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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>Remorquage</title>
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&lt;p&gt;Le remorquage a jou&#233; un grand r&#244;le &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; pendant la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da l'adaptation des changements de vitesses aux bicyclettes de dame et qui se place entre 1898 et 1902. On se remorquait m&#234;me quelquefois entre hommes afin de ne pas trop retarder l'allure g&#233;n&#233;rale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car il aurait suffi d'un monomultipli&#233; faisant &#224; pied une c&#244;te de 10 kilom&#232;tres pour nous retarder tous d'une bonne heure. Nous nous servions, comme vous, d'une corde de pr&#232;s de deux m&#232;tres qui se terminait par un ressort&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le remorquage a jou&#233; un grand r&#244;le &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; pendant la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da l'adaptation des changements de vitesses aux bicyclettes de dame et qui se place entre 1898 et 1902. On se remorquait m&#234;me quelquefois entre hommes afin de ne pas trop retarder l'allure g&#233;n&#233;rale&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; car il aurait suffi d'un monomultipli&#233; faisant &#224; pied une c&#244;te de 10 kilom&#232;tres pour nous retarder tous d'une bonne heure. Nous nous servions, comme vous, d'une corde de pr&#232;s de deux m&#232;tres qui se terminait par un ressort amortisseur et qui &#233;tait munie tous les 25 centim&#232;tres d'un anneau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un fil de caoutchouc de 25 &#224; 30 centim&#232;tres qui, tendu, atteignait la longueur de la corde reliait tous les anneaux entre eux de telle sorte que lorsqu'on l&#226;chait la remorque la corde se recroquevillait sur elle-m&#234;me au lieu de tra&#238;ner &#224; terre et restait suspendue derri&#232;re la selle du remorqueur &#224; la disposition de la personne remorqu&#233;e qui pouvait facilement en saisir, en marche, l'extr&#233;mit&#233; libre. Cette extr&#233;mit&#233; n'&#233;tait pas accroch&#233;e au guidon mais pass&#233;e autour du tube de direction et simplement tenue sous la main, de sorte, qu'il suffisait d'ouvrir la main, en cas d'urgence, pour laisser aller la remorque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et cependant la traction se faisait bien par le plan m&#233;di&#225;n de la machine, chose importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous mettions parfois &#224; deux pour remorquer une troisi&#232;me personne. Dans ce cas, la corde plus longue partait de la selle du premier remorqueur passait derri&#232;re le tube de direction du remorqu&#233; et allait s'attacher &#224; la selle du deuxi&#232;me remorqueur. Par ce mode d'attache, chaque remorqueur &#233;tait forc&#233; de fournir le m&#234;me travail. C'est pourquoi &#224; l'&#233;poque o&#249; l'on discutait sur la valeur respective des p&#233;dalages r&#233;tro et direct, je proposai d'atteler, comme je viens de l'expliquer, &#224; la bicyclette de l'arbitre un r&#233;tro&#239;ste et un directiste et de lancer le tout &#224; l'assaut du Ventoux apr&#232;s 100 kilom&#232;tres de vall&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce remorquage &#224; deux supprime le ressort amortisseur mais ne permet pas au remorqu&#233; de se lib&#233;rer instantan&#233;ment. V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1920&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Poignets</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>



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&lt;p&gt;G., &#224; Epernay, demande&#160;: Quel est le meilleur moyen d'&#233;viter la forte douleur aux poignets que donnent nos routes d&#233;testables &lt;br class='autobr' /&gt;
Au temps des bandages de caoutchouc plein, nous e&#251;mes des poign&#233;es en caoutchouc, m&#234;me des poign&#233;es pneumatiques, des guidons &#224; ressort et des poign&#233;es de repos fix&#233;es &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'une lame d'acier, un peu au-dessus des poign&#233;es ordinaires&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les fourches &#233;lastiques soulageaient aussi les poignets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bref, nous avions. quelques armes contre la douleur dont se&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;G., &#224; Epernay, demande&#160;: Quel est le meilleur moyen d'&#233;viter la forte douleur aux poignets que donnent nos routes d&#233;testables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au temps des bandages de caoutchouc plein, nous e&#251;mes des poign&#233;es en caoutchouc, m&#234;me des poign&#233;es pneumatiques, des guidons &#224; ressort et des poign&#233;es de repos fix&#233;es &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'une lame d'acier, un peu au-dessus des poign&#233;es ordinaires&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les fourches &#233;lastiques soulageaient aussi les poignets&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; bref, nous avions. quelques armes contre la douleur dont se plaint notre correspondant. Aujourd'hui, tout cela a disparu et nous souffrons de ce manque de confortable qui, pour quelques-uns, risque de limiter beaucoup la longueur des &#233;tapes, la rapidit&#233; de marche et l'agr&#233;ment de la promenade. En r&#233;alit&#233;, la bicyclette tend &#224; devenir de moins en moins confortable, et ce n'est pas le pneu Standard de 38, noy&#233; dans sa jante, n&#233;cessairement trop profonde, qui la gu&#233;rira de ce d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1920&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>EXCURSIONS DU CYCLISTE juillet aout 1924</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Gel et d&#233;gel, brume et soleil, froid et chaud, su&#233;es copieuses et bise cinglante, paysages s&#233;v&#232;res et riants, pittoresques et quelconques, tout a &#233;t&#233; r&#233;uni, au cours des 150 km. de mon excursion de dimanche dernier, pour la sant&#233; du corps et la distraction de l'esprit. Il gelait ferme au d&#233;part et l'on pouvait s'attendre &#224; de mauvais &#233;tats de routes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je choisis donc de nouveau mon lourd carrosse sans cha&#238;ne. Parti aimable compagnon qui ne me quitta qu'&#224; aimable compagnon qui ne me quitte&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gel et d&#233;gel, brume et soleil, froid et chaud, su&#233;es copieuses et bise cinglante, paysages s&#233;v&#232;res et riants, pittoresques et quelconques, tout a &#233;t&#233; r&#233;uni, au cours des 150 km. de mon excursion de dimanche dernier, pour la sant&#233; du corps et la distraction de l'esprit. Il gelait ferme au d&#233;part et l'on pouvait s'attendre &#224; de mauvais &#233;tats de routes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je choisis donc de nouveau mon lourd carrosse sans cha&#238;ne. Parti aimable compagnon qui ne me quitta qu'&#224; aimable compagnon qui ne me quitte qu'&#224; 17 heures, enchant&#233; lui aussi d'avoir v&#233;cu de bonnes heures en pleine nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on tourne &#224; droite apr&#232;s Rive-de-Gier, en direction de Tr&#234;ves, on s'&#233;l&#232;ve assez vite et la vue s'&#233;tend dans la vall&#233;e du Gier qui, lorsqu'on la voit pour la premi&#232;re fois, n'est pas du tout banale, mais l'accoutumance rend indiff&#233;rent aux plus beaux sites. Froid sombre, les fid&#232;les emmitoufl&#233;s se h&#226;tent vers l'&#233;glise. Pass&#233; Tr&#234;ves, longs kilom&#232;tres monotones sur un plateau ondul&#233;, &#224; maigres cultures, auxquelles succ&#232;dent, apr&#232;s le col du Pilon, des terrains incultes. Le brouillard cache les lointains. Mon attention est d'ailleurs concentr&#233;e sur le sol, o&#249; les cailloux &#233;pars, les orni&#232;res gel&#233;es, les flaques de glace m'obligent &#224; louvoyer. A la Croix-R&#233;gis, point culminant, se rencontrent quatre routes aboutissant &#224; Rive-de-Gier, Givors, Vienne et Condrieu. Je me crois si sur de mes souvenirs que je ne mets pas pied &#224; terre pour consulter l'a plaque indicatrice et je vais tout droit, au lieu de tourner &#224; gauche. Un peu plus loin, bifurcation qui m'oblige &#224; m'orienter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me trouve sur la route de Vienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tant pis, continuons. Un peu plus loin, encore une bifur sans poteau, sans personne que je puisse consulter. Je vais, viens et reviens et, en fin de compte je choisis la route la plus engageante qui, apr&#232;s un ou deux kilom&#232;tres, devient pitoyable. Je me suis certainement tromp&#233;. Bah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! tous les chemins m&#232;nent &#224; Rome et j'aboutirai bien toujours quelque part dans la vall&#233;e du Rh&#244;ne. Depuis e Pilon et m&#234;me avant, je n'ai pas rencontr&#233; &#226;me qui vive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; voici pourtant devant moi une silhouette qui &#233;merge de la brume&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je l'interroge&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Par l&#224; vous allez &#224; Loire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me r&#233;pond-elle. Parfait, Loire ou Givors, c'est la m&#234;me chose et mon erreur &#224; la Croix-R&#233;gis se trouve redress&#233;e. Je me suis &#233;tendu sur ces menus incidents de route pour montrer qu'un cyclotouriste ne doit pas &#234;tre l'esclave de son itin&#233;raire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le dieu de l'erreur qui le guette &#224; chaque pas lui fait parfois quitter sa voie pour une voie meilleure. C'est ce qui m'arrive aujourd'hui, car cette petite route que j'ignorais est tr&#232;s pittoresque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle traverse des pin&#232;des, longe un grand ravin et soudain plonge par une pente invraisemblable et des lacets dangereux, vers un clocher trapu entour&#233; de quelques masures. Plus l'on s'abaisse, plus le ciel se d&#233;couvre et le soleil essaie de se montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici sur la nationale n&#176;&#160;86 devant un vaste placard qui m'apprend que je suis &#224; 36 km. de Serri&#232;res. Le macadam si mauvais il y a deux ans, est id&#233;alement roulant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on va donc pouvoir s'en donner et je ne tarde pas &#224; p&#233;daler &#224; mon maximum qui, avec mon lourd engin, ne d&#233;passe pas le 25 &#224; l'heure. C'est le premier moment agr&#233;able de l'excursion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu d'autos, on peut regarder &#224; droite et &#224; gauche et je ne m'en fais pas faute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil me r&#233;chauffe autant que l'exercice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en avais besoin. A Condrieu, j'entre soudain dans un rechargement et une boue de d&#233;gel o&#249; je manque d&#233;raper&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis, le macadam redevient mauvais et la danse commence entre les trous, les bosses et les cailloux. Comme un malheur n'arrive jamais seul, le ciel s'embrume de nouveau, la temp&#233;rature se resserre et j'arrive &#224; Serri&#232;res un peu transi. Mais la rampe de 3 km. &#224; 8 et 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui grimpe &#224; Charnas va me fournir l'occasion d'une hyperbolique su&#233;e. L'itin&#233;raire de cette excursion a d&#233;cid&#233;ment &#233;t&#233; bien combin&#233;, on peut le recommander&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va du grave au doux, du plaisant au s&#233;v&#232;re...&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;v&#232;re, il l'est certes, ce raidillon o&#249; je m'escrime avec mon petit d&#233;veloppement de 3 m&#232;tres, qui me para&#238;t beaucoup trop grand. Mais de quelle belle vue sur la vall&#233;e on doit y jouir par beau temps clair et ensoleill&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y traverse trois ruisseaux dont le dernier que l'on remonte assez longtemps, ne d&#233;parerait pas un d&#233;cor alpestre. L'eau claire ici et l&#224; verd&#226;tre, glisse, court, bondit, cascade sur des roches polies, noires et grises o&#249; elle a creus&#233; &#231;&#224; et l&#224; des gouffres minuscules, nids &#224; truites destin&#233;es &#224; figurer sur la table des h&#244;tels de Serri&#232;res, rendez-vous des trois G (gourmets, gourmands et goinfres) qui les y savourent &#224; cette heure m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;voyant le rude travail que j'avais &#224; effectuer, je m'&#233;tais, apr&#232;s Condrieu, sans perdre un coup de p&#233;dale, lest&#233; d'un bon morceau de pain, mastiqu&#233; lentement et ensaliv&#233; avec soin, de fa&#231;on &#224; le rendre plus assimilable et plus prompt &#224; se transformer en calories. C'est pourquoi les gars de Charnas, qui me regardaient grimper, me virent passer avec le sourire. Apr&#232;s Charnas, la route sinueuse &#224; l'exc&#232;s s'&#233;loigne tellement de la ligne droite pour aller franchir maints ruisseaux sans trop perdre de son altitude, elle se raccorde &#224; tant d'autres routes o&#249; les poteaux indicateurs brillent par leur absence, que je suis oblig&#233; de m'arr&#234;ter souvent pour m'assurer que je ne tourne pas le dos &#224; ma direction. Un clocher, invisible dans la brume, m'a d&#233;coch&#233; les douze coups de midi alors que j'attendais, &#224; une bifurcation dont les plaques indicatrices ont &#233;t&#233; saccag&#233;es par des vandales, qu'un passant me renseign&#226;t. Midi, c'est l'heure o&#249; les honn&#234;tes gens se mettent &#224; table. D&#233;jeunons donc, et un second quignon va rejoindre ce qui reste du premier dans le creuset o&#249; s'&#233;labore, par un myst&#233;rieux processus, le fluide vital. Je ne suis plus bien loin de Maclas quand je constate, surprise agr&#233;able, qu'au loin, devant moi, la vo&#251;te c&#233;leste s'azure et s'ensoleille. Mon ardeur en est accrue et les p&#233;dales me semblent l&#233;g&#232;res. P&#233;lussin est bient&#244;t derri&#232;re moi et j'enl&#232;ve, sans discussion, avec mon grand d&#233;veloppement les huit kilom&#232;tres de rampe douce qui aboutissent au col de Pavezin, o&#249; je mets pied &#224; terre &#224; 14 heures pr&#233;cises. Le soleil y brille de tout son &#233;clat, mais une bise froide y souffle de toute sa force&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai naturellement tr&#232;s chaud et je risque d'avoir tr&#232;s froid si je ne prends pas quelques pr&#233;cautions. Pour m&#233;nager la transition, je passe trente minutes dans l'atmosph&#232;re ti&#232;de d'une salle d'auberge, juste le temps d'absorber, selon les r&#232;gles, un bol de caf&#233; au lait, avec pain et beurre, qui sera toute ma d&#233;pense de la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les routes que j'ai successivement emprunt&#233;es depuis Charnas sont, en ce moment, passables et souvent bonnes jusqu'au col&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la descente sur la Terrasse, tr&#232;s mauvaise pendant les six premiers kilom&#232;tres, devient assez bonne ensuite jusqu'&#224; Grand'Croix. Je ne sais quelle f&#234;te on c&#233;l&#233;brait &#224; Saint-Paul, mais jamais je ne vis une route aussi couverte de promeneurs que les trois kilom&#232;tres qui nous s&#233;paraient l&#224; de la gare de Grand'Croix. Mon compagnon, plus jeune et plus hardi, me frayait le passage et nous ne pouvions avancer qu'&#224; tr&#232;s faible allure &#224; travers cette foule qui d&#233;ambulait lentement et laissait l'impression de gens qui vont &#224; un p&#232;lerinage plut&#244;t qu'&#224; une f&#234;te balladoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un compagnon avec qui l'on peut causer de choses et autres, est un puissant adjuvant &#224; la fin d'une &#233;tape, et les 10 km. que j avais encore &#224; &#233;grener, me furent moins longs et moins p&#233;nibles que si j'avais d&#251; les faire seul.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un col de haute montagne, le col du B&#233;al en est un et il peut aller de pair avec le col de Porte dans le massif de la Chartreuse et les cols du Rousset et de Men&#233;e dans le Vercors et le Diois. Tel fut le but de ma randonn&#233;e du 29&#160;mai et je quittai Saint-&#201;tienne &#224; quatre heures et demie avec un joli vent sud-ouest qui m'accompagna tout le jour, tant&#244;t favorable, tant&#244;t contraire, mais toujours frais et par cons&#233;quent agr&#233;able. A 6 h. 1/4 je me trouve hors de Montbrison, sur la route de Bo&#235;n, et les 36 km. de transport que je viens de faire assez vivement sur des routes tr&#232;s connues et qui n'ont rien de bien captivant, m'ont &#233;t&#233; pr&#233;texte &#224; remuer des souvenirs, &#224; &#233;voquer de lointaines images id&#233;alis&#233;es par leur &#233;loignement m&#234;me et je me f&#233;licite d'avoir conserv&#233;, &#224; 72 ans, une &#226;me assez na&#239;ve pour s'int&#233;resser &#224; de semblables bagatelles. J'&#233;tais, comme d'habitude, parti &#224; jeun, esp&#233;rant obtenir quelque part, avant la mont&#233;e qui commence &#224; Pralong, le d&#233;jeuner matinal&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais &#224; Montbrison toute porte est close et, &#224; Champdieu, il n'y a rien de pr&#234;t. Force m'est donc de tirer de ma poche le quignon de secours. A Pralong, beaucoup de monde sur la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les fid&#232;les se rendent de grand matin &#224; l'&#233;glise. La rampe est assez forte pour justifier le petit d&#233;veloppement de 3 m. 30 et je grimpe tranquillement. La journ&#233;e s'annonce comme devant &#234;tre tr&#232;s belle, rien ne me presse et le paysage devient attrayant. Je grignotais ma derni&#232;re bouch&#233;e quand, j'arrive en plein soleil sur une terrasse d'o&#249; je d&#233;couvre, d&#233;j&#224; bien au-dessous de moi, toute la plaine du Forez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans m'en douter, je me suis &#233;lev&#233; de quelque 200 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, avec le soleil dans les yeux et la brume qui s'&#233;l&#232;ve, je ne distingue pas grand chose dans l'immense cuvette qui fut un lac, para&#238;t-il autrefois. Il va faire chaud, quittons la veste et mettons-nous hardiment au travail. Say, hameau de quelques feux, est bient&#244;t derri&#232;re moi, puis la rampe s'affaiblit au point de devenir palier et quelquefois descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle court &#224; flanc de coteau, et, roulante, me permet de conserver le plus souvent ma 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; vitesse de 5 m. 25&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de 7 m&#232;tres m'a servi de Saint-&#201;tienne &#224; Montbrison et j'aurai &#224; utiliser, au courant de l'&#233;tape, m&#234;me la 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; de 2 m. 50 et la 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de 4 m., dont je me sers rarement. Me voici &#224; un n&#339;ud de routes o&#249; il serait facile de se tromper, faute d'indications suffisantes sur le poteau qui marque seulement deux directions&#160;: Bo&#235;n et Saint-Bonnet et ne fait aucune mention de Sauvain et de Chalmazelle, o&#249; je vais. La premi&#232;re fois que j'y passai, je ne ratai pas l'erreur, et, persuad&#233; que je devais rallier au plus vite la vall&#233;e du Lignon plut&#244;t que de m'en &#233;carter en allant &#224; Saint-Bonnet, je fis un ou deux kilom&#232;tres de rabiot que je ne regrettai pas, car ils me valurent d'avoir une tr&#232;s jolie vue, de haut en bas, sur le po&#233;tique Lignon chant&#233; par Honor&#233; d'Urf&#233; et si diff&#233;rent de son sauvage homonyme du Mezenc. Ce n&#339;ud de routes s'appelle sur la carte&#160;: col de la Pelleti&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut y suivre la route de Saint-Bonnet qu'on laisse bient&#244;t filer &#224; gauche et l'on continue dans la direction du Lignon &#224; travers un plateau mar&#233;cageux o&#249; s'&#233;l&#232;vent plusieurs groupes d'habitations. En arrivant &#224; la limite de ce plateau, on aper&#231;oit tout &#224; coup la d&#233;pression profonde du Lignon et, de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; deux kilom&#232;tres &#224; peine &#224; vol d'oiseau, le clocher trapu de Sauvain. La route, &#224; ce moment, glisse en pente douce, sous bois le plus souvent, le long d'un gros ruisseau qu'elle va franchir &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; pour remonter ensuite &#224; Sauvain. Ce tron&#231;on de six &#224; sept kilom&#232;tres est des plus agr&#233;ables qu'on puisse cycler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol y est bien entretenu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on dirait une all&#233;e de parc et je suis si heureusement aid&#233; par le vent pendant la mont&#233;e finale que je m'enl&#232;ve sans effort en 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; vitesse. De Sauvain &#224; Chalmazelle, route facile et qui descend si longtemps (&#233;trange fa&#231;on de s'y prendre pour s'&#233;lever ensuite &#224; 1.400 m&#232;tres), que je crains de m'&#234;tre tromp&#233; et d'avoir bifurqu&#233;, sans m'en douter, sur quelque nouvelle route comme on en trouve fr&#233;quemment et qui ne desservent souvent que des hameaux. Cette multiplicit&#233; de voies de communication est un indice de la prosp&#233;rit&#233; du pays, mais elle m'a parfois induit en erreur et je juge &#224; propos de m'informer. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;C'est bien la route de Chalmazelle, me r&#233;pond-on, et vous ne tarderez pas &#224; monter, soyez tranquille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Le ch&#226;teau de Chalmazelle m'appara&#238;t bient&#244;t en effet et, par un raidillon sec, j'arrive &#224; l'h&#244;tel des Voyageurs o&#249; un d&#233;licieux caf&#233; au lait avec beurre, pain et lait &#224; discr&#233;tion me r&#233;conforte. A en juger par la qualit&#233; et le prix de son petit d&#233;jeuner, cet h&#244;tel est &#224; recommander aux personnes qui recherchent le joli coin pas cher pour y passer l'&#233;t&#233;. Cette r&#233;gion est par elle-m&#234;me, par ses for&#234;ts, ses eaux vives et abondantes, la vari&#233;t&#233; des promenades et des excursions qu'on y peut faire, tr&#232;s attrayante et je suis s&#251;r que les vill&#233;giateurs doivent y &#234;tre nombreux. A 9 h. 20 je place ma cha&#238;ne sur mon 2 m. 50 et je commence sans h&#226;te &#224; grimper au col du B&#233;al, qui est &#224; 9 ou 10 km. de Chalmazelle. Vent contraire, soleil ardent, rampe tr&#232;s dure, digestion &#224; peine &#233;bauch&#233;e, quatre motifs qui m'engagent &#224; aller pianissimo. C'est en prenant des pr&#233;cautions de ce genre, en ob&#233;issant &#224; la raison, qu'on vient &#224; bout des longues et dures &#233;tapes, tandis que si l'on se d&#233;pense sans compter, on est vite au bout du rouleau et l'on attribue &#224; la bicyclette une fatigue qui n'est que le r&#233;sultat de sa propre &#233;tourderie. Je ne vais probablement gu&#232;re plus vite qu'un bon marcheur, car j'entends soudain derri&#232;re moi le pas bien cadenc&#233; d'un pi&#233;ton qui veut sans doute me d&#233;montrer qu'on va aussi vite &#224; pied qu'&#224; bicyclette. Mais il m'est facile, s'il me pla&#238;t, de lui d&#233;montrer le contraire, de p&#233;daler &#224; 60 tours, comme il marche &#224; 60 pas &#224; la minute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est m&#234;me l&#224; ce que j'appelle la cadence naturelle qui concorde &#224; peu pr&#232;s avec le nombre des pulsations. Les coureurs arrivent par un entra&#238;nement sp&#233;cial et soutenu &#224; doubler cette cadence et des exp&#233;riences tr&#232;s pr&#233;cises ont fix&#233; &#224; 115 tours-minute leur vitesse de r&#233;gime, celle dont ils tiennent leur meilleur rendement. Un cyclo-touriste ne saurait s'astreindre &#224; un tel entra&#238;nement et il travaille dans les meilleures conditions lorsque, en changeant &#224; propos de d&#233;veloppement, il peut p&#233;daler &#224; 60 tours, sans essoufflement et sans courbature. Le moteur humain est pourtant assez souple pour s'accommoder, sans perte appr&#233;ciable de puissance, de variations jusqu'&#224; 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% au-dessus ou au-dessous de ce nombre. Mais il nous est incontestablement d&#233;savantageux de tourner &#224; 30 tours avec 6 m&#232;tres &#224; une mont&#233;e de 6 &#224; 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% ou &#224; 100 tours avec 4 m&#232;tres en palier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut faire cela &#224; titre d'exercice, pour obliger les muscles &#224; travailler on force et en vitesse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne faut pas s'y amuser quand on est encore loin de la fin de l'&#233;tape, ce qui actuellement est mon cas. Les deux ou trois premiers kilom&#232;tres franchis, la rampe s'adoucit et je puis m&#234;me reprendre mon 5 m. 25 &#231;&#224; et l&#224;, jusqu'au pied de la c&#244;te finale que je fais avec 3 m. 30 sans effort anormal. Depuis Saint-&#201;tienne et jusqu'&#224; Vertolaye, dans la vall&#233;e de la Dore, je n'ai pas rencontr&#233; et ne rencontrerai pas une automobile, mais j'en trouve une au col m&#234;me, abandonn&#233;e dans les bruy&#232;res. Je ne puis donc me plaindre d'avoir &#233;t&#233; g&#234;n&#233; par ces dangereux usagers de la route et je ne crois pas qu'il en passe beaucoup dans ces parages. Depuis Chalmazelle, la route est un enchantement, les yeux se tournent alternativement du c&#244;t&#233; de la vall&#233;e du Lignon qui s'enfuit vers le pays de l'Astr&#233;e et du c&#244;t&#233; de la montagne aux flancs de laquelle de longues tram&#233;es de neige mettent dos taches blanches, j'en verrai m&#234;me quelques larges flaques on arrivant au col. Voici un clair ruisseau o&#249; je me suis souvent rafra&#238;chi, puis la for&#234;t profonde, imp&#233;n&#233;trable aux regards, descendant &#224; droite des hauts sommets voisins et plongeant &#224; gauche dans un ravin o&#249; gronde un torrent dont on ne tarde pas &#224; franchir un affluent. Les derniers kilom&#232;tres rampent en serpentant &#224; travers les bruy&#232;res jusqu'au col situ&#233; au ras m&#234;me de la ligne de cr&#234;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol devient rocailleux, mais reste n&#233;anmoins tr&#232;s cyclable et je mets pied &#224; terre &#224; 10 h. 1/2 devant un large placard qui m'apprend que Pierre-sur-Haute (alt. 1.654m) est &#224; deux heures de marche et qu'un sentier jalonn&#233; y conduit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je crois qu'en une heure et demie on peut ais&#233;ment faire le trajet. Du col, la vue derri&#232;re moi est born&#233;e, mais devant moi elle s'&#233;tend tr&#232;s loin et ne s'arr&#234;te qu'aux puys de l'Auvergne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le r&#233;seau des routes qui se croisent, s'entrelacent, se s&#233;parent et courent dans toutes les directions, donne l'impression qu'on aura quelque peine &#224; ne pas s'&#233;garer. Le fait est qu'&#224; St-Pierre-de-Bouronne sans un passant obligeant, j'allais filer sur le Brugeron par o&#249; l'on va &#224; Noir&#233;table et non &#224; Ambert. Il me restait &#224; faire de 25 &#224; 39 km. de descente ou de route facile&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en prends donc &#224; mon aise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; jusqu'&#224; Saint Pierre d'ailleurs l' &#233;tat du sol m'oblige &#224; aller lentement. Je m'attardais &#224; lire les poteaux, &#224; go&#251;ter l'eau des ruisseaux, je m'attardais dans les coins ombreux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'attardais partout et il arriva ce qui devait arriver. A midi moins le quart, j'entrai &#224; Vertolaye, sur la Nationale 106, o&#249; une borne m'apprit que j'&#233;tais &#224; 13 km. d'Ambert.. J'avais mis une heure et quart pour faire 13 ou 14 km. de descente rapide&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Qu'on ne m'accuse pas d'aller trop vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur &#233;tait lourde, le temps se g&#226;tait et le vent m'&#233;tait plus contraire que jamais. J'en mis un bon coup, comme disent les sportifs et je fus &#224; Ambert &#224; midi et demie. J'y d&#233;jeunai dans une auberge modeste mais propre et je me remis en selle &#224; 14 heures, persuad&#233; que j'allais &#234;tre abondamment douch&#233; par Jupiter Pluvius qui m'a d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'un mauvais tour. Mais ce jour-l&#224; je n'eus pas &#224; m'en plaindre et son ire se d&#233;versa sur d'autres que sur moi. Si j'&#233;tais mouill&#233; en arrivant aux Pradeaux. c'&#233;tait de sueur, parce que j'avais pouss&#233; un peu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un fellah me voyant arriver en cet &#233;tat aurait &#233;t&#233; de suite fix&#233; sur celui de ma sant&#233;. Les fellahs, en Egypte, ne se demandent pas en s'abordant&#160;: comment vous portez-vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? mais comment suez-vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D&#232;s les temps les plus recul&#233;s, ces intelligents observateurs, nous apprend H&#233;rodote, avaient compris qu'un homme qui ne sue pas est un homme malade, presque un homme mort. La docte Facult&#233; ne le comprenait pas, il y a cinquante ans (j'ignore son opinion actuelle, car elle en change souvent) et je connaissais, avant 1880, un jeune m&#233;decin des h&#244;pitaux qui proscrivait rigoureusement la su&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, un soir, au bal de la Pr&#233;fecture, il dansa tant&#244;t si bien qu'il sua comme un simple fellah et ne sachant sans doute pas ce qu'il convenait de faire dans cet &#233;tat o&#249; il ne s'&#233;tait jamais vu, il attrapa, en sortant une fluxion de poitrine qui, en huit jours, l'envoya sur les bords du Styx. Je sais heureusement, ou tout au moins je crois savoir ce qu'il convient de faire. S'il avait fait tr&#232;s chaud, je me serais tremp&#233; la t&#234;te et le torse dans l'eau&#160;: comme il faisait plut&#244;t froid, je m'&#233;pongeai rapidement, me bardai de papier par devant et par derri&#232;re, relevai jusqu'aux oreilles le col de mon veston, et me laissai ensuite descendre vent dans le dos, &#224; la vitesse limite pendant neuf kilom&#232;tres, jusqu'&#224; Saint-Anth&#232;me&#160;: voil&#224; qui am&#233;liore la moyenne horaire. J'en fis autant de la croix de l'Homme-Mort &#224; Saint-Marcellin, puis par la rampe de Saint Just au Chasseur, que je fis avec quatre m&#232;tres. malgr&#233; le vent contraire. et qui apr&#232;s celle du B&#233;al (on juge de tout par comparaison) me parut insignifiante, je rentrai &#224; Saint-&#201;tienne &#224; 19 h. 1/2 dans les meilleures dispositions du monde, heureux de terminer dans d'aussi bonnes conditions, par une &#233;tape de 192 km. en haute montagne. la s&#233;rie 1924 de mes excursions et randonn&#233;es dominicales dont le r&#233;cit, pour fid&#232;le qu'il ait &#233;t&#233;, doit commencer &#224; fatiguer les lecteurs du M&#233;morial.	Velocio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Excursions du Cycliste (juillet-aout 1928)</title>
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&lt;p&gt;Excursions du &#8220;Cycliste&#8221; (22&#160;Mai 1928) Mai et juin furent toujours, pour les randonneurs de l'E. S., les mois des grandes excursions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les jours y sont longs et les chaleurs encore mod&#233;r&#233;es. Malheureusement, ces deux mois sont devenus, ce me semble, pluvieux plus qu'autrefois et le mauvais temps vient trop souvent contrarier nos projets. J'avais form&#233; celui d'aller, jeudi dernier, &#224; Glozel, mais il me fallait partir &#224; 4 heures pour avoir quelque chance de n&#233;gocier, en plein jour, les 260&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Excursions du &#8220;Cycliste&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
(22&#160;Mai 1928)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai et juin furent toujours, pour les randonneurs de l'E. S., les mois des grandes excursions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les jours y sont longs et les chaleurs encore mod&#233;r&#233;es. Malheureusement, ces deux mois sont devenus, ce me semble, pluvieux plus qu'autrefois et le mauvais temps vient trop souvent contrarier nos projets. J'avais form&#233; celui d'aller, jeudi dernier, &#224; Glozel, mais il me fallait partir &#224; 4 heures pour avoir quelque chance de n&#233;gocier, en plein jour, les 260 km. que comporte cette excursion. Or, il plut toute la nuit et il pleuvait encore &#224; 4 h. Glozel fut donc renvoy&#233; &#224; la suite, car j'ai d'autres randonn&#233;es au tableau, entre autres une deuxi&#232;me visite &#224; la Trappe d'Aiguebelle (ci&#160;: 310 km.), avec d&#233;part &#224; 2 heures, d&#233;jeuner &#224; la Trappe &#224; 10 heures et demie et retour avant la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; que le jour de l'Ascension, qui s'annon&#231;ait si mauvais, fut tr&#232;s beau et &#224; 7 h. 30 je partis, sans but pr&#233;cis, simplement pour p&#233;daler jusqu'&#224; midi. Je bouclai ainsi un tr&#232;s joli circuit de quelque 50 ou 60 km. que je recommande aux cyclistes qui aiment la petite montagne, les jolis sites et les bonnes routes peu fr&#233;quent&#233;es par les autos.&lt;br class='autobr' /&gt;
A La Fouillouse, je pris &#224; droite la route de Saint-H&#233;and qui s'insinue d'abord au fond d'une gorge &#233;troite, puis domine de loin la plaine du Forez et me met en pr&#233;sence des hauts sommets de Pierre-sur-Haute couverts de neige. Apr&#232;s Saint-H&#233;and, mont&#233;e douce jusqu'au col du Pilon qui me laisse voir, pardessus le moutonnement des collines, le massif du Pil&#226;t. Je fr&#244;le Fontan&#232;s, vire brusquement &#224; droite vers Saint-Christo et me voici, apr&#232;s un grand d&#233;tour, &#224; la croix de la Gachet. J'ai p&#233;dal&#233; jusqu'ici au milieu d&#232;s champs de verdure, dans un paysage pastoral et b&#233;nin, mais de la Gachet et en descendant &#224; Valfleury, on a la sensation de c&#244;toyer un ab&#238;me sans fond, tant les pentes paraissent escarp&#233;es dans les vagues mouvantes du brouillard qui me cache m&#234;me l'&#233;glise et les quelques maisons de Valfleury.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hippo et automobiles ont amen&#233; de nombreux p&#232;lerins, encombrant la route qu'on ferait bien d'&#233;largir &#224; ce point&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai quelque peine &#224; me frayer un passage pour arriver &#224; l'amorce de la route de Saint-Chamond qui va m'&#233;lever jusqu'&#224; une croix monumentale, dont la silhouette se d&#233;tache sur le ciel bleu, tout en haut de la montagne. C'est au cours de cette mont&#233;e de quelques kilom&#232;tres qu'on voit le mieux l'excavation qu'a produite un formidable &#233;boulement, &#224; une &#233;poque qu'il est difficile de pr&#233;ciser (mettons l'&#233;poque Gloz&#233;lienne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) et le village de Valfleury semble, de l&#224;-haut, bien expos&#233; &#224; glisser quelque jour jusqu'en bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le brouillard vient de dispara&#238;tre et la vue est tr&#232;s nette. Des milliers d'arbres fruitiers qui tapissent les flancs et le fond de l'immense cuvette &#233;taient, il y a deux ou trois semaines, couverts de fleurs blanches ou roses, et offraient aux visiteurs un coup d'&#339;il f&#233;erique. Au sommet, pr&#232;s de la croix, flottait le drapeau fran&#231;ais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je me demandais en quel honneur, quand j'aper&#231;us, blottie dans un pli du terrain, &#224; l'abri du vent, une toute petite tente. Un bravo pour ces campeurs que la pluie nocturne n'avait pas fait d&#233;camper et qui ont trouv&#233; ce bon moyen de voyager &#224; peu de frais. Longue est la descente jusqu'&#224; Saint-Chamond, mais impossible de s'y ennuyer tellement le spectacle qu'on a sous les yeux et attrayant et vari&#233;. La ligne de fa&#238;te qu'on vient de franchir semble, vue d'en bas, plus &#233;lev&#233;e qu'elle ne l'est on r&#233;alit&#233; puisque la plus haute altitude de ce circuit ne d&#233;passe pas 850 m&#232;tres, 300 m&#232;tres de moins que le col du Grand-Bois o&#249; l'apr&#232;s-midi je grimpai pour n'en pas perdre l'habitude&#160;: avec moins de pr&#233;cipitation, cependant, que le dimanche pr&#233;c&#233;dent, &#224; l'occasion de la journ&#233;e Chemineau qui fut un grand succ&#232;s pour les organisateurs de cette f&#234;te de famille dont le compte rendu a d&#233;j&#224; paru. J'y fus personnellement f&#233;licit&#233; d'avoir fait l'ascension du col en 61 minutes et quelques secondes, gr&#226;ce au pignon ovale, aux Ballons Dunlop, au d&#233;railleur Izoard, &#224; la roue libre Cyclo, &#224; la cha&#238;ne Brampton, au guidon Chose et aux sandales Machin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Avec tant d'atouts en main et aux pieds j'aurais d&#251;, ce me semble, hisser l&#224;-haut mes quinze lustres en moins d'une heure.	V&#233;locio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(17&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JUIN&lt;/span&gt; 1928)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit dieu malin qui souvent mit d&#233;j&#224; des b&#226;tons dans mes roues, sans doute pour mon bien, car je suis persuad&#233; qu'en tout il me prot&#232;ge, m'a, une fois encore, emp&#234;ch&#233;, dimanche dernier, d'aller ramasser &#224; Glozel quelques cailloux pr&#233;historiques. Un pneu crev&#233; au d&#233;part sans cause apparente, puis un ciel gros de menaces, le soleil p&#226;le &#224; son lever, les montagnes vers lesquelles j'allais, noires de brume, tout contribua &#224; me ramener de La Terrasse, que je venais de d&#233;passer, &#224; la R&#233;publique, o&#249; je mis pied &#224; terre &#224; 7 h. devant un bol de caf&#233; &#224; la cr&#232;me chaud et r&#233;confortant. J'en avais grand besoin, ayant &#233;t&#233; oblig&#233; de faire toute la mont&#233;e avec le d&#233;veloppement moyen (5 m&#232;tres) de ma&lt;br class='autobr' /&gt;
Ballon n&#176;&#160;2, le petit d&#233;veloppement (3 m. 30), m'ayant l&#226;ch&#233; d&#232;s le d&#233;but. Le hasard, pour cette fois, me favorisait, car je n'aurais jamais pu obtenir avec 3 m. 30 la su&#233;e hom&#233;rique que d&#233;clancha mon 5 m&#232;tres et qui fut tr&#232;s utile &#224; la sant&#233; que je m'efforce d'acqu&#233;rir, apr&#232;s l'avoir, comme la plupart des hommes, trop longtemps n&#233;glig&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'ami B..., &#224; l'obligeance de qui je devais mon excellent d&#233;jeuner, nous err&#226;mes toute la journ&#233;e sur la montagne &#224; la recherche de champignons, d'ailleurs introuvables. Mais la montagne est belle en ce moment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les gen&#234;ts la d&#233;corent richement de leurs panaches d'or, le vert tendre des jeunes pousses ondule sur le vert sombre de la for&#234;t, le vent du Nord caresse les seigles d&#233;j&#224; hauts, l'eau, ce sang de la terre, qui p&#233;n&#232;tre tout, et s'unit au soleil pour f&#233;conder et vivifier notre plan&#232;te, l'eau coule dans tous les ruisseaux, brille dans l'herbe touffue des prairies &#233;maill&#233;es de fleurs, murmure, parle, chante de tous c&#244;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, la montagne est belle en ce moment et l'on peut y p&#233;daler sur tous les chemins sans cesser d'&#234;tre &#233;bloui, d'&#234;tre confondu par la prodigieuse diversit&#233; de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi s'&#233;coula donc toute la matin&#233;e, sous un ciel panach&#233; de blanc, de gris et d'azur, dans un air admirablement pur qu'alternativement le soleil r&#233;chauffait et la bise refroidissait.&lt;br class='autobr' /&gt;
A midi, B... redescendit &#224; Saint-Etienne et je me souvins que j'avais tr&#232;s bien d&#233;jeun&#233;, quinze jours auparavant, &#224; Bourg-Argental. Je m'infligeai donc, par gourmandise, les 12 kilom&#232;tres de route inqualifiable qui, de la borne 85 &#224; la borne 97, sont le d&#233;shonneur de la nationale num&#233;ro 82. On ne pourra bient&#244;t plus y circuler qu'en chaise &#224; porteurs. M&#234;me avec mes gros pneus ballons, j'y suis tr&#232;s secou&#233;, que doivent y prendre les partisans des pneus Brise-os&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
A propos de ces pneus ballons, dont la vogue cro&#238;t chaque jour, j'en ai entendu une bien bonne ces jours-ci. Un cycliste m'a d&#233;clar&#233; tout net que ces gros pneus, c'est une fumisterie, qu'on se moque du public en lui faisant croire qu'on va plus vite l&#224;-dessus et que, pour son compte, il ne les adoptera que lorsque les coureurs du Tour de France s'en serviront&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste n'a pas compris que les ballons sont justement invent&#233;s, ainsi que les changements de vitesse, pour permettre &#224; des cyclistes tr&#232;s moyens de faire, gr&#226;ce &#224; de meilleurs outils, &#224; peu pr&#232;s ce que font, avec des outils quelconques, les cyclistes exceptionnels que sont les as du Tour de France, lesquels, entre parenth&#232;se, ne sont m&#234;me pas libres de choisir leurs montures et courent sur ce que leur imposent les employeurs. Or, chacun sait, qu'il n'y a rien de r&#233;fractaire aux perfectionnements de nos bicyclettes comme la grande industrie qui fabrique &#224; la grosse la bicyclette Tour de France et qui, &#224; grands frais de r&#233;clame, tient, sous le joug de la Mono &#224; pneus Brise-os, sept millions de cyclistes fran&#231;ais, y compris mon interlocuteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque j'en suis aux anecdotes, en voici une autre qui date de la semaine derni&#232;re, et qui ne manque pas de saveur. Un agent cycliste entre chez moi en coup de vent et m'invite &#224; le suivre au bureau de police. J'obtemp&#232;re et me voici devant le commissaire qui m'apprend qu'un chef d'industrie a accus&#233; de vol et de recel un de ses anciens ouvriers que je connais depuis dix ans et qui, ayant travaill&#233; beaucoup, &#233;conomis&#233; autant qu'il a pu, est parvenu, il y a six mois, &#224; s'&#233;tablir pour son compte. Au risque de le discr&#233;diter dans son quartier, une perquisition a &#233;t&#233; faite chez lui, avec l'appareil habituel&#160;: deux gendarmes, un commissaire ceint de l'&#233;charpe tricolore, insigne de ses fonctions, un greffier et le plaignant en personne. Celui-ci a tout fouill&#233;, de la cave au grenier, sans d&#233;couvrir le moindre objet suspect si ce n'est mon nom sur un bout de papier. De l&#224;, ma comparution en justice et mon interrogatoire en pr&#233;sence d'un agent-dactylo dont j'admire l'habilet&#233; &#224; traduire, en bon fran&#231;ais je suppose, car j'ai contresign&#233; son papier sans le lire, les impressions de son chef. Apr&#232;s quoi, l'on me permet de retourner &#224; mes occupations. Tout cela m'avait mis la puce &#224; l'oreille et, pour en avoir le c&#339;ur net, j'allai, quelques jours apr&#232;s, rendre visite &#224; l'ouvrier accus&#233; que j'avais toujours tenu pour un tr&#232;s honn&#234;te homme. Mais, sait-on jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il me donna des d&#233;tails qui &#233;clairaient d'un jour singulier sa d&#233;sagr&#233;able aventure et qui augment&#232;rent mon estime pour lui. Si j'avais quelque int&#233;r&#234;t &#224; tirer cette affaire au clair, il me faudrait maintenant interviewer le patron accusateur, car, sait-on jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La morale de l'affaire est que le premier quidam venu peut accuser Pierre, Paul, vous ou moi, et faire perdre leur temps &#224; deux gendarmes, un greffier et un commissaire, sans risquer autre chose qu'une poursuite en r&#233;paration du pr&#233;judice caus&#233; qui n'est jamais estim&#233; &#224; sa valeur. Cela ne me semble pas suffisamment pay&#233;, m&#234;me quand le juge en vous cong&#233;diant vous dit aimablement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vous &#234;tes innocent, c'est entendu, mais ne vous plaignez pas et estimez-vous heureux de n'avoir pas &#233;t&#233; reconnu coupable.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, tr&#234;ve de digressions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; me voici &#224; l'H&#244;tel de France&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; faisons honneur &#224; l'excellent menu qui m'est servi et dont est presque indigne le v&#233;g&#233;tarien que je suis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour par Saint-Sauveur et les Trois-Croix, en compagnie de M.&#160;M..., dont la conversation, effleurant des sujets les plus vari&#233;s, ne cessa pas de m'int&#233;resser, fut d&#233;licieux. Si je m'entends encore &#224; randonner, je sais &#233;galement appr&#233;cier &#224; sa valeur une promenade &#224; bicyclette, ce qu'ignorent beaucoup de cyclistes. J'en ai connu, j'en connais encore qui, d&#232;s qu'ils sont en selle, veulent d&#233;vorer l'espace. L'allure nonchalante qui rend les mont&#233;es agr&#233;ables et reposantes m&#234;me quand elles sont longues de 18 km., comme celle qui, de Bourg, nous conduit au col des Grands-Bois, la contemplation du paysage, qui varie incessamment, la causerie l&#233;g&#232;re qui voltige et se pose,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme le papillon sur les fleurs, sur les sujets les plus divers, tout cela n'a pas de charme pour ces cyclistes pourfendeurs des bornes kilom&#233;triques. Ils ne connaissent pas tous les bonheurs que procure la bicyclette &#224; ses fervents adorateurs.	V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(M&#233;morial de la Loire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exp&#233;rience&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent avait souffl&#233; en temp&#234;te toute la nuit et il &#233;tait loin de s'&#234;tre calm&#233; quand nous part&#238;mes, dimanche dernier, &#224; 6 heures. Et la belle excursion projet&#233;e se transforma en une course folle &#224; l'aller et un turbin de tous les diables au retour. Quand nous arriv&#226;mes au del&#224; de Balbigny, &#224; l'entr&#233;e du chemin de halage, les nuages qui, peu &#224; peu, avaient envahi toute la vo&#251;te c&#233;leste, crev&#232;rent sur nous. Il fallait rentrer et nous m&#238;mes quatre heures pour remonter les 50 kilom&#232;tres que nous avions descendus en deux petites heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne fut donc pas une excursion, mais ce fut une exp&#233;rience dont j'avais besoin pour &#234;tre fix&#233;, une bonne fois, sur les avantages et les inconv&#233;nients du pignon ovale.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'aller, je le trouvai franchement d&#233;testable, il m'emp&#234;chait de seconder la pouss&#233;e du vent et de tourner &#224; mon maximum parce que, d&#232;s que je passais du grand diam&#232;tre, gr&#226;ce auquel je donnais un puissant &#233;lan &#224; ma machine, sur le petit o&#249; mon effort devenait insignifiant, je partais en roue libre et ne reprenais le contact qu'en revenant au grand diam&#232;tre. Ces tacs-tacs continuels &#233;taient exasp&#233;rants, d'autant plus que je voyais mon jeune compagnon filer &#224; des allures vertigineuses et je pouvais difficilement atteindre le 40 &#224; l'heure, alors qu'il se chronom&#233;trait des kilom&#232;tres en 64 secondes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il avait, il est vrai, un d&#233;veloppement de plus de 7 m&#232;tres tandis que le mien &#233;tait de 6 m&#232;tres seulement, n&#233;anmoins, avec mon ordinaire pignon rond, j'aurais pu garder assez longtemps ma cadence maxima de 120 tours-minute tant le vent y mettait du sien. Le constructeur du pignon ovale m'affirme qu'on se fait, &#224; la longue, &#224; cette fa&#231;on de p&#233;daler et qu'on arrive &#224; tourner aussi vite avec le pignon long qu'avec le pignon rond&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'y suis pas encore arriv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au retour, j'eus la sensation tr&#232;s nette que le pignon ovale m'aidait s&#233;rieusement contre notre alli&#233; du matin devenu un rude adversaire. Mon compagnon m'avoua m&#234;me que, s'il avait &#233;t&#233; seul, il n'aurait pas march&#233; &#224; l'allure &#224; laquelle je l'entra&#238;nais par moments. Envelopp&#233; dans une vaste p&#232;lerine, j'offrais pourtant au vent un exc&#232;s de surface tr&#232;s nuisible &#224; l'avancement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous avancions quand m&#234;me et, malgr&#233; deux arr&#234;ts assez longs, &#224; Montrond o&#249; nous rencontr&#226;mes le sympathique pr&#233;sident des cyclotouristes lyonnais, &#224; Cuzieu pour causer avec le non moins sympathique pr&#233;sident des cyclotouristes st&#233;phanois, nous r&#233;int&#233;grions Saint-&#201;tienne avant midi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pignon ovale auquel je reviens, puisque c'est &#224; lui qu'a &#233;t&#233; consacr&#233;e, par la force des circonstances, cette exp&#233;rience de 100 kilom&#232;tres, a donc, comme tant de choses ici-bas, un bon et un mauvais c&#244;t&#233; et, pour &#233;viter l'un sans renoncer &#224; l'autre, je vais lui juxtaposer, sur ma bicyclette, un pignon rond&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; suivant le cas, je placerai ma cha&#238;ne sur l'un ou sur l'autre. Ce me sera m&#234;me l&#224; un excellent moyen de me d&#233;montrer si, pour grimper au col des Grands-Bois, l'ovale permet de pousser, sans plus de g&#234;ne, un plus grand d&#233;veloppement, comme ses auteurs le pr&#233;tendent, comme j'en ai l'intuition sans en avoir la certitude. S'il en est ainsi, c'est avec un pignon ovale que je prendrai part &#224; la septi&#232;me journ&#233;e V&#233;locio que le Forez Sportif, &#224; qui nous devons cette int&#233;ressante manifestation o&#249; fraternisent tous les cyclistes des deux sexes et de tout &#226;ge, a fix&#233;e au 5&#160;ao&#251;t prochain.	.	&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VELOCIO&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(M&#233;morial de la Loire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(29&#160;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;JUILLET&lt;/span&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, il me monte au cerveau des bouff&#233;es de jeunesse, entendez de ma jeunesse cyclotouristique qui s'est d&#233;roul&#233;e de 1893 &#224; 1913, entre quarante et soixante ans, et il me vient des envies de refaire des &#233;tapes ou des demi-&#233;tapes que j'ai faites et refaites en mon plein &#233;panouissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une de ces demi-&#233;tapes dont j'avais dress&#233; les itin&#233;raires &#224; l'&#233;poque o&#249; je commen&#231;ai ma campagne en faveur de la polyxion et o&#249; j'offrais &#224; tous mes adversaires de venir, sur le terrain, se rendre compte des avantages que donnait &#224; un cyclotouriste le moyen pratique d'avoir &#224; sa disposition plusieurs d&#233;veloppements, une de ces &#233;tapes de la demi-journ&#233;e s'appelait les cent kilom&#232;tres de V&#233;locio. Elle &#233;tait convenablement accident&#233;e ainsi qu'on va pouvoir en juger en me suivant un instant sur une bonne carte, par exemple celle de l'int&#233;rieur au l/100.000. De la place de l'H&#244;tel-de-Ville on descendait &#224; Saint-Chamond par 12 kilom&#232;tres de bonne route en pente douce o&#249; les 8 m&#232;tres de ma Quadrimono faisaient merveille. Je n'avais, alors (je parle de 1896 &#224; 1900), que des couples de pignons juxtapos&#233;s, deux &#224; droite, deux &#224; gauche, sur lesquels je pla&#231;ais successivement mon unique cha&#238;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il me fallait donc mettre pied &#224; terre pour changer de vitesse. C'&#233;tait l'affaire de trente secondes, montre en main, parce que j'&#233;tais, et je le suis plus que jamais, myope et maladroit. La plupart de mes amis ne comptaient que vingt secondes entre le moment o&#249; ils mettaient pied &#224; terre et celui o&#249; ils reprenaient leurs p&#233;dales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le record &#233;tait de dix-sept secondes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'&#233;tait en somme le dispositif que M.&#160;Rivet, &#224; Lyon, le D&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;r&lt;/sup&gt; Ruffier, &#224; Paris, et les coureurs du Tour de France emploient encore aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'est pas &#224; d&#233;daigner. L'op&#233;ration &#233;tait facilit&#233;e, de notre temps, par&lt;br class='autobr' /&gt;
le fait que les dentures des pignons &#233;taient &#233;tablie pour que, sur chaque couple, la cha&#238;ne f&#251;t &#233;galement tendue et qu'on p&#251;t, au moyen d'un crochet sp&#233;cial que j'avais imagin&#233;, la d&#233;boucler et la reboucler en un clin d'&#339;il. Nous ne connaissions pas, en 1898, ou du moins nous n'utilisions pas encore la roue libre qui &#233;tait loin de la perfection qu'elle a atteinte ensuite. J'avais, d'ailleurs, une dent contre elle, parce que la premi&#232;re fois que je l'essayai, maladroitement et imprudemment sur une machine sans freins, comme on en voyait beaucoup &#224; cette &#233;poque, j'avais fait une mauvaise chute. C'est pourquoi ma Quadrimono avait encore, en 1898 et m&#234;me en 1900, roue serve &#224; toutes les vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Saint-Chamond (300 m.) on s'&#233;levait jusqu'&#224; la Croix-de-Chaubouret (1.200 m.) par 17 km. de rampe dont les dix derniers, du pont du barrage au col, sont &#224; moyenne de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Ma cha&#238;ne restait sur 4 m&#232;tres jusqu'au pont o&#249; je la pla&#231;ais sur 2 m. 80. Du col, 15 kilom&#232;tres de descente continue, o&#249; mon 8 m. m'&#233;tait &#224; la fois utile et agr&#233;able, nous amenaient &#224; Bourg-Argental (500 m.) que nous ne faisions que traverser pour nous &#233;lever dare dare &#224; 500 m&#232;tres plus haut, au-dessus de Burdigne, rampe tr&#232;s dure pendant les premiers kilom&#232;tres, faible apr&#232;s Burdisme, jus-qu'&#224; un point culminant d'o&#249;, par 8 km. de descente moyenne, coup&#233;e par une faible remont&#233;e de 1.500 m&#232;tres, on arrivait &#224; Saint-Sauveur-en-Rue. Avec mon grand d&#233;veloppement, ces 8 kilom&#232;tres se n&#233;gociaient en un quart d'heure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'&#233;tait d&#233;licieux. De Saint-Sauveur on montait au Tracol, ci, de nouveau. 500 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation&#160;: j'y utilisais 4 m. et 2 m. 80 et redescendais dans la vall&#233;e de la Duni&#232;res, apr&#232;s un crochet assez accident&#233; par Marlhes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ensuite mon 6 m&#233;tres convenait parfaitement &#224; la route de Riotord &#224; Duni&#232;res. Apr&#232;s Duni&#232;res, si l'on ne se sentait pas trop amoch&#233; par les trois grimpettes pr&#233;c&#233;dentes, on gagnait au plus vite Saint-Genest-Malifaux, o&#249; nous attendait le d&#233;jeuner, en se servant alternativement de 4 m. et de 6 m. et, si l'on &#233;tait fatigu&#233;, en ayant, de temps en temps, recours au petit 2 m. 80. On avait ainsi parcouru, entre les deux d&#233;jeuners, cent kilom&#232;tres bien tass&#233;s en s'&#233;levant, au bas mot, de 2.800 m&#232;tres en 7 heures donc &#224; la vitesse commerciale horaire de 14 &#224; 15 km.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les mono&#239;stes s'arr&#234;taient au Tracol et souvent m&#234;me &#224; Saint-Sauveur devant la troisi&#232;me rampe. Je les engageais alors &#224; essayer de continuer avec un de mes petits d&#233;veloppements, 4 m. ou 2 m. 80, et ils &#233;taient tout surpris du soulagement que leur apportaient ces d&#233;multiplications qu'ils jugeaient auparavant ridicules, surpris aussi de l'aisance avec laquelle je pouvais, &#224; ce moment critique pour eux, me servir de leur mono et grimper avec 5 m. 60 l&#224; o&#249; il leur fallait 2 m. 80, parce qu'ils s'&#233;taient surfatigu&#233;s, tant&#244;t &#224; tourner trop vite, tant&#244;t &#224; appuyer trop fort, tandis que je m'&#233;tais appliqu&#233;, depuis le d&#233;part, &#224; ne jamais exag&#233;rer l'effort, je pouvais donc maintenant me d&#233;passer un peu plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, avec les polys que nous avons, les cent kilom&#232;tres de V&#233;locio ne demanderaient pas plus de six heures &#224; un cyclotouriste moyen qui, n'ayant qu'&#224; man&#339;uvrer son levier de commande pour passer d'une vitesse &#224; l'autre, pourrait beaucoup mieux proportionner le levier de la puissance &#224; celui de la r&#233;sistance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ma vieille Quadrimono de 1896 m'a toujours suffi pour gagner &#224; la cause de la poly les mono&#239;stes sinc&#232;res et de bonne foi qui venaient pour se rendre compte de visu de la r&#233;alit&#233; des faits que j'exposais dans Le Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, je ne r&#233;ussissais pas toujours et le col de la Croix-de-Chaubouret ne fut pas pour tous le chemin de Damas des mono&#239;stes comme l'avait qualifi&#233; notre regrett&#233; collaborateur, M.&#160;d'Espinassous, dont nous r&#233;&#233;diterons, &#224; la demande de plusieurs abonn&#233;s, quelques-uns des attachants r&#233;cits qui suivirent sa conversion &#224; la poly.&lt;br class='autobr' /&gt;
Me vint un jour un Tourangeau, aimable cyclotouriste, afflig&#233;, le malheureux, du d&#233;veloppement unique de 6 m. 32. Il fit bonne contenance jusqu'au pont dru barrage, ayant enlev&#233; en vitesse les quelques raidillons du d&#233;but de la mont&#233;e. Mais, apr&#232;s avoir lutt&#233; jusqu'au village de La Valla (contre les premiers kilom&#232;tres &#224; moyenne de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, apprenant qu'il y en avait encore huit ou neuf comme cela... &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Laissez-moi, me dit-il, regagner ma Touraine, la bicyclette n'est pas faite pour franchir de telles montagnes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et il redescendit sans vouloir rien entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un fait assez curieux et auquel je ne m'&#233;tais pas attendu, c'est que le d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres me servait pendant au moins la moiti&#233; de ce parcours accident&#233;. La roue serve nous obligeait &#224; p&#233;daler continuellement, car les imprudents seuls se hasardaient aux descentes &#224; abandonner les p&#233;dales au risque de voir la cha&#238;ne sauter brusquement hors des pignons et de se sentir projeter dans l'espace par l'arr&#234;t soudain de la machine. Quand on filait &#224; 30 &#224; l'heure, &#224; la descente des Grands-Bois, par exemple, il n'&#233;tait pas d&#233;sagr&#233;able de tourner &#224; 60 tours et m&#234;me un peu plus sans appuyer, en laissant aux freins le soin de notre s&#233;curit&#233;. Les articulations se trouvaient m&#234;me bien, il me semble, de ces mouvements passifs et leur suppression fut longtemps un grief contre la roue libre. Aujourd'hui encore, l'immobilisation des jambes pendant une longue descente me fait regretter la roue serve, surtout quand il fait froid. Par exemple, il ne fallait pas compter, avec 8 m&#232;tres, pouvoir s'arr&#234;ter rapidement en contrep&#233;dalant, tout au plus pouvait-on mod&#233;rer peu &#224; peu l'influence de la pesanteur et, quand je n'avais pas de frein, ce qui m'arrivait quelquefois et qui fut m&#234;me la mode &#224; une certaine &#233;poque, je faisais sagement la descente avec 4 m&#232;tres tout comme je venais de faire la mont&#233;e. J'en &#233;tais quitte, alors, pour tournoyer &#224; 100 ou 120 tours en suivant les p&#233;dales (et les cale-pieds m'&#233;taient alors pr&#233;cieux), mais en quelques m&#232;tres je pouvais m'arr&#234;ter. D'ailleurs, on ne n&#233;gociait jamais les descentes aussi vite qu'on le peut en roue libre et je me souviens que, lorsque le Tour de France passa la premi&#232;re fois par Saint-&#201;tienne et le col des Grands-Bois, les cyclotouristes de l'&#201;cole st&#233;phanoise, m&#234;me les rep&#232;res, gr&#226;ce &#224; la roue libre, clam&#232;rent ais&#233;ment le pion aux professionnels au cours de la descente sur Bourg-Argental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voil&#224; loin des cent kilom&#232;tres de V&#233;locio avec lesquels le d&#233;sir me vint, &#224; 6 h. 12, le 22&#160;juillet dernier, de mesurer mes forces d&#233;clinantes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il aurait d&#251; me venir plus t&#244;t, et partir &#224; 4 heures e&#251;t &#233;t&#233; tout indiqu&#233; en ces temps de chaleur excessive. Mais, sait-on jamais pourquoi telles id&#233;es nous viennent &#224; tel moment plut&#244;t qu'&#224; tel autre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je venais de d&#233;jeuner et sortais de mon logis, me disposant &#224; aller passer cette journ&#233;e, qui s'annon&#231;ait aussi chaude que les pr&#233;c&#233;dentes, sous les sapins, pr&#232;s des sources chantantes..., et, trente minutes apr&#232;s, que je l'aie voulu ou non. j'arrivais &#224; Saint-Chamond, au pied des 17 kilom&#232;tres de la Croix-de-Chaubouret. J'avais un bon outil, ma Ballon n&#176;&#160;1, et de bons pneus, des Dunlop fa&#231;on main, &#224; toile apparente, qui m'ont &#233;t&#233; confi&#233;s aux fins d'essais impitoyables sur les terrains les plus scabreux, m&#234;me sur la route nationale 82, v&#233;ritable lit de torrent entre Saint-Etienne et les bords du Rh&#244;ne, jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive par usure, rupture ou &#233;clatement. Un pignon ovale au p&#233;dalier et un d&#233;railleur &#224; deux vitesses seulement, 3 m. 50 et 6 m. 12, devaient m'aider &#224; vaincre les difficult&#233;s du parcours contre lesquelles j'aurais &#233;t&#233; mieux arm&#233; avec ma Quadrimono de 1896.&lt;br class='autobr' /&gt;
On discute beaucoup sur la valeur de ce pignon ovale qui, comme les com&#232;tes, revient par intervalles dans le ciel des cyclistes o&#249; je le vois appara&#238;tre pour la quatri&#232;me fois. Il me para&#238;t, cette fois, &#234;tre venu pour rester et, cela, gr&#226;ce au d&#233;railleur dont le tendeur obligatoire supprime la r&#233;sistance passive du pignon compensateur de la tension de la cha&#238;ne qui varie avec la position du pignon ovale, plus grande quand le grand diam&#232;tre est vertical, plus petite quand il est horizontal. Ce satellite oblig&#233; de tous les pignons ovales qui se sont succ&#233;d&#233;, annihilait enti&#232;rement l'avantage (qui, d'ailleurs, n'est pas tr&#232;s consid&#233;rable) que donnait une savante ellipse calcul&#233;e pour utiliser au mieux l'effort sur la p&#233;dale lequel, nul ne l'ignore, est tr&#232;s irr&#233;gulier. Les exp&#233;riences de Scott et de Bouny, avec p&#233;dales dynamom&#233;triques, nous ont d&#233;montr&#233; qu'au moment o&#249; le pied commence sa pression positive, au passage de l'angle mort sup&#233;rieur, il a beaucoup moins de puissance que lorsque la manivelle s'approche de l'horizontale et que la jambe se d&#233;tend, puis, que cette puissance d&#233;cro&#238;t jusqu'au passage de l'angle mort inf&#233;rieur. Entre ces deux extr&#234;mes qui, sur le cadran d'une montre, comprennent, pour un p&#233;daleur m&#233;diocre, le chemin parcouru par l'aiguille de 12 &#224; 6 et pour un bon p&#233;daleur celui de 11 &#224; 7, la valeur de notre effort varie constamment, elle devient maxima entre 3 et 5, mais, m&#234;me de 11 &#224; 1 et de 5 &#224; 7, elle est tr&#232;s appr&#233;ciable, puisque les diagrammes de Scott, que Le Cycliste publia il y a trente ans, nous apprennent qu'un cycliste capable de d&#233;velopper sur la p&#233;dale une force de 160 livres entre 3 et 4, d&#233;veloppe encore 30 livres &#224; 12 et &#224; 6, c'est-&#224;-dire en franchissant les points morts. Si la pression positive du pied varie ainsi de 30 &#224; 160 livres, il semble donc tout indiqu&#233; que la r&#233;sistance de la p&#233;dale, fonction imm&#233;diate du d&#233;veloppement, doive varier dans la m&#234;me proportion, car opposer &#224; une petite force un grand d&#233;veloppement c'est r&#233;duire cette force &#224; l'impuissance. L'id&#233;al serait d'avoir, &#224; chaque instant, sous le pied, juste le d&#233;veloppement qui conviendrait &#224; la force disponible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, c'est de cet id&#233;al que s'efforce de s'approcher le pignon ovale dont on peut critiquer le trac&#233; et l'orientation par rapport &#224; la manivelle, mais dont le principe est inattaquable.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que j'ai fini par m'expliquer les r&#233;sultats favorables que j'obtenais du pignon ovale &#224; la mont&#233;e, contre le vent, bref toutes les fois que j'avais &#224; tirer de mes muscles tout ce qu'ils pouvaient donner, tandis que, lorsque je p&#233;dalais n&#233;gligemment, en palier, avec vent favorable, ou &#224; la descente, j'&#233;tais plut&#244;t g&#234;n&#233; par l'irr&#233;gularit&#233; d'un d&#233;veloppement passant, &#224; chaque tour de p&#233;dale, d&#8221;un minimum &#224; un maximum. Il m'a fallu apprendre &#224; p&#233;daler d'une certaine fa&#231;on, en appuyant moins de 11 &#224; 4 et davantage de 4 &#224; 7, faute de quoi l'&#233;lan que je donnais &#224; ma machine, quand la pression montait de 30 &#224; 160 livres, &#233;tait tel que la p&#233;dale m'&#233;chappait quand j'entrais dans la zone de d&#233;croissance de 160 &#224; 30 livres. Mais, toute m&#233;daille n'a-t-elle pas son revers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? En tout cas, le pignon ovale n'est pas, comme le Ballon, un de ces perfectionnements qui obligent &#224; changer de machine et il suffit, quand on est polyx&#233; par d&#233;railleur de n'importe quel syst&#232;me, de remplacer la roue dent&#233;e du p&#233;dalier ou d'y faire juxtaposer un pignon ovale du m&#234;me nombre de dents, ce qui permet de se rendre compte, par un simple d&#233;placement de la cha&#238;ne, des avantages et des inconv&#233;nients, en toutes circonstances, de cette vieille nouveaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici donc, apr&#232;s Saint-Chamond. grimpant &#224; la Croix-de-Chaubouret et bient&#244;t un premier raidillon m'oblige &#224; descendre &#224; 3 m. 50, mais je reviens bient&#244;t &#224; 6 m&#232;tres que je conserverai jusqu'au pont du barrage o&#249; je me mets en tenue de travail. Le soleil est d&#233;j&#224; haut et la premi&#232;re su&#233;e de la journ&#233;e ne tardera pas &#224; se d&#233;clancher, entra&#238;nant avec elle les substances mortif&#232;res qui stagnent dans les tissus et qui ne peuvent s'&#233;liminer que par la peau. D&#232;s que ce nettoyage des tissus est effectu&#233;, on se sent plus l&#233;ger, plus vigoureux, plus gai, plus heureux de vivre et la p&#233;dale semble plus l&#233;g&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on est, comme j'ai l'habitude de le dire, sous pression&#160;: le c&#339;ur bat &#224; son rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, les poumons s'a&#232;rent &#224; fond, les &#233;changes deviennent plus actifs, les sensations s'avivent, bref la vie s'intensifie et l'on &#233;prouve des jouissances mentales inconnues &#224; ceux qui somnolent dans leurs voilures ou qui, riv&#233;s &#224; des engins filant &#224; 60, 80 &#224; l'heure, ne voient que la route et ne pensent qu'&#224; &#233;viter les dangers qui les menacent continuellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis Saint-Chamond, la vall&#233;e du Gier est rest&#233;e dans l'ombre et la route ensoleill&#233;e la c&#244;toie d'assez haut pour qu'on puisse se repr&#233;senter combien cette gorge &#233;troite et sombre dut &#234;tre agr&#233;able avant l'envahissement des usines. Par endroits, cependant, elle a conserv&#233; son caract&#232;re primitif et au point o&#249; le barrage, issu d'une autre vall&#233;e, jette son trop-plein dans le Gier, il semble qu'on domine un gouffre de verdure et de fra&#238;cheur. A ce moment, la vue s'&#233;l&#232;ve &#224; droite jusqu'&#224; la ligne de fa&#238;te o&#249; s'ouvre le col de la Bar-hanche vers lequel se dirige une route encore inachev&#233;e, dont le pourcentage de pente sera, m'a-t-on dit, moins accentu&#233; que celui qui va, pendant dix kilom&#232;tres, me faire regretter le 2 m. 80 de ma Quadrimono. Le 9&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui pr&#233;c&#232;de le lieu dit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Trois-Heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m'est dur avec 3 m. 50&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol a &#233;t&#233;, heureusement, jusque-l&#224;, bien meilleur que je ne m'y attendais et mon allure assez vive pour que je polisse la r&#233;duire un peu sans compromettre mon horaire. Les deux virages en &#233;pingle &#224; cheveux au-dessus de La Valla, si mauvais autrefois, sont goudronn&#233;s et l'on peut les prendre &#224; la corde malgr&#233; leur raideur. C'est l'automobile qui nous vaut cela, remercions-l'en. Il doit se faire un assez important trafic de voyageurs entre Saint-Chamond et Le Bessat &#224; en juger par les nombreux autocars que je croise vers Trois-Heures et qui descendent &#224; vide pour remonter dare dare au complet. A part cela, la route est tranquille et assez d&#233;serte pour nue mon &#233;piderme, que le soleil r&#244;tit, n'y offusque personne. Ouelle bonne chose qu'un tel bain de soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et combien de germes morbides doivent &#234;tre tu&#233;s dans l'oeuf par ses rayons bienfaisants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le costume f&#233;minin est. &#224; ce point de vue, beaucoup mieux compris que le n&#244;tre et la mode, depuis quelques ann&#233;es, condescend &#224; se rapprocher de la Nature pour le grand&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! bien de nos compagnes qui exposent continuellement au grand air beaucoup plus d'&#233;piderme que nous n'osons en d&#233;couvrir. Souhaitons donc nue cette mode hygi&#233;nique persiste et que, s'&#233;tendant jusqu'&#224; nous, elle nous d&#233;barrasse du pantalon hideux, du faux col carcan et qu'au-dessus de la ceinture, elle nous permette de sortir, au moins pendant la canicule, aussi peu v&#234;tus que les femmes. N'oublions pas que si nous respirons surtout par les poumons, nous respirons aussi par la peau et que, plong&#233;s dans le fluide vital qu'est l'air ensoleill&#233; et tonifi&#233; par les effluves innombrables de la nature, nos pores s'ouvrent et absorbent et laissent p&#233;n&#233;trer, jusqu'&#224; nos plus intimes cellules, la sant&#233;, l'&#233;nergie, la vie. Plus le v&#234;tement les couvre et les isole de l'ext&#233;rieur, plus nous les condamnons &#224; la maladie, &#224; la faiblesse, &#224; la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
A s'&#233;lever ainsi au flanc des montagnes, on &#233;prouve grande satisfaction en voyant peu &#224; peu s'abaisser les sommets et descendre, derri&#232;re soi, un long ruban de route &#224; replis tortueux. Ce plaisir, que je go&#251;terai aujourd'hui &#224; plusieurs reprises et presque jusqu'&#224; a sati&#233;t&#233;, finit &#224; la Croix-de-Chaubouret, &#224; 8 heures et demie, et, apr&#232;s une halte sous quelques arbres, &#224; l'abri des regards, pour m'&#233;ponger, car je suis ruisselant, et me couvrir en vue de la longue descente de 15 kilom&#232;tres qui m'am&#232;nera &#224; Bourg-Argental, je me laisse aller, sans vitesse, car la route, quoique tr&#232;s bonne dans son ensemble, tend parfois des emb&#251;ches devant mes roues et ma chute d'Andance est encore trop r&#233;cente pour que je l'aie oubli&#233;e. Jusqu'&#224; Graix, la vue s'&#233;tend sur un paysage large et tr&#232;s agr&#233;able quoique moins imposant que celui qu'on a eu sous les yeux pendant la mont&#233;e et que dominaient les cr&#234;tes bois&#233;es et les contreforts du Pil&#226;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, apr&#232;s ce petit village, qui n'a pas encore su devenir une station estivale, quoiqu'il soit admirablement situ&#233;, &#224; proximit&#233; de bois profonds et d'eaux claires et abondantes, apr&#232;s Graix, on p&#233;n&#232;tre dans une gorge &#233;troite et l'on roule sur une petite route sinueuse qu'on a vue, de l&#224;-haut, se glisser comme un serpent entre deux montagnes, route dangereuse sans qu'il y paraisse, car l'on n'y voit jamais &#224; plus de 50 m&#232;tres et il faut y tenir rigoureusement sa droite si l'on ne veut pas avoir la d&#233;sagr&#233;able surprise de tomber, &#224; quelque tournant, sur une automobile.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 9 heures et demie, je m'&#233;loigne de Bourg-Argental&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sit&#244;t la gare pass&#233;e, je me remets sur 3 m. 50 et en tenue l&#233;g&#232;re. Il ne s'agit, pourtant, que de s'&#233;lever d'environ 500 m&#232;tres jusqu'&#224; Burdigne, mais en 6 kilom&#232;tres seulement et la rampe est carabin&#233;e. On a, &#231;&#224; et l&#224;, pendant ce court trajet, &#224; droite et &#224; gauche, de jolis coins de nature qui distraient et qui retiennent mon attention, d'autant plus qu'il y a bien longtemps, vingt ans peut-&#234;tre, que je n'ai pass&#233; l&#224;. Revoir et refaire des routes parcourues autrefois a peut-&#234;tre plus d'attrait, pour qui a vieilli, que la vue de r&#233;gions nouvelles auxquelles aucun souvenir ne se rattache. Apr&#232;s un passage particuli&#232;rement dur, j'aper&#231;ois soudain le clocher de Burdigne et la rampe s'adoucit l&#233;g&#232;rement jusqu'au village qui n'a rien pour plaire aux estivants, si ce n'est l'air pur qu'on y respire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les bois sont loins, l'eau est rare et la vue n'est pas tr&#232;s &#233;tendue. Burdigne est &#224; mi-chemin des cent kilom&#232;tres de V&#233;locio, et je revois soudain, comme si c'&#233;tait d'hier, la silhouette effondr&#233;e d'un jeune mono&#239;ste qui avait pu arriver jusqu'ici o&#249; je l'avais pr&#233;c&#233;d&#233; de trente minutes avec mon 2 m. 80, tandis qu'il s'&#233;tait ext&#233;nu&#233; &#224; pousser son unique 6 m&#232;tres, pour, en fin de compte, finir pedibus cum jambis, lamentablement, car il n'avait pas l'envergure des professionnels, Fischer, Muller, Aucouturier, etc.. , que nous v&#238;mes, en 1902, grimper au Tourmalet au pas gymnastique en poussant leur b&#233;cane. Il avait eu beaucoup de peine &#224; arriver, sans mettre pied &#224; terre, au col de Chaubouret, puis la descente&lt;br class='autobr' /&gt;
l'avait repos&#233;, &#224; tel point qu'il s'&#233;tait cru, &#224; Bourg-Argental, aussi frais qu'au d&#233;part et qu'il avait attaqu&#233; en vitesse, me laissant loin derri&#232;re, le premier kilom&#232;tre de la mont&#233;e de Burdigne. Mais il avait &#233;t&#233; victime d'une illusion commune &#224; beaucoup de cyclistes insuffisamment entra&#238;n&#233;s ou trop multipli&#233;s qui ne se sentent jamais si bien dispos&#233;s que cinq minutes avant de s'effondrer, comme la lampe, au moment de s'&#233;teindre, jette une flamme plus vive. Cela m'arriva un certain jour o&#249;, mont&#233; sur un de mes carrosses de gala, je m'&#233;tais efforc&#233; de suivre des compagnons arm&#233;s de l&#233;g&#232;res randonneuses. Nous avions n&#233;goci&#233;, &#224; bonne allure, environ 70 kilom&#232;tres et nous rentrions de Saint-Germain-Laval &#224; Bo&#235;n. Il y a l&#224; quelques montagnes russes et je venais de r&#233;pondre &#224; mes amis qui r&#233;clamaient le d&#233;jeuner, que rien ne pressait, que nous nous arr&#234;terions seulement &#224; Bo&#235;n et que nous pouvions aller un peu plus vite, quand, &#224; l&#224; premi&#232;re petite rampe qui se pr&#233;senta, au premier effort que je fis, tout se mit &#224; tourner autour de moi et je tombai plut&#244;t que je ne mis pied &#224; terre. Je m'&#233;tais trop d&#233;pens&#233; et, sans doute aussi, insuffisamment aliment&#233;, mais cinq minutes avant de m'effondrer je m'&#233;tais senti plein de vigueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ph&#233;nom&#232;ne est fr&#233;quent, aussi ne fus-je pas surpris de retrouver, &#224; un kilom&#232;tre de Bourg-Argental, mon p&#233;tulant mono&#239;ste, assis sur le talus, la mine d&#233;confite. Il me dit que &#231;a n'allait pas, qu'il avait besoin de manger et qu'il pourrait repartir dans un moment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je lui proposai l'&#233;change des machines, mais il n'en voulut rien savoir, sa mono lui suffisait. Je le quittai au moment o&#249; il se remettait en selle et il lui fallut une heure pour faire, &#224; pied plus souvent qu'en machine, les cinq derniers kilom&#232;tres. Je le trouvai vraiment tr&#232;s &#233;nergique, mais il &#233;tait, &#224; Burdigne, au bout de son rouleau et convaincu de la n&#233;cessit&#233; du changement de vitesse dans les pays accident&#233;s o&#249; il n'avait jamais fr&#233;quent&#233; jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Burdigne, la route, par un large coude &#224; droite, grimpe encore, mais faiblement et passe sur un &#233;peron qui masque la vue du Tracol et de la vall&#233;e haute de la D&#233;ome. Puis commence la jolie descente en pente douce qui aboutit &#224; Saint-Sauveur et au cours de laquelle on a constamment sous les yeux le beau panorama qui s'&#233;tend de la for&#234;t de Tallard jusqu'&#224; nos Grands-Bois et m&#234;me jusqu'au Pilat&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; plusieurs reprises, j'aper&#231;ois, au fond de la vall&#233;e que je surplombe presque par moments, la route dont toutes les bornes me sont famili&#232;res, qui, de Bourg-Argental, monte au Tracol et celle, plus connue encore, qui va de Saint-Sauveur au col des Grands-Bois. Il faut croire que j'aime les routes pour elles-m&#234;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces menues lignes blanches qui grimpent hardiment au flanc des montagnes ou serpentent paresseusement dans le creux des vallons, soit qu'elles me rappellent des excursions pr&#233;c&#233;dentes, soit qu'elles &#233;veillent en moi le d&#233;sir de les cycler, sont une des premi&#232;res choses que je rep&#232;re dans un paysage.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en prends maintenant tout &#224; fait &#224; mon aise, car n'&#233;tant pas soutenu, comme le dirait le Docteur Ruffier, par l'amour-propre de r&#233;duire &#224; quia des mono&#239;stes r&#233;calcitrants, je trouve fastidieuse la fin des cent kilom&#232;tres de V&#233;locio, surtout avec la temp&#233;rature s&#233;n&#233;galienne qui va crescendo. Le Tracol, Duni&#232;res, Marlhes, Saint-Genest, tout cela me para&#238;t, sous l'ardent soleil qui monte au z&#233;nith, peu attrayant. De Saint-Sauveur, je remonterai donc tout simplement au col des Grands-Bois, plus &#233;lev&#233; m&#234;me que le Tracol, et j'irai d&#233;jeuner, &#224; midi et demi, sur le plateau de la R&#233;publique o&#249; je serai beaucoup mieux qu'&#224; Saint-Genest. Cela n'en fera pas moins de 76 &#224; 80 kilom&#232;tres et plus de 2.000 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation pour une matin&#233;e de 6 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l&#226;che donc ici l'itin&#233;raire V&#233;locio et pour l'instant, je barbote dans un ruisseau, sous de frais ombrages, en croquant mon quignon de secours pr&#233;alablement tremp&#233; dans l'eau, une fa&#231;on de boire et de manger en m&#234;me temps. Je suis &#224; mi-chemin de Burdigne &#224; Saint-Sauveur et je vois se tortiller, sur le versant oppos&#233;, les 12 kilom&#232;tres de mont&#233;e qui me restent &#224; faire et qui me vaudront une troisi&#232;me su&#233;e hyperhygi&#233;nique. Il convient donc de se lester de carburant en vue de ce dernier effort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#226;ce &#224; Dieu, j'ai des ballons, sans quoi j'aurais &#233;t&#233; s&#251;rement d&#233;barqu&#233; en arrivant &#224; grande allure et sans que rien ne m'en ait averti, dans un rechargement qui couvre toute la route pendant 50 m&#232;tres. Heureusement, &#224; ce moment, je tenais ferme mon guidon et j'en suis quitte pour valser sur le lit de cailloux. Mais ne trouvez-vous pas que les Ponts et Chauss&#233;es en prennent bien &#224; leur aise avec les usagers de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ici, des lits de torrent, des fondri&#232;res, des pistes de sable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224;, des tas de pierres grosses comme des briques cass&#233;es et &#233;pandues &#224; la pelle, au petit bonheur. Je ne sais trop comment l'aventure se serait termin&#233;e si je n'avais pas eu des ballons qui ont att&#233;nu&#233; la brutalit&#233; de cette rencontre impr&#233;vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Saint-Sauveur, je revins au costume sommaire qui convient &#224; ce temps de canicule, et dont la l&#233;g&#232;ret&#233; m'a valu, parfois, d'&#234;tre interpell&#233; par des douairi&#232;res&#160;:
&lt;br /&gt;&#8212; Comment osez-vous vous montrer ainsi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Eh&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Madame, la faute en est &#224; vous-. m&#234;me.
&lt;br /&gt;&#8212; Comment cela&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Nous avez-vous, par hasard, mis au monde avec faux col et manchettes et pouvons-nous avoir un plus beau v&#234;tement que celui que vous nous avez donn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les pr&#233;jug&#233;s les plus absurdes ont une force contre laquelle on ne s'insurge pas impun&#233;ment. Afin de m&#233;nager la ch&#232;vre et le chou (mettons que je sois le chou), il faut que je combine quelque chose qui nous d&#233;couvre et nous recouvre instantan&#233;ment des pieds &#224; la t&#232;te, l&#224; devant la nature, ici devant l'humanit&#233; num pecus.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'admets pourtant l'ample et traditionnelle feuille de vigne, voire le flottant des coureurs afin de ne pas faire entrer en p&#226;moison la plus belle moiti&#233; du genre humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour peu, d'ailleurs, que les femmes continuent, en se d&#233;v&#234;tant chaque jour davantage, d'offrir &#224; nos regards charm&#233;s tout ce qu'elles peuvent de ce qu'on est convenu d'appeler des appas, l'heure de l'hygi&#232;ne absolue et lib&#233;ratrice ne tardera pas &#224; sonner aussi pour nous, malheureux sacrifi&#233;s, et nous chanterons tous en ch&#339;ur, avec Boileau&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Rien n'est beau que le nu, le nu seul est aimable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> Excursions du &#8220;Cycliste&#8221; mars avril 1927 </title>
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		<description>
&lt;p&gt;Je ne retiendrai que deux de mes excursions dominicales de f&#233;vrier et de mars, celles qui eurent pour objet l'&#233;tude, sur le terrain, de la bicyclette ballon, tant au point de vue Confortable qu'au point de vue Rendement. Le 21&#160;f&#233;vrier, je venais de recevoir cette machine dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233; dans le pr&#233;c&#233;dent Cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle &#233;tait encore monox&#233;e &#224; 4 m. 70 et quoique l'itin&#233;raire que j'avais choisi ne fut pas tr&#232;s accident&#233;, il l'&#233;tait assez pour me mettre en &#233;chec avec une machine poussive.&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne retiendrai que deux de mes excursions dominicales de f&#233;vrier et de mars, celles qui eurent pour objet l'&#233;tude, sur le terrain, de la bicyclette ballon, tant au point de vue Confortable qu'au point de vue Rendement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21&#160;f&#233;vrier, je venais de recevoir cette machine dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233; dans le pr&#233;c&#233;dent Cycliste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle &#233;tait encore monox&#233;e &#224; 4 m. 70 et quoique l'itin&#233;raire que j'avais choisi ne fut pas tr&#232;s accident&#233;, il l'&#233;tait assez pour me mettre en &#233;chec avec une machine poussive. Mais, d&#232;s le d&#233;part, &#224; 7 h. 1/2, sur le pav&#233;, .je sens que j'ai sous moi une monture &#224; grand * rendement et je tourne all&#232;grement &#224; mon maximum de 80 &#224; 90 t.-m. Au pav&#233; succ&#232;de la route bitum&#233;e, toujours en pente douce, puis quelques mont&#233;es, le raidillon de la Fouillouse et me voici &#224; la Gouvonni&#232;re avec 25 km. de plaine devant moi jusqu'&#224; Feurs o&#249; j'arrive &#224; 9 h. 25. Ma cadence moyenne pendant ces 39 km. a donc &#233;t&#233; de 70 t.-mn.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'en serais pas cru capable, et les pneus Ballon y sont bien pour quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peu gonfl&#233;s, ils ont bu les menus obstacles et je n'ai eu qu'&#224; entretenir le mouvement, tandis que de petits pneus gonfl&#233;s &#224; bloc ont leur &#233;lan bris&#233; par les moindres asp&#233;rit&#233;s, vous secouent terriblement et nous obligent &#224; de continuels d&#233;marrages.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Feurs, je tourne &#224; droite et me dirige vers les monts du Lyonnais, que je veux explorer dans la direction de Saint-Just-la-Pendue, afin de reconna&#238;tre la route que je compte suivre pour aller sous peu aux Echarmeaux. Il s'agit de savoir s'il vaut mieux, de Feurs, gagner Saint-Just par Cottance et Sainte-Colombe, ou par Balbigny et Sainl-Marcel-de-F&#233;lines. Ce n'est pas toujours, en effet, le chemin qui, sur la carte, semble le plus direct qui est le plus vite, et tel sera le cas aujourd'hui. La rampe qui aboutit &#224; Cottance est longue, mais elle n'est pas trop dure pour mon unique 4 m. 70. Le temps est superbe, le froid est vif et au loin, devant moi, je vois les sommets couverts de neige. Il y a eut ce jour-l&#224; un concours de skis au Cessat et j'avais, chemin faisant, admir&#233; la merveilleuse situation de notre ville, centre de s&#233;jours vari&#233;s, et combien la Nature nous donnait &#224; tous &#224; si peu de distance, g&#233;n&#233;reusement et en meme temps, ce qu'il nous fallait&#160;: de beaux champs de neige aux skieurs, du beau temps sec et de clairs horizons aux randonneurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avouons que nous ne sommes pas trop mal sur cette terre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on peut toujours assur&#233;ment esperer mieux, mais ni les houris du paradis de Mahomet, ni beuveries sans fin du Wahalla-ni m&#234;me la b&#233;atitude &#233;ternelle du ciel&lt;br class='autobr' /&gt;
boudhiste n'ont pour moi autant d'attrait que le cyclotourisme et la vie du plein air, surtout quand il fait le temps d'aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas de carte, selon ma mauvaise habitude, et je sais que beaucoup de chemins se croisent et s'entrecroisent clans la direction o&#249; je vais. Il s'agit de ne pas trop s'&#233;garer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai la chance de trouver &#224; Cottance un brave homme qui prend la peine de me tracer sur un papier mon meilleur itin&#233;raire&#160;: en vue de Montchal, au lieu de descendre sur Sainte-Agathe d'o&#249; je ne sortirais que par une rampe tr&#232;s dure, continuer pendant quelques kilom&#232;tres en direction de Bussi&#232;res et, par un tron&#231;on de route tout r&#233;cemment ouvert &#224; la circulation, que les cartes n'indiquent pas encore, rejoindre la route de Bussi&#232;res &#224; Violay, qu'il faudra suivre jusqu'au Grand-Remblai. A cette bifur, prendre &#224; gauche la route de Sainte-Colombe d'o&#249; je gagnerai ais&#233;ment Saint-Just-la-Pendue.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m'&#233;levant &#224; 10 ou 12 &#224; l'heure, j'avais eu une jolie vue du grand bourg de Rozier-en-Donzy, s'&#233;talant au soleil &#224; mi-coteau sur l'autre versant du ravin, puis le clocher de Cottance m'&#233;tait apparu fi&#232;rement camp&#233;e sur une &#233;minence rocheuse, comme une sentinelle inspectant l'horizon. Ensuite la descente m'entra&#238;na et mes ballons firent merveille&#160;: ils buvaient cailloux et t&#234;tes de chat et aplanissaient la route sous mes roues, si bien que non seulement le cycliste, mais encore la bicyclette &#233;chappaient aux tr&#233;pidations. Et les tr&#233;pidations, il faut bien qu'on le comprenne, sont pour moiti&#233; dans la fatigue g&#233;n&#233;rale apr&#232;s une longue &#233;tape.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je laisse donc Sainte-Agathe &#224; droite et je continue en rampe douce ou palier, l'&#339;il aux aguets pour ne pas manquer la nouvelle route qui doit m'amener au Grand-Remblai. La voici, le long' d'un bois taillis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle monte &#224; droite, molle et boueuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il faut appuyer, mais ce n'est pas long et je roule bient&#244;t dans la neige et la glace qui jalonnent la route de Bussi&#232;res &#224; Violay&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je c&#244;toie les sommets blancs de neige que j'avais rep&#233;r&#233;s en montant &#224; Cottance. Je suis ici au point culminant de mon itin&#233;raire et c'est par une l&#233;g&#232;re descente que j'arrive au Grand-Remblai, apr&#232;s avoir tourn&#233; autour de Sainte-Agathe. Une longue descente face au nord m'entra&#238;ne, le vend froid m'oblige &#224; me couvrir, on ne prend jamais trop de pr&#233;cautions et je ne cesse de recommander aux jeunes gens qui sortent avec moi de se d&#233;v&#234;tir autant qu'ils le voudront &#224; la mont&#233;e, mais de se couvrir plut&#244;t trop que pas assez &#224; la descente. On a fait souvent &#224; la bicyclette le reproche de nous rendre malades. Evidemment, comme tous les sports o&#249; le repos succ&#232;de &#224; l'effort et le froid au chaud, la bicyclette peut tr&#232;s bien vous envoyer ad patres si mouill&#233; de sueur, on se laisse descendre &#224; toute allure dans un brouillard froid et humide, sans s'&#234;tre envelopp&#233; dans un imperm&#233;able ou tout au moins bard&#233; de papiers. Ce moyen simple et peu co&#251;teux de se pr&#233;munir contre les refroidissements n'est pas assez utilis&#233;. Un journal roul&#233; autour du corps est un merveilleux plastron contre la bise, relev&#233; jusqu'au menton il prot&#232;ge le cou, gliss&#233; sous la culotte et sous les bras il d&#233;fend les cuisses, les genoux et les mollets contre l'humidit&#233; du v&#234;tement apr&#232;s une averse sto&#239;quement re&#231;ue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un bourron de papier gliss&#233; dans le dos entre la peau et la chemise ou le maillot mouill&#233; de sueur vous met &#224; l'abri de cette douloureuse sensation de froid entre les &#233;paules, pr&#233;lude de pneumonie, que laisse le linge humide. Bref, le papier est un excellent agent de th&#233;rapeutique pr&#233;ventive. Il est une des deux choses qui m'ont toujours inspir&#233; le plus grand respect et que je me ferais scrupule de gaspiller&#160;: le papier dont on fait le livre, nourriture de l'esprit&#160;: le bl&#233; dont on fait le pain, nourriture du corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des passages boueux succ&#232;dent aux passages neigeux ou glac&#233;s &#224; mesure que l'altitude diminue et m'obligent &#224; la prudence&#160;: mais enfin je trouve la route libre et je mets pied &#224; terre bient&#244;t &#224; Sainte-Colombe dont j'ai vu tout &#224; coup, &#224; un tournant, le clocher pointu sortir de terre. Quatre routes se rencontrent dans ce village, celle qui m'y am&#232;ne, celle qui va &#224; Saint-Cyr-de-Valorges. celle qui va me conduire &#224; Saint-Just-la-Pendue et celle qui va &#224; X&#233;ronde. On m'y donne complaisamment les renseignements que je demande, et quelques kilom&#232;tres de descente me d&#233;posent au pied du mamelon sur lequel se d&#233;ploient les maisons et les usines de Saint-Just, devant un poteau indicateur qui m'indique &#224; droite Chirassimont &#224; 6 km. C'est par l&#224; que je passerai pour aller aux Echarmeaux. Une derni&#232;re rampe tr&#232;s accessible &#224; mon unique 4 m. 70 et, sans entrer dans le bourg, j'entame la descente &#224; peine interrompue par deux ou trois l&#233;g&#232;res contrepentes qui va me ramener sur la nationale 82, puis &#224; Balbigny et &#224; Feurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais 12 heures sonnent, il est temps de se mettre &#224; table&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je trouve bient&#244;t une id&#233;ale salle &#224; manger o&#249;, en plein soleil, abrit&#233; du vent par un petit bois, je puis en toute tranquillit&#233;, sur la route d&#233;serte, manger lentement en l'ensalivant avec art, afin de l'envoyer dans l'estomac, pr&#234;t &#224; une digestion facile et une assimilation int&#233;grale, un gros morceau de pain d'au moins deux cents grammes que j'avais emport&#233; en pr&#233;vision de cet agr&#233;able interm&#232;de. Un instant apr&#232;s, je m'arr&#234;te &#224; Saint-Marcel-de-F&#233;lines devant un mignon castel v&#234;tu de lierre, entour&#233; d'un foss&#233; sans eau ni grenouilles, mais prot&#233;g&#233; par un petit mur et qui fait un tr&#232;s joli d&#233;cor. Deux routes devant moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'informe et une dame, une cons&#339;ur&lt;br class='autobr' /&gt;
cycliste sans doute, me r&#233;pond&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Vous n'avez qu'un frein, faites le grand tour, la vieille route descend trop.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et je fais le grand tour surpris et reconnaissant de cette bienveillante recommandation, car je n'ai qu'un frein, en effet&#160;: moi qui pr&#234;che &#224; tous la prudence, j'ai commis cette imprudence de m'aventurer dans la montagne avec un seul frein&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et cela ne m'emp&#234;chera pas de passer, quelques minutes plus tard, &#224; la vitesse limite d'au moins 50 &#224; l'heure devant la borne 19 de la nationale, entra&#238;n&#233; par la pente et pouss&#233; que je suis par le vent du nord. Il aurait pu m'en cuire, car dans une sortie subs&#233;quente, ce frein dont je me croyais s&#251;r, ayant perdu un &#233;crou, un seul petit &#233;crou, fit banqueroute au moment o&#249; j'en eus besoin et je ne sais ce qu'il serait advenu si je n'avais eu un second frein &#224; ma disposition. Avec les garde-boue se prolongeant devant la fourche de direction qui sont maintenant &#224; la mode, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de freiner en cas de n&#233;cessit&#233; en appuyant le pied sur le pneu comme je l'ai fait souvent. Mon m&#233;tier d'essayeur de machines m'a parfois contraint &#224; faire des descentes avec des freins insuffisants et j'ai d&#251; avoir recours au syst&#232;me D plus d'une fois, soit en improvisant quelque frein de fortune, soit en usant sur le pneu la semelle de mes sandales. A Feurs, je suis tr&#232;s en avance sur mon horaire, j'en profite pour m'arr&#234;ter pr&#232;s de deux heures dans une maison amie, puis par de jolis petits chemins bord&#233;s de bois et d'&#233;tangs, je vais &#224; travers la plaine retrouver la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G. C.&lt;/span&gt; 10 qui me soustraira &#224; la cohue des autos et qui, par Saint-Cyr-les-Vignes, Saint-Galmier et La Fouillouse, m'am&#232;nera &#224; Saint-Etienne avant la nuit avec 140 km., dont seulement 200 m&#232;tres faits &#224; pied, &#224; l'actif de ma bicyclette Ballon monox&#233;e, pour sa premi&#232;re excursion dominicale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde eut lieu le 20&#160;mars, Jupiter Pluvius ayant s&#233;vi sur les autres dimanches de ce mois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle eut pour but le col des Echarmeaux. Entre temps, ma &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Ballon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avait atteint et m&#234;me largement d&#233;pass&#233; ses premiers 500 kilom&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle avait maintenant deux freins et deux vitesses (3 m. 50 et 6 m. 10) par flottante et elle ignorait encore (elle les ignore toujours) les affres (les crevaisons par clous, &#233;pines, pin&#231;ons et autres en-, remis jur&#233;s des pneumatiques, mais elle pesait aussi 700 grammes de plus avec pompe de cadre et sacoche garnie, c'est-&#224;-dire 15 kg. 200, poids tr&#232;s raisonnable, &#224; mon avis, pour une polyx&#233;e de voyage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lisais l'autre jour dans Cycling un article dithyrambique en faveur des bicyclettes l&#233;g&#232;res. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si le cyclisme prenait un nouvel essor, &#233;crivait l'auteur, c'est qu'on s'&#233;tait enfin d&#233;cid&#233; &#224; l&#226;cher les superdreadnougts et qu'on &#233;tait venu &#224; la machine l&#233;g&#232;re.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Mais quel &#233;tait le poids de cette machine l&#233;g&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'en &#233;tait pas question. J'ai compris cependant qu'il s'agissait d'une bicyclette &#224; roues de 65 et &#224; petits pneus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il para&#238;t qu'on s'envole l&#224;-dessus. Sur de tr&#232;s bonnes routes &#224; sol ferme et uni, je n'y contredis pas, mais je voudrais comparer ces merveilles de l&#233;g&#232;ret&#233; avec ma bicyclette Ballon au cours d'une randonn&#233;e dominicale sur nos routes fran&#231;aises. Et cette l&#233;g&#232;ret&#233;, de combien de kilog s'alourdit-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Car enfin elle n'est pas impond&#233;rable et quand on la met sur la balance, elle accuse bien un certain poids&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Est-elle moins lourde que ma Sumbeam de 1892 qui, avec carter, garde-boue et pneus de 50mm. n'atteignait pas 10 kg. et qui roule toujours. Quand on me vante les m&#233;rites d'une bicyclette l&#233;g&#232;re, je la suspends d'abord au crochet de ma romaine et je constate neuf fois sur dix que, nue, elle oscille entre 13 et 14 kg., tout comme une bonne routi&#232;re, &#224; 500 gr. pr&#232;s. Je crains qu'on ne se fasse de grandes illusions sur cette question de l&#233;g&#232;ret&#233; et, pour en revenir &#224; ce qui nous int&#233;resse le plus en ce moment, je reste persuad&#233; que des pneus de 50mm peu gonfl&#233;s, permettront de faire tout le reste de la machine plus l&#233;ger que des pneus de 28 gonfl&#233;s &#224; bloc et que la bicyclette la plus l&#233;g&#232;re sera en d&#233;finitive la bicyclette Ballon. Il n'est question ici, comprenons-nous bien, que de machines de route et de tourisme par monts et par vaux, et non de machines de piste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon programme me faisait, le 20&#160;mars, partir de grand matin, afin de pouvoir rentrer avant la nuit, malgr&#233; les 230 km. que j'avais &#224; &#233;grener, et, &#224; 4 h. 30, je laissai Saint-Etienne derri&#232;re moi. Bien que la nuit m'ait g&#234;n&#233; pendant une bonne demi-heure et que mon allure eu ait &#233;t&#233; ralentie, gr&#226;ce &#224; mes ballons et &#224; mon 6 m&#232;tres, j'atteins Feurs en moins de deux heures. A Balbigny, au lieu de suivre la nationale et d'aller &#224; Saint-Just-la-Pendue par Saint-Marcel-de-F&#233;lines. route que j'ai, il y a un mois, reconnue comme la meilleure, me vient l'id&#233;e de suivre une autre route, plus directe encore, m'avait-on dit. Je m'efforce d'obtenir des renseignements, car je n'ai toujours pas de carte, mais ils sont impr&#233;cis et quand je me trouve, apr&#232;s quatre ou cinq kilom&#232;tres, &#224; un carrefour o&#249; cinq routes se rencontrent. je deviens tr&#232;s perplexe. Un poteau m'indique N&#233;ronde &#224; droite, un autre Saint-Marcel &#224; gauche et un troisi&#232;me Ste-Colombe en face, trois bourgades o&#249; je ne dois pas passer&#160;: mais la cinqui&#232;me route n'a pas de poteau et va justement dans la direction de Saint-Just. Pas &#226;me qui vive &#224; qui je puisse demander un renseignement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une grosse ferme est pourtant l&#224;, o&#249; plus de cent poules, picorant caquetant, semblent attendre la p&#226;t&#233;e matinale, mais c'est en vain que j'appelle et que je frappe &#224; l'huis, personne ne r&#233;pond. Apr&#232;s une longue attente, je me d&#233;cide &#224; placer ma&lt;br class='autobr' /&gt;
cha&#238;ne sur 3 m. 50 et j'attaque la route sans poteau, qui grimpe ferme. .J'en avais enlev&#233; quelques centaines de m&#232;tres et &#224; certains indices, des doutes m'&#233;taient venus sur son aboutissement, quand je rencontre enfin un gar&#231;onnet qui m'apprend que cette route est le chemin priv&#233; d'une propri&#233;t&#233; et s'arr&#234;te &#224; un ch&#226;teau. Je n'ai plus qu'&#224; tourner bride, mais j'interroge encore&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Et comment va-t-on &#224; Saint-Just-la-Pendue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; Ceux qui vont &#224; Saint-Just, r&#233;pond l'enfant, prennent la route de Sainte-Colombe. Ainsi ferai-je donc et s'il ne m'arrive pas trop de m&#233;saventures de ce genre, je serai tout de m&#234;me &#224; midi au col des Echarmeaux. Un moment apr&#232;s, je suis rattrap&#233; par un cycliste que mes pneus et. ma cha&#238;ne flottante intriguent depuis qu'il m'a aper&#231;u&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a jamais rien vu de tel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il a cru un moment que j'allais perdre ma cha&#238;ne et que mon pneu arri&#232;re &#233;tait &#224; plat. Je lui demande tout d'abord mon chemin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rassur&#233; de ce c&#244;t&#233;, je lui explique pourquoi ma cha&#238;ne flottait et pourquoi mes pneus &#233;taient aussi peu gonfl&#233;s, que tout cela &#233;tait combin&#233; pour me permettre d'aller plus vite et plus loin en me fatiguant moins. &#8212; Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#231;a, par exemple, fit-il, je voudrais bien le voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je l'invitai alors &#224; venir avec moi, mais il &#233;tait arriv&#233; et il disparut dans un chemin de traverse, devant un poteau qui m'indiquait enfin Saint-Just &#224; cinq ou six kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux contrepentes qui me firent plonger successivement au fond de deux ravins et deux bonnes remont&#233;es m'amen&#232;rent &#224; penser que cette route directe, plus courte peut-&#234;tre de 500 m&#232;tres, est en r&#233;alit&#233; moins vite que celle qui passe par Saint-Marcel et qui ne comporte que de tr&#232;s l&#233;g&#232;res contrepentes. Me voil&#224; donc bien document&#233; sur l'odographie de toute cette r&#233;gion. De Saint-Just &#224; Ghirassimont, longue descente suivie d'une longue mont&#233;e. Le soleil a fini par vaporiser la gel&#233;e blanche qui couvrait la plaine et l'on commence &#224; sentir les effluves printaniers&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'eau ruisselle .partout, les prairies reverdissent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'arr&#234;te quelques minutes pour croquer un premier quignon. Depuis longtemps, j'ai repris mon 6 m&#232;tres et comme les d&#233;placements de la cha&#238;ne en flottante ne me sont pas toujours faciles &#224; effectuer sans mettre pied &#224; terre, je peine un peu sur ce d&#233;veloppement pour arriver &#224; Chirassimont o&#249;, la rampe s'accentuant, je reprends 3 m. 50 jusqu'&#224; March&#233;zal et la Fontaine, hameau &#224; cheval sur la grande route de Lyon &#224; Roanne. Il y a vingt ans et plus que je n'ai pass&#233; l&#224;, cependant j'ai gard&#233; le souvenir d'une descente continue sur un sol excellent, de la Fontaine &#224; Amplepuis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est donc bien le cas de replacer la cha&#238;ne sur 6 m&#232;tres et je me laisse aller comme dans un fauteuil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, ne voil&#224;-t-il pas qu'une remont&#233;e que j'avais oubli&#233;e se pr&#233;sente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Bah, fis-je, ce n'est qu'un raidillon, inutile de changer de vitesse et j'appayai comme un vulgaire monox&#233; et le raidillon dura 1.500 m&#232;tres. Je perdis l&#224; &#233;videmment quelques kgm. que j'aurais &#233;conomis&#233;s en proportionnant le levier de la puissance &#224; celui de la r&#233;sistance, mais d'un autre cot&#233; si l'on n'exerce jamais ses muscles &#224; faire effort, on risque de les rendre paresseux et m&#234;me de les affaiblir. Tels de jeunes polyx&#233;s que je connais, qui man&#339;uvrent &#224; tout propos les manettes de leurs changements de vitesse et ne veulent pas que, soit la pression, soit la cadence. d&#233;passent une sage moyenne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stimul&#233; au contraire par cet incident, je r&#233;solus de n'avoir recours &#224; ma premi&#232;re vitesse que contraint et forc&#233; et je ne m'en trouvai pas plus mal, bien qu'&#224; certains moments en remontant la vall&#233;e du Rhins le matin et celle de la Br&#233;vennes le soir, j'eusse pr&#233;f&#233;r&#233; n'avoir &#224; pousser que 5 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; alors je m'appliquais &#224; tourner bien rond, &#224; appuyer sur la p&#233;dalo pendant les cinq huiti&#232;mes de la circonf&#233;rence afin de fournir, m&#234;me au passage des points morts, une pression effective des deux pieds r&#233;unis, qui, d'apr&#232;s Scott, peut s'&#233;lever &#224; 80 kg. par le jeu de la cheville, pour un cycliste entra&#238;n&#233; pesant 80 kg.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces consid&#233;rations techniques et physiologiques ne m'emp&#234;chaient, pas d'admirer le paysage, nouveau pour moi &#224; partir d'Amplepuis&#160;: &#224; Cublize, je m'informai des difficult&#233;s que j'allais rencontrer sur cette route inconnue et je fus tr&#232;s exactement renseign&#233;. Cette r&#233;gion est tr&#232;s peupl&#233;e et les gens y sont tr&#232;s complaisants. Au d&#233;bouch&#233; de la route de Grandris qui, par la Cambuse, relie le Rhins &#224; l'Azergue, je vois un cyclotouriste arr&#234;t&#233;, consultant sa carte. Je m'arr&#234;te aussit&#244;t, une crainte m'est venue. J'ai, depuis Feurs, perdu tant de temps en arr&#234;ts et fausses man&#339;uvres que le soleil a march&#233; plus vite que moi et il est 10 heures. Aurai-je le temps d'aller virer aux Echarmeaux et ne ferais-je pas mieux d'aller par cette belle route qui s'ouvre devant moi, rejoindre au plus vite la vall&#233;e de l'Azergue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?' Tel sera le sujet de notre entretien. Je suis ici &#224; 20 km. du col et j'ai &#224; faire une mont&#233;e dure, longue de six kilom&#232;tres (quatre avant et deux apr&#232;s Ranchal), mais la route est pittoresque, beaucoup plus que celle de La Cambuse. Cette observation fait pencher la balance et, apr&#232;s quelques explications donn&#233;es sur la flottante et les ballons &#224; mon jeune confr&#232;re, je file sur Saint-Vincent-de-Rhins. dont le clocher haut perch&#233; s'aper&#231;oit de loin et, d'agglom&#233;ration en agglom&#233;ration, j'arrive au pied de la mont&#233;e nar laquelle va se terminer la vall&#233;e du Rhins en une combe &#233;troite, solitaire, entour&#233;e de bois, o&#249; semble se blottir une maison &#224; laquelle je n'ai vu ni portes, ni fen&#234;tres. Mais avant d'en &#234;tre l&#224; j'ai admir&#233; combien cette vall&#233;e est riante, quelle animation lui donnent les nombreuses habitiens dont s'&#233;maillent les deux versants que domine &#224; gauche un clocher perch&#233; au sommet de la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai travers&#233; Ranchal, petit village de montagne, au moment o&#249; l'on sortait de l'&#233;glise&#160;: les femmes se h&#226;taient vers leur maison pour pr&#233;parer le repas, les hommes, agglutin&#233;s en grappes, encombraient l'&#233;troite place, lents &#224; se d&#233;cider en faveur de tel ou tel cabaret. J'eus quelque peine &#224; me faufiler entre eux. A ma droite, sur la cr&#234;te, se profilait une Vierge que je pris pour celle qui domine les Echarmeaux. je me trompais&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la route, apr&#232;s quelques lacets, sortit de la combe en se dirigeant &#224; gauche et tout &#224; coup une pente rapide m'entra&#238;na&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne m'attendais pas &#224; arriver ainsi aux Echarmeaux et. apr&#232;s un ou deux kilom&#232;tres ainsi parcourus &#224; vive allure, j'aper&#231;us soudain, &#224; gauche devant moi, au fond de la d&#233;pression, les lacets d'une route montante qui me parut &#234;tre la suite de la mienne. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Je me suis certainement tromp&#233;, pensai-je&#160;: jamais je ne suis arriv&#233; aux Echarmeaux autrement que par route montante. J'y suis venu de Beaujeu et de La Clayette, de Chauffailles et de Belmont et le plus souvent de l'Arbresle. toujours au prix de la forte su&#233;e ap&#233;ritive. Et voil&#224; que j'y arriverais pieds au repos, comme un vulgaire auto&#239;ste. &#199;a n'est pas naturel.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la premi&#232;re borne, je mis pied &#224; terre et je lus d'un c&#244;t&#233;&#160;: Ranchel &#224; 3 km. 500 et de l'autre c&#244;t&#233;&#160;: Les Echarmeaux &#224; 2 km. 500. J'&#233;tais donc dans la bonne voie. L'un peu plus loin, une d&#233;sagr&#233;able surprise m'attendait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les h&#244;tels du col &#233;taient d&#233;j&#224; en me et je venais de reprendre les p&#233;dales pour franchir rapidement les derniers kilom&#232;tres, quand mes pieds tournent dans le vide&#160;: ma cha&#238;ne avait perdu son boulon d'attache et venait de tomber. J'essaie de r&#233;parer sur place&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien &#224; faire, je n'ai pas ce qu'il faut. Un peu de footing n'est pas pour me d&#233;plaire apr&#232;s quelques &#207;10 km. de cycling. Le temps a &#233;t&#233; tr&#232;s beau tout le matin, je n'en ai pourtant pas joui aussi intens&#233;ment qu'en ce moment o&#249; je domine un vaste panorama, ponctu&#233; par le pain de sucre de Poule et la ligne des maisons blanches et des h&#244;tels qui bordent la route de Beaujeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'informe&#160;: pas de r&#233;parateur de cycles aux Echarmeaux, mais deux cyclistes du pays qui ont entendu de quoi il s'agissait, me font une proposition honn&#234;te&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Payez-nous pot et nous arrangerons votre cha&#238;ne.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Affaire conclue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pendant ce temps, je d&#233;jeunai. On apporte deux bouteilles, une grosse omelette, du pain excellent et de l'eau. En un clin d'&#339;il mes gaillards ont remplac&#233; le boulon par un clou riv&#233; sur place&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous voil&#224; les meilleurs amis du monde. Ils m'offrent du vin et comme je m'oublie &#224; leur r&#233;pondre que je ne bois pas de ce poison, ils se r&#233;crient&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le pinard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! du&lt;br class='autobr' /&gt;
poison&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On voit bien que vous ne travaillez pas p&#233;nible comme nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais nous ne tiendrions pas une semaine, si nous ne buvions pas de vin.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; Bah, dis-je, il y a cinquante ans on ne buvait pas de vin dans les campagnes et l'on travaillait dur tout de m&#234;me. &#8212; Oh&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce n'est pas &#224; comparer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; autrefois on &#233;tait deux ou trois pour faire le travail qu'un seul est oblig&#233; de faire maintenant. Je n'insistai pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux bouteilles sont promptement liquid&#233;es et les deux lurons me souhaitent bon voyage. Eux non plus n'avaient encore jamais vu de flottante ni de ballons, mais ils ne virent l&#224; que des originalit&#233;s faites pour un vieil original qui ne boit pas de vin et quand ils ont, le soir, autour d'autres bouteilles, cont&#233; &#224; d'autres cyclistes, leur bonne aubaine, ils ont d&#251;, tous, rire un brin je suppose..., a moins qu'il ne se soit trouv&#233; parmi eux un jeune esprit r&#233;fl&#233;chi (il n'en manque pas au fin fond des campagnes), qui se soit dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Faudrait voir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce qui est bon pour un n'est peut-&#234;tre pas mauvais pour d'autres.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'attarde pas non plus, et &#224; midi et demi, je d&#233;marre &#224; mon tour. Il me semble que je n'ai jamais &#233;t&#233; moins fatigu&#233; &#224; un d&#233;part des Echarmeaux. N'&#233;tait le vent du Midi qui s'est &#233;lev&#233; et souffle d&#233;j&#224; tr&#232;s fort contre moi, je me verrais de retour en cinq heures, mais il faudra p&#233;daler constamment &#224; la descente, et la mont&#233;e de la Br&#233;venne en sera aggrav&#233;e. Inutile de r&#233;criminer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; 6 h. il fera nuit, je n'ai plus de temps &#224; perdre. La route n'est pas tr&#232;s bonne, les ballons la rendent acceptable et je puis garder une bonne allure qui ne m'emp&#234;che pas de revoir et de reconna&#238;tre au passage des sites connus et de comparer cette vall&#233;e &#224; celle que j'ai suivie le matin. D&#233;cid&#233;ment, c'est &#224; cette derni&#232;re que je donne la pr&#233;f&#233;rence&#160;: les vignobles qui couvrent les coteaux de l'Azergue indiquent sans doute plus de richesse, mais leur succession ininterrompue devient vite monotone. J'allais passer Chamelet en vitesse, quand je suis arr&#234;t&#233; par un cycliste en qui je reconnais un vieil ami, habitu&#233; de nos meetings, qui m'apprend que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G. R. C. L.&lt;/span&gt; au grand complet est venu d&#233;jeuner aujourd'hui &#224; Chamelet et que je rencontrerai, entre l'Arbresle et Sainte-Foy-l'Argenti&#232;re, les cyclotourisles de Lyon, qui ont d&#251; rencontrer &#224; Saint-Symphorien les cyclotouristes st&#233;phanois. Voil&#224; des nouvelles qui m'enchantent Qui donc disait que le cyclotourisme se meurt&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La randonn&#233;e peut-&#234;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, &#224; coup s&#251;r, pas le cyclotourisme, qui est plus vivant que jamais, et ces meetings dominicaux entre cyclistes venus des quatre points cardinaux, affirment le succ&#232;s de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des cyclotouristes qui nous groupera bient&#244;t tous sous son drapeau.&lt;br class='autobr' /&gt;
On discute ferme dans ces meetings sur les m&#233;rites et les d&#233;m&#233;rites du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les uns trouvent que le Cycliste est trop s&#233;v&#232;re &#224; son &#233;gard, les autres qu'il ne l'est pas assez. Il importe de bien faire comprendre combien son action a &#233;t&#233; n&#233;faste pour le cyclotourisme quand il s'est rang&#233;, en 1920, du c&#244;t&#233; des fabricants de pneus s'effor&#231;ant de standardiser les dimensions des bandages et de les ramener &#224; deux calibres, 28 et 35mn' sur jante B. Il aurait d&#251;, ce me semble, d&#233;fendre son &#339;uvre de 1905 qui avait standardis&#233; la jante C dans laquelle on pouvait placer tous les calibres, depuis le 28 jusqu'au 45mm&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il aurait d&#251; aussi se souvenir que les rapporteurs des concours inoubliables de 1902 et de 1905 avaient conseill&#233; pour les machines de tourisme, des pneus de gros calibre qui ont mille avantages, ainsi que l'on ne tardera pas &#224; s'en apercevoir, gr&#226;ce &#224; l'initiative des cycles Aumon qui ont repris l'id&#233;e ma&#238;tresse de ces concours et s'efforcent de vulgariser la bicyclette Ballon. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., en cette circonstance, a donc &#233;t&#233; ou dupe, ou complice de la grosse industrie caoutchouti&#232;re et nous a condamn&#233;s, d'abord, &#224; mettre au rebut toutes les jantes C, et il y en avait, car les fabricants fran&#231;ais qui avaient suivi les directives des rapporteurs Bourlet et Perrache&#160;: les maisons Terrot, Peugeot, Magnat, etc., ne nous livraient depuis quinze ans leurs bicyclettes que mont&#233;es sur jantes C, tandis que seuls les fabricants qui prenaient leur mot d'ordre en Angleterre, utilisaient les trois jantes A, B, C. Ce fut une grosse d&#233;pense pour tous les cyclotouristes fran&#231;ais, d&#233;pense &#224; laquelle ils furent contraints par l'impossibilit&#233; croissante de se ravitailler en pneus C. Depuis trois ou quatre ans, il est en effet impossible de se procurer dans une petite ville, quelquefois m&#234;me dans une grande, une enveloppe C, &#224; tel point que je sais des cyclotouristes qui furent oblig&#233;s, pour ne pas interrompre un voyage, de faire remplacer en cours de route leurs jantes C par des jantes standard et leurs bons pneus confort de 42 par des brise-os de 32. Et la faute n'en &#233;tait ni &#224; Voltaire, ni &#224; Rousseau, elle en. &#233;tait au Touring Club de France, que nous avions fond&#233;' pour qu'il nous prot&#233;ge&#226;t et qui soutient le cyclotourisme &#224; peu pr&#232;s comme la corde soutient le pendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si grands qu'aient &#233;t&#233; et que soient encore les embarras, les ennuis, les d&#233;penses occasionn&#233;es par la substitution, comme jante standard, du calibre B au calibre C, ils ne sont, rien &#224; c&#244;t&#233; des cons&#233;quences de cette standardisation stupide qui ne tendent &#224; rien moins qu'a tuer le cyclotourisme, si n'y mettent bon ordre les cyclotouristes qui ont surv&#233;cu &#224; cet &#233;tranglement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Cycliste, depuis quarante ans, affirme &#224; chaque page, sa foi dans l'avenir du cyclotourisme, arme puissante contre la mollesse, la veulerie morbide ou la vanit&#233; sportive dont souffrent nos jeunes hommes, voie ouverte vers&lt;br class='autobr' /&gt;
le retour &#224; la nature, vers la vie simple et l'alimentation pure, vers le m&#233;pris des richesses mat&#233;rielles dont le d&#233;sir maladif affole la g&#233;n&#233;ration actuelle, source intarissable de sant&#233; physique, morale et intellectuelle et par cons&#233;quent d'&#233;nergie, de beaux sentiments et de nobles id&#233;es, enfin pour ceux qui sauront le comprendre et le go&#251;ter dans toute sa pl&#233;nitude, expression la plus parfaite du bonheur terrestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et vous voudriez qu'il le laiss&#226;t tomber et qu'il ne f&#238;t pas grief au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; de sa servilit&#233; envers les puissances industrielles qui lui demand&#232;rent, il y a six ans, de les aider &#224; mettre &#224; la raison ces pel&#233;s, ces galeux de cyclotouristes qui les obligeaient &#224; fabriquer des pneus de toutes dimensions, ce pourquoi ils ne pouvaient gagner autant que s'ils ne fabriquaient qu'un seul type standardis&#233;. Les dirigeants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., qui ne sont pas cyclistes pour deux sous, comprirent cet argument, appuy&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; du banquet obligatoire en pareille circonstance, et quand ils sortirent de table, les uns dodelinant de la t&#234;te, les autres barytonnant du..., comme dirait Rabelais, l'un d'eux (ce n'&#233;tait pas ce vieil ami Stein&#232;s, qui p&#233;dale encore parfois) se mit &#224; fredonner en esquissant un vague pas de danse&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Les cyclistes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! qu'on les mette A la sauce qu'on voudra. Autrefois on les traita D'imb&#233;ciles &#224; roulette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Ils ne m&#233;ritent que &#231;a. Et tra la la, et tra la la.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, le r&#233;dacteur en chef de la Revue du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C. F.&lt;/span&gt; prit sa plume &#224; tout faire, sa bonne plume Touchatout et pondit l'article inepte que l'on sait, que le Pr&#233;sident ne d&#233;savoua pas et dont l'auteur ne s'est pas encore excus&#233; aupr&#232;s de ses 200.000 lecteurs, en mettant son lapsus &#233;norme sur le compte d'un acc&#232;s postprandial d'ali&#233;nation mentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et mes griefs, les voici&#160;: Depuis la standardisation, les constructeurs montent naturellement toutes leurs bicyclettes d'homme et de dame sur jantes standard calibre B&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; or, il n'est pas possible d'obtenir, ni chez Dunlop, ni chez Michelin, ni chez aucun constructeur ou vendeur de cycles et de pneus, des 650 x 42, m&#234;me pas des 650 x 38. Dames et hommes m&#251;rs, qui recherchent avec raison les petites roues et les machines basses o&#249; ils se sentent plus en s&#251;ret&#233;, sont donc condamn&#233;s aux pneus minuscules de 28 ou de 35 gonfl&#233;s &#224; bloc, c'est-&#224;-dire &#224; la torture des tr&#233;pidations &#224; laquelle les tortionnaires d'autrefois n'avaient pas song&#233;. Quand on a fait 20 km. sur ces brise-os, on a mal au ventre, aux reins, &#224; la t&#234;te et on laisse &#231;a l&#224;. Que si l'on insiste et l'on se hasarde &#224; faire &#233;tape de cyclotouriste, on revient &#233;reint&#233; &#224; tel point qu'on ne veut plus entendre parler de bicyclette et qu'on renonce au cyclotourisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; l'&#339;uvre du Touring Club&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle condamne &#224; mort, ou le cyclotourisme, ou les cyclotouristes, et ce n'est pas en octroyant g&#233;n&#233;reusement des subventions de 400 &#224; telles Soci&#233;t&#233;s et de francs &#224; telle autre un r&#233;troviseur &#224; Pierre et un Guidon &#224; Paul, qu'il parviendra &#224; gu&#233;rir le mal que, par incurie, par insouciance, par je m'enfoutisme il a fait &#224; la cause dont la d&#233;fense lui a &#233;t&#233; confi&#233;e en 1890. Mais aussi, c'est bien de notre faute&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; au lieu de le surveiller, de le maintenir dans la bonne voie comme les cycles cyclotouristes anglais maintiennent leur &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;C. T.&lt;/span&gt; C., de lui rappeler &#224; chaque Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale dans quel but nous l'avions fond&#233;, nous l'avons laiss&#233; flirter &#224; droite et &#224; gauche, et aujourd'hui il n'a m&#234;me plus &#224; sa t&#234;te des cyclotouristes pratiquants et militants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous faut revenir &#224; la logique et au bon sens, il nous faut placer &#224; notre t&#234;te de v&#233;ritables cyclotouristes, comme le Club Alpin a de v&#233;ritables alpinistes, l'Automobile Club de v&#233;ritables auto&#239;stes, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre vous demanderez-vous d'o&#249; sort cette longue digression &#224; propos du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; Simplement des v&#233;h&#233;mentes protestations des vieux et des jeunes routiers du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G.R.C.L.&lt;/span&gt; que je viens de quitter &#224; Chamelet et qui, indign&#233;s de la fa&#231;on d&#233;sinvolte dont le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T.C.F.&lt;/span&gt; les a c&#233;d&#233;s, par contrat, &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;U. V.&lt;/span&gt; F., m'ont bourr&#233; les poches de papiers &#224; faire signer par tous les cyclotouristes de Saint-Etienne et qui ne sont pas pr&#233;cis&#233;ment &#233;logieux pour deux contractants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la nature ne tarde pas &#224; ramener le calme dans mon esprit, qui se pla&#238;t &#224; quelques souvenirs accroch&#233;s aux bornes et aux poteaux de cette route si souvent emprunt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Voici, par exemple, le pont Nizy, o&#249; s'embranche la route de Villefranche que j'allais suivre ce jour-l&#224;. Le fait remonte &#224; l'&#233;t&#233; de 1887, et j'&#233;tais en tricycle. Je m'&#233;tais juste ment arr&#234;t&#233; &#224; la jonction des routes pour consulter la plaque indicatrice, quand m'aborde un notable (je le tins pour tel &#224; son ext&#233;rieur) qui m'assure que j'aurais grand tort, en cet &#233;quipage, d'aller &#224; Villefranche par cette route accident&#233;e et qu'il n'est pas prudent, &#224; mon &#226;ge, de se servir de ces m&#233;caniques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'aurais bien donn&#233; quelque chose pour le rencontrer aujourd'hui et pour lui demander si depuis quarante ans il n'avait pas chang&#233; d'avis. Mais que de gens aujourd'hui professent l'opinion de ce notable de 1887, surtout a l'&#233;gard des dames et leur pr&#233;disent les pires catastrophes si elles p&#233;dalent pass&#233; 15 ans. Je n'ignore pas que l'erreur est ici-bas souveraine ma&#238;tresse, mais renoncer &#224; un aussi agr&#233;able et hygi&#233;nique passe-temps que le cyclotourisme, parce qu'une vieille perruque essaie de vous en d&#233;tourner, serait pousser un peu loin l'errare humanum est, et j'estime que j'ai bien fait de ne pas suivre les conseils de mon notable du pont Nizy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Me voici an pied du dos d'&#226;ne qui, par St-Germain, unit Chessy &#224; l'Arbresle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'en fais &#224; pied les deux premiers kilom&#232;tres pour ne pas soumettre &#224; un trop grand effort ma cha&#238;ne sommairement r&#233;par&#233;e, puis &#224; Sain-Bel, je me leste d'un peu de pain tremp&#233; dans du caf&#233;. La route devient bien mauvaise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il y a longtemps qu'elle est dans cet &#233;tat, il serait temps qu'elle en change&#226;t, sinon la vall&#233;e de la Brevenne nous sera interdite. Les pneus ballon me prot&#232;gent pourtant assez pour que je conserve une honn&#234;te allure. Cyclistes et cyclettistes locaux sont nombreux, presque tous munis de roues &#224; retournement, qu'ils ne retournent d'ailleurs jamais, et de tout petits pneus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes ballons, naturellement, les suffoquent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en voil&#224; qui seront difficiles &#224; convertir et, pour l'usage qu'ils font de la bicyclette, leur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Tour de France&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; leur suffit bien. Mais j'aper&#231;ois un polyx&#233; qui vient &#224; moi, c'est l'avant-garde du Club des Cyclotouristes de Lyon, que je rencontre successivement en ordre dispers&#233;, avant Sainte-Foy-l'Argenti&#232;re et qui, tous, veulent essayer ma bicyclette qu'ils trouvent parfaite, par politesse sans doute, car ce n'est pas sans de longs essais comparatifs qu'on peut appr&#233;cier une machine &#224; sa juste valeur. Eux aussi, tout comme les v&#233;t&#233;rans tout &#224; l'heure &#224; Chamelet, sont furieux contre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; F., m&#226;tin&#233; d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;U. V.&lt;/span&gt; F., qui pr&#233;tend r&#233;genter dor&#233;navant le cyclotourisme fran&#231;ais. C'est d&#233;cid&#233;ment un toll&#233; g&#233;n&#233;ral&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &lt;br class='autobr' /&gt;
L'heure me talonne maintenant, mais quoi que je fasse, il me sera impossible d'arriver &#224; Saint-&#201;tienne avant la nuit et, &#224; 6 heures, &#224; Bellegarde, je me d&#233;cide d'aller attendre un train &#224; Montrond&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je le regrette d'autant plus que, de ce fait, je rentrerai deux heures plus tard que je ne serais rentr&#233; par la route et que je ne me suis jamais senti en d'aussi bonnes dispositions pour n&#233;gocier &#224; bonne allure ces derniers 30 km. de route facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bicyclette Ballon m'a tout le jour laiss&#233; l'impression que je me fatiguais moins et, bien que ce ne soit l&#224; qu'une raison de sentiment, comme disent les th&#233;oriciens, je la tiens pour valable, car le corps est assez bon juge du travail qu'on lui impose, surtout quand il s'agit d'un travail de longue dur&#233;e o&#249; le confortable devient un facteur de plus en plus important &#224; mesure que l'&#233;tape s'allonge. Quinze jours plus tard, le 3&#160;avril, j'essayais de me rendre compte du rendement de mes ballons et je fis les 38 km. de Saint-Etienne &#224; Feurs en 1 h. 33', &#224; peu pr&#232;s du 25 &#224; l'heure. C'est un parcours que j'ai fait maintes fois avec des bicyclettes tr&#232;s diff&#233;rentes, et je n'ai fait mieux qu'avec un vent favorable. Un motocycliste qui me suivit &#224; mon insu pendant quelques kilom&#232;tres avant Montrond pour me chronom&#233;trer, me dit que je marchais &#224; ce moment &#224; 32-33 km. &#224; l'heure. Je m'en doutais, car ma cadence s'&#233;levait souvent &#224; celle du pas de charge (90 tours-minute) qui, avec d&#233;veloppement de 6 m., donne 540 m&#232;tres &#224; la minute et 32 km. 400 &#224; l'heure. J'ai l'habitude, &#224; d&#233;faut d'un m&#233;tronome que je pourrais r&#233;gler &#224; tant de tours-minute qu'il me plairait et que j'ai vainement r&#233;clam&#233; &#224; plusieurs reprises, de fredonner un air de pas redoubl&#233; (60 t.-m.), auquel j'adapte mes p&#233;dal&#233;es. Je puis battre la mesure sur les deux pieds = 60 t.-m., sur le m&#234;me pied = 120 t.-m, sur quatre pieds = 30 t.-m., et si je fredonne un air de pas de charge, ma cadence devient respectivement de 90 t.-m. de 180 t.-m. et de 45 t.-m. Inutile de dire que je ne suis jamais arriv&#233; aux 180 t.-m., mais &#224; la descente en roue serve avec 4 m., je n'en ai pas &#233;t&#233; loin parfois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; quant aux 120 t.-m., ils sont encore dans mes moyens pendant quelques minutes, m&#234;me en palier avec d&#233;veloppement convenable, c'est-&#224;-dire correspondant &#224; la r&#233;sistance &#224; la jante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les exp&#233;riences que j'ai faites avec ma bicyclette Ballon et qui s'&#233;tendent sur plus de mille kilom&#232;tres en y comprenant mes courses quotidiennes en ville, ont donc tourn&#233; &#224; l'avantage des gros pneus souples et confirment ce que j'en ai dit dans le Cycliste en 1904 et 1905.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je rends donc gr&#226;ce &#224; M.&#160;Aumon, qui a os&#233; industrialiser un perfectionnement aussi important pour la bicyclette de tourisme et qui m'a permis de faire, cette ann&#233;e, mon excursion pascale dans des conditions de bien-&#234;tre et de moindre fatigue que je n'osais plus esp&#233;rer et qui m'ont rappel&#233; mes randonn&#233;es d'avant guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette tartine est d&#233;j&#224; trop longue, et je garde le r&#233;cit de mon excursion aux Baux pour le prochain Cycliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>excursions du cycliste nov dec 1925</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article629</link>
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		<description>
&lt;p&gt;Un joli tour d'une centaine de kilom&#232;tres &#224; faire dans la matin&#233;e, histoire de se d&#233;gourdir les jambes, de s'aiguiser l'app&#233;tit et de f&#234;ter dignement le 11&#160;novembre, jour du triomphe des Poilus&#160;: Il y a de tout dans l'itin&#233;raire que j'ai choisi, d'abord 40 kilom&#232;tres plats et monotones m'am&#232;nent &#224; 9 heures et quart au del&#224; de Feurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais parti &#224; 7 heures et demie, de sorte que, gr&#226;ce &#224; mon grand d&#233;veloppement de 7 m&#232;tres j'ai moyenn&#233; l&#224; du bon 22 &#224; l'heure. J'aborde peu apr&#232;s les monts&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un joli tour d'une centaine de kilom&#232;tres &#224; faire dans la matin&#233;e, histoire de se d&#233;gourdir les jambes, de s'aiguiser l'app&#233;tit et de f&#234;ter dignement le 11&#160;novembre, jour du triomphe des Poilus&#160;: Il y a de tout dans l'itin&#233;raire que j'ai choisi, d'abord 40 kilom&#232;tres plats et monotones m'am&#232;nent &#224; 9 heures et quart au del&#224; de Feurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'&#233;tais parti &#224; 7 heures et demie, de sorte que, gr&#226;ce &#224; mon grand d&#233;veloppement de 7 m&#232;tres j'ai moyenn&#233; l&#224; du bon 22 &#224; l'heure. J'aborde peu apr&#232;s les monts du Lyonnais par une mont&#233;e de quelques kilom&#232;tres &#224; moyenne d'environ 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% qui se termineront pour moi un peu au del&#224; de Saint-Martin-Lestra, sur la route Clermont-Lyon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec ma 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; vitesse de 5 m. j'en viens &#224; bout ais&#233;ment &#224; 12 ou 14 &#224; l'heure et je m'engage &#224; droite sur un chemin de grande communication qui descend au fond d'un ravin pour remonter dare dare &#224; Virigneux Dans ce bas-fond o&#249; le soleil n'a pas encore p&#233;n&#233;tr&#233;, le froid me para&#238;t plus vif qu'au d&#233;part. Les terres, les pr&#233;s, les bois, les routes elles-m&#234;mes, tout est couvert de gel&#233;e blanche et les flaques d'eau glac&#233;e craquent sous les roues. Ce paysage que j'ai vu, il y a peu de temps, verdoyant et fleuri, ainsi m&#233;tamorphos&#233;, me semble tout nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici que le clocher de Virigneux m'appara&#238;t en plein ciel. Par une illusion d'optique qui pourrait peut-&#234;tre bien m'&#234;tre personnelle, vu du point o&#249; je suis, au fond du ravin qui s&#233;pare Virigneux de Saint-Martin, ce clocher me para&#238;t beaucoup plus haut perch&#233; qu'il ne l'est en r&#233;alit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ainsi le vis-je la premi&#232;re fois qu'il me surprit, &#233;mergeant au-dessus d'un brouillard qui comblait la d&#233;pression qu'il domine, et qui, le voilant par intervalle, laissait croire &#224; quelque fantomatique cit&#233; de Dieu s'&#233;levant au-dessus des nu&#233;es. Cette vision m'est rest&#233;e dans les yeux de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans mes randonn&#233;es (car ce matin je randonne plut&#244;t que je ne me prom&#232;ne), quoique j'aie l'air d'&#234;tre seul les trois quarts du temps, je suis accompagn&#233; de tant de souvenirs qu'en r&#233;alit&#233; je ne suis pas seul un instant. Pas de borne kilom&#233;trique qui ne me rappelle une impression, mieux encore un compagnon d'antan. Les affaires, de nouvelles conceptions de l'existence, la guerre surtout, la terrible guerre, me les ont successivement enlev&#233;s et je viens d'en perdre encore un des meilleurs, le meilleur peut-&#234;tre, que les suites de cette guerre impie o&#249; il avait fait son devoir, et m&#234;me plus que son devoir ont tu&#233; en pleine maturit&#233;... Vraiment, je voudrais &#234;tre seul que je ne le pourrais pas tant la pens&#233;e de tous ceux qui, depuis trente ans, ont p&#233;dal&#233; &#224; mes c&#244;t&#233;s me poursuit et m'assi&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#233;dalais vivement pour me r&#233;chauffer quand je suis forc&#233; de mettre pied &#224; terre&#160;: la route est barr&#233;e par des chars de buttes en cours d'arrimage, on n'est pas plus sans-g&#234;ne et des chauffeurs auraient rousp&#233;t&#233; de la belle fa&#231;on, mais un cycliste se faufile ais&#233;ment &#224; travers les encombrements et je me souviens d'avoir gagn&#233;, en semblable occurrence. plusieurs kilom&#232;tres &#224; des auto&#239;stes qui eurent l'air passablement vex&#233;. Je ne passe au pied de Virigneux que pour plonger aussit&#244;t dans la gorge de la Thoranche qui revient fr&#233;quemment dans mes programmes d'excursion, car elle est de celles dont on ne lasse pas. Certes, &#224; cette &#233;poque, elle n'a rien de tr&#232;s attrayant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les arbres ont perdu leur parure d'automne, gris et ternes ils se confondent avec les rochers et le ruisseau qui, au printemps a fi&#232;re allure est aujourd'hui bien modeste. N'importe, les m&#233;andres de la route dans ce vallon tourment&#233; o&#249; quelques passages ont un air tout &#224; fait alpestre, me sont toujours agr&#233;ables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le sol y est tr&#232;s bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'y rencontre personne et les geais, les merles et les lapins y vivent comme chez eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Saint-Cyr-ies-Vignes, je sors des monts du Lyonnais o&#249; je n'ai fait d'ailleurs, depuis&lt;br class='autobr' /&gt;
Feurs, qu'une petite incursion de 25 kilom&#232;tres et je reprends l'allure transport.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; qu'entre Bellegarde et St-Galmier, je me sens attaqu&#233; par le microbe d'une maladie &#224; laquelle sont expos&#233;s tous les cyclistes impr&#233;voyants qui se mettent en route sans avoir en poche le quignon de secours. Je lutte jusqu'&#224; Lapra, au pied de St-Bonnet-les-Oules o&#249;, bon gr&#233; mal gr&#233;, il faut que je me leste d'un peu de pain tremp&#233; dans du caf&#233;. J'ai trop attendu, ce n'est qu'apr&#232;s La Fouillouse que je sens remonter la pression et que je puis rep&#233;daler avec entrain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai donc trop pr&#233;sum&#233; de mes forces mais j'accuse plut&#244;t le froid que la fatigue qui, gr&#226;ce aux quatre vitesses en marche de ma bicha&#238;ne flottante, n'a jamais &#233;t&#233; excessive. Je n'en r&#233;int&#232;gre pas moins Saint-&#201;tienne &#224; midi et demi, tr&#232;s satisfait de cette randonn&#233;e automnale de 100 kilom&#232;tres en 5 heures, on fait ce qu'on peut et, apr&#232;s tout, l'on n'est pas un Bottechia &#167; Je regrette seulement de n'avoir pas rencontr&#233; un seul cyclotouriste. Est-ce que les cyclistes d'aujourd'hui croiraient que pass&#233; la Toussaint il n'est plus possible de p&#233;daler.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>excursions du cycliste juillet aout 1926</title>
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		<description>
&lt;p&gt;A d&#233;faut du col du B&#233;al d'o&#249; nous a encore une fois &#233;cart&#233;s la pluie qui s&#233;vissait &#224; Lyon le samedi et qui emp&#234;cha le Lyon Routier de partir, j'ai fait, le 30&#160;mai, dans les monts de la Madeleine, une excursion qui depuis longtemps me tentait. Son but&#160;: la Loge des Gardes, dans le bois de l'Assise, &#224; peu de distance du point culminant (1.165 m&#232;tres) de cette montagne, derni&#232;re barri&#232;re entre la Loire et l'Allier. J'ai pris, pour cette randonn&#233;e de 230 km., ma quadricha&#238;ne de 1903 par axe&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A d&#233;faut du col du B&#233;al d'o&#249; nous a encore une fois &#233;cart&#233;s la pluie qui s&#233;vissait &#224; Lyon le samedi et qui emp&#234;cha le Lyon Routier de partir, j'ai fait, le 30&#160;mai, dans les monts de la Madeleine, une excursion qui depuis longtemps me tentait. Son but&#160;: la Loge des Gardes, dans le bois de l'Assise, &#224; peu de distance du point culminant (1.165 m&#232;tres) de cette montagne, derni&#232;re barri&#232;re entre la Loire et l'Allier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pris, pour cette randonn&#233;e de 230 km., ma quadricha&#238;ne de 1903 par axe interm&#233;diaire et double d&#233;brayage, que je vais soumettre ainsi &#224; une &#233;preuve d&#233;finitive. Elle s'en est tr&#232;s bien tir&#233;e et je me demande en quoi une bicyclette du dernier bateau aurait all&#233;g&#233; ma t&#226;che, mais je ne veux pas insister sur ce point, de crainte d'&#234;tre class&#233; parmi les louangeurs du temps pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je quitte, &#224; 4 h. .1/2, la Terrasse, le jour n'est pas encore bien &#233;clatant pour le myope que je suis, je n'ose pousser &#224; fond sur mon 7 m. 50, et ce n'est qu'&#224; la borne 57 que je prends la grande allure qui m'emm&#232;ne &#224; vingt-sept &#224; l'heure. Le temps est superbe, le vent d'ouest g&#234;ne bien peu, et je termine &#224; 6 h. 1/2 la partie transport au del&#224; de Balbigny, en bifurquant sur le chemin de halage o&#249;, avec mon 5 m&#232;tres, ma moyenne tombe &#224; 15 jusqu'au pont de Cordelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un incident amusant, entre Veauche et Montrond, m'a prouv&#233; que mon vieil outil &#233;tait encore capable de bien me d&#233;fendre, le cas &#233;ch&#233;ant. A Veauche, un cycliste me d&#233;passe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il est d&#233;j&#224; &#224; 50 m&#232;tres quand je songe &#224; m'en servir de bouclier contre le vent. J'&#233;touffe mon grelot pour qu'il ne se sente pas poursuivi et qu'il n'en mette pas comme un voleur pour m'emp&#234;cher de prendre sa roue&#160;: je le laisse tinter de nouveau d&#232;s que j'ai r&#233;ussi &#224; coller&#160;: mais le cycliste ne bronche pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne bronche pas davantage quand je lui parle du beau temps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je finis par me mettre &#224; sa hauteur. A peine m'a-t-il aper&#231;u qu'il d&#233;marre furieusement et je n'ai que le temps de m'abriter derri&#232;re lui. L'allure monte et d&#233;passe le 30 &#224; l'heure&#160;: gr&#226;ce &#224; mon 7 m. 50, je tiens bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il prend &#224; son tour le plus grand d&#233;veloppement de son Chemineau qui n'est gu&#232;re inf&#233;rieur au mien, mais l'allure diminue plut&#244;t quelle n'augmente et il revient sagement &#224; son moyen d'environ 6 m&#232;tres. Apr&#232;s quelques kilom&#232;tres, voyant qu'il ne peut me l&#226;cher, il se retourne en souriant et para&#238;t me f&#233;liciter, sans mot dire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis il me montre un coin de paysage, une maison fleurie, le ciel bleu, son panier de p&#234;che... Il &#233;tait sourd-muet, du club des silencieux, ce qui ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre un terrible bavard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les vingt-deux ou vingt-trois kilom&#232;tres du chemin de halage sont toujours enchanteurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; malheureusement le sol n'y est pas parfait&#160;:. les voitures y ont trac&#233; deux orni&#232;res qui vont s'approfondissant d'ann&#233;e en ann&#233;e et qui obligent les cyclistes &#224; une attention soutenue s'ils ne veulent pas s'exposer &#224; sauter, comme grenouilles, dans la Loire, &#224; la suite d'un d&#233;rapage. La digue de Pinay, trois ponts, l'usine &#233;lectrique et le castel de la Roche apportent quelque diversion &#224; l'impression de calme, de silence, de solitude, qui ne tarde pas &#224; se d&#233;gager de ces gorges o&#249; le fleuve ici gronde, &#224; l'&#233;troit entre les rochers et l&#224;, s'&#233;tend &#224; l'aise entre les berges verdoyantes et les bancs de sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures, je traverse le pont de Cordelle et je grimpe &#224; Bully avec 3 m. 75&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vais suivre longtemps des routes qui me sont nouvelles. On domine bient&#244;t la Loire d'assez haut et l'on obtient ainsi une jolie vue en aval du fleuve qui continue &#224; serpenter entre des rives dont l'aspect change &#224; chaque instant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; puis la route contourne de vastes combes, franchit quelques ruisselets et s'&#233;l&#232;ve vers St-Polgues, o&#249;, faute de carte, j'h&#233;site un instant. Mais la langue, n'est-ce pas, nous a &#233;t&#233; donn&#233;e pour nous en servir et je m'informe deux fois plut&#244;t qu'une. J'arrive ainsi &#224; la Croix-du-Lac o&#249; je trempe un peu de pain dans du caf&#233;. En fait de lac, je ne vois qu'une mis&#233;rable mare bourbeuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; toute cette r&#233;gion se recommande plut&#244;t par sa fertilit&#233; que par son pittoresque. Or, voici que la note change&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; trois kilom&#232;tres de descente moyenne sur tr&#232;s belle route m'entra&#238;nent dans un creux qu'on rep&#232;re ais&#233;ment d&#232;s le d&#233;but de la descente, par la direction de la remont&#233;e sur l'autre versant et je reconnais &#224; ce d&#233;tail une route que j'ai suivie, il y a bien vingt ans de cela, en allant de Jur&#233; dans la vall&#233;e de l'Aix o&#249; je passerai ce soir m&#234;me, &#224; Villemontais, route tr&#232;s bien trac&#233;e, de construction r&#233;cente, que je m'&#233;tais promis de refaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je m'en suis tellement fait de ces promesses-l&#224;, que le temps me manquera d'en tenir le dixi&#232;me. Et il vaut mieux qu'il en soit ainsi, car un paysage qui vous a s&#233;duit quand vous l'avez vu pour la premi&#232;re fois un jour o&#249; le hasard avait tout r&#233;uni pour le mettre en beaut&#233;, risque de vous para&#238;tre la seconde fois, terne et sans int&#233;r&#234;t, parce que l'heure, l'&#233;clairage, la saison ne seront plus les m&#234;mes, peut-&#234;tre aussi parce que votre imagination vous l'aura repr&#233;sent&#233; plus beau qu'il ne l'&#233;tait r&#233;ellement. Ne peut-on pas en dire autant de beaucoup de femmes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le creux, je prends &#224; droite la direction des Moulins, petite bourgade &#224; cheval sur la vieille route de Saint-Just-en-Chevalet &#224; Villemontais que j'ai suivie aussi autrefois et qui m'avait laiss&#233; une impression d&#233;favorable par la fr&#233;quence et la raideur des c&#244;tes. Pendant dix kilom&#232;tres, jusqu'&#224; la Croix-Tr&#233;vingt, je vais remonter un petit ruisseau, et la rampe est assez irr&#233;guli&#232;re pour que je passe fr&#233;quemment de 5 m. &#224; 3 m. 75 et vice versa, op&#233;ration qui m'oblige &#224; man&#339;uvrer coup sur coup mes deux d&#233;brayages, l'un au pied par un levier fix&#233; sur les manivelles, l'autre &#224; la mijuin par un levier fix&#233; sur le cadre, et surtout &#224;, ne pas commencer par l'un ou l'autre indiff&#233;remment, sous peine de passer en pleine rampe de 5 m. &#224; 7 m. 50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il faut avoir soin de passer d'abord de 5 m. &#224; 2 m. 50, puis de 2 m. 50 &#224; 3 m. 75,&lt;br class='autobr' /&gt;
et il m'est arriv&#233; parfois de rester tranquillement sur 2 m. 50 quand, par exemple, un coup de vent venait ajouter sa r&#233;sistance &#224; celle de la mont&#233;e. Question d'habitude, &#233;videmment, mais aussi de raisonnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fausse man&#339;uvre, au cours d'une mont&#233;e, peut vous obliger faute d'&#233;lan, &#224; mettre pied &#224; terre, &#224; la grande joie du monox&#233; qui vous guette et qui vous narguera.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Croix-Tr&#233;vingt, quatre coins, trois h&#244;tels&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on vient ici de Roanne et m&#234;me de Lyon en vill&#233;giature pendant la belle saison. Il doit y faire chaud&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cependant le plateau sur lequel se sont group&#233;es ces quelques maisons, au croisement de quatre routes, est assez expos&#233; aux vents pour que l'air y soit constamment renouvel&#233; et y reste pur et sain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a, en effet, dans le voisinage, ni bois &#233;pais, ni ruisseaux, ni mar&#233;cages. Les collines qui l'avoisinent sont pel&#233;es, grises et. paraissent peu cultiv&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les toits y sont rares et la circulation nulle pour ainsi dire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'en &#233;loigne par la route de Saint-Priest-la-Prugne &#224; 16 km. et je me remets &#224; grimper pendant environ 5 km. pour arriver au point culminant de la route, .au rocher de Rochefort d'o&#249; la vue sur le Roannais et les au del&#224; est tr&#232;s vaste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur le rocher, une table d'orientation a &#233;t&#233; dress&#233;e et ce lieu est tout indiqu&#233; pour une halte, d'autant plus qu'on peut s'y restaurer dans une ferme de tr&#232;s ch&#233;tive apparence qui borde la route. Depuis la Croix-Tr&#233;vingt, on est sous bois, des bois bien maigrelets, &#224; vrai-dire, d'o&#249; ne sortent que quelques filets d'eau&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la sylve de cette r&#233;gion est loin de valoir celle de nos Grands-Bois. La route est &#233;troite et souvent boueuse, ensabl&#233;e ou empierr&#233;e, ma quadricha&#238;ne se d&#233;fend bien contre les orni&#232;res et contre la boue. Apr&#232;s le rocher de Rochefort, descente faible et palier jusqu'au gu&#233; de la Chaux o&#249; prend naissance l'Aix dont le cours, &#224; travers un terrain mar&#233;cageux, s&#233;pare ici la Loire de l'Allier. J'interrogeais les poteaux, dont l'un plac&#233; bien en &#233;vidence, indique la Loge-des-Gardes &#224; 3 km., quand un couple de cyclo-touristes roannais, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;et M.&#160;B..., qu'un heureux hasard avait arr&#234;t&#233;s l&#224; depuis quelques instants, m'aper&#231;oivent. Les deux groupes fusionnent imm&#233;diatement et nous repartons trois pour la Loge-des-Gardes que mes compagnons connaissent depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les monts de la Madeleine sont, en effet, pour les cyclistes de Roanne, ce que sont pour nous les Grands-Bois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le dimanche, autos, motos et cyclotouristes polyx&#233;s viennent en grand nombre d&#233;jeuner sur l'herbe, autour du chalet. Le brigadier est autoris&#233; &#224; fournir du pain, du vin, m&#234;me des repas complets o&#249; les truites, tr&#232;s abondantes dans les ruisseaux d'alentour, figurent souvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non loin de l&#224;, sur la route de Saint-Priest-la-Prugne, un cantonnier jouit du m&#234;me privil&#232;ge. On ne risque donc pas de mourir de faim sur ces sommets qui paraissent d&#233;serts et inhospitaliers &#224; quiconque ne conna&#238;t pas les bons endroits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chalet des Gardes a &#233;t&#233; &#233;difi&#233; dans une clairi&#232;re o&#249; coule une eau fra&#238;che, abondante et intarissable que je m'empresse de go&#251;ter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle vaut l'eau du Pilat.&lt;br class='autobr' /&gt;
La for&#234;t est faite ici de beaux h&#234;tres, aussi hauts que nos sapins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; leur feuillage, vert tendre en ce moment, devient merveilleux en octobre, quand il a rev&#234;tu sa parure automnale, et je n'ai jamais vu d'aussi riches coloris qu'en allant, un jour de Toussaint, de Mayet-de-Montagne &#224; Laprugne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce massif de la Madeleine vaut la peine d'&#234;tre explor&#233; par nous, St&#233;phanois, qui, tout en y retrouvant les hautes altitudes auxquelles nous sommes habitu&#233;s, y verrons des sites tr&#232;s diff&#233;rents et des routes id&#233;ales, peu propices cependant aux folles allures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme bien l'on pense, j'en prends maintenant tout &#224; fait &#224; mon aise et je m'attarde, en agr&#233;able compagnie, devant le menu qui m'est offert et que viennent bient&#244;t partager des auto&#239;stes et sidecaristes qui dressent leur table sous les frais ombrages, tandis que nous avons dress&#233; la n&#244;tre en plein soleil, et mon cr&#226;ne nu a re&#231;u l&#224;, pendant deux heures, le bapt&#234;me du feu qui le mettra tout l'&#233;t&#233; &#224; l'abri des &#233;ryth&#232;mes. Si l'on veut se porter &#224; peu pr&#232;s bien, il faut se donner quelque peine&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que de fois l'ai-je dit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'endurcir en s'exposant aux intemp&#233;ries&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dormir fen&#234;tres ouvertes, en hiver comme en &#233;t&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; suer fr&#233;quemment et abondamment par l'effet du soleil et de l'effort, et non pas dans un sudatorium d'h&#244;pital. H&#233;las&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je pr&#234;che dans le d&#233;sert, et ma formule&#160;: ni vin, ni viande, ni tabac, est approuv&#233;e par tout le monde, &#224; la condition qu'on ne s'y conforme pas soi-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je commence d'ailleurs &#224; douter de sa valeur &#224; un point de vue important sur lequel attira mon attention un franc ivrogne &#224; qui je la recommandai&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Quoi, r&#233;pliqua cet homme plein de bon sens quand il n'&#233;tait pas plein de vin, vous voulez que je m'abstienne de vin et de tabac &#224; un moment, o&#249; l'&#201;tat a un tel besoin d'argent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais par le b&#233;n&#233;fice qu'il fait sur moi, je lui paie proportionnellement beaucoup plus qu'un bourgeois. Je fume ou bois toute ma paye qui est de 30 francs par jour, dont l'&#201;tat r&#233;cup&#232;re ainsi au bas mot 50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Gr&#226;ce &#224; l'imp&#244;t indirect, plus il y a d'ivrognes et de fumeurs dans un &#201;tat, plus l'&#201;tat s'enrichit.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le moment, je ne sus que r&#233;pondre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je crois pourtant que cet homme avait tort et je relirai &#224; mes premiers loisirs un trait&#233; d'Economie politique, par exemple, le pamphlet de Bastiat&#160;: Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est plus de 14 heures quand nous songeons &#224; repartir, mais il faut d'abord que j'explique &#224; nos voisins, aimables chauffeurs st&#233;phanois dont je suis d'ailleurs connu et qui ont &#233;t&#233; cyclistes autrefois, comment fonctionne ma quatre vitesse dont l'aspect bizarre les a intrigu&#233;s. Je prends ensuite cong&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;et M.&#160;B... et me laisse descendre &#224; Saint-Priest-la-Prugne o&#249; commencera l'&#233;tape transport de 100 km., qui est toujours le revers de la m&#233;daille quand on va excursionner si loin de chez soi. Le vent du sud s'est &#233;lev&#233; assez fort et soufflera contre moi jusqu'&#224; Saint-&#201;tienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'aurai, par surcro&#238;t, &#224; r&#233;parer un pin&#231;on presque aux portes de Saint-&#201;tienne et, enfin, sur la foi d'un renseignement demand&#233; et donn&#233; an vol, &#224; la sortie de Saint-Just-en-Chevalet, je file dans la direction de Champoly et ne m'aper&#231;ois de mon erreur qu'en arrivant &#224; une bifurcation o&#249; je lis&#160;: Jur&#233; &#224; 5 km.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Par la bonne route, je devrais d&#233;j&#224; y &#234;tre, et voil&#224; 5 km. de rabiau.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'hostilit&#233; des choses aggrave ainsi pour moi le d&#233;sagr&#233;ment de ces cent kilom&#232;tres, couverts en cinq heures et demie, dans la cohue des autos, motos et sidecars, qui grossissait de minute en minute, &#224; mesure qu'on s'approchait de la ville. Et je pris la r&#233;solution de m'offrir mi aller-retour de Saint-&#201;tienne &#224; Balbignv quand je voudrai de nouveau excursionner dans les monts de la Madeleine, ce qui ne tardera pas.	V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Saint-Jean-la-V&#234;tre (Novembre 1922)</title>
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		<dc:subject>Flottante de 1912</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Encore un petit coin charmant qui manquait &#224; ma collection&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on m'en avait dit beaucoup de bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en m&#233;rite davantage.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot161" rel="tag"&gt;Flottante de 1912&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paul de Vivie alias V&#233;locio, Le Cycliste, Novembre 1922, p.107-109. Source archives d&#233;partementales de la Loire cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/3&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un petit coin charmant qui manquait &#224; ma collection&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on m'en avait dit beaucoup de bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il en m&#233;rite davantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques kilom&#232;tres apr&#232;s Bo&#235;n, quittez la route nationale 89, &#224; la hauteur de l'H&#244;pital-sous-Rochefort, et demandez la route de Saint-Jean-la-V&#234;tre. Vous entrerez imm&#233;diatement dans une gorge solitaire, riante plut&#244;t que farouche, et dont je n'avais jamais soup&#231;onn&#233; l'existence, bien que j'aie fait le trajet de Bo&#235;n &#224; Noir&#233;table plus de cinquante fois. Tel &#233;tait le but de notre excursion dominicale du 15&#160;octobre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous ne pouvions l'atteindre que par une &#233;tape transport de 53 km., de Saint-Etienne &#224; Bo&#235;n, sur routes archi-connues, monotones et plus souvent mauvaises que passables. Ainsi devrons-nous, dit-on, passer par le Purgatoire pour arriver au Paradis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous trouv&#226;mes quatre au d&#233;part &#224; 6 h. et, malgr&#233; le brouillard glac&#233;, on fila bon train, de sorte que nous touchions Montrond &#224; 7 h. 20 et Bo&#235;n &#224; 8 h. 40 par la traverse Magneux et Montverdun, au cours de laquelle mes trois compagnons m'avaient d'ailleurs quitt&#233;, les uns filant &#224; Peurs et l'autre &#224; Montbrison.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allais donc me trouver seul pendant la partie int&#233;ressante de l'excursion, ce qui ne me d&#233;pla&#238;t pas quand j'explore un nouvel itin&#233;raire. L'attention reste ainsi concentr&#233;e sur le paysage, dont peu de d&#233;tails vous &#233;chappent. En ce moment, je m'&#233;loigne de Saint-Laurent-sous-Rochefort en remontant un gros ruisseau dont les courts m&#233;andres se heurtent &#224; des rives gazonn&#233;es, ombrag&#233;es &#231;&#224; et l&#224; de quelques bouquets d'arbres. La vall&#233;e est tr&#232;s &#233;troite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite s'&#233;l&#232;vent bient&#244;t des roches abruptes, veuves de toute v&#233;g&#233;tation, et la plus haute est couronn&#233;e des d&#233;bris de ce qui fut sans doute, autrefois, un manoir inexpugnable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; c&#244;t&#233;, suivant la cr&#234;te de la colline, se d&#233;tachent en pleine lumi&#232;re les quelques maisons du village de Rochefort. Je suis le plus souvent &#224; l'ombre, abrit&#233; par les puissants contreforts du massif de Pierre-sur-Haute, r&#233;servoir d'eaux fra&#238;ches, limpides et abondantes qui se d&#233;versent dans ce vallon. La pente est mod&#233;r&#233;e, du 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% au plus, et le sol est tr&#232;s bon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je n'ai donc pas besoin de recourir &#224; mon petit d&#233;veloppement et je me sers du moyen, 4 m. 80&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne faut pas, d'ailleurs, si l'on veut rester bien entra&#238;n&#233;, refuser aux muscles l'occasion d'appuyer un peu, sinon l'on finirait par les rendre paresseux d'abord, d&#233;biles ensuite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la polymultiplication deviendrait ainsi un danger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais voici que le ruisseau qui s'&#233;tait jusqu'ici tenu discr&#232;tement au fond de la gorge o&#249; je ne l'entendais plus, se rapproche de mon altitude par une s&#233;rie de bruyantes cascades&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la gorge se r&#233;tr&#233;cit, je traverse quelques petits bois et, dans un site d&#233;licieux de fra&#238;cheur et de verdure, j'aper&#231;ois les b&#226;timents d'une scierie importante qui utilise la force hydraulique au bon endroit et dans les meilleures conditions possibles. Il n'a pas fallu creuser &#224; grands frais un canal de d&#233;rivation, dont tient lieu le lit m&#234;me du ruisseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma route passe, l&#224;, sur la rive gauche et la rampe s'accentue, pas assez cependant pour m'obliger &#224; changer de vitesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle oscille maintenant entre 5 et 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Le vallon s'&#233;largit, les coteaux sont moins bois&#233;s, mais la vue s'&#233;tend &#224; gauche jusqu'&#224; des sommets couverts d&#233; for&#234;ts qui r&#233;v&#232;lent le voisinage de la haute montagne. Le soleil est chaud, la mont&#233;e est longue, je me f&#233;licite d'avoir, apr&#232;s Bo&#235;n, croqu&#233; cent grammes de pain qui me fournissent, en br&#251;lant, les calories n&#233;cessaires &#224; ce travail d'&#233;l&#233;vation qui, apr&#232;s douze bons kilom&#232;tres de rampe ininterrompue, prend fin &#224; un col que j'estime situ&#233; &#224; 900 m&#232;tres et d'o&#249; j'ai soudain une vue tr&#232;s &#233;largie. Deux ou trois kilom&#232;tres auparavant, &#224; la crois&#233;e de la Vierge, j'avais failli descendre &#224; Saint-Didier que, sur la foi des bornes kilom&#233;triques, je prenais pour Saint-Jean&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je m'&#233;tais heureusement renseign&#233; aupr&#232;s d'un passant avant d'aller plus loin et j'en avais &#233;t&#233; quitte pour un kilom&#232;tre de rabiot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais toutes les bornes m'annon&#231;aient Saint-Jean avant Saint-Didier, &#233;tait bien permis de prendre celui-ci pour celui, l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Qui-de-droit ferait bien de rectifier ces fausses indications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Didier est un gros village nich&#233; dans le creux d'une combe qui fuit rapidement vers la route nationale 89 et Saint-Jean occupe le centre d'une vaste cuvette dans laquelle je vais plonger par quelques lacets bien sentis. Du sommet o&#249; je m'attarde un instant, je pourrais apercevoir, si j'avais de bons yeux, par dessus la croupe de Noir&#233;table, la ligne de partage des eaux entre l'Allier et la Loire, la trou&#233;e vers Thiers, vers la plaine de la Limagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien n'arr&#234;te la vue de ce c&#244;t&#233;, tandis qu'&#224; droite et &#224; gauche les molles ondulations de montagnes plus &#233;lev&#233;es bornent l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s Saint-Jean-la-V&#234;tre, le paysage devient quelconque jusqu'au moment o&#249; l'on approche de Noir&#233;table qui se pr&#233;sente bien dans un d&#233;cor verdoyant. Le raidillon par lequel on y acc&#232;de m'oblige &#224; prendre mon petit d&#233;veloppement et je puis ainsi me faufiler ais&#233;ment entre les groupes de bavards qui s'installent au beau milieu de la chauss&#233;e pour parler de leurs petites affaires. Je prends &#224; droite la route de Champoly avec l'intention de rentrer &#224; Bo&#235;n par Saint-Marcel-d'Urf&#233; et Saint-Martin-la-Sauvet&#233;, mais il fallut en rabattre, car, &#224; deux kilom&#232;tres environ de Champoly, en un brusque sursaut, je casse ma cha&#238;ne. Le temps d'aller &#224; pied &#224; Champoly, de chercher une r&#233;parateur, de faire la r&#233;paration et voil&#224; trois quarts d'heure perdus qui vont m'obliger &#224; rentrer par le plus court. Il est midi et demi, la descente m'entra&#238;ne &#224; bonne allure jusqu'&#224; Saint-Thurin quand, soudain, je suis d&#233;barqu&#233; sur un &#233;pais matelas de pierres et de mottes gazonn&#233;es couvrant toute la largeur de la chauss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nouvelle et bizarre fa&#231;on de recharger les routes&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il y en a comme cela une dizaine, &#233;chelonn&#233;s de 50 en 50 m&#232;tres, puis le sol redevient propre et roulant. Ces rechargements partiels, dont rien ne nous avertit, sont de vrais traquenards pour les cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt; A Saint-Thurin, o&#249; je ne passe qu'&#224; 13 heures, je commence &#224; sentir la p&#233;dale un peu dure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela tient &#224; deux causes le vent contraire contre lequel j'aurai &#224; lutter jusqu'au soir et le besoin de regarnir le foyer. Je m'&#233;tais bien promis de m'arr&#234;ter une heure &#224; l'h&#244;tel o&#249; je suis descendu maintes fois et d'y prendre un l&#233;ger repas, mais , les incidents de la matin&#233;e m'ont trop retard&#233; et je me contente d'acheter une demi-livre de pain dont je mange illico la moiti&#233; en me promenant au soleil sur le bord du ruisseau. Puis je me h&#226;te vers Bo&#235;n en utilisant tant&#244;t 6 m&#232;tres, tant&#244;t 4m. 80&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'y a pas lieu, pendant ce trajet tr&#232;s faiblement ondul&#233;, de se servir du 3 m. 20 que j'utiliserai pas d'ailleurs de la journ&#233;e, de peur de recasser ma cha&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt;
j'ai choisi pour cette promenade ma bicyclette &#224; frein dans le moyeu, qui vit le jour en 1902, et que je polyxai de maintes fa&#231;ons jusqu'en 1912 o&#249; elle devint ma premi&#232;re flottante &#224; 3 vitesses, &#224; la condition qu'on l'habille de bons pneus souples, cette machine rend bien et peut tenir lieu de randonneuse, j'ai fait sur elle, avant la guerre, maintes belles &#233;tapes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais elle n'a maintenant que des pneus tr&#232;s ordinaires et je ne la prends que lorsque je m'en vais, seul, reconna&#238;tre, comme aujourd'hui, quelques bouts de routes nouvelles et que rien ne me presse. Quand on monte des machines qui diff&#232;rent les unes des autres, il est important de savoir ce qu'on peut demander &#224; chacune d'elles, au point de vue de la vitesse de marche et de ne pas lui demander davantage d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;tape. Lorsqu'on part, on a tellement de force disponible qu'on risque d'en d&#233;penser trop en for&#231;ant une p&#233;dale poussive &#224; soutenir une allure qui n'est pas faite pour elle, on se claque ainsi en peu de temps et je me ressouviens aujourd'hui en approchant de Bo&#235;n d'une sortie que je fis, il y a quelque quinze ans, avec deux de mes &#233;l&#232;ves mont&#233;s sup&#233;rieurement, l'un, Thorsonnax, sur une bi-chaine, l'autre, Dupuy, sur une 4 vitesses Pernot &#224; pignon extensible, justement ce dispositif que M.&#160;Marcel Violette, le pr&#233;sident du Jury d'examen du concours d'Auvergne, a trait&#233; si injustement. J'avais, ce jour-l&#224; ma Touricyclette 21kg., pneus moyens, pignons de moulin &#224; caf&#233;. Je suivis le train pendant 80 km., sans me douter que je me vidais jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte et, tout &#224; coup, je vis tout tourner autour de moi, au point que je dus mettre pied &#224; terre pr&#233;cipitamment pour m'&#233;tendre sur le bord de la route et laisser se dissiper ce vertige&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous &#233;tions, &#224; ce moment, entre St-Germain-Laval et Bo&#235;n&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes compagnons m'encadr&#232;rent et me remorqu&#232;rent jusqu'&#224; Bo&#235;n o&#249; je pris le train. Cette dure le&#231;on me fut tr&#232;s utile et je ne me mets jamais en route sans me la rappeler. Ainsi, quand je vais &#224; Lyon sur ma Touri, je m'octroie quatre heures pour l'aller et cinq heures pour le retour dans la m&#234;me journ&#233;e (moyenne 13 km. &#224; l'heure), alors qu'avec ma randonneuse je puis encore aller en trois heures et revenir en trois heures et demie (moyenne 19 km. &#224; l'heure). L'allure ou vitesse de marche d&#233;pend surtout de la machine, de ses pneus, de ses roulements, de son poids, de son dispositif de polyxion. L'homme est plus ou moins fort, plus ou moins entra&#238;n&#233;, mais son allure cro&#238;tra ou diminuera en proportion du rendement de son outil. On m'a fait beaucoup la guerre autrefois quand je soutenais que telles randonneuses me donnaient des ailes et me for&#231;aient presque &#224; marcher &#224; 25 &#224; l'heure, tandis que d'autres bicyclettes me collaient tellement au sol que je ne pouvais aller qu'&#224; 12 &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; rien n'est pourtant plus vrai. Puisqu'il y a fagots et fagots, il peut bien y avoir aussi bicyclettes et bicyclettes, pneus et pneus, etc. Connaissons seulement bien nos outils et nos forces , et nous ne conna&#238;trons jamais cette fatigue anormale qui me fit ce jour-l&#224; tomber sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Bo&#235;n, qui m'a rappel&#233; ce f&#226;cheux souvenir, je me heurte &#224; un violent vent du sud, qui augmente joliment mon travail d'&#233;l&#233;vation jusqu'&#224; Marcilly-le-Pav&#233; et me fait regretter ma petite vitesse. Je dispose heureusement d'une selle oscillante et je puis ainsi peser commod&#233;ment de tout mon poids sur les p&#233;dales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j 'ai souvent constat&#233; que l'utilisation de la selle oscillante &#224; la mont&#233;e &#233;quivaut pour moi &#224; une r&#233;duction de 15 &#224; 20&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% dans le d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec 4 m. 80 et selle oscillante, j'obtiens un aussi bon r&#233;sultat qu'avec 4 m&#232;tres sans selle oscillante. Seul le raidillon par lequel on s'&#233;loigne de Marcilly m'oblige &#224; quelques efforts excessifs, mais la descente allait me permettre de me reposer et je ne me fis pas prier, d'autant plus qu'il y avait beaucoup de promeneurs et qu'on n'a pas l'habitude &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; de capituler devant l'ennemi. Ah&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce coquin d'amour-propre, il montre toujours le bout de l'oreille&amp;#8239&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques kilom&#232;tres avant Montbrison, je rencontre un de mes jeunes compagnons du matin, qui a eu l'aimable attention de venir m'attendre pour rentrer avec moi &#224; Saint-Etienne. Les trente et quelques kilom&#232;tres de Saint-Thurin &#224; Montbrison ont fait baisser fortement le niveau de mon r&#233;servoir d'&#233;nergie et, bien que l'heure nous presse, je m'arr&#234;te un quart d'heure pour tremper cent grammes de pain dans une tasse de caf&#233; chaud. Cela suffit pour me faire faire en deux heures les derniers trente-cinq kilom&#232;tres, qui comprennent les cinq bons kilom&#232;tres de mont&#233;e moyenne de Saint-Just, et j'ach&#232;ve, &#224; 18 heures, ma jolie ballade de 160 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc encore une exp&#233;rience d'alimentation en cours de route qui vient s'ajouter &#224; toutes celles que j'ai d&#233;j&#224; relat&#233;es. Le cyclotouriste peut fournir un travail consid&#233;rable sans faire de gros repas, disons m&#234;me, &#224; la condition de ne pas faire de ces gros repas qui fatiguent l'estomac et l'obligent &#224; une grande d&#233;pense &#233;nerg&#233;tique au d&#233;triment du travail musculaire. Quand on fait, au contraire, des repas l&#233;gers qui peuvent consister, comme on vient de le voir, en quelques centaines de grammes de pain soigneusement mastiqu&#233;s et absorb&#233;s juste au moment voulu, le travail n'est jamais interrompu, des calories neuves succ&#232;dent aux calories consomm&#233;es, comme, sur un champ de bataille, des troupes fra&#238;ches remplacent les troupes fatigu&#233;es, et l'&#233;tape se d&#233;roule, s'allonge et se termine sans fatigue anormale. Qu'un solide d&#233;jeuner le matin avant de partir et qu'un solide d&#238;ner le soir en arrivant encadrent les trois ou quatre casse-cro&#251;te de la journ&#233;e et vous pourrez mener &#224; bien les randonn&#233;es et les &#233;tapes de transport que l'Ecole st&#233;phanoise pr&#233;conise depuis vingt-cinq ans, dont dout&#232;rent alors tant de cyclistes qui, depuis, se sont d&#233;couverts capables de les faire en proc&#233;dant comme nous proc&#233;d&#226;mes.	V&#233;locio.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>COL DU ROUSSET - FORET DE LENTE 1919</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article618</link>
		<guid isPermaLink="true">http://velotextes.fr/spip.php?article618</guid>
		<dc:date>2024-10-31T15:16:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le Cycliste, juin-juillet 1919, p. 79-83 Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_13 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la guerre je n'ai pas randonn&#233;, quoique j'aie p&#233;dal&#233; beaucoup tant par hygi&#232;ne que pour me transporter l&#224; o&#249; j'avais &#224; faire. Mais aujourd'hui toute pr&#233;occupation, toute angoisse d'ordre g&#233;n&#233;ral ou particulier ayant disparu, rien ne s'oppose &#224; ce que je retrouve des charmes &#224; l'excursion, voire &#224; la randonn&#233;e et que j'aille revoir tous les merveilleux sites que la collection du&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Cycliste, juin-juillet 1919, p. 79-83 Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote PER1328_13&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre je n'ai pas randonn&#233;, quoique j'aie p&#233;dal&#233; beaucoup tant par hygi&#232;ne que pour me transporter l&#224; o&#249; j'avais &#224; faire. Mais aujourd'hui toute pr&#233;occupation, toute angoisse d'ordre g&#233;n&#233;ral ou particulier ayant disparu, rien ne s'oppose &#224; ce que je retrouve des charmes &#224; l'excursion, voire &#224; la randonn&#233;e et que j'aille revoir tous les merveilleux sites que la collection du Cycliste, relue pendant la guerre, me remettait sans cesse sous les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai, pour d&#233;buter, choisi le col du Rousset o&#249; je n'&#233;tais pas all&#233; depuis bien longtemps et je n'ai pas eu de peine &#8212; tant le Vercors est appr&#233;cie des cyclotouristes &#8212; &#224; trouver trois bons compagnons de route, &#224; d&#233;faut de ceux que la mort, les blessures on les changements radicaux survenus dans leur existence, m'ont enlev&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; onze heures et quelques minutes, le 14&#160;juin, nous d&#233;marrons donc, L... et moi (la semaine anglaise a du bon) et nous attaquons la mont&#233;e du col des Grands Bois. En 53 minutes nous sommes au col, 20 minutes apr&#232;s &#224; Bourg-Argental et je nous voyais d&#233;j&#224; &#224; An-dance en 2 h. 10 et &#224; Tournon (75 kilom&#232;tres) en trois heures, tout comme en 1905, quand je posai le jalon Saint-Etienne-col du Rousset, 160 kilom&#232;tres, en huit heures. Mais il fallut bient&#244;t d&#233;chanter. A Saint-Cyr, un clou dans le pneu de L... nous immobilise 20 minutes et cet accident permet &#224; Emile C..., que nous devions rencontrer &#224; Bourg-Argental, de nous rejoindre au moment m&#234;me o&#249; nous repartions.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Andance (54 kilom&#232;tres) un joli vent du nord active l'allure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; soudain ma cha&#238;ne s'&#233;tale sur la route. Je la ramasse avec une flasque en moins. C..., heureusement, a des maillons de rechange&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une scierie est tout pr&#232;s et nous pouvons, avec des outils rudimentaires, r&#233;parer convenablement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ci&#160;: 25 minutes perdues. Nous p&#233;dalons de plus belle, L... et. moi, pour rattraper le retard car notre quatri&#232;me compagnon, Ch., de Grenoble, nous attend &#224; Pont-en-Royans de 17 &#224; 18 heures. &#201;mile C... veut en prendre &#224; son aise et nous engage &#224; ne pas nous occuper de lui. Il rejoindrait toujours, ici ou l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un soleil de plomb, des routes poussi&#233;reuses, un air sec, nous sommes suc&#233;s par tous les pores&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous n'en restons pas moins nu-t&#234;te, nouvelle coiffure adopt&#233;e &#224; l'E. S., simple, commode, hygi&#233;nique et, par ce temps de vie ch&#232;re, &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant de Tain, ablutions abondantes &#224; une fontaine que je connais de longue date&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de Tain &#224; Romans, la fournaise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on moissonne d&#233;j&#224; dans la plaine. Le tacot d&#233;partemental passe d'un bord &#224; l'autre de la route par des lignes obliques tr&#232;s dangereuses dont il faut se m&#233;fier. Nous savions que la route de Bourg-de-P&#233;age est dans un &#233;tat d&#233;plorable. Nous restons donc &#224; Romans sur la rive droite de l'Is&#232;re et nous nous engageons sur la route Valence-Grenoble, large, bien ombrag&#233;e, assez roulante, mais face au vent qui va ralentir singuli&#232;rement notre allure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allions faire le tour par La S&#244;ne, quand, &#224; Saint-Laitier o&#249; nous nous r&#233;ablutionnons copieusement, on nous engage &#224; ne pas allonger ainsi notre itin&#233;raire et &#224; nous diriger directement sur Saint-Nazaire en suivant un petit chemin que nous trouverons &#224; 2 ou 3 kilom&#232;tres plus loin. Ce chemin d'ailleurs tr&#232;s mauvais, aboutit &#224; un pont &#224; p&#233;age, le seul qui reste peut-&#234;tre encore en France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 17 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'&#233;tape transport est termin&#233;e. Elle a &#233;t&#233; assez vivement men&#233;e en d&#233;pit des circonstances adverses.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Saint-Nazaire nous entrons dans la partie excursion proprement dite, et mon compagnon, qui vient pour la premi&#232;re fois rendre visite au Vercors, est d&#233;j&#224; &#233;merveill&#233; du pittoresque qui entoure l'arriv&#233;e &#224; Saint-Nazaire. Ce fr&#234;le pont suspendu au confluent de l'Is&#232;re et de la Bourne, ces berges hautes en terre rouge que rongent les deux torrents, le vert intense qui tapisse les collines voisines et, plus loin, les tons gris et blanch&#226;tres des roc, hors &#224; pic qui barrent la route du Vercors, tout pr&#232;s l'aqueduc massif derri&#232;re lequel apparaissent les maisons blanches de Saint-Nazaire, enfin, dominant de tr&#232;s haut ce merveilleux tableau, les lignes ind&#233;cises des Alpes dauphinoises, il y a la un coin de nature que je ne me lasse jamais d'admirer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant &#224; Pont-en-Royans nous attend d&#233;j&#224; notre quatri&#232;me compagnon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il convient de se h&#226;ter et nous rep&#233;dalons de plus belle sur une route bien ab&#238;m&#233;e par un charroi &#233;norme dont nous croiserons quelques sp&#233;cimens sous forme de fardiers automobiles &#224; six roues, charges d'&#233;normes arbres longs de 20 m&#232;tres, plus hauts qu'un premier &#233;tage, plus larges presque que les rues o&#249; ils passent. Quand un de ces monstres traverse un village, les habitants n'ont qu'&#224; rentrer chez eux et les passants doivent se coller contre les murs. Et ne voila-t-il pas qu'&#224; deux ou trois kilom&#232;tres de Pont-en-Royans, au moment m&#234;me o&#249; j'appuie pour enlever en vitesse une petite mont&#233;e, ma cha&#238;ne se casse une deuxi&#232;me fois. Je continue &#224; pied tandis que L... prend les devants et j'entre &#224; Pont-en-Royans &#224; 18 heures pr&#233;cis&#233;s. Nous n'&#233;tions pas en retard, mais c'&#233;tait de justesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre ami Ch. nous attendait. Il &#233;tait venu de Grenoble parles gorges d'Engins et celles de la Bourne et dans un moment d'inattention, en pleine descente &#224; 30 &#224; l'heure, il avait permis &#224; sa roue directrice de d&#233;raper dans une orni&#232;re pleine de sable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une formidable culbute en &#233;tait suivie dont il portait les traces, &#233;paule contusionn&#233;e et cuir chevelu entam&#233;, mais le moral restait bon, chose essentielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allions repartir, quand Emile C.. appara&#238;t, frais et dispos, mais d&#233;sirant tout de m&#234;me se restaurer un peu&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si bien que nous ne nous remettons en selle qu'&#224; 19 heures. Cette fois ma cha&#238;ne a &#233;t&#233; solidement r&#233;par&#233;e par un bon ouvrier et elle ne me causera pas d'autre ennui.&lt;br class='autobr' /&gt;
On cause en p&#233;dalant et l'on a toujours beaucoup de choses &#224; se raconter entre cyclotouristes. Incidents de routes, r&#233;gions explor&#233;es, bagages, pneumatiques, machines, etc. A propos de machines, les n&#244;tres sont assez distinctes. Ch. monte une six vitesses par moyeu &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BSA&lt;/span&gt; et deux cha&#238;nes, de 2 m&#232;tres &#224; 7 m. 60, bonne marque anglaise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; L... ne dispose sur son l&#233;ger routier que des trois vitesses de son moyeu, 3 m. 30, 4 m. 40 et 5 m. 85&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#201;mile C .. est le plus polyx&#233; des quatre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa poly est arm&#233;e d'un moyeu &#224; trois vitesses et d'un whippet &#224; trois pignons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il poss&#232;de donc une &#233;chelle de neuf d&#233;veloppements qui commence au-dessous de 2 m&#232;tres et finit au-dessus de 8 m&#232;tres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'ai ma vieille flottante de 1912 &#224; trois vitesses, 3 m. 35, 4 m. 75 et 6 m&#232;tres sur cadre de course sur route et moyeu roue libre et frein &#224; contrep&#233;dale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ch. et L... ont des pneus tr&#232;s souples &#224; toile apparente. &#201;mile C... et moi nous sommes moins bien partag&#233;s sous ce rapport et aux moindres descentes faites en roue libre, nous sommes promptement distanc&#233;s par nos compagnons. Je roule pourtant un peu mieux, parce que de mes deux pneus l'un est tr&#232;s souple et l'autre semblable &#224; ceux de C. . Nous avons tr&#232;s bien pu constater ainsi l'influence des pneus sur le roulement, dont tant de cyclistes se doutent encore si peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que je suis donc maladroit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Si j'&#233;tais seul j'accuserais la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais je vois mes compagnons naviguer &#224; travers sable, pierres et orni&#232;res, dans la boue visqueuse des tunnels avec une aisance et une s&#251;ret&#233; que j'admire, alors que je suis d&#233;barqu&#233; plus de dix fois avant d'atteindre les Baraques. Malgr&#233; cela, j'ai le temps d'admirer Petits et Grands Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en mai 1888 que je suivis pour la premi&#232;re fois cette route merveilleuse, que j'admirai pour la premi&#232;re fois la hardiesse de conception et d'ex&#233;cution de ces galeries taill&#233;es dans le roc et surplombant l'ab&#238;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je viens de relire dans Le Cycliste de juin 1888, le r&#233;cit de celte excursion lointaine, combien diff&#233;rente de celle d'aujourd'hui. Certes, l'on e&#251;t &#233;t&#233; mal venu &#224; nous accuser de d&#233;vorer l'espace. Il nous avait fallu une apr&#232;s-midi pour aller de Tain &#224; Pont-en-Royans et il nous fallut la journ&#233;e suivante pour aller &#224; Grenoble par les Goulets. Chose bizarre, j'arrivai toujours le dernier et l'on n'allait cependant pas bien vite. Je me demande ce que j'aurais pens&#233;, &#224; celle &#233;poque, d'un cycliste qui m'aurait affirm&#233; aller ais&#233;ment de Saint-&#201;tienne &#224; Nice en 24 heures et pr&#233;dit que je pourrais, 25 ans plus tard, y aller moi-m&#234;me en une &#233;tape&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant les cyclotouristes n'&#233;taient pas rares comme aujourd'hui. En pleines gorges de la Bourne nous en rencontr&#226;mes une centaine parmi lesquels un groupe de vingt Lyonnais qui en prenaient encore plus que nous &#224; leur aise, car ils s'&#233;taient fait hisser en voiture de Grenoble &#224; Villard-de-Lans et descendaient tout simplement &#224; Pont-en-Royans, quelques-uns &#224; bicyclette, la plupart &#224; bicycle ou en tricycle. Notre groupe de cinq comptait quatre tricycles et une bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les temps sont chang&#233;s. Nous avons maintenant des machines aussi parfaites que possible, permettant d'aller vite, loin et longtemps, m&#234;me on montagne.... et nous n'avons plus de cyclotouristes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; De fait, pendant cette derni&#232;re excursion, nous n'en avons pas rencontre un seul. A quoi tient cette raret&#233; par trop excessive&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous voici donc aux Baraques &#224; 20 heures et quart. Je me suis bien lest&#233; &#224; Pont-en-Royans de 400 grammes de pommes de terre tir&#233;es du sac&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais quand je propose de continuer, mes trois compagnons protestent. On d&#233;cide de d&#238;ner l&#224; et de finir l'&#233;tape au clair de lune. Mauvaise affaire pour moi qui d&#233;j&#224; maladroit en plein jour, suis pitoyable la nuit quand il s'agit de louvoyer parmi les trous, le sable et les orni&#232;res d'une route &#233;troite et inconnue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au premier h&#244;tel, &#224; droite, il n'y a pas un morceau de pain, mais au second h&#244;tel, &#224; gauche, nous trouvons un excellent et copieux menu &#224; un prix mod&#233;r&#233;, 4 francs vin compris&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; potage abondant, &#339;ufs brouill&#233;s, pommes de terre dauphinoises, rosbif, salade et dessert. Avec &#231;&#224; on peut attaquer le col du Rousset qui d'ailleurs, n'est, pas m&#233;chant. Il est 21 heures et demie, la lune est naturellement absente, mais la route se laisse voir ou plut&#244;t deviner. J'ouvre la marche. Je ne dirai pas combien de fois j'ai d&#251; mettre pied &#224; terre pr&#233;cipitamment &#224; la joie de mes compagnons qui, ne pouvant se rattraper sur le paysage, s'amusaient aux bagatelles, peu respectueux pour leur doyen. Nous voici pourtant &#224; Saint-Agnan, brillamment &#233;clair&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu plus loin devant un obstacle soudain, je vire brusquement et me trouve entre les cornes d'un &#233;norme ruminant qui ne s'en fait pas un pouce, pendant que je roule avec ma bicyclette dans le foss&#233;. Que diable font-ils sur les routes, &#224; 23 heures, ces animaux-l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le Rousset, tr&#232;s &#233;clair&#233; aussi, nous nous trouvons en pr&#233;sence de deux routes, la nouvelle qui se d&#233;gage &#224; droite, et l'ancienne qui s'enl&#232;ve &#224; gauche par deux vifs lacets que je connais de vieille date pour y avoir fait une belle chute. On d&#233;lib&#233;ra et on consulta m&#234;me la carte &#224; la lueur d'une bougie. Cette nouvelle route mal indiqu&#233;e, semble se diriger vers La Chapelle ou vers Vassieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je conseille de prendre l'ancienne, &#224; gauche, et je file toujours en t&#234;te sur un sol qui d'hectom&#232;tre en hectom&#232;tre devient de plus en plus chaotique, &#224; tel point que je finis par ne plus savoir entre quoi se faufilent mes roues. Tous, nous mettons pied &#224; terre pour franchir des troncs d'arbre, d'&#233;normes pierres, des tas de sable, bref une route d&#233;class&#233;e. Nous aurions d&#251; prendre &#224; droite et nous aurions roul&#233; sur un sol tr&#232;s convenable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous en apercevons quand par un angle aigu nous d&#233;bouchons enfin sur la nouvelle route.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette erreur augmente notre retard d'une bonne demi-heure, mais nous n'en sommes plus &#224; cela pr&#232;s. Un peu plus t&#244;t, un peu plus tard, nous allons s&#251;rement, trouver close la porte du refuge.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'entr&#233;e du tunnel, la lune enfin &#8212; mieux vaut tard que jamais &#8212; nous inonde de sa p&#226;le clart&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le coup d'&#339;il est saisissant et, somme toute, cette promenade nocturne dans un site que nous n'avons jamais vu qu'en plein jour, nous a laiss&#233; un souvenir agr&#233;able. On allume un falot et &#224; la queue leu-leu, &#224; pied, nous pataugeons dans la boue visqueuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; seul &#201;mile C. p&#233;dale sans d&#233;raper sur le sol glissant avec une tranquille assurance que j'admire. Je n'ai fait qu'une fois ces 600 m&#232;tres &#224; bicyclette et j'ai bien jur&#233; qu'on ne m'y reprendrait plus. C'&#233;tait en ao&#251;t 1905, le jour o&#249; je plantai ce jalon Saint-&#201;tienne au col du Rousset en 8 heures, que Thorsonnax consolida et compl&#233;ta en 1907 par Saint-&#201;tienne-col du Rousset et retour (320 kilom&#232;tres) en 17 heures, tout arr&#234;t inclus&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! nous en sommes loin aujourd'hui de ce record&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous sommes partis &#224; onze heures et il est minuit exactement quand nous d&#233;bouchons du tunnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureuse surprise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Au refuge tout le monde est debout et j'ai le grand plaisir de revoir en bonne sant&#233; le cantonnier et sa femme, de bien anciennes connaissances qui datent de mes d&#233;buts de cyclotouriste, car le col du Rousset fut un des premiers buts des randonn&#233;es de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;E. S.&lt;/span&gt; J'ai retrouv&#233; aussi cette divine clairette que mes compagnons &#8212; sauf cependant l'incorruptible v&#233;g&#233;tarien Emile C... &#8212; go&#251;t&#232;rent, volontiers et trouv&#232;rent d&#233;licieuse. Du pur jus de raisins muscats non ferment&#233; ou si peu, qu'on peut l'accepter comme vin sans alcool.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; minuit, par un beau clair de lune, on a de l&#224;-haut sur la vall&#233;e de la Dr&#244;me et sur les hautes montagnes qui l'entourent et dont les ar&#234;tes s'estompent dans une bu&#233;e lumineuse, une vue assez impr&#233;cise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on ne sait trop devant quoi l'on se trouve et, chez ceux qui viennent l&#224; pour la premi&#232;re fois, l'impression est moins saisissante qu'en plein jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#244;teli&#232;re se plaint&#160;: depuis deux ans, l'hippomobile qui reliait chaque jour Die &#224; La Chapelle est supprim&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus de ravitaillement possible si ce n'est accidentellement par des camions automobiles&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les touristes passent toujours assez nombreux surtout en auto, mais on ne peut leur offrir des menus convenables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les auto&#239;stes surtout sont d'une exigence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ils ne se contentent pas, comme les cyclistes, des mets simples et copieux qu'on peut leur fournir si loin de toute agglom&#233;ration, ils veulent de la viande fra&#238;che, de la viande de boucherie. Ces gros ventres sont gourmands de pourritures, similia similibus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On ne peut jamais les satisfaire, conclut l'h&#244;teli&#232;re, et mon mari a d&#251; souvent leur r&#233;pondre d'aller chercher eux-m&#234;mes &#224; Die ou &#224; La Chapelle cette viande dont ils ne peuvent se passer et que nous la leur pr&#233;parerions &#224; leur fantaisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai d&#233;j&#224; entendu de pareilles plaintes formul&#233;es par d'autres h&#244;teliers des hautes altitudes. Chauffards et chauffardes s'&#233;tonneront bient&#244;t de ne pas retrouver au col du Rousset ou du Parpaillon le luxe des palaces de la C&#244;te d'Azur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques heures de bon sommeil nous firent oublier nos tribulations de la veille et, apr&#232;s un solide d&#233;jeuner, o&#249; l'on vida un second flacon de clairette, par pure gourmandise, nous part&#238;mes frais et dispos. Notre programme initial &#233;tait de rentrer par les vall&#233;es de la Dr&#244;me, de l'Eyrieux et par Saint-Agr&#232;ve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais Emile C... nous fit observer qu'il serait bien plus int&#233;ressant pour notre nouveau compagnon L..., de traverser la for&#234;t de Lente et de voir la route de Combe-Laval.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous range&#226;mes tous &#224; cet avis judicieux et nous cour&#251;mes, dare-dare, par Vassieux, nous placer au col de Lachaux, devant l'objectif de Ch., sous un soleil..., je ne vous dis que &#231;&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'&#224; Vassieux descente continue, le plus souvent sous bois, charmant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; huit heures sonnent quand nous traversons le village. Bas les vestes et hardiment &#224; l'assaut du Pot-des-Anguilles. Avec 3 m. 35, L .. et moi, nous trouv&#226;mes la rampe un peu dure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; C... et Ch. mieux partag&#233;s, disposaient de 2 m&#232;tres &#224; 2 m. 50 et ne s'en firent pas un pouce. Quelle riche su&#233;e &#233;liminatrice et combien vite furent volatilis&#233;es les deux bouteilles de clairette&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voil&#224; les joies saines, les satisfactions incomparables du cyclotourisme. Quel bien-&#234;tre du corps, quel d&#233;lassement de l'esprit succ&#232;dent &#224; un effort pouss&#233; un peu loin, sans d&#233;passer toutefois les limites raisonnables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; j'&#233;cris, je revis encore cette minute d'indicible contentement, o&#249;, mettant pied &#224; terre apr&#232;s ce rude travail d'&#233;l&#233;vation, je m'absorbai dans la contemplation de la curieuse plaine de Vassieux, encadr&#233;e de for&#234;ts, domin&#233;e par les hauts sommets du Vercors, ne ressemblant &#224; rien de ce qu'on voit ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; neuf heures nous entr&#226;mes dans la for&#234;t, moins touffue qu'autrefois, parce que depuis cinq ans, ici comme partout, on a coup&#233; beaucoup, mais toujours fra&#238;che, ombreuse, idyllique. Les sentiers forestiers sont cyclables et quelques poteaux indicateurs emp&#234;chent qu'on ne s'&#233;gare, alors qu'en 1900 quand je vins l&#224; pour la premi&#232;re fois, entrer dans la for&#234;t de Lente &#233;tait facile, mais en sortir c'&#233;tait autre chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On s'attarda un peu &#224; la grotte du Brudour, on en prit toujours &#224; son aise, si bien qu'il nous fallut deux heures pour aller du col de Vassieux &#224; la corniche de Combe-Laval, plus impressionnante que tout ce que l'on peut voir dans cet admirable Vercors si riche en beaut&#233;s naturelles. Nous y crois&#226;mes la premi&#232;re auto rencontr&#233;e depuis le matin et la seconde passa quand nous barbotions dans la fontaine de l'Echarasson. La circulation n'a pas &#233;t&#233; intense ce jour-l&#224; dans ces parages si dignes cependant d'attirer les touristes. La longue descente jusqu'&#224; Saint-Jean-en-Royans qui fut faite lentement &#224; cause de l'&#233;tat du sol, mit les freins &#224; une rude &#233;preuve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mon frein dans le moyeu resta serr&#233; constamment et se comporta bien jusqu'au bout, au grand &#233;tonnement de Ch. qui ne jure que par les freins anglais &#224; action radiale. Emile C.... qui pr&#233;f&#232;re les jantes en acier aux jantes en bois et qui, par une poign&#233;e sp&#233;ciale peut tenir son frein constamment serr&#233;, eut la d&#233;sagr&#233;able surprise de trouver &#224; Saint-Jean-en-Royans sa chambre &#224; air surchauff&#233;e et se d&#233;gonflant &#224; tout propos, tant&#244;t vite, tant&#244;t lentement comme il advient, en pareil cas. Quand une chambre &#224; air est rest&#233;e longtemps au contact d'une jante m&#233;tallique devenue br&#251;lante par l'application soutenue du frein, les pastilles des r&#233;parations ant&#233;rieures, la jonction m&#234;me des deux bouts tendent &#224; se d&#233;coller partiellement et l'air fuit par une fissure qui s'obture d'elle-m&#234;me quand on examine la chambre &#224; l'air ou dans l'eau. On remonte son pneu persuad&#233; que tout va bien et dix minutes ou deux heures apr&#232;s on est de nouveau &#224; plat. On recommence et &#231;a dura ainsi pour l'infortun&#233; Emile C... toute la soir&#233;e et m&#234;me le lendemain. En pareille occurrence il n'y a qu'&#224; remplacer la chambre, puis &#224; loisir chez soi, suivre toutes les anciennes r&#233;parations de tr&#232;s pr&#232;s. Avec des jantes en bois, on &#233;chappe &#224; ce d&#233;sagr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un d&#233;jeuner quelconque dont le menu r&#233;pondait mal &#224; mes habitudes alimentaires, (ce qui me joua le soir m&#234;me un bien mauvais tour) nous quitt&#226;mes, L... et moi, Saint-Jean-en-Royans &#224; 14 heures, abandonnant n&#233;cessairement &#224; son infortune Emile C... et souhaitant &#224; Ch. un heureux retour &#224; Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le train fut assez soutenu puisque &#224; 16 heures et quart nous &#233;tions par Saint-Nazaire, Saint-Lattier et Romans, en train de nous doucher &#224; la fontaine de Tain qui nous avait vus la veille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le soleil nous avait r&#244;tis aussi copieusement le dimanche que le samedi. Traverser cette vall&#233;e du Rh&#244;ne au milieu du jour en &#233;t&#233;, c'est entrer dans un four. On ne m'y reprendra pas de longtemps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; avec cela qu'elle, n'a rien, absolument rien d'agr&#233;able ni d'int&#233;ressant et qu'on a toujours h&#226;te d'en sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre Tournon et Andance, je commen&#231;ai &#224; avoir faim&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous nous arr&#234;t&#226;mes un instant pour manger quelques cerises, en attendant la collation plus substantielle que nous avons toujours l'habitude de prendre &#224; Andance avant d'attaquer les 1.100 m&#232;tres d'&#233;l&#233;vation qui nous s&#233;parent l&#224; du col des Grands Bois. Malheureusement cette collation fut insuffisante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de lait dans lequel j'aurais tremp&#233; quelques centaines de grammes de pain, et, faute de sucre, ni caf&#233; ni m&#233;lange eau et vin pouvant pour cette trempette suppl&#233;er le lait. Je dus me contenter de pain et de fromage secs autant l'un que l'autre, et je ne pus manger suffisamment. Aussi fus-je un peu terne au d&#233;but de la mont&#233;e. Peu &#224; peu n&#233;anmoins les forces revinrent &#224; mesure que le pain et le fromage s'assimilaient et me fournissaient des calories et si j'avais pu trouver un bol de lait tout e&#251;t &#233;t&#233; pour le mieux. Mais trouver du lait dans des villages o&#249; les vaches encombrent la route, c'est tout aussi impossible que d'aller dans la lune. Ni &#224; Dav&#233;zieux. ni &#224; Boulieu, ni &#224; Saint-Marcel, pas plus chez les paysans que chez les aubergistes, je ne pus en obtenir une tasse. J'aurais, je l'avoue, obtenu plus facilement, de l'absinthe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On vous regarde m&#234;me de travers quand dans une salle enfum&#233;e o&#249; des hommes et des femmes avin&#233;s s'alcoolisent, on ose demander un verre de lait.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en trouvai enfin dans un h&#244;tel &#224; Bourg-Argental o&#249; je fus bient&#244;t rejoint par L..., qu'une crevaison avait retard&#233; et par &#201;mile C... qui, partie par le train, partie par la route, en regonflant son pneu de temps en temps, nous avait suivis et rattrap&#233;s. Et sans autre incident, par une belle nuit ti&#232;de et claire, nous r&#233;int&#233;gr&#226;mes nos domiciles respectifs, C. au Bessat, L... &#224; Saint-&#201;tienne et moi &#224; la R&#233;publique, entre 23 et 24 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il nous avait fallu 17 heures pour revenir du col du Rousset, juste le temps qu'autrefois Thorsonnax mettait pour y aller et en revenir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous n'avons plus &#224; d&#233;montrer que gr&#226;ce &#224; la poly on peut aller vite et loin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux-l&#224; seuls refusent d'admettre cette v&#233;rit&#233;, qui nieraient la lumi&#232;re en plein midi. Nous d&#233;montrons maintenant que, gr&#226;ce toujours &#224; la poly, on peut &#224; tout &#226;ge excursionner agr&#233;ablement, sans aucune fatigue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et, pendant une longue journ&#233;e, p&#233;daler le long de sites tous plus int&#233;ressants et vari&#233;s les uns que les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;locio&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons utile de rappeler que pour tirer le meilleur profit d'un r&#233;cit d'excursion, il faut suivre pas &#224; pas le narrateur sur une carte &#224; assez grande &#233;chelle, par exemple la carte de 1/300.000' du minist&#232;re de la guerre, et noter, au fur et a mesure, les d&#233;tails int&#233;ressants (&#233;tat des routes. h&#244;tels, curiosit&#233;s, etc.) qui vous seront utiles si vous vous d&#233;cidez, quelque jour, de voyager dans la m&#234;me r&#233;gion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dimanche 4&#160;avril 1926 (Ventoux)</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Dans le Midi, tout se fait dans la rue, ainsi en fut-il de cette r&#233;paration, si bien qu'en quelques minutes tous les cyclistes locaux s'assembl&#232;rent et l'on discuta ferme sur la polyxion. Elle n'est pas en faveur &#224; B&#233;doin et mon r&#233;parateur n'y a vendu, depuis six ans qu'il est &#233;tabli, qu'un Chemineau dont il &#233;tait tr&#232;s embarrass&#233;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;1914-1930 P&#233;riode meetings, exp&#233;riences et r&#233;miniscences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;Velocio-Le-Cycliste-1926-Source-Archives-departementales-de-la-Loire-cote-nbsp&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='Velocio-Le-Cycliste-1926-Source-Archives-departementales-de-la-Loire-cote-nbsp'&gt;V&#233;locio, Le Cycliste, 1926, Source Archives d&#233;partementales de la Loire cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/3&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 4&#160;avril. &#8212; D&#232;s le petit jour, je suis sur la route, toujours avec mon unique 4 m. 30. Un obligeant Visanien m'a donn&#233; des indications tr&#232;s d&#233;taill&#233;es sur les tours et d&#233;tours qu'il faut faire pour aller &#224; Vaison en &#233;vitant les raidillons de Buisson. Je m'en tire assez bien avec 5 km. seulement de rabiau &#224; la derni&#232;re bifur o&#249; je tourne &#224; gauche au lieu de tourner &#224; droite. Je franchis ainsi les collines qui s&#233;parent deux jolies petites rivi&#232;res, l'Aygues et l'Ouv&#232;ze, par des chemins faciles, de cr&#233;ation r&#233;cente et tr&#232;s roulants. Le soleil va se lever derri&#232;re des nuages d'un rouge inqui&#233;tant. Ciel rouge le matin, dit-on, pluie ou vent sont en chemin, f&#226;cheux pr&#233;sage. Vaison-la-Romaine est admirablement situ&#233;e sur l'Ouv&#232;ze, au pied d'une haute falaise couronn&#233;e par des d&#233;bris de ch&#226;teaux f&#233;odaux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on y visite avec int&#233;r&#234;t la cath&#233;drale et des ruines gallo-romaines, th&#233;&#226;tre, thermes, villas r&#233;cemment d&#233;couvertes et qui attirent les curieux d'antiquit&#233;s, et surtout les snobs qui d&#233;cemment ne peuvent pas aujourd'hui ignorer Vaison, si bien que les h&#244;tels commencent &#224; estamper lourdement les touristes, m&#234;me &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne m'arr&#234;te pas et, le pont romain franchi, je me h&#226;te vers Malauc&#232;ne. Mes jambes vont d&#233;cid&#233;ment mieux, mais le temps se g&#226;te et la pluie semble imminente, je sens m&#234;me quelques gouttes. Sous une all&#233;e de platanes centenaires, comme il y en a d'ailleurs &#224; Vaison, &#224; B&#233;doin et partout, dans ce Midi b&#233;ni des dieux, je d&#233;jeune &#224; Malauc&#232;ne, station estivale tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e d'o&#249; part un chemin cyclable pendant la belle saison et qui conduit en 19 km. au sommet du Ventoux. Un jeune couple cyclotouriste st&#233;phanois devait le suivre le lendemain pour redescendre du c&#244;t&#233; de Bedoin, mais je doute qu'il ait pu passer &#224; cause de la neige qui obstruait encore la route pendant les derniers kilom&#232;tres sur les deux versants. Il n'y avait donc plus lieu pour moi-m&#234;me d'envisager l'ascension du Ventoux &#224; bicyclette et tous les cyclistes qui y mont&#232;rent ce jour-l&#224; (ils &#233;taient nombreux&#160;: sept Montpelli&#233;rains, un St&#233;phanois, une Parisienne et deux Marseillais) furent oblig&#233;s de faire &#224; pied plus de 10 km., tant &#224; cause de la neige que de la boue et des mottes de terre avec lesquelles on avait recharg&#233; la route &#224; partir du huiti&#232;me kilom&#232;tre. Je n'avais donc aucun motif pour me presser et c'est en pur touriste que je fis les derniers 13 km. de Malauc&#232;ne &#224; B&#233;doin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils valent bien qu'on s'y attarde. Je n'avais encore pass&#233; par l&#224; qu'une fois en 1913. J'&#233;tais en tandem derri&#232;re mon regrett&#233; Ch...&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; nous descendions du Ventoux dont nous avions eu quelque peine &#224; gravir les 22 km. en trois heures, car les rampes dures au-dessus de 6 &#224; 8&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% ne sont pas favorables au tandem, parce qu'on ne va pas assez vite pour que la r&#233;sistance de l'air ait de l'importance et parce que le d&#233;saccord entre les deux &#233;quipiers se fait vite sentir faute de force vive. Lorsque, au contraire, on peut conserver, m&#234;me &#224; la mont&#233;e, une allure de 15 &#224; 20 km., le tandem est avantag&#233;, parce qu'&#224; ce train-l&#224; il souffre bien moins qu'une bicyclette de la r&#233;sistance de l'air, puisqu'il dispose de la force de deux cyclistes et n'offre &#224; l'air que la surface d'un seul. Nous allions ce jour-l&#224; un peu vite, c'est certain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; cela ne m'avait pas emp&#234;ch&#233; d'admirer le site qui s'&#233;tait d&#233;roul&#233; sous mes yeux, et je m'&#233;tais promis d'y retourner. En s'&#233;loignant de Malauc&#232;ne, la route s'&#233;l&#232;ve au-dessus d'une combe verdoyante et cultiv&#233;e avec soin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; partout o&#249; l'on peut irriguer, la garrigue st&#233;rile se transforme vite en grasses prairies&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ainsi s'est transform&#233;e la Crau depuis que les eaux de la Durance la f&#233;condent. Je laisse bient&#244;t la route de Carpentras s'enfuir &#224; droite et j'atteins un sommet o&#249; je suis clou&#233; d'&#233;tonnement par le paysage tourment&#233; qui m'entoure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; gauche, des masses rocheuses font comme une ceinture d&#233;fensive autour du Ventoux dont la t&#234;te domine depuis Vaison toute la r&#233;gion&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, des collines &#233;ventr&#233;es laissent voir des terres et des roches polychromes o&#249; le rouge, le vert, le jaune, le gris, toutes les teintes possibles sont repr&#233;sent&#233;es. Puis je traverse des bois de pins et je n'aper&#231;ois au loin la plaine du Comtat que par &#233;chapp&#233;e, parfois m&#234;me un toit cach&#233; dans la verdure m'appara&#238;t &#224; travers les arbres et me fait songer &#224; la vie des champs, calme et reposante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une derni&#232;re descente et je mets pied &#224; terre &#224; B&#233;doin pour m'y informer de quelque r&#233;parateur qui p&#251;t v&#233;rifier mon d&#233;brayage. J'eus la chance d'en trouver un tr&#232;s habile qui n'avait jamais vu de pareil syst&#232;me, mais qui comprit promptement ce qu'il fallait faire et qui le fit en un quart d'heure. Dans le Midi, tout se fait dans la rue, ainsi en fut-il de cette r&#233;paration, si bien qu'en quelques minutes tous les cyclistes locaux s'assembl&#232;rent et l'on discuta ferme sur la polyxion. Elle n'est pas en faveur &#224; B&#233;doin et mon r&#233;parateur n'y a vendu, depuis six ans qu'il est &#233;tabli, qu'un Chemineau dont il &#233;tait tr&#232;s embarrass&#233;. Aussi ne veut-il pas entendre parler de tous nos syst&#232;mes et j'aurais perdu mon latin &#224; l'endoctriner. Sit&#244;t en possession de ma bicha&#238;ne r&#233;tablie, je pris mon vol vers le Ventoux, pour y attendre quelque part mes compagnons &#224; la descente&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce quelque part fut naturellement le virage de Saint-Est&#232;ve, o&#249; l'on trouve une belle fontaine propice aux ablutions. J'y demeurai plus de deux heures, qui ne furent pas, avec soleil et eau &#224; discr&#233;tion, perdues pour l'hygi&#232;ne, sans voir passer autre chose que des autos et des motos qui ne tardaient pas &#224; redescendre. Pour me rendre compte de l'&#233;tat de mes muscles cyclomoteurs, je poussai avec 3 m. 30 jusqu'&#224; la borne 8 (2 km. &#224; 9 1/2&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%) et il me sembla qu'ils &#233;taient revenus &#224; leur &#233;tat normal. J'en fus enchant&#233;, comme bien l'on pense et surpris n&#233;anmoins de la promptitude avec laquelle natura m&#233;dicatrix avait reconstitu&#233; mon moteur que mon &#233;tourderie pr&#233;somptueuse avait, la veille, tr&#232;s endommag&#233;. Le temps aussi, tr&#232;s douteux le matin, se remettait rapidement au beau fixe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; midi, aucun cycliste n'apparaissant, j'embrayai mon 7 m. 30 et je revins &#224; B&#233;doin &#224; 40 &#224; l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'y rencontrai un groupe de six cyclotouristes, dont deux en tandem venus d'Arles et de Maillane, d'excellents amis qui ne me laissent jamais passer &#224; 100 km. de leur domicile sans venir me serrer la main. Pendant que je d&#233;jeunais, mes compagnons survinrent, d&#233;jeun&#232;rent aussi et, &#224; 15 heures, on se s&#233;parait et chacun rentrait chez soi.&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233;parations et retours sont toujours un peu tristes et le n&#244;tre ne fit pas exception &#224; la r&#232;gle, car nous devions nous s&#233;parer &#224; Saint-&#201;tienne d'un des n&#244;tres, ou plut&#244;t d'une des n&#244;tres, qui &#233;tait venue tout expr&#232;s de Paris pour prendre part &#224; notre randonn&#233;e pascale. Or, M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Masson est une cycliste d'une classe sup&#233;rieure &#224; celle de beaucoup de cyclotouristes. Elle a fait en se jouant, en 1925, toutes les &#233;preuves des Audax et randonneurs parisiens de 200, 300 et 400 km.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elle fera, cette ann&#233;e, celle de 600 km. et, tout le long des 500 km. que nous avons couverts en sa compagnie, elle nous donna l'illusion qu'elle s'envolait, alors que nous peinions. On ne p&#233;dale pas trois jours durant avec une si parfaite cyclotouriste, quand on est soi-m&#234;me un fervent de la route, sans s'y attacher et sans regretter qu'elle ne vienne plus souvent animer nos excursions. Trop rares sont aujourd'hui les dames passionn&#233;es pour notre sport favori. Plusieurs firent partie de l'&#201;cole st&#233;phanoise &#224; ses d&#233;buts et nous laiss&#232;rent autrefois, comme nous laisse aujourd'hui M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Masson, l'impression d'un id&#233;al cycliste fait de gr&#226;ce, de souplesse et de force, accessible &#233;videmment &#224; toutes les femmes et que nous d&#233;couvririons sans bien chercher &#224; Saint-&#201;tienne et partout o&#249; le beau sexe consent encore &#224; p&#233;daler, mais auquel nous ne pourrons jamais pr&#233;tendre, nous autres hommes, &#224; qui toujours la gr&#226;ce manquera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre retour de B&#233;doin &#224; Saint-&#201;tienne tiendra en quelques lignes. Nous rev&#238;nmes par Malauc&#232;ne, Vaison, Suze-la-Rousse et Pierrelatte, o&#249; nous pass&#226;mes la nuit. Ce jour-l&#224;, mon compteur ne marqua que 135 km. A 5 heures pr&#233;cises, le lundi 5&#160;avril, nous filons sur Donz&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le vent soufflait maintenant du nord, assez violent, jusqu'au sommet de la mont&#233;e de Donz&#232;re, plus faible ensuite heureusement, mais n&#233;anmoins trop sensible pour me permettre d'utiliser le grand jeu de 7 m. 30 et 4 m. 30&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je dus me contenter de 5 m. 30 et 3 m. 30. Premier petit d&#233;jeuner &#224; Mont&#233;limar, d'o&#249;, par Saulce et le Pouzin, nous allons d&#233;jeuner plus solidement &#224; Beauchastel. Nous n'en partons qu'&#224; 10 heures et j'engage mes compagnons &#224; prendre les devants pour aller commander le d&#233;jeuner &#224; Sarras, dont 45 km. nous s&#233;parent. Je les suis de loin et j'arrive &#224; 12 h. 30, dix minutes apr&#232;s eux. Deux heures plus tard, nous sommes pr&#234;ts pour notre derni&#232;re demi-&#233;tape&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je pars le premier par la jolie vall&#233;e de la Cance, Annonay, Bourg et j'arrive, toujours premier, au col des Grands-Bois&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mes compagnons ne tardent pourtant pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils ont &#233;t&#233; retard&#233;s par divers incidents, sans quoi j'aurais &#233;t&#233; rattrap&#233; depuis longtemps. Nous avons parcouru, ce troisi&#232;me jour, 170 km. Temps radieux, routes excellentes, paysages splendides. Que faut-il de plus &#224; des randonneurs pour &#234;tre parfaitement heureux et comment aurais-je pu mieux f&#234;ter mon entr&#233;e, ce mois-ci, dans ma 74&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LOCIO&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		
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