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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>L'Industrie du Cycle &#224; Saint-Etienne (1892)</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Branle-bas g&#233;n&#233;ral parmi les amateurs de sports vari&#233;s &#224; Saint-Etienne. On parle, pour la troisi&#232;me ou quatri&#232;me fois, de la fondation d'un vaste cercle sportif o&#249; l'on cultivera tous les genres de sports, sauf celui nautique pour lequel nous manque le principal. Plusieurs notabilit&#233;s industrielles et financi&#232;res sont dans l'affaire, et il se pourrait bien que, dans six mois, nous ayons une place, des jeux de plein air avec piste pour courses de v&#233;locip&#232;des, un attrait qui manque &#224; notre&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Branle-bas g&#233;n&#233;ral parmi les amateurs de sports vari&#233;s &#224; Saint-Etienne. On parle, pour la troisi&#232;me ou quatri&#232;me fois, de la fondation d'un vaste cercle sportif o&#249; l'on cultivera tous les genres de sports, sauf celui nautique pour lequel nous manque le principal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs notabilit&#233;s industrielles et financi&#232;res sont dans l'affaire, et il se pourrait bien que, dans six mois, nous ayons une place, des jeux de plein air avec piste pour courses de v&#233;locip&#232;des, un attrait qui manque &#224; notre bonne ville, o&#249; cependant la fabrication des susdits fait d'&#233;tonnants progr&#232;s, &#224; en juger par les lignes suivantes emprunt&#233;es &#224; une des derni&#232;res chroniques du cycle de Velocio dans La Loire R&#233;publicaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Il y a longtemps, il me semble, que je vous ai entretenus des perfectionnements apport&#233;s &#224; la construction des cycles &#8212; v&#233;locip&#232;de est devenu commun &#8212; j'attendais apparemment qu'on e&#251;t d&#233;couvert le pneumatique invuln&#233;rable, mais on n'en approche pas, et l'on para&#238;t plut&#244;t s'en &#233;loigner. Cela tourne &#224; la scie, et la question des pneumatiques finit par devenir plus compliqu&#233;e que celle d'Orient, de vieille m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Aussi bien les sages et les prudents sont-ils r&#233;solus, d'ores et d&#233;j&#224;, &#224; l&#226;cher d'un cran tout ce qui, de pr&#232;s ou de loin, ressemblera &#224; un pneu et &#224; se contenter des gros caoutchoucs creux qui n'ont jamais laiss&#233; leur homme en plan, et qui, somme toute, pour le simple amateur et le paisible touriste, sont bien ce qu'il faut.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Mais si l'industrie v&#233;locip&#233;dique ne se perfectionne pas, elle se d&#233;veloppe &#224; pas de g&#233;ant, surtout &#224; Saint-Etienne qui, vous le verrez, sera un jour le centre de cette industrie nouvelle. A c&#244;t&#233; de la grande usine, install&#233;e de fa&#231;on &#224; produire des machines par milliers, s'organisent peu &#224; peu les petits ateliers, et nous fabriquerons peut-&#234;tre un jour le v&#233;locip&#232;de, comme nous fabriquons d&#233;j&#224; le ruban, le fusil et la quincaillerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Les petits ateliers travailleront tant&#244;t pour leur propre compte et tant&#244;t &#224; fa&#231;on, pour les maisons de gros. Les inventeurs, les ouvriers chercheurs et ing&#233;nieux, qui foisonnent dans notre ville, trouveront dans cette organisation, ind&#233;pendante autant qu'&#233;conomique, le moyen de perfectionner s&#233;rieusement nos machines, et les amateurs qui, de plus en plus, veulent avoir des bicyclettes faites sp&#233;cialement pour eux, et sur leurs indications, seront, pour ces ouvriers, des clients fid&#232;les et enchant&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La grande industrie produira &#224; meilleur march&#233; les mod&#232;les du grand nombre, mais la petite industrie est toute indiqu&#233;e pour les mod&#232;les sp&#233;ciaux, originaux, pour les machines de luxe. C'est dans cette voie qu'il faut marcher, et nous n'aurons pas, je crois, &#224; nous en repentir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>De Tain &#224; Grenoble par les Goulets (juin 1888)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est, je crois, la premi&#232;re fois qu'il nous arrive de remplir un programme, d'effectuer de point en point une excursion pr&#233;par&#233;e, projet&#233;e, annonc&#233;e, tant&#244;t le temps, tant&#244;t notre caprice, deux choses &#233;galement changeantes. nous mettaient des b&#226;tons dans les roues, et nous allions &#224; gauche, apr&#232;s avoir d&#233;cid&#233; longtemps d'avance d'aller &#224; droite. Mais cette fois, nous nous sommes tenu parole et nous avons fait les Petits et Grands Goulets, en v&#233;locip&#232;de&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne les referons pas de sit&#244;t, &#224;&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est, je crois, la premi&#232;re fois qu'il nous arrive de remplir un programme, d'effectuer de point en point une excursion pr&#233;par&#233;e, projet&#233;e, annonc&#233;e, tant&#244;t le temps, tant&#244;t notre caprice, deux choses &#233;galement changeantes. nous mettaient des b&#226;tons dans les roues, et nous allions &#224; gauche, apr&#232;s avoir d&#233;cid&#233; longtemps d'avance d'aller &#224; droite. Mais cette fois, nous nous sommes tenu parole et nous avons fait les Petits et Grands Goulets, en v&#233;locip&#232;de&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne les referons pas de sit&#244;t, &#224; moins qu'on ne refasse d'abord la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devions &#234;tre une douzaine au moins et nous nous sommes trouv&#233;s cinq au d&#233;part, ce qui est excessivement beau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quatre tricyclistes. Pl...., D... Andr&#233; et moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; M.&#160;S.... &#233;trennait une superbe bicyclette Nurrey Machinists, &#224; bandes de caoutchouc &#233;paisses d'un pouce, t&#234;te &#224; billes, etc...&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-&#201;tienne &#224; Tain, trois transbordements successifs de nos pauvres machines qui, si elles avaient pu se faire comprendre, n'auraient certainement pas manqu&#233; de protester contre la fa&#231;on ignominieuse dont nous les faisions voyager.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, qu'il suffise de savoir que nous d&#233;barquons sans encombre &#224; Tain, le samedi 11&#160;mai, veille de la Pentec&#244;te, &#224; quatre heures du soir, avides de d&#233;vorer l'espace.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une forte averse avait, pendant le trajet, affaibli l'effort du vent et abattu la poussi&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'atmosph&#232;re, quoique lourde encore et charger d'&#233;lectricit&#233;, &#233;tait moins &#233;nervante, et bien que le ciel f&#251;t toujours sem&#233; de nuages mena&#231;ants et que des ondes fussent &#224; craindre, nous nous mettons en marche, sous la conduite de M S... qui a d&#233;j&#224; fait en tricycle le parcours que nous entreprenons.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route de Tain &#224; Romans ( 18 kilom&#232;tres) n'est pas aussi belle que nous nous plaisions a l'esp&#233;rer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mal entretenue, elle nous fatigue un peu et nous ouvre l'app&#233;tit &#224; tel point que D... fait la proposition, accept&#233;e de tous avec empressement, de prendre &#224; Romans, ou plut&#244;t de l'autre c&#244;t&#233; du pont, &#224; Bourg-de-P&#233;age, un acompte sur le d&#238;ner qui nous attend &#224; Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne reprenons la route qu'&#224; 6 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est meilleure, quoique les traces d'un orage r&#233;cent s'y laissent voir &#224; chaque tour de roue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nos machines sont bient&#244;t tachet&#233;es de boue blanche, mais nous roulons &#233;nergiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous c&#244;toyons un instant les rives de l'Is&#232;re, qui bient&#244;t, s'enfuyant &#224; gauche jusqu'&#224; Saint-Lattier, ne se laissera revoir qu'&#224; Saint-Nazaire, o&#249; les eaux de la Bourne se jettent dans son lit. Le paysage attire de plus en plus notre attention&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous &#233;loignons de la plaine monotone, et, par une pente insensible, nous entrons dans les sinuosit&#233;s pittoresques de la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les p&#233;dales tournent sans peine et nous causons agr&#233;ablement de choses et autres pendant que les arbres et les maisons courent rapidement &#224; nos c&#244;t&#233;s et que le soleil couchant, se d&#233;gageant soudain des nuages qui l'ont cach&#233; presque tout le jour, jette de vifs rayons sur la campagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, au sommet d'une l&#233;g&#232;re rampe, au moment o&#249;, mettant les pieds au repos, nous nous laissons aller mollement, nous nous arr&#234;tons, saisis d'admiration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous arr&#234;tons en pleine descente, ce qui, pour un v&#233;loceman, est bien le comble de l'enthousiasme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons, sous les yeux, un spectacle magique, un d&#233;cor f&#233;erique, un coin de nature dont le plus habile peintre du monde ne pourrait parvenir &#224; donner m&#234;me une faible id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fond du tableau est form&#233; par les maisons in&#233;gales et &#233;tag&#233;es du village de Saint-Nazaire et par les arches &#233;lanc&#233;es d'un aqueduc, entre lesquelles se pr&#233;cipite, en grondant, un torrent, la Bourne, que nous voyons ici pour la premi&#232;re fois et dont nous allons remonter en partie le cours, d&#233;couvrant &#224; chaque pas des sites impr&#233;vus et vari&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au point o&#249; nous sommes, les eaux vertes, opalines de la Bourne, roulent, &#233;cumantes, d'un c&#244;t&#233; sur des rochers d'un rouge &#233;clatant, de l'autre sous des bouquets d'arbres touffus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce m&#233;lange de couleurs surprend l'oeil et le charme par sa bizarrerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;clairant de lueurs &#233;tranges, vagues, fuyantes, ind&#233;cises, cet admirable tableau, l'ombre cr&#233;pusculaire descend peu &#224; peu sur nous et, du z&#233;nith, le p&#226;le croissant de la lune nous envoie d&#233;j&#224; sa m&#233;lancolique clart&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il doit &#234;tre 7 h. 12&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous arrachons difficilement &#224; la contemplation o&#249; nous a plong&#233;s cette merveilleuse apparition, et pour ne pas nous laisser gagner par l'obscurit&#233;, nous activons l'allure jusqu'&#224; Pont-en-Royans (28 kilom&#232;tres de Romans), o&#249; nous n'entrons cependant qu'&#224; nuit tomb&#233;e. Andr&#233; et S... qui sont arriv&#233;s les premiers, ont d&#233;j&#224; d&#233;couvert l'h&#244;tel de la Truite-Fra&#238;che, o&#249; nous devons nous restaurer. Remiser nos machines, changer de v&#234;tements et nous mettre &#224; table&#160;: c'est fait en un clin d'&#339;il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malgr&#233; l'acompte pris &#224; Bourg-de-P&#233;age, nous avons les dents longues et l'estomac crie famine.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le joli petit vin blanc. Comme il p&#233;tille dans le verre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et comme il caresse, en passant. Les gosiers secs qu'il d&#233;salt&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de ce premier repas, qui se prolonge assez avant dans la nuit, nous n'&#233;tions pas gris&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; oh non&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous n'allons jamais jusque-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous &#233;tions gais, tr&#232;s gais m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le nez d'Andr&#233; luisait d&#232;s la troisi&#232;me bouteille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la cinqui&#232;me, il &#233;tincelait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la huiti&#232;me il aurait pu servir de phare&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes yeux, para&#238;t-il, c'est Andr&#233; qui me l'affirme, brillaient comme des lampions, et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PI&lt;/span&gt;... chantait vaillamment une chanson gagasse, D... qui a le vin triste, parlait d'aller se coucher&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul S... n'ayant pas go&#251;t&#233; &#224; ce petit vin blanc tra&#238;tre et perfide, &#233;tait toujours dans son assiette.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'oublier ainsi &#224; f&#234;ter le cru de Pont-en-Royans la veille d'une journ&#233;e de marche p&#233;nible en montagne, c'&#233;tait au moins maladroit, et pour ma part, je ne tardai pas &#224; m'en repentir.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quittant, le dimanche matin, l'h&#244;tel de la Truite-Fra&#238;che, j'&#233;tais d'une faiblesse extr&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vin blanc avait fait comme les pommes de terre de P. D... &#224; la course du M&#233;zenc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'avais pu lui faire comprendre que les fleuves descendent et ne remontent pas vers leur source&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il avait tenu &#224; s'en aller par o&#249; il &#233;tait entr&#233;, et la tasse de th&#233; que j'avais prise &#224; d&#233;jeuner pour ramener un peu de calme dans mon int&#233;rieur n'&#233;tait pas faite pour me donner beaucoup de jarret.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi me trouvais-je bient&#244;t le dernier et le vague brouillard que j'avais devant les yeux m'emp&#234;cha de jouir de l'admirable panorama que nous laissions derri&#232;re nous en nous &#233;loignant de Pont-en-Royans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; avait plu fortement pendant la nuit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la boue &#233;tait gluante et rendait la mont&#233;e tr&#232;s p&#233;nible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous arrivons bient&#244;t aux Petits-Goulets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont des tunnels de 50 &#224; 70 m&#232;tres, sous lesquels passe la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils laissent entre eux des intervalles par o&#249; l'on peut plonger ses regards au fond d'un ravin escarp&#233; o&#249; grondent les eaux de la Vernaison. Le ciel est gris, les montagnes sont couronn&#233;es de brouillards&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je suis morose et dans de f&#226;cheuses dispositions pour bien appr&#233;cier les beaut&#233;s de la nature&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant la pente est peu roide et, &#224; la sortie des Petits-Goulets, nous descendons pendant quelques kilom&#232;tres jusqu'au pont jet&#233; sur le torrent, &#224; peu de distance du hameau d'Echevis. Apr&#232;s le pont, la mont&#233;e recommence, faible d'abord et faisable en machine, mais soudain plus prononc&#233;e, elle serpente sur le flanc d'une montagne, avec une pente moyenne de 8 &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'en est trop pour mes forces. Je mets pied &#224; terre ainsi que D... et P.D... qui sont rest&#233;s avec moi, pendant que S... et Andr&#233; prenaient la t&#234;te, et nous poussons nos tricycles cinq kilom&#232;tres durant jusqu'&#224; la Baraque, o&#249; j'arrive absolument ext&#233;nu&#233; et d&#233;cid&#233; &#224; revenir sur mes pas. On m'assure que j'ai travers&#233; les Grands-Goulets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'en suis pas aper&#231;u, et il faudra que j'y retourne pour constater si toutes les merveilles qu'y ont vues mes compagnons de route y existent r&#233;ellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s nous &#234;tre mis au sec et nous &#234;tre r&#233;chauff&#233;s &#224; un bon feu de bois qu'on allume &#224; notre intention, cela va d&#233;j&#224; mieux, le bon d&#238;ner qu'on nous sert &#224; l'H&#244;tel du Midi finit de me remettre, et &#224; midi, je me sens un peu plus dispos et pr&#234;t &#224; continuer le voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la Baraque &#224; Saint-Martin-en-Vercors, la route est &#224; peu pr&#232;s plane et le paysage n'a rien de remarquable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous montons ensuite pendant trois kilom&#232;tres pour arriver &#224; Saint-Julien, d'o&#249; une longue descente sur un chemin rocailleux et mal entretenu nous conduit au pont de la Goule-Noire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rentrons dans le pittoresque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, au beau milieu d'une combe verdoyante, arros&#233;e par la Bourne, se cache dans un nid le village de la Balme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce point de vue est assur&#233;ment ce que nous avons vu de plus beau pendant toute l'excursion. Le contraste est saisissant entre ce vallon tranquille, ces pr&#233;s verts, parsem&#233;s de bouquets d'arbres, ce ruisseau coulant paisiblement entre les prairies, ces maisons blanches, coquettes, group&#233;es autour d'un clocher et les solitudes farouches, les rocs anguleux, les cascades &#233;chevel&#233;es des gorges qui s'ouvrent &#224; notre droite et dans lesquelles nous allons nous engager.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque au-dessous du pont o&#249; nous sommes un instant arr&#234;t&#233;s, s'ouvre, au pied de la montagne, une vaste bouche pleine d'ombre d'o&#249; s'&#233;chappe sans bruit, presque sinistrement, une masse d'eau sombre qui ne tarit jamais et qui, se m&#234;lant a la Bourne, double le volume de ce torrent. Cela s'appelle la Goule-Noire. Le nom et la chose impressionnent &#233;galement et font r&#234;ver aux contes fantastiques d'Hoffmann et d'Edgar Poe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous repartons, nous sommes en face de la contre-partie de la descente que nous venons de savourer et ce n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose. Nous remontons la gorge de la Bourne, assourdis par le vacarme des cascades se brisant incessamment sur les rochers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela finit par rendre les id&#233;es singuli&#232;rement confuses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; joignez &#224; cela un sol terriblement raboteux, empierr&#233;, boueux et in&#233;gal et vous comprendrez que le m&#233;tier de v&#233;lo-touriste n'est pas toujours rose. Il faut croire cependant que beaucoup lui trouvent des charmes, car nous avons rencontr&#233; entre la Baraque et Villard-de-Lans, au moins une centaine d'excursionnistes soit a pied, soit en v&#233;locip&#232;de.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rest&#233;, comme d'habitude, ce jour-l&#224;, &#224; l'arri&#232;re-garde, je m'&#233;tais assis un moment sur les bords du torrent envelopp&#233; de mon imperm&#233;able, je m'&#233;tait fait avec mon capuchon une t&#234;te d'ermite de la th&#233;ba&#239;de et je me reposais, en regardant couler l'eau, une distraction innocente et permise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout a coup derri&#232;re moi un coup de trompe retentit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me retourne pr&#233;cipitamment et j'aper&#231;ois, tournant un coin du sentier en descendant rondement, un, deux, trois velocemen, puis un groupe et encore d'autres groupes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voil&#224; ma Th&#233;ba&#239;de singuli&#232;rement anim&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vingtaine de cyclistes lyonnais faisaient en sens inverse la m&#234;me excursion que nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne pouvions donc manquer de nous rencontrer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils avaient couch&#233; &#224; Grenoble, d&#238;n&#233; a Villard-de-Lans o&#249; des voitures les avaient amen&#233;s de Sassenage et ils allaient coucher &#224; pont-en-Royans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'estime qu'ils ont d&#251; y arriver un peu tard, &#224; moins qu'ils n'aient &#233;vit&#233; le d&#233;tour par les Goulets et suivi la Bourne.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la sortie des gorges commence le plateau sup&#233;rieur que le Villard-de-Lans domine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est fertile et bois&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route un peu meilleure nous permet de p&#233;daler plus rapidement et de rejoindre Andr&#233; et S... qui nous ont devanc&#233;s de quelques minutes sans nous en demander l'autorisation, ce qui met &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PI&lt;/span&gt;... fort en col&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi n'est-il pas plus t&#244;t assis &#224; c&#244;t&#233; d'Andr&#233; aux pieds de gazelle, qu'il lui explique sans p&#233;riphrase son sentiment&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tu sais, toi, tu peux c...laquer, je t'ai assez vu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tu n'es qu'un l&#226;cheur.&#034; Andr&#233;, contrit, s'avoue coupable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Pl... s'attendrit et l'on s'embrasse, mais Pl.. ne donnera plus de b&#226;tons de sucre d'orge &#224; Andr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Villard-de-Lans (ait. 1 .090 m.) &#224; Sassenage (ait. 205 m.l, c'est une v&#233;ritable scie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne peut aller vite sur le plateau parce que la route est pitoyable, puis, &#224; partir d'Engins, ce n'est plus un chemin, mais un sentier de mulet qui descend presque a pic&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s quelques kilom&#232;tres nos freins sont br&#251;lants et il n'est que prudent de mettre pied &#224; terre et de conduire les machines &#224; la main presque jusqu'&#224; Sassenage, d'o&#249; un morceau de route superbe de 6 kilom&#232;tres, nous am&#232;ne &#224; l'h&#244;tel Primat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous fallait bien cela pour nous aider a dig&#233;rer les longs et indigestes kilom&#232;tres que nous venions de parcourir depuis Pont-en-Royans&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive le dernier, &#224; 8 heures, &#224; Grenoble et &#224; 9 heures j&#034;&#233;tais d&#233;j&#224; dans les bras de Morphee.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez croire que je n'ai pas bu de vin blanc ce soir-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre excursion a mal fini&#160;: le lundi matin une pluie battante jusqu'&#224; 8 heures et demie, met les routes autour de Grenoble dans un &#233;tat d&#233;plorable, nous h&#233;sitons longtemps avant de partir, mais &#224; 9 heures, le barom&#232;tre se mettant &#224; monter, nous prenons la direction de Chamb&#233;ry, par la rive droite de l'Is&#232;re. Nous trimons p&#233;niblement pendant 8 ou 10 kilom&#232;tres jusqu'au del&#224; de Meylan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vent, boue, c&#244;tes rapides, nous avons tout contre nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun de nous n'ose dire sa fa&#231;on de penser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais au fond, nous en avons tous assez. Tout &#224; coup un tandem est signal&#233; arrivant en sens contraire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce sont des confr&#232;res de Saint-Chamond qui viennent justement de Chamb&#233;ry&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils nous apprennent que la route est impraticable jusqu'au Touvet tellement il a plu de ces c&#244;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rebroussons chemin avec un ensemble parfait jusqu'&#224; la gare et nous rentrons &#224; Saint-&#201;tienne par le train.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour notre prochaine excursion nous avons, en route, form&#233; le projet de faire le tour du lac de Gen&#232;ve. Esp&#233;rons que cette fois le temps ne nous contrariera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Velocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au Pays du Soleil (1888)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article363</link>
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		<dc:date>2024-10-31T16:21:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'avais promis de vous conter mon voyage dans le Midi, mon plus bel exploit v&#233;locip&#233;dique de l'ann&#233;e 1889, ex&#233;cut&#233; de concert avec l'ami Forest, et je m'&#233;tais, en cons&#233;quence, mis &#224; noircir impitoyablement de belles feuilles blanches. Encore enthousiasm&#233; par tout ce que je venais de voir, j'&#233;crivais d'abondance, sans mesure et ne vous faisais gr&#226;ce d'aucun incident&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous les cailloux, toutes les bornes kilom&#233;triques s'alignaient &#224; tour de r&#244;le et finissaient par ressembler aux arbres des grandes routes, toujours les m&#234;mes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1889, Source Archives D&#233;partementales de la Loire, Per1328&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais promis de vous conter mon voyage dans le Midi, mon plus bel exploit v&#233;locip&#233;dique de l'ann&#233;e 1889, ex&#233;cut&#233; de concert avec l'ami Forest, et je m'&#233;tais, en cons&#233;quence, mis &#224; noircir impitoyablement de belles feuilles blanches. Encore enthousiasm&#233; par tout ce que je venais de voir, j'&#233;crivais d'abondance, sans mesure et ne vous faisais gr&#226;ce d'aucun incident&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tous les cailloux, toutes les bornes kilom&#233;triques s'alignaient &#224; tour de r&#244;le et finissaient par ressembler aux arbres des grandes routes, toujours les m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'eut &#233;t&#233; monotone, long et diffus. Je compris heureusement qu'il fallait laisser le temps faire son &#339;uvre, estomper mes souvenirs, adoucir mes impressions et, jetant au panier ce que je venais d'&#233;crire, je remis &#224; six mois le r&#233;cit de notre voyage. Le voici&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Les d&#233;buts en furent malheureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;sirant concilier le soin de nos affaires avec celui de nos plaisirs, nous avions d&#233;cid&#233; de partir la veille du 14&#160;juillet, &#224; 10 heures du matin, au lieu de nous mettre en route d&#232;s l'aube.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, il fit ce jour-l&#224; une chaleur accablante et nous avions &#224; peine attaqu&#233; la mont&#233;e de 14 kilom&#232;tres qui nous s&#233;pare du versant de la vall&#233;e du Rh&#244;ne que nous d&#251;mes, autant &#224; cause du soleil que du vent contraire, mettre pied &#224; terre et pousser nos bicyclettes, tant et si bien que nous m&#238;mes plus de deux heures et demie pour atteindre l'H&#244;tel du Grand Bois, o&#249; nous devions d&#233;jeuner et o&#249; nous arriv&#226;mes passablement ext&#233;nu&#233;s. Heureusement que de ce point jusqu'&#224; Andance nous n'allions avoir qu'&#224; descendre pendant 42 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la sottise que nous avions faite de partir aussi tard devait nous causer bien d'autres d&#233;sagr&#233;ments et nous g&#226;ter compl&#232;tement cette premi&#232;re journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant notre repas, le temps se d&#233;range si promptement que d&#233;j&#224; nous entendons le tonnerre gronder sur notre gauche, o&#249; les nuages s'amoncellent pendant que, du c&#244;t&#233; d'Annonay, le ciel est toujours bleu. Peut-&#234;tre ne sera-ce qu'un orage local, h&#226;tons-nous de partir et nous &#233;chapperons &#224; l'averse imminente. Nous d&#233;valons avec une rapidit&#233; vertigineuse sur Bourg-Argental o&#249; des rafales de poussi&#232;re nous font croire que l'orage est sur le point d'&#233;clater et qu'il vaut mieux nous arr&#234;ter un instant pour le laisser passer. Apr&#232;s avoir ainsi perdu une demi-heure pr&#233;cieuse, les choses restant dans le statu quo, nous repartons, les coups de tonnerre se succ&#232;dent rapidement et toujours plus rapproch&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le ciel s'assombrit uniform&#233;ment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; peine aper&#231;oit-on &#231;&#224; et l&#224; et de plus en plus loin, devant nous, des taches d'azur qui paraissent lutter sans espoir contre l'invasion des nu&#233;es, mais qui nous font esp&#233;rer un temps plus favorable sur les bords du Rh&#244;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pr&#233;cipitons notre allure d'une fa&#231;on d&#233;sordonn&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous traversons Boulieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de diff&#233;rents c&#244;t&#233;s nous parviennent les sons des cloches sonn&#233;es &#224; toute vol&#233;e pour &#233;loigner la foudre, car on en est encore l&#224; dans ces montagnes de l'Ard&#232;che&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup une trombe s'abat sur nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me trouve heureusement aupr&#232;s d'un arbre qui me prot&#232;ge pendant que j'endosse mon caoutchouc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Forest, qui n'a pas le moindre abri, est transperc&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; un quart d'heure de l&#224;, une masure nous abrite un instant, &#224; Saint-Cyr&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais voyant la pluie s'enrayer et ne voulant ni coucher l&#224; ni revenir sur nos pas, nous disposons manteaux et tabliers imperm&#233;ables aussi bien que possible et nous continuons &#224; descendre sur Andance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route est molle, les moindres mont&#233;es sont p&#233;nibles sous les caoutchoucs qui &#233;touffent. Nous traversons le Rh&#244;ne et, comme la pluie redouble d'intensit&#233;, une halte &#224; Andancette est jug&#233;e n&#233;cessaire autant pour nous s&#233;cher que pour d&#233;lib&#233;rer sur ce qu'il convient de faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;lib&#233;ration est courte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous irons quand m&#234;me de l'avant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est 5 heures, et Valence, o&#249; nous devons coucher pour en repartir le matin de tr&#232;s bonne heure, est encore &#224; 40 kilom&#232;tres, mais nous sommes encore pleins d'illusions et, comme on nous a assur&#233; que la route par Saint-Vallier est tr&#232;s bonne, nous croyons d&#233;j&#224; qu'en deux petites heures nous descendrons &#224; la Croix d'or.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fiez-vous donc aux assurances des gens qui ne sont pas v&#233;locip&#233;distes et qui jugent de la valeur d'une route en passant &#224; c&#244;t&#233; en chemin de fer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Au lieu d'&#234;tre tr&#232;s bonne, cette route de la rive gauche, elle est ce jour-l&#224; le plus souvent mauvaise et par moments, surtout apr&#232;s Saint-Vallier, &#233;pouvantable.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'oubliez pas que la pluie ne nous fait pas gr&#226;ce et qu'&#224; deux ou trois reprises elle est si violente que nous jugeons prudent de nous r&#233;fugier n'importe o&#249; pour ne pas &#234;tre tremp&#233;s jusqu'aux os. Par contre, chose bizarre, nous traversons, de temps &#224; autre, des zones que l'orage a scrupuleusement respect&#233;es, o&#249; il ne pleut pas et o&#249; il n'a pas encore plu, de sorte que les habitants sont &#233;tonn&#233;s de voir nos manteaux ruisselants et nous demandent d'o&#249; nous venons. &#8212; De Saint-&#201;tienne, s'il vous pla&#238;t. &#8212; On va tout de m&#234;me loin avec ces machines-l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! font-ils, &#233;tonn&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, &#224; Tain, o&#249; nous arrivons &#224; 6 heures 1/2, il tonne et il pleut de plus belle, ce qui est bien fait pour &#233;branler les plus belles r&#233;solutions du monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous filons droit sur la gare pour demander l'heure des trains. Nous &#233;chouons ensuite dans une modeste h&#244;tellerie o&#249; l'on nous sert d&#233;j&#224; des plats du Midi, des pommes d'amour, ce qui nous met un peu de baume sur le c&#339;ur. T&#233;, mon bon, dis-je &#224; Forest, nous sommes d&#233;j&#224; dans le Midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures, en voiture, non pour Valence, mais pour Orange, car, tout bien consid&#233;r&#233;, les routes seront tr&#232;s mauvaises le lendemain et il nous serait impossible d'effectuer l'&#233;tape projet&#233;e de Valence &#224; Avignon avec d&#233;tour sur la fontaine de Vaucluse.&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Orange, 1 heure du matin, il nous faut encore enfourcher nos machines et faire un bon kilom&#232;tre derri&#232;re la voiture de l'H&#244;tel de la Poste, avant d'arriver au g&#238;te et la pluie tombe toujours, mais l&#233;g&#232;re et ti&#232;de&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au loin, dans le Nord, des &#233;clairs fr&#233;quents illuminent la nuit, mais le bruit n'est plus perceptible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Dieu soit lou&#233;, gr&#226;ce au P.-L.-M., nous avons enfin laiss&#233; l'orage derri&#232;re nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est tr&#232;s bien re&#231;u &#224; l'H&#244;tel de la Poste, mais lorsqu'on y arrive &#224; 1 heure du matin, il ne faut avoir besoin de rien, sauf d'un bon lit et d'un verre d'eau, car toutes les provisions sont sous clef et nous ne pouvons m&#234;me pas obtenir un morceau de sucre. Heureusement que nous avons dans nos sacs de quoi couper cette eau, que je n'aurais pas os&#233; go&#251;ter sans cela, car je me m&#233;fie beaucoup de l'eau du Midi et la fin de ce r&#233;cit vous montrera que je n'ai pas tout &#224; fait tort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dimanche matin, un soleil radieux nous r&#233;veille avant 6 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; allons, nous &#233;tions r&#233;ellement dans le Midi et, pour bien nous en p&#233;n&#233;trer, nous n'e&#251;mes qu'&#224; mettre le nez &#224; la fen&#234;tre. Il y avait de l'assent plein les airs et moi, qui ai eu l'heur de na&#238;tre par l&#224;-bas, cela me chatouillait d&#233;licieusement les oreilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orange, une ville o&#249; les Romains ont laiss&#233; des monuments admirablement conserv&#233;s. C'est l'air, nous assure le figaro de l'endroit, qui conserve ainsi les pierres. Mais il ne para&#238;t pas conserver aussi bien les hommes, car la population de cette petite ville n'augmente pas et elle a terriblement diminu&#233; depuis le si&#232;cle de Marius.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous v&#238;mes l'arc de triomphe, le vieux th&#233;&#226;tre et les enguirlandements de la f&#234;te nationale qui avaient l'air bien mesquin aupr&#232;s de ces restes imposants de la grandeur romaine. Mais nous d&#233;couvr&#238;mes aussi sur une mignonne petite place carr&#233;e qui pourrait avoir &#233;t&#233; l'atrium du palais d'un proconsul quelconque, nous d&#233;couvr&#238;mes ce qui est comme l'amour, &#233;ternellement jeune, des p&#234;ches savoureuses, des figues parfum&#233;es, fruits exquis que jamais Romain ne d&#233;gusta avec autant de sensualit&#233; que nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un instant plus tard, on aurait pu nous voir sous la vaste remise de l'h&#244;tel o&#249; de temps en temps venaient s'engouffrer avec fracas les diligences d'autrefois avec postillon, conducteur et d&#233;p&#234;ches, bond&#233;es de voyageurs depuis le coup&#233; jusqu'&#224; l'imp&#233;riale et ayant roul&#233; une bonne partie de la nuit pour venir de quelque coin de la montagne encore inaccessible au chemin de fer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on aurait pu nous voir en train de nettoyer nos bicyclettes qui, les pauvrettes, en avaient grand besoin apr&#232;s l'orage de la veille, tout en causant des gens de chez nous avec un St&#233;phanois pur sang que nous avions rencontr&#233; l&#224; par le plus grand des hasards.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, &#224; 8 heures 1/2 (nous ne nous pressions pas, comme on voit), nous partions pour Carpentras avec une petite brise du nord qui n'allait pas tarder &#224; se transformer en mistral assez violent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais brise ou mistral, cela ne pouvait nous souffler que dans le dos ou, au pis aller, nous prendre de biais et nous ne nous en inqui&#233;tions gu&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
On va d'abord sur la grande route d'Avignon pendant environ 2 kilom&#232;tres, puis il faut tourner &#224; gauche sur une route sans ombrage et encaiss&#233;e entre des haies de cannes et de roseaux. Il vente frais heureusement, et quoique le soleil soit d&#233;j&#224; haut, nous allons sans trop de peine &#224; une bonne allure. Le sol est passable et d'abord absolument plain, sauf de l&#233;g&#232;res, l&#233;g&#232;res ondulations. Avant d'arriver &#224; Carpentras, un ou deux petits mamelons de terrain crayeux ou gypseux nous forcent &#224; appuyer un peu plus fort sur les p&#233;dales pour garder notre vitesse, puis nous passons sous un aqueduc assez &#233;lev&#233; et nous apercevons dans le lointain, un peu &#224; droite, les toits de la ville dont nous sommes s&#233;par&#233;s par une plaine d'oliviers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus loin encore l'horizon est ferm&#233; par une cha&#238;ne de montagnes aux sommets d&#233;nud&#233;s au pied desquelles nous allons p&#233;n&#233;trer pour voir la fontaine c&#233;l&#232;bre par les amours de Laure et de P&#233;trarque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Carpentras, que nous n'avons vu du reste que tr&#232;s superficiellement, nous a produit l'effet d'une de ces petites villes de province qui ne vivent que de l'agriculture, c'est-&#224;-dire de peu, depuis que l'on ne fait plus ni vin ni garance l&#224;-bas, et o&#249; les petits rentiers aiment &#224; vivoter paisiblement dans le voisinage d'un sous-pr&#233;fet et &#224; l'ombre de la gendarmerie, cette garde pr&#233;torienne des sous-pr&#233;fectures sans garnison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours suivant la route qui monte assez vivement entre les premi&#232;res maisons, nous d&#233;bouchons sur une terrasse ombrag&#233;e d'arbres s&#233;culaires d'o&#249; l'on d&#233;couvre un magnifique panorama sur tout le pays que nous venons de traverser, au milieu duquel l'aqueduc que j'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; avec ses arches si blanches qu'on dirait du marbre se d&#233;tache tr&#232;s heureusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous serions arr&#234;t&#233;s plus longtemps si le mistral n'eut redoubl&#233; de violence &#224; tel point qu'&#224; l'ombre nous avions froid et que nous nous h&#226;t&#226;mes de reprendre la grande route en plein soleil pour nous r&#233;chauffer, une route bien monotone et bien poussi&#233;reuse sur laquelle il n'&#233;tait pas tomb&#233; la veille une seule goutte d'eau, pendant que nous en recevions plus que de raison et o&#249; nos bicyclettes commenc&#232;rent &#224; se couvrir d'une couche de poussi&#232;re tr&#232;s fine, blanch&#226;tre et collante dont nous e&#251;mes, au retour, beaucoup de peine &#224; les d&#233;barrasser et je crois qu'en bien cherchant on en trouverait encore la trace dans les recoins du British Star et du Rudge qui nous servirent de montures en ce m&#233;morable voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous filions rondement, tant&#244;t c&#244;te &#224; c&#244;te, tant&#244;t l&#233;g&#232;rement espac&#233;s, le premier attendant son compagnon sit&#244;t qu'il y avait quelque chose &#224; voir ou quelque croisement de chemin &#224; reconna&#238;tre sur la carte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mistral nous poussait toujours et nous amena &#224; Pernes &#224; 10 heures, c'est-&#224;-dire 1 heure 1/2 apr&#232;s notre d&#233;part d'Orange, qui se trouvait alors &#224; 30 kilom&#232;tres derri&#232;re nous, de sorte que nous avions march&#233; depuis le matin &#224; plus de 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure, si l'on tient compte des quelques minutes perdues &#231;&#224; et l&#224; en arr&#234;ts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pernes est un gros bourg qui para&#238;t avoir &#233;t&#233; autrefois fortifi&#233;, &#224; en juger par des vestiges de foss&#233;s et des ruines de murailles qui, &#224; l'&#233;poque&lt;br class='autobr' /&gt;
des arbal&#232;tes et des canons en bois, pouvaient a la rigueur passer pour des fortifications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous stoppons un instant &#224; l'angle des routes de Carpentras et de l'Isle-sur-Sorgues, pour secouer la poussi&#232;re qui nous envahit &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur. A l'ext&#233;rieur, passe encore, le vent nous en enl&#232;ve autant qu'il nous en met, mais &#224; l'int&#233;rieur il faut absolument arroser. Du vin blanc muscat avec de la limonade (la derni&#232;re bouteille que poss&#232;de l'&#233;tablissement) nous fournissent un m&#233;lange d&#233;licieux que nous ingurgitons avec d&#233;lices.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un rideau de cannes tr&#232;s serr&#233;es nous garantit du mistral qui secoue avec fureur les lanternes v&#233;nitiennes d&#233;j&#224; suspendues pour l'illumination du soir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les grands arbres d'une promenade qui monte en face de nous et qui va faire sans doute le tour de la ville se d&#233;m&#232;nent comme des poss&#233;d&#233;s et craquent lamentablement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pr&#232;s de nous coule &#224; gros bouillons, avec un bruit agr&#233;able, une fontaine intarissable, sortie sans doute du m&#234;me r&#233;servoir souterrain qui alimente la fontaine de Vaucluse, dont nous sommes &#224; peu de distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que Forest demande &#224; se rendre compte de la mani&#232;re dont sont construits dans le Midi les water-closets (il faut tout voir en voyage), je vais de mon c&#244;t&#233; faire un tour dans l'int&#233;rieur de la ville o&#249; je remarque d'autres fontaines tout aussi abondantes. Pernes est d&#233;cid&#233;ment une ville bien arros&#233;e. La mairie a l'air d'occuper l'emplacement d'un ancien monast&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a des vo&#251;tes, de gros murs, des ogives, un ensemble architectonique qui n'a rien de moderne et j'en conclus qu'il doit y avoir dans ce bourg perdu du Comtat Venaissin des &#233;tudes int&#233;ressantes &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon retour, je retrouve Forest, qui a fini son exploration et qui, se penchant &#224; mon oreille, m'en confie le r&#233;sultat d'un air navr&#233;&#160;: c'est &#233;pouvantable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! fis-je, surpris, que me dites-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et je me levai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il crut que je voulais aller voir, et il me retint par le bras&#160;: N'y allez pas, malheureux, n'y allez pas, je vous dis que c'est horrible, mieux vaut la rase campagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-dessus, nous remont&#226;mes en selle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il pouvait &#234;tre 10 heures 1/2, et nous fil&#226;mes comme deux traits dans la direction de l'Isle-sur-Sorgues. A gauche, des carri&#232;res de pl&#226;tre, &#224; droite quelques champs maigres, des lignes de hauts cypr&#232;s, des roseaux, des oliviers et dans l'air, tout autour de nous, le chant ininterrompu, incessant, alanguissant des cigales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me souviens d'un &#233;tablissement d'hydroth&#233;rapie qui s'est nich&#233; par l&#224;, &#224; la hauteur d'un village qu'on m'a dit &#234;tre Vell&#233;ron. Enfoui sous la poussi&#232;re, il n'offrait rien d'agr&#233;able &#224; l'&#339;il et il faut &#234;tre bien malade pour venir s'enfermer l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voici &#224; Vaucluse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la fontaine est pleine et l'eau atteint presque le pied du figuier coll&#233; &#224; la paroi verticale du rocher qui surplombe le gouffre. Je ne m'attarderai pas &#224; d&#233;crire cette curiosit&#233; naturelle que tous les touristes connaissent. Nous avons pu arriver sur nos machines &#224; quelques centaines de m&#232;tres de la source. Il n'y a pas un seul visiteur encore, et les restaurants &#233;tablis au bord de la Sorgue attendent impatiemment les d&#238;neurs qui ne viendront pas, car la f&#234;te nationale retient tout le monde &#224; la ville, &#224; Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous repartons bient&#244;t et cette fois le vent nous est l&#233;g&#232;rement contraire, mais l'h&#244;tel P&#233;trarque et Laure o&#249; nous devons d&#233;jeuner &#224; l'Isle-sur-Sorgues n'est qu'&#224; quelques kilom&#232;tres et l'app&#233;tit nous &#233;peronne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rencontrons &#224; ce moment le premier v&#233;locip&#233;diste que nous ayons vu depuis le matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est tr&#232;s surpris lui-m&#234;me d'apprendre qu'il n'y en a pas d'autres &#224; la fontaine qui est, para&#238;t-il, un centre de r&#233;union pour les velocemen de la r&#233;gion, les jours de f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore quelques coups de p&#233;dale et nous voici sous une longue promenade ombrag&#233;e qui aboutit &#224; l'Isle-sur-Sorgues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en plein midi, et apr&#232;s avoir absorb&#233; poussi&#232;re et chaleur par tous les pores, on &#233;prouve un sensible soulagement en se trouvant &#224; l'ombre et comme nous tenons le but et que rien ne nous presse puisque nous arriverons avant midi quoi qu'il advienne, nous diminuons la vitesse et nous &#233;changeons nos impressions sur le pays que nous avons parcouru depuis Orange.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre enthousiasme du matin s'est amoindri, notre curiosit&#233;, tout d'abord &#233;veill&#233;e par l'aspect d'une nature si diff&#233;rente de celle que nous avons coutume de voir, a &#233;t&#233; vite &#233;mouss&#233;e par la monotonie des sites et les cri-cris des cigales que la pens&#233;e des f&#233;libres dont on nous avait rebattu les oreilles &#224; Orange nous faisait accepter d'abord comme po&#233;tiques et harmonieux finissaient par nous para&#238;tre, ce qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, assourdissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le midi perdait de son prestige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les montagnes &#233;taient trop nues, les champs trop secs, les oliviers trop blancs et les routes trop poussi&#233;reuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois plut&#244;t que c'&#233;tait l'estomac qui &#233;tait trop creux et que nous &#233;tions en train de justifier le proverbe du ventre affam&#233;, sans oreilles et sans yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#244;tel P&#233;trarque et Laure &#233;tait heureusement l&#224; et nous entr&#226;mes avec empressement dans sa vaste remise d'o&#249; s'&#233;lancent chaque jour sur toutes les routes du d&#233;partement plus de trente voitures, services publics ou services &#224; volont&#233;, car cet h&#244;tel a une grande client&#232;le d'excursionnistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;jeuner qu'on nous y servit dans une salle &#224; manger sombre et fra&#238;che fut tr&#232;s bon et si la cuisine &#233;tait &#224; l'huile, je d&#233;clare que l'huile vaut bien le beurre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, nous err&#226;mes &#231;&#224; et l&#224; dans la ville, qui est tr&#232;s pittoresquement situ&#233;e sur la Sorgue et nous fin&#238;mes par &#233;chouer et prendre le caf&#233; sur une terrasse dont l'eau baignait le pied. C'&#233;tait le moment le plus accablant du jour et le mistral s'&#233;tant un peu apais&#233;, il y avait de l'&#233;touffement et de l'asphyxie dans l'air&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, la fra&#238;cheur de l'eau, l'opacit&#233; des ombrages sous lesquels nous &#233;tions assis, la transpir&#233;e incessante de la matin&#233;e, tout conspirait pour nous permettre de nous reposer fort agr&#233;ablement et trois heures allaient sonner que nous ne pensions point encore &#224; partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bizarre comme les id&#233;es changent quand l'estomac est satisfait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en remontant en selle, apr&#232;s avoir sommairement &#233;pousset&#233; nos bicyclettes, tout nous semblait rose&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il &#233;tait 3 heures et nous roulions lentement sous une vo&#251;te de verdure que le soleil ne parvenait pas &#224; percer. Cela ne dura pas longtemps, malheureusement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; soudain, nous nous trouv&#226;mes en face de la route d'Avignon, &#233;tincelante de lumi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'avions qu'une chose &#224; faire&#160;: prendre notre courage &#224; deux mains et marcher tout de suite &#224; une bonne allure.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai l'habitude dans mes longues &#233;tapes, afin de conserver une vitesse r&#233;guli&#232;re, de fredonner de petits airs plus ou moins entra&#238;nants. Le Saucisson de Lyon, par exemple, a la vertu de me faire marcher d'un pas relev&#233;, &#224; raison de 60 &#224; 66 coups de p&#233;dale &#224; la minute, ce qui me donne &#224; la multiplication de 150 centim&#232;tres&#160;: 63 (moyenne) X 150 x 3.1416 centim&#232;tres = 297 m&#232;tres par minute, &#224; peu de chose pr&#232;s 18 kilom&#232;tres &#224; l'heure. J'entonnai donc &#224; ce moment le Saucisson de Lyon est toujours tr&#232;s bon et l'instant d'apr&#232;s nous filions gaillardement c&#244;te &#224; c&#244;te et bien &#224; notre aise, car la route &#233;tait &#224; cette heure absolument d&#233;serte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous avions &#233;t&#233; bien s&#251;rs de l'heure de notre passage &#224; l'Isle, nous n'aurions certes pas manqu&#233; d'en aviser &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MM&lt;/span&gt;.&#160;Jugy et Saurel, lecteurs assidus&lt;br class='autobr' /&gt;
du Cycliste, et nous n'aurions, sans doute, pas quitt&#233; l'Isle-sur-Sorgues aussi solitairement, mais l'orage de la veille nous avait un peu d&#233;rout&#233;s et nous avions oubli&#233;, le matin, de lancer un t&#233;l&#233;gramme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petit &#224; petit, les kilom&#232;tres fuient derri&#232;re nous, et nous commen&#231;ons &#224; apercevoir l'horizon &#224; peu de distance, brusquement ferm&#233; par une colline, qu'il faut gravir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une fois en haut, quelques ondulations, puis un magnifique panorama sur la plaine avec Avignon visible dans le lointain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite et &#224; gauche des oliviers, toujours des oliviers, blancs de poussi&#232;re et secou&#233;s par le mistral, qui a faibli pourtant consid&#233;rablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce parcours de l'Isle &#224; Avignon, nous traversons plusieurs villages sans int&#233;r&#234;t et nous r&#233;capitulons la distance parcourue depuis le matin&#160;: d'Orange &#224; Pernes, 30 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Pernes &#224; la Fontaine, 14 environ&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de la Fontaine &#224; l'Isle, 6&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et de l'Isle &#224; Avignon, 21. Total, 71 kilom&#232;tres &#224; 4 heures 1/2 du soir, car nous voici sous les murs de la vieille cit&#233; papale. Nous longeons les remparts jusqu'&#224; un escalier qui grimpe au sommet de la ville, puis, tandis que je garde les machines, Forest, dont les jarrets sont infatigables, monte tout en haut pour avoir au moins une id&#233;e superficielle d'Avignon et des environs. Cela nous conduit &#224; 5 heures et nous retraversons enfin le Rh&#244;ne que nous avions franchi la veille &#224; Andance, &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un pont qui n'en finit plus et qui n'est pas cependant ce fameux pont d'Avignon o&#249; l'on dansait en rond et dont il ne reste que des ruines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout du pont, nous sommes dans le Gard, et la route n'est pas bonne, sans compter qu'il faut grimper pendant quelques kilom&#232;tres, car nous allons &#224; N&#238;mes par Remoulins o&#249; nous verrons le c&#233;l&#232;bre pont du Gard. Au fur et &#224; mesure que nous avan&#231;ons, la route qui, comme je viens de le dire, n'&#233;tait pas fameuse devient simplement ex&#233;crable, et, chose bizarre, nous trouvons &#231;&#224; et l&#224; des passages tr&#232;s bien entretenus et sur lesquels on roule sup&#233;rieurement, ce qui, au lieu de nous consoler, nous fait pester encore plus contre le reste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233;s au sommet de la c&#244;te, nous ne sommes plus sur une route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on dirait qu'une trombe s'est abattue l&#224;, fouillant et bouleversant le sol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des rochers &#233;mergent de 50 centim&#232;tres, d'&#233;normes cailloux sont sem&#233;s de tous les c&#244;t&#233;s, des trous profonds, des orni&#232;res tra&#238;tresses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'&#233;tait &#224; d&#233;courager les plus vaillants et cela s'&#233;tendait &#224; perte de vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris un peu d'avance sur mon compagnon, et navr&#233; d'&#234;tre, apr&#232;s une longue mont&#233;e, priv&#233; du plaisir d'une belle et facile descente, je mis pied &#224; terre, calai sur une pierre la p&#233;dale de ma bicyclette et allai m'&#233;tendre sur le gazon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Excellente id&#233;e, et comme je retrouvai vite le calme et la patience philosophiques, qui sont qualit&#233;s de touriste et qui m'avaient abandonn&#233; un instant&#160;: un ciel d'une limpidit&#233; parfaite formait au-dessus de mon front une vo&#251;te azur&#233;e o&#249; les yeux ne se fatiguaient point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil m'envoyait des rayons obliques encore chauds, mais la brise tr&#232;s fra&#238;che qui soufflait sur ces hauteurs les temp&#233;rait et me les rendait agr&#233;ables et utiles, car j'aurais eu froid sans cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le thym et toutes les plantes aromatiques qui croissent sur les sommets de ces rocailleuses collines, o&#249; l'on tue d'excellents lapins, embaumaient l'air autour de moi. La silhouette l&#233;g&#232;re de ma monture se dessinait sur l'horizon et j'allais certainement lui d&#233;cocher quelques stances rim&#233;es (car je sentais le d&#233;mon po&#233;tique s'agiter en mon cerveau) dans lesquelles je l'aurais compar&#233;e au char d'Apollon ou &#224; P&#233;gase, peut-&#234;tre aussi &#224; Buc&#233;phale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; qui peut dire o&#249; s'arr&#234;tera, une fois lanc&#233;, un po&#232;te doubl&#233; d'un cycliste et &#224; quelles comparaisons invraisemblables il aura recours pour communiquer au lecteur l'enthousiasme dont il est d&#233;vor&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cornet de l'ami Forest vient &#224; propos m'enlever &#224; ces frivoles pr&#233;occupations, et nous nous engageons, en maugr&#233;ant, sur cette affreuse descente o&#249; nous sommes contraints d'aller d'un pas de tortue, sous peine de tout d&#233;molir, monture et cavalier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous ferai gr&#226;ce des d&#233;tails et vous dirai seulement&#160;: quand vous irez de ces c&#244;t&#233;s, t&#226;chez de trouver une autre route&#160;: A mi-chemin, les obstacles, devenant de plus en plus infranchissables, nous poussons nos machines pendant un petit kilom&#232;tre. Bref, nous serions arriv&#233;s &#224; Remoulins de fort mauvaise humeur si, &#224; mesure que nous nous en approchions, le sol ne s'&#233;tait pas de plus en plus am&#233;lior&#233; au point de nous fournir l'occasion de donner quelque vitesse et d'entonner triomphalement le Saucisson de Lyon, dont il n'avait plus &#233;t&#233; question depuis le pont d'Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; propos de pont, nous &#233;carquillons nos yeux en ce moment et cherchons de tous les c&#244;t&#233;s celui du Gard sur lequel, d'apr&#232;s le guide routier de M.&#160;de Baroncelli, passe la route d'Avignon &#224; Remoulins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, nous avons beau chercher, nous ne trouvons rien et nous demandons des nouvelles de cette merveille de construction romaine aux premiers indig&#232;nes que nous rencontrons. C'est plus loin, &#224; 3 kilom&#232;tres environ, sur la route de Remoulins &#224; Uz&#232;s, que nous d&#233;couvrons enfin le ruines tr&#232;s bien conserv&#233;es et entretenues du reste avec soin du gigantesque aqueduc qui amenait &#224; N&#238;mes l'eau pure des montagnes. Le Gardon passe dessous, tout au fond d'un ravin. Si l'on avait aujourd'hui de pareils travaux &#224; ex&#233;cuter, on s'adresserait &#224; M.&#160;Eiffel, qui jetterait tout simplement un tablier de fer d'une montagne &#224; l'autre. Ce serait moins monumental, mais beaucoup plus extraordinaire, surtout aux yeux (s'ils pouvaient se rouvrir) de l'architecte romain qui s'est donn&#233; tant de peine &#224; entasser arches sur arches, piles sur piles, P&#233;lion sur Ossa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut cependant songer au g&#238;te, la nuit approche et l'app&#233;tit est arriv&#233; depuis longtemps. Nous rebroussons chemin vers Remoulins et nous avisons une h&#244;tellerie qui dut &#234;tre autrefois un bruyant relais de poste, &#224; en juger par sa large remise et son immense cour, mais qui para&#238;t aujourd'hui calme, tranquille et hospitali&#232;re &#224; des touristes fatigu&#233;s comme nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est un peu en dehors du village, &#224; l'angle des routes de N&#238;mes et d'Arles. Tout y para&#238;t propre et bien tenu&#160;: voil&#224; ce qu'il nous faut, me dit Forest, et nous nous introduisons dans ladite cour, o&#249; quelques voyageurs et voyageuses prenaient d&#233;j&#224; le frais, tous gens discrets, silencieux, glissant comme des ombres et parlant comme des muets. Nous arrivions exub&#233;rants, avec de grandes &#233;nergies d'expression sur le visage o&#249; l'on pouvait lire la fatigue saine de la journ&#233;e, la poussi&#232;re de nos 100 kilom&#232;tres, le d&#233;sir de la table et le besoin du lit, mais o&#249; l'on voyait par-dessus tout une bonne humeur sans bornes, une jovialit&#233;, un entrain dignes du Midi et des m&#233;ridionaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un larbin s'approcha de nous avec des gestes de religieuse et s'enquit du motif de notre visite. &#8212; Boire, manger, dormir, tels sont nos motifs, et ils sont urgents. &#8212; Boniface se retira un peu effarouch&#233;, comme un homme qui trouve extraordinaire ce qu'on lui demande. Cependant nous allons remiser nos bicyclettes sous le hangar o&#249; la solitude &#233;tait compl&#232;te, pas une voiture. Tout cela commen&#231;ait &#224; nous para&#238;tre &#233;trange&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans la cour, les personnes, qui, tout &#224; l'heure, se promenaient deux &#224; deux ou solitairement, s'&#233;taient group&#233;es et paraissaient discuter avec plus d'animation qu'il ne convient &#224; des ombres. Nous &#233;tions, &#224; n'en pas douter, le sujet de la conversation et nous nous sentions d&#233;cid&#233;ment mal &#224; l'aise devant ces fa&#231;ons claustrales. Le larbin revint et nous informa qu'on ne pouvait nous recevoir, qu'on ne prenait que des pensionnaires et que.... Nous &#233;tions d&#233;j&#224; en selle. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais c'est une maison de sant&#233;, votre h&#244;tel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce n'est pas ce qu'il nous faut, et, pour pr&#233;venir semblables malentendus, nous vous conseillons, Boniface, de faire dessiner sur votre porte une seringue, afin qu'on ne puisse se m&#233;prendre sur la nature des services que vous &#234;tes capable de rendre, et qu'on ne vienne pas vous demander &#224; boire et &#224; manger.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous rentrons dans Remoulins par le mauvais pont suspendu qui traverse l&#224; le Gardon et nous nous informons d'un h&#244;tel. Il n'y en a qu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y est bien et ce n'est pas trop cher&#160;: c'est l' H&#244;tel du Nord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant le d&#238;ner, les premi&#232;res bombes de la f&#234;te nationale &#233;clatent, les fus&#233;es partent, les boites crachent, les p&#233;tards craqu&#232;tent, et ce bruit de la poudre est &#224; peine perceptible sous les clameurs, les hurlements, les formidables hourrahs de la population enthousiaste. Des chapelets de lampions sont suspendus d'arbre en arbre des deux c&#244;t&#233;s de la route qui forme l'unique rue du village.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sortons apr&#232;s le repas, autant par hygi&#232;ne que par curiosit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a foule dans tous les caf&#233;s qui, pour la circonstance, ont envahi la chauss&#233;e et dispos&#233; en guise de tables suppl&#233;mentaires de longs plateaux sur des chevalets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout cela est garni de consommateurs qui font du boucan et se querellent en patois proven&#231;al, cette belle langue des f&#233;libres dont nous ne comprenons que les intonations. De temps en temps, un loustic jette, en passant, un paquet de p&#233;tards sous une table&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils &#233;clatent entre les jambes des buveurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se l&#232;ve pr&#233;cipitamment, on crie de plus belle, on s'&#233;carte, et lorsque tout est &#233;teint chacun revient &#224; son verre, trop heureux s'il le retrouve, et si dans la bagarre un farceur ou un distrait, en s'asseyant sur le bout du plateau-table, n'a pas fait sauter en l'air verres et bouteilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la place, un bal est organis&#233;, et l'on danse que c'est &#224; nous en faire passer des frissons dans les jambes. Si Forest savait parler patois, il se m&#234;lerait s&#251;rement &#224; la f&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais il a peur qu'on ne le prenne pour un &#233;tranger, et comme le pays est, pour le quart d'heure, infest&#233; de boh&#233;miens, la qualit&#233; d'&#233;tranger ne nous serait pas favorable aupr&#232;s du beau sexe de Remoulins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assourdis par le tumulte, nous nous r&#233;fugions sur le pont du Gardon, absolument d&#233;sert &#224; ce moment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un clair de lune naissant donne aux rives tr&#232;s pittoresques du torrent un aspect &#233;trange par le contraste des ombres et des clairs. Nous go&#251;tons l&#224; quelques d&#233;licieuses minutes de repos, pendant que le fracas de la f&#234;te n'arrive &#224; nos oreilles que par intervalles et que, dans le lointain, nous apercevons des gerbes d'&#233;tincelles qui nous prouvent que le 14&#160;juillet est f&#234;t&#233; avec le m&#234;me entrain dans les villages environnants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, nos paupi&#232;res clignotent et le besoin de dormir se fait sentir imp&#233;rieusement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le couvent hydroth&#233;rapique o&#249; nous nous sommes fourvoy&#233;s est &#224; deux pas, enfoui sous la verdure&#160;: pas une lumi&#232;re aux fen&#234;tres, tout dort d&#233;j&#224; et le tonnerre des d&#233;tonations n'arrive pas jusqu'aux malades. Nous aurions peut-&#234;tre mal d&#238;n&#233; dans cette officine, mais, en revanche, comme nous aurions bien et paisiblement dormi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! tandis que l&#224;-bas, en plein village, nous allons &#234;tre toute la nuit contrari&#233;s par le vacarme de la f&#234;te. Cette pens&#233;e m'enrage. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous dormez d&#233;j&#224;, fant&#244;mes que notre pr&#233;sence a effarouch&#233;s et qui nous avez fait expulser par cette face bl&#234;me de Boniface, eh bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous allons nous venger, nous allons vous r&#233;veiller&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Nous nous insinuons jusque sous les murs du couvent, nous glissons dans nos revolvers de fortes cartouches &#224; blanc et nous faisons feu de nos douze coups. Il nous semble ou&#239;r des cris d'&#233;pouvante, des bruits de volets qu'on tire avec pr&#233;cipitation, des impr&#233;cations contre l'anniversaire de la prise de la Bastille et nous rentrons lentement en savourant notre vengeance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous le pensions, la nuit fut mauvaise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le bruit incessant qu'on faisait sous nos fen&#234;tres et qui ne se calma qu'&#224; la pointe du jour nous emp&#234;cha litt&#233;ralement de fermer les yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous &#233;tions debout d&#232;s 5 heures du matin, le lundi, et en route pour N&#238;mes, &#224; 20 kilom&#232;tres, par Saint-Gervasy. Route tr&#232;s monotone, vaguement ondul&#233;e et en mauvais &#233;tat, bord&#233;e de champs d'oliviers &#224; perte de vue. Nous arrivons naturellement d'assez bonne heure &#224; N&#238;mes que nous traversons par un d&#233;dale de rues &#233;troites jusqu'au boulevard. Le d&#233;jeuner, une visite aux curiosit&#233;s principales de la ville, &#224; la maison carr&#233;e, &#224; la fontaine, aux ar&#232;nes, du haut desquelles nous d&#233;couvrons un superbe panorama sur toute la ville, nous retiennent jusqu'&#224; 9 heures. Notre derni&#232;re visite a pour but la halle aux fruits o&#249; nous faisons provision de p&#234;ches, car nous avons remarqu&#233; que rien n'&#233;tait meilleur que ce fruit savoureux pour &#233;tancher la soif et rafra&#238;chir le palais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous enfilons ensuite la grande route de Montpellier, abominablement d&#233;fonc&#233;e et poussi&#233;reuse, jusqu'&#224; 4 ou 5 kilom&#232;tres de N&#238;mes, mais parfaitement ombrag&#233;e, ce qui est une compensation tr&#232;s appr&#233;ciable par le soleil qu'il fait ce jour-l&#224;, un soleil torride.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre projet primitif &#233;tait d'aller de N&#238;mes droit &#224; Aigues-Mortes o&#249; nous pouvions tr&#232;s bien arriver en 2 heures, car la route est plate comme un billard jusqu'&#224; la mer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, chemin faisant, nous nous d&#238;mes que Lunel &#233;tait &#224; voir et que ce crochet ne nous retarderait gu&#232;re. Nous arrivons donc &#224; Lunel apr&#232;s avoir crois&#233; quelques jeunes velocemen en tenue de course qui allaient prendre part au championnat du Gard que l'on courait ce jour-l&#224; &#224; N&#238;mes et qui s'y rendaient soit &#224; bicycle, soit &#224; bicyclette en guise d'entra&#238;nement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Lunel, dans une rue (et c'&#233;tait, je crois, la rue principale) large comme un mouchoir de poche, ce qui permettait de tendre des toiles-parasol d'une maison &#224; l'autre, nous absorbons un peu de limonade et nous demandons divers renseignements, car une id&#233;e est venue &#224; Forest&#160;: il a des amis &#224; Castries, un chef-lieu de canton qui ne doit pas &#234;tre bien loin de Lunel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, lorsqu'on est si loin de chez soi, et qu'on y est venu en v&#233;locip&#232;de, il n'y a rien de charmant comme d'aller surprendre des amis qui tombent des nues en vous voyant arriver en cet &#233;quipage et en apprenant que vous venez de faire 300 kilom&#232;tres et plus sur ces deux minces roues.&lt;br class='autobr' /&gt;
On nous indique la route la plus directe, et, jusque-l&#224;, c'est tr&#232;s bien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le hic, c'est que Castries est &#224; 20 kilom&#232;tres de Lunel dans la montagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, pourvu que la route soit bonne et ombrag&#233;e, m&#234;me en plein midi, 20 kilom&#232;tres ne sont pas pour nous faire reculer. Et nous voil&#224; partis grand train et toujours chantant notre pas redoubl&#233; de 18 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Nous arrivons ainsi &#224; 7 ou 8 kilom&#232;tres de Lunel, &#224; un endroit dont j'ai oubli&#233; le nom, o&#249; la route de Montpellier traverse la voie ferr&#233;e et o&#249; d&#233;bouche &#224; droite la route, ou plut&#244;t le chemin de Castries, une ligne droite, blanche de poussi&#232;re incandescente, inabordable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pas un buisson qui y projette son ombre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans le lointain, une ligne de collines qu'il nous faudra escalader et qui sont &#233;galement d&#233;pourvues d'ombrages. Douze kilom&#232;tres &#224; faire sur un pareil terrain et autant pour revenir nous paraissent une t&#226;che trop difficile pour des hommes qui ont l'intention bien arr&#234;t&#233;e de ne rien manger avant d'&#234;tre arriv&#233;s au Grau-du-Roi. Il est onze heures et demie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s en avoir d&#233;lib&#233;r&#233; avec le garde-barri&#232;re et avoir vu passer un train o&#249; il faisait chaud aussi, car par les porti&#232;res grandes ouvertes nous pouvions voir les voyageurs s'&#233;ponger avec fureur, nous d&#233;cidons de rebrousser chemin et nous revenons &#224; Lunel que nous contournons, cette fois, en suivant la route.&lt;br class='autobr' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Midi, roi des &#233;t&#233;s, &#233;pandu dans la plaine,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout se tait. L'air flamboie et br&#251;le sans haleine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;;&lt;br class='autobr' /&gt;
La terre est assoupie en sa robe de feu.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces vers de Leconte de Visio s'&#233;chappent de ma m&#233;moire en pr&#233;sence du ruban ensoleill&#233; qui doit nous conduire &#224; Aigues-Mortes et je vous assure qu'ils n'ont jamais mieux &#233;t&#233; de circonstance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est midi, ni plus ni moins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil darde d'aplomb sur notre t&#234;te, notre ombre est r&#233;duite &#224; la grosseur d'un poing et les &#233;chalas qui bordent la route avec gros comme une assiette de feuilles au sommet ne peuvent avoir la pr&#233;tention de l'ombrager. A seulement y penser, j'en fr&#233;mis encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'&#233;tais jamais trouv&#233; devant une pareille fournaise. Si, pourtant, un jour, &#224; Istres, et il faut que je vous narre cela, quitte &#224; renvoyer au prochain num&#233;ro la fin du r&#233;cit de notre excursion au Pays du soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait en 1880, je n'avais pas touch&#233; ni m&#234;me vu un cycle de ma vie (mes d&#233;buts dans le noble sport ne datent que de 1881) et je ne puis donner ce nom &#224; l'odieux v&#233;locip&#232;de en bois qui a fait les d&#233;lices des hommes fin d'Empire et qui a retard&#233; de quinze &#224; vingt ans le d&#233;veloppement du cyclisme en France.&lt;br class='autobr' /&gt;
En plein mois d'ao&#251;t, nous avions profit&#233; des quelques jours de f&#234;te pour faire un pont de huit jours et prendre un billet circulaire avec Marseille pour but diam&#233;tral. Il nous restait un jour &#224; utiliser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avions visit&#233; la veille tous les monuments d'Arles, assist&#233; &#224; une course de taureaux dans les ar&#232;nes et nous avions un d&#233;sir intense de revoir la mer, les flots bleus et l'horizon infini avant de regagner nos montagnes. Il fut d&#233;cid&#233; que nous consacrerions cette derni&#232;re journ&#233;e &#224; une promenade en bateau sur l'&#233;tang de Berre. Nous nous embarquions &#224; 10 heures &#224; Saint-Chamas dans une vulgaire barque vermoulue de p&#234;cheur de moules. On erra &#231;&#224; et l&#224; toute la matin&#233;e sans but d&#233;termin&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une sorte de r&#226;teau que l'on promenait sur les rochers, &#224; deux ou trois m&#232;tres sous l'eau, nous d&#233;crochait de temps en temps quelques malheureux coquillages que nous croquions sans nous faire prier, car il commen&#231;ait &#224; faire faim, l'air de la mer ayant, comme on le sait, des qualit&#233;s extraordinairement ap&#233;ritives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la surveillance du vieux p&#234;cheur, et malgr&#233; les protestations de tous les passagers, je pris un instant la barre et je m'exer&#231;ai &#224; diriger la barque&#160;: la voile &#233;tait trou&#233;e, le m&#226;t g&#233;missait, l'eau clapotait ferme contre le bordage et, comme le vent augmentait rapidement, il faillit coucher le bateau o&#249; il entra m&#234;me un peu d'eau, au grand effroi des jeunes femmes que nous accompagnions. Mais, sur l'avis du matelot, je parvins &#224; redresser la barque d'un vigoureux coup de barre et &#224; rectifier la direction&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce faisant, j'exposai aux caresses de la brise mes compagnons que la voile avait abrit&#233;s jusqu'alors et un chapeau fut enlev&#233; auquel il fallut ensuite faire la chasse. J'appris alors &#224; louvoyer, &#224; courir des bord&#233;es, &#224; prendre le vent tant&#244;t &#224; droite, tant&#244;t &#224; gauche, et, &#224; chaque fois que la voile se mettait &#224; fas&#233;ier, il me fallait l&#226;cher la corde qui a un nom sp&#233;cial que j'ai oubli&#233;, puis la tendre et l'attacher. Enfin, nous rattrap&#226;mes le chapeau qui dansait au sommet des petites vagues et qui &#233;tait &#224; peine mouill&#233;, tant les flots l'avaient berc&#233; d&#233;licatement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela &#233;tait tr&#232;s amusant et les heures fuyaient, l'app&#233;tit grandissait &#224; vue d'&#339;il &#224; mesure que Saint-Chamas disparaissait. Bient&#244;t, il fallut tenir conseil&#160;: o&#249; irions-nous d&#238;ner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il &#233;tait midi, Saint-Chamas &#233;tait tr&#232;s loin et le p&#233;cheur nous assurait qu'il nous faudrait deux heures pour y arriver, &#224; cause du vent de traverse qui contrariait la marche. Il nous conseilla d'aller d&#233;jeuner &#224; Istres, qui se trouvait sur la droite, &#224; peu de distance du rivage, nous d&#233;barqua dans une petite crique o&#249; il amarra sa barque et se mit, en nous attendant, &#224; grignoter ses provisions et ses moules dont il avait fait une petite r&#233;colte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voil&#224; grimpant le long d'un sentier impossible pour aller rejoindre la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y avait l&#224; de magnifiques ceps charg&#233;s de raisins superbes et des figuiers pliant sous le poids des fruits m&#251;rs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faisait chaud, nous avions soif&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous aper&#231;&#251;mes une femme qui semblait &#234;tre la propri&#233;taire de ce jardin et nous la pri&#226;mes de nous vendre des figues et des raisins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle nous baragouina un refus malhonn&#234;te. Alors, dame, l'un de nous se baissa et cueillit quelques grappes qui ne nous co&#251;t&#232;rent rien, qu'une action de gr&#226;ce au Seigneur pour le remercier des bonnes choses qu'il avait plac&#233;es sur notre chemin et qui nous parurent doublement exquises.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route que nous devions suivre pour aller &#224; Istres surplombe la mer pendant quelque temps, puis tourne brusquement &#224; droite et s'enfonce dans les terres, un peu encaiss&#233;e entre des rochers et un terrain calcaire sur lequel on cultive avec succ&#232;s les oliviers. Le soleil dardait l&#224;-dessus depuis le matin et il devait &#234;tre plus de midi quand nous d&#233;bouch&#226;mes du sentier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur &#233;tait tellement intense, tellement concentr&#233;e entre ces murailles rocailleuses qui se renvoyaient les rayons calorifiques, que nous cr&#251;mes entrer dans un four.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ombrelles et les chapeaux aux vastes ailes &#233;taient impuissants &#224; nous d&#233;fendre. Certes, c'&#233;tait le cas de dire avec le po&#232;te&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
La terre est assoupie en sa robe de feu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous cuisions litt&#233;ralement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on aurait dit que nous respirions un air embras&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'oublierai jamais le kilom&#232;tre qui s&#233;pare Istres de l'&#233;tang. Sur l'eau, malgr&#233; l'ardeur du soleil, la brise marine entretenait une agr&#233;able fra&#238;cheur et l'on n'&#233;touffait pas, mais sur cette route, la brise elle-m&#234;me ajoutait &#224; nos tortures en nous couvrant de poussi&#232;re br&#251;lante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette impression me revint, en pr&#233;sence de la route de Lunel &#224; Aigues-Mortes, Tout se taisait, sauf nos coussinets que nous avions n&#233;glig&#233;s le matin et qui faisaient des cuii prolong&#233;s. Un peu d'huile et nous repr&#238;mes notre train habituel sur l'air de Il y a la goutte &#224; boire l&#224;-haut, qui est tr&#232;s alerte et qui nous enlevait bien &#224; 20 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Marcillargues, une v&#233;ritable oasis dans le d&#233;sert de feu que nous traversons, est le premier village rencontr&#233;, de grands arbres, de l'ombre &#224; profusion. C'est Capoue, mais, moins amollis que les soldats d'Annibal, nous ne nous endormons pas dans ses d&#233;lices. Plus loin, Saint-Laurent nous offre des rafra&#238;chissements et nous p&#233;dalons toujours &#224; grande allure. Il fait de plus en plus chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite et &#224; gauche d'immenses champs de vignes depuis Lunel nous montrent ce ce que sait produire l'industrie humaine lorsque la loi de la n&#233;cessit&#233; l'y contraint. Ces terres &#233;taient, pour ainsi dire, incultes avant que le phyllox&#233;ra e&#251;t ruin&#233; les vignobles fran&#231;ais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; depuis, le besoin de se retourner, de tirer parti de tout, de faire du vin fran&#231;ais quand m&#234;me, a mis en exploitation toute cette partie du territoire qu'on avait jusqu'alors jug&#233;e indigne d'une aussi noble culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Saint-Laurent, on ne rencontre plus le moindre hameau, quelques habitations perdues &#231;&#224; et l&#224;, puis la tour Carbonni&#232;re et enfin nous voyons se dresser &#224; l'horizon la silhouette singuli&#232;re d'Aigues-Mortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#192; suivre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les cyclistes &#224; Yssingeaux (Petit st&#233;phanois du 6&#160;juillet 1883)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res sorties des Cyclistes st&#233;phanois cont&#233;e par V&#233;locio, bien avant Le Cycliste&#160;: https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark&#160;:/73873/pf0000614548/1883/n45/v0003&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une des premi&#232;res sorties des Cyclistes st&#233;phanois cont&#233;e par V&#233;locio, bien avant Le Cycliste&#160;: &lt;a href=&#034;https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark:/73873/pf0000614548/1883/n45/v0003&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark&#160;:/73873/pf0000614548/1883/n45/v0003&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>EN MONTAGNE (1888)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article290</link>
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		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Promenades et Excursions &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas use excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout au plus est-ce une promenade, une course ap&#233;ritive du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais elle a &#233;t&#233; d&#233;licieuse et d&#233;sormais la plaine insipide et monotone nous verra moins souvent. C'&#233;lait un dimanche, un des premiers dimanches de juin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous disposions, P... et moi, &#224; descendre la rue de Roanne quand une id&#233;e me vint : &#8212; nous la descendons si souvent, cette rue de Roanne, que nous devrions bien la remonter une fois &#8212; si nous allions &#224;&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Promenades et Excursions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas use excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tout au plus est-ce une promenade, une course ap&#233;ritive du matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais elle a &#233;t&#233; d&#233;licieuse et d&#233;sormais la plaine insipide et monotone nous verra moins souvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;lait un dimanche, un des premiers dimanches de juin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous disposions, P... et moi, &#224; descendre la rue de Roanne quand une id&#233;e me vint : &#8212; nous la descendons si souvent, cette rue de Roanne, que nous devrions bien la remonter une fois &#8212; si nous allions &#224; Saint-Just-Malmont&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ami P... a si bon caract&#232;re qu'il est toujours de votre avis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est m&#234;me ennuyeux pour ceux qui aiment &#224; discutailler, car il n'y a pas moyen avec lui de s'offrir cette distraction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons donc face &#224; la montagne, aux 1000 m&#232;tres d'altitude de Marlhes et de la R&#233;publique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'&#233;tais pas f&#226;ch&#233; d'essayer &#224; la mont&#233;e ma bicyclette Raleigh multipli&#233;e &#224; 150 centim&#232;tres : P.... &#233;tait sur son vieil Eur&#234;ka habitu&#233; de longue date aux rampes les plus scabreuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la premi&#232;re mont&#233;e de la Croix de l'Horme, nous enfon&#231;ons le tram &#224; vapeur qui nous rattrape et nous d&#233;passe sur les pav&#233;s de la Ricamarie et du Chambon o&#249; nous le repin&#231;ons tout de m&#234;me au dernier arr&#234;t, &#224; l'embranchement de la route de Saint-Just qui serpente &#224; gauche sur le flanc des collines, pendant six ou huit kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la partie p&#233;nible de l'excursion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous a fallu 50 minutes pour enlever cela, mais aussi comme nous &#233;tions &#224; chaque coin de la route, r&#233;compens&#233;s de nos efforts par le panorama qui d&#233;filait sous nos yeux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce hameau de Gaffard que nous venons de traverser, le voil&#224; derri&#232;re nous, l&#224;-bas tout au fond du vallon, et la route se repliant sur elle-m&#234;me nous ram&#232;ne &#224; deux ou trois cents m&#232;tres au-dessus des maisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
A droite et &#224; gauche, sur le flanc de la colline, les foins encore sur pied, aux pointes d&#233;j&#224; jaunissantes, ondulent au souffle d'un vent du nord froid et p&#233;n&#233;trant qui commence &#224; s'&#233;lever et &#224; pousser dans l'espace des nuages inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant nous p&#233;niblement, un &#226;ne cheminait ramonant du march&#233; une carriole branlante, dans laquelle sommeillait une vieille femme, selon l'habitude des paysannes qui, se levant de tr&#232;s bonne heure pour aller &#224; la ville vendre leurs&lt;br class='autobr' /&gt; l&#233;gumes, sont au retour vaincues par la fatigue et s'endorment sur leurs paniers vides, laissant au hasard et &#224; leur b&#234;te le soin de les ramener sans encombre au logis.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#226;ne paraissait tout plong&#233; dans des pens&#233;es moroses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant depuis qu'il longeait ce tapis d'herbes luxuriantes, il se ragaillardissait, secouait la t&#234;te, remuait les oreilles, se tr&#233;moussait et s'agitait comme s'il se f&#251;t trouv&#233; &#224; une partie de plaisir, devant un r&#226;telier bien garni. Puis, tout &#224; coup, d'un pas d&#233;lib&#233;r&#233;, nous le v&#238;mes s'approcher du pr&#233; qui bordait la route et il s'arr&#234;ta allongeant le cou au-dessus des longues et flexibles gramin&#233;es, m&#251;res pour la faux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; alors, d&#233;couvrant ses longues dents par ce rictus qu'on pourrait appeler le sourire de l'&#226;ne, et qui pr&#233;c&#232;de son bra&#238;ment, il murmura&#160;: Oh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quel bon foin nous aurons cette ann&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et son large rire &#233;clata, puissant, sonore, emplissant de bruit la vall&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paysanne s'&#233;veilla brusquement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; effar&#233;e, irr&#233;sistiblement secou&#233;e par les sursauts que les flancs de la b&#234;te imprimaient aux brancards, elle tira brutalement sur les r&#234;nes pour ramener son &#226;ne au milieu du chemin. Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vieille rosse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! hue donc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et les coups tomb&#232;rent drus et violents sur la croupe d&#233;charn&#233;e du mis&#233;rable, qui reprit son allure d&#233;courag&#233;e et son air morne. .	&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien le clocher de Saint-Just qu'&#224; un dernier d&#233;tour, nous apercevons &#224; peu de distance, le clocher et l'auberge hospitali&#232;re de M.&#160;Lagre-volle o&#249; nous nous octroyons	un d&#233;jeuner bien gagn&#233;s. Quand nous reprenons nos voitures, comme on dit l&#224;-haut, quatre p&#233;destrians qui se trouvaient dans le tram que suivi et qui allaient comme nous &#224; Saint-Just par Firminy, arrivent &#224; peine et ne sont pas &#233;tonn&#233;s d'apprendre que nous sommes l&#224; depuis au moins 30 minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas plus de 8 heures et demie et nous aurons le temps en allant &#224; Marlhes par Jonzieux, de rentrer avant midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; Jonzieux la route est &#224; peu pr&#232;s de niveau, mais quelles orni&#232;res et quels &#233;normes cailloux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On dirait que jamais cantonnier n'a exerc&#233; ses talents de ce c&#244;t&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est vrai que nous sommes dans la Haute-Loire, et que ce d&#233;partement ne se pique pas de beaucoup d'&#233;mulation pour l'entretien de ses grandes et petites voies de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'&#233;tat pr&#233;caire du sol, le paysage est trop agr&#233;able pour que nous regrettions d'&#234;tre venus, des bois de pins, des pr&#233;s d'un vert tant&#244;t sombre tant&#244;t &#233;clatant, peu de maisons, par exemple, peu de passants, mais beaucoup de ces bonnes vaches laiti&#232;res qui nous valent les excellents beurres et fromages de la montagne, des bergers et des berg&#232;res qui n'ont rien de florianes, accourent au galop &#224; travers les bruy&#232;res et les gen&#234;ts tout en fleurs pour nous voir passer de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons soudain au milieu d'un bois, &#224; un carrefour o&#249; une route, dont nous ignorons la direction, croise celle que nous suivons. Nous voil&#224; perplexes : faut-il aller &#224; droite, &#224; gauche ou tout droit devant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Tout droit devant c'&#233;tait la devise du Petit St&#233;phanois l'ann&#233;e pass&#233;e, ce sera la n&#244;tre, et bien nous en prend, car &#224; gauche, nous serions all&#233;s &#224; Saint-Romain Atheux, et &#224; droite, &#224; Saint-Didier, ce qui ne rapprochait pas de notre but.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la sortie du bois, le terrain, tr&#232;s d&#233;couvert nous permet de d&#233;couvrir au loin les maisons et le clocher de Jonzieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un temps de galot, une descente escarp&#233;e autour d'un petit mamelon puis une mont&#233;e passablement roide, et nous nous trouvons &#224; l'entr&#233;e du village, &#224; c&#244;t&#233; d'un paysan qui va &#224; la messe et para&#238;t enchant&#233; de nous voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut croire que ce bourg n'est pas souvent visit&#233; par les v&#233;locip&#233;distes , quoiqu'un journal de Saint-&#201;tienne ait derni&#232;rement affirm&#233; que les commis de barre et les employ&#233;s de fabricants de rubans faisaient leurs tourn&#233;es de montagne en tricycle, car nous faisons v&#233;ritablement sensation en passant sur la place, et, pour nous suivre des yeux sur la route de Marlhes, vingt ou trente habitants s'&#233;chelonnent sur un tertre en se disant, ainsi qu'on nous l'a r&#233;p&#233;t&#233; ult&#233;rieurement : &#8212; Nous allons les voir verser au tournant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils nous ont vus, pas longtemps, par exemple , car en dix minutes, nous &#233;tions au-del&#224; de Sem&#232;ne, et nous n'avions pas vers&#233;, bonnes gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ruisseau de Sem&#232;ne, qui va se jeter dans la Loire entre Aurec et le Pertuiset, nourrit des truites excellentes et des &#233;crevisses d&#233;licieuses, quelques industriels ont &#233;tabli des scieries sur ses rives et il y a, &#231;a et l&#224;, de jolis coins de nature o&#249; l'on aimerait vivre, aimer et........ cueillir la fraise. La route monte tout doucement vers Marlhes, une de ces pentes que l'on fait &#224; raison de 15 kilom&#232;tres &#224; l'heure sans le moindre effort toujours de gras p&#226;turages, des bois touffus ciel douteux, pas de soleil, ce dont nous sommes fort aises, et une bise froide dont,..pour mon compte, je me passerais tr&#232;s bien, mais P... n'est pas de cet avis (une fois n'est pas coutume)&lt;br class='autobr' /&gt;
A Marlhes, les chiens paraissent v&#233;lophages, quoiqu'ils n'aient pas de fr&#233;quentes occasion de de se r&#233;galer de la sorte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils mettent une obstination furieuse &#224; vouloir mordre nos montures, et comme en bicyclette les mollets sont tr&#232;s expos&#233;s, je ne suis pas sans inqui&#233;tude, L'h&#244;tel Verdier nous tend les bras, mais nous sommes cuirass&#233;s contre toutes les s&#233;ductions, et les parfums culinaires de cette cuisine renomm&#233;e n'atti&#233;dissent pas notre ardeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! en avant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Contre le vent qui nous souffle au visage, contre la mont&#233;e qui s'accentue, nous nous escrimons vaillamment. La route est couverte de gens qui, la messe entendue, s'en retournent chez eux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il s'agit de montrer la sup&#233;riorit&#233; du v&#233;locip&#232;de sur tous les moyens de locomotion connus jusqu'&#224; ce jour&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des coups de trompe : coua, coua&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de timbre : grin-grin-grin, nous font ouvrir un passage et nous filons, pench&#233;s sur nos guidons, &#224; fond de train. Tout &#224; coup, voici la descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'allure s'acc&#233;l&#232;re encore et devient vertigineuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel bonheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d&#233;vorer l'espace,&lt;br class='autobr' /&gt;
Caress&#233; par le vent qui passe, D'un &#233;lan gravissant les monts, Et d'un bond franchissant les plaines, Et respirer &#224; pleins poumons L'air pur et les effluves saines&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tez-moi, mes amis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce lyrisme est intempestif, nous sommes entre Marthes et Saint-Genest-Malifaux, et nous c&#244;toyons cette combe vaste et fertile de la Faye, o&#249; un agriculteur intelligent entre tous, M.&#160;Courbon, a organis&#233; des &#233;tablissements agricoles mod&#232;les. Il n'y a pas &#224; dire, depuis Jonzieux, nous avons une route qui ne laisse rien &#224; d&#233;sirer. Il nous faut pourtant donner un fort coup de collier pour traverser Saint-Genest, qu'on a eu la malencontreuse id&#233;e de coller au flanc d'une colline fort roide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, on a fait probablement comme on a pu, et si je fais cette observation, c'est parce que j'aime avoir une allure d&#233;gag&#233;e en passant dans un village, chose peu facile en pr&#233;sence d'une mont&#233;e ou d'une descente trop forte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nuages, ennuy&#233;s d'&#234;tre toujours ballott&#233;s, battus, secou&#233;s, bouscul&#233;s par Eole, se mettent &#224; pleurnicher&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de petites gouttelettes, fines comme des pointes d'aiguille, nous fouettent le visage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si cela devait durer, nous serions vite transperc&#233;s, mais quelque chose nous dit que c'est une simple plaisanterie que dame Nature se permet &#224; notre &#233;gard, et, de fait, nous sommes &#224; peine au sommet de la mont&#233;e, que l'ond&#233;e s'apaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels jolis bois que ceux qui s'&#233;tendent entre Saint-Genest-Malifaux et Bic&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On per&#231;oit, plut&#244;t qu'on n'aper&#231;oit, &#224; travers les feuillages &#233;pais, des clairi&#232;res, des sources formant des lacs minuscules&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on entend des bruits vagues, des voix ind&#233;cises, des chants lointains de bergers, des tintements de clochettes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est autant d'impressions d&#233;licieuses que l'&#226;me re&#231;oit, qui se prolongent et se renouvellent par le souvenir au moment m&#234;me o&#249; j'&#233;cris et que plus tard je retrouverai peut-&#234;tre en relisant ces lignes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du point culminant (alt. 1050 m&#232;t) auquel nous nous sommes &#233;lev&#233;s, et qui se trouve au beau milieu des bois dont je parle, jusqu'&#224; Bic&#234;tre, et de l&#224; jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne, nous n'avons qu'&#224; serrer les freins pour ne pas nous emballer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tranquilles comme Baptiste, nous revenons &#224; notre altitude de 518 m&#232;tres sans nous faire un pouce de bile et sans avoir un coup de p&#233;dale &#224; donner, si bien que, le vent du nord aidant, j'avais presque froid en arrivant et je proposai &#224; P. d'utiliser les quelques minutes qui nous s&#233;paraient encore de l'heure prandiale &#224; faire un d&#233;tour du c&#244;t&#233; de la mont&#233;e de Rochetaill&#233;e, &#224; seule fin de regagner un peu de chaleur animale, mais il ne voulut pas, et devant ce refus p&#233;remptoire, je retire ce que j'ai dit en commen&#231;ant au sujet de la d&#233;bonnairet&#233; de son caract&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partis &#224; 6 h. 1/2, rentr&#233;s &#224; midi, parcours de 45 &#224; 50 kilom&#232;tres, pas de fatigue, pas d'accident et un vif d&#233;sir de recommencer le plus t&#244;t possible, en emmenant avec nous ceux que nous appelons d&#233;daigneusement les plainards&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tel est, sous une forme sommaire, le r&#233;sum&#233; de notre premi&#232;re excursion en montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Velocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A mes lectrices (nov 1887)</title>
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		<dc:date>2024-05-02T05:47:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Etienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A mes Lectrices.&#8212; Permettez-moi, Mesdames, qui avez bien voulu vous int&#233;resser au Cycliste For&#233;zien au point de vous y abonner, de vous remercier d'abord, de me f&#233;liciter ensuite et de vous demander enfin sinc&#232;rement pardon du peu de soins que j'ai pris jusqu'&#224; ce jour pour vous rendre moins ennuyeuse la lecture de ces quelques pages. Mais pouvais-je m'attendre &#224; un succ&#232;s aussi flatteur et m'&#233;tait-il raisonnablement permis d'esp&#233;rer vous conqu&#233;rir jamais &#224; l'id&#233;e qui a pr&#233;sid&#233; &#224; la&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;Saint-Etienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A mes Lectrices.&#8212; Permettez-moi, Mesdames, qui avez bien voulu vous int&#233;resser au Cycliste For&#233;zien au point de vous y abonner, de vous remercier d'abord, de me f&#233;liciter ensuite et de vous demander enfin sinc&#232;rement pardon du peu de soins que j'ai pris jusqu'&#224; ce jour pour vous rendre moins ennuyeuse la lecture de ces quelques pages. Mais pouvais-je m'attendre &#224; un succ&#232;s aussi flatteur et m'&#233;tait-il raisonnablement permis d'esp&#233;rer vous conqu&#233;rir jamais &#224; l'id&#233;e qui a pr&#233;sid&#233; &#224; la fondation du Cycliste For&#233;zien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
On a dit bien souvent, et je le r&#233;p&#232;te avec une conviction profonde, que, dans toute entreprise, avoir pour soi les femmes, c'est tenir le succ&#232;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et si le sport v&#233;locip&#233;dique vous a pour messag&#232;res, charmantes lectrices, que mon imagination, quoiqu'elle s'&#233;puise &#224; vous parer des s&#233;ductions les plus troublantes, des charmes les plus id&#233;als, ne parvient pas &#224; &#233;voquer dans toute la perfection de vos gr&#226;ces r&#233;elles, si vous devenez les propagatrices du Cyclisme, qui osera vous r&#233;sister&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
M'excuser d'avoir &#233;t&#233; peu int&#233;ressant pour vous, n'est-ce pas prendre en quelques mots l'engagement de l'&#234;tre davantage, &#224; l'avenir, et cet engagement, suis-je capable de le tenir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sans parler des choses de notre sport &#8212; vous m'autorisez &#224; dire n&#244;tre, n'est-ce pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8212; qui se mettent d'elles-m&#234;mes dans nos&lt;br class='autobr' /&gt;
colonnes, il me semble que si j'&#233;tais femme, j'aimerais &#224; lire chaque mois une chronique qui ne serait ni frivole, ni s&#233;rieuse, ni l&#233;g&#232;re, ni aust&#232;re, ni d&#233;collet&#233;e, ni collet mont&#233;, mais qui serait tout cela &#224; la fois et, pour tout dire en un mot, f&#233;minine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, pour pouvoir vous offrir cette causerie mensuelle, il faut d'abord l'&#233;crire, et voil&#224; o&#250; je suis tr&#232;s embarrass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes d'aujourd'hui ne savent plus parler aux femmes de choses qui les distraient et les amusent. Cet agr&#233;able commerce du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dont les lettres de Voltaire et les &#233;crits de tous les &#233;crivains de cette &#233;poque nous donnent une id&#233;e charmante, n'existe plus. Le tabac en entrant de plus en plus dans nos m&#339;urs, nous a d'abord forc&#233;s a nous &#233;loigner de vous, et peu &#224; peu les propos libres des fumoirs o&#249; nous sommes seuls, nous ont fait oublier les conversations piquantes mais voil&#233;es par une grande r&#233;serve d'expression du si&#232;cle dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bien, qu'entretenir agr&#233;ablement une femme pendant une heure ou deux, est devenu pour nous un v&#233;ritable travail d'Hercule, auquel les jeunes gens &#224; qui il appartiendrait de ramener la soci&#233;t&#233; dans une voie meilleure que celle o&#249; nous l'avons engag&#233;e, ne veulent pas s'astreindre, pr&#233;f&#233;rant le laisser-aller des milieux o&#249; r&#232;gne la galanterie facile, quitte &#224; le regretter plus tard, comme je le fais en ce moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc bien franchement que je vous d&#233;clare mon embarras &#224; vous servir un plat &#224; votre go&#251;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! si vous vouliez m'aider, me conseiller, me souffler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si vous consentiez &#224; prendre la plume un instant et &#224; m'&#233;crire... mon dieu, tout ce qui vous passerait dans l'esprit, vos r&#233;flexions sur les hommes et les &#233;v&#233;nements du moment, les fluctuations de l'opinion sur telles et telles questions, j'estime que les femmes ne se font pas assez entendre et qu'elles auraient maintes excellentes choses &#224; dire sur bien des sujets dont nous parlons &#224; tort et &#224; travers, sans les comprendre, car ils sont plut&#244;t de leur comp&#233;tence que de la n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'offrirais bien &#224; vous parler de temps en temps modes et rubans, car j'&#233;cris dans une ville o&#249; r&#232;gne en souveraine la-capricieuse d&#233;esse dont les lois ont pour vous d'ineffables douceurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du reste rien ne varie &#8212; et ceci est aupr&#232;s de vous une recommandation &#8212; autant que le ruban, soit dans ses dispositions soit dans ses nuances et nos artistes sont incessamment &#224; la recherche de nouvelles formes et de nouveaux dessins, trop heureux lorsque leur imagination surchauff&#233;e parvient &#224; produire une fantaisie capable de vous plaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aborderions-nous, parfois, des sujets plus s&#233;rieux, la question litt&#233;raire, par exemple, &#224; laquelle aucune de vous n'est &#233;trang&#232;re et, qui m&#233;rite bien qu'on s'en occupe, car apr&#232;s les naturalistes, nous voici expos&#233;s aux &#233;lucubrations ineptes des d&#233;cadents, des d&#233;liquescents, des incoh&#233;rents&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; comme l'on &#233;crit beaucoup pour vous, Mesdames, et qu'on s'imagine, peut-&#234;tre, vous &#234;tre agr&#233;able en vous d&#233;diant une litt&#233;rature que vous trouveriez certainement par trop faisand&#233;e et naus&#233;abonde si elle n'&#233;tait heureusement inintelligible, pourquoi n'auriez vous pas le droit de protester&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis nous philosopherons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une philosophie tol&#233;rante et facile c'est encore, &#224; mon avis, ce qu'on a invent&#233; de mieux pour rendre l'existence supportable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand je vois tant de gens se d&#233;mener, se battre les flancs, s'exposer &#224; mille d&#233;sagr&#233;ments, jusqu'&#224; compromettre leur dignit&#233; et leur honneur pour des riens, c'est-&#224;-dire pour gagner de l'argent ou pour obtenir des faveurs douteuses, je suis tent&#233; de crier avec Rabelais &#224; ces ambitieux insatiables dont l'existence n'aura &#233;t&#233; qu'une lutte incessante et inutile&#160;: Eh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bonnes gens, que faites-vous, cessez de vous agiter et de courir apr&#232;s la fortune qui se moque de vous. La vie est courte et quand vous serez morts, ce sera pour longtemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>CHRONIQUES LOCALES DE V&#201;LOCIO (Octobre 1891)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article518</link>
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		<dc:date>2024-05-02T05:02:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Avant 1900</dc:subject>
		<dc:subject>Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Mais le v&#233;locip&#232;de ne se contente pas d'&#234;tre utile aux humains, il tient surtout &#224; leur &#234;tre agr&#233;able, et j'ai pu go&#251;ter, gr&#226;ce &#224; lui, un tas de plaisirs qui m'avaient &#233;t&#233; auparavant d&#233;fendus. Je n'en citerai qu'un, le dernier&#160;: combien de fois n'avais-je pas fait l'ascension du Pilat...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Avant 1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Hotel, auberge, caf&#233;, restaurant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Pilat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, 1891, source archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_2 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reine bicyclette continue &#224; faire des conqu&#234;tes et &#224; op&#233;rer des prodiges dans notre bonne ville de Saint-&#201;tienne, qui s'est montr&#233;e si longtemps insensible &#224; ses coquetteries. Tout le monde veut en go&#251;ter, et elle est assez bonne fille pour donner aux uns ce qui leur manque et enlever aux autres ce qu'ils ont de trop.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes trop gras maigrissent et les trop maigres engraissent, que c'est une b&#233;n&#233;diction&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on se moquait volontiers, autrefois, quand je pr&#233;disais ces choses extraordinaires et que je recommandais le &lt;i&gt;cycling&lt;/i&gt; comme un rem&#232;de &#224; tous les maux, une sorte de panac&#233;e universelle. Aujourd'hui, l'on est convaincu ou &#224; peu pr&#232;s, et la docte Facult&#233; que les dieux ont charg&#233;e de veiller &#224; la sant&#233; de l'humanit&#233; a fini elle-m&#234;me par reconna&#238;tre que la pratique du v&#233;locip&#232;de &#233;tait souveraine contre les maladies du foie et de l'estomac, contre les migraines et les n&#233;vroses, contre les rhumatismes et la goutte, contre l'hypocondrie et la cachexie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; alors contre quoi n'est-elle pas souveraine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a gu&#232;re que les noy&#233;s, les pendus et les asphyxi&#233;s qu'elle soit impuissante &#224; gu&#233;rir, et encore... il suffirait de s'y prendre &#224; temps&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le v&#233;locip&#232;de ne se contente pas d'&#234;tre utile aux humains, il tient surtout &#224; leur &#234;tre agr&#233;able, et j'ai pu go&#251;ter, gr&#226;ce &#224; lui, un tas de plaisirs qui m'avaient &#233;t&#233; auparavant d&#233;fendus. Je n'en citerai qu'un, le dernier&#160;: combien de fois n'avais-je pas fait l'ascension du Pilat et abreuv&#233; de mon sang les petits parasites qui hantent les lits de la Jacerie, dans l'espoir toujours d&#233;&#231;u de voir, du Cr&#234;t de la Perdrix, le soleil se lever derri&#232;re les Alpes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me couchais le samedi soir par un ciel superbement clair, en bien recommandant de m'&#233;veiller de bonne heure, et r&#233;guli&#232;rement, le lendemain matin, les brouillards couvraient les alentours, et il ne me restait qu'&#224; payer ma note et &#224; redescendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des gens que la guigne poursuit jusqu'au jour o&#249; ils peuvent mettre la main sur un f&#233;tiche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, en cette circonstance, mon f&#233;tiche a &#233;t&#233; ma bicyclette, et je puis enfin dire que j'ai vu un lever de soleil au Pilat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voici comment&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pochard qui menait un train d'enfer, alors qu'un agent le menait lui-m&#234;me au poste, m'&#233;veille en sursaut, ce matin, 30&#160;septembre. Je mets le nez &#224; la fen&#234;tre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un temps superbe, un ciel &#233;toil&#233;, un air ti&#232;de&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trois heures allaient sonner, une id&#233;e me vint&#160;: Si j'allais au Pilat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le soleil ne se l&#232;ve pas avant six heures, j'aurai le temps d'arriver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix minutes plus tard, j'avais boucl&#233; mon portemanteau sur le guidon, allum&#233; ma lanterne et je roulais dans la rue de Roanne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette heure matinale, je n'&#233;tais pas g&#234;n&#233; par la circulation, et je filais, sans encombre, par la grande art&#232;re et la rue Badouill&#232;re, jusqu'au cours Fauriel, o&#249; le macadam me permit d'acc&#233;l&#233;rer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s le Rond-Point, nuit noire que la flamme vacillante de mon fanal n'illuminait que faiblement et&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La p&#226;le clart&#233; qui tombait des &#233;toiles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
ne m'&#233;tait pas d'un grand secours pour &#233;viter cailloux et orni&#232;res. Aussi n'avanc&#233;-je que lentement et n'arriv&#233;-je au Portail-Rouge qu'&#224; trois heures vingt&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais parti &#224; trois heures sonnantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tr&#232;s gai, direz-vous peut-&#234;tre, d'aller ainsi seul, en pleine nuit, par les routes d&#233;sertes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; eh bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cela d&#233;pend de l'&#233;tat d'esprit dans lequel on se trouve, et je ne m'ennuyais pas du tout. Cela me semblait, au contraire, tr&#232;s dr&#244;le, de me sentir si rapidement transport&#233; d'un lit bien doux sur un chemin montant, cahoteux, malais&#233;. Le changement avait &#233;t&#233; si prompt, qu'il m'&#233;tait loisible de croire que je r&#234;vais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Portail-Rouge, la pente se radoucit jusqu'&#224; l'entr&#233;e de Rochetaill&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'augmente donc le train, et j'aper&#231;ois soudain, &#224; cent m&#232;tres devant moi, une lueur vague qui se prom&#232;ne au ras du sol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien de surprenant dans cette apparition, c'est un fr&#232;re cycliste qui a eu la m&#234;me id&#233;e que moi, et qui va voir aussi le soleil se lever.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas que les grands esprits qui se rencontrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons route ensemble. Toujours pas le moindre encombrement sur la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voici pourtant une voiture, sans fanal naturellement, qui nous croise juste &#224; un endroit o&#249; un tas de pierres r&#233;tr&#233;cit le chemin au point de nous forcer &#224; descendre pour la laisser passer. Si nous n'avions pas eu nos lanternes allum&#233;es, nous &#233;tions bel et bien culbut&#233;s dans le ravin ou sous les roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avis aux jeunes cyclistes inexp&#233;riment&#233;s, qui vont la nuit &#224; l'aveuglette.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Rochetaill&#233;e, une joyeuse noce danse encore dans une salle d'auberge, et les voitures sont sur la route, pr&#234;tes &#224; emmener &#233;poux et invit&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'encombrement qui en r&#233;sulte et la mont&#233;e qui devient p&#233;nible nous d&#233;cident &#224; mettre pied &#224; terre d&#233;finitivement et &#224; pousser nos bicyclettes jusqu'au hameau d'Issertine, environ trois kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le plateau, jusqu'&#224; la Barbanche, et au-del&#224;, jusqu'au Bessat, la pente s'adoucit et, malgr&#233; quelques raidillons et de nombreuses nappes de pierres fra&#238;chement &#233;tendues sur la route, nous arrivons au Bessat (1.200 m&#232;tres d'altitude) &#224; cinq heures moins cinq.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'horizon, devant nous, est splendidement color&#233; d'orange, de bleu et de lilas, teintes ombr&#233;es, se fondant entre elles avec un art infini et des nuances si bien gradu&#233;es qu'il est impossible de dire o&#249; le violet commence et o&#249; l'azur finit. Le mince croissant de la lune, qui avait &#224; peine eu le temps de s'&#233;lever de quelques degr&#233;s dans le ciel, s'&#233;vanouissait rapidement, et les &#233;toiles p&#226;lissaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela nous annon&#231;ait l'arriv&#233;e du soleil plus t&#244;t que nous ne l'attendions, et comme il nous restait pas mal de chemin &#224; faire pour atteindre le sommet du Pilat, il fallait se h&#226;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour aller rejoindre la route carrossable qui m&#232;ne au pied du Cr&#234;t de la Perdrix, il faut, apr&#232;s avoir pass&#233; la Croix de Chabourey, descendre d'environ cinq cents m&#232;tres sur la route de Colombier, descente malencontreuse qui ne sert qu'&#224; rendre plus roide la mont&#233;e finale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on trouve alors &#224; gauche un chemin &#233;troit, mais assez bien entretenu, o&#249; l'on ne tarde pas &#224; rencontrer un premier raidillon, suivi de pas mal d'autres, qui nous donnent souvent envie de mettre pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas le moment de faire de la sensiblerie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous p&#233;dalons au contraire vivement, sans &#233;gards pour nos deux carcasses humaines, qui suent &#233;perdument. Nous arrivons ainsi en vingt minutes au pied du monticule de pierres et de gazon qui forme le pic culminant des monts qui s&#233;parent, dans notre d&#233;partement, le bassin du Rh&#244;ne de celui de la Loire. Nous n'avons plus qu'&#224; pousser pendant dix minutes nos bicyclettes jusqu'au bord des chirats que nous escaladons enfin, si bien qu'&#224; cinq heures et demie pr&#233;cises, c'est-&#224;-dire deux heures et demie apr&#232;s avoir quitt&#233; la place Marengo, nous saluons de nos exclamations enthousiastes la cha&#238;ne des Alpes qui se d&#233;tache avec une nettet&#233; &#233;tonnante &#224; l'horizon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, l'&#233;norme masse du Mont-Blanc, qui ressemble &#224; un bonnet phrygien inclin&#233; vers le Nord&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en face, un d&#244;me arrondi dont nous ignorons le nom, et &#224; droite, une multitude de pics qui d&#233;croissent &#224; perte de vue dans le Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel &#233;tait d'une limpidit&#233; absolue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec une puissante lunette, on aurait pu fouiller dans tous ses coins et recoins le panorama splendide que nous avions sous les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dentelures des Alpes se dessinaient en blanc ros&#233; sur un fond orange dont l'uniformit&#233; ne laissait pas deviner de quel point pr&#233;cis allait surgir le soleil. Se l&#232;verait-il entre ces deux pics ou derri&#232;re ce d&#244;me&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il e&#251;t &#233;t&#233; difficile de le dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, une boule de feu bondit dans l'espace comme lanc&#233;e par une raquette et, sans transition aucune, le soleil nous appara&#238;t dans tout son &#233;clat, aussi brillant qu'en plein midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, le rideau de montagnes qui nous le cachait auparavant semble dispara&#238;tre et ses d&#233;coupures bizarres deviennent confuses et indistinctes. Des bois qui avoisinent le sommet, mille cris d'oiseaux montent jusqu'&#224; nous et les brins d'herbe commencent &#224; s'humecter de ros&#233;e.., Le r&#233;veil de la nature, quoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil s'est lev&#233; pour nous le 30&#160;septembre, &#224; six heures moins onze minutes, deux bons quarts d'heure au moins avant qu'il ne se montr&#226;t aux paresseux qui l'attendaient &#224; Saint-&#201;tienne dans leur lit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de redescendre du Cr&#234;t de la Perdrix, nous essayons de reconna&#238;tre les montagnes qui nous environnent de toutes parts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous ne poss&#233;dons, l'un et l'autre, ni d'assez bons yeux, ni des notions assez pr&#233;cises sur l'orographie de notre pays pour donner des noms &#224; tous les sommets que nous distinguons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; six heures pr&#233;cises, je quitte mon compagnon, qui d&#233;sirait passer dans la montagne toute la matin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'enfourche ma bicyclette &#224; dix m&#232;tres du Cr&#234;t et je descends &#224; travers les bouquets d'airelles et les touffes de gazon jusqu'&#224; la route sur laquelle je file grand train, br&#251;lant le Bessat, Issertine, Rochetaill&#233;e, et me retrouvant place Marengo &#224; sept heures sonnantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on peut m'indiquer un moyen de locomotion plus pratique et plus rapide que le v&#233;locip&#232;de pour aller voir au Pilat le lever du soleil et rentrer &#224; Saint-&#201;tienne une heure apr&#232;s, je m'engage &#224; ne plus toucher un guidon de ma vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pris la pr&#233;caution d'emporter un manteau pour me garantir du froid ou tout au moins de la fra&#238;cheur que je m'attendais &#224; trouver l&#224;-haut, &#224; 1.434 m&#232;tres d'altitude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais le temps &#233;tait si doux que j'aurais pu me dispenser de l'endosser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il m'a &#233;t&#233; surtout utile &#224; la descente, car le d&#233;placement rapide de l'air peut occasionner un refroidissement dangereux lorsqu'on a les pores encore ouverts par une bonne transpir&#233;e, et Dieu sait que nous ne nous en &#233;tions pas fait faute, en nous exhaussant de plus de 900 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ignore la distance exacte de Saint-&#201;tienne (518 m&#232;tres d'altitude) &#224; Pilat (1.434 m&#232;tres)&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en la mesurant au curvim&#232;tre sur la carte de l'&#233;tat-major, on trouve de 24 &#224; 25 kilom&#232;tres. Nous avons donc fait, en quatre heures, une course de 50 kilom&#232;tres sur une des routes les plus accident&#233;es qu'on puisse rencontrer&#160;: un jalon de plus &#224; ajouter &#224; ceux que nous avons d&#233;j&#224; plant&#233;s autour de la question de la V&#234;locip&#233;die militaire telle que nous la comprenons.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajouterai pour ceux que les plus petits d&#233;tails int&#233;ressent que j'&#233;tais parti sans me lester du moindre d&#233;jeuner, pas la moindre tasse de caf&#233;, et que toute mon alimentation pendant ces quatre heures de marche a consist&#233; &#224; grignoter deux biscuits Heckel entre Rochetaill&#233;e et Issertine, et &#224; ingurgiter une dose de Kola-V&#233;lo en arrivant au Cr&#234;t de la Perdrix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours au point de vue militaire, ceci a son importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30&#160;septembre 1891.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Excursion &#224; Mont-Supt, Saint-Jean-Soleymieux et Marols.	</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Excursion &#224; Mont-Supt, Saint-Jean-Soleymieux et Marols. Et voil&#224; une belle excursion de plus &#224; l'actif de six cyclistes ou alpinistes que les douceurs du lit, m&#234;me conjugal, n'ont pu retenir hier matin. Le 16&#160;d&#233;cembre dernier, quatre p&#233;destrians pre- naient le train de 7 h. 2 pour Saint-Romain-le-Puy pendant que les deux autres excursionnistes filaient en bicyclette, lanternes allum&#233;es, car il faisait encore presque nuit, sur la route de Saint-Mar- cellin. Les deux groupes s'&#233;taient donn&#233;&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Excursion &#224; Mont-Supt, Saint-Jean-Soleymieux et Marols.	&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; une belle excursion de plus &#224; l'actif de six cyclistes ou alpinistes que les douceurs du lit, m&#234;me conjugal, n'ont pu retenir hier matin.	&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 16&#160;d&#233;cembre dernier, quatre p&#233;destrians pre- naient le train de 7 h. 2 pour Saint-Romain-le-Puy pendant que les deux autres excursionnistes filaient en bicyclette, lanternes allum&#233;es, car il faisait encore presque nuit, sur la route de Saint-Mar- cellin. Les deux groupes s'&#233;taient donn&#233; rendez-vous au sommet du Mont-Supt, o&#249; le premier est arriv&#233; &#224; peine quelques minutes avant le second&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et encore avions-nous (car j'&#233;tais un des deux v&#233;lo-cip&#233;distes) manqu&#233; la coursi&#232;re de Boisset &#224; Mont-Supt et &#233;tions-nous all&#233;s faire le grand tour par Margerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Mont-Supt n'est remarquable que par sa forme particuli&#232;re, qui rappelle beaucoup celle d'un pain de sucre. Les ruines d'une tour et de quelques fortifications dont il est couronn&#233; donnent &#224; penser que ce pic a d&#251; &#234;tre autrefois plus vivant qu'il n'est aujourd'hui, et la bizarrerie de cette tour ronde, c'est qu'on ne pouvait y entrer que par-dessous terreau moyen d'un souterrain qui s'en allait aboutir l'on ne sait trop o&#249;, peut-&#234;tre au bas de Saint-Priest (ne pas confondre avec Saint-Priest-en-Jarez), o&#249; se voit encore l'ouverture d'une sorte de tunnel profond de deux cents m&#232;tres. On avait au moyen-&#226;ge la manie de ces boyaux souterrains qui &#233;taient parfois longs de plusieurs kilom&#232;tres et qui servaient &#224; entretenir les communications au dehors pendant les si&#232;ges tr&#232;s fr&#233;quents &#224; cette &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Mont-Supt la vue &#233;tait ce matin-l&#224; excessivement born&#233;e par un brouillard des plus d&#233;sagr&#233;ables, qui cependant nous pr&#233;parait pour l'apr&#232;s-midi un des plus admirables paysages qu'il soit donn&#233; de voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous regrimpons bient&#244;t &#224; Margerie et nous filons sur Soleymieux d'abord et sur Saint-Jean ensuite, o&#249; nous arrivons &#224; 10 heures et demie, suivis &#224; une demi-heure d'intervalle par les quatre pi&#233;tons. Nous avons admir&#233; en passant &#224; Soley-mieux une &#233;l&#233;gante fontaine ombrag&#233;e par des marronniers remarquablement beaux et tout blancs de givre. A Saint-Jean l'&#233;glise frappe tout d'abord&lt;br class='autobr' /&gt;
nos regards par son cachet d'anciennet&#233;, mais nous avons trop h&#226;te de nous mettre &#224; table pour la visiter en ce moment, et puis c'est l'heure de la grand'messe. Allons donc rendre d'abord visite &#224; l'H&#244;tel Meygret qui est en face et o&#249;, sans nous en douter, nous allons retrouver des vestiges d'antiquit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la maison elle-m&#234;me est, parait-il (c'est madame Meygret qui nous l'assure), la plus vieille du canton&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle est flanqu&#233;e sur ses derri&#232;res d'une haute tour ronde qui sert encore de cage d'escalier, elle a des murs de bonne &#233;paisseur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une vieille glace en bois sculpt&#233;, que nous d&#233;couvrons dans une chambre, semble assez authentique &#224; l'un de nous, amateur de curiosit&#233;s, pour qu'il propose de l'acheter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela est tr&#232;s int&#233;ressant, mais ce qu'il y a de mieux pour des ventres affam&#233;s, c'est encore un bon repas. Nous pressons tant et si bien l'aimable cuisini&#232;re qui nous reproche de ne pas l'avoir pr&#233;venue par un t&#233;l&#233;gramme qu'&#224; midi moins le quart nous commen&#231;ons &#224; nous mettre quelques sardines sous la dent. Une tasse de caf&#233; parfum&#233; et br&#251;lant, fait sp&#233;cialement &#224; notre intention, sans le moindre grain de chicor&#233;e, termine agr&#233;ablement un menu tr&#232;s convenable et nous pouvons, &#224; deux heures, aller visiter l'&#233;glise qui date du quinzi&#232;me si&#232;cle et a &#233;t&#233; construite sur une crypte plus ancienne de trois ou quatre cents ans, encore en tr&#232;s bon &#233;tat de conservation. Dans un coin obscur de cette crypte, se trouve une source miraculeuse qui laisse tomber goutte &#224; goutte une eau souveraine contre la st&#233;rilit&#233; et l'impuissance. Les plus incr&#233;dules d'entre nous sont forc&#233;s d'admettre 1'efficacit&#233; de cette eau en voyant les nu&#233;es de marmots qui sortent de tous les coins lorsque nous nous pr&#233;parons &#224; remonter sur nos bicyclettes et qui nous saluent de leurs cris quand nous d&#233;valons du c&#244;t&#233; de Marols.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le brouillard maintenant s'est &#233;loign&#233; et il a laiss&#233; &#224; chaque brindille d'herbe, aux branches des arbres, aux moindres arbustes, aux f&#233;tus de paille suspendus aux ar&#234;tes des buissons, dans les chemins creux o&#249; passent en automne les chars g&#233;missant sous le poids des moissons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a partout laiss&#233;, sur les ch&#234;nes puissants et sur les roseaux fr&#234;les, une &#233;clatante parure de givre, un manteau blanc et l&#233;ger, tr&#232;s diff&#233;rent de celui sous lequel la neige &#233;touffe la nature. Les arbres paraissent charg&#233;s de fleurs et il n'y a pas de rameau si t&#233;nu qui n'ait re&#231;u sa grappe de perles et de cristaux, son aigrette de diamants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous nous retournons, au premier angle que fait la route en s'enfuyant de Saint-Jean vers Marols, nous sommes litt&#233;ralement clou&#233;s sur place, malgr&#233; le froid tr&#232;s vif, par l'admiration. Les deux bourgs de Soleymieux et de Saint-Jean nous apparaissent sous un aspect &#233;trange et saisissant &#224; travers ces milliers de gerbes et de panaches blancs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les fus&#233;es des hauts peupliers et les d&#244;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
37&lt;br class='autobr' /&gt;
des lourds marronniers rev&#234;tent, lorsqu'on les regarde avec persistance, des formes fantastiques lances qui se dressent, javelots qui menacent, boucliers qui s'arrondissent, on dirait une m&#234;l&#233;e d'armes argent&#233;es et &#233;blouissantes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et les masures humaines qui sont rest&#233;es grises et rouges font triste figure au milieu de cette f&#233;erie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gla&#231;ons qui pendent &#224; nos moustaches nous rappellent bient&#244;t &#224; la r&#233;alit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne s'agit pas de rester plant&#233;s sur la route, autrement la nature finirait par nous consid&#233;rer comme des arbres d'une nouvelle esp&#232;ce et nous gratifierait d'une armure de givre, ce qui serait sans doute d'un bel effet pour l'harmonie du paysage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous ne sommes pas venus l&#224; pour poser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voici &#224; Marols&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tr&#232;s curieux ce village, avec son &#233;glise fortifi&#233;e depuis le quatorzi&#232;me si&#232;cle, au temps o&#249; les Grandes Compagnies ravageaient le Forez et o&#249; chaque village devait songer &#224; se d&#233;fendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le temps ne l'a pas trop endommag&#233;e et les fortifications qui restent encore debout permettent de reconstituer la physionomie de l'ensemble &#224; ses plus beaux jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Marols, l'excursion est finie, il est trois heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous s&#233;parons d&#233;finitivement des quatre pi&#233;tons qui n'ont que le temps d'aller prendre le train de retour &#224; Valinches ou &#224; Luriecq, et nous filons &#224; grande allure afin de rentrer d'aussi bonne heure que possible &#224; Saint-Etienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Luriecq, les effets de givre continuent &#224; nous arracher &#231;&#224; et l&#224; des cris d'admiration, mais &#224; peine sommes-nous &#224; Nus que tout disparait et les champs reprennent leur morne aspect. Il ne nous reste donc qu'&#224; redoubler de vitesse et, la descente aidant, nous arrivons &#224; Saint-Marcellin &#224; 4 heures moins un quart, une heure apr&#232;s &#224; la Gouyonni&#232;re, o&#249; nous allumons nos lanternes, et &#224; 6 heures pr&#233;cises nous r&#233;int&#233;grions nos domiciles respectifs, apr&#232;s avoir additionn&#233; le nombre de kilom&#232;tres parcourus dans la journ&#233;e et &#234;tre arriv&#233;s au total de 92 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette promenade rapide, sommaire, &#224; travers un des cantons de la Loire les plus n&#233;glig&#233;s jusqu'ici par le Club Alpin, nous a laiss&#233; le vif d&#233;sir de continuer nos explorations de celte r&#233;gion qui est l'une des plus int&#233;ressantes parmi celles que notre d&#233;partement recommande &#224; l'attention des touristes. Les ruines de monuments anciens y abondent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une voie romaine la traversait et l'histoire nous enseigne que sous la domination romaine et pendant le moyen-&#226;ge la circulation &#233;tait tr&#232;s active entre Usson, la Chaise-Dieu et Feurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, le canton de Saint-Jean-Soleymieux se trouve justement plac&#233; sur cette route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Velocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>DE SAINT-&#201;TIENNE A THIERS EN V&#201;LOCIP&#200;DE (1887)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article444</link>
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		<dc:date>2024-03-03T13:10:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>Dore</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cycliste forezien, 08.1887 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COMPTES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RENDUS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SAINT&lt;/span&gt;-&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TIENNE&lt;/span&gt; A &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;THIERS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EN&lt;/span&gt; V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIP&lt;/span&gt;&#200;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; (I) Saint-Bonnet. &#8212; Usson. &#8212; Pontempeyrat &lt;br class='autobr' /&gt;
Le samedi 12&#160;mai, &#224; sept heures du soir, ainsi que l'avait annonc&#233; le Petit St&#233;phanois, nous partions joyeux et fiers d'aller parcourir des routes encore vierges des empreintes du bicycle. Apr&#232;s avoir esp&#233;r&#233; que le Club tout entier des Cyclistes st&#233;phanois serait de la partie, nous ne nous, sommes trouv&#233;s que deux, Fantasio et moi, au moment du d&#233;part&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais,&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot146" rel="tag"&gt;Dore&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cycliste forezien, 08.1887&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COMPTES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RENDUS&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SAINT&lt;/span&gt;-&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TIENNE&lt;/span&gt; A &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;THIERS&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EN&lt;/span&gt; V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIP&lt;/span&gt;&#200;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; (I) Saint-Bonnet. &#8212; Usson. &#8212; Pontempeyrat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 12&#160;mai, &#224; sept heures du soir, ainsi que l'avait annonc&#233; le Petit St&#233;phanois, nous partions joyeux et fiers d'aller parcourir des routes encore vierges des empreintes du bicycle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir esp&#233;r&#233; que le Club tout entier des Cyclistes st&#233;phanois serait de la partie, nous ne nous, sommes trouv&#233;s que deux, Fantasio et moi, au moment du d&#233;part&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, Fantasio pr&#233;sent, cela suffisait pour que le Club f&#251;t dignement repr&#233;sent&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques amis qui nous avaient accompagn&#233;s s'arr&#234;tent &#224; La Fouillouse, en nous souhaitant un heureux voyage. Nous nous h&#226;tons, car la nuit nous gagne et nous enveloppe un peu avant Andr&#233;zieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au clair de la lune que nous traversons la Loire et que nous arrivons &#224; Bonson, d'o&#249; le train de neuf heures nous emporte &#224; Saint-Bonnet-le Ch&#226;teau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait trop tard, beaucoup trop tard, pour visiter la ville et nous livrer au souvenir des Romains, de Sanctus Bonetus et de Mandrin.&lt;br class='autobr' /&gt;
A peine laissons-nous &#224; un docte indig&#232;ne le temps de nous dire en deux mots, comme quoi, en 1754, ce Mandrin, ce terrible brigand, dont les mamans ont parl&#233; bien souvent &#224; leurs enfants, arriva un beau soir &#224; Saint-Bonnet &#8212; comme nous, mais pas en v&#233;locip&#232;de, &#8212; s'empara de la caisse des gabelles et for&#231;a les marchands &#224; lui acheter les ballots de tabac et de marchandises qu'il avait , apport&#233;s, puis se retira tranquillement apr&#232;s avoir accord&#233; quelques jours de repos et de bombance &#224; ses hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans bombance, nous voulons prendre quelques heures de repos&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous dormons mal dans une chambre froide et des draps humides.. Aussi, d&#232;s quatre heures du matin, sommes-nous debout en train d'astiquer et de graisser nos machines. A cinq heures, nous partons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est ici que commence v&#233;ritablement notre voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de dire que, dans la montagne, comme dans la plaine, le temps a &#233;t&#233; constamment superbe.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Saint-Bonnet-le-Ch&#226;teau, la route monte pendant quelques kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; notre marche en est naturellement ralentie, et nous profitons de ce r&#233;pit pour admirer les sites charmants qui se d&#233;roulent et se renouvellent &#224; chaque instant devant nous. Puis la route descend et nous pouvons nous lancer &#224; toute vitesse. Autour de nous, dans les bas-fonds, o&#249; le soleil n'a pas encore dard&#233; ses rayons, les pr&#233;s sont blancs de givre. Il serait malsain de s'arr&#234;ter parla.&lt;br class='autobr' /&gt;
(1)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Le r&#233;cit de cette excursion a d&#233;j&#224; paru au moment o&#249; elle fut faite, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Du reste, nous voici &#224; Estivareilles. Il y a encore peu de monde hors du lit. Les jours de f&#234;te on dort la grasse matin&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant, &#224; l'air &#233;bahi des bonnes gens que nous rencontrons, il est ais&#233; de voir que nous faisons sensation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Estivareilles est c&#233;l&#232;bre par ses &#233;crevisses, qui foisonnent dans l'Andrable, et c'est une renomm&#233;e qui en vaut bien une autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Est&#238;vareilles, nous traversons Usson o&#249; nous voyons les traces encore fumantes d'un terrible incendie, puis nous descendons au milieu de grands bois de pins jusqu'&#224; Pontempeyrat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapides comme l'&#233;clair, nous surprenons aux d&#233;tours de la route, des groupes de paysans et de paysannes qui, des hameaux voisins, se rendent a l'&#233;glise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; chaque nouvelle rencontre ce sont des cris de frayeur, des exclamations, des rires, des bras lev&#233;s au ciel et, quoique nous ayons fait notre possible pour qu'on nous pr&#238;t pour ce que nous &#233;tions r&#233;ellement, de joyeux excursionnistes, nous craignons qu'on ne nous range d&#233;sormais, dans les contes des veill&#233;es d'hiver, parmi les sorci&#232;res et les d&#233;mons qui se rendent au sabbat sur des montures fantastiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le village de Pontempeyrat n'offre rien de remarquable, si ce n'est sa situation au fond d'une gorge tr&#232;s &#233;troite qui force les maisons &#224; se monter les unes sur les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plac&#233; sur la voie romaine de Saint-Paullien &#224; Feurs, dont les vestiges sont encore visibles, il tire son nom du pont qui&#8216;s'y trouvait jet&#233; sur la rivi&#232;re d'Anse et&#8222; qui .&#233;tait &#233;videmment de construction romaine (Pons imperatoris). Ce pont s'&#233;croula vers&lt;br class='autobr' /&gt;
l'an.1820, et il parait qu'on trouva dans la cul&#233;e, c&#244;t&#233; nord, un bas relief figurant un C&#233;sar assis et ayant devant lui un paysan gaulois qui pr&#233;sente un animal qu'on croit &#234;tre un agneau. Nous pourrions aller voir cette curiosit&#233; au mus&#233;e du Puy, mais ce n'est pas notre chemin et, franchement, le d&#233;tour &#224; faire serait un peu long.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous arr&#234;tons un instant, pour reprendre haleine, &#224; la porte de l'humble chapelle o&#249;, quoiqu'il f&#251;t &#224; peine 6 heures 1/3, on chantait d&#233;j&#224; la grand'messe. Puis, en plein soleil, et pendant trois quarts d'heure, nous poussons vaillamment nos montures jusqu'au sommet de la c&#244;te qui domine Craponne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Craponne. &#8212; La Chaise-Dieu. &#8212; Ariane&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons une entr&#233;e triomphale &#224; Craponne.&lt;br class='autobr' /&gt;
En un clin d'&#339;il une foule consid&#233;rable s'est amass&#233;e autour de nous et nous avons toutes les peines du monde &#224; nous frayer un passage jusqu'&#224; l'h&#244;tel du Forez o&#249;, pour peu d'argent, nous avons copieusement d&#233;jeun&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas une des moindres joies du v&#233;locip&#233;diste d'&#233;veiller ainsi l'attention de toute une population dans des localit&#233;s o&#249; l'absence des chemins de fer fait appr&#233;cier &#224; sa juste valeur notre rapide moyen de locomotion.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Craponne, on commence &#224; nous parler des eaux de la Sucheyre qui se trouvent &#224; peu de distance. Ce sont, para&#238;t-il, des eaux min&#233;rales ferrugineuse et gazeuses dont la principale propri&#233;t&#233; consiste &#224; servir, pendant la belle saison, de lieu de rendez-vous &#224; la jeunesse hupp&#233;e de la contr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources appartiennent &#224; des paysans qui, moyennant vingt centimes par jour et par personne, vous y laissent barboter &#224; votre aise comme des canards dans une mare. C'est on ne peut plus primitif et nous esp&#233;rons esp&#233;rons bien qu'il ne se &lt;br class='autobr' /&gt;
formera pas de si t&#244;t de soci&#233;t&#233; anonyme pour exploiter ces sources au moyen de ses actionnaires, ou plut&#244;t ses actionnaires au moyen de ces sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Jullianges, Fon tun gcs et la Borie, on nous vante encore les qualit&#233;s de ces eaux et l'on nous engage &#224; aller les visiter &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais cela nous &#233;carterait un peu de notre route et nous n'avons pas de temps &#224; perdre. Nous laissons F&#233;lines &#224; notre gauche et apr&#232;s avoir de nouveau travers&#233; de grands bois qui nous rappellent ceux de la R&#233;publique, nous arrivons un peu avant midi &#224; la Chaise&#8212;Dieu, a une altitude de 1,115 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re chose qu'on nous apprend &#224; l'h&#244;tel du Lion-d'Or, o&#249; nous allons nous reposer, c'est que, quelques jours auparavant, un tricycliste du Puy a suivi notre route en allant &#224; Paris o&#249; il devait arriver en 6 jours, sous peine de perdre un pari important&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avons ensuite retrouv&#233; les traces de cet intr'&#233;pide v&#233;loceman &#224; Arlanc, Ambert et Pont-de-Dore.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Chaise-Dieu est c&#233;l&#232;bre par son antique abbaye, class&#233;e aujourd'hui parmi les monuments historiques et &#224; ce titre entretenue aux frais de l'&#201;tat. Cependant, malgr&#233; cette touchante sollicitude, le clo&#238;tre tombe en ruines et l'&#233;glise est pleine de rhumatismes et de pleur&#233;sies. Aussi, n'y avons nous fait qu'un court s&#233;jour, malgr&#233; les beaut&#233;s incontestables qu'elle renferme et qui auraient m&#233;rit&#233; un examen approfondi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les stalles des anciens moines, les vieilles tapisseries qui entourent le ch&#339;ur, les Morgues, magnifiques en bois sculpt&#233;, aux tuyaux d'argent, dont on a offert, dit-on, deux cent mille francs, les vitraux, les inscriptions qui couvrent les dalles, tout est fait pour exciter la curiosit&#233; des visiteurs, mais la fraicheur glaciale qui tombe de ses vo&#251;tes, le froid mortel dont on se sent envelopp&#233;, l'humidit&#233; qui suinte &#224; travers ces vieux murs, recouverts d'une mousse verd&#226;tre de mauvais augure, vous obligent &#224; battre promptement en retraite et l'on s'&#233;tonne qu'il y ait encore des fid&#232;les assez fervents pour assister aux offices dans une pareille glaci&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieux paysan, quelque peu parpaillot, nous a confi&#233; que bien des gens de la campagne &#233;taient morts &#224; la suite de maladies contract&#233;es dans cette &#233;glise s&#233;pulcrale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant &#224; lui, disait&#8212;il, il y avait peu de probabilit&#233;s qu'il mour&#251;t de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'ext&#233;rieur, les murailles sont tapiss&#233;es d'une v&#233;g&#233;tation luxuriante des arbustes d'assez grande dimension se d&#233;veloppent entre ciel et terre et contribuent &#224; entretenir &#224; l'int&#233;rieur cette temp&#233;rature malsaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous n'avions plus que trente-trois kilom&#232;tres &#224; faire pour gagner notre g&#238;te &#224; Ambert, nous laiss&#226;mes passer la grosse chaleur tranquillement assis sur la terrasse d'un caf&#233;, en face de l'&#233;glise, et nous ne nous rem&#238;mes en selle qu'&#224; 4 heures 1/2.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quarante minutes, nous descendons une pente de dix-sept kilom&#232;tres, qui de 1.115 m&#232;tres d'altitude nous ram&#232;ne &#224; 600 m&#232;tres. A l'exception de un ou deux kilom&#232;tres apr&#232;s le Pont-au-Merle sur la Dolare que nous c&#244;toyons quelque temps, la route descend, descend toujours, et nos bicycles filent comme le vent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir pass&#233; Ariane, nous suivons une belle ligne droite de 16 kilom&#232;tres qui partage en deux la vall&#233;e de la Dore et qui nous conduit jusqu'&#224; Ambert&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil couchant nous caresse de ses derniers rayons et nous nous laissons aller au gr&#233; de nos montures qui roulent sans effort sur un terrain ferme et bien aplani.	(A suivre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;COMPTES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RENDUS&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
de Saint-&#201;tienne a thiers en velocipede&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ambert. &#8212; Olliergues, Pigouby. Courpi&#232;re. Pont-de-Dore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Courpi&#233;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions attendus &#224; Ambert. Le Pelit St&#233;phanois avait apport&#233; jusque l&#224; la nouvelle de notre arriv&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'exag&#233;ration s'en &#233;tait m&#234;l&#233;e et l'on esp&#233;rait voir au moins une vingtaine de tricycles ou de bicycles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce qui, assur&#233;ment, e&#251;t &#233;t&#233; un beau spectacle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi une grande partie de la population s'&#233;tait-elle port&#233;e au devant de nous et l'on dut &#233;prouver quelque d&#233;sappointement lorsqu'on ne vit arriver que la dixi&#232;me partie de ce qu'on esp&#233;rait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fantasio qui, mieux mont&#233;, m'avait devanc&#233;, fit en m'attendant le tour de la ville et recueillit sur son passage les t&#233;moignages d'une sympathie qui, sans s'afficher bruyamment, s'affirmait d'une fa&#231;on discr&#232;te et affectueuse. C'est que, sans le savoir, nous tombions dans un centre impr&#233;gn&#233; de souvenirs v&#233;locip&#233;diques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ambert vit, il y a 10 ou 15 ans, tout ce qu'il . comptait de personnages notables s'adonner avec passion &#224; cet exercice. Il nous a m&#234;me &#233;t&#233; dit qu'alors le procureur de la R&#233;publique lui-m&#234;me, ne craignait pas d'aller sur ces m&#233;chants v&#233;locip&#232;des de bois que nous d&#233;daignons aujourd'hui, r&#233;fl&#233;chir chemin faisant &#224; quelque affaire embrouill&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous e&#251;mes, d'ailleurs, l'occasion de voir parader sous nos fen&#234;tres un de ces vieux instruments de torture, tir&#233; pour la circonstance du fond de quelque grenier. Un jeune amateur ambertinois, qui cultive facilement l'hyperbole, nous a assur&#233; que, sur un de ces v&#233;hicul&#233;s primitifs, il allait pendant 8 ou 10 kilom&#232;tres &#224; raison de 34 kilom&#232;tres &#224; l'heure, quand de Civry, le champion de France et le vainqueur de toutes les courses de v&#233;locip&#232;des, n'obtient, avec les machines les plus l&#233;g&#232;res et les plus parfaites, qu'une vitesse maximun de 32 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les blagueurs ne sont pas tous &#224; Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aurions pu, &#224; Ambert, passer une nuit excellente, si un malencontreux charlatan n'e&#251;t pas eu la cruelle id&#233;e de venir s'installer, musique en t&#234;te, et quelle musique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; quelques m&#232;tres de notre h&#244;tel. Je l'entendais haranguer les badauds, d&#233;biter son baume souverain, puis la grosse caisse revenait &#224; la charge. J'ignore jusqu'&#224; quelle heure ce vacarme a dur&#233;, le sommeil ayant fini par en avoir raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain lundi, au point du jour, nous laissions Ambert derri&#232;re nous en emportant de notre court passage dans cette petite ville, un souvenir tr&#232;s agr&#233;able, soit &#224; cause de sa situation enviable sur la Dore, au pied de hautes montagnes, qui, l'&#233;t&#233;, l'inondent de fra&#238;ches et vivifiantes senteurs et l'hiver, l'abritent des vents du Nord&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; soit &#224; cause de l'amabilit&#233; et de la courtoisie que nous avions rencontr&#233;es chez ses habitants.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'Ambert &#224; Olliergues, la route ne s'&#233;carte pas un instant de la Dore et rien ne saurait &#233;galer la d&#233;licieuse sensation que l'on &#233;prouve &#224; fendre rapidement l'air frais du matin, le long de cette jolie rivi&#232;re aussi po&#233;tique que le Lignon, qui, tant&#244;t, se brise en cascades sur les rochers et, tant&#244;t, s'&#233;tale calme et limpide entre ses rives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on est ainsi sous le charme, on file, on file sans s'en apercevoir et l'on arrive &#224; Olliergues &#8212; vingt-quatre kilom&#232;tres &#8212; en une heure et demie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contemplation de la nature ne suffisant pas &#224; nourrir la b&#234;te, nous nous r&#233;confortons par un solide d&#233;jeuner et, apr&#232;s un coup d'&#339;il jet&#233; sur les travaux du chemin de fer qui, sous-peu, reliera Ambert &#224; Thiers, nous voici derechef sur la grand'route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 7 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil a mont&#233; &#224; l'horizon et nous &#233;prouvons d&#233;j&#224; ces picotements avant-coureurs d'une transpiration bienfaisante. La journ&#233;e s'annonce comme devant &#234;tre tr&#232;s chaude. Aussi noire vitesse diminue-t-elle sensiblement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autant plus qu'&#224; 6 kilom&#232;tres d'Olliergues, Pont-de-Giroud, au lieu de continuer &#224; suivre paisiblement la Dore, la route serpente pendant 3 kilom&#232;tres sur les flancs d'une colline qu'il est impossible de gravir autrement qu'&#224; pied.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Pont-de-Giroud &#224; Thiers, le chemin de fer est sur le point d'&#234;tre livr&#233; &#224; la circulation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les travaux sont termin&#233;s et accept&#233;s, et le service commencera, dit-on, dans quelques jours. Jusqu'au complet ach&#232;vement de la ligne, c'est donc la station de Pont-de-G&#238;roud qui desservira Ambert.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vive Pigouby&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est ainsi qu'on appelle le sommet de la c&#244;te que nous avons p&#233;niblement escalad&#233;e&#160;: il est &#224; peine huit heures, et d&#233;j&#224; la sueur ruisselle sur notre front. Et penser qu'&#224; cette m&#234;me heure nos dignes citadins se l&#232;vent &#224; peine, et, entr'ouvrant leur fen&#234;tre, s'&#233;crient avec un en semble touchant&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Quelle fra&#238;che et belle matin&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! braves gens, que ne nous avez-vous suivis &#224; Pigouby &lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sur toutes les hauteurs qui se respectent, &#224; Pigouby il y a un ermite. Il nous offre l'hospitalit&#233;, nous invite &#224; nous asseoir un instant &#224; son foyer, et, comme il est ami du progr&#232;s, il s'enquiert avec int&#233;r&#234;t de ce que peut co&#251;ter un bicycle. L'excellent homme a pass&#233; la soixantaine, mais il ne lui d&#233;plairait pas d'enfourcher un v&#233;locip&#232;de. Bravo&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!... Seulement, il ne faudrait plus demeurer &#224; Pigouby.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Cet excellent homme a &#233;t&#233; assassin&#233; peu de temps apr&#232;s notre passage et il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la mont&#233;e, la descente&#160;: c'est assez la r&#232;gle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, cette fois, la descente est un vrai casse-cou, et nous sommes entra&#238;n&#233;s avec une telle vitesse que les sept kilom&#232;tres qui nous s&#233;parent encore de Courpi&#233;res sont franchis en quinze minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Jupiter&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il n'aurait pas fallu qu'une bande de canards &#8212; ils sont nombreux, dans ce pays &#8212; se trouv&#226;t devant nos roues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous en aurions occis au moins une demi-douzaine, comme il advint de cette dinde infortun&#233;e qui, nagu&#232;re, dans un cas semblable, s'&#233;tait rencontr&#233;e sous le bicycle de notre ami regrett&#233;, ventre &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
O Courpi&#233;res, ville coquette, pench&#233;e sur la Dore et cach&#233;e dans les feuilles, nous te saluons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Tu nous apparais comme un de ces sites envi&#233;s qui font dire au voyageur&#160;:.	.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; que je voudrais vivre, &lt;br class='autobr' /&gt;
Aimer et mourir&lt;br class='autobr' /&gt;
le plus tard possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'heure nous presse, le soleil, de plus en plus ardent, nous talonne, et, si nous nous arr&#234;tions, nous ne pourrions plus repartir.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 9 heures 1/2, nous atteignions le terme de notre voyage&#160;: le Pont-Rouge, que l'indicateur Chaix a rebaptis&#233; le Pont-de-Dore. La chaleur est accablante et il serait imprudent de courir plus longtemps. Du reste, un accident survenu &#224; un de nos bicycles, nous force &#224; recourir &#224; l'obligeance du P.-L.-M.&#160;pour nous ramener &#224; Saint-Etienne. Nous avions fait en v&#233;loce 150 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que-vous dirai-je de plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous remisons nos machines &#224; la garer et, en attendant l'heure du d&#233;part, nous contemplons des bords de la Dore, la ville d&#233; Thiers, pittoresquement assise sur les flancs &#233;tag&#233;s de la montagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous courions ainsi &#224; travers l'Auvergne, d'autres membres du Club des Cyclistes st&#233;phanois allaient fl&#226;ner sur les bords du Rh&#244;ne de Givors &#224; Vienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d'autres encore, jeunes &#233;poux, mont&#233;s sur leur Sociable, poussaient amoureusement leurs p&#233;dales dans des sentiers solitaires et allaient cacher dans l'ombre et le myst&#232;re les doux sentiments que les premiers feux du printemps avaient &#233;veill&#233;s dans leur &#226;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; pourquoi, na&#239;ades de la Dore, vous n'avez vu sur vos rives enchant&#233;es que Fantasio et Velocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[Le r&#233;cit de cette excursion a d&#233;j&#224; paru au moment o&#249; elle fut faite, dans le Petit St&#233;phanois. Nous croyons cependant int&#233;ressant de le publier de nouveau, car il est plus que probable qu'elle sera renouvel&#233;e cette ann&#233;e par plusieurs veloce-men st&#233;phanois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[Cet excellent homme a &#233;t&#233; assassin&#233; peu de temps apr&#232;s notre passage et il est probable qu'aujourd'hui Pigouby est d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cartes Routi&#232;res V&#233;locip&#233;diques (1892)</title>
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		<dc:date>2022-01-11T21:53:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Incontestablement, si l'on pouvait emporter avec soi le profil de toutes les routes v&#233;lo&#231;ables de France, on pourrait se permettre toutes les fantaisies et modifier son itin&#233;raire &#224; volont&#233;... &#224; condition de se faire suivre par quelques wagons-poste o&#249; tous ces profils, class&#233;s et num&#233;rot&#233;s, seraient empil&#233;s.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique34" rel="directory"&gt;1887-1895 P&#233;riode tris et bicyclettes &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;retro 1937&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JANVIER&lt;/span&gt; 1892&lt;br class='autobr' /&gt;
Cartes Routi&#232;res V&#233;locip&#233;diques&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a longtemps que je rumine cette question des cartes sp&#233;ciales aux cyclistes, touristes et m&#234;me aux recordmen, et je ne suis pas le seul puisqu'il n'est pas de journal aujourd'hui, &#224; commencer par Le Cycle et &#224; finir par Le V&#233;loce Sport, qui ne se mette &#224; dresser des cartes ad usumn cyclistorum. Ces cartes, &#224; vrai dire, ne sont que des itin&#233;raires fixes qui ont leur point de d&#233;part dans le profil de la route Paris-Brest, dress&#233;es &#224; l'occasion de la fameuse course du 6&#160;septembre. Se mettre en route pour un voyage de tourisme avec ces itin&#233;raires dans la poche, cela revient &#224; prendre un billet de chemin de fer pour un parcours d&#233;termin&#233; dont on ne pourra pas s'&#233;carter si la fantaisie vous en prend.&lt;br class='autobr' /&gt;
Incontestablement, si l'on pouvait emporter avec soi le profil de toutes les routes v&#233;lo&#231;ables de France, on pourrait se permettre toutes les fantaisies et modifier son itin&#233;raire &#224; volont&#233;... &#224; condition de se faire suivre par quelques wagons-poste o&#249; tous ces profils, class&#233;s et num&#233;rot&#233;s, seraient empil&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce syst&#232;me tr&#232;s encombrant a d'autres d&#233;fauts graves. D'abord le profil n'indique le plus souvent les pentes r&#233;elles que d'une fa&#231;on fort approximative, et, m'amusant ces jours-ci &#224; comparer les d&#233;clivit&#233;s d'un itin&#233;raire du Cycle avec la l&#233;gende explicative qui &#233;tait au coin de la feuille, j'ai relev&#233; des contradictions flagrantes entre les deux. Alors que la l&#233;gende marquait belle route plate jusqu'&#224; Nomexy, le profil serpentait terriblement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous allez me r&#233;pondre qu'erreur ne fait pas compte et que, Errare hunamum &#233;tant, il n'y a pas de syst&#232;me qui puisse &#233;chapper &#224; la contradiction. Je vous l'accorde et je passe &#224; un autre d&#233;faut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pour ne pas pr&#234;ter &#224; la critique et pour inspirer confiance, un profil doit &#234;tre non pas approximatif, mais rigoureusement exact. Dans l'itin&#233;raire Paris-Brest, d'o&#249; sont sortis tous les autres, je me rappelle que des sommets marqu&#233;s &#224; l'altitude de 300 m&#232;tres &#233;taient moins &#233;lev&#233;s sur la carte que d'autres qui allaient &#224; peine &#224; 180 m&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
En admettant que le profil indiqu&#226;t exactement les d&#233;clivit&#233;s de la route, il n'en indiquait certainement pas les proportions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'un profil puisse &#234;tre accept&#233;, il faut qu'il soit dress&#233; &#224; une &#233;chelle r&#233;guli&#232;re, exactement comme celui des voies ferr&#233;es. Ce serait un travail tel qu'il vaut mieux le laisser &#224; nos petits neveux, &#224; qui nous pr&#233;parons assez de bon temps et de distractions agr&#233;ables pour qu'ils n'aient pas &#224; se plaindre une nous leur laissions aussi quelque chose &#224; potasser.&lt;br class='autobr' /&gt;
A un autre point de vue et non le moins important, je suis d'avis que l'on devrait adopter un syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de cartes routi&#232;res sp&#233;ciales pour v&#233;locip&#233;distes, qui permette &#224; chacun de nous, chacun dans sa r&#233;gion, d'y collaborer sans &#234;tre pour cela un savant en us&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce serait une fa&#231;on d'aller plus vite et d'obtenir en peu de temps une carte compl&#232;te de toutes les routes v&#233;lo&#231;ables de France&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le v&#339;u de tous les touristes enfin exauc&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
De tous c&#244;t&#233;s se fondent des journaux cyclistes, s'organisent des soci&#233;t&#233;s de touristes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si tous travaillaient sur un m&#234;me plan au lieu de tirer chacun de son c&#244;t&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si l'on pouvait coordonner et grouper sur la m&#234;me carte les r&#233;sultats recueillis en m&#234;me temps sur tous les points du territoire, mais, en v&#233;rit&#233;, &#224; la fin de l'ann&#233;e, nous aurions d&#233;j&#224; notre carte de France... v&#233;locip&#233;dique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit donc de s'entendre et de se mettre d'accord avant de commencer, et je fais appel ici non seulement &#224; tous nos abonn&#233;s, mais &#224; tous nos lecteurs, de m&#234;me qu'&#224; toutes les soci&#233;t&#233;s v&#233;locip&#233;diques ou de marche, aux cyclistes, aux p&#233;destrians, bref &#224; tous les touristes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels sont d'abord nos desiderata&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que nous importe-t-il de savoir, que nous ne trouvions pas sur les cartes actuelles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
En premier lieu, la viabilit&#233; des routes et chemins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'entends par viabilit&#233; non seulement l'&#233;tat habituel plus ou moins carrossable du sol, mais encore les pentes du terrain qui peuvent &#224; un moment donn&#233; devenir par leur roideur un obstacle, sinon &#224; la carrossabilit&#233;, du moins &#224; la v&#233;lo&#231;abilit&#233;, et nous obliger &#224; pousser nos machines, ce qui n'humilie ni ne retarde, car j'ai maintes fois remarqu&#233; qu'on fait beaucoup plus de chemin en mettant pied &#224; terre d&#232;s que la mont&#233;e exige une trop grande d&#233;pense de forces qu'en s'obstinant &#224; p&#233;daler quand m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la viabilit&#233;, viennent les points int&#233;ressants &#224; visiter, les distances exactes et les ressources, au point de vue exclusif du tourisme v&#233;locip&#233;dique, des r&#233;gions que l'on traverse&#160;: h&#244;tels recommand&#233;s, m&#233;caniciens sp&#233;cialistes, notabilit&#233;s cyclistes aupr&#232;s desquelles on pourra trouver des renseignements, etc..., etc...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le reste, c'est-&#224;-dire la topographie, les villes, villages et hameaux, les cours d'eau, les chemins de fer, passage &#224; niveau, etc., les cartes de l'&#201;tat-major, sur lesquelles je compte baser tout mon syst&#232;me nous l'indique amplement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrons emprunter quelques d&#233;tails utiles sinon indispensables &#224; la carte au 1/100.000' du Minist&#232;re de l'int&#233;rieur, par exemple le nombre d'habitants des villages et des petites villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;liminaires une fois pos&#233;s, voici en quoi consiste mon projet sur lequel j'appelle du reste les objections de tous mes lecteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenant pour base la nouvelle carte d'&#201;tat-major au 1/200.000&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; dont l'usage se r&#233;pand de plus en plus g&#233;n&#233;ralement parmi les v&#233;locemen-touristes, et qui m'a toujours paru la plus appropri&#233;e &#224; notre mode de locomotion rapide, j'applique sur la feuille n&#176;&#160;53, qui comprend St-Etienne et Lyon, et dont je me sers fr&#233;quemment, une feuille de papier de m&#234;me format, parchemin&#233; et transparent, c'est-&#224;-dire fort et l&#233;ger en m&#234;me temps que je retiens en place &#224; demeure en la collant par un des c&#244;t&#233;s. Cela fait, je d&#233;calque sur le transparent les routes que je connais ou que je compte explorer. J'y pose r&#233;guli&#232;rement les bornes kilom&#233;triques aux endroits m&#234;mes o&#249; on les trouve sur la route, c'est-&#224;-dire que la borne 59 se trouvera en haut de la mont&#233;e de La Fouillouse, et la borne 57 au sommet de la c&#244;te de La Gouyonni&#232;re, o&#249; elles sont en r&#233;alit&#233;, puis au passage &#224; niveau du Coteau, la borne 35. O&#249; commence le kilom&#233;trage et o&#249; il finit, je l'indiquerai quand je parviendrai &#224; le savoir, ce qui n'est pas toujours facile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; entre deux points extr&#234;mes, je noterai la distance exacte qui relie la borne terminale &#224; la borne initiale, afin que les recordmen, et m&#234;me les simples touristes qui tiennent un compte exact des kilom&#232;tres parcourus, puissent, en additionnant les bornes kilom&#233;triques r&#233;guli&#232;res et les raccords de longueur irr&#233;guli&#232;re, savoir, &#224; dix m&#232;tres pr&#232;s, le parcours effectu&#233; pendant telle ou telle excursion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant ainsi align&#233; et num&#233;rot&#233; les bornes kilom&#233;triques, je m'appliquerai &#224; repr&#233;senter par des signes conventionnels tr&#232;s simples et tr&#232;s lisibles les pentes et d&#233;clivit&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je propose les suivants&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pointill&#233; indiquera le plat et les d&#233;clivit&#233;s inappr&#233;ciables. Une descente faible (1 &#224; 2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) se pr&#233;sente-t-elle, une ligne inclin&#233;e, dans le sens de la descente m'en montrera le commencement. Si, apr&#232;s quelques kilom&#232;tres, la descente devient moyenne (2 &#224; 4&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%), je placerai une ligne double formant le V&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, en arrivant &#224; une partie plus roide encore (4 &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%), je repr&#233;senterai cette pente par une fl&#232;che simple cette fois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, pour une descente de 6 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, que je consid&#232;re comme un maximum pour un touriste, je prendrai une double fl&#232;che ou deux V r&#233;unis au sommet. La continuit&#233; de la pente sera simul&#233;e par un trait noir allant de la pointe de la premi&#232;re ligne dans le creux de la seconde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand deux lignes s'embrasseront, cela marquera un dos d'&#226;ne, et, quand elles se croiseront, cela voudra dire sommet plat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les creux seront repr&#233;sent&#233;s par deux ou trois points indiquant le plat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lignes inclin&#233;es seront plac&#233;es &#224; tous les changements d'inclinaison et, selon le sens dans lequel on les rencontrera, signifieront mont&#233;e ou descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les altitudes indiqu&#233;es aussi fr&#233;quemment que possible rectifieront vite les mauvaises lectures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux rampes impraticables au-dessus de 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, on pourra les indiquer par de gros traits noirs.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tat habituel du sol pourra &#234;tre signal&#233; par des lettres de distance en distance&#160;: bb &#8212; bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aa = excellent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pp = passable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mm &#8212; mauvais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; xx = tr&#232;s mauvais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le pav&#233;, par des hachures. Nous avons reproduit tous ces signes conventionnels, que chacun peut du reste modifier &#224; son gr&#233;, dans un exemple que les lecteurs trouveront ci-apr&#232;s, et qui leur permettra de se rendre compte de la fa&#231;on dont nous entendons dresser notre plan cartographique. En pla&#231;ant cette feuille sur la carte d'&#201;tat-major au 1/200.000&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, on verra qu'elle s'y applique exactement et qu'on peut lire sur l'une les d&#233;tails qui manquent sur l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En g&#233;n&#233;ralisant ce proc&#233;d&#233;, on pourra, sans augmenter son bagage de cartes et d'itin&#233;raires, voyager partout en France, en ob&#233;issant &#224; son caprice et sans &#234;tre tenu de suivre un trajet invariable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je crains de ne m'&#234;tre pas fait comprendre assez clairement, et surtout de ne pas avoir fait remarquer, autant que je l'aurais d&#251;, les avantages qu'il y aurait &#224; poss&#233;der une carte de ce genre qui compl&#233;terait d'une si heureuse fa&#231;on celle d&#233;j&#224; si pr&#233;cieuse de l'&#201;tat-major, mais je suis convaincu que la discussion &#224; laquelle l'expos&#233; de mon sujet ne va pas manquer de donner lieu dans nos colonnes &#233;lucidera les points rest&#233;s obscurs et facilitera les moyens d'ex&#233;cution dont je n'ai rien dit encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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