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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>NOTES D'UNE EXCURSION DANS LES MONTAGNES DU FOREZ ET EN AUVERGNE ( Roanne, juin 1892 )</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Auvergne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il n'est bruit dans tout Clermont, ce jour-l&#224;, que de la course de Paris &#224; Clermont organis&#233;e par la maison Michelin, et dont on attend les coureurs le lendemain matin, toute la ville se pr&#233;pare &#224; les recevoir et &#224; leur faire f&#234;te.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Auvergne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par R. Berger, Touring-Club de France, F&#233;vrier 1893 &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi soir 4&#160;juin, veille de la Pentec&#244;te, nous sommes enfin libres pour deux grands jours, l'ami E. et moi, et nous nous pr&#233;parons &#224; cette excursion que nous m&#233;ditions depuis deux mois. Nous avons projet&#233; une tourn&#233;e de deux jours de Roanne &#224; Clermont-Ferrand, en traversant les montagnes du Forez qui nous s&#233;parent de l'Auvergne. Notre itin&#233;raire longuement &#233;tudi&#233; passe par St-Just-en-Chevalet, Noir&#233;table, Thiers et Clermont et nous devons revenir par Riom, Gannat, Vichy et Lapalisse, au total 260 kilom&#232;tres. Plusieurs amis devaient se joindre &#224; nous, mais, le jour du d&#233;part, tous nous l&#226;chent, sous pr&#233;texte que le temps n'est pas s&#251;r. Or, l'ami E. et moi, nous nous &#233;tions jur&#233;s de partir &#224; l'heure fix&#233;e, quel que f&#251;t le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cinq heures du soir, donc, me trouvant libre, je m'habille en toute h&#226;te et saute sur ma fid&#232;le bicyclette pour aller prendre E. qui est aussi en tenue, et pr&#234;t &#224; partir d&#232;s qu'il sera libre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne pourra cependant partir que dans une demi-heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est un marcheur de premi&#232;re force, capable d'abattre ses cent kilom&#232;tres en quatre heures, je sais qu'il m'aura bient&#244;t rejoint&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est pourquoi je pars en avant et attaque bravement la route de Clermont, laquelle d&#233;bute par une mont&#233;e presque continue de 19 kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la pente est douce, la route excellente, et c'est un plaisir de s'&#233;lever insensiblement, tandis que le splendide panorama que l'on a sous les yeux et qui embrasse toute la plaine du Roannais, s'&#233;tend et se d&#233;veloppe de plus en plus &#224; chaque tour de roue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous entrons dans les montagnes du Forez, je crois devoir mettre en garde contre les erreurs de la carte de l'Etat-Major ceux de mes confr&#232;res en tourisme qui viendraient v&#233;locer dans ces parages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; telles routes indiqu&#233;es par de larges traits, ce qui signifie des routes parfaitement carrossables, ne sont au contraire que de mauvais chemins de mulets&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est donc urgent, avant d'entreprendre la travers&#233;e des monts du Forez, du moins dans la partie qui nous occupe, de se bien renseigner aupr&#232;s des cyclistes de la r&#233;gion. Ainsi, la route qui, &#224; partir du 10&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre apr&#232;s Roanne jusqu'&#224; Chabreloche, est indiqu&#233;e sur la carte par un large trait, est absolument impraticable aux voitures et &#224; nos machines, cette route n'&#233;tant plus entretenue depuis fort longtemps et comportant des mont&#233;es d'une longueur et d'une raideur formidables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends donc &#224; la borne 10 la route qui se d&#233;tache sur la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; celle-ci augmente, il est vrai, le parcours de 20 kilom&#232;tres, mais du moins, elle est en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s roulante, et jusqu' au point culminant, le col de Noir&#233;table, il y a &#224; peine au total 1 kilom&#232;tre &#224; faire &#224; pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je roule donc sans trop me presser en savourant le plaisir de respirer l'air pur impr&#233;gn&#233; de l'odeur des bois de pins qui bordent la route &#224; droite, et en contemplant l'admirable paysage qui se d&#233;roule &#224; mes yeux sur la gauche, lorsque, vers le 17&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; kilom&#232;tre, j'entends le son d'une corne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'ami E. que j'aper&#231;ois en effet &#224; un d&#233;tour de la route &#224; deux kilom&#232;tres derri&#232;re moi. Selon son habitude, il marche &#224; la vitesse de 18 &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, mais je me promets bien de le laisser filer seul en avant s'il veut mener ce train-l&#224; durant notre voyage. A ce moment-l&#224; il d&#233;passe une voiture remplie de paysans qui reviennent de la foire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux-ci m'ayant d&#233;j&#224; rencontr&#233; quelques minutes avant et le voyant filer &#224; la mont&#233;e avec une telle vitesse, s'imaginent qu'il s'agit d'une course et se mettent &#224; lui crier : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'attrapera&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'attrapera pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en fallait pas tant pour redoubler son ardeur, car mon ami est quelque peu piqu&#233; de la tarentule des courses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est coureur, sans l'&#234;tre, tout en l'&#233;tant, quoiqu'il s'en d&#233;fende, et qu'il ne veuille d'autre qualification que celle de touriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il p&#233;dale donc de plus belle avec rage, et au bout de trois ou quatre minutes il est aupr&#232;s de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'il constate avec fiert&#233; qu'il a mis 50 minutes pour faire ces 18 kilom&#232;tres de mont&#233;e, je remarque qu'il n'emporte avec lui aucun paquet, aucun effet de rechange, il a m&#234;me enlev&#233; son porte-bagage et les garde-boue de sa machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme je lui en exprime mon &#233;tonnement, il me r&#233;pond avec aplomb qu'il a ainsi diminu&#233; le poids de sa machine d'un kilog et qu'il n'a pas besoin d'emporter des effets de rechange, car il est certain qu'il ne pleuvra pas. Une telle assurance me d&#233;concerte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne lui r&#233;plique rien, mais je regarde du coin de l'&#339;il certains nuages noirs qui s'amoncellent au couchant et qui semblent me dire que j'ai bien fait d'emporter ma p&#232;lerine imperm&#233;able et quelques menus effets. Aussi je me promets bien, quand il pleuvra le lendemain, de me gausser un peu de l'ami E. et de son imprudence. Je me vois d&#233;j&#224; bien envelopp&#233; dans ma p&#232;lerine, tandis que lui est tremp&#233; jusqu'aux os et oblig&#233; de s'arr&#234;ter dans quelque ferme sur le bord de la route. A mon tour alors de le semer lui qui me s&#232;me &#224; chaque instant dans nos excursions de chaque dimanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais il &#233;tait &#233;crit qu'il aurait raison jusqu'au bout : Pendant tout notre voyage, nous n'avous pas eu une goutte de pluie. Il fallait le voir, aussi, au retour se moquer de mon humble balluchon qu'il appelait mes bagages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant nous arrivons au bout de la mont&#233;e, &#224; l'auberge de la Croix du Lac (19 kil.de Roanne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, la route fait un brusque d&#233;tour et se continue par une bonne descente de 2 kilom&#232;tres. En m&#234;me temps, le paysage change subitement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous trouvons maintenant dans un vallon solitaire parsem&#233; de loin en loin de quelques humbles chaumi&#232;res. Nous apercevons devant nous le village de Cremaux qui nous para&#238;t tout pr&#232;s, mais qui est cependant &#233;loign&#233; de nous de 9 kilom&#232;tres, &#224; cause des nombreux circuits de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur notre gauche, par l'&#233;chancrure de la vall&#233;e, nous d&#233;couvrons une grande partie de la plaine du Forez, au milieu de laquelle se dresse solitaire le mont d'Uzore, puis tout au fond, la sombre ligne des montagnes qui dominent Montbrison et dont la c&#238;me la plus &#233;lev&#233;e, Pierre-sur-Haute, est encore couverte de neige&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; notre droite, la vall&#233;e se resserre de plus en plus et finit en une gorge profonde h&#233;riss&#233;e de rochers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;valons rapidement la pente et franchissons le ruisseau qui arrose ce vallon, puis la mont&#233;e recommence, mais toujours douce et coup&#233;e de nombreux paliers, de sorte qu'on s'en aper&#231;oit &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons ainsi au village de Cremaux (28 kil. de Roanne)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224; nous attaquons une belle descente de 6 kilom&#232;tres en pente douce et r&#233;guli&#232;re. Nous roulons en causant ga&#238;ment &#224; travers les bois de pins qui bordent les deux c&#244;t&#233;s de la route, tandis que le soleil dispara&#238;t peu &#224; peu derri&#232;re une des cr&#234;tes de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bas de la descente, halte-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! une c&#244;te des plus raides se dresse devant nous, mais courte heureusement. Seulement, cette mont&#233;e traverse le village de Jur&#233;, ce qui fait que mon ami veut la gravir quand m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'&#233;lance donc et, dans un fort emballage, arrive prestement au sommet sous les yeux des indig&#232;nes &#233;bahis qui, lorsque je passe &#224; mon tour poussant ma machine, me crient que je ne suis pas aussi fort que l'autre. J'arrive enfin au bout de cette terrible c&#244;te, je retrouve l'ami E. qui m'attend, puis nous sautons en selle et nous nous h&#226;tons d'abattre les derniers kilom&#232;tres car la nu&#238;t commence &#224; tomber et nos estomacs se mettent &#224; crier famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route se continue par une s&#233;rie de l&#233;g&#232;res ondulations jusqu'&#224; St-Just-en-Chevalet o&#249; nous arrivons &#224; 8 heures 1/4 (41 kilom&#232;tres de Roanne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous descendons chez la m&#232;re Gaune, &#224; l'h&#244;tel de Londres o&#249; nous sommes bien connus. Ne souriez pas, amis cyclistes, de ce nom pr&#233;tentieux d'un h&#244;tel de village, je vous souhaite de tomber souvent dans vos excursions sur des h&#244;tels comme celui-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quart d'heure apr&#232;s notre arriv&#233;e, nous sommes &#224; table devant un succulent civet de li&#232;vre (au mois de juin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! n'en dites rien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) auquel succ&#232;dent des truites fra&#238;ches et d&#233;licieuses, puis deux plats de l&#233;gumes et un excellent poulet dont nous ne laissons que les os, le tout arros&#233; du bon petit vin de nos coteaux. Je me r&#233;gale enfin d'un bon fromage de montagne, tandis que E. qui est gourmand comme un b&#233;b&#233; de trois ans engloutit le contenu d'un &#233;norme pot de confiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous achevions ce plantureux d&#238;ner, arrive la m&#232;re Gaune qui nous fait force excuses de nous avoir si mal re&#231;us : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'&#233;tait foire ici aujourd'hui, nous dit-elle, ce qui fait qu'il ne me reste rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si vous m'aviez pr&#233;venue, je vous aurais fait faire un bien meilleur d&#238;ner, je vous aurais gard&#233; des &#233;crevisses, etc., etc.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Nous la rassurons de notre mieux, et pour nous d&#233;dommager, elle nous force &#224; accepter un verre de chartreuse, ce qui, ma foi, n'&#233;tait pas de trop&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St-Just-en-Chevalet poss&#232;de une notabilit&#233; v&#233;locip&#233;dique, l'abb&#233; Godart, inventeur d'une bicyclette sans cha&#238;ne mue au moyen de leviers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en a &#233;t&#233; parl&#233; r&#233;cemment dans le Cycliste et les naturels du pays en disent monts et merveilles. Nous aurions grande envie de voir cette fameuse machine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, vu l'heure tardive, nous ne pouvons songer &#224; nous pr&#233;senter chez le bon abb&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous reviendrons une autre fois et nous promettons &#224; la m&#232;re Gaune de lui amener une nombreuse bande de cyclistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous gagnons nos chambres, d'immenses chambres, propres et tr&#232;s bien meubl&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous sommes &#233;tonn&#233;s de trouver de si belles chambres et de si bons lits dans ce petit h&#244;tel d'un humble village perdu au fond de la montagne. Notre note s'est &#233;lev&#233;e, pour notre d&#238;ner et nos chambres, au total de 8 francs. Vous voyez donc, amis cyclistes, que j'avais raison en vous souhaitant de rencontrer souvent des h&#244;tels comme celui-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain nous sommes sur pied &#224; cinq heures et quittons cet hospitalier village dont nous admirons la position pittoresque au milieu des sommets qui l'entourent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous admirons &#233;galement, tout pr&#232;s de l&#224;, le superbe ch&#226;teau de Contenson qui appartient &#224; la famille de Rochetaill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette r&#233;gion est domin&#233;e par une montagne &#233;lev&#233;e au sommet de laquelle se dressent deux hautes tours, derniers vestiges du ch&#226;teau d'Urf&#233;, car nous sommes l&#224; dans le pays d'Honor&#233; d'Urf&#233;, l'auteur de l'Astr&#233;e, le chantre c&#233;l&#232;bre des bords du Lignon. Nous avions d&#233;j&#224; aper&#231;u ces ruines, la veille, vingt kilom&#232;tres avant d'arriver &#224; St-Just et nous les verrons encore pendant une bonne partie de la route, chaque fois que nous nous retournerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route d&#233;bute par une descente assez rapide de 500 m&#232;tres au bas de laquelle nous prenons &#224; gauche pour &#233;viter la route d&#233;partementale que nous savons &#234;tre absolument impraticable, puis nous traversons un petit ruisseau, affluent du Lignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route o&#249; nous nous engageons doit nous conduire &#224; Noir&#233;table (18 kil. de St-Just), elle ne vaut pas celle que nous avons suivie la veille, mais elle est cependant assez bonne pour nos machines &#224; condition d'y rouler &#224; une vitesse mod&#233;r&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est assez accident&#233;e, mais les c&#244;tes y sont toutes faisables en machine, sauf deux de 200 m&#232;tres chacune qui se trouvent justement dans la travers&#233;e des villages de Champolly et des Salles. Naturellement, l'ami E. y renouvelle son exploit de la veille, au risque de casser sa cha&#238;ne, ce qui me vaut encore les r&#233;flexions peu flatteuses des indig&#232;nes lorsque je passe apr&#232;s lui, poussant ma machine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je m'en soucie peu, car je ne veux pas me fatiguer d&#232;s le commencement de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons parcouru depuis notre d&#233;part 17 kilom&#232;tres sur ces hauts plateaux, au milieu d'une nature triste et sauvage, lorsque, tout &#224; coup, au sortir d'un bois que traverse la route, E. qui me pr&#233;c&#232;de d'une centaine de m&#232;tres, s'arr&#234;te en poussant un cri d'admiration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le rejoins bien vite et m'arr&#234;te enthousiasm&#233; devant le magnifique panorama qui appara&#238;t &#224; nos yeux. A nos pieds s'&#233;tale le village de Noir&#233;table &#224; cheval sur le col qui s&#233;pare le Forez de l'Auvergne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche s'ouvre la vall&#233;e de l'Auzon qui descend dans la plaine du Forez, &#224; droite la vall&#233;e de la Durolle qui descend &#224; Thiers et que nous allons suivre tout &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le fond, en face de nous, la masse sombre des for&#234;ts qui couvrent les montagnes jusqu'&#224; leurs sommets, et au milieu desquelles apparaissent comme une tache blanche les b&#226;timents du couvent de N.-D. de l'Hermitage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et derri&#232;re nous, presque audessus de nos t&#234;tes, le petit village de Cervi&#232;res, accroch&#233; au flanc de la montagne, semble pr&#234;t &#224; rouler dans la vall&#233;e. Ce spectacle est vraiment grandiose et nous passons l&#224; dix bonnes minutes &#224; le contempler sans nous en lasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le temps passe, et le grand air nous a ouvert l'app&#233;tit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#233;valons donc vivement le dernier kilom&#232;tre, et nous voil&#224; &#224; Noir&#233;table chez le bon p&#232;re Planche, l'ami des cyclistes, qui nous re&#231;oit avec son large rire &#233;panoui sur sa large face rubiconde. Nous d&#233;vorons un d&#233;licieux jambonneau que nous faisons suivre d'une bonne tasse de caf&#233; pr&#233;par&#233; par le p&#233;re Planche lui-m&#234;me, et en route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! car il est pr&#232;s de 7 h., et nous voulons nous arr&#234;ter un peu &#224; Thiers et arriver &#224; Clermont avant midi pour d&#233;jeuner. Nous jetons cependant un coup d'&#339;il &#224; l'&#233;glise qui m&#233;rite une visite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y descend comme dans une cave&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle a un caract&#232;re tout particulier que je n'ai remarqu&#233; dans aucune autre &#233;glise, et ses vitraux m'ont paru tr&#232;s beaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Noir&#233;table &#224; Thiers (24 kilom&#232;tres) la route descend par une pente douce et r&#233;guli&#232;re de l'altitude de 750 m&#233;tres &#224; celle de 350&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous avons compt&#233; sans un ennemi qui se r&#233;v&#232;le &#224; nous tout &#224; coup, le vent qui souffle avec force du sud-ouest&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est justement notre direction jusqu'&#224; Clermont, aussi il nous faut p&#233;daler ferme pour descendre avec une vitesse raisonnable. D'autres cyclistes que nous croisons vont bien plus vite que nous, tout en montant, car le vent les pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons, &#224; 12 kilom&#232;tres de Noir&#233;table, Chabreloche, dont le nom seul semble indiquer que l'on se trouve en Auvergne. A partir de l&#224;, on voit de nombreuses fabriques de coutellerie tout le long de la Durolle, cela nous annonce que nous approchons de Thiers. En m&#234;me temps, le paysage change&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bois de pins que nous avons c&#244;toy&#233;s jusque-l&#224; font place &#224; d'&#233;normes rochers qui se dressent &#224; pic de chaque c&#244;t&#233; de la route et resserrent la vall&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes plus qu'&#224; 2 kilom&#232;tres de Thiers, et nous venons de contourner la base d'un de ces immenses blocs qui semblent barrer la route, lorsque nous nous arr&#234;tons tous deux subitement, saisis d'admiration comme nous l'avons &#233;t&#233; le matin m&#234;me en arrivant &#224; Noir&#233;table. Nous nous trouvons en effet, sans transition aucune, en sortant de cette gorge sauvage, en face d'un des plus beaux panoramas que nous ayons jamais vus : l'ami E. a cependant beaucoup voyag&#233;, notamment en Suisse dont je connais aussi une partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout pr&#232;s de nous, &#224; droite, la ville de Thiers s'&#233;tage en amphith&#233;&#226;tre sur le flanc escarp&#233; d'un des derniers contreforts de la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; notre gauche, &#224; cent m&#232;tres au-dessous de la route, dans un &#233;troit ravin, la Durolle bouillonne et mugit une derni&#232;re fois avant d'aller se perdre dans la Dore qui brille plus loin dans la plaine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en face de nous, la Limagne d&#233;roule ses champs verdoyants et au loin nous apercevons Clermont et les fl&#232;ches sveltes de sa cath&#233;drale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis tout au fond, la cha&#238;ne des monts d'Auvergne que domine majestueusement le Puy-de-D&#244;me dont le sommet &#233;lanc&#233; en forme de c&#244;ne se perd dans les nuages&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, sur la gauche, &#224; l'extr&#234;me horizon, les monts du Cantal nous apparaissent encore couverts de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous restons longtemps en contemplation devant ce panorama grandiose dont nos yeux ne peuvent se rassasier et qui reste le plus beau souvenir de notre voyage. Il faut cependant partir, et quelques minutes apr&#232;s nous entrons &#224; Thiers que nous visitons rapidement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce que nous y trouvons de mieux, c'est sa position pittoresque et l'admirable vue dont on jouit de la plupart de ses places publiques. Nous nous reposons quelques instants au caf&#233; de Bordeaux dont le propri&#233;taire, qui est membre du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; et cycliste &#233;m&#233;rite, nous donne obligeamment des renseignements int&#233;ressants sur la suite de notre itin&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 9 heures 1/4, nous quittons Thiers par une descente tr&#232;s raide de 800 m&#232;tres et traversons un peu plus loin la Dore &#224; Pont-de-Dore. Jusqu'&#224; Lezoux (14 kilom&#232;tres de Thiers) la route est bonne et pas trop accident&#233;e, mais &#224; partir de l&#224;, elle devient de plus en plus dure et les accidents de terrain de plus en plus cors&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est, jusqu'&#224; Pont-du-Ch&#226;teau, une suite continuelle de montagnes russes. Nous avons aussi fort &#224; faire pour nous d&#233;fendre contre les chiens qui, en Auvergne, sont de v&#233;ritables b&#234;tes f&#233;roces&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous en avons parfois toute une meute &#224; nos trousses, et il faut sans cesse jouer de la cravache pour d&#233;fendre nos mollets, mais ce moyen est &#224; peine suffisant et je regrette de n'avoir pas emport&#233; mon revolver pour corriger ces fauves d'une fa&#231;on efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Pont-du-Ch&#226;teau (27 kilom&#232;tres de Thiers) nous traversons l'Allier et gravissons la longue rue montante et mal pav&#233;e qui traverse le village. A partir de la, la route monte encore un peu puis elle devient &#224; peu pr&#232;s plate jusqu'&#224; Clermont, mais elle est toujours dure et parsem&#233;e d'innombrables t&#232;tes de chat qui nous font horriblement sauter, quoique nous ayons d'excellents caoutchoucs creux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces routes d'Auvergne sont macadamis&#233;es avec les pierres que l'on tire des nombreux monticules volcaniques qui surgissent de toutes parts dans cette partie de a Limagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces cailloux sont durs comme du fer et le roulement des voitures ne parvient pas &#224; les &#233;craser. Je comprendrais les pneumatiques sur les routes d'Auvergne, si celles-ci n'&#233;taient pas couvertes des clous que laissent tomber les &#233;normes souliers et sabots ferr&#233;s des Auvergnats. En Arrivant &#224; Clermont, mes caoutchoucs &#233;taient orn&#233;s de deux de ces longs clous pointus qui s'y &#233;taient incrust&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si j'avais eu des pneus, j'aurais bel et bien &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en pleine route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#224; midi nous arrivons &#224; Clermont (40 kilom&#232;tres de Thiers) ayant parcouru depuis le matin 82 kilom&#232;tres avec un fort vent contraire depuis Noir&#233;table, et pour ma part je commence &#224; trouver cette &#233;tape suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous arr&#234;tons en face de la gare &#224; l'h&#244;tel du Globe qui m'avait &#233;t&#233; recommand&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous y sommes en effet fort bien trouv&#233;s et les prix y sont mod&#233;r&#233;s, son seul d&#233;faut est d'&#234;tre un peu loin du centre de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un bon et copieux d&#233;jeuner qui nous remet tout &#224; fait, nous commen&#231;ons &#224; visiter la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, je ne veux pas faire ici une description de Clermont. Je citerai seulement la cath&#233;drale, l'&#233;glise de N.- D. du Port, la fontaine p&#233;trifiante, les jardins Lecoq&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela m&#233;rite une visite&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les rues sont sillonn&#233;es de jolis petits tramways &#233;lectriques qui donnent beaucoup d'animation &#224; la ville&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce que nous admirons surtout, c'est la belle position de la ville sur un plateau d'o&#249; l'on jouit d'une vue superbe sur le Puy-deD&#244;me et sur la cha&#238;ne des monts d'Auvergne.Nous faisons une petite excursion &#224; Royat, charmante station thermale dont nous visitons la grotte, la belle &#233;glise romane et l'ancien prieur&#233;. Puis nous revenons &#224; Clermont nous reposer sur la terrasse du caf&#233; Lyonnais, place de Jaude, o&#249; nous attendons une caravane de cyclistes et alpinistes st&#233;phanois annonc&#233;e par le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous attendons longtemps, mais nous ne voyons rien venir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos braves st&#233;phanois auront sans doute &#233;t&#233; retenu pr&#232;s de leurs puits de mine par la crainte du mauvais temps, en quoi ils ont eu bien tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est bruit dans tout Clermont, ce jour-l&#224;, que de la course de Paris &#224; Clermont organis&#233;e par la maison Michelin, et dont on attend les coureurs le lendemain matin, toute la ville se pr&#233;pare &#224; les recevoir et &#224; leur faire f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons enfin, d&#238;ner, et nous coucher de bonne heure, car le lendemain nous avons devant nous une &#233;tape de 130 kilom&#232;tres pour regagner nos p&#233;nates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain &#224; 6 heures du matin nous partons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toute la ville est d&#233;j&#224; sur pied et une foule nombreuse se tient sur la place de Jaude, comme hypnotis&#233;e, en face de la tribune des juges de l'arriv&#233;e de la course. Nous traversons Montferrand, faubourg de Clermont et attaquons la route de Gannat. De nombreux cyclistes qui vont &#224; la rencontre des coureurs partent en m&#234;me temps que nous. A 10 kilom&#232;tres de Clermont nous voyons arriver St&#233;phane avec ses quatre entra&#238;neurs, il ne para&#238;t pas fatigu&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; lui ne prend pas part officiellement &#224; la course, il la fait seulement pour le record et aussi dans le but de prouver la sup&#233;riorit&#233; des Dunlop sur les Michelin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Riom (20 kilom&#232;tres de Clermont) nous nous arr&#234;tons quelques instants pour prendre un caf&#233; et jeter un coup d'&#339;il sur la ville qui, avec ses maisons et ses monuments anciens, a conserv&#233; un certain cachet moyen &#226;ge. L&#224; aussi tout le monde est sur pied pour voir les coureurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre sortie de Riom, nous croisons Farman, puis Corre et plusieurs autres qui se suivent &#224; peu de distance les uns des autres. L'ami E. qui se sent alors dans son &#233;l&#233;ment, me l&#226;che et file en avant au-devant des coureurs, il leur parle, les encourage, et pour un peu, il rebrousserait chemin pour entra&#238;ner ceux d'entre eux qui n'ont pas d'entra&#238;neurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces coureurs paraissent, en g&#233;n&#233;ral, fatigu&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont eu beaucoup &#224; lutter pendant toute la nuit contre le vent qui a rendu leur marche tr&#232;s p&#233;nible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils se plaignent aussi beaucoup des clous dont presque tous ont eu leurs pneus perfor&#233;s, ce qui leur a occasionn&#233; de longs et fr&#233;quents arr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'un d'eux, que je rencontre ext&#233;nu&#233; et assis sur le bord de la route, me demande d&#232;s qu'il m'aper&#231;oit, si je n'ai pas un peu de cognac ou de rhum, et me dit qu'il est incapable d'aller plus loin si je n'ai rien pour le r&#233;conforter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; heureusement j'ai toujours avec moi une gourde de kola, je la lui tends et il en avale avidement deux ou trois gorg&#233;es. Je remarque qu'il porte l'insigne de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;U.V.&lt;/span&gt; F., tandis que je porte celui du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., et je me dis alors que nous autres, humbles touristes &#224; l'allure de tortue, nous pouvons donc &#234;tre parfois de quelque utilit&#233; &#224; ces grands coureurs qui nous d&#233;daignent et qui s'en vont toujours tout droit sans rien voir autour d'eux. Au bout de quatre ou cinq minutes - mon coureur para&#238;t &#234;tre un peu remis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me dit en effet que cela lui fait du bien et qu'il se sent la force de continuer la course&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me remercie avec effusion et le voil&#224; parti&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai su ensuite qu'il &#233;tait arriv&#233; dans un assez bon rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en me comparant modestement au bon Samaritain, je me remets en route de mon c&#244;t&#233;, et &#224; 9 heures j'arrive &#224; Aigueperse (29 kilom&#232;tres de Clermont) o&#249; je retrouve E. en train de se restaurer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'empresse de l'imiter, puis nous repartons. A peine en selle, E. me l&#226;che de nouveau pour voler au devant des coureurs qui maintenant se succ&#232;dent de plus en plus nombreux, et moi je continue philosophiquement mon petit train-train ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Clermont, nous sommes en plaine, mais cela ne veut pas dire que les routes soient tr&#232;s faciles, au contraire, jusqu'&#224; Vichy et m&#234;me jusqu'&#224; Lapalisse, il faut sans cesse monter et descendre, remonter et redescendre, ce n'est litt&#233;ralement qu'une suite ininterrompue de montagnes russes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de plus, tant que l'on est dans le Puy-de-D&#244;me, la route est h&#233;riss&#233;e de t&#234;tes de chat volcaniques qui la rendent excessivement dure, mais d&#232;s que l'on arrive dans l'Allier, 5 kilom&#232;tres apr&#232;s Aigueperse, les t&#234;tes de chat disparaissent, la route devient plus unie et l'on peut au moins rouler sans &#234;tre secou&#233;. J'acc&#233;l&#232;re donc mon allure et arrive bient&#244;t &#224; Gannat (38 kil. de Clermont) o&#249; je rejoins de nouveau l'ami E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous arr&#234;tons pas &#224; Gannat qui n'a du reste rien de bien int&#233;ressant et nous tournons brusquement &#224; droite pour prendre la route de Vichy. Nous disons adieu &#224; la course et aux coureurs, et le tourisme reprend tous ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quittant Gannat, nous avons laiss&#233; derri&#232;renous la ligne des monts d' Auvergne qui, depuis Clermont formaient sur notre gauche un admirable rideau&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons maintenant en face de nous les montagnes de la Madeleine qui prolongent au nord les monts du Forez et qui sont pour nous de vieilles connaissances. En m&#234;me temps nous avons laiss&#233; les belles plantations d'arbres fruitiers qui bordaient la route et nous roulons entre deux rang&#233;es de grands arbres touffus qui nous couvrent de leur ombre, car au temps nuageux de la veille a succ&#233;d&#233; un chaud et gai soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous marchons maintenant c&#244;te &#224; c&#244;te en causant des p&#233;rip&#233;ties de la course et &#224; 11 heures 1/2 nous traversons l'Allier et entrons &#224; Vichy (18 kil. de Gannat, 56 kil. de Clermont.) Nous descendons &#224; l'h&#244;tel du Globe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est l'h&#244;tel du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., de plus le propri&#233;taire est un compatriote, nous y sommes donc parfaitement re&#231;us. Nous y trouvons un de nos amis D. qui est venu au-devant de nous. Tout en d&#233;jeunant nous lui contons notre voyage et lui faisons &#233;prouver de grands regrets de ne nous avoir pas accompagn&#233; depuis notre d&#233;part. Nous visitons ensuite la ville qui commence &#224; &#234;tre fort anim&#233;e et apr&#232;s une longue fl&#226;nerie sous les arbres du grand parc, autour de la musique, nous nous remettons en route &#224; 4 heures 1/2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons Cusset et gravissons, en grande partie &#224; pied, la c&#244;te tr&#232;s raide de 1500 m&#232;tres environ par laquelle commence la route de Lapalisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au sommet de la c&#244;te, une brusque descente nous fait, pour ainsi dire, plonger dans le vide&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous montons et descendons ainsi pendant une dizaine de kilom&#232;tres, puis sur une belle route &#224; peu pr&#232;s plate, nous roulons parmi d'immenses prairies peupl&#233;es de superbes troupeaux de b&#339;ufs et &#224; 6 heures nous arrivons &#224; Lapalisse (23 kil. de Vichy) coquette petite ville que traverse la B&#232;bre aux eaux claires et poissonneuses et que domine le ch&#226;teau gothique du mar&#233;chal de la Palisse dont la chanson a rendu le nom populaire. Nous nous arr&#234;tons au caf&#233; des N&#233;gociants, rendez-vous des cyclistes de la localit&#233;, o&#249; nous sommes re&#231;us avec beaucoup d'amabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 6 heures 1/2 nous repartons, mais l&#224;, l'ami E. qui est press&#233; de rentrer chez lui, me serre la main et file &#224; toute vitesse. D. veut le suivre, mais comme il para&#238;t fatigu&#233;, je pr&#233;vois que je le rep&#234;cherai en route, mais que rien ne presse, je veux faire durer le plaisir longtemps et ne pas terminer mon voyage si brusquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir de Lapalisse, la route monte doucement pendant 15 kilom&#232;tres pour franchir le dernier contrefort des monts de la Madeleine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis 2 kilom&#232;tres de descente, et j'arrive &#224; Saint-Martin d'Estreaux o&#249; je trouve D. qui vient d'arriver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous d&#233;cidons de diner l&#224;, car nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre affam&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit tout pr&#232;s de ce village le ch&#226;teau tr&#232;s bien conserv&#233; et restaur&#233; de Chateaumorand qui fut la r&#233;sidence de la c&#233;l&#232;bre Diane de Chitteaurnorand, &#233;pouse d'Honor&#233; d'Urf&#233;, A 8 heutes 1/2 nous allumons nos lanternes et en selle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! A partir de l&#224;, la route descend jusqu'&#224; Roanne, elle est cependant coup&#233;e de quelques petites mont&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol en est tr&#232;s uni, et nous roulons sans peine. Je trouve beaucoup de charme &#224; voyager ainsi la nuit et &#224; glisser silencieusement sur la route tandis que la lueur que projete ma lanterne fuit incessament devant moi , les arbres qui bordent la route prennent des aspects fantastiques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les mille bruits de la vie des champs s'&#233;teignent peu &#224; peu, et l'on jouit, plus encore que pendant le jour, de la paix sereine des campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons plusieurs villages endormis et enfin &#224; 10 heures pile nous arrivons &#224; Roanne (5okil. de Lapalisse, 130 kil. de Clermont). Je suis enchant&#233;, pour ma part, de cette escapade et je rentre chez moi en b&#233;nissant la f&#233;e bicyclette qui procure au touriste des joies inconnues des esprits terre-&#224;-terre et lui permet de passer si rapidement de la ville &#224; la plaine et de la plaine aux montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, en effet, nous avons franchi les monts du Forez, avec leurs villages pittoresques et leurs rochers abrupts, leurs bois de pins &#224; l'odeur p&#233;n&#233;trante et leurs ruisseaux qui bondissent dans les ravins profonds. Nous avons admir&#233; leurs panoramas splendides et salu&#233; les hautes tours en ruine de leurs vieux manoirs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui nous avons travers&#233; des plaines aux horizons immenses, les vastes plaines de la Limagne et du Bourbonnais, avec leurs grasses prairies et leurs riches moissons, leurs villes anim&#233;es et leurs rivi&#232;res qui coulent lentement sous les saules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, touristes et confr&#232;res de la p&#233;dale qui aimez toutes ces belles choses et qui pouvez disposer de longs jours de libert&#233;, tournez votre guidon vers nos belles montagnes trop peu connues encore du Forez et du Lyonnais, venez parcourir nos riches plaines du Bourbonnais, de l'Auvergne et du Forez, vous y trouverez mati&#232;re &#224; longues et nombreuses excursions et vous en emporterez une ample moisson de souvenirs charmants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;R. BERGER.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TCF&lt;/span&gt; 1893/02 (A4,N2)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un Touriste (mai 1900)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Fagot</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Gladiator</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot53" rel="tag"&gt;Fagot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Gladiator&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, paru dans Le Cycliste, Mai 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire cote Per1328_7, licence ouverte 2.0 &#233;talab de r&#233;utilisation de l'information&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je viens r&#233;pondre bri&#232;vement &#224; quelques questions que, dans le dernier num&#233;ro du Cycliste M.&#160;le commandant Collet me fait l'honneur de m'adresser. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Machine. &#8212; Bicyclette Gladiator Roulements &#224; cuvettes ind&#233;r&#233;glables, &#224; mon avis, bien sup&#233;rieurs &#224; ceux &#224; c&#244;nes. Sur ma demande, frein ext&#233;rieur sur la roue avant. Sur la roue arri&#232;re, autre frein man&#339;uvr&#233; par un minuscule levier plac&#233; sous le bec de la selle.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce frein que j'appellerai &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;frein Philidet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, du nom de l'habile et ing&#233;nieux m&#233;canicien qui l'a con&#231;u et construit, est d'une extraordinaire puissance. Il peut dans un parcours de 4 &#224; 5 m&#232;tres caler la roue et la forcer &#224; patiner. Dans les descentes longues et rapides, mis &#224; un autre cran, il permet de les faire dans une s&#233;curit&#233; absolue, et remplace avantageusement le fagot aujourd'hui interdit en Dauphin&#233;. Ce frein reste constamment serr&#233; et ne se desserre qu'en pressant le ressort du d&#233;clenchement.&lt;br class='autobr' /&gt; Le frein Philidet se compose d'un secteur &#224; cr&#233;maill&#232;re fix&#233; par un collier sur le tube horizontal de la machine : un levier &#224; une dent mobile engrenant sur la cr&#233;maill&#232;re, est reli&#233; par une tige &#224; un patin de frein viss&#233; sous l'entretoise de la fourche arri&#232;re. Une pression imperceptible avec un seul doigt et quelle que soit la vitesse la machine est arr&#234;t&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pneumatiques, j'ai depuis quelques jours des bandages de 45 millim&#232;tres absolument imperforables et qui me permettront d'arriver d&#233;sormais s&#251;rement &#224; l'heure fix&#233;e. Je leur ai fait subir, avant de les adopter, une longue et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#233;pineuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;preuve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils en sont sortis victorieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma selle est une selle Lamplugh 1899 n&#176;&#160;253. Je l'ai choisie tr&#232;s dure. Une selle dure ne blesse jamais et ses vibrations ne contrarient pas celles du pneumatique, ce qui n'est pas le cas pour les selles &#224; ressort &#224; boudins o&#249; l'on vibre continuellement &#224; contre-temps. Je monte haut et ma selle est plac&#233;e de telle sorte, que la jambe enti&#232;rement tendue, mon talon touche &#224; plat la p&#233;dale. Le bec de ma selle n'est pas plac&#233; perpendiculairement sur l'axe du p&#233;dalier, mais 0m,04 en arri&#232;re, position que je trouve plus favorable aux rapides allures. Mon guidon est droit et &#224; cintrage tr&#232;s court, j'ai deux multiplications 5m,60 et 2m,9O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime. &#8212; Absolument v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'admets les &#339;ufs et le poisson, aliment tr&#232;s l&#233;ger qui contient beaucoup de phosphore. Je suis ce r&#233;gime d&#233;j&#224; depuis deux ans et m'en trouve merveilleusement. L'esprit se fait de plus en plus lucide, le corps est presque devenu une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;quantit&#233; n&#233;gligeable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il n'existe pour ainsi dire pas. Toutefois je dois dire, par quelques exemples que j'ai autour de moi, que le v&#233;g&#233;tarisme ne para&#238;t pas convenir &#224; tous les temp&#233;raments. Le premier mois d'essai est particuli&#232;rement p&#233;nible. Je ne bois jamais de vin ni d'alcool et si par aventure il m'arrive de prendre un verre de vin &#233;tranger, je m'en repens toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime en marche. &#8212; Le matin &#224; 4 heures, deux tasses de caf&#233; noir tr&#232;s chaud, qui me permettent de faire 25 &#224; 30 kilom&#232;tres. Arr&#234;t ensuite d'une demi-heure pour prendre du caf&#233; au lait ou th&#233; au lait avec pain ou p&#226;tisseries. &#192; Midi, deux plats de l&#233;gumes ou &#339;ufs, fruits, caf&#233;. &#192; 4 heures fruits et pain ou lait chaud et brioches. Le soir &#224; d&#238;ner un plat de poisson, deux plats de l&#233;gumes, un entremets sucr&#233;, fruits et th&#233; bouillant &#8212; tr&#232;s peu de pain &#8212; je ne bois pas ou presque pas &#224; mes repas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En marche je surveille mon estomac autant que la route : rien d'aussi d&#233;primant qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui suffit souvent &#224; compromettre toute l'&#233;tape. Il faut dans les longues excursions faire patienter l'estomac &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; jusqu'au repas du soir. Vous avez ainsi toutes vos forces disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Hygi&#232;ne. &#8212; Se lever t&#244;t, se coucher de bonne heure. Le matin, &#224; d&#233;faut de tub, s'&#233;ponger tout le corps. En marche, si on a tr&#232;s chaud, immersion tr&#232;s froide et tr&#232;s rapide &#8212; une minute. &#8212; Le soir faire &#224; pied les derniers 500 m&#232;tres de l'&#233;tape, afin que la transition du mouvement et du repos soit moins brusque. Prendre en arrivant un bain tr&#232;s court ou une douche froide. Promener ensuite avant le d&#238;ner. Comme v&#234;tements laine ou flanelle, culottes ou pantalons en jersey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marche. &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; l'allure, 15 kilom&#232;tres en plaine. 8 &#224; 9 aux c&#244;tes, aussi vite que je le peux aux descentes que je connais : je ne contre-p&#233;dale pas et laisse mes jambes inertes, &#233;tant absolument s&#251;r de mes freins. Je ne force jamais et reste toujours en de&#231;&#224; de mes moyens. L&#224; est le secret des grandes &#233;tapes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;hasard de la vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m'ayant donn&#233; de nombreux loisirs, je &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; presque tout l'&#233;t&#233;, ce qui fait que je couvre annuellement de 10 &#224; 11.000 kilom&#232;tres : mon entra&#238;nement est donc continu.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis cycliste depuis six ans seulement, mais avant j'&#233;tais un touriste &#224; pied intr&#233;pide. Quant &#224; mon &#226;ge que M.&#160;le commandant Collet veut bien me demander &#8212; cet article est presque une confession &#8212; je n'&#233;prouve aucun embarras &#224; avouer que j'ai 48 ans, mais j'ajouterai que gr&#226;ce &#224; l'eau froide et au r&#233;gime suivi, j'ai toujours 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P.-S. Hier soir je lisais dans un journal :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les cyclistes, c'est ind&#233;niable, d&#233;pense beaucoup de force musculaire et doivent forc&#233;ment &#234;tre blind&#233;, si j'ose dire ainsi d'endurance. Or, il existe &#224; Londres un club de veloceman tr&#232;s connu dont tous les membres sans exception sont v&#233;g&#233;tariens, ne boivent que de l'eau, du lait ou du th&#233;, c'est le v&#233;g&#233;tarien cyclist Club. Il donnait derni&#232;rement un banquet et en t&#234;te se lisaient ces trois vers de Shelley : Que jamais plus le sang d'un oiseau ou d'une b&#234;te, Ne souille une f&#234;te humaine de son torrent empoisonn&#233;, Dont la fum&#233;e comme une accusation monte dans la puret&#233; des cieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dans le speech obligatoire du dessert, le pr&#233;sident &#8212; un docteur c&#233;l&#232;bre &#8212; &#233;num&#232;re les avantages de la temp&#233;rance et rappela judicieusement que les fameux athl&#232;tes de Rome et d'Ath&#232;nes, si puissant, si r&#233;sistant, vivaient &#224; l'entra&#238;nement de fruits secs, de froment, de laitage et d'huile.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (1) Je prie M.&#160;Roux, membre du Comit&#233; de la soci&#233;t&#233; v&#233;g&#233;tarienne de France, de vouloir bien consid&#233;rer cet article comme une r&#233;ponse &#224; l'aimable lettre qu'il m'a &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/despinassous.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH720/despinassous-aaff5.jpg?1788126846' width='500' height='720' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thomas H. Holding</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Thomas H. Holding</dc:subject>

		<description>

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Grand tourisme, Randonn&#233;es, Promenades et Excursions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Thomas H. Holding&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L106xH150/1000080206-01c1a.png?1789670258' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/51.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH707/51-e69b1.png?1788127324' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/53.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH707/53-c3cff.png?1788127324' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La Croix-Haute (1902)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, revue mensuelle du Touring-Club de France, Juillet 1902&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me parait d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette a m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'avait laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une all&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 5oo m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse, le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement ou sa fantaisie le pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel. et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. A Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. - Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e. qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je - Rude, oui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre main, cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nullement, j'ai 6 m. 50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en est trop&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s un silence : Non&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. la vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand vous voudrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re A quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Yercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif&#160;: tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re poign&#233;e de mains, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPINASSOUS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profil Dolin :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/colcroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/colcroixhaute-4ae35.png?1788126846' width='500' height='138' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le Couffourenc (1903)</title>
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		<dc:date>2024-10-02T10:55:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Marthe Hesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il y a une dizaine d'ann&#233;es, j'abandonnai le tourisme &#224; pied pour les joies du cyclisme. Un habile cycliste d'Alais M.&#160;C., devenu aujourd'hui le plus intr&#233;pide des chauffeurs, guida mes premiers pas. Je montrais disait-il des dispositions &#233;tonnantes. En r&#233;alit&#233; je fus un &#233;l&#232;ve pitoyable et, comme les chevaliers malheureux dans les tournois, je mordis souvent la poussi&#232;re.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;Marthe Hesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le Cycliste, Octobre 1903&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;NOTES-DE-VOYAGE&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='NOTES-DE-VOYAGE'&gt;&#8212;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOTES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VOYAGE&lt;/span&gt; &#8212; &lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; &#224; l'h&#233;ro&#239;ne du Tourmalet,&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; Mademoiselle Marthe Hesse.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parti de Livron &#224; 4 heures, je ne suis arriv&#233; &#224; Die qu'&#224; midi. Pourquoi le dieu des touristes qui s'&#233;tait toujours comport&#233; envers moi en homme du monde, s'est-il aujourd'hui conduit en v&#233;ritable Apache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Huit heures pour faire 56 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que d'incidents, grands dieux, et pas un d'agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfants me jetant leurs cerceaux de fer dans mes rayons, chiens trop caressants, vieille sorci&#232;re zigzaguant et finissant par se jeter sous ma roue, &#233;crou perdu, montre oubli&#233;e dans ma chambre et me for&#231;ant &#224; retourner d'Allex &#224; Livron, poussi&#232;re &#233;paisse, chaleur atroce, rien ne m'a manqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marchant prudemment avec une roue branlante, je suis arriv&#233; &#224; Crest o&#249; j'ai pu r&#233;parer. Enfin &#224; midi je descends devant l'h&#244;tel des Alpes. Le d&#233;jeuner m'a fait oublier ces mis&#233;rables anicroches. Je suis parti &#224; une heure, sous un soleil implacable. Je m'arr&#234;te 10 minutes &#224; Luc. Je comptais y voir un disciple de Kuhne, exemple miraculeux de cette extraordinaire m&#233;thode. Je joue de malheur, il est &#224; Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 kilom&#232;tres apr&#232;s Luc, viaduc du Clap... Tr&#232;s joli site. La route s'insinue entre les gigantesques rochers de l'&#233;boulement du Clap. Chaque bloc a la grandeur d'une maison. Ils sont entass&#233;s dans un d&#233;sordre, un pittoresque incroyables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me rappelle dans des proportions infiniment plus grandes le moulin des pierres pr&#232;s de Ch&#226;tillon-de-Michaille. Apr&#232;s ce chaos, mont&#233;e et tunnel creus&#233; par les moines o&#249; se pr&#233;cipite la Dr&#244;me. Ensuite plaine mar&#233;cageuse, plate, longue, ennuyeuse comme un voyage en Sardaigne. J'arrive &#224; Beauri&#232;res. Impossible de trouver du lait. Une jeune femme au c&#339;ur compatissant, &#233;mue de ma d&#233;tresse m'en donne une tasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Beauri&#232;res commence la c&#244;te de 10 kilom&#232;tres qui me conduira au col de Cabres. Mont&#233;e monotone, fastidieuse, sol sablonneux et en plein soleil. Quelle sotte id&#233;e ont eue les ing&#233;nieurs d'y planter des peupliers d'Italie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait si simple d'y mettre des &#233;rables ou des noyers. Je domine le chemin de fer et ses nombreux tunnels. Dans l'un d'eux la voie tourne compl&#232;tement. Je pense au Gotthard et ne fais plus attention au paysage. J'aper&#231;ois enfin une chemin&#233;e qui fume furieusement. C'est le refuge. Pas de lait, pas de caf&#233;. Je tire mon &#233;tui &#224; cigarettes et fais comme la chemin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends &#224; toute allure sur la Baume. Pass&#233; ce village, la route est en pente douce jusqu'&#224; Saint-Pierre-d'Argenson. Je passe devant la villa mauresque de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dame myst&#233;rieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le vent s'est lev&#233; violent. Je ne donne pas un coup de p&#233;dale. Tout &#224; coup j'aper&#231;ois une mauvaise pancarte portant : passage dangereux &#224; 200 m. Je me m&#233;fie. C'est le plus horrible caniveau que j'aie jamais vu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La nuit c'&#233;tait la chute s&#251;re. Pour un automobile la fin certaine de ses ressorts. De Saint-Pierre &#224; Veynes courtes et rudes mont&#233;es. &#192; signaler le passage &#224; niveau de la Croix-St-Luc. On y arrive en descente rapide. La barri&#232;re est peinte en brun clair, ce qui la rend presque invisible. Il la faudrait blanche. J'aper&#231;ois enfin dans la nuit les feux de couleur de la gare de Veynes. Je descends au buffet de la gare. Les chambres sont vernies, les lits en cuivre, le d&#238;ner r&#233;parateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vallouise, h&#244;tel des &#201;crins, 21&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti de Veynes &#224; 5 heures. Il fait froid sur le plateau. &#192; la Roche, vue superbe sur les monts du D&#233;voluy. La route longe des marais. &#192; la Freyssinouse longue descente sur Gap. Admirable panorama. &#192; Gap, longue halte. Jusqu'&#224; Chorges route agr&#233;able, nombreuses ondulations. Arr&#234;t &#224; la fontaine de ce village. Le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; portant route &#224; &#233;viter est ridiculement plac&#233;. Tout chauffeur marchant rapidement ne peut le voir. Caus&#233; un instant avec un habitant fort pr&#233;venant : c'est le d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Je prends la route des Molettes et suis bient&#244;t sur les bords de la Durance. Jusqu'&#224; Savines lignes droites. Ensuite, route accident&#233;e. Par une derni&#232;re c&#244;te assez raide, j'arrive &#224; Embrun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les souvenirs du docteur Julliard, les miens, me poussent &#224; fuir les h&#244;tels de cette ville. Un gendarme habilement interrog&#233; m'indique un petit restaurant. Il est parfait. Je d&#238;ne avec une jeune et jolie institutrice venue pour un int&#233;rim. Apr&#232;s d&#233;jeuner je vais revoir la cath&#233;drale. Je ne d&#233;col&#232;re pas. Cette admirable &#233;glise b&#226;tie en pierres blanches et noires qui formaient certains dessins a &#233;t&#233; badigeonn&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De magnifiques boiseries noircies, jolies par le temps, ont &#233;t&#233; vernies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et partout abondent des fleurs artificielles, des feuilles dor&#233;es, des saints et saintes polychromes. C'est hideux. Je voudrais que tout cur&#233;, &#224; part son examen th&#233;ologique, pass&#226;t un examen artistique. Des merveilles comme la cath&#233;drale d'Embrun ne seraient pas ainsi d&#233;shonor&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est une heure. Que faire jusqu'&#224; deux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a plus rien &#224; voir. J'ouvre l'annuaire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Le d&#233;l&#233;gu&#233; est M.&#160;G. sous-pr&#233;fet. Allons voir le sous-pr&#233;fet. Je lui demanderai comme entr&#233;e en mati&#232;re un renseignement sur une route quelconque. S'il est touriste, nous nous entendrons fort bien. Il me racontera des histoires sur Embrun et raillera &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'administration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai remarqu&#233; qu'on avait un singulier plaisir &#224; dire du mal de son ma&#238;tre, et se moquer de son sup&#233;rieur a toujours &#233;t&#233; la joie et la compensation du subalterne. Je sonne donc &#224; la sous-pr&#233;fecture.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;G. demandai-je &#224; l'employ&#233; est-il chez lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Veuillez lui porter ma carte.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; L'employ&#233; me regarde avec &#233;tonnement, puis sourit largement.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;G. n'est plus ici. Il y a dix-huit mois qu'on lui a &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fendu l'oreille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me r&#233;pond-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas respectueux pour un marav&#233;dis cet employ&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais quel contentement il a d&#251; &#233;prouver &#224; me faire cette r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Embrun &#224; 2 heures. Superbe route. L&#233;g&#232;res mont&#233;es et agr&#233;ables descentes jusqu'&#224; Montdauphin. Ennuyeuse mont&#233;e de Saint-Cr&#233;pin. Remarqu&#233; &#224; la Roche le lac couleur d'&#233;meraude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; de la Durance, les ruines de Rame et la montagne rouge&#226;tre de Pallon. J'aper&#231;ois la mont&#233;e que je gravirai demain. Sa pente me para&#238;t formidable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la Bess&#233;e, rencontre d'un cur&#233; qui me demande l'heure du courrier de Vallouise. J'ouvre mon indicateur : &#8212; Quatre heures lui dis-je. La route d&#233;bute par une longue et dure mont&#233;e. J'aper&#231;ois la muraille des h&#233;ro&#239;ques Vaudois. Je dis, h&#233;ro&#239;ques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! car lorsqu'on se bat pour une id&#233;e ou une croyance et non pour un int&#233;r&#234;t, on l'est&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et mourir pour la libert&#233; de penser est une des plus nobles morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e finie, la route court en palier, dominant et suivant la Gyronde. &#192; gauche, le paysage est tr&#232;s vert et devient de plus en plus alpestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; fait 6 &#224; 8 kilom&#232;tres quand je croise un cantonnier. Sans m'arr&#234;ter je l'interpelle.
&lt;br /&gt;&#8212; Suis-je encore loin de Vallouise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Vous n'&#234;tes qu'&#224; un kilom&#232;tre de la ville aux petits hommes me r&#233;pond-il en &#233;clatant de rire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je, un cantonnier fac&#233;tieux et d'humeur plaisante, mais je ne compris sa plaisanterie que plus tard, en remarquant la taille minuscule des habitants de Vallouise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin un clocher pointe &#224; travers les arbres, je passe un pont et je mets pied &#224; terre devant l'h&#244;tel des &#201;crins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une rapide toilette je vais voir le cur&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;le cur&#233; ne rentrera qu'&#224; dix heures du soir me r&#233;pond une vieille domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rabats sur le juge de paix. Absent lui aussi. Je crois me rappeler que M.&#160;H. percepteur &#224; Vallouise est d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Erreur de m&#233;moire, j'ai confondu Vallouise avec un autre village. Je me pr&#233;sente &#224; la perception. M.&#160;H. est fort aimable. Malheureusement il ne sait rien n'&#233;tant ici que depuis peu. Il m'offre de me pr&#234;ter l'ouvrage de Whymper sur le Pelvoux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tr&#232;s curieux, me dit-il, et relatant toutes les vieilles coutumes du pays&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce livre a quarante ans de date, il ne doit plus &#234;tre exact.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais part &#224; M.&#160;H. de ma d&#233;convenue de n'avoir pu trouver le juge de paix chez lui.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais il joue aux boules devant la poste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me r&#233;pond-il. Venez sur le balcon, vous l'apercevrez faisant sa partie dans le pr&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Je remercie le percepteur et me dirige vers le pr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon approche, le juge de paix qui s'appr&#234;tait &#224; lancer sa boule retient son bras. Tr&#232;s maigre, de taille moyenne, il accuse 30 &#224; 35 ans.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;le juge de paix, lui dis-je, je me suis pr&#233;sent&#233; chez vous il y a une demi-heure. J'ai eu le regret de ne pas vous y trouver. Pourriez-vous, apr&#232;s votre partie, me donner quelques minutes d'entretien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tout de suite et non apr&#232;s ma partie, me r&#233;pond-il. Je suis &#224; vous. D'ailleurs cette partie est peu int&#233;ressante. (Il devait perdre &#233;videmment.) Voulez-vous que nous allions chez moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Ce n'est pas n&#233;cessaire. Promenons, si vous le voulez bien, sur ce chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons le jeu de boules, passons devant la poste et tout en marchant, je l'interroge sur la vall&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Vallouise, lui dis-je, est une des plus jolies vall&#233;es des Alpes. Elle a &#233;t&#233;, vous le savez, le th&#233;&#226;tre de cruelles et d'horribles luttes. L'h&#233;ro&#239;sme des Vaudois l'a &#224; jamais rendue c&#233;l&#232;bre. Mais ce n'est pas sur ces luttes que je d&#233;sire avoir des renseignements. Ici le souvenir en a p&#233;ri. Je voudrais savoir si les anciens usages fort curieux de Vallouise se sont conserv&#233;s jusqu'&#224; aujourd hui. Quelle est la mani&#232;re de vivre des montagnards&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les noces, les bapt&#234;mes, les fian&#231;ailles offrent-ils quelques traits de m&#339;urs particuliers &#224; cette vall&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le juge de paix qui m'&#233;coutait attentivement s'est arr&#234;t&#233;. Sa figure se rembrunit et devient soucieuse. Il me regarde fixement et, surmontant enfin un sentiment d'h&#233;sitation, me dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Ces questions, ces demandes, Monsieur, m'&#233;tonnent. Jamais un touriste, et il en vient beaucoup ici, ne me les avait adress&#233;es. Et quoique nous soyons en paix avec l'Italie, je d&#233;sirerais, avant de vous r&#233;pondre, savoir qui vous &#234;tes. Voudriez-vous me montrer vos papiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reste stup&#233;fait. Il y a largement de quoi. Mon premier mouvement est de tourner le dos &#224; ce vigilant magistrat de notre d&#233;licieux gouvernement. Le second, vu le caract&#232;re ridicule qu'auraient pu avoir les suites de mon refus &#8212; t&#233;l&#233;gramme au sous-pr&#233;fet annon&#231;ant l'habile arrestation d'un espion dangereux, entr&#233;e &#224; bicyclette &#224; Brian&#231;on entre deux gendarmes, etc., etc. &#8212; est de lui pr&#233;senter ma carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Tout de suite j'ai vu que l'incident se pr&#233;sentait mal. D'ailleurs il avait un c&#244;t&#233; d'op&#233;rette qui me d&#233;plaisait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le juge de paix lit attentivement ma carte au verso et au recto. Il me la rend en souriant aimablement.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vois que vous &#234;tes Fran&#231;ais, me dit-il. Je peux donc vous r&#233;pondre en toute franchise. Eh bien, Monsieur, Vallouise n'a conserv&#233; aucun des usages du pass&#233;, du moins que je sache. Il n'y a rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! absolument rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s m'&#234;tre ressaisi du profond ahurissement o&#249; cette int&#233;ressante communication m'avait plong&#233;, je remercie vivement le juge de paix et prends cong&#233; de lui. Je dois ajouter que nous nous s&#233;parons dans les meilleurs termes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je en rentrant &#224; l'h&#244;tel, une &#233;tonnante aventure. J'aurais compris, &#224; la rigueur, ces soup&#231;ons, si mes questions avaient port&#233; sur le nombre des chevaux, des mulets de la vall&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si je l'avais interrog&#233; sur les sentiers par lesquels on franchit les cols de l'Oisan ou du Valgaudemar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou encore sur les r&#233;serves de fourrages, le nombre des moutons, etc., etc. Mais sur des demandes touchant les m&#339;urs, flairer un espion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le cas est fabuleux. D&#233;cid&#233;ment Vallouise est bien gard&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Myst&#232;res de la pens&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourquoi &#224; ce moment ai-je entrevu de hautes murailles flanqu&#233;es de tours carr&#233;es et ai-je song&#233; au Capitole&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est six heures. Le d&#238;ner n'est que pour huit. Je monte jusqu'au Po&#235;t. Sur le chemin, je croise le cur&#233; rencontr&#233; &#224; la Bess&#233;e. Nous &#233;changeons quelques paroles. L'eau de la Gyronde me tente... de la glace pure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; huit heures je rentre &#224; l'h&#244;tel. Nous sommes quatre &#224; table : le cur&#233;, deux jeunes Marseillaises et moi. Le d&#238;ner est excellent. Des pommes de terre en sont le seul plat maigre. La faim aiguis&#233;e par le bain et l'air vif du soir, je donne le plus magistral coup de canif, que dis-je, de poignard, dans mon contrat v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je raconte au cur&#233; ma visite &#224; la cath&#233;drale d'Embrun. Il me para&#238;t un peu embarrass&#233; de ma sortie sur les saints peintur&#233;s de couleurs criardes. Il doit avoir au moins douze saints Antoine et six saintes Gertrude sur la conscience.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous parlez en artiste, me r&#233;pond-il, et la d&#233;votion malheureusement n'est pas leur fort. Je vous avouerai pourtant que dans certaines &#233;glises il y a abus. Mais que de gens, disons-mieux, toute la masse, trouveraient une &#233;glise d&#233;pouill&#233;e de ses ornements affreusement laide. Nous sommes des Latins, ne l'oubliez pas, et l'aust&#233;rit&#233; du nord nous para&#238;trait trop froide. Il faut que nos yeux, nos sens, vibrent dans une &#233;glise et cette &#233;motion nous pr&#233;pare au recueillement de la pri&#232;re. Ainsi parle le cur&#233;, peut-&#234;tre &#224; ce point de vue a-t-il raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le d&#238;ner la conversation se poursuit sur la terrasse. Les Marseillaises sont charmantes. Elles viennent d'Abri&#232;s. Le cur&#233; raconte qu'il a lou&#233; un mulet pour le conduire &#224; Ailefroide, il compte aller jusqu'au pr&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Carle. &#192; 9 heures poign&#233;e de main au cur&#233; et je me retire. Ma chambre est s&#251;rement celle d'un abb&#233;. Un prie-Dieu, de nombreux livres de pi&#233;t&#233;, des saintes aux c&#339;urs sanguinolents en sont de suffisants indices. Je feuillette quelques livres. Je tombe sur les &#339;uvres compl&#232;tes de Massillon, de Fl&#233;chier. Ce sont les &#233;ditions originales reli&#233;es en peau fauve du temps. J'ai perdu en route les journaux achet&#233;s, &#224; Embrun. Rien donc &#224; lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assis pr&#232;s de la fen&#234;tre, j'&#233;coute le bruit du torrent, un magnifique clair de lune illumine la vall&#233;e. Ma pens&#233;e revient en arri&#232;re et s'arr&#234;te &#224; ces malheureux Vaudois si atrocement pers&#233;cut&#233;s. J'&#233;voque ces luttes sans merci pour la libert&#233; de pens&#233;e, luttes fratricides qui, sous diff&#233;rentes formes, se continueront toujours ici-bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'admire ces h&#233;ros qui mouraient pour la libert&#233; de conscience, la premi&#232;re de nos libert&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les intelligences variant, naturellement les opinions, les croyances varient aussi, et vouloir courber tous les esprits sous un m&#234;me joug me para&#238;t folie et utopie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est plut&#244;t avec une indulgence faite de piti&#233; que je pense aux bourreaux de ces pauvres Vaudois. Nous ne pouvons les juger. Torqu&#233;mada lui-m&#234;me a pu &#234;tre sinc&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N.D.W.&#160;: Question que la litt&#233;rature du 19e se posait &#224; propos de la figure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et son &#339;uvre de feu et de sang, aux yeux de Dieu peut &#234;tre m&#233;ritoire. La sinc&#233;rit&#233;, voil&#224; la pierre de touche de nos actions. C'est par elle que nous serons jug&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nobles et malheureux Vaudois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et je revois le temps o&#249;, aux lueurs rouges de l'incendie qui d&#233;vorait leurs pauvres chaumi&#232;res, ils s'enfuyaient, traqu&#233;s dans les bois sombres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les vois, atteints, terrass&#233;s, frapp&#233;s par une rage aveugle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mourants, je les entends s'&#233;crier, levant leurs mains sanglantes vers le ciel : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;P&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! P&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pardonne-leur...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Serres, 22&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti de Vallouise &#224; 3 h. 30. L'h&#244;teli&#232;re s'&#233;tait lev&#233;e pour me pr&#233;parer du caf&#233; noir. Avant mon d&#233;part j'ai d&#251; signer sur un grand-livre. Je l'ai feuillet&#233; et y ai relev&#233; des noms connus. &#192; 5 heures je d&#233;jeune &#224; la Bess&#233;e dans une petite auberge sur la route, que je connais depuis longtemps. &#192; 6 h. 30 j'arrive pr&#232;s de la Roche. Je tourne &#224; droite, passe le pont de bois de la Durance et me voici devant la rampe de Pallon. Je n'ai jamais vu, hormis sur une certaine route d'Auvergne une pente pareille. Je mets 45 minutes pour gravir ces deux kilom&#232;tres. Halte au haut de la c&#244;te. Vue de toute beaut&#233;. J'aper&#231;ois au loin Vars dans ses prairies. La route est bord&#233;e de rochers &#233;normes. Leur coloration rouge vif est &#233;tonnante. Ce sont les roches de l'Esterel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures je suis &#224; Pallon. Je me fais faire du caf&#233; par le g&#233;rant d'un v&#233;ritable bazar. C'est d'ailleurs le seul magasin du village.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures et quart je frappe &#224; la porte de la maison de M.&#160;L... le p&#232;re d'un de mes amis, qui, je l'esp&#232;re, me documentera sur la vall&#233;e de Freyssini&#232;res. Il est malheureusement &#224; Gap et ne rentrera que ce soir. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L... que j'avais d&#233;j&#224; l'honneur de conna&#238;tre me re&#231;oit et me pr&#233;sente &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L... Je refuse une invitation &#224; d&#233;jeuner, &#233;tant ce soir attendu &#224; Serres.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est plut&#244;t une apparition qu'une visite, dis-je &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L., mais je n'ai pas voulu passer &#224; la Roche sans venir vous pr&#233;senter mes hommages.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous ne partirez pas, me r&#233;pond aimablement M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., avant d'avoir vu le Couffourenc. C'est une curiosit&#233; unique. Une heure nous suffira. Je vais mettre des souliers ferr&#233;s. Voulez-vous, en m'attendant, voir notre jardin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des souliers ferr&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jetai des regards inquiets sur mes minces souliers de cycliste. Un sort cruel s&#251;rement les attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allai dans le jardin. Un grand cerisier charg&#233; d'&#233;normes cerises, m&#251;res &#224; point, fut la premi&#232;re chose que je d&#233;couvris. Une &#233;chelle &#233;tait appuy&#233;e contre le tronc. Un v&#233;g&#233;tarien, a &#233;crit un touriste avec qui j'ai eu parfois de violents d&#233;m&#234;l&#233;s, a toujours vingt ans. &#192; ce moment je me rappelai cet aphorisme... Ces cerises &#233;taient d&#233;licieuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'admirais une magnifique corbeille de fleurs quand M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.. appara&#238;t.
&lt;br /&gt;&#8212; Voici, me dit-elle, une canne de ch&#234;ne, et maintenant suivez-moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Traversant des champs, des landes, nous arrivons bient&#244;t sur le bord d'un effroyable ab&#238;me au fond duquel mugissait et grondait un torrent.
&lt;br /&gt;&#8212; Voil&#224; le Couffourenc, me dit M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., mais pour le bien voir, il nous faut y descendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regarde les parois presque perpendiculaires :
&lt;br /&gt;&#8212; Descendre l&#224;, Mademoiselle, une ch&#232;vre reculerait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Effet d'optique, suivez-moi toujours, Monsieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., agile et l&#233;g&#232;re, s'&#233;lance sur les &#233;boulis. Son pied s&#251;r et aguerri les effleure &#224; peine, elle ne descend pas, elle glisse vers le gouffre b&#233;ant. Je m'&#233;lance &#224; mon tour sur ces pentes vertigineuses, je me cramponne aux rochers, aux rares buissons, aux moindres touffes d'herbe, et de bond en bond, de glissade en glissade, j'arrive au fond du gouffre, tout &#233;tonn&#233; d'y &#234;tre avec mes quatre membres intacts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons la Biaisse sur un sentier glissant, souvent interrompu. Escaladant une roche, je passe sur un petit pont de bois jet&#233; sur le torrent. L&#224; le tableau est f&#233;erique.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais au fond d'une gorge d&#233;chir&#233;e, d'un pittoresque, d'une sauvagerie fantastiques. D'une hauteur de plus de cent m&#232;tres, ses abruptes parois tr&#232;s rapproch&#233;es surplombaient dans le haut, ne laissant entre elles qu'une &#233;troite fente par o&#249; s'apercevait le ciel. On aurait dit le vaisseau d'une immense cath&#233;drale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gigantesques parois &#233;taient rev&#234;tues de couleurs prodigieuses. Il y avait des rouges ardents, des carmins, des violets, des lilas, toute la gamme des jaunes, du bistre, du noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et sur ces teintes violentes, &#233;clatantes, se d&#233;tachaient des guirlandes, des bouquets de verdure. Des arbustes s'accrochaient aux moindres anfractuosit&#233;s, croissant m&#234;me au sommet de la vo&#251;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le torrent, d'un vert glauque, se ruait dans sa course furieuse sur les &#233;normes blocs qui obstruaient son lit, les couvrant d'&#233;cume resplendissante. Il s'&#233;chappait en bondissant d'une grotte obscure, myst&#233;rieuse, d'o&#249; l'on ne pouvait approcher.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tr&#232;s haut, du fa&#238;te de ces farouches escarpements, se pr&#233;cipitait une mince chute d'eau. Le soleil l'&#233;clairait, l'irisait, et elle faisait l'effet d'une merveilleuse cascade lumineuse se brisant en poussi&#232;re multicolore.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une d&#233;bauche, une orgie de couleurs heurt&#233;es, puissantes, mais s'enharmonisant dans un ensemble d'une indescriptible beaut&#233;. Sur le pont de bois lngresse se serait suicid&#233;, mais Delacroix aurait &#233;t&#233; en extase.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est admirable, dis-je &#224; Mademoiselle L..., et je ne sais comment vous remercier d'avoir bien voulu me faire conna&#238;tre le Couffourenc. Je n'ai jamais rien vu de pareil. Voyez, Mademoiselle, comme ces hautes roches d'un rouge si vif sont illumin&#233;es par le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles flamboient sous ses rayons. Remarquez combien, &#224; c&#244;t&#233; de ces &#233;clats rutilants, ces noirs paraissent sinistres dans l'ombre, et ces rouges sataniques. En v&#233;rit&#233;, si j'&#233;tais peintre, je ne repr&#233;senterais pas autrement un d&#233;fil&#233; de l'enfer.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous auriez tort. Monsieur, me r&#233;pondit en souriant Mademoiselle L..., puisque un coin du ciel se voit encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e ou plut&#244;t la grimp&#233;e fut p&#233;nible. &#192; chaque instant une glissade, un &#233;boulement me faisaient perdre la hauteur conquise. Enfin je me hisse au haut du gouffre et remonte &#224; Pallon. Je prends cong&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;et de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L... et je me remets en route24 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t me voici devant la descente de la Roche et pour la premi&#232;re fois, dans ma vie de touriste, j'h&#233;site, disons le mot, j'ai peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pas avoir peur, c'est la plupart du temps ne pas croire au danger et dans ces conditions on peut sans aucun m&#233;rite faire preuve d'un courage, d'une t&#233;m&#233;rit&#233; surprenants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Daudet, dans Tartarin sur les Alpes a tr&#232;s bien observ&#233; et analys&#233; ce sentiment. Qui ne se rappelle le m&#233;morable entretien sur l'Axenstrasse de Tartarin et de Bompard, o&#249; ce dernier r&#233;v&#232;le que la Suisse est enti&#232;rement truqu&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? De danger il n'en existait nulle part. Tous les cas &#233;taient pr&#233;vus. Aussi Tartarin ne croyant pas au danger fait-il preuve dans son ascension &#224; la Jungfrau d'un courage h&#233;ro&#239;que, stup&#233;fiant d'admiration ses trois guides.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'observation est tr&#232;s exacte. J'ai eu l'occasion de l'&#233;tudier sur moi-m&#234;me. Il y a une dizaine d'ann&#233;es, j'abandonnai le tourisme &#224; pied pour les joies du cyclisme. Un habile cycliste d'Alais M.&#160;C., devenu aujourd'hui le plus intr&#233;pide des chauffeurs, guida mes premiers pas. Je montrais disait-il des dispositions &#233;tonnantes. En r&#233;alit&#233; je fus un &#233;l&#232;ve pitoyable et, comme les chevaliers malheureux dans les tournois, je mordis souvent la poussi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aimable touriste voulut bien m'aider dans le choix d'une bicyclette. Bien plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il la choisit lui-m&#234;me. C'&#233;tait une machine anglaise Eadie, d&#233;veloppant 4m,65.
&lt;br /&gt;&#8212; Je l'ai choisie sans frein, me dit-il. Un frein g&#226;terait ses lignes impeccables. Regardez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quelle puret&#233; de dessin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d'ailleurs un cycliste qui se respecte ne s'en sert jamais. Rien n'est plus vulgaire. Il a recours uniquement au bout de son pied qu'il appuie l&#233;g&#232;rement sur le bandage de la roue avant. Cette pratique apprise, le danger n'existe plus et vous pourrez vous risquer partout. Je vous en r&#233;ponds absolument.
&lt;br /&gt;&#8212; Ne g&#226;tons pas ces lignes, r&#233;pondis-je, ce serait vraiment dommage, et respectons leur puret&#233;. De plus j'ai aussi le respect de moi-m&#234;me. Vous avez donc sagement agi en supprimant ce ridicule accessoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et s&#251;r de moi, apr&#232;s une quinzaine d'essais, ne croyant pas au danger, je partis pour les Hautes-Alpes. J'allai &#224; Lettret pr&#232;s de Tallard et je revins par le col Bayard et la Mure. La descente de Laye malgr&#233; sa pente se fit admirablement et je rendis hommage &#224; la sagesse et &#224; la science de mon Mentor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle superfluit&#233; que le frein me disais-je et quelle heureuse id&#233;e de le supprimer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jetais des regards de piti&#233; sur les touristes dont les machines en &#233;taient munies.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente des &#201;gats fut moins admirable et le tournant &#224; angle aigu faillit m'&#234;tre fatal. J'accusai un instant de distraction. Le lendemain, j'abordai la descente de Laffrey d'un c&#339;ur l&#233;ger et j'arrivai &#224; Vizille le dessous du brodequin compl&#232;tement us&#233;. Comme compensation, le bottier chez qui j'achetai des chaussures me parut enthousiasm&#233; par la puissance et la simplicit&#233; h&#233;ro&#239;que de ce frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, je connais le danger et, gr&#226;ce &#224; mes deux freins, je passe &#224; peu pr&#232;s partout. Eh bien, malgr&#233; ces deux freins, aujourd'hui j'h&#233;site. Cette descente de deux kilom&#232;tres presque en ligne droite a une pente invraisemblable et aboutit &#224; la Durance faisant un angle droit avec le pont. &#192; droite, des pentes de 50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'une hauteur de 300 m&#232;tres. Je n'h&#233;site plus. Je mets pied &#224; terre et la pente est si forte, que pour ne pas &#234;tre entra&#238;n&#233; par ma machine, je dois serrer continuellement le frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; sur la grande route, je marche tr&#232;s rapidement. Le vent m'est favorable. &#192; midi je descends &#224; une petite auberge situ&#233;e &#224; deux pas de la gare de Montdauphin. Quelles &#233;tudes de m&#339;urs on pourrait y faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Impossible de r&#234;ver un caract&#232;re plus ex&#233;crable, plus infernal, que celui de la jeune h&#244;teli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je prends le caf&#233; sous la tonnelle et je cause avec un employ&#233; de la gare. Il fait tr&#232;s chaud et le vent soul&#232;ve des tourbillons de poussi&#232;re sur la route.
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; votre place, me dit-il, je prendrais le train jusqu'&#224; Gap et, la grosse chaleur pass&#233;e, je remonterais &#224; bicyclette.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous parlez d'or, r&#233;pondis-je, et vous avez lu dans ma pens&#233;e et &#224; 2 heures le m&#234;me employ&#233; me donne un billet pour Gap. De mon vagon je suis la route ensoleill&#233;e dont cette heureuse id&#233;e m'a pr&#233;serv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive &#224; Gap &#224; 3h. 40. Je repars &#224; 6 heures. Je monte lentement la c&#244;te de la Freyssinouse. Ensuite rapide allure jusqu'&#224; Veynes o&#249; je m'arr&#234;te quelques minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur a enfin disparu. La fra&#238;cheur du soir est fort agr&#233;able. Le soleil vient de se coucher et les hautes montagnes ont encore leurs cimes, &#233;clair&#233;es. Tout le couchant est embras&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je pense &#224; ces admirables vers du plus grand des po&#232;tes cyclistes :&lt;br class='autobr' /&gt;
..... beaux soirs aux horizons sauvages &lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; sur les monts vermeils on voit mourir de l'or&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rectificatif paru dans Le Cycliste de Novembre 1903 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon r&#233;cit sur le Couffourenc (Cycliste du 31&#160;octobre 1903) j'ai commis une erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la foi d'un habitant de la Roche j'ai indiqu&#233; le chemin des ruines de Rame comme conduisant au Couffourenc, alors qu'il n'existe que celui de Pallon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le touriste devra donc se r&#233;signer &#224; monter la dure c&#244;te. J'ai grand peur que les r&#233;tro elles-m&#234;mes &#8212; surtout les r&#233;tro devrais-je dire &#8212; ne s'y brisent les dents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je recommande la visite du Couffourenc (de 8 &#224; 10 heures du matin) aux touristes peintres et aquarellistes. Comme couleur, pittoresque, sauvagerie, le Couffourenc est unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;N.D.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;W.&#160;: Question que la litt&#233;rature du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; se posait &#224; propos de la figure de l'inquisiteur, voir&#160;&lt;i&gt;Torquemada&lt;/i&gt; de Victor Hugo (1882), et&#160;&lt;i&gt;Le Grand Inquisiteur&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, r&#233;cit pr&#233;sent dans Les fr&#232;res karamazov (1880).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le Col de Porte (1901)</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; Je vous pardonne votre interruption en faveur du mot. Je continue. Ils sont, me dis-je, &#224; l'ombre des grands bois, sous chaque sapin brillera une bicyclette. Dans les grands bois, brillaient seules les gouttes de ros&#233;e, et &#224; l'auberge, ils ne fourmillaient pas. En r&#233;fl&#233;chissant, je calculai qu'avec le train furibond qui caract&#233;rise les cyclistes de ce pays, ils devaient &#234;tre non seulement &#224; Bourg-Argental, mais en revenir, et je descendais avec la plus grande prudence, de crainte de collision, la longue c&#244;te. Les steppes de la Sib&#233;rie pullulent &#224; c&#244;t&#233;. &#192; 8 heures, j'arrivai &#224; Bourg-Argental, et pendant que sur le devant d'un caf&#233; je d&#233;jeunais, je fus fort &#233;gay&#233; par trois cyclistes qui tournaient sur la place, se livrant &#224; l'acrobatie ordinaire que vous savez. Inutile de dire qu'ils n'&#233;taient pas de Saint-&#201;tienne. Apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;sert recommen&#231;a.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Pilat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Paru dans Le Cycliste, Novembre 1901, Source archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per132_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, &#224; 3 heures nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; nous mettre en selle. Comme la veille, le touriste rouge me demanda si j'avais pass&#233; une heureuse nuit, si je n'avais pas eu de cauchemars.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous remercie de votre attention, mais, &#8212; et remarquez que c'est l'indice infaillible d'une conscience pure &#8212; je ne fais jamais de mauvais r&#234;ves.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me dans Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? r&#233;pliqua-t-il malicieusement, et son sourire...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre perfide insinuation, mon ami, constitue, une provocation au premier chef, c'est un v&#233;ritable casus belli. Ne soyez pas surpris, si je me consid&#232;re en &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense. D&#233;sormais toutes les repr&#233;sailles me seront permises.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et je compris alors le secret mobile de cette sollicitude qui m'&#233;tonnait. Hier matin, le c&#339;ur lui avait probablement manqu&#233; pour ce coup de Jarnac.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je suis encore votre d&#233;biteur, reprit-il, et je d&#233;sesp&#232;re presque de m'acquitter envers vous. Cependant, soyez s&#251;r que je ferai tout ce que je pourrai pour cela.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe de la Placette, d'une longueur de 5 kilom&#232;tres, offre une pente moyenne continue de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, qu'avec le d&#233;veloppement de 2m,90 on gravit tr&#232;s facilement. Quant &#224; mon compagnon, avec 5m,60 c'&#233;tait pour lui un simple jeu. Nous montions c&#244;te &#224; c&#244;te en causant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voulez-vous que nous marchions un ou deux kilom&#232;tres, me dit-il, la vue est si belle que c'est un crime de l&#232;se-tourisme d'aller aussi vite. &#192; pied, nous pourrons mieux jouir de cette superbe &#233;chapp&#233;e sur la vall&#233;e de l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous montions donc &#224; pied, &#233;changeant nos impressions, nous arr&#234;tant souvent pour contempler la merveilleuse vue. Tout &#224; coup, nous f&#251;mes d&#233;pass&#233;s par un quadricycle. &#192; peine si nous e&#251;mes le temps d'entrevoir une jeune femme plac&#233;e devant le chauffeur.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ne trouvez-vous pas &#233;trange que depuis Nyons, nous n'ayons pas rencontr&#233; un touriste &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, et j'y suis habitu&#233;, r&#233;pondis-je, le contraire m'&#233;tonnerait. Le m&#234;me fait s'est produit dans mon voyage en Auvergne. Le touriste &#224; bicyclette est destin&#233; &#224; devenir bient&#244;t un objet de curiosit&#233;. Votre question me rappelle un &#233;pisode de mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt; Je vous ai racont&#233; les incidents de route d'Issoire &#224; Clermont par le col de Dyanne, ainsi que ceux de Clermont &#224; Saint-&#201;tienne par Ambert et Viverols. M.&#160;de X..., avec qui je passai une fort agr&#233;able soir&#233;e, me conseilla l'itin&#233;raire Grand'Croix, P&#233;lussin, Chavanay.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le dimanche, ajouta-t-il, nos routes sont sillonn&#233;es de cyclistes, le plateau de la R&#233;publique, les Grands-Bois en fourmillent.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi, me dis-je, ne passerais-je pas par Planfoy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cela me permettra, et je n'en serai pas f&#226;ch&#233;, de voir la tournure des cyclistes st&#233;phanois. Et pr&#233;cis&#233;ment le lendemain &#233;tait un dimanche. Malheureusement, je m'oubliai, et ne quittai Saint-&#201;tienne qu'&#224; 5 heures 30. Les rues &#233;taient vides de cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis lev&#233; trop lard, pensai-je, et j'admirai l'entrain matinal des touristes de cette ville. La mont&#233;e de Planfoy &#233;tait chang&#233;e en d&#233;sert, le plateau de la R&#233;publique &#233;galement. Je ne rencontrai &#226;me qui vive.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me le n&#232;gre de miss Symour22&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me de touriste noir. Je ne vis qu'un affreux chien qui me poursuivit avec une pers&#233;v&#233;rance digne d'un meilleur sort, car je fus oblig&#233; de lui tirer une cartouche de sel caustique. Il s'enfuit en hurlant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voyagez donc toujours avec un revolver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, seulement dans mes grandes courses. Le voici : il est tr&#232;s petit mais d'une puissance extraordinaire. C'est une arme faite sp&#233;cialement pour les touristes par Galand. C'est sa derni&#232;re cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le fait est qu'il est du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dernier galant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous pardonne votre interruption en faveur du mot. Je continue. Ils sont, me dis-je, &#224; l'ombre des grands bois, sous chaque sapin brillera une bicyclette. Dans les grands bois, brillaient seules les gouttes de ros&#233;e, et &#224; l'auberge, ils ne fourmillaient pas. En r&#233;fl&#233;chissant, je calculai qu'avec le train furibond qui caract&#233;rise les cyclistes de ce pays, ils devaient &#234;tre non seulement &#224; Bourg-Argental, mais en revenir, et je descendais avec la plus grande prudence, de crainte de collision, la longue c&#244;te. Les steppes de la Sib&#233;rie pullulent &#224; c&#244;t&#233;. &#192; 8 heures, j'arrivai &#224; Bourg-Argental, et pendant que sur le devant d'un caf&#233; je d&#233;jeunais, je fus fort &#233;gay&#233; par trois cyclistes qui tournaient sur la place, se livrant &#224; l'acrobatie ordinaire que vous savez. Inutile de dire qu'ils n'&#233;taient pas de Saint-&#201;tienne. Apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;sert recommen&#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fumais une cigarette &#224; la bifurcation de Boulieu, quand au moment o&#249; je partais, j'aper&#231;us enfin sur la route d'Annonay deux touristes accompagn&#233;s d'une cyclettiste, dont la gracieuse apparition fut le sourire cycliste de cette journ&#233;e. De Boulieu &#224; Andance rien, et ce ne fut qu'&#224; Sarras que je fus d&#233;pass&#233; par deux autres touristes, dont l'un, ing&#233;nieur en chef des ponts et chauss&#233;es, &#233;tait bien le plus &#233;tonnant cycliste que j'aie rencontr&#233;. Il p&#233;dalait en planant &#224; chaque instant, et soutenait un train de 20 &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Jusqu'&#224; Tournon il me servit d'entra&#238;neur. J'&#233;tais aussi bien aise de voir dans quel &#233;tat il descendrait de machine. Ce fut lamentable, rouge, congestionn&#233;, il ruisselait, tandis que son compagnon et moi &#233;tions en somme fort pr&#233;sentables. Sur une route &#224; pentes insensibles, les planements sont une pure folie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce sport, en tant que tourisme, tend en effet &#224; dispara&#238;tre. Il est trop dur pour les jeunes gens eff&#233;min&#233;s de notre &#233;poque, qui se sont pr&#233;cipit&#233;s sur les automobiles, la n&#233;gation absolue, jusqu'&#224; maintenant, de l'ind&#233;pendance si ch&#232;re aux vrais touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je le regrette pour eux. Ils ignorent une des plus grandes jouissances qu'il soit possible de go&#251;ter sur notre pauvre plan&#232;te, o&#249;, comme les cyclistes &#224; Planfoy, elles ne pullulent pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, nous &#233;tions arriv&#233;s &#224; la Placette. L'auberge &#233;tait ouverte, et dans l'air vif du matin nous nous sent&#238;mes en tr&#232;s bonnes dispositions pour d&#233;jeuner. Je ne sais comment la conversation tomba sur la Revue.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'esp&#232;re bien, me dit le touriste rouge, que vous ne recommencerez pas votre agr&#233;able plaisanterie de la Croix-Haute, et que je ne risque rien &#224; aller &#224; la Grande Chartreuse avec vous. Vous ne sauriez croire, quand je revis votre r&#233;cit et que je m'aper&#231;us que j'en &#233;tais le h&#233;ros, combien je fus &#233;tonn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fus m&#234;me un instant furieux de votre trahison, mais &#231;a ne dura pas. Vous n'aviez pas &#233;t&#233;, j'en conviens, bien m&#233;chant, et je finis par rire franchement. &#192; vrai dire, vous n'aviez raill&#233; que mes imperfections physiques, ou plut&#244;t ce que vous croyez en &#234;tre. Rappelez-vous Saint-Julien-en-Beauch&#232;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et puis, me dis-je &#8212; c'&#233;tait le corollaire naturel de votre r&#233;cit &#8212; je dois &#234;tre irr&#233;prochable au moral. J'avoue que cette hypoth&#232;se me s&#233;duisit un instant. Je n'ai pas besoin de vous dire que ma modestie eut vite raison de cette pens&#233;e, et j'accusai votre peu de clairvoyance. En somme, vous ne m'aviez rien promis, je ne vous avais rien demand&#233;, vous &#233;tiez donc parfaitement libre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! comme aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Hier soir, &#224; Serres, pendant que vous dormiez, je notais h&#226;tivement nos incidents de route. Vous imaginez-vous que c'&#233;tait pour moi seul que je luttais contre le sommeil.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous ne dormiez pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! encore une trahison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; qui donc se lier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous reconna&#238;trez que j'ai respect&#233; votre incognito : ni votre nom, ni la ville que vous habitez, rien dans mon r&#233;cit ne peut le faire supposer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et mes jambes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et ma malheureuse moustache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je crains toujours de rencontrer un abonn&#233; du Cycliste s'&#233;criant &#224; ma vue : Voil&#224; l'homme rouge qui passe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'ayez pas cette crainte. Les abonn&#233;s de la Revue sont trop bien &#233;lev&#233;s pour cela. Je dirai m&#234;me plus : je pourrais vous en citer et non des moins aimables &#8212; qui seraient enchant&#233;s de vous conna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous me g&#226;tez mon excursion. Encore, si vous me promettiez d'avoir la main l&#233;g&#232;re. Mais aussi, quelle extraordinaire id&#233;e avez-vous eue de collaborer au Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Extraordinaire, je vous l'accorde, et j'en suis encore plus &#233;tonn&#233; que vous. C'est cette infernale Croix de Chabourey qui en est cause.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle responsabilit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je suis surpris qu'elle soit encore debout, interrompit-il d'un air p&#233;n&#233;tr&#233;, en joignant les mains.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Elle est m&#234;me tr&#232;s solide, pourtant, n'essayez pas de lui d&#233;dier un sonnet, les bras lui en tomberaient et ce serait vraiment dommage. Je poursuis. M.&#160;de Vivie m'a rendu le plus grand service qu'un touriste puisse rendre &#224; un autre, en me r&#233;v&#233;lant la puissance de la petite multiplication &#224; laquelle je ne croyais pas. J'ai voulu, par quelques r&#233;cits &#233;crits d'une main inhabile &#8212; ils seront mis au nombre de mes p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#8212; le remercier. Voyez, comme vous vous trompiez, quand vous m'accusiez de n'&#234;tre pas reconnaissant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'&#233;tais bien aise en m&#234;me temps d'orienter les touristes vers des pays peu connus, et si j'ai pu donner le go&#251;t du tourisme &#224; quelques cyclistes, si j'ai pu en arracher, ne serait-ce qu'un, aux joies malsaines de la ville, je m'estimerai suffisamment d&#233;dommag&#233;. Je me suis permis, mon cher ami, de vous associer &#224; cette bonne &#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je n'ai plus rien &#224; dire, si ce n'est que pour me fermer la bouche, votre derni&#232;re raison est d'une habilet&#233; extr&#234;me. Mais pour l'avenir, vous engagez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Serai-je pr&#232;s de vous en s&#251;ret&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous le promets. Le touriste rouge ne para&#238;tra plus dans Le Cycliste, et pour vous le prouver, voulez-vous, le mois prochain, venir &#224; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; cette condition, je le veux bien. Un t&#233;l&#233;gramme et j'accours. La Placette d&#233;pass&#233;e, la route descend rapidement dans la vall&#233;e de l'H&#233;r&#233;tang. Nous arriv&#226;mes vite &#224; Saint-Laurent-du-Pont o&#249; nous ne nous arr&#234;t&#226;mes pas. Au pont de Saint-Bruno, je changeai de multiplication et nous roul&#226;mes &#224; une modeste allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la bifurcation de la Croix-Verte nous m&#238;mes pied &#224; terre pour gravir la pente &#224; 15% qui nous amena au couvent.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait exactement 7h. 40 quand nous sonn&#226;mes &#224; la porte. La visite ayant lieu &#224; 8 heures, nous utilis&#226;mes le temps qui nous restait &#224; d&#233;jeuner. Notre collation &#224; la Placette &#233;tait pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de souvenir. &#192; 8 heures un fr&#232;re vint nous chercher.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous attendrai au-dehors, sur la pelouse. Je suis venu au couvent plusieurs fois, ce serait pour moi une corv&#233;e. Vous me ferez part de votre impression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et je le laissai.&lt;br class='autobr' /&gt; J'attendis longtemps. La grande porte enfin s'ouvrit et le touriste rouge apparut.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, lui dis-je, avez-vous &#233;t&#233; s&#233;duit par la vue int&#233;rieure du couvent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous sentez-vous des dispositions &#224; devenir chartreux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Chartreux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! jamais de la vie, et la mortelle tristesse de ce clo&#238;tre me ferait fuir &#224; cent lieues. Sa visite m'a peu int&#233;ress&#233;. Ce n'est pas le premier que je vois, et &#224; part quelques d&#233;tails, c'est toujours la m&#234;me chose. Nous n'&#233;tions que cinq touristes, ce qui m'a paru peu. Le fr&#232;re qui nous conduisait avait une v&#233;ritable mine d'asc&#232;te et dans ses yeux sombres luisait l'ardeur mystique de sa vocation. &#201;videmment, il croyait par ses mac&#233;rations gagner le ciel. Il me regardait presque tout le temps : ma maigreur de simple la&#239;que devait lui porter ombrage.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que vous puissiez porter ombrage &#224; quelqu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, mon ami, ne l'esp&#233;rez pas. Que ce soit &#224; un fil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce n'est pas &#224; vous que l'on dira jamais : &#244;te-toi de mon soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le spectre solaire compterait seulement une raie de plus. Enfin, je suis fort heureux que vous ayez trouv&#233; votre pareil. Je croyais bien que vous monopolisiez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous vous vengez... Je ne r&#233;pondrai pas. Le voisinage de ce couvent a sur vous une d&#233;testable influence. Partirai-je seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'ailleurs, votre mani&#232;re de vous nourrir vous a tr&#232;s bien pr&#233;par&#233; &#224; cette vie aust&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quittez ce souci. Je n'ai jamais envi&#233; la vie monastique. Pour moi, vie est synonyme de mouvement, et les seuls ordres qui m'eussent attir&#233;, ce sont ces ordres mendiants du moyen &#226;ge, dont les moines, la besace au dos, le b&#226;ton &#224; la main, parcouraient toute l'Europe. Ils couchaient un jour dans un ch&#226;teau, le lendemain sous le chaume, parfois m&#234;me en pleine for&#234;t. Ces moines-l&#224; sont nos anc&#234;tres, ce sont les premiers touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, mais ils ont disparu. Quant aux ordres existants aujourd'hui, je n'en comprends aucun et les couvents sont, &#224; mes yeux, un v&#233;ritable anachronisme. Les hommes sont faits pour vivre ensemble, pour s'aider, et non pour s'isoler. Je ne con&#231;ois pas au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un homme se faisant moine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne suis pas de votre avis. Je pense aux vaincus de la vie, &#224; ceux qui, meurtris, demandent gr&#226;ce. Le couvent, c'est l'&#233;vasion qui les soustrait aux trahisons du monde, &#224; la m&#233;chancet&#233; des hommes. En proie aux mille jouvences de cette terre, ils go&#251;tent l&#224; le repos, l'oubli&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le port sauveur qui abrite leur d&#233;tresse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, votre retraite n'est qu'une fuite. Vous &#233;vitez le combat, vous rendez les armes. Le c&#339;ur vous a manqu&#233; pour lutter, vous avez d&#233;sert&#233;, et si vous voulez conna&#238;tre le fond de ma pens&#233;e, la vie monacale n'est qu'une des formes de l'&#233;go&#239;sme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, s'il me pla&#238;t &#224; moi de fuir le monde, en quoi cela regarde-t-il quelqu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au nom de la libert&#233;, j'ai le droit de penser et d'agir comme il me conviendra.&lt;br class='autobr' /&gt; Commen&#231;ant ainsi, nous ne pouvions nous entendre. Nous discut&#226;mes longtemps en pure perte. Esprit g&#233;n&#233;reux, c&#339;ur d&#233;vou&#233;, ne connaissant pas les mis&#232;res de la vie, le touriste rouge ne pouvait comprendre cette s&#233;paration absolue, cette claustration dans laquelle se sont r&#233;fugi&#233;s certains de nos semblables.&lt;br class='autobr' /&gt; Rien de tel qu'une discussion anim&#233;e pour ouvrir l'app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Savez-vous qu'il est onze heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Si nous allions d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit mon compagnon.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Allons d&#233;jeuner. D'ailleurs, ce que nous disons est loin d'&#234;tre fol&#226;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cela vous serait-il &#233;gal que nous filions sur Saint-Pierre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le menu serait moins s&#233;v&#232;re et nous n'aurions aucun pr&#233;texte &#224; rouvrir cette discussion. Ensuite, nous avons en perspective la rampe du col de Porte et je crains que ce maigre auquel je ne suis pas habitu&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme vous voudrez. Je ne tiens pas plus que vous &#224; rester ici. L'h&#244;tel du D&#233;sert est fort bon, rien ne nous retient plus, partons.&lt;br class='autobr' /&gt; Et prenant nos bicyclettes, nous saut&#226;mes en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; La route de Saint-Pierre-de-Chartreuse, qui d'abord descend mod&#233;r&#233;ment, ne tarde pas &#224; s'accentuer terriblement. Malgr&#233; mon insistance, mon ami ne voulut pas mettre pied &#224; terre et nous f&#238;mes la folie de faire en machine la section &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. &#202;tre le dieu des cyclistes ne doit pas constituer pr&#233;cis&#233;ment une sin&#233;cure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233;s sur les bords du Guiers nous respir&#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#199;a s'est tr&#232;s bien pass&#233;, me dit-il, et pourquoi voulez-vous que je suive vos conseils, quand vous-m&#234;me vous ne les suivez pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'y avait rien &#224; r&#233;pondre &#224; cette judicieuse remarque. Je me tus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous f&#251;mes vite &#224; l'h&#244;tel du D&#233;sert. Un touriste &#8212; l'esp&#232;ce offre une vari&#233;t&#233; infinie &#8212; install&#233; dans un grand fauteuil pr&#232;s de la fen&#234;tre, &#224; une chambre du second &#233;tage, tenait &#224; la main une canne &#224; p&#234;che. La longue cordelette flottait sur la rivi&#232;re, et sans se d&#233;ranger, surveillant de tr&#232;s haut les mouvements du bouchon multicolore, il p&#234;chait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est ce qui s'appelle un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;p&#234;cheur en chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, observa le touriste rouge.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la salle &#224; manger d&#233;j&#224; nombre de touristes d&#233;jeunaient. Nous nous ass&#238;mes &#224; une petite table isol&#233;e : nous voulions pouvoir causer tranquillement. Malheureusement, deux cyclistes qui d&#238;naient pr&#232;s de nous s'entretenaient bruyamment et leur conversation ne tarda pas &#224; nous amuser beaucoup. Le verbe haut, l'allure insolente, ils parlaient surtout pour la galerie. L'un d'eux avait une passion f&#226;cheuse pour les citations, les mots historiques qu'il pla&#231;ait &#224; tort et &#224; travers, ce qui produisait un effet qu'il ne pr&#233;voyait pas sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils nous fatigu&#232;rent bient&#244;t, et notre repas termin&#233;, nous quitt&#226;mes la salle et f&#238;mes apporter le caf&#233; sur la terrasse que longe le Guiers.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quels stupides touristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ils reculent les bornes de la b&#234;tise humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce ne sont pas des touristes, r&#233;pondis-je, ce sont tout simplement des &#233;chapp&#233;s de quelque grande ville qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;font&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la Chartreuse, s'il m'est permis de me servir de la langue de leur corporation. D'ailleurs, avez-vous remarqu&#233; leurs costumes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Leur carcan de toile blanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un touriste amant de la belle nature et qui voudra par cons&#233;quent la caresser de pr&#232;s, pourrait-il s'astreindre &#224; un pareil accoutrement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? R&#232;gle invariable, le touriste se reconna&#238;t &#224; la commodit&#233; et au laisser-aller de son v&#234;tement. Le m&#233;pris de la mode est le commencement du tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre explication me comble d'aise. Voyez la poussi&#232;re qui nous couvre, nos feutres de meunier...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous avons la tenue r&#233;glementaire. Je ne me souviens plus o&#249; j'ai lu qu'un touriste rempla&#231;ait, &#224; table d'h&#244;te, son faux-col absent par l'exquise distinction de ses mani&#232;res. Avez-vous remarqu&#233; l'heureux emploi qu'a fait notre voisin de table du mot de Siey&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je l'ai savour&#233; en silence comme doivent se savourer toutes les choses rares. Il me rappelle un incident de voyage presque identique qui m'est arriv&#233; encore dans votre d&#233;partement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Dans mon d&#233;partement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! D&#233;cid&#233;ment vous lui en voulez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Amieus Plato...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ne continuez pas. Elle est compl&#232;tement us&#233;e, tout &#224; fait hors de service.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je passe donc. Parti le matin de Saint-Guilhem-le-D&#233;sert, j'arrivai &#224; midi &#224; X... o&#249; je d&#233;jeunai. Ensuite, j'entrai dans le caf&#233; o&#249; se r&#233;unissaient les notables de l'endroit. &#192; une table voisine de la mienne &#233;tait assis un personnage que plusieurs personnes entouraient, l'appelant c&#233;r&#233;monieusement M.&#160;le suppl&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt; Il tenait le d&#233; de la conversation et toutes ses paroles &#233;taient soulign&#233;es de gestes et de sourires approbateurs. Nourri &#233;videmment du suc le plus pur de l'antiquit&#233;, il se risquait parfois, lui aussi, &#224; des citations v&#233;ritablement extraordinaires. Sa personne surtout l'occupait. Il daigna conter le menu de son d&#233;jeuner, d&#233;jeuner succulent, para&#238;t-il, car il termina ainsi : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Enfin, Messieurs, j'ai fait un vrai festin de Sucullus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; L'auditoire en entier s'inclina sans comprendre, muet d'admiration devant un pareil faste. Seul, un jeune homme qui se trouvait plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; du suppl&#233;ant ne m'avait pas paru partager l'all&#233;gresse g&#233;n&#233;rale. Il osa &#8212; les jeunes gens ont toutes les audaces &#8212; hasarder timidement :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voulez sans doute dire de Lucullus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le suppl&#233;ant stup&#233;fait, le regarda un moment saisi de sa hardiesse. Ensuite, s&#251;r de lui, et souriant avec la sup&#233;riorit&#233; que donne le vrai savoir, il laissa tomber ces m&#233;morables paroles :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai dit Sucullus. D'ailleurs Lucullus n'aurait aucun sens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le jeune imprudent ne protesta pas. Fut-il convaincu, n'osa-t-il rien dire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#201;tait-ce un surnum&#233;raire ambitieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il se tut.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; moi, j'admirai les fruits &#233;tonnants de l'instruction obligatoire. Et dire que ce sera cet &#234;tre-l&#224;, juge de paix probablement &#224; cette heure, qui me jugera et m'appliquera le maximum en cas de contravention cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait petit, replet, bouffi, et quand on aime les festins de Sucullus, on est s&#251;rement v&#233;lophobe.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le ciel nous pr&#233;serve de ses consid&#233;rants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; La route du col de Porte remonte par des pentes tr&#232;s dures le vallon de Saint-Hughes. Les sections &#224; 10% n'y sont pas rares, aussi nous arr&#234;t&#226;mes-nous souvent. Sous les sapins, des amas de neige se voyaient encore. Dans une clairi&#232;re, nous aper&#231;&#251;mes des soldats attisant un feu sur lequel, suspendue &#224; trois piquets, bouillait une marmite, espoir de leur d&#238;ner. Arriv&#233;s au col, vu l'heure, nous d&#233;cid&#226;mes de faire une grande halte, et cherchant un endroit abrit&#233;, nous nous ass&#238;mes en plein soleil.&lt;br class='autobr' /&gt; Homme de pr&#233;caution, le touriste rouge sortit de son sac tout ce qu'il fallait pour constituer un tr&#232;s agr&#233;able go&#251;ter. Le secret d'un court conciliabule avec le ma&#238;tre d'h&#244;tel de Saint-Pierre me fut ainsi r&#233;v&#233;l&#233;. Apr&#232;s lui avoir vol&#233; les f&#233;licitations qu'il m&#233;ritait, je tirai mon &#233;tui &#224; cigarettes et nous nous m&#238;mes &#224; fumer et &#224; causer.&lt;br class='autobr' /&gt; Collectionneur passionn&#233; d'eaux-fortes, je lui expliquais les diff&#233;rents &#233;tats d'une planche, je lui disais les difficult&#233;s, les &#233;motions, les p&#233;rip&#233;ties de la poursuite de l'&#233;preuve rarissime, de celle tir&#233;e sur Japon ou parchemin, avant la gravure de la Remarque, sous les yeux de l'artiste, &#224; un ou deux exemplaires seulement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#233;tat occulte presque impossible &#224; se procurer et que le graveur garde jalousement, quand tout &#224; coup il m'interrompit :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voyez le joli sujet que cela ferait, et il me montra un groupe venant vers nous.&lt;br class='autobr' /&gt; L'homme, un b&#251;cheron, son sac derri&#232;re le dos, portait sur le bras, une fillette encore toute jeune. Il babillait avec elle, tant&#244;t lui faisant les gros yeux, enflant la voix, tant&#244;t l'embrassant, et sa moustache aux poils rudes piquait les joues ros&#233;es de l'enfant qui riait aux larmes. &#192; dix pas suivait la m&#232;re lourdement charg&#233;e &#233;galement, que deux enfants un peu plus &#226;g&#233;s se faisant remorquer, tenaient par un pan de sa robe : attentive au man&#232;ge de son mari, sa figure refl&#233;tait une joie attendrie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que ces gens paraissent heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dit-il, la fortune ne fait pas le bonheur. Et il les regardait ravi.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous avez bien raison, ni l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux. Ne croyez-vous pas qu'il soit temps de partir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, me r&#233;pondit-il en souriant, il n'est que temps.&lt;br class='autobr' /&gt; Et se levant &#224; son tour, il prit sa bicyclette. Il allait se mettre en selle quand je l'arr&#234;tai.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; ne faut pas songer ici &#224; tra&#238;ner un fagot, nous serions s&#251;rs du proc&#232;s-verbal. Les pentes &#233;tant fort raides, et cette route tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, nous nous s&#233;parerons. Vous me devancerez, si vous voulez, de 500 m&#232;tres, mais comme il importe que nous restions en communication, voici ce que je vous propose : c'est de nous servir d'un syst&#232;me de signaux que j'ai imagin&#233;. Vous passerez le premier. Venant de vous, trois coups de trompe signifieront que vous mettez pied &#224; terre, soit pour vous reposer, soit pour un danger quelconque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux coups, que la route est mauvaise.&lt;br class='autobr' /&gt; Venant de moi, &#224; mes trois coups vous devez imm&#233;diatement sauter de machine et m'attendre, c'est l'arr&#234;t absolu. Deux coups signifieront : allez lentement, je veux vous rattraper. Quant au coup de trompe seul, il restera l'avertissement pour les voitures et les pi&#233;tons. Ces trois signaux r&#233;pondent &#224; tous les cas. Dans mes voyages alpins avec le touriste de Glanges dont je vous ai si souvent parl&#233;, ils nous ont rendu les plus grands services.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Compris. &#202;tes-vous pr&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je pars.&lt;br class='autobr' /&gt; La route &#233;tait ce jour-l&#224; presque d&#233;serte et nous marchions &#224; 25 ou 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Celle vitesse n'est pas excessive et de temps en temps, nous ralentissions par de brefs coups de frein quand notre machine s'emportait.&lt;br class='autobr' /&gt; Le touriste rouge peu &#224; peu augmentait son avance, et de temps &#224; autre je l'entrevoyais filant comme une fl&#232;che. Bient&#244;t, la route tourna et je le perdis de vue. Tout &#224; coup, trois appels de trompe, nerveux, saccad&#233;s, retentirent au loin. J'activais ma marche quand le signal se r&#233;p&#233;ta. Quelque chose d'insolite &#233;videmment s'&#233;tait pass&#233;. J'aper&#231;us enfui mon ami assis sur le parapet du chemin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que vous est-il arriv&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! lui dis-je en sautant de machine, comme vous &#234;tes p&#226;le, votre figure est toute boulevers&#233;e. Qu'y a-t-il donc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Jamais je n'ai vu la mort de plus pr&#232;s, et je suis encore tout &#233;mu du danger auquel je viens d'&#233;chapper. Je descendais, &#224; vive allure, quand soudain je ressentis une secousse formidable et, sans m'en rendre compte, je me trouvai debout sur la route &#224; deux pas de cet ab&#238;me. Ma cha&#238;ne &#8212; pourquoi ne vous ai-je pas &#233;cout&#233; &#8212; trop peu tendue, avait accroch&#233; l'extr&#233;mit&#233; de la manivelle bloquant brusquement la roue motrice. Voyez la profonde trace qu'elle a laiss&#233;e dans la poussi&#232;re. C'est un v&#233;ritable miracle que sous le choc mon cadre ne se soit pas tordu et que je n'aie pas &#233;t&#233; jet&#233; &#224; droite dans ce pr&#233;cipice. Vous comprenez maintenant mon &#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tenez, dis-je, prenant dans mon sac un flacon d'arnica, humectez ce sucre et buvez ensuite une gorg&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s, le touriste rouge se sentit mieux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous pouvons nous remettre en route, me dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, faisons &#224; pied un ou deux kilom&#232;tres, la marche activera la circulation du sang et vous fera grand bien.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous arriv&#226;mes ainsi au col de Vence. L&#224;, apr&#232;s de courtes ablutions &#224; la fontaine, il retendit sa cha&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle r&#233;clame pour le constructeur de ma bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voil&#224; l'avantage d'avoir une machine de marque. Je me sens maintenant tout &#224; fait bien. Nous pouvons, je crois, repartir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; En selle donc.&lt;br class='autobr' /&gt; Je partis deux minutes apr&#232;s lui. Le panorama du col est sans doute admirable, mais la route, offrant une pente tr&#232;s forte et des tournants assez dangereux, toute mon attention s'y portait. Pourtant, pris par la merveilleuse vue, j'eus un moment de distraction et brusquement apparut, &#224; huit ou dix m&#232;tres, une charrette charg&#233;e de tonneaux, dont les chevaux arr&#234;t&#233;s coupaient obliquement la route, la barrant enti&#232;rement. Je serrai mes deux freins et pus sauter &#224; terre juste sous les naseaux du premier cheval.&lt;br class='autobr' /&gt; Furieux, je sortis de mon caract&#232;re, mon sang de m&#233;ridional l'emporta et j'apostrophai le charretier, lui reprochant son imprudence.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est miraculeux, m'&#233;criai-je, que je ne sois pas tomb&#233; sous les pieds de vos chevaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; L'air placide, souriant, assis comme Bacchus sur son tonneau, le charretier me regardait sans rien dire. Ensuite, sans se presser, il prit un petit tonnelet de 3 &#224; 4 litres et le tenant des deux mains, but lentement, toujours me fixant.&lt;br class='autobr' /&gt; J'&#233;tais stup&#233;fait, apais&#233; presque par le sang-froid vraiment magnifique qu'il d&#233;ployait.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout pourtant a une fin, m&#234;me la soif d'un charretier. Et quand il eut assez bu :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voudriez-vous boire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit-il avec un bon sourire, et il me tendit le tonnelet.&lt;br class='autobr' /&gt; Je trouvai la situation si dr&#244;le que subitement ma col&#232;re s'&#233;vanouit ou bien, par une loi myst&#233;rieuse, mon esprit subit l'influence du sien, et je souris. Quel philosophe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dis-je, quel oubli des injures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La col&#232;re ne m&#232;ne &#224; rien, et du moment que j'&#233;tais sain et sauf, &#224; quoi bon me plaindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'ai eu tort de m'emporter. Je voyage pour mon agr&#233;ment, lui a charg&#233; ces lourdes futailles et se r&#244;tit depuis deux heures sous ce soleil de plomb. Pourquoi moi, un heureux de ce monde, ai-je tant cri&#233; pour une petite inadvertance de ce brave homme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et j'accusai le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'aime pas &#224; avouer ses torts. Soyons tol&#233;rants les uns pour les autres : excellent conseil sans doute, mais plus facile &#224; donner qu'&#224; suivre.&lt;br class='autobr' /&gt; Et je levai le bras, pris le tonnelet et le portai &#224; mes l&#232;vres.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous s&#233;par&#226;mes dans les meilleurs termes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je rattrapai le temps perdu, la rampe fut vite descendue, et j'aper&#231;us le touriste rouge qui m'attendait sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous en sommes enfin sortis, me dit-il, quelle abominable descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai la main encore tout engourdie du serrage du frein.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous rendriez jaloux J&#233;r&#233;mie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le pass&#233; n'existe pas, pensons donc au pr&#233;sent. Savez-vous qu'il est 6 heures et qu'il n'est rien de tel que les &#233;motions pour ouvrir l'app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Jamais pens&#233;e plus juste, plus vraie, et votre arnica est un puissant ap&#233;ritif.&lt;br class='autobr' /&gt; J'admirais la vigueur, la robustet&#233; qui se cachaient sous sa fr&#234;le apparence, quand, tout &#224; coup, une id&#233;e me traversa l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Les Grecs, mon ami, &#224; la fin d'un voyage heureusement termin&#233;, remerciaient les dieux qui leur avaient &#233;t&#233; favorables en leur offrant un sacrifice. Les fortun&#233;s immolaient une g&#233;nisse, d'autres une brebis, les plus pauvres enfin un coq...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; O&#249; voulez-vous en venir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Attendez. Ne croyez-vous pas qu'il serait convenable d'offrir une victime au dieu du tourisme qui nous a prot&#233;g&#233;s et qui a &#233;t&#233; si plein d'&#233;gards pour nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, mais laquelle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je ne pense pas que...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous propose d'immoler le v&#233;g&#233;tarisme et de faire ce soir ce que dans le langage des cours on appelle un d&#238;ner de gala.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La triomphante id&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'accepte avec transport&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vous avez compl&#232;tement raison. Comment n'y ai-je pas pens&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est une question de tact, de convenance, de savoir-vivre, nous devons nous montrer reconnaissants. Je me charge du menu et si le dieu des touristes n'est pas content, il sera difficile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous m&#238;mes en selle, et, dix minutes plus tard, nous descendions sur la place Grenette.&lt;br class='autobr' /&gt; Je serai tr&#232;s bref sur notre d&#238;ner. Dire qu'il fut aust&#232;re, serait par trop rester au-dessous de la v&#233;rit&#233;. Le menu du touriste rouge fut parfait. Il avait d&#233;cid&#233;ment la fibre de la reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelles jolies et amusantes histoires il me conta&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait en verve et fut, ce soir, &#233;tincelant, &#233;blouissant. Jamais je ne savourai mieux la vie, et jamais, par contre, les heures ne pass&#232;rent plus vite.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; un certain moment, la conversation tomba sur une c&#233;l&#233;brit&#233; litt&#233;raire, contemporaine, Madame X..., que, par le plus grand des hasards, j'avais rencontr&#233;e nagu&#232;re, en chemin de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce qui m'a le plus &#233;tonn&#233; chez elle, ajoutai-je, c'est son allure de puritaine. Je me la figurais tout autre. Vous me direz que les apparences...
&lt;br /&gt;&#8212; Connaissez-vous ce quatrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me r&#233;pondit-il, il n'est pas de moi. Il vous est donc loisible de le trouver charmant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il &#233;tait une Romaine. &lt;br class='autobr' /&gt; Qui filait avec passion.&lt;br class='autobr' /&gt; Le matin, c'&#233;tait de la laine.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soir, c'&#233;tait de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et le d&#238;ner continua dans sa folle gaiet&#233;. Il eut pourtant une fin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je me permettrai, mon cher ami, dis-je en me levant de table, de vous remettre en m&#233;moire cette admirable pens&#233;e que vous avez burin&#233;e &#224; Rosans sous une non moins admirable forme, et dont nous venons de faire une si heureuse application : La sobri&#233;t&#233; est la vertu cardinale du cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait un coup droit. Il le para.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle bizarre co&#239;ncidence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je cherchais &#224; me rappeler o&#249; j'avais rencontr&#233; le touriste qui me donna cet excellent conseil : Soyez tr&#232;s sobre, soyez v&#233;g&#233;tarien, que l'eau soit votre unique boisson. Ne serait-ce pas sur la route du Valgaudemar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Parlons d'autre chose. Voyez comme ces fleurs ont des nuances d&#233;licates.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; neuf heures, nous sort&#238;mes de l'h&#244;tel, et apr&#232;s le th&#233;, nous nous dirige&#226;mes en fumant vers la gare, o&#249; le touriste rouge devait prendre l'express de Lyon de 10 h. 18. La bicyclette enregistr&#233;e, nous nous promen&#226;mes sur le quai attendant l'heure du d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt; Toujours un peu de m&#233;lancolie, un peu de tristesse se m&#234;le aux adieux. Notre entrain &#233;tait loin et c'est presque &#233;mus que nous nous serr&#226;mes les mains. Mon ami monta en wagon, choisi un coin et pla&#231;a sac et journaux dans le filet. Puis se penchant &#224; la porti&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; T&#233;l&#233;graphiez-moi pour Valsenestre. Je vous promets de venir.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, au sifflet aigu du chef de gare, r&#233;pondirent la trompe au son rauque du chef de train, le cri strident de la locomotive, une derni&#232;re poign&#233;e de main et le train se mit lentement en marche.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! adieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! adieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le train avait franchi le grand hall &#233;clair&#233; de la gare, sa masse noire d'instant en instant devenait moins distincte, et bient&#244;t je n'aper&#231;us plus qu'un triangle rouge qui fuyait dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le cyclotourisme et la nature</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article66</link>
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		<dc:date>2024-06-07T19:40:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>1899</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dans un pays de r&#233;glementation excessive comme le n&#244;tre, il serait plaisant que personne n'e&#251;t song&#233; &#224; tracer des r&#232;gles au cyclo-tourisme.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Grand Tourisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;1899&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Alfred Satie, Touring-Club de France, Novembre 1899 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays de r&#233;glementation excessive comme le n&#244;tre, il serait plaisant que personne n'e&#251;t song&#233; &#224; tracer des r&#232;gles au cyclo-tourisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas d'aujourd'hui que de braves gens pav&#233;s, comme l'Enfer, de bonnes intentions, et d'une subtilit&#233; rare, se sont ing&#233;ni&#233;s &#224; nous mesurer notre ration quotidienne de kilom&#232;tres, &#224; d&#233;terminer l'heure &#224; laquelle nous devions nous lever, &#224; nous apprendre ce qu'il nous &#233;tait licite de manger et ce qu'il nous &#233;tait interdit de boire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelque temps, la r&#232;gle des trois huit a joui d'une certaine faveur. Cela vous avait un petit parfum anarchiste qui n'&#233;tait pas pour d&#233;plaire. C'&#233;tait simple, math&#233;matique et illusoire : huit heures pour p&#233;daler, huit heures pour manger et se reposer, huit heures pour dormir. Il &#233;tait impossible de devenir compl&#232;tement abruti &#224; meilleur compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prescriptions des docteurs &#232;s-tourisme ont cela de bon que personne ne songe &#224; s'y conformer. Si l'on s'avisait de passer de la th&#233;orie &#224; la pratique, on ne tarderait pas &#224; s'apercevoir, par exemple, que 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres en terrain plat ne sont pas l'&#233;quivalent de 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;o&lt;/sup&gt; kilom&#232;tres avec longues c&#244;tes de huit ou dix pour cent de pente. On constaterait de m&#234;me, avec la rapidit&#233; d'un z&#232;bre lanc&#233; d'une main s&#251;re, &#8212;comme dirait mon compatriote Alphonse Allais, &#8212; que les localit&#233;s dignes d'attirer l'attention du voyageur, soit par l'agr&#233;ment du site, soit par l'excellence de leur cuisine, sont loin d'&#234;tre &#224; &#233;gale distance les unes des autres, ce qui rel&#232;gue dans le domaine de l'utopie le syst&#232;me des &#233;tapes de m&#234;me longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens, la seule r&#232;gle du tourisme c'est de ne pas conna&#238;tre de r&#232;gles, et ce n'est pas moi qui verrai des inconv&#233;nients &#224; ce que vous poussiez la libert&#233; jusqu'&#224; la licence. Si j'&#233;tais charg&#233; de r&#233;diger le Manuel du parfait touriste, je le condenserais en cette formule que vous pouvez, sans offenser ma modestie, qualifier de lapidaire&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TOURISME&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOIT&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JAMAIS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ETRE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UN&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PENSUM&lt;/span&gt;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est l&#224;. Ne jamais s'ennuyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si le tourisme ne conna&#238;t pas de r&#232;gles, il n'en est pas moins vrai qu'il ne peut exister en dehors de certaines conditions faciles &#224; d&#233;terminer. Faire du tourisme, c'est voyager pour son plaisir, sans la moindre pr&#233;occupation d'int&#233;r&#234;t personnel, pouss&#233; par le d&#233;sir de voir des choses nouvelles et de feuilleter le grand livre de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'un monsieur qui se rend d'un point &#224; un autre, obstin&#233;ment courb&#233; sur son guidon, sans prendre le moindre int&#233;r&#234;t aux objets qu'il rencontre, ne peut gu&#232;re &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un touriste. C'est peut &#234;tre un snob, &#224; coup s&#251;r un imb&#233;cile, souvent l'un et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est d'autant plus touriste que l'on est plus sensible aux beaut&#233;s de la nature, que l'on poss&#232;de &#224; un plus haut degr&#233; le sentiment du pittoresque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment est un don naturel, qui peut &#234;tre perfectionn&#233; par l'&#233;ducation, et dont l'intensit&#233; est en raison directe de la culture intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose &#233;trange, l'homme des champs est celui qui comprend le moins la nature. Pour lui l'id&#233;al est le terrain plat, facile &#224; cultiver et fatiguant peu les chevaux. Il lui para&#238;t invraisemblable qu'il se trouve des gens assez b&#234;tes pour se d&#233;ranger sans n&#233;cessit&#233;, dans le seul but de contempler un beau site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'habitant des grandes villes est invinciblement attir&#233; par la campagne, l'habitant des petites villes est fascin&#233; par les distractions des grandes villes , surtout si elles sont dangereuses pour les jeunes gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus. Le sentiment du pittoresque est un sentiment tout moderne, qui ne s'est gu&#232;re d&#233;velopp&#233; que depuis le commencement du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'antiquit&#233;, Virgile est l'homme qui a le mieux chant&#233; la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ce qui le ravit, c'est surtout la vie rurale, y compris les amours plut&#244;t scabreux des Tyrcis et des M&#233;nalque. Il aime les grottes, les sources d'eau vive, les fra&#238;ches vall&#233;es, le mugissement des grands b&#339;ufs couch&#233;s dans l'herbe &#233;paisse, le repos &#224; l'ombre des arbres touffus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Speluncee, vivique lacus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; at frigida Tempe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mugitusque boum, mollesque sub arbore somni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle impression un paysage alpestre lui causerait-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il est difficile de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descendons le cours des &#226;ges et arrivons au dix-septi&#232;me si&#232;cle et au dix-huiti&#232;me. Lisez la correspondance de Boileau et celle de Racine, il est impossible d'imaginer une plus superbe indiff&#233;rence pour le monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1687, Boileau se rend &#224; Bourbon-lesBains. Il s'arr&#234;te &#224; Moulins : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est, dit-il, une ville tr&#232;s marchande et tr&#232;s peupl&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et voil&#224; tout ce que nous savons de ses impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Racine, il passe &#224; Uz&#232;s la fin de 1681 et toute l'ann&#233;e 1682. Voil&#224; un homme qui va nous donner des renseignements pr&#233;cieux pour le tourisme. De Paris, il s'est rendu &#224; Lyon, puis il a descendu le Rh&#244;ne en bateau, il a couch&#233; &#224; Vienne et &#224; Valence. C'est tout pour le voyage. Quant &#224; Uz&#232;s, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;la ville est sur une montagne fort haute, et cette montagne n'est qu'un rocher continuel, si bien qu'en quelque temps qu'il fasse, on peut aller &#224; pied sec tout autour de la ville.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Lettre &#224; La Fontaine, 11&#160;novembre 1661). Ailleurs il veut bien nous donner quelques d&#233;tails sur la route d'Uz&#232;s &#224; N&#238;mes. C'est plut&#244;t maigre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ai &#233;t&#233; &#224; N&#238;mes, dit-il, et il faut que je vous en entretienne. Le chemin d'ici &#224; N&#238;mes, est plus diabolique mille fois que celui des Diables &#224; Nevers, et la rue d'Enfer, et tous autres chemins r&#233;prouv&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la ville est assur&#233;ment aussi belle et aussi polide, comme on &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dit ici, qu'il y en ait dans le royaume.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (Lettre &#224; l'abb&#233; Le Vasseur, 24&#160;novembre 1661)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cependant, nous trouvons un charmant touriste, un fin observateur, qui a trop bien , &#233;tudi&#233; les b&#234;tes pour ne pas aimer la nature. J'ai nomm&#233; La Fontaine. Il a fait un voyage de Paris &#224; Limoges, et nous en a laiss&#233; une relation fort agr&#233;able. Il s'agit d'un voyage un peu forc&#233;, par ordre du roi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais La Fontaine en prend gaiement son parti, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#233;tant honteux d'avoir tant v&#233;cu sans rien voir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; D'ailleurs, on lui a dit que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;beaucoup de Limousines portent des chaperons de drap rose s&#232;che sur des cales de velours noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et, s'il rencontre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;un de ces chaperons qui couvre une jolie t&#234;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pourra s'en amuser en passant, et par curiosit&#233; seulement.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez que c'est &#224; sa femme qu'il fait part de ces aimables intentions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voyage &#224; tr&#232;s petites journ&#233;es. A peine a-til quitt&#233; Paris qu'il s'arr&#234;te &#224; Clamart, pour s'y reposer pendant huit jours. Voil&#224; un touriste selon mon c&#339;ur, et qui ne se surm&#232;ne pas. Il s'arr&#234;terait volontiers &#224; Monthl&#233;ry&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le cocher tient &#224; pousser jusqu'&#224; Ch&#226;tres &#8212; que nous appelons aujourd'hui Arpajon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fontaine s'int&#233;resse &#224; ce qu'il voit. Il est sensible aux beaut&#233;s de la nature, encore que son enthousiasme soit plut&#244;t mod&#233;r&#233;. Rendons-lui cette justice qu'il trouve la Beauce ennuyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pont d'Orl&#233;ans, l'horizon lui para&#238;t &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tr&#232;s beau de tous les c&#244;t&#233;s, et born&#233; comme il le doit &#234;tre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Orl&#233;ans et Blois, il trouve le pays &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;agr&#233;able et divertissant.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blois lui cause une certaine &#233;motion. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Blois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dit-il, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;est en pente comme Orl&#233;ans, mais plus petit et plus ramass&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les toits des maisons y sont dispos&#233;s, en beaucoup d'endroits, de telle mani&#232;re qu'ils ressemblent aux degr&#233;s d'un amphith&#233;&#226;tre. Cela me parut tr&#232;s beau, et je crois que difficilement on pourrait trouver un aspect plus riant et plus agr&#233;able.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre Blois et Amboise, on suit la lev&#233;e de la Loire. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Quant au pays,&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dit La Fontaine, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;je ne vous en saurais dire assez de merveilles. Point de ces montagnes pel&#233;es qui choquent tant notre cher M.&#160;de Maucroix, mais, de part et d'autre, coteaux les plus agr&#233;ablement v&#234;tus qui soient au monde.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; bien l'homme du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Tant que la nature se contente d'&#234;tre calme et majestueuse comme une trag&#233;die de Racine, on veut bien l'excuser. On peut tol&#233;rer &#224; la rigueur que les arbres ne portent pas perruque comme ceux du parc de Versailles : il ne faut pas exiger &#224; la campagne la m&#234;me &#233;tiquette qu'&#224; la cour. Mais que la nature ne s'avise pas d'&#234;tre rude et fi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exag&#233;ration, pas d'inattendu, pas de violence, et, surtout, pas de ces montagnes pel&#233;es qui offensent le bon go&#251;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description du ch&#226;teau d'Amboise est plut&#244;t &#233;court&#233;e. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous saurez, sans plus, que de&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;vers la ville il est situ&#233; sur un roc, et para&#238;t extr&#234;mement haut. Vers la campagne, le terrain d'alentour est plus &#233;lev&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, on rencontre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;quelques Phyllis d'Egypte, tra&#238;nant apr&#232;s elles des dou&#233;gnas (sic) d&#233;testables &#224; proportion.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Le bon La Fontaine &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;fr&#233;mit d'horreur &#224; ce spectacle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et en reste plus de deux jours sans manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, apr&#232;s avoir visit&#233; Richelieu et Ch&#224;tellerault, il arrive &#224; Limoges, le 19&#160;septembre 1663. Il &#233;tait parti de Paris le 23&#160;ao&#251;t. Il n'y a rien l&#224; qui ressemble &#224; un record.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, tout en subissant l'influence des id&#233;es g&#233;n&#233;rales qui r&#233;gnaient de son temps, La Fontaine a des tendances franchement naturalistes. De nos jours, c'e&#251;t &#233;t&#233; un touriste distingu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir maintenant des opinions plus tranch&#233;es qui nous feront conna&#238;tre, d'une fa&#231;on tr&#232;s nette la mentalit&#233; des hommes du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici d'abord un extrait du journal de Dangeau : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Lundi, 20&#160;octobre 1687. Monseigneur et Madame coururent le cerf dans les for&#234;ts de Franchard, pays fort affreux, o&#249; l'on n'avait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;jamais chass&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons de la for&#234;t de Fontainebleau &#224; celle de Windsor. Voici ce qu'en dit Guillaume &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;, dans une lettre adress&#233;e &#224; Bentinck, &#224; la date du 20&#160;mars 1698, lettre dont le fran&#231;ais laisse un peu &#224; d&#233;sirer : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'ay pris avant hier un ceri dans la forest avec les chains (sic) du P&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt;. de Denm. (prince &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;de Danemark) et ay fait un assez jolie chasse, autant que ce vilain paiis le permet.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guillaume &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt; &#233;tait rest&#233; Hollandais de c&#339;ur et ne trouvait rien au-dessus des longs canaux et des plates-bandes de tulipes qui caract&#233;risaient son pays natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons comment les &#233;crivains anglais du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle appr&#233;cient les sites merveilleux de l'Ecosse : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vers l'an 1730, dit Macaulay (History of Scotland, ch. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIII&lt;/span&gt;.), le capitaine Burt, un des premiers Anglais qui aient jet&#233; un coup d'&#339;il sur les r&#233;gions qui attirent aujourd'hui les touristes de toutes les parties du monde civilis&#233;, &#233;crivit le compte rendu de ses explorations. C'&#233;tait &#233;videmment un observateur subtil, d'un esprit cultiv&#233;, et, s'il avait v&#233;cu &#224; notre &#233;poque, il aurait contempl&#233; avec un &#233;moi m&#233;lang&#233; de ravissement les montagnes de l'Invernessshire. Mais, sous l'impression du sentiment qui &#233;tait universel en son si&#232;cle, il qualifie ces montagnes de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;monstrueuses excroissances. La difformit&#233;, dit-il, en est telle que les plaines paraissent d&#233;licieuses par comparaison. Le beau temps, d&#233;clare-t-il en g&#233;missant, ne fait que rendre pire ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; mauvais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car, plus le temps est clair et plus l'&#339;il est d&#233;sagr&#233;ablement affect&#233; par ces masses informes (misshapen masses) d'un brun sombre et d'un pourpre sale. Quel contraste, s'&#233;crie-t-il, entre ces horribles tableaux et les beaut&#233;s de Richmond Hill. C'est complet. Peut-&#234;tre m'objectera-t-on que le capitaine Burt est un &#233;crivain peu connu, d'une assez mince autorit&#233;. Eh bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! voici l'opinion d'un des &#233;crivains les plus illustres de l'Angleterre, Oliver Goldsmith. Il &#233;crit d'Edinbourg &#224; son ami Bryanton, le 20&#160;septembre 1753 : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Faut-il vous fatiguer d'une description de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;ce pays st&#233;rile, vous promener sur des collines toutes brunes de bruy&#232;res, ou le long de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;vall&#233;es qui r&#233;ussiraient &#224; peine &#224; nourrir un lapin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Toutes les r&#233;gions de ce pays pr&#233;sentent le m&#234;me caract&#232;re d&#233;sol&#233;. Pas de bocage, pas de ruisseau dont le doux murmure r&#233;cr&#233;e l'oreille.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour que rien n'y manque, il &#233;crit de Leyde, un peu plus tard, au r&#233;v&#233;rend Thomas Contarine : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je suis compl&#232;tement ravi de l'aspect du pays. Rien n'en peut &#233;galer la beaut&#233;. De quelque c&#244;t&#233; que je me tourne, de belles maisons, des jardins &#233;l&#233;gants, des perpectives &#233;tendues (vistas) se pr&#233;sentent &#224; mes yeux. L'Ecosse et ce pays offrent le plus frappant contraste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;-bas, les collines interceptent la vue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici, c'est une plaine continue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous conna&#238;t des cyclistes qui pr&#233;f&#232;rent les plaines aux collines. Seulement, ils n'ont pas &#233;crit le Vicar of Wakefield. D'ailleurs, ce dont ils se plaignent, ce n'est pas que les collines interceptent la vue. L'homme le moins fait pour comprendre la nature, c'est Voltaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne la calomnie pas, il l'ignore. Au mois de novembre 1753, il se trouve &#224; Colmar, et s'y plonge dans l'&#233;rudition allemande. Il s'occupe de terminer les Annales de l'Empire, et &#233;crit, le 23&#160;novembre 1753, &#224; M.&#160;de Fontaine : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Connaissez-vous &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;Corringius, Vitriarius, Struvius, Spener. Goldast et au tr&#232;s messieurs du bel air&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ce sont eux qui broient actuellement mes couleurs.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Voltaire est-il arriv&#233; &#224; Colmar&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Par o&#249; a-t-il pass&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Personne n'en sait rien. Dans tous les cas, Colmar a pour lui bien peu de charmes, et nous lisons dans une lettre qu'il &#233;crit, le 8&#160;mars 1754, au marquis d'Argens : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je suis dans une ville moiti&#233; allemande, moiti&#233; fran&#231;aise et enti&#232;rement iroquoise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et, le 29&#160;novembre 1754, il &#233;crit au comte d'Argental : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je devais aller &#224; Mannheim, et je reste dans une vilaine maison d'une vilaine petite ville, o&#249; je souffre nuit et jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vilaine petite ville est pourtant une des plus charmantes que l'on puisse r&#234;ver : elle a une &#233;glise superbe, Saint-Martin, commenc&#233;e en 1263, un h&#244;tel des marchands du xiv&#176; si&#232;cle, la rue si pittoresque des Tanneurs. D&#232;s que l'on est sorti de la ville, la longue ligne des Vosges se dessine &#224; l'horizon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; quelques kilom&#232;tres s'ouvre la vall&#233;e de la Fecht, qui remonte vers Munster&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus loin, c'est le col de la Schlucht et le Hohneck. De tout cela Voltaire n'a rien vu, ou il n'y a rien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arr&#234;te ici mes citations. Que faut-il en conclure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ces hommes que les beaut&#233;s de la nature laissaient insensibles n'&#233;taient pas des imb&#233;ciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devons-nous croire que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;nous n'avons pas le cr&#226;ne fait de m&#234;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et que, en raison de son organisation, Voltaire &#233;tait moins apte &#224; go&#251;ter les charmes d'un paysage que le premier calicot venu du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est peu probable. Si les hommes du pass&#233; comprenaient souvent la nature de travers, c'est qu'ils avaient peu d'occasions de la voir, ou qu'ils la voyaient dans des conditions d&#233;favorables. Les moyens de transport &#233;taient rares et dispendieux, le voyageur risquait &#224; la fois sa bourse et sa peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la s&#233;curit&#233; des routes est parfaite, du moins en France. Les moyens de transport abondent. Si nous comprenons mieux la nature, c'est que notre esprit d'observation a eu mille occasions de s'&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aimer la nature, il suffit de la regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ALFRED&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SATIE&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ard&#232;che</title>
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		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>polymultipli&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Ard&#232;che</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; pourtant apr&#232;s deux kilom&#232;tres de ce rude travail pour faire mon quatri&#232;me repas de la journ&#233;e avec 100 grammes de pain et des figues, et me mettre &#224; l'ombre un instant sous quelques ch&#226;taigniers. On avait de l&#224; (un banc y &#233;tait m&#234;me dress&#233; &#224; l'usage des promeneurs) une jolie vue sur la vall&#233;e verdoyante qui va de Lamastre &#224; Desaignes et qui contrastait singuli&#232;rement avec les croupes arides que j'avais &#224; escalader. Les deux Ard&#232;che se confrontaient l&#224;, l'une riante, fertile et riche, l'autre triste, pierreuse et pauvre. C'est peut-&#234;tre pourquoi ce d&#233;partement est un des plus appr&#233;ci&#233;s par les touristes. &#201;troitement li&#233;e &#224; la Haute-Loire qu'elle compl&#232;te en lui ouvrant des d&#233;bouch&#233;s ensoleill&#233;s vers la vall&#233;e du Rh&#244;ne, vers le Midi, vers les terres prosp&#232;res, l'Ard&#232;che est un merveilleux terrain d'excursion. On peut y randonner pendant des centaines et des centaines de kilom&#232;tres, et nos itin&#233;raires l'ont fouill&#233;e dans toutes les directions sans en &#233;puiser les surprises.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique38" rel="directory"&gt;Paul de Vivie au fil du Rh&#244;ne&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;Ard&#232;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://velotextes.fr/IMG/logo/crussolrhone.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Ard&#232;che a &#233;t&#233; tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e d&#232;s les d&#233;buts du cyclotourisme, en voici les preuves&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;LA-LOUVESC-SARRAS-LYON-1899&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='LA-LOUVESC-SARRAS-LYON-1899'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LA&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOUVESC&lt;/span&gt; &#8211; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SARRAS&lt;/span&gt; &#8211; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LYON&lt;/span&gt;, 1899&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; onze heures moins le quart, notre curiosit&#233; satisfaite, malgr&#233; l'invitation d'une aimable h&#244;tesse qui voudrait nous voir d&#233;jeuner &#224; La Louvesc, nous nous dirigeons sur Satillieu (12 kilom.) o&#249; nous devons nous s&#233;parer, mes deux compagnons rentrant &#224; Saint-&#201;tienne par Annonay.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces douze kilom&#232;tres en pente assez accentu&#233;e et que je comptais faire avec le d&#233;veloppement de 6 m&#232;tres sans aucune peine ont &#233;t&#233; au contraire aussi fatigants qu'une mont&#233;e, tellement il &#233;tait p&#233;nible d'&#233;viter, dans l'&#233;paisse couche de poussi&#232;re qui tient lieu de route, le d&#233;rapage de la roue motrice qu'&#224; chaque instant je sentais se d&#233;rober sous moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bras m'en font encore mal. Joignez &#224; cela les nuages de poussi&#232;re que le vent nous envoyait dans les yeux, la chaleur accablante, le danger des coudes brusques, des rencontres de voitures, rares heureusement, qui m'obligeaient quelquefois &#224; mettre pied &#224; terre, du c&#244;toiement incessant du pr&#233;cipice, et vous comprendrez avec quel soulagement nous entr&#226;mes &#224; midi et demi dans Satillieu, o&#249; mes amis d&#233;jeun&#232;rent, copieusement, parait-il, et &#224; un prix tr&#232;s mod&#233;r&#233;. Quant &#224; moi, je continuai &#224; descendre sur Sarras, route peu int&#233;ressante jusqu'&#224; Arboix, village moyen&#226;geux commandant l'entr&#233;e des gorges abruptes qui descendent dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne. Des masses de terrains rocailleux calcin&#233;s par le soleil, d&#233;nud&#233;s, d'aspect farouche, &#231;&#224; et l&#224; couronn&#233;s de pans de murailles branlantes, vestiges mena&#231;ants et dangereux encore pour les passants, des repaires fortifi&#233;s d'o&#249;, sous le r&#233;gime f&#233;odal, de v&#233;ritables bandits s'&#233;lan&#231;aient sur les voyageurs et les ran&#231;onnaient &#224; qui mieux mieux. La route serpente &#224; flanc de rocher dominant presque &#224; pic le lit d'un torrent qui pour l'instant est pour ainsi dire &#224; sec, mais qui doit rugir formidablement &#224; l'&#233;poque des grandes eaux. Elle est bien &#233;troite cette route, bien caillouteuse, faiblement entretenue, tr&#232;s peu fr&#233;quent&#233;e et grill&#233;e par le soleil, mais elle a &#233;t&#233; sagement trac&#233;e et la pente en est douce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sarras est un village qui ressemble &#224; Andance, &#224; Ampuis, &#224; tous les gros bourgs et &#224; toutes les petites villes &#233;chelonn&#233;es sur la rive droite du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est blanc, c'est coquet, c'est chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vigne tapisse les coteaux et les arbres &#224; fruits, cerisiers, p&#234;chers et abricotiers principalement, enverdurent l'&#233;troite langue de terrain plat qui va du pied de la montagne aux sables du fleuve.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La Louvesc &#8211; Sarras &#8211; Lyon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1899, p.114-117, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_6&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSIONS-DOMINICALES-DE-VELOCIO-22-JUILLET-1900&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSIONS-DOMINICALES-DE-VELOCIO-22-JUILLET-1900'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSIONS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOMINICALES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt; 22&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JUILLET&lt;/span&gt;, 1900&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Jusqu'au Mazet, le pays travers&#233; est bois&#233; et agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s le Mazet il devient aride et pr&#233;sente l'aspect particulier des hauts plateaux de la Haute-Loire et de la Loz&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#231;&#224; et l&#224; de vastes prairies parsem&#233;es de rochers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le p&#232;re Testud nous pr&#234;te des cannes et nous partons &#224; 9&#8239;h.&#8239;15 pour le M&#233;zenc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en coupant, par le plus court, droit &#224; travers les pr&#233;s, il nous a fallu exactement 48 minutes, malgr&#233; la g&#234;ne caus&#233;e par nos souliers cyclistes &#224; semelle mince, pour atteindre la pointe extr&#234;me (altitude 1754 m&#232;tres) o&#249; une pierre est dress&#233;e et d'o&#249; l'on a une vue tr&#232;s &#233;tendue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y fait presque froid. La brume nous cache les grands lointains, mais nous distinguons ais&#233;ment tous les satellites du M&#233;zenc, les monts de la Loz&#232;re, les lacs de Saint-Front et d'Issarl&#232;s, etc.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les alentours &#233;mergent du sol au-dessous de nous comme d'une carte en relief&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du c&#244;t&#233; de l'Ard&#232;che l'impression est saisissante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir pass&#233; du sommet nord tr&#232;s &#233;troit au sommet sud assez large mais plus escarp&#233;, et mus&#233; quelque temps sur la plus haute cime des C&#233;vennes, nous redescendons vivement.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursions dominicales de v&#233;locio&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, (juillet), Le Cycliste, 1900, p. 141, 142, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;RANDONNEES-STEPHANOISES-4-MAI-1902&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='RANDONNEES-STEPHANOISES-4-MAI-1902'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RANDONN&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ST&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PHANOISES&lt;/span&gt;,&#8239;4&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MAI&lt;/span&gt; 1902&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Voil&#224; un tour que nous recommandons aux cyclistes qui aiment &#224; trouver r&#233;unis, sur un parcours relativement court, de grandes beaut&#233;s naturelles et des paysages vari&#233;s. Le moment est admirablement choisi pour visiter la haute Ard&#232;che, les eaux y sont tr&#232;s abondantes, les arbres par&#233;s de toutes les nuances de vert, depuis le vert tendre des pousses nouvelles jusqu'au vert sombre des sapins. Il est impossible de choisir parmi les sites travers&#233;s par cet itin&#233;raire de 235 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, les plus appr&#233;ci&#233;s ont &#233;t&#233; les gorges de l'Eyrieux, de leur d&#233;but au d&#233;bouch&#233; du plateau de Saint-Agr&#232;ve, jusqu'au Cheylard, et les gorges du Doux dans la partie comprise entre le Crestet et Tournon. On irait loin pour rencontrer des points de vue aussi prodigieusement pittoresques. Et penser que tant de touristes St&#233;phanois et Lyonnais ne les connaissent pas encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'Ard&#232;che est un merveilleux d&#233;partement pour les cyclotouristes qui aiment la montagne.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Randonn&#233;es st&#233;phanoises&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, 1902, Le Cycliste, 1902, republi&#233; en mai 1952, p.139&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;LE-TOUR-DU-MEZENC-1919&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='LE-TOUR-DU-MEZENC-1919'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TOUR&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; M&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ZENC&lt;/span&gt;, 1919&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ces premiers quatre-vingt-dix kilom&#232;tres ont &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;s en six heures, arr&#234;ts compris. Je ne les avais jamais faits aussi vite. Le trajet des Estables au Gerbier-de-Jonc est le clou de cette randonn&#233;e. Apr&#232;s les Baraques, o&#249; notre route croise celle de Saint-Agr&#232;ve au Puy, le paysage a pris un caract&#232;re plus aust&#232;re : on entre, cela se sent, dans une r&#233;gion moins fertile, les bois disparaissent, les champs sont parsem&#233;s de blocs de rocher qui semblent autant d'&#233;clats d'un gigantesque obus sorti d'un immense &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;crapouillot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; volcanique. Et, certes, c'est bien ainsi qu'ils furent projet&#233;s, il y a des milliers et des milliers d'ann&#233;es, du sein de la terre. Jusqu'aux Estables, nous ne verrons plus que des prairies &#233;maill&#233;es de fleurs qui ondoient sous les caresses un peu brutales d'un vent du nord d&#233;sagr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps que nous, arrivait aux Estables un groupe familial de quatre cyclotouristes venant du Puy, les seuls que nous rencontr&#226;mes au cours de cette randonn&#233;e. &#192; peine a-t-on fait quelques kilom&#232;tres sur la route du Gerbier, que l'impression triste, qu'on a depuis les Baraques, dispara&#238;t. &#192; notre droite, un frais vallon bois&#233; se creuse, d'o&#249; s'&#233;chappe un gros ruisseau qui fuit dans une gorge de plus en plus profonde. L&#224; fut fond&#233;e, je ne sais &#224; quelle &#233;poque, une chartreuse qui en vit de cruelles au temps des guerres de religion. Les huguenots s'en empar&#232;rent par surprise, en ao&#251;t 1569, et assassin&#232;rent quelques religieux, mais bient&#244;t, surpris &#224; leur tour par les catholiques, ils furent massacr&#233;s jusqu'au dernier et jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le dans un grand trou encore appel&#233; aujourd'hui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;lou traou dos higonaous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Nous avons vu tout cela d'un peu haut, d'un peu loin, d'un peu vite, mais ce site m&#233;rite de devenir le but d'une excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous entrons sous bois, des bois d&#233;licieux, d'un vert tendre tr&#232;s agr&#233;able aux yeux. Le sol est roulant, l'ombre &#233;paisse, le vent semble apais&#233; et nous cheminons en file indienne, sans effort, bien que la mont&#233;e soit assez sensible sur nos petits d&#233;veloppements. Soudain, devant nous, la route se d&#233;robe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la vue, born&#233;e tout &#224; l'heure par des bois et des prairies, se perd dans le vide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous semble que nous allons, en avan&#231;ant, plonger dans l'infini. On &#233;prouve vraiment une sensation bizarre, qui n'est pas loin du vertige, en arrivant &#224; l'improviste sur le bord de l'immense d&#233;pression qu'a creus&#233;e, au pied du rocher des Pradoux, quelque puissante secousse volcanique. La route tourne brusquement &#224; droite et fait le tour de cette d&#233;pression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une ferme est l&#224; qui doit, en hiver, se trouver bien isol&#233;e. Le site est trop remarquable pour que notre Parisien n&#233;glige de le photographier, et nous servirons, le coll&#232;gue st&#233;phanois et moi, de premier plan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Gerbier-de-Jonc, dont nous avons d&#233;j&#224; aper&#231;u la pointe, se rapproche &#224; vue d'&#339;il, et nous mettons bient&#244;t pied &#224; terre devant la source de la Loire, qui attend toujours le monument qu'on doit y &#233;riger depuis bien longtemps. Le chalet du syndicat d'initiative est ferm&#233; et plus d&#233;labr&#233; que jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; durant la guerre, il a servi &#224; loger des prisonniers allemands qui, entre autres travaux, ont proc&#233;d&#233; &#224; la r&#233;fection des routes environnantes, tr&#232;s bonnes aujourd'hui, si on les compare &#224; ce qu'elles &#233;taient autrefois, celle surtout du Gerbier &#224; M&#233;zilhac. Le vent est froid comme glace et, pendant que mes compagnons font l'ascension du Gerbier, je me prom&#232;ne, peu v&#234;tu, autour du chalet, et j'y attrape un bon rhume. &#192; la ferme de la Loire, o&#249; nous aurions volontiers bu et mang&#233; quelque chose de chaud, on nous refuse nettement quoi que ce soit. Ces gens-l&#224; sont peu hospitaliers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la dure existence qu'ils m&#232;nent, l&#224;-haut, est leur excuse, mais notez bien que leur isolement ne les emp&#234;che pas de conna&#238;tre exactement les prix du beurre, des &#339;ufs et du reste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Pourtant, comme le petit d&#233;jeuner du Mazet est d&#233;j&#224; loin, nous nous installons sur un banc install&#233; par le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Touring-Club de France&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; l'abri du vent, et nous attaquons les provisions tir&#233;es des sacs.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mes compagnons partirent donc et furent bient&#244;t hors de vue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais pour diff&#233;rents motifs, ils durent s'arr&#234;ter &#224; plusieurs reprises et, somme toute, nous ne f&#251;mes jamais &#224; plus d'un kilom&#232;tre les uns des autres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous arriv&#226;mes ensemble &#224; l'H&#244;tel du Grand-Bois, exactement &#224; l'heure fix&#233;e. D'avoir eu, le matin, tant de beaux spectacles constamment sous les yeux, nuisit certainement &#224; ceux qui, de M&#233;zilhac &#224; Saint-Agr&#232;ve et de Saint-Agr&#232;ve au Grand-Bois, se d&#233;roul&#232;rent devant nous. Cependant, il faut rendre justice &#224; cette magnifique haute vall&#233;e de l'Eyrieux, qui n'a pas vol&#233; sa r&#233;putation, et que couronne si dignement le belv&#233;d&#232;re de Saint-Agr&#232;ve, d'o&#249; nous avons contempl&#233;, dans toute son &#233;tendue, le massif du M&#233;zenc, que notre itin&#233;raire contournait en une vaste ellipse de deux cent quarante kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plateau qui, par Devesset, s'&#233;tend jusqu'&#224; Saint-Bonnet-le-Froid, domine, tant &#224; droite qu'&#224; gauche, de vastes &#233;tendues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un de mes anciens compagnons de grandes balades que les vicissitudes de l'existence ont, apr&#232;s la guerre, amen&#233; &#224; pr&#233;f&#233;rer l'Afrique &#224; l'Europe, Oran &#224; Saint-&#201;tienne, ne manquait jamais, quand nous passions ensemble sur ce plateau, de me montrer, &#224; l'horizon, o&#249; le mont Blanc ou Roche-courbe, ou je ne sais quels autres sommets, que je ne pouvais naturellement pas apercevoir &#224; cause de ma myopie. Mais il les voyait et cela me suffisait et cela me suffit encore aujourd'hui pour dire qu'il vaut mieux revenir de Saint-Agr&#232;ve par notre chemin que par Le Chambon-de-Tence, dont la route est pourtant jolie et offre, &#231;&#224; et l&#224;, des sous-bois, des &#233;chapp&#233;es dans la vall&#233;e du Lignon, qui ne sont pas sans charme. En r&#233;alit&#233;, tous les environs de Saint-&#201;tienne sont int&#233;ressants et retiennent l'attention des cyclotouristes qui les d&#233;couvrent. L'Ard&#232;che, la Haute-Loire, l'Is&#232;re et le Puy-de-D&#244;me mettent &#224; la port&#233;e de nos randonn&#233;es dominicales les plus beaux circuits de montagne qu'on puisse souhaiter, abstraction faite des Alpes et des Pyr&#233;n&#233;es, et les autres limitrophes : Rh&#244;ne, Sa&#244;ne-et-Loire, Allier, nous offrent, dans les m&#233;andres de leurs collines, des vall&#233;es, d&#233;licieuses o&#249; le sol, en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s bon, invite aux grandes allures. Nous sommes donc tr&#232;s bien partag&#233;s et nous aurions tort de n&#233;gliger le cyclotourisme.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le tour du M&#233;zenc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1919, R&#233;trospective 1969&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;HYGIENE-ET-PHILOSOPHIE-1921&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='HYGIENE-ET-PHILOSOPHIE-1921'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;HYGI&lt;/span&gt;&#200;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ET&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PHILOSOPHIE&lt;/span&gt;, 1921&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; midi pr&#233;cis, je suis de l'autre c&#244;t&#233; de St-Agr&#232;ve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne m'a donc pas fallu moins de cinq heures pour faire ces premiers 74 kilom&#232;tres que j'esp&#233;rais n&#233;gocier en quatre heures. Mais aussi que de mauvaises routes et combien d'incidents d&#233;sagr&#233;ables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me d&#233;dommage en contemplant une fois de plus les g&#233;ants des C&#233;vennes, du M&#233;zenc au Gerbier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une vague brume estompe les sommets et adoucit les ar&#234;tes. Est-ce pr&#233;sage de pluie ou de beau temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je songe un instant &#224; rebrousser chemin, mais le d&#233;sir de revoir la belle vall&#233;e de l'Eyrieux qui, &#224; cette &#233;poque, est, du haut en bas de ses 1.200 m&#232;tres d'altitude, verdoyante, fleurie, abondamment arros&#233;e et qui se d&#233;veloppe en sinueux m&#233;andres le long de 75 kilom&#232;tres jusqu'&#224; la Voulte-sur-Rh&#244;ne, est plus fort que la crainte du mauvais temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me lance dans la longue descente, prudemment, car, d&#232;s le premier virage, je manque d&#233;raper dans un trou de sable. D'ailleurs, il est l'heure de se mettre &#224; table&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon d&#233;jeuner du matin, bien que tr&#232;s substantiel comme d'usage, est un peu loin et la hideuse fringale pourrait bien se montrer &#224; l'improviste &#224; la porte de mon estomac. J'ai dans mon sac 200 grammes de pain qui, mastiqu&#233;s soigneusement, assaisonn&#233;s d'air pur et de soleil, peut-&#234;tre aussi (car les voies de la nature sont imp&#233;n&#233;trables), des sels min&#233;raux de la poussi&#232;re, des ar&#244;mes vitalisants des fleurs, vont mettre dans mes muscles beaucoup plus de force que les menus officiels dont voici un sp&#233;cimen offert r&#233;cemment &#224; un malheureux ministre de passage &#224; Saint-&#201;tienne :&lt;br class='autobr' /&gt;
Mousse de foie gras truff&#233; Truites saumon&#233;es &#224; la Chambord Chaud-froid de grives au X&#233;r&#232;s Champignons truff&#233;s cr&#232;me Chantilly Poularde de Bresse &#224; la Souvaroff Salade &#224; la Parisienne Bombe &#201;lisabeth Dessert&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouilly &#8212; Pontet-Canet &#8212; Musigny Saint-Marceau, Dry frapp&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Allez donc pr&#234;cher aux masses la sobri&#233;t&#233; et l'&#233;conomie, quand les classes dirigeantes donnent de pareils exemples de goinfrerie et de d&#233;penses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Plus occidit gula quam gladius&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;pondaient il y a 2.000 ans, les Romains &#224; qui l'on demandait la cause de l'excessive mortalit&#233; qui s&#233;vissait &#224; Rome en ce temps de proscriptions et de guerres civiles.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Hygi&#232;ne et philosophie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, 1921, p.37-42, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/3&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;/section&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-15-MAI-1927&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='EXCURSIONS-DU-CYCLISTE-15-MAI-1927'&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSIONS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; &#8220;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt;&#8221;, 15&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MAI&lt;/span&gt;, 1927&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Chose bizarre quand, au cours d'une randonn&#233;e, j'ai perdu du temps involontairement comme aujourd'hui, je ne demande ensuite qu'&#224; en perdre davantage. Ainsi mon intention n'&#233;tait pas de d&#233;jeuner &#224; Saint-Agr&#232;ve, puisque je venais de manger, mais, pendant que je r&#233;parais, l'envie me vint d'un bon caf&#233; au lait et d'une fl&#226;nerie agr&#233;able qui effa&#231;&#226;t de mon esprit l'impression f&#226;cheuse de cette halte forc&#233;e. Et je perdis encore &#224; bavarder 45 minutes dans un petit restaurant o&#249; je suis bien trait&#233; &#224; des prix honn&#234;tes, alors que les h&#244;tels o&#249; nous descendions autrefois dans cette bourgade devenue centre important de vill&#233;giature, font payer fort cher leurs moindres services. Pain, caf&#233; et lait furent excellents, et je fis l&#224; un plein qui devait m'amener &#224; plus de 50 km. Je ne repartis qu'&#224; 10 heures, la brume laissait &#224; peine entrevoir le Gerbier, le M&#233;zenc et les autres hauts sommets que des bandeaux de neige ceinturaient encore. &#192; 11&#8239;h.&#8239;15 j'&#233;tais au Cheylard : je n'&#233;tais pas all&#233; vite, malgr&#233; les sollicitations de mes Ballons, &#224; qui sans doute l'inexprimable beaut&#233; de la vall&#233;e haute de l'Eyrieux &#224; cette &#233;poque de l'ann&#233;e a &#233;t&#233; indiff&#233;rente. Il y avait, pourtant de quoi &#233;veiller ce jour-l&#224; l'attention des plus blas&#233;s, tant le soleil ajoutait de charme par ses effets d'ombre et de lumi&#232;re, &#224; un paysage que je connais par c&#339;ur et auquel je trouve toujours un nouvel attrait. Au d&#233;part, verdure tendre, gen&#234;ts en boutons, fleurs rares, c'est encore le printemps. Mais la gorge se creuse rapidement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; par deux fois la route s'en &#233;loigne et va se perdre &#224; droite dans des montagnes arides, pel&#233;es, rocailleuses, pour franchir deux ruisseaux importants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quand elle revient au-dessus de l'Eyrieux qu'un viaduc traverse pr&#232;s de l&#224; en rejetant d&#233;finitivement la voie ferr&#233;e sur la rive gauche, d&#233;cor nouveau. Des gen&#234;ts couverts d'or se d&#233;gage un parfum capiteux, les prairies sont &#233;maill&#233;es de fleurs multicolores, les feuilles d'un vert dur jettent une ombre &#233;paisse sur le sol, c'est l'&#233;t&#233;. Ce matin, dans nos montagnes, c'&#233;tait l'hiver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! En quelques heures j'ai v&#233;cu trois saisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ici la chaleur est d&#233;j&#224; trop forte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne tarderai pas &#224; la trouver excessive. Saint-Julien, Saint-Martin-de-Valamas d&#233;filent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me rapproche de la rivi&#232;re qui n'est plus un torrent resserr&#233; dans une gorge &#233;troite, mais qui a &#233;largi son lit parmi des roches et des galets blancs au milieu d'un vallon fertile. Je la traverse au Cheylard et je m'&#233;l&#232;ve pendant dix kilom&#232;tres en rampe douce d'abord et qui va s'accentuant &#224; mesure qu'on s'en approche, jusqu'aux Noni&#232;res, village &#224; cheval sur la cr&#234;te o&#249; je croise la route de Saint-Agr&#232;ve &#224; Vernoux, que j'ai suivie un jour et qui m'a laiss&#233; le souvenir d'un trac&#233; en montagne russe, d'un sol tr&#232;s mauvais et de masures mis&#233;rables. Peut-&#234;tre tout cela a-t-il chang&#233;, gr&#226;ce &#224; l'aisance qui, depuis la guerre, s'est r&#233;pandue dans les campagnes. Je montais ce jour-l&#224;, c'&#233;tait en 1904, une L&#233;vo, et j'appr&#233;ciai beaucoup les avantages que me donnaient, pour venir &#224; bout d'une route aussi mal trac&#233;e, ses multiples d&#233;veloppements et la variation d'amplitude des p&#233;dal&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien diff&#233;rente est la route que je suis aujourd'hui. Du Cheylard &#224; Lamastre, je me prom&#232;ne dans un parc verdoyant et convenablement bois&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je cycle une avenue dont les sinuosit&#233;s gravissent sans la moindre contre-pente une montagne assez &#233;lev&#233;e et me ram&#232;nent sans descente dangereuse &#224; Lamastre o&#249; je retrouve l'altitude du Cheylard. L'eau y est abondante et je note avec plaisir des fontaines dispos&#233;es, &#231;&#224; et l&#224;, sur le bord de la route pour le bien des passants. On ne saurait trop louer ceux qui install&#232;rent ces fontaines et souhaiter qu'on les entretienne et qu'on en cr&#233;e de nouvelles. Que n'en ai-je trouv&#233; quelques instants plus tard quand je gravissais sous un soleil br&#251;lant la rude c&#244;te de dix kilom&#232;tres par laquelle d&#233;bute la route de Lamastre &#224; La Louvesc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais rien, pas un souffle d'air frais, pas un filet d'eau, pas le moindre ombrage, et j'entrai dans cette fournaise &#224; 12&#8239;h.&#8239;15'&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vous pensez bien que la su&#233;e lib&#233;ratrice des microbes nocifs qui pullulent dans le corps humain s'en donna &#224; plaisir et laissa mes muscles nets de toute surcharge morbide et adipeuse. Il me sembla m&#234;me qu'elle abusait de la permission, et j'arrivai &#224; Nozi&#232;res plus l&#233;ger certainement de quelques livres. Je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; pourtant apr&#232;s deux kilom&#232;tres de ce rude travail pour faire mon quatri&#232;me repas de la journ&#233;e avec 100 grammes de pain et des figues, et me mettre &#224; l'ombre un instant sous quelques ch&#226;taigniers. On avait de l&#224; (un banc y &#233;tait m&#234;me dress&#233; &#224; l'usage des promeneurs) une jolie vue sur la vall&#233;e verdoyante qui va de Lamastre &#224; Desaignes et qui contrastait singuli&#232;rement avec les croupes arides que j'avais &#224; escalader. Les deux Ard&#232;che se confrontaient l&#224;, l'une riante, fertile et riche, l'autre triste, pierreuse et pauvre. C'est peut-&#234;tre pourquoi ce d&#233;partement est un des plus appr&#233;ci&#233;s par les touristes. &#201;troitement li&#233;e &#224; la Haute-Loire qu'elle compl&#232;te en lui ouvrant des d&#233;bouch&#233;s ensoleill&#233;s vers la vall&#233;e du Rh&#244;ne, vers le Midi, vers les terres prosp&#232;res, l'Ard&#232;che est un merveilleux terrain d'excursion. On peut y randonner pendant des centaines et des centaines de kilom&#232;tres, et nos itin&#233;raires l'ont fouill&#233;e dans toutes les directions sans en &#233;puiser les surprises. Je ne connaissais pas encore le bout de route d'une trentaine de kilom&#232;tres qui unit par le plus court Lamastre protestante &#224; La Louvesc catholique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; encore un contraste, il y en a partout dans cette r&#233;gion, et c'est ce qui en fait le charme.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;V&#233;locio, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Excursions du &#8220;Cycliste&#8221; (15&#160;mai). Saint-Agr&#232;ve, Le Cheylard, Lamastre, La Louvesc, Saint-&#8239;&#201;tienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Le Cycliste, juillet-ao&#251;t 1927, p. 65-69, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_15&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Randonn&#233;e pascale 1913</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
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		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Randonn&#233;e Pascale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;polymultipli&#233;e&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Randonn&#233;e Pascale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie, alias V&#233;locio, Le Cycliste, R&#233;trospective 1913&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;ques tombant le 24&#160;mars, tout allait bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le 23 fut un jour &#224; ne pas mettre un chien dehors... Et nous ne f&#251;mes que trois, le dimanche matin, &#224; 3 heures. Il pleuvait encore comme il avait plu toute la nuit, comme il allait pleuvoir tout le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;cidons de retarder le d&#233;part jusqu'&#224; 6 h, d'autant plus qu'un boyau avait rendu l'&#226;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous r&#233;int&#233;grons les bureaux du Cycliste.. &#192; 6 h il pleut toujours... j'endosse mon caoutchouc &#8212; que je ne quitterai que ce soir &#224; 18 h, &#224; l'H&#244;tel Blanc, &#224; Loriol &#8212; et en route. Mes deux compagnons, deux jeunes et vaillants cyclotouristes parisiens, sont pitoyablement mont&#233;s pour affronter le mauvais temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont des machines &#224; boyaux, pas de garde-boue, un bagage r&#233;duit au strict minimum, trois vitesses par cha&#238;ne flottante &#8212; le pire des changements de vitesse dans ces conditions du fait de la projection de la boue sur une cha&#238;ne d&#233;tendue. J'avais aussi le m&#234;me changement de vitesse par cha&#238;ne flottante qui, gr&#226;ce &#224; mon garde-boue, ne m'a pas jou&#233; de vilains tours&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme quoi il faut que tout perfectionnement soit entour&#233; des pr&#233;cautions qui lui sont indispensables et prot&#233;g&#233; contre ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une premi&#232;re fois &#224; la R&#233;publique autour d'un lait chaud qui fut le bienvenu, et nous allions repartir quand nous voyons arriver, venant de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, notre but imm&#233;diat, un randonneur st&#233;phanois dont la bicyclette est couverte d'une belle couche de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais d'o&#249; sortez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; avez-vous trouv&#233; tant de neige, alors qu'ici nous n'avons que de la pluie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;crie-t-il, de l'autre c&#244;t&#233; de la montagne, o&#249; je m'attendais &#224; voir le soleil, je n'ai rencontr&#233; qu'une brume &#233;paisse et une neige aveuglante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai lutt&#233; jusqu'&#224; Bourg-Argental, et je rentre d&#233;courag&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien envie d'en faire autant, mais je c&#232;de &#224; l'enthousiasme de mes compagnons, enchant&#233;s de cette occasion, rare pour eux, de voir la montagne sous la neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et certes ils ne furent pas d&#233;&#231;us. Les bois &#233;taient superbes sous leur manteau, et la terre &#233;tait, &#224; perte de vue, couverte de dix centim&#232;tres de neige, dans laquelle nous roulions tr&#232;s doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R... filait devant quand un des boyaux de Cl... se d&#233;collant, nous obligea &#224; nous arr&#234;ter un bon quart d'heure, dans une ferme, pour remplacer le chatterton. Il faut remplacer ce ruban toutes les fois que l'on change de boyau et Cl..., le matin m&#234;me, avait n&#233;glig&#233; de le faire, si bien que son boyau glissa&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu &#224; peu, il commen&#231;a &#224; former hernie pr&#232;s de la valve. C'est l&#224; une pr&#233;caution &#224; ne pas n&#233;gliger et que doivent prendre tous ceux qui viennent au boyau, sinon ils s'exposeraient &#224; quelque accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous ralli&#226;mes une seconde fois &#224; Bourg-Argental, puis une nouvelle fois encore &#224; la bifurcation de Boulieu, car &#224; la descente, sous la pluie et dans la boue, de moment en moment plus &#233;paisse, on p&#233;dalait un peu en &#233;go&#239;ste. Nous navigu&#226;mes alors de compagnie, sans &#234;tre en aucune fa&#231;on g&#234;n&#233;s par les cyclistes ou par les autos jusqu'&#224; Andance, o&#249; le passage &#224; niveau ferm&#233; nous arr&#234;ta quelques minutes &#224; dix heures et quart&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Saint-Jean-de-Muzols, o&#249; un beau clou dans un coll&#233; de Cl... arr&#234;ta mes deux compagnons, qui n'all&#232;rent ensuite pas au-del&#224; de Valence... et bien ils firent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout hasard, avant de prendre cong&#233;, je leur explique que si, dans le vrai Midi, c'est-&#224;-dire apr&#232;s Donz&#232;re, je trouve le soleil, j'irai directement aux Baux, H&#244;tel de la Reine Jeanne, o&#249; je les attendrai jusqu'&#224; 22 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais que si le temps, l&#224;-bas, est aussi mauvais qu'ici, je reviendrai sur mes pas jusqu'&#224; ce que je les rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, d&#233;pouillant la mentalit&#233; du randonneur par plaisir, j'endosse celle du randonneur par hygi&#232;ne, et cela suffit pour que de morose, je redevienne gai et que je rep&#233;dale avec plus d'entrain que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais emport&#233; deux cents grammes de pain complet, que je croquai lentement en mastiquant conscencieusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Valence, j'achetai deux cent cinquante grammes de dattes et deux bananes avec quoi je m'alimentai jusqu'au soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Livron, &#224; Loriol, il pleut encore, puis j'ai un moment d'espoir, le ciel est moins charg&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Mont&#233;limar, la pluie cesse et le mistral commence &#224; pousser vigoureusement, si bien qu'en trente-cinq minutes, j'enl&#232;ve les quatorze kilom&#232;tres &#8212; dont trois de mont&#233;e &#8212; qui me s&#233;parent de Donz&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une ligne de d&#233;marcation, tr&#232;s nette, entre la partie haute et la partie basse de la vall&#233;e du Rh&#244;ne, et l'on a souvent constat&#233; que beau temps en de&#231;&#224; des collines que le fleuve a &#233;ventr&#233;es entre Ch&#226;teauneuf et Viviers, signifie mauvais temps au-del&#224;. Aussi m'attendais-je presque &#224; voir le soleil &#224; Donz&#232;re, or je vis, ou pour mieux dire, j'y re&#231;us une averse torrentielle, et aussi loin que les regards pouvaient porter on n'apercevait, sur tout le Midi, que brumes, nuages et horizons z&#233;br&#233;s par la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'h&#233;sitation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les abonn&#233;s du Cycliste qui avaient bien voulu m'annoncer qu'ils se joindraient &#224; notre caravane n'ont pas d&#251; se d&#233;ranger &#224; cause du temps aussi mauvais chez eux que chez nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est d'ailleurs 15 h&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tournons bride et rentrons. Je gravis non sans peine, sur une petite vitesse, ce que je venais de d&#233;valer en roue libre, &#224; quarante &#224; l'heure, puis je pla&#231;ai ma cha&#238;ne sur la moyenne vitesse et j'arrivai &#224; Loriol &#224; 18 h. Trente-six kilom&#232;tres en trois heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le mistral n'est pas un mince adversaire et, par surcro&#238;t, la pluie faisait son apparition de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passai dans un bon lit de l'H&#244;tel Blanc, la nuit que je m'&#233;tais propos&#233; de passer au clair de lune, et l'hygi&#232;ne y trouva sans doute son compte, car jamais je ne p&#233;dalai avec autant d'entrain et de plaisir que le lendemain pour rentrer de Loriol &#224; Saint-&#201;tienne, o&#249; j'arrivais &#224; 15 h, avec exactement trois cents kilom&#232;tres de plus &#224; l'actif de ma cha&#238;ne flottante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faible, en tant que randonn&#233;e, mais en tant que promenade hygi&#233;nique, c'est parfait, et je classe mon excursion pascale de 1913 parmi celles dont on se souvient longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai d'ailleurs gagn&#233; quelque exp&#233;rience du point de vue du bagage &#224; emporter pour une randonn&#233;e de deux ou trois jours. Autrefois, je me chargeais d'un tas de choses, cette fois je n'emportai que trois mouchoirs dans une poche, du pain dans l'autre poche, ma sacoche &#224; outils et, dans un petit paquet roul&#233; derri&#232;re la selle, ma p&#232;lerine et une chambre &#224; air. Je regrettai seulement, &#224; cause de la pluie, de n'avoir pas emport&#233; mes jambi&#232;res caoutchout&#233;es. Simplifions et all&#233;geons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Velocio.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;116&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH129/velociosignature-6fd5d.jpg?1788126846' width='500' height='129' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-209 '&gt;&lt;strong&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-209 '&gt;Signature de V&#233;locio, 1892
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits crayon document-credits-209 '&gt;source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per 1328_3
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Randonn&#233;es st&#233;phanoises (1902)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article157</link>
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		<dc:date>2024-05-22T07:35:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Bois</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il est impossible de choisir parmi les sites travers&#233;s par cet itin&#233;raire de 235 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, les plus appr&#233;ci&#233;s ont &#233;t&#233; les gorges de l'Erieux, de leur d&#233;but au d&#233;bouch&#233; du plateau de Saint-Agr&#232;ve, jusqu'au Cheylard, et les gorges du Doux dans la partie comprise entre le Crestet et Tournon.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1901-1914 P&#233;riode &#201;cole st&#233;phanoise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;Bois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CYCLISTE&lt;/span&gt;, Ann&#233;e 1902, reparu en mai 1952, coll. pers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; 27&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AVRIL&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'excursion du 27&#160;avril avait pour but Panissi&#234;res, Tarare, Saint-Symphoryen-de-Lay, L'H&#244;pital, Neulise, la Digue de Pinay, Saint-Germain-Laval, Bo&#235;n, Montrond, Saint-Etienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; parcours de 205 kilom&#232;tres, tr&#232;s accident&#233;. L'ont effectu&#233; de bout en bout, en une petite journ&#233;e, quatre cyclotouristes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dont une jeune cyclettiste, qui s'en est tir&#233;e avec une facilit&#233; surprenante, bien faite pour d&#233;montrer aux esprits les plus pr&#233;venus que le cyclotourisme, malgr&#233; toutes ses difficult&#233;s pr&#233;vues ou impr&#233;vues, est accessible aux femmes qui, somme toute, &#233;chappant encore aux funestes effets de l'alcool et du tabac sur l'organisme, ont une endurance sup&#233;rieure &#224; celle de la plupart des hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, les difficult&#233;s de l'itin&#233;raire choisi ont &#233;t&#233; s&#233;rieuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; boue atroce sur plusieurs points et notamment de Salt-en-Donzy &#224; Panissi&#232;res, mont&#233;es de Sait au col de la Croix-de-Signy, de Tarare &#224; Pain-Bouchain, de l'H&#244;pital &#224; Neulise, de la digue de Pinay &#224; Saint-Georges-de-Baroilles, repr&#233;sentant une &#233;l&#233;vation totale de 1.600 &#224; 1.800 m&#232;tres, vent contraire et pluie au retour. Il y avait de quoi lasser bien des cyclistes du sexe fort qui en sont r&#233;duits pour ne pas s'avouer inf&#233;rieurs, &#224; railler l'&#233;nergie du sexe faible. Il leur serait pourtant si facile, en renon&#231;ant aux intoxications quotidiennes par le tabac, l'alcool et l'alimentation carn&#233;e, de reconqu&#233;rir leur sup&#233;riorit&#233; physique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les r&#233;gions travers&#233;es par l'itin&#233;raire ci-dessus sont, &#224; cette &#233;poque de l'ann&#233;e, ravissantes. Mais l'on est particuli&#232;rement impressionn&#233; par la belle descente sur Tarare et par le passage de la Loire entre Pinay et Saint-Georges. De la route, on domine les gorges sur une &#233;tendue de plusieurs Kilom&#232;tres, et la Loire, tr&#232;s grosse en ce moment, anime vigoureusement le paysage, d'ailleurs fort pittoresque. C'est une promenade &#224; refaire et elle sera plus compl&#232;te si l'on pousse une pointe jusqu'au ch&#226;teau de La Roche par le chemin de halage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DOMINICALE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DU&lt;/span&gt; 4&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MAI&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; groupe, d&#233;part de La Digonni&#232;re (octroi) &#224; 4 heures, Saint-Genest-Malifaux. Montfaucon. Saint-Agr&#232;ve. Le Cheylard, Beauchastel, Saint-P&#233;ray. Tournon, Givors. Environ 250 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;d&lt;/sup&gt; groupe, d&#233;part des bureaux du Cycliste &#224; 6 heures, Fontan&#232;s, Saint -Symphorien-sur-Coise. Izeron, Tassin, Brignais, Rive-de-Gier. Environ 120 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les excursions de dimanche dernier ont &#233;t&#233; un peu mouill&#233;es mais n'en ont pas &#233;t&#233; pour cela moins agr&#233;ables. Le 2&#176; groupe comprenait cinq excursionnistes dont deux dames : l'itin&#233;raire indiqu&#233; par F&#244;ntan&#232;s. Izeron, Tassin et Rive-de-Gier a &#233;t&#233; suivi exactement et les sites travers&#233;s, quoique tr&#232;s connus, ont &#233;t&#233; fort appr&#233;ci&#233;s : les routes &#233;taient plut&#244;t m&#233;diocres, par suite de la persistance du mauvais temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petit d&#233;jeuner &#224; Fontanes, d&#233;jeuner v&#233;g&#233;tarien aux D&#233;lices, pr&#232;s Charbonni&#232;res. inutile de dire que les 120 kilom&#232;tres du parcours n'ont laiss&#233;s aucune trace de fatigue chez les cinq promeneurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; groupe s'en est tir&#233; avec 235 kilom&#232;tres, 3.100-m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation (presque l'&#233;tape du prochain concours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.&lt;/span&gt;F.), deux averses s&#233;rieuses et des routes effroyablement boueuses sur de nombreux points du parcours, notamment entre Riotord et Pontforie, Montfaucon et Tence &#224; l'aller, Andance et St-Marcel-les-Annonay, la travers&#233;e des Grands-Bois au retour. L'horaire s'est ressenti de ces difficult&#233;s et les six cyclotouristes, parmi lesquels Mad Symour, notre vaillante collaboratrice, qui composaient ce groupe, partis &#224; 4 heures, ne sont rentr&#233;s qu'&#224; 24 heures, sans fatigue anormale &#224; la v&#233;rit&#233;. &#192; 7 heures on prenait le petit d&#233;jeun&#233; &#224; Montfaucon, on s'arr&#234;tait un instant &#224; St-Agr&#232;ve pour descendre &#224; toute allure au Cheylard. o&#249; l'on arrivait &#224; on&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?e et cmart. Au lieu de continuer &#224; descendre sur Beauchastel on se d&#233;cidait &#224; revenir d&#233;jeuner &#224; Lamastre par le col des Noni&#232;res, afin d'avoir pour l'apr&#232;s-midi la belle descente sur Tournon.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Tournon, &#224; 16 heures et quart, on se mettait en devoir de remonter le Rh&#244;ne Jusqu'&#224; Givors, mais &#224; Andance May Symour, que la plaine monotone ennuyait, demandait &#224; revenir par la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on soupait de 20 &#224; 21 heures a Bourg-Argental et, &#224; la lueur d'une modeste lanterne, on grimpait en pleine nuit noire au col du Grand-Bois d'o&#249; l'on redescendait piano piano sur St-Etienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un tour que nous recommandons aux cyclistes qui aiment &#224; trouver r&#233;unis, sur un parcours relativement court, de grandes beaut&#233;s naturelles et des paysages vari&#233;s. Le moment est admirablement choisi pour visiter la haute Ard&#232;che, les eaux y sont tr&#232;s abondantes, les arbres par&#233;s de toutes les nuances de vert, depuis le vert tendre des pousses nouvelles jusqu'au vert sombre des sapins. Il est impossible de choisir parmi les sites travers&#233;s par cet itin&#233;raire de 235 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, les plus appr&#233;ci&#233;s ont &#233;t&#233; les gorges de l'Erieux, de leur d&#233;but au d&#233;bouch&#233; du plateau de Saint-Agr&#232;ve, jusqu'au Cheylard, et les gorges du Doux dans la partie comprise entre le Crestet et Tournon. On irait loin pour rencontrer des points de vue aussi prodigieusement pittoresques. Et penser que tant de touristes St&#233;phanois et Lyonnais ne les connaissent pas encore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'Ard&#232;che est un merveilleux d&#233;partement pour les cyclotouristes qui aiment la montagne, mais la France est d&#233;cid&#233;ment ce que, nous Fran&#231;ais, nous connaissons le moins. La d&#233;pense par t&#234;te s'est &#233;lev&#233;e &#224; 6 francs, soit 2 centimes et demi par kilom&#232;tre. Nous n'avons rencontr&#233; quelques cyclistes que sur les bords du Rh&#244;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; partout ailleurs ni cycles ni automobiles, on dirait que les hautes altitudes les repoussent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EXCURSION&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; L'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ASCENSION&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part de la Digonni&#232;re (octroi) &#224; 4 heures et demie : col des Grands-Bois, Andance, St-Vallier, remont&#233;e de la vall&#233;e de la Galaure, Le Grand-Serre, abbaye de Saint-Antoine, Beau-repaire, Vienne, Givors, Rive-de-Gier, rentr&#233;e par le train. Environ 200 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des menaces continuelles et des pluies qui durent, parfois toute la semaine, nos sorties dominicales ont pu, jusqu'&#224; pr&#233;sent, s'effectuer sans difficult&#233;s s&#233;rieuses. Celle de l'Ascension a pourtant &#233;t&#233; trop contrari&#233;e par le vent et par un accident (jante en bois &#233;clat&#233;e, par suite de la gel&#233;e, en pleine descente), heureusement sans cons&#233;quence grave pour la cyclettiste qui en a &#233;t&#233; la victime, pour qu'on ait pu aller plus loin que Le Grand-Serre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La visite &#224; l'abbaye de Saint-Antoine a &#233;t&#233; renvoy&#233;e &#224; plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
En deux groupes de six cyclistes ou cyclettistes, l'&#201;cole St&#233;phanoise s'&#233;branlait &#224; 4 h. 1/2 et &#224; 6 heures pour franchir le col des Grands-Bois o&#249; il gelait &#224; pierre fendre et o&#249; ont pass&#233;, avant 9 heures du matin, 18 cyclistes st&#233;phanois. Qu'on ne vienne plus nous dire que la montagne nous effraie. Le premier groupe, amput&#233; de deux membres par l'accident en question, s'augmentait en route de deux Annon&#233;ens et de trois Lyonnais, d&#233;jeunant copieusement au Grand-Serre et revenait, par Beau repaire et Vienne, &#224; Givors (cent cinquante kilom&#232;tres) o&#249; il retrouvait les deux retardataires descendus &#224; Sarras par la route de la Cance, charmante quoiqu'un tantinet dangereuse et valant la peine qu'on en fasse un but de promenade. On revoyait, en passant &#224; Bana, le 2&#176; groupe qui, descendu par Saint-Julien et Malleval et n'ayant que 90 kilom&#232;tres dans les jambes, &#233;prouvait le besoin de souper avant de rentrer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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