Étapes-transport

dimanche 7 août 2022, par velovi

S’il le pouvait, Paul de Vivie évitait le train, et dans ses grands parcours de l’école stéphanoise, il en vient à parler d’étapes-transport, dont le but est le mener au plus près du lieu d’excursion choisi. La vallée du Rhône de nombreuses fois parcourue fut ainsi à la fois un laboratoire de route et d’étapes-transport.

EXCURSION DE L’ASCENSION, 1901

«  Il ne s’agissait plus, du reste, d’excursionner, nous nous retransportions à Saint-Étienne par le moyen le plus simple, le moins coûteux et, malgré tout, le plus agréable pour les amants de la Reine Bicyclette.
Il y a lieu, de plus en plus, de distinguer dans une excursion à longue distance deux parties bien distinctes  ; la partie transport et la partie excursion. Il s’agit par exemple de visiter le Vercors  ? il faut d’abord que nous nous transportions à Pont-en-Royans, à Die ou à Sassenage, quelques-uns diront  : allez-y en chemin de fer, pourquoi vous fatiguer à faire ces cent ou cent cinquante kilomètres de début par la route  ?
Pourquoi  ? mais pour plusieurs raisons  : le chemin de fer ne nous transportera dans bien des cas, pas aussi rapidement à cause des transbordements, des retards inévitables des jours de fête qui sont nos jours d’excursions. Pour ne citer qu’un exemple, nous sommes arrivés à Livron le lundi de la Pentecôte, en même temps qu’un groupe de cyclistes stéphanois qui ont pris l’express de 9 heures et ont débarqué à 3 heures du matin après une nuit très agitée, tandis que nous dormions tranquillement et que nous rentrions également en 6 heures, de 5 heures à 11 heures du matin, pédalibus, c’est-à-dire gentiment et sans bourse délier car le P.-L.-M. ne vous transporte pas gratis pro Deo.
Quant à la fatigue supplémentaire qu’impliquent ces étapes de transport, mettez simplement qu’elle n’existe pas. En effet, nous ne marchons jamais si bien qu’après les cent premiers kilomètres qui sont une façon d’apéritif et cela vient sans doute de la façon dont nous mesurons, ou pour mieux dire, dont nous économisons nos efforts, grâce à nos multiples développements et à la roue libre, de la façon enfin dont nous nous nourrissons, pain, légumes, fruits et eau  ; à bons entendeurs, salut.  »
Vélocio, «  Excursion de l’Ascension  », Le Cycliste, 1901, p.79-81, Source Archives Départementales de la Loire, Per1328_7

EN DIOIS ET ENVOLUY, 1904

«  Dans ce projet, la partie transport était forcément très importante, mais plus nous allons, plus cette partie est destinée à tenir une grande place dans nos randonnées, car nous commençons à connaître tout ce qu’il y a d’intéressant au point de-vue cyclotourisme dans un rayon de 100 kilomètres autour de Saint-Étienne. Il nous faut donc être en mesure, pour excursionner pendant 50 kilomètres, de nous transporter pendant 200 kilomètres. Ce n’est pas toujours très amusant, j’en conviens  ; mais ce ne l’est guère non plus de prendre un train patache qui, après maints transbordements, vous débarque énervé auprès de votre bicyclette endommagée par tant de manipulations successives. Que de fois j’ai vu de superbes projets finir en queue de poisson à la suite d’une avarie de bicyclette survenue pendant le transport.
Et puis, nous prétendons voyager à très peu de frais et mettre ainsi à la portée de tous les excursions lointaines  ; ce n’est pas en prenant le train à tout propos que nous y arriverons.
Enfin, tels cas peuvent se présenter où il est matériellement impossible de se servir du chemin de fer pour se rendre en temps utile sur le terrain d’excursion.
Ceux de nos amis, par exemple, qui ne devaient être libres qu’à 19 heures la veille de la Pentecôte, n’auraient pu arriver à Crest, lieu de rendez-vous, qu’à 8 heures le lendemain par le P.-L.-M., tandis qu’à bicyclette ils y arrivèrent à 1 heure, ce qui leur permit de prendre quelque repos avant le départ qui eut lieu à 4 heures.
Pour toutes ces raisons, je continuerai donc, tant que j’en aurai la force et tant que les circonstances me le permettront, à faire par la route la partie transport de mes excursions. Bien que je traverse ainsi des régions déjà vues maintes fois, il m’arrive souvent de les trouver encore intéressantes, grâce à des coïncidences imprévues, un orage, un effet de lumière, une coloration particulière et rare du ciel, que sais-je  ! La nature est si changeante qu’on ne la revoit pour ainsi dire jamais sous le même aspect.  »
Vélocio, «  Excursions du “Cycliste”, En Dios et Dévoluy  », Le Cycliste, mai 1904, p. 85-96, Source Archives départementales de la Loire, cote PER1328_8

NOS ÉTAPES TRANSPORT, 1909

«  Le débat ouvert depuis quelques mois à leur sujet, par M. Bonnefon, a soulevé, à mon grand étonnement(1), une certaine émotion, dont l’article de notre estimé collaborateur Alpinus XIII est le dernier écho.
À vrai dire, l’E. S. a été blâmée plus souvent qu’approuvée et voilà qu’Alpinus l’accuse presque d’égarer la jeunesse et de l’éloigner du cyclo-tourisme  !
Dieu nous en préserve  ! Nous ne voulons que l’éloigner du cabaret et la convertir au goût du voyage, à travers notre belle France d’abord, et par delà ses frontières ensuite.
Et nous voulons surtout que les voyages soient mis à la portée des cyclistes les moins fortunés.
Démontrer qu’un cycliste peut, avec 20 francs dans sa poche, excursionner pendant 4 ou 5 jours le long d’un millier de kilomètres du plus beau pays du monde, voilà notre objectif. Et s’il faut, pour l’atteindre, devenir sobre, s’abstenir de tabac, d’alcool et de viande, vivre en un mot d’une vie naturelle, s’il faut s’éloigner radicalement des pratiques funestes, des habitudes d’intempérance qui amènent prématurément la déchéance physique, comme le dit Alpinus, s’il faut pour cyclotourister à la mode de l’E. S., devenir bien portant, se soustraire aux maladies, s’assurer une vieillesse robuste, exempte d’infirmités......, eh bien tant mieux  ! Nous aurons ainsi fait d’une pierre deux coups.
Nous poserons simplement à nos adversaires deux questions  :
Admettez-vous, d’une part, qu’un homme bien portant puisse de temps en temps, une fois par mois, je suppose, se livrer à un travail modéré et auquel il est habitué, un marcheur marcher, un cycliste pédaler, etc., pendant 24 heures consécutives, petits repos inclus  ?
Admettez-vous, d’autre part, qu’il y ait des outils mieux établis que d’autres pour effectuer certains travaux  ? Que le ski, s’il s’agit de courir sur la neige, permette, à fatigue égale, d’aller plus vite que la raquette et, s’il s’agit de courir sur bonne route, qu’une légère bicyclette moderne aille plus vite qu’un vélo Michaux à bandages de fer, de 1860, etc., etc.  ?
Nous croyons qu’on ne peut répondre que par l’affirmative à ces deux questions.
Or, nous prétendons, après maints essais comparatifs, entre les polycyclettes actuelles, que telles machines munies de tels pneumatiques, équipées de telle façon, peuvent diminuer ou augmenter presque de 50 %, toutes choses égales, l’allure d’une bicyclette de route moyenne que nous supposerons, pour poser quelques chiffres, de 18 kilomètres à l’heure en palier, sans vent.
Je me souviens d’avoir essayé, il y a quelque dix ans, une bicyclette du capitaine Perrache, avec laquelle il venait de faire des essais sur la différence de résistance au roulement des pneus plus ou moins gonflés. Ces essais furent consignés dans le Cycliste en un article sur lequel je me propose de revenir incessamment. Avec cette machine à pneus de 50 m/m, increvables, mais en bois, peu gonflés comme le conseillait l’Homme de la montagne, du 10 à l’heure en plaine, c’était tout ce que j’aurais pu faire, si j’avais voulu durer longtemps. Aujourd’hui, avec mes polycyclettes d’hiver, increvables aussi, j’arrive à faire une moyenne de 12 à l’heure, mais bien juste pendant une journée et cependant je fais bon an mal an, six mille kilomètres avec ces machines-là.
À l’autre extrémité de l’échelle, des polycyclettes à grand rendement autorisent le 26/27 à l’heure, qui permet d’aller en une étape de Saint-Étienne à Nice.
L’endurance dépend donc de l’état physiologique du cycliste, alors que l’allure dépend surtout de la polycyclette qu’il monte. C’est à la lueur de ces faits qu’il convient d’examiner les objections faites à nos étapes-transport.  »
(1)Car il n’a jamais été question d’imposer ces randonnées comme exemple à suivre  ; nous ne les avons présentées que comme démonstration par les faits de la possibilité pour la lourde bicyclette de grand tourisme d’égaler, et de dépasser même, sur le terrain du cyclotourisme, en tant que longueur d’étape, la bicyclette de course à qui seule, semblait jusqu’ici réservé le droit de franchir 500 ou 600 kilomètres en une étape.
Vélocio, «  Nos étapes-transport  », Le Cycliste, 1909, p. 35-36, Source Archives départementales de la Loire, cote Per1328_10

CURE DE PRINTEMPS, 1910

«  Nos pères voyageaient bien à pied, pourquoi ne voyagerions-nous pas à bicyclette  ? Nous y gagnerions à la fois de l’argent, de la santé et le plus souvent du temps. Je puis, en effet, citer maints trajets, Saint-Étienne – Ambert, Saint-Étienne – Annonay, Saint-Étienne – Die, etc., que l’on peut, à bicyclette, effectuer beaucoup plus vite qu’en chemin de fer. Qu’à ces randonnées on gagne de la santé, c’est, comme on dit au Palais, c’est l’évidence même. Aussi n’ai-je pas hésité à intituler ma dernière excursion pascale  : Cure de printemps  »
Vélocio, «  Cure de printemps  », Le Cycliste, Avril 1910, p. 63 à 72, Source Archives Départementales de la Loire, cote PER1328_11

JUIN 1928

«  Cette étape-transport de 190 km se termina donc de très bonne heure et, bien que je n’aie rien dit de l’agrément qu’elle comporte pour qui sait regarder autour de soi, tout en grêlant des kilomètres, j’en ai gardé un bon souvenir. J’en ai même retiré quelques aperçus nouveaux sur les conséquences thérapeutiques d’une randonnée, car je n’estime pas la bicyclette seulement pour ses qualités de transport pratique, je l’estime peut-être plus encore pour sa valeur hygiénique et son action curative et préventive dans bien des maladies que les drogues aggravent plus souvent qu’elles ne les guérissent.  »
Vélocio, «  Excursions du “Cycliste”  », mai juin 1928, p.39-40, Source Archives Départementales de la Loire, cote IJ871/4

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