Ardèche

vendredi 29 juillet 2022, par velovi

L’Ardèche a été très appréciée dès les débuts du cyclotourisme, en voici les preuves  !

LA LOUVESCSARRASLYON, 1899

«  À onze heures moins le quart, notre curiosité satisfaite, malgré l’invitation d’une aimable hôtesse qui voudrait nous voir déjeuner à La Louvesc, nous nous dirigeons sur Satillieu (12 kilom.) où nous devons nous séparer, mes deux compagnons rentrant à Saint-Étienne par Annonay.
Ces douze kilomètres en pente assez accentuée et que je comptais faire avec le développement de 6 mètres sans aucune peine ont été au contraire aussi fatigants qu’une montée, tellement il était pénible d’éviter, dans l’épaisse couche de poussière qui tient lieu de route, le dérapage de la roue motrice qu’à chaque instant je sentais se dérober sous moi  ; les bras m’en font encore mal. Joignez à cela les nuages de poussière que le vent nous envoyait dans les yeux, la chaleur accablante, le danger des coudes brusques, des rencontres de voitures, rares heureusement, qui m’obligeaient quelquefois à mettre pied à terre, du côtoiement incessant du précipice, et vous comprendrez avec quel soulagement nous entrâmes à midi et demi dans Satillieu, où mes amis déjeunèrent, copieusement, parait-il, et à un prix très modéré. Quant à moi, je continuai à descendre sur Sarras, route peu intéressante jusqu’à Arboix, village moyenâgeux commandant l’entrée des gorges abruptes qui descendent dans la vallée du Rhône. Des masses de terrains rocailleux calcinés par le soleil, dénudés, d’aspect farouche, çà et là couronnés de pans de murailles branlantes, vestiges menaçants et dangereux encore pour les passants, des repaires fortifiés d’où, sous le régime féodal, de véritables bandits s’élançaient sur les voyageurs et les rançonnaient à qui mieux mieux. La route serpente à flanc de rocher dominant presque à pic le lit d’un torrent qui pour l’instant est pour ainsi dire à sec, mais qui doit rugir formidablement à l’époque des grandes eaux. Elle est bien étroite cette route, bien caillouteuse, faiblement entretenue, très peu fréquentée et grillée par le soleil, mais elle a été sagement tracée et la pente en est douce.
Sarras est un village qui ressemble à Andance, à Ampuis, à tous les gros bourgs et à toutes les petites villes échelonnées sur la rive droite du Rhône  ; c’est blanc, c’est coquet, c’est chaud  ; la vigne tapisse les coteaux et les arbres à fruits, cerisiers, pêchers et abricotiers principalement, enverdurent l’étroite langue de terrain plat qui va du pied de la montagne aux sables du fleuve.  »
Vélocio, «  La Louvesc – Sarras – Lyon », Le Cycliste, 1899, p.114-117, Source Archives départementales de la Loire, cote PER1328_6

EXCURSIONS DOMINICALES DELOCIO 22 JUILLET, 1900

«  Jusqu’au Mazet, le pays traversé est boisé et agréable  ; après le Mazet il devient aride et présente l’aspect particulier des hauts plateaux de la Haute-Loire et de la Lozère  ; çà et là de vastes prairies parsemées de rochers.
Le père Testud nous prête des cannes et nous partons à 9 h. 15 pour le Mézenc  ; en coupant, par le plus court, droit à travers les prés, il nous a fallu exactement 48 minutes, malgré la gêne causée par nos souliers cyclistes à semelle mince, pour atteindre la pointe extrême (altitude 1754 mètres) où une pierre est dressée et d’où l’on a une vue très étendue  ; il y fait presque froid. La brume nous cache les grands lointains, mais nous distinguons aisément tous les satellites du Mézenc, les monts de la Lozère, les lacs de Saint-Front et d’Issarlès, etc.  ; les alentours émergent du sol au-dessous de nous comme d’une carte en relief  ; du côté de l’Ardèche l’impression est saisissante.
Après avoir passé du sommet nord très étroit au sommet sud assez large mais plus escarpé, et musé quelque temps sur la plus haute cime des Cévennes, nous redescendons vivement.  »
Vélocio, «  Excursions dominicales de vélocio  », (juillet), Le Cycliste, 1900, p. 141, 142, Source Archives Départementales de la Loire, Per1328_7

RANDONNÉES STÉPHANOISES, 4 MAI 1902

«  Voilà un tour que nous recommandons aux cyclistes qui aiment à trouver réunis, sur un parcours relativement court, de grandes beautés naturelles et des paysages variés. Le moment est admirablement choisi pour visiter la haute Ardèche, les eaux y sont très abondantes, les arbres parés de toutes les nuances de vert, depuis le vert tendre des pousses nouvelles jusqu’au vert sombre des sapins. Il est impossible de choisir parmi les sites traversés par cet itinéraire de 235 kilomètres  ; cependant, les plus appréciés ont été les gorges de l’Eyrieux, de leur début au débouché du plateau de Saint-Agrève, jusqu’au Cheylard, et les gorges du Doux dans la partie comprise entre le Crestet et Tournon. On irait loin pour rencontrer des points de vue aussi prodigieusement pittoresques. Et penser que tant de touristes Stéphanois et Lyonnais ne les connaissent pas encore  ! L’Ardèche est un merveilleux département pour les cyclotouristes qui aiment la montagne. »
Vélocio, «  Randonnées stéphanoises  », 1902, Le Cycliste, 1902, republié en mai 1952, p.139

LE TOUR DUZENC, 1919

«  Ces premiers quatre-vingt-dix kilomètres ont été négociés en six heures, arrêts compris. Je ne les avais jamais faits aussi vite. Le trajet des Estables au Gerbier-de-Jonc est le clou de cette randonnée. Après les Baraques, où notre route croise celle de Saint-Agrève au Puy, le paysage a pris un caractère plus austère  : on entre, cela se sent, dans une région moins fertile, les bois disparaissent, les champs sont parsemés de blocs de rocher qui semblent autant d’éclats d’un gigantesque obus sorti d’un immense «  crapouillot  » volcanique. Et, certes, c’est bien ainsi qu’ils furent projetés, il y a des milliers et des milliers d’années, du sein de la terre. Jusqu’aux Estables, nous ne verrons plus que des prairies émaillées de fleurs qui ondoient sous les caresses un peu brutales d’un vent du nord désagréable.
En même temps que nous, arrivait aux Estables un groupe familial de quatre cyclotouristes venant du Puy, les seuls que nous rencontrâmes au cours de cette randonnée. À peine a-t-on fait quelques kilomètres sur la route du Gerbier, que l’impression triste, qu’on a depuis les Baraques, disparaît. À notre droite, un frais vallon boisé se creuse, d’où s’échappe un gros ruisseau qui fuit dans une gorge de plus en plus profonde. Là fut fondée, je ne sais à quelle époque, une chartreuse qui en vit de cruelles au temps des guerres de religion. Les huguenots s’en emparèrent par surprise, en août 1569, et assassinèrent quelques religieux, mais bientôt, surpris à leur tour par les catholiques, ils furent massacrés jusqu’au dernier et jetés pêle-mêle dans un grand trou encore appelé aujourd’hui «  lou traou dos higonaous  ». Nous avons vu tout cela d’un peu haut, d’un peu loin, d’un peu vite, mais ce site mérite de devenir le but d’une excursion.
Nous entrons sous bois, des bois délicieux, d’un vert tendre très agréable aux yeux. Le sol est roulant, l’ombre épaisse, le vent semble apaisé et nous cheminons en file indienne, sans effort, bien que la montée soit assez sensible sur nos petits développements. Soudain, devant nous, la route se dérobe  ; la vue, bornée tout à l’heure par des bois et des prairies, se perd dans le vide  ; il nous semble que nous allons, en avançant, plonger dans l’infini. On éprouve vraiment une sensation bizarre, qui n’est pas loin du vertige, en arrivant à l’improviste sur le bord de l’immense dépression qu’a creusée, au pied du rocher des Pradoux, quelque puissante secousse volcanique. La route tourne brusquement à droite et fait le tour de cette dépression  ; une ferme est là qui doit, en hiver, se trouver bien isolée. Le site est trop remarquable pour que notre Parisien néglige de le photographier, et nous servirons, le collègue stéphanois et moi, de premier plan.
Le Gerbier-de-Jonc, dont nous avons déjà aperçu la pointe, se rapproche à vue d’œil, et nous mettons bientôt pied à terre devant la source de la Loire, qui attend toujours le monument qu’on doit y ériger depuis bien longtemps. Le chalet du syndicat d’initiative est fermé et plus délabré que jamais  ; durant la guerre, il a servi à loger des prisonniers allemands qui, entre autres travaux, ont procédé à la réfection des routes environnantes, très bonnes aujourd’hui, si on les compare à ce qu’elles étaient autrefois, celle surtout du Gerbier à Mézilhac. Le vent est froid comme glace et, pendant que mes compagnons font l’ascension du Gerbier, je me promène, peu vêtu, autour du chalet, et j’y attrape un bon rhume. À la ferme de la Loire, où nous aurions volontiers bu et mangé quelque chose de chaud, on nous refuse nettement quoi que ce soit. Ces gens-là sont peu hospitaliers  ; la dure existence qu’ils mènent, là-haut, est leur excuse, mais notez bien que leur isolement ne les empêche pas de connaître exactement les prix du beurre, des œufs et du reste  !... Pourtant, comme le petit déjeuner du Mazet est déjà loin, nous nous installons sur un banc installé par le «  Touring-Club de France  », à l’abri du vent, et nous attaquons les provisions tirées des sacs.  »
[...]
«  Mes compagnons partirent donc et furent bientôt hors de vue  ; mais pour différents motifs, ils durent s’arrêter à plusieurs reprises et, somme toute, nous ne fûmes jamais à plus d’un kilomètre les uns des autres  ; nous arrivâmes ensemble à l’Hôtel du Grand-Bois, exactement à l’heure fixée. D’avoir eu, le matin, tant de beaux spectacles constamment sous les yeux, nuisit certainement à ceux qui, de Mézilhac à Saint-Agrève et de Saint-Agrève au Grand-Bois, se déroulèrent devant nous. Cependant, il faut rendre justice à cette magnifique haute vallée de l’Eyrieux, qui n’a pas volé sa réputation, et que couronne si dignement le belvédère de Saint-Agrève, d’où nous avons contemplé, dans toute son étendue, le massif du Mézenc, que notre itinéraire contournait en une vaste ellipse de deux cent quarante kilomètres.
Le plateau qui, par Devesset, s’étend jusqu’à Saint-Bonnet-le-Froid, domine, tant à droite qu’à gauche, de vastes étendues  ; un de mes anciens compagnons de grandes balades que les vicissitudes de l’existence ont, après la guerre, amené à préférer l’Afrique à l’Europe, Oran à Saint-Étienne, ne manquait jamais, quand nous passions ensemble sur ce plateau, de me montrer, à l’horizon, où le mont Blanc ou Roche-courbe, ou je ne sais quels autres sommets, que je ne pouvais naturellement pas apercevoir à cause de ma myopie. Mais il les voyait et cela me suffisait et cela me suffit encore aujourd’hui pour dire qu’il vaut mieux revenir de Saint-Agrève par notre chemin que par Le Chambon-de-Tence, dont la route est pourtant jolie et offre, çà et là, des sous-bois, des échappées dans la vallée du Lignon, qui ne sont pas sans charme. En réalité, tous les environs de Saint-Étienne sont intéressants et retiennent l’attention des cyclotouristes qui les découvrent. L’Ardèche, la Haute-Loire, l’Isère et le Puy-de-Dôme mettent à la portée de nos randonnées dominicales les plus beaux circuits de montagne qu’on puisse souhaiter, abstraction faite des Alpes et des Pyrénées, et les autres limitrophes  : Rhône, Saône-et-Loire, Allier, nous offrent, dans les méandres de leurs collines, des vallées, délicieuses où le sol, en général très bon, invite aux grandes allures. Nous sommes donc très bien partagés et nous aurions tort de négliger le cyclotourisme.  »
Vélocio, «  Le tour du Mézenc  », Le Cycliste, 1919, Rétrospective 1969

HYGIÈNE ET PHILOSOPHIE, 1921

«  À midi précis, je suis de l’autre côté de St-Agrève  ; il ne m’a donc pas fallu moins de cinq heures pour faire ces premiers 74 kilomètres que j’espérais négocier en quatre heures. Mais aussi que de mauvaises routes et combien d’incidents désagréables  ! Je me dédommage en contemplant une fois de plus les géants des Cévennes, du Mézenc au Gerbier  ; une vague brume estompe les sommets et adoucit les arêtes. Est-ce présage de pluie ou de beau temps  ? Je songe un instant à rebrousser chemin, mais le désir de revoir la belle vallée de l’Eyrieux qui, à cette époque, est, du haut en bas de ses 1.200 mètres d’altitude, verdoyante, fleurie, abondamment arrosée et qui se développe en sinueux méandres le long de 75 kilomètres jusqu’à la Voulte-sur-Rhône, est plus fort que la crainte du mauvais temps  ; je me lance dans la longue descente, prudemment, car, dès le premier virage, je manque déraper dans un trou de sable. D’ailleurs, il est l’heure de se mettre à table  ; mon déjeuner du matin, bien que très substantiel comme d’usage, est un peu loin et la hideuse fringale pourrait bien se montrer à l’improviste à la porte de mon estomac. J’ai dans mon sac 200 grammes de pain qui, mastiqués soigneusement, assaisonnés d’air pur et de soleil, peut-être aussi (car les voies de la nature sont impénétrables), des sels minéraux de la poussière, des arômes vitalisants des fleurs, vont mettre dans mes muscles beaucoup plus de force que les menus officiels dont voici un spécimen offert récemment à un malheureux ministre de passage à Saint-Étienne  :
Mousse de foie gras truffé Truites saumonées à la Chambord Chaud-froid de grives au Xérès Champignons truffés crème Chantilly Poularde de Bresse à la Souvaroff Salade à la Parisienne Bombe Élisabeth Dessert
Pouilly — Pontet-Canet — Musigny Saint-Marceau, Dry frappé
Allez donc prêcher aux masses la sobriété et l’économie, quand les classes dirigeantes donnent de pareils exemples de goinfrerie et de dépenses  ! «  Plus occidit gula quam gladius  », répondaient il y a 2.000 ans, les Romains à qui l’on demandait la cause de l’excessive mortalité qui sévissait à Rome en ce temps de proscriptions et de guerres civiles.  »
Vélocio, «  Hygiène et philosophie  », Le Cycliste, 1921, p.37-42, Source Archives Départementales de la Loire, cote IJ871/3

EXCURSIONS DUCYCLISTE”, 15 MAI, 1927

«  Chose bizarre quand, au cours d’une randonnée, j’ai perdu du temps involontairement comme aujourd’hui, je ne demande ensuite qu’à en perdre davantage. Ainsi mon intention n’était pas de déjeuner à Saint-Agrève, puisque je venais de manger, mais, pendant que je réparais, l’envie me vint d’un bon café au lait et d’une flânerie agréable qui effaçât de mon esprit l’impression fâcheuse de cette halte forcée. Et je perdis encore à bavarder 45 minutes dans un petit restaurant où je suis bien traité à des prix honnêtes, alors que les hôtels où nous descendions autrefois dans cette bourgade devenue centre important de villégiature, font payer fort cher leurs moindres services. Pain, café et lait furent excellents, et je fis là un plein qui devait m’amener à plus de 50 km. Je ne repartis qu’à 10 heures, la brume laissait à peine entrevoir le Gerbier, le Mézenc et les autres hauts sommets que des bandeaux de neige ceinturaient encore. À 11 h. 15 j’étais au Cheylard  : je n’étais pas allé vite, malgré les sollicitations de mes Ballons, à qui sans doute l’inexprimable beauté de la vallée haute de l’Eyrieux à cette époque de l’année a été indifférente. Il y avait, pourtant de quoi éveiller ce jour-là l’attention des plus blasés, tant le soleil ajoutait de charme par ses effets d’ombre et de lumière, à un paysage que je connais par cœur et auquel je trouve toujours un nouvel attrait. Au départ, verdure tendre, genêts en boutons, fleurs rares, c’est encore le printemps. Mais la gorge se creuse rapidement  ; par deux fois la route s’en éloigne et va se perdre à droite dans des montagnes arides, pelées, rocailleuses, pour franchir deux ruisseaux importants  ; quand elle revient au-dessus de l’Eyrieux qu’un viaduc traverse près de là en rejetant définitivement la voie ferrée sur la rive gauche, décor nouveau. Des genêts couverts d’or se dégage un parfum capiteux, les prairies sont émaillées de fleurs multicolores, les feuilles d’un vert dur jettent une ombre épaisse sur le sol, c’est l’été. Ce matin, dans nos montagnes, c’était l’hiver  ! En quelques heures j’ai vécu trois saisons  ! Ici la chaleur est déjà trop forte  ; je ne tarderai pas à la trouver excessive. Saint-Julien, Saint-Martin-de-Valamas défilent  ; je me rapproche de la rivière qui n’est plus un torrent resserré dans une gorge étroite, mais qui a élargi son lit parmi des roches et des galets blancs au milieu d’un vallon fertile. Je la traverse au Cheylard et je m’élève pendant dix kilomètres en rampe douce d’abord et qui va s’accentuant à mesure qu’on s’en approche, jusqu’aux Nonières, village à cheval sur la crête où je croise la route de Saint-Agrève à Vernoux, que j’ai suivie un jour et qui m’a laissé le souvenir d’un tracé en montagne russe, d’un sol très mauvais et de masures misérables. Peut-être tout cela a-t-il changé, grâce à l’aisance qui, depuis la guerre, s’est répandue dans les campagnes. Je montais ce jour-là, c’était en 1904, une Lévo, et j’appréciai beaucoup les avantages que me donnaient, pour venir à bout d’une route aussi mal tracée, ses multiples développements et la variation d’amplitude des pédalées.
Bien différente est la route que je suis aujourd’hui. Du Cheylard à Lamastre, je me promène dans un parc verdoyant et convenablement boisé  ; je cycle une avenue dont les sinuosités gravissent sans la moindre contre-pente une montagne assez élevée et me ramènent sans descente dangereuse à Lamastre où je retrouve l’altitude du Cheylard. L’eau y est abondante et je note avec plaisir des fontaines disposées, çà et là, sur le bord de la route pour le bien des passants. On ne saurait trop louer ceux qui installèrent ces fontaines et souhaiter qu’on les entretienne et qu’on en crée de nouvelles. Que n’en ai-je trouvé quelques instants plus tard quand je gravissais sous un soleil brûlant la rude côte de dix kilomètres par laquelle débute la route de Lamastre à La Louvesc  ! Mais rien, pas un souffle d’air frais, pas un filet d’eau, pas le moindre ombrage, et j’entrai dans cette fournaise à 12 h. 15’  ! Vous pensez bien que la suée libératrice des microbes nocifs qui pullulent dans le corps humain s’en donna à plaisir et laissa mes muscles nets de toute surcharge morbide et adipeuse. Il me sembla même qu’elle abusait de la permission, et j’arrivai à Nozières plus léger certainement de quelques livres. Je m’étais arrêté pourtant après deux kilomètres de ce rude travail pour faire mon quatrième repas de la journée avec 100 grammes de pain et des figues, et me mettre à l’ombre un instant sous quelques châtaigniers. On avait de là (un banc y était même dressé à l’usage des promeneurs) une jolie vue sur la vallée verdoyante qui va de Lamastre à Desaignes et qui contrastait singulièrement avec les croupes arides que j’avais à escalader. Les deux Ardèche se confrontaient là, l’une riante, fertile et riche, l’autre triste, pierreuse et pauvre. C’est peut-être pourquoi ce département est un des plus appréciés par les touristes. Étroitement liée à la Haute-Loire qu’elle complète en lui ouvrant des débouchés ensoleillés vers la vallée du Rhône, vers le Midi, vers les terres prospères, l’Ardèche est un merveilleux terrain d’excursion. On peut y randonner pendant des centaines et des centaines de kilomètres, et nos itinéraires l’ont fouillée dans toutes les directions sans en épuiser les surprises. Je ne connaissais pas encore le bout de route d’une trentaine de kilomètres qui unit par le plus court Lamastre protestante à La Louvesc catholique  ; encore un contraste, il y en a partout dans cette région, et c’est ce qui en fait le charme.  »
Vélocio, «  Excursions du “Cycliste” (15 mai). Saint-Agrève, Le Cheylard, Lamastre, La Louvesc, Saint- Étienne  », Le Cycliste, juillet-août 1927, p. 65-69, Source Archives Départementales de la Loire, cote PER1328_15

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