sans qu'il me semble commettre une imprudence tant je me sens ma&#238;tre de ma machine. Des exp&#233;riences de ce genre sont faites pour troubler les id&#233;es les plus raisonnables et les th&#233;ories les plus sens&#233;es &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la griserie que procure la vitesse excessive vous fait trouver ensuite bien terne le 20 &#224; l'heure des basses multiplications, mais il y a les mont&#233;es, le vent, les mauvaises routes qui plaident &#233;loquemment et irr&#233;sistiblement en faveur de celles-ci. Conclusion : Ayons plusieurs multiplications sur nos machines. Cette premi&#232;re exp&#233;rience m'a tellement convaincu de l'importance de ce perfectionnement que je me fais faire en ce moment une bicyclette qui sera orn&#233;e de deux pignons doubles de chaque c&#244;t&#233;, ce qui me fera quatre multiplications interchangeables en moins d'une minute. J'aurai ainsi &#224; ma disposition moins de 3 m&#232;tres pour les rampes abruptes, la mont&#233;e de Pont-de-Lignon, par exemple, 4 m&#232;tres pour les rampes ordinaires, 6 m&#232;tres pour le plat et le faiblement accident&#233; et enfin de 8 &#224; 9 m&#232;tres pour les longues descentes continues comme j'en connais quelques-unes. Ces quatre multiplications principales pourront encore, en retournant la roue, m'en fournir quatre autres interm&#233;diaires, de sorte que j'aurai en r&#233;alit&#233; &#224; ma disposition, sur la m&#234;me machine et avec la m&#234;me cha&#238;ne, huit multiplications &#233;chelonn&#233;es entre 2 m&#232;tres 75 et 9 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela ne m'emp&#234;che pas de conseiller, &#224; ceux qui ne veulent qu'une multiplication &#224; tout faire, plaine ou montagne indiff&#233;remment, la moyenne basse, c'est-&#224;-dire 4 m&#232;tres. Je m'aper&#231;ois que, tombant dans l'erreur commune, je me sers du terme multiplication pour exprimer le d&#233;veloppement d'une machine, mais j'esp&#232;re qu'il ne s'&#233;l&#232;vera de ce chef aucun doute dans l'esprit des lecteurs sur ce que j'ai voulu dire. En principe, la multiplication est au d&#233;veloppement comme pi est &#224; 3,1416, puisque le dernier repr&#233;sente la circonf&#233;rence d'une roue dont la premi&#232;re serait le diam&#232;tre. Comme il y a de plus en plus tendance &#224; confondre ces deux expressions, et que je ne me pique point de purisme, passons. &#192; Sainte-Foy o&#249; je pr&#233;c&#232;de de deux kilom&#232;tres mon compagnon, la fanfare locale nous salue d'un joyeux pas redoubl&#233; en se rendant &#224; l'&#233;glise : l'unique rue du bourg est pleine de monde, dix heures vont sonner et l'on se h&#226;te vers la grand'messe &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons, le matin m&#234;me, constat&#233; la m&#234;me affluence de fid&#232;les &#224; Saint-H&#233;and. Nous ne d&#233;jeunerons qu'&#224; midi et, apr&#232;s avoir remis&#233; nos montures, nous essayons de p&#233;n&#233;trer &#224; notre tour dans l'&#233;glise, chose peu facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'H&#244;tel de la Poste (recommand&#233;), nous nous trouvons, &#224; l'heure dite, trois convives affam&#233;s, M.&#160;M.&#160;qui venait de Villefranche et &#224; qui nous avions donn&#233; rendez-vous &#233;tant arriv&#233; peu de temps apr&#232;s nous. Pendant le repas, le ciel se couvrit de plus on plus et une petite pluie fine commen&#231;a &#224; tomber &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tant mieux, elle abattra la poussi&#232;re. &#192; 2 heures nous sommes pr&#234;ts &#224; partir, mais je laisse mon compagnon du matin reprendre seul la route de Saint-&#201;tienne, cette fois par Belle-garde et Saint-Galmier, et je descends sur l'Arbresle en-compagnie de M.&#160;M.&#160;qui rentre &#224; Villefranche. Toujours pas ou presque pas de cyclistes sur la route. Ma grande multiplication fait merveille pendant ces 20 kilom&#232;tres de pente douce coup&#233;s &#231;&#224; et l&#224; de quelques paliers, voire de quelques faibles contre-pentes que je remonte par la vitesse acquise. Une ond&#233;e un peu vive nous force &#224; nous abriter un instant,mais ce n'est qu'une alerte, la pluie ne m'incommodera s&#233;rieusement que le soir. En sortant de l'Arbresle, je prends cong&#233; de mon second compagnon au pied de la mont&#233;e qui par &#233;chelons doit m'amener &#224; la Tour de Salvagny, point culminant entre l'Arbresle et Lyon. Il va sans dire que je m'applique la petite multiplication qui me permet de faire ces quelques kilom&#232;tres, en rampe douce d'ailleurs, sans m'en apercevoir, une main dans la poche et quelquefois m&#234;me hands off. Une belle route vraiment qui devrait &#234;tre plus fr&#233;quent&#233;e par les cyclistes lyonnais que je n'ai commenc&#233; &#224; rencontrer qu'&#224; Charbonni&#232;re o&#249; ils pullulaient comme &#224; Andr&#233;zieux pullulent les dimanches les cyclistes st&#233;phanois. Non vraiment ce n'est plus &#231;a, je ne retrouve plus le cyclisme d'autrefois &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis qu'Arator, de joyeuse m&#233;moire, a mis &#224; la mode le tourisme banlieusard on n'excursionne plus que d'une fa&#231;on tr&#232;s restreinte. Peut-&#234;tre aussi les pneumatiques sont-ils responsables de cet &#233;tat de choses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'ose plus s'&#233;loigner de crainte d'&#234;tre oblig&#233; de revenir par le grand fr&#232;re, ce qui augmente sensiblement les frais de route et d&#233;truit de fond en comble le charme du voyage. Je montais pourtant ce jour-l&#224;, ai-je oublie de le dire &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? contrairement &#224; mes principes, des pneumatiques monocables dont je n'ai eu qu'&#224; me louer &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils &#233;taient neufs du reste et et il est reconnu que les pneumatiques ne commencent &#224; vous emb&#234;ter qu'apr&#232;s trois mois au moins et six mois au plus tard. Mais ne revenons pas sur un sujet tant ressass&#233;. &#192; la Tour de Salvagny, sur l'affirmation d'un passant, que je n'ai plus qu'&#224; descendre, ou &#224; peu pr&#232;s, je replace ma cha&#238;ne sur la grande multiplication et, deux minutes apr&#232;s, je me heurte &#224; une derni&#232;re c&#244;te de quelques centaines de m&#232;tres au sommet de laquelle la p&#233;dale me para&#238;t terriblement dure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces trois ou quatre cents m&#232;tres m'ont plus fatigu&#233; que toute la mont&#233;e depuis l'Arbresle &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je d&#233;vale maintenant &#224; toutes p&#233;dales sur Charbonni&#232;re et la Demi-Lune o&#249; j'arrive en cinquante minutes de l'Arbresle. Malgr&#233; mes pneumatiques, gonfl&#233;s sans doute &#224; l'exc&#232;s, je trouve, comme toujours, d&#233;testable l'interminable pav&#233; de Vaise aux Brotteaux, et je r&#233;clame, in petto, des trottoirs &#224; l'usage des cyclistes &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos petits-neveux en auront s&#251;rement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que n'auront-ils pas ces gaillards-l&#224; &#224; qui nous pr&#233;parons un si bel avenir. La pluie se met &#224; tomber abondamment et me fait grogner davantage, il me faudrait maintenant des trottoirs couverts &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ces grognements ne sont que superficiels&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le fond je suis enchant&#233; de ma journ&#233;e et je ne demande qu'&#224; recommencer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, d&#232;s le lendemain huit heures, suis-je sur pied, sur roues veux-je dire et, par un temps splendide, je pars escort&#233; de mon fils, jeune gars de 17 ans, dont je tenais &#224; &#233;prouver les poumons et les jarrets. Nous devions remonter l'Azergue et revenir, soit par Beaujeu soit plus modestement par Saint-Cyr-le-Chatou. Mon compagnon qui, malgr&#233; mes paternelles objurgations, a tous les d&#233;fauts des cyclistes de la jeune &#233;cole, monte une bicyclette l&#233;g&#232;re, sans frein, guidon cintr&#233; bas, multiplication plut&#244;t forte 5m,50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est heureusement d'un naturel prudent, bien ma&#238;tre de sa machine et l'absence du frein ne m'a pas inqui&#233;t&#233; outre mesure. Je montais ma Gauloise &#224; deux multiplications et comme j'avais en premi&#232;re perspective la mont&#233;e de Champagne, vous pensez bien que c'est avec le d&#233;veloppement de 4m,40 que je commen&#231;ai la journ&#233;e. Nous avions pour objectif imm&#233;diat Claveizolles et l'h&#244;tel Monnery (recommand&#233;) o&#249; j'avais conduit ou plut&#244;t transport&#233; en tritandem,il y a huit ans, mon compagnon d'aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai m&#234;me cont&#233; &#224; l'&#233;poque, dans le &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;, ce voyage qui fut le point de d&#233;part de mon dada, lequel, vous ne l'ignorez pas, consiste &#224; faire du cycle un outil de transport. Apr&#232;s avoir aval&#233; en maugr&#233;ant les six kilom&#232;tres de pav&#233; qui nous s&#233;parent de Vaise, nous enlevons convenablement la mont&#233;e sans m&#234;me entrer en moiteur bien que le soleil soit d&#233;j&#224; haut, mais il vente frais et lorsque, laissant &#224; droite la route du Limonest, nous nous engageons &#224; la descente coup&#233;e encore de deux petites mont&#233;es, qui nous conduira jusqu'aux bords de l'Azergue,. nous avons presque l'ongl&#233;e. En abordant la descente d&#233;finitive, je mets pied &#224; terre et, en un clin d'&#339;il, car je deviens habile &#224; la man&#339;uvre, je m'applique la multiplication de 7 m&#232;tres et. je puis suivre, en me jouant, les plus vertigineux emballages de mon jeune compagnon qui r&#234;ve de semer papa. Cela dure ainsi jusqu'&#224; Chessy par Civrieux, Lozanne et Ch&#226;tillon. Au Pont, je juge le moment venu de me remettre &#224; la petite vitesse, persuad&#233; que la mont&#233;e va &#234;tre constante et assez dure, impression laiss&#233;e par le Voyage en tandem jusqu'&#224; Claveizolles, mais j'ai dix fois regrett&#233; de n'avoir pas conserv&#233; la grande multiplication, ne f&#251;t-ce que pour en faire l'exp&#233;rience sur une mont&#233;e d'une certaine importance, mais qui ne justifiait pourtant pas mes craintes. C'est que, huit ans auparavant, j'y avais tellement su&#233; en tra&#238;nant mes 200 kilos qu'il m'en &#233;tait rest&#233; un souvenir p&#233;nible. Le soleil cependant commence &#224; chauffer, la pluie de la veille a passablement d&#233;tremp&#233; le sol et le paysage manque le plus souvent de charme, si bien que nous passons assez m&#233;lancoliquement &#224; Pont-Tarret, Ternand, Chamelet, La Foleti&#232;re, Lamure et atteignons enfin Claveizolles &#224; 11 heures c'est-&#224;-dire exactement 3 heures apr&#232;s, notre d&#233;part des Brotteaux : je n'ai pas not&#233; le kilom&#233;trage exact, mais nous avons d&#251; marcher &#224; un train moyen de 18 &#224; l'heure. Tr&#232;s en moiteur, nous en profitons pour nous ablutionner abondamment d'eau froide et, m'inspirant des proc&#233;d&#233;s Kneipp, je trempe les pieds dans le ruisseau qui coule avec un joli bruit de cascade. C'est agr&#233;able, rafra&#238;chissant et cela vous d&#233;lasse comme par enchantement. Sauf quelques passages, la remont&#233;e de l'Azergues jusqu'&#224; Lamure est un jeu d'enfant, mais il para&#238;t qu'apr&#232;s Lamure et jusqu'aux &#201;charmeaux la note change. Je n'ai pas encore fait ce bout de route. De Lamure &#224; Claveizolles on remonte un ruisselet tr&#232;s limpide ce jour-l&#224; alors que l'Azergue &#233;tait caf&#233; au lait, ce qui aurait suffi pour faire comprendre &#224; un observateur que la pluie de la veille que j'avais cru g&#233;n&#233;rale n'avait &#233;t&#233; que partielle et qu'il ne faudrait pas &#234;tre &#233;tonn&#233;, comme nous le f&#251;mes, de trouver les j routes du bord de la Sa&#244;ne aussi poussi&#233;reuses que celles de la vall&#233;e d'Azergues &#233;taient boueuses. Cela n'avait aucune importance au point de vue pratique, mais il est bon, quand on voyage, de s'habituer &#224; observer intelligemment et &#224; tirer de ses observations leurs cons&#233;quences logiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cyclistes sont bien re&#231;us et la table est bonne &#224; l'h&#244;tel Monnery, aussi ai-je &#233;t&#233; &#233;tonn&#233; de ne pas rencontrer de cyclistes dans ces parages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous proposions de farnienter jusqu'&#224; 3 heures, mais le temps sembla soudain devoir se g&#226;ter et, &#224; 2 heures pr&#233;cises, nous filons grand train, (j'avais repris mes 7 m&#232;tres) sur Lamure, La Foleti&#232;re et Ailli&#232;re, d'o&#249; nous devons nous &#233;lever pendant 7 &#224; 8 kilom&#232;tres &#224; 5 p.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% jusqu'&#224; Saint-Cyr-le-Chatou. Je m'empresse, naturellement, de me remettre &#224; 4m,40, en regrettant m&#234;me de n'avoir pas 3m,50 &#224; mon service&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en me voyant mettre pied &#224; terre, l'aubergiste du coin me croit dans l'embarras, accourt avec sa fille qui fredonne ga&#238;ment :&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle a crev&#233; son pneumatique&lt;br class='autobr' /&gt;
La pauvre Ang&#233;lique.&lt;br class='autobr' /&gt;
sans doute pr&#234;te, l'un et l'autre, &#224; nous offrir leurs services&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ils n'ont pas fait dix pas que ma cha&#238;ne est en place et que je me dispose &#224; repartir &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le brave homme daigne trouver mon truc ing&#233;nieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ils ne passent pas souvent par l&#224;, les cyclistes &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous dit-il, quand il nous voit quitter la route et nous mettre en mesure d'escalader, non pas pedibus cum jambis, mais pedal&#239;bus cum rotis.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai porte-bagages devant et porte-bagages derri&#232;re, de sorte qu'il semble tout naturel &#224; mon jeune homme, que je me charge de tous les bagages, ce qui me chagrine peu, car je ne suis pas de ceux qui donnent, &#224; quelques kilos de plus ou de moins, une importance capitale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous avons grimp&#233; fort tranquillement sans nous h&#226;ter mais aussi sans faiblir un instant et nous sommes arriv&#233;s au point culminant au Parassou juste en 31 minutes. Le paysage est convenable et au sommet la vue est superbe, le sol est tr&#232;s bon, la pente tr&#232;s r&#233;guli&#232;re, il va sans dire que nous n'avons pas vu l'ombre d'un cycliste. La bi&#232;re et la limonade qu'on nous sert &#224; l'auberge du Parassou, et que nous avons bien m&#233;rit&#233;es sont fra&#238;ches, ce qui est une qualit&#233; qu'on ne rencontre pas toujours dans ces auberges isol&#233;es, au Prado, par exemple, entre Montbrison et Ambert, o&#249; j'ai essay&#233; vainement de boire la plus affreuse drogue qu'on ait jamais os&#233; pr&#233;senter comme rafra&#238;chissement. Encore un changement de multiplication qui me permettra de descendre la c&#244;te tr&#232;s agr&#233;ablement. Mon fils a fait la mont&#233;e avec sa multiplication unique de 5m,50, sans para&#238;tre le moins du monde incommod&#233;, car nous n'avons cess&#233; de causer et je me serais aper&#231;u ainsi de la premi&#232;re trace d'essoufflement &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il fait de m&#234;me la descente sans se laisser entra&#238;ner, toujours ma&#238;tre de sa monture et malgr&#233; l'absence de frein, se contentant pour obtenir un ralentissement rapide de placer le bout du pied sur la roue directrice. N&#233;anmoins, il aurait pu survenir telle surprise qui l'e&#251;t pris au d&#233;pourvu et je lui r&#233;p&#232;te ici que c'est une grande sottise de n'avoir pas de frein sur sa machine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Rivolet, la pente devient peu &#224; peu insensible et l'on traverse Denic&#233;, puis Gleiz&#233;. Je me souviens, bien &#224; propos, en face du clocher de ce dernier village, qu'un des plus fid&#232;les abonn&#233;s du &lt;i&gt;Cycliste&lt;/i&gt;, le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Cl., demeure pr&#232;s de l&#224; et m'a souvent engag&#233; &#224; aller le voir. C'est une occasion et j'en profiterai pour soumettre au docteur, qui est un des cyclistes les plus exp&#233;riment&#233;s et les plus pratiquants que je connaisse, ma double multiplication. Sit&#244;t pens&#233;, sit&#244;t fait, mais ce n'est pas pourtant chose si facile quand on est Gleiz&#233; que d'aller &#224; Ouilly ou pour mieux dire au domaine du Loup, que, du point o&#249; nous sommes, on nous fait voir &#224; une bonne port&#233;e de fusil &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut d'abord passer aupr&#232;s d'une maison abandonn&#233;e, hant&#233;e et, le soir, sinistre assur&#233;ment, qui doit avoir une histoire que l'on est curieux de conna&#238;tre, puis descendre un ravin que l'on remontera ensuite de l'autre c&#244;t&#233; et enfin nous voil&#224; dans un ravissant cottage o&#249; le docteur Cl., nous fait le plus charmant accueil. Il nous a fallu deux heures environ pour, de Claveizolles venir &#224; Ouilly et nous nous sentons si frais et dispos que nous acceptons d'embl&#233;e l'offre que nous fait notre h&#244;te de terminer l'&#233;tape avec nous en l'allongeant un peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pointons nos guidons vers Beauregard et par Riottier o&#249; la mont&#233;e, bien faible pourtant, et surtout le d&#233;sir de montrer comment fonctionne mon truc, comme disait l'autre, me mettent &#224; la petite vitesse, nous allons jusqu'&#224; Tr&#233;voux d'o&#249; nous revenons par le pont Saint-Bernard et Anse jusqu'&#224; Pommiers o&#249; famille et g&#238;te nous attendent, mais quelle poussi&#232;re grand Dieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quelles nu&#233;es de cyclistes des deux sexes et de tout &#226;ge, que de voitures, que de mouvement et que d'encombrement sur cette roule d'Anse, la plus belle lieue de France, &#224; en croire les habitants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que l'on &#233;tait donc mieux &#224; Saint-Cyr-le-Chatou et que le soir l&#224;-haut doit paisiblement et silencieusement monter du fond de la vall&#233;e, alors qu'en ce bas-fond, tout ce brouhaha, fait des chants des passants, des appels des cyclistes,des claquements de fouet, des beuglements des trompes, le tout perdu, noy&#233;,englouti dans des nuages de poussi&#232;re, nous &#233;c&#339;ure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en finir avec ma premi&#232;re s&#233;rieuse exp&#233;rience des bicyclettes &#224; deux multiplications, j'ajouterai seulement que le lendemain matin, en rentrant de bonne heure &#224; Lyon, je c&#233;dais &#224; la tentation de faire marcher plus vite qu'il n'en avait envie un jeune cycliste qui rentrait eadem via, et qui ne voulait pas se laisser d&#233;passer par un vieux aux tempes grisonnantes &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et nous v&#238;nmes ainsi d'Anse &#224; Neuville en 25 minutes, gr&#226;ce &#224; mes 7 m&#232;tres. &#192; Couzon, la pluie survint et comme la porte hospitali&#232;re de l'Homme de la Montagne s'ouvrait &#224; ce moment m&#234;me, je m'y engouffrai d&#233;lib&#233;r&#233;ment et sans fa&#231;on aucune, car c'est ainsi que notre savant collaborateur aime qu'on lui rende visite. J'&#233;tais d'ailleurs bien aise de lui conter mon premier flirt avec les grandes multiplications auxquelles je trouve un charme qu'il d&#233;daigne du reste absolument. Fantaisie, me r&#233;pond-il, et rien que fantaisie, aucun c&#244;t&#233; utile ni pratique. Je n'en disconviens pas, mais combien il est amusant de c&#233;der parfois &#224; la fantaisie et de faire marcher les p&#233;dards, soit &#224; la mont&#233;e soit en plat, plus vite qu'ils ne le veulent. N'est-ce pas un plaisir &#233;gal &#224; celui de forcer &#224; la course un li&#232;vre ou un chevreuil &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;e pascale (1912)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article236</link>
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		<dc:date>2022-04-27T08:04:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>
		<dc:subject>Durance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; nous r&#233;pondons en criant aussi et en levant les bras. Telle est la nouvelle fa&#231;on de se saluer, au passage, que la vitesse croissante des v&#233;hicules a introduite entre chauffeur, et m&#234;me entre cyclistes. On pousse des cris sauvages et on agite les bras fr&#233;n&#233;tiquement. Entre aviateurs, il faudra encore trouver autre chose.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Durance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1912, r&#233;trospective Le Cycliste sep oct 62&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu enfin, &#224; deux, nous offrir une &#233;tape de 40 heures, de 46 heures m&#234;me, et la terminer dans le train, c'est-&#224;-dire, sans souffrir outre mesure du manque de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon compagnon n'envisageait ces longues &#233;tapes qu'avec quelque crainte et, doutant de son endurance, ne se croyait pas capable de p&#233;daler aussi longtemps sans discontinuer. Or, il s'en est tir&#233; beaucoup mieux que moi-m&#234;me et s'il eut &#233;t&#233; seul et qu'il n'ait eu en vue que la longueur de l'&#233;tape et non pas son agr&#233;ment, nul doute qu'il n'eut couvert, pendant les 46 heures, pr&#232;s de 800 kilom&#232;tres. Tandis que nous n'en avons fait, ensemble, que 585, un peu moins que je n'en fis, seul, l'an dernier. Mais il faut bien se mettre dans l'esprit, qu'&#224; deux, on sera toujours retard&#233;, &#224; trois davantage, et &#224; quatre encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a dit : P&#233;daler est un travail si &#233;reintant qu'on ne peut s'y livrer plus de dix heures cons&#233;cutives, sous peine d'&#234;tre an&#233;anti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;pondons : P&#233;daler est, au contraire, un travail si peu fatiguant, qu'on peut s'y livrer, de temps &#224; autre, sans crainte de surfatigue, jusqu'au moment o&#249; s'impose le besoin de dormir, c'est-&#224;-dire pendant, au moins, 40 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous le prouvons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et nous assurons, avec plus de force que jamais, qu'&#224; la condition d'y avoir du plaisir et de savoir s'alimenter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la condition, aussi, de ne jamais, par un sot amour-propre, vouloir aller plus vite qu'on ne le peut, nous assurons &#224; tous les cyclistes que les randonn&#233;es de 40 heures ne sont qu'amusement et d&#233;lassement hygi&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il convient qu'on ne se joigne &#224; des compagnons d&#233;j&#224; entra&#238;n&#233;s, qu'apr&#232;s s'&#234;tre rendu compte, par des tentatives solitaires, de ses propres forces, c'est-&#224;-dire, de l'allure &#224; laquelle on peut pr&#233;tendre (allure qui, &#224; machines &#233;gales, varie avec chaque individu) et de l'effort qu'on est capable de soutenir pendant 40 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait, restez toujours en dedans de vos moyens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ne vous croyez pas oblig&#233; de r&#233;pondre aux provocations tacites des p&#233;dards qui vous d&#233;passent, ou de suivre, quand m&#234;me, des compagnons qui ont, dans les muscles, plus de force et dans les poumons, plus de vitesse. Surtout, n'oubliez pas de manger avant d'avoir faim, et de boire, avant d'avoir soif, sans vous inqui&#233;ter de ce que penseront vos amis, des exigences de votre estomac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faites comme si vous &#233;tiez seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vous arriviez un peu plus tard, cela n'a pas d'importance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le principal est que vous arriviez en bon &#233;tat, sans fatigue anormale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, il vaut mieux, tout bien consid&#233;r&#233;, partir avec des compagnons moins vigoureux, moins entra&#238;n&#233;s, et se contenter de les suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si ces compagnons se confient &#224; vous pour que vous les habituiez aux longues randonn&#233;es, n'allez pas les en d&#233;go&#251;ter en les vannant d&#232;s les premiers cent kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; donnez-leur au contraire, l'exemple de la mod&#233;ration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apprenez-leur &#224; se servir intelligemment de la polymultiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rappelez-leur qu'on gagne, toujours plus qu'on ne perd, &#224; abaisser son d&#233;veloppement, car beaucoup ont une tendance marqu&#233;e &#224; garder, trop longtemps, la grande multiplication qu'une circonstance favorable leur aura fait prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons un point &#224; ce bien long pr&#233;ambule qui n'aura, peut-&#234;tre, pas &#233;t&#233; inutile, et contons notre randonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; midi et demi, la veille de P&#226;ques, nous quittons St-&#201;tienne. Avec mon compagnon Ch..., nous grimpons, &#224; petite allure et sous un soleil ardent &#8212; avec un l&#233;ger vent du nord dans le dos &#8212; au Col du Grand-Bois, o&#249; &#224; 13 h. 30, nous attendait Cl..., jeune &#233;tudiant parisien en vacances, qui nous &#233;tonnera par l'aisance avec laquelle il enl&#232;vera les c&#244;tes les plus raides avec une machine ne pesant pas moins de 26 kg alors que celle de Ch... ne d&#233;passait pas 18 kg et la mienne 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les temps sont chang&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne remorque plus comme en 1902 et 1903 des 28 et 30 kg. Cependant j'emporte toujours un tas d'objets qui ne me servent gu&#232;re, et j'en avais, cette fois, pour 5 kg : enveloppe et chambre de rechange, lanterne garnie et provision de carbure, jambi&#232;re et p&#232;lerine caoutchouc, chandail, bas, chemises, mouchoirs, serviette, revolver, quatre cartes entoil&#233;es et, enfin, un kilo de provisions de bouche : pain complet, bananes, kalougas et autres cartouches alimentaires. Ma sacoche contenait l'outillage ordinaire augment&#233; de quelques clefs sp&#233;ciales et un suppl&#233;ment de n&#233;cessaire de r&#233;paration. Bref, j'en avait pour 5 kg, alors que Ch... n'emportait que 2 kg.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; 16 h. 15, nous entrons &#224; Valence (92 km en 3 h. 45) apr&#232;s une halte d'un quart d'heure aupr&#232;s d'une fontaine pour croquer quelques bananes, car nous ne nous arr&#234;terons plus, maintenant, avant Die. Le vent nous g&#234;ne souvent, de fr&#233;quentes ondulations nous obligent &#224; changer fr&#233;quemment de vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entrant dans Saillans, entre chien et loup, qui trouvons-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un jeune couple st&#233;phanois, compagnon de nos promenades habituelles dominicales, qui, sur un tri-tandem 4 vitesses par d&#233;railleur, est parti &#224; 7&#8239;h.&#8239;1/2 de St-&#201;tienne, et vient passer la nuit l&#224;, apr&#232;s 135 km de route. Nous regrettons que notre itin&#233;raire nous ait fix&#233; notre g&#238;te &#224; Die, 23 km au-del&#224;. Nous nous souhaitons r&#233;ciproquement bon voyage et filons, apr&#232;s avoir allum&#233; nos lanternes : et nous voici &#224; Die, &#224; l'H&#244;tel de la Gare, en m&#234;me temps qu'un train parti de Livron au moment o&#249; nous quittions Valence. Pour arriver &#224; Die par ce train l&#224;, il faut quitter St-&#201;tienne &#224; 10 heures et payer 9 fr. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Concluez.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avions esp&#233;r&#233; pouvoir dormir mieux et plus longtemps, mais &#224; 23 heures, un dernier voyageur arriva, menant grand tapage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se rendormit lentement, et &#224; 2 heures et demie, une montre-r&#233;veil claironna la diane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois heures sonnaient &#224; diff&#233;rentes horloges, quand nous quittions Die, ce dimanche matin, &#224; quatre. Notre groupe s'&#233;tant augment&#233; d'un de nos collaborateurs Jules G..., d&#233;sirant faire un bout de route &#224; nos c&#244;t&#233;s, et G... autre abonn&#233; du Cycliste qui nous accompagnera jusqu'&#224; Puget-Th&#233;niers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Clasp de Luc, au clair de lune, ne manque pas d'&#233;tranget&#233;, et, en s'&#233;levant vers le Col de Cabre, on a, par moments, une vue assez &#233;tendue sur le frais vallon o&#249; se cache Bauri&#232;res. Ce col est un des moins int&#233;ressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 6 heures pr&#233;cises, nous mettons pied &#224; terre au sommet devant une borne de fort calibre, qui semble dater de loin, car l'inscription y est encore en langue latine. Peut-&#234;tre est-ce du pseudoantique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cependant il para&#238;t vraisemblable qu'il y e&#251;t l&#224;, de tout temps, un passage facile de la vall&#233;e de la Durance dans celle du Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours pas d'incident. Nous nous laissons descendre &#224; toute allure, en d&#233;pit de quelques mauvais tournants et de deux cassis. Apr&#232;s La Beaume, le vent, nettement favorable, nous invite &#224; de folles vitesses et nous serions certainement arriv&#233;s &#224; Sisteron &#224; 8 h., si le besoin de d&#233;jeuner ne s'&#233;tait fait sentir imp&#233;rieusement. Mais, &#224; Serres, &#224; 7 h., c'est inutilement que nous essayons d'obtenir le traditionnel caf&#233; au lait. Notre jeune compagnon Cl... y fait emplette d'une casquette, le vent lui ayant emport&#233; la sienne dans la Dr&#244;me, &#224; Pontaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans plus tarder, on d&#233;vale sur Laragne (17 km en 30 minutes) : vent favorable, descente douce, pas la moindre cause d'arr&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; route libre et sol passable : du 35 km/h dans ces conditions, avec 7 &#224; 8 m&#232;tres de d&#233;veloppement, cela ne p&#232;se gu&#232;re, et l'on n'a pas grand m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vaste pancarte nous apprend &#224; l'entr&#233;e de Laragne, qu'il y a l&#224; un h&#244;tel dipl&#244;m&#233; du T-C-F. Euh, Euh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cela veut dire qu'on paiera plus cher qu'ailleurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; laissons ce dipl&#244;m&#233; &#224; messieurs les chauffeurs, et descendons dans ce tr&#232;s modeste h&#244;tel auquel on acc&#232;de par quelques marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une assez longue halte s'impose, car c'est l'heure de la messe, et le caf&#233; au lait ne sera pr&#234;t que lorsque les fid&#232;les auront entendu l' &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&lt;i&gt;Ite missa est&lt;/i&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il fut, du reste, excellent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; excellent aussi le beurre venant de Brian&#231;on, et non moins excellente la gel&#233;e de coings, dont on vida un pot compl&#232;tement. Et nous pay&#226;mes le prix (1 fr. 35) du fort d&#233;jeuner suisse qui, dans nos montagnes, n'est encore tarif&#233; que 50 ou 60 centimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passe, entre Laragne et Sisteron, de la vall&#233;e du Buech dans celle de la Durance, par une mont&#233;e insignifiante, suivie d'une longue descente, qui nous am&#232;ne, &#224; 9 h. en pr&#233;sence des fortifications de la vieille cit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; fortifications formidables sans doute autrefois, mais bien peu redoutables aujourd'hui. Le site n'en est pas moins imposant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques kilom&#232;tres, une p&#233;dale de Ch... craque, en d&#233;pit d'un graissage intensif&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il devient urgent de la d&#233;monter, et l'on constate qu'il est impossible de r&#233;gler convenablement le roulement, dont les billes tendent &#224; s'&#233;chapper pour aller se loger entre l'axe et le corps de la p&#233;dale. Continuons cependant, le mal ne s'aggravera peut-&#234;tre pas. Et nous filons de plus belle pour rattraper ce petit retard.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons la Durance et, en quelques minutes, nous voici &#224; Malijai, o&#249; tr&#232;s mal &#224; propos, nous franchissons, &#224; son tour, la Bl&#233;one. Si nous ne nous &#233;tions ravis&#233;s &#224; temps, nous allions aux M&#233;es, o&#249; nous aurions vu les rochers bizarres qui ressemblent, dit-on, &#224; une th&#233;orie de moines. Nous n'aurions pas regrett&#233; ce petit crochet, mais, ayant demand&#233; &#224; un passant si nous &#233;tions bien sur la route de Digne, il eut &#233;t&#233; peu poli de ne pas suivre les indications qu'il nous donna avec bonne gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Digne est une jolie petite ville, qui m'a plu beaucoup. Pendant que Ch... se mettait en qu&#234;te d'une p&#233;dale, je fis avec G... le tour des boulevards, qui ont de l'allure. La Bl&#233;one, par son large lit torrentueux, met de l'air et de l'espace dans ce creux de vall&#233;e, et les coteaux d'alentour sont parsem&#233;s de maisons blanches...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;levons maintenant assez rapidement, car la rampe est douce, sur la rive gauche. Puis, la descente nous am&#232;ne &#224; la Clue de Chabri&#232;res, &#233;troit d&#233;fil&#233;, qu'un torrent s'est creus&#233; dans le roc, et qui apporte quelque variante au paysage de collines pel&#233;es, de terrains incultes ou peu cultiv&#233;s, que, depuis le Col de Cabre, nous avons sous les yeux, et qui ne laisse pas que de devenir, &#224; la fin, monotone.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En sortant du d&#233;fil&#233; de Chabri&#232;res, j'ai aper&#231;u, aupr&#232;s d'une fontaine, loin de toute habitation, une table en pierre entour&#233;e de bancs et de quelques arbres : qu'on aurait &#233;t&#233; bien, l&#224;, pour un d&#233;jeuner tir&#233; des sacs, et combien il convient de remercier et d'encourager les fondateurs de ces lieux de repos offerts aux voyageurs. Seulement, les sacs sont &#224; peu pr&#232;s vides, et nous avons besoin d'un repas substantiel, que nous obtenons &#224; Barr&#234;me. Apr&#232;s quoi, sous un soleil de plus en plus chaud, il nous faut grimper assez rudement, et assez longtemps, pour passer de la vall&#233;e de l'Asse dans celle du Verdon, &#224; Saint-Andr&#233;-de-M&#233;ouilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment, nous sommes d&#233;pass&#233;s par le Docteur E..., de Saint-&#201;tienne, qui va &#233;galement &#224; Nice, mais en automobile.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rapprochons des sommets couverts de neige que, le matin, nous avons vu &#224; diverses reprises, &#233;merger, au loin, par dessus les montagnes arides de moindre altitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vall&#233;e du Verdon m'est n&#233;faste : j'y cr&#232;ve deux fois, coup sur coup, mon pneu avant, dont, la seconde fois, je remplace la chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'&#233;tais muni, heureusement, de chambres interrompues. Deux crevaisons en dix kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'en aurai une troisi&#232;me &#224; Fr&#233;jus, et ce sera tout. Ch... en aura autant, et de plus, un d&#233;gonflement lent l'obligera &#224; regonfler, le deuxi&#232;me jour, toutes les heures. Nous n'avons pas, en somme, pay&#233; trop cher le plaisir de rouler sur des pneus de luxe, tr&#232;s souples, tr&#232;s minces, et dont le rendement n'est &#233;gal&#233; que par les pneus-boyaux des coureurs, qui ont d'autres inconv&#233;nients. Rien n'est parfait ici-bas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Col de Verg&#244;ns, quand on l'attaque du c&#244;t&#233; de Saint-Andr&#233;, n'a rien de redoutable, mais quand, en plein midi, on l'attaque du c&#244;t&#233; de Nice, ainsi que je le fis l'an pass&#233;, c'est une autre chose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cette ann&#233;e, la neige est moins pr&#232;s du col qu'&#224; P&#226;ques 1911&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'hiver a, sans doute, &#233;t&#233; aussi b&#233;nin dans les Alpes, qu'il l'a &#233;t&#233; chez nous et les sources seront t&#244;t taries cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Rouaine, la route descend &#224; travers des gorges tr&#232;s pittoresques, passe sur un pont qui a, autant que bien d'autres, le droit de s'appeler : Pont du Diable, s'insinue entre deux murailles rocheuses qui s'&#233;l&#232;vent de plus en plus, &#224; mesure qu'on se rapproche du lit du torrent, qu'on atteint, enfin, aux Scaffarels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La descente continue, mais la nature cesse d'&#234;tre farouche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e s'&#233;largit, la ligne du &#034;Sud-France&#034; se loge ais&#233;ment entre le torrent et la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil qui p&#233;n&#232;tre difficilement au fond des gorges de Rouaine, et que nous avions cess&#233; de voir, nous caresse encore de ses derniers rayons quand nous atteignons le Pont de Gueydan.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Notre programme nous fait, ici, quitter la route Digne-Nice, et nous devons remonter le Var pendant une vingtaine de kilom&#232;tres pour voir les Gorges de Dalluis. Ce n'est plus du transport, c'est de l'excursion. Et vraiment, ce crochet de quarante kilom&#232;tres est &#224; recommander&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est d'abord insignifiante, elle est m&#234;me d&#233;sagr&#233;able par les rails d'un tramway en construction, et par les travaux d'&#233;largissement, car cette route qui, jusqu'ici, finissait en cul-de-sac, va devenir partie de la fameuse Route des Alpes, que nous devons au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Touring-Club de France&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Dalluis m&#234;me, les joueurs de boules ajoutent &#224; l'encombrement, et font la partie au beau milieu de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et ce n'est pas seulement &#224; Dalluis que nous constat&#226;mes ce sans-g&#234;ne des boulistes, qui nous lan&#231;aient le cochonnet dans les roues et nous auraient peut-&#234;tre fait embrasser Fanny, si nous avions protest&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Dalluis, commence une rampe de quelques kilom&#232;tres, et l'on entre, bient&#244;t, dans les gorges proprement dites, que l'on domine toujours, d'assez haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond d'un couloir &#233;troit, encaiss&#233; entre les parois verticales de rochers aux colorations impr&#233;vues, le torrent roule ses flots opalescents. Je ne sais rien de comparable &#224; ces gorges dont on ne commence &#224; parler que depuis quelques ann&#233;es, alors que tant d'autres, qui sont &#224; cent coud&#233;es au-dessous d*elles, sont c&#233;l&#232;bres dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous y trouvions &#224; l'heure la plus favorable, celle o&#249; le soleil se couche, et les tons vifs et chauds des roches brunes, rouges, vertes, saillaient vigoureusement en haut, tandis que l'ombre montait peu &#224; peu, d'en bas. Et c'&#233;tait le combat du jour et de la nuit. En face de nous s'ouvrait, dans la montagne, une faille profonde, &#233;troite et myst&#233;rieuse, d'o&#249; venait se m&#234;ler au Var, un autre torrent : une entr&#233;e de l'enfer de Dante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pass&#226;mes sous plusieurs tunnels, courts heureusement, car ils sont peu &#233;clair&#233;s, et le sol y est mauvais comme d'ailleurs partout, &#224; cause des r&#233;fections dont cette route est l'objet, et je conseille d'attendre que la route des Alpes soit termin&#233;e, avant d'aller excursionner par l&#224;, &#224; moins que l'on ne soit pas press&#233;, ce qui n'est, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! jamais notre cas. Nous disposons de peu de temps et nous voulons quand m&#234;me voir, en deux ou trois jours, ce &#224; quoi la plupart des cyclotouristes consacrent une semaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e est finie, et la descente nous entra&#238;ne jusqu'&#224; Guillaumes, mais, avant d'y arriver, nous rebroussons chemin : la nuit vient vite, une fois le soleil couch&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ma myopie, et la prudence qui en d&#233;coule, vont m&#234;me m'obliger &#224; retarder d'un long quart d'heure, la marche du groupe. Apr&#232;s Dalluis, je me trouve, en effet, bloqu&#233; par une voiture qui trotte &#224; dix &#224; l'heure, et ne nous laisse, pour la d&#233;passer, que l'espace compris entre les rails du tramway. Mes trois compagnons passent sans h&#233;siter, mais je n'ose les suivre : un d&#233;rapage entre les rails aurait pour r&#233;sultat de me jeter, ou bien sous les roues de la voiture, ou bien par-dessus le parapet, dans le Var. Cruelle alternative : j'aime mieux rester derri&#232;re la guimbarde, et ce n'est que peu avant le Pont de Gueydan, que, profitant d'un passage o&#249; les chevaux vont au pas, je me hasarde &#224; d&#233;passer enfin cet attelage malencontreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit est maintenant venue, le vent est froid et contraire, on br&#251;le quelques cartouches alimentaires, on allume les lanternes, et en route pour Entrevaux, que j'aurais voulu montrer, en plein jour, &#224; mes compagnons. La nuit, ce site si pittoresque, avec ses fortifications taill&#233;es dans le rocher, perd toute son &#233;tranget&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si encore nous avions eu un beau clair de lune&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Entrevaux, la route n'est plus tortueuse, et nous pouvons aller un peu plus vite, si bien qu'&#224; 20 heures, nous nous arr&#234;tons &#224; Puget-Theniers, en retard seulement d'une heure sur notre horaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#238;ner et s&#233;paration. G... s'arr&#234;te ici : quant au jeune &#233;tudiant Cl., qui, pour ses d&#233;buts de randonneur, s'est merveilleusement comport&#233;, et qui aurait bien voulu continuer avec nous jusqu'&#224; Fr&#233;jus, il est forc&#233; de s'arr&#234;ter ici, &#224; la suite de la rupture de ses freins dans une chute, d'ailleurs, anodine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne pourra les faire r&#233;parer que le lendemain. Cl... est vraiment navr&#233; de ce contretemps, il ne ressent aucune fatigue et aurait tant voulu t&#226;ter d'une &#233;tape nocturne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Cependant, &#224; vingt ans, on a besoin de sommeil et le hasard a bien fait les choses en for&#231;ant ce jeune homme &#224; s'arr&#234;ter apr&#232;s les 420 kilom&#232;tres qu'il vient de couvrir &#224; nos c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch... et moi, nous partons, lanternes allum&#233;es et manteaux imperm&#233;ables d&#233;ploy&#233;s, &#224; 21 h. 45. L'allure, &#224; la descente, &#224; cause de mes faibles yeux, sera forc&#233;ment lente, et nous aurions froid sans gants et manteaux. Je mentirais en disant que cette descente de soixante kilom&#232;tres, dans la nuit d'un noir d'encre, fut agr&#233;able. Mon compagnon, dou&#233; d'excellent yeux, filait, filait, disparaissait, puis m'attendait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suivais derri&#232;re le c&#244;ne de lumi&#232;re de ma lanterne, dont le reflet dans mes lunettes, &#233;tait plut&#244;t g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Tou&#235;t, on dansait encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Villars, ou, l'ann&#233;e derni&#232;re, j'avais d&#233;jeun&#233; sous une tonnelle &#8212; Dieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'il y faisait chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!	&#8212; tout dormait. Peu apr&#232;s, la route passe sur la rive gauche du Var, et le Pont de la Mescla n'est plus tr&#232;s loin, je m'en souvenais, et j'en avertis Ch... qui &#233;tait en difficult&#233; avec un de ses pneus et oblig&#233; de lui donner, de temps en temps, quelques coups de pompe. Deux ou trois autos nous d&#233;pass&#232;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol &#233;tait, par moments, bien caillouteux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au Pont de la Mescla, nous m&#238;mes pied &#224; terre. J'aurais voulu montrer &#224; mon compagnon, combien &#233;trange et farouche est ce confluent de deux torrents, mais on y voyait... comme dans un four&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La lune &#233;tait pourtant lev&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement, entre elle et nous, une &#233;paisse couche de nuages s'&#233;tait interpos&#233;e et nous commencions &#224; &#234;tre inquiets du temps pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons toujours, sous la montagne qui surplombe, dans les tunnels, le long des eaux qui se brisent sur les rochers, mugissent et tourbillonnent et miroitent lugubrement, &#233;clair&#233;es &#231;&#224; et l&#224;, par des lampes d'usines &#233;lectriques. Non, vraiment, ce n'est pas gai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ne me parlez plus d'&#233;tapes nocturnes, dans de telles conditions, sans une belle lune au firmament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vall&#233;e s'&#233;largit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au flanc de la montagne, s'accrochent des b&#226;timents f&#233;eriquement &#233;clair&#233;s... Ou pouvons-nous bien &#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et voici que le sol devient tr&#233;pidant &#224; l'exc&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vall&#233;e s'&#233;largit encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; en juger par les lumi&#232;res lointaines, nous devons &#234;tre pr&#232;s de Nice, et ces derniers kilom&#232;tres paraissent interminables. &#192; gauche, une vive lueur... ce sont, sans doute, les feux de la ville refl&#233;t&#233;s dans les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, &#224; un dernier tournant, les becs &#233;lectriques surgissent de l'ombre, nous passons sous le P-L-M.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes devant l'octroi : il est 1 h. du matin. Il nous a fallu trois heures et quart pour faire ces 60 km qu'en plein jour, nous aurions n&#233;goci&#233;s en moins de deux heures et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nettoyons et regarnissons nos lanternes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'employ&#233; de l'Octroi, &#224; qui nous demandons son avis sur le temps probable, nous dit que, la veille, le ciel est rest&#233; couvert tout le matin, et, qu'&#224; midi, le soleil s'est montr&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qu'il en sera de m&#234;me, sans doute, aujourd'hui. Et il en fut ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que faire &#224; Nice &#224; une heure du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La promenade des Anglais est, assur&#233;ment, peu anim&#233;e et, en longeant la plage d&#233;serte, nous risquerions de tomber sur quelques nervis. Prenons, sans h&#233;siter, le chemin du retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; Cannes, dans la nuit noire, il n'est rien de folichon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous f&#238;mes une halte un peu avant l'Octroi d'Antibes, dans une maison abandonn&#233;e, pour casser la cro&#251;te et, l'un et l'autre, nous ajout&#226;mes au r&#233;confort du repas, le r&#233;confort du repos, en nous abandonnant au sommeil pendant quelques instants. Du moment o&#249; nous ne pouvions r&#233;aliser notre espoir de faire la corniche par un beau clair de lune, que le soleil, m&#234;me, allait nous y manquer, pourquoi nous presser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'explique le fait que, partis &#224; 1 h. de Nice, nous n'&#233;tions &#224; Fr&#233;jus, &#224; 63 km plus loin, qu'&#224; 8 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous avions, il est vrai, fl&#226;n&#233; sur les quais de Cannes et d&#233;jeun&#233; longuement, &#224; l'Auberge des Adrets. La brume flottait sur les sommets de l'Esterel, et la caravane d'alpinistes, que Tartarin en personne conduisait, et qui partait de l'auberge pendant que vous vidions un pot de confiture d&#233;licieuse, pouvait se croire en pleines Alpes, devant des pics inaccessibles. Tous et toutes avaient d'ailleurs piolets, souliers &#224; crampons peut-&#234;tre, plumes au chapeau, et ce fort accent auquel on reconna&#238;t les enfants de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le Midi sans le soleil, voyez-vous, ce n'est plus &#231;a&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et jusqu'au Luc, par surcro&#238;t, la route, sillonn&#233;e d'autos, n'a rien d'int&#233;ressant, si bien que nous p&#233;dalions sans enthousiasme. Mais en quittant Le Luc, &#224; midi, apr&#232;s un solide d&#233;jeuner, tout changea.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus de brume, du soleil, du vent favorable, et la jolie route de Cabasse, que les autos ignorent. Soit &#224; l'aller, soit au retour, je conseille aux cyclistes d'emprunter r&#233;guli&#232;rement cette route, plus longue de 1.500 m&#232;tres, mais moins accident&#233;e que celle de Flassans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Brignoles, o&#249; nous avons marqu&#233; un arr&#234;t, tant pour boire un peu de caf&#233; que pour essayer de r&#233;parer un ressort de selle que venait de casser mon compagnon, nous f&#251;mes immobilis&#233;s par une assez longue r&#233;paration de pneumatique et, &#224; Tourves, il nous fallut rester un bon quart d'heure, &#224; voir passer une cavalcade, tr&#232;s r&#233;ussie ma foi, pour un si mince village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; une demi-douzaine d'autos, arr&#234;t&#233;es comme nous, et nous p&#251;mes nous faufiler jusqu'&#224; la premi&#232;re, dont le chauffeur, press&#233; et impatient de repartir, fumait de col&#232;re. Dix fois, il essaya de d&#233;marrer dix fois, il dut rester tranquille. On ne le remarquait pas, et l'on ne voyait pas le moindre service d'ordre, mais les farandoles virevoltaient sur la route, autour des chars, des druides, des Gaulois, des mousquetaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y avait l&#224;, au moins, cinquante chevaux, et derri&#232;re le dernier char, en rangs press&#233;s, tous les curieux venus de dix lieues &#224; la ronde. On ne pouvait pourtant entrer l&#224;-dedans comme dans des moutons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et le chauffeur rageait toujours. Ce fut, pour nous, un des c&#244;t&#233;s les plus amusants du spectacle auquel le hasard nous for&#231;ait d'assister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout finit, ici bas, et la foule s'&#233;coula&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on partit, et, jusqu'&#224; Saint-Maximin, nous e&#251;mes &#224; avaler la poussi&#232;re des autos successivement lib&#233;r&#233;es. Et l&#224;, tout &#224; coup, le vent devint contraire, nous enlevant tout espoir d'&#234;tre assez t&#244;t en Avignon, pour y prendre le train qui nous aurait amen&#233;s &#224; Saint-&#201;tienne dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivions au sommet de la mont&#233;e par o&#249; l'on s'&#233;loigne de Saint-Maximin quand, d'une automobile qui nous croise, partent de grands cris&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons &#233;t&#233; reconnus par des St&#233;phanois et nous r&#233;pondons en criant aussi et en levant les bras. Telle est la nouvelle fa&#231;on de se saluer, au passage, que la vitesse croissante des v&#233;hicules a introduite entre chauffeur, et m&#234;me entre cyclistes. On pousse des cris sauvages et on agite les bras fr&#233;n&#233;tiquement. Entre aviateurs, il faudra encore trouver autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nos bons a&#239;eux seraient ronds de flan, eux qui n'avaient point l'habitude de se presser, et qui ne s'abordaient que pos&#233;ment, avec d'exquises formules de politesse s'ils revenaient parmi nous et comme nous serions, nous aussi, d&#233;sorient&#233;s si dans quelque cent ans, nous rentrions dans la circulation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halte &#224; la Grande-Pug&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne manque jamais de me d&#233;salt&#233;rer &#224; cette fontaine, qui date de 1587, s'il vous pla&#238;t, et qui est la seule entre Aix et Saint-Maximin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, me direz-vous peut-&#234;tre, bien des haltes pour des randonneurs. Eh, mon Dieu, puisque rien ne nous presse, que notre train de retour ne passe maintenant qu'&#224; 2 h. du matin en Avignon, pourquoi nous refuserions-nous quelques agr&#233;ments&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons Aix, sans arr&#234;t, &#224; 17 h. 30, et nous atteignons Lambesc &#224; la nuit tombante. Les traces du tremblement de terre ne sont plus gu&#232;re visibles, tant &#224; Lambesc qu'&#224; Saint-Cannat, o&#249; elles m'avaient si vivement impressionn&#233;, quand je passai &#224; P&#226;ques 1910, &#224; mi-nuit, par un beau clair de lune, devant les toits b&#233;ants et les trous des murs &#233;ventr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 21 h. seulement, nous nous &#233;loignons de Lambesc, lanternes allum&#233;es, dans la nuit de plus en plus noire, la deuxi&#232;me nuit que nous allons passer sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'avoue, que, pour moi, la ration fut, cette fois, trop forte. Apr&#232;s l'&#233;tape de quarante heures, j'aime mieux me mettre au lit que me remettre en selle. Ch..., mon compagnon, dans la force de l'&#226;ge, &#224; 35 ans, qui doutait en partant de sa r&#233;sistance au sommeil, passa cette seconde nuit aussi facilement que la premi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en aurait peut-&#234;tre pass&#233; trois, comme Gustave-Adolphe qui, dit-on, pouvait r&#233;sister au sommeil pendant cinq jours et cinq nuits cons&#233;cutifs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#224; faire encore 55 km il nous fallut quatre heures, arr&#234;ts compris : &#224; S&#233;nas, pour acheter du carbure, &#224; Saint-And&#233;ol dans un caf&#233;, encore ouvert, pour regarnir les lanternes, et, plusieurs fois pour m'asperger le visage d'eau froide, afin de ne pas m'endormir sur ma machine, ce qui, chacun le sait, ne va pas sans de graves inconv&#233;nients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connais-toi toi-m&#234;me, dit la sagesse des nations. Cette fin de randonn&#233;e m'a permis de conna&#238;tre ma mesure, et je m'en tiendrai, &#224; l'avenir, aux &#233;tapes de quarante heures, sans plus, laissant aux jeunes adeptes de l'&#201;cole St&#233;phanoise le soin de d&#233;montrer que le moteur humain, aid&#233; de la bicyclette, peut, sans fatigue anormale, rouler, par monts et par vaux, pendant trois jours et deux nuits, et m&#234;me davantage, ce dont je ne serais pas autrement surpris, car (je finis comme j'ai commenc&#233;) p&#233;daler est le travail le moins fatiguant que je connaisse, et on peut, par cons&#233;quent s'y livrer pendant plus de temps qu'&#224; n'importe quel autre travail sans se fatiguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de fait que nous ne f&#251;mes incommod&#233;s ni l'un ni l'autre, et que, d&#232;s le mardi matin, bien que les quelques heures de sommeil dormies dans le train n'eussent pas &#233;t&#233; bien reposantes, nous repr&#238;mes nos occupations habituelles, puis nos ascensions matinales au Grand-Bois et, d&#232;s le dimanche suivant, nos promenades dominicales, en attendant la prochaine &#233;tape de quarante heures, au cours de laquelle nous voudrions encercler le Dauphin&#233; dans le circuit Die, Gap, Brian&#231;on, Grenoble, Givors&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quelque 600 km de routes connues, mais toujours revues avec plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! combien sont rares, randonneurs et m&#234;me cyclotouristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que nous en v&#238;mes peu au cours de ces 750 km de notre randonn&#233;e pascale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; combien, au contraire, sont plus nombreux, d'ann&#233;e en ann&#233;e, les touristes en automobiles, entass&#233;s dans les landaus, des pha&#235;tons, des limousines o&#249;, le plus souvent, ils somnolent. Je commence, vraiment, &#224; craindre que ceci ne tue cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment veut-on que ces enfants, qu'on prom&#232;ne en auto, puissent, plus tard, avoir envie de se promener &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci leur semblera un moyen de locomotion surann&#233;, sans utilit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quoi, diront-ils, vous voulez que nous nous fatiguions davantage, en allant beaucoup moins vite qu'en auto ou qu'&#224; moto&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; d'autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous pr&#233;f&#233;rons nous transporter, sans peine, &#224; cinquante &#224; l'heure, et tourister ensuite &#224; pied si le c&#339;ur nous en dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les cyclotouristes se sont jusqu'&#224; pr&#233;sent recrut&#233;s, surtout dans les classes ais&#233;es, qui peuvent, sans trop grever leur budget, s'offrir des voyages en automobile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et c'est pourquoi nous en rencontrons de moins en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut insister, de plus en plus, aupr&#232;s des moins favoris&#233;s de la fortune, et d&#233;velopper le go&#251;t du cyclotourisme chez les travailleurs qui trouveront dans les voyages et m&#234;me dans les randonn&#233;es &#224; bicyclette, un heureux d&#233;rivatif &#224; leur besogne quotidienne, parfois si fastidieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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