Sainte-Baume et Ventoux (1913)

vendredi 20 décembre 2019, par velovi

Par Paul de Vivie alias Vélocio, Le Cycliste, 1913, Source archives départementales de la Loire, Per1328__12

Enfin j’ai pu faire ma cure de printemps  ! Entre deux séries de mauvais temps, pluie ou vent contraire, les fêtes de la Pentecôte nous ont apporté deux belles journées, et nous nous sommes, tous, hâtés d’en profiter. Il y a eu, les 10 et 11 mai, une véritable envolée de cyclotouristes et randonneurs stéphanois en Morvan, jusqu’aux Vosges, et naturellement vers le Midi, ces derniers en tandem surtout ; car les avantages de cet outil délaissé, oublié, méconnu pendant de longues années deviennent de plus en plus évidents, et l’on tandémise plus que jamais à Saint-Etienne.
Dès le vendredi matin un premier départ avait emmené vers le soleil toute une famille — quand je dis toute, je me trompe, car les cinq partants laissaient, à la maison quatre enfants encore trop jeunes pour pédaler — la jeune mère et une fillette d’une dizaine d’années en tandem ; le père et les deux aînés, fillette et garçonnet, à bicyclette. On allait à Nîmes, par la route, simplement, tout comme on était venu le dimanche précédent, au meeting de Villechenève.
Que l’on ne vienne plus nous raconter que la bicyclette nuit à la repopulation, anémie les mères et tue les enfants. Il n’y a qu’à savoir s’en servir, qu’à ne pas pédaler par amour-propre, pour épater les badauds et extraire du cerveau du prolixe Ravaud les guirlandes de pâte de guimauve dont les géants de la route sont si gourmands.
Samedi à midi ce fut notre tour, et nous passions devant l’octroi à midi et demi, Ch... et moi en tandem, avec un joli itinéraire en poche. Puis les départs se succédèrent et il n’y eut pas moins de cinq tandems stéphanois, à ne compter que ceux qui se groupent autour du Cycliste, en ballade dans le Midi. Et tous, les jeunes femmes surtout, qui ne connaissent encore que les voyages en chemin de fer ou en auto, revinrent avec le vif désir de recommencer au plus tôt.
Le tandem sur lequel nous partions est celui qui, le premier janvier, nous emmena aux Saintes-Maries. Pneus très souples de 42 et Whippet de la Gauloise à deux jeux de trois vitesses, de 2m,50 à 8m,15. Échelle des vitesses et dérailleur de chaîne ont été modifiés et nous n’avons eu qu’à nous en louer au cours de cette randonnée de 625 kilomètres.
Avec 2m,50 pour nous ménager nous gravissons à 9 ou 10 à l’heure la première rampe de six kilomètres, puis je place la chaîne sur le grand jeu, où elle va rester longtemps, car il nous donne 4m,05, 6m,35 et 8m,10.
A 13 heures et demie nous franchissons le col des Grands Bois (13 kilom.) et à 14 h. 35 nous sommes à Andance (50 kilom.). Les 37 kilomètres de descente ont été menés à grande allure, et pourtant nous avions dû marquer plusieurs arrêts de quelques minutes. Une auto qui nous avait dépassés au col, fut dépassée à son tour, au grand mécontentement de son conducteur, qui, vexé, joua de son accélérateur et nous distança rapidement. Au cours d’une randonnée, ces légers incidents amusent.
Sur les bords du Rhône, nous trouvons un vent du nord-est qui, sans être franchement favorable, nous aide le plus souvent et, par Tain nous sommes à Valence à 16 heures et quelques minutes. Le ciel s’assombrit, la pluie est imminente ; nous l’attendons de pied ferme, car nous l’avions prévue, et nous avions emporté pèlerine et jambières, que nous revêtons entre Livron et Loriol. Notre tandem à de larges garde-boue et la pluie, bientôt très dense, ne nous empêche pas de rouler à bonne allure. Le Whippet se comporte mieux que je ne m’y attendais ; la boue, de moment en moment plus épaisse, les flaques d’eau plus nombreuses, rien n’empêche la chaîne de dérailler promptement. Nous avons là, en définitive, un bon système de changement de vitesse pour tandem, et tous les Whippet qu’on trouve sur le marché semblent aussi bons les uns que les autres.
Nous n’allumons les lanternes qu’au passage à niveau de Mondragon ; un express nous dépasse un peu plus loin ; très joli ce défilé de wagons brillamment éclairés dans la nuit, à toute vitesse. L’obscurité et le mauvais état du sol ne nous permettent plus de rouler à vive allure, et notre fin d’étape qui devait être le pont de Bompas, sera tout simplement Orange.
Avant Mornas, une grande ombre à bicyclette nous croise ; c’est un compagnon, qui nous arrive, M. V.-B..., descendu des Baux à notre rencontre pour être des nôtres jusqu’au, lendemain soir. Il monte une légère B S A, à pneus collés et 3 vitesses par chaîne flottante, doigt d’acier, décrocheur et guide de chaîne, bref, avec tout ce qu’il faut pour que ce système extrasimple fonctionne irréprochablement ; il n’a malheureusement pas de garde-boue, et quand nous descendons à 20 h. 45 à l’hôtel de la Gare où nous trouvons un groupe de nos concitoyens venus en auto, et que nous comparons les effets de la boue sur nos personnes respectives, nous nous applaudissons, Ch.., et moi, de nous être armés de jambières et de garde-boue .
Notre temps total de Saint-Etienne à Orange (188 kilomètres) est de 8 heures et quart, et mon record de 7 h. 45 en 1903 à bicyclette n’est pas atteint. Sans la pluie nous l’aurions certainement battu, bien que le vent nous ait été moins favorable qu’il ne le fut il y a dix ans.
A 4 heures, le 11 mai, je réveille mes compagnons et nous démarrons à 4 h. 45 après un rapide petit déjeuner, en compagnie de toute une fanfare à bicyclettes pavoisées ; il y a discussion entre les artistes ; les uns veulent, sans plus tarder, y aller d’une Marseillaise bien sentie, les autres s’opposent — et ils ont raison à ce qu’on réveille les habitants de si bonne heure.
Ciel magnifique, vent favorable, route déjà sèche, la journée s’annonce idéale et nous prenons bientôt la grande allure ; M. V.-B. suit aisément ; ancien coureur amateur, champion du fameux North Rond Club, il sait à merveille pratiquer la méthode dite des planements impraticable à des tandémistes et que, d’ailleurs, je n’ai jamais trouvée, même à bicyclette, favorable à mes muscles. Des goûts et des couleurs on ne saurait discuter, pas plus que des développements, de la selle, du guidon et de la façon de pédaler. Ainsi M. V.-B... ne peut pas admettre qu’on ait un avantage quelconque, quelles que soient des circonstances, extérieures, lesquelles se traduisent pourtant toujours par une augmentation ou une diminution de la résistance à la jante, à se servir de développements supérieurs à 6 mètres ou inférieurs à 3 mètres, tandis que nous soutenons que la résistance à là jante est tellement variable qu’elle justifie une échelle de développements très complète depuis 1m,50, développement correspondant au pas, jusqu’à 8 et même 10 mètres pour ceux qui voudraient pédaler et augmenter ainsi leur allure en dégringolant avec vent dans le dos des pentes à 6%.
Est-ce que les coureurs derrière motos marchant à 100 à l’heure, n’augmentent pas leur développement jusqu’à 12 mètres et plus, afin de n’avoir pas à tourner à plus de 120 tours ? Et ces mêmes coureurs, si quelque jour on les fait monter au Galibier en traînant une remorque de 100 kilos, croyez-vous qu’ils choisiront un développement bien plus grand que 1m,50 dans les derniers kilomètres à 10 % ? Entre ces deux cas extrêmes, il y a place pour une jolie échelle de vitesses de 2 à 8 mètres sur la bicyclette de tourisme.
Comme nous aurions pu discuter longtemps sans nous entendre sur cette question mécano-physiologique, nous décidons de parler d’autre chose, et M. V.-B..., qui a beaucoup voyagé, beaucoup étudié, qui a su voir et comprendre, nous apprend maintes choses intéressantes.
Pendant ce temps, les kilomètres défilent ; Sorgues, le Pontet, Montfavet sont dépassés et nous pestions contre le mauvais état de la route pleine d’ornières, quand nous rattrapons un cycliste de nos amis, M. M..., de Lyon, qui est en train de s’offrir une étape de 40 heures. Il vient de passer la nuit à pédaler et ne s’en trouve pas Le moins du monde incommodé ; il monte une Terrot H qui ne lui a pas donné le moindre ennui, bien qu’elle ait reçu sa bonne part de pluie et de boue depuis la veille. M. M... a pour but immédiat les Baux, et pour point terminal Bandol. Nous nous séparons à l’autre bout du pont de Bompas.
Orgon, Senas, Pont-Royal, une petite rampe, puis une bonne descente qui nous amène en trombe à Lambesc. Halte, déjeuner  olives noires, beurre, confiture et chocolat. Pendant que nous déjeunons, 8 heures sonnent ; nous venons de franchir 78 kilomètres en 3 h. 5, excellent apéritif.
Nous repartons, toujours avec bon vent dans le dos, et, en longeant un empierrement, pan  ! un pinçon au pneu arrière ; en dix minutes les deux trous sont- obturés et nous repartons. Les quelques kilomètres de descente qui aboutissent à Aix sont négociés à la vitesse limite, plus près de 60 que de 40 à l’heure ; nous cueillons à l’entrée de la ville M. V.-B...., qui, prudemment, avait pris les devants, et gagnons, sans nous attarder, la route de Toulon. La ville semble en fête, et nous nous frayons difficilement un passage sur le cours Mirabeau ; mon coéquipier a heureusement l’œil prompt et la main sûre. En occupant la seconde place, j’échappe à la fatigue de la direction, très sensible pour moi à cause de ma myopie, et je puis me distraire en regardant à droite et à gauche quand il me plaît ; nous n’appuyons l’un et l’autre pas plus qu’à bicyclette et l’augmentation die la vitesse de marche est un profit bien net ; souvent même nous ne pédalons pas là où à bicyclette nous devrions pédaler, car il suffit d’une pente très faible à 2 % pour entraîner à 23 à l’heure un tandem, alors qu’une bicyclette ne filerait en roue libre qu’à 16 à l’heure ; sur pente à 3 % la bicyclette ne ferait que du 23 et le tandem descendrait à 32. Il s’agit donc d’un profit bien net. Je sais qu’à la montée le tandem n’est pas supérieur à la bicyclette, mais avec manivelles décalées il ne lui est en rien inférieur sur bonnes routes fermes ; sur sol mou, empierraillé, dans les routes de sable et de gravier le tandem tire davantage, parce que les pneus entrent plus profondément et la résistance au roulement est certainement plus élevée qu’à bicyclette. Nous le sentîmes en montant au Ventoux le lendemain.
Nous prenons par Châteauneuf-le-Rouge, et nous n’oublions pas de nous rafraîchir à la fontaine de la Pugère. M. V.-B... remplace en quelques minutes un de ses collés qui a rendu l’âme. Encore à la vitesse limite la descente sur Saint-Maximin, qui n’offre aucun danger, tant elle est droite, sans embûches, et déserte à cette heure.
De Saint-Maximin à Nans le vent nous devient parfois contraire, et midi sonne quand nous faisons halte auprès d’une fontaine dans cette petite bourgade. Nous ne pourrons donc pas être avant 13 heures à l’Hôtellerie ; le repas pris à Lambesc est d’ailleurs assez riche en calories pour nous permettre de donner le coup de collier final sans craindre la fringale.
Allons-y ; mais ce qu’il fait chaud dans cette gorge abritée du vent ; la pente est faible, du 5 à 6 % ; nous grimpons avec 4 mètres et notre compagnon ne descend pas au-dessous de 5 mètres. Avec sa machine légère, sur ce mauvais sol, il nous est manifestement supérieur, et nous ne lui tiendrions tête, s’il voulait pousser à fond, qu’en nous dépensant plus que de raison.
Et tout à coup, voilà qu’apparaissent un tandem mixte et un cycliste. Halte, tout le monde descend ; nous sommes en présence de trois cyclotouristes Marseillais, Mino et M. L..., en tandem Whippet-Boizot, et mon vieil ami le docteur R..., en rétrodirecte Terrot. — Or, me voici, me dit cet excellent docteur, allégé de 17 kilos de suif, grâce au régime sec et aux exercices quotidiens.. — Bravo, vous donnez là un bel exemple de volonté à beaucoup de vos confrères. Et je vous présente à mon tour.mon coéquipier qui, par le même régime, a perdu également en quelques mois, douze kilos de saindoux et ne s’en porte que mieux.
Vive l’hygiène et au diable la pharmacopée  !
Nous revenons ensemble à l’Hôtellerie, envahie par de nombreux touristes, parmi lesquels nous avons l’agréable surprise de rencontrer un de nos meilleurs cyclotouristes stéphanois, M. G..., dont Le. Cycliste a déjà publié et publiera encore d’intéressants récits d’excursions au Tyrol, aux Pyrénées, etc., car M. G... aime assez pédaler en des régions lointaines.
A 14 h. 15, après un substantiel repas, nous, nous séparons. M. G... est déjà parti sur sa B S A à 6 vitesses par 2 chaînes et moyeu 3 vitesses ; la rétrodirecte et le tandem mixte rentrent à Marseille et nous grimpons, M. V.-B..., Ch... et moi, à la grotte à travers la forêt merveilleuse de la Sainte-Baume, merveilleuse non pas seulement par la beauté de ses chênes et de ses hêtres séculaires, mais par son existence même en des lieux où ne poussent d’ordinaire que dés pins maritimes, parasols et de toutes essences, lesquels ne sont que taillis à côté de cette sylve altière. En aucun autre endroit du Midi, même en remontant jusqu’à Donzère et peut-être même plus haut, on ne trouve une telle forêt. A peiné a-t-on quitté l’Hôtellerie située sur un étroit plateau, à l’altitude de 600 mètres environ, qu’on entre sous les bois, qui sont aujourd’hui peuplés de nymphes et de faunes ; ce ne sont que ris, cris, jeux et joyeuses apostrophes, où l’on sent à la fois l’ail et Fassent de Marseille. On dîne sur l’herbe, bien qu’il vente plutôt frais, on se photographie en groupe ou perchés sur les énormes rochers couverts de mousse tombés là depuis des siècles ; il doit d’ailleurs s’en détacher encore, de temps à autre, de la muraille à pic, au sein de laquelle a été creusée par les eaux la grotte où Madeleine, la grande pécheresse, expia pendant quarante ans. Avec Marthe et Marie et le nautonier Maximin, elle avait été, dans une frêle barque, livrée au caprice des flots qui les jeta sur le sable où s’élève aujourd’hui le village des Saintes-Maries. Ce rivage était sauvage et désert, mais Madeleine ne trouva pas cette retraite assez austère et partit avec Maximin à la recherche d’une solitude plus profonde, d’une retraite plus inaccessible. Elle la découvrit enfin dans cette forêt mystérieuse que l’on croyait hantée et qui était défendue, dit la légende, par un dragon.
Maximin jugea prudent de ne pas s’aventurer en d’aussi horribles lieux et resta sagement dans la plaine, là même où la petite ville de Saint-Maximin s’élève aujourd’hui. Madeleine, plus vaillante, pénétra dans la sylve où jamais la cognée du bûcheron n’avait retenti, elle alla droit au dragon, le vainquit, l’enchaîna et s’en fit un serviteur. On peut voir encore dans la grotte la crypte où elle le tenait enfermé.
Libre alors de toute crainte, elle vécut dans la prière et les mortifications, ne descendant que rarement dans la plaine pour recevoir la bénédiction de l’évêque Maximin qu’elle rencontrait à un endroit où l’on voit encore un pilier vétuste coiffé d’une mitre et qu’on nomme le Saint Pilon.
Ce pilier avait le matin même attiré notre attention, et M. V.-B... qui a plus encore l’âme d’un artiste que celle d’un touriste, en avait curieusement fouillé du regard l’architecture, prêt à s’arrêter si nous n’avions pas activé l’allure, car l’heure prandiale approchait et ventre affamé...
La montagne de la Sainte-Baume, un des buts de notre randonnée, s’élève en deux échelons à l’altitude respectable de 1.160 mètres ; le premier échelon se laisse gravir aisément à bicyclette par une route bien tracée, qui aboutit à l’Hôtellerie, ancien couvent où, la première fois que je passai par là, en 1899, je fus reçus par des moines. Aujourd’hui M. Vettone y dirige un établissement d’une certaine envergure, où les villégiatures sont nombreuses en été, où dimanches et jours de fête les promeneurs se comptent par centaines, amenés de Marseille, Toulon et autres lieux par des autobus qui peuvent emprunter, soit à l’aller, soit au retour, n’importe laquelle (les trois routes qui montent l’une de Nans, l’autre d’Auriol et la troisième de Gemenos. Ces deux dernières sont de création toute récente.
Pour gravir le deuxième échelon, de l’Hôtellerie à la crête de la montagne, on ne dispose que d’un sentier pierreux, fort roide, dont les derniers lacets sont taillés dans la paroi rocheuse ; j’y ai presque laissé les semelles de mes sandales.
Le mistral soufflait là-haut à ne pas pouvoir se tenir debout, tantôt l’on était cloué sur place, tantôt l’on était enlevé comme une plume. Dans une petite chapelle construite sur la crête de la montagne, au bord même d’un à-pic de 400 mètres, au-dessus de la grotte, nous nous abritâmes un instant. Il n’y avait là-haut pas d’autres visiteurs. Mais quels beaux horizons autour de nous ; mes compagnons doués de bons yeux voyaient beaucoup de choses que leur éloignement rendait pour moi invisibles, cependant je pus apercevoir les rochers de Cassis à profil caractéristique, et la mer bleue panachée d’écume blanche. L’Hôtellerie devant nous, les toits de Plan-d’Aups à gauche, tout au fond du plateau, brillaient au soleil, et je me demandais si ces lieux avaient été, à l’époque de la conquête romaine, arrosés d’autant de sang que les champs de bataille voisins, entre les monts Aurélien et Sainte-Victoire, entre Aix et Fourrière, où nous étions passés le matin.
J’expliquai à mes compagnons comment en 1899 venant de Riboux, j’avais, avec ma bicyclette sur le dos, franchi la Sainte-Baume non sans désagréables péripéties ; j’étais alors un tout jeune touriste de 46 ans sans expérience.
Cependant, l’heure fuit et il est temps de penser au deuxième but de notre excursion, le Ventoux. Laissons donc là la Saint-Baume, allons reprendre nos montures et filons rondement. Il est 16 heures et quart.
Nous descendrons par la route la plus directe, par Auriol  elle est aussi la plus pittoresque et ne le cède en rien à celle plus vantée de Gemenos.
Jusqu’à Plan-d’Aups, 3 kilomètres environ peu cyclables, on s’en tire tout de même, et bientôt une longue descente nous entraîne jusqu’à la route de Toulon-Aix, à peu de distance de Roquevaire.
Cette fois nous avons le Mistral en pleine figure, et par surcroît une longue montée ; fini de rire. Sur 4 mètres nous nous hâtons lentement. M. V.-B... s’abrite derrière nous et peut garder 5 mètres  un ou deux raidillons nous forcent à descendre à 2m,50 et 3m,25 respectivement ; la chaîne- flottante se comporte bien, tout comme, du reste, notre Whippet. Enfin, une longue descente, au cours de laquelle notre 8m,10, nous permet de faire encore du 40 à l’heure contre le vent, et nous entrons à Aix à 18 h. 30, blancs de poussière. Contre le vent, un tandem est parfait surtout pour le second équipier qui, bien abrité derrière son compagnon, ne souffre ni du courant d’air, ni de la poussière. Je m’en déclare enchanté et, comme nous n’avons encore ramassé qu’une pelle le 2 janvier, sur le pont de Trinquetaille que nous en sommes cependant à 3.000 kilomètres, je commence à avoir confiance.
Après nous être ablutionnés et avoir croqué quelques oranges, nous nous séparons de M. V.-B.... qui rentre aux Baux par la voie la plus directe et qui, sur sa machine légère, a pu suivre sans trop de peine notre tandem, sauf aux descentes négociées entre 40 et 50 à l’heure ; mais le temps qu’il perdait en ce cas, il aurait pu le rattraper aux montées dures et, en fin de compte, nous avons eu ainsi la preuve qu’un bon randonneur sur bicyclette ad hoc peut venir à bout d’un itinéraire accidenté aussi vite qu’un tandem monté par des cyclistes de force à peu près égale, à la condition que chaque outil se comportera comme s’il était seul. Mais si le randonneur est habile à coller derrière le tandem il ne sera jamais lâché, tandis qu’il pourra lâcher le tandem aux montées longues et dures. Telles sont les conclusions qui découlent, à mon avis, de cette expérience comparative.
A 19 heures, nous nous éloignons d’Aix par la route suivie le matin et qui, de pente rapide, est devenue rampe dure qu’il faut faire avec 4 mètres. Ce coup de collier donné, nous reprenons la bonne allure, souvent avec 8m,15, malgré le vent, et nous descendons à 20 heures et quelques minutes à Lambesc, hôtel de l’Union, où nous avions déjeuné juste douze heures auparavant. La confiture de marrons que nous y avions goûtée le matin, et dont nous sommes tous deux très friands, fut pour beaucoup dans le choix de ce petit hôtel, où nous fûmes d’ailleurs bien traités.
Le lendemain, 12 mai, dès 4 heures et demie nous sommes en selle. Cette journée sera plus belle encore que la précédente ; le vent s’apaise peu à peu et deviendra nul à midi. Ce beau temps favorable va nous permettre de regagner les 35 kilomètres de retard que nous avons sur notre horaire ; nous aurions du, en effet, coucher le samedi au Pont de Bompas, et le dimanche à Cavaillon.
Nous allons aujourd’hui monter à l’assaut du Ventoux ; pour moi, c’est la cinquième fois, et pour mon compagnon la troisième. J’aime cette montagne sévère qui défend contre le vent du nord si cruel aux primeurs, la plaine fertile de Pernes, ma ville natale, et la dernière fois que j’y monterai ce sera, je l’espère, sous forme d’une poignée de cendres, que mon compagnon d’aujourd’hui confiera au vent du col des Tempêtes, un jour où le mistral y passera à grande allure. Mais je compte bien y monter encore quelques fois, par mes propres moyens.
A peine sommes-nous arrivés par le pont de Mallemort, sur la rive droite de la Durance, qu’il me souvient d’avoir visité il y a longtemps, en compagnie de Ch. R..., des gorges assez curieuses, qui doivent, d’après mes souvenirs, se trouver dans ces parages. Nous ne tardons pas, en effet, à lire sur un poteau  Gorges du Regalon. C’est bien cela. Abandonnant notre tandem à la garde des pies et des merles qui foisonnent dans les buissons, nous allons à pied en remontant le ruisseau qui sort par là des flancs du Lubéron, voir les gorges du Regalon. C’est, en réalité, peu de chose ; la montagne est fendue sur une hauteur de 20 ou 30 mètres, et les lèvres de cette étroite fissure se rapprochent parfois à se toucher, un obèse n’y passerait pas. Le Regalon n’est malheureusement pas à sec aujourd’hui, et on ne pourrait franchir un bassin d’eau stagnante qu’au prix d’un bain de pieds. Nous n’allons donc pas jusqu’au bout de la coupure, d’autant plus qu’un rocher tombé et retenu entre les parois nous fait craindre la chute d’autres pierres. L’eau de ce ruisselet colore le sable et les galets de ses rives d’une teinte verdâtre qui nous ôte toute envie de goûter son eau. Je la soupçonne d’être laxative, puisqu’il nous a suffi de la regarder....
Ces gorges du Regalon nous retinrent plus longtemps que nous n’avions pensé, et quand nous reprîmes les pédales, la faim se fit sentir. Cavaillon n’était qu’à 14 kilomètres, mais allez donc demander à déjeuner dans une ville pleine de moutons, d’ânes et autres .animaux, de vendeurs et d’acheteurs encombrant les rues et les cafés. Nous eûmes beaucoup de peine à nous frayer un passage, et nous nous hâtâmes vers L ’Isle-sur-Sorgues.
Comme nous hésitions à l’entrée de cette ville sur la direction à suivre, un cycliste nous renseigna, sans attendre que nous le questionnions. « Prenez à droite, Messieurs », puis devant notre air étonné  « Eh oui, vous allez à la fontaine, évidemment, c’est à droite  ! »
Tout le monde, ce jour-là, à 30 kilomètres à la ronde, était censé aller à la fontaine de Vaucluse. Grand merci  ! Elle était bien, en effet, dans noire programme, mais du moment où c’est fête aujourd’hui autour de Pétrarque et Laure, nous n’avons qu’à fuir. Je me suis trouvé en un pareil jour de fête à la célèbre fontaine et j’ai juré qu’on ne me verrait plus en un tel tohu-bohu. Que de bruit, que de cris, que de disputes, quelle cohue  ! Allons vite à Bedoin, mais d’abord déjeunons. Olives noires, beurre et chocolat, coût  1 fr. 25 ; c’est un peu cher, mais l’Isle-sur-Sorgues se hausse du col depuis que la fontaine de Vaucluse est classée parmi les curiosités naturelles fréquentées par les autos.
Nous pédalions tranquillement, croisés à chaque instant par des paquets de cyclistes, des charretées de paysans, des voiturées de citadins, juchés en grappes les uns sur les autres à se demander comment au moindre cahot il ne s’en décrochait pas quelques-uns, lorsqu’un jeune motocycliste, pavoisé de blanc et de bleu, nous rattrape et se met à notre pas.
« - N’est-ce pas à Vélocio que j’ai l’honneur... C’est à lui-même et à son ami M. Ch...

Je suis P. Trolett, de Montpellier, et je viens sous vos yeux monter au Ventoux, comme vous m’y avez invité. »

« - Très bien, cela va solutionner nettement notre différend. »
Voici de quoi il s’agit  P. Trolett, que connaissent d’ailleurs déjà les lecteurs du Cycliste, est un motocycliste habile à se servir des grosses motos actuellement à la mode, et qui s’était montré étonné de la prédilection que je ne cesse de marquer à la bicyclette à faible moteur adjuvant, duquel j’attends toujours beaucoup quand on l’aura doté des perfectionnements qui font aujourd’hui le succès des moteurs de 3 à 4 H P, à savoir  magnéto, soupapes commandées, changement de vitesse et débrayage, transmission par chaîne, larges ailettes, carburateur moderne, etc.
Or, P. Trolett m’écrivait  Vous voulez, Delbruck et vous, une moto qui puisse grimper à 10 ou 12 à l’heure clans du 10 %, mais toutes celles que j’ai eues, et surtout celle que je possède en ce moment, une deux cylindres à chaîne à deux vitesses et débrayage peuvent faire cela et même sans pédaler puisque je n’ai pas de pédales.
Ah  ! vraiment, avais-je répondu, parce que vous pouvez monter à faible allure pendant quelques kilomètres ; vous croyez que votre moteur montera ainsi indéfiniment sans chauffer ? Eh bien venez me faire le Ventoux.
P. Trolett maniait vraiment son outil avec virtuosité ; il le faisait gentiment ronronner à 18 à l’heure, le poussait à 25 à l’heure, à 30 à l’heure quand le terrain nous permettait ces allures, le ramenait à 15 à l’heure, bref il en jouait en artiste.
A Pernes, notre nouveau compagnon qui avait potassé l’itinéraire avec plus de soin que moi, nous conseille de passer par Mazan et Mormoison afin d’éviter l’affreuse route de Carpentras à Bédoin. Le trajet est peut-être un peu plus long, plus accidenté, mais combien plus agréable.
A 10 heures, nous arrivions à Bédoin ; nous avions fait de 75 à 80 kilomètres des plus faciles dans toute notre matinée.
P. Trolett, pressé de vaincre le Ventoux, avait pris les devants et il devait être déjà loin.
Il ne faut jamais attaquer le Ventoux sans déjeuner solidement à Bédoin, décrète le catéchisme de l’E. S.
Donc, nous déposons le tandem à la porte de l’hôtel Vendran et nous redéjeunons avec du beurre, de la confiture et du café au lait. Nous remplaçons ici les olives par la confiture, parce que nous allons avoir un besoin immédiat de kilogrammètres, auquel l’absorption d’une bonne quantité de glucose pourra satisfaire, et l’assiettée de fruits confits qu’on nous apporte disparaît promptement.
Nous buvons de l’eau abondamment, afin de faciliter la suée que nous prévoyons, car il fait chaud comme au gros de l’été, le vent souffle maintenant du sud ; nous prenons enfin la tenue légère et nous démarrons à 10 h. 45.
A 14 heures nous arrivions à l’observatoire. Défalcation faite du temps perdu en trois petits arrêts, il nous fallut donc trois heures pour faire en tandem les 22 kilomètres qui séparent les deux hôtels Vendran, celui du bas et celui du haut  !
Nous utilisâmes jusqu’à Saint-Estève le développement de 4 mètres, mais dès que la rampe entra dans le 10 % pour n’en plus sortir, nous trouvâmes 2m,50 bien suffisant.
Plus l’on s’élevait, plus le sol était mou, et nous fûmes une fois débarqués par un dérapage ; une autre fois dans le sable saturé de neige fondante. il fallut s’arc-bouter sur les pédales pour passer sans se mouiller les pieds.
Vers la quatorzième borne, nous avions rencontré P. Trolett qui redescendait. Nous causâmes un instant ; il nous avoua qu’il n’en pouvait plus, il était pourtant parvenu à l’Observatoire, mais après combien d’arrêts et au prix de quels efforts. Son opinion semblait s’être radicalement modifiée. Puis il nous photographia dans notre tenue très légère, nous nous souhaitâmes réciproquement bon voyage, et nous continuâmes à grimper.
Ce Ventoux est un rude morceau, et je n’en ai trouvé nulle part de plus dur, surtout au printemps. En août le sol est relativement ferme jusqu’au sommet, et l’on peut aller plus vite ; j’ai fait plusieurs fois ces 22 kilomètres en 2 h. 30 et 2 h. 35 à bicyclette, et M. B..., de Lyon, les fit un jour en 2 h. 13.
Il y a quelques années, eut lieu une course de Carpentras à l’observatoire (36 kilomètres, avec, élévation de 1.830 mètres), et le vainqueur, un jeune homme d’une vingtaine d’années, arriva en un temps invraisemblable, 1 h. 45 a-t-on dit à l’époque. Cela m’a paru toujours mal chronométré. Cependant, le gardien de l’observatoire, à qui j’en parlai, m’assura qu’il avait assisté à l’arrivée et que le pauvre garçon était tombé en syncope, ayant le cœur dans un état épouvantable, que depuis il ne s’était jamais remis de cet effort surhumain.
Si Desgranges était vraiment sportif, il lancerait un jour sa meute du Tour de France sur le Ventoux, et nous aurions alors la confirmation de ce temps qui, jusqu’à ce qu’on s’en approche de nouveau, semblera incroyable à tous ceux qui savent ce qu’est ce parcours.
Nous restâmes là-haut une heure environ, en compagnie du gardien, qui en sa demeure solide comme une forteresse et pourvue d’un chauffage central, nous offrit du café, et nous conta maintes choses intéressantes. Deux chamois vinrent un jour le distraire en sa solitude ; les sangliers, n’y sont pas rares ; les truffes du Ventoux sont d’ailleurs réputées et les attirent sans doute. Le versant nord du Ventoux plonge en un à-pic de 1.000 mètres, dans un gouffre inaccessible, où l’on distingue des parties boisées, des prairies, des ruisseaux. Des alpinistes se risquèrent un jour dans ces parages, sous la direction d’un guide savoyard, Estienne. Mais, si habile que fût ce guide à manier le piolet, il trouva la tâche trop périlleuse, et le gouffre resta inexploré.
Nous nous promenâmes ensuite sur la terrasse, l’air était étonnamment calme et la température douce. On pouvait apercevoir à l’extrême horizon un coin de la Méditerranée, mais le plus beau spectacle, nous était offert par la chaîne des Alpes, barrière ininterrompue de neige et de glaciers.
Le temps fuyait trop vite ; nous dûmes nous arracher à cette contemplation et songer au départ ; 15 heures avaient sonné, et Montélimar, où nous devions prendre le train de retour, était bien loin  !
Notre tandem a trois freins à tenailles sur jantes, un sur la roue directrice, les autres sur la roue motrice ; les jantes sont en bois et aluminium à bords plats, et les patins sont en liège aggloméré ; cette combinaison donne un freinage doux et puissant tout à la fois. Un dos freins d’arrière, le plus puissant, a deux commandes distinctes, une pour chaque équipier ; le frein d’avant est aux mains du premier équipier, et le second frein d’arrière aux mains du second équipier. Tout cela a très bien fonctionné, mais j’ai regretté que ce deuxième frein d’arrière, qui joua le rôle de ralentisseur et resta appliqué pendant 12 kilomètres sans interruption, n’eût pas été muni d’une poignée à serrage continu ; ma main droite en est encore meurtrie  ! Dès la borne 10 le sol est plus ferme et l’on peut s’offrir le 50 à l’heure, peut-être même un peu plus à certains endroits ; les riverains sont habitués aux passages en trombe et la route n’est pas encombrée. Que n’en est-il de même partout  !
Pendant la partie dangereuse de la descente, nous fûmes toujours maîtres de notre vitesse et en état de nous arrêter en quelques mètres. Avec des jantes acier nos chambres auraient été rôties. Nous croisâmes quatre motos ; la première, monocylindrique, montait bien et assez vite ; la deuxième, à 500 mètres, bicylindrique, obligeait son propriétaire à pédaler de temps en temps ; les deux autres, bicylindriques aussi, étaient loin derrière et arrêtées, pour cause Réchauffement ; les motoristes fumaient, des cigarettes en attendant que leurs moteurs voulussent bien repartir.
Il nous fallut trois quarts d’heure pour revenir à Bédoin ; à bicyclette, on dégringole aisément en quarante minutes. On ne peut d’une, seule expérience tirer des conclusions, mais il semble qu’à la montée comme à la descente le tandem soit sur ce terrain exceptionnel inférieur de quelques points à la bicyclette.
Les 12 kilomètres de Bédoin à Malaucène, au cours desquels on s’élève pourtant de 200 mètres, nous furent un soulagement ; nous y lâchâmes un motoriste dont l’outil ne marchait à peu près qu’à la descente. Quand nous le dépassâmes à la montée, il crut habile de nous expliquer qu’il avait attrapé un clou. Sauvons la face, disent les Chinois  !
Malaucène est un pays charmant, frais, ombreux, paisible ; un lieu favorable, entre tous, à la cure de repos. Le Ventoux versant nord écrase de sa masse et de son ombre toute la lésion et paraît beaucoup plus imposant que vu de Bédoin. On peut grimper de ce côté à l’observatoire par un sentier muletier de 19 kilomètres, impraticable aux cyclistes. Ch... s’y aventura l’an dernier pour redescendre plus tranquillement le jour de la course d’autos, et il s’en repentit, car il y creva trois fois ses pneus et. fut, finalement forcé d’aller à pied.
Donc, jusqu’à nouvel ordre, abstenons-nous de monter par là au Ventoux, mais allons à Bédoin, via Malaucène, au lieu d’y aller comme toujours via Carpentras. Ce faisant, nous verrons presque depuis Montélimar le Ventoux sous son aspect le plus saisissant, masse formidable, qui surgira peu à peu du sein des collines du premier plan et qui, à Vaison et même avant, se déploiera devant nous dans toute sa
majesté. Soyez là surtout au soleil couchant, passez la nuit à Malaucène et, dès la piquette du jour, avant même, si vous voulez voir un beau lever de soleil, grimpez à la fraîcheur ; vous vous en trouverez mieux que de grimper en plein midi.
Nous estimons utile et même indispensable de faire à Malaucène notre troisième et dernier repas de la journée et, dans un petit hôtel très bien tenu, nous obtenons le menu habituel des randonneurs  olives noires, beurre, œufs à la coque et fromage frais, le tout arrosé d’eau. Ces menus légers mais substantiels ne fatiguent pas l’estomac, tout en dégageant dans l’organisme une grande quantité de calories que les muscles cyclomoteurs s’approprient.
A 17 heures nous étions encore à table, et nous n’avons dû quitter Malaucène qu’à 17 heures et demie ; deux heures plus tard, par Vaison, Buisson, Suze-la-Rousse, Saint-Paul-Trois-Châteaux, nous entrions dans Pierrelatte. A Suze, nous admirâmes en passant un très beau château moyenâgeux, en belle position pour commander la route de Nyons.
On alluma la lanterne au passage à niveau, et l’on gagna Montélimar non sans crever une deuxième fois sur un caillou à la descente de Donzère. Notre excursion était terminée sans fatigue anormale, sans le moindre accident, et notre tandem qui achève ainsi ses 3.000 kilomètres s’est tiré à son honneur tant de la partie transport que de la partie excursion dans les mauvais chemins de la Sainte-Baume et du Ven-toux.
Mes impressions optimistes du début de l’année, après notre randonnée aux Saintes-Marie, se trouvent ainsi confirmées, et je considère le tandem polymultiplié comme le meilleur outil de tourisme familial, il est infiniment plus confortable, par ses gros pneus et la longueur du cadre, que la bicyclette, plus rapide de beaucoup en palier et contre le vent, plus rapide même quand le pourcentage des pentes ne dépasse pas le 6 %, et il nous a fallu grimper au Ventoux pour découvrir que, dans des rampes au-dessus de 8 %, où le tirage est aggravé par un sol mouvant, le tandem n’est pas supérieur à la bicyclette.
Quand on fabriquera les tandems en série comme les bicyclettes, leur prix sera très abordable ; en attendant, on peut se contenter d’un avant-train adapté à une bicyclette. C’est ainsi qu’est établi le tandem qui m’a servi pendant ces 3.000 kilomètres d’expérimentation, sans laisser voir la moindre défaillance.
Vélocio.

Voir aussi : Mont-Ventoux