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	<title>V&#233;lotextes</title>
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	<description>Lire celles et ceux qui ont fait du v&#233;lo un bienfait social, moyen de d&#233;placement et de tourisme&#160;: Paul de Vivie dit V&#233;locio, Capitaine Perrache dit l'homme de la montagne, Carlo Bourlet...
Histoire du v&#233;lo
Site de Laurent Vigniel</description>
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		<title>V&#233;lotextes</title>
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		<title>L&#233;oncel (1903)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; la mont&#233;e des Echevis, j'avais crois&#233; une caravane de onze cyclistes ou cyclettistes de Crest, tra&#238;nant tous un fagot. Ils soulevaient une poussi&#232;re atroce. Dou&#233;s du plus fabuleux app&#233;tit, ils avaient fait le vide dans tous les h&#244;tels o&#249; je m'arr&#234;tai.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Paru dans la Revue du Touring-Club de France, Septembre 1903 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un soir de l'hiver dernier, je feuilletais le Dauphin&#233; de Joanne. Je cherchais, sans grand espoir je l'avoue, un coin ignor&#233; de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des touristes et offrant quelque particularit&#233; curieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la page 117, je lus cette phrase : On pourra observer &#224; la ferme d'Ambel la vie pastorale telle qu'elle existait au moyen &#226;ge. &lt;br class='autobr' /&gt; Et j'inscrivis Ambel sur mon carnet d'excursions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En mai, j'&#233;crivis &#224; M.&#160;le docteur Brugueirolle, d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt;&#224; Saint-Jean-en-Royan. Je lui demandai de vouloir bien m'indiquer ce qu'il y avait &#224; voir sur la route d'Ambel, Joanne, dans ce chapitre, &#233;tant par trop concis. &#8212; J'arriverai, lui disais-je, &#224; Saint-Jean vers trois heures, afin d'&#234;tre &#224; Ambel &#224; sept.&lt;br class='autobr' /&gt; M.&#160;le docteur Brugueirolle, par une longue et tr&#232;s int&#233;ressante lettre, me dissuada de partir de Saint-Jean &#224; trois heures, m'assurant que je ne serais &#224; Ambel qu'&#224; onze heures du soir, si toutefois je ne m'&#233;garais pas. Coucher &#224; St-Jean, ajoutait-il, &#233;tait infiniment plus s&#251;r. Je suivis ce conseil, modifiai mon horaire, et, le 6&#160;juillet, apr&#232;s une dure &#233;tape, que la chaleur avait rendue encore plus p&#233;nible, je mettais enfin pied &#224; terre devant les tourelles de l'h&#244;tel Bertrand.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir renouvel&#233; connaissance avec les truites de la Lyonne, je m'enquis de la demeure du docteur que je voulais remercier. &#192; huit heures je sonnai &#224; la grille d'une jolie villa entour&#233;e d'un jardin. Par extraordinaire, le docteur Brugueirolle &#233;tait chez lui : son accueil fut extr&#234;mement courtois.&lt;br class='autobr' /&gt; J'arrive &#224; l'instant, me dit-il, permettez-moi de d&#238;ner &#224; la h&#226;te, et ensuite, si vous le voulez bien, nous passerons la soir&#233;e ensemble. Je me mets &#224; votre enti&#232;re disposition pour tous les renseignements que vous pouvez d&#233;sirer.&lt;br class='autobr' /&gt; Et pendant que le docteur &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;exp&#233;diait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; son repas, je me disais :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Quelle admirable cr&#233;ation que celle des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Touring-Club&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pour le touriste, elle est v&#233;ritablement sans prix. Partout o&#249; il passe, m&#234;me dans les plus petites localit&#233;s, il sait qu'il trouvera quelqu'un pr&#234;t &#224; le renseigner, &#224; lui aplanir toutes difficult&#233;s et dont les conseils lui seront pr&#233;cieux.&lt;br class='autobr' /&gt; Connaissant &#224; fond le pays, le d&#233;l&#233;gu&#233; rectifiera les erreurs in&#233;vitables d'un itin&#233;raire fait sur la carte et en r&#233;parera les omissions. Gr&#226;ce &#224; cette franc-ma&#231;onnerie sportive, le touriste ne se sent jamais seul et a la certitude absolue de sortir toujours d'embarras. Et, chose &#233;tonnante, prodigieuse, je n'ai partout rencontr&#233; que de complaisants, de sympathiques d&#233;l&#233;gu&#233;s du T. C.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est &#224; se demander si le d&#233;l&#233;gu&#233; acari&#226;tre, grincheux, existe. Mais &#224; voir l'extraordinaire s&#251;ret&#233;, l'incroyable habilet&#233; avec lesquelles ils ont &#233;t&#233; choisis, j'en doute fort.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le docteur Brugueirolle, en homme de sport, eut vite d&#238;n&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je suis &#224; vous, me dit-il. Voulez-vous que nous allions prendre le caf&#233; sous les marronniers du Champ de Mars&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Chemin faisant, je demandai au docteur pourquoi il m'avait d&#233;conseill&#233; de partir de Saint-Jean &#224; trois heures pour Ambel. &#8212; Vingt kilom&#232;tres, ajoutai-je, par n'importe quels chemins, se font facilement en quatre heures.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; S'il y avait un chemin, me r&#233;pondit-il, vous auriez raison. Mais il n'y a, pass&#233; Bouvante, qu'un sentier muletier, qui grimpe comme une &#233;chelle et qui, de plus, est toujours ravin&#233; et encombr&#233; de grosses pierres. Vous auriez &#233;t&#233; oblig&#233; de porter presque continuellement votre bicyclette. En outre, dans la nuit, s&#251;rement, vous vous seriez &#233;gar&#233;. Il vous aurait fallu un guide.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, nous avions travers&#233; Saint-Jean, et nous &#233;tions arriv&#233;s sur le Champ de Mars. Nous nous ass&#238;mes sur le devant d'un caf&#233;, sous la grande ombre des marronniers qu'illuminaient en dessous les nombreuses lumi&#232;res d'un cirque dont la musique faisait rage.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai lu, il y a longtemps, dis-je au docteur, et je ne sais plus dans quel recueil, qu'un village du Royannais, dont j'ai &#233;galement oubli&#233; le nom, conservait un vieil usage qui s'appelle, je crois, le Reinage. Pouvez-vous me donner l&#224;-dessus quelques renseignements&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est &#224; Saint-Laurent, me r&#233;pondit-il, que subsiste encore cette ancienne coutume. Je n'ai jamais assist&#233; au Reinage. Voici ce que j'en sais : Un dimanche, apr&#232;s les v&#234;pres, le cur&#233; monte en chaire, le visage souriant &#8212; on est toujours souriant quand on va faire appel &#224; la bourse de son prochain.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; Mes chers fr&#232;res, dit-il, suivant l'antique usage de notre ch&#232;re paroisse, je vais mettre aux ench&#232;res le titre de Roi. Y a-t-il preneur &#224; 50 francs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; &#192; 100, dit une voix.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; 200, r&#233;pond une autre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; 260, s'&#233;crie une troisi&#232;me.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et d'ench&#232;res en ench&#232;res, ce titre monte parfois tr&#232;s haut : il a atteint 800 francs. M&#234;me c&#233;r&#233;monie pour le titre de Reine. Ensuite l'adjudication continue pour les titres de Dauphin et de Dauphine, et enfin de Conn&#233;table. Les ench&#232;res termin&#233;es, une grande procession a lieu dans le village, o&#249; ces hauts personnages occupent les places d'honneur. Certaines ann&#233;es, des jalousies, des rivalit&#233;s font que ces titres sont tr&#232;s disput&#233;s. Je dois dire qu'aujourd'hui les habitants de Saint-Laurent se sont rendu compte de leur vanit&#233;. Les ench&#232;res vont d&#233;clinant et le Reinage dispara&#238;tra bient&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Connaissez-vous l'origine de cette extraordinaire coutume&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, mais j'&#233;crirai, si vous le d&#233;sirez, au cur&#233; de Saint-Laurent et vous enverrai sa r&#233;ponse.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Notre entretien fut interrompu &#224; ce moment par la venue de deux amis du docteur Brugueirolle. Ils s'assirent &#224; notre table et naturellement commenc&#232;rent par se plaindre de la temp&#233;rature suffocante de la journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est pire qu'&#224; Majunga, assura l'un d'eux, qui arrivait de Madagascar.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fis tomber la conversation sur Ambel. L'autre ami du docteur avait fait cette course. Il m'engagea &#224; laisser ma bicyclette &#224; Bouvante.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous n'en sortiriez pas, me dit-il, il vous faudrait porter tr&#232;s souvent votre machine. Et puis, r&#233;ellement, vous seriez d&#233;&#231;u. Vous verriez &#224; Ambel une immense chemin&#233;e o&#249; br&#251;lent des troncs d'arbres entiers, des tables o&#249; s'assoient cinquante faucheurs, des prairies o&#249; paissent quatre cents b&#339;ufs ou vaches, des troupeaux de chevaux sauvages et cinq mille moutons qui y transhument en ce moment. Mais en fait de vieilles coutumes, de vieux usages, vous ne trouverez rien, absolument rien.&lt;br class='autobr' /&gt; Ajoutez que pour en sortir, soit du c&#244;t&#233; de Lente par Malatrat, soit du c&#244;t&#233; d'Ombl&#232;ze, les chemins sont &#233;pouvantables.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Mon parti fut vite pris.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je me rends, r&#233;pondis-je, je renonce &#224; Ambel.&lt;br class='autobr' /&gt; Je passerai par L&#233;oncel et de l&#224;, par Plan-de-Baix, je rejoindrai facilement la route de Die.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Excellente id&#233;e, me dit le docteur Brugueirolle, vous pourrez visiter &#224; L&#233;oncel une tr&#232;s belle et tr&#232;s int&#233;ressante &#233;glise, monument historique entretenu par l'&#201;tat. Et &#224; ce propos, allez voir le cur&#233;, c'est, para&#238;t-il, un homme charmant qui se fera un vrai plaisir de vous montrer son &#233;glise. Je connais &#224; L&#233;oncel une tr&#232;s bonne auberge, chez B&#233;nistant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais comme il y a deux auberges de ce nom, demandez celle de B&#233;nistant ancien facteur.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite la conversation changea de sujet.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 10 heures, vu mon d&#233;part matinal, je me retirai. Le docteur voulut m'accompagner jusqu'&#224; mon h&#244;tel. Apr&#232;s l'avoir de nouveau remerci&#233; de son aimable accueil, je lui serrai affectueusement les mains.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'oubliez pas, lui dis-je, d'&#233;crire au cur&#233;. Le Reinage est tellement incroyable que je tiendrais beaucoup &#224; en savoir l'origine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je n'aurais garde de l'oublier, vous pouvez compter sur moi. Je vous &#233;crirai bient&#244;t.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et nous nous s&#233;par&#226;mes dans une derni&#232;re poign&#233;e de mains.&lt;br class='autobr' /&gt; Mont&#233; dans ma chambre, accoud&#233; &#224; la fen&#234;tre grande ouverte &#8212; il ne fallait pas songer &#224; dormir avant que se f&#251;t tue la musique discordante et assourdissante du cirque &#8212; je fumais une cigarette en pensant &#224; ce bizarre usage de Saint-Laurent.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Que j'aimerais, me disais-je, le conna&#238;tre le nom du cur&#233; ou du moine dont le cerveau g&#233;nial cr&#233;a le Reinage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce devait &#234;tre un psychologue &#233;minent. Quelle merveilleuse connaissance du c&#339;ur et de l'esprit de ses paroissiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La vanit&#233;, quel puissant levier pour qui sait s'en servir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le Reinage, c'est l'imp&#244;t id&#233;al, l'imp&#244;t pay&#233; volontairement et pay&#233; avec plaisir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et je me plus &#224; imaginer un syst&#232;me d'imp&#244;ts de ce genre. Quels revenus cach&#233;s ne donnent pas encore aujourd'hui certaines d&#233;corations exotiques, certains titres, et si cela se faisait &#224; bureau ouvert, quel succ&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quelle foule&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! L'&#233;galit&#233; est une agr&#233;able duperie. Notre passion pour elle se manifeste surtout par un steeple-chase endiabl&#233; apr&#232;s tout ce qui peut nous distinguer de notre voisin, et pour la satisfaire rien ne nous rebute, rien ne nous co&#251;te. L'&#233;galit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! de nos jours, ceux qui en parlent le plus y pensent le moins. Elle n'a &#233;t&#233;, n'est et ne sera que le supr&#234;me exp&#233;dient de rh&#233;teurs aux abois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain, par suite d'un malentendu, je ne quittai Saint-Jean-en-Royan qu'&#224; 4 heures 30.&lt;br class='autobr' /&gt; Malgr&#233; l'heure matinale, la route continuellement expos&#233;e au soleil levant &#233;tait br&#251;lante &#8212; tous les touristes se rappellent la deuxi&#232;me semaine de juillet dernier &#8212; pas la moindre brise ne soufflait, la chaleur &#233;tait lourde, accablante. L'air semblait embras&#233; et j'avais la sensation de marcher dans une fournaise.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi, quoique mon d&#233;veloppement f&#251;t de 2m,90, j'&#233;tais oblig&#233; tous les deux kilom&#232;tres de faire une courte halte pour pouvoir respirer. J'ai rarement fait un effort de volont&#233; pareil.&lt;br class='autobr' /&gt; La route, apr&#232;s avoir franchi la Lyonne, s'&#233;levait en d&#233;crivant de nombreux lacets. Elle traversait des p&#226;turages, des plantations de noyers, des taillis de ch&#234;nes. Vers le dixi&#232;me kilom&#232;tre, elle se rapprocha de la Lyonne de L&#233;oncel que je voyais, &#224; une grande profondeur, miroiter au soleil. Elle courait, fra&#238;che, limpide, inaccessible&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa vue &#233;tait pour moi un v&#233;ritable supplice. &#192; droite se dressaient de gigantesques rochers &#224; pic. Ce site, d'une sauvagerie extr&#234;me, porte le nom de Pas de l'Escalier. Ensuite la vall&#233;e se r&#233;tr&#233;cit et son orientation ayant chang&#233;, je fus &#224; l'ombre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; n&#233;anmoins, la chaleur &#233;tait toujours &#233;crasante.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, pr&#232;s du moulin de Siguret, la route arriva au niveau de la Lyonne. C'&#233;tait de la glace pure et je me h&#226;tai de remonter en machine faire une r&#233;action, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! trop facile.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; partir de Siguret, le chemin ombrag&#233; par des taillis de h&#234;tres devint ravissant. Bient&#244;t la vall&#233;e s'&#233;largit et au milieu de p&#226;turages apparut une haute et vieille &#233;glise surmont&#233;e d'un clocher, autour de laquelle se groupaient cinq &#224; six maisons. C'&#233;tait L&#233;oncel.&lt;br class='autobr' /&gt; De chaque c&#244;t&#233;, les montagnes &#233;taient bois&#233;es de sapins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; droite, j'apercevais les lacets rouge&#226;tres de la route du col de Torniol&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et, dans le lointain, s'ouvrait, lumineuse, la grande &#233;chancrure de la Vacherie.&lt;br class='autobr' /&gt; Un paysan me montra l'auberge de B&#233;nistant &#8212; l'ancien facteur &#8212; elle se trouve &#224; gauche, &#224; 100 m&#232;tres de la route. &#8212; Apr&#232;s avoir d&#233;jeun&#233;, je me dirigeai vers l'&#233;glise.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;glise de L&#233;oncel appartient au style roman de l'&#233;poque de transition. &#192; c&#244;t&#233; et adjacent s'&#233;l&#232;ve un long b&#226;timent. C'est une partie de l'ancienne abbaye qui contient le presbyt&#232;re, la mairie et l'&#233;cole. Un enfant m'ouvrit la porte de la cure. J'entrai dans le clo&#238;tre et rencontrai aussit&#244;t une vieille femme.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la servante du cur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je d&#233;sirerais voir M.&#160;le cur&#233;, lui dis-je.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Donnez-vous la peine d'entrer. Je crois que M.&#160;le cur&#233; est dans sa chambre. Je vais le pr&#233;venir.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Elle revint presque imm&#233;diatement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; M.&#160;le cur&#233; est sorti, je viens de l'apercevoir dans la prairie. Je vais le chercher.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et elle me laissa seul.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cabinet o&#249; j'avais &#233;t&#233; introduit &#233;tait peu ordinaire. Trois c&#244;t&#233;s de la pi&#232;ce &#233;taient recouverts d'une tapisserie assez vulgaire, mais le quatri&#232;me pr&#233;sentait une tr&#232;s belle boiserie de style Louis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XIV&lt;/span&gt;. Accroch&#233;e au mur : l'Ang&#233;lus de Millet en chromolithographie, quelques gravures &#224; sujets religieux. Sur un panneau, entre deux gravures, une carabine et un fusil. &#192; gauche de la chemin&#233;e, un r&#226;telier de pipes dont quelques-unes merveilleusement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;culott&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; droite, des cannes, des alpenstocks, un coup-de-poing am&#233;ricain. Sur les tables, beaucoup de livres, de brochures, de journaux, et, jet&#233; sur le tout, un chapeau de rotin.&lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#232;s de la chemin&#233;e, se trouvait une berg&#232;re. Je me repr&#233;sentais le cur&#233;, assis dans ce large fauteuil, devant un feu clair et joyeux de h&#234;tre ou de sapin, les pieds sur les chenets, la pipe bien bourr&#233;e, tirant de voluptueuses bouff&#233;es pendant que la neige tombait silencieusement sur la campagne ou que la bise hurlait sur le toit et sifflait aux fen&#234;tres. Ces pipes si bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;culott&#233;es&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; indiquaient un remarquable estomac : cons&#233;quence, un excellent caract&#232;re. Une bonne sant&#233;, une bonne pipe, un bon feu, des livres, une servante fid&#232;le, &#234;tre loin de tout centre civilis&#233;, il n'en faut pas davantage pour &#234;tre heureux. Le chapeau de rotin prouvait une grande simplicit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'alpenstok, aux pointes us&#233;es, un robuste marcheur. L'&#233;t&#233;, le cur&#233; devait mener une vie active, la vie du montagnard touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'hiver, fumer et lire au coin du feu. Le monde, pour lui, s'arr&#234;tait aux limites de sa paroisse, et par les journaux seulement il communiquait avec notre folle et absurde plan&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cur&#233; de L&#233;oncel devait &#234;tre un homme heureux.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait s&#251;rement un sage.&lt;br class='autobr' /&gt; Me levant de mon fauteuil, j'allai vers la fen&#234;tre et j'admirais le calme idyllique du paysage, quand j'aper&#231;us, sur le sentier qui montait vers le presbyt&#232;re, le cur&#233; pressant le pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait en soutane, chauss&#233; de gros sabots &#8212; absolument indispensables pour se promener dans les pr&#233;s humides de ros&#233;e &#8212; et avait sur la t&#234;te un immense chapeau de toile grise doubl&#233; de vert. &#194;g&#233; de trente-cinq ans environ, de taille moyenne, corpulent, la figure pleine, color&#233;e, il paraissait plein de force et de sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Bient&#244;t j'entendis la porte du clo&#238;tre s'ouvrir, et le cur&#233; entra dans le cabinet.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Monsieur le cur&#233;, lui dis-je, hier soir, &#224; Saint-Jean, j'ai entendu parler si &#233;logieusement de vous que je n'ai pas voulu passer devant votre presbyt&#232;re sans vous faire une visite. Peut-&#234;tre la jugerez-vous un peu int&#233;ress&#233;e, car je me propose de vous demander quelques renseignements sur votre &#233;glise et sur L&#233;oncel.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le cur&#233; s'inclina en souriant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous donnerai tous ceux que je poss&#232;de.&lt;br class='autobr' /&gt; J'habite L&#233;oncel depuis six ans et je connais &#224; fond le pays. Quel genre de renseignements d&#233;sirez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce qui m'int&#233;resse, ce sont les d&#233;tails de m&#339;urs, les vestiges du pass&#233;, les anciennes coutumes. L&#233;oncel en a-t-il conserv&#233; quelques-unes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, nous vivons comme dans tous les pays de montagne. Il y fait tr&#232;s froid l'hiver, frais l'&#233;t&#233;, vu notre altitude de 940 m&#232;tres. Il n'y a de curieux que mon &#233;glise. Vous n'ignorez pas que c'est un monument historique, et, &#224; ce titre, entretenu par l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous me permettrez de vous la faire visiter.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ainsi, monsieur le cur&#233;, vous ne pouvez me citer aucune particularit&#233; sur vos paroissiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? les noces, les bapt&#234;mes, les enterrements.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme partout, interrompit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et sur leur caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sont-ils hospitaliers, sont-ce de bonnes gens ou des montagnards finots et trompeurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce sont, me dit-il &#8212; et je voyais dans ses yeux la joie que lui causait ma demande &#8212; les plus braves gens du monde. Tr&#232;s pratiquants, excellents catholiques, leur conduite priv&#233;e cadre avec leurs principes religieux. Ils sont d'une loyaut&#233; &#224; toute &#233;preuve.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourriez-vous m'en donner un exemple&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s facilement. Jamais ici, quand quelqu'un pr&#234;te de l'argent, il ne r&#233;clame de billet, de preuve &#233;crite. La parole de l'emprunteur suffit.&lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#234;ter de l'argent sur parole&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! alors qu'ailleurs, m&#234;me avec des billets, on ne le rend pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! D&#233;cid&#233;ment L&#233;oncel &#233;tait un pays paradoxal s'il en fut.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il y a un an, continua le cur&#233;, un de mes paroissiens vint m'emprunter 400 francs pour six mois.&lt;br class='autobr' /&gt; Imm&#233;diatement je les lui remis, s&#251;r, compl&#232;tement s&#251;r qu'il me les rendrait au jour dit. Pendant ces six mois, chaque dimanche, apr&#232;s la messe, il me prenait &#224; part : Monsieur le cur&#233;, me disait-il, si vous avez besoin de votre argent, pr&#233;venez-moi quelques jours avant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vendrai ma r&#233;colte &#224; perte et vous le rendrai. Jamais je n'ai &#233;t&#233; t&#233;moin, jamais je n'ai ou&#239; dire qu'une parole donn&#233;e n'ait &#233;t&#233; tenue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir f&#233;licit&#233; le cur&#233; sur ses paroissiens, je l'interrogeai sur la vie qu'il menait en hiver.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne m'ennuie jamais, me r&#233;pondit-il. Avant les froids, je fais provision de bois, de farine, de vin et de pommes de terre. Je lis beaucoup, je suis tr&#232;s heureux ici.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourriez-vous, monsieur le cur&#233;, me fournir quelques d&#233;tails sur l'&#233;glise et sur l'abbaye&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je les visiterais ensuite avec plus d'int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; L'&#233;glise et l'abbaye ont &#233;t&#233; b&#226;ties par des moines cisterciens, venus de Bonnevaux en mars 1137, sous la conduite de saint Jean, premier abb&#233; du monast&#232;re, plus tard &#233;v&#234;que de Valence. En 1790, le monast&#232;re fut ferm&#233;, et le prieur et les deux religieux qui l'habitaient se dispers&#232;rent. Cette abbaye fut un moment tr&#232;s importante, l'ordre &#233;tait fort riche. Malheureusement, ces montagnes devenaient souvent le lieu de refuge des malandrins traqu&#233;s dans les plaines.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils assi&#233;geaient l'abbaye, les moines s'enfuyaient, et le couvent a &#233;t&#233; ainsi pill&#233; plusieurs fois.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous &#234;tes ici dans la chambre du prieur. Remarquez ce parquet en ch&#234;ne, ces boiseries&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles vous indiquent le luxe et la richesse de l'abbaye. Je vais, si vous le voulez bien, vous faire maintenant visiter mon &#233;glise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais, avant, permettez-moi de prendre une chaussure plus convenable.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et, quittant ses sabots d'un mouvement sec, il prit sous la table une superbe paire de bottes qu'il enfila en un clin d'&#339;il. Jamais je ne vis enfiler des bottes avec une pareille ma&#235;stria.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Si vous voulez me suivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je passe devant pour vous montrer le chemin.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suivis le cur&#233;. Nous traversions le clo&#238;tre quand tout &#224; coup il s'arr&#234;ta.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut que je vous fasse voir mon cheval, me dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; Et, ouvrant une porte, il me fit entrer dans une &#233;curie o&#249; &#233;tait attach&#233; un petit cheval aux jambes fines et nerveuses. Le poil luisant, respirant la vigueur, il &#233;tait tr&#232;s correctement &#233;trill&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je lui fis compliment de son cheval.&lt;br class='autobr' /&gt; J'adore les chevaux, me r&#233;pondit-il. D'ailleurs, ce cheval m'est indispensable, ma paroisse &#233;tant tr&#232;s &#233;tendue, et les chemins, ou plut&#244;t les sentiers, tr&#232;s p&#233;nibles.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne voudrais pas &#234;tre indiscret, monsieur le cur&#233;, dis-je, mais me serait-il permis de vous demander si c'est le gouvernement qui vous a offert cette agr&#233;able monture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le gouvernement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;cria le cur&#233; stup&#233;fait, et, me regardant, il se mit &#224; rire.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussit&#244;t je me rendis compte de la na&#239;vet&#233; et de l'absurdit&#233; de ma demande, et je ris &#224; mon tour.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous sort&#238;mes de l'&#233;curie. Au bout du clo&#238;tre, le cur&#233; poussa une porte et nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes dans l'&#233;glise. Il me conduisit pr&#232;s du porche pour me faire juger de l'ensemble. L'&#233;glise &#233;tait r&#233;ellement d'une simplicit&#233; fort belle. Je remarquai le soubassement du b&#233;nitier, le sceau de l'abbaye, sculpt&#233; en bas-relief sur un mur. Il repr&#233;sente un lion &#8212; d'o&#249; le nom de L&#233;oncel.&lt;br class='autobr' /&gt; De chaque c&#244;t&#233; du ch&#339;ur, deux saints &#224; barbe blonde peinturlur&#233;s de couleurs criardes &#233;taient plac&#233;s sur des socles. Le cur&#233; les regardait d'un &#339;il complaisant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est moi qui les ai achet&#233;s, me dit-il d'un air satisfait.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne r&#233;pondis rien, exasp&#233;r&#233; en dedans de moi, de la tache que faisaient dans cette admirable &#233;glise ces deux &#233;chantillons de l'industrie de la rue Saint-Sulpice &#8212; on commence par un chromo, on finit par saint Antoine. Telle est la pente.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je devine, continua le cur&#233;, ce que vous pensez de mes saints. Il y a m&#234;me des touristes qui me les ont vertement reproch&#233;s : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Pourquoi diable avez-vous achet&#233; ces horreurs&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se sont-ils &#233;cri&#233;s en les voyant. Je crois bien que des saints de pierre ou de marbre s'en harmoniseraient mieux avec mon &#233;glise, mais ceux-ci ont une grande qualit&#233;, c'est qu'ils ne sont pas chers. Et puis mes montagnards les trouvent si beaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Je vous dois une compensation, continua l'excellent pr&#234;tre, je vais vous montrer la merveille de mon &#233;glise.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et il se dirigea vers le ch&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Voici d'abord l'autel&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; L'autel &#233;tait en bois, de style Louis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XV&lt;/span&gt;. &#192; six ou sept m&#232;tres au-dessus &#233;tait suspendu &#224; la vo&#251;te un dais de forme rectangulaire. L'effet n'en &#233;tait pas heureux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourquoi ce dais est-il suspendu si haut&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? demandai-je, ce n'est pas &#233;videmment celui qui vous sert aux processions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourquoi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je m'en vais vous le dire, r&#233;pondit en souriant le cur&#233;. Quoique l'&#233;glise soit un monument historique, entretenu par l'&#201;tat, il y pleut. Ce dais sert de parapluie &#224; l'autel.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s ing&#233;nieux, r&#233;pondis-je. Et je me f&#233;licitai de n'&#234;tre pas entretenu par l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Voici ensuite un cand&#233;labre en bois dont j'ai refus&#233; 400 francs. Je ne pouvais faire diff&#233;remment, tout ici appartenant au gouvernement.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le cand&#233;labre &#233;tait beau, mais je trouvais la compensation encore insuffisante quand le cur&#233; me touchant le bras me dit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Voyez notre Christ&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Au mur &#233;tait accroch&#233;e une grande croix en bois noirci par le temps sur laquelle &#233;tait sculpt&#233; un Christ presque de grandeur naturelle. C'&#233;tait, en v&#233;rit&#233;, un merveilleux chef-d'&#339;uvre et j'admirai en silence.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un mus&#233;e de Londres en a offert cent mille francs, me dit avec orgueil le cur&#233;. L'&#201;tat n'a pas accept&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'&#233;tais approch&#233; de la croix. La t&#234;te du Christ respirait une r&#233;signation, une souffrance infinies. Je ne pouvais me lasser d'admirer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Chaque fois, reprit le cur&#233;, que l'inspecteur des monuments historiques vient &#224; L&#233;oncel, il fait d&#233;crocher la croix et la placer sous un jour favorable.&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite, assis devant elle, il passe parfois une heure dans une contemplation muette. J'attends prochainement sa venue. Mon pauvre clocher a &#233;t&#233; foudroy&#233; et menace ruine, mais le r&#233;parera-t-on&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je demanderai toujours un paratonnerre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; La visite de l'&#233;glise &#233;tait termin&#233;e et, apr&#232;s avoir fait le tour des ruines de l'abbaye, nous rev&#238;nmes dans la chambre du prieur o&#249; nous caus&#226;mes quelques instants en regardant des photographies de L&#233;oncel.&lt;br class='autobr' /&gt; Ne voulant pas abuser du cur&#233; je me levai bient&#244;t pour prendre cong&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourriez-vous, lui dis-je, m'indiquer une bonne auberge &#224; Plan-de-Baix&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je compte m'y arr&#234;ter pour d&#233;jeuner.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cur&#233; r&#233;fl&#233;chit un instant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Allez chez Sauvan, c'est la meilleure. Il est bien protestant, mais &#224; Plan-de-Baix les protestants sont d'excellentes gens.&lt;br class='autobr' /&gt; Je remerciai le bienveillant cur&#233;, lui serrai la main et repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au sortir de L&#233;oncel, le chemin s'&#233;l&#232;ve &#224; travers des p&#226;turages. Je passai pr&#232;s de l'ancien vivier des moines : des restes de murs en marquent l'emplacement. Je traversai la Vacherie et &#224; la bifurcation de Peyrus, je croisai deux landaus bond&#233;s d'excursionnistes. Qu'ils se font donc rares aujourd'hui ceux qui voyagent &#224; bicyclette ou avec le b&#226;ton ferr&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me permets de dire que ce sont les vrais touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; Toujours montant entre de maigres taillis, j'atteignis le col et devant moi apparurent les montagnes du Diois. La route &#233;tait fort bonne, la descente rapide, aussi arrivai-je bient&#244;t &#224; Plan-de-Baix.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'entr&#233;e du village, sur le bord du chemin, &#233;taient assises trois fillettes d'une dizaine d'ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; M.&#160;N. est-il ici&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? demandai-je. Et sur leur r&#233;ponse affirmative, assur&#233; de trouver le pasteur, je me dirigeai par une pente invraisemblable vers l'auberge de Sauvan.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir d&#233;jeun&#233;, vu la chaleur s&#233;n&#233;galienne qu'il faisait, je renvoyai &#224; 4 heures ma visite et me fis donner une chambre pour me reposer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 3 heures, on frappa &#224; la porte.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; M.&#160;le pasteur, me dit l'h&#244;telier, a appris que vous d&#233;siriez le voir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; devant s'absenter ce soir, il vous attend maintenant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est bien, r&#233;pondis-je, veuillez faire dire &#224; M.&#160;N. que dans dix minutes je serai chez lui.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et j'admirai combien les nouvelles se r&#233;pandent vite.&lt;br class='autobr' /&gt; Au bas de l'escalier je trouvai une fillette assise sur une marche. Elle me conduisit &#224; un pr&#233; ombrag&#233; de grands arbres, o&#249; plusieurs dames, des jeunes filles, venues &#224; Plan-de-Baix pour une cure d'air, &#233;taient assises sur l'herbe ou allong&#233;es dans des fauteuils de toile. Les unes brodaient, lisaient&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les autres se contentaient de respirer l'air embras&#233; que, par une heureuse illusion, elles se figuraient alpestre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Veuillez, monsieur, vous asseoir, M.&#160;le pasteur va venir, me dit une dame qui faisait de la tapisserie, assise au pied d'un noyer. Et d'un geste aimable, elle me montra le gazon.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'assis et causai avec cette dame. Je parlai de L&#233;oncel, de la route que je venais de parcourir, de ma derni&#232;re excursion &#224; la for&#234;t de Lente, et ma mauvaise &#233;toile fit que je racontai une course aux Grands-Goulets, o&#249;, &#224; la mont&#233;e des Echevis, j'avais crois&#233; une caravane de onze cyclistes ou cyclettistes de Crest, tra&#238;nant tous un fagot. Ils soulevaient une poussi&#232;re atroce. Dou&#233;s du plus fabuleux app&#233;tit, ils avaient fait le vide dans tous les h&#244;tels o&#249; je m'arr&#234;tai. Les sauterelles du Sahara ne sont pas plus d&#233;vorantes. Ce fut vraiment une f&#226;cheuse inspiration.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pasteur apparut enfin sur la route et je m'empressai d'aller &#224; sa rencontre. Apr&#232;s m'&#234;tre pr&#233;sent&#233;, je lui expliquai le but de ma visite.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Malheureusement, dis-je, ces dames avec qui je causais m'ont assur&#233; que Plan-de-Baix n'avait conserv&#233; aucune vieille coutume et n'offrait absolument rien de curieux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ces dames se trompent, me r&#233;pondit le pasteur, je suis pr&#234;t &#224; vous donner tous les renseignements que vous pouvez d&#233;sirer, soit historiques, anecdotiques, g&#233;ographiques, ethnographiques, philosophiques, botaniques, min&#233;ralogiques, etc. Le sujet est in&#233;puisable.&lt;br class='autobr' /&gt; Je le regardai, stup&#233;fait, &#233;bloui. Le Dieu des Touristes s&#251;rement &#233;tait intervenu. Mais par quels d&#233;boires nouveaux compenserait-il une aussi miraculeuse rencontre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Venez au presbyt&#232;re, ajouta M.&#160;N., nous causerons au moins &#224; l'ombre.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et nous mont&#226;mes dans le village.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pasteur de Plan-de-Baix causait fort aimablement. Tr&#232;s vif, tr&#232;s communicatif, jovial, plein de rondeur et de cordialit&#233;, c'&#233;tait un v&#233;ritable m&#233;ridional.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233;s au presbyt&#232;re, nous nous ass&#238;mes sur une terrasse expos&#233;e au nord, d'o&#249; l'on d&#233;couvrait un admirable panorama.&lt;br class='autobr' /&gt; J'interrogeai alors le pasteur. &#192; part une l&#233;gende sur le ch&#226;teau de Montrond dont nous dominions les tourelles, ses renseignements n'offraient pas le moindre int&#233;r&#234;t. Et ma stup&#233;faction d'il y a un instant changeait de sens.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, monsieur le pasteur, il n'y a donc rien de curieux &#224; Plan-de-Baix&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le sujet, disiez-vous, &#233;tait in&#233;puisable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; moins qu'ici, ce qui d&#233;j&#224; serait curieux, je l'avoue, les mots n'aient pas la m&#234;me valeur qu'ailleurs. Permettez-moi de renverser les r&#244;les et de vous conter ce dont hier soir on me fit part : le Reinage de Saint-Laurent-en-Royan.&lt;br class='autobr' /&gt; Il m'interrompit aux premiers mots.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le Reinage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;cria-t-il, mais nous l'avons et vous verrez que nous sommes bien plus intelligents qu'&#224; Saint-Laurent, car ici il ne co&#251;te rien.
&lt;br /&gt;&#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous aviez le Reinage et vous n'en disiez mot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! r&#233;parez vite votre oubli, monsieur le pasteur. Je vais noter les longs d&#233;tails que vous ne pouvez manquer de me donner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et M.&#160;N., bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;aiguill&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;D'abord, ici, nous n'&#233;lisons qu'un dauphin qui de droit devient roi l'ann&#233;e suivante, son av&#232;nement a lieu sans difficult&#233; et sans aucune formalit&#233;, ce qui le distingue passablement de ses fr&#232;res r&#233;gnant r&#233;ellement. Nous avons donc toujours un roi et un dauphin.&lt;br class='autobr' /&gt; Le jour de l'&#233;lection venu, &#224; 9 heures, le roi, accompagn&#233; de tout son cort&#232;ge, se rend &#224; l'&#233;glise.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cur&#233; fait un discours de circonstance, en g&#233;n&#233;ral sur un sujet agricole. &#192; 11 heures, retour chez le roi, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;beuveries&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; devant des pyramides, devant des montagnes de beignets. &#192; 4 heures, &#233;lection du dauphin qui restera dauphin, pendant un an et qui passera roi &#224; l'expiration de la royaut&#233; du roi actuel. &#192; 5 heures, le cort&#232;ge se dirige vers un champ o&#249; des b&#339;ufs sont attel&#233;s &#224; une charrue. Le roi fait une raie, le dauphin en fait une autre. Et cela signifie que l'on doit s'aider dans les travaux des champs.&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite la f&#234;te continue le soir et, ce qui est regrettable, de nouveau longues &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;beuveries&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il r&#232;gne ici une telle entente, une telle harmonie entre tous les habitants qu'&#224; un roi catholique succ&#232;de toujours un roi protestant.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais c'est fort int&#233;ressant, dis-je, et &#233;videmment Plan-de-Baix doit conserver encore d'autres vieilles coutumes.. Les noces, par exemple, n'offrent-elles rien de particulier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, que je sache.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous en prie, cherchez bien. Se font-elles identiquement comme partout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? N'y a-t-il rien, rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Le pasteur r&#233;fl&#233;chit un instant, puis tout &#224; coup sa figure s'illumina.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais si, et quelque chose d'extr&#234;mement curieux, mais pas en tout cas pour le mari&#233;. Figurez-vous que la premi&#232;re nuit de noces, il est mis &#224; la porte de la maison. Il en est r&#233;duit &#224; soupirer aux &#233;toiles et &#224; caresser l'espoir d'&#234;tre plus heureux le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et la mari&#233;e, que devient-elle dans cette f&#226;cheuse s&#233;paration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La mari&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Elle passe la nuit avec ses amies qui la gardent jalousement.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pasteur de Plan-de-Baix commen&#231;ait &#224; tenir ses promesses et il m'aurait &#233;t&#233; agr&#233;able d'insister encore. Mais le soleil baissait et il n'&#233;tait d&#233;j&#224; que trop tard. J'apercevais dans le lointain, se d&#233;coupant sur le ciel, les trois pics de Rochecourbe, au pied desquels il me fallait passer ce soir, et sous moi, m'attirant, se d&#233;roulaient les blancs lacets de la route.&lt;br class='autobr' /&gt; Je remerciai le pasteur de son accueil, lui dis adieu et me dirigeai vers l'auberge. J'y pris ma bicyclette et, quelques minutes apr&#232;s, je descendais rapidement sur Beaufort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un mois plus tard, je recevais &#224; Rochegude une tr&#232;s aimable lettre de M.&#160;le docteur Brugueirolle.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle contenait une int&#233;ressante note du cur&#233; de Saint-Laurent. Je la donne textuellement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques notes sur le Raynage de Saint-Laurent-en-Royan (Dr&#244;me) &lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;La c&#233;r&#233;monie de notre Raynage est une c&#233;r&#233;monie qui ne se c&#233;l&#232;bre nulle autre part dans la r&#233;gion, ni dans le d&#233;partement. J'ai ou&#239; dire cependant qu'ailleurs, au loin, dans deux ou trois paroisses, une f&#234;te semblable avait lieu : ce qui ferait supposer une commune origine et une identit&#233; d'id&#233;es et de souvenirs, disparus depuis longtemps et qui est un indice de son antiquit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous n'avons pas de papiers qui &#233;tablissent l'&#233;poque o&#249; elle a &#233;t&#233; institu&#233;e. Les gens du pays et les anciens se rappellent l'avoir vue toujours pratiqu&#233;e dans la paroisse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et si loin qu'on remonte, on la trouve en usage &#224; Saint-Laurent.&lt;br class='autobr' /&gt; Voici en quoi elle consiste : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;On met au concours ou aux ench&#232;res le titre de Roi, de Reine, de Dauphin, de Dauphine, et de conn&#233;tables : six titres que l'on adjuge au plus offrant.&lt;br class='autobr' /&gt; L'offrande est faite &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. S.&lt;/span&gt; Vierge, &#224; cette fin d'obtenir une gr&#226;ce temporelle ou spirituelle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le titre de Reine, &#224; laquelle incombe l'achat du pain b&#233;nit, est pris en particulier en vue d'obtenir un heureux &#233;tablissement, ce qui manque rarement d'obtenir son effet, et sert &#224; l'ornementation de son autel et aux frais du culte.&lt;br class='autobr' /&gt; La c&#233;r&#233;monie se fait &#224; V&#234;pres, le 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; dimanche apr&#232;s P&#226;ques. On se r&#233;unit &#224; l'&#233;glise. Les dignitaires de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente sont convoqu&#233;s le dimanche pr&#233;c&#233;dent au pr&#244;ne et occupent une place d'honneur dans le ch&#339;ur. Apr&#232;s le chant des psaumes, un pr&#233;dicateur de circonstance monte en chaire et fait un discours en l'honneur de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. S.&lt;/span&gt; Vierge. Apr&#232;s, le cur&#233; lui succ&#232;de et nomme les anciens titulaires en les invitant &#224; venir d&#233;poser l'offrande promise l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Le roi, le premier, s'&#233;tant approch&#233; et ex&#233;cut&#233;, fixe lui-m&#234;me le prix auquel il met son titre de roi pour l'ann&#233;e suivante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et le concours commence.&lt;br class='autobr' /&gt; On a vu ce titre disput&#233; avec acharnement et monter &#224; une somme consid&#233;rable. Le concours clos, on proclame le nom du nouveau titulaire, et le titre de reine est ensuite mis aux ench&#232;res pour &#234;tre adjug&#233; de m&#234;me au plus offrant. Et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; la s&#233;rie des titres, le cur&#233; proclame les noms des nouveaux &#233;lus, et tous, anciens et nouveaux titulaires, se r&#233;unissent au presbyt&#232;re pour clore la f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt; Autrefois, apr&#232;s la proclamation des dignitaires, on sortait de l'&#233;glise, et l'on faisait, au son des cloches, une belle procession dans le bourg. Le nouveau roi, la nouvelle reine, etc., marchaient &#224; la place d'honneur et portaient dans leurs mains la superbe couronne de pain b&#233;nit que la reine leur avait donn&#233;e. Mais, depuis quelque temps, cette procession n'a plus lieu, pour &#233;viter les plaisanteries, non pas d'&#233;trangers qui assistaient toujours en grand nombre et respectueux &#224; cette f&#234;te, mais des gens du pays qui, comme partout, n'ont rien de plus &#224; c&#339;ur que de faire dispara&#238;tre les vestiges du pass&#233; et ce qui pourrait recommander la localit&#233; &#224; l'attention publique.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces titres, comme on le voit, rappellent tous les titres de l'ancienne cour de France, et sont pour moi un pr&#233;cieux indice de l'&#233;poque o&#249; cette f&#234;te a &#233;t&#233; institu&#233;e. Il n'y aurait rien que de tr&#232;s vraisemblable &#224; supposer qu'elle remonte au temps o&#249; le Dauphin de France, depuis Louis &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XI&lt;/span&gt;, habitait notre contr&#233;e. Je le r&#233;p&#232;te, l'origine de cette f&#234;te se perd dans la nuit du temps, et rappelle trop l'ancien r&#233;gime et la vieille monarchie pour ne pas croire qu'on en ait eu la premi&#232;re id&#233;e pendant qu'elle florissait en France, aux jours o&#249; le prince vivait famili&#232;rement au milieu de nous.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; N&#233;gligeant le c&#244;t&#233; si ing&#233;nieusement p&#233;cuniaire du Reinage, je ne puis que m'associer &#224; la d&#233;solation du cur&#233; de Saint-Laurent touchant la disparition de cette curieuse coutume. Je me bornerai &#224; une seule remarque sur cette longue note.&lt;br class='autobr' /&gt; Le titre de Reine &#233;tant adjug&#233; au plus offrant, c'est-&#224;-dire &#224; la jeune fille la plus fortun&#233;e, et rien comme une jolie dot ne r&#233;gularisant les traits d'un visage, il est tout naturel qu'elle fasse un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;heureux &#233;tablissement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est le contraire qui serait v&#233;ritablement miraculeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 1902&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un Touriste (mai 1900)</title>
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		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>La bicyclette de tourisme</dc:subject>
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		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
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		<dc:subject>1900</dc:subject>
		<dc:subject>Gladiator</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt; &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot14" rel="tag"&gt;La bicyclette de tourisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;1900&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Gladiator&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, paru dans Le Cycliste, Mai 1900, Source Archives D&#233;partementales de la Loire cote Per1328_7, licence ouverte 2.0 &#233;talab de r&#233;utilisation de l'information&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je viens r&#233;pondre bri&#232;vement &#224; quelques questions que, dans le dernier num&#233;ro du Cycliste M.&#160;le commandant Collet me fait l'honneur de m'adresser. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Machine. &#8212; Bicyclette Gladiator Roulements &#224; cuvettes ind&#233;r&#233;glables, &#224; mon avis, bien sup&#233;rieurs &#224; ceux &#224; c&#244;nes. Sur ma demande, frein ext&#233;rieur sur la roue avant. Sur la roue arri&#232;re, autre frein man&#339;uvr&#233; par un minuscule levier plac&#233; sous le bec de la selle.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce frein que j'appellerai &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;frein Philidet&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, du nom de l'habile et ing&#233;nieux m&#233;canicien qui l'a con&#231;u et construit, est d'une extraordinaire puissance. Il peut dans un parcours de 4 &#224; 5 m&#232;tres caler la roue et la forcer &#224; patiner. Dans les descentes longues et rapides, mis &#224; un autre cran, il permet de les faire dans une s&#233;curit&#233; absolue, et remplace avantageusement le fagot aujourd'hui interdit en Dauphin&#233;. Ce frein reste constamment serr&#233; et ne se desserre qu'en pressant le ressort du d&#233;clenchement.&lt;br class='autobr' /&gt; Le frein Philidet se compose d'un secteur &#224; cr&#233;maill&#232;re fix&#233; par un collier sur le tube horizontal de la machine : un levier &#224; une dent mobile engrenant sur la cr&#233;maill&#232;re, est reli&#233; par une tige &#224; un patin de frein viss&#233; sous l'entretoise de la fourche arri&#232;re. Une pression imperceptible avec un seul doigt et quelle que soit la vitesse la machine est arr&#234;t&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pneumatiques, j'ai depuis quelques jours des bandages de 45 millim&#232;tres absolument imperforables et qui me permettront d'arriver d&#233;sormais s&#251;rement &#224; l'heure fix&#233;e. Je leur ai fait subir, avant de les adopter, une longue et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#233;pineuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;preuve&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils en sont sortis victorieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma selle est une selle Lamplugh 1899 n&#176;&#160;253. Je l'ai choisie tr&#232;s dure. Une selle dure ne blesse jamais et ses vibrations ne contrarient pas celles du pneumatique, ce qui n'est pas le cas pour les selles &#224; ressort &#224; boudins o&#249; l'on vibre continuellement &#224; contre-temps. Je monte haut et ma selle est plac&#233;e de telle sorte, que la jambe enti&#232;rement tendue, mon talon touche &#224; plat la p&#233;dale. Le bec de ma selle n'est pas plac&#233; perpendiculairement sur l'axe du p&#233;dalier, mais 0m,04 en arri&#232;re, position que je trouve plus favorable aux rapides allures. Mon guidon est droit et &#224; cintrage tr&#232;s court, j'ai deux multiplications 5m,60 et 2m,9O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime. &#8212; Absolument v&#233;g&#233;tarien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais j'admets les &#339;ufs et le poisson, aliment tr&#232;s l&#233;ger qui contient beaucoup de phosphore. Je suis ce r&#233;gime d&#233;j&#224; depuis deux ans et m'en trouve merveilleusement. L'esprit se fait de plus en plus lucide, le corps est presque devenu une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;quantit&#233; n&#233;gligeable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il n'existe pour ainsi dire pas. Toutefois je dois dire, par quelques exemples que j'ai autour de moi, que le v&#233;g&#233;tarisme ne para&#238;t pas convenir &#224; tous les temp&#233;raments. Le premier mois d'essai est particuli&#232;rement p&#233;nible. Je ne bois jamais de vin ni d'alcool et si par aventure il m'arrive de prendre un verre de vin &#233;tranger, je m'en repens toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	R&#233;gime en marche. &#8212; Le matin &#224; 4 heures, deux tasses de caf&#233; noir tr&#232;s chaud, qui me permettent de faire 25 &#224; 30 kilom&#232;tres. Arr&#234;t ensuite d'une demi-heure pour prendre du caf&#233; au lait ou th&#233; au lait avec pain ou p&#226;tisseries. &#192; Midi, deux plats de l&#233;gumes ou &#339;ufs, fruits, caf&#233;. &#192; 4 heures fruits et pain ou lait chaud et brioches. Le soir &#224; d&#238;ner un plat de poisson, deux plats de l&#233;gumes, un entremets sucr&#233;, fruits et th&#233; bouillant &#8212; tr&#232;s peu de pain &#8212; je ne bois pas ou presque pas &#224; mes repas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En marche je surveille mon estomac autant que la route : rien d'aussi d&#233;primant qu'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fringale&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui suffit souvent &#224; compromettre toute l'&#233;tape. Il faut dans les longues excursions faire patienter l'estomac &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'amuser&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; jusqu'au repas du soir. Vous avez ainsi toutes vos forces disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Hygi&#232;ne. &#8212; Se lever t&#244;t, se coucher de bonne heure. Le matin, &#224; d&#233;faut de tub, s'&#233;ponger tout le corps. En marche, si on a tr&#232;s chaud, immersion tr&#232;s froide et tr&#232;s rapide &#8212; une minute. &#8212; Le soir faire &#224; pied les derniers 500 m&#232;tres de l'&#233;tape, afin que la transition du mouvement et du repos soit moins brusque. Prendre en arrivant un bain tr&#232;s court ou une douche froide. Promener ensuite avant le d&#238;ner. Comme v&#234;tements laine ou flanelle, culottes ou pantalons en jersey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marche. &#8212; Je me contente dans un voyage de 8 &#224; 10 jours d'une moyenne de 120 kilom&#232;tres qui ne me co&#251;tent aucun effort. Exceptionnellement je puis pour une excursion d'un jour aller jusqu'&#224; 180 kilom&#232;tres, mais c'est d&#233;j&#224; excessif et je ne pourrais recommencer le lendemain sans fatigue.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; l'allure, 15 kilom&#232;tres en plaine. 8 &#224; 9 aux c&#244;tes, aussi vite que je le peux aux descentes que je connais : je ne contre-p&#233;dale pas et laisse mes jambes inertes, &#233;tant absolument s&#251;r de mes freins. Je ne force jamais et reste toujours en de&#231;&#224; de mes moyens. L&#224; est le secret des grandes &#233;tapes.&lt;br class='autobr' /&gt; Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;hasard de la vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; m'ayant donn&#233; de nombreux loisirs, je &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; presque tout l'&#233;t&#233;, ce qui fait que je couvre annuellement de 10 &#224; 11.000 kilom&#232;tres : mon entra&#238;nement est donc continu.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis cycliste depuis six ans seulement, mais avant j'&#233;tais un touriste &#224; pied intr&#233;pide. Quant &#224; mon &#226;ge que M.&#160;le commandant Collet veut bien me demander &#8212; cet article est presque une confession &#8212; je n'&#233;prouve aucun embarras &#224; avouer que j'ai 48 ans, mais j'ajouterai que gr&#226;ce &#224; l'eau froide et au r&#233;gime suivi, j'ai toujours 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; P.-S. Hier soir je lisais dans un journal :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Les cyclistes, c'est ind&#233;niable, d&#233;pense beaucoup de force musculaire et doivent forc&#233;ment &#234;tre blind&#233;, si j'ose dire ainsi d'endurance. Or, il existe &#224; Londres un club de veloceman tr&#232;s connu dont tous les membres sans exception sont v&#233;g&#233;tariens, ne boivent que de l'eau, du lait ou du th&#233;, c'est le v&#233;g&#233;tarien cyclist Club. Il donnait derni&#232;rement un banquet et en t&#234;te se lisaient ces trois vers de Shelley : Que jamais plus le sang d'un oiseau ou d'une b&#234;te, Ne souille une f&#234;te humaine de son torrent empoisonn&#233;, Dont la fum&#233;e comme une accusation monte dans la puret&#233; des cieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dans le speech obligatoire du dessert, le pr&#233;sident &#8212; un docteur c&#233;l&#232;bre &#8212; &#233;num&#232;re les avantages de la temp&#233;rance et rappela judicieusement que les fameux athl&#232;tes de Rome et d'Ath&#232;nes, si puissant, si r&#233;sistant, vivaient &#224; l'entra&#238;nement de fruits secs, de froment, de laitage et d'huile.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (1) Je prie M.&#160;Roux, membre du Comit&#233; de la soci&#233;t&#233; v&#233;g&#233;tarienne de France, de vouloir bien consid&#233;rer cet article comme une r&#233;ponse &#224; l'aimable lettre qu'il m'a &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/jpg/despinassous.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH720/despinassous-aaff5.jpg?1788126846' width='500' height='720' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Croix-Haute (1902)</title>
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		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Vercors</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>col de Grimone</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vercors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot67" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;col de Grimone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par D'Espinassous, revue mensuelle du Touring-Club de France, Juillet 1902&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Monsieur le docteur Julliard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'&#233;tranges rencontres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte Die &#224; 4 heures. Le ciel, d'un bleu noir, resplendit d'&#233;toiles : sur le levant, une l&#233;g&#232;re lueur indique l'approche de l'aube. Les champs sont silencieux, pas le moindre fr&#233;missement sur les feuilles des hauts peupliers, la route est d&#233;serte, tout dort encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insensiblement le ciel s'&#233;claire, les &#233;toiles p&#226;lissent, le jour para&#238;t : une d&#233;licieuse fra&#238;cheur succ&#232;de &#224; l'air lourd et chaud de la nuit, et sous les noyers de Ch&#226;tillon, dans la grande ombre du Glandaz, ma bicyclette court joyeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce village d&#233;pass&#233;, le chemin de Grimone, laissant &#224; gauche celui de Men&#233;e, franchit le Bez et ne tarde pas &#224; s'engager dans le d&#233;fil&#233; d'Aygat. D'un aspect tr&#232;s sauvage, ces gorges n'ont pas le pittoresque romantique de celles de la Bourne, et pr&#233;sentent un caract&#232;re plus m&#233;ridional. Sur leurs pentes escarp&#233;es, je n'entends ni la hache du b&#251;cheron, ni les clochettes du troupeau lointain. Nul bruit que celui du torrent roulant ses eaux sur les galets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les roches ont de magnifiques colorations. Leur couleur dominante est le gris bleut&#233;, souvent tach&#233; de jaune, de bistre et de rouge. Des c&#233;p&#233;es de h&#234;tres au vert clair, se d&#233;tachant sur le noir des sapins att&#233;nuent l'aust&#233;rit&#233; du paysage. Cette route est fort agr&#233;able, surtout le matin, mais ne peut se comparer, &#224; mon avis, &#224; celles du Vercors ou de l'Arly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un court tunnel elle passe entre de gigantesques escarpements aux tons &#233;clatants : c'est la fin du d&#233;fil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'assieds au bord du chemin, et levant les yeux, j'aper&#231;ois tr&#232;s haut, une ligne d'arbres d&#233;crivant de brusques lacets sur le flanc de la montagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la route qui se livrait &#224; une v&#233;ritable escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet, la vue sur l'ab&#238;me, o&#249; d'&#233;normes rochers se dressent en ob&#233;lisques, est vertigineuse. Je descends ensuite dans la verte vall&#233;e de Glandage et imm&#233;diatement commence la longue rampe du col.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je montais lentement la dure c&#244;te et venais de traverser Grimone, quand subitement, sans bruit, un cycliste me d&#233;passe. V&#234;tu de noir, tr&#232;s grand, tr&#232;s maigre, et comme particularit&#233;, cheveux ch&#226;tains et moustache rouge, il me parait d&#233;ployer une force peu commune. Un sac volumineux plac&#233; &#224; l'avant, une carte ouverte sur le guidon, indiquent un touriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de r&#233;gler ma marche sur la sienne, j'acc&#233;l&#232;re l'allure, mais la distance qui nous s&#233;pare, au lieu de diminuer, augmente rapidement. Je suis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;sem&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai, il est vrai, la pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, la petite multiplication, et malgr&#233; la duret&#233; de cette rampe, tous les mouvements du cycliste d&#233;notent une aisance extr&#234;me. Il remue doucement les jambes et sa machine vole : son d&#233;veloppement est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; 6 m&#232;tres. De temps en temps je l'entends corner, et il me semble que sa trompe a un son railleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vigueur exceptionnelle, est-ce bicyclette a m&#233;canisme inconnu qui lui permettent un pareil train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourrai-je m'en rendre compte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'en doute fort, et tout espoir de le rattraper est d&#233;j&#224; bien compromis. Je viens de l'entrevoir sur ma t&#234;te, &#224; un d&#233;tour de la route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il n'a pas l'air de forcer le moins du monde et sa marche doit &#234;tre de 16 kilom&#232;tres &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons-le, un tel effort m'est impossible et je suis r&#233;ellement tr&#232;s intrigu&#233;. Jamais un touriste - je dis touriste et non coureur &#8212; ne m'avait laiss&#233; derri&#232;re lui avec cette facilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de fois n'ai-je pas lu dans la Revue que les longues pentes &#224; 6 et 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% &#233;taient inabordables &#224; la grande multiplication&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de r&#233;cits de voyage elle a publi&#233;s, o&#249; les cyclistes avec des d&#233;veloppements de 5 m&#232;tres ou approchants, s'empressaient, dans une touchante entente, de mettre pied &#224; terre devant des rampes semblables&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me faudra-t-il douter de ces r&#233;cits h&#233;riss&#233;s de racines carr&#233;es, agr&#233;ment&#233;s de sinus et cosinus, r&#233;cits d'une si captivante lecture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le doute envahirait-il mon &#226;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Douter des math&#233;matiques, c'est &#234;tre bien pr&#232;s de ne plus croire &#224; rien. &#8212; Doutez de la lumi&#232;re, me disait mon professeur de trigonom&#233;trie, doutez du ciel et de la terre, mais ne doutez pas d'une formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose navrante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je sens mon respect, ma v&#233;n&#233;ration pour les sinus et cosinus s'envoler peu &#224; peu, et je crains m&#234;me qu'un juste et offensant d&#233;dain ne les remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vaut l'aust&#232;re et froide th&#233;orie en pr&#233;sence de l'exp&#233;rience, et celle-ci est &#233;clatante : sous mes yeux une pente &#224; 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% a &#233;t&#233; gravie &#224; 16 kilo &#224; l'heure sans aucune peine. Th&#233;oriquement, ce cycliste devait monter cette c&#244;te &#224; pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pratiquement, c'est &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pratique et th&#233;orie : deux mots qui souvent hurlent d'&#234;tre rapproch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aper&#231;ois au loin la noire silhouette du touriste se d&#233;tacher sur le blanc de la route, et ses longues jambes, comme de formidables bielles, impriment &#224; sa machine la plus rapide allure. Bient&#244;t il dispara&#238;t. Obs&#233;dante &#233;nigme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce cycliste fera-t-il une halte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? S'arr&#234;tera-t-il au refuge du col&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'avance aussi vite que je peux, mais je le constate, en consultant ma montre aux bornes kilom&#233;triques, j'atteins &#224; peine 9 kil. &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;fl&#233;chissais &#224; l'inanit&#233; de cette poursuite, quand je rencontre un cantonnier. Je l'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Avec des moustaches rouges&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il y a longtemps qu'il est pass&#233;, il marchait comme le vent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai pu tout juste me garer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette folle allure &#233;tait soutenue, c'&#233;tait l'allure ordinaire de ce touriste, digne d'&#234;tre class&#233; parmi les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;g&#233;ants de la route&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chemin continue &#224; s'&#233;lever entre des champs cultiv&#233;s et des gu&#233;rets. Je d&#233;passe des chars, des mulets charg&#233;s de fumier. Sur les terres inclin&#233;es, des b&#339;ufs tracent p&#233;niblement leur sillon, et le laboureur, de son aiguillon, stimule leur lenteur. Des femmes coiff&#233;es de grands chapeaux de paille noire, descendent ces pentes rapides, retenant par la bride les mulets, dont les b&#226;ts vides, &#224; chaque pas, se balancent sur leur &#233;chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnards que je croise ont le teint rouge brique, la carrure robuste, et, malgr&#233; leur abord un peu rude, r&#233;pondent complaisamment &#224; mes questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'interminable c&#244;te est finie, me voici devant le refuge. J'ai tr&#232;s chaud, mon pare-nuque ruisselle, et le vent est glacial&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussi, laissant la salle aux chromos c&#233;l&#233;brant l'alliance franco-russe, j'entre dans la cuisine et m'assieds pr&#232;s du po&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de la femme du cantonnier est tr&#232;s empress&#233;. Je lui demande du lait : imm&#233;diatement, elle court apr&#232;s trois ch&#232;vres vagabondes qui broutaient sur les hauteurs voisines et ne tarde pas &#224; revenir, portant avec pr&#233;caution une grande jatte d&#233;bordante d'&#233;cume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'enquiers de l'insaisissable touriste : elle ne l'a pas vu, il a d&#251; passer en coup de vent. Le dernier espoir est perdu. Je m'en console. Que de choses sur cette terre je n'ai pu expliquer : ce ne sera qu'une de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, en me chauffant, le nom d'Ar&#233;thuse me vient-il &#224; l'esprit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle myst&#233;rieuse relation peut-il bien y avoir entre mon arriv&#233;e en moiteur au refuge et le sort infortun&#233; de la nymphe de Diane&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, comme une bu&#233;e l&#233;g&#232;re, le voile dispara&#238;t, et je saisis le sens cach&#233; de l'histoire d'Ar&#233;thuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une all&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, a-t-on dit, et si nous connaissions la chronique du premier empire &#233;gyptien, appara&#238;trait tout un monde d'id&#233;es et de faits que nous croyons nouveaux. Les inventions se trouvent, se perdent dans les &#233;poques de barbarie et se retrouvent ensuite. Il est donc presque s&#251;r que le cycle a &#233;t&#233; connu dans des &#226;ges tr&#232;s recul&#233;s. D'ailleurs, sur les bas-reliefs assyriens, se voient d'&#233;tranges roues isol&#233;es, dont la signification ou l'usage sont encore un probl&#232;me pour les Champollion de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ar&#233;thuse &#233;tait probablement une cyclettiste, et il est assez naturel d'admettre que le jour de la f&#234;te de Diane, ses nymphes organisaient, en son honneur, une course de bicyclettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, les farouches guerriers de cette &#233;poque, absorb&#233;s par des questions de balistique ou peut-&#234;tre moins ing&#233;nieux que ceux des temps modernes, n'avaient pas devin&#233; la puissance de la petite multiplication, et Ar&#233;thuse montant &#224; toute allure sous le soleil br&#251;lant de l'Attique, une courte et dure c&#244;te, fut naturellement chang&#233;e en fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme du cantonnier interrompt ma r&#234;verie en posant sur la table une tasse de lait fumant. Le pain est savoureux et les amateurs de pain complet n'ont qu'&#224; venir passer quelques jours au village de Grimone, ils y seront id&#233;alement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue du col est born&#233;e, mais &#224; peine a-t-on parcouru un kilom&#232;tre, qu'&#224; un brusque d&#233;tour de la route, elle devient saisissante. Du chemin suspendu sur le pr&#233;cipice, on domine les sauvages escarpements entre lesquels le torrent brise ses eaux contre d'&#233;normes rocs &#233;boul&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'embrasure de la gorge appara&#238;t la vall&#233;e du Bu&#235;ch, aux p&#226;turages surmont&#233;s de for&#234;ts, et sur le ciel, se d&#233;coupe le noir h&#233;rissement des pics du D&#233;voluy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route de Gap &#224; Grenoble que l'on rejoint aux Lussettes, traverse depuis la Faurie, un pays pauvre, tr&#232;s triste, donnant une grande impression d'&#226;pret&#233; et de rudesse, et le touriste, soit qu'il vienne de Grimone ou de Veynes, aspire aux horizons lointains qui l'attendent &#224; la Croix-Haute. Au col, il descendra environ 5oo m&#232;tres, et pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'endroit o&#249; est plant&#233; le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; se d&#233;roulera devant lui un des plus beaux panoramas qu'il soit possible de contempler. Sous lui, il apercevra tout le Tri&#232;ves, et dans un immense h&#233;micycle se dresseront les monts du D&#233;voluy, du Valbonnais, de Belledone, le massif de la Chartreuse, o&#249; se distingue surtout la dent de Crolles. De chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;troite gorge se pressent en rangs serr&#233;s, escaladant les pentes abruptes, des sapins dont le sombre feuillage, tranche sur le gris des rochers et le vert tendre des pelouses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement r&#232;gne &#224; la Croix-Haute un vent violent, mais aujourd'hui, dans le calme d'une belle journ&#233;e d'automne, le silence est absolu et n'est interrompu &#224; de longs intervalles, que par le rauque essoufflement des machines remorquant p&#233;niblement un train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, passant &#224; Bourg-d'Oisans, je fis la connaissance d'un touriste et de sa femme qui y &#233;taient en vill&#233;giature. Apr&#232;s le d&#233;jeuner, nous caus&#226;mes en prenant du caf&#233; dans le jardin de l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste me parut go&#251;ter m&#233;diocrement les charmes de la montagne et en appr&#233;cier seulement le climat. Sa femme, au contraire, ne tarissait pas sur les mille beaut&#233;s du Dauphin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voulez-vous me permettre, Madame, lui dis-je, de vous demander quel est dans nos Alpes fran&#231;aises, le site qui vous a le plus frapp&#233;, celui dont vous gardez le plus vivant souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est, me r&#233;pondit-elle sans h&#233;siter, la vue du col de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que son mari fumait silencieusement une courte pipe de bruy&#232;re &#8212; le v&#233;ritable fumeur est taciturne &#8212; elle voulut bien me conter ce qu'elle appelait son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;odyss&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis de Cannes pour Gen&#232;ve, ils voyageaient dans leur voiture, &#224; petites journ&#233;es. Ils avaient eu de nombreux incidents de route, mais leurs chevaux ne faisant qu'une quarantaine de kilom&#232;tres par jour, le temps leur avait paru un peu long, et &#224; la fin ils soupiraient apr&#232;s les eaux bleues du L&#233;man.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franchir ainsi les Alpes est sans doute fort agr&#233;able, mais ce r&#233;cit confirme la sup&#233;riorit&#233; de la bicyclette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis assis sur l'herbe, en contre-bas de la route. Je regarde sans me lasser le lumineux tableau, et dans l'air si pur, sous le soleil qui brille, mon contentement atteint son extr&#234;me limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admirable douceur des choses d&#233;j&#224; vues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! puissance du souvenir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me suis arr&#234;t&#233;, il y a cinq ans, &#224; la Croix-Haute avec mon meilleur ami, et les moindres d&#233;tails de cette excursion me reviennent en foule : les &#233;clats de sa voix joyeuse, je crois les entendre encore. Cinq ans ont pass&#233; et il me semble que c'est hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensation &#233;trange que celle de ne pas vieillir, et suis-je assez heureux de l'&#233;prouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! les m&#234;mes plaisirs, les m&#234;mes joies que je ressentais autrefois, je les ressens avec la m&#234;me intensit&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce l'hygi&#232;ne, est-ce le r&#233;gime que je suis qui, en conservant &#224; mon corps la vigueur et la souplesse de la jeunesse, en sont cause&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Existe-t-il dans tout homme un fond enfant qui ne se perd jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le physique r&#233;agit-il &#224; ce point sur le moral, et le proverbe latin peut-il s'&#233;crire : mens laeta in corpore sano&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, alors que la plupart des hommes de mon &#226;ge sont graves, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;orn&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'embonpoint, tournent au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;burgrave&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, j'ai encore l'insouciance et l'humeur voyageuse de mes vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gaiet&#233; de bon aloi, dont &#233;taient anim&#233;s nos p&#232;res, je ne la vois plus maintenant. Je n'aper&#231;ois que des gens pr&#233;occup&#233;s, soucieux, enfi&#233;vr&#233;s, se ruant &#224; la poursuite de la fortune qui, pour eux, personnifie le but de l'existence. Parvenus &#224; leurs fins, ils reconnaissent trop tard qu'ils ont poursuivi une chim&#232;re, un mirage trompeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils appartiennent &#224; leurs richesses plut&#244;t qu'elles ne leur appartiennent, et l'ind&#233;pendance, ce bien supr&#234;me, ils ne l'ont m&#234;me pas. Et peut-&#234;tre, du haut de leur sleeping, envient-ils le modeste touriste qui, sans souci, libre comme l'air qu'il fend d'une poitrine robuste, court heureux sur la route poudreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune est un lourd fardeau. Peu d'hommes en font un noble usage, et il faut une &#194;me d'&#233;lite pour en &#234;tre digne et la supporter sans faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonheur de vivre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Seuls l'&#233;prouvent ceux dont le c&#339;ur ignore l'ambition et l'envie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ceux contents de leur sort, quelque humble, quelque modeste qu'il soit et qui ne demandent pas &#224; la vie plus qu'elle ne peut donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai marqu&#233; d'une croix d'or le jour o&#249; par pur hasard m'apprit le nom de Kneipp. J'&#233;tais abonn&#233; &#224; la Revue Encyclop&#233;dique et cette phrase me sauta aux yeux : Celui, dit le cur&#233; de V&#339;richoffen, qui sera sobre, qui tous les matins se baignera dans l'eau froide, celui-l&#224; ne conna&#238;tra jamais la maladie et conservera longtemps les forces de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces forces conserv&#233;es, quelle plus agr&#233;able mani&#232;re de les d&#233;penser qu'en excursionnant &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je ne veux pas dire par l&#224; &#233;videmment qu'on doive toujours &#234;tre sur les grandes routes, rien ne serait plus &#233;loign&#233; de ma pens&#233;e, mais simplement que ce sport constitue un des meilleurs d&#233;lassements que je connaisse, le bonheur que ressent le cycliste est un bonheur complet : il est son ma&#238;tre, ne d&#233;pend absolument de personne et va librement ou sa fantaisie le pousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'arr&#234;te, il marche, il vole, aspirant l'air pur &#224; pleins poumons, respirant l'ind&#233;pendance par tous les pores. R&#233; qu&#233; Dio&#249;, l'orgueilleuse devise des Talleyrand-P&#233;rigord, il peut la graver sur son guidon&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle jouissance infinie ne donne pas la contemplation d'un beau paysage, et que je plains l'homme dont le c&#339;ur est ferm&#233; &#224; de telles joies. Il est pass&#233; sur la terre, l'a habit&#233;e et ne l'a pas connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XVIII&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avait compris ce charme enivrant, et jamais ne furent plus nombreux qu'alors les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;amants de la nature&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un peu trop enclins peut-&#234;tre &#224; la sensiblerie, mais cet exc&#232;s valait mieux que le froid et prosa&#239;que terre-&#224;-terre de nos jours. Le bruit sec de l'acier frappant sur la pierre me r&#233;veille &#224; moiti&#233; : c'est le cantonnier de la Croix-Haute qui casse des cailloux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il y a deux heures que je r&#234;ve en proie &#224; cette griserie de l'&#226;me que bien des touristes ont ressenti. On est devenu un &#234;tre immat&#233;riel qui pense et n'appartient plus &#224; la terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la notion de l'endroit pr&#233;cis o&#249; l'on est vous &#233;chappe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous voyez seulement le vert des arbres, le bleu du ciel. et sur les ailes rapides de la pens&#233;e on s'envole au loin. Revenons &#224; la r&#233;alit&#233;, et puisqu'il est onze heures, il n'est que temps de se mettre en selle, &#224; la conqu&#234;te du d&#233;jeuner. A Clelles-station, je connais une auberge : &#224; c&#244;t&#233; coule une source glac&#233;e, en route donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bicyclette &#224; la main, je grimpe le talus et me trouve face &#224; face avec le cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime ces modestes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fonctionnaires&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'&#226;me simple, et si je n'ai qu'hautaine indiff&#233;rence pour les bureaucrates hi&#233;rarchis&#233;s, dont la tyrannique suffisance m'&#233;tonnera toujours dans une d&#233;mocratie, je suis heureux, en revanche, de serrer la main de l'humble cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je m'informe du touriste &#8212; N'avez-vous pas vu un cycliste habill&#233; de noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il en est bien &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;descendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un entre sept et huit heures, mais je n'ai fait que l'entrevoir. Il est pass&#233; comme un &#233;clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clair&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est lui. Trois heures d'avance, il doit &#234;tre &#224; Vif, si ce n'est &#224; Grenoble. N'y pensons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cantonnier se tient debout devant moi, semblant attendre de nouvelles questions. C'est un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es, robuste, le teint h&#226;l&#233; par son p&#233;nible labeur. Son air grave et r&#233;sign&#233; m'int&#233;resse. - Quelle destin&#233;e que la sienne, pensai-je, &#234;tre encha&#238;n&#233; &#224; ces rochers, voir chaque jour sur la route et sur les hauts remblais la vie joyeuse, insouciante, fortun&#233;e. qu'il doit les envier les heureux de ce monde&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vilain pays, l'hiver, lui dis-je - Rude, oui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vilain, non, r&#233;pondit-il, et sa figure s'&#233;claira d'un bon sourire. L'hiver, on se chauffe en famille, et devant une gaie flamb&#233;e de sapin ou de h&#234;tre, entre ma femme et mes enfants, je suis heureux. Ici, on se sent vivre, et la bise vaut mieux pour la sant&#233; que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'air des villes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai fait mon service &#224; Paris, et il me tardait de revoir mes montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait moi qui me trompais. Le cantonnier me donne une le&#231;on de philosophie. Au fond, il a raison, le bonheur est relatif, on l'a en soi. On peut &#234;tre heureux partout, et puis surtout, il s'agit de se croire heureux pour l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bonhomie m'enchante. Sous cette poitrine velue doit battre un c&#339;ur loyal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Votre main, cantonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la lui serre avec plaisir, et, accompagn&#233; des v&#339;ux et du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;bon voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de mon nouvel ami, je descends rapidement la c&#244;te de la Croix-Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente est fort raide, du 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'apr&#232;s le graphique, aussi suis-je vite au bas de la rampe. De l'ancienne maison de poste de Saint-Maurice &#224; Clelles, descente faible et ondulations. Bient&#244;t, &#224; un d&#233;tour de la route, appara&#238;t altier, mena&#231;ant, le mont Aiguille dont l'immense nef flotte sur une mer de nuages. Je l'ai constamment devant moi jusqu'&#224; Clelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; l'auberge, apr&#232;s une ablution &#224; la froide fontaine, je monte, la bicyclette sous le bras, les cinq ou six marches de la terrasse sur laquelle s'ouvre l'entr&#233;e. Assis &#224; une table se trouvait un cycliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se retourne : c'est lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est le touriste rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous saluons. Me voyant embarrass&#233; de ma bicyclette il m'indique tr&#232;s courtoisement la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait remis&#233;e la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect de ce touriste ne r&#233;pond pas &#224; l'id&#233;e que je m'en faisais et d&#233;concerte mes pr&#233;visions. &#194;g&#233; d'une trentaine d'ann&#233;es environ, l'air timide, sa figure est empreinte d'une douceur m&#233;lancolique qui me surprend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais dans ses yeux pensifs, je vois luire une droiture et une franchise qui me ravissent. Sa voix, tr&#232;s sympathique, est une de ces voix qui attirent et dont malgr&#233; soi on subit le charme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Laissez-moi, monsieur, lui dis-je, en revenant sur la terrasse, vous complimenter de la mani&#232;re dont vous avez pass&#233; le col de Grimone. C'est absolument remarquable. Serais-je indiscret de vous demander votre d&#233;veloppement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nullement, j'ai 6 m. 50 et je monte facilement jusqu'au 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. Apr&#232;s, c'est autre chose. Et maintenant veuillez m'excuser, je vous prie, si je n'ai pas fait route avec vous. En vous voyant marcher si lentement, je vous ai cru fatigu&#233; et ai suppos&#233; que vous graviriez bient&#244;t la longue c&#244;te &#224; pied. Je me suis d&#233;rob&#233; &#224; cette dure &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Savez-vous, repris-je, que votre performance r&#233;duit &#224; n&#233;ant les belles th&#233;ories d'illustres math&#233;maticiens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je sais, r&#233;pliqua-t-il modestement, que mon cas est peu ordinaire, mais pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est exceptionnel, on ne doit pas s'y arr&#234;ter. Je n'ai, je vous assure, aucun m&#233;rite &#224; monter ainsi. Le dois-je &#224; ma maigreur, &#224; mon faible poids&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La longueur de mes jambes intervient-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je vous le r&#233;p&#232;te, de pareilles c&#244;tes sont un jeu pour moi. Je vous avouerai, et cela vous fera sans doute plaisir (s&#251;rement c'est un psychologue), j'ai &#233;chou&#233; devant la rampe de Laffrey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je respirai. La petite multiplication l'emportait donc, la sainte th&#233;orie brillait de nouveau d'un &#233;clat incontest&#233;, et dans mon esprit un instant obscurci, sinus et cosinus faisaient un retour triomphal. Tout s'expliquait. J'avais simplement devant moi un cycliste ne pesant pas, tr&#232;s nerveux muni de leviers puissants : ce n'&#233;tait pas un &#234;tre miraculeux, et sa bicyclette ne recelait aucun m&#233;canisme inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conversation nous avait forc&#233;ment li&#233;s aussi conv&#238;nmes-nous de d&#233;jeuner ensemble. Le joyeux repas et comme nous nous entendions bien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je lui laisse les plats de viande, lui ne touche pas aux l&#233;gumes. Son app&#233;tit est formidable. Les l&#233;gumes, il les d&#233;daigne heureusement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sans cela notre t&#234;te-&#224;-t&#234;te e&#251;t d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en v&#233;ritable struggle of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement je me garde bien de lui exposer les bienfaits et les avantages du v&#233;g&#233;tarisme. L'instinct de conservation inn&#233; dans tout homme m'en emp&#234;che. Plus tard je verrai. D'ailleurs comment oser soutenir &#224; quelqu'un d'une si invraisemblable maigreur que le v&#233;g&#233;tarisme contrarie l'ob&#233;sit&#233; et augmente l'endurance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le coup droit qu'il me porterait n'est que trop facile &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;jeuner s'ach&#232;ve gaiement, et, les cigarettes allum&#233;es, nous prenons le caf&#233; sur la terrasse. Le caf&#233; bu, le touriste se fait apporter une bouteille de chartreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne saurait, dit-il gravement, trop encourager ces pieux c&#233;nobites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en est trop&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un cycliste abstinent laisserait-il passer sans protester de pareilles paroles&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! aussi, me levant, je fais une virulente sortie contre l'alcoolisme, vantant l'abstinence, la force qu'elle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais enfin, objecta-t-il, comment expliquez-vous qu'un verre de liqueur accroisse ma vigueur et me permette d'accentuer l'allure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le coup de fouet, r&#233;pondis-je, fait-il du bien au cheval, et pourtant il va plus vite. Vous &#234;tes dupe d'une illusion, et cette excitation que je ne nie pas, est toujours suivie d'une d&#233;pression qui n&#233;cessite un second petit verre pour la surmonter. Peu &#224; peu, on en vient &#224; doubler, &#224; tripler la dose excitatrice, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me nerveux, us&#233;, br&#251;l&#233;, vous refuse tout service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous pourriez bien avoir raison. Si je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Clelles, c'est qu'une d&#233;faillance m'a pris : jamais je n'en avais &#233;prouv&#233;. Il serait bizarre qu'elle f&#251;t due aux petits verres que j'absorbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s un silence : Non&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je ne le boirai pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vais me priver de toute liqueur, faire un essai loyal, et comme en ce monde tout arrive, peut-&#234;tre me verrez-vous un jour membre de la Croix-Bleue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini de fumer et faisons une courte promenade autour du hameau. la vue du mont Aiguille enthousiasme mon compagnon. Il veut en emporter une photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je la mettrai sur ma table de travail, elle me rappellera notre heureuse rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde sa haute taille, son extr&#234;me sveltesse : ce sera un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;portrait de famille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce touriste va &#224; Grenoble, moi &#224; Uriage, nous ne nous s&#233;parerons donc qu'&#224; Vif. La route du Mon&#234;tier, apr&#232;s une courte mont&#233;e, descend tr&#232;s rapidement jusqu'au torrent que le chemin de fer franchit sur un hardi viaduc, ensuite plus mod&#233;r&#233;ment jusqu'au ravin de St-Michel. L&#224;, commence la rampe de 7 kilom&#232;tres du col du Fau. Les 3 premiers kilom&#232;tres sont particuli&#232;rement durs. La pente &#233;tant de 6&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je saute de machine pour changer de d&#233;veloppement. Le touriste s'est &#233;galement arr&#234;t&#233; et suit mes mouvements avec un compatissant int&#233;r&#234;t. La cha&#238;ne est vite remise et j'ai quitt&#233; mes gants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quand vous voudrez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, en selle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, son indiscutable puissance s'affirme encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je ne puis vous &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;tenir pied&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je me fatiguerai&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! je vous attendrai au haut de la c&#244;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il dispara&#238;t avec cette &#233;tonnante aisance qui me d&#233;sesp&#232;re A quoi bon se presser, le r&#233;sultat est acquis. Faisons plut&#244;t preuve de cette aimable philosophie avec laquelle se supporte la d&#233;faite, et montons avec l'agr&#233;able lenteur, l'insultante facilit&#233; que donne la petite multiplication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin me voici au sommet de la rampe et j'aper&#231;ois le touriste nonchalamment couch&#233; sur l'herbe, &#224; l'ombre d'un pommier. Debout, pr&#232;s de lui, une jeune berg&#232;re dont le tablier rouge ressort sur le vert du pr&#233;, surveille ses brebis. C'est une pastorale de Lancret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais perdu tout espoir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me cria-t-il de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, ce calme qu'il affecte, cette &#233;crasante sup&#233;riorit&#233; qu'il a sur moi sont exasp&#233;rants : heureusement, &#224; part cela, il est charmant. Et qui n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;d&#233;fauts&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai mis, r&#233;pondis-je, un peu plus de temps que vous, il est vrai, mais je n'ai ressenti aucune fatigue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour me servir de votre phrase sur la Croix-Bleue, je vous dirai, moi aussi, que tout arrive... m&#234;me les bicyclettes d&#233;veloppant 2m 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au col nous nous arr&#234;tons quelques instants pour contempler la vue qui est tr&#232;s &#233;tendue. D'un c&#244;t&#233; appara&#238;t le cirque mamelonn&#233; du Tri&#232;ves avec son fond merveilleux de hautes cimes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre la fra&#238;che vall&#233;e de la Gresse, domin&#233;e par les cr&#234;tes rocheuses du Yercors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que commence la descente de 19 kilom&#232;tres qui nous am&#232;nera &#224; Vif&#160;: tr&#232;s raide jusqu'au Mon&#234;tier, elle s'adoucit &#224; la sortie du village. Bient&#244;t la ligne de Veynes, que la route longeait, s'enfonce dans la montagne, d&#233;crivant une immense boucle qui lui permettra de racheter la grande diff&#233;rence de niveau entre le Mon&#234;tier et Vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente ne tarde pas &#224; devenir plus rapide, notre allure &#233;galement, et c'est dans un v&#233;ritable enchantement que nous volons &#224; l'ombre des grands arbres. Tout &#224; coup, mon compagnon juge bon de mettre ses pieds sur la t&#234;te de fourche et de s'abandonner &#224; l'impulsion de sa machine. Je lui repr&#233;sente vainement le danger d'une pareille pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impuissantes raisons&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et devant moi, il part comme une fl&#232;che. Il a pass&#233;, par un vrai miracle, au milieu d'une troupe d'enfants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un chien le poursuit sans l'atteindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les virages se font au petit bonheur et je le perds de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je croise sur un pont, la voie ferr&#233;e dont la d&#233;clivit&#233; para&#238;t prodigieuse. Effet d'optique simplement, car la pente ne d&#233;passe pas 27 m/m par m&#232;tre. Un kilom&#232;tre plus loin, apr&#232;s un second lacet, elle franchit &#224; son tour la route sur un magnifique viaduc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arche, assis sur une borne, le touriste m'attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien, ces catastrophes dont vous me menaciez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Plus heureux que sage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui dis-je en mettant pied &#224; terre. En France, d'ailleurs, le succ&#232;s justifie tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Vif, longue halte pendant laquelle nous projetons, au printemps prochain, une course &#224; la Grande Chartreuse. Je l'accompagne ensuite jusqu'&#224; la sortie du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#201;crirez-vous, me demanda-t-il, votre excursion &#224; la Croix-Haute&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je vous saurais gr&#233; de vouloir bien me l'envoyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s volontiers, r&#233;pondis-je en souriant, mais je doute fort qu'elle vous int&#233;resse. R&#233;ellement le sujet est trop mince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re poign&#233;e de mains, et bient&#244;t le touriste rouge dispara&#238;t dans la poussi&#232;re de la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ESPINASSOUS&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profil Dolin :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://velotextes.fr/IMG/png/colcroixhaute.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://velotextes.fr/local/cache-vignettes/L500xH138/colcroixhaute-4ae35.png?1788126846' width='500' height='138' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Couffourenc (1903)</title>
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		<dc:date>2024-10-02T10:55:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;g&#233;tarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Marthe Hesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il y a une dizaine d'ann&#233;es, j'abandonnai le tourisme &#224; pied pour les joies du cyclisme. Un habile cycliste d'Alais M.&#160;C., devenu aujourd'hui le plus intr&#233;pide des chauffeurs, guida mes premiers pas. Je montrais disait-il des dispositions &#233;tonnantes. En r&#233;alit&#233; je fus un &#233;l&#232;ve pitoyable et, comme les chevaliers malheureux dans les tournois, je mordis souvent la poussi&#232;re.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;V&#233;g&#233;tarisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;Marthe Hesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le Cycliste, Octobre 1903&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;section class=&#034;sommaire-section sommaire-section_niveau1 sommaire-section_h3&#034; aria-labelledby=&#034;NOTES-DE-VOYAGE&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034; id='NOTES-DE-VOYAGE'&gt;&#8212;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NOTES&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DE&lt;/span&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;VOYAGE&lt;/span&gt; &#8212; &lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt; &#224; l'h&#233;ro&#239;ne du Tourmalet,&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; Mademoiselle Marthe Hesse.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parti de Livron &#224; 4 heures, je ne suis arriv&#233; &#224; Die qu'&#224; midi. Pourquoi le dieu des touristes qui s'&#233;tait toujours comport&#233; envers moi en homme du monde, s'est-il aujourd'hui conduit en v&#233;ritable Apache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Huit heures pour faire 56 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que d'incidents, grands dieux, et pas un d'agr&#233;able&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Enfants me jetant leurs cerceaux de fer dans mes rayons, chiens trop caressants, vieille sorci&#232;re zigzaguant et finissant par se jeter sous ma roue, &#233;crou perdu, montre oubli&#233;e dans ma chambre et me for&#231;ant &#224; retourner d'Allex &#224; Livron, poussi&#232;re &#233;paisse, chaleur atroce, rien ne m'a manqu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marchant prudemment avec une roue branlante, je suis arriv&#233; &#224; Crest o&#249; j'ai pu r&#233;parer. Enfin &#224; midi je descends devant l'h&#244;tel des Alpes. Le d&#233;jeuner m'a fait oublier ces mis&#233;rables anicroches. Je suis parti &#224; une heure, sous un soleil implacable. Je m'arr&#234;te 10 minutes &#224; Luc. Je comptais y voir un disciple de Kuhne, exemple miraculeux de cette extraordinaire m&#233;thode. Je joue de malheur, il est &#224; Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 kilom&#232;tres apr&#232;s Luc, viaduc du Clap... Tr&#232;s joli site. La route s'insinue entre les gigantesques rochers de l'&#233;boulement du Clap. Chaque bloc a la grandeur d'une maison. Ils sont entass&#233;s dans un d&#233;sordre, un pittoresque incroyables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me rappelle dans des proportions infiniment plus grandes le moulin des pierres pr&#232;s de Ch&#226;tillon-de-Michaille. Apr&#232;s ce chaos, mont&#233;e et tunnel creus&#233; par les moines o&#249; se pr&#233;cipite la Dr&#244;me. Ensuite plaine mar&#233;cageuse, plate, longue, ennuyeuse comme un voyage en Sardaigne. J'arrive &#224; Beauri&#232;res. Impossible de trouver du lait. Une jeune femme au c&#339;ur compatissant, &#233;mue de ma d&#233;tresse m'en donne une tasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Beauri&#232;res commence la c&#244;te de 10 kilom&#232;tres qui me conduira au col de Cabres. Mont&#233;e monotone, fastidieuse, sol sablonneux et en plein soleil. Quelle sotte id&#233;e ont eue les ing&#233;nieurs d'y planter des peupliers d'Italie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait si simple d'y mettre des &#233;rables ou des noyers. Je domine le chemin de fer et ses nombreux tunnels. Dans l'un d'eux la voie tourne compl&#232;tement. Je pense au Gotthard et ne fais plus attention au paysage. J'aper&#231;ois enfin une chemin&#233;e qui fume furieusement. C'est le refuge. Pas de lait, pas de caf&#233;. Je tire mon &#233;tui &#224; cigarettes et fais comme la chemin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends &#224; toute allure sur la Baume. Pass&#233; ce village, la route est en pente douce jusqu'&#224; Saint-Pierre-d'Argenson. Je passe devant la villa mauresque de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dame myst&#233;rieuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le vent s'est lev&#233; violent. Je ne donne pas un coup de p&#233;dale. Tout &#224; coup j'aper&#231;ois une mauvaise pancarte portant : passage dangereux &#224; 200 m. Je me m&#233;fie. C'est le plus horrible caniveau que j'aie jamais vu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La nuit c'&#233;tait la chute s&#251;re. Pour un automobile la fin certaine de ses ressorts. De Saint-Pierre &#224; Veynes courtes et rudes mont&#233;es. &#192; signaler le passage &#224; niveau de la Croix-St-Luc. On y arrive en descente rapide. La barri&#232;re est peinte en brun clair, ce qui la rend presque invisible. Il la faudrait blanche. J'aper&#231;ois enfin dans la nuit les feux de couleur de la gare de Veynes. Je descends au buffet de la gare. Les chambres sont vernies, les lits en cuivre, le d&#238;ner r&#233;parateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vallouise, h&#244;tel des &#201;crins, 21&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti de Veynes &#224; 5 heures. Il fait froid sur le plateau. &#192; la Roche, vue superbe sur les monts du D&#233;voluy. La route longe des marais. &#192; la Freyssinouse longue descente sur Gap. Admirable panorama. &#192; Gap, longue halte. Jusqu'&#224; Chorges route agr&#233;able, nombreuses ondulations. Arr&#234;t &#224; la fontaine de ce village. Le poteau du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; portant route &#224; &#233;viter est ridiculement plac&#233;. Tout chauffeur marchant rapidement ne peut le voir. Caus&#233; un instant avec un habitant fort pr&#233;venant : c'est le d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Je prends la route des Molettes et suis bient&#244;t sur les bords de la Durance. Jusqu'&#224; Savines lignes droites. Ensuite, route accident&#233;e. Par une derni&#232;re c&#244;te assez raide, j'arrive &#224; Embrun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les souvenirs du docteur Julliard, les miens, me poussent &#224; fuir les h&#244;tels de cette ville. Un gendarme habilement interrog&#233; m'indique un petit restaurant. Il est parfait. Je d&#238;ne avec une jeune et jolie institutrice venue pour un int&#233;rim. Apr&#232;s d&#233;jeuner je vais revoir la cath&#233;drale. Je ne d&#233;col&#232;re pas. Cette admirable &#233;glise b&#226;tie en pierres blanches et noires qui formaient certains dessins a &#233;t&#233; badigeonn&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! De magnifiques boiseries noircies, jolies par le temps, ont &#233;t&#233; vernies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et partout abondent des fleurs artificielles, des feuilles dor&#233;es, des saints et saintes polychromes. C'est hideux. Je voudrais que tout cur&#233;, &#224; part son examen th&#233;ologique, pass&#226;t un examen artistique. Des merveilles comme la cath&#233;drale d'Embrun ne seraient pas ainsi d&#233;shonor&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est une heure. Que faire jusqu'&#224; deux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a plus rien &#224; voir. J'ouvre l'annuaire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Le d&#233;l&#233;gu&#233; est M.&#160;G. sous-pr&#233;fet. Allons voir le sous-pr&#233;fet. Je lui demanderai comme entr&#233;e en mati&#232;re un renseignement sur une route quelconque. S'il est touriste, nous nous entendrons fort bien. Il me racontera des histoires sur Embrun et raillera &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'administration&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. J'ai remarqu&#233; qu'on avait un singulier plaisir &#224; dire du mal de son ma&#238;tre, et se moquer de son sup&#233;rieur a toujours &#233;t&#233; la joie et la compensation du subalterne. Je sonne donc &#224; la sous-pr&#233;fecture.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;G. demandai-je &#224; l'employ&#233; est-il chez lui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Veuillez lui porter ma carte.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; L'employ&#233; me regarde avec &#233;tonnement, puis sourit largement.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;G. n'est plus ici. Il y a dix-huit mois qu'on lui a &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fendu l'oreille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me r&#233;pond-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas respectueux pour un marav&#233;dis cet employ&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Mais quel contentement il a d&#251; &#233;prouver &#224; me faire cette r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je quitte Embrun &#224; 2 heures. Superbe route. L&#233;g&#232;res mont&#233;es et agr&#233;ables descentes jusqu'&#224; Montdauphin. Ennuyeuse mont&#233;e de Saint-Cr&#233;pin. Remarqu&#233; &#224; la Roche le lac couleur d'&#233;meraude&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de l'autre c&#244;t&#233; de la Durance, les ruines de Rame et la montagne rouge&#226;tre de Pallon. J'aper&#231;ois la mont&#233;e que je gravirai demain. Sa pente me para&#238;t formidable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la Bess&#233;e, rencontre d'un cur&#233; qui me demande l'heure du courrier de Vallouise. J'ouvre mon indicateur : &#8212; Quatre heures lui dis-je. La route d&#233;bute par une longue et dure mont&#233;e. J'aper&#231;ois la muraille des h&#233;ro&#239;ques Vaudois. Je dis, h&#233;ro&#239;ques&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! car lorsqu'on se bat pour une id&#233;e ou une croyance et non pour un int&#233;r&#234;t, on l'est&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et mourir pour la libert&#233; de penser est une des plus nobles morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e finie, la route court en palier, dominant et suivant la Gyronde. &#192; gauche, le paysage est tr&#232;s vert et devient de plus en plus alpestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; fait 6 &#224; 8 kilom&#232;tres quand je croise un cantonnier. Sans m'arr&#234;ter je l'interpelle.
&lt;br /&gt;&#8212; Suis-je encore loin de Vallouise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Vous n'&#234;tes qu'&#224; un kilom&#232;tre de la ville aux petits hommes me r&#233;pond-il en &#233;clatant de rire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je, un cantonnier fac&#233;tieux et d'humeur plaisante, mais je ne compris sa plaisanterie que plus tard, en remarquant la taille minuscule des habitants de Vallouise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin un clocher pointe &#224; travers les arbres, je passe un pont et je mets pied &#224; terre devant l'h&#244;tel des &#201;crins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une rapide toilette je vais voir le cur&#233;. &lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;le cur&#233; ne rentrera qu'&#224; dix heures du soir me r&#233;pond une vieille domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rabats sur le juge de paix. Absent lui aussi. Je crois me rappeler que M.&#160;H. percepteur &#224; Vallouise est d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Erreur de m&#233;moire, j'ai confondu Vallouise avec un autre village. Je me pr&#233;sente &#224; la perception. M.&#160;H. est fort aimable. Malheureusement il ne sait rien n'&#233;tant ici que depuis peu. Il m'offre de me pr&#234;ter l'ouvrage de Whymper sur le Pelvoux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Tr&#232;s curieux, me dit-il, et relatant toutes les vieilles coutumes du pays&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce livre a quarante ans de date, il ne doit plus &#234;tre exact.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais part &#224; M.&#160;H. de ma d&#233;convenue de n'avoir pu trouver le juge de paix chez lui.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais il joue aux boules devant la poste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me r&#233;pond-il. Venez sur le balcon, vous l'apercevrez faisant sa partie dans le pr&#233;.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Je remercie le percepteur et me dirige vers le pr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon approche, le juge de paix qui s'appr&#234;tait &#224; lancer sa boule retient son bras. Tr&#232;s maigre, de taille moyenne, il accuse 30 &#224; 35 ans.
&lt;br /&gt;&#8212; M.&#160;le juge de paix, lui dis-je, je me suis pr&#233;sent&#233; chez vous il y a une demi-heure. J'ai eu le regret de ne pas vous y trouver. Pourriez-vous, apr&#232;s votre partie, me donner quelques minutes d'entretien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais tout de suite et non apr&#232;s ma partie, me r&#233;pond-il. Je suis &#224; vous. D'ailleurs cette partie est peu int&#233;ressante. (Il devait perdre &#233;videmment.) Voulez-vous que nous allions chez moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Ce n'est pas n&#233;cessaire. Promenons, si vous le voulez bien, sur ce chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous quittons le jeu de boules, passons devant la poste et tout en marchant, je l'interroge sur la vall&#233;e.
&lt;br /&gt;&#8212; Vallouise, lui dis-je, est une des plus jolies vall&#233;es des Alpes. Elle a &#233;t&#233;, vous le savez, le th&#233;&#226;tre de cruelles et d'horribles luttes. L'h&#233;ro&#239;sme des Vaudois l'a &#224; jamais rendue c&#233;l&#232;bre. Mais ce n'est pas sur ces luttes que je d&#233;sire avoir des renseignements. Ici le souvenir en a p&#233;ri. Je voudrais savoir si les anciens usages fort curieux de Vallouise se sont conserv&#233;s jusqu'&#224; aujourd hui. Quelle est la mani&#232;re de vivre des montagnards&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les noces, les bapt&#234;mes, les fian&#231;ailles offrent-ils quelques traits de m&#339;urs particuliers &#224; cette vall&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le juge de paix qui m'&#233;coutait attentivement s'est arr&#234;t&#233;. Sa figure se rembrunit et devient soucieuse. Il me regarde fixement et, surmontant enfin un sentiment d'h&#233;sitation, me dit :
&lt;br /&gt;&#8212; Ces questions, ces demandes, Monsieur, m'&#233;tonnent. Jamais un touriste, et il en vient beaucoup ici, ne me les avait adress&#233;es. Et quoique nous soyons en paix avec l'Italie, je d&#233;sirerais, avant de vous r&#233;pondre, savoir qui vous &#234;tes. Voudriez-vous me montrer vos papiers&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reste stup&#233;fait. Il y a largement de quoi. Mon premier mouvement est de tourner le dos &#224; ce vigilant magistrat de notre d&#233;licieux gouvernement. Le second, vu le caract&#232;re ridicule qu'auraient pu avoir les suites de mon refus &#8212; t&#233;l&#233;gramme au sous-pr&#233;fet annon&#231;ant l'habile arrestation d'un espion dangereux, entr&#233;e &#224; bicyclette &#224; Brian&#231;on entre deux gendarmes, etc., etc. &#8212; est de lui pr&#233;senter ma carte du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Tout de suite j'ai vu que l'incident se pr&#233;sentait mal. D'ailleurs il avait un c&#244;t&#233; d'op&#233;rette qui me d&#233;plaisait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le juge de paix lit attentivement ma carte au verso et au recto. Il me la rend en souriant aimablement.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vois que vous &#234;tes Fran&#231;ais, me dit-il. Je peux donc vous r&#233;pondre en toute franchise. Eh bien, Monsieur, Vallouise n'a conserv&#233; aucun des usages du pass&#233;, du moins que je sache. Il n'y a rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! absolument rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s m'&#234;tre ressaisi du profond ahurissement o&#249; cette int&#233;ressante communication m'avait plong&#233;, je remercie vivement le juge de paix et prends cong&#233; de lui. Je dois ajouter que nous nous s&#233;parons dans les meilleurs termes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, me dis-je en rentrant &#224; l'h&#244;tel, une &#233;tonnante aventure. J'aurais compris, &#224; la rigueur, ces soup&#231;ons, si mes questions avaient port&#233; sur le nombre des chevaux, des mulets de la vall&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; si je l'avais interrog&#233; sur les sentiers par lesquels on franchit les cols de l'Oisan ou du Valgaudemar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ou encore sur les r&#233;serves de fourrages, le nombre des moutons, etc., etc. Mais sur des demandes touchant les m&#339;urs, flairer un espion&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le cas est fabuleux. D&#233;cid&#233;ment Vallouise est bien gard&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Myst&#232;res de la pens&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourquoi &#224; ce moment ai-je entrevu de hautes murailles flanqu&#233;es de tours carr&#233;es et ai-je song&#233; au Capitole&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est six heures. Le d&#238;ner n'est que pour huit. Je monte jusqu'au Po&#235;t. Sur le chemin, je croise le cur&#233; rencontr&#233; &#224; la Bess&#233;e. Nous &#233;changeons quelques paroles. L'eau de la Gyronde me tente... de la glace pure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; huit heures je rentre &#224; l'h&#244;tel. Nous sommes quatre &#224; table : le cur&#233;, deux jeunes Marseillaises et moi. Le d&#238;ner est excellent. Des pommes de terre en sont le seul plat maigre. La faim aiguis&#233;e par le bain et l'air vif du soir, je donne le plus magistral coup de canif, que dis-je, de poignard, dans mon contrat v&#233;g&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je raconte au cur&#233; ma visite &#224; la cath&#233;drale d'Embrun. Il me para&#238;t un peu embarrass&#233; de ma sortie sur les saints peintur&#233;s de couleurs criardes. Il doit avoir au moins douze saints Antoine et six saintes Gertrude sur la conscience.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous parlez en artiste, me r&#233;pond-il, et la d&#233;votion malheureusement n'est pas leur fort. Je vous avouerai pourtant que dans certaines &#233;glises il y a abus. Mais que de gens, disons-mieux, toute la masse, trouveraient une &#233;glise d&#233;pouill&#233;e de ses ornements affreusement laide. Nous sommes des Latins, ne l'oubliez pas, et l'aust&#233;rit&#233; du nord nous para&#238;trait trop froide. Il faut que nos yeux, nos sens, vibrent dans une &#233;glise et cette &#233;motion nous pr&#233;pare au recueillement de la pri&#232;re. Ainsi parle le cur&#233;, peut-&#234;tre &#224; ce point de vue a-t-il raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le d&#238;ner la conversation se poursuit sur la terrasse. Les Marseillaises sont charmantes. Elles viennent d'Abri&#232;s. Le cur&#233; raconte qu'il a lou&#233; un mulet pour le conduire &#224; Ailefroide, il compte aller jusqu'au pr&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Carle. &#192; 9 heures poign&#233;e de main au cur&#233; et je me retire. Ma chambre est s&#251;rement celle d'un abb&#233;. Un prie-Dieu, de nombreux livres de pi&#233;t&#233;, des saintes aux c&#339;urs sanguinolents en sont de suffisants indices. Je feuillette quelques livres. Je tombe sur les &#339;uvres compl&#232;tes de Massillon, de Fl&#233;chier. Ce sont les &#233;ditions originales reli&#233;es en peau fauve du temps. J'ai perdu en route les journaux achet&#233;s, &#224; Embrun. Rien donc &#224; lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assis pr&#232;s de la fen&#234;tre, j'&#233;coute le bruit du torrent, un magnifique clair de lune illumine la vall&#233;e. Ma pens&#233;e revient en arri&#232;re et s'arr&#234;te &#224; ces malheureux Vaudois si atrocement pers&#233;cut&#233;s. J'&#233;voque ces luttes sans merci pour la libert&#233; de pens&#233;e, luttes fratricides qui, sous diff&#233;rentes formes, se continueront toujours ici-bas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; j'admire ces h&#233;ros qui mouraient pour la libert&#233; de conscience, la premi&#232;re de nos libert&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les intelligences variant, naturellement les opinions, les croyances varient aussi, et vouloir courber tous les esprits sous un m&#234;me joug me para&#238;t folie et utopie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est plut&#244;t avec une indulgence faite de piti&#233; que je pense aux bourreaux de ces pauvres Vaudois. Nous ne pouvons les juger. Torqu&#233;mada lui-m&#234;me a pu &#234;tre sinc&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N.D.W.&#160;: Question que la litt&#233;rature du 19e se posait &#224; propos de la figure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et son &#339;uvre de feu et de sang, aux yeux de Dieu peut &#234;tre m&#233;ritoire. La sinc&#233;rit&#233;, voil&#224; la pierre de touche de nos actions. C'est par elle que nous serons jug&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nobles et malheureux Vaudois&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et je revois le temps o&#249;, aux lueurs rouges de l'incendie qui d&#233;vorait leurs pauvres chaumi&#232;res, ils s'enfuyaient, traqu&#233;s dans les bois sombres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je les vois, atteints, terrass&#233;s, frapp&#233;s par une rage aveugle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mourants, je les entends s'&#233;crier, levant leurs mains sanglantes vers le ciel : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;P&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! P&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pardonne-leur...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#8258;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Serres, 22&#160;juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti de Vallouise &#224; 3 h. 30. L'h&#244;teli&#232;re s'&#233;tait lev&#233;e pour me pr&#233;parer du caf&#233; noir. Avant mon d&#233;part j'ai d&#251; signer sur un grand-livre. Je l'ai feuillet&#233; et y ai relev&#233; des noms connus. &#192; 5 heures je d&#233;jeune &#224; la Bess&#233;e dans une petite auberge sur la route, que je connais depuis longtemps. &#192; 6 h. 30 j'arrive pr&#232;s de la Roche. Je tourne &#224; droite, passe le pont de bois de la Durance et me voici devant la rampe de Pallon. Je n'ai jamais vu, hormis sur une certaine route d'Auvergne une pente pareille. Je mets 45 minutes pour gravir ces deux kilom&#232;tres. Halte au haut de la c&#244;te. Vue de toute beaut&#233;. J'aper&#231;ois au loin Vars dans ses prairies. La route est bord&#233;e de rochers &#233;normes. Leur coloration rouge vif est &#233;tonnante. Ce sont les roches de l'Esterel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures je suis &#224; Pallon. Je me fais faire du caf&#233; par le g&#233;rant d'un v&#233;ritable bazar. C'est d'ailleurs le seul magasin du village.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 8 heures et quart je frappe &#224; la porte de la maison de M.&#160;L... le p&#232;re d'un de mes amis, qui, je l'esp&#232;re, me documentera sur la vall&#233;e de Freyssini&#232;res. Il est malheureusement &#224; Gap et ne rentrera que ce soir. M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L... que j'avais d&#233;j&#224; l'honneur de conna&#238;tre me re&#231;oit et me pr&#233;sente &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L... Je refuse une invitation &#224; d&#233;jeuner, &#233;tant ce soir attendu &#224; Serres.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est plut&#244;t une apparition qu'une visite, dis-je &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;L., mais je n'ai pas voulu passer &#224; la Roche sans venir vous pr&#233;senter mes hommages.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous ne partirez pas, me r&#233;pond aimablement M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., avant d'avoir vu le Couffourenc. C'est une curiosit&#233; unique. Une heure nous suffira. Je vais mettre des souliers ferr&#233;s. Voulez-vous, en m'attendant, voir notre jardin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des souliers ferr&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jetai des regards inquiets sur mes minces souliers de cycliste. Un sort cruel s&#251;rement les attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'allai dans le jardin. Un grand cerisier charg&#233; d'&#233;normes cerises, m&#251;res &#224; point, fut la premi&#232;re chose que je d&#233;couvris. Une &#233;chelle &#233;tait appuy&#233;e contre le tronc. Un v&#233;g&#233;tarien, a &#233;crit un touriste avec qui j'ai eu parfois de violents d&#233;m&#234;l&#233;s, a toujours vingt ans. &#192; ce moment je me rappelai cet aphorisme... Ces cerises &#233;taient d&#233;licieuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'admirais une magnifique corbeille de fleurs quand M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.. appara&#238;t.
&lt;br /&gt;&#8212; Voici, me dit-elle, une canne de ch&#234;ne, et maintenant suivez-moi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Traversant des champs, des landes, nous arrivons bient&#244;t sur le bord d'un effroyable ab&#238;me au fond duquel mugissait et grondait un torrent.
&lt;br /&gt;&#8212; Voil&#224; le Couffourenc, me dit M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., mais pour le bien voir, il nous faut y descendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regarde les parois presque perpendiculaires :
&lt;br /&gt;&#8212; Descendre l&#224;, Mademoiselle, une ch&#232;vre reculerait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Effet d'optique, suivez-moi toujours, Monsieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L.., agile et l&#233;g&#232;re, s'&#233;lance sur les &#233;boulis. Son pied s&#251;r et aguerri les effleure &#224; peine, elle ne descend pas, elle glisse vers le gouffre b&#233;ant. Je m'&#233;lance &#224; mon tour sur ces pentes vertigineuses, je me cramponne aux rochers, aux rares buissons, aux moindres touffes d'herbe, et de bond en bond, de glissade en glissade, j'arrive au fond du gouffre, tout &#233;tonn&#233; d'y &#234;tre avec mes quatre membres intacts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous suivons la Biaisse sur un sentier glissant, souvent interrompu. Escaladant une roche, je passe sur un petit pont de bois jet&#233; sur le torrent. L&#224; le tableau est f&#233;erique.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais au fond d'une gorge d&#233;chir&#233;e, d'un pittoresque, d'une sauvagerie fantastiques. D'une hauteur de plus de cent m&#232;tres, ses abruptes parois tr&#232;s rapproch&#233;es surplombaient dans le haut, ne laissant entre elles qu'une &#233;troite fente par o&#249; s'apercevait le ciel. On aurait dit le vaisseau d'une immense cath&#233;drale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gigantesques parois &#233;taient rev&#234;tues de couleurs prodigieuses. Il y avait des rouges ardents, des carmins, des violets, des lilas, toute la gamme des jaunes, du bistre, du noir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et sur ces teintes violentes, &#233;clatantes, se d&#233;tachaient des guirlandes, des bouquets de verdure. Des arbustes s'accrochaient aux moindres anfractuosit&#233;s, croissant m&#234;me au sommet de la vo&#251;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le torrent, d'un vert glauque, se ruait dans sa course furieuse sur les &#233;normes blocs qui obstruaient son lit, les couvrant d'&#233;cume resplendissante. Il s'&#233;chappait en bondissant d'une grotte obscure, myst&#233;rieuse, d'o&#249; l'on ne pouvait approcher.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tr&#232;s haut, du fa&#238;te de ces farouches escarpements, se pr&#233;cipitait une mince chute d'eau. Le soleil l'&#233;clairait, l'irisait, et elle faisait l'effet d'une merveilleuse cascade lumineuse se brisant en poussi&#232;re multicolore.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait une d&#233;bauche, une orgie de couleurs heurt&#233;es, puissantes, mais s'enharmonisant dans un ensemble d'une indescriptible beaut&#233;. Sur le pont de bois lngresse se serait suicid&#233;, mais Delacroix aurait &#233;t&#233; en extase.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est admirable, dis-je &#224; Mademoiselle L..., et je ne sais comment vous remercier d'avoir bien voulu me faire conna&#238;tre le Couffourenc. Je n'ai jamais rien vu de pareil. Voyez, Mademoiselle, comme ces hautes roches d'un rouge si vif sont illumin&#233;es par le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; elles flamboient sous ses rayons. Remarquez combien, &#224; c&#244;t&#233; de ces &#233;clats rutilants, ces noirs paraissent sinistres dans l'ombre, et ces rouges sataniques. En v&#233;rit&#233;, si j'&#233;tais peintre, je ne repr&#233;senterais pas autrement un d&#233;fil&#233; de l'enfer.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous auriez tort. Monsieur, me r&#233;pondit en souriant Mademoiselle L..., puisque un coin du ciel se voit encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
La mont&#233;e ou plut&#244;t la grimp&#233;e fut p&#233;nible. &#192; chaque instant une glissade, un &#233;boulement me faisaient perdre la hauteur conquise. Enfin je me hisse au haut du gouffre et remonte &#224; Pallon. Je prends cong&#233; de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;et de M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt; L... et je me remets en route24 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Bient&#244;t me voici devant la descente de la Roche et pour la premi&#232;re fois, dans ma vie de touriste, j'h&#233;site, disons le mot, j'ai peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pas avoir peur, c'est la plupart du temps ne pas croire au danger et dans ces conditions on peut sans aucun m&#233;rite faire preuve d'un courage, d'une t&#233;m&#233;rit&#233; surprenants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Daudet, dans Tartarin sur les Alpes a tr&#232;s bien observ&#233; et analys&#233; ce sentiment. Qui ne se rappelle le m&#233;morable entretien sur l'Axenstrasse de Tartarin et de Bompard, o&#249; ce dernier r&#233;v&#232;le que la Suisse est enti&#232;rement truqu&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? De danger il n'en existait nulle part. Tous les cas &#233;taient pr&#233;vus. Aussi Tartarin ne croyant pas au danger fait-il preuve dans son ascension &#224; la Jungfrau d'un courage h&#233;ro&#239;que, stup&#233;fiant d'admiration ses trois guides.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'observation est tr&#232;s exacte. J'ai eu l'occasion de l'&#233;tudier sur moi-m&#234;me. Il y a une dizaine d'ann&#233;es, j'abandonnai le tourisme &#224; pied pour les joies du cyclisme. Un habile cycliste d'Alais M.&#160;C., devenu aujourd'hui le plus intr&#233;pide des chauffeurs, guida mes premiers pas. Je montrais disait-il des dispositions &#233;tonnantes. En r&#233;alit&#233; je fus un &#233;l&#232;ve pitoyable et, comme les chevaliers malheureux dans les tournois, je mordis souvent la poussi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aimable touriste voulut bien m'aider dans le choix d'une bicyclette. Bien plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il la choisit lui-m&#234;me. C'&#233;tait une machine anglaise Eadie, d&#233;veloppant 4m,65.
&lt;br /&gt;&#8212; Je l'ai choisie sans frein, me dit-il. Un frein g&#226;terait ses lignes impeccables. Regardez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! quelle puret&#233; de dessin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! d'ailleurs un cycliste qui se respecte ne s'en sert jamais. Rien n'est plus vulgaire. Il a recours uniquement au bout de son pied qu'il appuie l&#233;g&#232;rement sur le bandage de la roue avant. Cette pratique apprise, le danger n'existe plus et vous pourrez vous risquer partout. Je vous en r&#233;ponds absolument.
&lt;br /&gt;&#8212; Ne g&#226;tons pas ces lignes, r&#233;pondis-je, ce serait vraiment dommage, et respectons leur puret&#233;. De plus j'ai aussi le respect de moi-m&#234;me. Vous avez donc sagement agi en supprimant ce ridicule accessoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et s&#251;r de moi, apr&#232;s une quinzaine d'essais, ne croyant pas au danger, je partis pour les Hautes-Alpes. J'allai &#224; Lettret pr&#232;s de Tallard et je revins par le col Bayard et la Mure. La descente de Laye malgr&#233; sa pente se fit admirablement et je rendis hommage &#224; la sagesse et &#224; la science de mon Mentor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle superfluit&#233; que le frein me disais-je et quelle heureuse id&#233;e de le supprimer&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jetais des regards de piti&#233; sur les touristes dont les machines en &#233;taient munies.&lt;br class='autobr' /&gt;
La descente des &#201;gats fut moins admirable et le tournant &#224; angle aigu faillit m'&#234;tre fatal. J'accusai un instant de distraction. Le lendemain, j'abordai la descente de Laffrey d'un c&#339;ur l&#233;ger et j'arrivai &#224; Vizille le dessous du brodequin compl&#232;tement us&#233;. Comme compensation, le bottier chez qui j'achetai des chaussures me parut enthousiasm&#233; par la puissance et la simplicit&#233; h&#233;ro&#239;que de ce frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, je connais le danger et, gr&#226;ce &#224; mes deux freins, je passe &#224; peu pr&#232;s partout. Eh bien, malgr&#233; ces deux freins, aujourd'hui j'h&#233;site. Cette descente de deux kilom&#232;tres presque en ligne droite a une pente invraisemblable et aboutit &#224; la Durance faisant un angle droit avec le pont. &#192; droite, des pentes de 50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% d'une hauteur de 300 m&#232;tres. Je n'h&#233;site plus. Je mets pied &#224; terre et la pente est si forte, que pour ne pas &#234;tre entra&#238;n&#233; par ma machine, je dois serrer continuellement le frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; sur la grande route, je marche tr&#232;s rapidement. Le vent m'est favorable. &#192; midi je descends &#224; une petite auberge situ&#233;e &#224; deux pas de la gare de Montdauphin. Quelles &#233;tudes de m&#339;urs on pourrait y faire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Impossible de r&#234;ver un caract&#232;re plus ex&#233;crable, plus infernal, que celui de la jeune h&#244;teli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je prends le caf&#233; sous la tonnelle et je cause avec un employ&#233; de la gare. Il fait tr&#232;s chaud et le vent soul&#232;ve des tourbillons de poussi&#232;re sur la route.
&lt;br /&gt;&#8212; &#192; votre place, me dit-il, je prendrais le train jusqu'&#224; Gap et, la grosse chaleur pass&#233;e, je remonterais &#224; bicyclette.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous parlez d'or, r&#233;pondis-je, et vous avez lu dans ma pens&#233;e et &#224; 2 heures le m&#234;me employ&#233; me donne un billet pour Gap. De mon vagon je suis la route ensoleill&#233;e dont cette heureuse id&#233;e m'a pr&#233;serv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive &#224; Gap &#224; 3h. 40. Je repars &#224; 6 heures. Je monte lentement la c&#244;te de la Freyssinouse. Ensuite rapide allure jusqu'&#224; Veynes o&#249; je m'arr&#234;te quelques minutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur a enfin disparu. La fra&#238;cheur du soir est fort agr&#233;able. Le soleil vient de se coucher et les hautes montagnes ont encore leurs cimes, &#233;clair&#233;es. Tout le couchant est embras&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je pense &#224; ces admirables vers du plus grand des po&#232;tes cyclistes :&lt;br class='autobr' /&gt;
..... beaux soirs aux horizons sauvages &lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; sur les monts vermeils on voit mourir de l'or&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rectificatif paru dans Le Cycliste de Novembre 1903 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon r&#233;cit sur le Couffourenc (Cycliste du 31&#160;octobre 1903) j'ai commis une erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la foi d'un habitant de la Roche j'ai indiqu&#233; le chemin des ruines de Rame comme conduisant au Couffourenc, alors qu'il n'existe que celui de Pallon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le touriste devra donc se r&#233;signer &#224; monter la dure c&#244;te. J'ai grand peur que les r&#233;tro elles-m&#234;mes &#8212; surtout les r&#233;tro devrais-je dire &#8212; ne s'y brisent les dents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je recommande la visite du Couffourenc (de 8 &#224; 10 heures du matin) aux touristes peintres et aquarellistes. Comme couleur, pittoresque, sauvagerie, le Couffourenc est unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/section&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;N.D.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;W.&#160;: Question que la litt&#233;rature du 19&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; se posait &#224; propos de la figure de l'inquisiteur, voir&#160;&lt;i&gt;Torquemada&lt;/i&gt; de Victor Hugo (1882), et&#160;&lt;i&gt;Le Grand Inquisiteur&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, r&#233;cit pr&#233;sent dans Les fr&#232;res karamazov (1880).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Route du Velay (1903)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article344</link>
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		<dc:date>2024-10-02T10:55:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Route du Velay &lt;br class='autobr' /&gt; Paru dans la Revue mensuelle du Touring Club de France, Janvier 1904. Dat&#233; d'Octobre 1903 Rien ne peut donner l'id&#233;e de la beaut&#233; pittoresque du bassin du Puy. Quant &#224; la beaut&#233; du Velay, je ne pourrai jamais la d&#233;crire. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G. SAND.&lt;/span&gt; &#192; mon ami de Malo. &#192; la fin de septembre dernier, j'eus la visite d'un de mes amis que je n'avais pas vu depuis fort longtemps. C'&#233;tait un touriste passionn&#233; et nous f&#238;mes &#224; l'entour de Rochegude de nombreuses excursions. Par&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Route du Velay&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Paru dans la Revue mensuelle du Touring Club de France, Janvier 1904. Dat&#233; d'Octobre 1903 &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rien ne peut donner l'id&#233;e de la beaut&#233; pittoresque du bassin du Puy. &lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; la beaut&#233; du Velay, je ne pourrai jamais la d&#233;crire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;G. SAND.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; mon ami de Malo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; la fin de septembre dernier, j'eus la visite d'un de mes amis que je n'avais pas vu depuis fort longtemps. C'&#233;tait un touriste passionn&#233; et nous f&#238;mes &#224; l'entour de Rochegude de nombreuses excursions.&lt;br class='autobr' /&gt; Par une chaude apr&#232;s-midi nous prenions le caf&#233; dans le jardin, quand la conversation vint &#224; tomber sur le Velay. Mon ami m'avoua qu'il ne connaissait pas le Puy.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! m'&#233;criai-je, vous ne connaissez pas le Puy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! vous, un touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il faut, mon cher ami, que je vous m&#232;ne dans le Velay, il faut que vous voyiez le Puy. J'en poss&#232;de plusieurs photographies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je ne vous les montrerai pas. Je ne vous le d&#233;crirai pas non plus. Je vous dirai seulement que c'est la ville fantastique, chim&#233;rique, fabuleuse, celle qu'on entrevoit dans les r&#234;ves, celle que l'imagination sans frein des enfants cr&#233;e, quand de leurs mains inhabiles ils dessinent de hautes roches pointues qu'ils couronnent de forteresses r&#233;barbatives, d'alti&#232;res cath&#233;drales&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; en un mot, c'est la ville merveilleuse, unique au monde, &#224; laquelle aucune ne peut se comparer, la seule qui vous cloue sur la route, vous donnant l'impression que vous &#234;tes le jouet d'une hallucination, et c'est, saisi, effar&#233;, &#233;bloui, doutant de vos yeux, que vous la contemplez. Voulez-vous prendre encore une tasse de caf&#233;, ensuite partir pour le Puy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Maintenant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? par cette chaleur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! y pensez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il est une heure. Nous pouvons ce soir aller coucher &#224; Mayres, qui n'est qu'&#224; 90 kilom&#232;tres d'ici, et demain, &#224; 5 heures, nous aborderons avec la fra&#238;cheur du matin la dure mont&#233;e du col de la Chavade. Nous pourrons &#234;tre au Puy &#224; 10 heures.&lt;br class='autobr' /&gt; Si j'aime l'impr&#233;vu, ce charme de la vie, mon ami ne l'appr&#233;ciait pas moins. Il s'&#233;tait vers&#233; une seconde tasse de caf&#233;, et, favorable pr&#233;sage, il la buvait h&#226;tivement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vais boucler mon sac, me r&#233;pondit-il en se levant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; 1 h. 30 nous quittions Rochegude. Nous travers&#226;mes Barjac et par une longue descente que nous f&#238;mes &#224; toute allure nous arriv&#226;mes bient&#244;t &#224; Vallon.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Ruoms nous franch&#238;mes l'Ard&#232;che. Imm&#233;diatement apr&#232;s le pont, la route taill&#233;e dans le roc, &#224; pic sur la rivi&#232;re, s'enfonce dans de courts tunnels. C'est le d&#233;fil&#233; de Ruoms.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce passage enthousiasme les touristes qui ne sont pas mont&#233;s aux Grands Goulets. &#192; 5 heures nous &#233;tions &#224; Aubenas o&#249; nous nous arr&#234;t&#226;mes dix minutes. Puis nous descend&#238;mes sur Vals. &#192; partir de la B&#233;gude, la route suit fid&#232;lement l'Ard&#232;che, et vu l'heure, &#233;tait &#224; l'ombre. Nous pass&#226;mes au pied du ch&#226;teau de Ventadour, une des plus belles, des plus romantiques ruines de France.&lt;br class='autobr' /&gt; La nuit nous prit &#224; Thueyts. Heureusement mon ami n'ignorait ni la gueule d'enfer, ni le pav&#233; des g&#233;ants. Sur le pont, j'allumai ma lanterne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La d&#233;testable id&#233;e que vous avez l&#224;, me dit-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je conviens que nous voyons mieux la route, mais en revanche votre lanterne montre clairement l'absence, sur ma bicyclette, de ce lumineux accessoire. Si nous rencontrons un gendarme, je suis s&#251;r du proc&#232;s-verbal, tandis que, glissant silencieusement dans les ombres de la nuit, nous aurions des chances d'&#233;chapper aux yeux de la mar&#233;chauss&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Si mon id&#233;e est d&#233;testable, r&#233;pondis-je, votre raisonnement ne l'est pas moins. La route est d&#233;fonc&#233;e, c'est-&#224;-dire abominable, et c'est tout juste si, avec l'aide de cette lueur, nous pourrons &#233;viter les pierres et les orni&#232;res. Je me permets de penser que mieux vaut arriver avec un proc&#232;s-verbal que de ne pas arriver du tout.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ce moment m&#234;me, une grosse pierre oubli&#233;e par un charretier faillit le d&#233;sar&#231;onner.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous pourriez bien avoir raison, dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous f&#238;mes p&#233;niblement une dizaine de kilom&#232;tres, et enfin nous v&#238;mes au loin briller quelques lumi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait Mayres.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne dirai rien de l'auberge, du d&#238;ner. Ils furent quelconques. On nous donna une petite chambre blanchie &#224; la chaux, des lits aux draps rugueux.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi &#224; 4 heures &#233;tions-nous sur pied, et &#224; 5 nous commencions &#224; gravir la dure c&#244;te de 11 kilom&#232;tres.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 6 h. 30, nous atteignions le col et nous entr&#226;mes chez un garde forestier dont la femme nous fit d&#233;jeuner. Nous arriv&#226;mes ensuite rapidement &#224; Lanarce et bient&#244;t, sur le plateau, nous aper&#231;&#251;mes dans le lointain Peyrebelle. La plaine pierreuse s'&#233;tendait aride, d&#233;nud&#233;e, d&#233;serte, donnant une impression de tristesse et de d&#233;solation que, malgr&#233; nous, nous ressentions. &#201;tait-ce la faute de notre esprit pr&#233;venu, l'aspect de Peyrebelle nous parut sinistre.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon ami, comme tout le monde, avait entendu parler vaguement des crimes commis dans cette auberge. Il voulut en visiter l'int&#233;rieur, monta dans les chambres, se fit tout montrer, tout raconter. Je l'attendais au-dehors.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cette auberge est lugubre, me dit-il en sortant, et ce que j'ai appris l'est bien plus encore. Saviez-vous que l'aubergiste, sa femme, leur domestique, avaient &#233;t&#233; jug&#233;s &#224; Privas et amen&#233;s ici pour &#234;tre guillotin&#233;s devant leur porte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? une course &#224; la mort de 80 kilom&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je le savais. Ici m&#234;me, &#224; la place o&#249; nous sommes, o&#249; heureux, souriants, nous jouissons de la vie, s'&#233;levait l'&#233;chafaud.&lt;br class='autobr' /&gt; Il recula instinctivement et regarda la fa&#231;ade en pierres noires de l'auberge. Ces pierres avaient vu.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelles tortures sur cette longue route, et ici quelle horrible sc&#232;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! dit-il. Cela passe l'imagination.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais non, et je crois qu'on peut tr&#232;s facilement voir la sc&#232;ne et se rendre compte de l'atroce supplice subi par les condamn&#233;s. Voulez-vous que nous essayions&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? prenons-les au commencement de la derni&#232;re &#233;tape&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; Mayres, au bas de la c&#244;te de la Chavade.&lt;br class='autobr' /&gt; Il fait encore nuit. Le falot tremblotant de la charrette &#233;claire la route de lueurs blafardes. Cahot&#233;s, grelottant de froid, les membres endoloris, ils sont encha&#238;n&#233;s, &#233;tendus sur une mince couche de paille.&lt;br class='autobr' /&gt; Ont-ils d&#233;pass&#233; Mades, sont-ils &#224; Thueyts ils ne le savent et n'osent le demander. Enfin l'aube para&#238;t et ils reconnaissent avec une indicible terreur l'interminable c&#244;te. Interminable, h&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas pour eux, car les nombreux lacets se succ&#232;dent avec une rapidit&#233; inou&#239;e, et le cheval au pas lent qui les tra&#238;ne leur semble d&#233;vorer l'espace. De leurs yeux terrifi&#233;s, ils regardent les gendarmes qui dans deux heures redescendront plein de vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ils vivront&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et eux seront ensevelis sous les froides pierres du plateau. D&#233;j&#224; leurs tombes sont creus&#233;es : &#224; cette pens&#233;e, leur cerveau s'affole, s'hallucine, et ils voient, pr&#232;s d'un monceau de terre fra&#238;chement remu&#233;, les trois trous b&#233;ants qui les attendent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le col est franchi, Lanarce est travers&#233;e, et soudain, au loin apparaissent le toit et les hautes chemin&#233;es de Peyrebelle. La ferme se rapproche, une foule &#233;norme l'entoure. Les mis&#233;rables soul&#232;vent encore la t&#234;te, et, effroyable vision, leurs yeux hagards distinguent deux bras couleur de sang qui se dressent dans le ciel. Leurs dents claquent, leurs cheveux se h&#233;rissent d'&#233;pouvante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ces bras rouges, ce sont ceux de la mort elle-m&#234;me, de la mort dont rien ne peut plus les sauver, et ils sentent la main de fer qui leur &#233;treint la gorge se resserrer encore. Des cris f&#233;roces, des clameurs furieuses retentissent, puis un grand silence se fait, le silence angoissant de la supr&#234;me attente. La charrette s'arr&#234;te&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; soutenus par les valets du bourreau, ces trois cadavres vivants en descendent, et, supplice sans nom, ils attendent leur tour. Trois fois l'&#233;clair du couperet bille, trois fois un bruit sourd s'entend... et, sur ces dalles o&#249; vos pieds reposent, des flots de sang ruissel&#232;rent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais c'est &#233;pouvantable ce que vous me contez l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;cria-t-il. La triste id&#233;e que j'ai eue de visiter cette auberge&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vous m'avez g&#226;t&#233; ma journ&#233;e. R&#233;ellement vous n'auriez pas d&#251;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Reconnaissez avec moi que si le ch&#226;timent fut terrible ils l'avaient cent fois m&#233;rit&#233;. Le sort du touriste serait peu enviable s'il existait encore des auberges de Peyrebelle. Mais chassons ces pens&#233;es. Voyez&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le soleil luit, le ciel est bleu. Partons et ne pensons plus &#224; cette sombre histoire.&lt;br class='autobr' /&gt; Et prenant nos bicyclettes, nous quitt&#226;mes la sanglante auberge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au haut des mont&#233;es qui suivent Peyrebelle, je proposai &#224; mon ami de nous asseoir un instant sur l'herbe et de fumer quelques cigarettes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que cet endroit, lui dis-je, est heureusement choisi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Regardez &#224; l'horizon les lignes bleu&#226;tres de la Margeride, admirez combien le Mezenc, le Gerbier, le Suc de Montfol ont fier aspect. Vous ne saurez croire le charme que je ressens devant ce paysage.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces jeux de lumi&#232;re sur ces roches sont admirables, ces teintes du ciel sont la d&#233;licatesse m&#234;me. Cette place est vraiment id&#233;ale. Asseyez-vous pr&#232;s de moi, cette vue sera une joie pour nos yeux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tr&#232;s volontiers. Cette vue est en effet si belle que j'ai grande envie d'en prendre un rapide croquis.&lt;br class='autobr' /&gt; Mettons-nous plut&#244;t &#224; l'ombre de cet &#233;rable. Il est &#224; peine 9 heures, nous avons donc je crois plus que largement le temps d'&#234;tre au Puy pour d&#233;jeuner. &#192; quelle distance en sommes-nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Exactement. 36 kilom&#232;tres et si nous marchons comme le jour o&#249; je courrais sur cette route avec mon ami de la Croix-Haute25 , 1 h. 20 nous suffira.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est vrai que le vent nous &#233;tait favorable.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; propos de votre ami de la Croix-Haute, j'ai lu votre excursion &#224; la Grande-Chartreuse (Ces r&#233;cits ont paru dans Le Cycliste). Entre nous, cette force musculaire m'a paru bien extraordinaire. N'auriez-vous pas un peu exag&#233;r&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; En aucune fa&#231;on et je n'ai dit que l'absolue v&#233;rit&#233;. Mais si ce cas vous &#233;tonne, en voici un autre plus surprenant encore. En juillet 1901, revenant du Queyras26 , je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; vers 7 heures du matin &#224; l'auberge de Clelles. Vous devez conna&#238;tre cette auberge situ&#233;e en face du Mont-Aiguille et o&#249; tous les touristes font au moins une halte. Le th&#233; pris, j'assistais au d&#233;part d'un auto, quand arriv&#232;rent, &#224; une furieuse allure, quatre cyclistes. C'&#233;taient de vigoureux et aimables touristes st&#233;phanois.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en d&#233;jeunant sur la terrasse, ils me cont&#232;rent &#224; grands traits leur voyage au mont Cenis. Un dernier incident les amusait beaucoup. Figurez-vous qu'un de ces touristes, &#226;g&#233; de 26 ans environ, &#233;tait mont&#233; sans s'en apercevoir des Lussettes au col de la Croix-Haute, avec un d&#233;veloppement de 8 m&#232;tres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Au col, il passe rapidement devant un poteau sur lequel il n'a que le temps de lire : col de la Croix-Haute.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Fort bien, dit-il, la mont&#233;e s&#233;rieuse va enfin commencer. Et se croyant au pied de la rampe du col, il descend de machine, change la cha&#238;ne et prend le d&#233;veloppement de 3m,60. Il se remet en selle et, &#224; sa grande stup&#233;faction, il descend sans cesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la pente s'accentue, et c'est avec des p&#233;dales tournant &#224; toute vol&#233;e, les pieds sur les repose-pieds, qu'il arrive au bas de la c&#244;te. Trouvez-vous que gravir du 5,50&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% avec 8 m&#232;tres soit ordinaire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Telle est la pente donn&#233;e par le graphique de Ferrand.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est ce m&#234;me touriste qui a mont&#233; enti&#232;rement &#224; bicyclette tous les lacets de Martigny &#224; la Forclaz, ce qui est prodigieux. Avouez qu'une telle vigueur est plus que rare.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, et c'est stup&#233;fiant. Je m'incline devant votre parole, mais j'aimerais bien de conna&#238;tre le secret de ces entra&#238;nements d'hercules.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; H&#233;las&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! dis-je m&#233;lancoliquement, il n'est pas permis &#224; tout le monde d'&#234;tre St&#233;phanois. Mais revenons, si vous le voulez bien, &#224; notre itin&#233;raire. Vous serait-il indiff&#233;rent d'arriver au Puy ce soir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous pourrions, si cela vous agr&#233;e, d&#233;jeuner sur les bords du lac du Bouchet. Cette id&#233;e me semble heureuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle nous permettrait de voir le Puy au soleil couchant. La lumi&#232;re serait meilleure.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais je veux bien. Nous sommes ma&#238;tres de notre temps et je verrai avec grand plaisir ce lac.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon croquis est fini, en selle donc.&lt;br class='autobr' /&gt; La route descendait en pente mod&#233;r&#233;e &#224; travers des terrains rouge&#226;tres, bord&#233;s parfois de bouquets de pins. La vue sur la cha&#238;ne du Mezenc et la Margeride continuait &#224; &#234;tre de toute beaut&#233;. Nous dominions une &#233;tendue infinie de pays. &#192; la Pierre Plant&#233;e que nous d&#233;pass&#226;mes &#224; toute vitesse, les toits et les clochers de Pradelles apparurent tr&#232;s bas &#224; notre gauche, tandis que se creusait au-dessous l'&#233;troite et profonde vall&#233;e de l'Allier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pass&#226;mes &#224; une allure vertigineuse devant le Rayot, travers&#226;mes la Sauvetat et, arriv&#233;s &#224; Costaros, nous pr&#238;mes le chemin de Cayres par l'Herm. Nous mont&#226;mes &#224; pied deux raidillons &#224; pente excessive. Ensuite nous descend&#238;mes entre des m&#233;l&#232;zes, mais, vu l'altitude insuffisante, toutes leurs branches &#233;taient couvertes de lichens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; leur extr&#234;me cime seule &#233;tait verte. L'effet &#233;tait d'une grande tristesse et nous avions la sensation de suivre une all&#233;e de n&#233;cropole. Enfin le lac se montra entour&#233; de verdure et nous m&#238;mes pied &#224; terre devant le chalet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lac du Bouchet, situ&#233; &#224; 1,197 m&#232;tres, a une profondeur moyenne de 28 m&#232;tres. Sa superficie est de 43 hectares. C'est le fond d'un crat&#232;re dont le sommet des l&#232;vres se trouvait sur le roc de la Croix de la Ch&#232;vre, &#224; 65 m&#232;tres au-dessus, ce qui donne &#224; ce crat&#232;re une profondeur totale de 93 m&#232;tres. Naturellement il n'y a aucune vue, mais la fra&#238;cheur, le calme idyllique du paysage font de ce lac un des plus jolis sites du Velay.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous d&#233;jeun&#226;mes au chalet. Nous f&#238;mes ensuite apporter le caf&#233; au bord du lac, et assis sur l'herbe, nous fum&#226;mes en causant. Insensiblement l'aspect triste du lieu &#233;teignait notre entrain et la conversation devenait de plus en plus languissante.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Secouons cette torpeur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voulez-vous faire une promenade sur le lac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et je me levai brusquement.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous saut&#226;mes dans un canot, mon ami prit les rames et nous gagn&#226;mes le milieu du lac. Nous en suiv&#238;mes les rives une heure environ. Une noire ceinture de bois nous entourait.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est pas tr&#232;s gai, dis-je, mais convenez que le paysage a un charme m&#233;lancolique qui...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Si, interrompit-il, j'avais occis p&#232;re et m&#232;re, fait respirer &#224; ma femme un poison subtil, pr&#233;cipit&#233; mes enfants du haut d'une falaise, et si enfin mon &#226;me &#233;tait accessible au remords, peut-&#234;tre viendrais-je finir mes jours ici. L'expiation me para&#238;trait suffisante.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous allez un peu loin. Cependant, je reconnais qu'aujourd'hui le site est triste. C'est peut-&#234;tre parce qu'en ce moment il est d&#233;sert. Je suis s&#251;r qu'en juillet et ao&#251;t, anim&#233; par de nombreux touristes, il vous plairait davantage. Ce silence vous a mis l'&#226;me &#224; l'envers. Une tasse de th&#233; vous sera souveraine&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; peut-&#234;tre vos pens&#233;es prendront-elles ensuite un tour plus riant. Et, m'emparant des rames, je dirigeai la barque vers la rive.&lt;br class='autobr' /&gt; Le th&#233; pris, nous d&#233;cid&#226;mes de repartir et de faire une halte au haut de la mont&#233;e du lac afin de n'arriver &#224; la descente de Taulhac qu'au coucher du soleil.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; De l&#224; nous verrons toute la cha&#238;ne du Mezenc, l'horizon sera presque sans limites et nous respirerons, me dit mon ami en somme peu enchant&#233; du lac du Bouchet, en quoi il avait tort.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous remont&#226;mes la longue avenue de m&#233;l&#232;zes dess&#233;ch&#233;s, et c'est avec un vrai soulagement que nous contempl&#226;mes en pleine lumi&#232;re l'immense horizon. Nous chois&#238;mes un endroit abrit&#233;, car l'air &#233;tait plus que vif, et assis au soleil nous devis&#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon ami me raconta son dernier voyage en Suisse o&#249; il eut plus qu'&#224; se louer des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Touring-Club de ce pays. Par une transition toute naturelle, nous v&#238;nmes &#224; causer du Touring-Club de France. De l&#224; &#224; parler de la Revue il n'y avait qu'un pas.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'en poss&#232;de, me dit-il, chose rare, la collection compl&#232;te et j'estime que ces vieux num&#233;ros contiennent des articles non seulement fort bien faits, mais encore tr&#232;s int&#233;ressants. Je vous citerai, &#224; ce propos, le tourisme &#224; travers les &#226;ges27 .&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je l'ai lu, r&#233;pondis-je, il m'a beaucoup plu.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous souvenez-vous d'un autre article sur notre sport intitul&#233; l'art de faire plus de cent kilom&#232;tres sans fatigue28&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il est absolument hors de pair et a &#233;t&#233; pour beaucoup de cyclistes une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation. C'est la raison m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je me le rappelle vaguement. &#192; ces articles techniques, parfois un peu trop savants, je pr&#233;f&#232;re les r&#233;cits de voyage. Bien souvent ils m'ont donn&#233; l'envie de voir des pays que je ne connaissais pas et m'ont servi de guide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; la condition, toutefois, de ne pas avoir, comme certains des v&#244;tres, des passages parfaitement incompr&#233;hensibles.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voulez me faire douter de votre intelligence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je vous pr&#233;viens que vous n'y parviendrez pas.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais alors, r&#233;pondit-il en lisant, expliquez-moi cette phrase de L&#233;oncel29 , phrase qui, malgr&#233; toute l'ing&#233;niosit&#233; que j'ai pu mettre &#224; l'&#233;lucider, est rest&#233;e pour moi compl&#232;tement obscure. Ces points suspensifs qui l'arr&#234;tent m'ont d&#233;rout&#233;. Y aurait-il de l'indiscr&#233;tion &#224; vous en demander la signification&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas le moins du monde, et la cause en est toute simple. Je trouvais mon r&#233;cit un peu long et j'ai ainsi coup&#233; court.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je saisis. Mais rien, je pense, ne vous emp&#234;chera de me dire maintenant en quoi fut f&#226;cheuse l'id&#233;e de raconter &#224; la dame de Crest votre course aux Goulets.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cette id&#233;e, r&#233;pondis-je en souriant, fut surtout f&#226;cheuse pour la dame qui brodait et dont l'ardeur cycliste se traduisit par une apostrophe plut&#244;t un peu os&#233;e. C'est un de mes plus amusants souvenirs de voyage et, pour peu que cela vous soit agr&#233;able, je vous conterai, dans tous les d&#233;tails, cette &#233;tonnante rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Permettez-moi d'enlever deux ou trois pierres dont d&#233;cid&#233;ment les ar&#234;tes sont trop vives. Voil&#224; qui est fait. Cette herbe est devenue moelleuse.&lt;br class='autobr' /&gt; J'allume une cigarette et suis enti&#232;rement &#224; vous.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous savez, lui dis-je, que je suis un fanatique du Vercors et, chaque &#233;t&#233;, je le traverse une ou deux fois. Il y a cinq ans, je quittai Pont-en-Royan &#224; 2 heures (En mai dernier, passant, &#224; Pont-en-Royan, je dus avoir recours aux bons offices de M.&#160;Hennebet, d&#233;l&#233;gu&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;T. C.&lt;/span&gt; Il serait difficile d'&#234;tre plus obligeant, plus courtois. Je tiens &#224; le remercier ici. Qu'il sache que j'ai gard&#233; de son accueil le plus aimable souvenir). La chaleur &#233;tait torride et la route avait bien dix centim&#232;tres de poussi&#232;re. Je me proposais d'aller d&#238;ner au Refuge30 du col de Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt; Divers incidents firent que je n'y arrivai qu'&#224; 1 heure du matin. Bref, vers 3 heures, je commen&#231;ais &#224; gravir la mont&#233;e des Echevis. Bient&#244;t je croisai un cycliste tra&#238;nant, attach&#233;e &#224; sa bicyclette, une &#233;norme branche. Ensuite ce fut une cyclettiste ayant un fagot &#224; la remorque. Cinq cents m&#232;tres plus loin, encore un cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et la s&#233;rie des cyclistes, des cyclettistes et des fagots continuait sans fin. Ils soulevaient une poussi&#232;re incroyable : j'&#233;tais exasp&#233;r&#233;. Allant en sens contraire, j'avan&#231;ais dans un nuage opaque presque continu. J'&#233;tais chang&#233; en meunier. Vous vous ferez une id&#233;e de mon supplice quand vous saurez qu'ils &#233;taient onze, espac&#233;s sur une distance de cinq kilom&#232;tres et demi. On aurait dit une assembl&#233;e de saints voyageant chacun dans sa &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;gloire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; particuli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette troupe astucieuse comptait des dames, des jeunes filles. Je ne disais rien, me contentant d'enrager tout bas de cet usage v&#233;ritablement abusif du fagot. J'essayai pourtant de r&#233;agir contre ce mauvais sentiment, me rappelant les nombreuses fois o&#249; j'en avais us&#233;. D'ailleurs, tr&#232;s philosophe, je prends en patience le mal pr&#233;sent de peur d'en voir survenir un pire, et les heurts, les contrari&#233;t&#233;s de la vie glissent sur moi. R&#233;ellement elle est si courte qu'on ne peut perdre son temps &#224; r&#233;criminer. Je ne m'emporte donc que rarement. Je reconnais pourtant que ma patience a des limites. Le huiti&#232;me fagot me les fit franchir. Il &#233;tait tra&#238;n&#233; par une gracieuse jeune fille dont les yeux noirs excit&#233;s par la course brillaient &#233;trangement. Gris&#233;e par la vitesse, tout heureuse de descendre sans peine cette pente, elle trahit sa joie en me voyant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Charmant, n'est-ce pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! dit-elle souriant, me montrant son fagot.&lt;br class='autobr' /&gt; Charmant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'en &#233;tait trop. J'&#233;clatai. Et lan&#231;ant un regard courrouc&#233; sur le fagot :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La peste soit d'une jeune fille ainsi &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fagot&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! m'&#233;criai-je.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette phrase irr&#233;v&#233;rencieuse, je la regrettai aussit&#244;t et esp&#233;rai qu'elle n'aurait pas &#233;t&#233; entendue. Mais vous connaissez le proverbe chinois : Tous les chevaux du monde ne pourraient rattraper une parole &#233;chapp&#233;e. Je plaide donc coupable. Mais que de circonstances att&#233;nuantes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il faisait si chaud&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le soleil a souvent sur notre cerveau une d&#233;plorable influence, et pour moi je n'ai jamais h&#233;sit&#233; &#224; lui attribuer la plus large part de mes d&#233;faillances diurnes. La lune &#233;galement a un pouvoir n&#233;faste. Mais laissons cet astre dont &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;l'&#233;clat emprunt&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est particuli&#232;rement tra&#238;tre aux cyclistes et revenons &#224; Plan de Baix.&lt;br class='autobr' /&gt; Voil&#224;, mon ami, ce qu'&#224; l'ombre des noyers, assis mollement sur le gazon, je contais &#224; la dame de Crest. Le d&#233;but de mon r&#233;cit avait paru la fort int&#233;resser. Elle avait piqu&#233; son aiguille, pos&#233; sur l'herbe sa tapisserie et me regardait fixement. Et folle aberration, je me f&#233;licitais d'avoir trouv&#233; une auditrice aussi attentive. Elle &#233;tait, si j'ose le dire, suspendue &#224; mes l&#232;vres.&lt;br class='autobr' /&gt; Ne soup&#231;onnant pas le terrain br&#251;lant sur lequel je marchais, je contais donc avec le calme souriant d'une conscience dont le remords a depuis longtemps disparu, ces successives rencontres. J'en &#233;tais &#224; l'endroit o&#249; les rayons br&#251;lants du soleil donn&#232;rent &#224; ma pens&#233;e la forme insolite dont il est seul responsable, quand tout &#224; coup la dame de Crest, ne pouvant se contenir plus longtemps, m'interrompit brusquement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'&#233;tait donc vous le touriste grincheux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Et me jetant un coup d'&#339;il indign&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'&#233;tais, Monsieur, le onzi&#232;me fagot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le onzi&#232;me fagot&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sort funeste, fortune vengeresse, c'&#233;tait une des cyclettistes de la troupe poudreuse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle p&#233;rip&#233;tie, pensai-je, quel &#233;tourdissant incident de voyage&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et, tr&#232;s amus&#233;, je regardais la dame, surprise elle-m&#234;me par la vivacit&#233; de cette sortie qui avait appel&#233; sur ses joues une couleur ros&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; y eut un silence lourd, p&#233;nible, que je prolongeai malicieusement. Je le rompis enfin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Grincheux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un homme grincheux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? avez-vous dit, Madame. C'est la premi&#232;re fois, je le confesse, que j'entends parler d'un cas aussi rare. J'ai, au contraire, appris dans la fr&#233;quentation de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt; Souffrez, Madame, que je ne termine pas cette phrase, vous marquant par l&#224; combien votre opinion sur moi est erron&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; La dame, toute d&#233;contenanc&#233;e, reprit sa tapisserie et il y eut un silence encore plus lourd que le pr&#233;c&#233;dent. Je cherchais vainement la phrase lib&#233;ratrice qui me permettrait de sortir de cette bizarre situation, quand, voyant l'inanit&#233; de mes efforts, le dieu des cyclistes (le deus ex machina des anciens tr&#232;s probablement) intervint. Subitement, sur la route, M.&#160;N. apparut. Je saluai ces dames et m'empressai d'aller au-devant du pasteur.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;J'oubliais de vous dire, qu'apr&#232;s toutes ces rencontres, le soleil et la mont&#233;e aidants, j'arrivai aux Goulets harass&#233; de fatigue, n'en pouvant plus de faim et de soif. Je descendis suivant mon habitude chez Combet. On y est en g&#233;n&#233;ral fort bien. Mais, ce jour-l&#224;, &#224; toutes mes demandes ne r&#233;pondirent que l'embarras et la confusion de l'h&#244;teli&#232;re. En vain je demandai du lait, du beurre, des biscuits. Ils avaient tout mang&#233;, tout d&#233;vor&#233;, il n'y avait plus rien.&lt;br class='autobr' /&gt; Aupr&#232;s d'eux, les re&#238;tres de Tilly marivaud&#232;rent &#224; Magdebourg&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ici le sac &#233;tait sans pareil, autant aurait valu excursionner derri&#232;re le cheval d'Attila.&lt;br class='autobr' /&gt; Tenez, dis-je &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;Combet toute d&#233;sol&#233;e, en tirant de mon sac deux tablettes de Kolher, faites-moi donc du chocolat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il &#233;tait quatre heures. Le soleil baissait et un froid humide commen&#231;ait &#224; nous p&#233;n&#233;trer.&lt;br class='autobr' /&gt; Voulant arriver &#224; la descente de Taulhac avant la nuit, je proposai &#224; mon ami de partir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous allez d&#233;couvrir, lui dis-je, une des plus extraordinaires, je dirai m&#234;me des plus f&#233;odales vues du monde. Comme par une magique &#233;vocation, le Moyen &#194;ge lui-m&#234;me appara&#238;tra devant vous. Le tableau est admirable. Une seule chose le g&#226;te &#224; mes yeux : la Vierge de Bonnassieux. De pr&#232;s, elle est de formes &#233;paisses. De loin, cet &#233;norme morceau de cuivre repouss&#233;, cette statue g&#233;ante, d&#233;shonore le paysage. D&#233;faut capital, elle n'est pas &#224; l'&#233;chelle et fausse ainsi toutes les proportions. Elle &#233;crase la cath&#233;drale, le rocher Corneille.&lt;br class='autobr' /&gt; Par contre, &#224; gauche, le tableau est sans d&#233;faut.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous y verrez les ruines du ch&#226;teau de Polignac, les plus fi&#232;res, les plus hautaines qui soient. Le formidable donjon qui les domine respire la force et la puissance &#224; un degr&#233; inimaginable. Il r&#232;gne encore sur le pays qui lui &#233;tait autrefois soumis. Son apparition est saisissante.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Partons, me r&#233;pondit-il, mais peut-&#234;tre avez-vous eu tort de me tant vanter cette vue. J'ai grand'peur d'&#234;tre d&#233;&#231;u. Je vous avertis que je serai difficile.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous m&#238;mes en selle. Une descente continue, suivie de quelques raidillons, nous amena bient&#244;t au haut de la route de Taulhac. Press&#233;s par l'heure, nous marchions tr&#232;s rapidement. &#192; un tournant, je l'arr&#234;tai :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Regardez, maintenant, dis-je.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon ami sauta de machine. Ensuite, immobile, il contempla longuement l'&#233;trange et merveilleuse vue. Je m'&#233;tais assis sur le bord de la route et ne troublais par aucune parole son recueillement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Excusez mon silence, me dit-il enfin comme s'il sortait d'un songe, je comprends que vous n'ayez pas voulu me d&#233;crire le Puy, je ne vous aurais pas cru.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est admirable. L'irr&#233;alisable s'est r&#233;alis&#233;. Laissez-moi admirer encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soleil avait disparu. L'ombre envahissait d&#233;j&#224; la vall&#233;e sur laquelle, en voile bleu transparent et l&#233;ger, le cr&#233;puscule descendait&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais la noire cath&#233;drale resplendissait encore, et, tr&#232;s haut dans le ciel, sur sa sombre roche de basalte, le donjon de Polignac se dressait, gigantesque, sur le rouge du couchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1903&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Valgaudemar (1900)</title>
		<link>http://velotextes.fr/spip.php?article331</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paru dans Le cycliste, Juin 1900, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_7 En novembre dernier, j'avais voulu visiter le Valgaudemar. J'&#233;tais bien arriv&#233; &#224; Chauffayer, mais l&#224; une pluie fine, continue, inexorable, me for&#231;a &#224; fuir. Cet &#233;t&#233; je suis revenu dans cette vall&#233;e et, plus heureux, ai pu en voir la moiti&#233;. Parti par un fort mistral, j'ai tr&#232;s beau temps jusqu'&#224; Mens. Le lendemain c'est le vent du Midi qui souffle, mais en montagne les sautes de vent sont si&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans Le cycliste, Juin 1900, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre dernier, j'avais voulu visiter le Valgaudemar. J'&#233;tais bien arriv&#233; &#224; Chauffayer, mais l&#224; une pluie fine, continue, inexorable, me for&#231;a &#224; fuir.&lt;br class='autobr' /&gt; Cet &#233;t&#233; je suis revenu dans cette vall&#233;e et, plus heureux, ai pu en voir la moiti&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Parti par un fort mistral, j'ai tr&#232;s beau temps jusqu'&#224; Mens. Le lendemain c'est le vent du Midi qui souffle, mais en montagne les sautes de vent sont si brusques, si fr&#233;quentes, que je ne m'y arr&#234;te pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Je quitte Mens de grand matin. La route traverse en ligne droite de fra&#238;ches prairies, puis, par une rampe tr&#232;s accentu&#233;e escalade la colline qui s&#233;pare le Tri&#232;ves de Saint-S&#233;bastien. Au Collet la vue est admirable sur les montagnes du Vercors et les Alpes encore couvertes de neiges. Le chemin descend dans une for&#234;t de h&#234;tres, on se croirait dans un parc anglais. Au loin apparaissent les pentes vertes du Baumont, le plateau de la Matheysine, sur lequel La Mure se distingue nettement.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon allure &#233;tant tr&#232;s vive, j'arrive bient&#244;t &#224; Cord&#233;ac, village enfoui dans la verdure, ensuite, courte mont&#233;e, et descente raide dans un affreux et immense ravin.&lt;br class='autobr' /&gt; Le changement est brusque et ici la vue est lugubre. Le torrent coule entre deux berges de 100 m&#232;tres de hauteur, inclin&#233;es &#224; 45&#176;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; des saules, des clayonnages, des jeunes pins ont &#233;t&#233; plant&#233;s pour arr&#234;ter les &#233;coulements. La formidable t&#234;te de l'Obiou, aux rochers d&#233;nud&#233;s, h&#226;l&#233;s par la temp&#234;te, se dresse &#224; 2593 m&#232;tres et semble surplomber le pont.&lt;br class='autobr' /&gt; La route monte sur le plateau de la Croix-de-la-Pigne. Au haut de la c&#244;te, au pied d'une croix peinte en blanc, un berger est assis.&lt;br class='autobr' /&gt; Sautant de machine, je l'interroge sur le temps. Le ciel s'est couvert, je ne sais qu'augurer et cette question du temps est devenue ma pr&#233;occupation dominante.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Croyez-vous, lui dis-je, qu'il pleuve aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le vieux berger regarde les nuages :
&lt;br /&gt;&#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#199;a d&#233;pend&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me r&#233;pond-il apr&#232;s r&#233;flexion. Il ne sort pas de l&#224;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#224; toutes mes questions, m&#234;me r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt; Les Moras travers&#233;s, j'aborde la descente du pont du Sautet. Cette descente tr&#232;s rapide a de dangereux lacets : trac&#233;e dans une for&#234;t de h&#234;tres et de pins, elle offre de magnifiques points de vue sur les Alpes. Corps s'aper&#231;oit sur sa colline au pied de hautes montagnes dont les sommets sont encore blancs de neige. La campagne, autour de ce bourg, a l'aspect d'un immense damier &#224; cases vertes et brunes. Sur les pentes descendant vers le Drac, des hameaux, des fermes, montrent leurs poils rouges &#224; travers les arbres. Dans le lointain les glaciers du Pelvoux &#233;tincellent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route arrive sur le pont du Sautet &#224; angle droit et franchit &#224; 120 m&#232;tres de hauteur le torrent qui bondit dans un vertigineux couloir d'une &#233;troitesse extr&#234;me. La vue est tr&#232;s impressionnante, mais ne peut se comparer &#224; celle de Poissonnas. Apr&#232;s le pont, vient imm&#233;diatement une longue et dure mont&#233;e, et bient&#244;t j'arrive &#224; Corps.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est 8 heures, je vais rester ici jusqu'&#224; 11 heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la Chapelle-en-Valgaudemar n'est qu'&#224; 28 kilom&#232;tres, je pourrais donc visiter la vall&#233;e et &#234;tre de retour &#224; Corps ce soir.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s un l&#233;ger d&#233;jeuner je sors sur le devant de l'h&#244;tel..&lt;br class='autobr' /&gt; Le spectacle des p&#232;lerins qui arrivent par fourn&#233;es, sur de grands breaks, est tr&#232;s amusant. Chose &#233;trange, ce sont tous des M&#233;ridionaux : je reconnais les bonnes femmes de la Cran au fichu de couleur, les jolies Arl&#233;siennes &#224; la coiffure si seyante, les N&#238;moises aux yeux hardis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; Corps, l'&#233;t&#233;, ressemble &#224; une ville de Provence. Les gens y sont exub&#233;rants et les chaudes et vibrantes intonations du patois s'entrecroisent dans l'air. Sous ce ciel brumeux, dans cette atmosph&#232;re calme, ces gens me font l'effet d'&#233;nergum&#232;nes, presque d'ali&#233;n&#233;s, et pourtant je suis m&#233;ridional. Avec le soleil, le mistral, ces &#233;clats de voix, cette exub&#233;rance sont &#224; leur place et ne choquent pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici ils d&#233;tonnent.&lt;br class='autobr' /&gt; La conversation des p&#232;lerins n'est rien moins qu'&#233;difiante, leur ga&#238;t&#233; est trop bruyante et ils me paraissent aller plut&#244;t &#224; une foire qu'&#224; un p&#232;lerinage.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur le perron de l'h&#244;tel deux dames sont assises, l'une brode : au moment o&#249; je passe devant elle, ses ciseaux tombent &#224; terre. Naturellement je les ramasse et les lui tends. Elle me remercie fort aimablement. Je lui demande la permission de m'asseoir sur le banc &#8212; il n'y avait que celui-l&#224; &#8212; et elle veut bien me le permettre.&lt;br class='autobr' /&gt; La conversation s'engage, et tombe sur les p&#232;lerins. J'aime assez en voyage faire causer les personnes que je rencontre, rien ne m'ennuie comme d'avoir le soir une page blanche sur mon carnet.&lt;br class='autobr' /&gt; Je questionne ces dames sur la Salette : elles me regardent en souriant, presque avec commis&#233;ration pour l'&#233;tat d'esprit qu'elles me supposent :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Nous sommes, me disent-elles, de tr&#232;s sinc&#232;res croyantes, mais la Salette, ici personne n'y croit, c'est bon pour les gens du Midi&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait dur, j'habite le Gard. Je ne protestai pas, mais ces dames s'aper&#231;urent bient&#244;t que j'&#233;tais digne d'&#234;tre n&#233; au p&#244;le nord ou au moins &#224; Trondjem.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s leur d&#233;part je fumais. Tr&#232;s int&#233;ress&#233; par tout ce que je voyais ou entendais, quand, poudreux, arrive du c&#244;t&#233; de La Mure un cycliste. C'est un d&#233;l&#233;gu&#233; du T. C.. mais heureusement ne ressemble pas &#224; celui de Mont Dauphin. Svelte, nerveux, tr&#232;s brun, il me para&#238;t le mod&#232;le m&#234;me du cycliste : sa conversation est charmante et il me raconte les excursions qu'il a faites en me donnant de tr&#232;s curieux d&#233;tails. Il me pla&#238;t beaucoup et a cette rondeur aimable, cette simplicit&#233; courtoise qu'on aimerait rencontrer plus souvent chez les cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt; Il vient de Gen&#232;ve, et va &#224; la Roche-de-Rame : nous ferons donc route ensemble jusqu'au pont de la Trinit&#233;. C'est un enthousiaste de la roue-libre : depuis quatre ans il a un frein Juhel &#224; sa machine, mais &#224; la suite d'un heurt sur la barri&#232;re ferm&#233;e d'un passage &#224; niveau, il a fait placer un second frein sur la roue directrice. Nous discutons longuement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Comme un cavalier, lui dis-je, j'aime &#224; sentir toujours ma monture : je d&#233;teste avoir sous moi une bicyclette qui fuit, avec laquelle je n ai plus du contact et dont peut-&#234;tre je ne serai pas ma&#238;tre au moment voulu. Vous pr&#233;tendez que vous vous reposez &#224; la descente, soit&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais en laissant vos jambes inertes, en ne contrep&#233;dalant pas, vous arriverez au m&#234;me r&#233;sultat. Moins une bicyclette sera compliqu&#233;e, plus parfaite elle sera, et le frein Juhel &#8212; &#231;a lui arrive quelquefois &#8212; peut avoir un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;rat&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'instant critique.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le frein Juhel, me r&#233;pondit-il, est un peu d&#233;licat, je le reconnais, mais bien entretenu il est presque parfait. Je vous avouerai qu'hier ayant trop huil&#233; le p&#233;dalier, il ne fonctionne pas ce matin&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ce cas est rare et provient toujours de la faille du cycliste.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ce qui constitue, continuai-je, le vice irr&#233;m&#233;diable de la roue libre, n'est pas la complication du m&#233;canisme, les galets qui s'usent, qui se bloquent, quelquefois, c'est le manque de certitude absolue du fonctionnement du frein en cas de danger. La roue libre est un jouet amusant, j'en conviens, et fort agr&#233;able sur les descentes mod&#233;r&#233;es, mais tr&#232;s dangereux entre des mains inexp&#233;riment&#233;es ou &#233;tourdies.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Comme dans toutes les discussions, chacun garda son opinion.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce touriste compte d&#233;jeuner aux Barraques, aussi &#224; 11 heures sommes nous en selle. Le chemin est presque en palier, hormis un raidillon, jusqu'&#224; la croix d'Aspres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais &#224; partir de ce point descend sur le Drac avec une pente vertigineuse.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette route est un vrai d&#233;fi au bon sens, il est inconcevable qu'un ing&#233;nieur ait pu imaginer un pareil trac&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est &#224; renier son p&#232;re s'il &#233;tait ing&#233;nieur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dit mon compagnon. &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Le fait est, lui r&#233;pondis-je, que si je l'&#233;tais je ne l'avouerais pas ici.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Nous faisons halte au pont de la Trinit&#233; : une cigarette fum&#233;e &#224; l'ombre d'un &#233;rable et il va falloir se s&#233;parer. Nous nous promettons de nous revoir, mais me dit ce touriste en souriant : &#8212; Quand on se quitte &#224; la Trinit&#233;, quand peut-on esp&#233;rer se retrouver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#192; P&#226;ques, s&#251;rement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, lui r&#233;pondis-je en lui serrant une derni&#232;re fois la main. Promesses de touristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! autant en emporte le vent. N'importe, on a &#233;t&#233; sinc&#232;re en les faisant, heureux de serrer une main loyalement tendue.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin du Valgaudemar est &#233;troit mais bien entretenu : il suit la Severaisse, traverse des prairies et contournant une haute &#233;minence que couronnent les ruines d'un vieux ch&#226;teau, atteint Saint-Firmin par une courte et rapide mont&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est midi, c'est l'heure, de d&#233;jeuner et j'entre &#224; l'auberge qu'on m'a recommand&#233;e &#224; Corps. Pendant mon repas le ciel s'est couvert et il pleut. &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ce n'est, me dit le facteur que j'interroge, qu'une ond&#233;e, dans demi-heure vous pourrez partir pour la Chapelle.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; En effet, le soleil ne tarde pas &#224; briller de nouveau, et &#224; 2 heures, apr&#232;s avoir laiss&#233; mon sac volumineux, je pars. La route traverse des pr&#233;s et bient&#244;t suit la Severaisse en bordure sur le torrent.&lt;br class='autobr' /&gt; La vall&#233;e du Valgaudemar est encaiss&#233;e entre de hautes montagnes d'une &#233;l&#233;vation de 2.500 m&#232;tres environ&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; dans l'axe s'aper&#231;oivent le pic d'Olan et les glaciers du Pelvoux, mais aujourd'hui les nuages sont trop bas et les cimes cach&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Peu avant Saint-Maurice, sur la route jusqu'alors d&#233;serte, je rencontre une noce. Je mets pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt; La mari&#233;e est jolie, et n'a pas l'air r&#233;sign&#233;, la d&#233;marche alourdie des jeunes filles de la vall&#233;e. Elle para&#238;t fort gaie et a cet &#233;clat moqueur qu'on aime &#224; voir dans les yeux des jeunes filles qu'on n'&#233;pouse pas. Se tournant vers moi, la mari&#233;e me regarde avec une curiosit&#233; que je lui rends. J'avais mal vu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! elle est ravissante.&lt;br class='autobr' /&gt; Son mari me pla&#238;t moins&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sa barbe, d'un noir presque bleu, lui donne une physionomie dure, et dans ses habits de f&#234;te, il ne sait comment se tenir. Je ne dessine pas assez bien pour croquer la mari&#233;e, d'ailleurs le mari ne se pr&#234;terait pas, je crois, &#224; cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fantaisie artistique&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les jeunes filles et les femmes qui suivent sont habill&#233;es de couleurs criardes : il y a des bleus d'un cru exasp&#233;rant, des rouges inconnus, des verts &#224; vous &#244;ter toute esp&#233;rance. La plupart sont laides.&lt;br class='autobr' /&gt; Je remonte en machine, passe &#224; Saint-Maurice, o&#249; j'admire un magnifique tilleul. Le temps est devenu tr&#232;s chaud et ce n'est pas sans appr&#233;hension que je continue ma route. Peu apr&#232;s le village, j'aper&#231;ois un cantonnier : je m'arr&#234;te, ma bicyclette appuy&#233;e contre un arbre, m'assieds &#224; son c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Je le questionne sur le temps, sur la route, sur les curiosit&#233;s du pays.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous &#234;tes, me dit-il, encore &#224; 9 kilom&#232;tres de la Chapelle et le chemin sera toujours le m&#234;me, la vall&#233;e ne se r&#233;tr&#233;cira pas et, rien en Valgaudemar ne ressemble plus &#224; un village que le village voisin. Quant aux Andrieux, que vous croyez abrit&#233;s sous un immense rocher, d&#233;trompez-vous, ils sont simplement adoss&#233;s &#224; une for&#234;t. Apr&#232;s la Chapelle, &#224; quarante minutes, vous verriez une cascade, mais le sentier est tr&#232;s pierreux. Et puis, continua-t-il en regardant le ciel, le temps se couvre : si la pluie vous prend dans le haut de la vall&#233;e, comment ferez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il n'y a pour ainsi dire pas d'auberges, et ici, quand il pleut, il pleut longtemps. Oui, je crois bien, puisque vous voulez me demander conseil, qu'&#224; votre place je m'en retournerais.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Allons, les d&#233;s en sont jet&#233;s. Il sera dit que jamais je ne verrai le fond de la sombre vall&#233;e : peut-&#234;tre dans ce mauvais vouloir du sort, faut-il voir un avertissement myst&#233;rieux... je retourne.&lt;br class='autobr' /&gt; Je remercie l'honn&#234;te cantonnier et reviens &#224; Saint-Firmin. Le chemin est constamment en pente et, malgr&#233; les nombreux empierrements, je marche &#224; toute vitesse. Ce ne serait pas la peine, vraiment, d'avoir des imperforables.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon sac boucl&#233; je descends sur la Trinit&#233;. J'atteignais presque ce hameau quand subitement tombe une violente averse, et tout mouill&#233;, je me r&#233;fugie dans une maison au bord de la route. Cette maison isol&#233;e portant l'&#233;criteau Renfort appartient &#224; un menuisier absent aujourd'hui, mais sa femme m'offre l'hospitalit&#233; : il &#233;tait temps. C'est un v&#233;ritable d&#233;luge. Brave cantonnier, quel service ne m'a-t-il pas rendu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; De la petite fen&#234;tre donnant sur le Drac, j'aper&#231;ois, au pied de la formidable muraille du D&#233;voluy, un village et la tour d'un vieux ch&#226;teau.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est Lesdigui&#232;res, me dit la femme du menuisier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Lesdigui&#232;res&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! na&#238;tre obscur gentilhomme en cette humble demeure, s'appeler simplement Fran&#231;ois de Bonne, et mourir duc et conn&#233;table de France dans le royal ch&#226;teau de Vizille. Que de traits de bravoure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que d'actions d'&#233;clat n'a-t-il pas fallu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Inquiet de la persistance de la pluie, je demande si, le cas &#233;ch&#233;ant, je pourrai coucher : c'est impossible, ils n'ont qu'un lit. La situation se complique, mais on ne me refusera pas, je l'esp&#232;re, des planches et une couverture.&lt;br class='autobr' /&gt; Je sors sur le pas de la porte observer les nuages. Sur la fa&#231;ade de la maison est placard&#233;e une grande affiche du chocolat Menier. Elle repr&#233;sente une fillette d'une huitaine d'ann&#233;es, &#224; la courte jupe bleue, qui, se haussant sur la pointe des pieds, &#233;crit en grandes lettres trac&#233;es d'une main inhabile : M&#233;fiez-vous des contrefacteurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Fi donc, mademoiselle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pouvez-vous &#234;tre si m&#233;fiante&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et &#224; un &#226;ge aussi tendre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 6 heures une accalmie se produit. Je me sauve. Cette pente de la Trinit&#233; est atroce, le graphique porte 9&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, en r&#233;alit&#233; elle a 13&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% et franchement elle est ext&#233;nuante. &#192; la Croix-d'Aspres, nouvelle ond&#233;e, mais je ne m'arr&#234;te plus et arrive enfin &#224; Corps.&lt;br class='autobr' /&gt; L'h&#244;tel est d&#233;sert, les p&#232;lerins sont partis. Je passe ma soir&#233;e dans un caf&#233;, o&#249; j'assiste &#224; une partie de cartes tr&#232;s mouvement&#233;e. Ce sont deux maquignons qui jouent. De nombreux curieux les entourent. L'un des joueurs a perdu d&#233;j&#224; une grosse somme et bient&#244;t un coup d&#233;cisif le d&#233;cave compl&#232;tement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pendant que son vainqueur tout fier, tout gonfl&#233; de son heureuse fortune, est f&#233;licit&#233; ou jalous&#233; par la galerie, le malheureux perd et s'&#233;clipse.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette sc&#232;ne m'a rappel&#233; un bien joli mot : je ne puis r&#233;sister au plaisir de le conter.&lt;br class='autobr' /&gt; Ici, je prie les lectrices de la Revue de passer ces dix lignes : ce r&#233;cit ne saurait avoir pour elles aucune esp&#232;ce d'int&#233;r&#234;t ni d'agr&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a un an, j'avais rencontr&#233; &#224; La Grave un touriste de Dunkerque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; apr&#232;s une courte promenade autour du village, nous all&#226;mes dans un caf&#233; prendre du th&#233;. L&#224; &#233;galement se jouait une grosse partie et l'un des joueurs ne tarda pas &#224; &#234;tre compl&#232;tement d&#233;cav&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Que ne joue-t-il sa femme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; Mais non, fit ce touriste en le regardant, il n'a pas l'air assez romain pour cela.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Et me voyant un peu interloqu&#233; : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Chez les Romains, continua-t-il, les joueurs, apr&#232;s avoir perdu leur or, leurs esclaves, leurs villas, entra&#238;n&#233;s par leur passion, en arrivaient &#224; jouer leur femme. C'est m&#234;me, ajouta-t-il en souriant, l'origine du jeu &#224; qui perd gagne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Bien irr&#233;v&#233;rencieux ce touriste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Rentr&#233; &#224; l'h&#244;tel, j'interroge le propri&#233;taire sur la mani&#232;re dont le lendemain je pourrais me documenter sur le D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Il est, lui dis-je, inutile d'aller voir les fonctionnaires de cet affreux pays qui, para&#238;t-il, ruminant constamment leur disgr&#226;ce, ne d&#233;col&#232;rent jamais.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Frappez, me r&#233;pond mon h&#244;te, chez le juge de paix, il vous recevra parfaitement et se fera un plaisir de vous &#234;tre agr&#233;able.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Le ciel s'est rass&#233;r&#233;n&#233; et c'est d'un pas joyeux que je monte l'escalier qui conduit &#224; ma chambre. Mes tribulations sont enfin finies, pensai-je. Elles ne faisaient que commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fond-Turbat</title>
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&lt;p&gt;Paru dans Le Cycliste, F&#233;vrier 1901, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_7 Divers incidents de route m'ayant retard&#233;, je n'arrivai &#224; Vif qu'&#224; cinq heures. Il &#233;tait trop tard pour songer &#224; passer par Vizille, aussi me d&#233;cidai-je &#224; prendre le train. D'ailleurs la rampe de Laffrey est ext&#233;nuante, et pour monter sur la Matheysine, la voie ferr&#233;e est pr&#233;f&#233;rable. La ligne de Saint-Georges de Commiers &#224; La Mure est une des merveilles du Dauphin&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son parcours un des&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Paru dans Le Cycliste, F&#233;vrier 1901, Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote PER1328_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Divers incidents de route m'ayant retard&#233;, je n'arrivai &#224; Vif qu'&#224; cinq heures. Il &#233;tait trop tard pour songer &#224; passer par Vizille, aussi me d&#233;cidai-je &#224; prendre le train. D'ailleurs la rampe de Laffrey est ext&#233;nuante, et pour monter sur la Matheysine, la voie ferr&#233;e est pr&#233;f&#233;rable.&lt;br class='autobr' /&gt; La ligne de Saint-Georges de Commiers &#224; La Mure est une des merveilles du Dauphin&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; son parcours un des plus beaux, des plus pittoresques de France. Il existait un troisi&#232;me chemin : j'en parlerai plus loin.&lt;br class='autobr' /&gt; Je connaissais les superbes sites de cette ligne. Je les avais vus par une radieuse journ&#233;e d'&#233;t&#233;, sous un soleil resplendissant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; il ne me d&#233;plaisait pas de les revoir avec les oppositions de lumi&#232;re et d'ombre que donne une nuit de pleine lune.&lt;br class='autobr' /&gt; Trois kilom&#232;tres seulement s&#233;parent Vif de la gare de Saint-Georges. Le train de La Mure attendait sous pression celui de Grenoble. Bient&#244;t les voyageurs arriv&#232;rent, les voitures se remplirent et je pris place dans le wagon-break habituellement bond&#233; de touristes. Contre toute attente, je fus seul.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 7 h. I lentement le train se mit en marche, et entrant aussit&#244;t dans un tunnel &#224; courbe presque ferm&#233;e, vint repasser au-dessus de la gare, dont les feux de couleur &#233;taient d&#233;j&#224; allum&#233;s. La rampe est tr&#232;s dure, car, pendant 25 kilom&#232;tres, jusqu'au souterrain de la Festini&#232;re, elle a une pente uniforme de 0.027 millim&#232;tre par m&#232;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; De Saint-Georges &#224; Notre-Dame-de-Commiers, la voie, trac&#233;e &#224; flanc de coteau, traverse des pr&#233;s, des champs avec quelques &#233;chapp&#233;es sur le Drac. C'est &#224; partir de cette derni&#232;re station que commence la partie r&#233;ellement &#233;mouvante du trajet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tel qu'une b&#234;te monstrueuse aux yeux &#233;tincelants, le train suivait les rails illumin&#233;s d'&#233;clats qui fuyaient devant lui. Il longeait les pr&#233;cipices vertigineux, puis avec un cri strident, s'engouffrait brusquement dans un tunnel. Haletante, la machine disparaissait dans un nuage de vapeur, et de son panache enflamm&#233;, elle rougissait la vo&#251;te. Ensuite le train courait sur les remblais, tant&#244;t dans l'ombre des tranch&#233;es, tant&#244;t en pleine lumi&#232;re, franchissant des ponts d'une audace folle, suspendus &#224; 300 m&#232;tres sur le Drac&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et la lune &#233;clairait cette fantastique chevauch&#233;e, jusqu'&#224; ce qu'un autre tunnel l'engloutit de nouveau. Au fond de l'ab&#238;me, le Drac brillait de reflets m&#233;talliques. Je le voyais furieux, indomptable, brisant ses eaux dans sa prison de pierre, pr&#233;cipiter sa course rapide comme s'il pressentait la libert&#233; prochaine : le fl&#233;au des Alpes, le dragon d&#233;vastateur, s'&#233;tait ce soir cuirass&#233; d'or. Sur les coteaux, les bois se d&#233;tachaient en masses sombres&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; une l&#233;g&#232;re brume blanch&#226;tre voilait les lointains.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; mesure que je m'&#233;levais, l'air fra&#238;chissait, l'atmosph&#232;re devenait plus pure, et c'&#233;tait une volupt&#233; de glisser sans fatigue dans cet admirable d&#233;cor. La nuit d'une s&#233;r&#233;nit&#233;, d'une limpidit&#233; merveilleuses, me rappelait cette m&#233;lodie arabe du D&#233;sert de F&#233;licien David : Ma belle nuit, &#244; sois plus lente...&lt;br class='autobr' /&gt; Le train venait de sortir d'un tunnel et s'engageait sur un viaduc courbe : regardant en arri&#232;re j'aper&#231;us le gigantesque rocher se dresser &#224; une grande hauteur sur le ciel &#233;toil&#233;. Les d&#233;chirures de la roche prenaient l'aspect de sculptures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses asp&#233;rit&#233;s, de statues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses cr&#234;tes, de fl&#232;ches aigu&#235;s et la bouche noire du tunnel semblait le portique ouvert d'une immense cath&#233;drale, d'o&#249; s'&#233;chappait encore la fum&#233;e de l'encens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bient&#244;t la ligne abandonna le Drac et entra dans la vall&#233;e de Vaulx. Tr&#232;s bas, sous la voie, des points brillants piquaient l'obscurit&#233; de la gorge : c'&#233;taient les lumi&#232;res des jardins et du ch&#226;teau de la Motte-les-Bains, et le train ne tarda pas &#224; s'arr&#234;ter &#224; la gare qui le dessert.&lt;br class='autobr' /&gt; Une foule &#233;nerv&#233;e par l'attente encombrait les quais, les employ&#233;s couraient, se multipliaient. Une arche du viaduc a fl&#233;chi et un transbordement a &#233;t&#233; &#233;tabli. Je m'emparai de ma bicyclette et traversai &#224; pied le viaduc, dont de nombreuses lanternes faisaient ressortir la courbure.&lt;br class='autobr' /&gt; Le train franchit ensuite deux fois le ravin de Loulla et atteignit, apr&#232;s avoir d&#233;crit de nombreuses sinuosit&#233;s, la Motte-d'Aveillans. Pass&#233; cette station, s'enfon&#231;ant dans un long tunnel creus&#233; sous le col de la Festini&#232;re, il d&#233;boucha en vue de la Matheysine. Le train descendait rapidement dans l'ombre projet&#233;e par la montagne, mais plus loin la grande plaine qu'il dominait &#233;tait &#233;clair&#233;e, et &#224; travers les arbres, je voyais les eaux du lac de Pierre-Ch&#226;tel trembler sous les rayons de lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'arrivai tard &#224; La Mure. Je ne connaissais pas le Valjouffrey et avant de se lancer en pays inconnu, j'estime qu'on ne doit n&#233;gliger aucune pr&#233;caution. Aussi, ma bicyclette en s&#251;ret&#233; et mon sac d&#233;boucl&#233;, je m'enquis du ma&#238;tre d'h&#244;tel &#224; la personne qui me recevait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'aurais, dis-je, certains renseignements &#224; lui demander.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mon mari est couch&#233;, me r&#233;pondit la ma&#238;tresse d'h&#244;tel, il est tr&#232;s fatigu&#233;, mais je vais le pr&#233;venir de votre d&#233;sir.&lt;br class='autobr' /&gt; Je refusai all&#233;guant qu'en cours de route il serait facile de me les procurer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mon mari, insista-t-elle, m'en voudrait certainement de ne pas l'avoir averti de votre passage, renseigner un touriste est pour lui un v&#233;ritable plaisir, et elle disparut dans l'escalier.&lt;br class='autobr' /&gt; Un instant apr&#232;s, j'&#233;tais introduit dans la chambre du ma&#238;tre d'h&#244;tel. Clou&#233; au lit par une impitoyable gastrite, suite naturelle de quarante ans de bonne ch&#232;re, il me parut tr&#232;s abattu. Se soulevant p&#233;niblement sur son oreiller, il me souhaita la bienvenue.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je sais par ma femme, me dit-il, que vous d&#233;sirez quelques indications sur votre excursion de demain. Je me fais fort de vous donner toutes celles qui peuvent vous &#234;tre utiles. Quel est votre itin&#233;raire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai le projet d'aller, r&#233;pondis-je, &#224; Valsenestre et au d&#233;sert de Valjouffrey. &#192; ces noms sa figure s'est illumin&#233;e et dans ses yeux ont lui de joyeux souvenirs des courses pass&#233;es. &#8212; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le D&#233;sert&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! que de fois y-ai-je conduit des touristes en voiture&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en voiture : voil&#224; qui &#233;tait d'un bon augure et je pouvais m'y risquer &#224; bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt; Le ma&#238;tre d'h&#244;tel me d&#233;conseilla Valsenestre, bien que la for&#234;t travers&#233;e soit tr&#232;s belle. Le d&#233;sert, assura-t-il valait mieux, mais l'auberge est tout &#224; fait primitive : elle date de 1788.&lt;br class='autobr' /&gt; Interrog&#233; s'il subsistait encore dans ces vall&#233;es de vieux usages, il secoua la t&#234;te : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Ne comptez pas en trouver, ils ont disparu de nos Alpes. Les habitants du Valjouffrey, quoique tr&#232;s rudes sont &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;comme partout&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ils sont civilis&#233;s. Ce sont de braves gens, de tr&#232;s honn&#234;tes gens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et apr&#232;s une l&#233;g&#232;re h&#233;sitation : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;seulement ne perdez pas votre porte-monnaie, vous ne le retrouveriez plus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le fait est, pensai-je, que ramasser un porte-monnaie et le garder, indique d&#233;j&#224; un degr&#233; de civilisation assez avanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est-il donc le pays que je cherche et qui se d&#233;robe constamment devant moi, le pays o&#249; je surprendrai la vie telle qu'elle &#233;tait il y a cent ans&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Chaque vall&#233;e rougit de ce pass&#233; et me renvoie &#224; sa voisine. En D&#233;voluy on m'avait dit : Allez &#224; Valsenestre au D&#233;sert de Valjouffrey, vous y verrez les anciennes coutumes, les m&#339;urs d'autrefois, et cette esp&#233;rance vient de m'&#234;tre enlev&#233;e. Ce pays existe-t-il encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Dans le Haut-Queyras m'a assur&#233;, &#224; la Grave, un touriste : &#224; Saint-V&#233;ran, &#224; Arvieux. Dans ce village para&#238;t-il, on ne cuit le pain qu'une fois par an&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l&#224; j'assisterai &#224; la vie de jadis, peut-&#234;tre d&#233;couvrirai-je des maisons aux mobiliers antiques, de vieux &#233;tains sur les bahuts. Serai-je toujours d&#233;&#231;u&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je le crains et mon but pourrait bien n'&#234;tre que chim&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je partis le lendemain &#224; cinq heures. Le temps &#233;tait radieux, d'une puret&#233; admirable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les montagnes du Valbonnais avaient cette teinte bleu&#226;tre, particuli&#232;re aux belles et calmes journ&#233;es d'automne, qu'a saisie dans ses aquarelles Hugo d'Al&#233;si. Au loin, je distinguais le Ch&#226;tel, l'Obiou, les cimes rocheuses du D&#233;voluy.&lt;br class='autobr' /&gt; La descente du Pont-Haut commence imm&#233;diatement &#224; la sortie de La Mure : tr&#232;s rapide, elle offre quelques tournants fort brusques. Le torrent franchi, laissant &#224; droite la route de Gap, je pris celle du col d'Ornon. J'&#233;tais au fond de la gorge aux schistes noirs, aux roches violac&#233;es dont les parois s'effritent sans cesse&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; sur ses hautes pentes coup&#233;es de ravins profonds s'aper&#231;oivent des carr&#233;s de vigne bord&#233;s de troncs, des bouquets de bois.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s une mont&#233;e &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, le chemin, ombrag&#233; parfois par des noyers, traverse des prairies, des hameaux blottis dans la verdure. Une descente tr&#232;s mod&#233;r&#233;e m'amena au pont du Saut du Pr&#234;tre. Au bord de la route se tiennent les usines &#224; ciment : sur la montagne d&#233;nud&#233;e, se voient les orifices des galeries d'extraction.&lt;br class='autobr' /&gt; Jusque-l&#224;, le chemin avait &#233;t&#233; tr&#232;s mauvais, tr&#232;s poussi&#233;reux, d&#233;fonc&#233; par les nombreuses charrettes de l'usine, mais celle-ci d&#233;pass&#233;e, il devint excellent. Une c&#244;te assez raide pr&#233;c&#232;de Valbonnais. Rien de joli comme sa vue. Presque toutes les fen&#234;tres &#233;taient orn&#233;es de vases de fleurs, de volubilis&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les jardins, pleins de dahlias et de g&#233;raniums. Ce go&#251;t des fleurs me surprit ici, et Valbonnais me rappela ces villages entre Belley et les Abrets, o&#249; chaque maison dispara&#238;t sous les rosiers et les glycines.&lt;br class='autobr' /&gt; Valbonnais domine un bassin ensoleill&#233;, tr&#232;s ouvert, verdoyant, et les montagnes qui lui font face sont couvertes d'&#233;paisses for&#234;ts. Une ligne rouge&#226;tre les coupe &#224; mi-flanc : c'est le canal du Beaumont.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin descend vers la Bonne : trac&#233; &#224; travers des prairies o&#249; bruissent des canaux d'arrosage, il offre de charmantes &#233;chapp&#233;es. Bient&#244;t, dans la verdure, pointa le clocher d'Entraigues o&#249; je m'arr&#234;tai. Ce village est b&#226;ti au pied d'une montagne &#224; pic, aux parois d&#233;chiquet&#233;es, haute d'environ 3.000 m&#232;tres. Au sommet se d&#233;coupe, en dents de scie, une longue ligne de sapins.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en d&#233;jeunant, je voyais dans la rue, passer des chars attel&#233;s d'une seule vache, harnach&#233;e comme un cheval, et mes yeux de M&#233;ridional trouvaient ce spectacle &#233;trange. &lt;br class='autobr' /&gt; Je repartis &#224; 7 heures. La route du Valjouffrey se s&#233;pare au milieu du village de celle de Bourg d'Oisans et suit la Bonne sur tout son parcours. La vall&#233;e est &#233;troite mais bois&#233;e, et dans les for&#234;ts de sapins, les bouleaux au feuillage gr&#234;le ressortaient par leurs troncs argent&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin franchissait souvent la rivi&#232;re sur des ponts de bois, et plus j'avan&#231;ais, plus le paysage devenait ravissant. Les montagnes &#233;taient baign&#233;es dans une lumi&#232;re bleue d'une transparence, d'une d&#233;licatesse infinies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et sur le ciel sans nuages, se d&#233;tachaient, avec une nettet&#233; surprenante, les d&#233;coupures sombres de leurs cimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je venais de passer un pont, quand j'aper&#231;us sur la route deux eccl&#233;siastiques. Sautant de machine, je leur demandai de vouloir bien me renseigner sur la vall&#233;e. Tr&#232;s aimablement, ils se mirent &#224; ma disposition.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'allez pas, me dit le plus jeune, &#224; Valsenestre sur votre bicyclette, la mont&#233;e est trop rapide&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le chemin traverse, il est vrai, une merveilleuse for&#234;t, mais le village est insignifiant. Continuez plut&#244;t jusqu'au D&#233;sert. L&#224;, prenez un enfant, et faites-vous conduire &#224; Fond-Turbat. Une heure de marche suffit et vous verrez un des plus admirables sites de nos Alpes, la redoutable muraille de l'Olan appara&#238;tra toute enti&#232;re devant vous. C'est ce que nous avons de mieux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pourriez-vous me dire, monsieur le Cur&#233;, si cette vall&#233;e a conserv&#233; ses vieux usages et sur le chapitre m&#339;urs, avez-vous observ&#233; quelques curieuses particularit&#233;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Non, me r&#233;pondit-il, je n'ai jamais rien remarqu&#233;. Les habitants de cette vall&#233;e sont tr&#232;s rudes, et je regrette de le constater, les hommes ne sont pas d&#233;vots.&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait le moment de lui faire part de l'appr&#233;ciation du ma&#238;tre d'h&#244;tel de La Mure sur ses paroissiens. Le cur&#233; se mit &#224; rire : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;C'est peut-&#234;tre un peu exag&#233;r&#233;, toutefois je dois reconna&#238;tre qu'ils sont extr&#234;mement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;finots&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le digne cur&#233; devait avoir des tr&#233;sors d'indulgence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Il y a dans la combe des Marines, me dit l'autre eccl&#233;siastique, une carri&#232;re de marbre, ne seriez-vous pas d&#233;sireux de la voir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'&#233;carte soigneusement de mon excursion tout ce qui a un caract&#232;re commercial : usines, fabriques. La nature seule m'attire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous pouvez alors, reprit-il, la visiter sans crainte, car elle a fait une lamentable faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Valsenestre ray&#233; de mon itin&#233;raire, je r&#233;solus de me borner &#224; Font-Turbat. Bient&#244;t je fus en vue de la Chapelle, village aussi fleuri que Valbonnay. &#192; l'entr&#233;e se d&#233;tache &#224; gauche le chemin de Valsenestre.&lt;br class='autobr' /&gt; La Chapelle en Valjouffrey a un aspect tout &#224; fait pastoral. Des vergers, de vertes prairies, de grands arbres l'entourent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; partout des fleurs, partout de l'eau. C'est une v&#233;ritable oasis.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;glise neuve est d'une polychromie criarde : j'en sortis exasp&#233;r&#233;. Le cimeti&#232;re est au centre du village&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les maisons donnent sur lui. Les r&#232;gles de l'hygi&#232;ne sont &#233;videmment viol&#233;es, mais que de salutaires r&#233;flexions peut faire na&#238;tre ce voisinage dans l'esprit des habitants, &#224; moins que, blas&#233; par ce spectacle, ce ne soit tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Peu apr&#232;s la Chapelle, la route grimpe un mamelon, par une pente raide. La Bonne descend en rapides cascades sur des rochers. Au haut de la c&#244;te, dominant les chutes de la rivi&#232;re, se trouve la Chalp, pittoresque village s'il en fut. C'est le parfait mod&#232;le du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;chromo&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; alpin. J'&#233;tais loin des fleurs de la Chapelle.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chemin, bord&#233; parfois de fr&#234;nes, traverse en palier des champs et des p&#226;turages : la gorge s'est resserr&#233;e. &#192; gauche, les montagnes sont compl&#232;tement d&#233;nud&#233;es, mais de l'autre c&#244;t&#233;, de noires for&#234;ts de sapins escaladent les pentes abruptes. Le site &#233;tait devenu d'une sauvagerie d'une rudesse extr&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, dans le lointain, sur une &#233;minence au milieu de l'&#233;troit couloir, se montra un village aux toits d'ardoises : c'&#233;tait le D&#233;sert. De formidables montagnes nues aux vertigineux escarpements s'&#233;levaient mena&#231;antes de toute part. Sur une &#233;minence apparaissait un glacier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au bas de la c&#244;te je m'&#233;tais assis sur le bord de la route, non loin d'un vieillard qui gara ses ch&#232;vres dans un champ. Pouss&#233; par la curiosit&#233;, il s'approcha. Apr&#232;s quelques banales paroles sur le temps je l'interrogeai sur le pays. Presque toutes ses r&#233;ponses &#233;taient confuses et souvent m&#234;me incompr&#233;hensibles.
&lt;br /&gt;&#8212; Je vois, lui dis-je, que vous ne pouvez me renseigner, j'aurai recours &#224; votre cur&#233;. Le presbyt&#232;re est-il pr&#232;s de l'&#233;glise&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Il n'y a que l'&#233;glise, me r&#233;pondit-il cette fois nettement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; de cur&#233;, depuis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;le grand malheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de 89, nous n'en avons plus.&lt;br class='autobr' /&gt; Appeler la R&#233;volution de 89 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;le grand malheur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;notait un &#233;tat d'esprit assur&#233;ment fort rare. J'avais donc devant moi un montagnard qui datait de ce temps. Je le pressai de questions mais mon insistance avait &#233;veill&#233; sa d&#233;fiance et renon&#231;ant &#224; en rien tirer, je le quittai. La c&#244;te du D&#233;sert est rude, le chemin tr&#232;s pierreux. Je trouvai vite l'auberge de 1788. La poussi&#232;re dont tout &#233;tait recouvert devait remonter &#224; cette &#233;poque. J'y laissai ma bicyclette et me mis en qu&#234;te d'un guide pour Fond-Turbat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Des gamins pieds nus, les pantalons courts, effiloch&#233;s, retenus par deux ficelles en croix, la chemise ouverte, les cheveux embroussaill&#233;s, jouaient et se poursuivaient en criant sur la place du village. Ces enfants &#233;taient trop jeunes pour me servir de guide, et les hommes travaillant aux champs, je m'adressais &#224; des femmes qui causaient sur le pas de leur porte. Elles refus&#232;rent, mais toutes m'indiqu&#232;rent le chemin : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Vous n'avez qu'&#224; suivre la rivi&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, me dirent-elles. Je sortais du D&#233;sert quand je croisais une femme portant sur la t&#234;te un fagot de bois mort. Je l'arr&#234;tai et je lui demandai de me conduire &#224; Font-Turbat. Elle accepta. C'&#233;tait une femme d'une trentaine d'ann&#233;es, v&#234;tue de noir. Sa figure, aux yeux durs, respirait une &#233;nergie et une volont&#233; peu communes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ses bras nus, br&#251;l&#233;s par le soleil, trahissaient son p&#233;nible labeur. Elle s'exprimait facilement et, comme toutes les femmes, &#233;tait enchant&#233;e de causer. Faire parler une femme n'a pr&#233;sent&#233; depuis que le monde est monde, aucune difficult&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Je voulais, lui dis-je, voir votre cur&#233;, mais en montant la c&#244;te, j'ai appris que vous n'en aviez pas. R&#233;ellement, l'hiver aller &#224; la Chapelle doit &#234;tre bien p&#233;nible. &#192; ces paroles sa figure s'anima et je m'aper&#231;us qu'inconsciemment, j'avais touch&#233; le point sensible.
&lt;br /&gt;&#8212; De cur&#233; nous n'en avons pas, para&#238;t-il, depuis longtemps, et &#224; nos p&#233;titions on a r&#233;pondu que si nous en voulions un, il fallait le payer.&lt;br class='autobr' /&gt; Et s'arr&#234;tant tout &#224; coup, et me fixant :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Trouvez-vous cela juste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Si encore nous &#233;tions riches, mais &#224; peine si nous vivons. Est-ce que nous ne valons pas les gens de la Chapelle ou d'Entraigues&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Nous ne devons pas payer ce qu'ils ont pour rien.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'allez-vous donc jamais aux offices&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; De temps en temps, nous autres femmes nous allons &#224; la messe &#224; la Chapelle, ce qui nous fait vingt kilom&#232;tres, mais les hommes ne sont pas d&#233;vots, ils disent qu'ils sont fatigu&#233;s et restent au cabaret.&lt;br class='autobr' /&gt; Et revenant &#224; son id&#233;e :
&lt;br /&gt;&#8212; Non, ce n'est pas juste parce qu'on est pauvre de ne pas avoir de pr&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me taisais, ne voulant pas interrompre le travail qui se faisait dans son esprit.
&lt;br /&gt;&#8212; Et puis, reprit-elle, on ne peut pas prier partout. On dit que la pri&#232;re est meilleure &#224; la messe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et s'emportant : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Dire qu'avec de l'argent nous sauverions peut-&#234;tre nos &#226;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de fois, l'hiver, le cur&#233; arrive trop tard aupr&#232;s des mourants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sans argent on ne peut rien, rien...&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et sa figure se crispait, violente, haineuse.
&lt;br /&gt;&#8212; L'argent, r&#233;pondis-je, n'ouvre pas le paradis, car autrement les pauvres seraient maudits, ce qui est impossible, et pour prier vous n'avez nul besoin d'interm&#233;diaire. Ce qui vient du c&#339;ur, quelque simple qu'il soit, vaut mieux que les vaines redites, et soyez s&#251;re que votre pri&#232;re, si elle est sinc&#232;re, monte droit dans le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; La femme me regarda avec &#233;tonnement et resta un moment silencieuse. Ensuite, s'enhardissant, me raconta sa vie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et &#224; mesure qu'elle parlait, je sentais une piti&#233; infinie me prendre pour cette cr&#233;ature, dont la venue sur cette terre n'avait &#233;t&#233; qu'une suite de souffrances. Mari&#233;e jeune, son mari buvait et la battait, la faisant travailler comme une b&#234;te de somme. Deux fois seulement elle &#233;tait sortie du Valjouffrey, mais elle n'avait pas d&#233;pass&#233; La Mure. Elle ignorait donc toute la vie de notre &#233;poque. Veuve apr&#232;s dix ans de martyre, la mis&#232;re &#233;tait venue, prenant la place vide, s'asseoir &#224; son foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Myst&#233;rieux hasard de la naissance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Pourquoi est-ce elle et non pas moi qui suis riv&#233; &#224; ces rochers, emmur&#233; dans ces ab&#238;mes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'o&#249; provient cette diff&#233;rence inou&#239;e entre la destin&#233;e des habitants d'une m&#234;me terre et cette diff&#233;rence n'appelle-t-elle pas une compensation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'auront-ils jamais&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et j'entendais une voix qui, des profondeurs de mon &#234;tre, me disait : ailleurs. Cette femme souffre-t-elle autant que je me l'imagine, et le manque d'instruction n'att&#233;nue-t-il pas un peu la sensation&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Probl&#232;me troublant qui se pose. Ces gens illettr&#233;s ne souffriraient-ils pas plus si l'instruction, ayant aiguis&#233; leur esprit, leur avait ouvert un monde d'id&#233;es qu'ils ne soup&#231;onnent m&#234;me pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'instruction ne serait-elle, en quelque sorte, que le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;r&#233;v&#233;lateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui leur ferait voir et sentir la cruaut&#233; de leur sort&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai remerci&#233; cette femme. Fond-Turbat n'&#233;tait qu'&#224; 500 m&#232;tres, j'aimais mieux &#234;tre seul. &#192; peine avais-je march&#233; dix minutes que brusquement la Bonne tourna au Sud-Est, et au fond de la nouvelle vall&#233;e, apparut, dans une gigantesque avenue de pics sombres et de glaciers, l'Olan, dont la blanche cime se perdait dans le ciel. Je ne d&#233;crirai pas le prodigieux tableau, je ne le pourrais. Les mots seraient impuissants &#224; rendre ce que je vis, &#224; traduire ce que je ressentis. J'&#233;tais au centre des forces brutales de la mati&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; ici, la nature est farouche, mena&#231;ante, terrible &#224; l'homme... Vu par un temps calme, dans la lumi&#232;re d'or d'une belle journ&#233;e, Fond-Turbat est un des plus grandioses, des plus sublimes spectacles de nos Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; 11 heures, j'&#233;tais de retour au D&#233;sert. La mauvaise c&#244;te descendue, mon allure devint tr&#232;s rapide, la pente de la route &#233;tant constante. J'avais remarqu&#233; le matin de nombreux buissons d'&#233;pine-vinette, dont les baies rouges faisaient dans le paysage un tr&#232;s joli effet. Quelques champs m&#234;me &#233;taient bord&#233;s de haies de ces arbustes. Je ne tardai pas &#224; repasser devant un de ces champs, dans lequel fauchait un montagnard. Je m'arr&#234;tai.&lt;br class='autobr' /&gt; Je tiendrais &#224; vous demander, lui dis-je, si vous semez parfois du bl&#233; ou du seigle dans cette terre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et si vous en semez, ne prend-il pas la rouille&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Le faucheur me regarda surpris : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;j'ai renonc&#233; me r&#233;pondit-il, &#224; en semer. Il pousse bien, vient tr&#232;s beau, puis tout &#224; coup &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;la maladie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; arrive, il ne &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;fait rien&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Je ne peux comprendre pourquoi.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Je vous le dirai, repris-je, et cassant une branche d'&#233;pine-vinette : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Voici la coupable, arrachez-la et votre seigle sera exempt de maladie.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Le montagnard me remercia, mais me crut-il&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je ne sais.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne voudrais pas &#234;tre indiscret &#8212; je sens que je le suis &#8212; mais j'aimerais bien savoir &#224; quoi servent les professeurs d&#233;partementaux d'agriculture. Il est v&#233;ritablement extraordinaire qu'on n'ait pas r&#233;v&#233;l&#233; aux habitants de cette vall&#233;e le r&#244;le n&#233;faste que joue l'&#233;pine-vinette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les chemins &#233;troits des Alpes, si sujets aux surprises, il vaut mieux, au lieu de jeter des coups d'&#339;il furtifs sur le paysage, faire de fr&#233;quentes haltes : un moment d'inattention pouvant &#234;tre fatal. Je marchais tr&#232;s vite, quand, &#224; cent m&#232;tres environ, j'aper&#231;us une ligne droite coupant la route et dont la couleur se confondait avec celle du sol. Quelques tours de roue et je distinguais une &#233;chelle qui venait &#233;videmment de glisser des pentes presque perpendiculaires de la for&#234;t. Elle barrait absolument le chemin et j'eus &#224; peine le temps de sauter. Supposez un instant de distraction : c'&#233;tait la chute s&#251;re, irr&#233;m&#233;diable. Si je rapporte cet incident, c'est pour montrer &#224; quel point en montagne, la surveillance de la route doit &#234;tre rigoureuse, et comment la moindre inadvertance peut avoir des cons&#233;quences graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; midi et demi j'&#233;tais &#224; Entraigues o&#249; je d&#233;jeunai. Je repartis &#224; 1 h. 20, repassais &#224; Valbonnais et &#224; 1 h. 50 me trouvais devant l'usine &#224; ciment. Plusieurs ouvriers &#233;taient arr&#234;t&#233;s en face de la grille et leurs figures attrist&#233;es, leurs gestes d&#233;courag&#233;s, m'indiquaient clairement qu'un accident venait de se produire. Informations prises, le matin m&#234;me, un mineur avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233; sous un &#233;boulement. Cette rencontre m'avait assombri et pendant que je m'acheminais vers le Pont-Haut, ma pens&#233;e allait du mineur de Valbonnais &#224; ces milliers d'&#234;tres humains, ensevelis dans les entrailles de la Terre, y arrachant p&#233;niblement le charbon, ce nerf de la vie moderne. Notre bien-&#234;tre, me disais-je, ne vient que de la souffrance d'autrui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; chacune de nos jouissances co&#251;te un effort, une peine, une larme. Le bonheur de quelques-uns n'est fait que de souffrances accumul&#233;es. La civilisation pour toute une cat&#233;gorie de nos semblables n'a pas &#233;t&#233; synonyme de progr&#232;s, elle a rendu la vie plus dure, plus tranch&#233;es les d&#233;marcations sociales. Autrefois, l'homme, attach&#233; &#224; son humble chaumi&#232;re, labourait, sous le soleil, le champ que lui avait l&#233;gu&#233; son p&#232;re. Il travaillait pour lui et ce travail lui donnait un sentiment de fiert&#233;, d'ind&#233;pendance que l'ouvrier de nos jours a perdu. L'ouvrier d'aujourd'hui n'a plus son individualit&#233;. Noy&#233; dans la masse, c'est un simple rouage, une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;pi&#232;ce interchangeable&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; : son moi a disparu, remplac&#233; par l'instinct perverti de la foule. Il est le serf de l'usine, l'esclave de la mine. Le gain quotidien, indispensable, est d&#233;pens&#233; &#224; mesure &#8212; le ch&#244;mage, la gr&#232;ve, c'est la mis&#232;re qui le prend &#224; la gorge. Pour lui, le cellier est vide et le grenier sans bl&#233;. La vieille armoire aux draps de grosse toile, fleurant le thym et la lavande, o&#249; se cachaient les quelques pi&#232;ces d'or si lentement amass&#233;es, il ne l'a jamais connue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et le travail, de sain, moralisateur qu'il &#233;tait, est devenu pour lui presque une mal&#233;diction.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; 2 h. 20 j'&#233;tais sur le Pont-Haut, la rampe de La Mure est tr&#232;s dure, j'avais le vent contre moi, et, pourquoi ne l'avouerai-je pas, je mis pied &#224; terre.&lt;br class='autobr' /&gt; J'estime que le touriste qui, en &#233;crivant son voyage dissimule la v&#233;rit&#233;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;en conte&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, trompe le lecteur indignement. Il d&#233;robe l'int&#233;r&#234;t qu'on porte &#224; son r&#233;cit, la sympathie qu'on ressent pour son caract&#232;re&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; et pour ma part, quant &#224; certains indices infaillibles, je vois que j'ai affaire &#224; un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;feuilletoniste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ma curiosit&#233; est &#233;teinte et je mets le livre de c&#244;t&#233;. La sinc&#233;rit&#233; est la premi&#232;re qualit&#233; du narrateur&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais que de barons de Machausen qui voyagent &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Je montais donc &#224; pied la longue c&#244;te, quand &#224; mi-chemin, j'aper&#231;us un cycliste, assis sur une borne. &#192; mon approche il se leva, prit sa bicyclette, et me saluant, marcha &#224; mon c&#244;t&#233;. Nous caus&#226;mes. C'&#233;tait un peintre amateur, enthousiaste de la montagne qui, chaque ann&#233;e, parcourait les Alpes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est d&#233;sesp&#233;rant, me dit-il, je trouve souvent des sites de toute beaut&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; impossible de les prendre, on crierait au chromo. Que de fois j'ai reconnu des paysages que je n'avais jamais vus. Les chromos ont d&#233;shonor&#233; les Alpes. Ajoutez &#224; cela une couleur si violente, une lumi&#232;re si crue, que parfois je crains d'&#234;tre accus&#233; d'invraisemblance. Je suis r&#233;duit &#224; peindre des vues tr&#232;s &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;adoucies&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Voyez les admirables toiles alpestres de G. Dor&#233; : elles ont pass&#233; presque inaper&#231;ues, et bien des tableaux de Calame seraient aujourd'hui du dernier poncif.&lt;br class='autobr' /&gt; Je lui contai que je venais de Fond-Turbat.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voil&#224; pr&#233;cis&#233;ment, s'&#233;cria-t-il, un site que le pinceau ne peut rendre. Je me suis battu sur la vall&#233;e de Valsenestre, quelle merveilleuse for&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pas une teinte qui ne s'y trouve, tenez, regardez ces sous-bois qu'en dites-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? et, tirant son album, il me montra de tr&#232;s jolis croquis&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; L'&#233;t&#233; prochain, r&#233;pondis-je, la for&#234;t de Valsenestre sera ma premi&#232;re excursion.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous s&#233;par&#226;mes &#224; la bifurcation de Mens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'arrivai enfin &#224; La Mure &#224; 3 h. 30. Le vent qui m'avait fort g&#234;n&#233; &#224; la mont&#233;e, soufflait ici en temp&#234;te, soulevant d'&#233;pais tourbillons de poussi&#232;re. Sous ses rafales du Nord-Est, le plateau est intenable et la route de Laffrey m'&#233;tait ferm&#233;e. Le train ne partait qu'&#224; 7 h. 15 et le chemin par le pont de Brion faisant un tr&#232;s long d&#233;tour, j'&#233;tais tr&#232;s ind&#233;cis, quand l'id&#233;e me vint de prendre la route de Monteynard.&lt;br class='autobr' /&gt; Ne la connaissant pas, j'allai aux renseignements. Elle est, me dit-on, excellente et ne met Grenoble qu'&#224; 42 kilom&#232;tres de La Mure - 38 par Laffrey. D'apr&#232;s la lecture de la carte, cette route devait surplomber le Drac &#224; une grande hauteur et offrir un tr&#232;s pittoresque parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je partis &#224; 4 heures. Le chemin, trac&#233; &#224; travers des marais et des prairies, suit en s'&#233;levant la ligne de Saint-Georges. Le vent continuait &#224; souffler avec rage, balayant furieusement la Matheysine qui disparaissait sous les nuages de poussi&#232;re. J'avan&#231;ais lentement et atteignis enfin, apr&#232;s quelque cent m&#232;tres de mont&#233;e assez raide, le col de la Festini&#232;re. Je contemplai longuement ses perspectives lointaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne m'arr&#234;tai pas &#224; la Motte-d'Aveillans. Le torrent de Vaulx franchi, je remontai &#224; flanc de coteau pendant 2 kilom&#232;tres. La vue devenait de plus en plus belle, et j'avais sous moi le verdoyant vallon tout entier. J'apercevais les multiples lacets du chemin de fer dont les rails brillaient au soleil, les deux viaducs de Loulla, le ch&#226;teau de la Motte. Mais ce qui &#233;clipsait tout, ce qui attirait invinciblement mon regard, c'&#233;tait le mont Aiguille qui, seul, formidable, apparaissait tel qu'un colossal donjon. D'ici, se pr&#233;sentant sous son petit axe, ce n'est plus le gigantesque vaisseau qu'on voit de Clelles o&#249; de Mens, et je con&#231;ois qu'on l'ait class&#233; parmi les sept merveilles du Dauphin&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Du haut de la c&#244;te aux bords de l'Is&#232;re, la descente est ininterrompue et la pente, ne d&#233;passant pas 5&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, je pus marcher &#224; toute allure.&lt;br class='autobr' /&gt; Je traversai Monteynard et &#224; partir de ce village, la route fut un &#233;merveillement. Elle dominait la voie ferr&#233;e de 300 m&#232;tres, par cons&#233;quent le Drac de 600&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; parfois &#224; pic sur le pr&#233;cipice, elle offrait de fantastiques points de vue, de vertigineuses &#233;chapp&#233;es. &#192; chaque instant, dans ma course rapide, le paysage se modifiait et c'&#233;tait un enchantement indicible de descendre cette route, v&#233;ritable corniche du Drac. Tel devrait &#234;tre son nom.&lt;br class='autobr' /&gt; Soudain, &#224; un d&#233;tour de la route, l'&#233;troite gorge s'ouvrit, l'horizon s'agrandit et je d&#233;couvrais toute la plaine de Grenoble. &#192; gauche, se dressaient les montagnes du Vercors, h&#233;riss&#233;es de bois que surmontaient leurs cr&#234;tes rocheuses&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le casque de N&#233;ron, le Saint-Eynard, Chamechaude, formaient un admirable fond de tableau.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lit du Drac, d'une largeur &#233;norme, &#233;tait devenu un immense lac de gravier. Prisonnier pendant plus de quarante kilom&#232;tres dans sa sauvage fissure, il a, ainsi que les peuples rest&#233;s longtemps en servage et qui, brisant leurs cha&#238;nes, abusent de leur libert&#233;, abus&#233; lui aussi de la sienne, et &#224; une grande &#233;tendue de pays, n'a apport&#233; que la d&#233;solation et la ruine.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai pass&#233; par le pont de Claix et je suivais une des all&#233;es du cours Saint-Andr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;j&#224; l'ombre envahissait la plaine, Belledone et Chamrousse n'avaient plus leurs neiges &#233;tincelantes, mais leurs sommets aux roches foudroy&#233;es, frapp&#233;s par les derniers rayons de soleil, avaient pris une teinte de flamme d'un aspect saisissant : c'&#233;tait une dentelle incandescente, un diad&#232;me de feu, couronnant les pentes sombres de la montagne. Insensiblement l'ombre monta, s'&#233;tendit triste comme un linceul, et une &#224; une les cimes s'&#233;teignirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce sublime spectacle a ramen&#233; mon esprit &#224; la femme du D&#233;sert, aux habitants de la haute vall&#233;e. Ce magique tableau que j'admire, ils ne le voient pas quand leurs Alpes s'illuminent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'impression que j'&#233;prouve, ils ne la ressentent jamais ils ne regardent pas les cimes et ni leurs yeux, ni leurs pens&#233;es n'interrogent les cieux. Attach&#233;s par leur mis&#232;re &#224; la terre, ils sont toujours courb&#233;s vers elle. C'est la m&#232;re nourrici&#232;re, l'alma parens et ils l'aiment comme l'enfant aime la sienne. Entour&#233;s de forces hostiles, leur vie est un combat sans tr&#234;ve et sans merci. De joies, ils n'en ont pas et leur existence s'&#233;coule &#224; arracher &#224; la terre le pain qu'elle leur mesure en v&#233;ritable mar&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De nombreuses voitures, de brillants &#233;quipages sillonnaient la grande avenue, et autour de moi, la foule se pressait endimanch&#233;e, joyeuse, heureuse de la journ&#233;e pass&#233;e en f&#234;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et la vue de cette joie, de ce luxe qui m'entouraient ne faisait que rendre ma vision plus aigu&#235;, ma piti&#233; plus profonde.&lt;br class='autobr' /&gt; Trop de bien-&#234;tre et de bonheur d'un c&#244;t&#233;, trop de privations et de souffrances de l'autre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; pourtant nous sommes tous les fils d'un m&#234;me p&#232;re et ces diff&#233;rences monstrueuses ne se comprennent pas. Pourront-elles s'att&#233;nuer, s'an&#233;antir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Viendra-t-il le jour o&#249; nous verrons une r&#233;partition plus &#233;quitable des joies terrestres, la mis&#232;re disparue, le faible soustrait au fort, le droit primer la force&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Assisterons-nous &#224; la fin des luttes fratricides&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les hommes s'uniront-ils dans une fraternit&#233; jusqu'ici inconnue&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Luira-t-elle jamais l'&#233;clatante aurore des temps nouveaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Non. Toujours ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Et de m&#234;me que les sommets de Belledone se sont &#233;teints, nos esp&#233;rances d'ici-bas les plus ardentes, p&#226;lissent, ternissent, s'&#233;vanouissent dans la nuit&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; Post tenebras lux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Col de Porte (1901)</title>
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		<dc:date>2024-10-02T10:55:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>velovi</dc:creator>


		<dc:subject>cyclotourisme, cyclocamping</dc:subject>
		<dc:subject>Entre 1900 et 1914</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>
		<dc:subject>Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>Pilat</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;&#8212; Je vous pardonne votre interruption en faveur du mot. Je continue. Ils sont, me dis-je, &#224; l'ombre des grands bois, sous chaque sapin brillera une bicyclette. Dans les grands bois, brillaient seules les gouttes de ros&#233;e, et &#224; l'auberge, ils ne fourmillaient pas. En r&#233;fl&#233;chissant, je calculai qu'avec le train furibond qui caract&#233;rise les cyclistes de ce pays, ils devaient &#234;tre non seulement &#224; Bourg-Argental, mais en revenir, et je descendais avec la plus grande prudence, de crainte de collision, la longue c&#244;te. Les steppes de la Sib&#233;rie pullulent &#224; c&#244;t&#233;. &#192; 8 heures, j'arrivai &#224; Bourg-Argental, et pendant que sur le devant d'un caf&#233; je d&#233;jeunais, je fus fort &#233;gay&#233; par trois cyclistes qui tournaient sur la place, se livrant &#224; l'acrobatie ordinaire que vous savez. Inutile de dire qu'ils n'&#233;taient pas de Saint-&#201;tienne. Apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;sert recommen&#231;a.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;cyclotourisme, cyclocamping&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Entre 1900 et 1914&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Alpes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Col de Grand Bois, Col de la r&#233;publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Pilat&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Paru dans Le Cycliste, Novembre 1901, Source archives d&#233;partementales de la Loire, cote Per132_7&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, &#224; 3 heures nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; nous mettre en selle. Comme la veille, le touriste rouge me demanda si j'avais pass&#233; une heureuse nuit, si je n'avais pas eu de cauchemars.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous remercie de votre attention, mais, &#8212; et remarquez que c'est l'indice infaillible d'une conscience pure &#8212; je ne fais jamais de mauvais r&#234;ves.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me dans Le Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? r&#233;pliqua-t-il malicieusement, et son sourire...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre perfide insinuation, mon ami, constitue, une provocation au premier chef, c'est un v&#233;ritable casus belli. Ne soyez pas surpris, si je me consid&#232;re en &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense. D&#233;sormais toutes les repr&#233;sailles me seront permises.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Et je compris alors le secret mobile de cette sollicitude qui m'&#233;tonnait. Hier matin, le c&#339;ur lui avait probablement manqu&#233; pour ce coup de Jarnac.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je suis encore votre d&#233;biteur, reprit-il, et je d&#233;sesp&#232;re presque de m'acquitter envers vous. Cependant, soyez s&#251;r que je ferai tout ce que je pourrai pour cela.&lt;br class='autobr' /&gt; La rampe de la Placette, d'une longueur de 5 kilom&#232;tres, offre une pente moyenne continue de 7&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%, qu'avec le d&#233;veloppement de 2m,90 on gravit tr&#232;s facilement. Quant &#224; mon compagnon, avec 5m,60 c'&#233;tait pour lui un simple jeu. Nous montions c&#244;te &#224; c&#244;te en causant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voulez-vous que nous marchions un ou deux kilom&#232;tres, me dit-il, la vue est si belle que c'est un crime de l&#232;se-tourisme d'aller aussi vite. &#192; pied, nous pourrons mieux jouir de cette superbe &#233;chapp&#233;e sur la vall&#233;e de l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous montions donc &#224; pied, &#233;changeant nos impressions, nous arr&#234;tant souvent pour contempler la merveilleuse vue. Tout &#224; coup, nous f&#251;mes d&#233;pass&#233;s par un quadricycle. &#192; peine si nous e&#251;mes le temps d'entrevoir une jeune femme plac&#233;e devant le chauffeur.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ne trouvez-vous pas &#233;trange que depuis Nyons, nous n'ayons pas rencontr&#233; un touriste &#224; bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, et j'y suis habitu&#233;, r&#233;pondis-je, le contraire m'&#233;tonnerait. Le m&#234;me fait s'est produit dans mon voyage en Auvergne. Le touriste &#224; bicyclette est destin&#233; &#224; devenir bient&#244;t un objet de curiosit&#233;. Votre question me rappelle un &#233;pisode de mon excursion.&lt;br class='autobr' /&gt; Je vous ai racont&#233; les incidents de route d'Issoire &#224; Clermont par le col de Dyanne, ainsi que ceux de Clermont &#224; Saint-&#201;tienne par Ambert et Viverols. M.&#160;de X..., avec qui je passai une fort agr&#233;able soir&#233;e, me conseilla l'itin&#233;raire Grand'Croix, P&#233;lussin, Chavanay.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le dimanche, ajouta-t-il, nos routes sont sillonn&#233;es de cyclistes, le plateau de la R&#233;publique, les Grands-Bois en fourmillent.&lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi, me dis-je, ne passerais-je pas par Planfoy&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Cela me permettra, et je n'en serai pas f&#226;ch&#233;, de voir la tournure des cyclistes st&#233;phanois. Et pr&#233;cis&#233;ment le lendemain &#233;tait un dimanche. Malheureusement, je m'oubliai, et ne quittai Saint-&#201;tienne qu'&#224; 5 heures 30. Les rues &#233;taient vides de cyclistes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis lev&#233; trop lard, pensai-je, et j'admirai l'entrain matinal des touristes de cette ville. La mont&#233;e de Planfoy &#233;tait chang&#233;e en d&#233;sert, le plateau de la R&#233;publique &#233;galement. Je ne rencontrai &#226;me qui vive.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me le n&#232;gre de miss Symour22&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Pas m&#234;me de touriste noir. Je ne vis qu'un affreux chien qui me poursuivit avec une pers&#233;v&#233;rance digne d'un meilleur sort, car je fus oblig&#233; de lui tirer une cartouche de sel caustique. Il s'enfuit en hurlant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voyagez donc toujours avec un revolver&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, seulement dans mes grandes courses. Le voici : il est tr&#232;s petit mais d'une puissance extraordinaire. C'est une arme faite sp&#233;cialement pour les touristes par Galand. C'est sa derni&#232;re cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le fait est qu'il est du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;dernier galant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous pardonne votre interruption en faveur du mot. Je continue. Ils sont, me dis-je, &#224; l'ombre des grands bois, sous chaque sapin brillera une bicyclette. Dans les grands bois, brillaient seules les gouttes de ros&#233;e, et &#224; l'auberge, ils ne fourmillaient pas. En r&#233;fl&#233;chissant, je calculai qu'avec le train furibond qui caract&#233;rise les cyclistes de ce pays, ils devaient &#234;tre non seulement &#224; Bourg-Argental, mais en revenir, et je descendais avec la plus grande prudence, de crainte de collision, la longue c&#244;te. Les steppes de la Sib&#233;rie pullulent &#224; c&#244;t&#233;. &#192; 8 heures, j'arrivai &#224; Bourg-Argental, et pendant que sur le devant d'un caf&#233; je d&#233;jeunais, je fus fort &#233;gay&#233; par trois cyclistes qui tournaient sur la place, se livrant &#224; l'acrobatie ordinaire que vous savez. Inutile de dire qu'ils n'&#233;taient pas de Saint-&#201;tienne. Apr&#232;s Bourg-Argental, le d&#233;sert recommen&#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fumais une cigarette &#224; la bifurcation de Boulieu, quand au moment o&#249; je partais, j'aper&#231;us enfin sur la route d'Annonay deux touristes accompagn&#233;s d'une cyclettiste, dont la gracieuse apparition fut le sourire cycliste de cette journ&#233;e. De Boulieu &#224; Andance rien, et ce ne fut qu'&#224; Sarras que je fus d&#233;pass&#233; par deux autres touristes, dont l'un, ing&#233;nieur en chef des ponts et chauss&#233;es, &#233;tait bien le plus &#233;tonnant cycliste que j'aie rencontr&#233;. Il p&#233;dalait en planant &#224; chaque instant, et soutenait un train de 20 &#224; 25 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Jusqu'&#224; Tournon il me servit d'entra&#238;neur. J'&#233;tais aussi bien aise de voir dans quel &#233;tat il descendrait de machine. Ce fut lamentable, rouge, congestionn&#233;, il ruisselait, tandis que son compagnon et moi &#233;tions en somme fort pr&#233;sentables. Sur une route &#224; pentes insensibles, les planements sont une pure folie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce sport, en tant que tourisme, tend en effet &#224; dispara&#238;tre. Il est trop dur pour les jeunes gens eff&#233;min&#233;s de notre &#233;poque, qui se sont pr&#233;cipit&#233;s sur les automobiles, la n&#233;gation absolue, jusqu'&#224; maintenant, de l'ind&#233;pendance si ch&#232;re aux vrais touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je le regrette pour eux. Ils ignorent une des plus grandes jouissances qu'il soit possible de go&#251;ter sur notre pauvre plan&#232;te, o&#249;, comme les cyclistes &#224; Planfoy, elles ne pullulent pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en causant, nous &#233;tions arriv&#233;s &#224; la Placette. L'auberge &#233;tait ouverte, et dans l'air vif du matin nous nous sent&#238;mes en tr&#232;s bonnes dispositions pour d&#233;jeuner. Je ne sais comment la conversation tomba sur la Revue.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'esp&#232;re bien, me dit le touriste rouge, que vous ne recommencerez pas votre agr&#233;able plaisanterie de la Croix-Haute, et que je ne risque rien &#224; aller &#224; la Grande Chartreuse avec vous. Vous ne sauriez croire, quand je revis votre r&#233;cit et que je m'aper&#231;us que j'en &#233;tais le h&#233;ros, combien je fus &#233;tonn&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; je fus m&#234;me un instant furieux de votre trahison, mais &#231;a ne dura pas. Vous n'aviez pas &#233;t&#233;, j'en conviens, bien m&#233;chant, et je finis par rire franchement. &#192; vrai dire, vous n'aviez raill&#233; que mes imperfections physiques, ou plut&#244;t ce que vous croyez en &#234;tre. Rappelez-vous Saint-Julien-en-Beauch&#232;ne&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et puis, me dis-je &#8212; c'&#233;tait le corollaire naturel de votre r&#233;cit &#8212; je dois &#234;tre irr&#233;prochable au moral. J'avoue que cette hypoth&#232;se me s&#233;duisit un instant. Je n'ai pas besoin de vous dire que ma modestie eut vite raison de cette pens&#233;e, et j'accusai votre peu de clairvoyance. En somme, vous ne m'aviez rien promis, je ne vous avais rien demand&#233;, vous &#233;tiez donc parfaitement libre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comment&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! comme aujourd'hui&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Hier soir, &#224; Serres, pendant que vous dormiez, je notais h&#226;tivement nos incidents de route. Vous imaginez-vous que c'&#233;tait pour moi seul que je luttais contre le sommeil.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous ne dormiez pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! encore une trahison&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#224; qui donc se lier&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous reconna&#238;trez que j'ai respect&#233; votre incognito : ni votre nom, ni la ville que vous habitez, rien dans mon r&#233;cit ne peut le faire supposer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et mes jambes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et ma malheureuse moustache&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je crains toujours de rencontrer un abonn&#233; du Cycliste s'&#233;criant &#224; ma vue : Voil&#224; l'homme rouge qui passe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; N'ayez pas cette crainte. Les abonn&#233;s de la Revue sont trop bien &#233;lev&#233;s pour cela. Je dirai m&#234;me plus : je pourrais vous en citer et non des moins aimables &#8212; qui seraient enchant&#233;s de vous conna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous me g&#226;tez mon excursion. Encore, si vous me promettiez d'avoir la main l&#233;g&#232;re. Mais aussi, quelle extraordinaire id&#233;e avez-vous eue de collaborer au Cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Extraordinaire, je vous l'accorde, et j'en suis encore plus &#233;tonn&#233; que vous. C'est cette infernale Croix de Chabourey qui en est cause.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle responsabilit&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je suis surpris qu'elle soit encore debout, interrompit-il d'un air p&#233;n&#233;tr&#233;, en joignant les mains.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Elle est m&#234;me tr&#232;s solide, pourtant, n'essayez pas de lui d&#233;dier un sonnet, les bras lui en tomberaient et ce serait vraiment dommage. Je poursuis. M.&#160;de Vivie m'a rendu le plus grand service qu'un touriste puisse rendre &#224; un autre, en me r&#233;v&#233;lant la puissance de la petite multiplication &#224; laquelle je ne croyais pas. J'ai voulu, par quelques r&#233;cits &#233;crits d'une main inhabile &#8212; ils seront mis au nombre de mes p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#8212; le remercier. Voyez, comme vous vous trompiez, quand vous m'accusiez de n'&#234;tre pas reconnaissant&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'&#233;tais bien aise en m&#234;me temps d'orienter les touristes vers des pays peu connus, et si j'ai pu donner le go&#251;t du tourisme &#224; quelques cyclistes, si j'ai pu en arracher, ne serait-ce qu'un, aux joies malsaines de la ville, je m'estimerai suffisamment d&#233;dommag&#233;. Je me suis permis, mon cher ami, de vous associer &#224; cette bonne &#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je n'ai plus rien &#224; dire, si ce n'est que pour me fermer la bouche, votre derni&#232;re raison est d'une habilet&#233; extr&#234;me. Mais pour l'avenir, vous engagez-vous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Serai-je pr&#232;s de vous en s&#251;ret&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous le promets. Le touriste rouge ne para&#238;tra plus dans Le Cycliste, et pour vous le prouver, voulez-vous, le mois prochain, venir &#224; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; cette condition, je le veux bien. Un t&#233;l&#233;gramme et j'accours. La Placette d&#233;pass&#233;e, la route descend rapidement dans la vall&#233;e de l'H&#233;r&#233;tang. Nous arriv&#226;mes vite &#224; Saint-Laurent-du-Pont o&#249; nous ne nous arr&#234;t&#226;mes pas. Au pont de Saint-Bruno, je changeai de multiplication et nous roul&#226;mes &#224; une modeste allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la bifurcation de la Croix-Verte nous m&#238;mes pied &#224; terre pour gravir la pente &#224; 15% qui nous amena au couvent.&lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait exactement 7h. 40 quand nous sonn&#226;mes &#224; la porte. La visite ayant lieu &#224; 8 heures, nous utilis&#226;mes le temps qui nous restait &#224; d&#233;jeuner. Notre collation &#224; la Placette &#233;tait pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de souvenir. &#192; 8 heures un fr&#232;re vint nous chercher.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous attendrai au-dehors, sur la pelouse. Je suis venu au couvent plusieurs fois, ce serait pour moi une corv&#233;e. Vous me ferez part de votre impression&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et je le laissai.&lt;br class='autobr' /&gt; J'attendis longtemps. La grande porte enfin s'ouvrit et le touriste rouge apparut.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Eh bien, lui dis-je, avez-vous &#233;t&#233; s&#233;duit par la vue int&#233;rieure du couvent&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous sentez-vous des dispositions &#224; devenir chartreux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Chartreux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! jamais de la vie, et la mortelle tristesse de ce clo&#238;tre me ferait fuir &#224; cent lieues. Sa visite m'a peu int&#233;ress&#233;. Ce n'est pas le premier que je vois, et &#224; part quelques d&#233;tails, c'est toujours la m&#234;me chose. Nous n'&#233;tions que cinq touristes, ce qui m'a paru peu. Le fr&#232;re qui nous conduisait avait une v&#233;ritable mine d'asc&#232;te et dans ses yeux sombres luisait l'ardeur mystique de sa vocation. &#201;videmment, il croyait par ses mac&#233;rations gagner le ciel. Il me regardait presque tout le temps : ma maigreur de simple la&#239;que devait lui porter ombrage.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que vous puissiez porter ombrage &#224; quelqu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah, mon ami, ne l'esp&#233;rez pas. Que ce soit &#224; un fil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et encore&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ce n'est pas &#224; vous que l'on dira jamais : &#244;te-toi de mon soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le spectre solaire compterait seulement une raie de plus. Enfin, je suis fort heureux que vous ayez trouv&#233; votre pareil. Je croyais bien que vous monopolisiez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous vous vengez... Je ne r&#233;pondrai pas. Le voisinage de ce couvent a sur vous une d&#233;testable influence. Partirai-je seul&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'ailleurs, votre mani&#232;re de vous nourrir vous a tr&#232;s bien pr&#233;par&#233; &#224; cette vie aust&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quittez ce souci. Je n'ai jamais envi&#233; la vie monastique. Pour moi, vie est synonyme de mouvement, et les seuls ordres qui m'eussent attir&#233;, ce sont ces ordres mendiants du moyen &#226;ge, dont les moines, la besace au dos, le b&#226;ton &#224; la main, parcouraient toute l'Europe. Ils couchaient un jour dans un ch&#226;teau, le lendemain sous le chaume, parfois m&#234;me en pleine for&#234;t. Ces moines-l&#224; sont nos anc&#234;tres, ce sont les premiers touristes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, mais ils ont disparu. Quant aux ordres existants aujourd'hui, je n'en comprends aucun et les couvents sont, &#224; mes yeux, un v&#233;ritable anachronisme. Les hommes sont faits pour vivre ensemble, pour s'aider, et non pour s'isoler. Je ne con&#231;ois pas au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un homme se faisant moine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je ne suis pas de votre avis. Je pense aux vaincus de la vie, &#224; ceux qui, meurtris, demandent gr&#226;ce. Le couvent, c'est l'&#233;vasion qui les soustrait aux trahisons du monde, &#224; la m&#233;chancet&#233; des hommes. En proie aux mille jouvences de cette terre, ils go&#251;tent l&#224; le repos, l'oubli&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; c'est le port sauveur qui abrite leur d&#233;tresse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, votre retraite n'est qu'une fuite. Vous &#233;vitez le combat, vous rendez les armes. Le c&#339;ur vous a manqu&#233; pour lutter, vous avez d&#233;sert&#233;, et si vous voulez conna&#238;tre le fond de ma pens&#233;e, la vie monacale n'est qu'une des formes de l'&#233;go&#239;sme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais enfin, s'il me pla&#238;t &#224; moi de fuir le monde, en quoi cela regarde-t-il quelqu'un&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Au nom de la libert&#233;, j'ai le droit de penser et d'agir comme il me conviendra.&lt;br class='autobr' /&gt; Commen&#231;ant ainsi, nous ne pouvions nous entendre. Nous discut&#226;mes longtemps en pure perte. Esprit g&#233;n&#233;reux, c&#339;ur d&#233;vou&#233;, ne connaissant pas les mis&#232;res de la vie, le touriste rouge ne pouvait comprendre cette s&#233;paration absolue, cette claustration dans laquelle se sont r&#233;fugi&#233;s certains de nos semblables.&lt;br class='autobr' /&gt; Rien de tel qu'une discussion anim&#233;e pour ouvrir l'app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Savez-vous qu'il est onze heures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Si nous allions d&#233;jeuner&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit mon compagnon.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Allons d&#233;jeuner. D'ailleurs, ce que nous disons est loin d'&#234;tre fol&#226;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Cela vous serait-il &#233;gal que nous filions sur Saint-Pierre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le menu serait moins s&#233;v&#232;re et nous n'aurions aucun pr&#233;texte &#224; rouvrir cette discussion. Ensuite, nous avons en perspective la rampe du col de Porte et je crains que ce maigre auquel je ne suis pas habitu&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Comme vous voudrez. Je ne tiens pas plus que vous &#224; rester ici. L'h&#244;tel du D&#233;sert est fort bon, rien ne nous retient plus, partons.&lt;br class='autobr' /&gt; Et prenant nos bicyclettes, nous saut&#226;mes en selle.&lt;br class='autobr' /&gt; La route de Saint-Pierre-de-Chartreuse, qui d'abord descend mod&#233;r&#233;ment, ne tarde pas &#224; s'accentuer terriblement. Malgr&#233; mon insistance, mon ami ne voulut pas mettre pied &#224; terre et nous f&#238;mes la folie de faire en machine la section &#224; 10&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;%. &#202;tre le dieu des cyclistes ne doit pas constituer pr&#233;cis&#233;ment une sin&#233;cure&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233;s sur les bords du Guiers nous respir&#226;mes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#199;a s'est tr&#232;s bien pass&#233;, me dit-il, et pourquoi voulez-vous que je suive vos conseils, quand vous-m&#234;me vous ne les suivez pas&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'y avait rien &#224; r&#233;pondre &#224; cette judicieuse remarque. Je me tus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous f&#251;mes vite &#224; l'h&#244;tel du D&#233;sert. Un touriste &#8212; l'esp&#232;ce offre une vari&#233;t&#233; infinie &#8212; install&#233; dans un grand fauteuil pr&#232;s de la fen&#234;tre, &#224; une chambre du second &#233;tage, tenait &#224; la main une canne &#224; p&#234;che. La longue cordelette flottait sur la rivi&#232;re, et sans se d&#233;ranger, surveillant de tr&#232;s haut les mouvements du bouchon multicolore, il p&#234;chait.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est ce qui s'appelle un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;p&#234;cheur en chambre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, observa le touriste rouge.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la salle &#224; manger d&#233;j&#224; nombre de touristes d&#233;jeunaient. Nous nous ass&#238;mes &#224; une petite table isol&#233;e : nous voulions pouvoir causer tranquillement. Malheureusement, deux cyclistes qui d&#238;naient pr&#232;s de nous s'entretenaient bruyamment et leur conversation ne tarda pas &#224; nous amuser beaucoup. Le verbe haut, l'allure insolente, ils parlaient surtout pour la galerie. L'un d'eux avait une passion f&#226;cheuse pour les citations, les mots historiques qu'il pla&#231;ait &#224; tort et &#224; travers, ce qui produisait un effet qu'il ne pr&#233;voyait pas sans doute.&lt;br class='autobr' /&gt; Ils nous fatigu&#232;rent bient&#244;t, et notre repas termin&#233;, nous quitt&#226;mes la salle et f&#238;mes apporter le caf&#233; sur la terrasse que longe le Guiers.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quels stupides touristes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ils reculent les bornes de la b&#234;tise humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce ne sont pas des touristes, r&#233;pondis-je, ce sont tout simplement des &#233;chapp&#233;s de quelque grande ville qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;font&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; la Chartreuse, s'il m'est permis de me servir de la langue de leur corporation. D'ailleurs, avez-vous remarqu&#233; leurs costumes&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Leur carcan de toile blanche&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un touriste amant de la belle nature et qui voudra par cons&#233;quent la caresser de pr&#232;s, pourrait-il s'astreindre &#224; un pareil accoutrement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? R&#232;gle invariable, le touriste se reconna&#238;t &#224; la commodit&#233; et au laisser-aller de son v&#234;tement. Le m&#233;pris de la mode est le commencement du tourisme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Votre explication me comble d'aise. Voyez la poussi&#232;re qui nous couvre, nos feutres de meunier...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous avons la tenue r&#233;glementaire. Je ne me souviens plus o&#249; j'ai lu qu'un touriste rempla&#231;ait, &#224; table d'h&#244;te, son faux-col absent par l'exquise distinction de ses mani&#232;res. Avez-vous remarqu&#233; l'heureux emploi qu'a fait notre voisin de table du mot de Siey&#232;s&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je l'ai savour&#233; en silence comme doivent se savourer toutes les choses rares. Il me rappelle un incident de voyage presque identique qui m'est arriv&#233; encore dans votre d&#233;partement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Dans mon d&#233;partement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! D&#233;cid&#233;ment vous lui en voulez.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Amieus Plato...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ne continuez pas. Elle est compl&#232;tement us&#233;e, tout &#224; fait hors de service.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je passe donc. Parti le matin de Saint-Guilhem-le-D&#233;sert, j'arrivai &#224; midi &#224; X... o&#249; je d&#233;jeunai. Ensuite, j'entrai dans le caf&#233; o&#249; se r&#233;unissaient les notables de l'endroit. &#192; une table voisine de la mienne &#233;tait assis un personnage que plusieurs personnes entouraient, l'appelant c&#233;r&#233;monieusement M.&#160;le suppl&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt; Il tenait le d&#233; de la conversation et toutes ses paroles &#233;taient soulign&#233;es de gestes et de sourires approbateurs. Nourri &#233;videmment du suc le plus pur de l'antiquit&#233;, il se risquait parfois, lui aussi, &#224; des citations v&#233;ritablement extraordinaires. Sa personne surtout l'occupait. Il daigna conter le menu de son d&#233;jeuner, d&#233;jeuner succulent, para&#238;t-il, car il termina ainsi : &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Enfin, Messieurs, j'ai fait un vrai festin de Sucullus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;br class='autobr' /&gt; L'auditoire en entier s'inclina sans comprendre, muet d'admiration devant un pareil faste. Seul, un jeune homme qui se trouvait plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; du suppl&#233;ant ne m'avait pas paru partager l'all&#233;gresse g&#233;n&#233;rale. Il osa &#8212; les jeunes gens ont toutes les audaces &#8212; hasarder timidement :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous voulez sans doute dire de Lucullus&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le suppl&#233;ant stup&#233;fait, le regarda un moment saisi de sa hardiesse. Ensuite, s&#251;r de lui, et souriant avec la sup&#233;riorit&#233; que donne le vrai savoir, il laissa tomber ces m&#233;morables paroles :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai dit Sucullus. D'ailleurs Lucullus n'aurait aucun sens&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le jeune imprudent ne protesta pas. Fut-il convaincu, n'osa-t-il rien dire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#201;tait-ce un surnum&#233;raire ambitieux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il se tut.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; moi, j'admirai les fruits &#233;tonnants de l'instruction obligatoire. Et dire que ce sera cet &#234;tre-l&#224;, juge de paix probablement &#224; cette heure, qui me jugera et m'appliquera le maximum en cas de contravention cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait petit, replet, bouffi, et quand on aime les festins de Sucullus, on est s&#251;rement v&#233;lophobe.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Le ciel nous pr&#233;serve de ses consid&#233;rants&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; La route du col de Porte remonte par des pentes tr&#232;s dures le vallon de Saint-Hughes. Les sections &#224; 10% n'y sont pas rares, aussi nous arr&#234;t&#226;mes-nous souvent. Sous les sapins, des amas de neige se voyaient encore. Dans une clairi&#232;re, nous aper&#231;&#251;mes des soldats attisant un feu sur lequel, suspendue &#224; trois piquets, bouillait une marmite, espoir de leur d&#238;ner. Arriv&#233;s au col, vu l'heure, nous d&#233;cid&#226;mes de faire une grande halte, et cherchant un endroit abrit&#233;, nous nous ass&#238;mes en plein soleil.&lt;br class='autobr' /&gt; Homme de pr&#233;caution, le touriste rouge sortit de son sac tout ce qu'il fallait pour constituer un tr&#232;s agr&#233;able go&#251;ter. Le secret d'un court conciliabule avec le ma&#238;tre d'h&#244;tel de Saint-Pierre me fut ainsi r&#233;v&#233;l&#233;. Apr&#232;s lui avoir vol&#233; les f&#233;licitations qu'il m&#233;ritait, je tirai mon &#233;tui &#224; cigarettes et nous nous m&#238;mes &#224; fumer et &#224; causer.&lt;br class='autobr' /&gt; Collectionneur passionn&#233; d'eaux-fortes, je lui expliquais les diff&#233;rents &#233;tats d'une planche, je lui disais les difficult&#233;s, les &#233;motions, les p&#233;rip&#233;ties de la poursuite de l'&#233;preuve rarissime, de celle tir&#233;e sur Japon ou parchemin, avant la gravure de la Remarque, sous les yeux de l'artiste, &#224; un ou deux exemplaires seulement&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; &#233;tat occulte presque impossible &#224; se procurer et que le graveur garde jalousement, quand tout &#224; coup il m'interrompit :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voyez le joli sujet que cela ferait, et il me montra un groupe venant vers nous.&lt;br class='autobr' /&gt; L'homme, un b&#251;cheron, son sac derri&#232;re le dos, portait sur le bras, une fillette encore toute jeune. Il babillait avec elle, tant&#244;t lui faisant les gros yeux, enflant la voix, tant&#244;t l'embrassant, et sa moustache aux poils rudes piquait les joues ros&#233;es de l'enfant qui riait aux larmes. &#192; dix pas suivait la m&#232;re lourdement charg&#233;e &#233;galement, que deux enfants un peu plus &#226;g&#233;s se faisant remorquer, tenaient par un pan de sa robe : attentive au man&#232;ge de son mari, sa figure refl&#233;tait une joie attendrie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que ces gens paraissent heureux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dit-il, la fortune ne fait pas le bonheur. Et il les regardait ravi.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous avez bien raison, ni l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux. Ne croyez-vous pas qu'il soit temps de partir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, me r&#233;pondit-il en souriant, il n'est que temps.&lt;br class='autobr' /&gt; Et se levant &#224; son tour, il prit sa bicyclette. Il allait se mettre en selle quand je l'arr&#234;tai.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;II&lt;/span&gt; ne faut pas songer ici &#224; tra&#238;ner un fagot, nous serions s&#251;rs du proc&#232;s-verbal. Les pentes &#233;tant fort raides, et cette route tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, nous nous s&#233;parerons. Vous me devancerez, si vous voulez, de 500 m&#232;tres, mais comme il importe que nous restions en communication, voici ce que je vous propose : c'est de nous servir d'un syst&#232;me de signaux que j'ai imagin&#233;. Vous passerez le premier. Venant de vous, trois coups de trompe signifieront que vous mettez pied &#224; terre, soit pour vous reposer, soit pour un danger quelconque&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; deux coups, que la route est mauvaise.&lt;br class='autobr' /&gt; Venant de moi, &#224; mes trois coups vous devez imm&#233;diatement sauter de machine et m'attendre, c'est l'arr&#234;t absolu. Deux coups signifieront : allez lentement, je veux vous rattraper. Quant au coup de trompe seul, il restera l'avertissement pour les voitures et les pi&#233;tons. Ces trois signaux r&#233;pondent &#224; tous les cas. Dans mes voyages alpins avec le touriste de Glanges dont je vous ai si souvent parl&#233;, ils nous ont rendu les plus grands services.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Compris. &#202;tes-vous pr&#234;t&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Je pars.&lt;br class='autobr' /&gt; La route &#233;tait ce jour-l&#224; presque d&#233;serte et nous marchions &#224; 25 ou 30 kilom&#232;tres &#224; l'heure. Celle vitesse n'est pas excessive et de temps en temps, nous ralentissions par de brefs coups de frein quand notre machine s'emportait.&lt;br class='autobr' /&gt; Le touriste rouge peu &#224; peu augmentait son avance, et de temps &#224; autre je l'entrevoyais filant comme une fl&#232;che. Bient&#244;t, la route tourna et je le perdis de vue. Tout &#224; coup, trois appels de trompe, nerveux, saccad&#233;s, retentirent au loin. J'activais ma marche quand le signal se r&#233;p&#233;ta. Quelque chose d'insolite &#233;videmment s'&#233;tait pass&#233;. J'aper&#231;us enfui mon ami assis sur le parapet du chemin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Que vous est-il arriv&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! lui dis-je en sautant de machine, comme vous &#234;tes p&#226;le, votre figure est toute boulevers&#233;e. Qu'y a-t-il donc&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Jamais je n'ai vu la mort de plus pr&#232;s, et je suis encore tout &#233;mu du danger auquel je viens d'&#233;chapper. Je descendais, &#224; vive allure, quand soudain je ressentis une secousse formidable et, sans m'en rendre compte, je me trouvai debout sur la route &#224; deux pas de cet ab&#238;me. Ma cha&#238;ne &#8212; pourquoi ne vous ai-je pas &#233;cout&#233; &#8212; trop peu tendue, avait accroch&#233; l'extr&#233;mit&#233; de la manivelle bloquant brusquement la roue motrice. Voyez la profonde trace qu'elle a laiss&#233;e dans la poussi&#232;re. C'est un v&#233;ritable miracle que sous le choc mon cadre ne se soit pas tordu et que je n'aie pas &#233;t&#233; jet&#233; &#224; droite dans ce pr&#233;cipice. Vous comprenez maintenant mon &#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Tenez, dis-je, prenant dans mon sac un flacon d'arnica, humectez ce sucre et buvez ensuite une gorg&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s, le touriste rouge se sentit mieux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous pouvons nous remettre en route, me dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Non, faisons &#224; pied un ou deux kilom&#232;tres, la marche activera la circulation du sang et vous fera grand bien.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous arriv&#226;mes ainsi au col de Vence. L&#224;, apr&#232;s de courtes ablutions &#224; la fontaine, il retendit sa cha&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle r&#233;clame pour le constructeur de ma bicyclette&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voil&#224; l'avantage d'avoir une machine de marque. Je me sens maintenant tout &#224; fait bien. Nous pouvons, je crois, repartir.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; En selle donc.&lt;br class='autobr' /&gt; Je partis deux minutes apr&#232;s lui. Le panorama du col est sans doute admirable, mais la route, offrant une pente tr&#232;s forte et des tournants assez dangereux, toute mon attention s'y portait. Pourtant, pris par la merveilleuse vue, j'eus un moment de distraction et brusquement apparut, &#224; huit ou dix m&#232;tres, une charrette charg&#233;e de tonneaux, dont les chevaux arr&#234;t&#233;s coupaient obliquement la route, la barrant enti&#232;rement. Je serrai mes deux freins et pus sauter &#224; terre juste sous les naseaux du premier cheval.&lt;br class='autobr' /&gt; Furieux, je sortis de mon caract&#232;re, mon sang de m&#233;ridional l'emporta et j'apostrophai le charretier, lui reprochant son imprudence.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; C'est miraculeux, m'&#233;criai-je, que je ne sois pas tomb&#233; sous les pieds de vos chevaux&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; L'air placide, souriant, assis comme Bacchus sur son tonneau, le charretier me regardait sans rien dire. Ensuite, sans se presser, il prit un petit tonnelet de 3 &#224; 4 litres et le tenant des deux mains, but lentement, toujours me fixant.&lt;br class='autobr' /&gt; J'&#233;tais stup&#233;fait, apais&#233; presque par le sang-froid vraiment magnifique qu'il d&#233;ployait.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout pourtant a une fin, m&#234;me la soif d'un charretier. Et quand il eut assez bu :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Voudriez-vous boire&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me dit-il avec un bon sourire, et il me tendit le tonnelet.&lt;br class='autobr' /&gt; Je trouvai la situation si dr&#244;le que subitement ma col&#232;re s'&#233;vanouit ou bien, par une loi myst&#233;rieuse, mon esprit subit l'influence du sien, et je souris. Quel philosophe&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dis-je, quel oubli des injures&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! La col&#232;re ne m&#232;ne &#224; rien, et du moment que j'&#233;tais sain et sauf, &#224; quoi bon me plaindre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'ai eu tort de m'emporter. Je voyage pour mon agr&#233;ment, lui a charg&#233; ces lourdes futailles et se r&#244;tit depuis deux heures sous ce soleil de plomb. Pourquoi moi, un heureux de ce monde, ai-je tant cri&#233; pour une petite inadvertance de ce brave homme&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et j'accusai le soleil&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; on n'aime pas &#224; avouer ses torts. Soyons tol&#233;rants les uns pour les autres : excellent conseil sans doute, mais plus facile &#224; donner qu'&#224; suivre.&lt;br class='autobr' /&gt; Et je levai le bras, pris le tonnelet et le portai &#224; mes l&#232;vres.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous s&#233;par&#226;mes dans les meilleurs termes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je rattrapai le temps perdu, la rampe fut vite descendue, et j'aper&#231;us le touriste rouge qui m'attendait sur la route.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Nous en sommes enfin sortis, me dit-il, quelle abominable descente&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'ai la main encore tout engourdie du serrage du frein.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Vous rendriez jaloux J&#233;r&#233;mie&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le pass&#233; n'existe pas, pensons donc au pr&#233;sent. Savez-vous qu'il est 6 heures et qu'il n'est rien de tel que les &#233;motions pour ouvrir l'app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Jamais pens&#233;e plus juste, plus vraie, et votre arnica est un puissant ap&#233;ritif.&lt;br class='autobr' /&gt; J'admirais la vigueur, la robustet&#233; qui se cachaient sous sa fr&#234;le apparence, quand, tout &#224; coup, une id&#233;e me traversa l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Les Grecs, mon ami, &#224; la fin d'un voyage heureusement termin&#233;, remerciaient les dieux qui leur avaient &#233;t&#233; favorables en leur offrant un sacrifice. Les fortun&#233;s immolaient une g&#233;nisse, d'autres une brebis, les plus pauvres enfin un coq...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; O&#249; voulez-vous en venir&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Attendez. Ne croyez-vous pas qu'il serait convenable d'offrir une victime au dieu du tourisme qui nous a prot&#233;g&#233;s et qui a &#233;t&#233; si plein d'&#233;gards pour nous&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Oui, mais laquelle&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? je ne pense pas que...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je vous propose d'immoler le v&#233;g&#233;tarisme et de faire ce soir ce que dans le langage des cours on appelle un d&#238;ner de gala.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; La triomphante id&#233;e&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! J'accepte avec transport&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vous avez compl&#232;tement raison. Comment n'y ai-je pas pens&#233;&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! c'est une question de tact, de convenance, de savoir-vivre, nous devons nous montrer reconnaissants. Je me charge du menu et si le dieu des touristes n'est pas content, il sera difficile&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Nous nous m&#238;mes en selle, et, dix minutes plus tard, nous descendions sur la place Grenette.&lt;br class='autobr' /&gt; Je serai tr&#232;s bref sur notre d&#238;ner. Dire qu'il fut aust&#232;re, serait par trop rester au-dessous de la v&#233;rit&#233;. Le menu du touriste rouge fut parfait. Il avait d&#233;cid&#233;ment la fibre de la reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelles jolies et amusantes histoires il me conta&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il &#233;tait en verve et fut, ce soir, &#233;tincelant, &#233;blouissant. Jamais je ne savourai mieux la vie, et jamais, par contre, les heures ne pass&#232;rent plus vite.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; un certain moment, la conversation tomba sur une c&#233;l&#233;brit&#233; litt&#233;raire, contemporaine, Madame X..., que, par le plus grand des hasards, j'avais rencontr&#233;e nagu&#232;re, en chemin de fer.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ce qui m'a le plus &#233;tonn&#233; chez elle, ajoutai-je, c'est son allure de puritaine. Je me la figurais tout autre. Vous me direz que les apparences...
&lt;br /&gt;&#8212; Connaissez-vous ce quatrain&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? me r&#233;pondit-il, il n'est pas de moi. Il vous est donc loisible de le trouver charmant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il &#233;tait une Romaine. &lt;br class='autobr' /&gt; Qui filait avec passion.&lt;br class='autobr' /&gt; Le matin, c'&#233;tait de la laine.&lt;br class='autobr' /&gt; Le soir, c'&#233;tait de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et le d&#238;ner continua dans sa folle gaiet&#233;. Il eut pourtant une fin.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je me permettrai, mon cher ami, dis-je en me levant de table, de vous remettre en m&#233;moire cette admirable pens&#233;e que vous avez burin&#233;e &#224; Rosans sous une non moins admirable forme, et dont nous venons de faire une si heureuse application : La sobri&#233;t&#233; est la vertu cardinale du cycliste&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; C'&#233;tait un coup droit. Il le para.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelle bizarre co&#239;ncidence&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je cherchais &#224; me rappeler o&#249; j'avais rencontr&#233; le touriste qui me donna cet excellent conseil : Soyez tr&#232;s sobre, soyez v&#233;g&#233;tarien, que l'eau soit votre unique boisson. Ne serait-ce pas sur la route du Valgaudemar&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Parlons d'autre chose. Voyez comme ces fleurs ont des nuances d&#233;licates.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; neuf heures, nous sort&#238;mes de l'h&#244;tel, et apr&#232;s le th&#233;, nous nous dirige&#226;mes en fumant vers la gare, o&#249; le touriste rouge devait prendre l'express de Lyon de 10 h. 18. La bicyclette enregistr&#233;e, nous nous promen&#226;mes sur le quai attendant l'heure du d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt; Toujours un peu de m&#233;lancolie, un peu de tristesse se m&#234;le aux adieux. Notre entrain &#233;tait loin et c'est presque &#233;mus que nous nous serr&#226;mes les mains. Mon ami monta en wagon, choisi un coin et pla&#231;a sac et journaux dans le filet. Puis se penchant &#224; la porti&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; T&#233;l&#233;graphiez-moi pour Valsenestre. Je vous promets de venir.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout &#224; coup, au sifflet aigu du chef de gare, r&#233;pondirent la trompe au son rauque du chef de train, le cri strident de la locomotive, une derni&#232;re poign&#233;e de main et le train se mit lentement en marche.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; Valsenestre&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! adieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! adieu&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt; Le train avait franchi le grand hall &#233;clair&#233; de la gare, sa masse noire d'instant en instant devenait moins distincte, et bient&#244;t je n'aper&#231;us plus qu'un triangle rouge qui fuyait dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Intres (1903)</title>
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&lt;p&gt;Paru dans Le Cycliste, D&#233;cembre 1903 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 heures du soir, nous &#233;chou&#226;mes &#224; la Voulte. Nous &#233;tions partis, un de mes amis et moi, le matin d'Avignon, comptant aller coucher aux Olli&#232;res. &#194;g&#233; de 40 ans environ, de taille moyenne &#8212; avec un peu d'embonpoint &#8212; la barbe noire en pointe, le teint color&#233;, des yeux respirant tant&#244;t la bont&#233;, tant&#244;t l'audace, s'enthousiasmant et se d&#233;courageant facilement, comme tous les m&#233;ridionaux, mon ami s'&#233;tait converti &#224; la bicyclette depuis un an &#224; peine.&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paru dans Le Cycliste, D&#233;cembre 1903&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 6 heures du soir, nous &#233;chou&#226;mes &#224; la Voulte. Nous &#233;tions partis, un de mes amis et moi, le matin d'Avignon, comptant aller coucher aux Olli&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#194;g&#233; de 40 ans environ, de taille moyenne &#8212; avec un peu d'embonpoint &#8212; la barbe noire en pointe, le teint color&#233;, des yeux respirant tant&#244;t la bont&#233;, tant&#244;t l'audace, s'enthousiasmant et se d&#233;courageant facilement, comme tous les m&#233;ridionaux, mon ami s'&#233;tait converti &#224; la bicyclette depuis un an &#224; peine. Manquant de m&#233;thode et d'entra&#238;nement, malgr&#233; l'allure fort mod&#233;r&#233;e que je lui avais impos&#233;e, il arrivait tr&#232;s fatigu&#233;. Il avait exig&#233;, en cours de route de nombreuses haltes, et, si je l'eusse &#233;cout&#233;, nous aurions mis deux jours pour venir d'Avignon &#224; la Voulte. C'&#233;tait la premi&#232;re course &#224; bicyclette que je faisais avec lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions projet&#233; d'aller au Puy par Tence et Yssingeaux, et de revenir par Langogne, Villefort et Alais. Jusqu'&#224; Saint-Agr&#232;ve, la route lui &#233;tait famili&#232;re &#8212; il ne la connaissait m&#234;me que trop&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#8212; il affectionnait particuli&#232;rement ce village, et d&#233;j&#224;, cet &#233;t&#233;, depuis l'ouverture de la ligne, il y &#233;tait mont&#233; trois fois. Il poss&#233;dait une machine Peugeot &#224; deux vitesses interchangeables en marche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;tais charg&#233; de l'organisation de cette excursion. J'avais fait l'horaire, choisi les &#233;tapes, les h&#244;tels, et je lui avais promis, au Cheylard, un d&#233;jeuner champ&#234;tre sur les bords d'un clair ruisseau, ce qui l'avait enchant&#233;. Je me m&#233;fiais des plats robustes, lourds et primitifs de ce bourg.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#238;n&#226;mes et couch&#226;mes donc &#224; la Voulte. Le lendemain &#224; 6 heures, nous nous m&#238;mes en selle. Le temps &#233;tait beau, mais tr&#232;s chaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
La route, trac&#233;e en corniche, suit fid&#232;lement l'Eyrieux. Elle est fort jolie, mais pr&#233;sente constamment le m&#234;me aspect, et comme nous la connaissions, nous causions sans faire attention au paysage. L'&#233;tape de la veille l'ayant un peu &#233;prouv&#233;, nous marchions &#224; une allure de 12 kilom&#232;tres &#224; l'heure, non comprises les haltes fr&#233;quentes qu'il s'offrait sous le fallacieux pr&#233;texte d'admirer un rocher, un arbre, un vieux mur, voire m&#234;me la sveltesse d'un poteau du t&#233;l&#233;graphe. Il n'y avait d'amusantes histoires qu'il ne me cont&#226;t pour me distraire et d&#233;tourner mon attention de l'heure, et celle des leggins du lieutenant de M.&#160;lui valut bien une demi heure de repos sous un ch&#226;taignier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, &#224; 11 heures &#8212; nous avions mis 5 heures &#224; faire 50 kilom&#232;tres &#8212; nous &#233;tions en vue du Cheylard et mon ami poussa un soupir de soulagement non affect&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Il &#233;tait temps d'arriver, me dit-il, je commen&#231;ais &#224; d&#233;faillir. Jamais, je crois, je n'ai eu aussi faim. &#192; propos, et votre d&#233;jeuner champ&#234;tre, o&#249; le p&#234;cherez-vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ce n'est pas, je suppose, avec le chocolat ou le sucre que contient votre sac que vous avez la pr&#233;tention de nous faire d&#233;jeuner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et, comme je doute fortement de vos talents d'improvisateur, je pense que ce que nous avons de mieux &#224; faire, c'est d'aller tout bonnement &#224; l'h&#244;tel.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous avez tort de douter. Allons, je vous prie, &#224; la gare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous dirige&#226;mes vers la gare, o&#249; on nous remit deux colis postaux arriv&#233;s la veille de Mont&#233;limar &#224; mon adresse. Nous les attach&#226;mes sur nos bicyclettes.
&lt;br /&gt;&#8212; Je connais, lui dis-je, un coin charmant sur la route de M&#233;zilhac, au sortir du village, apr&#232;s un petit pont. Une prairie descend en pente rapide vers un torrent et il y a des ch&#226;taigniers ombreux de l'autre c&#244;t&#233; du chemin. Nous y serons fort bien. Et charg&#233;s de nos bourriches qui donnaient &#224; nos montures un aspect peu esth&#233;tique, nous travers&#226;mes le Cheylard&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; aussit&#244;t &#224; l'endroit choisi, nous d&#233;ball&#226;mes nos provisions.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'avez-vous fait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! s'&#233;cria mon ami stup&#233;fait, et pour un v&#233;g&#233;tarien aust&#232;re, que voil&#224; un menu singulier&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Avez-vous donc envie de je&#251;ner ce matin&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Aust&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! comme vous vous trompez, et mon humeur accommodante s&#251;rement vous surprendra. Sachez qu'aujourd'hui je suis un martyr de l'amiti&#233;, et que je vais renier pour vous les dieux du v&#233;g&#233;tarisme. Ce sacrifice n'est pas au-dessus de mes forces et je vous dispense de g&#233;mir sur mon malheureux sort. Au surplus, et pour vous rassurer pleinement, je vais vous r&#233;v&#233;ler le grand secret des v&#233;g&#233;tariens. S'ils le sont, c'est surtout pour la grande jouissance que ce r&#233;gime leur procure&#160;: celle de donner de temps &#224; autre un vigoureux coup de canif dans leur contrat v&#233;g&#233;tarien. Ce sont, au fond, des sybarites.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous me renversez. Et moi qui croyais&#8230; qui vous citais en exemple&#8230; &#233;tais-je donc na&#239;f&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Que de choses perdent &#224; &#234;tre vues de pr&#232;s. Estafiler un contrat de cette mani&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je n'en reviens pas. Mais si on y r&#233;fl&#233;chit, c'est le sort ordinaire de bien des contrats, ajouta-t-il avec philosophie.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'entendez-vous par l&#224;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? lui dis-je s&#233;v&#232;rement.
&lt;br /&gt;&#8212; Rien de ce que vous y avez vu, mais simplement que ces r&#233;gimes rigoureux ne peuvent &#234;tre continus. &lt;br /&gt;&#8212; &#192; la bonne heure, et mettons-nous &#224; table.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Touriste Rouge lui-m&#234;me aurait compos&#233; le menu qu'il n'aurait pas &#233;t&#233; plus abondant, plus d&#233;licat, et notre faim de cycliste lui faisait honneur. Le vin venait directement de derri&#232;re des fagots, v&#233;n&#233;rables. Ainsi l'assura mon ami.
&lt;br /&gt;&#8212; Voyez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! me dit-il, en levant son verre, ce Mercurey est du rubis liquide. Quelle limpidit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! l'admirable couleur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et il jetait des regards de m&#233;pris sur l'eau pure du torrent qui coulait &#224; ses pieds.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gagn&#233;, perverti par ce d&#233;testable exemple, j'osai d&#233;clarer, au nom de l'hygi&#232;ne, qu'il &#233;tait souverainement imprudent de boire une eau dont on ne connaissait pas l'origine. &lt;br /&gt;&#8212; Ce vin g&#233;n&#233;reux, m'&#233;criai-je dans un &#233;lan de reconnaissance que je ne pus ma&#238;triser, peut nous sauver la vie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dessert se composait d'un plumcake (un peu compact peut-&#234;tre, mais supportant si bien le voyage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!) dont nous n'e&#251;mes raison qu'en le traitant en duc de Clarence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, l'humeur riante, nous pr&#238;mes sur l'herbe une position pleine d'abandon si ce n'est de gr&#226;ce, et nous fum&#226;mes en causant.
&lt;br /&gt;&#8212; Rarement, me dit mon ami, j'ai &#233;prouv&#233; pareil contentement. Le temps est superbe, ce pays magnifique et j'ai un compagnon que j'aime. Je me sens libre, ind&#233;pendant, et je ne laisse derri&#232;re moi ni femme ni enfant. De plus, je me porte comme un charme et j'ai de la force &#224; ne savoir qu'en faire (le soleil &#233;tait au z&#233;nith &#224; ce moment). Je suis absolument sans souci. Non, je ne crois pas qu'on puisse &#234;tre aussi heureux que moi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Toutes les joies, je les ai.
&lt;br /&gt;&#8212; Il vous manque celle qui les contient toutes&#160;: l'affection d'une femme douce, bonne et fid&#232;le. Il y a peu de choses &#224; prendre au s&#233;rieux sur cette terre, mais de ces choses rares, celle-l&#224; est la premi&#232;re. Je reconnais, toutefois, qu'elle n'est pas facile &#224; se procurer. Il est aim&#233; des dieux celui qui, apr&#232;s une s&#233;rie de temp&#234;tes et de naufrages, peut atteindre ce port sauveur.
&lt;br /&gt;&#8212; Il est trop tard. D'ailleurs, je connais bien peu de m&#233;nages parfaitement heureux. N'essayez pas de me convertir. Je mourrai dans la peau d'un c&#233;libataire imp&#233;nitent. Vous ai-je jamais cont&#233; l'histoire de mon joueur d'&#233;checs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Elle a fortifi&#233; singuli&#232;rement ma mani&#232;re de voir &#224; cet &#233;gard.
&lt;br /&gt;&#8212; Non, je ne le crois pas. Du moins, je n'en ai aucune souvenance.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous savez qu'autrefois j'ai habit&#233; Valence. J'avais alors 25 ans et j'&#233;tais, comme aujourd'hui, passionn&#233; pour les &#233;checs. Je jouais m&#234;me assez bien. J'allais presque tous les apr&#232;s-midi faire une partie avec un vieil ami de ma famille qui, outre cette passion, avait encore celle des vieilles estampes et des livres. Il avait une collection de Saint-Aubin et de Moreau le jeune tout &#224; fait extraordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Cet excellent homme passait, on peut le dire, sa vie dans son cabinet, tapiss&#233; de gravures et de livres. Il aurait &#233;t&#233; parfaitement heureux s'il n'avait eu, &#233;tant jeune, l'id&#233;e saugrenue de se marier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Sa femme &#233;tait bien la cr&#233;ature la plus acari&#226;tre, la plus insupportable que j'aie connue &#8212; une v&#233;ritable &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;preuve d'artiste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8212; et il fallait l'ang&#233;lique patience de mon vieil ami pour ne pas la jeter par la fen&#234;tre. Le ciel, malheureusement, avait b&#233;ni cette union et lui avait donn&#233; cinq fils, de grands gaillards absolument propres &#224; rien, si ce n'est &#224; faire des dettes. Ils ne distinguaient m&#234;me pas le gambit de Muzio de l'ouverture &#233;cossaise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Un certain jour, allant faire ma partie habituelle, j'entendis un violent bruit de voix dans son cabinet. Je reconnus celle de sa femme. Avec le fonds de terre-neuve que vous me connaissez, je m'empressai de pousser la porte, esp&#233;rant que ma pr&#233;sence mettrait fin &#224; la sc&#232;ne. Effectivement, &#224; ma vue, sa fid&#232;le et &#233;pineuse &#233;pouse, interrompant sa sortie virulente, disparut.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8212; Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mon cher Herv&#233; me dit-il, que vous &#234;tes donc aimable d'&#234;tre en avance aujourd'hui. Vous savez que j'ai le trait et je viens de trouver une variante du gambit d'Evans sans d&#233;fense possible. Je vous promets le mat en douze coups. Le onzi&#232;me est foudroyant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Et comme je le regardais &#233;tonn&#233;, il sourit doucement, et me prenant par le bouton de mon habit, me dit en baissant la voix&#160;:&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8212; Entre nous, je donnerais bien ma femme &#224; qui me d&#233;barrasserait de mes enfants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Eh bien, ajouta mon ami, que dites-vous de cette r&#233;ponse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Je dis que sur ce chapitre-l&#224; j'ai connu, je l'avoue, des maris g&#233;n&#233;reux, mais votre joueur d'&#233;checs, sans contredit, &#233;tait prodigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Si nous allions prendre du caf&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Dis-je.
&lt;br /&gt;&#8212; Tr&#232;s volontiers. Votre plumcake &#233;tait r&#233;ellement un peu lourd. Peut-&#234;tre en ai-je abus&#233;. Dans tous les cas, une tasse de caf&#233; br&#251;lant sera la bienvenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous achemin&#226;mes vers le Cheylard, et sur une grande place nue, d&#233;serte, triste, br&#251;l&#233;e par le soleil, nous d&#233;couvr&#238;mes un caf&#233; &#224; peu pr&#232;s convenable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant le moka-Jacquand que buvaient les malheureux indig&#232;nes, mon ami exigea un caf&#233; fait sp&#233;cialement pour nous. Il fut buvable. Ensuite, nous nous absorb&#226;mes dans la lecture des journaux stupides et avanc&#233;s que l'on re&#231;oit dans ce pays recul&#233;. &#201;tait-ce cette prose indigeste, &#233;tait-ce notre d&#233;jeuner &#8212; une orgie, disait mon ami &#8212; les heures s'envolaient sans que nous en eussions conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
Machinalement, en cherchant un crayon, je tirai ma montre.
&lt;br /&gt;&#8212; 3 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! savez-vous bien qu'il est 3 heures&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Partons vite, nous aurons de la chance si nous arrivons &#224; Tence pour d&#238;ner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Peu importe, me r&#233;pondit mon ami en se levant paresseusement, et je ne vous cacherai pas que je n'ai pas la moindre faim. Le vrai touriste n'a cure de ces pr&#233;occupations mat&#233;rielles, les beaut&#233;s du paysage lui suffisent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais puisque vous y tenez, partons. Et conduisant nos bicyclettes &#224; la main sur ces horribles pav&#233;s, nous repart&#238;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ciel s'&#233;tait couvert de nuages, et dans cette chaleur orageuse, mon ami avan&#231;ait p&#233;niblement. Le chemin montait en pente mod&#233;r&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; plus encore l'&#233;tait notre marche, et je crois que le record de la lenteur doit nous appartenir l&#233;gitimement sur cette route.
&lt;br /&gt;&#8212; Ne nous pressons pas, me disait-il, mais ayons une allure soutenue. Nous avons du temps de reste. Je vous promets que nous serons &#224; Tence pour d&#238;ner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette allure &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;soutenue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'&#233;tait du 10 &#224; l'heure, et j'avais recours &#224; tous les moyens pour l'&#233;moustiller. En vain je lui narrai le Tourmalet de joyeuse m&#233;moire, en vain je lui citai les hauts faits des sto&#239;ques touristes de l'&#233;cole st&#233;phanoise.
&lt;br /&gt;&#8212; Peuh, me r&#233;pondit-il, ce ne sont pas des touristes, mais de brillants m&#233;t&#233;ores que les populations ahuries et terrifi&#233;es voient passer en tremblant dans un &#233;clair de nickel. Le vrai touriste doit admirer pos&#233;ment et consciencieusement les beaut&#233;s de la nature. Je crois &#234;tre un de ceux-l&#224;. Et vous avez os&#233; &#233;crire que vous &#233;tiez un de ses amants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Et vous passez devant les ruines de Rochebonne sans mettre pied &#224; terre pour saluer l'ombre de l'inimitable marquise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sachez, mon ami, que M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;me&lt;/sup&gt;&#160;de S&#233;vign&#233; habita quelque temps ce ch&#226;teau. Quelques-unes de ses plus jolies lettres y ont &#233;t&#233; &#233;crites. Je regrette de ne pouvoir vous les citer toutes. Heureusement je me rappelle l'une d'elles. Tr&#232;s int&#233;ressante, quoique un peu longue, elle renferme des d&#233;tails qui, j'en suis s&#251;r, vous charmeront. Jamais la ch&#226;telaine des Rochers n'a &#233;t&#233; plus en verve. Cette lettre est un chef-d'&#339;uvre de naturel, de gr&#226;ce mutine, d'enjouement et d'esprit. Excusez-moi si je vous en donne le sens plut&#244;t que&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Mais c'est une conf&#233;rence que vous voulez faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! &#192; d'autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! m'&#233;criai-je, et j'acc&#233;l&#233;rai l'allure.
&lt;br /&gt;&#8212; Attendez-moi donc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je vous suis. Mais quel esprit peu litt&#233;raire vous avez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! C'est vraiment attristant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous grimp&#226;mes &#224; Saint-Martin-de-Valamas et enfin nous arriv&#226;mes &#224; la bifurcation de Fay-le-Froid. Sur le pont de la Rimande, mon ami sauta de machine et proposa de faire une halte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je protestai &#233;nergiquement&#160;:
&lt;br /&gt;&#8212; Il n'y a qu'une heure et demie que nous&lt;br class='autobr' /&gt;
marchons, dis-je&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; vous vous reposerez &#224; mi-c&#244;te. Continuons. &lt;br /&gt;&#8212; Eh bien, partez seul et attendez-moi &#224; Saint-Agr&#232;ve. Je ne vais pas plus loin sans souffler. Je vous ai promis que nous serions &#224; Tence pour d&#238;ner, nous y serons. Mon train, tout &#224; l'heure, quand je me serai repos&#233;, vous &#233;tonnera. D'ailleurs, je ne marche bien que quand j'ai fait 100 kilom&#232;tres56 . Vous verrez. Entre Saint-Agr&#232;ve et Tence, je me charge de tenir pied au chemin de fer. Cette chaleur m'&#233;prouve beaucoup et je ne tiens pas d'arriver &#233;puis&#233; au haut de la c&#244;te. Ayez un peu de patience. Je vous le r&#233;p&#232;te, mon train furibond vous &#233;tonnera ce soir.
&lt;br /&gt;&#8212; Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! parlons-en de votre train&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! peu s&#233;v&#232;re, celui-l&#224;, mais fol&#226;tre &#224; coup s&#251;r&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Un vrai train de cloporte infirme, de cloporte ayant au moins une sciatique. Entre vous et une tortue, je parie pour la tortue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je calculai tout bas que nous n'avions fait depuis le matin que 67 kilom&#232;tres, et que les 100 n&#233;cessaires &#224; son entra&#238;nement finiraient juste &#224; Tence. Il ne marcherait bien alors qu'en allant se coucher&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! et je jurai bien que cette course serait la derni&#232;re.
&lt;br /&gt;&#8212; Moquez-vous, moquez-vous, mais ne soyez pas si concis. D&#233;veloppez donc, le sujet y pr&#234;te. Ma patience &#224; vous &#233;couter sera sans bornes. Allez, sp&#233;culez sur mon amiti&#233; et mon heureux caract&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, ce cynique touriste consentit &#224; repartir. Nous avions des d&#233;veloppements de 3m,90 et 4m,10 et nous marchions c&#244;te &#224; c&#244;te. La route montait dans des bois de pins, offrant de jolis points de vue sur la vall&#233;e. Sur le versant oppos&#233;, le chemin de fer tra&#231;ait une longue ligne rouge&#226;tre coup&#233;e par de hardis viaducs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; au passage &#224; niveau, mon ami sauta encore de machine.
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne vais pas plus loin, me dit-il, sans, faire une derni&#232;re halte. Cette chaleur orageuse est accablante et je ruisselle. Ces arbres me paraissent heureusement plac&#233;s pour nous ombrager. Ensuite, je serais bien aise d'admirer &#224; loisir ce paysage. Avouez qu'on se croirait, dans ces bois de pins, transport&#233; dans un coin des Alpes. C'est merveilleux&#8230; Ne protestez pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! ce sera la derni&#232;re halte, je vous le promets. Que ce site est donc joli&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! On resterait des heures enti&#232;res &#224; contempler sans se lasser un pareil spectacle, et mon &#226;me d'artiste&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Je ne comprends pas, interrompis-je furieusement, cette manie, cette rage que vous avez de perdre votre temps en route&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Il n'y a rien que je d&#233;teste comme ces haltes. Quand j'ai un but, je cours droit sur lui et mon esprit n'est en repos que quand il est atteint. Je ne peux supporter l'inaction et ne reste jamais inoccup&#233;. Ces haltes si fr&#233;quentes, sont &#233;nervantes et rompent l'allure. D'ailleurs, quelques minutes suffisent pour admirer un paysage, si beau qu'il soit. Nous ne concevons pas le tourisme de la m&#234;me mani&#232;re, et ma rapidit&#233; de vision, de sensation qui me permet de plus longues &#233;tapes prouve, il me semble chez moi, une conception sup&#233;rieure du tourisme. Ainsi le comprend une certaine &#233;cole, quoique en exag&#233;rant beaucoup. Ces diff&#233;rences&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Je vous arr&#234;te. Vous errez lamentablement. Ces diff&#233;rences prouvent simplement que vous n'avez pas le temp&#233;rament r&#234;veur, et qu'en outre vous avez tr&#232;s probablement des ant&#233;c&#233;dents d&#233;plorables.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous dites&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Ou si vous pr&#233;f&#233;rez, un pass&#233; f&#226;cheux. Je vous dois une explication de ces paroles que ma franchise et l'amiti&#233; que j'ai pour vous peuvent seules excuser. Elle sera peut-&#234;tre un peu longue, mais je ne doute pas qu'apr&#232;s l'avoir entendue vous ne soyez de mon avis.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour la curiosit&#233; du fait, je m'assieds. Votre calme me d&#233;sarme. Passez-moi une cigarette. Des ant&#233;c&#233;dents d&#233;plorables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vraiment, &#224; part mon s&#233;jour au coll&#232;ge sur lequel vous me permettrez de ne pas m'appesantir et qui m'a laiss&#233; le plus d&#233;sagr&#233;able souvenir, je ne vois rien dans mon pass&#233; qui puisse justifier l'opinion flatteuse que vous en avez.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous admettrez avec moi, dit-il, que si notre existence se bornait &#224; notre court passage sur cette terre, elle n'aurait pas de sens, serait incompr&#233;hensible et constituerait une v&#233;ritable mystification. Ce serait absurde. Mais dans l'&#339;uvre &#233;nigmatique de la cr&#233;ation, rien n'est absurde et, tout ob&#233;issant &#224; des lois inconnues, converge vers un but que nous ne pouvons concevoir. Et puisque nous croyons que notre vie terrestre n'est pas la derni&#232;re, il n'y a aucune raison pour supposer qu'elle soit la premi&#232;re. Nous sommes donc amen&#233;s &#224; consid&#233;rer la vie sous un autre aspect. Je la comparerais volontiers &#224; un maillon &#8212; le seul visible pour nous &#8212; d'une longue cha&#238;ne dont les deux points d'attache sont entour&#233;s pour nous d'un myst&#232;re imp&#233;n&#233;trable. Un voile noir les recouvre, voile transparent pour les intelligences ultra-terrestres. Nous avons d&#233;j&#224; v&#233;cu et vivrons encore. Notre existence ici-bas n'est donc que la suite, la continuation d'une vie dont nous n'avons pas gard&#233; le souvenir, et chaque nouvelle vie est une cons&#233;quence, ou si vous aimez mieux, une compensation de la pr&#233;c&#233;dente.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Si donc j'&#233;prouve si souvent le d&#233;sir de me reposer, si je jouis d&#233;licieusement de ne rien faire, c'est que dans ma vie ant&#233;rieure j'ai d&#251; accomplir un travail forcen&#233;. Ce repos qui, par suite, m'est l&#233;gitimement d&#251;, il m'est p&#233;nible que vous le respectiez si peu. Vous ne sauriez croire &#224; quel point il m'est doux. Cette conception de la vie, j'en ai eu tout jeune la r&#233;v&#233;lation. J'essayai vainement de l'exposer &#224; mes professeurs. Ils ne me comprirent pas et redoubl&#232;rent de rigueur devant l'admirable force d'inertie que je leur opposai. Leur esprit, leurs m&#233;thodes, &#233;taient surann&#233;s. Un secret instinct m'en avertissait, aussi n'ai-je jamais &#233;t&#233; comme certains de mes camarades qui ont mal tourn&#233;, l'espoir et l'orgueil de mes ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Quant &#224; vous, mon cher ami, ce besoin d'activit&#233;, cet amour du mouvement sous toutes ses formes indiquent s&#251;rement une vie ant&#233;rieure oisive, molle, eff&#233;min&#233;e, livr&#233;e peut-&#234;tre aux pires&#8230; En v&#233;rit&#233;, je ne sais si je dois continuer mon estime et mon amiti&#233; &#224; quelqu'un qui cache un pareil pass&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Comme r&#233;habilitation de la paresse, votre th&#233;orie est ing&#233;nieuse et m'a tout l'air d'avoir &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour votre usage particulier. Serais-je indiscret de vous demander si vos souvenirs peuvent pr&#233;ciser le genre de travail auquel vous vous livriez de si belle fa&#231;on, si j'en juge par votre repos actuel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Mes souvenirs sont un peu confus, je l'avoue, mais par une sorte d'intuition, j'inclinerais &#224; penser, vu mon amour des voyages et des belles routes, que j'ai d&#251; occuper quelque poste dans la vicinalit&#233; d'une plan&#232;te, Mars, Saturne, V&#233;nus peut-&#234;tre.
&lt;br /&gt;&#8212; Vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! cantonnier dans V&#233;nus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ah&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! la plaisante id&#233;e, mais en tout cas d&#233;sastreuse pour les cycles et autos de cette plan&#232;te. Une route entretenue par vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que d'orni&#232;res, de cailloux, de fondri&#232;res, de mares, d'&#233;boulements respect&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Les amoureux se garderaient de se promener dans vos chemins chang&#233;s en mar&#233;cages ou en chaos pittoresque. Que de chutes f&#226;cheuses &#224; diff&#233;rents points de vue ils y feraient&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Votre &#233;num&#233;ration est longue et blessante &#224; la fois. De plus, sa fin, d'une immoralit&#233; r&#233;voltante, ne peut &#234;tre qu'une r&#233;miniscence de la vie d&#233;r&#233;gl&#233;e que vous avez men&#233;e sur une plan&#232;te inf&#233;rieure, vie que votre habituelle aust&#233;rit&#233; prouve, il me semble, clairement. Laissons V&#233;nus. Saturne est infiniment plus probable. C'est la plan&#232;te cycliste par excellence. Consid&#233;rez comme elle se pr&#234;terait merveilleusement &#224; notre sport. Un des anneaux constituerait une piste id&#233;ale sur laquelle se courraient des matchs fantastiques, et si nous admettons que l'habitant d'une plan&#232;te est proportionnel &#224; son rayon, l'homme de Saturne aura une taille moyenne de 15m,20 et poss&#233;dera des bicyclettes dont les roues auront 6m,25 de diam&#232;tre et des d&#233;veloppements qui varieront entre 54 et 72 m&#232;tres. Nous atteindrons ainsi des vitesses prodigieuses, et 200 kilom&#232;tres &#224; l'heure constitueront une modeste allure. Nos ch&#233;tives bicyclettes vraiment me font piti&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!
&lt;br /&gt;&#8212; Votre enthousiasme vous &#233;gare. En r&#233;alit&#233;, toutes les grandeurs s'&#233;tant accrues de la m&#234;me quantit&#233;, leur rapport n'aura pas chang&#233;. Le kilom&#232;tre pour l'homme saturnien aura la m&#234;me longueur que pour nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; donc, nous n'irons pas plus vite, ce qui est regrettable. Le cycliste noctambule sera seul favoris&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; les huit lunes l'&#233;claireront magnifiquement dans ses chevauch&#233;es nocturnes et&#8230;.. pourquoi riez-vous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?
&lt;br /&gt;&#8212; Moi, rire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Vous vous trompez, mon ami, je suis heureux simplement de voir l'int&#233;r&#234;t que vous portez &#224; ma th&#233;orie, et c'est le reflet de ce contentement int&#233;rieur que vous avez peut-&#234;tre vu sur mon visage. Je vous &#233;coute avec l'attention la plus rare. Elle devrait vous ravir. Mais continuez, je vous en prie, vous ne sauriez croire &#224; quel point vous m'int&#233;ressez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain, &#224; ces paroles, une lumi&#232;re se fit en moi et je vis clair dans son jeu.
&lt;br /&gt;&#8212; Mes compliments&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! lui dis-je, cette fois, je suis pris. Vous vous &#234;tes surpass&#233;, et jamais je n'ai &#233;t&#233; plus habilement bern&#233;. Je reconnais humblement que je suis votre dupe. Et tous ces beaux discours, cette filandreuse th&#233;orie, n'ont &#233;t&#233; faits que pour distraire mon esprit et endormir mon souci de l'heure&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je le comprends un peu tard. Ainsi vous vous &#234;tes, mettant &#224; profit ma na&#239;ve candeur, largement repos&#233;. Bien jou&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! mais j'aurai ma revanche, je vous le promets, et foi de touriste, vous ne perdrez rien &#224; attendre. Allons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! en selle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! il est 6 heures 15 et il n'est que temps de m'&#233;tonner par le train furibond que vous m'avez promis. Mais d'ores et d&#233;j&#224;, il ne faut plus songer &#224; d&#238;ner &#224; Tence. Heureux serons-nous d'arriver &#224; Saint-Agr&#232;ve avant la nuit.
&lt;br /&gt;&#8212; Je n'oserai nier, me r&#233;pondit-il, ce que votre clairvoyance, en v&#233;rit&#233; un peu longue &#224; se manifester aujourd'hui, vient de d&#233;couvrir. Je ne vous demande plus que dix minutes. Vous vous vengerez ensuite, et je suis de votre avis je ne perdrai rien &#224; attendre. Fumons une derni&#232;re cigarette, ensuite nous briderons la route.
&lt;br /&gt;&#8212; Fumons, dis-je compl&#232;tement d&#233;courag&#233; et fatigu&#233; de tra&#238;ner ce boulet r&#233;calcitrant. Et r&#233;sign&#233;, je lui tendis mon &#233;tui. Nous allum&#226;mes nos cigarettes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; coup, il se leva brusquement.
&lt;br /&gt;&#8212; Entendez-vous, s'&#233;cria-t-il, ce bruit sourd qui monte de la vall&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est le train du Tence. Venez&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! prenez votre machine, la halte d'Intres est &#224; deux pas. Suivons la voie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Je me sens absolument incapable de faire cent m&#232;tres de plus. H&#226;tons-nous&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! le train va &#234;tre l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stup&#233;fait, je ne protestai pas, las de lutter, de me gendarmer pour le faire marcher, et je suivis mon ami, qui, maintenant, d'un pas vif et alerte, conduisait sa bicyclette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous f&#251;mes bient&#244;t &#224; la halte d'Intres et le train ne tarda pas &#224; arriver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos bicyclettes mises dans le fourgon, j'allais monter dans un vagon quand mon ami me toucha le bras, et, tout souriant, me dit&#160;:
&lt;br /&gt;&#8212; Vous ai-je tromp&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ne vous avais-je pas promis, sur le pont de la Rimande, que mon train vous &#233;tonnerait&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'Espinassous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De l'id&#233;e de r&#233;&#233;diter d'Espinassous</title>
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		<dc:date>2022-08-25T20:44:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Paul de Vivie, dit V&#233;locio</dc:subject>
		<dc:subject>d'Espinassous</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#8239;Bien entendu, je ne r&#233;ussissais pas toujours et le col de la Croix-de-Chaubouret ne fut pas pour tous le chemin de Damas des mono&#239;stes comme l'avait qualifi&#233; notre regrett&#233; collaborateur, M.&#160;d'Espinassous, dont nous r&#233;&#233;diterons, &#224; la demande de plusieurs abonn&#233;s, quelques-uns des attachants r&#233;cits qui suivirent sa conversion &#224; la poly.&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?rubrique42" rel="directory"&gt;A. D'Espinassous&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Paul de Vivie, dit V&#233;locio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://velotextes.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;d'Espinassous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Aujourd'hui, avec les polys que nous avons, les cent kilom&#232;tres de V&#233;locio ne demanderaient pas plus de six heures &#224; un cyclotouriste moyen qui, n'ayant qu'&#224; manoeuvrer son levier de commande pour passer d'une vitesse &#224; l'autre, pourrait beaucoup mieux proportionner le levier de la puissance &#224; celui de la r&#233;sistance&#8239;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; mais ma vieille Quadrimono de 1896 m'a toujours suffi pour gagner &#224; la cause de la poly les mono&#239;stes sinc&#232;res et de bonne foi qui venaient pour se rendre compte de visu de la r&#233;alit&#233; des faits que j'exposais dans &lt;i&gt;Le Cycliste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, je ne r&#233;ussissais pas toujours et le col de la Croix-de-Chaubouret ne fut pas pour tous le &lt;a href=&#034;https://velotextes.fr/spip.php?article33&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chemin de Damas&lt;/a&gt; des mono&#239;stes comme l'avait qualifi&#233; notre regrett&#233; collaborateur, &lt;a href=&#034;https://velotextes.fr/spip.php?mot51&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M.&#160;d'Espinassous&lt;/a&gt;, dont nous r&#233;&#233;diterons, &#224; la demande de plusieurs abonn&#233;s, quelques-uns des attachants r&#233;cits qui suivirent sa conversion &#224; la poly.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;29&#160;juillet 1928, Le Cycliste, Paul de Vivie alias V&#233;locio. Source Archives d&#233;partementales de la Loire, cote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IJ871&lt;/span&gt;/4&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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