Des différents systèmes de roues libres en usage (1900)

lundi 26 avril 2021, par velovi

Par Paul de Vivie, Le Cycliste, Février 1900, rétro Février 1950

La roue libre n’est peut-être pas pour nos bicyclettes un perfectionnement aussi important que les roulements à billes ou les pneumatiques, mais ce n’en est pas moins un réel perfectionnement qui s’imposera tôt ou tard, même à ses plus ardents dé-tracteurs, à ses plus dédaigneux contempteurs. Elle marque une étape vers la perfection que tous poursuivent et que personne n’atteindra, car elle n’est pas de ce monde.
Mais il est bien entendu, n’est-ce pas, que nous ne la séparerons jamais de son satellite, le frein actionné par les pédales, et que la roue libre, seule, ne mérite aucune considération.
Ceci dit, examinons brièvement les divers systèmes qui se disputent actuellement la faveur du public.
On les peut diviser en deux catégories : les dérivés du Juhel et les dérivés du Whippet.
Les premiers forment, roue libre et frein, un tout complet et indivisible ; les seconds, au contraire, séparent la roue libre du frein. Ceux-ci conviennent mieux à la bicyclette de grand tourisme ou de montagne, et ceux-là à la bicyclette de promenade ou de tourisme en pays peu accidenté.
Dans le système Juhel qui comprend le Trébert, le Morrow, l’Otto, etc., le frein est à friction soit conique, soit cylindrique et ressemble beaucoup à ces freins de moyeu à contrepédale que les machines américaines, la Columbia principalement, ont introduits chez nous. Le défaut de ce frein c’est qu’il s’échauffe rapidement et ne résiste pas à une application prolongée et énergique, très semblable en cela aux freins à tambour Lehut, Merveilleux, etc., dont on connaît les avantages et les inconvénients.
Il a, d’autre part, l’avantage (si toutefois c’en est bien un) de pouvoir être appliqué circulairement dans n’importe quelle position de la manivelle.
Dans le système Whippet qui comprend le Singer, le B.S.A., le Components, etc., le frein consiste en deux longs patins de cuir qui s’appliquent sur la jante de la roue motrice ; son action est très douce ou très puissante, selon le doigté de l’opérateur et peut être continuée sans qu’il y ait échauffement sensible. Ce frein peut être aussi circulaire, tel est le B.S.A. ; mais généralement on préfère qu’il ne soit commandé que dans une ou, au plus, dans deux positions des manivelles, quand celles-ci se trouvent justement prêtes à agir le plus efficacement ; tels sont les Singer, Whippet, etc.
Quelquefois, au lieu des patins de cuir sur jantes, ces freins agissent sur la roue motrice par un tambour de grand diamètre fixé sur le moyeu ou par un large et long patin pressant sur le bandage ; ces options sont offertes pour les machines dont les jantes en bois ou de certaines formes, ne se prêteraient pas au frottement des patins de cuir.
Le Cycliste sera, comme il le fut toujours, largement ouvert aux discussions que l’emploi de plus en plus général de la roue libre ne manquera pas de faire naître.
Afin que ces discussions soient utiles, il est désirable que l’on ne signale, tout d’abord, que le résultat d’expériences personnelles faites sur terrain convenable et de façon intelligente.
Il serait par exemple ridicule qu’un cycliste qui n’essaierait la roue libre qu’à une montée, vînt nous raconter ensuite qu’il n’a pas trouvé que sa marche en fût facilitée ou sa fatigue diminuée.
Un essai de huit jours ne me paraît même pas suffisant pour autoriser qui que ce soit à porter un jugement sur la roue libre, à laquelle il est indispensable de s’habituer au point que la nouvelle façon de pédaler à laquelle elle nous oblige, nous soit devenue familière.
Cette nouvelle méthode de manier la pédale, que M. le docteur Matthieu possède à fond, grâce à ses trente ans de pratique ininterrompue de la roue libre, me paraît plus avantageuse que la méthode courante, bien que messieurs les coureurs la trouvent certainement moins favorable.
Nous ayant forcés dès le premier jour à pédaler rond et à jouer de la cheville, elle nous soustrait aux effets fâcheux de la contrepression involontaire sur la pédale remontante, qui grâce à la roue libre, n’affectent jamais la vitesse acquise de la machine et sont immédiatement et entièrement annihilés par la pression de l’autre pied sur la pédale descendante.
Peut-être finira-t-on par démontrer, par des raisons physiologiques, que le pied remontant doit être relevé en partie par le pied descendant ; mais perdre une partie de la force vive emmagasinée dans la machine pour relever des jambes fatiguées ou paresseuses, nous semble plutôt nuisible, et du moment où les jambes commencent à travailler négativement, n’est-il pas préférable de les immobiliser ? C’est justement ce que fait la roue libre ; elle ne laisse jamais entamer la réserve des kilogrammètres que nos efforts précédents ont mis dans la machine.
Quoi qu’il en soit de ce cas particulier et du cas encore plus discuté des planements en terrain horizontal, la roue libre escortée de son frein spécial est tellement supérieure à la descente, que cela seul en assure le règne définitif.
Néanmoins il serait utile de pouvoir, par un simple verrou, fixer à volonté cette roue libre qui, à certains moments, peut devenir plutôt gênante, ainsi que je m’en suis aperçu à mes dépens, il n’y a pas très longtemps.
Je descendais du Pilat par 6 ou 8 degrés au-dessous de zéro, 24 kilomètres pendant lesquels je n’eus pas un effort à faire. Après cinq ou six kilomètres à bonne allure, j’éprouvai le besoin de remuer les jambes que le froid engourdissait ; j’essayai de pédaler à vide, ce ne fut pas suffisant pour ramener la chaleur et il me fallut mettre de temps en temps pied à terre.
J’aurais donc été bien aise de pouvoir en cette circonstance fixer ma roue libre et contrepédaler pour me réchauffer. C’est là, me direz-vous, un cas exceptionnel ; je l’admets, mais il peut s’en présenter d’autres [1], sans parler d’un dérangement possible de l’encliquetage, et un verrou d’arrêt ne compliquerait rien : s’en servirait qui voudrait ; déjà quelques maisons l’appliquent.

VELOCIO.

À l’actif de la roue libre. — M. le Dr Bayle, d’Annonay, qui monte une Cleveland à deux vitesses et roue libre mais sans le frein à contrepédale qu’il supplée par un ingénieux frein à main de son invention agissant sur le bandage de la roue motrice, nous écrit :
« C’est sur ces belles routes de la vallée du Rhône, aux pentes douces, au tracé presque rectiligne que j’ai enfin compris de quelle utilité et de quel charme pouvait être la roue libre.
J’ai goûté le plaisir de planer, ce plaisir qu’on peut comparer à celui qu’on a à se sentir emporté sur une barque rapide au fil de l’eau, et j’ai goûté ce plaisir sans mélange d’aucune crainte parce que les pentes étaient douces, que les tournants dangereux n’existaient pas et que la vitesse ne risquait pas de devenir vertigineuse.
Pour se familiariser avec la roue libre, nos routes de la montagne, avec leurs pentes accentuées, leurs tournants brusques et aussi leurs ornières et leur boue sont bien moins propices que les belles routes de la plaine.
À quand le raid pour Marseille ? On marche si bien le long du Rhône que je me sens presque capable de vous accompagner au moins jusqu’à Avignon. Et si au lieu de prendre Marseille pour but, on prenait Aigues-Mortes ? Ce serait un peu moins long et un peu moins dur pour commencer et l’on aurait tout de même le plaisir d’aller prendre son bain de mer. »


[1Si pour un motif quelconque, rupture d’une manivelle, crampe immobilisant une jambe, on est obligé de pédaler d’un seul pied, la roue libre vous en empêche formellement. V...

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