Les étapes de 40 heures

vendredi 14 décembre 2018, par velovi

Par Paul de Vivie alias Vélocio, 1911, Le Cycliste, republié en mai juin 61

Il nous semble qu’il est aujourd’hui démontré de façon irréfutable que la bicyclette polymultipliée permet, à qui que ce soit, de passer partout sans être obligé de mettre pied à terre et de pousser sa machine.
Il nous reste à démontrer que cette même bicyclette polymultipliée ne fatigue point son homme, qu’elle n’exige que des efforts modérés, très modérés, qu’on ne peut l’accuser d’être une cause de surmenage, d’éreintement. Trop de gens sont portés à le croire, qui ne jugent que d’après les résultats des grandes courses sur route, dont le compte-rendu n’est que le martyrologue des trois-quarts des concurrents tombés d’épuisement sur le bord de la route.

Il nous reste à démontrer que des hommes, à peu près bien portants, quel que soit leur âge, de 20 à 60 ans, peuvent de temps à autre pédaler pendant des heures et des heures, sans plus de fatigue que celle qui résulte de tout travail modéré ; et nous avons complété le programme de l’« Ecole Stéphanoise » par des étapes de 40 heures consécutives, avec départ le samedi, d’aussi bonne heure que le permettent les devoirs professionnels, et rentrée le dimanche soir.

En principe, ces étapes devaient, en notre esprit, être surtout des étapes de pénétration nous amenant à pied d’œuvre ; de Saint-Etienne à Tarbes, par exemple, si nous voulions faire les Pyrénées ; ou au Mont-S t-Michet, si nous projetions d’excursionner en Bretagne. Mais les loisirs nous sont trop parcimonieusement mesurés pour que nous puissions nous permettre souvent de telles envolées et nous avons dû tracer des itinéraires moins vastes, revenant au point de départ, afin de ne pas trop raréfier les démonstrations que nous nous proposons de faire.

C’est pendant les mois de printemps et d’été, en Avril, Mai, Juin, Juillet et Août, au moment de la pleine lune, quand le temps le permettra, que nous tenterons ces randonnées expérimentales de 40 heures, au cours desquelles nous pensons parcourir, en touristes, de 600 à 800 km., suivant que l’itinéraire et les circonstances, seront plus ou moins favorables, laissant à nos successeurs le soin de pousser ces étapes jusqu’au chiffre rond de 1.000 km.

En avril, nous sommes ainsi descendus vers la Côte d’Azur ; en mai, nous devions faire St-Etienne - Avallon et retour avec quelques zigzags dans le Morvan : mais le mauvais temps nous empêcha de partir. En juin, notre projet est d’envelopper le Dauphiné dans le circuit : Saint-Etienne - Valence -Die - Gap - Briançon - Col du Lautaret - Grenoble - Saint-Etienne, quelques 600 km. Notre départ est fixé au samedi 10 juin, à 4 h. du matin.

Nous pourrions utiliser la semaine de pleine lune de juillet, en suivant quelques étapes du « Tour de France », qui seront très intéressantes à ce moment ; les coureurs devant faire le Galibier, et ensuite, Grenoble-Nice, par Gap et le Col d’Allos : deux étapes qui valent, presque, la légendaire étape pyrénéenne Luchon - Bayonne. Enfin, en août, une pointe en Bretagne est tout indiquée, avec, comme début, l’étape St-Etienne - Mont St-Michel, qui nous tente depuis deux ans.

On contestera peut-être, dans quelques milieux, l’utilité de ces étapes de démonstration, et l’on dira que ce n’est plus là, du tourisme. Nous laisserons dire. Ce n’est pas du tourisme à la façon de Xavier de Maistre, quand il voyagea autour de sa chambre ; mais c’est du tourisme tout de même, et l’on rapporte des souvenirs à remplir des volumes.

VELOCIO.

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