Vélocio, Vieille Gloire !? (1929)

lundi 27 septembre 2021, par velovi

Par Paul de Vivie alias Vélocio, Le Cycliste, juillet-août 1929, Source archives départementales de la Loire cote IJ871/4

J’écrivais dans Le Cycliste de mars-avril dernier que si jamais je me décidais, comme on m’y engageait de différents côtés, à prendre part à la journée des Vieilles Gloires, ce ne serait que pour y démontrer que le moteur humain, dans son 16e lustre, peut encore fournir, grâce à la bicyclette, une certaine somme de travail  ; pour établir, en quelque sorte, sur un parcours classique, le record de la série de 75 à 80 ans, comme je le fais, depuis huit ans, à la Journée Vélocio.
Et je m’y suis décidé cette année même parce qu’on m’a fait remarquer, avec raison, qu’il ne fallait pas, à mon âge, remettre au lendemain ce qu’on pouvait encore faire le jour même.
Cela m’a fourni l’occasion de faire plusieurs constatations intéressantes, les unes d’ordre particulier, les autres d’ordre général. Elles valent, je crois, d’être relatées dans cette revue où, depuis quarante-trois ans, se déroulent la vie et les expériences d’un cyclotouriste ballotté entre mille opinions contraires et qui cherche la vérité sans jamais être sûr de la tenir.
Ma décision prise, mon premier soin fut naturellement de m’entraîner sur la bonne route 82 entre Saint-Étienne et Balbigny à laquelle j’assimilais les 113 kilomètres du circuit parisien des Vieilles Gloires qui ne lui ressemble en aucune façon. Tantôt avec l’une, tantôt avec l’autre de mes quatre poly-ballons, je m’appliquai chaque dimanche, en compagnie d’un ami qui me contrôlait, à garder un train soutenu de 25 à l’heure pendant 50, puis 75, et enfin 100 kilomètres. Et ma première constatation fut que je faisais là un travail beaucoup plus pénible que celui du randonneur qui va de Saint-Etienne à Marseille dans la journée, à bonne allure, certes, mais sans la préoccupation de ne pas faiblir un instant.
De mes trois développements habituels, 6 m. 50, 5 m. et 3 m. 50, j’utilisais le plus souvent sur le palier sans vent le grand développement ; or, il m’arriva un jour d’être privé, par un accident, de mon 6 m. 50 ; je dus faire 75 kilomètres sur mon développement moyen de 5 mètres et je constatai que ma moyenne s’était maintenue à 25 à l’heure ; j’avais suppléé, par l’augmentation de la cadence, à la diminution du développement et il ne me sembla pas m’être fatigué davantage ; mais j’avais été moins confortable et, faute de pouvoir suivre mes pédales quand une descente m’entraînait, j’avais dû renoncer à l’accélération que procure, dans ces circonstances, l’intervention opportune d’un grand braquet. Pourtant ma moyenne n’avait pas baissé. Est-ce à dire qu’on est tenté de rester trop longtemps sur le grand développement après que les circonstances favorables qui vous ont incité à le prendre ont disparu ? C’est fort probable. On perdrait vite ainsi le bénéfice de la puissante foulée tant par le ralentissement que par l’effort croissant sur la pédale, deux effets insoupçonnés d’abord, combattus ensuite par une dépense d’énergie plus grande que nécessaire.
Le grand braquet est comme une hache à deux tranchants ; il faut savoir s’en servir à propos et le quitter dès qu’on s’aperçoit que la cadence baisse. Mais s’en apercevoir est parfois difficile. J’ai réclamé, il y a bien longtemps, une sorte de métronome dont le tic-tac pourrait être réglé à tant de coups par minute et d’après lequel on réglerait sa cadence optime, Je ne l’ai jamais obtenu. A défaut de métronome, je me suis mis dans la tête deux cadences, celle du pas redoublé et celle du pas gymnastique, marquant, la première 60 pas à la minute, la seconde 90.
Cette dernière me convient quand je veux donner mon maximum, l’autre quand j’excursionne. En réalité, quand je me transporte, je tourne toujours entre ces deux nombres, plus près de 90 tours quand tout va bien et de 60 tours quand il y a du tirage. Je sais donc qu’’avec 5 mètres et 60 tours je marche à 18 à l’heure et à 27 quand je monte à 90 tours ; qu’avec 7 mètres et 60 tours, je fais du 25 à l’heure, etc... A chaque instant, on peut ainsi savoir où l’on en est, mais on. le saurait bien mieux si la mesure nous était marquée par un métronome, car le rythme des airs au l’on fredonne peut devenir, à notre insu, plus lent ou plus précipité. En se contrôlant, de temps en temps, par la montre, on arrive néanmoins à une suffisante régularité de marche.
Quant on ne peut tenir aisément la cadence de marche (60 tours) ou de course (90 tours) que l’on s’est imposée, à laquelle on se sait le droit de prétendre, cela signifie que le développement. est trop grand, aussi bien à la montée qu’en palier ou à la descente. Je ne parle pas ici des cadences de la flânerie ou de la promenade qui sont ce qu’elles sont, mais des cadences qui doivent nous permettre de fournir notre rendement optime au cours d’une longue étape de transport et qui dépendent de notre état physique, des résistances extérieures et des développements dont nous disposons.
Et j’ai souvent remarqué, chez moi et chez les autres, que lorsqu’on a, à son service, un très grand nombre de vitesses interchangeables en marche, on risque de bafouiller beaucoup plus que lorsqu’on n’en a que trois ou quatre que l’expérience a reconnues indispensables, même pour les moteurs mécaniques qui sont cependant moins souples que le moteur humain.
Rien n’empêche d’avoir sur une moto des boîtes de six vitesses, par exemple, et l’on s’est hasardé à les y placer quelquefois, mais l’on est bien vite revenu aux trois vitesses dont tous les moteurs se contentent aujourd’hui.
Le moteur humain pourrait presque se contenter de deux vitesses ; en lui en donnant trois on le gâte ; en lui en donnant quatre on risque de le rendre paresseux ; en lui en donnant six, neuf, douze, on l’affole.
En 1910, dans une course qui fit époque à Saint-Etienne, car elle donna l’essor aux dérailleurs stéphanois, le vainqueur disposait de seize vitesses en marche, quatre petites entre 1 m. 50 et 3 mètres, quatre moyennes petites de 2 m. 50 à 5 mètres, quatre moyennes grandes, de 4 m. à 6 m. 50, et quatre grandes, de 6 à 9 mètres. Ces quatre grandes vitesses faillirent lui jouer un mauvais tour entre Serrières et Tournon où la route, en palier, et le vent parfois favorable l’incitèrent à se servir de ses grands développements qu’il tâtait tour à tour, sans arriver à trouver le meilleur, tandis que son rival immédiat, qui n’avait que les trois développements classiques, 3 m., 5 m. et 7 m., n’ayant pas à choisir, poussait comme un sourd sur 7 mètres et regagnait le terrain que la traversée de la montagne par la Croix de Chaubouret lui avait fait perdre.
Pendant les quelques dimanches que je consacrai à mon entraînement, j’eus le loisir de penser à toutes ces questions, d’autant plus que je changeais chaque fois de machine et que mes développements n’étaient jamais rigoureusement les mêmes.
Au cours de ce travail nouveau pour moi où je devais m’astreindre à pédaler à mon maximum pendant trois ou quatre heures consécutives, je fis encore d’autres observations sur lesquelles j’aurai sans doute à revenir.
Je me trouvai assez entraîné quand je pus faire couramment, en une série d’allers et retours sur la bonne route 82, cent kilomètres en quatre heures et je partis pour Paris persuadé que je bouclerais aisément le circuit de 113 kilomètres des Vieilles Gloires à la moyenne de 20 à l’heure, établissant ainsi à 5 h. 30’ le record de la série de 75 à 80 ans. Mais il fallut déchanter et je n’ai pu placer à l’actif du 16e lustre de la vie humaine que le temps très modeste de 6 h. 25’ duquel il ressort que mon allure commerciale horaire n’a été, le 21 juillet, que de 17 km. 600. Je pourrais peut-être invoquer beaucoup de circonstances atténuantes ; le fait brutal n’en est pas moins là, que je ne pourrai effacer qu’en faisant mieux dans trois ans, quand j’irai m’efforcer d’établir, sur le même circuit, le record du 17e lustre.
Cependant, les deux journées que j’ai passées à Paris m’ont laissé des souvenirs ineffaçables. Je m’y connaissais beaucoup d’amis, mais j’étais loin de me douter qu’ils étaient aussi nombreux et je me suis vu un moment ballotté, submergé, par le flot des lecteurs du Cycliste qui, avant le départ, voulaient me serrer la main et me souhaiter bonne chance. Car on croyait vraiment que j’étais venu à Paris pour prendre part à une course et battre à plate couture les vainqueurs des grandes épreuves, des hommes qui, quinze jours auparavant, dans une course d’ancêtres, avaient fait du 34 à 35 à l’heure sur bonne route et qui allaient faire encore du 29 à 30 sur le parcours plus dur des Vieilles Gloires. ; ce qui nous démontre, entre parenthèses, que l’allure change suivant le terrain et que les 25 à l’heure de mon circuit forézien correspondaient tout juste à 20 à l’heure sur le circuit parisien.
Avant le départ, un jeune et très aimable docteur me demanda la permission de faire quelques observations sur mon individu. Allez-y, docteur, je permets tout, sauf pourtant la vivisection. Et il m’ausculta, il compta, il mesura, il palpa, regarda les yeux, regretta de n’avoir pas de spiromètre, s’intéressa plus particulièrement au cœur, trouva un point faible qu’il fit constater par un autre docteur plus grave celui-là et qui ne semblait pas approuver mon entreprise, estimant sans doute que les octogénaires sont faits pour rester tranquilles et non pour se démener en plein midi par des températures de 33° à l’ombre. Bref ! je sortis des mains de la Faculté dûment repéré et je passai dans celles de mes amis qui, sitôt le signal donné, à 10 h. 45, formèrent derrière moi une barrière protectrice contre des centaines de cyclistes prêts à me suivre, curieux, sans doute, de voir comment j’allais m’envoler.
En mon for intérieur, j’étais assez surpris de me voir, dans cette cohue, devenu partie intégrante de la circulation parisienne, moi qui préfère à tout les routes tranquilles et les sentiers solitaires de nos grands bois. Mais, je n’en laissai rien voir et je m’appliquai à suivre de mon mieux les indications sur la route à suivre que me donnaient mes compagnons. Sans eux, j’aurais été absolument incapable de trouver mon chemin et je me serais vingt fois égaré, tant le parcours est tourmenté. Sans eux, l’incessant frôlement des autos m’aurait inquiété et effrayé ; bref ! sans eux, je n’aurais pas quitté Saint-Étienne. Aussi leur suis-je très reconnaissant de la peine qu’ils se sont donnée pour me guider, me protéger et me permettre de faire coram populo la démonstration de ce que je soutiens depuis quarante ans dans Le Cycliste : que la pratique de la bicyclette, poussée même un peu loin, convient à tous les âges et que, rapidéconommodhygiéniquement, le moteur humain est imbattable.
Les environs de Paris, côté sud tout au moins, sont charmants et les Parisiens n’ont que l’embarras du choix quand ils veulent, le dimanche, aller se reposer sous les vertes frondaisons, en pleine nature sauvage.
Notre itinéraire débutait par Saint-Cloud et Versailles, longeait ensuite des parcs d’aviation et, par Châteaufort, gagnait, à Saint-Rémy, la vallée de Chevreuse, un bijou de fraîcheur et de verdure. Une halte s’imposait, on vida quelques verres de bière et de limonade. A Limours finit une série de petites montagnes russes qui avait commencé au pont de Saint-Cloud. Nous y fûmes acclamés par les groupes cyclistes du T. C. F. dont, depuis trente ans, M. Parent dirige les excursions dominicales avec tant de tact et de bienveillance, que le nombre des participants s’accroît sans cesse. Il y avait là certainement plus de cent cyclotouristes qui faisaient la haie sur notre passage.
De Limours à Arpajon, puis à Corbeil, la route est monotone. On y rencontre trop souvent du mauvais pavé et des nids de poule ; j’ai perdu là beaucoup de temps, d’autant plus que j’ai dû m’arrêter pour me restaurer.
Au contrôle d’Arpajon (56 km.), ma moyenne était encore assez bonne (près de 19 à l’heure). J’y retrouvai le jeune et souriant docteur qui m’avait examiné avant le départ et qui voulait, sans doute, se rendre compte de l’effet de trois heures de travail intensif sur le point faible qui avait retenu son attention. Je lui en demandai, en riant, des nouvelles et si je pouvais continuer, sans danger. Son sourire m’y encouragea.
Voilà un excellent homme entre les mains de qui l’on aimerait mourir. Foin de ces médecins maussades qui voient tout en noir, qui vous feraient prendre la vie en grippe et qui doublent les angoisses de la mort.
A Corbeil, je me lestai sérieusement de bananes et de madeleines trempées dans l’eau. Il me restait à faire une trentaine de kilomètres et je tenais à arriver à Paris frais et dispos. La route redevient intéressante, mais tourmentée, et la circulation, plus active que jamais, oblige mes anges gardiens à redoubler d’attention pour me défendre contre les pédards qui pullulent et les autos qui se multiplient au fur et à mesure que nous nous approchons de la capitale. A quelques kilomètres d’intervalle, nous traversons deux fois la Seine dont les rives verdoyantes sont très animées ; nous prenons là des chemins de traverse mal entretenus et bien désagréables, jusqu’au moment où, par une dernière montée, nous atteignons un vaste plateau où sont érigés d’immenses hangars capables d’abriter les plus vastes dirigeables du monde. La route est pavée et bordée d’un trottoir cyclable couvert de cyclistes des deux sexes dont certains semblent heureux de se mesurer avec une vieille brisque qu’ils prennent pour une vieille gloire. Le plus cocasse, c’est que je finis par me piquer au jeu et que je me mets tout à coup au régime du 30 à l’heure. Mon escorte en paraît tout interloquée ; la route est pourtant pavée et, quoique large, passablement encombrée ; quelle mouche le pique ? Eh ! parbleu, la mouche de l’amour-propre. Cela n’aurait certainement pas duré longtemps, mais saint Vélocio veillait sur moi ; pour m’éviter la honte de suspendre, proprio motu, mon bel élan, il dégonfla brutalement mon pneu arrière qu’il fallut remplacer, car mes amis avaient pensé que des boyaux ballons convenaient mieux, vu la circonstance, que des démontables.
L’arrêt fut assez long ; j’en profitai pour m’éloigner un instant et je ne fus pas peu surpris d’entendre une bonne dame s’apitoyer sur mon sort. — Un homme de votre âge !
Quel métier on vous fait faire ! — Ne m’en parlez pas, et vous ne savez pas tout, lui dis-je en confidence, on me prive de vin, de viande et de tabac. — On vous prive de vin, de viande et de tabac ! fit-elle indignée. — Oui, Madame, de tout cela... et même du reste. — Même du reste ! répéta-t-elle, abasourdie. Puis elle s’en fut, hochant la tête comme quelqu’un qui vient de voir le fond misère humaine.
Cependant, le boyau crevé fut enfin remplacé et si j’avais crevé de nouveau — tout arrive — j’aurais été obligé de finir sur la jante faute d’un autre rechange.
Un peu plus loin, par un brusque à gauche, nous quittâmes la grande route d’Italie pour nous diriger vers Buffalo où se terminait, par deux tours de piste, le circuit de 113 km.
Nous traversâmes de nouveau les groupes técéfistes qui, de Limours, par une route plus directe, étaient venus m’encourager et me marquer leur sympathie dont je fus très touché.
J’étais au but frais et dispos et, suivant la formule, sans fatigue anormale ; pourtant, par coquetterie sans doute — j’eus ce jour-là tous les défauts — je perdis encore quelques minutes à me rendre plus présentable avant d’entrer au Vélodrome où je pensais revoir mon aimable observateur. Il n’y était pas, mais ma coquetterie fut bien justifiée et récompensée quand je me vis, après avoir franchi la ligne d’arrivée, applaudi et entouré par des dames charmantes parmi lesquelles je reconnus, à ma grande et agréable surprise, une abonnée du Cycliste, Stéphanoise devenue Parisienne et n’ayant pour cela rien perdu, bien au contraire, de son affabilité souriante. Elle m’embrassa et m’offrit un superbe bouquet, récompense qui, du coup, m’égalait au vainqueur.
Je retrouvai à Buffalo quelques-uns de mes adversaires de la journée, vieilles gloires authentiques, Rivière et le Docteur Ruffier, entre lesquels la lutte avait été vive l’an dernier, où le premier, champion de la poly-ballon, avait triomphé d’une seconde ! Aujourd’hui, c’était le contraire, la moyenne horaire de Rivière n’ayant été que de 26 km. 600, tandis que celle du Docteur atteignait 27 km. 800, celle du premier, Williams, étant de 29 km. 883 et celle du dernier, la mienne, 17 km. 600.
Évidemment, s’il n’y avait eu, dans cette épreuve, que des as tels que ceux que je viens de citer, je n’aurais, faute de terme de comparaison, qu’à m’incliner devant le verdict du juge de paix qu’est la route, mais il y avait aussi l’ami Bougain, de Roanne, mon quasi-concitoyen, de huit ans seulement moins âgé que moi. Il fit le parcours à la moyenne horaire de 22 km. 250 qui justifie mes prétentions à celle de 20 à l’heure que je m’étais promise.
Je suis donc amené à étudier de plus près la question, à m’efforcer de découvrir, par de nouvelles expériences, si la cause de cette erreur est dans l’homme ou dans la machine que j’avais imaginée pour cette circonstance et sur laquelle je partis sans avoir pu l’essayer sérieusement.
Je vais donc, dès cette fin de saison, comparer avec méthode, sur mes terrains d’expérience, les résultats que me donne ma Ballon des vieilles gloires qui se caractérise par des roues de 500 à boyaux de 50 et la compression de toutes ses parties, par quoi l’on est arrivé à en réduire le poids à onze kilos et à lui donner l’air d’une trottinette.
A priori, je crois que les pneus collés qu’il faut, comme on le sait, tenir gonflés à bloc pour qu’ils ne se déjantent, m’ont plus gêné que favorisé sur les mauvaises routes et les mauvais pavés trop fréquents sur le circuit des vieilles gloires. Ce fut même l’avis de quelques cyclistes parmi ceux qui m’accompagnèrent.
J’aurai donc l’occasion de revenir sur la question de la hauteur des roues et de voir si je dois modifier l’impression que m’a laissée mon numéro 5 de 1904 à roues de 500x50 également, mais à pneus démontables, et dont le rendement m’avait, paru parfait.
N’allons pas plus loin, aujourd’hui, sur le terrain de la cyclotechnie et revenons sur celui des vieilles gloires. Jamais je ne me serais attendu qu’en avançant en âge on avançait dans l’estime, et la considération de ses contemporains, ceux du moins qui partagent nos goûts et ont vécu la même vie. Cicéron a sans doute raison quand il assure que la vieillesse nous réserve les joies les plus vives, les plus pures en tous les cas.
J’ai été accueilli à Paris avec une sympathie si chaude, si expressive et qu’on sentait si profonde que j’en suis encore tout ému. D’autant plus qu’à la Journée Vélocio M. Victor Breyer, directeur de l’Echo des Sports, et qui fut, il y a quarante ans, un des meilleurs collaborateurs sportifs du Cycliste sous le pseudonyme de Veston Gris, a ravivé mon émotion en m’offrant, en souvenir de ma participation aux vieilles gloires, une très belle coupe dont la valeur dépasse de beaucoup celle des prix auxquels, paraît-il, j’avais droit de par mon âge. D’un autre côté, Mme Jules Dubois, donatrice d’un de ces prix, a bien voulu m’en accorder un beaucoup plus important et s’est privée, en ma faveur , d’un rien si vous voulez, mais combien précieux, un timbre quelle a détaché du guidon de la bicyclette de son regretté mari et qui ornera désormais ma meilleure monture. Je revivrai ainsi le temps où la gloire sportive de Jules Dubois rejaillissait jusque dans Le Cycliste consacré au cyclotourisme et qui s’intéressait peu cependant aux choses du sport pur ; mais-il y a des hommes dont le nom force toutes les portes.
De Critérium des Vieilles Gloires se termina naturellement par un banquet qui réunit, aux côtés des organisateurs, tous les concurrents et leurs amis.
Et j’eus l’agréable surprise d’y rencontrer un de mes compagnons d’excursion de la décade 1901/1910, B,.., de Lyon, devenu Parisien, qui fit devant moi le Ventoux en 2 h. 13’ avec 4 m. 10 de développement et une bicyclette de tourisme plus chargée que la mienne, performance extraordinaire à mes yeux. Je fus placé entre cet excellent ami et une aimable jeune femme, cyclotouriste passionnée, qui m’entoura d’une sollicitude maternelle, m’empêchant de glacer mon eau comme j’en avais envie, car les 33° à l’ombre m’avaient saturé de calorique, et me condamnant à l’eau de Vittel parce que celle de Paris est douteuse.
Je vous laisse à penser si, entouré ainsi d’attentions délicates et des souvenirs de l’époque héroïque où l’Ecole Stéphanoise florissait, je passai une agréable soirée que l’obligation d’aller prendre le train du retour écourta trop à mon avis.
Je terminai ainsi d’une façon charmante une journée qui comptera dans mon existence et je remercie encore une fois tous mes amis, connus et inconnus, stéphanois et parisiens, qui, du matin au soir, m’ont entouré de soins, de prévenances et, Dieu me pardonne ! d’éloges et d’applaudissements.
Vélocio.

« Vélocio prend part au championnat des »vieilles Gloires"
« Vélocio prend part au championnat des »vieilles Gloires« en 1929, à gauche J. Barellon, à droite Gorges Grillot. »
Le Cycliste, Octobre 1954

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