De Die à Grenoble (1902)

lundi 9 juillet 2018, par velovi

Par Vélocio, " LE CYCLISTE ", ANNEE 1902, reparu en Novembre 52

Après avoir visité les sites les plus vantés des Pyrénées, j’ai voulu revoir les Alpes et comparer. Je préfère décidément les Alpes, et s’il me fallait choisir parmi les itinéraires déjà nombreux et variés qui m’ont conduit à travers la Savoie et le Dauphiné, c’est au Queyras et au col d’Izouard que je donnerais la palme ; il y a là de quoi remuer les âmes les moins accessibles aux séductions de la nature sauvage.

On va de Saint-Étienne à Die par la route ou le P.L.M, aussi rapidement d’une façon que de l’autre ; peut-être même plus rapidement par la route, tant sont lympathiques les trains de Livron à Die ; à coup sûr plus économiquement. En effet, par la voie la plus rapide en partant de Saint-Étienne par le train de 3 h 44 et en passant par Lyon, on est à Die à 10 h 16 (coût minimum : 13 fr. 10), tandis que, par la route, les 160 Kilomètres qui séparent les deux villes peuvent sans difficulté être faits en moins de 8 heures sans bourse délier. Notez une fois de plus la supériorité que donne la bicyclette à ceux qui savent s’en servir. Je quitte Die le 14 septembre à 4 heures et demie du matin ; il fait encore nuit. Mes deux compagnons, M. B,.. et Mlle F , la triomphatrice du Tourmalet, iront a Gap par le premier train et ne feront à bicyclette que la partie la plus intéressante de l’excursion. Mais je ne connais pas encore le tronçon de route Die-Gap et 91 kilomètres de plus ou de moins ne sont pas une affaire. Nous avons tous nos montures du Tourmalet : la mienne, qui date de 1900 et qui avait autrefois huit développements, n’en a plus que cinq (7 m. 15 et 5 m. 70 sur roue serve, 4 mètres, 3 mètres et 2 m. 30 sur roue libre) interchangeables en marche deux par deux ; j’ai fait supprimer trois pignons donnant les développements de 4 m. 50. 5 mètres et 8 m. 40. (qui faisaient double emploi ou qui me servaient très rarement). Bagages compris, ma bicyclette pèse exactement 30 kilos. ; j’emporte, vu le temps incertain et la pluie imminente, un rechange complet, une pèlerine molletonnée, etc. ; le tout imperméabilisé par le procédé décrit dans « Le Cycliste » du 30 juin par M. le Dr Eybert à qui nous devons tous beaucoup de reconnaissance pour son utile communication. Dans mon vaste sac de guidon, objet d’incessantes moqueries de la part de Mlle H. qui pourtant est bien aise, quand elle est menacée d’une fringale carabinée, d’y trouver du pain, du chocolat et des fruits, j’emporte un tas d’objets hétéroclites dont j’ai rarement besoin, je l’avoue, mais qui pourtant... on ne sait pas ce qui peut arriver ! Enfin je pèse 100 kilos en ordre de marche, et quand je grimperai de Brunnissard au col d’Izouard (9 kilomètres à 8 %). en 1 h. 5 avec 3 mètres de développement, la résistance de la pédale sera de 95 kilos et mon travail à la seconde d’un peu plus de 91 kilos. Dix kg. de moins m’auraient soulagé nettement de dix pour cent, c’est-à-dire qu’en fournissant le même travail j’aurais pu grimper en 58 minutes. Décidément, il faudra que je m’allège.

Je roule sur un sol médiocre : la route vient d’être chargée et la lueur clignotante de ma lanterne me permet tout juste de me faufiler le long d’un empierrement de plusieurs centaines de mètres. Je traverse la Drôme ; la vallée étroite s’évase ça et là. En moins d’une heure je suis à Luc-en-Diois et je pénètre peu après dans un site extraordinairement sauvage. D’énormes rochers, auprès desquels ceux que l’on rencontre en allant à Gavernie sont de simples pavés, barrent le passage de la route à la rivière et au chemin de fer qui se glisse sous un tunnel ; la rivière se démène comme elle peut et la route s’éloigne de ce chaotique amoncellement par une très gracieuse courbe en rampe douce. Une montagne a dû s’ébouler là ; quelque Rochecourbe s’est effondrée dans la vallée, préparant ainsi pour le touriste de nouveaux et imprévus points de vue.

Ensuite c’est du plat pendant plusieurs kilomètres ; j’en profite pour faire un peu de vitesse, sans toutefois prendre mon plus grand développement. Avec 5 m. 70 et 70 tours on fait du 24 à l’heure ce qui n’est pas déjà trop mal. Tout à coup la route tourne a gauche, à angle droit ; je quitte la Drôme et je vais remonter un petit ruisseau, la montée est insignifiante jusqu’à Baurières, le premier village que l’on rencontre après Luc.

À Baurières commence la montée qui conduit au col de Cabre ; elle n’a rien que de très ordinaire et peut se faire avec 4 mètres fort aisément. De grands lacets m’amènent au-dessus de Baurières que je vois petit à petit s’enfoncer comme dans un trou, à cela près le passage n’a rien de transcendant ; les pentes des montagnes voisines sont dénudées, ravinées, éboulées ; elles semblent de boue. La qualité du sol s’en ressent et la route est souvent rendue dure par des ensablements.

La voie du P. L. M. s’enfonce dans un tunnel ; à chaque instant je m’attends à voir passer le train qui emmène mes compagnons, mais un dernier grand lacet me porte au sommet sans que j’aie entendu le moindre coup de sifflet.

Je comptais déjeuner au Refuge qui m’a paru construit sur le modèle de celui du Rousset et susceptible de donner l’hospitalité à quelques touristes attardés ; il n’y a point de lait et encore moins de fruits ; je commence la descente dont la pente m’a semblé plus rapide que de l’autre côté ; la montagne est en décomposition, des coulées de boue doivent en descendre à chaque pluie : nature morne, triste, désolée. Rien n’engage à mettre le frein, on passe vite. Quand la descente s’alentit, un vent furieux me prend en poupe et en flanc et me fait filer à de vertigineuses allures ; à certains détours de la route, par exemple, c’est le contraire, et alors il faut appuyer sur les pédales ou passer de la grande à la petite vitesse.
Avant d’atteindre Aspres-sur-Buech, la route franchit une série de mamelons, où descentes et montées se succèdent sans interruption. Sur le bord, du fossé une automobile abandonnée sous une bâche verte, ressemble assez à un navire échoué à la côte. Après avoir sans doute lutté désespérément contre la panne sournoise, de guerre lasse, les chauffeurs ont quitté le bord et sont allés cherché du secours.

Je mets pied à terre à Aspres au moment où l’on s’achemine vers la gare pour prendre le train qui me suis depuis Die ; j’ai 60 kilomètres au compteur et trop de vide dans l’estomac pour aller plus loin avant de déjeuner. Je me livre pendant trois quarts d’heure à cette intéressante besogne, et je ne puis me remettre en selle qu’après avoir satisfait la curiosité de nombreux curieux assemblés autour de ma bicyclette. On en est à Aspres et en beaucoup d’autres lieux, à la bicyclette araignée aussi dénuée de confortable que possible, mais légère... Ah ! la légèreté voyez-vous, il n’y a que ça de vrai ! Comme ma bicyclette ne quitte pas volontiers le sol qu’on essaye de la soulever d’une main on me prend en pitié ou pour un phénomène.

Je descends vers le Buech, torrent qui sort du Dévoluy, où il faudra bien que je pénètre l’an prochain, et je remonte sur une colline boisée au flanc de laquelle serpente gentiment la route qui ne tarde pas à redescendre. Me voici pour de longs kilomètres dans la plaine monotone dont Veynes est le plus bel ornement. Par dessus quelques collines d’où la verdure n’est pas absolument exclue j’aperçois de temps en temps, à gauche, les sommets mornes et menaçants qui défendent le Dévoluy ; peut-être même ai-je aperçu la pointe du pic de Bure, pendant de la tête de l’Obiou, à l’autre bout de ce sauvage pays.

À la hauteur de la Freissinousse je change brusquement de direction et Je me trouve avoir lutter en même temps contre le vent et contre la montée.

Bien anodine, celle-ci, mais ajoutée à la résistance du vent, elle me force à prendre 4 mètres et à réduire sensiblement mon allure. Après la montée, la descente ; c’est dans l’ordre : le vent tantôt me pousse, tantôt me retient et finalement j’arrive à Gap (96 kilomètres) en descente et avec vent contraire ; il est 9 h. 45. Mes compagnons ne peuvent être bien loin et je les rattraperais en poussant un peu si je n’avais à m’arrêter un instant à Gap pour y faire provision de fruits et de pain. Je me perds dans un dédale de petites rues étroites où il ne ferait pas bon, paraît-il, s’aventurer le soir, car le tout à l’égout passe d’abord par la fenêtre, tant pis pour les passants attardés.

À 10 h, et demie seulement je m’éloigne de Gap, et le vent-est à ce moment si violent et si contraire que je suis forcé de me contenter d’une allure très modeste avec développement de 4 mètres. Tout à coup, sans que la route semble changer beaucoup d’orientation, le vent devient favorable et j’arrive assez vite à Chorges. À mon précédent voyage, j’avais déjà noté cette bizarrerie du vent due sans doute à des remous et à des ricochets entre les montagnes, carambolages de la nature dont nous sommes les victimes.

Chorges, où j’avais vu couler il y a trois ans des eaux si abondantes a, cette année, toutes ses fontaines taries. A quoi pensent donc ses édiles ? À la sortie du village je n’ai garde, cette fois, de manquer la jolie route qui suit le torrent des Houlettes jusqu’à la Durance, où je m’arrête à midi moins le quart.

Bain de jambes et ablution du torse, puis, mollement étendu à l’ombre, sur le bord du ruisseau, je déballe mes provisions et déjeune avec un indicible contentement, d’un melon, de quelques pêches et de trois petits pains achetés à Gap, coût : cinquante centimes. Je n’ai fait dans la matinée que 118 kilomètres.

Pendant quelques kilomètres en descendant de Chorges et en remontant, ensuite la Durance, on longe une montagne de boue solidifiée, ravinée profondément par la pluie et d’un aspect très bizarre. Pas d’autres remarques intéressantes jusqu’à Embrun où j’entre à 1 h. 1/2 ; la ville est en fête et encombrée de visiteurs, je me fraye assez péniblement un passage jusqu’à l’hôtel de France où m’attendent mes compagnons.

La route jusqu’à Mont-Dauphin continue à être très belle, montées et descentes alternent et l’on peut aller bon train. Sur son roc inexpugnable, la vieille citadelle a vraiment grand air. Nous passons le Guil et abandonnant la route nationale, nous tournons à gauche, du côté de Guillestre.

Nous entrons ici dans la partie excursion de notre voyage, nous n’avons fait jusque-là que du transport.

La merveilleuse gorge du Queyras, car on ne peut raisonnablement pas appeler vallée l’étroite bande de terre qui borde le torrent, va s’ouvrir devant nous.

Au départ de Guillestre, une rampe fort roide, en plein soleil, sur un sol plus que médiocre, nous oblige à en mettre plus que de raison. Il y aurait là du 10 % que je n’en serais pas surpris. Ce n’est pas long, heureusement, et quand on met pied à terre sur le sommet on a pour récompense une belle vue sur le massif du Pelvoux. Cependant on s’est élevé de 200 mètres au-dessus du Guil qui gronde, invisible, dans un lit trop étroit, et le paysage a soudain revêtu un caractère sauvage et presque agressif. La montagne se défend contre les envahisseurs, ses parois se referment et ne laissent à la route qu’une place bien restreinte ; nous allons très lentement, en proie à une émotion indéfinissable comme si nous entrions dans un sanctuaire, il y aurait d’ailleurs quelque danger à aller vite, et je garde le souvenir d’un certain virage à droite que j’ai préféré faire à pied, d’autant plus qu’on ne perd rien, au contraire, à s’arrêter là un instant, c’est le plus beau passage pour ceux qui préfèrent les sites farouches de la nature sauvage aux bords fleuris qu’arrose la Seine. Le Queyras a déjà été décrit ici, de main de maître, à plusieurs reprises, je ne m’étendrai donc pas davantage sur ses incontestables beautés qui n’ont pas été surfaites ; l’apparition du vieux fort de Château-Queyras est merveilleuse ; Aiguilles, ce village de millionnaires, est curieux par le contraste des humbles masures et des villas opulentes. De frileuses jeunes femmes, des jeunes gens, tirés à quatre épingles, d’épaisses dames richement vêtues circulent sur la route qui forme la principale artère du village au milieu des troupeaux, des paysans revenant des champs, contraste frappant de la vie élégante et oisive mais maladive avec l’existence misérable et laborieuse mais robuste.

Nous voulions pousser jusqu’à Abriès pour voir le mont Viso ; quatre kilomètres seulement de route facile nous en séparaient, mais il allait être nuit et nous n’aurions pas vu grand chose. Nous avions déposé nos bagages à l’hôtel Puy-Got à Château-Queyras, où le dîner végétarien, commandé en passant, devait nous attendre. Nous n’allâmes donc pas plus haut qu’Aiguilles dans la gorge du Queyras où, sauf la montée initiale de la Viste et une autre petite rampe dite de l’Ange Gardien, les pentes sont insignifiantes.

Le programme du lendemain étant peu chargé, j’aurais pu, mais l’Idée ne m’en vint pas, en partant à 4 h. 1/2, aller déjeuner à 12 kilomètres de là, à Saint-Véran, la commune la plus élevée de France (altitude : 2.045 mètres). On ne passe pas aussi près d’un village qui détient un tel record sans aller le saluer, et peut-être que, chemin faisant, j’aurais du même coup aperçu la pointe du Géant des Alpes briançonnaises. Que voulez-vous, on ne pense pas à tout !

À 7 heures nous nous ébranlons. La route d’Arvieux s’embranche sur celle du Queyras d’une façon très modeste sans que la moindre plaque indicatrice nous dise où elle conduit ; et cependant c’est celle du pays où l’on cuit le pain une fois l’an ! Nous nous y engageons sous l’impression du récit vivant et documenté qu’a fait, il y a un an dans « Le Cycliste », M. d’Espinassous, de sa visite à la Chalp d’Arvieux.

On monte assez durement avec des alternatives de palier. Le temps est radieux : il y a de l’animation sur la route et dans les champs ; on se hâte d’engranger les maigres récoltes de ces terrains déshérités, riches seulement en bois et en pâturages. Devant nous, bientôt les crêtes dénudées des montagnes ferment l’horizon.
Nous traversons Arvieux, laissons à droite la Chalp et nous étions à deux cents mètres de Brunissard, quand un pneumatique juge à propos de crever. Je suis forcé de remplacer une chambre ; de là une assez longue halte pendant laquelle notre aimable compagne, après avoir croqué les pêches qu’elle découvre dans le sac
dont elle raille l’ampleur, alors qu’elle lance jusqu’aux cieux quelques notes harmonieuses, ne regarde plus à ses pieds et se laisse choir du haut du talus, sans meurtrissures graves heureusement. Ce fut l’unique pelle de tout le voyage.
Brunissard est un amas de lamentables bicoques ; les femmes, qui travaillent là-bas autant et peut-être plus que les hommes, n’y sont pas belles et leurs visages ridés, flétris, bronzés, dès l’enfance paraissent vieillots.

Depuis un moment nous apercevions les lacets du col d’Izouard au flanc d’un éperon absolument dénudé où le soleil déjà chaud (il est 8 heures et demie quand nous commençons l’escalade) allait nous sucer de belle façon. Ces lacets ne laissent pas d’être dangereux par la forte pente du talus sans parapet, sans le moindre arbuste pour vous retenir si par mésaventure vous manquiez un tournant à la descente. Des garde-fous ont cependant été placés ça et là aux endroits apparemment les plus dangereux ; mais, à ce compte-là je ne vois pas pourquoi l’on n’en mettrait pas du haut en bas. Avec 3 mètres de développement je monte sans essoufflement et sans fatigue ; la pente ne doit pas dépasser 8 à 9 %, sauf en quelques passages très courts où il faut appuyer. Le sol est bon, de temps en temps on traverse des parties ensablées par les pluies. Mes deux compagnons montent plus lentement et font des haltes fréquentes pour photographier différents points de vue. Les toits d’ardoises de Brunissard scintillant au soleil, s’enfoncent de plus en plus ; à tel virage je les revois, à tel autre ils disparaissent ; les regards portent de plus en plus loin. Mais, serions-nous déjà arrivés ? Il semble qu’on aperçoit l’échancrure du col à travers les arbres qui, vers le sommet de l’éperon que nous venons d’escalader, récréent la vue et atténuent l’ardeur du soleil. Ce n’est, hélas ! qu’une illusion, un faux col. Brusquement la route tourne à droite et grimpe au flanc d’une autre montagne, puis elle revient à gauche, et ce zigzag me permet d’apercevoir mes compagnons que j’avais perdus de vue depuis un moment. Bien qu’à une assez haute altitude (environ 2.200 mètres) cette montagne est très boisée et elle doit ce privilège sans doute à son exposition car en général les arbres deviennent très rares et disparaissent même à l’altitude de 2 000 mètres ; nous l’avions remarqué en passant le grand et le petit Saint-Bernard, la Furca, le mont Cenis, le Lautaret, etc.

Soudain la montée se change en descente le soleil fait place à l’ombre dans un gouffre, un immense trou à peu près rond, aux parois déchiquetées, où le silence n’est troublé que par le roulement des pierres qui se détachent des roches. En bien des endroits ce passage est sûrement dangereux ; c’est un coupe-gorge de la nature. Pendant la tourmente, la neige doit s’y engouffrer avec une rapidité fatale au voyageur fatigué, et au printemps, les avalanches, derrière les rochers embusquées, doivent y guetter les passant.

Pour le moment, rien ne me menace, mais je me sens tellement isolé qu’il me tarde de sortir de ce puits, et après les cinq ou six cents mètres de descente, je me hâte vers le soleil que j’aperçois sur les derniers lacets moins raides que les premiers et qui m’amènent au col à 9 h. 35, c’est-à-dire en 65 minutes de Brunissard. Je ne sais quelle est au juste la distance, 8, 9 ou 10 kilomètres ? Il n’y a pas de poteau indicateur. La descente commence immédiatement, mais avant d’avoir fait un kilomètre, on met naturellement pied à terre devant la maison du cantonnier ; une fontaine d’eau glacée, la première que l’on rencontre depuis Brunissard, jaillit à la porte, et la maîtresse du logis est très avenante. Tout nous invite à nous reposer un instant et à nous restaurer.

On nous apporte le livre du bord où les visiteurs consignent leurs impressions, et nous avons le plaisir de constater que trois groupes de cyclistes stéphanois ont, avant nous, cette année, passé le col d’Izouard, tous munis de bicyclettes polymultipliées. Deux chambrés très convenables sont à la disposition des touristes que la nuit surprendrait là-haut.

La descente sur Cervières ne nous a pas semblé dangereuse, les tournants y sont secs assurément et très fréquents, mais on les voit venir, ils ne surprennent pas et l’on ne sur plombe pas un abîme comme de l’autre côté de Brunissard.

En somme, et de l’avis de tous nos amis qui ont, soit dans un sens, soit dans l’autre, passé le col de l’Izouard, il n’y a pas lieu de s’en effrayer d’avance, et la note du guide du Dauphiné qui engage à faire à pied la traversée de Brunissard à Cervières nous semble d’une prudence exagérée.

À Cervières, un bon gendarme a l’obligeance de nous signaler un tournant dangereux à 1.500 mètres de là et nous filons rondement vers Briançon, en regrettant de n’avoir pas de yeux autour de la tête pour ne rien perdre des beaux sites qui nous entourent.

Entre Cervières et Briançon mes compagnons s’attardent tant et si bien à photographier à droite et à gauche tout ce qui se présente que nous n’arrivons au grand Hôtel qu’à midi, après avoir grimpé à bicyclette le raidillon qui conduit directement de la gare à la ville et qui a bien du 12 %.

À Briançon, l’excursion proprement dite est terminée ; nous rentrons dans les voies connues que l’on revoit pourtant toujours avec plaisir ; nous quittons l’hôtel à 14 h. en même temps qu’une automobile que nous plaquerons très vite à la montée et, malgré un vent du Nord très violent qui nous sera contraire toute la soirée, nous sommes au Lautaret (28 kil.) à 16 h 10 et à Grenoble (115 kil.) à 21 h.
Une belle étape d’après-midi, surtout pour Mlle Marthe H.., qui a soutenu sans aucune fatigue l’allure un peu vive que nous avions dû prendre pour ne pas manquer le train de retour.

VELOCIO.